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Au Poste Ciné-Mutins Club #1 : Chili, 50 ans après l’autre 11 septembre

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bon ça tourne, petit point technique, est-ce que vous m’entendez dans le live ? Tiens, ça j’enlève ça, j’enlève la musique. Bonjour, oui, vous m’entendez. Est-ce-que vous voyez les magnifiques lumières orange ? Donc je vous explique qu’on est à Césure, je parle aux gens du chat, le film va se terminer dans deux minutes. Et donc nous allons avoir monsieur Azam en maître de cérémonie des mutins de Pangée et deux invités, Le studio d’Auposte est juste au dessus là voilà ici on est dans le jardin de Césure pour ceux qui sont dans le chat venez samedi c’est les portes ouvertes vous allez voir des bohémiens des créateurs des créatrices des ONG des associations Alors le mobilier est assez vintage, et encore on a évité les années 80, à un moment donné ils voulaient me mettre un fauteuil noir années 80 d' Ikea, alors je dis non, ça c’est pas possible et quand on sait qu’il y aura du monde qui arrive Alors il y a également un jeune éditeur dans le fond, un dénommé Pierre, qui est l'éditeur du livre je l’avais là Merci beaucoup. Pierre, l'éditeur et Marie, bien sûr. Pierre et Marie, comme les Curie, ont très bien joué, qui sont là, ce sont des jeunes éditeurs, éditrices à suivre. C’est leur premier bouquin. C’était des sacrés loustics. Et donc justement, elle est là, l´autrice donc Eugénia sera avec nous, je vous explique j’ai vraiment l’impression d'être dans un cirque et les gens viennent voir l’installation du cirque et c’est genre « Ah mais, il n’y a pas de lion ! » Voilà, bonsoir. Ce soir dans votre ville, le cirque auposte, ce soir dans notre ville on va attendre deux secondes peut-être alors que monsieur Azam, mais tu peux la laisser aux côtés de Pierre, Pierre c’est un camarade de jeu on ne triche pas on vous montre l’installation je suis très excité. Il y a Jessie qui est là, qui fait des photos comme tous les photographes, Personne ne va remonter les questions, je suis dans la merde ce soir. Voilà, les gens commencent à arriver. J’attends mon partenaire, Olivier Azam, qui a préparé la soirée, on va démarrer tu fais le débat, c’est ça, moi je le fais monsieur Loyal.
Olivier Azam
Bonsoir, bonsoir tout le monde.
David Dufresne
Premier débat du premier ciné-club au poste J’espère que vous nous entendez, il y a du monde en ligne. Nous ne sommes pas sponsorisés par Césure, parce que là il y a des belles bonnettes Césure, mais ici c’est l’endroit qui nous accueille et qui accueille notre ciné-club, que nous avons cofondé avec M. Azam et son équipe d’escrocs internationaux de francs-tireurs, les mutins de Pangée, et après on démarre tout de suite sur le Chili, ton livre génial, ton film Claudia et Clément, ton court-métrage, qu’on a montré tout à l’heure. Olivier, c’est toi le spécialiste des soirées mondaines et cinéma, à toi la parole.
Olivier Azam
Si vous n'êtes pas là et que vous n’avez pas vu des films, vous pouvez les voir sur Ciné Mutins, je m’en rappelle pas mal, mais surtout, ce qui est important, c’est qu’on profite de nos 50 ans qui marquent un moment assez terrible de l’histoire du Chili mais aussi des années juste avant, des deux ans, en fait, des trois ans, du pouvoir d' union populaire. Et bon, justement, évidemment, comme je n’ai pas vu ton livre, je vais être assez mauvais.
David Dufresne
Alors moi je l’ai lu. Il s’agit de « Naissance d’une Révolution » et en fait, Eugénia, il s’agit du MIR, qui est le mouvement révolutionnaire, qui n’est pas celui d’Allende, mais qui va faire alliance, enfin qui va nous expliquer tout ça, qui va fait amende honorable, on pourrait dire ça comme ça, il me semble. Et donc c’est un livre qui est en train de sortir, tout juste, chez un jeune éditeur assez suspect, tenu par Pierre et Marie, que je vous conseille. Il y avait beaucoup de monde, semble-t-il, l’autre jour. Voilà, c’est un bouquin écrit en petit, je le redis à Pierre, mais vachement bien, j’ai appris beaucoup de choses et notamment sur la fin, l’histoire de comment par rapport à Allende comment un mouvement de lutte armée qui braque des banques, enfin on va en parler, peut être accepté sans l'être tout à fait dans un moment de rupture.
Eugénia Palieraki
Et qui est créé en 65, 1965, cinq ans avant l’accession de Salvador Allende au pouvoir et qui, en 1970 soutient sa candidature
Olivier Azam
Je vais vous présenter le film Clément tu peux raconter aux gens qu’est-ce que ça veut dire parce que d’ici les gens ne connaissent pas forcément le Chili.
David Dufresne
Pardon, Clément, il faut parler plus près. On n’est pas à la fac de Nanterre avec des super moyens puisque monsieur est étudiant en cinéma, c’est ça ? Non, tu es diplômé ?
Clément Perrot
, Anthropologie cinéma.
David Dufresne
Pardon, anthropologie cinéma, d’où ton film ?
Clément Perrot
Euh non bah du coup par rapport savoir que le Chili a pas été un pays qui a été colonisé par la couronne espagnole à l'époque de l'état Chilien parce que l'état Chilien appelle dans son historiographie la pacification qui a eu lieu entre l’année 1870 et 1890 en gros où les Marochis qui avaient entrepris des relations avec la couronne espagnole sur les deux frontières, étaient restés souverains sur leurs terres, et de plus, après le début du XXe siècle, il y a eu un processus de mise en réserve où on est passé de 10 millions d’hectares de terres à, je crois que c’est 150 millions, à vérifier, et qui a donné lieu à un système juridique de terre collectif qu’on appelle les Tipuloses de Merced, et bien plus tard, à l'époque de la dictature, Allende en fait avait fait sous l’union populaire ce qu’on appelle la réforma agrarienne, la réforme agraire, où il avait retiré des terres, qui étaient en hacienda à des grands propriétaires terriens pour les redonner à des communautés Mapuche et quand, Pinochet a fait la contre-réforme agraire, il a retiré ces terres non pas pour les vendre aux anciens propriétaires terriens mais pour les donner à la l’Union fédérale, étrangère et à donner le système économique qui a encore lieu à l’exploitation forestière Donc voilà, c'était vraiment un pas à dictature, une opposition d’une économie libérale, comme on discutera.
