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Avant que les flammes ne s'éteignent. Avec son réal Mehdi Fikri

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Voici donc un réalisateur qui reçoit un autre réalisateur. On va montrer la bande annonce dans quelques instants. Mehdi je t’avais laissé dans un journal qui s’appelle l’Humanité.
Mehdi Fikri
Tout à fait.
David Dufresne
Où tu étais journaliste, de presse écrite, ce qui te donne le droit de t’asseoir comme tu viens de le faire sur le micro parce que tu n’as pas encore l’habitude des pratiques du cinéma audiovisuel. Je tiens à dire à tous ceux qui nous regardent que c’est le premier invité qui est venu avec des pains au chocolat.
Mehdi Fikri
Voilà, on sait vivre, on sait vivre chez les Fikri.
David Dufresne
Exactement. Il est aussi venu avec sa bouteille d’eau, pensant que je n’en avais pas.
Mehdi Fikri
Ma fille à éduque un homme prévoyant.
David Dufresne
C’est vraiment la famille ! Ton film, c’est un film sur la famille. Et la première phrase, c’est la famille.
Mehdi Fikri
Ben voilà, peut être quand on reçoit une invitation si cool. Je suis très content de te rencontrer, David. Sérieusement, J’ai découvert ton travail sur le bouquin sur le maintien de l’ordre
David Dufresne
Moi ça ne me gêne pas non plus
Mehdi Fikri
Et donc du coup, quand on est ravi d’aller quelque part, on ramène des chocolats. Bon dieu !
David Dufresne
Ah bah oui, des pains au chocolat, des chocolats.
Mehdi Fikri
Ah là oui, d’accord, là il y a le chocolat. On est tombé sur des auditeurs pointilleux.
David Dufresne
Alors je suis désolé. Regarde ici, j’ai à droite des questions, à gauche le chat. Tu es donc à 48h de la sortie de ton film et il se trouve qu’on va parler de ton stress et il se trouve que ton stress naturel, enfin je veux dire classique pour un réalisateur premier film, ça sort dans deux jours. Bon, tu balises, il paraît qu’il y a des avant-premières qui se passent plutôt pas mal. Et à ce stress s’ajoute la présence de la commissaire politique Mélanie Simon Franza
Mehdi Fikri
Elle est là.
David Dufresne
Pour voir comment tu vas te comporter. Parce qu’ici, c’est l'émission culte, c’est le tour de chauffe avant d’aller à France-Inter, y a des trucs comme ça. On fait des petits tests ici, on voit s’il y a des slogans qui marchent bien.
Mehdi Fikri
On teste les punchlines avec l’aide de Mélanie. Si vous êtes de la grande distribution que je salue aussi. Merci beaucoup Mélanie.
David Dufresne
Elle peut venir quand elle veut. Si vous voyez une silhouette passer parce qu’elle a un appel de je ne sais qui du monde du cinéma.
Mehdi Fikri
C’est elle qui organise tous les débats autour du film et les rencontres avec le monde associatif, politique, militant. Voilà, elle est la porte parole du film dans ce monde là et c’est vraiment super. C’est vraiment un truc que je désirais en écrivant ce film qu'à un moment. Enfin, moi j'étais militant politique il y a longtemps, mais quand même. Et on disait qu’est ce que c’est qu'être utile, tu vois ? Et à un moment, je me dis je n’ai pas fait ce film uniquement à des fins politiques, très loin de là. Mais voilà, si, peut être utile, et il l’est grâce à Mélanie Simon Franza ici présente et c’est super, Je suis hyper ravi de ça.
David Dufresne
Voilà, voilà la communauté d’auposte la connaît. Mélanie Parce que de temps en temps, elle vient polluer le chat. Et effectivement, c’est une amie. Voilà que nous recommandons chaudement à l’industrie du cinéma qui n’a toujours pas compris qu’il fallait faire des débats, qu’il fallait faire des projos qui soient plus que des projos toute simple.
Mehdi Fikri
En fait c’est pareil, je travaille en série, tu vois, j’ai tiré sur trois séries diffusées et c’est la puissance de la salle. Le bonheur de la salle par rapport à la série, Moi j’adore ça. C’est vrai, tu vois, c’est un autre sport. Mais. Mais là, ce qu’on découvre avec les avant premières, rencontrer le public. Vendredi soir, j'étais chez moi à Saint Denis, Je suis né, j’ai grandi à Saint-Denis. Maintenant je vais au bar rencontrer les gens mais quelle est la discussion après ? Quel plaisir ! On a fait quasiment 1 h de débat vendredi soir, ce truc là et ce truc spécifique du cinéma. C’est puissant et ça, ça mériterait d'être développé.
David Dufresne
Bon, le mieux, c’est qu’on démarre par regarder la bande annonce. Alors c’est compliqué parce que moi, si tu veux, ce n’est pas un film à gros budget comme le tien. Je suis, je suis tout seul pour réaliser tout ce bazar et faut que je lance. Voilà, je vais lancer la bande annonce, Est ce que tu peux nous vendre ton film pendant le temps que j’aille de l’autre côté ?
Mehdi Fikri
Bien sûr, bien sûr.
David Dufresne
Avant de dire imagine que tu es sur une chaîne qui te laisse pas le temps de parler, t’as juste un message à passer, sachant qu’après tu auras 1 h, 1 h et demie pour être trituré.
Mehdi Fikri
Avant que les flammes ne s'éteignent. C’est un film qui raconte le combat d’une femme qui doit choisir entre faire son deuil et mener un combat politique. Après la mort de son homme, de son frère, entre les mains de la police. Voilà, c’est un film qui en a contre l’organisation d’un combat politique au sein d’une famille d’abord, puis dans un quartier populaire. C’est un film à la fois un film de banlieue et j’assume complètement mon appartenance à ce genre là, mais aussi un film politique, un film directement politique sur la question. Alors c'était suffisamment synthétique, monsieur Dufresne, je pense.
David Dufresne
C'était pas mal. Il faut demander à la commissaire politique.
Mehdi Fikri
Mélanie, c’est notre Jiminy Cricket disait-elle. On n’est pas à la fin, ça va bien. Moi je m’en vais.
David Dufresne
Alors j’envoie la bande annonce et on se reparle.
Film
De violentes émeutes la nuit dernière dans la. Banlieue de Strasbourg, après la mort d’un jeune homme. Une crise d'épilepsie aurait eu lieu et entraîné le décès une fois rendue à la famille encore un peu plus, faire l’objet d’un examen juridique. Vous devrez prendre vos propres photos. Si on est de la famille, y a moyen d’annuler Récupère pas le corps. Je ne vous laisserai pas faire. C’est. Non mais réveillez vous ! Ma passion, c’est faire. Maître madame Alliot-Marie. Vous connaissez mon cas, mais ce n’est pas une crise d'épilepsie. La police est hors de cause. Il faut créer un mouvement. Vous voulez faire de la politique et de la. Là, on se retourne contre un nouveau truc. Mais même là, on n’a pas le choix. On en est arrivé là. T’as banni Karim ? C’est à cause de toi qu’il a dérivé. Laisse quand même prendre le contrôle. T’es vraiment la patronne parce. L’important, c’est de se concentrer sur le message que vous vous êtes transmis. Croisez les jambes. Vous voyez bien que jusqu’ici on n’a rien obtenu en étant docile surtout. Le confinement continu. Ça veut dire quoi que ce soit ? Un truc de ma gueule ou quoi ? Tu ne peux pas me dire que mon frère. Au moment où les experts confirment les mensonges du parquet, on ne cèdera pas.
David Dufresne
J’ai vérifié le son, c’est bon.
Vidéo
Loïc, tu me manques. Rappelle-toi de ce que j’avais. Je regrette de ne pas avoir fait beaucoup plus pour toi en Partenariat. Sur un grand groupe. On aurait dû tout faire beaucoup plus pour toi. Je vais venir à un débat et je t’invite. On va voir. Bonjour à tous. Le monde ! Mes excuses, j’espère que vous allez bien. Et aujourd’hui, on va décrypter ensemble la condamnation du rappeur MHD qui a donc été condamné à douze ans de prison pour le meurtre du jeune Louis qu’Armstrong. T’as dit que t’allais faire un petit break de desserrement pour moi, c’est ça ? Juillet 2018 dans une rue du 10ᵉ arrondissement de Paris. Louis, femme de 23 ans, meurt en pleine rue. La Mercedes noire est la sienne. Mais le rappeur explique qu’il l’a prêtée souvent quand un peu fatiguée.
Mehdi Fikri
J’ai envie de musique d’une rivalité entre bandes. La question que vous pourrez vous poser au début de cette vidéo. Est de savoir. Pourquoi j’ouvre les yeux. Et en vérité, j’ai longtemps réfléchi.
David Dufresne
Il y a plus YouTube. J’imagine que ce sont les copains d’Ost qui sont avec nous. Tu vois ce que c’est les raids sur Twitch ou pas ?
Mehdi Fikri
Ça me dit quelque chose.
David Dufresne
Imagine, les gens viennent voir les dents de la mer. Et en fait, à la fin des dents de la mer, ils viennent tous dans ta salle voir ton film qui sort mercredi. Je le refais parce que là, tout d’un coup, il y a beaucoup de monde qui vient d’arriver. Avant que les flammes ne s'éteignent. Film dont tu dis qu’il est de banlieue et politique.
David Dufresne
Et politique bien sûr, mais bien sûr autour du combat d’une famille pour la vérité et la justice suite à la mort du petit frère c’est ça ?
Mehdi Fikri
C’est exactement ça.
David Dufresne
Tu disais tout à l’heure que tu étais, que tu avais été avant d'être journaliste, avait été militant politique tu étais militant politique.
Mehdi Fikri
J'étais proche de Gandhi, on va dire. Mais je ne voulais pas partir. J’ai réalisé un documentaire. Qui s’appelait Chroniques d’une révolution manquée, en fait, qui est un web documentaire pour Mediapart. On a reçu une lettre de Mediapart à la fin. La post production et notamment je crois qu’il a été diffusé sur Mediapart à ce moment là, Regard aussi, mais on est surtout bricolés dans notre coin. Et donc bon, en groupe de deux de la création du NPR jusqu'à 2011, je suis assez proche d’eux. Puis j’ai aussi pas mal d’amis qui étaient dans les anciens de la ligue. Donc voilà, mes parents étaient militants communiste à Saint-Denis, mais je suis vraiment un enfant de la banlieue rouge et tout, je tiens à le dire. Et donc du coup, moi j’ai notamment fait partie d’un collectif antifasciste qui s’appelait le Capab. Après la mort de ses écrits, après la mort de Clément Méric et qu’il a vécu quelques années et qu’il avait vocation, disons, à organiser des manifestations. J’ai organisé un ciné club à cette époque là où on a fait pas mal de choses, notamment en banlieue, à Saint-Denis, sur la question des Roms à Argenteuil, on avait passé le racisme à un racisme à peine voilé sur la question du voile avec Argenteuil, avec Omar Sylla, outil du collectif Algérie à l'époque. Voilà donc tout ça. Donc avant d'être journaliste et au début de mes années de journaliste, ça s’est fait un peu de manière concomitante.
David Dufresne
Suite à la mort de son petit frère, lors d’une interpellation de police Cité des écrivains, quelque part vers Strasbourg, cité Malika, incarnée par Camilla Jordana, aux réminiscences b très originales. Il y a déjà des questions là-dessus. On va y venir, se lancer dans un combat médiatico judiciaire afin qu’un procès ait lieu. Mais sa quête de vérité fracasse l'équilibre de sa famille, dont Sofiane Germani, lumineux et Sofiane. Kamel, fidèle à lui-même dans les parages, rôde Samir Gasmi, favorablement connu de nos services, il est déjà venu au poste pour un autre film, Nos frangins de Rachid Bouchareb, en vieux sage revenu de tout ça et des luttes des quartiers. C’est là où on voit qu’il y a effectivement eu une expérience politique chez toi. Parce que le rôle de Samir. On va passer du temps dessus et voir le plaisir.
