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Confessions d’un (ex) gendarme

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis bonjour, est ce que vous pouvez faire un petit test pour le gendarme démissionnaire ?
Ex gendarme
Oui Bonjour.
David Dufresne
Est ce que nous entendons bien le gendarme démissionnaire ? Il boit son café.
Ex gendarme
Tout à fait.
David Dufresne
Attendez, bougez pas rapidement, vous savez où vous mettez les pieds.
Ex gendarme
J’ai déjà regardé un peu les émissions
David Dufresne
Mais comme il n’est pas identifiable. Quelles preuves a-t-on de son ex appartenance à la gendarmerie ?
Ex gendarme
Oui j’ai la photo on pouvait pas la noter il faut que je vous l' envoie floue
David Dufresne
Alors en fait non, on s’est rencontré ces derniers temps je crois, de manière impromptue. ça devient suspect. Je le croise deux fois à La fête de l’Huma, Et puis à un autre endroit, une librairie,. C’est là où je suis par hasard, et je vous ai dit euh, je vous ai dit bon, moi je suis ravi de vous inviter, mais prouvez moi que vous êtes bien un ancien pandore. Et là vous avez dégainé votre téléphone et vous m’avez sorti vos fiches de paye. Ainsi que des photos de vous en uniforme. Je dois dire que vous êtes beaucoup moins impressionnant en petit polo.
Ex gendarme
Autant je reste en polo, c’est la couleur qui change.
David Dufresne
C’est la couleur qui change. Donc je vous ai vu en uniforme de gendarme. Donc moi je vous crois. Mais nous pouvons effectivement faire face à un grand numéro de falsification de quelqu’un qui a essayé avec réussite pour l’instant à infiltrer le blog les blogs de Mediapart, puisque c’est comme ça que je vous ai connu, je vais vous raconter. France-Culture vous a accordé 20 minutes. Il y a eu d’autres médias ou pas depuis votre lettre
Ex gendarme
Non, non, pas plus que ça. Après que j’ai infiltré plutôt la gendarmerie dans ce cas-là, mais jusque-là. Puis mes collègues m’ont reconnu. Alors je pense que la gendarmerie en tout cas, sait très bien qui je suis ou peu en tout cas le savent. Il suffit de demander à la gendarmerie quand ils ont un numéro de matricule et mon identité, il n’y a pas de souci puisque ma voix m’a dit voilà qu’en France Culture est sortie, j'étais encore gendarme, j'étais encore en service et du coup ma voix m’a un petit peu trahi, que j’ai un accent du nord, ce qui paraît et j’ai mes collègues, vous savez très bien
David Dufresne
On dit que les gendarmes viennent plutôt du Nord et les flics du et les CRS du Sud C’est vrai ?.
Ex gendarme
Alors non, en fait c’est la sociologie policière. En fait, en région parisienne, on est du nord en général. En fait, on est proche de notre région d’appartenance, mais en tout cas d’origine. Ouais, sauf que dans nos régions, c’est compliqué de trouver du travail. En général, je connais des blancs qui disent bien fonctionnaires, soit militaires, soit chômeurs. Dans le nord, c’est assez compliqué de trouver du boulot et du coup, en général, les policiers et gendarmes en région parisienne viennent du nord-est. Parce que comme en fait c’est difficile d’avoir une affectation dans le Nord, c’est déjà très demandé. Il y avait beaucoup de monde. La première affectation se passe en région parisienne et au fil du temps, ils essayent de remonter notamment par la Picardie et ensuite par la région Nord pour rentrer chez eux. Et en général ils commencent. Et c’est pour ça que c’est Didier Fassin qui a écrit un livre sur la police. Et justement que dans le Nord c’est beaucoup. En région parisienne, c’est beaucoup de policiers du Nord.
David Dufresne
Là, on a affaire à un cas spécial, c’est-à -dire qu' un spécimen, c’est-à -dire que vous venez déjà nous citer un sociologue, et pour ceux qui nous écoutent, il faut, il faut le dire. Donc vous avez été gendarme trois ans je crois, quatre ans et aujourd’hui vous êtes, vous militez à L’UCL L’Union communiste libertaire. Donc vous vous. Êtes anarcho. Anarcho politiste, anarcho gendarme.
Ex gendarme
Ouais, j’ai été gendarme anarchiste, ce qui est plutôt normalement antinomique.
David Dufresne
Alors on va parler de ça. Il faut juste que j’aille regler un petit coup l'écran. Donc voilà pour. Pour l’identification. J’ai fait ce que je pouvais faire moi, je vous jure, je vous crois. En effet, je me suis renseigné, on me dit que la gendarmerie sait qui vous êtes. Voilà. Et d’ailleurs, avant de commencer vraiment dans le vif du sujet, qu’est-ce que vous risquez de témoigner ici en direct ? Qu’est-ce que vous risquez d' avoir écrit ? Tout a commencé comme ça, par une lettre sur Mediapart. Je vais essayer de retrouver une lettre ouverte. Qu’est-ce que vous risquez ?
Ex gendarme
Quand j'étais en service, je risquais surtout de me faire virer puisqu’on n’a pas le droit. Bien sûr, c’est la grande muette. On n’a pas le droit d’exprimer ses idées, ses opinions et son mécontentement dans l’institution comme vous en parliez-vous même. Vous parlez d’omerta et ça oui, Comme dans tout service militaire ou même policier, c’est plutôt l’omerta. On ne parle pas et en tout cas, s’il n’y a pas la pression disciplinaire, il y a au moins la pression sociale des collègues de l’entourage professionnel qui est assez, comment dire ça assez fort ? Oui, quelqu’un qui comptera beaucoup sur ce qu’on va dire, sur ce qu’on peut dire ou pas. Là, maintenant, je suis plus gendarme. En réalité, je ne risque plus grand chose. On ne peut pas me sanctionner disciplinairement, je suis plus militaire, J’ai le droit de m’exprimer avec mes opinions librement. Après, de la montrer sous une aire comme une aire presque. On peut parler des fascistes je pense. En ce moment c’est un peu compliqué de parler à visage découvert et de critiquer ouvertement la police et la gendarmerie sans risquer une ratonnade ou autre. Du coup, c’est pour ça que je préfère, même si en terme professionnel, il y a plus beaucoup de risques. De toute façon, je ne comptais pas rentrer en gendarmerie ou en police, mais je préfère garder. En tout cas pour l’instant, l’anonymat.
David Dufresne
Petit texte d’introduction il était gendarme, il a démissionné avec ses mots publiés sur le blog de Mediapart. Nous, policiers, gendarmes, participons à la criminalisation des classes populaires. Les collègues ne cachent pas leur xénophobie. Je pense toujours qu’il ne faut pas laisser ces métiers à des gens de droite. Mais j’ai envie de rejoindre la lutte face à ce système profondément injuste. Passer de l’autre côté de la barricade, comme diraient certains. Ce matin, le dit gendarme est avec nous. Il faudrait juste vous déplacer on dirait. Moi j’aime bien commander les gendarmes ici, un petit truc comme ça. Je pense toujours qu’il ne faut pas papa pour nous parler. Alors ce matin, le gendarme est avec nous pour nous parler de son geste, de son expérience, de ses déconvenues, de sa colère, de l’esprit de caserne qui règne et l’omerta qui plombe. Avant de le convoquer, on lui a demandé de montrer patte blanche. Fiche de paye, photos de lui en uniforme. Il nous a tout montré. Le débat s’annonce passionnant. Pourquoi vous devenez gendarme ? On va commencer par ça. Qu’est-ce qui vous amène ? Vous avez déjà la fibre anarchiste ou pas ?
Ex gendarme
Ou alors à l'époque, j'étais de gauche quand même, mais j'étais plutôt communiste, du coup plutôt pro étatique, ça colle mieux avec la police. Eh bien la Stasi, etc. Vous savez, ces systèmes de l’Est, ces systèmes policiers aussi. Du coup, c'était plus simple en étant communiste, de pouvoir s’engager en politique ou en gendarmerie. Et en fait, j’avais envie de faire un métier, comme je le dis déjà avec France Culture. Mais dès qu’il s’agit de philosophie, j’ai vraiment cette vocation à vouloir être utile aux autres, à faire un métier qui ait du sens. Parce que je pense que, surtout dans ma génération, c’est le cas entre 20 et 30 ans, on a vraiment mal, surtout à l'ère de la crise climatique, etc. Ce que je dis aussi dans la lettre on a envie de se sentir utile, de changer les choses à notre échelle, de faire quelque chose pour les autres parce qu’on se sent un peu perdu. Le néolibéralisme détruit les solidarités anciennes et traditionnelles et du coup on essaie de retrouver les petits bouts d’appartenance à certains endroits, etc. Et l’avantage de l’armée et de la gendarmerie, c’est que c’est un corps qui est connu pour être solidaire, pour offrir justement des formes de solidarité dans une société qui en perd Et du coup c’est un peu ce que je cherchais à l’origine quand je suis entré en gendarmerie, c’est ce sentiment de corps avec la discipline. Parce que voilà, j'étais jeune, un peu immature et du coup j’avais besoin de ça. J’ai besoin d’un cadre qui soit assez fixé. J’avais envie de voir, d'être utile aux autres qu’on vise avant. Et puis j'étais. J’avais un petit intérêt aussi pour la police judiciaire, voir le côté détective, le côté chercher des informations. Ah ça oui, ça me plaisait. Je m'étais dit bon bah c’est fait pour moi. En même temps, il y a le côté militaire et en même temps il y a un côté un peu plus intellectuel de la police judiciaire qui est intéressant. C’est juste l’armée en soi. J’avais fait rapidement pendant mes études un contrat et c'était pas parce que c’est pas très intéressant intellectuellement.
David Dufresne
Tout à l’heure vous avez parlé du Nord et du chômage, etc. C’est quoi votre origine sociale ?
Ex gendarme
Moi, mon origine sociale, c’est compliqué. Ma mère ne travaillait pas et mon père a eu des entreprises qu’il a fait couler. En fait, il a hérité d’argent, de pas mal d’argent. C’est la fille famille de bourgeois terriens et industriels du Nord. Tout sauf qu’il a liquidé tout l’argent. Et du coup, on s’est un peu retrouvé dans la pauvreté et aidé. Heureusement qu’il y avait eu mes grands-parents. Côté maternel, ma grand-mère était cadre et mon grand-père en foyer. Voilà ma grand-mère, c’est un peu la cité de mes domaines. Voilà l’idéal des 30 glorieuses où elle a commencé en bas de l'échelle. Bon, même si elle venait déjà d’une famille où ça allait car son père était un bâtard de bourgeois, il a été élevé. Du coup c’est compliqué, ensuite elle allait rentrer dans l’entreprise et elle est montée petit à petit. Au fil des années, elle a fini le cadre. On va essayer de parler plus simplement et du coup elle va plutôt bien gagner sa vie. Très bien et du coup elle a pu nous aider dans les difficultés. Mais sinon, j’ai connu, ou plutôt j’ai quand même connu la misère où vous devez choisir ce que je pouvais avoir. Et encore c'était compliqué ou des fois pour manger. On m’a dit qu’il n’y avait que des pâtes, c'était très bien et ça nourrit. Et voilà, il y a eu des moments plus ou moins difficiles et après j’ai. Même si j’ai pas le capital économique, j’ai quand même le capital culturel qui m’a été, qui m'était instillé. Du coup ça m’a permis de faire des études,.
David Dufresne
Et alors justement, Comment par rapport au capital culturel vous choisissez de faire gendarme, qu’est-ce que votre famille vous dit, à quoi elle pense, comment elle réagit ?
Ex gendarme
Ben c'était quand même bien vu, surtout du côté de ma mère, parce que déjà j’avais des grands oncles qui étaient eux-mêmes gendarmes après les guerres coloniales en plus. Super ! Enfin voilà. Du coup, j’avais déjà une partie de ma famille qui était vraiment et du coup du côté de ma mère en tout cas, ça a été, ça a été plutôt bien vu aux côtés de mon père dont je ne leur parle pas trop. Ils ont pas trop dit que c’est en rupture familiale de ce côté-là, mais du coup il était content. Ah, c’est bien, tu tranches parce qu’avant j’avais étant plus jeune, j’avais fait l’erreur d'être au PS et j'étais syndicaliste.
David Dufresne
Mais franchement, si jeune. Déjà beaucoup d’erreurs quand même.
Ex gendarme
Ouais, ça fait quinze ans un chauffeur syndicalisme lycéen à Lunel. J'étais à Lunel à l'époque et en même temps j'étais au PS et ça a un petit peu dégoûté de la politique. Mais en tous cas, ils avaient un peu peur pour moi que je tombe dans la politique et que je rejoins cette classe politique véreuse qui ne pense qu'à ses propres intérêts. Ouais et du coup, que je sois gendarme, c’est un peu Je rentrais dans le droit chemin après ces années à vouloir faire de la politique. Sauf que je n’ai jamais eu la vocation. Et voilà. Du coup, j'étais plutôt et j'étais plutôt content.
David Dufresne
Alors pardonnez-moi, on me signale un petit souci technique, c’est qu’il reste un petit peu de musique de fond, je voudrais lire le chapeau de votre de votre lettre publiée dans Mediapart. En fait, il faut juste complètement oublier. dire un truc, c’est que cette lettre, un extrait. Je l’ai eu dans C’est ce soir J’ai lu cet extrait sans dire qui signé et donc l’animateur me demande Vous aussi vous, Voilà qui est qui vous citez et je dis un ancien gendarme qui vient de démissionner et votre lettre. Et donc j’ai jeté un froid quand même. Dans ce cas-là, je faisais face à une forte réaction d’une journaliste de l’EXPRESS dans ma présentation Et là, il y a eu un petit silence pesant une fois que j’ai terminé cette lecture. La gendarmerie, c’est vous qui écrivez ça. La gendarmerie est un corps militaire où la tradition veut que le collectif dépasse l’individu. On s’engage pour une cause, pour les autres. Et pourtant, même ici, l’individualisme triomphant, l’esprit de corps n’existe plus. C’est chacun ses petites guéguerres, les échos qui se brisent entre eux, mélangé à un racisme latent. Alors en fait, ce n’est pas ce passage-là mais plus au milieu.
Ex gendarme
Non, je crois que c'était le début. Nous, policiers et gendarmes, participons à la criminalisation des classes populaires. Les collègues ne cachent pas leur xénophobie. Je pense toujours qu’il ne faut pas laisser ce métier à des gens de droite. Mais j’ai envie de rejoindre la lutte face à ce système profondément injuste. Passer de l’autre côté de la barricade, comme diraient certains.
David Dufresne
Pourquoi ça avait jeté un froid ? Parce que vous l’avez dit au début, à l’inverse des policiers, de vos anciens collègues, des policiers, les gendarmes n’ont pas de représentants syndicaux.
Il y a eu, il y a une quinzaine d’années, des femmes de gendarmes qui parlaient pour les gendarmes. Il y a un peu plus longtemps encore, un gendarme qui avait créé un forum qui a été excommunié a été démissionné. C'était il y a une vingtaine d’années. Il a travaillé avec un sociologue formidable qui s’appelle Frédéric Ocqueteau Et effectivement, la parole aux gendarmes, elle n’est pas rare. Elle est interdite en réalité.
David Dufresne
Qu’est-ce qui vous prend quand vous écrivez cette lettre, après ces mots. Je propose de tuer tout le monde. Allez-y, on y va pour recontextualiser..
Ex gendarme
C’est vrai que vous avez raison, c’est compliqué. Le seul moment où ça a un petit peu plus pour être, c’est l'état mou ouvert sa gueule. En gendarmerie, c’est à la fin des années 90, au début des années 2000, où il y a eu un gros mouvement de contestation au sein de la gendarmerie, notamment sur la question des salaires et des logements, où là ça fait un petit peu peur au pouvoir et où il y a eu du coup une. Une mise en œuvre pour justement améliorer les conditions de la gendarmerie. Oui, ça du coup, on est à la fin des années 90, début 2000, où les gendarmes sont descendus dans la rue, n’ont pas hésité à se mettre en arrêt maladie. Et ça, on ne peut pas. Reste à se mettre en arrêt maladie massivement pour revendiquer des droits. Mais hormis ça, ça a remis ce mouvement-là. C’est vrai que dans l’histoire de la gendarmerie déjà c’est récent, sur la gendarmerie, la gendarmerie c’est quand même. 350 ans d’histoire, approximativement un peu plus puisque ça date de l’ancien régime. Et c’est vrai que depuis quand on est dans un corps militaire ? On l’appelle la grande muette. Je rappelle que jusque les années Giscard en 1945, on n’avait même pas le droit de vote en gendarmerie. Et avant, les gendarmes étaient directement issus de l’armée. C’est à dire qu’il fallait avoir fait ses classes, avoir été reconnu et on pouvait pas se marier, ou c'était considéré comme un statut un peu plus privilégié. Mais on vivait en caserne avec son cheval etc. Sa famille qui vivait vraiment en vase clos. Oui, c’est évident, on dirait une communauté alors qu’avant les gens vivaient les uns sur les autres. Enfin voilà. Et du coup, pour en revenir aujourd’hui, si personne ne parle, c’est parce que là, il y a tout cet esprit-là. On est des militaires, on n’a pas accès exprimé sur nos opinions publiques, on peut entrer nous, mais on ne voit pas en tout cas le montrer à l’opinion publique, à part à nos amis, etc. Ou dans un cadre relativement privé avec des élus qui sont plus ou moins de notre bord. Sinon, c’est ça, on ne peut pas pavaner. Ce qui fait qu’on est souvent instrumentalisés aussi par les forces politiques. Quand on voit Darmanin ou d’autres politiques, Les Républicains ou du Centre, ils parlent au nom de la gendarmerie, ils savent, ils veulent notre parole parce qu’on n’a pas les moyens, on n’a pas de syndicat. Quand, comme vous le rappelez, on n’a pas d’alliance claire. Et puis je pense que si on avait des syndicats de gendarmerie, ce serait un petit peu inquiétant aussi parce que ce serait les mêmes échos que ceux de la police avec des relevant d’extrême droite et de guerre civile. Et du coup, moi, si j’ai essayé d’ouvrir, de m’ouvrir, en tout cas de parler de tout ça, c’est parce que on est. Quand j’ai écrit cette lettre, on est en mars 2023, 2023 mars 2023, on est en pleine réforme des retraites. Et en fait, ce que je vois à la télé ou quand je lis les médias, ça m’interpelle. La répression des manifestations.
David Dufresne
On va venir évidemment à ça.
Ex gendarme
Je me suis dit qu’il fallait que je parle, que moi j’en ai marre. Et là, j’avais envie de démissionner. Je voulais plus de gens, mais je ne voulais plus cautionner en fait, ce système là que je rejette, qu’on puisse en étant anarchiste. Et du coup je me suis dit faut que je parle, faut pas que je reste comme ça, je peux pas, je ne peux pas juste partir dans mon coin silencieusement et faire comme si de rien était et faire l’autruche et cacher ma tête. Je me suis dit il faut que j’en parle, il faut que. Il faut le faire savoir parce que c’est un message qui sortira, pas l’institution. Ce profil qu’on peut dire clairement atypique à la gendarmerie. Et du coup des profils divergents comme ça, surtout en gendarmerie, ça n’existe pas. Et je pense que c'était important de relâcher cette parole et de montrer la réalité. Parce qu’en général, la population a quand même une meilleure opinion de ce qu’est la gendarmerie par rapport à la police et c’est quand même mieux, c’est un peu plus professionnel sur certains points, etc. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi une force raciste et malheureusement fasciste sur certains points, et c’est important de le rappeler et de le dire parce que sinon que les gens ils cautionnent un peu non ? C’est la gendarmerie donc tout va bien. Et non, c’est pas parce que c’est la gendarmerie que tout va bien, Il y a des gros problèmes aussi et il faut en parler parce que quand même, les études sociologiques, ils sont sur la police, mais il y en a très peu sur la gendarmerie parce que si on vase clos, c’est très fermé et du coup je pense que c’est important.
David Dufresne
De ne pas pour autant les chercheurs, les sociologues disent assez souvent que le monde gendarme fait plus d’introspection que le monde policier. Il y a des cellules de réflexion à la gendarmerie, il y a des il y a des débats, il y a des colloques là où en police il y a rien du tout.
Ex gendarme
Après des débats entre officiers pour savoir qui se tire le plus. Pas sûr que ce soit toujours très intéressant. Moi, quand je voyais en gendarmerie, effectivement, il y a ce qu’on appelle la concertation. C’est à dire c’est une instance qui vise à créer de la communication justement entre les subalternes et entre les officiers supérieurs et à déjuger la direction générale, la gendarmerie nationale. Le problème, c’est qu’on est dans un corps militaire. Il fait ça, il ne faut pas l’oublier. Du coup, quand tu décides de quelque chose, c’est ferme ta gueule et tu appliques. Ça reste comme ça. On reste dans une communication gendarmerie, même si ça s’est un peu ouvert, il faut savoir que ça doit dater des années 2000. Après, la concertation, c’est beau, c’est esthétique, ça a l’illusion de donner un peu de démocratie et un peu de débat au sein de la gendarmerie. Mais en réalité, ça ne sert à rien. Quand les gendarmes se sont posé des questions, se sont plaints sur leur retraite ou sur les gendarmes, qu’est ce qu’a dit la télévision ?
David Dufresne
DGPN, est la direction générale de Gendarmerie nationale.
Ex gendarme
. Là, les gens ont dit Vous allez le faire, vous allez et vous fermez votre gueule. Christian Rodriguez, qui est un grand pas, le général, le grand patron de la gendarmerie nationale, qu’on appelle aussi le DGN, le directeur général de la gendarmerie nationale. Il a dit c’est comme ça et c’est pas autrement. Et en général, c’est comme ça que ça marche. On vous donne un ordre si vous n'êtes pas content, vous êtes obligés de le faire
David Dufresne
On vous demande est ce que vous avez voulu faire de l’entrisme et changer les choses de l’intérieur ? Est-ce que vous seriez une taupe vous demande t o n. Faire de l’entrisme, non au départ, vous y allez-vous n’y allez pas ?