Olivier Azam
On continue le tour de table de Claudia Soto Mansilla, je prononce bien ? alors toi, tu es réalisatrice du film que les spectateurs ici ont vu qui s’appelle Les Enfants des mille jours, qui est un film que tu as tourné il y a 10 ans et qui est consacré à la période où l’Union populaire d’Allende a été au pouvoir, c’est-à-dire de l'élection du président d’Allende, 3 novembre 70 jusqu’au coup d'État, pardon, au Cœur. Voilà, pardon, oui, ça, c’est la prise jusqu’au 11 septembre, donc il y a 50 ans, le 11 septembre 73, le coup d'état. Tu n’es pas non plus une cinéaste comme ça qui fait ça de loin. Tu es quelqu’un qui est impliquée dans cette histoire parce que tu es la fille d’un des personnages du film qui a été donc un des acteurs de ce moment là. Tu peux nous raconter un peu la genèse du film et pourquoi tu l’as déjà fait.
Claudia Soto Mansilla
Ce que vous avez dit en introduction du film, mon idée en tant que fille de combattante, l’exilée et de personne qui avait été impliquée dans ce gouvernement était de retrouver ce que moi j’appelle la beauté de ces années là, parce que finalement ces trois années d’unité populaire elles passent totalement à la fin quand C’est-à-dire qu’on a vraiment l’impression, j’ai fait l’expérience dans le laboratoire chez nous, d’aller demander à l’histoire du Chili ou juste sur le gouvernement populaire, il n’y en a pas. À l'époque où j’avais aimé ce Chili, il n’y en avait pas la relation avec le Chili, elle n’a pas été très simple, mais je voulais retrouver ces potes que je voyais dans le visage de mes parents, de leurs amis, comme ils évoquent ces années-là. Et toi, tu le sais ça, et toi, c’est ça. Alors ça partait dans la joie et puis ça n’allait pas être évident dans la discussion politique. Il y a beaucoup de femmes, de choses comme ça, enfin voilà, c’est assez un joyeux bordel. Mais moi, je voulais vraiment connaître cette histoire à personnaliser, mais finalement, ce coup d'État à ce pays qu’on a mis à feu et à sang contre ce projet, qu’est-ce qu’il était exactement ce projet ? Qu’est ce qu’ils ont fait ? Qu’est-ce que vous avez fait de si mauvais pour vous prendre une vraie question pareille ? Et je suis partie donc à la recherche des acteurs de l’unité populaire. Mon film s’est construit sur place, c’est -à-dire qu’un personnage m’a amené vers l’autre, en dehors de mon père. Et je tenais à retrouver quelques personnes qui avaient travaillé avec lui, notamment Miguel Larron est un architecte. Et je voulais vraiment retrouver la beauté de ces années-là. Finalement, c’est une idée populaire, on n’en parle jamais. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Et je me suis quand même retrouvée face à un président qui a fait ce qu’il avait promis dans la mesure où on lui a laissé faire des choses qu’on avait promises et un peuple qui était derrière nous, qui conduit des mouvements comme le MIR, qui avait à ce moment-là choisi de baisser les armes, de cesser les braquages, de déposer pour soutenir le processus révolutionnaire réformiste, certes, mais révolutionnaire comme dans un pays qui était totalement d'économie féodale, c’est pas mal parce qu’on avait ces grands témoignages, toute la richesse du Chili qui partait par le cuivre aux Etats-Unis, ça peut être finalisé, et là c'était un vote à l’unanimité jusqu'à maintenant, il reste la richesse du Chili le cuivre donc voilà, mon idée, moi, c'était retrouvez, donner la parole à ces gens-là.
David Dufresne
Alors, à propos de donner la parole… Oui, vous pouvez la prendre à tout moment, pour ceux et celles qui ont vu les films de Clément et de Claudia ou ceux qui ont déjà lu, peut-être le livre. Si vous voulez poser des questions, n’hésitez pas, il y aura ce micro-là et en fait on va se partager celui-ci, je suis désolé pour des embrouilles techniques mais tout va bien. Il faut quand même, parce que pour vous toutes les deux tous les trois c’est évident l’histoire du Chili, il faut quand même relire deux secondes de ce qui se passe quand Allende arrive au pouvoir. Si je comprends bien même le MIR est surpris parce que c' est presque une révolution qui se fait dans les urnes, ce qui est un cas unique au monde. C’est-à-dire qu’un parti révolutionnaire est élu sans passer par les armes et est ce ca qui provoque l’ire des Américains, puisqu’il en est beaucoup question dans ton film, où on voit au fur et à mesure de ton oncle, de ton père. Et des autres témoins que les américains n’arrivent pas en 1973, c’est en fait avant qu’ils préparent la contre-attaque. Est-ce que c’est ça qui pose un problème aux Américains ? C’est-à-dire l’idée d’un parti révolutionnaire dûment élu, sans fraude ni quoi que ce soit, Où est-ce que c’est l’application de l’ultralibéralisme ? C’est très bien expliqué dans vos deux travaux, tout à fait différemment, c'était pour le dire très vite, les Chicago Boys, les anglais, Thatcher qui envoie des experts dès 75 quand Pinochet donc à le pouvoir depuis deux ans et Reagan qui va aussi s’inspirer et grosso modo c’est pour ça que c' est si important de parler du Chili, grosso-modo d’instaurer le monde dans lequel on est donc d’après vous là je parle du début et de la fin d’un coup mais est-ce que Donc c’est la révolution par les urnes qui pose un problème ou est-ce que c'était l’envie d’appliquer le programme du libéralisme le plus dur ? Vous avez une heure.
