Contre le permis de tuer
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Est-ce que vous entendez ? Est-ce que vous entendez, les amis ?
On recule, on recule, sinon on ne commence pas.
Est-ce que vous m’entendez dans le tchat, s’il vous plaît ? Est-ce que vous m’entendez dans le tchat ?
Si tu veux, mets-toi par terre, mais il n’aura pas… C'était bon, les gars ? Je ne m’inquiète pas, moi.
Donc, nous sommes place de la République. La conférence de presse va démarrer dans pas longtemps. Je vois Assa Traoré, le papa de Cédric Chouviat, Ahmed Bentounsi, Pouria. Il y avait Mathilde Panot tout à l’heure. Il y a la Ligue des droits de l’homme, il y a Amnesty International. Bonjour Marie. Je vois qu’il faudrait que je fasse un petit réglage de caméra. La caméra est à l’envers, j’ai l’impression. Attendez, attendez, on va essayer de faire ça.
Hop, hop, hop, hop. Alors, petit problème de caméra. Voilà ce que c’est que de vouloir faire un petit réglage pendant le live. OK. Miroir caméra je redémarre, je redémarre tout.
Bonjour je suis Samia El Khalfaoui je fais partie de l’association et c’est nous qui avons été à l’initiative de cet appel. Et on est très fiers d’avoir aujourd’hui 160 signataires avec nous, pour dire non au permis de tuer, non à l’impunité.
Pour l’instant, la caméra est à l’envers. J’essaierai de résoudre ça après. Pour l’instant, on écoute la conférence de presse.
Et que le droit à la vie concerne tous il ne s’agit pas aujourd’hui des familles victimes de violences policières, qui ne sont pas des situations isolées. Il s’agit d’une modification qui devrait nous concerner tous. En 2017, l’article L. 435-1 a élargi les conditions de tir. En 2017, cette loi est passée dans le silence et elle a engendré la mort de Nahel, mon neveu, et des centaines de jeunes sont morts. Qu’on soit noir, arabe, gitan, issu des quartiers populaires. Cette loi est passée et elle est dans notre droit aujourd’hui. Avant 2017, il n’y avait eu que deux moments d'élargissement des conditions de tir : pendant la guerre d’Algérie et sous le régime de Vichy. Il s’agissait de décrets. En 2017, cet élargissement des conditions de tir est passé. En 2017, on a failli parce que le policier, après ça, a pu décider d’abattre un jeune s’il considérait subjectivement que la voiture qu’il conduisait pouvait être un danger. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de danger pour lui, il n’y a pas de danger pour son équipage, et on a laissé ce droit, ce droit qui a fait du policier à la fois un juge et un bourreau. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur est un ancien préfet et a décidé de mettre à l’ordre du jour
Est-ce que vous avez le son, là ?
Que demain, lorsqu’un policier tirera, le tir sera considéré de fait comme légitime. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il n’y aura plus d’enquête. Ça veut dire qu’il n’y aura plus de preuves. Ça veut dire qu’il n’y aura plus d’appels à témoins. Ça veut dire qu’on n’aura même pas les vidéos. Et on nous dit quoi ? On nous dit que ce n’est pas grave, parce que les familles pourront apporter la preuve du contraire. L’apporter comment ? Quand vous êtes une famille, lorsqu’il vient de vous arriver ça, ça veut dire quoi ? Quand on sait que les caméras de justice, les systèmes vidéo, c’est encore à la famille d’aller les chercher ? Si on ne fait pas ça, on ne peut pas laisser comme ça, on ne peut pas laisser la force de l'État sans contrôle. Et c’est la raison pour laquelle ça devrait concerner tout le monde. Et c’est la raison pour laquelle il y a autant de signatures. Parce qu’il est question du droit à la vie. Il est question du fait que l’on sort de tout droit européen, de tout droit humain. En fait, c’est une loi qui est totalement inconstitutionnelle, c’est une loi raciste, c’est une loi qui est fasciste, c’est une loi d’extrême droite. Et on va tous faire bloc ensemble pour dire : non au permis de tuer !
Alors, bonsoir à tous. Les prémices de cette loi, le continuum de l’article L. 435-1, nous étions peu à le dénoncer à l'époque. Aujourd’hui, je suis ravie de voir qu’il y a autant d’organisations politiques qui sont à nos côtés et qui dénoncent cette énième loi mortifère. Aujourd’hui, on veut inverser la charge de la preuve. Nous, en tant que familles de victimes, essayer de constituer des preuves, c'était déjà tout le temps le but, c'était déjà assez difficile. Et ça ne devrait pas être aux familles de victimes de devoir mener des enquêtes et d’avoir à récolter des preuves. Malheureusement, il en est ainsi à chaque fois qu’un policier utilise son arme de service. C’est un permis de tuer. Le prolongement de l’article L. 435-1, c’est un permis d’exécuter. Vous l’avez entendu, vous savez ce qu’on raconte depuis des années, ce n’est pas un fantasme. Il y a des policiers qui font leur travail, mais il y en a d’autres qui s’engagent dans la police française pour assouvir leur idéologie et leur haine. Donc cela doit nous inquiéter. Et c’est un projet de loi qui risque uniquement de conforter les syndicats policiers qui le demandent depuis des décennies. N’oublions pas que c'était dans le programme de Jean-Marie Le Pen en 2007. En 2012, c'était aussi dans le programme. Et en 2017, c'était aussi dans le programme. Ça n’a pas été promulgué, on n’en a pas retenu la leçon, et aujourd’hui nous voici en France, en 2026, à devoir alerter l’opinion publique, parce que ce n’est pas uniquement nous qui sommes concernés. C’est toute la société. C’est tous ceux qui se mobilisent dans les manifestations et qui demandent à faire entendre leurs droits. C’est toute la société qui va être concernée. Donc on va dire non au permis de tuer, non à cette loi mortifère. Et d’autant plus qu’on doit prendre garde avec la montée du fascisme et si on se retrouve avec un gouvernement du Rassemblement national qui dispose de cette loi entre ses mains. Donc, non au permis de tuer. Merci.
Merci beaucoup.
Ce qui est important de retenir que ce n’est pas cette deuxième loi qui va passer, mais c’est celle-là, celle qui est déjà là, qui tue les gens. Les gens doivent prendre conscience de la première loi qui est passée en 2017. Et bien avant 2017, il y a des hommes et des femmes qui meurent dans les quartiers populaires. Cette loi va juste venir renforcer la première loi. Cette nouvelle loi ne va pas exister s’il n’y a pas l’idée de cette loi. La première loi, on sait qu’on doit la faire retirer. Cette loi tue. Cette loi a tué Souheil, elle a tué Olivier, elle a tué Nahel, elle a tué Rayana. Cette loi a déjà tué toutes ces personnes. Nous sommes en 2026, cette loi est déjà là. Les gens doivent prendre conscience qu’il y a une loi qui est là actuellement. La loi qui est en train de passer va juste venir renforcer la loi qui était là actuellement, qui tue. Nous allons donner un manuel, de manière officielle, et le donner à la police en disant : « Voilà comment vous pourrez tuer sans que ça se passe mal. Voilà comment il va falloir vous défendre. » Il est déjà extrêmement difficile pour les familles d’avoir justice. Il faut savoir qu’on se lève pour réclamer la vérité et la justice. Il y a une diabolisation, il y a même une criminalisation qui est faite. La victime est déjà coupable, la famille est déjà coupable. C’est quelque chose qu’on voudrait désormais acter de manière officielle. La première loi qui est là, c’est celle-là aussi qu’il faut dénoncer. Les armes dont on est en train de parler en France en ce moment tuent nos enfants, tuent nos proches. Ces policiers-là, ces policiers-là qui tuent, ce sont exactement les policiers qui incarnent ce système. Ce ne sont pas des policiers qui sont différents. C’est un système que l’on dénonce, un système raciste. On ne parle pas d’individualités, on ne parle pas de policiers. Quand on parle d’un système, quand on a un ministre de l’Intérieur qui dit qu’il n’y a pas de racisme, c’est là qu’on est en danger. Quand on a un ministre de l’Intérieur qui ne veut pas parler de racisme, assumer qu’il y a du racisme, c’est pour assurer nos vies. Et aujourd’hui, nous sommes dans un pays, nous sommes dans un État où l’on nous dit que le racisme n’existe pas au sein du système policier. Et c’est tout ça qu’il faut dénoncer. Tant que l’on n’assumera pas qu’il y a du racisme, les violences policières vont continuer à sévir. On ne réglera pas le problème sans regarder l’histoire de la colonisation, de l’esclavage qu’il y a eu en France et qui continue à produire ses effets de manière normale. On continuera à avoir de nombreux noms, de nombreuses personnes qui vont tomber sous les coups de la police. Et il y a une question qui est importante pour tous les gens : pourquoi aussi on marche aujourd’hui ? C’est-à-dire qu’il faut des organes indépendants qui vont juger. Il faut regarder qui sont les personnes visées : ce sont les personnes des quartiers populaires, noires, arabes et autres. Et ce sont des enfants qui sont tués. Donc il ne faut pas avoir peur des mots. Il ne faut pas avoir peur de dire qu’il y a du racisme au sein de la police. Il ne faut pas avoir peur de le dire au ministre de l’Intérieur. Si nous marchons, c’est aussi pour déranger l’ordre établi. Il faut le dire à tous les groupes qui font un travail de blanchissage. Aujourd’hui, il y a déjà des lois qui sont là, des lois qui facilitent le travail des policiers. Et pas seulement depuis 2017. Il y en a depuis des années, il y en a depuis toujours. Aujourd’hui, on a les réseaux sociaux, on a des mouvements qui se battent. Il y a des milliers de personnes, des militants, des familles qui se mobilisent à chaque fois. Et aujourd’hui, cette loi vient, la deuxième loi vient renforcer la première. Quand on parle de la deuxième loi, n’oubliez pas que la première loi existe et qu’elle tue. Au revoir !
Bravo bravo Merci.
C’est au nom d’Amnesty International France que je m’exprime. Le premier point, c’est qu’il y a un droit fondamental, celui de ne pas être arbitrairement privé de la vie. C’est à ce moment-là que l’utilisation de la force, particulièrement la force meurtrière, doit être limitée. Elle doit être, selon le droit international, nécessaire, proportionnée, en dernier recours, lorsqu’il y a une menace imminente, lorsqu’une personne est en danger. Or, à travers cette proposition de loi, ce n’est pas du tout ce que l’on nous propose avec le principe de légitimité de l’utilisation des armes. Et il y a un deuxième point qui nous inquiète énormément, c’est que, dans un État de droit, il y a une obligation de rendre des comptes de ce que nous pouvons faire. Rendre des comptes, cela veut dire accepter qu’il y ait une enquête dès lors qu’une personne est tuée ou blessée. Et une police qui ne voudrait pas rendre de comptes, c’est une police qui va perdre sa dignité, qui va perdre le soutien et la confiance de la population. C’est un désastre pour nous tous. C’est un désastre pour l'État, c’est un désastre pour la société, pour chacun, pour chacune, et pour la police également. Et compte tenu de ce pouvoir immense, eh bien, pourquoi y a-t-il des lois ? Des lois qui ne soient pas floues, des lois qui précisent dans quelles circonstances la force peut être utilisée et qui permettent de contrôler que, lorsqu’elle a été utilisée, elle l'était à juste titre, face à un danger imminent. Voilà pourquoi nous sommes ici, voilà pourquoi nous soutenons cette démarche et nous sommes présents aujourd’hui. Et c’est extrêmement important que la société civile se mobilise sur ce sujet, car c’est notre affaire à tous. Merci beaucoup.