David Dufresne
Et un gus que j’avais aimé. Oui, dix ans durant, le réalisateur Fikri pour l’humanité. Depuis, il a fait le grand saut à l’assaut du grand écran. En quoi la fiction est plus pertinente que la réalité pour raconter la réalité ? Vous avez cinq minutes. En quoi la fiction est plus percutante pour raconter la réalité que le documentaire ou que le journalisme ?
Mehdi Fikri
Et c’est super de commencer par ça. Et comme tu me disais qu’il y avait déjà des questions là-dessus, c’est souvent tous les débats. On commence par quels sont les éléments de réalité ? Dans le film, tu as notamment des figures très connues comme celle d’Assa Traoré, évidemment. Quel est notre lien à cela ? Moi, il m’a semblé absolument nécessaire de faire une famille fictionnelle pour pouvoir aller au fond des choses et pour pouvoir raconter l’intimité de cette famille. C’est à la fois un film politique et je pense que là, la bande annonce le raconte clairement. C’est aussi vraiment un drame familial et ça raconte. Pour moi, c’est un film sur la sortie du mensonge, c’est-à-dire la sortie du mensonge face aux institutions qui mentent et qui dissimulent les raisons de la mort du jeune, mais aussi à l’intérieur de la famille. C’est-à-dire qu’il y a un déni. Il y a un choc dans ces familles là qui sont, qui vivent ça, évidemment. Et moi, j’ai vraiment voulu mettre le film dans ce moment où il y a des voitures qui brûlent. Et donc du coup, les journalistes sont là, leur micro tendu vers les familles. Mais la famille n’est pas encore en ordre de bataille en fait dans le film. Et du coup, tout ça pour raconter ça a même raconté, y compris les histoires affectives, les déchirements du couple de mon héroïne. Je ne pouvais pas. En tout cas, je ne me sentais pas de faire un biopic comme on dit sur une personne connue. Donc ce n’est pas un biopic et il y a des éléments issus de. Très nombreuses familles. Il y a plein de choses, je le redis, mais je le redis ici parce que c’est intéressant. A un moment dans le film, sans spoiler, du coup, la famille prend des photos du corps à l’hôpital avec, sous le conseil de quelqu’un, du personnel médical. C’est quelque chose que j’avais observé dans l’affaire Elias ou Nick est mort à Clermont-Ferrand. Un des trucs de la famille, c’est que le procureur bloque l’enquête au stade de l’enquête préliminaire, c’est-à -dire où il y a le secret de l’enquête et tout. Une des batailles de la famille, c’est d’obtenir un juge d’instruction. Ça, c'était le cas chez Ali Ziri et il y a plein de choses, mais il n’y a rien qui est spécifique à une famille. En fait, il y a des règles spécifiques à un combat. Hélas, comme on le sait, c’est systématique, ça se répète et du coup, voilà, il y a des, il y a des morceaux comme ça issus de la réalité. Le film, c’est une expression qui est un peu compliquée parce que c’est une figure militaire. Mais j’aime bien que Karim, le gamin qui est mort dans mon film, soit le soldat inconnu des violences policières. C’est celui qui les représente tous, quoi. Je suis conscient des limites de mon expression, mais tu vois ce que je veux dire ?
David Dufresne
C’est une machine, tu vois ?
Mehdi Fikri
Mais celui qui l’est, celui qui le représente tous, tu vois, hélas, on est à un moment où il y a quelques cas qui sont élus par les mecs qui mènent des luttes brillantes. On pense à la famille, ben on pense à la famille Traoré qui brille d’une lumière particulière, mais aussi parce qu’ils sont choisis par les médias aussi. Et du coup, derrière, il y a des tonnes de familles qui sont complètement invisibilisées. Les chiffres, il n’y a pas de chiffres officiels, mais on en parle encore une fois avec Mélanie.
Mehdi Fikri
Et la semaine dernière.
Mehdi Fikri
C’est énormément de familles qui sont derrière et qui sont victimes exactement de ça, qui mènent des combats aussi en région et qui sont invisibilisées. Donc voilà, faire une famille fictionnelle, c’est une manière pour nous de vouloir leur rendre hommage à toutes.
David Dufresne
On peut quand même dire que Camélia Jordana, qui incarne Malika sa chevelure, rappelle un peu celle de Traoré. Et ce n’est pas par hasard. Si, tu sais, il y a deux sœurs dans la famille. Ce n’est pas par hasard, parce que très souvent contre exemple celui de Wisham à Clermont-Ferrand dont le combat est mené par Farid et son frère qui est déjà venu plusieurs fois au poste. Mais souvent ce sont des sœurs, des mères qui mènent le combat pour la vérité, pour la justice.
Mehdi Fikri
Mais ça n’est pas la seule à avoir de beaux cheveux. Tu vois ? Voyez Ramita Dieng, la sœur de la mineure, vient justement parce qu’aujourd’hui il y a une passation. C’est Fatou qui sert de porte parole aujourd’hui et tout. Donc oui, non, je ne nie pas du tout. Est ce que ce que tu dis là, je t’ai coupé du coup ?
David Dufresne
Non, tu ne m’as pas coupé, tu n’as pas répondu à ma question. Alors voilà la question
Mehdi Fikri
C’est ça les interviews entre amis,
David Dufresne
En quoi la fiction est plus percutante que pour raconter la réalité et le. Documentaire, par exemple. Le documentaire ou le travail journalistique, ou le travail de sociologue, bien sûr.
Mehdi Fikri
A mon sens, la fiction permet de ramener de l’humanité, de l’affect, du sensible, quelque chose qui n’est pas du pur intellectuel. Tu vois ? De l'émotion et vraiment une émotion singulière qui naît à travers les parcours de personnages qui y voient. Et par exemple sur la question de l’apprentissage politique et comme quelque chose de très intellectuel qu’on est. Et je pense que c’est le cas d’un grand nombre de tes auditeurs qui sont là aussi, ce plaisir qu’on a se doter d’un savoir. Et ensuite à pouvoir le mettre en pratique pour analyser le monde qu’on a autour de nous en fiction. Et du coup, dans mon film, le tout ça c’est porté par l’intérieur d’un personnage. C’est quelqu’un qui est démuni au début et qui apprend à nommer les choses, à lire le monde et qui passe comme ça. Du savoir à la pratique, de la parole à l’action. Et ça, ça génère un kif de cinéma particulier, tu vois ? Et on peut même prendre ta question dans l’autre sens. C’est à dire que moi, j’ai pris, j’ai décidé de faire un film là dessus, pas pour rajouter quelque chose à ce sujet là, mais parce que j'étais sûr que dans ce sujet là, il y avait des plans de cinéma à faire. Tu vois, j’ai fait deux courts métrages avant et j’ai un jour, dont un premier que je que tu vois, qui m’a vraiment aidé à faire, qui a été une marche importante pour y avoir du boulot en série et tout, qu’un film s’appelle deux minutes 30 sur le journalisme de guerre, mais que moi je trouve aujourd’hui très fragile. Et c’est notamment un film où je trouve que le discours écrasait un peu la mise en scène ou en tout cas tout le discours que je me faisais sur le journalisme de guerre, ne supposez pas forcément, n'était pas forcément générateur d’images et de plans de cinéma, mais moi, c’est vraiment quelque chose. Et après avoir un peu souffert dans le montage. De ce film-là, tu vois. Mais c’est normal, c’est un premier coup. Moi, quand j’abordais cela, je voyais qu’il y avait du symbole, de l’imagerie politique, tu vois, de partout. Par exemple, quand on décide de filmer dans le Grand Ouest et que du coup on décide de filmer en hiver, tu vois, il y a souvent une image très estivale dans les films de banlieue, tu vois. Je disais en rigolant et en prenant un truc un peu américain, je dis c’est souvent des films West Coast, tu vois, des films de Los Angeles. Et moi je voulais faire un film East Coast, tu vois, de New York, tu vois un film du Wu-Tang. On a fait énormément de manifs, les gilets jaunes, tu te rappelles ? Tout comme le premier acte, deuxième acte où j’ai défilé aussi, c'était. Des fois tu vois dans nos têtes Ouais, c’est novembre décembre, tu te les gèle. Tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas du tout.
David Dufresne
Mais ça par exemple.
Mehdi Fikri
Et ça c’est comment dire, c’est une scène, c’est du cinéma,
David Dufresne
Mais ça, par exemple, alors, effectivement, le feu.
Mehdi Fikri
Le sang, tout ce que tu vois dans le film, dès les premières images, ce n’est pas du discours, ça, ce n’est pas du documentaire. Le fait de filmer une voiture qui crame avec des images au ralenti quatre fois à l’envers, qui semble être absorbé dans sa carcasse. Tu as des trucs comme ça chez David Lynch ? T’as pas ça dans le doc ? Ce serait bizarre de faire ça dans un documentaire, Toi qui en a fait un, Tu vois, c’est si c’est autorisé. Un pas de côté et excuse moi, je voulais juste reprendre un truc là dessus et comment dire. Et aussi, et là où la boucle est bouclée, où tu vas du de la réalité à la fiction, à l’image, à l’esthétique. Et tu reviens vers la réalité. Quand on montre à des gens qui ne sont pas du tout concernés par ces questions là, moi, moi, j’ai montré ce cadre à des salles avec des lycéens de la campagne, des salles majoritairement blanches et de jeunes qui étaient bouleversés, tu vois, et qui disaient putain, mais ça m’a trop parlé. Et ce qui leur parle, c’est la question aussi de la famille. Tu vois, la question de la loyauté familiale. Tu es de qu’est ce que tu fais pour être loyal avec les tiens ? Est ce que ne faut pas être déloyal avec le désir de ton père pour être fidèle à ses souffrances ? Tu vois, tout ça, c’est le cinéma qui nous permet de le raconter vraiment.
David Dufresne
Ça, ça se passe à quel moment ? À l'écriture, au tournage, au montage ? À quel moment tu mets le curseur entre le cinéma et malgré tout le message ou le discours que t’as envie de passer.
Mehdi Fikri
Complètement dès l'écriture, dès l'écriture, tu vois. Et par exemple, on a une famille fictionnelle, il y a, il y a qui, il y en a un qui est mort et qui meurt au début, juste avant le début du film. Et il y en a trois. Il y a le grand frère qui est joué par Sofiane Zermani, le rappeur. Il y a dans l’ordre l’aîné, il y a Malika, son ordinaire. On l’adore vraiment Sofiane, Je le répète à longueur d’interview, mais c’est une image qui m’avait marqué. Il y a des photos de ça sur Internet. Il était devant le tribunal en février 2017, au moment de la faire Théo où on était 2000 à se les geler. Et s’il était là avec sa doudoune sur moi. En train de discuter avec les flics d’un côté, avec les jeunes de l’autre. Il était là à un moment où c'était avant Floyd, c'était avant que ça devienne du terme un peu à la mode, ces trucs là, tu vois, le mec était tout seul au milieu de 2000 jeunes qui le harcelait en train de faire des selfie et tout le monde et je m’en suis rappelé quoi. Et derrière, je rappe. Peu de temps après, je l’ai vu frère ennemi, puis dans la série » Les sauvages » et tout. Il est incroyable. Sofiane c'était mon rêve.
David Dufresne
Alors lui c’est la caméra.