Claudia Soto Mansilla
En fait, il y a les deux, moi je dirais qu’il y a deux, d’une part le Chili faisait un peu tâche à ce moment-là de c’est quoi ce pays du bout du monde qu’on connaissait pas, qui d’un coup se prétend indépendant par les urnes d' une coalition de gauche, clairement assumée, qui soutient en plus les mouvements révolutionnaires du continent Faut savoir que le PS Chilien était un PS qui était très à gauche, c'était une des particularités du PS Chilien qu’ils était très à droite dans ces années-là, très lié au mouvement guévariste
Claudia Soto Mansilla
Par exemple, ça a été très bien compris, je n’ai pas besoin d’entrer dans les détails. Mais ils faisaient mauvais exemple. Et puis, il y avait aussi tout ce qui s'était mis en place après la Seconde Guerre mondiale, avec l’idée de l’ennemi intérieur qui était l’ennemi de gauche. Il y avait déjà le Guatemala qui en avait fait les frais en dés 54. Et puis le Chili était un pays qui économiquement, grâce au cuivre. Grâce en plus au littoral, enfin Allende était très conscient des richesses de son pays, il savait qu’il pouvait faire le poids et peser. Et par rapport à l’Europe, il y avait l’Italie, il y avait la France qui commençait à ses idées de programme commun, dès ces années-là, enfin ça faisait très mauvais exemple. Et il faut savoir que dès les années 60 avant même l'élection d’Allende, les Chicago Boys avaient déjà commencé à élaborer un programme. Qu’est-ce qu’on peut faire à partir d’une théorie du choc ? Tiens, là-bas ça peut très bien se passer parce qu’on a les conditions, Enfin, je pense qu’on est assez d’accord là-dessus. Donc c’est ça. C’est qu’Allende dès le départ a été empêché. Dès le soir de l'élection Agustín Edwards Eastman, qui est un des grands propriétaires Chilien qui possède la presse au Chili en plus, est parti voir son copain Kissinger. Donc dès son élection, en fait, on commence à mettre des bâtons dans les roues. Pour qu’il n’arrive pas à assumer la présidence, pour que le congrès ne ratifie pas, parce qu'à l'époque c'était la proportionnelle qui était ratifiée par le congrès, ne ratifient pas son élection. Donc dès le départ, et même de son élection d’avant, on peut dire que déjà, cette possibilité d’une coalition de gauche, d’une révolution par les urnes, comme il l’appelait lui-même, était déjà très mal vue et les États-Unis ne la voulaient pas. Et du côté du grand frère soviétique à l'époque, ça ne l’arrangeait pas non plus. Ça ne l’arrangeait pas non plus que ce ne soit pas un mouvement qu’on puisse soutenir de la même façon. Et je pense, comme on le dit dans le film, effectivement, le choix a été de soutenir Cuba et de laisser le Chili un peu se débrouiller.
David Dufresne
Voilà donc il raconte qu’il y a deux rencontres avec Nixon et Brejnev et en gros ils se partagent et ils sont identiques Les zones d’influence ouais En gros tu gardes Cuba mais tu m’emmerdes pas sur le reste et tu me laisses tranquille faire ce que j’ai envie de faire au Chili, c’est ça ? Eugénia de ce que j’ai compris tu as travaillé sur des tonnes d’archives historiques des témoignages à n’en plus finir
Eugénia Palieraki
Oui, je commence par dire qu’en fait avec Claudia, on a des regards qui sont à la fois complémentaires et puis spécifiques aussi à notre métier. Donc Claudia, comme vous l’avez vu, travaille beaucoup avec les témoignages. Moi, mon travail, c’est d’aller aussi beaucoup aux archives et ça fait partie aussi de ce que tu as fait. De façon peut-être plus systématique et plus volumineuse et puis faire des témoignages que je soumets aussi à un examen peut-être critique parce que c’est ce que l'écrit me permet de faire alors que dans un film ce n’est pas forcément ça le but. Donc, pour revenir peut-être à certaines choses que Claudia a dit, et puis pour mettre un peu de contexte parce que c’est mon boulot, le Chili de l’Unité Populaire et la victoire d’Allende par les urnes arrive à un moment où on a l’impression, en Amérique Latine en tout cas, qu’il y aurait deux voies possibles. D’un côté la révolution qui se fait surtout par les armes, comme c'était le cas à Cuba, et puis de l’autre côté, ce qui commence à devenir de plus en plus systématique est l’instauration de gouvernements de droite ou de régimes militaires de droite. Et donc le Chili dans ce contexte apparaît comme une exception. Ce qu’Allende propose, et c’est vraiment révolutionnaire, c' est de combiner ce qu’il y a de mieux dans les deux principaux modèles qui existent à l'époque, c’est-à-dire le capitaliste et libéral et le soviétique, c' est-à-dire… On va faire du socialisme, mais on va faire ce socialisme tout en gardant le pluralisme politique, la démocratie, la liberté. Évidemment cet exemple-là est extrêmement dangereux parce que la révolution cubaine qui a eu lieu en 1959 était très attirante pour des personnes de gauche, mais l'était beaucoup moins pour des personnes qui ne s’identifient pas forcément à la gauche, donc des centristes, des libéraux, etc. Alors Allende arrive et il dit on peut faire les deux en fait, on peut avoir la démocratie, on peut laisser tout le monde libre et on peut instaurer une économie qui soit socialiste, on peut nationaliser les ressources naturelles, le cuivre, on peut faire une révolution qui soit une révolution démocratique et socialiste à la fois. Donc évidemment pour les Etats-Unis, mais pas qu’eux, c’est un exemple extrêmement dangereux. Et il y a une réaction étasunienne qui est immédiate. Mais ce que les historiennes et historiens des dernières années ont aussi montré, c’est qu’on ne peut pas forcément expliquer l’histoire du Chili et de l’Amérique latine que par l’action des États-Unis. Évidemment, c' est un facteur extrêmement important. Mais il faut aussi regarder ce que les gens font dans