Chaque jour, dans les juridictions de ce pays, nous jugeons, nous défendons, nous assistons, toujours au nom d’un même principe : personne n’est au-dessus de la loi. Présumer que l’usage d’une arme par un policier ou un gendarme est légitime, c’est remettre en cause les principes fondamentaux qui sont au cœur de notre démocratie et de ce qu’attendent nos concitoyens de la justice. Avec ce droit, ce ne serait plus à la force de rendre compte au droit, ce serait une présomption accordée à la force. Nous refusons qu’après un tir, après une blessure, après une mort, la première réponse de l'État soit de tendre la main à celui qui tenait l’arme. Refuser d’offrir à la police un droit de vie ou de mort sur les citoyens, ce n’est pas la défier, c’est contrôler son action pour lui rendre son premier rôle, celui de nous protéger. Car si l'État arme la police, c’est parce que la police a des pouvoirs considérables. Au nom du Syndicat des avocats de France, du Syndicat de la magistrature, de l’Association des avocats de France, nous appelons tous à nous mobiliser. Nous appelons tous, par cet appel collectif, basique, basique et d’une évidence démocratique simple, à faire respecter le droit face à la force. C’est tout.
Je suis membre du collectif Nous Toutes, un collectif féministe intersectionnel qui lutte contre les violences sexistes, sexuelles, d'État et de genre. Lutter contre les violences d'État, c’est un combat féministe que nous menons avec l’ensemble de nos alliés, associations antiracistes, organisations de défense des droits humains et syndicats, et nous refusons de séparer les violences. En tant que féministes, on ne peut pas penser les violences séparément. Les violences policières et les violences d'État ne touchent pas tout le monde de la même manière. Elles touchent les corps racisés, précarisés, violentés et placés dans les quartiers populaires. En tant que mouvement féministe, on ne peut pas penser les violences de genre séparément des rapports de pouvoir et de domination. Et c’est ce qu’on tient à rappeler. Nous le voyons aussi dans les féminicides : plus de 100 féminicides depuis le 1er janvier. Quand la violence est excusée, minimisée, banalisée, elle se répète et ça frappe toujours plus fort celles et ceux qui subissent les discriminations. Quand on banalise la violence, quand on étend le droit d’utiliser la force, quand les personnes qui la subissent peinent à obtenir justice, c’est une question féministe, c’est une question de société. Un refus d’obtempérer ne doit jamais devenir une condamnation à mort. Il ne peut pas exister de permis de tuer. Le gouvernement Macron ne peut pas poursuivre son projet sécuritaire. La pétition contre la proposition de loi créant un « permis de tuer » pour les forces de l’ordre a déjà recueilli plus de 700 000 signatures. Il y a cette violence, celle qui consiste à désigner certaines populations comme un problème. Elle ne commence pas seulement avec l’extrême droite arrivant au pouvoir. Elle avance lorsque la répression devient normale, lorsque certaines populations sont constamment désignées comme une menace, lorsqu’on habitue la société à ce que certains droits puissent être retirés à certains, lorsqu’on commence à réprimer, à contrôler, lorsqu’on commence à exclure. C’est le moment où l’autoritarisme s’installe, et c’est précisément pour cela qu’on s’y oppose. Parce que le contrôle des corps est au cœur du système de domination. Nous refusons que la seule réponse à la violence soit toujours plus de police, plus de contrôle, plus de prison. Notre colère est politique, elle ne demande pas à être canalisée. Elle s’organise, elle s’implique et elle est dans les rues. C’est pourquoi, avec Nous Toutes, nous rejoignons cet appel collectif pour réclamer : non au permis de tuer.
Bonjour au nom de l’Union syndicale Solidaires, toujours les mêmes populations, les mêmes populations qui sont contrôlées, les Noirs, les migrants et tous les jeunes issus des quartiers populaires. Là, on le constate ici, même si la police ne nous le dit pas
Bonjour à toutes et à tous. Je suis Ndella Diarra, pour ATTAC France. Je représente un peu la voix des associations pour la transformation sociale. Et j’ai envie de dire : citoyens, citoyennes, réveillez-vous, parce que ce qui se passe est extrêmement grave. Ça fait dix ans qu’on peut constater une dérive autoritaire avec la multiplication des lois sécuritaires. Ces lois sécuritaires ont été utilisées par rapport à la réaction à ce qui s’est passé au niveau de l'état d’urgence en 2015. Aujourd’hui, elles servent effectivement à tuer et à contrôler dans les quartiers, mais aussi les associations de transformation sociale. Ça a commencé, vous le savez, après les Gilets jaunes, mais évidemment, après, il y a eu le mouvement des Soulèvements de la Terre et Sainte-Soline. La réalité, c’est : qui va être visé ? Qu’est-ce qui va se passer ? On ne va plus pouvoir mener la contestation sociale et politique. Il s’agit d’une loi qui va organiser l’impunité policière des lois liberticides. Ce sont des lois qui considèrent que l'État de droit est sur leur passage et donc il faut pouvoir parce que c’est très clair qu’on est dans une crise globale. Le contexte politique n’est absolument pas neutre. Il y a le pouvoir macroniste qui se radicalise. La réalité, c’est que oui, les contestations sociales et politiques augmentent. Non, ce n’est pas Et oui, on ira dans la rue. Eh bien, il faut évidemment réprimer cela, et c’est extrêmement grave, ce qui se passe aujourd’hui, dans un contexte aussi où il y a un essor de l’extrême droite, le Rassemblement national, qui est en passe dans la course pour le pouvoir. Qu’est-ce qui va se passer ? La police n’est pas neutre. 65 % de la police et des militaires ont voté Rassemblement national. Ils vont tirer sur qui ? Ils vont tirer sur ceux qui s’opposent au pouvoir. Ils vont tirer sur ceux qui s’opposent à l’ordre. D’abord dans les quartiers, évidemment, mais après, ce seront les forces sociales. Pourquoi ? Parce qu’on considère maintenant que les syndicalistes, ce sont des preneurs d’otages. On considère que les féministes sont des « féminazies ». On considère que les écologistes, eh bien, ce sont des « écoterroristes ». Nous, c’est nous qui allons être visés. Surtout que nous, on se bat pour les droits, pour les libertés. Nous, on se bat pour la justice sociale et écologique. Il faut pouvoir nous laisser contester. Comment on va contester avec toutes ces armes massives de destruction, cette intimidation terrible qui va s’abattre sur nous et aussi sur nos vies ? Parce que ce qui va se passer, c’est qu’ils vont tirer sur nos enfants. Et ce qui se passe, c’est qu’ils vont tirer dans les manifestations. Mais on l’a dit, c’est un combat antifasciste, c’est un combat qui est extrêmement nécessaire. Aujourd’hui, nous avons un ensemble extrêmement important et historique d’unions : unions des syndicats, unions des associations, unions des collectifs de quartiers, unions des forces politiques. C’est tout le camp du progrès social et écologique qui ne laissera pas passer cette loi les 700 000 signatures de la pétition, les citoyens et citoyennes. Eh bien nous, nous, on reste là. On va stopper cette loi, on va la bloquer, on ne la laissera jamais passer.
Bonjour à tous, je suis avocate, je prends la parole j’enquête depuis plusieurs années sur les défaillances de la justice. Parce que la justice est défaillante depuis 2017, mais depuis bien avant, en France, pour faire condamner des policiers. Il est extrêmement difficile, voire impossible, de faire condamner des policiers. Et rendre justice, c’est quoi ? C’est permettre, simplement, de répondre à une seule question : qu’est-ce qui s’est passé ? Comment ça s’est passé ? Et cette loi s’oppose à ce qu’on réponde à cette question. Parce qu’avec cette loi, contrairement à ce que dit Laurent Nuñez devant les députés pour faire adopter cette loi, Laurent Nuñez a menti. Cette loi inscrit dans notre système juridique un principe d’irresponsabilité pénale des policiers. Cette loi vient consacrer une impunité policière et c’est la première fois qu’on l’inscrit dans notre droit. Un système d’irresponsabilité pénale qui tient à la qualité de la personne et pas aux circonstances. Tout ça est très technique. Alors, on enfume un peu tout le monde en disant que ce n’est pas pareil de modifier le Code de la sécurité intérieure que de modifier le Code pénal. C’est exactement la même chose. Les députés ont voté cette loi en pensant que c'était différent de modifier le Code de la sécurité intérieure. C’est pareil. On rend irresponsable un policier qui tue ou qui mutile. On empêche l’ouverture d’enquêtes qui vont permettre de réunir des preuves. On empêche, avec cette loi, la justice de faire son œuvre. Et on ne peut jamais répondre à la question qui est due aux victimes : qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? Il faut s’opposer à cette loi parce que modifier le Code de la sécurité intérieure, c’est aussi grave que modifier le Code pénal. Et aujourd’hui, la justice ne pourra plus être rendue et il sera inscrit dans notre loi que les policiers doivent être impunis.
Nous sommes là aujourd’hui, toutes et tous, à l’initiative d’un collectif qui a réussi à fédérer toutes celles et ceux qui, les premiers concernés, familles de victimes, associations, syndicats, ont compris que ce qui se jouait, au-delà même de la douleur de toutes ces familles, c’est d’abord et avant tout le risque de ce qui se passe ailleurs, aux États-Unis et en Angleterre, aux Pays-Bas, au Brésil, en Argentine, au Chili, en Turquie et dans bien d’autres pays. Sans contrôle a priori, et même a posteriori d’ailleurs, par sa hiérarchie, la police française tue impunément. Ce qui se joue là, c’est, pour notre État de droit, une bataille centrale qui, dans les mois qui viennent, va devoir concerner et mobiliser toutes celles et ceux qui sont attachés à la démocratie, à l'État de droit, au respect de la dignité des personnes et de la vie. Or, cette loi-là, si elle était adoptée, non seulement, comme ça a été dit, organiserait l’impunité sans contrôle des tirs policiers, mais serait de facto un instrument aux mains de l’extrême droite si celle-ci arrivait au pouvoir, pour aggraver une situation qui est déjà très abîmée. Car la démocratie française et la police française sont malades. Elles sont malades de ce sentiment, c’est ça, de ce sentiment de toute-puissance qui traverse certains esprits fragiles. Et les policiers ne sont pas étanches à la période. Et il y a des policiers qui sont bien fragiles. Fragiles, ça veut dire violents, et on l’a vu à Carcassonne. Fragiles, ça veut dire insultants, bousculant et se croyant tout permis. Alors, ça peut choquer quelques policiers ou quelques responsables politiques, ou un ministre de l’Intérieur, que l’on dénonce cette réalité. C’est notre rôle à toutes et tous de comprendre que ce qui se joue ici, c’est une question démocratique. Ce n’est pas une question d'équipement, même s’ils sont préoccupants. Ce n’est pas simplement une question d’autorisation donnée à la police ou pas. Au-delà de ça, ce qui se joue dans notre mobilisation, c’est le rassemblement de toutes celles et ceux qui veulent endiguer le risque de l’extrême droite, qui veulent endiguer ce sentiment et cette réalité d’un pays organisé aujourd’hui autour de cette impunité. Ce n’est pas nouveau, malheureusement, et il est temps que nous réagissions ensemble. Déjà dans les années 2000, et en 2007, ça a été rappelé, et ça s’est aggravé depuis. Il y a un quitus qui est donné aux forces de l’ordre, qui se sentent autorisées, qui se croit tout permis, au prix de vies, au prix du malheur des familles. Cette mobilisation-là n’est qu’une première étape, j’en suis certain, et il faut désormais que nous relevions tous ce défi ensemble. C’est aussi, dans une démocratie normale, que nous exigeons le contrôle, les contre-pouvoirs et la possibilité de vivre en sécurité avec notre police. Car je pose juste la question : dans quel pays digne de ce nom, dans quelle démocratie digne de ce nom, peut-on se sentir en insécurité avec la police ? Si on pense que la liberté prime, je vous le rappelle, et que non, la sécurité n’est pas la première des libertés, alors il faut absolument le faire savoir et se mobiliser pour la défense d’un principe, le principe de la liberté, qui est le premier pilier d’une police des libertés.
Je vous remercie.
