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30 ans de banalisation médiatique de l’extrême droite

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Alors vous, oui, effectivement. Moi, je m’appelle David Dufresne. Ah, je vous connais, par contre. Ah bah voilà, enchanté. Voilà, vous voyez. C’est pas génial, ce que vous faites. Non, arrêtez. Alors là, je vais me chercher un café. Ok, je dis plus rien. Je dis plus. Voilà. Ouais, là, vous m’assurez. C'était génial. Vous me mettez la pression.
00:00:21Audio
Donc ça, d’accord. Ah, je savais pas que vous aviez ça. Bah moi, je vous ai connu avec votre travail d’enquête sur les violences policières. Oui. Et puis après, je vais vous suivre sur Twitter, peut-être. Peut-être ? Ça va être ça. Ok, je vais chercher un petit café. Allez-y. Non, non, ça va. Prenez votre temps. Bonjour à vous. Oui, je connais aussi David Dufresne, mais j’imagine que si vous êtes là, c’est bien parce que vous le connaissez aussi.
00:05:41David Dufresne
Merci beaucoup, hein. Super. Ils ont été sages ? Super. Alors les amis, on est sauvés. Quel est ton prénom ? Victor ! Très jolis panneaux !
00:06:02Audio
Voilà, donc c’est Victor qui a tenu la caméra. On est sauvés, les amis. Pause une seconde. Je vois le tchat, et Emmanuel Poupard, journaliste au *Courrier de l’Ouest
00:06:29David Dufresne
Antton Rouget, et enfin Laure Azizi, qui est journaliste indépendante et qui a cosigné, coécrit même, la tribune « Journalistes, nous ne serons pas complices de la haine », parue en octobre de l’année dernière sur un blog de Mediapart. Donc on va essayer de faire quelques courtes interventions, puis ensuite d'échanger le plus possible sur la question des suites. Et pour lancer la discussion, je ne vais pas m'étendre, mais en tout cas je voudrais quand même revenir à notre point de départ, à nous.
00:07:11Audio
La zemmourisation de l’agenda médiatique, et peut-être repartir quand même de ces trois mois pendant lesquels il n'était pas candidat, c’est-à-dire septembre, octobre, novembre, et trois mois au cours desquels il a polarisé l’agenda médiatique. Pour Acrimed, c’est un problème public démocratique, évidemment préoccupant, à la fois par les choix éditoriaux et par la série de commentaires incessants qui ont contribué à banaliser son discours. Donc je ne rentre pas dans les détails, je renvoie au dernier numéro de la revue. C’est assez documenté maintenant. D’autres études que l’on a citées au cours de cette journée l’ont, y compris, chiffré, etc. Donc il n’y a plus trop de doutes là-dessus. Et donc, face à cela, c’est vrai que nous, en octobre-novembre, à peu près au moment de la tribune que de très nombreux pigistes ont signée, on a été quand même, pour le moins, surpris de la faiblesse, en tout cas du manque, des réactions publiques et collectives parmi la profession. Alors c’est vrai qu’on a vu un certain nombre de tweets individuels. Il y a eu des reportages parus, d’ailleurs dans Mediapart, qui donnaient un peu des, comment dire.qui ouvraient une fenêtre sur l’intérieur des rédactions. Ce sont des reportages qui sont évidemment essentiels, puisque c’est une question pas souvent publique et qui est pourtant d’intérêt général. Et par ailleurs, y compris le reportage paru dans Mediapart, n'était pas non-plus très rassurant, du point de vue de ce dont témoignaient les journalistes, c’est-à-dire d’un manque…
00:08:51David Dufresne
Euryale, si tu peux changer le titre du live, n’hésite pas à le faire avec ce que tu viens de mettre : « Le débat ».
00:09:11Audio
En fait, dans les médias dominants. Et c’est sur plusieurs points. Il y avait peu de réactions, à la fois sur la dynamique générale et sur des moments très spécifiques. Je repense quand même au moment où Zemmour pointe un journaliste. C’est quand même délirant que ça n’ait pas créé un front plus massif, une réaction à ce moment-là. Et encore quand la profession tout entière est attaquée. Je pense aux propos que Zemmour a tenu sur la presse, cette année, en disant que 2022 serait l’année de la renaissance du journalisme français, je crois. Ou encore quand il attaque de manière ultra brutale, évidemment, le service public. Acrimed a toujours fait la part des choses, a toujours parlé de cette verticalisation du pouvoir éditorial, a toujours écrit que les orientations éditoriales ne pouvaient pas se résumer. On l’a dit tout à l’heure, ce n’est pas que tous ont une ligne d’extrême droite. Acrimed a conscience aussi, et a écrit, évidemment, sur les mécanismes qui jouent dans la production de l’information : le scoop, le buzz, la question des formats, la question des contraintes, etc. Mais tout ceci étant dit, et j’en terminerai donc avec ces deux questions pour lancer un peu la discussion : au vu de ce à quoi on a assisté, je me demande s’il y a encore, en réalité, des marges de manœuvre chez les journalistes, notamment dans l’audiovisuel, ou est-ce qu’on est condamnés à assister aux phénomènes de l’extrême droitisation des médias, à mesure, par ailleurs, que se dégradent les conditions de travail, notamment pour les plus précaires ? Et ma deuxième question, on a lu récemment un communiqué du SNJ-CGT à propos de ce dont parlait Ugo lors de la précédente table ronde, c’est-à-dire ces modules d’interviews un peu « à la Kombini », complètement dépolitisants, face à Marine Le Pen. Il y a eu une réaction à ce moment-là, donc une prise de position sur le format du journalisme, sur la pratique.
00:11:58David Dufresne
Bravo, Euryale. Et à peu plus tard tu pourras peut-être rajouter les comptes Twitter du SNG, SNG-CGT titre pour le prochain tweet. On a le temps donc je vais passer le micro à qui ? on a dit qu’on s’autogérait, qu’est-ce que c’est que ça ?
Bonsoir tout le monde. Je suis Emmanuel Poupard, premier secrétaire général du SNJ, journaliste au Courrier de l’Ouest. La question qui est posée, c’est aussi celle du traitement journalistique qu’on est amené à faire au quotidien. Et moi, en tant que journaliste, je fais du syndicalisme, mais je suis journaliste aussi dans ma rédaction. Et comme bon nombre de confrères et de consœurs, nous sommes atterrés de voir le traitement journalistique aujourd’hui, notamment dans l’audiovisuel. Ce traitement journalistique dans l’audiovisuel déteint aussi, malheureusement, sur la presse écrite, avec l’arrivée de la vidéo, etc. Pourquoi je dis ça ? Parce qu’il y a une mode qui consiste à vouloir laisser les micros ouverts à chaque fois. Voilà, les personnes parlent sans que les journalistes n’interviennent. Et c’est agaçant, normalement. Ou alors, quand le micro est ouvert, on les reprend, on leur dit : « Non, ce n’est pas possible. On ne peut pas laisser quelqu’un proférer des propos racistes ou homophobes. » Et là, on a donc l’arrivée alors ça a été dit longuement durant les précédentes tables rondes de ces émissions, moi, que j’appellerais des spectacles, des émissions d’information-spectacle, tout simplement, qui sont là pour faire du buzz. Aujourd’hui, ce sont d’ailleurs les réseaux sociaux, plus que les médias traditionnels, qui prennent aussi le pouvoir. Et il y a cette tendance de fond, voilà, à laisser parler les gens. Et on n’a plus de régulation du métier aujourd’hui. Il n’y a plus de contradiction dans la profession, plus aucune. Donc il y a aussi, et ça a été dit dans les tables rondes précédentes, une responsabilité des chaînes hiérarchiques. Parce qu’au départ, le journaliste, je le rappelle, est salarié. Il a un lien de subordination, donc il a des droits, des devoirs. Il a évidemment le devoir d’informer la population. Et par rapport à tout ce pérorisme, ce suivisme-là, comment nous, aujourd’hui, réagit-on ? Alors, on est là pour en parler. Évidemment, on a des solutions. Je ne vais pas m'éterniser pour l’instant sur les solutions. Simplement, j’introduis un peu le débat. En tout cas, nous sommes inquiets, dans la profession, de voir cela. Et donc, il est urgent pour les CSE de réagir par rapport à toutes ces dérives auxquelles on est confrontés aujourd’hui. On reviendra tout à l’heure, peut-être, sur la question des remèdes et des solutions.
00:15:26Audio
Emmanuel Vire, secrétaire général du syndicat national journaliste CGT, journaliste salarié dans le groupe Bolloré, et je suis journaliste au magazine GEO dans le group Prisma Media. Déjà juste un mot par rapport à l’introduction. Je crois qu’il y a eu un malade d’ailleurs même peut-être avec Acrimed sur peut-etre une non réaction des syndicats sur la pré-campagne de Zemmour pendant 3 mois qu’on a subi, etc. Merci à vous d'être là surtout. Peut-être tout de suite à l’origine d’une contre-offensive, mais cette problématique pour nous, pour le SNJCGT, elle est au cœur de notre réflexion et de nos débats depuis plusieurs années maintenant. Et en juin 2021, lors de notre dernier congrès, donc c'était il y a moins d’un an, à Lille, une motion adoptée par le congrès pour appeler la profession à se mobiliser contre les idées d’extrême droite, dénonçant certains médias qui se font le relais d’une vague brune. Le texte se terminait par un appel à ouvrir les yeux sur la propagation des idées d’extrême-droite marquée par l’ultralibéralisme, l’anti-syndicalisme. Il y a d’abord une bataille idéologique qui a été perdue. Clairement, il faut le dire, et c’est au mouvement syndical, après d’en tirer les conséquences. À des patrons qui, moi je vous le dis, qu’est-ce qui me dit Bolloré, j’ai même eu l’honneur d'être cité lors de son intervention au Sénat il dit pareil.