leur propre pays. Les latino-américains ne sont pas dépourvus de capacités d’action et d’autonomie. C’est ce qui explique pourquoi Cuba, cette révolution, a duré toutes ces années. Parce qu’il y avait un soutien populaire, et au Chili, il y avait une partie du peuple Chilien qui soutenait la révolution de Salvador Allende, mais il y a aussi une partie importante. La grande bourgeoisie évidemment, une partie des militaires, mais aussi les classes moyennes et une partie de secteurs populaires qui n'étaient pas forcément d’accord avec le projet d’Aide et qui sont sortis dans la rue, qui se sont opposés au gouvernement et qui ont contribué à faire durer la dictature Chilienne 17 ans. Aucune dictature, même si c’est une dictature, ne dure aussi longtemps sans avoir une sorte de tolérance et de soutien malheureusement populaire et je veux dire que ce sont des situations qu’on peut comprendre vu l'évolution politique française et européenne des dernières années. Et donc, parmi ces acteurs Chiliens, il y a les Chicago Boys, ces économistes qui sont formés dans l’une des grandes universités privées du Chili et qui ensuite partent à Chicago, qui sont formés par les économistes monétaristes dont Milton Friedman, qui visite d’ailleurs le Chili, ce qu’il reconnaît à peine dans les années d’après, et qui servent de soutien intellectuel à Pinochet. Et qui conçoivent, étant inspirés de cette économie monétariste qu’on l’appellerait aujourd’hui le néolibéralisme, leur projet économique pour le Chili qui est inspiré de cette théorie, mais qui en même temps est assez originale économiquement, donc il ne s’agit pas juste de marionnettes ou de pantins des États-Unis, Mais il y a une forte participation de Chiliens, d'économistes, d’hommes et de femmes politiques et de militaires bien au delà qui contribuent tant à l’instauration de la dictature qu'à sa durée et à son projet en fait qui est à la fois politique, économique et social et qui est toujours en vigueur aujourd’hui au Chili, malheureusement.
Claudia Soto Mansilla
Enfin, le projet est resté, puisqu’on fonctionne toujours avec la Constitution qu’a léguée Pinochet, où il y a eu des réformes, mais on n’a pas réussi à dénoncer cette Constitution, donc créer une nouvelle. Et en fait, même dénoncé, la Constitution est anticonstitutionnelle. Enfin, ils ont ficelé ça d’une telle manière que c’est complexe. C’est vraiment très complexe, très complexe maintenant de faire ça par les urnes, je me dis, mais, enfin oui.
David Dufresne
Est-ce qu’il y a des questions ? Oui, génial. Alors, je vais prendre le micro
Olivier Azam
Donc je parle pour les gens du live, il se passe plein de choses hors champ, on est un peu comme à la fête de l’Huma. C’est une affaire collective qui marche toute seule, autogérée. On est très loin de l’organisation de gouvernement, donc n’en faites pas trop.
Intervenant
Il y a trois questions qui m’ont interpellé, s’il y en a une référence, il y a des images et le front populaire pas faire des techniques, c'était C’est pas possible de faire parler des gens qui me désirent ou De l’esprit par exemple, le développement des livres, il y a un aspect très concret aussi, par rapport à ce problème d’assises et l’interview du chauffeur, on a un peu le fait. Il y a une chose, un moment, très parlant, c’est quand il a parlé de la théorie du ruissellement. Où sont mes millions ? Où est-ce que j’ai des millions ? Oui, oui, oui. L’autre point c’est que, un petit point peut-être d’histoire sur le sujet, je ne sais pas si vous avez l’avance totale, mais l’intérêt du suivi de socialisation, c'était pour l’Europe quelque chose de phénoménal, et l’organisation, l’unité de la gauche autour d’un programme commun en France en 1976 et en 1972, c’est clairement ça. Les étudiants, disons des trop pacifistes, et que ça correspondait à une critique de ces concepts par rapport à ce film, c’est également lié au fait qu’on était en même temps de démonstration d’utilité de l’accord du point de vue. Donc c'était pas une histoire très fière, mais on s’y interprétait avec la situation française à l'époque. J'étais émerveillé, ça m’a fait plaisir.
Claudia Soto Mansilla
Je travaille à Malakoff. Merci à vous. Ce n’est pas non plus un compte de rencontre. Il bosse à Malakoff, on n’est pas nombreux à bosser à Malakoff.
Olivier Azam
On va faire un truc David on le fait avec le filaire il faut que j’explique juste que pour des raisons techniques les gens qui écoutent le live n’entendent pas les questions qui sont pas dans le fil donc si vous voulez bien vous rapprocher dans le filaire mais si tu si vous voulez approcher pour parler dans ce micro là comme ça tout le monde entendra
David Dufresne
Non, non, bougez pas, là c’est bon.
Piñera
bonsoir à tous et à toutes, excusez-moi pour mon français, je viens d’arriver du Chili. Je vous remercie beaucoup pour tout votre travail. J’ai jamais vu votre film, Claudia, et c'était, je crois, un trésor pour moi. C’est vraiment intéressant de voir des expériences, je connais Miguel Launer. Je connais A Raté aussi, mais tout ça en parlant de ce qui s’est passé dans l’Union Populaire, c’est vraiment vraiment vraiment une expérience, je ne sais pas, très puissante. C’est ça. Et donc la question que j’ai c'était, à la fin du film, vous parlez aussi… Je vais vous montrer des images du gouvernement de Piñera et de la compagnie de Piñera. Qu’est-ce que vous pensez de tous les mouvements politiques qui ont passé dans les dernières cinq années de la politique Chilienne ? Ça m’a surpris beaucoup de voir le premier gouvernement de dans le film. Oh je sais pas Mais ce qui s’est passé en 2019, avec Piñera aussi, et puis ce qui est en train de passer maintenant, je voulais vous demander ce que vous pensez de tout ça, par rapport au documentaire.