Je suis très heureuse d'être avec vous. Merci beaucoup. Derrière cette loi, ce sont des familles endeuillées par dizaines ou par centaines. La première chose, c’est évidemment de leur rendre hommage et de rendre hommage à leur combat. Mais il faut se rendre compte aussi qu’il y a une explosion des morts de la police, notamment à cause de la loi de 2017, la loi Cazeneuve, qui a été adoptée pour réprimer les refus d’obtempérer, qui a multiplié par cinq les tirs mortels de policiers. C’est la mort de Nahel, c’est la mort de Souheil, c’est la mort d’autres. Et aujourd’hui, la réalité, c’est que non seulement il faut se battre pour que cette loi ne soit jamais adoptée par le Sénat, mais il faut se battre pour plus que ça. Il faut se battre pour le retrait de la loi de 2017. Il faut se battre pour le retrait de toutes les lois sécuritaires qui façonnent cet arsenal judiciaire, parce qu’il faut comprendre que ce qui s’ouvre, c’est la manière dont les syndicats de police, systématiquement, défendent leurs revendications ultra-réactionnaires. Aujourd’hui, là, la semaine dernière, le Rassemblement national n’a pas hésité à menacer de dissolution Révolution Permanente parce qu’on ose dénoncer les violences policières. Mais nous, ce qu’on est venus dire, c’est qu’on continuera à les dénoncer, on continuera à s’organiser pour le retrait de tous ces dispositifs. Et il faut comprendre qu’on a besoin d’une mobilisation massive dans la rue, qu’il y a une colère qui s’accumule, que ce soit avec le prix de l’essence, que ce soit avec la dette de la puissance publique, que ce soit avec la colère des travailleurs. Cette revendication du retrait de la loi du permis de tuer, elle doit être au cœur de tout cet état de mobilisation. Il faut que les organisations syndicales s’en saisissent parce qu’effectivement, ce sont les jeunes des quartiers populaires qui sont massivement ciblés par ce type de réforme. Mais cette loi vise l’ensemble des mobilisations sociales. Et cette loi « permis de tuer », elle va permettre aussi aux CRS de tirer des LBD dans la tête des manifestants sans même avoir à se justifier. Aujourd’hui, c’est une revendication vitale pour la France sociale. Et un dernier mot pour dire que ceux qui l’appliquent aujourd’hui, ce sont les macronistes. Donc on nous a fait croire qu’ils avaient été élus pour faire barrage au FN, alors que ce sont des revendications historiques du FN. Mais ça, ça montre aussi qu’on lutte contre les violences policières, pour lutter contre la brutalité de la police et de l'État, mais aussi pour lutter contre la justice qui a tendance à la couvrir, puisqu’on sait comment la justice couvre les pratiques de la police et sème d’embûches le parcours de toutes les familles de victimes qui se battent pour obtenir justice. Elles ont besoin d’une grande mobilisation de toutes les organisations syndicales, politiques et associatives autour de cette revendication. Cette date, c’est un premier pas. Je pense qu’il va y avoir beaucoup de monde. C’est une étape nouvelle. On se donne rendez-vous pour les prochaines dates. Merci à toutes celles et à tous les organisateurs d'être au cœur de cette mobilisation et on se retrouve dans la rue.
Bonjour à toutes et à tous. La France insoumise s’est mobilisée partout dans le pays aux côtés des plus de 160 organisations à l’initiative de « Stop aux violences d'État », pour redire notre opposition totale et absolue au permis de tuer XXL. Nous devons faire échouer cette loi. Et la première des revendications que nous portons, c’est d’exiger que cette proposition de loi ne soit pas inscrite à l’ordre du jour du Sénat. Nous devons la faire échouer parce qu’elle met en jeu les principes fondamentaux de notre État de droit. Nous devons la faire échouer parce que la police tue déjà et que, si cette loi passe, elle tuera encore davantage. Je rappelle que depuis Zyed et Bouna, depuis 2005, 162 personnes sont mortes en France lors de contrôles policiers. Je rappelle que la France détient le record indigne du nombre de morts par tirs mortels de policiers ou de gendarmes. Je rappelle, et ça a été très bien dit auparavant, que, avec la loi de 2017, nous savons ce que cela crée lorsqu’on assouplit l’usage des armes. La loi de 2017 a fait exploser le nombre de tirs mortels sur des véhicules en mouvement, avec une multiplication par cinq de ces tirs. Nous disons à la Macronie qu’elle se déshonore. Elle se déshonore en courant derrière l’extrême droite et en reprenant une proposition de Jean-Marie Le Pen. Nous devons faire échouer cette loi. Nous pouvons faire échouer cette loi parce que le pouvoir a peur de la mobilisation populaire. Je rappelle que cet été, ils ont fait passer la première lecture en force à l’Assemblée, avec un vote bloqué, et qu’ils ont enterré une pétition que plus de 730 000 personnes avaient signée contre ce permis de tuer XXL. Donc, aujourd’hui et demain, nous resterons mobilisés pour dire qu’en République, il ne peut pas y avoir d’organisation de l’impunité policière. Nous resterons mobilisés pour dire qu’en République, il ne peut pas y avoir une catégorie de citoyens qui a un droit de vie ou de mort sur d’autres citoyens. Merci.
Madame Panot, une réaction, si vous voulez, sur ce qu’il s’est passé à Saint-Pierre-des-Corps ?
Quand vous avez un ministre de l’Intérieur qui nie qu’il y ait du racisme systémique dans la police, après les images qu’on a vues dans une mairie RN, quand un ministre, à chaque fois, légitime et cautionne ce qui se passe avec les policiers, et qu’on voit des policiers aller délibérément heurter une moto comme ils l’ont fait, alors on comprend qu’il faut rénover la police de la cave au grenier. Ce qui se passe dans la police est extrêmement grave. Il faut sortir du déni. Il faut retrouver une police avec une déontologie, qui est un service public au service des habitants et de la population de ce pays. Pas le contraire. Pas des cow-boys qui sont autorisés à faire tout et n’importe quoi. Ce qu’on a vu encore à Saint-Pierre-des-Corps, même si la personne n’est pas morte, elle est grièvement blessée. Et c’est inadmissible de voir des policiers qui, comme à Sainte-Soline, disaient qu’ils se faisaient un kiff à envoyer des LBD et des grenades contre des militants écologistes, contre des militants des quartiers populaires, contre les militants qui manifestent à chaque fois qu’il y a une revendication sociale, écologique, politique.
Voilà, fin des prises de parole des organisateurs, organisatrices, des politiques. Oui, il faut que je mange un petit coup. J’ai un petit sandwich, comment ça va ?
Ça va bien. Il y a du monde, la place se remplit, c’est une très bonne nouvelle. Il y a un front unitaire de beaucoup de familles de victimes, de partis politiques, de syndicats, d’avocats, de magistrats, et pas que, d’ailleurs. C’est super important. On sent que ce qui se joue sur cette question de la loi « permis de tuer », c’est un choix politique : quel pouvoir on accepte de donner à la police ? C’est vraiment un vrai choix de société. Du côté de la réaction, du côté du fascisme qui vient, du côté des policiers, de la droite et de l’extrême centre, comme on dit, eh bien, ils pensent qu’il faut mater la société en lui faisant peur, en l’humiliant, d’une certaine manière en la terrorisant, en disant : « Si vous ne vous tenez pas sages… » Et je sais, David, que c’est une phrase que tu connais bien, Un pays qui se tient sage. Eh bien, le sens de cette loi, c’est : ils veulent un pays qui se tienne sage. Sinon, on va vous tirer dessus. C’est ça, le message qu’ils envoient. Et je pense qu’on a un choix à faire aujourd’hui : s’opposer à cette loi.
T’as un peu de temps ou pas ? De toute façon, tu es en train de manifester ?
Oui, oui.
Ah oui, donc tu peux raconter des trucs.
Je peux raconter tout ce que tu veux. Non, non, juste un mot, là, pour les auditeurs d’Au Poste, qu’on aime beaucoup. À un moment donné, sous François Mitterrand, il y a eu un débat entre le ministre de l’Intérieur Gaston Defferre et Robert Badinter sur l’extension du droit de tirer des policiers. Et donc Defferre, il voulait donner ce droit aux policiers, et Robert Badinter, il a dit : « Non. Non, non, surtout pas. » Il a dit : « Ce serait réinstaurer la peine de mort. » Et je trouve que cette phrase, elle est quand même intéressante parce qu’on se dit : quelqu’un qui est tué dans la rue par un policier, est-ce que c’est de la peine de mort ? C’est ce que disait Robert Badinter. Parce qu’avec cette loi, avec les lois qui étendent le pouvoir de tuer, comme celle de 2017, eh bien, le policier devient le seul juge du droit de vie ou de mort d’une personne à qui il va reprocher d’avoir fait, par exemple, un refus d’obtempérer. Donc oui, d’une certaine manière, avec ces dispositifs législatifs, avec cette loi « permis de tuer », les policiers deviennent maîtres de la vie des citoyens.
Non, je t’ai présenté rapidement. Donc, Raphaël Kempf, avocat. Dans les prises de parole, lorsque tu dis là, et dans les prises de parole, il était dit : « Il est impossible de condamner des flics. » Ce n’est pas tout à fait exact. Vous arrivez, certains avocats, de plus en plus, à faire condamner des policiers. Ou est-ce que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’impunité ?
Alors, des condamnations, il y en a très, très peu. Enfin, vraiment, c’est effarant. Moi, au cabinet, j’ai encore des dossiers qui sont ouverts depuis dix ans. Et pourtant, je ne suis pas très vieux ! Ça commence, ça commence. Non mais j’ai des dossiers de meurtres policiers, de violences policières en manif, qui datent de 2016, de 2017 et qui sont toujours ouverts, avec une justice qui ne veut pas avancer. L’un des dossiers où on a réussi à faire condamner un policier qui a tiré, heureusement, il n’a pas tué, mais il a tiré à deux reprises, la vidéo est disponible en ligne, c'était la nuit au bois de Boulogne. Un policier de la BAC qui a tiré deux balles sur un véhicule avec cinq jeunes, dont la plupart mineurs, à l’intérieur. Ils auraient pu mourir. Dieu merci, personne n’est mort. Mais ce policier a fini par être condamné à une peine de prison avec sursis. Il a fait appel et, finalement, il a retiré son appel parce qu’il s’est rendu compte que sa peine de prison avec sursis n’avait aucune incidence sur sa carrière. Il continuera à être policier, il continuera à faire de la voie publique, il continuera à avoir son arme dans son holster. Et en fait, ce que ça dit, c’est que la justice, quand elle vient dire : « Voilà, trois mois de prison avec sursis, ce que vous avez fait, c’est illégal », derrière, ça ne suit pas au niveau disciplinaire. Les policiers sont toujours en poste. Le ministère de l’Intérieur refuse de sanctionner disciplinairement les policiers, refuse de leur retirer leurs armes ou de les empêcher d’aller travailler sur la voie publique. Il n’y a aucune conséquence à la violence de la police. Donc la police peut continuer à être violente parce qu’ils savent qu’individuellement, ça ne les affectera pas.
Tu vas marcher ?
Ben oui, je vais marcher, ouais.
Ah, tu es membre du syndicat ?
Du syndicat.
Je ne savais pas, c’est nouveau, ça !
J’ai été élu pour le Syndicat des avocats de France au Conseil de l’Ordre du barreau de Paris. Tu sais, c’est nos trucs internes au barreau.
Vos trucs, vos trucs.
Et là, j’ai une robe dans mon sac. J’ai pris une robe. Alors, je le précise pour les spectateurs, mon ancienne robe, elle est un peu déchirée partout. Je vais manifester avec. On va manifester avec les robes, avec tous les avocats, avocates qui sont là-bas.
Voilà, à tout à l’heure pour le défilé de robes. C’est en direct, madame, merci.