Ex gendarme
Au début, j’y vais sincèrement. Je ne vais pas au top. Je ne viens pas pour infiltrer la gendarmerie et j’y vais parce que j’espère changer les choses en interne. En tout cas, j’espère diffuser un message qui n’est pas fasciste. Ça marche vraiment mieux. Accueillir les personnes, notamment sur tout ce qui est transidentité parce qu’en général c’est encore un sujet qui est très compliqué au sein de la police et la gendarmerie c’est pas méchant et les gens sur les questions de racisme etc. C'était aussi et voilà que j’en parle dans ma lettre. Je pense pas et ça je le pense toujours, même si moi je parle en tout cas pas. Je ne pense pas qu’ils fassent laisser ces métiers là à des gens de droite et parce que c’est vraiment inquiétant que la police et la gendarmerie soient massivement d’extrême droite, parce qu’il ne faut pas l’oublier, c’est malheureusement un fait, c’est très inquiétant. C’est là qu’on a quand même une police qui est fasciste et il y en a certains, quand on entend leur discours qui, s’ils pouvaient prendre le pouvoir par la force, le feraient. Et ça, c’est très inquiétant. Et c’est à nous, de gauche, d'être vigilants et du coup bien faire l’entrisme. En tout cas, il faut en tous cas trouver un moyen. J’ai peut-être pas forcément la solution, mais il faut trouver un moyen de lutter contre ça. Des contre-pouvoirs et des garde fous parce que c’est très dangereux. C’est quand même des gens qui sont armés et qui tiennent des discours, des discours fascistes quoi. Et ça, ça, on ne peut pas le laisser faire.
David Dufresne
Vous, vous démarrez ou ça se passe, ou l'école de gendarmerie, qu’est ce qu’on vous apprend ? On vous donne tout de suite un gallon, des galons, un uniforme avec survêt, Qu’est ce qu’on vous file ?
Ex gendarme
Il y a une école en Bretagne. Et les accords de Paris, c’est à Châteaulin, dans le Finistère.
David Dufresne
Est ce que vous pouvez vérifier si Châteaulin dans le Finistère, il y a bien une école de gendarmerie ? Si le chat dit qu’il y en a pas, on arrête tout de suite l’entretien.
Ex gendarme
Et vous voyez ici, il y a bien une école à Châtellerault. Je me souviens. C’est un portail, un grand portail blanc si vous voulez savoir. À l’entrée, il y a une grande côte. On monte en haut, c’est le bâtiment. Le premier bâtiment, ça date du sept je crois. C’est une T7, C’est là. De mémoire, il y a la cantine, de l’autre côté, il y a une grande place, vous pouvez vérifier. Voilà, je vous donnerai pas ma compagnie parce que ce serait se voir plus m’identifier.
David Dufresne
Mais si c’est bon, nous dit Bechtel.
Ex gendarme
Bon très bien, ok, on va rester, mais je suis toujours sur mes gardes fous là. CP Moi, j'étais au commissariat, ça a duré un petit peu moins longtemps. Je me suis fait vider comme on dit. Mais non, j'étais à l' école à Château. Premier jour. On arrive, on prend un grand portail blanc, on arrive en civil, on a été convoqué, on a passé le concours déjà un an avant. Ouais, j’ai passé le concours en octobre 2018. Il est dur.
David Dufresne
Quoi ?
Ex gendarme
Non, non, j’ai eu seize ans. C’est que ça va. C’est pas très compliqué, D’accord. Non, non. Après, il faut un minimum, il y a une dissertation, mais ce n’est pas Sciences-Po. Ce n’est pas non plus un travail intellectuel compliqué. Il faut juste montrer qu’on s’est aligné quelques idées et avoir un minimum de réflexion.
David Dufresne
Ensuite, il y a de la culture générale par exemple.
Ex gendarme
C’est ça, c’est la culture. Moi comme question j’avais eu, c'était sur la place, j’ai pris le sujet la place du vélo en ville justement, sur la réflexion sur la place du vélo en ville. Et voilà, Fallait disserter sur ça, comme d’habitude, j’ai fait huit pages. Je pense que le correcteur il m’a juste mis la note, il a pas du tout lire parce que c’est trop long. Après il y avait avant il y avait les tests d’onglet, l’enlever, il y avait quoi ? Un test psycho moteur ou c’est des maths, des conneries de logique à faire ? Et il y avait un autre point, il y avait un entretien oral.Du coup on est vu par un officier et du coup il y avait un officier, un sous-officier qui parle avec nous, qui voit notre motivation. On a aussi un petit feu de question. Moi j'étais passé sur la loi d'Évian, beaucoup, celle qui limite la consommation d’alcool. Vous avez une question comme ça, où j’ai juste à montrer qu’on s’est aligné quelques idées, qu’on a un peu de culture générale et voilà, en faisant très bien connaître le sujet. Et ensuite c’est il y a du sport et le matériel, c’est un sport normalement plutôt sportif, mais je m'étais totalement casser la gueule en plein milieu du truc, un peu l’art. Quand je jouais, il y en a un qui m’a regardé, il met du temps, lui il va pas être gendarme et franchement il est nul. J’ai vu la tête, j’ai peut être un homme, mais qu’est ce qu’il fait là ? Mais je suis vraiment transformé.
David Dufresne
Il aurait mieux fait de pas vous prendre vu que vous allez devoir arrêter maintenant.
Ex gendarme
. Je pense qu’il regrette maintenant, mais il aurait dû s’en douter. Parce que quand j’ai fait entrer à l' école justement, ils ont vu que j’avais été. J’avais été syndiqué, notamment syndicat, étudiant. L’UNEF ça existe encore pour ce que c’est. Et. Et du coup, je m'étais déjà pris des cours, je parlais aussi, je m'étais déjà pris. Il y a pas mal de remarques parce que justement j'étais déjà comme le gauchiste Ah le mec avec son accent du Nord café, les études, etc. J'étais un peu regardé bizarrement quand j'étais. Un peu stressé. Ça a été très long les différents fichiers, mais c’est là où j’ai quand même. J’ai pas quitté, mais j’ai quand même eu des moments de réflexion. Je me suis éteint les jours où je me suis dit que le niveau intellectuel n'était pas très haut, c’est compliqué. Il faut se méfier des gens, ils ne sont pas intéressants, c’est vraiment. Pas de discussion, mais c’est très normal et c’est bien vrai. C’est la classe moyenne, c’est la classe moyenne.
David Dufresne
Mais est ce qu’ils viennent par vocation par exemple ? Est-ce que certains viennent dire je vais défendre la veuve et l’orphelin pour les plus, on va dire les plus.
Ex gendarme
Chevaleresques ou plus. Je vais défendre la nation pour les plus nationalistes, je vais défendre l’ordre, je vais où est ce que c’est faute de mieux ? A ce stade-là, je veux dire à l'école. Oui, en fait, le premier jour, je me souviens. Du coup on arrive en début de soirée je crois. Du coup, pour l’instant on est encore on pas d’uniforme, on nous fait venir dans une pièce avec du coup les instructeurs. Voilà, Moi c'était une étudiante très sympathique d’ailleurs au demeurant, et du coup on était dans la cour mais dans la pièce, on me demande bah du coup, pourquoi vous êtes engagé en gendarmerie ? Et donc le discours qui ressort le plus souvent, c’est effectivement le sujet. Je parlais, c'était son utilité publique censément d'être utile, de cette idée de protéger. Il y a eu aussi, malheureusement, des discours pour servir la patrie. Alors ça, moi je ne me suis jamais engagé pour servir la patrie autant direct. Mais voilà, oui, ces discours-là, mais ce sont des discours classiques et il y en a peu qui viennent. C’est dit directement par les instructeurs. Si vous êtes venus juste pour la Lumière, vous pouvez ressortir directement ici. Surtout le métier gendarme, c’est quand même un métier. Ça veut dire quoi ça ? Si vous êtes venus juste pour la lumière, c’est-à -dire que si vous êtes venus là par curiosité, un décor, pas vraiment le sentiment de servir, etc. Je suis venu parce que vous étiez paumé. Ça ne sert à rien de venir. Vous pouvez, vous pouvez déjà retourner chez vous. Du coup, il y en a en tout cas qui portent le discours et qui sont peut-être déjà un peu plus blasés dès l’entrée. Effectivement, ça y était, il y en a qui restent pas quand on est une promesse 120, en général, il y en a au moins un 10ᵉ qui part avant la fin de l'école, au moins un bon 10ᵉ mois. Parce que dès les premiers jours, on a certains qui ont vu que ce n'était pas fait pour eux qui sont partis. C’est un métier qui est très contraignant en termes d’horaires, en termes de vie sociale, on est un peu coupé du monde quand même. Quand on vient en caserne et qu’on sait qu’on est gendarme, c’est compliqué à vivre et certains le vivent très mal. Et du coup, globalement, il y a ça. Il y en a très peu qui ont dit ah c’est pour l’argent, même si je trouve que c’est bien payé pour des gens qui demandent juste un bac en entrée, même si beaucoup.
David Dufresne
C’est quoi le mot juste ? Quant au solde de base.
Ex gendarme
En école, on était à 1005, ce qui n’est pas énorme, mais en tout cas c’est net, c’est raisonnable. On était à 1005 nets en école et voilà, à la fin, au bout de mes quatre ans, j'étais deux, j'étais à 2002 2003, ce qui n’est pas mal pour un niveau bac, quatre ans d’ancienneté, etc. En plus là tu étais sur l’OPJ avec une prime au PJ etc. On peut. Et le grade de chef ? Je pense qu’on peut vite monter à 2004 presque 2005 en ayant du coup au total peut être 600 en Allemagne. Ce qui n’est pas c’est pas c’est pas énorme quand on sait que le salaire médian c’est 1008 avant la gendarmerie. Oui, c’est sûr que pour un niveau bac, surtout quand je vois même mes amis, qu’on fait des bac plus cinq qui parfois galèrent à cause du travail. Bah effectivement, oui, la gendarmerie, économiquement c’est plus que viable et c’est un certain confort. En plus on a le logement qui est payé, du coup c’est rare qu’on n’ait pas à payer. On n’a pas à payer de logement. Si on veut, on peut. Même certains font des investissements locatifs du coup, quand ils se font voir parce qu’ils peuvent se permettre de dégager cet argent là tous les mois. Et du coup, non, c’est très confortable je trouve d'être gendarme actuellement en terme de salaire, surtout dans notre société.
David Dufresne
Quand on parle de douze mois, treize mois en école.
Ex gendarme
Du coup moi j’ai fait j’ai fait cinq mois, un peu plus de cinq mois
David Dufresne
Je vous ai parlé du salaire
Ex gendarme C'
est-à -dire.
David Dufresne
C’est sur douze mois où il y a un 13ᵉ mois non ?.
Ex gendarme
Ah non, il y a quand même pas On est fonctionnaire tous les mois. Et en fait, il faut savoir que par contre, là où on se fait baiser, c’est que la solde des bonnes tous les mois. Il ne faut pas oublier que notre salaire est globalement fait sur les primes. Et ça c’est si on réfléchit un peu à long terme. Ce n’est pas le plus rentable parce que ça ne compte pas pour nos retraite. Du coup, tout ce qui est primes, suggestions, polices, primes, police judiciaire, primes, je ne sais pas quoi. On voit notre fiche de paye. Globalement, il y a beaucoup de primes et du coup la solde de base par contre elle est pas si énorme que ça. Elle était peut-être à 1008. Et après c’est que les primes et les primes rapportent beaucoup en fait. Mais le problème c’est que sur la retraite au final pas si bonne que ça vu qu’au final par contre.
David Dufresne
Je reviens à l'école, la formation c’est cinq mois.
Ex gendarme
Mois, alors normalement c’est huit mois max. Quand j'étais jeune, quand j’arrive en novembre 2019, en début décembre 2009, on aurait dû faire huit mois de notre. Du coup à la fin on est un petit gars-là, etc. Petite fille Du coup, on sortait huit mois, on sortait à l'été de 1000 2020, donc on sortait à l'été 2020. Le problème, c’est qu’il y a eu Kevin entre deux du coup, en mars, on nous a dit après le discours d’Emmanuel Macron je me souviens, on était en marche de nuit, j’ai vu le discours et je souligne mes camarades que j'étais content parce que le lendemain, ils avaient pu faire le parcours d’obstacles, qu’il faut monter, etc. Et à chaque fois, je me dis que je me casse la gueule. Je n’ai qu’un genou chez le grand pas doué sur un parcours d’obstacles, mais vraiment pour ça je suis pas très adroit et qu'à chaque fois je tombais quelque part et je me faisais mal. Et en plus des temps car j’avoue que ça m’arrangeait bien de pas le faire le lendemain, il faut monter sur des hauteurs de cinq mètres, sauter au-dessus de l’eau au-dessus d’obstacles, il faut passer en dessous de passer d’un trou jusqu'à pouvoir remonter, etc. C’est très chiant à faire. C’est marrant à faire une fois quand on doit, quand on doit être noté, on doit faire un, on doit faire deux minutes et des brouettes. C’est un petit peu chiant même. Et du coup j'étais très content que l'école ferme celui- ci. Putain c’est bon, je vais échapper au parcours d’obstacles. Merci, merci. Et du coup, je cherche à garder le soir et y jouer quoi mes collègues à regarder, y faire les écoles et tout ? C’est sûr, regardez les écoles de police, elles ont fermé. Du coup, c’est sûr que nous, ici, on va fermer logiquement. Ah non mais ta gueule, on va faire le pot demain et de nous saouler avec tout ça ! Le lendemain, on était devant le parcours d’obstacles, les gens se chauffaient. Pas moi parce que j’ai dit de façon fermée, j’ai pas envie de le faire. J'étais vraiment avec, je sais pas. Et du coup les instructeurs sont arrivés. Si effectivement l'école ferme, on ne sait pas où vous allez. Je ne sais pas ce qui va se passer, mais en tout cas pour l’instant il n’y a plus de cours et la formation est terminée.
David Dufresne
On ne sait pas si vous allez directement sur le terrain, posez des questions et votre téléphone n’arrête pas de sonner. Vous, vous allez y regarder.
Ex gendarme
Je pense que c’est parce que mes potes regardent ça. Et vous disiez. Oui et oui, j’ai dit mon prénom.
David Dufresne
Vous venez dire votre prénom en effet.
Ex gendarme Ils
savent qui je suis. Mais bon, voilà mon prénom si vous le souhaitez. Et bien écoutez.
David Dufresne
C’est pour ça que je vous ai pas repris. Mais je me suis dit Ah, il a dit son prénom. Et là, vos copains qui sont vigilants, prenez le temps de répondre parce que là je vous vois, c’est absolument passionnant.
Ex gendarme
Mais merci Francis en tout cas.
David Dufresne
Maintenant, il y en a d' autres qui vont très bien.
Ex gendarme
Donc qu’est-ce que je disais du coup ?
David Dufresne
Bon, c’est pas le parcours d’obstacles dont vous avez eu cinq, moi cinq, moi admettons, même si vous aviez huit mois. Je veux dire, ce n’est pas le parcours d’obstacles qui peut rassurer le citoyen. Je veux dire par là que vous pensez vraiment. Enfin, est ce qu’on peut imaginer qu’en huit mois, quelqu’un qui va être armé, qui va se retrouver sur la voie publique, est suffisamment formé, par exemple ?
Ex gendarme
Du coup, pour finir, nous on nous a envoyé sur le terrain, moi je suis parti en évitant. Peloton de sécurité, d’intervention, sécurité en surveillance, pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie. C’est le côté intervention de PSIG et d’un PSIG en Picardie d’où je suis originaire et je suis du nord mais pas trop entre notre région parisienne et le nord.
David Dufresne
On va pas, on ne va pas créer de guerre de département.
Ex gendarme
s’il vous plaît. Sur place en général les gens du nord je connais pas trop du nord, du nord, de la région parisienne en tout cas. Et du coup j'étais en PSIG. Et oui on est envoyé sur le camp au bout de cinq mois. Ma formation, la formation en bleu qu’il y a réellement la formation gendarmerie est à trois mois. Au début c’est pas du militaire, on verra, on joue dans la gadoue, on fait la guéguerre classique formation militaire. Du coup, là, on est à peu près un peu moins de cinq mois. Du coup, avec la période bleue, la période, vraiment, on apprend le métier de gendarme. J’ai un mois et demi à peu près. Autant dire que c’est court. Un mois et demi de vraiment formation gendarmerie pour arriver sur le terrain. L’uniforme gendarmerie, j’ai dû le mettre peut-être cinq ou six fois avant d’arriver sur le terrain, ce qui n’est pas énorme. La tenue bleu je l’ai pas mis beaucoup et du coup on arrive sur le terrain en plein COVID on se présente aux unités et eux ne savent pas trop quoi faire de nous. Ce sont plus des jeunes gens sinon ça arrive pas. Normalement c’est des gens qui sont déjà formés, qui ont un peu fait les brigades etc. Ou parfois la mobile avant. Et j’avoue qu’on a de la bouteille là. Nous, on n’y connaît rien, on a effectivement une arme parce qu’en sortant de l'école, on nous a donné notre arme, rapidement pris, on est mis dans la voiture et puis on est allé directement à notre unité d’affectation.
David Dufresne
Et par exemple, je vous propose ici de vous décaler sur votre droite sans nom sans tourner la tête pour avoir plus la caméra dans votre nuque. Comme ça on va voir. Là c’est bien, on voit plus mais on rassure, on assure pour pas un souci de profil ou de chose comme ça.
Ex gendarme
Donc on arrive sur le terrain
David Dufresne
Mais là par exemple, le flingue qu’on vous a filé. Vous avez fait combien d’heures d’entraînement ?
Ex gendarme
Avec, on a tiré quand même. Là on en a quand même un peu de vertes aussi en tirant, mais je vais pas vous dire combien d’heures, mais qui être en moyenne une fois par semaine en moyenne sur les et sur les derniers mois. En école, on tient beaucoup aussi sur le terrain qu’on tient pas beaucoup et encore. Après, est ce qu’on s’est bien tiré ? Je sais pas quand vous étiez. Trois On nous a donné notre âme, on a fait un peu de. M Ça c’est quoi ? C’est quoi la maîtrise sans arme de l’adversaire ? C’est ce qu’on appelle, c’est ce qu’on appelait à l’armée le tir technique d’intervention opérationnelle rapprochée. Du coup, toutes les opérations pour interpeller un individu véhicule ou en dehors, on s’est un petit peu entraîné aux progressions, même si c'était encore un peu balbutiant et progression. C’est quand on a avec notre armée par exemple, qu’on arrive sur un lieu où il y aurait un cambriolage en cours ou où il y a un sentiment de danger en cours, ou ça peut être rapidement selon les individus, ça peut être rapidement perçu comme du danger, même si ce ne l’est pas réellement. Et voilà, Du coup, on a appris les sorties d’armes, etc. Un peu les méthodes d’interpellation en tout cas. On a quand même les bases et un minimum de cadre légal, même si ce n’est pas encore complet. Mais en tout cas, sur l’usage des armes, on a été bons. Normalement on connaît bien le cadre légal en sortant de l'école et après de toute façon quand on arrive sur le terrain, on est on est jamais seul qu’en tant que sous-officier. Normalement on peut directement commander une patrouille et partir en autonomie. Là non. Par contre on est dans un statut un peu bâtard. Entre sous-officier ou entre gendarme adjoint, il y a un adjoint, c’est vraiment les subalternes. Je maintiens ce qu’on fait les hommes du rang dans l’armée qui eux du coup sont toujours suivis par un sous-officier qui a toujours contrôlé ce qu’ils font, etc. Et qui normalement, normalement si ce n’est pas toujours le cas, ne sont jamais en autonomie. Et du coup, on arrive comme ça. Bah déjà le PSIG, moi c’est compliqué. Je ne sais pas du tout ce que je voulais dire, que je voulais faire du judiciaire. J’arrive en unité d’intervention, je me dis qu’est-ce que je fous là ? Je vois les gens. Il adore faire du sport mais à part ça, je pense qu’en terme de conversation, c’est pas trop ça. J’ai eu de la chance parce que je suis tombé sur un bon c’est pas parfait, mais un adjudant-chef. Le commandant d’unité était un peu. Il avait un peu un discours de gauche sur certaines choses, il était en même temps conspirationniste, anti-vaccin, etc. Du coup ça c'était un petit peu le problème. David si tu écoutes, je ne suis pas sûr, mais. Puis ça faisait David aussi en plus. Et du coup un peu conspirationniste qui n'était pas très intéressant, ça c'était compliqué, mais il avait quand même un discours de gauche sur les classes populaires etc. Et du coup on pouvait discuter et il avait un aspect sur l’actualité qui était intéressant et du coup il était quand même, il était quand même assez de gauche quoi. Du coup, en général il mettait en patrouille avec lui et on discutait politique de sujet général et du coup c'était quand même intéressant. Mais globalement, et ça voulait. Ça va je sais pas trop où. En tout cas, les subalternes le détestaient et savaient. Il y avait des grosses tensions avec lui dans son unité, justement parce qu’il avait un discours qui n'était pas le discours de la gendarmerie. Il y avait plutôt un discours qui est légitime de front contre, contre l’Etat et contre sa politique, notamment néo libérale. Et il y avait une autre vision de la société et du coup c'était très, très mal perçu.
David Dufresne
C’est lui.
Ex gendarme
il est parti de toute façon quelques mois après.
David Dufresne
Donc son site est où là pour le coup ? Ça, c’est votre première affectation, c’est ça ?