Claudia Soto Mansilla
Déjà, muchas gracias por tu testimonio, super, parce qu’en plus tu as le film, je l’ai fait pour ça, pour que des gens me disent, bah là j’ai appris, là ça m’a touché, je savais pas. C’est ça, c’est une histoire qu’on ne connaît pas. Moi, j’avoue que je me suis un peu détachée du Chili après le film avec le gouvernement de Piñera et je suis complètement retombée dedans entre 2018 et l’estadio social. Et là, au moment, Piñera pourra vous en parler mieux parce qu’elle y était. Moi, je l’ai, et toi aussi. J’ai entendu dire que tu étais restée jusqu'à 2021. Après, par rapport au film, ce que je vois, c’est que l’unité populaire, finalement dans la mémoire, même si on ne connaît pas concrètement, tout ce qu’on a fait, tout ce que les gens ont fait, tous les projets ou toutes les lois, l’Unité Populaire reste une référence, y compris pour des très jeunes générations, voir les portraits Allende avec les lunettes noires et, je ne sais pas, un portable à la main dans les graphs, dans les peintures murales. C’est extraordinaire, savoir intégrer ce personnage dans la culture et dans la vie des gens qui manifestent et qui étaient là pendant ce moment-là. J’ai plus d’espoir maintenant qu’il y a Gabriel Boric Font bien qu’il ait un peu les bras liés, je pense. Mais je le préfère à lui qu’un président de droite, franchement. Clairement. En plus, il est jeune, il vient de Marianne comme Allende, il a commencé aussi sa carrière à Marayane, dans le sud. Et ce que je trouve intéressant par rapport à cette histoire, c’est qu’y a une continuité dans ces luttes. Qu’on a voulu gommer. Et je pense que même le fait de ne pas enseigner cette histoire, ça je l’ai vécu dans les projections que j’ai fait au Chili avec le film, des gens qui me disaient mais j’avais peur de sortir dans la rue. Donc quelque part la dictature avait gagné. Et en fait, à aucun moment nos propres parents ou les propres militants nous ont appris que finalement c'était super de militer, qu’on pouvait être extrêmement heureux, qu’on pouvait faire des choses incroyables, y compris presque changer un pays. Et ça je pense qu’on l’a un peu retrouvé. Parce qu’au-delà du symbole, je pense que les gens commencent vraiment à s’intéresser à cette période d’une manière plus poussée. J’espère en tout cas. Mais là, la nouvelle génération qui arrive, moi je suis épatée, franchement. Je passe le micro à Eugenia parce qu’elle était pendant ces années-là.
Eugénia Palieraki
Merci Claudia. Non, juste ajouter qu’il y a un travail fait parmi les historiens, historiennes qui travaillent, qui écrivent beaucoup sur l’unité populaire. Il y a des publications, mais toujours la question c’est comment on passe de ce qu’on fait en l’histoire vers un public plus ample. Justement, le rôle de documentariste des réalisateurs et réalisatrices est celui de faire, d’avoir évidemment leur propre vision, mais aussi de faire le rôle de passeur de choses que l’on voit et qu’on constate en faisant des recherches et en écrivant des livres là-dessus. Donc, ce lien entre le passé et le présent, je l’ai aussi vécu et je pense que Clément aura aussi beaucoup de choses à dire là-dessus, j'étais par hasard pour un séminaire de recherche qui n’a jamais eu lieu en octobre 2019 au Chili, donc j’ai participé à ces mobilisations et j’y ai été très frappée non pas seulement par l’omniprésence de ce passé dans les références, les chansons, etc. Mais aussi par une véritable réappropriation et mise à jour qui montrait en fait que ce passé tout d’un coup devenait présent. Et c’est un collègue qui me disait qu’il avait reçu le mail d’une de ses étudiantes qui disait oui, je connaissais les chansons de Victor Jara, de Killa Payun, de Indi Imani, mes parents les écoutaient, mes grands-parents, mais en fait j’avais, pour moi c'était une chanson nostalgique en fait, j’ai jamais compris ce que ça voulait dire vraiment, ça faisait partie un peu de l’héritage familial très lié au passé. Et là, quand la révolution arrive, quand ma génération sort dans la rue et qu’on essaie de faire la révolution, ces chansons-là en fait, elles acquièrent un sens complètement nouveau et elles redeviennent actuelles. Donc je crois que le passé ressurgit parce que tout d’un coup, les nouvelles générations parviennent à comprendre de ce qu'était l’unité populaire, ça signifiait pour les jeunes de l'époque, et ce que ça peut signifier, non pas comme un modèle qu’ils vont copier aujourd’hui, mais comme un héritage qui peut être utilisé, mais surtout au regard de ce qui se passe actuellement au Chili.