00:17:11David Dufresne
Absolument on l’avait vu au poste
00:17:26Audio
C’est ça qu’ils disent. Et en criant sur l’audiovisuel d’extrême gauche. La matinale de France Inter étant quasiment x islamo-gauchiste. Non mais il faut voir où ils en sont eux-mêmes. Donc ça c’est mon premier point pour ne pas être très long. Et donc nous, qu’est-ce qu’on avait décidé ? Cette explication ? Face à une faiblesse syndicale qui touche tous les secteurs d’activité, dont le monde des journalistes. Vous avez bien compris que face à l’arrivée des milliardaires, face à l arrivée de Bolloré, qu’on sort parce qu’il n’y a pas que Bolloré, en l'état actuel du droit, et on reviendra sûrement sur les solutions après, en l'état actuel du droit du Code du Travail de la Convention Collectif des Journalistes de ce que vous voulez, les journalistes ne peuvent faire qu’une chose quand il y a un mec aussi brutal de Bolloré qui arrive, c’est partir. Avec leurs clauses de session Emmanuel en sait quelques chose, il y avait un excellent délégué du SNJ, il y a des délégués du SNJT, tout ça a disparu. Il n’y a même plus de représentants du personnel à Europe 1. On en est là. Donc en fait, les journalistes se barrent. Donc sur la faiblesse du retour des rédaction, comment dans les rédactions réagir, c’est l'état du rapport de force que nous on doit travailler tous les jours. Et dernier point pour laisser. Par rapport à ce que disait Emmanuel, oui il y a une grosse question sur l’audiovisuel, forcément, et d’ailleurs la place de l’audiovisuel.
00:19:37Audio
On va venir sur la jeunesse dans notre tribune. Elle est née d’une discussion. Pardon, non je relève mon masque. Non, non, non. Je relève mon masque Ben oui, je relève ma casquette. Donc voilà, cette réunion est une discussion, elle n’est pas trouvée du ciel comme disait Emmanuel, ça fait un moment évidemment qu’on assiste totalement désemparés à une, je ne répète pas une banalisation mais une starisation des idées d’extrême-droite dans les médias, avec des attaques incessantes contre le prétendu islamo-gauchisme, contre le Prétendue wokisme au sein des universités, etc. Et par contre, là, on a, avec les autres rélecteurs de la tribune, Elsa Gambin, je l'écite, à Gaspard Clans, Julie Chancel, et j’ai Praud le matin, on s’est donc dit, voilà, on est face à quelque chose qui nous heurte au quotidien, c’est cette starisation de dérouler systématiquement un tapis rouge aux idées d’extrême droite, et notamment à Eric Zemmour. Et c’est insupportable en fait, parce qu’on n’est même pas au niveau de mettre tous les candidats, ils n'étaient d’ailleurs même pas candidats à ce moment-là, mais de mettre toutes les politiques sur le même plan. C’est de mettre les politiques porteurs d’idées d’extrême droite sur le premier plan et de les faire monter parce qu’on sait qu’il faut faire réagir et parce que plus leurs idées sont anti-féministes, racistes, xénophobes, antisémites et tout plein de choses en phobes, ça va faire grimper la sauce, ça va réagir tant les gens qui adhèrent à leurs idées que les gens qu’ils réfutent, et la sauce va grimper, seulement que plus on expose des lecteurs, des téléspectateurs, des auditeurs à certaines idées. Plus, il y a une espèce de sympathie involontaire qui se développe. Donc ça a été vraiment la source de notre tribune, sachant que nous, nous sommes tous journalistes indépendants, on n’a pas de travail de collaboration au sein des rédactions, non-pas forcément les réflexions où vont avoir des journalistes postes. Et voilà, on a écrit cette tribune, on essaye de solliciter des mondes libés pour la faire publier. On a finalement écrit à Mediapart, qui nous ont gentiment donné en compte pour éditer sur un blog. Et il y a eu près de 500 signatures, essentiellement de pigistes. Deux journalistes en poste dont nombreux ont signé de manière anonyme, ce qu’on comprend très bien parce qu'évidemment il reste un lien de subordination avec Et on déploie après un peu qu’après Acrimed est parlé de la tribune, que Mediapart s’en soit fait l'écho mais qu’au delà, on n’a finalement pas eu de relais dans la presse dominante, si ce n’est des critiques virulentes que ceux de personnes qui n’ont pas vraiment lu la tribune ou en tout cas pas trop prises, ou juste qui ne l’ont aimé en mode délit sale gueule, dans Valeurs d’Actuelles et dans Marianne je ne sais pas que dire d’autres, je ne sais pas.
00:24:01Audio
Voilà c’est bon, bonjour à tout le monde, d’abord merci d’avoir organisé cette discussion et sur un moment politique et médiatique que je trouve hyper intéressant à déconstruire qui est notamment autour de ce qui s’est passé à partir de septembre 2021 et comment les médias en fait, comment le système médiatique a propulsé un candidat qui n'était pas jusqu'à 15 % des sondages, sondage qui eux-mêmes ensuite créent l’actualité. Et je pense que vraiment c’est un moment, y compris aux conférences tout à l’heure qui ont un peu historicisé la manière dont l’extrême droite s’est imposée dans les medias.
00:24:43David Dufresne
Donc là, on écoute Antton Rouget du Média.
00:24:46Audio
Autour de ce qui s’est passé autour d’Eric Zemmour. D’abord parce qu'à la différence de la famille Le Pen, Eric Zemmour c’est le produit du système médiatique. Et donc il y a plein d’implications qui font qu’il va encore plus loin et les médias vont encore plus dans l’acceptation de ces thèses racistes, antiféministes, etc. C’est quelqu’un qui est l’issue du système médiatique, qui comprend parfaitement comment se fabrique l’information. C’est d’ailleurs assez éloquent, c’est le parallèle de la campagne Trump avec Steve Bannon, c'était à dire, on innonde la zone de merde, on crée de la polémique permanente tous les jours, donc Trump s'était détruit et des insultes permanentes, antisémites, on réhabilite Pétain. On dit que Dreyfus n'était pas vraiment innocent, on pointe un journaliste avec une arme, on fait absolument tout n’importe quoi, du dégueulasse, du crado tous les jours, et on sait que c’est ça qui va produire l’information parce qu’il y a un écosystème médiatique qui est tel que des chaînes d’information continuent, même si elles n’ont pas d'énormes audiences, en fait, dicte l’agenda médiatique et contamine en fait jusqu'à la presse papier la plus respectable. Donc il y a un continuum que Éric Zemmour a tout à fait compris parce qu’il est lui-même issu de ça, c’est sa profession, il connaît très très bien. Et ce qui est intéressant aussi c' est que, y compris par rapport à la hiérarchie et la manière dont est construite l’information, on parle beaucoup notamment des rapports de force entre les petites mains qui produisent l' information et les stars. Notamment l’audiovisuel, c’est que Éric Zemmour, c’est quelqu’un qui est issu de ce réseau là aussi. C’est le racisme bon teint, c’est pas la famille Le Pen encore une fois. C'était quelqu’un qui était en dîner en ville avec les stars de l’antenne qu’il tutoie, donc il est moins menaçant pour ces gens-là, voire il rejoint des dimensions idéologiques très fortes. En fait, il y a dans beaucoup de médias, dans les chefferies, des gens qui peuvent partager les constats idéologique de Zemmour, tout en disant que peut-être les solutions sont pas les bonnes. Donc ça aussi, c’est un point de rupture qui me paraît important de souligner. Y compris pour ne pas banaliser Zemmour dans la trajectoire de la banalisation de l’extrême-droit dans les médias. C’est un petit peu ces nouveaux combustibles de la fable de la grenouille en fait. À chaque fois on trempe un petit peut, il y a l’eau du bain, donc du système médiatique qui se réchauffe, qui nous habituent à toujours plus de haine, d’ignominie, et Eric Zemmour c’est celui qui est en train de nous faire monter en température et nous habituer à des choses absolument dingues. Et juste pour terminer là-dessus, je trouve que l’analyse de cette séquence est aussi extrêmement intéressante sur l’incapacité de la profession. On le savait déjà, mais à regarder en face cette réalité-là, à analyser ce qui se passe, à se responsabiliser sur le traitement de l’information et sur notre rôle d’acteur là-dedans. Je parle de notre rôle en tant que journaliste. La candidature Zemmour a été entièrement fabriquée par les médias. Aujourd’hui en poussée. Il est monté aussi haut dans les sondages parce que les médias en ont parlé, on connaît cet effet cliquet et aujourd’hui il est peut-être possible, je n’en sais rien, on n’utilise pas les sondages à Mediapart mais il est possible que ça retrouve une attente dans l'électorat. Et finalement cet effet de cliquets en fait produise une vraie réalité électorale ou politique. Et donc l’incapacité de la réaction de la profession elle est… Extrêmement intéressante aussi si on met en parallèle avec ce qui s’est passé aux États-Unis quand il y a eu l'élection de Donald Trump la plupart des médias on dit aux Etats-Unis oh là là on l’a pas vu venir, c’est incroyable, et on sent qu’on est dans un dispositif comparable c' est à dire que les mêmes qui ont pris le jeu d’Eric Zemmour depuis la principalement la rentrée 2021 sur ce phénomène de campagne seront les mêmes et qui viendront si demain il y a catastrophe, ou après demain en fait, parce que la catastrophe elle est malheureusement en route, viendront dire qu’il faut changer les pratiques médiatiques etc. Donc en tout cas moi je porte un regard extrêmement sévère là-dessus et je trouve qu’encore tant de s’interroger là- dessus mais malheureusement le train est parti.