Vous vouliez parler ? Bonjour, je suis Érika Caderas. Je suis élue de La France insoumise dans le premier port négrier de France, Nantes. Et le combat antiraciste, le combat contre le CRA et le combat contre toute forme de discrimination se mène dans cet endroit sensible, où on a Retailleau qui est au conseil régional, on a Laurence Garnier en face de nous au conseil municipal, et on a les idées d’extrême droite qui ont diffusé largement, puisque la police municipale demande à être armée. Et nous avons des préfets de droite qui arrivent et qui sont de plus en plus durs. Et nous sommes obligés de mener la lutte là-bas. Moi, je tiens à rappeler qu’il faut faire tomber le continuum colonial français, parce que les policiers coloniaux dans les départements et territoires d’outre-mer n’ont jamais eu à se justifier. De la guerre de 1802 jusqu'à Vichy, les méthodes vichystes qui ont été appliquées chez nous, personne n’a jamais été puni de quoi que ce soit. Et c’est ces mêmes méthodes-là qui vont être généralisées en France. Et c’est pour ça que les policiers demandent l’impunité. Ils l’ont déjà dans certaines zones de la République, où la population leur est livrée directement, où on lui fait subir le pire. Ce sont les méthodes coloniales françaises qui reviennent chasser sur leur propre sol, parce que la France a fait allégeance à la finance internationale et elle traite son peuple exactement comme un peuple colonisé. Et M. Césaire le disait : si on n’est pas capable de regarder ce qui se passe dans les laboratoires de l’oppression de la France, on ne peut pas comprendre ce qui va se passer. Et Macron, en fait, c’est un géreur d’habitation coloniale. Il gère son peuple pour la finance internationale, donc il va utiliser toutes les méthodes que la France connaît déjà. Et les policiers sont décomplexés de ça parce qu’ils le font déjà dans les banlieues. La preuve, le préfet Bolotte, qui a massacré en 1967 en Guadeloupe, est revenu en France créer la BAC et les brigades anti criminalité. Donc on répète des choses qu’on connaît. Ils n’ont rien inventé. Les lois sont directement tirées des lois du CESEDA, et les lois de répression sont directement sourcées dans le Code de l’indigénat, dans le Code noir, dans les lois d’exception coloniales qui s’appliquent en Calédonie, à La Réunion, en Guadeloupe et en Martinique. Donc, si nous ne sommes pas capables de voir ça, de voir que la lutte des classes et la lutte anticolonialiste, c’est la même lutte, parce que les gens sont soi-disant de couleurs différentes, eh bien, on ne comprendra rien au film. Et c’est ce travail-là que je suis venue faire, un travail pour vous dire : regardez vos frères en lutte, ne regardez pas les couleurs de peau. Regardez-nous ensemble, et c’est comme ça qu’on renverse le système. Parce qu’en fait, comment la République haïtienne est née ? C’est lorsque le mulâtre, qui était encore intercalé entre son père, l’oppresseur capitaliste, et sa propre mère qui était l’esclave, s’est réveillé et s’est vu frère en humanité avec les autres. On a renversé le système d’oppression coloniale. Donc, lorsque les couches intermédiaires vont se rendre compte que nous sommes dans la même oppression et qu’en fait, ceux qui viennent pour nous aujourd’hui viendront pour eux demain, eh bien, ils arrêteront de servir l'État colonial. Il faut renverser le continuum colonial français. C’est la seule voie.
Merci, merci beaucoup. Juste une petite chose : vous avez parlé du CRA, donc du centre de rétention administrative, celui qui est projeté à Nantes, à Notre-Dame-des-Landes, c’est ça ? Vous pouvez nous dire où en est le dossier et pourquoi il y a ça ? Parce que là, il y a une forme de cynisme prononcé.
Macron nous envoie un préfet qui est collector. Le gars, il vient de Corse-du-Sud, il connaît les méthodes d’affrontement avec la population. Il a travaillé au ministère de l’Environnement, il connaît toutes les lois environnementales. Il sait très bien que son dossier est bancal. Il sait que son système de compensation ne fonctionnera pas. Donc il accélère pour entrer dans une zone de non-retour. Il vient de détruire le Bois Dormant il a arraché les arbres. Donc il ne respecte pas les espèces, il s’est auto-attribué le droit de piétiner les espaces vivants. Il s’est auto-attribué les permis de construire qu’on lui a refusés. Il s’est auto-attribué tous les droits, alors que toutes les instances de contrôle de la nature et des droits humains se sont opposées au projet. Mais moi, je suis allée plus loin. J’ai demandé pourquoi est-ce qu’on va dépenser plus de 40 millions d’euros pour enfermer 140 personnes qu’on peut régulariser et dont le fruit du travail, finalement, permet de payer des impôts. Donc ils peuvent très bien s’insérer dans la société. Mais c’est simple : c’est un outil du capitalisme prédateur pour permettre d’opprimer les travailleurs sans papiers. Parce que si on vous menace de vous mettre en CRA, vous devez montrer des fiches de paie pour demander vos papiers. Donc, finalement, vous n’allez jamais vous révolter pour demander votre salaire, pour demander vos heures supplémentaires. Vous allez devenir corvéable à merci. Et ça fait descendre toute la masse salariale. Parce que je dis aux personnes identifiées comme blanches : « Vous pensez que ça ne vous concerne pas ? » Eh bien, ça vous concerne parce que ça vient directement en concurrence avec vos droits. Donc c’est toute la société qu’on nivelle vers le bas comme ça, en ayant des gens qui sont enfermés dans des cuisines, enfermés sur des chantiers et qui ne peuvent pas réclamer leurs droits, et qui travaillent dans des conditions indignes. Avec la canicule, les gens cuisaient à 55 degrés dans des cuisines, sur des toitures, on les exploitait. On n’a jamais fait le bilan de ces choses-là. Donc l’oppression, elle est là aussi. Donc on est tous concernés par ça. Le CRA, c’est un outil de pression et d’oppression.
Le tchat vous salue : « L’analyse, excellente », « J’aime cette dame », avec des cœurs. « Là, il font comme je l’aime », « Politique du fait accompli par rapport au CRA », « Merci madame », « Très clair, tout ce qu’elle dit », « C’est affreux, le pouvoir des préfets, maintenant », etc., etc. Merci à vous. Bonne manif. Merci, merci..
J’accompagne la dame, donc i sera tout à vous ensuite Je peux parler ? Coucou ! Erwan Bourigou, parmi les porte-parole d’un groupe antivalidiste nantais, de La France insoumise aussi, entre autres. Et je sais que ça pique au niveau de l’antivalidisme et de la FI, mais bon, on va essayer de régler ça. Qu’est-ce que je voulais dire ? Oui, aujourd’hui, je porte un tee-shirt de Babacar. Donc, l’année dernière, j'étais au triste anniversaire, justement, de sa mort, abattu froidement de dos. Mais Babacar n'était pas seulement quelqu’un de racisé, c'était aussi quelqu’un qui, sur le moment, était en situation de handicap. C’est pourquoi, moi qui ai fait le choix de révéler publiquement le fait que je suis en situation de handicap invisible, je suis autiste, je suis concerné. Au moment où Babacar est abattu, ça appartient aussi bien aux concernés racisés qu’aux concernés invalidés.
Voilà. Merci beaucoup. On peut te joindre où, ton collectif ? Vous avez une adresse mail, vous avez quelque chose ?
Faudrait mettre ça en place.
Ah bah bravo, la FI ! Bon, allez, on va regarder s’il y a du monde. Eh mais il y a du monde !
J’y ai pensé aussi, hein !
Merci à toi !
Mais euh…
Comment on peut te joindre ?
Je cherche rapidement. Limite, vous allez sur la dame qui vient de parler, là. Vous écrivez sur son Insta, c’est moi qui m’en occupe.
OK. Alors donne-moi le nom du compte.
Cherchez Érika Caderas. Voilà. Présidente du groupe Insoumis et citoyen au conseil métropolitain de Nantes Métropole. Normalement, vous avez assez d’infos, voilà.
Merci à toi. Bonne manif à toi, en tout cas.
Je ne peux pas en rajouter plus, là ?
Je crois qu’elle t’attend, d’ailleurs. Elle est dans la manif, celle-ci. Et je vais rajouter quelque chose. En Guadeloupe, c’est le troisième qui fait une crise psychotique parce qu’il n’a pas pris ses médicaments. Comme Ronny Cély, il y en a eu deux autres avant lui. Et ensuite, qu’est-ce qui se passe ? On appelle les forces de l’ordre pour le maîtriser et pour pouvoir le sédater. Mais les gendarmes, ils l’abattent à vue. C’est le troisième comme ça. Et lorsque sa sœur republie les rushs sur les réseaux pour montrer comment on a abattu son frère injustement, eh bien, on la place en garde à vue 48 heures en l’accusant de faire monter le racisme anti-Blancs en Guadeloupe. Donc ils sont dans une impunité totale. Et l’affaire Claude Jean-Pierre le prouve. C’est tant de combats pour que deux gendarmes qui ont brisé la nuque d’un père de famille puissent comparaître, non pas en témoins assistés, mais soient mis en examen, et en plus pour homicide involontaire. Moi, je pense qu’il faut continuer à pousser parce qu’il n’y a rien d’involontaire là-dedans. C’est parce qu’ils sont autorisés à faire ça qu’ils le font.
Merci beaucoup. Nous sommes tous les deux membres de ce groupe antivalidiste. Je suis ses jambes, elle est ma sociabilité. Nous sommes en pair-aidance.
Voilà. OK, merci beaucoup. Bonne manif à vous, merci à toi, merci beaucoup. Alors les amis, j’ai besoin de manger un petit sandwich. Je vous propose de filmer la manif, mais pas d’interview pendant cinq, dix minutes, si ça vous va. J’espère que le son est bon, que l’image est correcte. Si vous nous rejoignez, nous sommes donc à l’entrée du boulevard du Temple. Je mange un petit sandwich et on roule. Est-ce que ça vous va ?
Au revoir merci.
Le son n’est pas bon, là ? Là, j’ai repris le micro, normalement. Le son n’a pas bougé.
Racisme d'État, on n’en veut pas ! Violences d'État, on n’en veut pas ! Racisme d'État, violences d'État, on n’en veut pas !
On n’en veut pas ! On n’en veut pas ! On n’en veut pas !
Merci beaucoup ! Au revoir. Merci.
Merci beaucoup.
Et c’est parti ! Merci beaucoup.
Le sandwich est bientôt fini. Alors, à chaque fois, je fais le rabat-joie, je vous dis : il n’y a pas tant de monde que ça. Il y a quand même un peu de monde, il y a quand même un peu de monde.
C’est à peu près.
Mais je suis incapable de vous dire combien, évidemment, pour l’instant.
À tout à l’heure. Nous ne sommes pas près de faire ça.
On va aller en tête de cortège. Pour tout vous dire, la caméra est en ce moment tenue par Dadadocdada, donc Dada, que je salue et que j’embrasse. Ça me permet de tenir le micro et de manger. « Salutations, Dada ! » dans le tchat, non mais si on compare avec la manifestation contre la loi Sécurité globale, où il y avait eu 300 000 personnes à Paris, on est très, très loin du compte. Mais évidemment, bravo à tous ceux qui sont là, qui manifestent, qui prennent le temps de réfléchir. On verra en fin de manif, parce que là, il y a quand même des gens qui arrivent.
T’as pas honte de dire, honte de dire qu’on veut qu’il soit mort !
Alors, on essaie de remonter le cortège, si vous voulez, pour avoir une meilleure idée. Grande diversité des organisations, grande diversité de manifestants, pas mal de jeunes. Ah, une petite fanfare. C’est le jour, on reste avec eux deux minutes.
Abonnez-vous, abonnez-vous ! On vous aime, monsieur. Vous faites un très, très bon travail. Tous les individus qui sont interrogés nous font élever le débat, plus de qualité, plus de mentalité. Allez la Côte d’Ivoire, et à bientôt sur nos ondes ! J’espère que vous allez continuer à nous écouter tous les jours parce que c’est très intéressant. C’est bien plus intéressant que la matinale de France Inter.