Ex gendarme
Oui, c’est l’affectation gérée c’est parce que ce n’est pas ma vraie affectation. Sinon attention, quid. Du coup je suis envoyé en PSIG en Picardie profonde, vraiment Picardie profonde où tout ce qu’on a fait c’est des tapages le soir parce que les gens faisaient la fête forcément et ne respectent pas la Picardie vide Picardie. Maintenant je sais ce que vous insinuez. Attention à Beauvais, il y a un enquêteur en Bavière. Et du coup, à part des tapages et après ? Mais déjà j’ai vu directement les gens qui ont contrôlé les gens qu’on visait. C'était des gens qui étaient des gens de classes populaires. Ce qu’on fait ici, qu’on voyait que voilà. Et puis ils connaissaient les gens, ils avaient une petite idée là où on était, si c'était de campagne. Et voilà, on passait, on allait dans les caves, on vérifiait si c'était pas du type en pleine campagne. Il y a un peu de stups, mais ce n’est pas non plus. Et eux, ils étaient vraiment dans un mode un peu guerrier. Ouais, on va aller lutter contre la drogue et tout un tout un système alors qu’il n’y a pas de grand trafic. Il n’y a pas de. On n’est pas aux combis. Tout va bien. Le mec qui dit devant le lycée cinq grammes c’est pas bien, mais ça sert à rien de sortir les méthodes musclées ou les mecs qui ont des gants coquets. Limite ils mettent la cagoule. Et quand je vois qui ont contrôlé comment des fois ils parlent. Selon la classe sociale, ces gens-là je leur sens très bien. Des descendants, là pas du tout. Par exemple, un mec qui est perçu comme classe populaire, comme le mec qui avec un bac militaire, ça huit, six à la main dans l’histoire et son chien comme un punk à chien ou en gendarmerie, ils appellent ça les plus la piste des PLP plus communément appelée la pisse des PLP. C’est comme ça qu’ils appellent PLP en gendarmerie, c’est le petit mémo technique, Ok. Et du coup quand ils parlent, qu’on échange, réserve qu’ils sont, il y a un mépris de classe qui se crée directement. Si t’es pas un citoyen comme les autres, t’es un marginal et du coup on va te traiter et on va encore plus te marginaliser. Et ça et là avec un discours qui est très condescendant tu apparais et tu veux pas arrêter de boire et tu fais attention Et tout ce paternalisme un peu un peu bourgeois et ça je l’ai vécu très bien. Et alors que par exemple, si c'était quelqu’un qui était plutôt propre sur lui à Monsieur tout le monde, déjà il s'était beaucoup plus beaucoup plus sympathique dans la façon de parler, mais il était beaucoup plus apte aussi à laisser passer. Bon bah c’est pas grave, faites attention à vous la prochaine fois, remplissez le papier, c’est bien gentil et puis voilà, on en parle pas. Et du coup, c’est marrant cette perception sociale, on le sent, les classes populaires vont être beaucoup plus criminalisées en fait.
David Dufresne
Ça, d’après vous, est-ce que c’est dû aux origines sociales des gendarmes, vous avez dit plutôt classe moyenne si c’est ce que vous avez dit ou c’est dû à une forme d’endoctrinement, à des ordres, à une ambiance ?
Ex gendarme
Non, je pensais ainsi à un schéma sociétal global, c’est à dire que c’est pas. Il ne faut pas oublier parce que quand on dit que la policière aussi, c’est certain, et c’est vrai et plus que la société en soi. Mais il ne faut pas oublier que la police est un produit de sa propre société. Et du coup, c’est notre société qui fait en partie que la police c’est comme ça. Et ça, il ne faut pas l’oublier, alors que c’est un discours ambiant qu’on entend à longueur de journée dans les médias, notamment des médias qui sont globalement dirigés quand même par l’extrême droite. Et du coup, si c’est un discours ambiant qui s’est créé, c’est effectivement ces classes populaires là, ces gens qui ne sont pas comme nous, pas comme en tout cas la représentation qu’on a de ce que doit être une personne, de ce que doit être à la classe la classe moyenne, en tout cas les bons citoyens, eh bien du coup, on doit d’autant plus leur montrer qu’ils ne sont pas les bons, tout pour essayer de les remettre dans le droit chemin ou on peut les traiter comme s’ils n'étaient pas notre nos égaux en fait. Mais ça, ce n’est pas la police en soi, c’est la police reproduit en fait un schème qui est qui est dans toute notre société.
David Dufresne
Je disais tout à l’heure une partie de votre de votre lettre ici l’individualisme et triomphant, l’esprit de corps n’existe plus. C’est chacun ses petites guéguerres, les égos qui se brisent entre eux, mélangé à un racisme latent. Ça, vous l’avez aperçu dès votre arrivée.
Ex gendarme
Dans cette affectation-là, un petit peu moins parce qu’on est en période de coït. Du coup c’est Il y a quand même des guéguerres de chefs et de chefs qui ne pouvaient pas s’entendre du coup, qui travaillaient pas les mêmes jours pour éviter de se croiser, etc. Sous couvert de c’est pour le commandement. Et voilà, avant ça, j’ai vécu que oui, il y avait déjà des petites dissensions. C'était pas aussi criant qu’après ma vraie première affectation puisqu’après je suis retourné à l' école à moi, histoire de parfaire ma formation. Et c'était aussi de passer des examens parce qu’en fait on est affecté, on choisit selon notre classement, plus ou moins, on est classé plus ou moins, on peut choisir. Du coup on passa et ensuite moi j’ai choisi volontairement. C’est pas toujours volontaire. En tout cas moi c'était volontaire. J’ai choisi la région parisienne parce que je veux être proche de Paris. Du coup je suis arrivé en région parisienne et dans mon affectation en banlieue riche sans donner de nom, à 30 kilomètres de Paris. En fait le compas vous trouverez.
David Dufresne
Il y a des gens dans le chèque qui trouvent que vous donnez trop d'éléments sur vous.
Ex gendarme
À votre façon de pour rien. C’est juste Je ne sais pas, c’est pas très grave, mais je suis arrivé en banlieue riche et clairement de ce que j’ai. Ouais, j’ai ressenti ça, c’est que bien, il n’y avait pas cet esprit, il y avait il n’y avait plus. C’est esprit de corps savent qu’en fait on travaille ensemble, on fait notre petite journée et le soir on rentre chez nous, chacun de son côté, chacun fait sa vie et même dans le travail aussi, alors que globalement on pouvait compter sur eux. Donc globalement ça allait, mais c'était strictement professionnel alors que d’habitude c’est un corps social, on espère. Super. On dit que la gendarmerie c’est une famille et clairement là c'était pas le ressenti, c'était ouais je fais mon boulot. Par contre à 18 h, moi j’ai autre chose à faire, j’en ai ras le cul, je rentre chez moi quoi. Comptez pas trop sur moi, c’est comme ça et c’est comme ça que j’ai ressenti. Et du coup j'étais un petit peu déçu. Parce que oui, il y a beaucoup de guerres d’ego. Les gens qui essaient d'écraser les autres pour un grade ou pour une fonction ou voilà qui après c’est géré. Malheureusement c’est comme partout, mais j’espérais que la gendarmerie soit une exception,
David Dufresne
Cette guerre d’ego, elle est alimentée ou elle est on va dire pour aller très vite, elle est naturelle. Ou est ce qu’il y a quelque chose qui expliquerait que cette guerre debout soit encore plus Euh. Parce que étonnamment, l’idée qu’on se fait de la gendarmerie, c’est que l’uniforme gomme ou donnerait ce genre de choses là où dans la police, en effet, on sait qu’il y a des guerres de service, de guerres, d'égo entre agents de base et jusqu’au commissaire, etc. Dans la gendarmerie, on a moins cette idée.
Ex gendarme
On a à moitié divers parce que c’est plus caché je pense, globalement, mais il y a quand même des dissensions. Déjà si on va entre les guerres de service, entre les unités et les unités lambda, oui, puis les codes et les bêtas communautés, c’est quoi la gendarmerie ? Après la brigade territoriale autonome, la Belgique et pompiers, la brigade de recherche, la section de recherche où il y a les petites guéguerres si on peut. Je vais m’amuser à faire un bon dossier, je vais essayer de chercher les éléments. Et puis au final, si j’ai bien fait mon travail, c’est la guerre qui va récupérer, qui va en tirer les lauriers. Et ça, on l’entend régulièrement lors des discours. Les guéguerres de service existent aussi chez nous. Voilà. Et puis quand la bière arrive, ils ne sourient jamais. Ils nous font ressentir qu’on est des merdes à côté d’eux parce que c’est les rois de la PJ, etc. Bon, il y a des dissensions et même des fois entre Brigade à Noisy et celle-ci. Là bon, il y a des villes, alors là, pardon, il y a des villes qui essaient de refiler leurs merdes.
David Dufresne
D’autres à d’autres villes et du coup ça paraît compliqué parce que longtemps alors plus dans la guerre on va dire police, gendarmerie, moi j’ai considéré que c'était aussi presque un gage démocratique. C’est à dire que le fait que les services se fassent la guerre, c'était aussi une possibilité d'être informé, de savoir ce qui se passait dans telle ou telle chose. Mais là, ce que vous racontez, c’est pas ça, c’est des guerres de performance, ce n’est pas du tout des guerres, des guerres ou des batailles de connaissance.
Ex gendarme
Oui, non, non, je sais, c’est des guerres, oui c’est des guerres d’ego. C’est à dire que le but c’est que la lumière soit tirée sur soi plus que sur les autres. Et du coup on essaie de tout mettre en avant et c’est ça qui est compliqué. Et après le problème c’est pareil chez nos officiers, on a un commandant, c’est lui qui va diriger du coup une compagnie, il va essayer de faire des politiques au sein de sa compagnie qui vont plus ou moins attirer la lumière sur lui pour justement espérer avoir du grade monter, etc. Et du coup des politiques des fois qui ne sont pas en accord avec eux, On a eu de la chance à la jonction des temps, mais avant j’ai eu un très bon commandant qui n'était pas du tout comme ça, qui pensait avant tout par la base pour aller vers le haut et qui pense vers le haut pour aller vers le bas. Et il applique des directives qui ne sont pas faisables sur le terrain et qui ne collent pas en fait à la réalité de ce qu’est notre terrain. Parce que la réalité de ce qu’est cette compagnie par rapport à une autre a peut-être pas du tout la même. On n’a pas forcément la même sociologie. Le même, la même à la même population générale, de façon sociologique, économique ou politique. Et du coup c’est important de partir de la base, je pense, pour aller vers le haut. Et des fois ça n’a pas toujours été fait parce que quand des gens regardent, elle veut que ce soit appliqué comme elle est le décide. Et du coup, si on veut avoir du grade, si on veut avancer plus vite, il faut appliquer ces choses-là. Et du coup c’est compliqué parce que pareil, on va se tirer dessus entre la compagnie Air et la compagnie B pour essayer, hésitant des fois de faire plus de chiffre. Du coup, imposer aux hommes plus de services pour dire regardez tout ce qu’on a fait, regardez nos statuts, on n’a plus. Parce que les statuts c’est très important, comme en police. La Gendarmerie aussi à des langues. Nous, on a baissé la criminalité, on a fait plus de PV, on a fait plus et du coup bien sûr que si, il y a des guerres d'égo après et la gendarmerie il pourra justifier ça en disant oui mais cette guerre des Gaules permet justement de performer des taux d’autant plus dans la performance.
David Dufresne
Après oui, c’est ça ce qu’on vient de comprendre.
Ex gendarme
Vous êtes dans la performance, dans les chiffres. Ce n’est pas une performance sur la réalité du terrain, sur par exemple le sentiment d’insécurité, parce que c’est ce contre quoi l'État dit qu’il veut lutter. Et ce serait notamment le rôle principal qui serait de lutter contre l’insécurité. Et on essaie pas vraiment de lutter contre l’insécurité. On essaye de lutter pour améliorer les statistiques.
David Dufresne
Ça, vous l’avez senti tout de suite ?
Ex gendarme
Je l’ai ressenti relativement rapidement après une année de gendarmerie.
David Dufresne
Mais concrètement, par exemple, quelles étaient les missions qu’on vous donnait, dont vous avez l’impression qu’elles étaient plus là pour flatter le service, en tout cas lui donner un côté performant plutôt que d'être vraiment dans une forme de lutte contre une forme de criminalité, de délinquance, d’incivilité.
Ex gendarme
Oui, mais par exemple, encore là sur moi, j’ai eu de la chance sur 150 sur les PV, alors il faut essayer de faire pas mal, il y en a et certains selon les commandements, etc. Je me rappelle, j’ai eu de la chance, mais qui n’hésite pas à dire maintenant il faut mettre tant de PV, il ne faut pas hésiter à aller faire de la police route qui est là pour justement remplir nos stades.
David Dufresne
La police, c’est-à -dire.
Ex gendarme
La police, coûte, c’est-à -dire faire le radar ou mettre des procès-verbaux parce qu’il a grillé un stop ou autre un feu. Et des fois c’est sûr, parce que moi ce qui me gêne, ce n’est pas qu’on en fasse parce que ça peut être utile, pourquoi pas, mais sur des axes qui sont accidentogènes, alors que là c'était pas le cas. Il faut faire des stat, on s’en fiche que ce ne soit pas forcément un axe où il y a beaucoup d’accidents, il y a beaucoup de soucis ou si les gens dépassent un peu la vitesse, il n’y a pas de problème. Il faut faire un peu de chiffre, il faut mettre des PV. Et ça, ça, c’est quelque chose pour laquelle personnellement je suis totalement contre. Je ne vois pas l’utilité, c’est pas comme si on allait vraiment et des citoyens en plus, ça peut casser justement l’esprit du bien-fondé de la gendarmerie. C’est que les gens ils ont l’impression qu’on est que dans la répression, on n’est pas dans la prévention, on n’est pas là pour les aider en fait. Et du coup, ça, ça va casser le rapport humain qu’on va créer avec eux, avec nos habitants. Et ça, c’est négatif. Après, il y a d’autres choses sur lesquelles c’est par exemple tout ce qu’ils ont sorti et tous les écrits sur le rapport avec les élus. C’est un sujet qui est très important et déjà GN ces derniers temps, c’est voilà, il faut bien vivre, on est un peu des fois sous commandement des élus locaux, ça il ne faut pas hésiter à aller flatter l’ego à du coup à vraiment entretenir un discours avec eux, à être proche d’eux. Et ça c’est très chiant parce que des fois, les élus locaux, ils ne comprennent pas bien ce qu’on fait et notamment comme on est un service de l’Etat, on devrait avoir une échelle qui est un peu plus globale que juste des petites guerres politiques.
David Dufresne
Et c’est-à -dire c’est l'élu local qui dit Bon, aller à l’IME, surveiller le stade à la fin du match, c’est des choses comme ça.
Ex gendarme
Ou ça, par exemple, ça peut être sur des événements où ils font, je ne sais pas, un mini événement manifestation, je ne sais pas, ou produits du terroir où ils vont vendre trois pots de pâté et quatre pots de miel et où on doit envoyer deux gendarmes pour sécuriser. Ça c’est totalement rien et c’est gaspiller de l’argent public. Ou ça peut être à ici. Et un habitant qui s’est plaint parce que sur le rond-point, ils trouvent que les gens ils ont roulé un petit peu vite alors que alors que c’est faux et que c’est juste qu’ils supportent pas le bruit et que ce n’est pas notre faute si sa maison est mal isolée à côté du rond-point. Et ouais, c’est des petits sujets comme ça, où des fois les politiques, parce qu’ils veulent être élus, parce qu’ils veulent une voix, ils veulent montrer qu’ils sont utiles sur le terrain. Donc il faut fermer un axe où il faut suivre un convoi alors que clairement on n’a pas besoin de nous. Quoi, On est, on est là juste pour, pour leur faire plaisir, pas pour satisfaire l'égo, lui faire dire regardez, on est là,attention en gendarmerie, mais c’est du gaspillage en plus qui ça sert à rien ? Ça c’est permanent parce qu’on perd du temps. On pourrait faire des choses utiles, on pourrait faire un peu plus de police judiciaire. Et non, il faut qu’on soit toujours là pour les élus. En même temps, oui, il y a démocratie tout ça
David Dufresne
Vous vous demandez, vous dites qu' il a parlé de racisme latent. Peut-il donner des exemples précis ?
Ex gendarme
Sur le racisme ?
David Dufresne
Oui sur le racisme.
Ex gendarme
Et comme j’avais, j’avais un collègue qui au demeurant apprécié en dehors de ça, mais qui qui parlait des suédois ? C’est pas sur une expression raciste que si en parlant justement il disait c’est toujours bizarrement, c’est de soi-même, c’est les suédois quoi. Je vous donne pas son vote, je pense que vous l’avez déjà deviné mais voilà, c’est-à -dire ? Et puis si c’est sa condescendance quand c'était des personnes racisées, comment il leur parlait etc. Il ne parlait pas combien de personne on voyait qu’il était, il leur parlait comme si parler un enfant quoi. Comme s’ils étaient-ils n'étaient pas leur couleur de peau, demeurent intellectuellement. Ça est pour les gens. Mais pour les gens, ça devient violent.
David Dufresne
Symboliquement. Bien sûr. Mais dans la patrouille, tu ne peux pas lui dire Tu dis pas ça ? Tu parles pas comme ça.
Ex gendarme
C'était mon gradé. Beaucoup déjà. Oui, déjà il y a la pression du grade qui fait que, en plus, j'étais jeune gendarme. Non, c'était assez compliqué. Donc malgré ça, je. Déjà. Ah ouais, j’ai eu des choses. Ça encore, c’est quand t’es gentil Pierre que ça va, Mais encore que ça aille. Je trouve que justement Unité qui était plutôt bien, mais. Mais qu’est-ce que dire ? Mais non, non, je ne pouvais pas. Je ne veux vraiment rien lui dire !. On pouvait en discuter parce qu’il savait que son ancienne collègue En plus, il savait très bien que mes opinions politiques ne collaient pas avec l’institution et que j’avais déjà dans l’esprit qu’on pourrait dire contestataire. Et du coup je pouvais le dire, mais en parlant de statistiques, en lui disant que si, il y a plus de suédois comme il dit chez nous, c’est peut-être aussi parce qu’on contrôle moins de blancs. Du coup, il y a un facteur qui est aussi dû à nous que c’est les populations. Parce que moi je parle beaucoup par le prisme de la classe, que ces populations qui sont en général popularisées, que c’est plutôt la misère qui les conduit à ces comportements déviants plus que inhérents à leur ethnie ou à leur ou à leur race. Et voilà. Mais même si on pouvait en discuter avec lui parce que moi j’en discutais, ce n'était pas dans le prix. Mais on ne peut pas dire ça.
David Dufresne
Si je peux me permettre, il n’y a qu’une seule race, c’est la race humaine.
Ex gendarme
Oui, mais leur race dans le sens où Je sais bien, les Races tu dis non, mais dans le système américain,.
David Dufresne
C’est un système américain
Ex gendarme
Je vous conseille un livre sur la discrimination qui est sorti. Quand on parle de race, c’est juste pour simplifier. La race n’existe pas effectivement, mais c’est pour eux. C’est la simplification linguistique pour justement faire des différenciations sur la couleur de peau.
David Dufresne
Mais on va vous dire par exemple, ce matin, quand j’ai annoncé sur Twitter votre venue, il y a j’imagine enfin je sais pas, j’imagine quelqu’un qui disait avoir passé 25 ans en gendarmerie et qui vous a accusé d’avance d’exagérer et finalement qui répétait ce qui est toujours dit, c’est à dire la gendarmerie, ne fait que refléter l'état de la police, de la population. Je sens que dans le Tchad, il y a tout un tas de pseudos qu’on ne connaît pas. D’anciens collègues à vous. Voilà qui qui semble un peu énervé par votre, votre témoignage, ce qui. Ce qui le rend d’autant plus, d’autant plus intéressant je trouve, puisque l’idée c’est d’essayer de comprendre, pas de s’engueuler, c’est d’essayer de comprendre. Donc moi je salue votre de votre courage, mais faites quand même gaffe aux prénoms et tout ça. Mais je vous le redis, je vous l’ai déjà dit, même si effectivement les jeux sont faits de façon vous n'êtes plus gendarme. Et la gendarmerie, c’est qui vous êtes ? Bon voilà, ça les choses sont claires, donc c’est pas la peine de passer trop de temps là-dessus. Mais ce que je voulais vous demander, c’est est ce que euh. Est-ce que selon vous c’est le système gendarme, le système ministère de l’Intérieur qui amène ce genre de propos raciste, ce genre d’attitude raciste, ou est-ce que c’est inhérent à notre société ?
Ex gendarme
C’est plus global, oui, effectivement, il y a une part qui est inhérente à notre société. C’est une partie vraie, mais c’est une partie de l’iceberg, C’est pas la totalité, la réponse à la question. Par notre façon de travailler, par les publics qu’on rencontre, ça va renforcer un sentiment qui est déjà là. C’est ce qu’on appelle le système d’activation et de désactivation de valeur, parce que ça va activer d’autant plus des valeurs xénophobes et des valeurs racistes, parce qu’effectivement on va être c’est une réalité, on va être plus en contact avec des populations racisées, avec des personnes de couleur et du coup ils vont par simplification de la pensée, ils vont se dire c’est toujours les mêmes personnes vont être du coup effectivement sans comprendre qu’en fait c’est parce qu’on en a déjà un, je dirais un système raciste qu’on a déjà, voilà qu’on a des préjugés qui sont déjà racistes à l’intérieur de nous. Et du coup, en fait, ils vont par leur pratique policière, renforcée d’autant plus leurs préconditions racistes en fait, parce qu’ils vont effectivement plus contrôler des personnes racisées Et ce qui est important aussi c’est du coup je parlais tout à l’heure de la classe et c’est aussi des gens qu’on va contrer plus des gens pauvres en fait, en général plus des classes populaires. Parce qu’un véhicule, pourquoi on va contrôler un véhicule ? On va contre les véhicules parce que les parents sont en mauvais état, parce qu’on a l’impression que le contrôle technique n’est pas à jour, parce que c’est une vieille voiture et on dit bon voilà. Et du coup, et pareil, qui on va contrôler qui on contrôle ? Même La plupart c’est des jeunes racisés, la plupart des gens, si on est une personne qui gère assez, je crois qu’une étude c’est sept fois plus de chances d'être contrôlé. Je crois que c’est ça. Et ça m'étonne pas parce que moi, dans mon métier, quand on fait un contrôle de police route et pas mal de collègues, quand ils regardent et qu’ils arrêtent un véhicule, c’est écrit à l’intérieur. Ce véhicule, c'était des jeunes racisés et du coup un contrôle. Forcément, si on contrôle, c’est si on contrôle plus ces gens-là, on a plus de chances de trouver des choses à leur reprocher. C’est tout à fait logique et du coup ça renforce. Du coup, notre pratique policière renforce les préjugés racistes. L’institution est en elle-même un système. C’est une part de la société et une grande part aussi due à nos pratiques.
David Dufresne
Là je dis clip à Euryale ça veut dire qu’on va prendre cet extrait. Dans le chat, on salue votre présence, il nous dit qu’exacerber le racisme qui est en eux, en. Il résume Est ce que ce que vous venez de dire dans votre dans votre lettre pour Mediapart ? Vous évoquez évidemment la question du maintien de l’ordre et on pourrait dire des gilets jaunes. Même si vous arrivez après la bataille, nous, policiers, écrivez-vous. Nous, policiers et gendarmes, participons à la criminalisation des classes populaires. Nous sommes le fameux, entre guillemets, bras de la justice face au vol à l'étalage pour se nourrir. Nous sommes aussi les gardiens de l’ordre. Vous écrivez républicain entre guillemets, censé répondre face aux mouvements sociaux qui troublerait la République par ses velléités démocratiques. Pourquoi vous mettez républicain entre guillemets ?