00:29:30Audio
Oui, la question est un peu lente, sinon juste comment on restaure aussi la confiance ? Emmanuel Vire, SNG. Comment on arrive à restaurer la confiance alors qu’aujourd’hui, une partie du jour…
00:29:42David Dufresne
Bien à chaque fois.
00:29:43Audio
C’est une petite partie en ce qui concerne les journalistes. Les journalistes étant à la solde des pouvoirs, alors qu’une très très large majorité des journalistes, heureusement, heureusement font leur travail tous les jours, et consciencieusement, vraiment. On le voit tous les jours mais c’est un petite partie qui du coup, malheureusement, envahit tout le reste. Donc, comment redonner cette confiance-là, par rapport au public ? Notamment, c'était une première par rapport aux publics. Alors, pour nous, il n’y a pas de secret, il faut redonner le pouvoir aux rédactions. Et redonner pouvoir aux rédactions, c’est pas de manière exorbitante, je dis ça pour pas que le journaliste en plus ait des pouvoirs exorbitants dans la rédaction, mais qu’il ait une juste proportion de son travail, ça veut dire comment aujourd’hui le journalisme est en capacité de dire non. Tout journaliste aujourd’hui est peu dire non, puisqu’il a un droit d’opposition individuel. Sauf que c’est un peu faiblard puisque le rapport de force, quand on est tout seul, vous le savez aussi bien que moi, c’est compliqué. Donc nous au SNJ, ce qu’on revendique, ce que l’on pousse, c est l’instauration d’un droit collectif, d' un droit d’opposition collectif. Qu’on appelle l’indépendance juridique de l'équipe rédactionnelle. Alors c' est un grand truc, ça veut dire comment on arrive à doter la rédaction d' un pouvoir juridique, véritablement, qui s’oppose à toute pression, d’où qu’elle vienne, déjà à l’intérieur de l’entreprise, puisque la plupart des entreprises de presse sont des sociétés, donc comment on empêche les actionnaires de se mêler de la rédaction, et comment aussi d’un point de vue d’extérieur, on met à la pluie la réaction des pouvoirs politiques, économiques, et quel qu’ils soient. Donc, nous, c’est quelque chose qu’on essaye de pousser depuis des années, et on en a parlé récemment lorsqu’on a été encore auditionné au Sénat, parce qu’il y a aussi toute cette question l’en-silent de la concentration des médias. On en à parlé tout à l’heure avec Bolloré. Bolloré va avoir dans ses mains le monde médiatique et le monde de l'édition. C’est quelqu’un qui va faire l’appui le beau temps demain sur tout ce qu’on regarde et qu' on lit. Ça reste quand même un peu préoccupant, quand même.
00:32:04Audio
Le problème, quand on dit la profession, c’est quelle profession, et qu’est-ce qu’il en reste pour nous ? Parce que la thématique, Emmanuel vient de parler de la thème de la concentration. Nous au SMJCGT, vous imaginez bien, c’est une thématiques, ça fait 15 ans, moi je suis secrétaire général, ça a fait longtemps déjà, ça fait 10 ans, il y a 10 ans c'était déjà au cœur de nos documents d’orientation. Ce qu' il faut comprendre c' est, LVMH Les Échos, c est 2007. La presse quotidienne régionale rachetée par les banques, c’est avant. Enfin, voilà, donc c' est une thématique qui est prégnante, présente depuis longtemps. Qu’est-ce qu’on nous a dit, nous, pendant dix ans, qu' on a porté cette thématique de « les milliardaires doivent pas posséder la presse ». Évidemment, quelqu’un qui dépend de la commande publique ne peut pas avoir des médias. Et ça, c est Bouygues, c est Dassault, avant d'être Bolloré. Bon, qu’est-ce qu’on nous a dit, nous, pendant dix ans ? Ah ouais, mais vous savez, s’il n’y a pas les milliardaires, la presse, elle est morte. Il y a qu’eux qui peuvent mettre de l’argent. C’est quoi le résultat dix ans après ? Une casse sociale sans précédent chez les journalistes. On est passé de 39 000 à 35 000 cartes de presse en 10 ans. On a une profession écartelée, écrasée, précarisée, avec 30 % de précaires. Donc oui, Emmanuel a raison, les journalistes veulent souvent, sûrement, et essaient de faire leur métier consciencieusement. Mais déjà, ils n’en ont plus les moyens la plupart du temps. Les expressions, elles sont diverses, c’est le journaliste couteau-Suisse, le journalisme Shiva. Enfin maintenant, quand vous êtes en rédaction, on vous demande de tout faire. Moi par exemple, vous savez, une rédaction, c’est vraiment, alors c’'est vertical, hein ! Parce que les chefferies, c´est là où je parlais du lien de subordination. On est vraiment des salariés, hein. On n’est pas, quand on est permanent dans une réaction, vous allez pas dire, je décide ce que je fais, ça se passe pas comme ça. À part évidemment dans les rédactions qui peuvent être proches de nous, et encore. À partir de ce moment-là, il faut que l’indépendance juridique des équipes rédactionnelles, que vient de dire Emmanuel. Ça a été un colloque tenu par l’ensemble des syndicats de journalistes en 2008. Nous lançons cette idée, vous voyez, et on se retrouve en 2022. Avec là, c’est vrai qu’on manque le cliquet puisque là, on a un milliardaire qui a une vraie visée politique, clairement. Mais monter des opérations contre Bolloré, évidemment, Ça va être capital en ce moment. Mais c’est l’ensemble de la concentration. Ne doit plus être possédé par Bouygues. Ou alors, ou alors, et c’est là pour terminer, évidemment en accord aussi avec Emmanuel Poupard, redonner du pouvoir au journaliste dans les Et on n’en a pas !
00:35:11David Dufresne
Du SNJ.
00:35:13Audio
Juste avant le départ d’Hollande en 2016, dit bien dans son article 1 que oui, tout journaliste peut refuser des pressions, peut refuser d’une article. D’accord, très bien, mais la suite c’est en accord avec la charte déontologique de son entreprise. Vous imaginez qu’on doit négocier des chartes déontologiques chez Bolloré ? C’est le rapport de force, c' est comme d’habitude, c est ce que je vous disais dans ma première intervention. Donc, indépendance juridique, c qui est réactionnelle, porté depuis 13 ans par les syndicats. Et surtout, réforme totale des aides à la presse. Plus, d’aides directes pour les milliardaires. Déjà. Enfin, le monde de Figaro c’est quasiment 20 millions de dettes directes par an. C’est un chèque. C' est un virement de l'État avec nos impôts. Et par ailleurs ils ont le taux de TVA réduit, ils ont l’aide postale, d’accord. Ça c' est les aides indirectes. Mais on voit bien ! C’est des thématiques qui sont portées depuis très longtemps. Et moi alors, en plus je suis devenu un de ces salariés donc ça c'était plus compliqué peut-être, mais Bolloré va nous permettre, j’espère, de enfin dire qu’il nous faut revenir au programme évidemment du CNR, et je vous rappelle c'était un homme à média à l'époque, un homme, un média. Comment on se positionne aujourd’hui face à ça ? Ce n’est plus les mêmes médias, il y a internet, il y a la télé qui s’est développée, on est d’accord. Mais évidemment renforcer considérablement la loi de 86 sur la concentration, évidemment. Et si on ne fait pas ça, nous, il faut nous redonner du pouvoir dans les rédactions.
00:37:06Audio
Oui, peut-être réagir dans le prolongement à ça, comment dire, sur les propositions de renforcer l’audiovisuel, alors pas de se contenter de l’existant, mais en tout cas ancré à un fort puisqu’il est sous le coup d’une double menace, ça, évidemment, ça fait partie des propositions d' Acrimed, de même que sur les concentrations, de même les aides à la presse, et le statut juridique et le pouvoir aux rédactions, je l’ai dit en introduction, ce n’est pas nous qui allons dire le contraire, simplement, et je veux quand même insister là-dessus, parce que je n’ai pas eu de réponse et je pense que c’est là-dessus que je vais répondre…
00:37:55David Dufresne
J’ai eu un échange d’e-mails avec Poutou, il va revenir au poste dans les semaines qui viennent.