Voilà. Merci beaucoup à demain pour France Déter, alors.
Voilà, à demain pour France Déter, si je suis réveillé, parce qu’il y a un gros match ce soir.
Oh mince, c’est quoi, le match ?
C’est OM/PSG. Après, ça fait longtemps, ça fait longtemps qu’on les joue et ça fait longtemps qu’on les gagne. Peut-être qu’une victoire pour eux, ça leur ferait plaisir. Moi, je ne suis pas contre le partage des gains et des victoires, donc il n’y a pas de problème.
Alors ça tient à ça, l’audience de France Déter ? Selon, la veille, le match de foot ?
Ouais. Il y a un peu plus, quand même. Ils ont quand même foutu des gros imbéciles à l’antenne, donc il faut arrêter. Il faut tout simplement arrêter de les écouter, en fait, parce que plus on les écoute, plus on deviendra idiots.
Et bon, on les écoute.
Ah, j’avais un truc à vous dire. Nous sommes 750 000 à avoir signé. Est-ce qu’ils attendent que nous soyons tous millionnaires ? Voilà, c’est tout. C'était la petite punchline. Normalement, j’aurais aimé l'écrire sur un carton, mais bon, ça n’a pas été possible.
Merci à toi.
Merci à moi.
C’est parti !
On remonte le cortège. Je me parle trois fois. Est-ce que vous m’entendez quand je vous parle ? Alors, je suis vraiment loin de vous. Alors, on avance, on avance ! Alors là, j’ai descendu le micro, donc on essaie de rejoindre la tête du cortège. Nous sommes partis de la place de la République, direction Bastille. J’avoue que je ne connais pas le trajet. Je ne sais pas si c’est République-Bastille ou si ça va jusqu'à Nation. Je n’ai pas réussi à voir le trajet. On a démarré à 13 heures avec les prises de parole et là, on est dans la manifestation où, minute après minute, le cortège grossit. Voilà. Donc j’accélère, d’ailleurs, pour arriver à la tête du cortège, que je n’aperçois pas encore. Excusez-moi, on est en direct, est-ce que je peux vous interroger ?
Vous me demandez ce que c’est qu’une police de proximité ? Une police de proximité, ce serait, pour moi, une police non armée et qui s’occupe du citoyen. En fait, pour vous donner l’idée, on voit bien l'évolution, dans les médias, dans les discours, de ce qu’a été la police : une police qui part du secours pour arriver à une police qui donne la mort. Voilà la logique de notre société actuelle.
Merci à vous, bonne marche.
Une police de proximité, ce serait une police non armée.
Alors, on remonte encore, on remonte encore, on remonte toujours.
Merci.
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Faut qu’ils nous lâchent !
Et donc, une newsletter qui vous prévient dès le début de chaque live. Si vous le pouvez, soutenez-nous financièrement. C’est comme ça qu’on peut continuer, payer les salaires, le local, le matériel, la production, les cotisations, la compta. Sans vos abonnements et sans vos dons, on n’y arrive pas.
C'était ça, lui.
On n’y arrive pas.
Voilà, on est en tête du cortège. J’avais posé le micro pour vous faire écouter.
Tous ces massacres, il n’y a jamais eu justice. Plus d’une centaine de morts, soi-disant sur le sol de la République. Claude Jean-Pierre s’en est suivi, Kéty Assor, Charles-Henri Saint-Laurent, tant de victimes tuées par balles. Comme en France métropolitaine, dans les quartiers populaires, nous restons les laboratoires de la répression de l'État français. Donc il faut se mobiliser. Il faut stopper ce permis de tuer. Et il faut continuer les combats et soutenir les familles. Force à vous, on est ensemble. Pas de justice, pas de paix !
Justice ! Pas de justice, pas de paix !
Je vais demander aux familles de venir et de nous rejoindre, aux collectifs aussi. Et on va commencer avec Camara.
Voilà, donc là, on est vraiment en tête du cortège. On est à l’entrée du boulevard des Filles-du-Calvaire, à l’entrée du boulevard des Filles-du-Calvaire, et ça va jusqu'à la place de la Bastille.
Bonjour à tous. Je me présente avant tout, je m’appelle Mamadou Camara, je suis le grand frère de Gaye Camara. Mon petit frère a été la première victime de la loi Cazeneuve en 2017. Le permis de tuer a déjà été validé. Arrivé à un moment, il va falloir qu’on se dise certaines vérités. Il va falloir s’organiser. Il va falloir s’organiser, conscientiser notre jeunesse, accompagner notre jeunesse et lui expliquer qu’aujourd’hui, il va falloir qu’elle fasse très attention. Nos frères ne sont pas les premières victimes des meurtres policiers et des violences policières. La police française a toujours été violente. La police française a toujours été une police violente et meurtrière. Et ça, il faut le dire ! Les institutions françaises, les experts en balistique, les juges, les responsables, les élites politiques sont pratiquement tous responsables de ce qui arrive actuellement en France. Et personne ne doit accepter cette loi. Parce que cette loi, nous, de toute façon, on en a payé le prix. La loi de 2017, on a été les premiers à être touchés par cette loi. Aujourd’hui, l’extrême droite, la droite de Macron et certaines personnes de gauche viendront voter cette loi pour encore tuer des Noirs et des Arabes. Il faut arrêter, il faut mettre un mot sur ces lois. Ces lois sont votées contre nous. Et ça va être pour tuer des Noirs et des Arabes, ça, il faut le dire. Mais par contre, moi, j’interpelle toutes les personnes : une fois qu’ils auront fini avec nous, c’est de vous qu’ils vont s’occuper aussi. Prenez juste l’exemple du mouvement des Gilets jaunes. Tout le monde a fermé les yeux sur plus de cinquante ans de violences policières. Aujourd’hui, toutes les tranches de Français les subissent. Que tu sois blanc, noir, arabe, peu importe ta confession, les policiers, c’est des criminels, et ça, il faut le dire. Il faut arrêter de se mentir à soi-même et de dire que, oui, c’est juste une minorité. 90 % des forces de l’ordre votent FN. Et le FN, c’est un parti fasciste. La police française a collaboré avec le fascisme, avec les nazis, pour envoyer des personnes de confession juive dans des camps de concentration. C’est ça, l’histoire de la police française. Et ça, aujourd’hui, nous, on n’est pas là par hasard. Ce n’est pas nous qui avons décidé de lier notre histoire à la France. C’est la France qui a décidé de lier son histoire à la nôtre. Et son histoire, elle est sanguinaire. Nous, on n’est pas là par hasard. Et je finirai avec ça : il est très important de soutenir nos sœurs qui se battent aujourd’hui. Moi, je vous le dis, les sœurs comme Samia, comme Assa Traoré, comme toutes les autres qui se battent aujourd’hui, je ne pourrai pas citer tout le monde. Vous avez Adja, vous avez la sœur d’Amine. Elles se sont battues. Nos frères se sont battus. On a le grand frère Almamy qui est là et qui s’est battu. C’est juste une continuité de combat. On a le papa Salah qui est en face de nous, parce qu’il n’y a pas que la police qui tue : même en prison, on nous tue. C’est ça, la réalité. Arrivé à un moment, il va falloir que chacun comprenne une chose : c’est un système qu’il faut renverser. C’est un système. Et ce système, c’est la justice qui a donné le pouvoir à la police d'ôter la vie de pauvres innocents. C’est ça, la réalité. Et dans toutes les violences policières et tous les meurtres policiers, on voit des malheurs. Mais personne ne doit accepter qu’un jeune se fasse tuer d’une balle dans la tête, d’une balle dans la poitrine. C’est une peine de mort. Ils vous disent qu’elle est abolie en France : elle n’est pas abolie pour nous. Elle n’est pas abolie pour nous. La peine de mort, ils l’ont rétablie pour les Noirs et les Arabes en 2017. Et il faut le dire : c’est la droite qui a voté cette loi.
Et il faut mettre un mot sur cette loi. Cette loi a été votée pour les terroristes. Nos petits frères ne sont pas des terroristes et ils ont été tués injustement. Arrivé à un moment, il faut que chacun d’entre nous comprenne que ces sœurs qui se battent aujourd’hui, elles se battent pour nous, nos enfants, nos petits-enfants. Donc nous, en tant que frères, on doit soutenir ces sœurs qui se battent depuis des années et des années, et ces frères aussi qui sont mobilisés. Mais moi, je vous dis, c’est une question politique. Il faut qu’on comprenne une chose : tant qu’on ne sera pas organisés politiquement pour combattre ce système, l’officier continuera toujours à broyer des vies. Et je vais finir avec ça : c’est dans l’unité qu’on pourra trouver des solutions à ces meurtres policiers, à ces meurtres commis par des gendarmes, à ces violences policières. Donc le plus important aujourd’hui, c’est l’unité. Peu importe ta couleur, peu importe ta confession, on se bat pour sauver des vies.
Quoi ? Quoi, quoi, quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Donc le plus important aujourd’hui, c’est d'être unis face à ce système, parce que c’est un système. Et je tiens à remercier toutes celles et ceux qui, ça fait des années et des années, se mobilisent contre ces morts, contre ce permis de tuer, pour toutes les personnes qui ont été tuées.
C’est un délit par la violence, par la force de l’ordre. Et aujourd’hui, moi, ça me fait chaud au cœur de vous voir parce que vous avez compris que ce n’est pas que nous qui allons mourir face à cette loi. C’est tous les Français, toutes les personnes issues de l’immigration qui vont subir ces violences policières, ces meurtres policiers. Donc, arrivé à un moment, il va falloir qu’on s’unisse. Mais surtout, réellement, il va falloir qu’on s’unisse, pour que le système tombe, parce que c’est un système. Et je vais finir avec ce que Malcolm X disait : dans une lutte, c’est la sincérité de la lutte qui va faire en sorte que le combat soit gagné. Soyons sincères dans nos luttes. Nous ne cherchons pas à être connus, nous ne cherchons pas à devenir des stars. Nous voulons seulement que ça s’arrête. Nous, nos petits frères ne reviendront plus, mais on ne veut pas qu’un autre jeune se fasse tuer injustement par les forces de l’ordre.
Donc le seul moyen, c’est l’organisation, et je dirais plutôt l’organisation locale. Engagez-vous en bas de chez vous, engagez-vous dans vos foyers, engagez-vous, accompagnez nos jeunes. C’est le seul moyen pour pouvoir les sauver. En tout cas, il faut remercier Samia et tout le collectif qui se bat contre cette loi. Sans Samia, aujourd’hui, on n’aurait pas fait cette mobilisation. Sans les luttes qu’Assa a menées, sans les luttes de toutes celles et ceux qui sont là aujourd’hui, on n’en serait pas là. Donc le plus important, c’est l’unité !
Merci. Cette marche, elle a été effectivement initiée par notre association, l’association que j’ai créée avec mon frère Issam au moment du dossier de Nahel. Cette association s’appelle Stop aux violences d'État, pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Cette association, c'était huit personnes ! Huit personnes qui ont fait sortir cent soixante organisations !
On n’entend pas, faites du bruit !
Je n’entends pas, je n’entends pas, je n’entends pas, j’entends pas ! Si huit personnes ont fait sortir cent soixante organisations, c’est parce que la cause est juste ! La cause nous concerne tous ! Il s’agit du droit à la vie ! Si on est tous là aujourd’hui, c’est pour dire non au permis de tuer !
Pas de justice, pas de paix ! Pas de justice, pas de paix !
Ce sont les mêmes. Ce gouvernement, ce sont les mêmes qui tuent nos enfants, ce sont les mêmes qui font qu’aujourd’hui remplir son caddie est difficile, ce sont les mêmes qui laissent brûler nos forêts. Ce sont les mêmes. Il faut combattre ce système.