Mehdi Fikri
Excuse-moi, c’est le grand frère, c’est le grand frère. Il y a Malika qui est jouée par Camélia Jordana et il y a une petite sœur qui est transfuge de classe qui est jouée par Nour. Cette fratrie qu’on voit, je l'écris. Un des axes pour moi pour l'écrire, c’est la manière dont ils vont se positionner par rapport à cette mort. Tu vois, c’est ça. Du coup ça se construit en amont, tu vois, c’est. Assez. Ça se fabrique en amont, c’est de me dire voilà, moi j’ai besoin de voir comment cette fratrie avait déchiré de l’intérieur, y compris avec le père aussi, la figure du père, elle va être déchirée de l’intérieur. Par. Par la mort du jeune. On parlait de Fianso, de Sofiane et Sven. Bon alors c’est le moment où le personnage qui comprend un acteur veut toujours jouer, tu vois ? Et je disais Mais non, en fait, Driss ne bouge pas pendant tout le film parce que c’est un garçon contrairement au dossier. Et donc lui, il sait, il sait depuis avant la fin du film, avant le début du film, il sait que son frère a été tué par les policiers, là où il est serré. D’où au début, on peut douter. C’est ça que j’essaie de montrer aussi. Ces familles croient aux autorités. Tout au début, tu vois, quand on leur dit c’est une crise d'épilepsie et tout machin, elles ont un peu envie d’y croire. Et du coup les sœurs ont un parcours. Mais le personnage de Driss, c’est un mec, il sait que le gamin.
David Dufresne
Donc il y a le grand frère et il y a les deux sœurs. Tout à fait. Et donc les deux sœurs sont euh. Tu te souviens de leur nom de famille ?
Mehdi Fikri
Donc on a Malika jouée par Camélia Jordana et Nour joué par Sonia Faidi.
David Dufresne
Je te propose de mettre un extrait que la grande distribution et bac film Maxime, c’est le producteur, le distributeur, ça n’a rien à voir avec Bac Nord
Mehdi Fikri
David Dufresne n’est pas le premier à faire cette blague. On l’a fait depuis qu’on est à Paris. On va chez toi, on est à côté. Tu fais un film sur les violences policières avec. Des produits bareback. Oui, on les remercie ici. Séjour au mois de la suite dans les idées, c’est ça. On remercie le soutien du groupe.
David Dufresne
Je ne vais pas prendre l’ordre dans lequel on m’a proposé les extraits. Je vais commencer par la troisième qui est la scène dans la voiture où ils sont tous les quatre en fait, puisqu’il y a aussi le mari de Malika, incarnée par Jordana et le mari qui est toujours super et ça va montrer justement. Donc là on est au milieu du film, ça montre précisément le nœud familial en face de l’entreprise. Est ce que tu veux faire patienter tout le monde pendant 30 secondes le temps que je lance l’extrait ? Parce que moi je suis tout seul, je vois que je suis réalisateur, portier et tout ça. Donc si tu veux dire deux trois petites choses.
Mehdi Fikri
À propos de l’extrait.
David Dufresne
Oui, tu vois lequel c’est celui où il chante dans la voiture. Mais il ne fallait pas le dire. Mais toi tu veux que je fasse patienter ? Mais je ne dois pas raconter. Voilà, c’est donc une scène que je ne vous raconterai pas.
Mehdi Fikri
Non mais tu peux dire qui était le chef de famille. Bien sûr, ils sortent du bureau de l’avocat. Voilà, on est à la fin du deuxième acte et je vais spoiler, hein ?
David Dufresne
On ne va pas plus loin, on ne va pas plus loin. Non, non, c’est bon, c’est bon.
Mehdi Fikri
Je vais patienter pour voir cet extrait, mais qui illustre bien, je pense, le pouvoir du cinéma par rapport aux autres. Qu’est ce que peut spécifiquement le cinéma par rapport aux documentaires sur un sujet comme ça ?
David Dufresne
C’est l’extrait le plus long parce que les autres sont très courts. C’est ça le monde sauvage du cinéma.
Vidéo
Vous avez vraiment intérêt, c’est sûr. Oui. Ok. Alors ça été assez, mais ça s’arrête là haut, la main là. Et toi ? Et ces ovnis technos Dans un drone, on a un ascendant par ci par là et nous ? Et il y a des doutes.. On s’est fabriqué ça informe lui qu’elle va bien vous a sans doute eu de grandes envolées La scène dure 5 minutes aucune chance elle ne voyait rien.Et je voulais en venir À rien. Parce que je te boudais.Mais tu ne m’aimais pas.
David Dufresne
Oh la la, cette chanson, c’est trop ma maman ! Je chiale, nous dit Félix.
Mehdi Fikri
Oh oui ! Merci beaucoup !
David Dufresne
Je pense que ça illustre parfaitement ton point de vue de dire que par l’intime, on peut. On peut aller dans la fiction et raconter des choses. Par ailleurs, la commissaire politique a profité de l’extrait pour te dire qu’il ne faut pas dire cinéma et documentaire.
Mehdi Fikri
Je le regrette.
David Dufresne
Elle t’a rappelé que le documentaire était du cinéma. C’à quoi je te rajoute que dans la première décennie du cinéma, 90 % des films étaient des films documentaires. Les Frères Lumière, ça n’est que des documentaires. La sortie des usines, c’est du documentaire. L’entrée en guerre de La Ciotat, c’est du documentaire. Donc Monsieur le commissaire politique a raison. Le documentaire, c’est du cinéma. Il faut distinguer docu et fiction. Je le regrette amèrement. Je suis désolé. Je suis prêt à faire mon autocritique et à dénoncer chaque once de bourgeoisie qui est à l’intérieur
David Dufresne
Quelle est cette chanson ? Parce que moi je ne la connais pas.
Mehdi Fikri
Et du coup, merci beaucoup à L’auditrice et à la spectatrice qui a pointé l'émotion de ces chansons et l’histoire à celle dudit désir qui est une chanson de Idir qui est chanteur kabyle. Donc du coup, ce n’est pas de la Rabah. Du coup, il chante en kabyle et c’est une chanson sur les femmes qui baratte le beurre en fait. Exactement. Et c’est intéressant parce que ça raconte du coup un truc sur le processus de fabrication. C’est le moment où j'écris, je mets une chanson d’arabe classique. Mon épouse s’y connaît beaucoup en musique arabe classique, elle tunisienne, s’y connaît très bien. Du coup, bref, je reviens dedans, morceau de Fairouz et au moment où le casting se fait, il s’avère que ce sont quand même pas mal de chanteurs trois Camélia Jordana, Sofiane Hermann et aussi Larry qui est un rappeur strasbourgeoise qui joue le jeune garçon qui s’est fait tuer et qu’on voit à un certain moment quand même dans des flashback qui répondent présent. Et donc du coup, un moment, quand il s’agit de savoir qu’est ce qu’ils vont chanter. Moi je repose la question au lecteur tu dis Bon alors qu’est ce que vous voulez chanter et comment est ce que ça se passe ? Et Sofiane pose immédiatement sur la table en disant ça va être sans doute de Idir. Et du coup, moi d’ailleurs, à l'écriture jeune, il y avait certains blancs que je n’avais pas, à certains angles morts que je n’avais pas comblés, notamment la nationalité de cette famille. Je n’avais pas déterminé en disant on verra. Mais moi, mon père est Marocain, ma mère Française, les trois, tous les acteurs principaux de la fratrie sont tous kabyles, tu vois. Donc la famille est très naturellement devenue kabyle. Je n’allais pas faire le forcing, on va être marocain et tout, j’ai surfé sur cette vague là. Et donc du coup c’est devenu sans doute Idir Et c’est hyper intéressant parce que comment dire et dire c’est l’Algérie dans un pays jeune. Idir c’est plus qu’un chanteur, il représente plus que lui même, c’est aussi une icône, c’est un drapeau, c’est vraiment l’icône d’une histoire à construire, d’un territoire jeune en fait. Et c’est pour moi, il y a une résonance très forte avec la question des luttes, avec les icônes des luttes contre les violences policières en fait. Et du coup, moi c’est un truc que je trouve hyper beau, c’est le fait de dire que comment dire dans le cinéma en fait, très souvent, la politique, elle est montrée sous le ciment dans la fiction. Je me corrige commissaire politique français, tu vois, dans la fiction, la politique est très souvent montrée sous l’angle de la trahison, tu vois de la trahison des pauvres et tout. Et, moi, il me semble, mais c’est ma subjectivité qui parle ici, que dans les luttes politiques en banlieue où finalement bon, les gens, il n’y a même pas eu trahison parce que des jour où l’on a jamais rien. Demandé, tu vois, il n’y a pas. Eu de compromis historique comme avec la classe ouvrière blanche en fait, qui a donné quelque chose qui leur a été retiré ? Le peuple, les gens issus des colonies, on nous a rien donné et les figures qui en qui en émergent, qui émergent de ces territoires là sont plus qu’elles mêmes. Et c’est ça que je crois. Elles sont investies de plus qu’elle-même et représente aussi un territoire et représente aussi un futur à conquérir. Et en cela, elles sont lumineuses. Malgré toute la tristesse, malgré toute la dureté. Il y a aussi quelque chose de très beau, de très lumineux, de très flamboyant quoi. Et je pense que Idir, c’est ce truc là aussi, dans ma tête en tout cas.
David Dufresne
Est ce que tu as appris le scénario, l'écriture de scénario ou est ce que tu as appris la réalisation à la fois la mise en scène et puis le jeu des acteurs ? T’as suivi des cours ou pas ?
Mehdi Fikri
Du tout pas du tout du tout du tout. Il y a une hauteur de fantaisie que j’adore qui s’appelle Robin Hobb. J’aime beaucoup la littérature de genre et on lui dit Comment t’as fait pour écrire un bon livre ? J’en ai écrit beaucoup des mauvais. Et moi j’ai écrit un certain nombre de scénarios de courts métrages nuls, tu vois ? J’ai bricolé dans mon coin et. Jusqu'à réaliser mon premier court et jusqu'à lancer ensuite l'écriture de ce long là. Il y a deux trucs en fait. C’est d’une part le fait de travailler en série dans des séries télévisées notamment. Mon premier truc, c’est la série Hippocrate, première série diffusée sur lequel je travaille la saison deux. Et enfin, en tant que réalisateur.
David Dufresne
Et scénariste ?
Mehdi Fikri
En tant que scénariste, on était une room de scénariste jusqu’aux écrits. J'étais un scénariste mineur à ce moment-là. Tu vois ce que je veux dire dans la room, tu vois ? Moi j’ai écrit un des épisodes quoi, si tu veux, avec une excellente scénariste qui s’appelle Claude le Pape et que je salue ici. Et du coup, en fait, on a commencé à travailler en septembre 2018 et moi c’est le moment où j’ai commencé à écrire long, long métrage et on a le temps que les gens lisent. Tu vois, tu as des tas de trous. A chaque étape, je faisais un synopsis diapo, un synopsis de mon long séquencier d’Hippocrate, un séquencier de mon long jeu. À chaque fois, je rompais les techniques comme ça. Puis ensuite derrière, il y a enfin tout. Et c’est arrivé dans un deuxième temps, parce que ces livres sont chiants à lire quand tu cours, t’as pas de raison de les lire. J’ai quand même absorbé toute une littérature du scénario. Je recommande notamment la dramaturgie de Yves Lavandier et tous les trucs un peu connus genre Truby, Anatomie du scénario, tout ça. T’avais le livre sur le scénario et les deux ou trois.
David Dufresne
Donc c’est plutôt l'école américaine avec les douze points.