00:38:31Audio
Ce qui nous intéresse le plus dans le cadre d’une campagne présidentielle et qui est celui qui, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, contribue très très nettement et ce depuis très longtemps à la banalisation de l’extrême droite. Donc c’est complètement dans le sujet. Je ne suis pas sûre, enfin, ou en tout cas, je pense qu’on aurait besoin soit de réactions publiques, j’y insiste, beaucoup plus fréquentes, beaucoup plus massives, beaucoup plus convaincantes. Je me rappelle de ce communiqué que t’as mentionné, Emmanuel Vire, mais c'était en juin et je pense que sur les trois mois, voilà, on a été en manque aussi de réactions face à ce que Antton aussi rappelait, c’est-à-dire un déferlement et une construction qui était, enfin en tout cas, nous, même en tant qu’observateurs assidus, on n’avait jamais vu, donc il faut le redire que ça a été un moment de parasitage absolu. Donc, sur le journalisme politique, voilà, on a des journalistes qui se filment, ou en tout cas qui sont filmés en train de parler de leurs pratiques, ce n’est pas convaincant, des journalistes, encore une fois, pas haut placé à France 2, des journalistes pas haut-placés sur BFM, etc., ou encore une-fois, je pense qu’on gagnerait à avoir une, une, des, je sais pas, je dis des états généraux comme ça, mais en tout case, sur la pratique du journalisme, parce que je ne suis pas sûre du tout que les critiques que porte Acrimèd et que les diagnostics qu’on pouvait faire sur la pratique du journalisme soient totalement acquis et je pense que ça manque, de même que sur les sondages. Voilà, dans la presse, on a vu des choses intéressantes se passer, avoir recours aux sondage, pourquoi, comment, etc. On voit que tout un tas de médias soit ne se sont pas sentis concernés, le parisien avait décidé de ne pas le faire à basculer dans la consommation et la publication accrues de sondages, voilà, c’est pas stable. On gagnerait en tout cas à avoir quelque chose de public, de massif, et pas qu’entre concernés, c’est-à-dire pas qu’entre journalistes, sur cette question qui me semble fondamentale et qui articule aussi toutes les autres.
00:40:58Audio
Excusez-moi. Mais je te rejoins, tu le sais en plus, il y a un élément qu’on n’a pas abordé, qui pour nous au SMJCG est très important. Clairement, on a des journalistes qui ne sont pas représentatifs de la société française. Il faut le dire. Évidemment. On a des journalistes issus des CSP+, en grande majorité. On n’a peu de populations racisées. Enfin, on le sait. Je vous ai donné des chiffres sur la casse sociale, je voulais parler de ça mais j’ai oublié de tout à l’heure, mais le seul élément positif, comme on dit, toujours, et on n’est pas que la seule profession concernée, je vous ai donner des chiffre sur la case sociale, la précarité, etc. On vous dit, ça y est, on va bientôt arriver à 50 % de journalistes femmes. C’est bien, on doit avoir la précarité, donc on va avoir plus de précarités. En fait, c’est comme dans tous les métiers. Donc non, là où je pense qu’il y a beaucoup à faire. Effectivement, c’est aussi dans les écoles de journalisme, les formations qui sont données, enfin tout ça, on est d’accord, mais surtout avoir des journalistes qui sont à l’image de la population.
00:42:20Audio
J’ai juste 30 secondes, moi j’ai quelque chose à dire concernant le pouvoir aux rédactions. C’est, comme je veux dire aussi, rendre le pouvoir en rédaction. C'était aussi redonner à chaque journaliste du sens dans son métier. Parce qu’en effet, il y a une question de formation des jeunes journalistes dans les écoles. Mais aujourd’hui, malheureusement, il y a de plus en plus de grands frères et de consœurs qui s’en vont des rédactions. Deux mêmes. Il y a un sociologue des médias qui s’appelle Jean-Marie Charon qui a fait un bouquin là-dessus. Ils quittent la profession de journaliste, de plus en plus. Alors ça veut dire qu’il y a quand même un problème dans la profession. Ça veut dire que, au départ, dans la prof, c’est quand même une profession qui est quand même plutôt sympa, enfin qui est attirante pour faire des choses vachement intéressantes, et bien en fait, c'était des gens qui s’en détournent. Donc là-dessus, évidemment, ça nous interroge.
00:43:10Audio
Je vous redonne la parole et puis après on prendra un tour de discussion.
00:43:16Audio
Je voudrais revenir sur la question de l’autocritique et finalement aussi la question de la formation, sur peut-être la nécessité d’engager une réflexion, une formation à l'éthique, parce qu’il me semble qu’on peut très bien porter les idées d’extrême droite sans y adhérer. Je pense que par exemple, suivre Zemmour à un salon où effectivement il va pointer son flingue sur les journalistes. En fait, il devrait, selon moi, ne même pas y avoir de journalistes. Je trouve que c'était même pas encore un candidat. Est-ce qu’il faut tomber systématiquement dans le piège que tant des gens comme lui qui savent extrêmement bien comment fonctionnent les médias ? Est- ce qu' il faut répondre à ces invitations ? Est- il faut donner un écho, au moindre fait des gestes ? Nous, quand on a écrit cette tribune, en octobre, c'était chaque jour une nouvelle. Chaque jour, Zemmour à la plage, Zemmour a la piscine, c’est insupportable. On le voit tout le temps en permanence dans notre quotidien et tout d’un coup, plus on le voit, plus ça devient normal qu’on ait une politique, que ce soit lui, que ce soient Marine Le Pen et ses chats dans je ne sais plus quelle émission de M6 Il y a un moment où, non, c’est juste pas possible, donc il faut se poser la question de savoir si on tombe dans le panneau, on répond aux invitations, aux sollicitations de ces personnages politiques, si on débat avec eux, et puis surtout, pourquoi est-ce qu’on ne leur offre pas, enfin on ne leur donne pas une contradiction ? Parce que ils sont laissés comme ça en roues libres sur des plateaux, à déblatérer des propos insupportables, les plus provocants, les plus nauséantes possibles, sans que personne ne leur coupe le micro, sans que personnes ne leur apporte la moindre opposition. Donc là, on a vraiment, à mon avis, besoin d’une réflexion et peut-être une formation à l'éthique sur ce qu’est un journaliste, sur le rôle du journalisme. Sur la possibilité de trouver des alternatives à ce rouleau compresseur.
00:45:40Audio
Juste, rapidement, avant de répondre à vos questions, sur l’incapacité à formuler une autocritique, y compris en débattre collectivement, etc. Je pense que, moi, il y a un vieux réflexe journalistique qui est d'être sur la défensive, de dénoncer des vérités, d’être incapable de revenir sur son propre travail derrière, mais je pense que le cas Zemmour est encore plus emblématique de ça, encore une fois, c’est le produit d’un système. Donc déconstruire la manière dont on en parle, c’est aussi revenir sur des pratiques journalistiques, mais beaucoup plus profondes. Il ne s’agit pas de dire, est-ce qu’on a servi la soupe à Marine Le Pen, on aurait peut-être pu lui poser telle ou telle question. Là, c´est beaucoup plus profond et ancré que ça. Si, je pense que certains journalistes, notamment journalistes politiques, sont bien que si si on en vient à interroger vraiment les fondements mêmes qui ont fait Cette séquence politique et médiatique, c’est peut-être un retour d’expérience sur 30 ou 40 ans de journalisme politique. Encore une fois, Zemmour n’est que l'émanation de ces pratiques-là. Donc je pense que ça rend encore plus compliqué que d’habitude la possibilité de faire une autocritique. L’autre chose que je vois, et là je rejoins la question de l’organisation des rédactions, c’est que pour le coup, il y a des réactions individuelles, il ya des gens qui sont en souffrance face à ça, y compris dans leurs propres médias, qui n’adhèrent pas, mais qui n’ont pas la capacité de réagir. Je trouve que c’est d’ailleurs assez symptomatique, la seule initiative de SDJ, donc de société de journalistes qui a eu dans cette séquence-là, c'était en novembre. C'était la SDJ de Mediapart, on était à l’initiative de ça, parce qu’une de nos journalistes, qui couvre l’extrême droite, était menacée de mort et de viol. Sur des vidéos YouTube de la fachosphère de proche de l’entourage de Zemmour et donc nous on réagissait en tant que journaliste et de la rédaction mais on s’est dit on peut pas rester sable c’est déjà pour notre collègue et puis pour tout ce qui est en train de se passer dans le pays on est en train de la l’encore de de montant gravité et on peut ne pas s’habituer à ça et on a été donc on a on a proposé un texte qui est extrêmement consensuel parce que l’idée était de de rassembler le plus largement dans les rédactions et de provoquer un électrochoc en nommant des choses simplement Zemmour est d’extrême droite ce qui n’est même pas une évidence pour tout le monde. Là où on a été surpris, c’est qu’il y a eu une adhésion extrêmement massive, du SDJ. Ce qui n'était jamais arrivé, surtout à l’initiative de Médiapart, il faut bien voir que dans cet écosystème-là, on n’est pas central, même si on est un média important, mais on n’est pas du tout, et on est extrêmement décrié dans beaucoup de rédactions, mais là, il y a eu un aliment, finalement, de pas mal de SDJ, et je pense que, aussi, dans certaines rédactions.
00:48:38David Dufresne
SDJ ça veut dire Société des journalistes.
00:48:42Audio
Une possibilité pour des confrères d’autres journaux finalement par ce biais là. Mais c'était une tribune extrêmement réduite, je le concède, et d’ailleurs qui n'était fondée que sur une attaque de journalistes, et on l’a vu là récemment, à Radio France aussi, qu’il y a eu une réaction de la SDJ parce qu' il y a des attaques, notamment contre l’audiovisuel, etc., d’eric Zemmour, et donc la réaction des SDJ n’est que fondée sur la base d’une attaque. Tout ça pour dire que la question de l’autocritique, à mon avis, elle viendra d’abord des débats dans la société, de la manière dont on arrive à les articuler pour ensuite envahir les rédactions.