Ex gendarme
Qu’est-ce que la République ? C’est une question. Quand on voit que l’arc républicain par exemple actuellement c’est jusqu’au FN et par contre c’est pas Mélenchon, c’est une certaine idée de la République qui n’est pas la mienne. En tout cas personnellement je veux plus d' idée qui soit, la république sociale. Et du coup, le « républicain » c’est parce que c’est une certaine idée de la République, c’est une certaine idée de l’absolutisme républicain de la cinquième République. Et du coup, c’est pour ça que. Pour moi, on est plus dans une protection de l’ordre fasciste que de l’ordre républicain actuellement par la forme qu’a notre République.
David Dufresne
Vous avez servi de bras armé contre les pauvres.
Ex gendarme
Malheureusement, des cons, des gendarmes en moins. J’ai eu de la chance parce qu’on parle aussi de moi. Je n'étais pas en bande sonore. Ce n’est pas du tout ma spécialité et loin de là. Mon but est de m’aventurer dessus, à part quelques études sociologiques sur le sujet et connaître des gens qui effectivement en ont fait leur métier, je n’ai jamais vu moi-même. C’est vraiment du maintien de l’ordre, à part regarder le Tour de France, on appelle ça du maintien de l’ordre, mais je ne pense pas que ça compte. Même à l' école, j’ai été très peu formé là-dessus. J’ai dû tenir le bouclier une fois pour rien et c’est tout. Ce n’est pas du tout ma spécialité. Et du coup, pour revenir sur la question.
David Dufresne
Alors ça, par exemple, c’est un grand distinguo entre la police et la gendarmerie, c’est que ceux qui sont censés faire du maintien de l’ordre en gendarmerie, ça n’est que la gendarmerie mobile, là où la police, c’est à peu près tous les services qui se retrouvent.
Ex gendarme
Non, bien après. Non parce qu’en police c’est pareil, c’est les CRS qui font, après il y a des unités périmées, etc. Mais surtout, en police gendarmerie, on a normalement une base, on est plus formé ça normalement. Moi c’est parce que j’ai une formation continue. On a quand même une base assez large. On va aussi au centre d’entraînement, là, c’est assez à Saint-Astier, en Dordogne.
Ex gendarme
C’est ça, en pleine Dordogne, Centre national d’entraînement, les forces je sais pas quoi qui est connu au niveau européen et du coup.
David Dufresne
C’est en fait une ville militaire.
Ex gendarme
. Oui, mais je veux dire avec des quartiers on se sert du décor pour des manœuvres et du coup normalement j’en appelle. On passe tous par ces étapes-là, on a tous un minimum de temps, ce qui n’est pas le cas en police en tout cas. Je m’avance peut être un peu trop, mais pour moi, ce que je connais de la police, il n’y a pas de façon de savoir, c’est quand on part dans une unité spécialisée en 25 ans, comme les CRS par exemple, ou d’autres unités un peu plus haut, la Bravais, etc. On apprend vraiment ce métier dans ce cas-là, alors que dans la gendarmerie, on a tous une base nationale et on est tous amenés parce que même si on même quand on est en départementale, c’est quand même dit Moi j’ai toujours eu ça, j’ai toujours dit que j’en ferais pas et que c’est pour ça que j’ai aussi démissionné avant les JO. J’ai toujours dit que je ne ferai pas de maintien de l’ordre parce que ce n’est pas mon métier et que je n’ai pas envie de faire ça. Mais normalement on est tous formés au maintien de l’ordre et même et du coup, même en départemental, on est amené à faire du maintien de l’ordre sur des manifs locales, etc. Si ça m’est arrivé une fois de garder un truc de terre, mais va le faire parce que c’est la merde, juste garder le terrain. Mais normalement il y a des endroits où effectivement on est amené aussi en départemental, notamment dans des campagnes, à pouvoir faire du maintien de l’ordre sur des manifestations. Et du coup maintenant tout le monde est formé en dehors de la gendarmerie.
David Dufresne
La gendarmerie c’est toujours vécu comme le modèle d’excellence en maintien de l’ordre. Quand ? Quand ? Quand on voit par exemple ce qui a pu se passer à Sainte Soline, on pousse. Mais est-ce que par exemple ça, vous le sentez ? Est-ce que vous entendiez des discours ou pas du tout sûr pas sur certains solides, mais sur les gendarmes mobiles, c’est quand même autre chose que les flics.
Ex gendarme
Oui, ça c’est sûr. Déjà, dès l'école, on nous apprend que nous, on est un peu plus professionnel et qu’on a fait un peu plus attention à ce qu’on fait, qu’il y a un cadre légal spécifique où par exemple, on va taper un petit peu sur parce que ça nous arrive régulièrement, à moins de taper sur la maison d’en face, il ne faut pas, si on peut les critiquer et envoyer un petit pied qu’on le fait, hein. Et du coup on y va, on dit oui, voilà. Quentin Par exemple, euh, prenez un exemple. Nos instructeurs, c’est des gens qui avaient fait du maintien de l’ordre ici et ils prenaient exemple d’eux. Quand un commissaire vous donne un ordre illégal, c’est pas obligé de l’accepter, même s’il est l’autorité compétente. Si c’est illégal, c’est illégal, sinon ce sera vous le responsable. Et du coup, il a donné l’exemple de chez Peugeot. Je crois que c’est en Corse où un commissaire leur avait demandé de tirer contre une foule qui lui apparaissait comme menaçante, mais qui ne savait pas, qui n’attaquait pas, qui était encore en vie. Je faisais dans la face.
David Dufresne
Je ne voudrais pas dire de bêtise, mais je crois qu'à Nice, Geneviève Le Guet, c’est ce qui s’est passé il me semble que les gendarmes n’ont pas voulu obéir aux ordres du policier qui a blessé Geneviève, me semble t- il.
Ex gendarme
Il. Mais la mémoire, c'était un autre cas de société, c’est sûr, mais en tout cas, ils ont refusé de tirer. Ils ont dit Ouais, les pédés, ils ont dit non. En fait, le cadre légal n’est pas respecté. Et c’est un exemple qui est sorti. C’est quand on a un cadre spécifique. Et voilà, on est militaire, on a un cadre, on doit respecter même l’ordre républicain. Le cadre est très important. Puis ils sont arrivés en gendarmerie et font un peu plus qu’en police, un peu plus.
David Dufresne
Et quand vous dites que la police qu’il est de bon ton de se moquer de la police, ça se matérialise comment ?
Ex gendarme
On peut et quand on reçoit un dossier de la police et là on peut compter les fautes d’orthographe quand même. Non mais il faut. J’ai reçu des torchons, des plaintes. La plainte fait trois lignes. Comment ? Comment traiter un dossier alors que la plainte est en police judiciaire ? C’est la base, c’est le fondamental. C’est là où il y a l'élément qui va permettre de lancer l’enquête du coup. C’est à dire que c’est en général, c’est notre saisine. Du coup, si la saisine n’est pas bonne, tout ce qui en découle va tomber à l’eau. Du coup, c’est très important d’avoir une bonne plainte. Il est fort en police, il se faisait pas chier que je me suis dit oui, trois lignes pour une plainte où il n’y a rien, il n’y a pas d'élément. On ne sait pas ce qui s’est passé. On ne comprend pas en fait. Je me dis que le procureur a encore moins de temps que nous. Qui va devoir lire derrière. Avec une saisine pareille, je sais très bien, le dossier est fini, fini la poubelle ou pourquoi je vais me faire chier à chercher des trucs alors que je sais très bien que c’est déjà mort Ou sinon que reconvoquer la victime, ce qui peut arriver des fois selon les dossiers, notamment quand c’est une histoire de viol et que c’est des trucs un peu plus graves, là on pu reconvoquer la victime. C’est déjà arrivé. Je sais que des collègues l’ont fait et du coup on va creuser un petit peu, on va faire des choses plus carrées. Et c’est vrai qu’en général, je trouve quand même cas de mon vécu à moi, mais après ils vont jeter un œil. En tout cas, on était beaucoup plus carré sur la police judiciaire, on cherchait beaucoup plus. Après aussi on avait, on avait plus le temps et du coup les critiques sur la police, c'était ça. C’est déjà la police judiciaire, Ils sont fâchés, ensuite ils parlent mal aux gens. Et ça, c’est vrai que, en général, ça revient très souvent. Même quand on parle aux administrés, même quand on a des gens. Parce que même si mes collègues avaient des propos racistes, etc. En tout cas, ils ne l'étonnent jamais devant les gens et je les ai jamais vus et ça simplement avoir des gestes déplacés devant les gens. En tout cas c'était ce n’est pas dit directement des fois oui, qui peut avoir le ton paternaliste, etc. Une façon de parler qui était déjà un peu dérangeante, mais ce n'était pas comment. Ici, ils ne parlaient pas comme des chiens, ils étaient toujours respectueux. Le vouvoiement est quand même globalement de mise. C’est très rare qu’on tutoie quand on est gendarme. Alors quand la police, je le vois souvent, ils tuent. C’est des cow boys, ils parlent aux gens comme si c'était des chiens. Ça c’est et surtout nous. Comme il y avait quand même des banlieues pas très loin, etc. A chaque fois qu’on avait des gens en garde à vue qui venaient de ces cités populaires, ils disaient ben disons que je préfère toujours être contrôlé par la gendarmerie parce que vous êtes carré. Et puis vous parlez bien aux gens. En fait, vous nous traitez comme des êtres humains. Et ça, ça arrivait régulièrement comme discours.
David Dufresne
Vous avez parlé des viols ? Comment le gendarme que vous étiez vous voyez ses collègues concernant les dépôts de plainte des femmes. On sait que c’est un point noir en police par exemple, où il y a une incapacité pour la police à prendre la mesure des choses. Est-ce qu’en gendarmerie, c’est la même chose ? Est-ce qu’en gendarmerie on laisse ça aux femmes gendarmes Parce que c’est des histoires de bonnes femmes comme on peut l’entendre en police ?
Ex gendarme
Non, globalement en tout cas, moi ce que j’ai vu après un c’est une unité, un ça reprendre pas toute la vallée, mais c’est quand même assez respectueux. Et le viol, c’est une question grave. Alors après, sur des agressions, des choses qui sont un peu plus mineures, ce n'était pas encore toujours très bien construit. Mais en tout cas sur le viol, bon, il y avait quand même parfois des discours sur on aura quand même pu déposer plainte avant ou des choses en genre, mais, mais voilà. Ou bien et ça c’est un viol, mais ça n’a rien donné. Et c’est triste parce que là aussi, c’est là où nous, policiers ou gendarmes, on se sent un peu, voilà, dépourvu de pouvoir parce qu’on sait très bien qu’effectivement la parole des victimes est importante et ce qu’elle dit, c’est surement vrai, mais en même temps, on sait très bien que la justice, comme on va manquer de preuves parce que dépose plainte quinze ou 20 ans après et dans la justice qui va classer sans suite et elle va pas se faire chier parce qu’elle aura pas assez d'éléments C’est à dire que oui, on va placer le mec en garde à vue, on va faire la procédure, mais on sait qu’elle va finir à poil et c’est ça qui est triste. Et j’ai beaucoup de collègues qui se sentent vraiment concernés par ces questions je trouve, étaient plutôt avares qui faisaient attention, et ceux qui étaient intéressés par ces sujets là et qui n’en voyaient pas forcément les femmes. Il y a des collègues, oui, il y a des collègues qui nous éclairent ou qui n’avaient en tout cas, et qui plutôt bien qu’il voyaient qu’il n’avait pas les capacités à traiter ces sujets là et du coup renvoyés à d’autres gens qui étaient plus compétents, ce qui n’est pas forcément le plus mal. Et même si des fois c'était pour se débarrasser parce qu’il avait la flemme aussi. Mais du coup c’est plus soit le traitement judiciaire derrière qui était un petit peu triste parce que le régime de la preuve qui est important, il ne faut pas non plus le renier, fait que c'était compliqué que la victime soit vraiment entendue de façon judiciaire. Vous pouvez recueillir sa parole, vous pouvez essayer de la soulager, discuter avec elle.
David Dufresne
Quand vous arrivez, vous êtes gendarme. Donc il y avait, si je vous avais bien écouté il y a une heure, au début, il y avait cette idée, un peu de détective. Est-ce que quand vous arrivez, vous vous trouvez que les gendarmes ont des moyens incroyables pour enquêter, pour savoir qui, qui fait quoi, qui est qui, où ça reste le bordel ? Où est où ? De la surveillance ? En gros la surveillance..
Ex gendarme
Bon là quand même. En tout cas, on a pas mal avec, surtout de nos jours de plus en plus avec le code de procédure pénale. On a pas mal de méthodes d’enquêtes. Voilà, c’est élargi. Et puis la recherche en sorcellerie, n’importe qui. Sur Internet, on trouve énormément d'éléments sur les gens. Les gens y passent pas leurs traces, ils ne s’y connaissent pas. C’est très facile de retrouver des gens globalement, même sans avoir tous les outils de l’enquête judiciaire. Niveau nom, niveau outils, on est quand même plutôt pas trop mal avec les réquisitions qui signé la cave réquisition ici, réquisitionner ça. On peut quand même récupérer pas mal de choses sur les gens et avoir un état d’esprit global d’une personne. Globalement, ça allait. Le problème, ce n'était pas tant les outils que d’avoir le temps de bien faire l’enquête judiciaire. Et ça c’est le problème et ça devient physique. J’ai beaucoup de collègues qui sont en colère sur ça et c’est une triste réalité. Mais on nous laisse de moins en moins de temps de bien enquêter parce que ce qu’on veut et la priorité actuellement, c’est de faire de la prison, de faire du bleu sur terrain, de montrer qu’on est là pour essayer de lutter contre le sentiment d’insécurité, etc. C’est d'être dans la rue.
David Dufresne
Donc ça, c’est même osé c’est même un ordre présidentiel
Ex gendarme
C’est des coups sur la main qui des coups sur des gaz et qui découlent sur nous. Et du coup on a l’impression et là je pense que je peux parler pour la profession, que c'était pour ça aussi que la PJ a fait la grève en police etc. On a l’impression que la police judiciaire est de plus en plus mise sur le côté et que du coup on ne peut pas faire un travail de qualité. Parce que même si on a les outils, si on n’a pas le temps, ça sert à quoi ? On ne peut pas. Là, une journée, ça va être 4h, on sait pas, on a besoin de dormir, on a besoin de manger, on a besoin aussi de faire d’autres choses que notre boulot. Et du coup c’est compliqué de trouver le temps de vraiment bien enquêter et de faire des bonnes choses. Et c’est plus la priorité actuellement en fait, au sein des forces de l’ordre, ce qui est un petit peu triste, c’est ce qui est la base du métier d’origine. Et c’est pour ça que s’il y a beaucoup de démission en gendarmerie, c’est ça, c’est qu’il y a un nouveau paradigme qui s’est créé au sein de nos forces de l’ordre et c’est celui de créer de la présence, mais sans s’en revenir à ce qui était avant le jour d’avant, puisque la force de la gendarmerie, en tout cas celle légendaire, après avoir si elle est plus ou moins réelle. Mais quand même, dans les années 60-70, c'était celle d’après, c'était Louis de Funès, celle de Crécy, celle en tout cas, oui, c’est celle qui allait au bistrot, qui allait voir son coup, etc. Mais en tout cas qui connaissait sa population. De nos jours, on a tendance, et c’est une tendance qui a été prouvée sur les événements, à judiciariser en fait les choses. C’est-à -dire que pendant avant un conflit de voisinage, etc. Le gendarme, il y allait, il faisait de la médiation, il discutait et puis régler ça, le problème où il y avait un problème, voilà, ouais, je sais pas, entre le maire et un administré, etc. Les gendarmes isolés et puis arrange ça entre eux et puis c'était réglé quoi. Alors que de nos jours il va y avoir un dépôt de plainte, on va faire toute une enquête, etc. Qui va, qui va mener à rien, qui sont pour des choses inutiles. Et on ne connaît plus sa population, on ne connaît pas les gens en fait, on ne connaît pas nos administrés. Et ça c’est un problème pour lutter contre le sentiment d’insécurité. Donc faire les gens que les gens connaissent, ces gens, mais que nous, on connaissait aux administrés, pouvoir plus ou moins pouvoir gérer la sécurité en fait finalement, c’est gérer l’ordre local. Et pour ça, il faut une véritable police de proximité. Et là, en fait, c’est ce que veut faire la DGM créer une police de proximité, en tout cas être plus proche des gens mais sans y mettre moins et sans mettre un vrai paradigme pour changer les choses. Parce que se balader en véhicule bleu et faire des tours, ça ne change rien. Et puis la population aussi a changé. De nos jours, les gens y sont beaucoup plus je trouve. En tout cas, renfermé sur la sphère privée, il y a beaucoup moins de sphères domestiques, on voit plus, il y a plus trois bars dans les petits villages, etc. Il y a plus, c’est ces commerces de proximité là et du coup il n’y a plus de lien de solidarité locale. Et en fait c’est tout ça qu’il faut chercher à reconstruire. Du coup, une politique qui soit plus globale que par la sécurité si on veut recréer un sentiment d’apaisement et de vivre ensemble, en fait normalement. Le but pour moi, la gendarmerie, c’est avant tout un métier de prévention et de médiation entre les gens et assurer la bonne cohésion sociale. En fait, c’est ça le vrai métier de gendarme.
David Dufresne
Je me mets par là pour vous inciter à ne pas tourner votre visage. C’est pour vous que je fais ça. Donc là, on ne voit plus du tout votre voix, plus que votre nuque, mais c’est parfait, C’est. Et surtout on vous écoute là. Récemment, on a entendu Gérald Darmanin et Macron annoncer la réouverture d’un certain nombre de brigades justement dans des dans des villages, dans des 211. En fait, toutes ces brigades ont été fermées ces dernières années. Et donc on va remettre là où il y avait déjà des choses. Est-ce que vous pensez que ça peut modifier des choses comme vous auriez voulu que ça le fasse ou c’est ce sera la même chose puisque de toute façon la mission n’est pas selon vous n’est pas la bonne.
Ex gendarme
Déjà, malgré ça, il y a quand même il y a assez de contestations au sein de la gendarmerie dessus, notamment sur ces brigades mobiles où les gendarmes vous voyagez en caravane pour aller de petits villages en petits villages où les gendarmes trouvent que c’est une aberration et une idiotie Quand ? De faire ça parce qu’il y a de plus en plus ce mouvement de. Et je peux comprendre que ce soit énervant et c’est compliqué à trouver le juste milieu ou c’est plus les gens qui doivent se déplacer. La gendarmerie c’est les gendarmes qui doivent se déplacer au domicile des gens et on numérise de plus en plus. Tout passe par la tête. C’est ce qu’on appelle la numérisation de la procédure judiciaire aussi. C'était un bordel monstre qui a été très mal préparé. Et du coup, à part nous fait perdre du temps. Ça n’a pas servi à grand-chose pour le moment. Parce qu’il faut que.
David Dufresne
Des logiciels qui ont coûté un bras et confiés à des conseillers, à des cabinets conseil, on les a grassement payés.
Ex gendarme
Et puis après, il faut voir aussi comment la justice, le ministère de la justice, les mecs sont encore sous Windows XP à Clermont. Leur PC c’est leur logiciel Cassiopée. Il faut voir ce que c’est sinon. Mais ça, ça 120 ans de retard quand clairement, cette numérisation aurait dû être lancée bien avant. On a beaucoup de retard. Et là, le problème, c’est qu’ils ont voulu précipiter les choses. Sauf que quand on se précipite, on fait mal les choses et du coup, clairement, ça fait perdre énormément de temps et ça n’a pas, ça n’a pas fait avancer le schmilblick.
David Dufresne
Ce qui est étrange dans cet entretien on va dire, c’est qu'à la fois je ne mets pas en doute votre sincérité de dépit, de dégoût. Et en fait, il y a aussi quelque chose de performatif, c’est à dire que vous aimeriez que finalement la gendarmerie soit meilleure, soit plus performante, soit.
Ex gendarme
Oui, vous voyez.
David Dufresne
Ce que je disais, il y a des espèces d’ambivalence, là.
Ex gendarme
Est ce que j’ai espoir qu’on est qu’on soit comme dans une société meilleure. Alors, autant je rejette un peu la police gendarmerie, j’aurais un autre terme, mais en même temps, c’est important qu’on ait des gens qui ait cette mission, comme je disais, de cohésion sociale, de médiation, ce qu’on appelle plutôt dans le graphisme ce qu’on appelle des juges de paix, en fait, pas des gens qui soient là pour aider les gens à se reconstruire. Et je pense qu’il faut repenser, apprécier la justice et parce que c’est important, si on veut une société qui soit plus juste, plus égalitaire. C’est important de réformer notre police et je pense qu’il faut le faire mais que c’est pas la priorité des gens ou en tout cas on ne va pas dans la bonne direction. Je pense qu’on essaie vraiment de rendre notre police républicaine dont je m’inclus, qui soit sociale. On essaye pas de lutter contre le sentiment d’insécurité parce que c’est important si on a. Certaines valeurs qui sont en tout cas des juges de paix, des gens qui sont là pour essayer de créer du vivre ensemble, de la cohésion, être les représentants, peut-être pas de l'État, mais en tout cas de la communauté en général. Et bien ce serait, je pense que ça pourrait vraiment faire avancer les choses. Je pense que voilà, si on avait des gens qui vont. Penser qu’une réforme, ça suffirait une réforme complète, Non, en fait, est ce que faut repenser toute la police ? Il faut repenser aussi les gens qui sont à l’intérieur de la police ou faut tout changer. C’est à abattre. Mieux vaut abattre le château de cartes pour en refaire un nouveau un sinon.
David Dufresne
Mais donc c’est quasiment une refondation à laquelle clairement, je pense.
Ex gendarme
, il faut changer nous aussi l’héritage du passé colonial, etc. Parce qu’il ne faut pas se mentir, c’est quand même des forces, c’est des forces coloniales. Quand on voit par qui a été fondée la police, d’où vient la gendarmerie, etc. Il faut tout adapter, refonder. Mais je pense que ça a un rôle. Le rôle de gestion de l’ordre, gestion de l’ordre social En tout cas, il est quand même important, il est intéressant pour le vivre ensemble et du coup il faut quand même qu’on ait une instance qui remplit cette mission. Et actuellement, je trouve que malheureusement la police, la gendarmerie ne remplit pas cette mission qui est pourtant au cœur du métier.
David Dufresne
L’abolitionnisme, c’est pas c’est pas votre truc.