Mehdi Fikri
Non, vraiment, le premier, c’est de la dramaturgie d’Yves Lavandier qui est un truc français, le meilleur tout en haut de la légende. Ce n’est pas un truc de cocorico. Moi, la dramaturgie, je leur dis c’est génial aussi ce qui t’as des points pas très structurels, Pas vraiment. Les ricains, c’est du structuralisme à fond, ce qui peut être très utile pour conjurer la peur de se lancer. C’est très utile. La structure en acte c’est super, mais dans la dramaturgie du Lavandier, c’est un sacré truc. Et du coup, au moment où j'étais dans l'écriture de la deuxième année d'écriture de ce nom là, j’ai beaucoup lu et après ça s’est fait tout seul tu as l'œil sur le chat ?
David Dufresne
Non mais parce qu’il y a Florent Calvez que je salue, qui est le dessinateur de cette bande dessinée Global, Police qui nous dit les 22 étapes pour Truby.
Mehdi Fikri
Tout à fait.
David Dufresne
Et il y a Citadelle avec comme question dans un thème en banlieue par exemple, elle rebondit sur quelque chose que tu as dit, mais là on va rester sur le métier de cinéaste. Donc pour le scénario à expliquer, mais comment on ose dire bah ouais, moi je vais, je veux m’occuper des acteurs, des actrices, je vais leur dire tu fais si tu fais ça, le chef op, tu me fais cette image là, c’est bon.
Mehdi Fikri
T’es passé, c’est hyper intéressant, T’es passé de comment on apprend de la technique à comment on ose ? C’est génial ta question c’est y a deux questions données et je trouve ça magnifique. Les jurés, je vais répondre aux deux mais on monte sur scène. Mais oui, on a maintenant mes héros mais en fait je sais plus qui c’est qui le dit. Attention, référence pédante, on approche. Je pense que c’est Tarkovski qui fait quand même le lien avec la question de la foi. Je pense qu’il y a beaucoup de foi en fait pour porter. C’est démesuré en fait de porter je ne sais pas combien de temps, mais pour écrire un livre, des fois ça peut être très long je pense. Mais quand tu vois, j’ai commencé à écrire à l'été 2018 Tous, il y a une affaire de foi, tu vois, Je suis désolé de le dire, je choquer personne, mais c’est quand même un peu spirituel de se dire surtout quand on est quelqu’un qui ne bénéficie pas de privilèges de classe d’aucune sorte. On était pas du tout cinéphile et rien du tout de se dire comme tu dis oui je vais oser aller voir des acteurs, on va faire ça, on va faire ça, on va faire ça. Il y a un drive intérieur qui est plus existentiel qu’autre chose. Et voilà. Donc je te laisse imaginer l'émotion d'être à deux jours de la sortie du film, bien sûr. Et quant à la technique, alors ça c’est un point intéressant. Faut tout voler aux autres cinéastes. Voilà, c’est le conseil que je peux donner et je crois que Coppola le dit, il ne faut pas hésiter. Photos volées. Moi, je. Au moment où je prépare le film, je vois quelque chose. Très honnêtement, je ne mens pas. Comme 200 films, j’ai des captures d'écran plein les notes de mon iPhone.. Et pendant le tournage, la veille au soir, régulièrement, je faisais des mails au premier assistant et au chef OP avec des captures d'écran des photogrammes, en disant je veux ça, je veux ça, je le sais, je le sens. Il y a quand même plein d’idées, de mises en scène qui sont issues de films que j’ai vus et qui ensuite, il ne faut pas avoir peur de voler. C’est que quand on tourne dans un petit budget comme le mien, la réalité du décor et des lieux fait que de toute façon, ton idée et ton rêve de maîtrise va être twisté et que tu t’es obligé transformer ça en système d quoi qu’il arrive, et de t’adapter et d’en faire complètement autre chose. Tu surf, tu te prépares un blog et tu sens la vague. Et après, vraiment, pour être plus concret et direct, les courts métrages, c’est très important. Moi, mon cours, mon premier cours m’a montré un certain nombre d’erreurs à ne pas faire. J’ai fait un deuxième rouleau, un court tout en plan séquence. Où et où ? Pareil, je suis resté quand même, même si c'était beaucoup plus élaboré et compliqué à faire sur un certain nombre d’idées maîtrisables. Tu vois ? Et après c’est un mélange et c’est ça qui est magnifique avec la mise en scène, un mélange de savoir. Tu dis ça, ça fonctionne en fonction de ça fonctionne et de confiance dans ses entrailles. C’est à dire que du coup tu regardes le combo, tu le sens dans ton bide.
David Dufresne
Si beau et c’est l'écran de contrôle en fait.
Mehdi Fikri
C’est ça, c’est l'écran en gros. Et il y en a qui ont appelé le bébé combo. Qui a un petit combo que tu tiens comme ça, surtout moi quand tu as des grosses lunettes comme ça.Ça et là. tu le sens dans ton ventre quand ça ne marche pas, tu le sens en moi en tout cas, c’est tu le sens dans ton bide avec aplomb. Quand il marche. Tu le sens là, vraiment ?
David Dufresne
Tu as dit tout à l’heure tu as dit les violences policières, c’est un sujet un peu mode. Tu arrives en 2023, il y a Thémis Jordana, connue pour ses prises de position, etc. Mais on comprend qu’en réalité, toi, le film, tu l'écris il y a cinq ans, c’est à dire avant, effectivement une espèce de prise de conscience dans la population par tout un tas d’histoires, singulièrement par un certain nombre de familles qui portent les combats dont tu, auquel tu rends hommage par ta fiction. Et aussi les violences faites aux gilets jaunes. En fait, il y a une espèce d'épiphanie comme ça où la France découvre que sa police peut. Être, ça devient difficile de le cacher. Ça devient difficile de le cacher, même si ça n’existe pas, comme dirait l’autre. Bon, est ce que. Est ce que le cinéma français n’est pas aussi coupable de te faire, toi, jeune scénariste, faire attendre autant de temps entre deux lectures, entre deux versions ? Parce que c’est ce que tu as dit, tu es. Et c’est pour ça que je fais le lien. C’est à dire que si le film tombe à un moment, on pourrait dire il surfe sur une vague ou une mode en réalité, et c’est presque à ton corps défendant, si t’avais pu le faire plus vite, tu l’aurais fait plus vite, j’imagine.
Mehdi Fikri
Oui, si j’avais pu faire plus vite, j’aurais fait plus vite. Mais en fait, moi je laisse mes amis du bas. J’ai des amis scénaristes qui me disent que j’ai été très vite. Moi, j’ai commencé à bosser en tant que scénariste sur ma première, sur mes premiers trucs en 2018 ans en 2023. Je suis un long métrage. T’as des gens qui ont fait la Fémis au bout de six ans, leur truc et encore ça sur les 22 et qui ne sont pas sur des sujets polémiques et tout machin. Donc là, à cet endroit là, je ne sais pas pour être consensuel ou quoi, mais il est important de ne pas être bégueule dans le sens où, comme on dit, une bégueule. J’utilisais le. Mot bégueule. C’est fou et jolie bégueule. J’ai dit, mais j’avais dit. Tu vois, en fait, j'étais assez vite, tu vois ce que je veux dire ? Oui, oui, bien sûr, Les gens qui parviennent à financer, tourné tous les deux ans, tu vois, ou tous les deux ou trois ans, c’est aussi parce qu’ils ont derrière une dynamique industrielle et la certitude d'être financés dans des étapes de scénario, des étapes de scénario, alors que le scénario n’est pas encore complètement bouclé. Tu vois ce que je veux dire Et ce qui est ce qui pour un premier film ne peut pas être le cas. Le cinéma étant une économie de confiance, le ton financier qui se construit du coup sur des éléments un peu filandreux, tu vois à quel point un scénario donne de la confiance sur la qualité de réalisation du truc. Moi, le fait de faire mon second court qui va à la Mostra de Venise, ça aide quand même à asseoir un truc. En tout cas, mon distributeur, le fameux bac film. Au nom prédestiné, prédestiné et que je salue encore ici. Ça joue beaucoup, tu vois. Donc. Non, honnêtement, franchement, ça ne va pas. On n’a pas été si lentement que ça, honnêtement.
David Dufresne
Je suis en total désaccord avec toi, effectivement. C’est-à -dire que. Selon les canons du cinéma français, tu vas très vite, mais en réalité c’est très long. Et par oui en général. Et par exemple, je trouve que là dessus, par exemple, un mec comme Quentin Dupieux me fascine parce qu’il est capable de faire presque deux films par an, d'écrire très vite. Alors il fait tout seul, ce qui est génial et ce qui est aussi une part des limites. Mais au moins il va très vite si tu veux. Et on a quand même le sentiment que le cinéma français, la fiction française, met beaucoup de temps à s’emparer justement des faits de société. Et là, tu as dit, tu as parlé de ceux qui ont un peu plus de mal à faire leurs films en disant "Et pourtant ce ne sont pas des films polémiques". Ça veut dire que le tien apprend. On va regarder un extrait. Il est considéré par le monde du cinéma, par le distributeur, par les salles de cinéma, par la presse, comme un film polémique sulfureux. Il va y avoir des bad boy dans la salle des films de banlieue
Mehdi Fikri
Il est politique, il est clivant. Tu vois ce que je veux dire ? En tout cas, c’est ça qu’on me dit là dessus. Mais on ne me dit pas que ça aussi. Je ne veux pas avoir l’air d’esquiver. C’est vraiment important. C’est-à -dire que. Comment dire ? Moi, j’ai beaucoup de militants politiques radicaux autour de moi qui font des choses avec trois francs six sous, qui écrivent des livres sans financement, qui fabriquent des. Bon, moi, à partir du moment où on me donne quand même plusieurs millions pour faire mon film, j’interroge le caractère révolutionnaire. Intrinsèque à ce que je fais. Je suis à un moment, faut être honnête, je ne vais pas me draper dans un truc alors que bon ben voilà, le système capitaliste me permet à moi de faire mon film, c’est quand même une réalité et que, alors que par ailleurs il y a plein de dans le champ de la culture, en vrai, le cinéma, tu peux pas être la vraie marche, tu vois, contrairement un documentaire qui va se bricoler pour 15 000 € sur crowfunding, c’est autre chose quoi, tu vois. Je pense qu’il faut être honnête, vraiment honnête avec ça. La particularité en tout cas de ce film, c’est le retour qu’on m’en fait. C’est, c’est, c’est l’affirmation d’un point de vue. Voilà, moi je pense vraiment, c’est ça, c’est l’affirmation d’un point de vue et que le fait d’avoir cette femme arabe de 30 ans qui va connaître ce parcours d'émancipation qui est un parcours politique, tu vois, moi je cite tout le temps une biographie de Ken Loach qui est un film de Ken Loach d’ailleurs aussi qui s’appelle « Woodkid Are you hand ? » De quel côté tu es et qui a à la fois un truc politique ? De quel côté tu mets aussi et aussi, comment dire, narratif. Tu vois, si tu veux le fait de parler de ça suivant cet angle là et de ne pas suivre, je ne sais pas, un magistrat qui serait en butte contre ce serait un film à faire, peut être un magistrat qui serait un but contre sa hiérarchie. Les logiques, je ne sais pas. Tu vois ce point de vue là, ce point de vue de lutte, ce point de vue d'émancipation spécifique ? Ben ouais, il est il est méga politique. Et oui, évidemment, il entre en écho avec des figures qui sont des figures qui aujourd’hui portent le fer dans la plaie. Donc on l’assume complètement, tu vois ? Et là où encore une fois, la boucle est bouclée de cette sur cet outil de la fiction, c’est que moi, mon désir, là, il est aussi de faire en faisant un film là dessus, c’est de faire une place dans l’horreur, dans le roman national, à ces familles là, tu vois, c’est que moi, en filmant et en dans ce temps long que tu soulignes, dans ce temps très long que tu soulignes, qui est très différent du temps du journalisme et tu vois où Tac tu vas répondre comme ça. C’est aussi que moi je vois bien à quel point je le sens intimement, à quel point on est connecté à une histoire française hyper ancienne lutte Tu vois, aux mineurs qui se battaient contre la police à Fourmies ou sidérurgistes, tu as le big up l’humain. Dans les années 80 qui se maille avec les flics dans les rues de Paris après les grands plans, Mitterrand après 83 et tout. Tu vois, aujourd’hui on fait mine de découvrir ça parce que c’est des noirs et des arabes, tu vois ? Mais non, moi on m’a montré, moi j'étais, tu vois, aussi éduqué par des profs cocos de Saint-Denis. On m’a montré la Marseillaise de Renoir, on a discuté. Quand c'était vous la Marseillaise de Renoir ? Moi j’ai l’impression d'être là aussi, de me raccorder à cette histoire qui est une histoire du cinéma.