00:49:26Audio
Juste une petite chose, parce que quand je prends la parole après je m’arrête plus. L’autocritique, je pense qu’elle doit aussi être, je me permets de te répondre, elle doit aussi dans les rédactions au quotidien. Mais malheureusement, l’autocritique au quotidien, certains confrères ont oublié, enfin oubliés, ou les réactions en chef ne le mettent plus en avant. J’ai entendu tout à l’heure c’est comment on fait aujourd’hui, on critique le journal d’hier ou l'édition qui est passée. Moi je trouve que c'était un exercice qui est extrêmement sain et le problème c’est qu’on le fait quasiment plus dans les rédacs. Chez moi on le fait plus, on dit alors d’arrêter. Et parce que le souci auquel on est confronté aujourd’hui, c’est qu’on ne parle plus d'éthique dans la profession, de déontologie. Ça c' est un problème. Pourtant on a des chartes d' éthique et des charte de déontologie qui régissent la profession. Mais voilà, elles sont un peu à géométrie variable, il y a eu cette fameuse tentative de la loi Bloch qui voulait instaurer une charte pour tout le monde mais il y a aussi des possibilités de faire des chartes d’entreprise, mais il y a vraiment une charte d’anthologie journalistique d’entreprise. Ça veut dire que quand on sort de son département, il y aura un autre code de la route. Mais non, le code de route, c’est le même pour toute la profession. Donc, le code de la route, c’est tune charte de l'éthique commune. Donc nous, ce qu’on souhaite au SUJ, c’est d’avoir une charte de l’éthique commune qui soit indexée à la convention collective, que ça soit opposable aussi aux employeurs. Parce que la déontologie, on doit se poser des questions au quotidien dans les rédactions. Alors, à l’initiative de SNJ et d’organisation, je sais que la profession n’est pas forcément unanime sur ce sujet-là, on a créé une instance nationale de déontologies qui s’appelle le CDJM, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation. Qu’est-ce que c’est que ça ? Alors, des instances de déontologie, il en existe dans d’autres pays. Francophones comme le Canada, le Québec, le Canada et la Belgique. C’est une instance tripartite. Qui représentent tant du public. Et d’autres de ces trois collèges-là qui se saisissent, qui sont saisis ou s’auto-saisissent de dérives déontologiques de traitement journalistique. Vous pouvez aller voir, il y a un site internet du CDGM qui rend des avis. Et rien que ça, déjà, dans la société, ça peut commencer à faire bouger les choses. Alors, bon, le souci qu’on a, c’est que partie de la profession n’adhère pas. Je sais qu’un confrère de SGCGT n’adhère pas au CDJM. Nous, on a été membre fondateur du CDJL. Et on considère que c’est pas suffisant, mais c' est déjà un échelon. Ça y est, ça va tourner la réunion de cellules. On doit remettre la déontologie au sein de la prof, que le public s’en appart également. Puisque c’est un sujet qui a complètement disparu, malheureusement, des élections.
00:52:28Audio
On va commencer par le public, ici.
00:52:31David Dufresne
Bien..
00:52:39Audio
C’est une vieille organisation, le mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. Je crois qu’on a notre place aujourd’hui ici. Il y a un problème, nous le MRAP on fait des conférences de presse, on envoie des communiqués de presses, ça disparaît dans la nature. Je ne vous mets pas en cause, je mets en cause le système qui fait qu’aujourd’hui il y a tout un plan du débat démocratique qui part dans les nuages. Ça nous pose un vrai problème. La concentration, comme on a parlé tout à l’heure, plusieurs fois de la concentration on est signataire d’un appel, qui s’appelle Stop Bolloré. Mais je vais pas revenir sur cet appel, vous en avez sûrement déjà parlé tout à l’heure. Par rapport à ce que tu disais Emmanuel, sur le droit, un droit de conscience en quelque sorte que tu décrivais, la difficulté c’est qu'à partir du moment où tout est concentré entre quelques mains, si t’es obligé pour une raison ou une autre de quitter la rédac, ça de ta côté c' est le même patron. Et ça, ce danger-là de la concentration, il faut vraiment que vous le pointez du doigt parce qu'à partir du moment où il n’y aura qu’un seul patron, qu’une carte.
00:54:32Audio
Un intérêt très court, je vais juste citer trois faits qui interprètent tout le monde. D’abord, un rapport qui démontre que l’immigration a un apport positif sur le plan économique. Un deuxième fait, ce sont les chiffres de la sécurité. On sait très bien que la sécurité a peut-être augmenté sur les biens, mais elle est tout à fait stable sur les personnes. Je fais référence au débat qui a eu le débat drôlatique d’ailleurs, avec l’Ardennes et l’autre. Et le troisième, alors les Pandora Papers, alors ça, ça a été fait par des journalistes. Alors, la question que je pose, c’est comment tous ces éléments qui sont quand même fondamentaux ne sont pas repris de manière pérenne, de façon à ce que ça interpelle un peu la plupart des gens. Alors, il n’y a pas que fait peut-être, mais on n’entend plus parler. Ils peuvent répondre à des pères, seulement les parler aux médias sociaux, ils en reparlent de temps en temps. Une logique à mettre sur la table pour faire en sens sur des problématiques qui sont au cœur de la campagne, qui pourrissent la campagne, ne soient pas systématiquement mis à la portée du raisonnement de tout un chacun.
00:55:51Audio
Alors je vais faire court, je vais essayer d'être simple, en fait, je voudrais poser une question verte aux personnes journalistes, puisque je ne suis pas un journaliste et ça fait partie des questions que je me pose, c’est toute la numérisation. Parce que par exemple, on a eu un investisseur de Facebook qui a rejoint le clan Trump, toute cette sur-concentration au-delà des médias traditionnels. Et la manière dont ça change avec tout ce qui était issu de la presse papier, des presses un peu plus radiophoniques ou télévisuelles. Et il y a peu de temps, je regardais une conférence de Gérard Berry, un informaticien de l’ancienne génération, à l'époque où il y avait un travail sur l’informatique française, l’apparition d’Internet. Je suggère, c’est une simple suggestion, vraiment une question verte. Le titre de la conférence qui a été donné il y a quatre ans à l’université de Strasbourg, il dit pourquoi l’informatique met le monde à l’envers. Et sur le rapport, on entretient avec l’outil informatif. Justement, il explique que l’informatique n’est pas un outil, mais une manière de penser. Et il y a tous ces algorithmes aussi, et je pose la question de l’Internet public aussi, par rapport à l’indépendance journalistique. Puisqu’aujourd’hui, là on le voit avec toutes les manifs qui ont lieu actuellement et les confusions ambiantes. Chacun doit être son propre média, donc les questions se posent les profanes, d’où qu’on ne prenne plus les lignes politiques qui sont défendues. À chaque fois, on pense à oui, mais c’est idéologique, alors que tout est politique. Et donc c' est cette question et le rapport qu' on entretient avec la numérisation de tout aussi. Et je suggère vivement, pour bien insister, Gérard Béry. Pourquoi l’informatique met le monde à l’envers ? Voilà, je le suggère, c’est une question ouverte.
00:57:42Audio
Est-ce que je peux juste intervenir sur cette question officielle-là qui est intéressante ? Allez-y, répondez. Sur la question des réseaux sociaux et des algorithmes, c’est le poids des réseaux sociaux aujourd’hui. C’est-à-dire que, irrémédiablement demain, ce sont les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux n’envoient pas de journalistes. Il ne faut qu’on reprenne ce qu’ont produit aujourd’hui au quotidien. Une autre valeur, en fait, cette valeur-là. Mais par contre, c’est les premiers à vouloir censurer. Donc de quel droit est-il censuré ? Et la question des algorithmes, vous l’avez bien dit, c’est que je choisis en fonction, donc je distribue ce que je veux. Mais là, c’est un danger aussi sur les démocraties, donc, je ne vais pas faire long, parce que ça pourrait prendre des heures sur la question de réseaux sociaux et des GAFAM, mais ça doit nous interroger sur le fonctionnement de nos démocraties et comment on arrive à réguler aussi la question des réseaux sociaux.