Ex gendarme
L’abolition de la police, oui, on a, oui, on a aboli la police, mais on a on a quand même quelque chose. On a quand même besoin de quelque chose qui crée un ordre global. Élisée Reclus disait que l’anarchisme, c’est le plus haut esprit de l’ordre parce que c’est la gestion sociale des uns avec les autres. Et du coup, en fait, le juge de paix, c’est créer la. C’est créer de la médiation entre les gens, c’est réussir à réguler les conflits à l'échelle locale par la discussion. Et je pense que c’est avant tout ça même le voilà, c’est le cœur du métier, c’est, c’est discuter, c’est de parler avec les gens, c’est en fait d'être médiateur.
David Dufresne
Je reviens, je reviens à votre travail, à votre travail d’enquêteur, de police judiciaire, etc. Est-ce que vous avez vu des cas de falsification de faux en écriture publique par dépositaire de l’autorité publique ? Je vous demande pas de cas précis, évidemment, mais je vous demande juste voilà des cas d'école on va dire. Est-ce que vous avez vu ça ? Est-ce que c’est une pratique courante
Ex gendarme
Tout le monde en fait déjà dans le sens ou juste antidaté à un procès-verbal ? Normalement, c’est une fausse écriture. Oui, pourtant tout le monde le fait.
David Dufresne
Parce que pas le temps de faire le PV le soir même.
Ex gendarme
Parce que pas le temps, parce que parce qu’on a plein de choses à gérer et que. Et que des fois on a oublié de faire cette pièce de procédure là, mais on sait qu’on doit la faire et du coup on antidaté pour qu’elle soit placée au bon moment où elle aurait dû être faite. Ou par exemple ça arrive ou c’est le entre le psy qui a interpellé quelqu’un. Sauf qu’il faut un PV d’interpellation qui est clairement jeté à la poubelle, sachant que c’est la saisine. Ce PV d’interpellation, c’est le PV le plus important et le PV Ça va être le plus regardant. Du coup, il faut soit très carré et bien écrit parce qu’il faut justifier les contrôles. On a un cadre calme, même si c’est facile. De plus, c’est facile de dire de justifier un contrôle. Il y a plein d’excuses pour justifier un contrôle, même si c’est faux. Par exemple, je ne sais pas, par exemple sur un contrôle de véhicule, bah on a vu que le conducteur avait un peu les yeux rouges ou on a eu l’impression justement que le contrôle technique n'était pas bon. Je ne sais pas en fait des études comme ça, mais qui justifie les contrôles ? Normalement, on ne peut pas contrôler quelqu’un juste parce qu’on a envie de contrôler quelqu’un, même dans la rue. Mais il y a plein de moyens, par un code de procédure pénale, de trouver des esquisses pour contrôler quelqu’un. Et la question, c’est deux.
David Dufresne
Et puis il y a aussi des circulaires, des procurations. Non, Il y a aussi des choses qui élargissent ou pendant un temps assez long, temps assez long. Oui, mais limiter les.
Ex gendarme
Réquisitions du procureur de la réquisition autorise à contrôler les gens de telle heure, à telle heure sur tel secteur. Oui, mais ça, justement, ça, ça permet de justifier un contrôle sans problème. Mais ça, on en a tous combien ? C’est sûr, c’est sur une ce qu’on appelle une opération, c’est sur quelque chose qui est déjà prévu, une opération, une opération qui est déjà prévue, etc. Mais je ne suis pas sûr, en pleine nuit il contrôle un mec comme ça et finalement il le contrôle. Le stup est positif. A l’origine, tu as rien qui leur permettait de dire qu’il y en a qui dit positif mais ils vont usagers en disant non mais le mec avait les yeux rouges, il était un petit peu hagard, il roulait pas droit par exemple. Voilà, il faisait des zigzags alors que c’est faux, alors c’est faux. Et on sait très bien qu’il a vu avec les fois ce qui se passait à Vitry, Châtillon ou d’autres, etc. Ou le jeune noir qui s’est fait tuer je sais plus quelle commune un petit peu avant Noël. Ben voilà, il justifie on est obligé de justifier les contrôles, du coup on le justifie. Mais c’est la réalité. C'était Angoulême ça. Du coup on justifie les contrôles. Mais c’est pas que c'était la réalité, c’est juste qu’on a besoin pour que le procès-verbal tienne parce qu’on sait que ça va casser la procédure. Eh ben on va trouver des justifications, même si ce n’est pas la réalité. Ça, existe, c’est connu.
David Dufresne
Il y a quelque chose qui m'étonne un tout petit peu. C’est là où vous avez la tête bien faite. Je veux dire de bonnes pensées, etc. Comment avez-vous pu croire que la gendarmerie serait différente de ce que vous êtes en train de nous raconter ? C’est à dire qu'à un moment donné, il y avait une forme de crédulité chez vous. Non, ce n’est pas un reproche.
Ex gendarme
Je comprends très bien, mais en fait, je suis sortie d'études et ça a été compliqué parce qu’en fait mes parents n’ont pas pu. Ma mère n’a pas pu trop m’aider à payer mes études, du coup ça a été compliqué. J’ai un peu dû arrêter avant le terme de ce que je faisais, ce qui était un peu compliqué. Et j’ai besoin de gagner ma vie et je ne sais pas quoi faire. Et du coup, dans les sentiments, les idées et tout ça et j’ai besoin de gagner ma vie. Et du coup la gendarmerie s’est trouvée être la bonne chose. Bon et du coup je pense qu’il y a une partie de moi qui s’est aussi voiler la face sur ce qu'était la réalité de la police, de la gendarmerie. Et il y avait aussi l’espoir, un peu de ouais de rendre le monde meilleur à mon échelle. C’est à dire que moi, mon échelle, parce que quand je parlais, ça m’arrivait d’avoir quelqu’un qui était, qui était transgenre, de venir à l’unité et moi je l’ai bien traité, j’ai pas mal joué. J’ai dû parce que dans son audition de plainte, je l’ai prise sur le bon genre. On m’a obligée à faire un procès-verbal spécifique, un procès-verbal d’investigation pour justifier du pourquoi j’avais bien géré la personne parce que sur sa pièce d’identité, c'était pas c'était écrit encore M et pas F et je pouvais lui faire un autre procès-verbal pour justifier. Mais j’en suis très fière de l’avoir fait. Parce que. Parce que pour moi c’est important d'être accueillant et d'être le plus important ouvert sur ces questions. Et voilà. Et du coup, à mon échelle, j’ai eu l’impression d’aider un petit peu quand j’ai recueilli aussi des victimes de harcèlement ou de violences conjugales, etc. J’ai l’impression que d’avoir écouté les gens, les avoir aidés, d’avoir pris en compte leur parole, c'était peut-être un peu mieux que certains collègues. Et du coup qu'à mon échelle, je peux un petit peu aider les gens. Alors c'était des petits bouts par ci par là, mais j’ai eu l’impression quand même de ne pas avoir été totalement utile et de faire un métier qui était qui était important et qui je pense est important. Mais. Mais après le problème c’est que c'était des simples gouttes d’eau et que l’accumulation a fait que le ras le bol a surpassé dans la balance le fait de pouvoir aider et les gens en fait.
David Dufresne
Vous vous êtes voilé la face ou vous étiez utopiste comme vous dit Monsieur Tortue Un utopiste Grand dieu ! Donc je ne sais pas si les réserves sont de l’utopisme.
Ex gendarme
. Pour moi, l’utopie ce n’est pas l’irréalisable, mais c’est l’irréalisable dans les situations. Un peu comme une chance. Mais en tout cas, moi je pense que je suis toujours quelqu’un d’assez utopique sur pas mal de sujets. En tout cas, on me le dirait sur mes opinions politiques, mais je pense qu’il faut rêver. Je pense que c’est important de garder espoir et. Et oui, des fois on va faire des erreurs, on va faire les choses qui marchent pas, on va se rendre compte que oui effectivement c’est bien, je n’ai pas vraiment aidé. Finalement ça n’a rien changé. En tout cas j’ai essayé et je pense que c’est mieux d’essayer de se tromper et de gagner en expérience et et de mûrir, de grandir intellectuellement par ces expériences là que de rien faire que de rester dans son canapé et de se dire c’est tout, c’est comme ça ou faire l’autruche et se cacher sur les sujets complexes. Je pense que c’est important d’essayer de tenter. Et puis c’est pas grave si on se casse la gueule, on se relève et puis c’est tout.
David Dufresne
qui dit gendarme dit aussi violences policières, même si ça rentre moins dans l’univers, dans l’imaginaire collectif. Beaumont sur Oise, Adama Traoré Si c’est des gendarmes en gendarmerie, est-ce que cette question est posée ? La question non pas de Traoré, mais la question des violences policières.
Ex gendarme
Après, dire moi j'étais vraiment dans un dans un coin très calme. Du coup, on va dire que les violences. J’ai personnellement quatre ans de gendarmerie, j’ai usé une fois de la force et encore c'était juste pour pousser un mec bourré qui était qui devenait un petit peu chiant, qui était un peu trop sur des véhicules, tout ça qu’on allait repousser après on était un mec et le maintenir une fois aussi. Mais à part ça, je ne suis pas policier. En tout cas moi de ce que j’en ai vu et de mes collègues. Mais jamais en tout cas. Déjà quand je voyais mes collègues, ils n'étaient pas prêts à user de la force, ce n'était pas très violent. En tous cas, je préfère éviter l’intervention. C’est beaucoup plus. Mais globalement, je trouve quand même.
David Dufresne
Mais est ce que la question est posée au mess ?
Ex gendarme
Ça aussi.
David Dufresne
C’est ça.
Ex gendarme
Mais il y avait pas le mess. Mais la question des violences policières, notamment quand moi j’ai fait ma formation comme vous, c’est bien parce que vous l’avez couvert et vous êtes quand même pas mal à part la gendarmerie et la police. Du coup, vous revenez dans les discours. Ah bon ? Ils sont assez vindicatifs ? Ah merde, non. Par exemple, raconter, c’est une belle réputation quand même. Et du coup, sur les gilets jaunes, c'était un sujet qui était assez récurrent justement, ces violences, Mais en général, et même quand je le voyais sur ces lignes, c'était dédouaner. C'était dire qu’on disait toujours ce n'était pas de tout, c'était j’ai mis le doigt dessus, c’est la faute des manifestants qui sont violents, il y a les casseurs, etc. Et en fait on se dédouane de notre responsabilité en disant que ce n’est pas nous qui sommes violents. En fait, c’est les autres. Nous, on ne fait que répondre à la violence et même le discours ambiant. Même quand j'étais dans des camps de gendarmerie, c'était ça. Ouais ok, il a perdu un œil même, quitte à faire une petite blague parce qu’il y en a des blagues et il a perdu sa main, Il n’avait qu'à pas prendre pour des cons avec ça. Non, c’est de sa faute et c’est pas grave, pas de chocolat. Il y a des blagues comme ça. Non mais ils sont en vacances ou Voilà, il s’est fait épargner, C’est pas de chance, il avait qu'à pas être là en fait donc il y a une certaine pudeur
David Dufresne
Il y a aucune inflexion et il y a de la compassion..
Ex gendarme
Il n’y a pas c’est l’autre et on maintient l’ordre. C’est un peu ça. L’autre est vu comme un ennemi. Le manifestant n’est pas est un ennemi. Voilà, c’est quelqu’un qui peut agir, qui peut nous attaquer. Et du coup, il faut, il ne faut pas hésiter, si, s’il y a nécessité bien sûr, dans le cadre légal, mais à user des moyens légaux. Du coup, des armes non létales comme le levier qui pourtant tue mais qui est constamment une arme non létale. Voilà, c’est logique. Et en fait, en face de nous, il faut penser qu’on a pas un concitoyen, mais on a, on a un ennemi quoi. Et ça c’est des discours qui sont répétés, rabâchés. En tout cas pas par mes parents, je ne l’ai pas fait, mais en tout cas, de ce que j’ai pu entrevoir en école, on le met dans un mode de configuration qui est bien particulier, un mode qu’on pourrait appeler je pense guerrier. Et du coup on se sent soumise parce qu’on ne reconnaît pas l’autre comme son égal, on ne reconnaît pas l’autre comme on lui donne pas une part de son humanité.
David Dufresne
Est ce que l’ennemi c’est qui sait ? Parce que tout à l’heure on a compris que c'était le sous prolétaire, c'était le PLP le plus la piste, comme vous avez dit, je reprends l’expression est ce que c’est l'étudiant qui manifeste ? Est-ce que c’est le gilet jaune ? Est-ce que c’est tout le monde ? Est-ce que c’est les militants associatifs ? Est-ce que ce sont les journalistes ? Est-ce que ce sont les avocats ? Et quels sont les noms d’oiseaux qui sont donnés les uns aux autres ?
Ex gendarme
C’est tous ceux qui ne rentrent pas, selon eux, dans ce qu’ils appellent le fameux arc républicain. Ça me rassure partiellement de ne pas être dans cet arc républicain, mais je pense que si les gens grondent leur colère dans la rue, même quand c'était les gilets jaunes et que c'était parce que en soi, il ne faut pas oublier que les gendarmes en fait, ils auraient tout intérêt à ce que ces manifestations réussissent vu que le système change parce qu’ils défendent la classe bourgeoise, mais ils ne sont pas eux-mêmes issus de la classe bourgeoise et ils ne profitent pas des privilèges de la classe bourgeoise. Ils ont des miettes et un bon salaire, C’est des miettes pour justement qui conservent cet ordre. Mais ils n’ont pas intérêt à l’intérêt collectif de ces agents. Ce serait justement que ces manifestations gagnent et arrivent à changer le pouvoir et inversent les rapports de domination. Et pourtant. Et pourtant, ils protègent quand même cet ordre-là. Et du coup, il faut les mettre dans un climat particulier parce que sinon ils auraient tendance sûrement à sympathiser, à avoir de l’empathie pour ceux qui sont en face. Et du coup, je pense que pour que le système capitaliste et néo libéral se maintienne, il y a besoin de cette police qui. Qui soit répressive. Si elle ne l’est pas, le système ne tient pas en fait.
David Dufresne
J’ai vachement de mal quand j’entends dans les manifs la police avec nous dit AnaisGraffiti. Je vais vous poser quelques questions du chat maintenant, Je vous remercie beaucoup. Il est 10 h et demie. Je ne sais pas si vous avez encore un peu de temps ou pas.
Ex gendarme
Je suis pas pressé
David Dufresne
Vous êtes pas pressé parfait. Je vous sens un peu fébrile quand même maintenant, non ? Par rapport à votre présence ici, sur votre témoignage.
Ex gendarme
J’ai un petit peu faim d’ailleurs.
David Dufresne
Et ça, je peux vous faire un café, c’est tout ce que je peux. Je remonte les questions remontées par Pauline. Florent que je salue, et dont le livre est ici Global Police, la BD du moment absolument passionnante. vous demande est ce que vous pensez vous être « radicalisé » par votre passage en armurerie en gendarmerie ? Et qu’en est-il des autres.
Ex gendarme
Des autres ?
David Dufresne
Oui, j’ajouterai vos autres collègues qui quittent la gendarmerie parce que vous avez parlé de ça tout à l’heure. Et ça, c’est un phénomène très fort en police et aussi en gendarmerie. Si il y a en effet énormément de démissions, en partie parce que certains rejoignent les polices municipales qui payent mieux, on est tranquille, plus de tranquillité, on est au soleil. Mais vous déjà ? Est-ce que vous vous êtes radicalisés en caserne ? D’après vous, pourquoi ils quittent la gendarmerie.
Ex gendarme
Oui, comme vous voulez, Comme tout à l’heure.. Non je me suis radicalisé. Y a pas que ça qui m’a vraiment radicalisé. C’est plus une rencontre, c’est la rencontre. Je parle ici d’un vieux sage anarchiste avec qui, avec qui j’ai discuté, qui m’a fait découvrir ce mouvement-là, et notamment Kropotkine et c’est ça qui m’a qui m’a vraiment radicalisé. Ouais, dans une librairie, y en a quelque part n’y avait pas exactement où, mais d’accord. Et c’est ça, c’est par la discussion. Moi qui étais communiste, qui ai découvert les milieux anars que je connaissais pas du tout et qui par mes lectures me suis radicalisé, mais ce n’est pas mon métier, c’est pas le gendarme que je me suis radicalisé en tout cas. Et ensuite, pour mes collègues qui démissionnent, c’est parce qu’effectivement on leur propose mieux en police municipale, parce que du coup il y a il y a un fort retour à la municipalisation des polices qui était déjà au XIXᵉ siècle et au XXᵉ siècle justement, on a eu une étatisation, notamment après la seconde guerre mondiale des polices. Et du coup, comme l’Etat essaye de plus en plus de réduire ses coûts et déléguer ça aux territoires, il y a de plus en plus un recul de la police étatique pour les polices locales. Du coup, il y a ça déjà de meilleurs salaires, moins d’heures de travail, plus de tranquillité et puis des missions qui sont moins compliquées puisqu' il y a plus de police judiciaire. Globalement, c’est juste se promener, mettre des PV et discuter avec les gens. Du coup, forcément, c’est beaucoup plus simple que des gendarmes. Et ensuite, il y a le tout ce mécontentement sur les mutations de la gendarmerie corrigé par le fait que on n’a plus le temps pour faire la police judiciaire qu’on nous demande d'être sur le terrain et de tourner. Les gens ne sont pas forcément engagés pour ça et ça, il y a un ras le bol là-dessus qui était assez fort et qui est aussi, je pense, une forte contestation sur le fait de ne pas être écouté parce que c’est une autre société quand même, et je pense qu’elle est peut-être un peu plus démocratique que ce qu’elle a pu avoir. Et du coup, les gens qui voient qu’ils ne sont pas écoutés et qu’on a l’impression que les décisions sont prises par le haut, sont sans prendre en compte le bas. Mais tout ça, ça crée qu’il y a un mécontentement général et l’individuation aussi. L’individualisation de la gendarmerie, c’est aussi un facteur parce que justement il y a plus, il y a plus tout ce côté corps. Qu’il y ait laissé l’audition des solidarités entre les individus. Et du coup, ils sont beaucoup plus à même de pouvoir partir, c’est-à -dire à faire autre chose. Et après c’est aussi dû, il ne faut pas l’oublier, ça doit être important dû à notre génération qui est une génération qui a beaucoup plus de mobilité professionnelle et qui n’hésite pas du coup à. Alors qu’avant on sentait un métier, on disait c'était pour la vieille, on est gendarme un jour, on est gendarme, toujours.
David Dufresne
il y en a beaucoup. Alors ça c’est pour les pubs.
Ex gendarme
Mais ils disaient ben non, ils vont dire non, j’en ai marre. En fait, ça me saoule parce que je fais beaucoup d’heures, parce que je n’ai pas de vie sociale, parce que je suis en caserne, etc. Parce que toutes ces contraintes-là, elles pèsent assez lourdes. Et je pense surtout qu’on est sur une société de plus en plus individualisée qui cherche d’autres choses. Et du coup les gens se disent bah non, si je ne sais pas, je vais trouver un autre métier, je vais faire autre chose et puis c’est tout. Et du coup, oui, c’est plein de facteurs qui sont internes à la gendarmerie et aussi en partie les sociétés qui font qu’on est en pleine mutation de toute façon sur le plan professionnel. Et du coup la gendarmerie est aussi touchée par ce phénomène.
David Dufresne
Voilà, buvez votre petit café pendant que je vous pose une autre question et je vais m’en faire un autre. J’ai pas de sucre, enfin sans sucre, c’est mieux reçu que la gendarmerie ici.
Ex gendarme
Bon mais dépend des fois on fait casser du sucre.
David Dufresne
Mais ça dépend des gens. Ça c’est pour faire parler les gens.
Ex gendarme
Alors pas toujours. Des fois on peut être gentil, ça dépend même des personnes.
David Dufresne
Lila Ducret vous demande est ce qu’il y a le même phénomène de suicides que dans la police ?
Ex gendarme
Alors j’ai pas les chiffres, je peux pas vous dire exactement. Il y a aussi des suicides chez nous, ça c’est sûr, et on en parle beaucoup. Après j’ai l’impression aussi, sans être méchant avec la profession, qu’on est très. En tout cas dans la police, c'était un peu mon genre, mais très dans la victimisation. Et à chaque fois c’est un peu très manichéen. C’est nous les gentils contre les méchants manifestants, contre les méchants criminels. Le métier lourd du suicide, je pense, c’est oui, le métier dur et c’est sûr que ça compte en partie. Mais je rappelle quand même que le métier de policier est beaucoup moins dangereux que de travailler sur un chantier. Je rappelle que le métier qui tue le plus au monde, je crois que c’est bûcheron. Bah oui, il y a des suicides, mais je trouve qu’en gendarmerie c’est pas non plus. Il faut arrêter, Il faut arrêter de se victimiser et de dire que c’est le métier le plus dangereux, que c’est le plus difficile, etc. Il y a plein de métiers qui sont beaucoup plus dangereux, des métiers d’ouvriers qui tuent beaucoup plus que le métier de policier. Et ça et ça, on l’oublie. Les médias sur médiatisent justement des cas ce genre d’incidents. Et je sais pas, j’ai pas les chiffres pour savoir si on est, si on a beaucoup plus de suicides que d’autres professions etc. Je pense que si notre société néolibérale etc. Qui perd cette solidarité et du coup qui aussi provoque au suicide. Ouais, il y a plus, beaucoup plus d’anomie qu’avant. Et du coup non, je peux, je ne sais pas, je ne pourrais pas dire parce que j’ai pas les chiffres. Je ne sais pas si c’est dû totalement assisté ou si c’est un phénomène global qui est logique parce qu’on est dans une époque qui est plutôt déprimante je trouve. Ou aussi si c’est le métier qui veut ça, c’est un métier compliqué, mais je pense que je pense qu’on exagère un petit peu trop là-dessus.
David Dufresne
Est ce qu’il y a à ajouter ? Est ce qu’il y a aussi un phénomène de harcèlement au sein de la gendarmerie ou pas ? Harcèlement moral et autre ?
Ex gendarme
On rêve comme partout. Je sais pas que je l’ai vécu non plus. Ça a été. Il y a eu des moments très compliqués, notamment avec une collègue qui était très facho et très con, qui d’ailleurs s’est fait virer aussi plutôt pas mal.
David Dufresne
Mais elle s’est fait virer parce qu’elle a fait une grosse connerie. C’est elle qui s’est fait virer parce que la justice l’a interdit d’exercer le métier de gendarme. D’accord, mais pas pour des violences.