David Dufresne
J’ai ouï dire puisque tu parlais de millions,
Mehdi Fikri
Le CNC, Centre national de la cinématographie n’a pas aidé le film. C’est exact. Ouais, mais comme ils aiment, comme ils n’étaient pas aussi de très nombreux films, tu vois,
David Dufresne
Bien aimé le lapsus comme ils n’aiment pas.
Mehdi Fikri
J’allais dire comme ils n'étaient pas très nombreux les films.
David Dufresne
Oui, mais quand ils sont politiques, c’est très souvent qu’il ne les aide pas. On est d’accord avec ça ou pas ?
Mehdi Fikri
Écoute, j’attends que ce film fasse un carton, puis ensuite je serai peut être invité à siéger moi même au CNC. Je serai à l’intérieur et je saurai les choses et je pourrais en parler de manière avisée. Honnêtement, là, sur un premier film et. Tu seras moi, je vais prendre. Des risques sur un héros, sur un ressenti extérieur. Non mais tu vois, ce serait un peu malhonnête parce que je ne sais pas comment dire. Moi je ne sais pas comment se raconter en commissions, les trucs qui sont quand même secrets, tu vois. Et par ailleurs, quand à 200 films qui sont à chaque commission et qui doivent donner des 400, il y a un endroit à cet endroit où je ne peux pas dire effectivement, on n’a pas aidé, on n’a pas été aidé. Mais là encore, comment dire ? Moi je fais le film avec plus d’argent que moi. Mais David, faut le dire, tu vois ce que je veux dire ? Je ne veux pas faire le je ferais mon autocritique après grâce au Colonel François, tu vois ?
David Dufresne
Mais va arrêter de taper sur son ordinateur. Elle t'écoute
Mehdi Fikri
Mais ce qui l’emmène là dedans. Mais c’est aussi une réalité. On nous a aidés et tu vas on nous aider à faire le film.
David Dufresne
On va tu vois, on va revenir au film. Mais pourquoi je pointe cette question du CNC ? Parce que pas juste pour préciser pour le CNC, c’est financé comment ? C’est financé par les entrées ? C’est en fait c’est un système quasi communiste. De mutualisation, c’est à dire qu’on prend de l’argent sur tous les films pour redistribuer à la production d’autres films. Au départ, le CNC, ce n’est après la Seconde Guerre mondiale et c’est le ministère de L’industrie. Ce n’est pas du tout la culture, c’est un truc industriel au départ. C’est hyper. Intéressant
Mehdi Fikri
C’est très important de le savoir, ça. Et en effet, il se trouve que, singulièrement dans les documentaires, les documentaires ne sont quasiment politiques, ne sont quasiment jamais aidés par le CNC et ils jouent.
David Dufresne
Ah non, non, on nous a refusé. Mais j’ai été très étonné parce que, en regardant ton film, je l’ai d’abord regardé pour le propos et je l’ai ensuite savouré pour le plaisir cinématographique. Et en termes cinématographiques, il n’y a pas si le film aurait dû être aidé. Si tu veux, d’un point de vue de pure forme. Et là, je trouve qu’il y a quelque chose, il faudra. Ce n’est pas à toi de répondre, mais je voulais juste le dire au passage.
Mehdi Fikri
En tout cas je te remercie de dire qu’il méritait qu’il ait suffisamment de bonnes qualités pour mériter du soutien. Je te remercie.
David Dufresne
Bien sûr, parce qu’après il y a plusieurs avant réalisation, après réalisation
Mehdi Fikri
Mais tu sais que c’est une thèse en soi ce truc. Il y a un très bon bouquin dont j’ai oublié l’auteur qui s’appelle De la valeur d’un film, de la manière dont les discussions, y compris essentiellement politiques, se font sur la valeur d’un film. Parce que du coup, c’est marrant, en territoire français, il y a certains films américains où les questions politiques participent à fond de la valeur d’un film. Le mec parle par exemple du film 300. Tu rappelles du film 300 qui raconte le combat des Spartiates contre les Perses et qui était vraiment un film post invasion en Irak
Mehdi Fikri
Où thématiquement. Ça se sent partout et où on est au moment où Chirac et de Villepin, on leur dira que nous on n’ira pas, tu vois, et où Du coup, la sphère culturelle qui est, comme le dit Bourdieu ou Foucault, un endroit où toutes les rapports de force politiques se reproduisent, tu vois ce qui se rejoue en France ? Enfin, 300 est un film fasciste qui techniquement c’est un film de malade. Snyder : Il fait chaud. Mais quand même. Tags Clint Eastwood. American Sniper, faut aller sur Allo ciné pour voir ce qui se raconte. C’est la question politique. Ne rentre pas dans tous les films en fonction de leur territoire, en fonction du moment fonctionne. C’est un truc où, comment dire. Je pense aussi au cinéma, il doit être humble à cet endroit là parce que c’est : comment dire, c’est pas la, ce n’est pas le cinéma qui influence la politique, c’est la politique influence. Le cinéma, ça joue dans l’autre sens. À mon sens en tout cas.
David Dufresne
Alors je prendrai des questions sur le Tchad. Il y a plein de. Il y a des cinéphiles dans le Tchad et donc on peut en trouver un. On va revenir au film avec un extrait qui met en lumière Samir Gasmi qui est un peu le grand frère un peu pénible donneur de leçons.
Mehdi Fikri
Un l’ancien du MIB pour ceux qui connaissent. Ah oui ? Bah oui, bah oui, on est là dessus. Peu, on est là dessus.
Mehdi Fikri
Le mouvement Immigration banlieues fin des années 90.
David Dufresne
Absolument.
Mehdi Fikri
Grand mouvement d’auto -organisation de quartiers populaires. Et qui est très contre les violences policières très arabes aussi, et même très peu.
David Dufresne
Voilà le mouvement des travailleurs arabes aussi qui fait d’une compilation contre les lois racistes une compilation, mais la fameuse avait des connexions incroyables, je me dis regardez, je ne sais pas quoi, moi j’avais le nez qui le nez qui coulait.
David Dufresne
Je vais mettre l’extrait en privé et chocolat ! Alors vas-, prends un chocolat. Je voulais juste que ce que tu racontes un petit peu le truc, mais moi je vais le raconter en disant c’est si on est au début du film et il s’agit de savoir comment la famille peut gagner son combat et le mener même avant de le gagner. C’est comment elle peut le, elle peut le mener et là je cherche ma souris. Va falloir vraiment que je trouve un système là ce n’est pas possible. J' ai demandé au CNC une aide. Qu’est ce que c’est que ça ? Bébé ? Il est où ? Il est où le. Ah voilà, c’est là ! C’est là, mon gars ! Ne bougez pas ! Ne bougez pas les amis, c’est ici ! Alors hop ! C’est très court. On garde les micros ouverts, on ne parle pas.
Vidéo
Une fois rendu à la famille, faire l’objet d’un examen juridique. Les profs sont considérés comme heureux. Je me dis qu’une enquête est déjà en cours. Bon, ce gars, il y a un problème avec votre avocat. Si vous récupérez le corps demain, il y aura rien au point, seulement une enquête de flagrance et une mascarade. Pour faire les choses, il faut vous porter partie civile et demander une contre expertise. En parallèle, il faut parler aux médias et créer un mouvement. Vous voulez faire de la politique avec la mort de notre frère ? Non. Wesh, je te montre. Des carrés Menorah moi Il y en a plein. Ce qui fait la différence entre les morts dont on parle et ceux dont on ne parle pas, c’est la rapidité. Avec les révoltes, les morts appliquées. Les gens vont vouloir se mobiliser et là ça va vous donner une toute petite fenêtre de tir. Si vous parlez maintenant, on vous écoutera.
David Dufresne
Donc là on voit alors, alors qu’il médite en train de regarder ce que le producteur lui envoie par SMS. Ça va ou pas ? T’as l’air inquiet ?
Mehdi Fikri
Pas du tout.
David Dufresne
Qu’est ce qu’on te dit la ? Et des bons messages ou pas ? Parce que là, on est lundi. Le lundi, c’est le jour où on sait combien il y a de salles qui vont projeter le film.
Mehdi Fikri
Le lundi c’est le jour avant la sortie, avant la sortie de mercredi, Avant que les flammes ne s'éteignent. On n’a pas encore les retours de tous les exploitants. Voilà, donc le chiffre n’est pas encore consolidé. C’est une des raisons pour laquelle il n’est pas encore annoncé sur Allo ciné le nombre de salles dans Paris. Mais on a déjà beaucoup de salles.
David Dufresne
Ouais Samir, il était au courant du MIB de ce genre de personnage très politisé qui ont eu droit de juger.
Mehdi Fikri
Mais est ce qu’il est au courant ? Tu veux dire Oui, je ne sais pas. Peut être que oui, j’en sais rien. Ça n’a pas été le point d’entrée de nos discussions en tout cas.
David Dufresne
Parce que j’ai l’impression qu’il est un peu tonton double au sens où il est un peu celui qui sait, celui qui connaît les rouages médiatiques, les rouages juridiques. Et fort heureusement, ce n’est pas un journaliste, c’est plus malin que ça. C’est un militant, un gars de quartier, mais c’est un peu lui qui porte en fait les contradictions de la société, qui se fait un peu. Le traducteur en veut. On pourrait dire donc quand je dis que c’est un peu ton double, est ce que je me plante complètement ou pas ?