00:58:37Audio
Je peux juste répondre sur la hiérarchie de l’information, je pense que ça c’est un point clé dans la compréhension aussi de la pénétration des idées d’extrême droite dans les médias, c' est que la promotion de Zemmour, par exemple, ce n’est pas simplement la promotion du candidat Zemmour, c est la promotion et la mise à la une des thématiques. Et on ne peut pas analyser simplement, par exemple, les rapports. Informationnelle avec l’extrême droite, simplement sur en disant BFM TV donne 15 % de temps de parole à Zemmour, 15 % à Le Pen, 15 % au Mélenchon, même si ces chiffres sont parmi leurs en plus déséquilibrés. Mais il faut également analyser les thématiques qui sont posées au cœur du débat public par les médias et les choix éditoriaux qui sont faits, c’est-à-dire parler pendant trois heures des Pandora Papers et pendant six mois du grand remplacement, c’est un choix politique éditorial dans les rédactions. Je ne sais pas si vous vous souvenez, au moment de la primaire écolo, et c'était au moment, c' était assez intéressant à réaliser, c'était au moment que cette séquence politique au médiatique-là, pendant la primaire écolo il y a eu un débat qui était sur France Inter et le Monde, Et surtout au moment où il y a le plus de téléspectateurs et d’auditeurs, c’est-à-dire au départ, je crois que c'était, je n’ai plus les proportions, mais c'était pendant une heure, c’était énorme, sur les questions de sécurité et d’immigration et de la cécité évidemment, parce qu’on lit ces thématiques là. Et donc là ça fait scandale dans la profession, les gens en ont beaucoup parlé, peut-être pas publiquement mais il y avait des gens qui étaient extrêmement mal à l’aise avec ces choix-là. D’ailleurs LCI qui est venu ensuite à communiquer sur le fait qu’eux, ils allaient parler un peu d'écologie et d’environnement quand même. Donc c’est quand même là aussi assez intéressant mais c'était là pour dire que la contamination, c’et à dire qu’on parle beaucoup de ces news. On parle beaucoup de la concurrence BFM Cnews et il ne faut pas négliger aussi derrière les questions d’ordre capitalistique, actionnal, derrière ces logiques-là. Je rejoins une intervention sur la table en précédente, il n’y a pas juste des logiques concurrentielles, il y a des logique idéologiques, mais il faut aussi analyser la manière dont ensuite ces sujets-là contaminent le débat public. Dans la presse papier, au sein du service public. Par exemple, il y a un an, un documentaire qui était prévu sur France 3 par une journaliste chroniqueuse de Valeurs actuelles, Charlotte Dornelas, a été, finalement la direction a décidé de ne pas le diffuser. Et bien aujourd’hui, le directeur des programmes de France Télévisions, un ancien du cabinet Cécile Duflot, donc quelqu’un qui vient en théorie plutôt de la gauche, a confirmé que Mathieu Bock-Côté qui est le remplaçant de Zemmour chez CNews, allait effectuer un documentaire sur la campagne présidentielle pour France 5. Donc il y a bien des évolutions. En un an, on voit bien qu’on est passé de quelque chose d’inacceptable sur le service public à quelque chose d’acceptable, encore une fois, au nom du pluralisme, toutes les opinions se valent, aujourd’hui on a des émissions publiques, des émissions politiques sur le services publics où on parle de grands remplacements. En l’interrogeant certes, en disant une prétendue théorie alors qu' on sait que c’est une idéologie qui est à la base de notamment l’attentat de Chris Church. Donc voilà, la responsabilité et le choix, les choix éditoriaux au-delà de la promotion de candidat, elle est évidemment fondamentale au cœur du questionnement.
01:02:23Audio
Oui, je veux bien compléter de nouveau cette question d’envahissement, de questions d’extrême droite sur le devant de la scène. Et je vais parler de quelque chose que j’ai couvert toute la crise COVID d $ Et on constate une porosité de l’extraite droite et on le voit avec Filippot on l’a vu avec Le Pen, on l’est vu avec Zemmour, une grande porosité de l’extrême droite et des idées complotistes par rapport au traitement illusoire, par rapport aux modes de transmission, par rapports à la genèse du SARS-CoV-2. Et par là même, je pense qu’on peut effectuer des parallèles entre des constructions médiatiques telles que Zemmour, mais Raoult de l’autre côté, et toute cette sphère qui est finalement extrêmement poreuse au sein d’une complot sphère, fachosphère sur les réseaux sociaux, on le voit bien. En donnant ces micros, aussi bien à des politiques que des pseudo-scientifiques, on est arrivé dans une espèce de situation où plus on est fait vrai, plus on en est faux en matière de santé. On se retrouve avec des convois de la liberté complètement hallucinants, et puis avec des modalités de pensée qui se rapprochent, qui sont aussi un fascisme de pensées dans la mesure où on ne protège plus l’autre, dans l’action qu’on n’est plus à visée sociale en fait, et on se perd complètement pied avec des théories eugénistes, enfin, voilà.
01:04:17Audio
C’est à moi que je crois. J’ai l’impression qu’on tourne beaucoup de la question de qui possèdent les médias et vous avez pas mal parlé de comment limiter la concentration des médias et je me demandais est-ce que vous pensiez d’autres domaines de financement alternatifs, pense-t-vous de propriétés alternatives comme les coopératives, je sais pas si c’est des choses que porte le SNJ et si vous voyez des manières un peu de porter ça politiquement, de généraliser ce genre de financement qui permettrait de limiter des Bolloré et autres.
01:05:02Audio
Il faut agir sur les deux plans. D’abord, il faut évidemment agir sur la loi pour que ces milliards-là ne puissent pas posséder X médias. Clairement, premier point. Ça passe par les lois, réformer la loi de 1986.
01:05:19David Dufresne
Donc on ne pourra pas faire de filiale d’au poste.
01:05:22Audio
Deuxième point, ce que t'évoques le financement, ce que j’ai dit tout à l’heure, pour nous au SMJCGT, en gros, l'État donne 6 milliards d’euros par an pour l’information et les médias publics, l’AFP, les aides à la presse, vous êtes à entre 5 et 6 milliards d’euros par an. C’est des chiffres connus. Vous avez plus d’un milliard d’Euros d’aides indirectes et directes par exemple à la Presse écrite. Évidemment qu’il faut réorienter ces aides vers les médias indépendants. Ceux qui ne bénéficient pas de mannes publicitaires parce qu’en plus il y a plusieurs possibilités de créer des entreprises de presse avec des statues, soit coopératives et évidemment le développer au maximum. Mais nous on n’est pas pour dire qu’on doit couper les aides à la presse, non, on doit les réorienter vers ceux qui en ont besoin, tout simplement. Et on pourrait évoquer la situation par exemple du Ravi à Marseille, qui fait un magnifique travail. Là qui vient de lancer une pétition, parce que tout le monde était ravi. Enfin, j'étais ravi d’ailleurs, on est à la fin à l’empire Gaudin. Le printemps Marseillais, c’est génial, le printemps Marseillais pas une subvention au Ravi, journal satirique d’information indépendante de la région PACA. Ils ont rien donné en 2021, alors qu'évidemment, ils sont dans la Provence, ils sont partout. Par les petites annonces, par les annonces légales, etc. Le Ravi, zéro. Alors oui, ils ont un peu aidé la Marseillaise pour éviter qu’elle crève. Enfin maintenant, la Marseillaise n’est plus que sur le département des Bouches-du-Rhône en gros. Donc voilà. Et ça, c’est du rapport de force et c’est dans la société qu’on va tous le gagner. Et c' est pour ça que moi, je suis très content. Enfin, je ne suis pas très content qu’il y ait Bolloré. En plus, je l’ai comme employeur. Très content qu’il apparaisse comme un ordre. Moi je le dis clairement et c’est un peu ma divergence avec Anton, qui a l’air de faire un moment des trois mois de la pré-campagne Zemmour qui a été créé par le service public, après avoir été éditorialiste pour la droite classique au Figaro, c'était quand même Ruquier qui nous l’a mis. Moi, je crois pas qu' il y ait un espèce de moment là qu’on ait eu de momentum, etc. Je pense que cette dérive on l’a depuis très longtemps, alors oui on a Bolloré là, mais Franchement, autocritique des journalistes, oui, sur l’autocensure des journaliste, moi c’est ce que j’ai dit quand je suis intervenu au Sénat, dans mon groupe, premier groupe de presse magazine, qui n’a moins d’intérêt politique qu’une chaîne d’infos, évidemment radio, mais qui influe beaucoup, beaucoup sur le public. Quand vous avez femme actuelle, que vous avez voici, que vous avez gala, parce que c’est aussi quand même cette presse-là qui a fait par exemple la candidature de Macron en 2017, je crois que c'était 13 couvertures dans mon groupe, de Brigitte, de lui, et compagnie. Donc les manipulations ne sont pas aussi, ne sont pas que pour l’extrême droite. Il n’y a aucune brutalité de Bolloré dans mon groupe. Dans mon groupe il y a le magazine Capital, et que nous c’est d'être indépendant des grands groupes. Et donc il s’est tapé plein de procès contre Bolloré et les entreprises du groupe Vivendi, que ce soit sur ses affaires africaines, etc. Je vous invite à regarder, depuis la date du rachat de Prisma Media par Vivendi le 1er juin, il n’y a plus un article sur Vivendi ou Bolloré. Mais il n’a rien dit, il a rien fait. Il n’est pas intervenu, mais ça je vous le dis, il est pas intervenue. C’est les journalistes eux-mêmes qui ont décidé. De ne plus parler de lui parce que ça allait poser problème.
01:09:46David Dufresne
C’est un point important, l’autocensure.
01:09:49Audio
Alors d’abord, c’est une journée très impressionnante, je tiens à remercier tous les intervenants. Vous parliez tout à l’heure des GAFAM, et en fait, moi c'était ce qui m’a manqué un peu dans cette soirée, dans cette journée je veux dire. C’est que je suis un petit peu étonné qu’en 2022, concernant l’information, la circulation de information et l’influence de des raisons d’information sur l’activité politique.
01:10:22David Dufresne
Je pense que demain, on fasse un petit débriefe éventuellement. Debriefs de la journée et préparation de l'émission de l’interview de Sébastien Jumel.