David Dufresne
D’accord, mais c'était pas pour ses idées,
Ex gendarme
Non, non d’autres sont des acquittés, ça dérange pas. Il avait même une pièce du FN dans son bureau à ce qu’on va dire. Il était sacrément confiant. Il venait du nord, sire. Et. Et du coup, lui, il était très chiant avec moi. Mais de là à qualifier de harcèlement ? Peut-être pas. En tout cas pour ma part. Mais oui, on m’a quand même bien fait comprendre que je n'étais pas à ma place de façon assez irrégulière, que je n’avais pas les bonnes idées, que j’ouvrais un peu trop ma gueule parce que je n'étais pas en accord, etc. Et ouais, on n’hésitait pas à remettre à ma place. Et effectivement, en plus j'étais quand même très têtu et du coup je fais comme j’ai envie et en général pas autrement. Et ça a été difficile à vivre. Après les faits de harcèlement. Je sais que non, il n’y a pas de mes sortit un article sur l’IGGN, comment tu t’es fait harceler par un général, le directeur de l’usine qui ensuite a juste été déplacé dans un autre bureau parce que comme vous en parliez, l’omerta en gendarmerie, je pense que c’est aussi en partie sur le harcèlement et ce qu’on appelle le stop discret qui existe chez nous, je trouve. J’y suis, c’est le bouton pour dire voilà ça ne va pas, je me fais harceler pour etc. Mais globalement, je pense que oui, on prend sur soi et bien sinon on fonce fait muter. Quand il y a une mutation forcée, c’est on dit. Et en général, bizarrement, c’est plus du harcèlement.
Ex gendarme
En tout cas avant, c'était plus la victime. Ça c’est je sais, ça a changé un peu quand même en faut ça, ça, comme toute la société, ça avance sur ces questions. Mais avant, c'était plus la victime qu’on est placée et qu’on disait va voir ailleurs. Et puis voilà que parfois le harceleur, il y a des piquets, des sons, des sanctions disciplinaires. En général, c’est traité là. Eh oui, à la rigueur, la mutation disciplinaire, c’est aller, tu vas voir, là-bas, on fait plus chier, tu te tais quelques années, puis voilà pour les officiers, on te met dans un bureau doré et puis voilà, ça met dans un placard, t’es payée et tu fais rien. Comme ça arrivait aussi au commandant colonel qui a été violent avec sa femme, lui qui a fait des visites qui a juste été mis dans un bureau qui n’a pas été viré ou celui qui a qui au début des années 2000, le général qui avait l’affaire des paillotes en Corse, qui a juste été déplacé dans un bureau et caché quelques années avant de retrouver des positions. Et en général on est dans. On est du coup dans le côté militaire, du coup on fait. On ne fait pas de vagues quelque temps et puis après c’est bon, on fait.
David Dufresne
Jeanne de Brique vous demande si la population n’a plus confiance en ces forces de l’ordre. En ont-ils conscience et comment le vivent-ils alors ? C’est une partie de la population. Faut être honnête, c’est bourgeois.
Ex gendarme
ça va bien je pense. Mais globalement, ils sont quand même plutôt confiants envers les forces de l’ordre par exemple.
David Dufresne
Mais est ce que voilà la montée de la critique des forces de l’ordre, que ce soit par des films, que ce soit par des articles, soit par des travaux sociologiques, que ce soit par des manifestations, que ce soit par des collectifs, que ce soit par des prises de position,comment c’est vécu ça en gendarmerie ?
Ex gendarme
Je pense que oui, on en a marre et en tout cas c’est un peu, je pense, c’est assez proche parfois de la police et qu’au lieu de parfois ça aille. En tout cas, parfois au lieu de se remettre en question, on va juste se mettre en position de victime. Il y aurait eu ce qu’il y a à regarder, les gens ne nous aiment pas, etc. On est plus aimé des gens parce que ça arrive, ça revient souvent quand même à ce sujet, à regarder les gens, ils ont plus de respect de l’uniforme. Avant ils craignaient, ils nous craignaient, Est-ce que c’est plutôt inquiétant d’ailleurs comme discours ? Parce que moi je ne suis pas d’accord sur le fait qu’on va être trans. Mais oui, avant nous craignaient, avant les gens, il y a eu la peur du gendarme et c’est une question qui revient souvent et qui est grande source d’inquiétude et de réflexion. Pour les gendarmes, c’est ouais, on est plus craint. Avant, les gens avaient peur de nous, ils savaient. Maintenant, les gens, ils vont, ils s’en foutent. Et du coup, c’est très mal vécu parce qu’il y a l’impression, je pense, de dépossession, de pouvoir, qu’avant on a eu beaucoup plus de pouvoir sur les individus que juste par notre présence, juste par l’uniforme, ce qui est globalement vrai. Mais on pouvait régler les problèmes. J'étais comme ça. En fait, je pense que parce qu’il y a un peu une mystification dans une police idéalisée où naturellement on aurait eu l’autorité, en fait, et c’est plus une mystification qu’autre chose, et le sentiment d'être, d'être mal aimée. Personnellement en tout cas, vu que j'étais sur une circonscription plutôt bourgeoise, j’ai pas du tout vécu un peu de pression, était très favorable et était très contente qu’on soit là et. Et même quand je vois pour le peu de fois on allait dans des cités etc. Bon en tous cas j’ai jamais eu de problème et les gens ont toujours été malgré tout assez respectueux et des fois on s’en met.
David Dufresne
Mais il y a quand même une montée, une montée de réflexion, de discours, d’analyse sur le travail policier qui amène effectivement à le critiquer beaucoup plus aujourd’hui, qui a ne serait-ce que, disons, ça par exemple en école de gendarmerie, c’est évoqué en vous, on vous donne des clés de réponses ou pas du tout ?
Ex gendarme
Pas du tout, pas du tout. Mais comme on dit, je pense que la réponse actuelle c’est plus, c’est plus de se mettre en PLS, en position latérale de sécurité, vraiment la victime. Les gens nous aiment plus au lieu de se dire pourquoi les gens nous aiment plus, donc en quoi on a merdé ? C’est quoi le problème ? Comment on peut repenser pour justement être plus proche des gens comme on peut repenser nos pratiques, ce qui est un peu le cas avec la prévention de proximité. Mais en tout cas pour la base, on ne va pas dans le bon sens. La base et vous avez. Que ce soit. Je pense que ça va coûter plus de répression. Parce que justement, comment font ils ?. C’est à dire qu’il n’y a plus les moyens de développer la force physique de nos jours à la justice. Est-ce que c’est un discours qui est qu’on connaît, qui est global dans un pays ? Si la gendarmerie sait que la justice ne fait pas son travail, les gens sont relâchés. De toute façon, quand on fait les procédures, ça sert à ça parce que les gens de toute façon, ils vont ressortir libre, etc. Du coup on est ridicules, ça ne sert à rien ce qu’on fait. C’est aussi pour ça les démissions. D’ailleurs, c’est aussi parce qu’il y a ce sentiment il y a plus, il y a ce sentiment de servir à rien, mais qui n’est pas forcément positif puisque c’est le côté répressif. On sert plus à rien parce que les gens, parce que les méchants, on les attrape, ils ne vont pas en prison. Qu’est-ce que c’est ? Et du coup ? Ils vivent très mal. Mais oui, c’est sur quoi est ce qu’on peut retourner un petit peu ça aussi ? Je me suis un petit peu parlé en France.
David Dufresne
Non, la question c'était celle de ce qui avait une formation. De réponse, de réplique aux critiques qui pouvaient être faites. Est-ce que par exemple, on pourrait dire autrement Est ce qu’il y a du coaching médiatique, des choses comme ça ? Est ce qu’on vous dit de vous méfier ou au contraire de parler à la presse locale par exemple ? C’est quoi les relations médias locaux, gendarmerie en gendarmerie ?
Ex gendarme
Le coaching métier qui s’appelle santé ? Tu parles pas aux médias ? Moi non, mais c’est un principe de base. On ne parle pas aux médias. S’il y a un média qui nous contacte, etc. On fait ce qu’on appelle par la voie hiérarchique. C’est très important et c’est un problème qui fait perdre beaucoup de temps et qui est très problématique je trouve, c’est qu’on doit à chaque fois passer par les échanges et on ne peut pas directement envoyer un mail à son commandant. On doit passer par notre chef de brigade qui va ensuite passer par le commandant et ci-dessus on doit aller plus haut. C’est toujours pareil, on doit passer par les échelons pour ensuite ce qu’on appelle à venir chez qui on ne peut pas griller les étapes. Du coup on est obligé de passer par ce hub, par ce moyen de communication pour ensuite aller plus haut. Ce qui fait que le message peut être distordu ou le message ne peut pas être transmis s’il le souhaite. Ce qui est plutôt problématique en termes d’organisation puisque c’est très vertical au lieu d'être horizontal. Et du coup ça pose pas mal le problème je pense, globalement en termes d’organisation et. Et du coup dans les médias, on a peur de leur parler que des simples on en parle et c’est l’officier, il y a un officier traitant qui est spécialisé sur les questions de communication, etc. Même un référent local qui lui peut peut être communiquer avec des éléments de langage spécifiques qui ont été transmis par au-dessus, mais sinon on en parle pas aux médias. Et donc ça c’est non.
David Dufresne
JM Bonnet que je salue donateurs parmi les donateurs d Auposte vous demande est ce que la montée en grade est assez ouverte ou plutôt réservée à une certaine couche sociale ?
Ex gendarme
Favoriser la montée en grade ? Bah ça dépend où. C’est sûr que si on veut être officier, il faut plutôt C’est plutôt une couche je dirais. Ça dépend du corps en fait, c’est un corps. Les corps des sous-officiers, le corps, le corps des officiers et le corps des officiers. Du coup, là, plutôt classe moyenne, aisée, voire petite bourgeoisie, mais c’est pas non plus on reste dans des métiers militaires, etc. Ils ne sont pas excessivement bien payés. C’est pas non plus la haute bourgeoisie qui va faire ces métiers, à part peut-être à l’armée, les nobles qui ont encore cette vieille tradition de s’engager dans l’armée. Et il y en a un petit peu en gendarmerie hein, mais pour monter en grade, pour monter en grade en tant que sous-officier, euh non, j’ai pas trop de soucis globalement. Après, forcément, il faut avoir un minimum de capacité culturelle. Il y a encore en tout cas en gendarmerie une forme d'échelle sociale qui me paraissait encore un peu monter, et aller jusqu'à officier, même sans avoir fait les études avant, ça c’est possible, mais il faut s’acclimater au milieu. Les officiers, c’est encore particulier parce que voilà, c’est une culture qui est plutôt la culture justement, la culture légitime, la culture des élites. Et du coup ça fait que quelqu’un qui serait un parvenu, il viendrait des sous-officiers et montré dans les officiers. En tout cas, il y a très peu de chances qu’ils montent aussi haut et aussi vite que quelqu’un qui a directement été officier. Et ensuite il sera et on n’oubliera jamais qu’il a été sous-officier avant quoi on le renverra à ses origines et du coup on sera jamais au même rang. Et par exemple la voie royale engendrée quand on vient des gégène. Et c’est toujours comme ça actuellement en tout cas, et c’est un peu triste, c’est des gens qui ont fait Saint Cyr, on passe par Saint-Cyr, on choisit ensuite la voie gendarmerie.
David Dufresne
Donc Saint-Cyr école militaire.
Ex gendarme
C’est ça l'école militaire de Saint-Cyr. On se spécialise en gendarmerie et du coup là, c’est la voie royale pour monter plus vite les grades et pour finir un général et voir du coup l’IGGN et le directeur de gendarmerie. Mais ça reste, on est dans une culture militaire du coup qui est très qui est quand même très traditionnelle et beaucoup plus en tout cas dans le corps des officiers que les sous-officiers. C’est un tout qui me choque toujours et je ne comprends pas pourquoi ça existe. Et genre les messes, il y a Alexandre Julien qui est fait de la gendarmerie et donne encore des. Il y a des gendarmes qui vendent des uniformes, et qui donnent une messe dans un système de messe avec eux, on est bien d’accord.
Ex gendarme
Une messe pour les gendarmes, une cérémonie religieuse.Pour la gendarmerie.
David Dufresne
Pas la messe ?
Ex gendarme
Non, la messe de la messe, la messe religieuse pour elle, vraiment est ce qui me choque dans un état qui est pourtant laïc. Tout ce corps religieux est encore très attaché au sein et au sein de l’ordre militaire et je le voyais à l’armée, etc. Les différentes fêtes, la Sainte-Barbe aussi pour le génie ou pour les pompiers, etc. Et d’autres fêtes qui sont très religieuses. Et la religion est encore très présente, notamment chez les officiers, quand on saisit toujours les officiers catholiques de la vieille noblesse, etc. Ça existe encore ? Les deux chais pas quoi. Voilà, ça et ça existe et. Du coup dans c’est compliqué, c’est encore très traditionaliste et c’est républicain. Ça l’est parce que c’est la vieille République.
David Dufresne
Question de Lulo il revient un peu sur votre statut actuel, qui a un statut un peu étrange entre le démissionnaire, le repenti, le lanceur d’alerte, il y a beaucoup de choses. Quels sont les canaux officiels pour remonter les informations problématiques à ses supérieurs dans la gendarmerie ? Sont-ils utilisés inutilement ? Est ce qu’on doit faire appel à des tribunaux ?
Ex gendarme
Il y a plusieurs formes dedans. Comme je disais tout à l’heure, devant, il y a la concertation, le système de concertation. Du coup, c’est le système représentatif. On pourrait dire que c’est comme une sorte de sieste dans le privé, c’est ça, c’est, c’est sûr, où tu as du coup, où en fait ton élu à un représentant, je crois qu’il est tout seul, c’est un conseiller Concertation de premier niveau. Du coup, à l'échelle d’une compagnie, ensuite, il y a un CC2 qui doit être à l'échelle du département, après de la région, Et ça monte jusqu'à avoir un conseil national où justement il y a des représentants des différents corps, des sous-officiers, des officiers de la DGGN pour discuter ensemble des grandes, les grandes orientations de la gendarmerie, de ce qui va se passer. Moi en fait c’est pas mais il y a une instance qui a vraiment, c’est pas une instance qui a du pouvoir, elle est consultative. Et du coup en fait c’est plus un canaux de communication pour la DGGN envers la base en mode justifier ses décisions c’est plus ça et ensuite transmettre ces éléments de langage au plus bas niveau. Et c’est plus ça, c’est plus non pas laisser les gens décider, mais trouver le meilleur moyen de leur faire accepter les décisions qui sont déjà prises. Et du coup ça ne sert à rien, on regarde pas les infos, on peut leur dire ben oui, mais ça sur le terrain ça s’applique, ça ne s’applique pas très bien. C’est faisable, mais en réalité ils ne sont pas obligés de nous écouter. En général, ils n'écoutent pas. De toute façon ils s’en foutent parce que déjà ça vient de plus haut. C’est quand même le politique qui décide avant tout. Et du coup, ben non. Et c’est vrai que s’il n’y a pas le sentiment d'être écouté et ça c’est important, il y a des formes de représentation, mais c’est comme, c’est comme les formes de représentation lycéenne, pouvoir des syndicats, lycéens, c’est joli, c’est la consultation, mais on voit, c’est ça, regarde, personne n'écoute, on s’en fout. Et c’est un peu le même cas. Et deuxièmement, après, il y a ce qu’on appelle comme je veux parler aussi. Deuxièmement, c’est le stop discret, celui où justement, si on sait harceler, s’il y a un souci au sein de notre unité, on peut le faire remonter via ce canal là qui est juste. Il y a une application, je pense, spécifique, qui sert à remonter, à remonter les problèmes et qui là monte directement plus haut, qui est relié à l’IGGN Du coup, puisque nous aussi notre forme de police est interne, ce qui n’est pas ce qui pose beaucoup de problèmes effectivement. Et ensuite la troisième c’est la voix. On parle à notre à notre commandant de brigade qui vient, on parle d’une compagnie qui, s’il faut, va remonter plus haut, etc. Et du coup, ça c’est un autre moyen de communication. Sauf que. C’est-à -dire que si on a un problème avec notre commandant de local, c’est compliqué. On peut du coup essayer quand même. Non, pas de conseiller concertation qui lui va en parler aux commandants et qui va essayer de le faire remonter autrement. Mais c’est compliqué. Si un échelon qui merdait, si un échelon qui nous soutient, bah il y a tout qui saute. Du coup c’est compliqué de se faire soutenir, surtout quand on est en contradiction avec notre hiérarchie plus ou moins proche.
David Dufresne
Alors justement, vous venez de parler de l’IGGN l’institut général, la gendarmerie nationale. Qu’est-ce que vous en pensez ?.
Ex gendarme
Qu’est ce qui est bon ? C’est bœuf carottes, Comment ils appellent chez nous du coup ? Plus exactement ? J’ai déjà vu parce que j’en ai quelques points dans mon unité. J’ai déjà vu du coup les fameux bœuf carottes comme on les appelle. Ou en tout cas ce n'était pas l’IGGN directement, mais ils étaient envoyés pour l’hygiène. Ils avaient le rôle d’enquêter sur des problèmes locaux et de mener une enquête pour la justice. Bah, c’est déjà là où il y en a. Il y a quand même où ça leur règne. Une grande méfiance déjà, même envers eux, il y a quand même une grande méfiance. Ils sont haïs par la profession, ça il ne faut pas l’oublier. Quand on parle de l’IGGN, ou IGPN faut s’attendre à ne pas être très populaire au sein de nos métiers. Ils sont vus comme des traîtres, clairement, et ils vont enquêter sur leurs collègues etc. Et ils vont les mettre dans la merde, ils vont être traîné dans la boue et du coup ils sont rats, ils sont vus comme des ennemis. Clairement, quand ils arrivent dans des unités, en général ils sont mal regardés et. Et les relations sont très compliquées. Ça, ça se tire dans les pattes quoi. Heureusement, ils ont un statut un petit peu privilégié qui les enlève, en tous cas de la voyeur chic direct. Ils sont quand même attachants, Le voyage au bout d’un moment. Du coup, si ça monte trop et que trop, ils disent non, non, calme etc. Et bien ils peuvent calmer le truc alors que c’est caché certaines choses ou en tout cas ne pas aller trop loin dans l’enquête pour éviter que ça dérape. Et peut-être que ça donne une mauvaise image de l’institution
David Dufresne
, c’est par exemple le cas dans les violences policières.
Ex gendarme
ça peut être le cas. Je n’ai pas d'éléments concrets. Mais alors que si c'était ce qu’on appelle une haute autorité administrative qui faisait le travail et qui ne serait pas du coup soumise à une infirmière parce que l’IGGN est quand même soumise à l’IGGN Finalement, l’inspecteur national est quand même sous les ordres de l’IGGN Il n’y aurait pas ces problèmes là parce que là, du coup, il y a conflit. Parce qu’entre eux, la solidarité à la gendarmerie, il ne faut pas détendre notre image. Et en même temps, il faut quand même traiter les brebis galeuses, ou en tout cas les problèmes qui pourraient, qui pourraient être bien traités à un échelon individuel local.Des petits problèmes. l’IGGN peut les traiter, mais si c’est un point qui est plus structurel, qui est plus lié à la gendarmerie en général, effectivement le sujet n’a aucun pouvoir de changer les choses et du coup ça pose des problèmes parce que parce que les vrais problèmes ce sont des problèmes structurels, c’est pas des problèmes individuels. Quand on parle de racisme au sein de la police ou des violences policières, c’est des problèmes qui sont structurels en fait, et on ne peut les régler que par des questions, que par des solutions structurelles. Et le problème, c’est que ce n’est pas ce que proposait l’IGGN ni l’IGPN. Et du coup on peut poser des rustines sur certains problèmes, mais on ne peut pas fondamentalement changer les choses.
David Dufresne
Question philosophique de Satrape en cas de tentative de coup d'état de la police, est ce que la gendarmerie suivrait ?
Ex gendarme
Question sur la comète quoi ? C’est vrai, mais c’est compliqué. Je pourrais y en avoir un, je ne sais pas, parce que je sais clairement pas. C’est une partie en tout cas. Je suivrai, je pense à peu près sûr et certain à 90 %. Et en même temps, il y aurait une part quand même qui est gendarmerie, qui est très fidèle à ce côté ordre républicain, tout ça. Si l’armée suivait aussi, s’il y avait police armée, je pense que la gendarmerie se ralliait, se ralliait avec les deux autres. Ça c’est sûr et certain. Mais si c’est juste la police qui se soulève, je ne sais pas si c’est la gendarmerie. Je ne suis pas sûr que la gendarmerie irait avec parce qu’il aurait l’esprit de non, il faut protéger justement la République, etc. Il faut. On est le dernier bastion. On est vraiment les protecteurs de l’Ordre.
David Dufresne
Serait-il possible de parler de la gestion des refus d’obtempérer ? La gendarmerie semble mieux les gérer, beaucoup mieux les gérer que la police, selon lui. Alors il faut rappeler que justement, les policiers en 2017 ont obtenu d’avoir le même régime que celui des gendarmes pour pouvoir faire feu en cas de refus d’obtempérer. Ils ont dit nous on veut comme nos collègues.