Clément Perrot
Oui, pour ajouter sur cette période de l’insurrection populaire de 2019, je pense que ce qui a été aussi très marquant, ça a été un surgissement d'énormément de peur et de choses qui ont eu lieu à l'époque de la dictature. Et ce n’est pas pour rien que l’Insurrection, elle a été amorcée par des lycéens et des lycéennes qui ont voulu ne pas payer l’augmentation du métro. Et c’est aussi la première génération qui n’a pas vécu dans un contexte de post-dictature et qui n’a pas intériorisé la peur de leurs parents. De la même manière et en fait moi je trouvais ça très intéressant de voir que les grand-mères de mes amis, les mères et les pères de mes amies avaient peur en fait au tout début de l’insurrection populaire avec le bruit des hélicoptères en fait qui était un peu le bruit de la dictature vraiment de ces hélicoptères qui sont présents et en fait ce fait de reprendre la rue ça a été un processus qui en fait a duré deux mois, on peut dire vraiment… Où ça a été une explosion jusqu'à cette marche où il y a eu plus d’un million de personnes dans la rue et qui n'étaient plus du tout les mêmes personnes que les premiers jours. Et en fait, il y en a eu vraiment ce qu’on a beaucoup écrit sur ce qui était la première ligne, disons les gens qui vont manifester et voilà, il avait ce symbole fort en fait des militaires dans la ru, les camions de militaires qu' on a vus dans les films d’archives, ces archives de militaire en casque, ils étaient de Voilà les militaires dans la rue, l’os milico c’est de la caillée et ça c'était très puissant. Comme symbole pour beaucoup de personnes, il y a eu des disparitions, donc tout ce qui s’est passé en 1973 est apparu d’un coup, et il y avait cette seconde ligne qui s’est créée, qui était incroyable, c'était les Assemblées Populaires de Barillot, les Assemblées Populaires de quartier, où en fait les personnes qui ne pouvaient pas, même physiquement, parce qu’il y a des formes de post-traumatiques de l'époque de la dictature, voulaient participer d’une manière ou d’autre, donc en fait il y eut des quartiers qui ont explosé de cantines populaires. Il y a des quartiers qui ont utilisé tous ces noms, les cordons, les cordons ouvriers, tous ces groupes s’articulent entre eux par quartier, puis ensuite par sur-quartier, puis par cordon ouvrier, il y a eu énormément de pièces de théâtre dans la rue qui revenaient sur l'époque d’Allende. Il y en a eu Inti ni Mahi, qui était un groupe phare et persécuté de cette époque-là, qui continuait à jouer. Donc voilà, il y a eu vraiment, en fait, cette insurrection-là, finalement, les résultats qu’il y a eus aujourd’hui sont un peu tristes. Enfin, moi, j’y crois pas du tout au gouvernement de Boric, personnellement. Mais en tout cas, il y a eu vraiment une sorte de passation d’imaginaire des générations, voilà, et entre cette première et cette seconde ligne, quoi.
David Dufresne
Excusez-moi, je fais un petit point d’organisation. Pas de révolution sans organisation. Il nous reste à peu près une dizaine de minutes, 15 minutes, parce qu’après pour les techniciens, il faut ranger, donc, si vous avez des questions, c’est le moment.
Intervenant
je voulais vous remercier d’abord parce que pour les films que vous avez, qu’on a eu le plaisir de voir aujourd’hui, qui m’ont beaucoup émue. D’abord, je connais bien la situation du Chili parce que mon compagnon était ex-exilé Chilien. Donc, je connais bien cette situation, je connais bien les communautés Chiliennes ici et je pense que ce serait vraiment génial de pouvoir montrer ces films. Qui n’ont moi j’ai pas pu les inviter tous j’avais invité une personne d’abord je connais bien aussi la situation des peuples Mapuche parce qu’on avait on a créé une association en soutien pour faire connaître les revendications du peuple Mapuche revendication territoriale parce que la spiritualité Mapuche ne peut pas vivre sans sa terre c’est clair et il faut rappeler que la dictature a, enfin, Pinochet a instauré ce fameux… Décret fomento forestale en 74 qui consistait à donner les territoires, les terres des peuples autochtones Mapuche aux entreprises forestières pour faire une industrie forestière et Voilà. En fait, ce n’est pas tellement, c'était des grandes familles d’origine étrangère, effectivement, qui ont été les Lookchick, les Angeli, et des familles qui étaient d’origines étrangères, mais Chiliennes, qui ont la plupart de cette industrie forestière. Et je voudrais aussi rappeler qu’il y a un film qui a été très intéressant, qui a été fait, qui s’appelait : la, comment ça s’appelle déjà, qui a été fait par McLaren et un documentaire, La spirale, voilà, qui est passée d’ailleurs au, je crois que c’est sorti en soixante-peu après le coup d'état, il me semble, soixante-quinze à peu près, en France, un documentaire très explicatif sur la manière dont, les, la CIA a préparé ce coup d'état donc c’est très explicatif on peut le trouver aussi sur internet je pense et il est passé au Chili d’ailleurs et le monde diplomatique là qui est au Santiago l’a présenté dans sa librairie et j’aurais aussi parler d’un film qui a été fait par un jeune correspondant de France 24 qui s’appelle révolution de mi amor il l’a fait pendant ces moments libres, alors qu’il est arrivé au Chili, il a été complètement convaincu de filmer à ces temps perdus ce film. Et il est passé sur YouTube. Donc tout le monde peut voir ces moments de la première ligne sur YouTube, ça s’appelle « Révolution mi amor ». Voilà, c’est tout ce que je voulais dire.
David Dufresne
Je voulais réagir sur les films qui ont été cités parce qu’il y a une question du chat concernant le film de Patricio Guzman, Mon Pays Imaginaire, qu’est-ce que vous en pensez ?
Claudia Soto Mansilla
Non, ce n’est pas vrai.
Olivier Azam
Tu peux le voir sur Ciné Mutins et non pas sur YouTube.
Claudia Soto Mansilla
D’accord, j’irai sur Ciné Mutins, mais moi je ne l’ai pas vu.
Clément Perrot
Vas-y, toi, c’est sûr.
Eugénia Palieraki
Je ne sais pas, après on peut formuler plusieurs critiques, c’est toujours possible, mais en fait moi je trouvais que c'était un très beau film. En ce qu’il arrive à capter vraiment le moment, il donne la parole qu’à des femmes, ce qui est quand même extraordinaire. Et ça montre aussi un changement de mentalité parce que Guzman, c’est quand même le réalisateur emblématique. Et en fait il prend de la distance vis-à-vis de sa propre filmographie en fait de son propre regard sur le Chili et ça montre combien cette estallodie, insurrection, révolution a marqué vraiment les esprits, a marqué un tournant dans l’histoire récente du Chili.
Clément Perrot
Moi, très rapidement, je n’ai pas forcément grand-chose à dire mais ce qui m’avait marqué en regardant le film de Patricio Guzman, c’est que je crois qu’il le dit au début du film, c'était qu' il a raté l’insurrection et il la rattrape par la parole des jeunes. Et ça, je trouve, c’est très symbolique de cette génération aussi de Chiliens qui ont rattrapé ce qui s'était passé, ont raccroché les wagons qui avaient été lancés par les jeunes en les écoutant et voilà.