01:10:33Audio
Tu arriveras lundi à 9h, au poste. Est-ce que ça vous dit de venir au poste demain un peu avant midi ? Une petite heure. De la diffusion des idées de droite, notamment en rappelant qu’en 2004 ou 2005, il y a eu la création d'égalité, de réconciliation, etc. On a quoi à gauche ? Alors c’est très bien, ils ont une importance capitale, c' est sûr, mais absolument pas des nouveaux canaux de diffusion qui touchent énormément les jeunes. Beaucoup de jeunes ne lisent plus la presse, n' écoutent plus le radio, ne regardent plus de la télé, ils se renseignent par d’autres moyens, ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas du tout curieux ou quoi, non, absolument pas, ils sont extrêmement curieux, mais ils s’enseignent d’autre manière, et c’est eux qui commencent à voter aujourd’hui, qui vont voter demain, après-demain, j’ai l’impression quand on est sur les réseaux sociaux, moi c' est un sujet qui m’intéresse, j’ai l' impression que pour un youtubeur de gauche, on en a 10 de droite. Alors, est-ce qu’aujourd’hui, ça serait pas plutôt là qu’il devrait s’exercer plutôt que dans les rédactions traditionnelles, etc. Alors je sais que c’est très difficile, je sais que c’est une précarisation qui est énorme, j’en ai parfaitement conscience, mais les mecs de droite, ils se posent pas ces questions-là, ils y sont. Qu’est-ce que l’on fait, nous, à gauche, par rapport à ça ? Voilà, c'était ma question.
01:12:09David Dufresne
Bon, j’applaudis.
01:12:15Audio
Je peux pas répondre sur l’absence mais en tout cas il y a la question des influenceurs aussi, là-dedans c’est vrai qu’on a voulu d'être des influenceur. Quand on invite un journaliste à une conférence de presse, le journaliste va l’inviter, on répond des informations, etc. Aujourd’hui on est un influenceur, des influenceuses. Quand ils ont reçu des endroits pour faire de la communication, ils ont tout reçu, tout payé par les barques, etc. Pour faire la com sur leur compte. Donc à un moment donné, c’est un média dans le sens, c’est quelque chose d’un intermédiaire, mais c’est pas du journalisme. Donc nous, on doit bien remettre la profession au milieu du village. Donc c’est un outil qui est évidemment vecteur d’information, dans une autre vie je te raconte
01:13:06David Dufresne
Je te raconterai ce truc pour nous, par ailleurs. C’est un métier la claque
01:13:16Audio
Et les GAFAM, c’est les États-Unis.
01:13:21Audio
Juste pour compléter sur les GAFAM, je pense effectivement que c’est un sujet immense, avec beaucoup de volets. C’est le monopole de la distribution sur Internet, donc à partir de là, il y a le quasi-monopole. Moi je travaille dans un média en ligne, on a beaucoup de trafic par exemple qui vient des GAFAM, des gens qui voient passer nos contenus sur Facebook, YouTube, etc. Donc il y a un vrai questionnement, pour rejoindre la thématique de la journée aussi, sur la manière dont les idées d’extrême droite, notamment parviennent et finalement organisent le débat autour de certaines thématiques et je pense que l’affaire quand on vient à l'électorat l’information. Autour de ça mais je pense que c’est on est autant sur la question de la dépendance au GAFAM et de la manière dont se comportent les GAFAM et c' est un débat aujourd’hui au cœur de la profession parce qu’il y a beaucoup de journaux qui signent des accords bilatéraux avec avec avec les GAFAM pour gagner en puissance mais derrière on se met aussi dans la main de canaux de distribution qui sont hyper importants et l’autre question Je vous remercie. J’ouvre juste la discussion peut-être pour d’autres débats, c’est aussi le comportement des GAFAM sur la haine en ligne. Nous, par exemple, j’ai parlé tout à l’heure d’une journaliste chez nous qui est menacée de mort et de viol par des youtubeurs. YouTube refuse d'épurer le contenu quand bien même il est incite à la haine, à la violence, etc. Et donc on est aujourd’hui dans une démarche judiciaire avec YouTube dans l’espoir de supprimer ce contenu-là qui est toujours en ligne
01:15:20Audio
Je voudrais ajouter quelques mots sur la question de ces algorithmes qui va servir les idées d’extrême droite sachant que plus un contenu va être partagé, plus il va remonter, pour dire la chose très simplement. Et que ce soit le fait de reposter ce contenu de manière élogieuse ou de manière à le critiquer. Plus, ce contenu va être diffusé, plus il va être diffusée en fait. C’est plus de cercle vertueux, plutôt pour ce qui nous occupe, un cercle vicieux. Et il y a un réflexe qu’on a tous et toutes, nous, journalistes, quand on est sur Twitter, très actifs, c’est de reposter un contenu qui nous choque, typiquement un contenu d’extrême droite, au contenu homophobes, on dirait Oh là là, c’est aberrant de dire ça, de faire ça Et en fait, plus on le reposte, plus ce truc remonte et plus il est visible, et plus il y a une espèce de invisibilisation autour de ce type de contenu finalement, ça rend honnête quotidien, et puis C’est bien normal de voir des termes comme grand remplacement. Dans notre timeline Twitter, et non c’est pas normal de voir de choses comme ça, donc plus il y a un effet d’enchaînement, plus finalement ça devient logique, et même si on s’offusque, même si on critique, il y a une posture aussi à avoir chez les journalistes qui sont, on est nombreux à être très actifs sur Twitter, à dire non, à un moment on prend du recul et on évite de reposter ce type de contenu qui va encore imprégner encore et encore. Et je pense que c’est très important d’avoir ça en tête aussi, parce qu(on entend de réagir, entend dénoncer à chaud comme ça, mais ça devient contre-productif finalement. Je sais pas si on entend.
01:17:44David Dufresne
Oui, mais c’est une bonne question, la question des RT, mais honnêtement la réponse était…
01:17:49Audio
Il a été faiblard de mon point de vue.
01:17:53Audio
La propagation des idées d’extrême droite et le fait que les journalistes ont beaucoup de mal à faire face au rouleau de compréhension si c’est pas aussi lié à notre formation tant que tel, parce que je suis journaliste aussi, au fait que des écoles sont très fermées, que c'était totalement un entre-soi, que c’est pas du tout représentatif de la population. Et voilà, je ne sais combien de journalistes qui sortent de Sciences Po, typiquement, ou ce genre de choses. Je m’interroge sur la formation des journalistes en tant que telle et je me demande aussi si par exemple les syndicats si Acrimed par exemple vous avez des liens un peu avec les écores du journalisme, si vous travaillez avec elles ou pas sur toutes ces questions de déontologie, l'éthique journalistique, etc.
01:18:51Audio
Pour les écoles, juste pour aller vite, il y a 14 écoles reconnues par la profession. Pourquoi on accueille là, sachant que la profession de journaliste, elle a toujours été très ouverte en France. Et nous c’est ce qu’on a toujours défendu au SMTCGT. Moi j’ai pas fait d'école de journalisme. Je suis rédacteur spécialisé, j'étais géographe, cartographe. Maintenant je réalise des cartes dans Géo, etc. Moi j’ai pas fait d'école de journalisme Et on est plein de journalistes à n’avoir pas fait d'école de journalisme. On estime en gros, bah, il faut mieux à la moitié de ceux qui rentrent maintenant qui sont passés par les écoles, même pas.
01:19:29David Dufresne
En fait beaucoup plus de 80
01:19:33David Dufresne
Et oui, bien sûr.
01:19:34Audio
Parce que vraiment, oui, on a la profession. Donc après, je te rejoins. Normalement, les syndicats de journalistes sont dans les écoles. Historiquement, on devait même être dans les conseils d’administration. Tout ça, ça a été enlevé. On est dans les conseils déontologiques maintenant. Mais rassurez-vous, on nous convoque une à deux fois par an pour nous montrer d’où viennent les journalistes, qui font le programme qu’on va leur faire. Évidemment, les syndicats de journalistes n’ont aucun poids dans les écoles de journalisme. Après, je ne dis pas que la formation qui est dispensée est mauvaise, je dis pas ça. Mais par contre, qu’on soit dans l’entre-soi et que malheureusement dans les écoles, on n’est vraiment pas à l’image de la société, ça c’est vrai.
01:20:20Audio
Juste, je voulais intervenir un mot là-dessus. Aussi, on a récemment publié une interview sur Acrimed avec les deux réalisateurs du documentaire “En formation” qui répondrait en partie à votre. question et qu’on dialogue avec eux et disons qu’il y avait pas mal de points d’accroche et peut-être le principal c'était de alors c’est un angle, ils étaient au circuit je crois en tout cas une de leurs approches et ce qui montrait très très bien c’est la pratique dans les écoles de comment dire d’un journalisme presque désincarné tellement il était techniciste quoi, c’est-à-dire qu’on apprenait vraiment, on apprend à se soumettre aux contraintes qui, de fait, vont être celles auxquelles on va être confronté dans le métier, c’est terrible, mais du coup, voilà, c´est aussi un cercle vicieux parce qu´on apprend à aller vite, on apprendre à répéter 30 fois, c’est une scène très choquante du documentaire, que des migrants sont morts en mer Mais on répète en fait parce qu’on n’a pas le bon ton, qui est attendu et qui est complètement normalisé, etc. Voir ça, je trouve, c’est très très impactant et ça choque aussi parce qu’on sent comment là le fond se vide des sujets qu’on traite et comment on est déjà formaté à plus se soucier de la forme que du fond de ce qu' on est en train de raconter. Évidemment qu' Acrimed en tout cas est particulièrement critique. Moi j’ai pas fait d'école de journalisme, j’y ai fait une formation de journaliste à la fac. J’avais des cours de théories que j’avais trouvés très bons, où on pouvait réfléchir, on pouvait discuter, etc. Par contre, tous mes cours de pratiques journalistiques étaient absolument catastrophiques, sans recul, sur ce qu’on nous apprenait. Et surtout, et je veux dire, et je n’exagère pas, quand on ouvrait un peu la bouche, on se faisait renvoyer, on osait comprendre que c'était pas forcément le lieu de se poser des questions. Donc évidemment, ce n’est pas la tout noir, tout blanc, mais il y a beaucoup de critiques à formuler sur la publicisation.