Ex gendarme
On parle du 435. Tiens, tu sais, si c’est ça du code de sécurité intérieure, c’est ça pour par nature, ça, du coup on l’apprend en école, etc. On est assez briefés là-dessus et c’est vrai que ça laisse, je trouve, un pouvoir assez large sur l’usage des armes quand c’est large. Après chaque responsabilité individuelle plus ou moins calculée, ce qui est faisable ou pas et ne pas sortir. Après j’ai l’impression qu’en gendarmerie on est comme je disais tout à l’heure, un peu moins cow boy et du coup on a un petit peu moins, on dégaine un peu moins nos armes rapidement. Après on a aussi et ça, il ne faut pas l’oublier, on n’a pas aussi la même population, on est beaucoup moins dans des quartiers difficiles, populaires, etc. Ce qui fait qu' on est peut-être un peu moins confrontés au refus d’obtempérer, même s' il existe aussi, même quand on en arrive où il est. Refus d’obtempérer, c’est sûr, j’en ai fait hein. Et ça c’est un sujet qui est très complexe. Sans arrêt comme ça par exemple, on n’a plus droit de poursuivre nous-mêmes, et ça, ça pousse. Ici, oui, on peut faire affaire, etc. Notamment avec les scooter, parce que faut-il maintenant, il faut faire attention aux gens, ce qui est ce qui me paraît normal personnellement. Mais en tout cas pour les collègues, c'était compliqué. En tout cas, certains ici en moto et qui risque de se casser la gueule ou en scooter, etc. On ne va pas forcément le poursuivre, mais le jour de ton départ ou en tout cas on va le faire en mettant des distances et en faisant attention, ça c’est compliqué. Accepter ou ne pas poursuivre. Parce qu’en général, ce problème des refus d’obtempérer aussi, c’est qu’on met nous même plus en danger l’avis des autres. Peut-être que ce qui aurait été le cas si on laissait juste la personne partir, ce qui est triste et ce qui est un peu bête. Mais en tout cas c’est effectivement est ce que c’est toujours la meilleure idée de poursuivre et d’aller à des grandes vitesses ? Risque d'être le véhicule qui coûte cher en plus à mettre notre vie en danger pour récupérer deux zonzon qui des fois en plus ont juste dix grammes ou un pochon dans la voiture et qui ont peur pour rien en fait. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de poursuivre les gens ? Et du coup, sur le refus d’obtempérer si on fait plus gaffe ? De moins. Je pense que déjà ailleurs, c’est beaucoup moins laxiste sur le fait de se dire qu’on aura beaucoup plus de sanctions si on poursuit. Alors que nous on dit de pas poursuivre parce que maintenant la doctrine c’est plutôt on ne poursuit pas, on laisse et à la rigueur on fait ce qu’on appelle un étalonnage. C’est à dire qu’on va essayer les SUV mais à distance et prévoir un dispositif plus tard pour essayer de l’arrêter, etc. Et surtout, on peut aussi l’usage des armes en gendarmerie. Je pense que par rapport à la police, mais peut-être un peu plus frileux là-dessus parce que nos pratiques ne servent pas les populations. Ici on est plus proche d’une population plus proche des gens. Et du coup je pense qu’on a peut-être un peu plus de sortir les armes..
David Dufresne
Ce n’est pas sûr, mais est ce que des flics vous rétorquent toujours à vous, enfin à vous ex gendarmes et aux gendarmes ? C’est de dire que eux sont dans des situations plus compliquées, plus difficiles, citadines, urbaines, avec plus de circulation, etc. Et que ça expliquerait juste. Je ne dis pas que j’endosse. Ce récit là, mais c’est celui qui nous est donné. Qu’est-ce que vous répondez à ça ? En gros, le travail de gendarme serait plus facile que le travail politique.
Ex gendarme
Ce qui peut être un peu vrai sur ce qu’ils disent. Mais je crois que c’est surtout en fait, c’est une bonne excuse pour se dédouaner de leurs comportements qui sont inadaptés et d’une pratique policière qui est beaucoup plus décomplexée dans la violence et dans la répression au sein de la police qu’au sein de la gendarmerie. J’ai l’impression que c’est surtout ça. C’est comme en gros, en faisant comme les gens ne sont pas gentils avec eux, ils peuvent se permettre d'être beaucoup plus dans la répression et d'être beaucoup plus violents avec les autres parce qu’ils ont des populations qui sont qui sont compliquées. Sauf qu’en faisant ça, ils créent des cercles vicieux parce qu’ils vont être plus violents avec les gens. Mais du coup oui, forcément, les gens ont plus peur d’eux, mais du coup, ils savent qu’ils ont beaucoup plus de choses aussi à perdre avec la police. Du coup ils ont plus tendance à dire bah oui, je préfère fuir. Mettre la vie en danger du policier plutôt que la mienne parce que je sais qu’ils peuvent être dangereux avec moi et qu’ils n’hésitent pas. Et du coup ça crée un cercle vicieux de violence. Et je pense que la violence nourrit la violence. Et je vois comme les policiers sont plus violents. Ces gens- là, et c’est leurs administrés, vont aussi être plus violents. Je pense que les rapports se nourrissent. Du coup, c’est quand même en partie le chef de la police. Et le problème, et c’est ce qui est, c’est que la police ne veut pas se remettre en question. Il se met toujours en position victimaire, il dit c’est toujours la faute des autres. Moi alors que je pense qu’en gendarmerie, même s’il y a un petit peu ça aussi, il y a eu un peu plus de réflexion sur comment on peut trouver le bon entre deux pour ne pas mettre en danger la vie des autres. Parce qu’il y a aussi les autres citoyens et ça c’est hyper. Donc c’est plutôt de ce point de vue qui voit comment on peut ne pas trop mettre la vie des gens tout en étant en sécurité et au final ne pas poursuivre et peut être prévoir d’autres dispositifs,. Est-ce que ce n’est pas un peu plus sécuritaire, un peu plus intelligent, même s' il y a plus de chances que ça nous échappe ? Mais est-ce que ça vaut le coup d’attraper un mec en ayant pris des risques fous, en ayant failli tuer, en passant se tuer soi-même ou en risquant de peut-être tuer aussi l’autre ? Est-ce que ça vaut le coup ?
David Dufresne
On vous demande est ce que le quartier où vivent les gendarmes autour des gendarmeries ne sont pas une forme de séparatisme souhaité par le pouvoir pour isoler les gendarmes de la population ? Est-ce que c’est possible ? Et oui, oui, oui, je suis d’accord. Est-ce que les quartiers où vivent les gendarmes. Ne sont pas une forme de séparatisme souhaitée. Oui, des casernes par le pouvoir pour isoler les gendarmes de la population. C’est Asselineau qui pose cette question.
Ex gendarme
Ça l’a été en partie je pense effectivement dans les origines de la création des casernes, de créer justement un corps qui soit un petit peu en dehors, en parti de la société pour éviter les cas de corruption, etc. Notamment au début du XXᵉ siècle, etc. Vivre en petite communauté était trop de contacts pour garder ce côté répressif, etc. Du coup, peut-être au début. Après, de nos jours, c’est aussi pour moi une raison, je pense beaucoup économique si on nous met ensemble parce qu’il y a les casernes, les églises, parce que ça permet que les gens sont directement sur le terrain, assurent sur la zone de travail, ce qui fait qu’on peut les appeler quand on veut, parce que c’est aussi ça à distance. Refuser la gendarmerie, c’est qu’on n’a pas des heures, c’est pas je travaille de 8 h à 18 h, ça c’est que je fais ma journée de travail et en plus je suis capable. Après, entre deux arcs en pleine nuit, on peut dire quand on a besoin de quelqu’un pour ce qui c’est passé, Si c’est passé ça, on sort quoi ? On est obligé d’y aller ? On a tous le téléphone allumé à côté de nous et on sait qu’on peut être appelé Quand il y a des jours, on est d’astreinte et on doit. On est ce qu’on appelle quand on est pas en vacances, on a ce qu’on appelle des DQL, c’est à dire que le soir on a le droit de sortir, il y a des soirs on a peur de sortir parce qu’on pourra se dire c’est quartier libre. C’est à dire que là on a le droit d'état, peut être selon les charges, que c’est une demi-heure de chez soi. En tout cas, on doit être pas très loin, mais en même temps on peut être dehors, on n’est pas obligé d'être chez soi et voilà. Et après il y a des astreintes, on est obligé d'être chez soi et d’attendre parce qu’on sait jamais ce qui peut se passer, etc. Mais du coup, ça c’est très lourd parce qu’on a globalement et tout et tout le monde tout le temps dans la tente et on peut être appelé à n’importe quel moment. Et c’est aussi ce qui fait que le métier de gendarme n’est pas tous les jours facile. Et du coup, être en caserne c’est pratique parce que ça permet d'être une force mobilisable à n’importe quel moment. Et ça, c’est quand même très pratique pour l'État. Et c’est pour ça que malgré le fait que beaucoup de gendarmes se plaignent que le statut de gendarmerie est détricoté, qu’ils sont plus conscients de plus en plus sur la police, sur certaines choses, notamment sur la police judiciaire, etc. Et je pense que ça, c’est quand même une main d'œuvre qui est quand même qui est quand même très utile pour l'État. On peut taper à n’importe quel moment, on n’a pas besoin de nous payer plus et si on sort, franchement, c’est gagnant gagnant. Mais je pense qu’il y a beaucoup d’entreprises privées qui aimeraient bien ça. C’est l’utilité de la caserne. C’est en même temps d’avoir des gens qui sont corvéables à merci.
David Dufresne
Parce que par ailleurs, tout à l’heure, vous avez donné votre solde, votre salaire, mais il y a le logement qui est inclus en fait.
Ex gendarme
Oui, En plus notre logement est inclus, on est logé gratuitement. Ce qu’on appelle, c’est sans logement concédé. Il y a la nécessité du service.
David Dufresne
A propos de police judiciaire, vous venez d’en parler. Il est 11 h 10. Vous me dites que vous en avez marre. Bonjour à vous. Merci pour ce live, nous dit NH RDM. A plusieurs moments, vous avez évoqué la fin de la police judiciaire du travail d’investigation au profit d’une présence plus grande sur le terrain. A qui revient donc désormais le travail d’enquête et de résolution des crimes ? Merci à vous. A mon avis, c’est un copain à vous qui pose la question.
Ex gendarme
Je ne sais pas, mais quelqu’un de la maison qui se pose des questions. Avec un peu de chance peut-être.
David Dufresne
J’ai l’impression qu’il y a un certain nombre de gens de la maison qui sont là dans le chat aujourd’hui. Non ?
Ex gendarme
Mais je sais très bien, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes mes idées etc. Je pensais quand même que j’ai quelqu’un qui se pose des questions et moi j’ai rencontré des collègues avec qui on pouvait discuter et qui portent sur la question quand même plus que bien sur la police et qui sont assez ouvert à la discussion en interne, il y en a quand même. C’est pas tous des grosses brutes extra, surtout plus dans le côté un peu judiciaire départemental et même un peu plus en réflexion sur le rôle de la police et sur ce qu’on doit faire et tout et tout n’est pas à jeter et tout le monde n’est pas acheté. En tout cas, globalement, oui, il y a quand même beaucoup, beaucoup d’assistants, mais qui sont aussi très bien. Ils sont juste une minorité. C’est un peu ça le souci.
David Dufresne
Mais du coup le travail judiciaire est dévolu à qui.
Ex gendarme
Du coup, il est de plus en plus dévolu à des unités spécialisées qui sont du coup vraiment dévolu qu'à ce sujet, ce qu’on appelle chez nous les gendarmes et en tout cas les recherches, les sections de recherche, les offices centraux, etc.
David Dufresne
Là, vous, vous venez de donner dans l’ordre, il y en a beaucoup, là, c’est vraiment du plus petit au plus gros..
Ex gendarme
BR C’est à l'échelle d’une compagnie. Une STR, c’est à l'échelle normale. D’une région. Après, en région parisienne, c’est un peu spécifique parce que nous, du coup, on a la section recherche de Versailles qui s’occupe de Cergy et des Yvelines, Yvelines, Val d’Oise et après on a la section de recherche de Paris qui s’occupe du coup du 91 et du 77 dichotomie. Mais sinon en région comme il y a la SR, il sert de Lille etc.
David Dufresne
C’est section de recherche ?.
Ex gendarme
Section de recherche quand on voit à la télé les détectives, cette vision, c’est plus des sections de recherche qu’on va rechercher, une unité de police judiciaire qu’on pourrait appeler complémentaire d’une certaine manière, qui est à l'échelle d’une compagnie et qui du coup va faire de la police judiciaire s’il y a du petit trafic de stups local, réseaux de vols de voitures locales, etc. Voilà, c’est plus sur la police judiciaire un peu confirmée mais qui ne s'étend pas à une échelle globale parce qu’ils sont compétents à l'échelle du département, mais pas plus. Alors qu’une SF complète a une compétence à vocation nationale sur tout le territoire. Ils savent qu’un enquêteur, sinon n’est compétent que dans son département selon le code de procédure pénale. Article quatorze Si je me trompe, dans l’article seize, je vous ai appris mais compliqué. Et du coup, pour revenir sur le sujet, en fait c’est juste que les unités élémentaires d’unité locale, les BT à l'école, comme on en parlait tout à l’heure, on arrive de moins en moins des marges de manœuvre, on laisse de moins en moins pouvoir justement remplir ce rôle d’enquête judiciaire. De plus en plus, on va effectivement les remettre vers les questions de. Demande de police de proximité, en fait du maintien de l’ordre local. Et du coup aussi jusque dans l’essence du gendarme. Le gendarme est ce qu’on appelle un couteau suisse car il est capable de tout faire par rapport à la police qui est très spécialisée. C’est notre identité, c’est d'être des couteaux suisses, de faire du judiciaire, mais de faire aussi de la police route, de aussi faire de la prévention de proximité, etc. Des fois c’est même un peu trop couteau suisse parce que du coup on doit faire le tire-bouchon quoi, Faire tout et n’importe quoi. C’est un peu ça le problème. Et c’est compliqué parce que l’avantage de la spécialisation, c’est qu’on est vraiment bon dans un domaine alors qu’en gendarmerie on n’est pas vraiment bon quelque part, on fait juste un peu de tout quoi, et des fois ça fait un micmac. Et des fois du coup on arrive sur des questions et on ne sait pas quoi faire parce qu’on est clairement paumé. On dit merde, il faut que je sorte le bouquin, il faut que je cherche la guerre, il faut que je cherche ce que je ne connais pas du tout. Et du coup, tout ça, on le perd. Et c’est un peu triste parce que les gens, même en unité élémentaire, mais bien avoir un minimum de police judiciaire, je pense que c’est important pour le contact même, le vol, le pull, etc. Ça oui, ça existe, surtout dans les campagnes, les vols de poules, la volaille. Il y a des choses comme ça qui sont quand même importantes et ça nous crée du lien avec les gens en fait. Et ce qui est triste, c’est que la police judiciaire, c’est plus. Et maintenant on va prendre les plaintes, on va plus traiter derrière, on a peur, on a le temps de traiter, on va prendre et on va directement classer sans suite. Parce que je veux beaucoup des directives du tribunal judiciaire qui disent que, par exemple, en dessous d’un tel préjudice, on ne va pas chercher si la personne est victime comme une autre, mais comme son préjudice n’est pas aussi important, on va pas se faire chier à chercher et on va directement comme on dit. Non mais tu peux directement mettre à la poubelle parce que personne va lire, ça va finir dans une archive et c’est tout. En fait, il y a beaucoup de plaintes et c’est ça qui est triste. Il y a beaucoup de plaintes au final, c’est comme ça. Vous avez déposé plainte et je le vois aussi. Et ça, c’est plutôt énervant. Même quand on est vraiment là, c’est les plaintes pour les assurances et que même les gens s’en foutent en fait de déposer plainte. Mais ça c’est aberrant. Et je comprends et je ne comprends pas qu’on essaye de changer ça, c’est que c’est juste pour l’assurance. C’est juste que l’assurance c’est dans une déclaration qui est authentifier. Mais nous, derrière on va faire aucune enquête, on ne va pas parce que votre voiture a été rayée avec une clé. On ne va pas s’amuser à mener une enquête, ça va finir directement au classement sans suite. Voilà. Classement 77 autres non identifiés. Puis c’est fini quoi.
David Dufresne
Tout à l’heure, vous avez parlé des gendarmes à la télé, donc je pense que vous parliez aussi peut être des feuilletons, des séries, etc. Dans quelques jours, on va recevoir Emmanuel Amour, qui est réalisateur de documentaires. Alors là, pour le coup, c’est une série documentaire sur l’anti gang. Mais ce qui est frappant quand on regarde ça, c’est qu’on se demande parfois jusqu’où la fiction nourrit la réalité et la réalité nourrit la fiction. Qui joue quoi ? Est-ce que c’est des acteurs qui jouent au flic ou est-ce que c’est des filles qui jouent aux acteurs ? Est-ce que cette question existe en gendarmerie ? Est-ce que des gendarmes font ce qu’ils ont vu à la télé ou est-ce que c’est la télé qui s’inspire de la réalité ? Il y a une partie de Ping Pong là-dedans ou pas ?
Ex gendarme
Oui, je pense qu’il y a une partie plus longue. Forcément, quand on s’engage, on a toute cette vision romancée de ce qu’est la police, etc. Et même quand on voit ce qu’on se planque, par exemple, que les candidats ne savent pas exactement ce qu’ils souhaitent, etc. Il y a toute une vision romancée de ce qu’est la police, de celle de l’action, de l’intervention,. Sauf que, comme c’est montré et comme on lit vite fait, comme on le lit rapidement d’ailleurs. Didier Fassin parle aussi dans un de ses ouvrages Le Métier.
David Dufresne
Tous ces livres-là sont des ouvrages d’invités. Tout ce que vous voyez partout, là.
Ex gendarme
Pourriez-vous inviter Didier Fassin ? N’hésitez pas. J’aime beaucoup ce qu’il fait, que Fabien Jobard aussi, d’ailleurs.
David Dufresne
Balancez pas trop les gens parce qu’après il a des problèmes avec la Gendarmerie..
Ex gendarme
C’est vrai, ils sont connus, je pense que c’est foutu.
David Dufresne
C’est foutu pour eux, c’est vrai.
Ex gendarme
Fabien Jobard Je pense ceci oui et là ça va pas, il faut. Je pense qu’ils ne sont pas très connus. Des officiers en gendarmerie peut-être, etc. Près du vu des soucis, ils s’en foutent. Ils ne connaissent pas forcément un sociologue qui traite de ces questions, peut-être un peu plus vous par contre,
David Dufresne
Ça fait dire que vous êtes un peu plus vindicatifs. Mais. Pour revenir sur la question du coup sur la fiction et la réalité qui nourrit en fait, voilà, on a tout de suite une idée qui est celle de l’intervention.
Ex gendarme
Moi j’ai l’impression qu’on met beaucoup en avant dans les séries, notamment américaines, c’est l’intervention, on va y aller. On va intervenir, on va avoir de l’action quand on va aller d’action et quand on a une vision qui est très romantique de la police, la gendarmerie qui est celle où il se passe toujours des choses. On va, on va vivre à 100 à l’heure, on va avoir de l’adrénaline, etc. Alors que. Et du coup ça envoie une vision romancée et du coup les gens sont déçus quand ils arrivent à nouer tout leur imaginaire. On va regarder, on va vraiment si on est dans l’action, on va se battre, etc. Alors que la vision de la gendarmerie, la réalité du terrain, c’est plutôt l’attente, la première mission. Et c’est d’ailleurs comme à l’armée la première. Mais la première mission qu’on a, c’est d’attendre, attendre qu’il se passe quelque chose. Et d’ailleurs c’est ça un peu aussi le point en France de notre vision policière, c’est que c’est une vision policière qui est proactive, qui va en avant, qui va chercher le crime, alors que dans d’autres pays, notamment anglo saxons, notamment en Angleterre ou même en Allemagne, c’est une vision qui est justement rectifiée. On réagit parce qu’il s’est passé quelque chose. On va essayer des paradigmes policiers qui sont différents. Et du coup, en France, on a vraiment cette vision là de il faut aller chercher, on va, on va, même s’il se passe rien, on va aller chercher la meilleure, on va aller chercher ce qui se passe, pas quelque chose.
David Dufresne
C’est très clair en manifestation. Alors, question à nouveau de Citadelle et après je vais vous citer quelqu’un qui qui a l’air d'être de votre maison, vos autres anciennes maisons. Alors d’abord, Citadelle, avez-vous rencontré des gendarmes non blancs, des femmes ? Des gays ? Comment ces personnes sont traitées en interne ?
Ex gendarme
ça se passe bien comment déjà ? Par exemple celui dont je parlais tout à l’heure, les Suédois, etc. C’est un collègue qui était gay. Je rappelle que quand même, le FN a une base gay assez forte. Du coup, il n’y a pas de souci sur l’intégration de ces gens sur les femmes. Oui, alors on est un. Je rappelle qu’en France on est une des plus féminisée d’Europe avec 18 % de femmes. Après je sais pas si ça compte. La police est toujours la même ou si c’est juste la police, alors on verra. Mais il y a aussi des femmes, forcément, c’est une minorité. Après j’ai jamais vu de souci particulier, ce qui est le seul problème et c’est ce dont je parle ici. Les institutions c’est qu’elles ont même parfois internalisé les discours machistes etc. Ou à d' autres femmes chiantes etc. On doit être une femme, mais pas trop quand même. On doit plutôt quand même. Et puis c’est ce que ça me donne ?
David Dufresne
Du coup. Il faut être presque plus mec que les mecs. C’est ça ?
Ex gendarme
Exactement. Et c’est un discours qui revient régulièrement. Et c’est pour ça que quand j’entends des femmes qui me semblent ici dans l’armée ou autres, je dis bon courage parce que parce qu’il va faire feu pour arriver au même grade, pour avoir la même chose. Et c’est toujours le cas de deux fois plus qu’un homme. Ça va être deux fois plus dur en fait, parce qu’en tant que femme, on va être moins bien considéré, qu’il le veuille ou non. Même si dans les discours à. Etc. Ce ne sera pas, il ne sera pas intelligible, en tout cas dans. Dans les. Dans la réalité du terrain, dans les comportements internalisés, ça sera quand même assez sexiste. Et du coup, être une femme gendarmerie, ça reste compliqué. Après des personnes racisées. Moi d’en bas, surtout en région parisienne, on ne peut plus en douter. J’en avais. Et bah on leur fait des petites blagues. Il y a quelques préjugés racistes qui ont existé. Voilà un mythe. Bah si c’est une personne noire avec un peu plus feignant d'être plus long et du coup on va on va d’autant plus renforcer ce stéréotype là et la personne va peut-être un peu en partie aussi se conformer aux attentes de ses collègues de ce côté. Et du coup, ces préjugés racistes vont ressortir en français. Et du coup, oui, il y a quand même un point noir qui d’après ce n’est pas direct, c’est moi. En tout cas, je n’ai jamais entendu dire Ah toi t’es noire. Du coup Oui, mais après par contre, il peut y avoir des petites blagues, on en regarde, regarde tes copains etc. C’est un petit peu lourd mais ça ne sera jamais face à face, ça sera jamais un raciste, un raciste direct où la personne a été ostracisé parce que la couleur.
David Dufresne
Alors quelqu’un qui me semble être de la maison de Pandore en 1903, pose la question les relations avec la hiérarchie sont-elles plus simples avec les officiers homogènes ? Je ne sais pas ce que c’est ou avec les officiers saint-cyriens. Ensuite, autre question Leipzig et PSIG Sabre on est l’image au sein du corps des soldats.