Mehdi Fikri
Mon double, je ne sais pas. En tout cas, quelque part, mon double en tant que porte-voix. Ouais bah disons oui. Alors comment dire. Montage Je ne sais pas. Moi j’avais un truc, j’avais un nœud. C’est un exercice d’honnêteté. On va balancer toutes les références. Moi j’avais en tête une figure de cinéma très précise à ce moment-là, parce que moi c’est un truc que j’aime beaucoup dans les films. Et quand on m’explique les trucs, tu vois. Et dans un film que j’ai adoré, que j’ai été voir trois fois au cinéma quand il est sorti, il s’appelle Un Prophète de Jacques Audiard, qu’un film que j’aime beaucoup et de Reda Kateb qui joue un personnage qui s’appelle Jordi le Gitan et un prophète. C’est intéressant parce qu’un prophète est un récit d’apprentissage et du coup ça ressemble en termes de structure pure pour ceux qui s’intéressent au scénario, à des choses du film. C’est-à -dire que Malika est l’héroïne de Avant que les flammes ne s'éteignent. Mon film, elle ne sait pas. Au début, elle n’est pas sûre, elle ne sait pas intimement, ce n’est pas pour eux, ni pour son frère. Est ce qu’il est mort ? Comment il est mort ? Et elle ne sait pas se défendre de manière politique, médiatique, tout ça. Elle doit apprendre exactement comme Malika Benna dans Un prophète qui au début est très désarmée quand il arrive en prison et doit apprendre. Il y a ce personnage dans Un Prophète que je parlais d’Alcatel-Lucent et qui arrive en face, caméra d’un coup en disant ok. Alors ça va se passer comme ça. ok, on va importer du shit. Ça va, Bamba Bamba, ma barbe.Et en fait c’est vrai que c’est hyper brutal scénaristiquement, mais c’est aussi la réalité. Des fois t’as des gens qui arrivent et qui t’apprennent des choses. Bref. Donc du coup, moi j’avais toujours eu envie dans le scénario d’avoir ça. C’est-à -dire que le parcours émotionnel de la famille est aussi un moment illustré. Je pense que les idées à un moment elles sont génératrices d'émotions et que ce que raconte Samir dans le film qui parle de la situation politique dans les quartiers, je me suis toujours dit que ça pouvait être générateur d'émotions d’une part. Et après, ce qui est intéressant aussi, il y a deux trucs. Il y a plein de trucs à raconter là-dessus et il y a ce qui est intéressant d’appareil pour tes auditeurs qui sont dit auditeur au spectateur pour peu. De choses. Les oppose, tiennent, les oppose, tient et oppose ce qui est les plus cinéphiles et ce qui est. Ce qui est intéressant, c’est que pendant de très longues versions du scénario, ce n'était pas du tout un ancien du MIB, tu vois, c'était plutôt une militante qui faisait penser, tu vois une autre grande sœur et tout machin. Je sais que, à un moment, certaines grandes sœurs, notamment Ramita Dieng, avaient été voir d’autres familles à ce moment-là. Donc pendant longtemps, pour le scénario, c'était ça, c’est une femme.
David Dufresne
Donc oui, mais aujourd’hui
Mehdi Fikri
Et ça a fonctionné parce qu’il y a le collectif Vies volées, il y a plusieurs collectifs qui. Mais c’est là où la réalité n'écrit pas les scénarios, c’est que ça ne fonctionnait pas pendant deux ans et demi, ça ne fonctionnait pas. En fait, c’est un personnage qui était confiant et pontifiant et qui était relou, tu vois, et qui du coup était et je sais plus qui dit que tout bon personnage de cinéma doit porter en soi un scandale. Et je me suis rappelé de deux mecs qui sont des anciens du MIB que j’ai croisé aujourd’hui que le front uni pour l’immigration, les quartiers populaires, il y en avait un à Saint-Denis dont j'étais proche à un moment et j’ai vu ces anciens qui étaient des mecs un peu mytho, tu vois. Je ne dis pas qu’ils sont tous mytho, mais moi je me rappelle, je discutais avec un d’entre eux, un autre est en train de parler, un autre il me dit tu vois, les mecs ont fait la marche des beurs et tout ça, Elle raconte, ça m’excite. Il me rappelle l’expression je l’ai mise dans le scénario, je l’ai retirée. Et quand le mec te parle, Ivanhoé tu sais. Et du coup, et là, le scandale, il était là. Le mec est un authentique héros, le mec est quand même un vrai sauveur. Il vient expliquer Je parle du personnage de Samir Gasmi, il a vraiment expliqué et donné des outils de lutte à la famille. C’est génial le mec qui vient armer, le personnage. Pas forcément un mentor. Il brille.Mais en même temps. Aussi un peu. Tu vois, c’est un vieux gars du quartier avec son ange et tout ça et ça, Samir, ça le faisait kiffer les premiers trucs et autres anecdotes aussi que je voudrais te raconter à un moment et qu’on va te spoiler tout le film.Non, non, non, Allez le voir quand même, allez le voir quand même. À un moment où il y a un monologue où le personnage de Samir Gasmi, personnage du militant de quartier fin après, ouais, un très long monologue pour parler des garçons. Il ne parle pas de politique cette fois-ci, même si c’est toujours poétique. Il parle des garçons de quartiers et du malheur, que c’est d'être un garçon politique, de ce que c’est d'être un garçon de quartier. Et en fait, c’est là où il y a une connexion avec mon ancien travail de journaliste. En 2015, après les attentats, j’ai rencontré des militants politiques de quartiers populaires, dont une militante de Saint-Denis qui s’appelle Hanan et que je salue ici et qui m’a fait un long speech, un long monologue et en rentrant chez moi, je l’ai intégralement débauché et je l’ai mis. Et comme je savais que j’allais rien, je n’allais rien en faire. Je n’ai pas écrit, j’ai jamais écrit ce papier. Tu vois, je ne l’ai pas vraiment trouvé. Mais ce monologue de Haddad, je l’ai décroché en me disant en 2015 comme quoi, faire des films, c’est de la stratégie planificatrice. Je l’ai calée au fond de mon ordi et quand Samir est venu jouer, m’a fait l’honneur de venir jouer ce livre. Le militant politique et le personnage appartenaient à certaines scènes où il ne parlait pas trop. Et Samir Gasmi ? Eh bien Gasmi m’a dit Moi, je veux être là que quand je dis quelque chose. J’ai dit OK. Mais du coup, je me retrouve avec un trou à. Un moment, un moment où il était là et j’ai dit OK, mais là, ce soir-là, entre 23h et 1h du matin, j’ai ressorti le monologue d’Alan, le speech d’Adam que m’avait fait sur les garçons, sur le malheur des garçons du quartier. On l’a relu, je l’ai changé, je l’ai écrit à plusieurs reprises pour le mettre dans la bouche de Slim et c’est devenu. Voilà. Ce texte, qui est un texte de journalisme, a voyagé pour donner une espèce de truc poétique jusqu'à devenir une espèce d’improvisation de Samir Gasmi. Et je suis hyper fier de ce moment-là. On en parle beaucoup
David Dufresne
Est ce que ce n’est pas le moment où, par rapport à ce que tu disais au tout début, où le propos parfois prend trop le pas sur le sur, le sur le souffle ? Est ce que c’est quand tu regardes le film, tu critiques, tu ne le dis pas. Il y a peut-être une ou deux répliques en trop.
Mehdi Fikri
Mais pas du tout.
David Dufresne
Oh, il est bon, il est brûlé.
Mehdi Fikri
Bon œil. Mais je vais quand même te dire, je vais être profondément honnête. Je pense que ce passage là, tout ça, tout le monde en fait, il y a un moment, au cœur du film, qui est le moment où Malika apprend. À s’exprimer devant les médias et s’exprimer politiquement. Je pense qu'à ce moment-là, il pourrait être plus long, je le pense au fond de moi même. Après, tout le monde n’est pas d’accord. Peut être, j’en sais rien en tout cas qu'à un moment par ailleurs musical, qui est un moment de. C’est un moment où en fait la parole politique est parfois un peu disjoint des images. C’est un truc que y’a chez Pablo, l’aride danger qui lui fait ça. C’est un événement historique, ne me comparez pas à lui, c’est très expérimental et tout beau. J’adore ce film, mais il y a aussi de Peretti qui fait ça à d’autres moments. C’est aussi très expérimental, mais j’adore aussi Enquête sur un scandale d'état. Mais bon. En tout cas, l'événement politique est cassé en 1000 par la mise en scène. Il y a la parole là bas, il y a les images, là bas, il y a de la musique au milieu, tu vois. Et moi il y a un truc que je trouve très beau, où d’un seul coup la parole. Donc t’as la parole du procureur et la parole de Malika devient une espèce d’incantation, tu vois. Mais il y a passation de pouvoir, toujours ce truc de nommer les choses, Dire Karim est mort alors que toutes les institutions disent ah non, il a fait une crise d'épilepsie, Vois ça, c’est moi, Il y a un truc à cet endroit là. C'était l’autre extrait. On ne va pas le mettre parce qu’il est tué.
David Dufresne
Non, tu ne l’as pas tué pour donner envie aux gens qui nous écoutent et qui et qui balancent des questions que je vais reprendre.
Mehdi Fikri
Mais oui, les questions des twittos,
David Dufresne
Je voudrais donc aussi signaler qu’aujourd’hui, dans le cinéma, il y a un truc qui tranche et presque, c’est à dire c’est des brochures pré mâchées pour les journalistes où il y a les interviews du réalisateur, des actrices, des acteurs, etc. Bon, souvent ça n’a aucun intérêt, mais là j’ai pris une phrase, c’est une interview.
Mehdi Fikri
Ça avait de l’intérêt quand même.
David Dufresne
Les films sur les cités sont souvent des tragédies au sens antique du terme écriture. En tout cas, on te fait dire ça avec des personnages impuissants qui finissent brisés par un environnement plus fort qu’eux. Avec ce film, j’ai voulu, dit tu, montrer le parcours d'émancipation d’une femme qui prend le contrôle de son environnement. Je crois que tu l’as bien expliqué au cours de cet entretien. Il me semble aussi que dans cet entretien ou dans d’autres que j’ai pu lire, le fait que tu viennes de Seine-Saint-Denis, de Saint-Denis est mis en avant en disant je sais de quoi je parle, ou c’est des acteurs ou des actrices qui disent je shit, je sais de quoi je parle. Est ce que ce n’est pas un peu dangereux comme discours ?
Mehdi Fikri
C’est hyper intéressant ce que tu dis. Je roule pour moi,
David Dufresne
Non mais pour toi
Mehdi Fikri
Moi non mais ça témoigne d’un truc qui est en fait, quand on est une personne racisée en France, on est un créateur, une créatrice on est. Je ne parle pas du cinéma, je parle du champ culturel au sens large. Et de parler de Kateb Yacine, référence Kateb Yacine en approche. Kateb Yacine Quand il y a un moment où on le célèbre, il y a un très bon livre de Kaoutar Harchi qui est la sociologue et qui joue la maman dans le film au début, qui s’appelle Je n’ai qu’une langue et ce n’est pas la mienne qui parle des parcours de reconnaissance des écrivains algériens francophones. Et en fait, elle dit que quand Kateb Yacine, immense écrivain francophone que j’ai étudié en plus dans cette faculté ici, tu vois Kateb associé dans les murs dans lequel nous sommes. Lui quand on lui arrive, quand il est célébré par la sphère culturelle française, on lui demande de témoigner de ça, on lui demande pas son avis sur le monde, on autorise les blancs à parler de l’avis. Nous, on est quand même un peu. On est une injonction à témoigner de notre vie. Tu vois ce que je veux dire ? À être là et au Sud, tu vas être issu d’un milieu donné et raconté ça sous le régime du témoignage. Tu vois qui du coup est très bien. Tu vois Ken Loach français, quelqu’un qui témoigne beaucoup, donc c’est formidable, mais à un moment, on voit bien que tout le monde n’a pas tout à fait la même liberté d’expression. Tu vois un Pour le dire un peu bêtement et sèchement, un bourgeois de Paris a tout à fait le droit de parler de, comment dire, de la banlieue. Moi, en tant que banlieue qui suis de la banlieue alors que je suis sur Paris, moi j’ai fini hypokhâgne ici. J'étais à Paris. Oui, oui, moi j’ai fait des études, tu sais, je ferai mon autocritique là dessus aussi, au quotidien, au possible. Et tu vois. Oui, je n'étais pas. Dans la Street View, non, non, j’ai. Fait des études, j’ai fait l'école de journalisme de Lille, bref, j’ai fréquenté des milieux bourgeois, peut être pour avoir envie de faire un film là dessus. Et j’aimerais qu’au milieu, tu vois, sur la bourgeoisie parisienne. En tout cas, j’ai des projets là dessus aussi, ça me semble Spike Lee il a fait ça et il n’a pas fait tant de films que ça. Quand on regarde bien sur la street, sur le Commandeur, sur les noirs américains du ghetto, il en a fait évidemment à Clochard, c’est tout. Mais pas qu’il a beaucoup travaillé. Sur les noirs embourgeoisés, il y a une incroyable jungle. Fever il y en a plein. Moi je pense et je sais aussi qui sont aussi des endroits proches du plafond de verre. Peux tu subir le racisme des films de Spike Lee à cet endroit là, ils sont super intéressants. Justement, je dérive.