01:22:50David Dufresne
Elle parle d’un documentaire qui s’appelle « En formation ». Sur une ou plusieurs écoles où il n’y a plus de journalisme.
01:22:55Audio
En formation. Et que tout ne peut pas se résumer à ça, mais il y a bien des choses à creuser et à s’interroger sur la formation.
01:23:07Audio
Moi j’ai deux idées pour essayer que cette journée ne reste pas sans lendemain. C'était pour essayer d’aller plus d’avant si on pourrait se retrouver tous un peu plus tard pour creuser un peu toutes nos grèves et nos revendications par rapport à la banalisation de l’extrême-droite dans les médias. Je pense que ça serait vraiment important. Et j’ai deux idées comme ça, je ne sais pas du tout, je les jette un petit peu. C’est la première, c’est quand il y a des accusations racistes, c’est essayer d’obtenir automatiquement une réponse, un peu comme les droits de réponse dans la presse écrite. C’est-à-dire que notamment quand c’est à la télévision, qui est automatiquement, systématiquement, un minimum que les organisations soit des droits de l’homme, soit antiracistes, tu vois, les associations de solidarité envers les immigrés puissent pondre, notamment, quand les mensonges énormes qu’il y a par rapport à l’immigration, par exemple, ou par rapport le grand placement, par exemple, on invite untel, pour expliquer que c’est n’importe quoi, enfin bon, bref. C’est une réponse systématique. Et la deuxième, c' est d’interdire des gens qui ont été condamnés par incitation à la haine raciale, les invisibiliser complètement. Et ça, c est quelque chose qui doit se faire normalement, pas uniquement d’un point de vue professionnel ou interne, ça doit se fait avec un mouvement ou un soutien du public, de la population,
01:24:47David Dufresne
Ah, j’ai l’impression que le tchat est bloqué encore,
01:24:50Audio
Ça suffit, voilà, et je pense que ça on pourrait, ce serait une idée, en tous les cas c’est, je propose à tout le monde là, une idée pour poursuivre ce travail là
01:25:11David Dufresne
Merci les amis, ça marche ! Donc là je pense que c’est fini. Je vais aller faire un petit tour si vous voulez dans les stands. J’avais deux éléments de réflexion à porter, notamment en réponse à la déontologie qui a été brandie plusieurs fois dans le débat, et quand on aborde la déontologie, je trouve en général qu’on marche sur la tête, tant le problème est avant tout structurel et politique. Un exemple de déontologie, c’est BFM TV, par exemple, pendant le débat Mélenchon-Zemmour, ils faisaient du fact-checking. Donc dans ces moments-là, ils ont l’impression d’appliquer vraiment la déontologie journalistique puisqu’ils vérifient l’information. Et donc ils fact-checkaient les chiffres de l’immigration de Zemmour, en disant « non, ce n’est pas 1,5 million, c’est 1,2 million, je ne sais pas ». Comme si c'était ça le problème d'Éric Zemmour, c'étaient des erreurs de calcul et non-son projet politique. Donc c’est aussi ce genre de choses qu’on arrive en appliquant bêtement et en naturalisant les pratiques journalistiques. Et l’autre élément de réflexion, c’est sur pourquoi l’autocritique de la profession est impossible ou pas très difficile, notamment dans ces chaînes d’infos en continu. Il faut savoir que dans ces chaines, le travail est très divisé, la production d’informations est très divisée. Et donc, chaque petit acteur, petite main de l’information fait une tâche précise, par exemple un reportage il va être tourné en région par un journaliste reporter d’image, il va monter à Paris par le rédacteur en chef, il va commenter par le rédacteur, en chef et ensuite discuter en plateau par les éditeurs réalistes. Donc ces petites mains de l’information, elles sont dépossédées de leur travail et en plus elles ont tellement intériorisé les contraintes qu’elles se sentent pas responsables du produit final qui va être diffusé sur BFMTV. Donc ça a un peu expliqué pourquoi l’autocritique est si difficile et pourquoi il n’y a pas eu de révolte dans les médias face à ce raz de marée qui a été la médiatisation d’Eric Zemmour Tout ça pour rappeler que c’est avant tout un problème politique et de pluralisme. Il faudrait construire un vrai rapport de force pour imposer des moments anti-concentrations. C’est un problème aussi qui concerne les citoyens, bien sûr.
01:27:38Audio
Juste un mot là-dessus qu’on va dire à deux voix avec Emmanuel Poupard, et je vais le faire pour vous deux, dans le cadre du rapport de force. Regardez bien ce qui va se passer cette semaine. Normalement, mercredi sera annoncé le mouvement d’un grand front contre Bolloré et l’empire médiatique culturel est dans l'édition qu’il veut construire.
01:28:06David Dufresne
Et c’est au poste que vous en aurez entendu parler en premier, ça va s’appeler Stop Bolloré.
01:28:38Audio
C’est même les pouvoirs publics qui arrêtent pas de nous consulter pour savoir quelles seraient nos idées contre la concentration des médias. Il y a des missions d’inspection des ministères de l'économie et de la culture, genre passer des meilleurs. Et à ce qui se passe au Sénat, vous l’avez vu. Donc voilà, c’est à nous de le travailler ce rapport de force parce qu’effectivement les médias dominants qu’on a ne nous vont pas. Et ils ne vont pas, sachez-le, à beaucoup de journalistes aussi qui souffrent dans les rédactions.
01:29:04Audio
Merci à tous et tous, on fait bref parce que je crois qu’il y a une petite annonce de manifs, en tout cas on est très contents avec Visa d’avoir pu organiser ça, vous étiez nombreuses, ça nous donne beaucoup de force et c’est une première étape, on espère que ça vous aura intéressé et qu’on pourra prolonger tout ça.
01:29:29Audio
On va voir que tout le monde, si jamais vous vous mettez debout, j’espère que vous allez vous manifester maintenant. On a parlé de plein de choses, d’une réalité qui est présentée par les médias que d’un côté, et qui encourage ce côté-là. En fait, il y a une autre réalité, qui est celle de la solidarité, celle des luttes. Il y a beaucoup de solidarités partout sur le territoire, avec les migrants. Il y en a des luttes aujourd’hui. Il y avait une manifestation contre le fascisme à Grenoble. Il y a une manifestation contre le fascisme à Solier qui est juste à côté de Dijon parce qu’il y avait Zemmour qui faisait un meeting. Il y avait un week-end anti-raciste à Toulouse. La semaine dernière, il y a eu une vingtaine de rassemblements d’hommages pour les migrants qui sont morts sur les rues de la migration. Cette réalité-là, vous l’aviez suivie cette réalité là, vous la montrez. Alors, ce qu’on vous invite, c’est déjà ce soir. Là, on va partir en déambulation festive et musicale, plus aussi politique, militante, antiraciste, antifasciste à partir du Père Lachaise jusqu'à République où on va suivre la Fanfare invisible qui part d’ici, j’espère, on va retrouver au Père-Lachaise les collectifs de 100 papiers qui vont venir avec nous. Et surtout, tout ça pour converger à Paris le 19 mars pour une manifestation nationale contre le racisme et les violences policières. Il y a déjà des cars qui commencent à être affrétés de Rouen, de Toulouse ou de Rennes. Vraiment, la question, c’est de faire que cette réalité-là, notre pays s’appelle solidarité, devienne quelque chose qui soit incontournable, dominant ou pas, et ça, ça veut dire qu’il faut qu’on soit des dizaines ou des centaines de milliers à se mobiliser. Merci et donc, j’espère que vous allez nous suivre ce soir. Et il y a du matériel ceci dit, des autocollants, des affiches qui sont encore là, tout ce qui sera collé.
01:32:18David Dufresne
Bonjour monsieur, vous êtes au poste.
01:32:26Audio
J’adore !
01:32:27David Dufresne
Ah, tu veux ? Voilà, super ! Bonjour tout le monde ! Hein ? Bonjour à toi ! Il faudrait que je t’invite ! Comment ? Je sais pas, tu t’es perdu ou pas ? Ça me stresse. Ça te stresse ? Bon, on va te déstresser. Bon, à bientôt. À bientôt. Ciao. Merci. Ciao. J’espère que vous l’avez. Si vous voulez faire des cadeaux, vous voyez, vous lui commandez sur son site, c’est magnifique. De grande, grande qualité de travail. Quand tu m’as acheté ça, j’ai dit que c'était des champagnes. Ça, je te l’ai acheté celle-là, voilà. Oui, c’est ça. Alors j’avais dit à tout le monde, non mais il y a David Dufresne, il m’a fait cette affiche, quoi. Il me dit, la décadence. Elle est magnifique, elle est magnétique, elle est magnifique. Bon, super. Oui, oui, je vais t’inviter, je vas t' inviter. Non, mais tu sais quoi ? On montre où tes dessins, puis on en parlera tout simplement. Oui, on peut pas, oui. Tu vois ? Tu vois, on va faire un petit truc. Bon, à bientôt. Merci beaucoup. Ciao Fred, merci beaucoup. Voilà les amis, on va retrouver la fanfare, ils sont toujours là ou pas ?

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