Eugénia Palieraki
Après c’est aussi des mobilisations très dures où pour une personne de l'âge de Guzman, c'était difficile d’assister en fait concrètement et il les rattrape par les témoignages, c’est vrai, et aussi par les images que des collaborateurs proches tournent, donc je trouve que ça intéressant justement sa capacité à saisir le moment, bien qu’il n’ait pas été physiquement présent dans la rue, donc ça c’est intéressant, c’est intéressant, j’ai tendance à être très empathique avec la génération des années 60-70.
Intervenant
Bonsoir. Bonsoir, je voulais savoir principalement avec vous qu’est-ce qu’il passe après le dernier référendum de Chili, qu’est-ce qui passe à un niveau plutôt, je ne sais pas, émotionnel, un niveau plus de sensible, parce que finalement après le dernier référendum c’est la démocratie de Chili qui avait dit on va continuer avec la même constitution. Donc je voulais savoir ce qu’il se passe avec vous, c’est quelle est l’impression plutôt, oui, sensible, émotionnelle.
Claudia Soto Mansilla
Moi je peux te dire que la seule fois que j’ai voté de ma vie, en fait, c'était pour le changement de constitution. Déjà pour dire oui au changement constitution, en fait j’y ai voté deux fois. C'était de dire oui, je veux un changement de constitution. Deux, j’accepte la constitution qu’ils nous proposaient l’année dernière. Quand la constitution n’est pas passée, vous connaissez tous le tatou ? J’ai fait la technique du tatou, je me suis repliée sur moi. Émotionnellement, voilà, je suis devenue un quirquincho. Tout rond parce que c'était le tatou, c’est comme le pangolin, tu vois.
Claudia Soto Mansilla
C’est un animal pauvre associé au Covid, mais il se met en boule, complètement. Il devient une boule et comme il a des écailles, et j’avais le téléphone qui débordait de messages ou de questions de la plupart de mes amis de France ou les amis du Chili. Et j'étais incapable d’affronter ces questions parce que je me disais, mais finalement, au Chili, il ne se passera jamais rien, on va rester là. Et finalement, la dictature face à ce genre de pensée qu’on peut avoir. La dictature a réussi son truc, surtout il a gommé l'éducation qui est quand même un truc énorme parce qu’on a eu la révolte des pingouins en 2006, puis les étudiants en 2011, et puis ensuite l’Estello social qui était aussi mené par, comme tu disais très bien, par les lycéens, ça a toujours été eux qui ont commencé à prendre la rue. Les adultes ont suivi après mais c’est normal à cet âge-là. Donc d’un point de vue émotionnel, voilà comment ça s’est passé. Là, elle est en cours de réécriture, il va y avoir un vote. Je pense que ça va être le bordel. Et je pense que ça ne va pas être simple d’arriver à modifier cette constitution. D’un point de vue très personnel.
Eugénia Palieraki
Je ne sais pas si Clément…
Clément Perrot
Tu veux que je commence ? Disons que moi, j'étais là au Chili au moment où il y a eu ces processus et évidemment, comme tu dis, c’est une réaction émotionnelle parce que c'était de l’histoire récente et voilà, ça mérite des études, aussi bien de politique que d’anthropologue, que d’historien, de la recherche, mais du temps à se faire, Moi, mon ressenti, c'était que le rejet de cette constitution, il était en partie lié aussi à un vote de sanction de Boric. Boric s’est fait élire notamment en disant qu’il ferait la lei des indultos, qui gracier les prisonniers de l’insurrection, et au contraire, il a fait appliquer les peines. Donc ça, c'était une première trahison. Ensuite, évidemment, il y a eu de la propagande.Parce que les médias Chiliens sont possédés à 90 % par le privé, donc voilà, la propagande a fonctionné à fond. Puis, je pense qu’il y a quelque chose, mais ça, c’est une sensation, c’est une bribe d’analyse. C’est qu’il y a beaucoup de personnes qui se sont levées de manière très émotive, comme toute insurrection, qui, en fait, n'était pas forcément levée pour les débats qu' y a eu après. Il y a eu, il y à eut notamment l’assemblée constituante qui a été dirigée par une Machine, donc une Chamane Mapuche, où ça a beaucoup parlé de. Ça a beaucoup parlé de l’autonomie des territoires Mapuche. C’est ce que je me disais, mais il y a peut-être beaucoup de gens qui voulaient de la santé et de l'éducation publique. La première constitution de l'écriture a été très loin. Ensuite, dans les résultats politiques qu’il y a au sortir de cet échec, c’est terrible. On a le retour d’une extrême droite au Chili qui avait disparu depuis Pinochet, qui l’a maintenant à une place dans les urnes. Et puis, pour parler un peu du côté Mapuche, les Mapuche quand on était dans la rue à Santiago pendant les manifestations à Concepción ou les autres villes, il y avait énormément de drapeaux Mapuche. En fait, finalement, l’imaginaire Mapuche était aussi un emblème de lutte qui a été prédominant dans cette insurrection pour les jeunes. Et les Mapuche qui, normalement, en général, je dis les Mapuche, mais c’est très divers et c'était plus complexe, Mais on entend souvent, en tout cas, ce discours de dire que le Chili peut être de gauche comme de droite, peut être en dictature, en démocratie. Finalement, la politique qui est appliquée aux Mapuche, c’est la même. C’est une politique néocoloniale. Enfin, voilà, on s’en fiche que ce soit Bachelet, que ce soit Boric. Et Boric l’a encore prouvé. Et en fait, les Mapuche pour une fois, j’ai eu une sensation, moi, j’ai parcouru beaucoup de communautés à ce moment-là. Ils ont cru un peu, beaucoup d’entre eux, ils ont cru un peu qu’ils pouvaient en fait faire quelque chose avec les Chiliens. Et ce non aussi est désastreux sur la possibilité de faire une convergence des luttes entre Chilien et Mapuche.