Ex gendarme
Il va falloir et il fait l'école des officiers. La gendarmerie nationale, c’est à Melun, c’est l'école où sont formés les officiers. Alors la différence entre officiers et officiers, là, c’est que du coup, les officiers OGN, c’est du coup soit en interne, par ce qu’on appelle le semi-direct. On passe un concours interne pour passer du sous-officier officier, soit des gens qui sont recrutés sur concours universitaires. Ils ont bac plus cinq, ils réussissent le concours, ils partent à l’origine pour devenir à la fin officier de gendarmerie. Saint Cyrien. C’est ce dont on parle tout à l’heure qui du coup sont issus de l'école militaire. Ils ont fait une prépa militaire et à l’issue ils ont passé le concours de Saint-Cyr et ils sont rentrés pour devenir officiers dans l’armée. La différence entre les deux, c’est qu’en général, les Syriens qui sont vus comme l'élite de l'élite, comme ce qu’on appelle la race des seigneurs, c’est comme ça qu’on les appelle, nous les en général, les soldats, les sous-officiers de la gendarmerie nationale. C’est ce qu’ils entendent par ça.
David Dufresne
La race des Seigneurs, la race des seniors, c’est les rois des rois, c’est ça ?
Ex gendarme
Et du coup les anciens sont je pense déjà plus issus de catégories sociales favorisées. Il y a plus de milieux bourgeois en général parce qu’il faut connaître les compensations, il faut avoir. Une certaine connaissance du domaine militaire pour s’orienter assez rapidement vers Saint-Cyr. Et du coup c’est beaucoup eux même des fils de militaires ou de gendarmes, etc. Et d’officiers du coup qui peuvent être beaucoup plus méprisants, avoir un certain mépris classe, etc. Même si j’en ai vu très peu, parce qu’en général, quand on est sur des compagnies etc, notamment en région parisienne, c’est plus des semi-directs vers des gens qui ont été eux-mêmes sous officiers avant d’arriver. Du coup on fait l’IGGN et du coup le c’est pareil. Alors que quelqu’un qui a été sous officier avant et pour moi ça doit être obligatoire d'être officier et je suis en Tunisie et je le maintiens parce qu’on a une vraie connaissance du terrain. On a connu la base, on sait ce que c’est le métier ou même on l’a vécu, on connaît les décisions qui nous sont imposées par le haut et du coup on est plus à même. On ne sait pas toujours, mais on sait quand on est plus à même du coup d’avoir une autre réflexion sur l’application réelle de certaines directives. Alors que des entrées directes, par exemple universitaire ou saint Cyrien, ils ont une vision qui est une vision qui est du haut. En fait ils n’ont jamais été en bas et du coup sur l’application réelle de certaines directives, ils ne se rendent pas compte en fait de ce qu’est la réalité du terrain et que parfois on nous demande des choses qui sont clairement impossibles parce que soit on manque de temps, soit c’est juste inapplicable. Et c’est idiot en fait, parce que ça colle pas du tout notre territoire. Et deuxième question.
David Dufresne
Et le PSIG, c’est quoi ?
C’est la version un petit peu améliorée à l’origine en fait, c’est que dans le PSIG qu’il Faut appeler pelotons de surveillance, d’intervention de la gendarmerie, c’est le côté intervention, c’est à l'échelle d’une compagnie aussi, c’est pas la BAC. C’est l'équivalent d’un bac en plus chantier parce qu’en plus ils ne sont pas en civil, ils sont gendarmes et en général il est difficile de faire moins gentillette, c’est le bac avec le sourire quoi. Et du coup. Leipzig. C’est du coup ce qu’ils en font. C’est eux qui vont faire par exemple le cassage de portes à 6h du mat ou qui vont sur les inter qui sont un peu plus compliqués, des juifs ou par exemple potentiellement une présence d’armes, etc. Ou il y aura un sentiment de dangerosité un peu plus important. On va envoyer le PSIG en intervention et le psy qui s’avère sait ce que c’est, c’est un peu le grand frère, c’est l'évolution. A l’origine, la distinction qui va être faite entre les deux, c’est que le PSIG ça devait être des sous-officiers et des gendarmes adjoints volontaires. Et le psychiatre, ça va être juste des sous-officiers et du coup ils sont, ils devaient être plus nombreux avec plus de moyens, a été un peu mieux armées, un peu mieux formés, que le PSIG de nos jours.
David Dufresne
Donc c’est le bac avec le rictus C’est trop facile..
Ex gendarme
La blague, pas forcément la blague, mais avec un peu plus de bras. Et la différence, c’est qu' en fait, on était en pleine forme ces deux dernières années parce qu’on a décidé après l’affaire du ….comment s’appelle Non, ce n’est pas l’affaire Beltrame, c’est notre affaire. Quand des gendarmes sont intervenus et se sont fait tirer à coup de sniper et qu’il y a un sous-officier et un Jacques qui ont été tués. Je peux citer où il y a des gendarmes qui sont morts en intervention et du coup ça a amené une réflexion sur le PSIG et sur comment il va intervenir de façon plus sécuritaire. Et du coup, ce qui a été fait, c’est que tous les psy c’est plus que des sous-officiers. Il y a plus de gendarmes adjoints volontaires, ce qu’on appelle ils sont professionnalisés. Du coup c’est PSIG là, et du coup ils auraient plus le temps pour être formés et voir après le coup les différentes autopsies. Il y a que ça de nos jours, du coup elles existent plus trop, c’est une dénomination plus qu’une réalité et du coup c’est vrai que c’est le même, mais en tout cas petit à petit, sabre on ne voit pas très bien la différence entre les deux et clairement on s’en fout peut être entre eux, ça les intéresse, mais pour l’heure, la gendarmerie est.
David Dufresne
Une excellente question de l’ennemi. Comment est-ce que votre idéal, entre guillemets, du gendarme de proximité qui résout des problèmes sans judiciariser ? C’est un peu tout. Le discours que vous avez tenu tout à l’heure pourrait faire en même temps. La population et servir l’ordre bourgeois comme il doit le faire aujourd’hui.
Ex gendarme
Eh bien, il pourrait pas le faire. C’est qu’il faut repenser la société, parce que moi je ne suis pas pour qu’on protège l’ordre bourgeois. C’est. C’est sûr que pour cette nouvelle police, c’est toute la société qu’il faut repenser. Et moi je suis pour l’abolition de l’ordre bourgeois. Clairement, cette police, justement, c’est une police qui n’est pas, qui est au service de la population, au service de la population avant tout et pour tous en fait.
David Dufresne
. Excusez-moi, mais pourquoi à ce moment la population croit que la gendarmerie et la police sont à son service ? Si vous, de l’intérieur, vous dites ce n’est pas le cas ? En fait, ce que l’on protège, c’est l’ordre bourgeois, c’est l’ordre injuste. D’où votre démission. Comment expliquez-vous le tour de passe-passe intellectuel qui fait que, partie de la population, une grande partie de la population croit qu’elle est que la police, la gendarmerie la protègent ?
Ex gendarme
Est ce que l’ensemble de la société n’est pas un passe-passe de la bourgeoisie pour faire croire que justement c’est pour le bien de global et pas pour son bien personnel que les choses sont faites ? Quand on voit par exemple qu’on va frapper sur ceux qui profiteraient de la sécurité sociale et qu’on ne va pas aller chercher l’argent sur les évadés fiscaux. Où est le tour de passe-passe quand on dit qu’il y a plus d’argent ? Parce que c’est comme ça, parce qu’on a trop dépensé, etc. Parce que l’Etat a été trop providentiel, trop gentil. La vraie question, c’est au lieu de se dire effectivement, on a trop dépensé, sait où est passé cet argent, C’est l’argent. Elle n’a pas disparu magiquement, elle est passée d’une poche à une autre. Du coup, la vraie question c’est qui a profité de tout ça ? Et en fait, ça ne se passe pas comme les géants. Et c’est comme ça que s’est construit la classe bourgeoise. C’est notamment par des médias qu’on peut appeler chiens de garde, comme Serge Halimi lui- même écrit dans un ouvrage et avant lui en disant C'était des chiens de garde et ennemis, c'étaient les nouveaux chiens de garde..
Ex gendarme
Oui, c’est ça. Mais du coup, il a repris la garde. Mais à l’origine, c’est la police. Et du coup c’est justement toute la force des médias, de faire croire qu’on est au service de la population et pas pour la classe. C’est à croire que les valeurs de la classe bourgeoise sont les valeurs de la population en général. En fait, il globalise leur intérêt pour nous faire croire que c’est les intérêts tout le monde qu' on protège cet ordre parce que comme disait lui-même Churchill, c’est que c’est pas la démocratie, c’est pas le meilleur des systèmes, mais c’est en tout cas le système qui tient le mieux et tout ça, le résumé c’est le Chef va retrouver là je paraphrase, c’est en gros c’est ça, c’est que c’est moins pire en fait, c’est ça, à l’exception de tous les autres.
David Dufresne
C’est ça ?
Ex gendarme
Oui. Et du coup, si on nous fait croire qu’en fait il n’y a pas d’autre solution. En fait, c’est ça le vrai tour de passe-passe de la bourgeoisie, ça on dit c’est comme ça, c’est pas autrement. Et dès qu’on pense un peu autrement, on est marginalisé, on est ostracisé et on nous traite d’utopiste parce qu’on dit non au fait que la marche du monde a toujours été comme ça. On fait une relecture historique qui d’ailleurs est totalement fausse, qui est appuyée par des. Par des. Par des siècles de chien de garde. Par de nombreux auteurs qui sont privés et qui sont mis en lumière par rapport à d’autres. Je pense que des chercheurs qui traitent des questions policières de façon négative et critique ne sont pas mis en lumière, comme le sont les syndicats de police, d’autres blogs ou des historiens qui sont plutôt pro système en fait. Et comme eux, ils ont les moyens économiques, les moyens médiatiques. La force d'État, etc. Qui ont tout ça en main. C’est très compliqué de lutter contre la bourgeoisie, de lutter contre une idéologie dominante qui appuie de tous les côtés parce qu’il y a une propagande bourgeoise et ça ne vaut pas sanction. On vit dans un système où il y a effectivement une propagande. C’est pas que dans les systèmes comme ici, parfois en histoire, dans des systèmes fascistes ou des systèmes communistes, comme le dit Asta.
David Dufresne
Est ce que vous avez le sentiment qu’en témoignant ici ce matin, en ayant écrit votre lettre dans Mediapart, en ayant témoigné à France Culture, vous essayez de mettre un grain de sable dans ce mécanisme de la propagande bourgeoise. Est-ce que c’est ça votre idée ?
Ex gendarme
J’espère être un peu écouté. J’espère qu’on me dit ne pas convaincre les convaincus parce que malheureusement, qui regarde aux postes ces gens qui sont des gens en partie convaincus ? Je le pense globalement.
David Dufresne
Non. Là vous avez fait venir d’anciens collègues.
Ex gendarme
quelque chose, mais je pense que globalement, c’est quand même des convaincus qui nous écoutent déjà et qui écoutent les pieds sur terre. Ce ne sont pas ces gens avec du capital culturel, etc. Du coup c’est compliqué et je pense qu’il faut essayer au maximum et c’est ok parce que je ne veux pas me faire inviter sur BFM TV pour tenir ces discours.
David Dufresne
Vous ne pourriez pas le faire ?
Ex gendarme
Et de toute façon j’ai pas envie personnellement parce qu’il y a les gens à gauche qui vont là-bas, je les juge un peu quand même, mais voilà. Mais en fait il faut tenir ce discours et le tenir en fait au plus large possible. Du coup, même si c’est déjà les vaincus, peut être que ça va aller un petit peu plus loin et peut être commencer à convaincre. Et coup je me dis que mieux vaut en parler un petit peu et essayer, essayer quand même d’en parler. Peut-être que ça va aider certaines personnes qui vont parler à d’autres. Et peut-être que voilà effectivement qu’on dit un grain de sable qui va entraîner d’autres, etc. Et le sablier va peu à peu se remplir peut-être. En tout cas, ça me paraît mieux que de rien faire, même si c’est peut être compliqué en fait. Et du coup, c’est important de témoigner.
David Dufresne
Certains se demandent pourquoi vous, vous ne vous avez pas choisi de déguerpir plutôt que de lutter à l’intérieur ? Vous pensez que lutter à l’intérieur c’est absolument impossible ou que c’est plus efficace de lutter à l’extérieur ou simplement pour des raisons de commodité personnelle et que, à un moment donné.
Ex gendarme
Ben c’est compliqué parce qu’il y a quand même une grande dichotomie à être gendarme et anarchiste. Déjà, c’est un peu. C’est un peu schizophrénique de faire les deux. C’est antinomique, c’est con, c’est compliqué, c’est de mettre les deux et de société et voilà. Et puis on va pas se mentir, il y a le jugement des proches parce que comme je viens d’un milieu de gauche, etc. En tout cas de par mes amis quand même, en tout cas dans ma famille, même si ça vient par mes amis, c’est compliqué. Êtes-vous à une blague ? Ou alors t’es toujours flic et ça, ça va quand même en partie parce que les blagues étaient parfois lourdes et ça n’a pas toujours été facile à vivre. Et du coup, ça aussi, ça a pensé ça. Ça m’a fait repenser aussi mon engagement. Et ensuite il y a aussi le fait que oui, effectivement, de l’intérieur, ben non, ça ne change pas les choses. En fait, comme on dit, il faut, on vous appelle à l’abolition de la police, faut avoir appris après pour établir autre chose dessus je pense, même si c’est pas une forme de police et les juges de paix comme je les appelle, mais à une autre forme, une autre forme. Mais il faut essayer. En fait c’est impossible, on changera pas la position, vraiment y aller, son passé, son histoire et trop riche et trop long pour qu’on puisse directement l’intérieur sans genre, sans tout repenser, sans tout changer, en faire quelque chose. Non, en l'état actuel. Et ce n’est pas marrant je pense.
David Dufresne
Et est-ce que par exemple la carte de la réforme vous semble même pas tant ça sert à rien ?
Ex gendarme
Ouais non mais on peut réformer, on va faire des rustines sur les problèmes mais on changera pas globalement Le point après ça, je pense que c’est un fait. C’est toute la société qu’il faut repenser aussi. Et c’est aussi ça le point, c’est que la police, elle vient d’un point beaucoup plus large, même si il y a un problème encore plus au sein de la police, c’est que c’est toute la société qu’il faut repenser et dont il faut revoir les fondamentaux, notamment à l'ère de la crise écologique qui s’annonce. On ne peut pas rester dans une société qui est de la société, de l’accumulation, une société individualiste.
David Dufresne
On voit que, à propos de la crise écologique et environnementale, on voit qu'évidemment les gendarmes sont en première ligne avec la section des terres notamment. Je suis évidemment parce qu’ils sont dans les campagnes. Ils sont en première ligne de la lutte contre ce qui est appelé improprement à mes yeux, ce qui est appelé le radicalisme écologique, etc. Est ce que ces questions sont discutées dans les gendarmes, chez les gendarmes ou pas ? C’est-à -dire l’idée de dire que finalement il faut protéger les intérêts de la FNF, ça va et on va on va aller chercher des gens qui grimpent dans les arbres pour empêcher des constructions d’autoroutes inutiles.
Ex gendarme
Je pense que globalement et souvent, ils sont très influencés quand même par par les médias et par ce discours ambiant sur ce qu’on appelle ce que ce que Darmanin appelle l'écoterrorisme qui je pense est totalement une connerie. Personnellement aussi bien sûr, mais je pense qu’ils sont globalement et du coup influencés par ça, par ces médias, par le message de notre hiérarchie et que du coup, globalement, ils y croient quoi. On ne sait pas ce qui s’est passé ensemble. Soline c'était quand même plus grave, on regarde les gendarmes qu’ils ont ramassés etc. Ce qu’ils ont répondu c'était normal. Alors que moi j’ai vu les images etc. C’est honteux, surtout quand en fait ces gens, et c’est pareil, c’est votre intérêt, c’est pas celui de lutter contre les gens à santé, c’est justement de lutter contre le FN ça et contre Monsanto et toutes ces merdes qui essayent de nous agiter pour des intérêts en fait, qui sont purement économique et spéculatif. Mais ils pensent qu’ils sont baignés dans ces modes de pensée, dans cette simplification de la pensée, parce que c’est une simplification de la pensée. Et puis ça les arrange bien parce que c’est compliqué aussi. À partir du moment où on est conscient du problème, c’est compliqué de se dire qu’il faut repenser toute sa vie en fait, de repenser son métier, etc. Et c’est très compliqué. C’est peut-être plus simple aussi des fois de se mettre des œillères et je pense qu’il y a certains collègues qui font ça. Ils me disent oui, il faut qu’on continue comme ça et pas autrement quoi.
David Dufresne
Il y a encore plein de questions : Comment avez-vous été accueilli ? Vous demande Jeanne, puisque pour ceux qui n'étaient pas au courant, a rejoint l’Union communiste libertaire. Ça a été dit en tout début de causerie. L’ont-ils perçu immédiatement comme un camarade ? Ont-ils été suspicieux ? Vu les infiltrations récurrentes de la police dans les milieux de la gauche radicale ?Et ça renvoie à ce que vous venez de dire à l’instant, c’est à dire le regard des copains, le temps où vous étiez flic, qui voilà qui qui se méfiait un peu à mon avis, pas forcément à tort.
Ex gendarme
Oui, je comprends après, mais c'était aussi mes amis déjà avant que je sois flic et du coup ils me connaissaient, ils connaissent déjà mon engagement etc. Pour lui seul moi je saurais pas dire pour l’instant je devrais le dire ce faut que je trouve le moment de le dire, mais pensant il y a ça après. Ah bon ? Non, ils savent que hier, ce qu’ils ont fait, j'étais en réunion, ils ont fait peut être ça peut être des camarades qui regardent ça, que ça se parle. Ils ont fait l’effort. En plus, il y a mon prénom, ils ont bien regardé jusqu’au début et du coup ils ont fait une petite blague. Ah oui, alors qui est gendarme entre nous et j’ai pas pipé mot. J’ai fait voilà, je n’ai rien dit. Mais ils ont su. Ils ont écouté l'émission France Culture mais ils ne savent pas qui est qui est gendarme et c’est compliqué là. Oui, oui, oui, oui, j’ai déjà vu ça. C’est compliqué de se faire accepter dans le milieu de gauche en disant ben ouais, j’ai été flic. Après, j’avoue que je ne suis pas non plus hyper souvent parce que j’ai en ce moment j’ai pas trop le temps et que je trouve que c’est pas parfois assez radical sur certains trucs et que c’est que oui si il y a beaucoup d’idées, mais c’est pas toujours très concret. Moi j’ai envie que ce soit un peu plus concret et qu’on lutte un peu plus. Et je pense beaucoup que c’est par le milieu associatif qu’on peut convaincre les gens et que lui ne fait pas trop ça et que ça fait très entre soi un peu blanc, éduqué, etc. Et je trouve que c’est un petit peu triste sur certains points. Voilà, après moi je sais mes idées quand même, je suis, je me définis comme communiste et libertaire, mais est ce que le mouvement est vrai ? Peut-être pas au point de la lutte, mais arrive vraiment à centraliser, arrive vraiment à sortir du juste d’un entre soi ? J’ai pas trop l’impression que ça, ça me dérange d’y toucher une communauté plus globale en fait, et de faire des actions et de faire des choses qui soient concrètes Et juste se retrouver en réunion pour discuter anarchisme, je trouve pas que ce soit très intéressant et ce n’est pas ma vision de mon engagement militant en tout cas.
David Dufresne
Non, il reste deux questions, mais l’avant dernière. Qu’est-ce que vous risquez aujourd’hui ? Qu’est-ce que vous avez risqué en étant ici ?
Ex gendarme
Pas grand-chose, je pense. Je ne sais plus. Je ne suis plus rien de toute façon. Et je dois te parler comme si j’avais envie. Clairement, je ne sais pas. Après, on est quand même dans un pays où la liberté d’expression est protégée. Du coup, je pense que judiciairement je suis clair du tout parce que j’ai encore le droit de dire ce que je veux. La liberté d’expression m’a relativement protégée. Par le fait que si les fachos m’ont connecté, je pense qu’ils aimeraient bien, me disait ma mère, s’occuper de moi parce que je serai considéré comme un traître ou même certains collègues ainsi. Certains collègues qui ne me connaissent pas mais qui ont entendu mes idées, peut-être aussi vont s’occuper de moi. Mais à part ça, je pense que pas grand-chose.
David Dufresne
Quelqu’un qui prolonge ma question, qui dit est ce que le droit de réserve s’arrête dès la démission ? Il me semblait qu’il y en avait quand même une. Il y en avait un il y a longtemps, non ?
Ex gendarme
Donc ouais, après de toute façon, moi Mais le devoir de réserve, c’est une discipline. C’est pas qu’on ne peut pas être puni judiciairement parce que parce qu’on a parlé, il n’y a pas de je sais pas, je sais pas. Il n’y a pas dans le code pénal quelque chose qui, nous dit-il, est interdit aux gendarmes. Voilà c’est quand on paye un fonctionnaire à un fonctionnaire qui contrevient à son devoir de réserve. C’est une sanction disciplinaire qui n’est pas judiciaire. Parce que du coup, je fais partie de la réserve de choix ce que je peux être pendant cinq ans. Franchement, s’il me vire de ça, moi ça m’arrange personnellement, c’est à dire que je serai jamais rappelé et de toute façon j’ai pas envie d’y aller. Du coup ça me va très bien du coup. Non, à part des sanctions disciplinaires quand je peux gendarme et que de toute façon je m’en occupe, pour le dire de façon assez directe, je ne risque pas grand-chose quoi.
David Dufresne
En tout cas, si vous arrivez quoi que ce soit, tenez moi au courant. Et puis. On sera là quoi. Voilà. Dernière question qu’est ce qu’on a fait là pendant 2 h et demie ? Qu’est ce qu’on a fait Auposte ?
Ex gendarme
On a beaucoup parlé qu’est ce qu’on a fait là ? Je pense qu' on a discuté de ce qui était la gendarmerie, de mes espoirs, de mes désillusions de ce qu’est la réalité du métier de gendarme. Quelque chose qui est, je pense, un peu trop méconnu du grand public. Et on a essayé d’avoir un peu un regard neuf, un regard nouveau sur une institution. Voilà qui est très discrète et très silencieuse. Voilà qui me parle en interne.
David Dufresne
Merci beaucoup ! Merci, c'était passionnant. Merci pour cette émission et merci à ce monsieur qui nous dit : C’est important d’avoir la possibilité d’entendre tout ça

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