David Dufresne
Maintenant, mais c’est très bien. Mais je te dis ça parce que. C’est un discours qu’on entend souvent dans les films de banlieue et la distinction se fait, se fait souvent là en disant lui il sait de quoi il parle. Et ça me rappelle un truc que tu as tout le temps vu que ça pour nous vraiment ou ben moi oui.
Mehdi Fikri
Comment ça ?
David Dufresne
Ah ben oui, bien sûr,
Mehdi Fikri
Bien sûr, les journalistes aussi qui le mettent en début d’interview, bien sûr. Difficulté 93 Saint-Denis et tout le quartier. J’habitais d’abord devant le lycée Paul Eluard pour ceux qui sont cités devant le lycée Paul Eluard et ensuite avenue Romain Rolland, juste à la frontière avec Stains.
David Dufresne
Donc je te dis ça parce que dans les années 80, il y avait un slogan contre le FN qui disait la France aux Français et on disait la Bourgogne aux escargots. Tu vois, c'était une façon de dire de quoi. Et ça paraît très désuet aujourd’hui ce genre de slogan. Mais c’est assez fort et voilà. Et je trouve que ce n’est pas, je trouve, c’est un argument, on va dire parmi d’autres, mais quand il est mis vraiment en avant, je trouve qu’en fait il joue plutôt perdant. Parce que pour toi c’est limitant créative ment. C’est ça que tu veux dire ? Oui, pour toi et surtout c’est très politisant.
David Dufresne
C’est très dépolitisation,
Mehdi Fikri
Chacun dans sa petite case, chacun pour témoigner de soi.
David Dufresne
Ça empêche les bons.
Mehdi Fikri
Tu vois ce que je dis ? Mais bien sûr, ça empêche une vision globale et d’unité, c’est la construction du collectif. Moi je crois énormément à ça, tu vois. C’est-à -dire que c’est aussi les logiques de reconnaissance uniquement de soi. Et c’est perturbant quand tu regardes. Je suis désolé, je n’aime pas, mais c’est génial. En même temps, je découvre ce format, il n’y a pas de problème.
David Dufresne
Les questions sont là. Tu me suis ?
Mehdi Fikri
Complètement. Je ne vais pas paraphraser ce que tu dis parce que tu l’a très bien dit.
David Dufresne
Alors passons aux questions spécifiques. Oui, je sens là que la politique qui recharge sa cigarette électronique, c’est signe qu’il faut bientôt payer. Un petit peu. Alors elle est venue, elle est venue. Alors attendez, attendez, il faut que je vous montre ça. Elle est venue avec des places de cinéma que je vous ferai gagner après. Votre invité sera parti puisque j’aurai le bonheur de venir vendredi soir au trois Luxembourg à Paris trop bien, c’est ça ? Mais bien sûr ! Et j’y serai aussi.
David Dufresne
Et on fera un débat ensemble. Et il y a 40 places à gagner tout à l’heure, pour les autres aussi. Voilà ça pour ceux qui seront sur Paris. Alors je te prends les questions ou les remarques au débotté. La bourgeoisie est assez représentée comme ça au cinéma.
Mehdi Fikri
Je vois très bien ce qu’il veut dire. Comme on le voit, ce que je voulais dire, on parle de projet à venir et tout, mais c’est problématisé, y compris narrativement, politiquement, je pense qu’il a encore des choses à raconter. Et là, pour le coup, je parlais précisément de John Wesley Snipes. Il joue un personnage de noir américain qui fait partie d’un cabinet d’architecture et dont il est avec qui dirigé par deux personnes blanches et son rêve est d’en devenir un associé. C’est un gars qui vit à Brooklyn, mais dans le beau quartier de Brooklyn. Bon, on est à la fin des années 90 de Brooklyn, en voie de gentrification et tout. Mais il y aurait énormément de choses à raconter. Ça on est sûr, sur ce parcours là, tu vois. Je trouvais ça très intéressant. On a aussi un moment en 2023 où des Arabes et des Noirs arrivent à des à des, à des, à des fonctions, tu vois, connaissent des parcours d’embourgeoisement. Tu vois les que je trouverais intéressant de raconter à cet endroit là, encore une fois, parce que l’idée plus tu te rapproche du plafond de verre, plus de celui de la violence quand même. Tu vois, moi je n’ai pas subi de racisme quand j'étais à Saint Denis, évidemment. C’est quand tu commences à te hisser que tu arrives à des endroits. Le racisme étant cette technologie qui permet de discriminer les gens pour garder l’argent. Et c’est quand tu arrives à certains endroits que tu commences à sentir des zones de turbulences. Ce n’est pas qu’il l’avait très bien compris. Et donc du coup ouais, y reste pas collé à la mythologie du pavé tout le temps quoi. Huit fois que je cite Spike Lee,
David Dufresne
Spike Lee, c’est qu’il a quand même fait énormément de pub pour Nike et tout ça. Il y a quand même un truc Citadelle je te construirai qui est un peu notre Ivanhoé. Si tu veux Citadelle, je te conseillerai nous dit le plan Borloo enterré par Macron a été une trahison politique des banlieues je pense. Elle, elle réagit là à ce que tu disais sur il y a il n’y a pas eu trahison dans les quartiers, donc il n’y a pas de raison. De s’en prendre à ça. Il y a eu des trahisons. En réalité, tout n’est que trahison, non ?
Mehdi Fikri
Non mais tu vois, je pense que t'étais d’accord avec ce que je disais tout à l’heure. Moi je parlais des destins des personnes issues de l’histoire coloniale et qui n’ont pas bénéficié du compromis historique à un moment entre la bourgeoisie et la classe ouvrière qui est quelque chose qui a existé. Et par ailleurs, quant à la question du plan Borloo et tout ça, je ne suis pas expert de la question. Et donc du coup je ne remets pas du tout en cause, je n’en doute pas. Et oui, effectivement, des coups pendables, des trahisons et des renonciations politiques dans les territoires perdus de la République, oui il y en a eu moult.
David Dufresne
Et là je suis complètement d’accord avec ça. Les décisions qui ont été prises en septembre octobre suite aux révoltes de juillet 2023 et la mort de Nahel, où tu vois qu’il n’y a que le volet sécuritaire, que même la ministre, la sous ministre de la ville maintenant et chaperonné par le ministre de l’Intérieur, ce qui est une première, ça en dit même très, très long sur beaucoup de choses. On demande que penses-tu des films de Jordan Pyle et d’Harry Astaire, de leur traitement du racisme dans leurs films ?
Mehdi Fikri
Alors Harry Astaire, est celui qui a fait « Hérédité » ? Mais je ne vois pas en quoi il y a du racisme chez lui. Après je ne sais pas moi j’ai vu « Meetsomar »aussi mais du coup je ne vois pas et je ne vais pas dire de bêtises. Du coup je ne vois pas du tout la question du racisme qu’il y a peut être à d’autres endroits d’autres films que je n’ai pas vu. Jordan Pile Ah c’est incroyable Jordan, J’ai vu Get Out dans une salle de cinéma, donc la moitié de la salle de cinéma. Faut quand même voir que nous les arabes et les noirs de France, on est des crevards dans la représentation. C’est-à -dire quand il y a des films qui parlent de nous, on y fonce tellement on est en souffrance. Et je dis ça, moi je suis deux couples mixtes, mais quand même, je m’appelle Mes cris. Je. Suis dans la salle avec énormément de personnes noires. Et quand cette histoire a été racontée, j’en ai ressenti une. La jubilation profonde d’un cinéaste qui quand même, outre le fait de faire un film de cinéma qui s’adresse à tout le monde et qui peut faire, qui fait tout le monde, nous adresse comme des petits clins d'œil à nous, ce truc génial. Et tu vois, quand je te dis de ne pas avoir que des personnages qui sont dans la survie sociale. Il est très bourgeois le personnage de Get Out, il est photographe et tout, il va en famille et ça on l’a tous vécu. De se retrouver dans la famille de ta petite copine blanche, très bourgeoise avec le père qui était un statement de gauche. J’aurais voté pour Obama une troisième fois. Mais qu’est ce qu’on a ri. En voyant le bonhomme ! C’est nous. Voilà donc, c’est dit. C’est d’un brio incroyable et sa manière de jouer le film de genre. Tout est super dans ce film. C’est un film un peu parfait. En fait, c’est un film un peu parfait, à plein d'égards, qui est très bien construit. J’ai moins d’affection. En tout cas, ça m’a moins parlé et en fait autant. La barre était tellement haute avec Get Out, hop ! C’est comme si j'étais au cinéma dans les deux cas et c’est comme quelqu’un qu’on que je suis et j’en parle. Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas, qui empilent, c’est. C’est ce sketch d’humour. Tout est sûr. YouTube, c’est moi. J’ai continué à le regarder le matin dans mon lit et tout c’est incroyable.
David Dufresne
Je te dirais dans Midsommar, la secte, ce sont des suprémacistes blancs. Bon là, on commence à être très pointu. Tu pourras gérer le moyen de discuter avec Pimiko qui nous vient de Marseille.
Mehdi Fikri
Alors merci en tout cas pour cet insight.
David Dufresne
Florent nous dit plusieurs choses. Le cinéma français montre un monde de classe moyenne bourgeois dès lors qu’on montre simplement des travailleurs, les producteurs considèrent qu’on est déjà dans le champ politique ? Il faut essayer de se remettre dans le contexte. Mais est ce qu’est ce qu’il y a de ça ou pas ?
Mehdi Fikri
C’est beaucoup plus compliqué que ça. C’est-à -dire que, en fait, on ne se disait pas avec les producteurs qu’on voulait faire un film politique et social. Et donc je pense, il y a beaucoup de films sociaux qui mettent en scène certaines catégories de la population mais qui sont sociaux et non pas politiques, tu vois. Et donc déjà il y a ça d’une question. Donc d’autre part, et par ailleurs, le travailleur et le travailleur pauvre, le pauvre en général est un topo très connu du cinéma naturaliste français et de comme il l’est du cinéma britannique et du cinéma belge. Donc là encore, la question du moment, c’est un t’oppose qui existe, une figure esthétique, y compris avec des représentations visuelles données.La question va être comment est ce qui va être problématisé à l’intérieur des films ? Donc il y a des moments où ça peut être validé de partout, ça va être là, encore là, dans cette sphère culturelle qui est sujet à des forces telluriques que sont les rapports de force politiques. Il y a des endroits où cette figure précise du travailleur machin, où il ne va pas être du tout problématisé, ni problématique, ni gênant. Il y a d’autres moments où il va se mettre un peu en travers de la route et tout. C’est tous ces frottements là, à un moment déterminé le cinéma. Je serais très curieux de voir. Moi j’aime beaucoup Lydie, par exemple. Moi vraiment Gloria Moody, j’ai trouvé ça super, celui d’avant sur ça d’ailleurs j’y ai été. J’ai un pote qui est de Martigues et dont je suis désolé, c’est sur la petite ville côtière et tout qui est vraiment super aussi. Un film d’ensemble. Moi je l’adore Guédiguian et j’adore son intégrité, j’adore sa manière de dire moi je suis là, je parle de ça, laissez moi tranquille. Si tu vois vraiment j’ai un Kif pour ça. J’aime beaucoup. C’est impossible de tout aimer parce qu’il a fait 200 000 films, mais c’est super. Et je pense que pareil dans sa carrière, un moment il y va entre le social et le politique, il va aller au contact, il va se frotter à différents moments et il a des films qui sont plus lyriques, plus joyeux, plus lumineux, plus cool aussi que d’autres. Et sans vouloir remettre un coup sur Spike Lee, ça aussi a le charisme.