Eugénia Palieraki
Moi, très rapidement, j’ajouterai que, en regardant cette expérience à distance, je ne suis pas Chilienne, j’ai une connexion très forte avec le Chili et son histoire politique et son actualité politique, mais je ne le suis pas. Donc je dirais que pour moi le grand défi parce que le Chili et toute l’expérience politique, cette magnifique insurrection de 2019, tout ce qui a suivi, était en fait un moment qui a donné un processus, qui a donner un énorme espoir, pas seulement aux Chiliennes et Chiliens, mais je pense à tout le monde, à toutes les personnes de gauche. En tout cas, que je connaisse en France, en Grèce, mon pays natal a été suivi de près par ce qui était en train de se passer. Et je crois que le défi actuellement, en tout cas pour moi, c’est de trouver des explications sur le rejet de la Constitution, mais surtout ne pas perdre la force de toute cette période marquée par l’espoir, par l’envie d’avenir. Et se dire que même si ça a été une défaite, il ne faut pas perdre de vue la richesse, la force et l’importance de cette expérience et c’est ce que nous a enseigné en termes de projets politiques en fait. Toutes ces personnes qui étaient dans la rue, l’extraordinaire dynamisme de ces mobilisations. L’avènement, ou en tout cas la présence d’acteurs sociaux et politiques qu’on voyait de façon aussi forte pour la première fois, enfin le féminisme Chilien qui est d’une extraordinaire force, les mouvements écologistes, mais pas écologiste capitaliste, enfin des vrais écolos quoi. Tout ça, il ne faut pas oublier combien ça a été beau et combien ça le reste. Et donc ne pas garder seulement la défaite de l’expérience, mais voir ce qu’elle apporte de beau et en termes de projet, de projection en fait, voilà.
David Dufresne
Alors je suis désolé, on va devoir mettre un terme, en tout cas cette partie-là, parce qu’après vous pouvez rester ici et on peut discuter ensemble, mais il va falloir qu’avec Isa, qu’il faut applaudir, qui est régisseuse ici, et son équipe. Après, ça a l’air de rien, mais si on déborde, pour eux, c’est encore plus tard et ainsi de suite. Donc, quelques messages à caractère promotionnel. Eugenia, tu signes des livres toi ou pas ? C’est quoi ton contrat avec ton éditeur ? Oui, alors elle signe des livres. Accompagné de son éditeur et de son éditrice sur la table qui est là, il y a aussi des goodies, des butins de pagnes et autres fariboles. Non ? Oui, c’est ça. Et donc, je vous remercie vraiment du fond du cœur d'être venus essuyer les plâtres de notre premier Au poste Ciné Mutins Club tous les premiers jeudis de chaque mois à Césure avec les copains de la Scop des Sales gosses. Je ne sais pas où ils sont. Et Danaé, je ne sais pas si elle est là aussi, voilà, qui s’occupe, elle, de la jeune garde, c’est-à-dire les "clément" de ce monde. C’est elle qui nous dit, il faut mettre des courts-métrages de la fac de Nanterre, donc à chaque ciné-club. Et c'était un plaisir de le faire, à chaque ciné-club, voilà. La relève ! Et enfin, je laisse la parole au maître Azam Olivier des Cinés Mutins qui a un message extrêmement important à vous passer concernant la caisse.
Olivier Azam
Et ben non, parce que justement je voulais quand même dire un truc politique parce que je ne suis pas inquiet pour la caisse. Bon la caisses c’est bien, vous l’avez bien remplie, j’ai vu vite fait là, mais la caisse, vous avez joué le jeu, c'était formidable et c’est bien je le dis parce que la Caisse, on a fait un prix libre pour que l’on puisse donner aux producteurs des films. C’est exceptionnel, il y a 270 euros dans la caisse. On peut applaudir. En même temps, en même temps c’est intéressant parce que parce que on dirait que c'était très intéressant parce ce que c’est beaucoup plus. Non mais c’est encore non mais c’est la preuve de quelque chose. C’est la preuve de quelque chose qui marche de façon autogérée et c’est quand même toujours bien de souligner parce que normalement une projection on demande 150 euros les producteurs c’est à peu près les tarifs et en général les gens disent non c est pas possible c est trop cher. Vous allez donner ce que vous voulez et ça dépasse. Donc ça veut dire que la prochaine fois, on va pouvoir dire à un distributeur, écoutez, ça vaut le coup de diffuser ici, parce que vous allez récupérer plus de fric. Et ce n’est pas juste parce qu’ils font des capitalistes, c’est parce qu’ils dépensent du fric pour faire des films. Donc ça, je trouvais que c'était bien de le souligner. Mais je voulais quand même dire une chose politique, parce que je trouve que c’est formidable ce que vous avez dit, surtout à la fin, là. Et c’est quand même le nerf de la chose. C’est la question de l’espoir. Parce que dans tout ce que j’ai vu sur les films, tout ce je lis sur le Chili, c’est ce discours de Nixon qui me frappe, qui dit carrément publiquement qu’il ne faut surtout pas leur laisser penser que la victoire est possible. En gros, c’est la doctrine de Rockefeller qui disait déjà ça en 1914 quand ils ont tiré sur les mineurs en grève. Et ils disaient, il faut surtout ne pas leur laisser penser que la victoire est possible. Et nous, on ne doit jamais oublier que c'était leur système de pensée et que se laisser guider juste par nos émotions, et c’est un peu pour répondre au monsieur, je pense que l'émotion est évidemment incontournable, mais que la politique doit à moins donner faire appel à la raison, au rationalisme. Et que quand on voit des penseurs qui sont mes maîtres à penser par moi-même, je pense à Chomsky, à Howard Zinn, tout ça, ce sont des gens qui sans arrêt rappellent que dans l’histoire, on va chercher, il faut comprendre comment ça fonctionne, parce que si on comprend comment ça fonctionne on est mieux capable de réagir à ce qu’on nous met sur la tête, en l’occurrence nous faire croire que rien n’est possible.
David Dufresne
Merci à tous et on se retrouve là dans deux secondes, le temps de ranger le matos. Merci beaucoup.

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