Allez, viens, viens !
Donc, si le ministre de l’Intérieur nous écoute, qu’il nous dise : combien de vies faudra-t-il encore sacrifier avant de reconnaître le racisme ?
Dans un monde où la vie va très vite, tu as le pouvoir de tout arrêter.
Je rigole ! Je vais maintenant donner la parole au frère de Dylan.
Bonjour Paris, bonjour à tous et à toutes. Pour ceux qui ne me connaissent pas, moi, je suis un des grands frères de Dylan. Vous avez souvent la chance de voir ma petite sœur, Laurène, qui mène ce combat, mais aujourd’hui elle n’est pas là. Je suis venu tout seul de Normandie pour pouvoir assister à cette marche et défendre nos droits. La première fois que j’ai appris la nouvelle du décès de mon frère, c’est grâce à Samia et à ce collectif, qui nous ont accompagnés dès le début pour savoir quoi faire, et aussi le collectif Réseau Vérité et Justice, avec des frères et des sœurs militants, qui nous a accompagnés avec d’autres familles. Sans ces collectifs-là, sans ces réseaux-là, on ne sait pas comment on aurait fait. On aurait pu lâcher prise dès le début. Donc je tiens vraiment à remercier le collectif de Samia, Stop aux violences d'État. Mais aujourd’hui, on est là pour faire comprendre à la justice, à l'État français et à tous ceux qui nous gouvernent qu’il faut arrêter avec cette loi. Trop, trop, trop de morts. Hier, j’ai fait la manifestation à Caen et, en faisant les préparatifs, je suis allé sur le site des personnes tuées. Je regardais le nombre de tués. Il y avait tous les âges : 4 ans, 80 ans, beaucoup de jeunes, certes, 18, 20 ans et tout. Mais ça touche tout le monde : hommes, femmes, enfants, garçons, personnes âgées. Personne n’est à l’abri. J’ai un frère ici, qui est ici, un frère que j’ai perdu. Et tant qu’il n’aura pas justice, on sera là. Donc force à toutes les victimes, force à toutes les familles, et merci à vous tous d'être venus nombreux et nombreuses. Pas de justice, pas de paix !
Pas de justice, pas de paix !
Écartez-vous ! Écartez-vous ! C’est tout !
On ne rentre pas, on part !
On a l’air !
Vous avez aperçu Serge D’Ignazio. Vous avez peut-être vu Judith Godrèche aussi, là.
C’est bien !
Regarde, regarde, regarde !
Bonjour à tous. Je suis Mehdi, je suis avec ma sœur Phyllis, et nous sommes ici avec mes sœurs. Nous sommes ici pour parler au nom de mon frère Souleymane. Il est mort le 9 juin 2024 à Cherbourg. Il est mort après s'être fait taser. Il a pris un taser dans la cuisse et, ensuite, on lui a mis une balle dans le thorax à bout portant. Il ne pouvait plus bouger du tout. Aujourd’hui, on est là contre la présomption de légitime défense. On est là pour manifester tous ensemble. Aujourd’hui, pour nous, c’est un manque. Dans notre expérience, nous avons appris qu’on nous ment tout le temps, dès le début. Il est important aussi de pouvoir se préparer à tout ça, mais quand ça nous arrive, on n’est pas du tout préparés. Et dès le début, on a eu le soutien d’Assa, de Salah, de Mamadou. Il y a tant de personnes… Désolé, l'émotion me fait un peu… J’ai un peu de mal à parler. Justice pour Souleymane !
Je voudrais dire une chose pour revenir à cette loi, cette proposition. Nous, déjà, juste avec certaines preuves, on nous la met à l’envers tout le temps. Les frais d’avocat, ils sont pour nous. Eux, quand ils sont inculpés, c’est leur syndicat ou l'État qui leur paie l’avocat. Nous, on est obligés de faire des événements. Et à chaque événement, on tue une nouvelle fois notre frère. Je suis désolé, aujourd’hui, je n’arrive pas à parler. Parce que j’ai des questions à me poser. J’ai une espèce de poids sur moi.
La police assassine !
Justice pour Souleymane ! Pas de justice, pas de paix ! Souleymane, on ne l’oublie pas !
Je vous invite tous à nous suivre sur les réseaux sociaux, sur Instagram, « Justice pour Souleymane ». Merci à tous d'être là.
Justice pour Souleymane ! Pas de justice, pas de paix !
Est-ce que la famille de Lassana et la famille d’Enzo sont par ici ? Non ? Alors, les personnes qui sont à l’avant, s’il vous plaît, ne vous jetez pas sur le camion et ne vous mettez pas sur les motards !
On reste au camion, ça vous va ?
On reste à l’arrière. Merci de passer derrière le camion et derrière le cortège des familles et des mutilés, s’il vous plaît ! On ne pourra pas passer sinon.
Voilà, des familles qui se rencontrent par l’injustice, en fait.
Et toi ?
Pouria, est-ce que tu peux nous dire l’enjeu purement législatif ? Qu’est-ce qui se passe ? La loi doit être examinée au Sénat, et quels cheminements sont possibles ? Il faut qu’on avance, par contre.
Là, on en est à un point qui est déjà inquiétant, puisque l’Assemblée nationale a accepté de voter cette loi dont on connaît tous les dangers.
S’il vous plaît !
Surtout si, demain, le RN prend le pouvoir. Là, l’enjeu, c’est que ça ne passe pas au Sénat. Donc ça veut dire qu’il faut absolument, et moi je le demande formellement et je le ferai publiquement, demander au gouvernement de ne pas inscrire cette loi à l’ordre du jour. Il peut très bien décider de ne pas le faire, en considérant que là, il y a un point de tension plus grave dans la société, qui peut nous rappeler ce qui se passe dans d’autres démocraties qui ont basculé. Il suffit de penser à Trump et à l’ICE pour comprendre le risque. Larcher aussi peut décider de ne pas l’inscrire à l’ordre du jour. Ça, c’est la première des batailles, et elle devient urgente parce que je crois qu'à la fin du mois, il y a des élections sénatoriales, et donc la nouvelle Chambre sénatoriale va s’installer. Peut-être qu’ils vont décider de l’inscrire. Donc il faut que ça grandisse vraiment dans l’opinion. Et donc, je réponds à la question : l’enjeu, là, c’est une large coalition de citoyens qui sont bien sûr dans les quartiers populaires, mais pas seulement. Dans les milieux urbains, en tout cas. Et on sait que, depuis que les Gilets jaunes ont fait irruption dans la société, le rapport de la police avec sa culture de violence a été vu par tout le monde. Si malheureusement ils l’inscrivent à l’ordre du jour, alors il faudra, à l’Assemblée nationale, tout faire pour les battre. Il y a un peu d’espoir à ce stade, mais il faut quand même que tout le monde, dans sa circonscription, interpelle les députés dits démocrates du bloc centriste, là, qui ne servent à rien s’ils continuent à courir après les lois du RN. Voire même, non seulement ils ne servent à rien, mais ils en sont complices. Il faut qu’ils reviennent sur leur vote. Il y en a qui l’ont déjà fait, mais ce n’est pas suffisant. Et puis ensuite, il faudra tenir bon, il faudra faire une digue dans la société pour après.
Mais admettons que le Sénat adopte : c’est fini, la loi est adoptée et il faut juste qu’elle soit promulguée. Elle peut ne pas l'être, mais là, ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a que si le Sénat renâcle que ça repasse chez vous, à l’Assemblée ?
Alors, si c’est voté dans les mêmes termes, oui, c’est un problème. C’est pour ça que la première étape, c’est celle-là. C’est vraiment… On ne sait pas ce que va donner l'élection sénatoriale. Je crains le pire parce que je crois que le RN est capable d’avoir un groupe parlementaire, là, maintenant. Non mais il faut dire les choses, ça sent mauvais. Les vents mauvais arrivent en France, ça fait longtemps. J’espère que l'élection présidentielle ne va pas confirmer une bascule. Donc il faudra que tout le monde fasse le travail au moment venu. Mais il faut aussi se préparer. Je le dis là vraiment à tous ceux qui nous écoutent : ne vous enfermez pas seulement dans la certitude que votre champion aux élections va gagner. C’est bien, il faut se mettre en mouvement. Mais préparons-nous à une possibilité qu’il faut préparer sérieusement : c’est que la catastrophe arrive. Et la catastrophe, ce n’est pas simplement des méchants qui prennent le pouvoir. Ce sont des méchants avec des lois, des outils, une police et des alliés dans le monde. Je veux dire : c’est l’Italie de Meloni, c’est Trump, c’est Poutine, c’est bien d’autres. Donc attention. Et on sait qu’en France, les pouvoirs exorbitants du président de la République sont tels qu’il aura une administration beaucoup plus centralisée et avec une impunité présidentielle, c’est-à-dire une impunité de l’exécutif. Donc ce qui se joue, ce n’est pas simplement la police, là. C’est un vrai enjeu démocratique qui doit être un débat politique et dans la société. Donc j’espère que ce sera un sujet à la présidentielle.
Mais se préparer, ça veut dire quoi concrètement, à part rejoindre la Digue que tu présides ?
Par exemple, ça veut dire identifier quels seront les risques demain. Je vous donne un exemple : vous êtes une association, vous faites de l’accueil inconditionnel pour des personnes en situation irrégulière qui arrivent. L’administration vous demande des fichiers, il faut être en capacité de dire non. On vous demande, par exemple, de contribuer à la mise en œuvre d’une politique ségrégationniste, il faut être capable de dire non. Et je vais dire plus simplement : on pourra nous dire qu’il n’y a rien au-dessus du suffrage universel parce que le peuple est souverain. Alors, le peuple est souverain, c’est vrai. Mais il y a un truc au-dessus du suffrage universel : c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est le bloc de constitutionnalité, ça, c’est au-dessus. Donc il faudra qu’on soit nombreux, dans les collectivités locales, chez les hauts fonctionnaires, chez les scientifiques, chez les journalistes, dans la société organisée, qui est déjà organisée dans le monde des arts et de la culture, à être capables de dire : « Écoutez, le suffrage universel est peut-être un fait, mais il y a un truc au-dessus et nous, ça, on ne le fera pas. » C’est ça, faire une digue. Mais il faut le préparer avant. Dans tous les pays où on s’est rendus avec la Digue, on s’est aperçus d’un truc qui est glaçant : c’est qu’on voyait le truc venir, mais, en fait, nos amis ne se sont pas préparés. Ils étaient un peu dans le déni. Rappelez-vous Trump : on disait « Mais il ne gagnera jamais. » On a vu le résultat. Orbán, il y a quinze ans, on avait dit : « Il est trop proche de la sphère d’influence russe. Après la chute du mur de Berlin, personne n’en voudra. » Il a pris le pouvoir. Donc il faut faire attention, il faut se préparer. Et puis ça veut aussi dire identifier les secteurs de la société qui vont être les premières cibles du Rassemblement national. Et puis après, il y a un enjeu aussi global qui va traverser une partie de la bourgeoisie française. La bourgeoisie possédante, est-ce qu’elle va être sur une ligne de rappel à l’ordre très fasciste ou est-ce qu’elle va se contenter, telle qu’elle le fait jusque-là, de continuer à défendre ses intérêts par une coalition centre, centre droit ? On n’en sait rien encore. Mais là, il y a des contradictions qui traversent toutes les couches de la société et il faut être lucide. Même dans les classes populaires, on a cette hésitation. Donc il faut être lucide, voilà. Je ne veux pas refroidir les ardeurs, mais il faut le faire.
Merci beaucoup, Pouria. Courage, à bientôt.
C’est bon, c’est beau, c’est bon ! C'était une belle vidéo ! C'était bon, je t’aime ! C'était une belle vidéo !
Alors, s’il y a des problèmes de pixellisation ou de son moins bon, là, c’est dû à la connexion et je n’y suis pour rien. Mais j’espère qu’on arrive à faire un truc potable, au moment où je cogne mon pied.