David Dufresne
C’est validé.
Mehdi Fikri
Ah du coup, peut être que ça évolue aussi. Donc visiblement c’est déjà sur Allociné, mais il n’y a pas toutes les salles, c’est ça ?
Mehdi Fikri
Je ne sais pas, il faut que je regarde avec anxiété.
David Dufresne
Il nous reste quelques questions. Le problématique de la tragédie grecque, c’est que les personnages ne peuvent rien faire pour l’empêcher. Est ce aussi le cas dans la réalité ?
Mehdi Fikri
Bah alors non, justement, ce n’est pas précisément que ce n’est pas le cas dans la réalité. La tragédie, comment dire. Et c’est ça qui est fait. Il y a des trucs très beaux. Faire attention, on va, on va creuser profondément le récit, là où un récit est forcément politique, même quand il ne parle pas de politique. Je suis parti de la politique partout. Le comment dire, c’est la manière dont un récit est une configuration du monde donné. Mais pour le coup, je fais hypokhâgne, khâgne. On m’a fait lire Paul Ricoeur et lui c’est comment ?
David Dufresne
L’ami de Macron, président ?
Mehdi Fikri
Je n’avais pas cette réf, j’en suis navré. Si on critique Macron. Je n’avais pas cette. Règle, moi je l’ai lu à la fin des années 90. David, laisse-moi parler de cet ancien film macroniste. Des trucs de dingue. Il raconte qu’un récit est une mise en perspective du monde. En fait, à un moment donné, raconte quelque chose. Donc du coup, un regard de tragédie à un moment, c’est aussi renvoyer quelque chose de très existentiel pour raconter quelque chose d’une détresse. Il y a de très belles tragédies, mais pas dans Bérénice, de Racine. À. Bérénice. Willy On ne peut rien faire avec Bérénice. Elle est depuis avant le début de l’histoire, elle est faite, tu vois c’est le monde. Du coup la société, la société dirigée par des dieux, tu vois qui est qu’on pourrait aujourd’hui considérer comme étant les forces du capitalisme et du marché qui va broyer le personnage. Donc il y a des parcours de tragédie, de gens qui se font broyer. Et là où le drame très différent montre comment le personnage, lui, à un moment, est capable d’agir. Et moi, ce que je déplore, c’est que dans les représentations médiatiques, et même pas seulement cinématographiques, médiatiques. Et culturel. Nous, personnages racisés, on est souvent des personnages de tragédie, c’est à dire qu’effectivement on est valorisé, même érotisé. Jusque là, dans notre impuissance totale de notre incapacité à agir dans notre dans le fait comme ça, on est des bouchons qui sont portés sur les flux de la société tout comme ça, et qui Est d’ailleurs ça a une fonction quand même, ça a une fonction esthétique, ça permet au public de se connecter à cette angoisse, à cette angoisse existentielle qu’on vit tous en des temps de va, de dégradation politique, de dérèglement climatique. Voilà, donc c’est très bien. On montre comment dans ces films là par ailleurs ou dans ces œuvres là, même littéraires, pour moi, il y a des trucs qui me bouleversent, qui sont des trucs de grande qualité. Mais je me suis dit bon, faire un personnage qui soit une meuf de 30 ans
David Dufresne
Je connais, on te suggère Athéna.
Mehdi Fikri
Est ce que je n’ai pas vu un rêve ? Je te jure que bien sûr que tu l’as vu. Mais on n’ose pas dire la même chose. C’est un type aussi d’un forceur. Je jure sur la tête de ma famille que je ne l’ai pas vu. Je te jure
David Dufresne
Alors pour te rattraper, il y a juste une question prévue. Je jure, garde ça pour le juge.
Mehdi Fikri
On est vraiment un prestataire justement.
David Dufresne
Est ce que tu fais le genre de cinéma que tu regardes ? Ce n’est pas péjoratif, c’est affaire de compétence et de circonstance. Personnellement, je ne fais pas la BD que je lis et pas mal de mes potes aussi. Donc tu peux très bien ne pas avoir vu un film de banlieue comme Athéna. Si tu veux t'éviter de regarder ces choses.
Mehdi Fikri
C’est le forceur mais je ne te crois pas que je te l’avais dit.
David Dufresne
Comment ne pas avoir eu cet accident industriel.
Mehdi Fikri
Et les sorties et les vidéos ?
Mehdi Fikri
Je vais être hyper honnête. Athéna, il est sorti en octobre 2022, il est sorti un mois avant que je tourne. Je suis en prépa, c’est mon premier long métrage. Tu crois que je vais me tuer ? La terre entière en parle
David Dufresne
Te dis putain ? Bah non, en séquence de 20 minutes, je n’ai pas envie de voir ça tout de suite.
Mehdi Fikri
Parce que non, je pense que de nombreux réels auraient fait pareil. Tu vois le truc ? Ça c’est non mais je te jure, je suis sincère. Quel forceur, hein ? Et du coup, la question.
David Dufresne
La question c’est est ce que tu regardes des films ?
Mehdi Fikri
Ah, c’est hyper intéressant, non ? Moi j’aime trop les films pour ne regarder uniquement les films, le type de films que je fais sachant tout, que je n’ai fait qu’un film, tu vois. Donc comment dire Non, non, non, tu vois. e. Vois. Jeune signifie qui est très large, qui est très diverse, qui est très. Alors ouais, ouais, vraiment. Enfin, je n’en mets jamais. Je regarde quand même le type de films que j’ai envie de faire. Moi j’aime les j’aime, les films politiques, j’aime les films sociaux, tout ça. Mais j’aime aussi les films de genre, tu vois ou j’aime aussi, tu vois ? Franchement, je ne sais pas, je pourrais te citer plein de trucs différents. Je peux me plonger moi, vu que je suis un vrai. Si je peux te plonger dans des « Warzone » de cinéma américain parfois peu recommandable politiquement, tu vois que je vais regarder avec attention, tu vois bien. Tu vois, j’ai regardé moi, je regardais le dernier balcon.
David Dufresne
On me reprend. Il dit qu’il ne suggère pas. Il dit que c’est exactement l'érotisation de la défaite pour lui. Athéna Mais dont acte nous verrons ton avocat par ailleurs.
Mehdi Fikri
C’est un peu relou les gars. C’est à dire que tu fais un film avec des arabes et des noirs et on te met dans le même sac, tu vois ? Je veux dire. Alors pourquoi ne pas dialoguer avec 100 battements par minute ? Pourquoi on ne fait pas de dialogue si je n’ai pas de problème, Tu vois ce que je veux dire ? Je ne fais que de parler avec les de parler du film de banlieue et tout. J’assume à 2 000 %. Mais quand tu fais un film de quartier ou un film avec des « rebeus ».
Mehdi Fikri
Et des « renois », on a un petit strapontin comme ça, là, hop ! Et on est huit dessus. Et alors, qu’est ce que tu penses de ton voisin et tout ? Mais laissez nous tranquille. Et vraiment, je t’ai parlé d’un prophète à dessein. Je te parle de 120 battements par minute, qui est un film d’apprentissage politique aussi. Moi, j’ai parlé de guerre, de briser aussi parce qu’il était au même moment et qui prend un événement avec des personnages fictionnels et tout. Bon David, putain merde, on n’est pas fin, tu vois, on n’est pas Trois, tu sais. Alors ça se passe comment dans le ghetto des films de banlieue ? Vous vous entendez bien les gars ?
David Dufresne
On a fini fort. Il a retourné l’accusation, nous dit le fameux Robin des Bois.
Mehdi Fikri
Oh merci, Mais en fait si, tu vois ce que je veux dire, bien sûr.
David Dufresne
Mais tu sais très bien comment vous, les scénaristes et les journalistes radicaux. Est ce que vous vous aimez entre vous ou pas ? Non, ne vous aimez pas. Est ce que tu aimes bien ce que font les autres ou pas ? Tu sais très bien que pour rendre le meilleur de l’autre en interview, il faut le titiller maintenant.
Mehdi Fikri
Mais t’as raison, t’as raison, c’est un vrai format. Allons-y !
David Dufresne
Je réponds donc c’est terminé. Tous les films sont politiques. Dernière ultime question. C'était un plaisir de te recevoir. Pour ceux qui sont à Paris à 20 h 30, il y a une séance et on fera un débat après. J’aurais voulu aussi qu’on parle du rôle de l’avocat dans le film, mais gardons la surprise pour les gens, on ne va pas tout spoiler Sinon, qu’est ce qu’on a fait pendant 1 h 24 au poste ?
Mehdi Fikri
On a parlé d' « Avant que les flammes ne s'éteignent », c’est un film qui sort dans deux jours, qui sort mercredi. Et je suis très content d’avoir été là. David pour en parler aux aupostiens et je ne peux que vous encourager à aller voir ce film. Est ce que c’est aussi un film qui, comment dire, en ces périodes de fond apocalyptique et dépressif et où on est un peu tous ramené à notre impuissance politique ? Voilà, j’ai vraiment. On a vraiment voulu faire avec toute l'équipe, faire un film qui montre que dans toutes les crises, même les plus noires et les plus profondes, il y a des parcours d'émancipation qui sont possibles. Il y a des solutions qui sont possibles, il y a de la lumière qui est possible. C’est vraiment quelque chose auquel on croit profondément. Et moi, ça fait un mois et demi que j’accompagne ce film en avant première dans toute la France. Et moi j’avais une peur, c’est qu’on me dise Ah, je suis plombé et tout, tu vois. Et en fait, parce que c’est quand même une histoire qui commence avec la mort d’un gamin, quoi, tu vois ? Et en fait non, on ne me dit pas ça, on ne me dit pas ça. Cette lueur d’espoir, on a réussi à la transmettre. Et pour le reste, je serais très curieux de lire votre avis sur les réseaux. Donc merci à toi David et merci aux aupostiens pour leurs questions. Merci beaucoup.
David Dufresne
Merci pour le film nous dit Labelle. Merci, ça me donne envie de le voir, nous dit Pimiko qui est à Marseille. Robin des blogs toujours lui. Merci, c'était cool, ça donne envie d’aller le voir. On a besoin d’espoir ces temps-ci. Merci à vous Monsieur, dit Rolland. Est ce que le film sortira aussi en Belgique demande Kairos.
Mehdi Fikri
Ah, et bien écoutez le, ça ce n’est pas encore décidé, je vais porter les couleurs du film en Belgique dans trois semaines et je pense que les résultats du film en France et de. Je vais dans plusieurs festivals dont deux festivals à Bruxelles et un autre à Liège. Donc on va parler du film et j’espère qu’il pourra être diffusé à Bruxelles. J’en profite pour dire que pour le public français qui le verra est aussi, vous l’avez aimé. Le soutien, pour nous, c’est déterminant. Je l’ai appris. C’est Mélanie aussi qui m’a appris ça. C’est vraiment ça. C’est à vous le demander dans un moment. Notre avis sur les réseaux de gens, si vous avez envie d’en parler autour de vous. C’est central dans la vie d’un film, y compris et surtout un film politique.
David Dufresne
Monsieur merci pour cette franchise, merci, merci pour ce bel échange
Mehdi Fikri
Merci beaucoup ! C'était super ! Merci David, Merci à toi.

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