C’est toute la société française qui doit se soulever aux côtés des victimes.
C’est quoi ?
La société doit se soulever. On va manifester et on va faire entendre notre voix. Nous sommes avec vous.
Merci à vous.
C’est ça !
Je suis la présidente de la LDH, Ligue des droits de l’Homme et des droits humains. Vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça fait de vous voir résister. On ne voit pas la fin de la manif, là, d’ici. C’est extraordinaire. Bravo à tous et toutes, bravo ! Nous résistons. N’oubliez pas que c'était une proposition de loi qui émanait auparavant de Jean-Marie Le Pen. Et c’est toujours l’extrême droite qui affiche cette idée. Ce n’est pas admissible. On accepte aujourd’hui que le gouvernement reprenne une proposition de loi d’extrême droite, ce n’est pas admissible. Nous devons résister. En 2017, la LDH s'était fortement mobilisée contre la loi qui prévoyait l’extension des conditions de tir, parce que nous savions par avance que ça allait produire plus de morts. Et je rends hommage à toutes les familles qui sont ici, qui ont le courage d'être ici pour se battre. Nous les soutenons. Bravo à vous, résistons ensemble. Nous savions alors que ça allait donner plus de morts. Eh bien, il y a des chercheurs qui ont démontré qu’il y a eu jusqu'à cinq fois plus de morts depuis 2017. Est-ce que vous vous rendez compte ? Plus de cinq fois plus. Tous ces jeunes qui sont tués et, la plupart du temps, de façon impunie. Et on sait que les contrôles policiers ciblent toujours les mêmes. Ce sont les contrôles au faciès, ce sont les jeunes hommes des quartiers populaires qui sont noirs ou arabes. Il y a notamment aussi les Roms ou les gens du voyage, mais ce sont essentiellement les Noirs et les Arabes. Autrement dit, ce sont des contrôles discriminatoires qui sont illégaux. Et ça explique le fait qu’il y ait plus de refus d’obtempérer, parce qu’il y a plus de ciblage de ces hommes, et que ce soit eux qui soient ensuite tués. Il faut bien savoir que la France a été condamnée par l’ONU, par le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, par le Comité contre la torture, qui ont dit à la France : « Vous devez prendre des mesures pour arrêter ce ciblage et faire qu’il y ait moins de morts », parce que la France est déjà le mauvais élève de l’Europe. C’est là où il y a le plus de morts. Eh bien, cette loi va faire qu’il y en aura encore plus, alors que la police doit rendre des comptes. Elle organise le fait qu’il n’y aura pas d’enquête. Et s’il n’y a pas d’enquête immédiate, alors il va y avoir des preuves qui vont disparaître, parce que les vidéos sont automatiquement effacées au bout d’un certain délai. Notamment pour les caméras des villes comme ici, c’est trente jours maximum. Donc, s’il n’y a pas d’enquête immédiate, ils seront présumés dans leur bon droit s’il s’agit de refus d’obtempérer. Mais si c'était légal et si la loi prévoit que les tirs soient présumés légitimes, alors il n’y a pas de raison de faire une enquête. Donc les preuves vont disparaître. Mais rappelez-vous, lors de la loi Sécurité globale, nous nous sommes battus. Nous nous sommes battus parce qu’il devait y avoir un délit du seul fait de filmer la police. Nous nous sommes battus et nous avons gagné : ce délit n’existe pas parce que nous avons résisté. Alors continuons à résister !
Résistance, résistance ! C’est la voie de l’espérance ! Résistance, résistance ! C’est la voie de l’espérance ! Résistance, résistance !
Je n’aime pas le drapeau, le képi, le galon, les parades, les bateaux, la fanfare, tout son tralala. Moi, je viens en dissident, à ma manière.
Tous ensemble !
Bonsoir, bonsoir.
Oh mon Dieu !
Je n’y arriverai pas, là. La musique est mondiale, mais le texte est fantastique. J’ai le cœur étranger, conforme hexagonal. Ni de marinière, ni de baguette…
Bonjour ! Alors, vous êtes où ? Pourquoi je ne vois plus le tee-shirt orange ? Abonnez-vous à Au Poste ! On est nombreux, c’est trop bien !
C’est bien. C'était bien. C'était bien.
La Bastille est en vue. La Bastille est en vue !
Quoi ? Non, c’est bon.
Ah, ça, c’est du rap ! Ah, je la connais par cœur ! Non, non, non, c’est un de mes fils ! C’est pas ça ! C’est moi qui ai vu !
Le morceau de Kery James !
Look at me, look at me. Look at, look, look. On était condamnés, ce sont des mecs de cité. Vous disposez d’une arme, et peut-être que c’est le son. Et si la police, comme une armée, est privatisée, les politiques, qu’ils soient fameux ou pas, en tout cas, pour l’instant, le fait est que demain, je t’en prie, c’est le prestataire de services. Si on met tout le monde, si on met les comptes à plat, si on les met à jour, on n’arrive pas à les éliminer. Comme vous, les politiques, vous n’arrivez pas à les éliminer. Parce que la banque, elle est plus forte que moi. C’est une évidence, c’est le fait qu’on se soumet à la finance. On travaille plus, mais on gagne moins. On attend juste le printemps. Pour des retraites, on les verra peut-être jamais. On a l’impression d'être esclaves du système bancaire. Et on prétendait faire la leçon au monde entier. La tête haute, je suis un travailleur. Je fais du rap, ils appellent ça de la musique laide. Je chante, je fais du rap.
Alors merci, merci à Kery James de répondre toujours présent, lui qui nous a bercés avec tous ses sons, lui qui nous soutient, qui soutient les familles de victimes depuis des décennies. Merci à lui, et faites du bruit pour Kery !
Kery, Kery, Kery ! Déjà, il est là, on le remercie. Il a toujours été à nos côtés, depuis les mobilisations de la Marche de la dignité. Avec la famille El Khalfaoui, il s’est toujours tenu à nos côtés. Je tiens à le remercier.
Depuis toujours ! On le remercie !
Faites du bruit !
Voilà les amis, on arrive place de la Bastille. Je lui ai dit : « Est-ce que je peux vous poser une question ? »
Honnêtement, j’ai gardé ma robe. Là, je pense que maintenant, bientôt… J’ai perdu ma partenaire ! Ah ! Elle n’est pas loin !
D’accord, merci.
Merci !
On n’a plus tout le monde.
Michel, je peux te poser une question ou tu ne veux pas ?
Ne t’inquiète pas !
Allez, rapidement ! Je sais ce que c’est. Bonne journée !
Ça va, et toi ?
Ça va. Ça va ?
On se revoit bientôt, je crois. Tu peux nous dire pourquoi et comment ?
On se voit pour le jugement des policiers qui m’ont agressé, à Paris.
À Paris. On se voit aussi le 14, c’est ça ?
On doit se voir le 14 pour un point presse. Il y aura plusieurs familles de victimes de violences policières. Et on parlera de tout ça, de toutes nos affaires qui sont jugées au même moment. Et je crois que c’est important d’en parler.
Le contrat d’engagement républicain pour stigmatiser et criminaliser les associations. Tout cela, c’est un fil rouge, tout cela, ça raconte quelque chose.
Justement, les personnes qui m’ont agressé, c’est du 9 au 20 novembre.
Merci beaucoup.
C’est moi qui vous remercie.
Merci, merci.
J’ai eu une déception !
Donc, c'était Michel Zecler.
C’est humiliant ! Pourquoi ça ? Pourquoi est-ce qu’il y a une transformation autoritaire du capitalisme ? Parce que le capitalisme est à bout de souffle ! Parce que le gouvernement, qu’est-ce qu’il fait ? Il détruit les services publics ! Il détruit la protection sociale ! Il attaque les pauvres !
Hé, comment vas-tu ? Ça va ? On va arriver place de la Bastille. Oui, c'était Michel Zecler, qui m’a demandé de tenir une conférence de presse au mois d’octobre, et j’ai dit oui.
C’est dans quel contexte ?
Ce n’est pas dans le cadre d’Au Poste, c’est comme ça.
La police tire sur qui ? Elle tire sur nos enfants, elle tire sur les hommes des quartiers, elle tire sur les personnes noires.
Ah non, non, Alice, ce n’est pas du tout clairsemé.
Mais faut-il tirer sur les…
Je vais te montrer derrière moi. Et maintenant, je tourne.
On ne peut pas accepter ça ! C’est une honte internationale, c’est une honte !
Il y a du monde, il y a beaucoup de monde.
Pour le droit à toutes et tous de manifester sur une planète habitable, c’est irresponsable, c’est antidémocratique, c’est criminel. Nous ne laisserons pas passer cette loi parce que la police est radicalisée, parce qu’il y a cette extrême droite. On ne laissera pas passer ! Aujourd’hui, il y a les familles de victimes, aujourd’hui il y a le cortège antiraciste, il y a le cortège antifasciste, il y a le cortège de la jeunesse qui emmerde le Front national, il y a les écologistes, il y a les syndicalistes, il y a les partis politiques. Ensemble, nous sommes un immense mouvement antifasciste et, ensemble, nous stopperons cette loi !
Pas de justice, pas de paix !
Bonjour à toutes et tous ! Je m’appelle Pouria Amirshahi, je suis député de Paris, et je viens vous voir ici à plusieurs titres. Mais d’abord pour vous dire qu’il n’y a rien qui remplacera la mobilisation extraordinaire que vous avez réussi à organiser. Il n’y a rien qui sera plus puissant que les démonstrations de force que ces grandes coalitions autour de celles et ceux des collectifs de familles de victimes ont réussi à faire. Parce que ça fait des années, des décennies même, que non seulement on avait invisibilisé les victimes des violences policières, mais qu’on avait même craché à la figure des familles, de leurs soutiens, dont on avait dit que c'était juste une bande de délinquants qui auraient mérité la mort. Voilà ce qui se passait au début des années 2000. Puis ensuite, avec la loi de 2017, qui a aggravé les choses parce qu’elle a étendu le champ des tirs. Je me souviens, j'étais député à ce moment-là, et malheureusement, on était en train de préparer le lit d’une catastrophe, c’est-à-dire de laisser entendre à la police qu’elle était totalement libre de pouvoir agir comme bon lui semblait, indépendamment de tout contrôle. Alors, ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale il y a quelques mois, c’est un pas de plus dans la mise en place d’une société qui devrait s’accoutumer, voire se préparer, à des gouvernements autoritaires d’inspiration fasciste. Car ce que nous faisons là, ce n’est pas simplement défendre les familles des victimes, ce n’est pas simplement contester une loi scélérate et meurtrière, c’est aussi, contrairement à ce qu’ils nous disent, défendre une certaine idée de la République et de la démocratie. Et comme le disait Samia l’autre jour : « La démocratie, c’est nous. La République, c’est nous. » Et nous ne laisserons pas, nous ne devons pas laisser s’installer cette idée que la République se traduit juste par l’uniforme et par une certaine conception de l’ordre. La République, c’est d’abord la liberté, l'égalité, la fraternité et la justice. Ce qui est fait aujourd’hui, je vois derrière vous une foule dont je n’arrive même pas à distinguer la ligne d’horizon, ça donne de la force. Bravo, bravo au collectif ! Et je voudrais que tous ensemble, on lance un grand applaudissement à toutes ces associations et collectifs qui ont réussi cette journée mémorable. Bravo à elles ! Et je dis surtout bravo à elles, car ce sont souvent des femmes, celles qui, petites sœurs ou grandes sœurs, mamans, tantes, amoureuses aussi et compagnes, pleurent leurs morts et qui n’ont rien lâché. Et je demande qu’en plus de notre révolte politique, on ait en tête qu’il y a encore une justice lorsque les collectifs de familles portent plainte et que, même quand elles perdent, ensuite elles font appel, et qu’ensuite elles ne lâchent pas l’affaire et vont en cassation, et qu’elles vont devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Elles font aussi une démonstration : la République, c’est nous. Et enfin, ayons en tête que ce qui se passe en France peut parler ailleurs dans le monde. Une association que j’ai cofondée avec des organisations comme la Ligue des droits de l’Homme, comme le Syndicat des musiques actuelles, mais aussi des personnalités comme Rokhaya Diallo et bien d’autres encore, s’est rendue dans une série de pays qui sont justement dans des moments de bascule, avec une police qui se durcit et qui aussi tue. Vous l’avez vu notamment en Amérique avec la milice de Trump, ICE. Donc la France peut être aussi le point de départ d’une résilience active et d’une résistance qui ne se laisse pas faire et qui dit à tous les démocrates conséquents du monde entier : « Nous, nous défendons l'État de droit, nous défendons la démocratie et nous ne nous imposerons pas votre morbidité et vos névroses meurtrières. » Vive cette manifestation, et pourvu qu’elle nous donne de la force !
Merci. La démocratie est à nous ! La République, c’est nous ! La France, c’est nous !
Je vais maintenant laisser la parole au Parti ouvrier indépendant.
Bonjour à toutes et tous les camarades. Je suis Mélinda, pour le Parti ouvrier indépendant. Je voudrais tout d’abord souligner et saluer la large réussite de cette manifestation. Nous sommes d’ores et déjà des milliers, nous sommes des milliers ici à Paris, nous sommes des milliers à Marseille et dans, je crois, une centaine d’autres villes en France ! Depuis hier, cette mobilisation est une réussite totale et nous la devons tout d’abord, et je tiens à les saluer ici, aux camarades du collectif Stop aux violences d'État, qui ont réalisé un travail incroyable avec une combativité inégalée. Donc vraiment, bravo et force à vous !
Regardez sur la droite !
Ces manifestations, elles s’inscrivent dans la continuité des 730 000 signataires de la pétition pour dire non au permis de tuer, qui ont eu lieu tout au cours de l'été, juste avant le passage en force de cette loi à l’Assemblée nationale. Une loi qui est directement empruntée au programme de Jean-Marie Le Pen et qui prévoit la présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes. Pourquoi est-ce qu’on en est là aujourd’hui ?
Vas-y, vas-y ! Merci beaucoup.
Alors, qu’est-ce qui se passe ? Ma caméra ne va pas bouger. Alors je vais filmer comme ça. Voilà ce que je voulais voir. Désolé, mais là, il y a trop de monde, donc on va perdre la connexion, je pense. Alors là ! Voilà, voilà, voilà. Désolé, il y a trop de monde. Il y a trop de monde. Est-ce que vous m’entendez, là ? Voilà, donc le camion est en train de faire le tour de la place, où il va y avoir une petite dispersion tranquille. J’ai l’impression que les gens continuent. Je serais bien allé voir Samia pour terminer, l’organisatrice. Qu’est-ce que vous en dites ? On va voir Samia. En tout cas, vous étiez très nombreuses, très nombreux, les aupostiennes, les aupostiens, sur Twitch et sur YouTube, là, cet après-midi. Alors, je vais vous montrer la banderole, là, maintenant.
En fait, on n’arrive pas à lire.
« Nous jugeons la présomption d’usage légitime de l’arme coupable de meurtre avec préméditation. » Voilà. Avec un flic en tenue de justicier, de Judge Dredd. « Nous jugeons la présomption d’usage légitime de l’arme coupable de meurtre avec préméditation. » Voilà. On passe voir Samia et on arrête. Vous êtes d’accord ? Vous êtes d’accord, les amis ? Parce que moi, j’ai une matinale à préparer pour demain matin. Demain matin, 7 heures, nous allons parler de la censure avec l’autrice Anna Arzoumanov, d’un livre sur la censure. Nous allons aussi parler de la météo des luttes. Nous avons un gros dossier « Ici Londres » sur l’actualité des fachos. Nous avons la météo du tchat, nous avons peut-être un deuxième invité. Voilà, c’est de 7 heures à 9 heures, demain, comme chaque lundi matin, « France déter », la matinale d’Au Poste. Je vous rappelle que, vraiment, vraiment, rejoignez-nous sur auposte.media. Alors, je ne sais pas où ils vont, là, ils continuent. On va aller voir Samia. Ah mince, elle est descendue du camion. Ah non, elle est là.
Alors qu’il continue à parler Thomas Portes, qui était notre invité justement lundi dernier, ou il y a quinze jours, je ne sais plus.
Pour tuer en toute impunité. Eh bien, la mobilisation massive que nous sommes en train d’offrir aujourd’hui, elle doit envoyer un signal clair au gouvernement. Pour défendre ce pays, il y a une partie importante des citoyens qui n’acceptent pas que les policiers soient aux ordres du ministère de l’Intérieur et des syndicats policiers d’extrême droite pour tuer en toute impunité dans ce pays. Jamais nous n’accepterons que la police puisse assassiner en toute impunité.
Et je dis que cette loi, c’est la continuité de ce qui a coûté la vie à des dizaines de personnes. Une loi que Samia a permis de remettre dans le débat public, qui s’appelle la loi sur les refus d’obtempérer. C’est l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure, qui a été voté en 2017, dans un contexte d'état d’urgence, par le gouvernement du Parti socialiste. Ces gens ont installé une loi qui a permis de tuer en toute impunité. Et déjà à l'époque, cette loi visait, dans le cadre de l'état d’urgence, les jeunes des quartiers populaires. Ne nous y trompons pas : cette loi vise à maintenir l’ordre établi, à faire en sorte que plus personne ne se mobilise, pour ne plus remettre en cause le capitalisme, pour ne plus remettre en cause le pouvoir de quelques-uns, pour faire peur et pour tuer. Et enfin, je vais terminer parce que vous avez entendu beaucoup de choses. Mais je crois que, vraiment, le message qu’il faut faire passer aujourd’hui, c’est que plus personne ne va se laisser faire face à la police de ce pays et à l’inscription de cette loi. Plus personne n’acceptera qu’on aille dans ce pays vers cette loi. La réforme de la police, elle est fondamentale parce qu’aujourd’hui, la police n’est plus dans l’ordre républicain et il faut la ramener dans la République. Parce que la police, elle n’est pas au service de quelques-uns, elle doit être là pour nous protéger toutes et tous. Et ça, ça passera par un changement de régime, par une autre République, par le fait d’avoir des institutions républicaines dans ce pays.
Et pour terminer, merci à vous, force à vous, parce que c’est difficile de se battre contre les violences policières. Il y a des menaces, il y a des intimidations, il y a des gens qui sont blessés, il y a des gens qui meurent sous les balles de la police. Mais le peuple de France s’est levé aujourd’hui pour dire que c'était fini. C’est terminé d’accepter d'être opprimés par la police de ce pays. Et celles et ceux qui continuent à les soutenir sont indignes de la République française. C’est ici qu’elle est, la République, dans ce pays. Merci.
Pas de justice, pas de paix ! On ne lâchera rien !
Tu peux m’accorder une seconde ? Juste une seconde. Bonjour Samia, bravo Samia.
Merci. Bravo à nous tous. On est hyper contents, on a réussi à rassembler dans la rue beaucoup de monde. Je pense que si l’initiative a pris comme ça, c’est parce qu’il s’agit du droit à la vie. Il y a 160 signataires, ça va de la CGT à Greenpeace en passant par les ONG. C’est vraiment au centre des préoccupations de tout le monde. Et je pense qu’aujourd’hui, les gens prennent conscience qu’il ne s’agit pas d’un sujet à la marge, en fait, cette question du droit à la vie. Donc on est très contents parce que les rues sont pleines un peu partout en France.
Est-ce que tu as une idée de combien nous sommes là, à Paris, ou pas ?
Alors, je ne sais pas encore. Il y a des estimations autour de 50 000 qui me sont revenues, mais il y a des observateurs, donc on en saura un peu plus tard.
Merci beaucoup. À bientôt.
Nous sommes tous antifascistes ! Nous sommes toutes antifascistes ! Nous sommes tous antifascistes ! Et pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos ! Et pas de fachos dans nos quartiers, et pas de quartier pour les fachos !
On va lancer la musique, hein !
Pas de justice, pas de paix ! Pas de justice, pas de paix ! Justice pour Souleymane ! Justice pour Souheil ! Justice pour Adama ! Justice pour Nahel !
Peut-être pour toi, Euryale, hein. J'étais au service d’un petit fixing. C’est pour la vignette.
C’est la première fois que j’ai eu l’impression que je suis dans un pays où il y a beaucoup de gens qui se sentent comme ça. C'était un moment d’espoir. C'était un moment de joie. C'était un moment où j'étais très content. J’avais l’occasion d'être content.
Un petit mot ? Qu’est-ce que vous vendez, madame ?
La revue du QG décolonial.
Et de quoi parle-t-on ?
De Paroles d’honneur.
Qu’est-ce que tu penses de cette mobilisation ? Je t’ai vue très heureuse à côté du camion, tout à l’heure, en disant : « C’est énorme. » J’ai lu sur tes lèvres, tu disais : « C’est énorme. »
C’est énorme parce que les organisatrices, dont Yessa Belkhodja, par exemple, me disaient tout à l’heure : « Je pense que si on est 10 000, ça serait bien. » Moi, je pense qu’on a largement dépassé les 20 000. Donc c’est très important, d’autant qu’il y a une mobilisation à l'échelle du pays, hier, dans une centaine de villes en France. Donc je pense que cette loi alarme beaucoup de gens et elle scandalise énormément parce qu'évidemment, ce permis de tuer qui est officialisé, ça veut dire la mort certaine de nombreuses personnes dans ce pays, et notamment des hommes des classes populaires, et en particulier les non-Blancs. Donc voilà.
Le fait que ce soient surtout des femmes qui portent ce combat, des familles, tu es également une femme, qu’est-ce que ça nous dit du monde d’aujourd’hui ?
Alors, ça dit que, d’abord, il faut savoir qu’historiquement, ça a toujours été les femmes issues de l’immigration postcoloniale, dans les quartiers, qui ont effectivement porté ce combat. Ça, c’est une constante depuis trente ou quarante ans. C’est les sœurs. Pourquoi ? Parce que c'était les frères qui sont tués par la police, c'était eux qui vont en prison. Donc c'étaient les sœurs, les mères et les épouses qui prenaient en charge, justement, le soutien de la famille, voilà, et les collectifs de lutte, etc., etc. Bon, ça, c’est vraiment une constante de l’immigration. Alors, le truc, c’est qu’en fait, on les a complètement mises de côté. On a écrit un récit sur ces femmes-là disant qu’elles étaient soumises, qu’elles n’avaient pas d’agentivité, de puissance d’agir, alors qu’elles ont toujours eu une puissance d’agir. Et là, je dis « nous », parce qu’historiquement, on a toujours participé aux luttes. Simplement, on était invisibilisées, voilà, et on a parlé pour nous. Il fallait nous sauver, alors qu’en fait, on était capables de le faire toutes seules.
Là, tu vois les choses rapidement, parce qu’on est en pleine manif. Comment tu vois les choses ? Je t'écoute de temps en temps à PDH et tu répètes souvent : « Mélenchon, c’est notre butin de guerre », etc. Tu roules pour lui en disant que tu vas être critique. Quand je dis « tu », c’est toi et les gens avec qui tu es. Tu penses vraiment ça ou c’est un mantra pour les camarades ?
Alors moi, le mot « rouler » est de trop. Moi, je ne roule pour personne. Moi, je roule pour mes idées et mes convictions, ça, c’est un. Et donc, par conséquent, ça fait une vingtaine d’années que l’antiracisme politique existe. Au départ, on était très isolés. Quand on est arrivés et qu’on a posé la question du racisme structurel de ce pays, on était très isolés et on était combattus, notamment par la gauche. Et donc il fallait déjà, on avait comme défi à la fois de nous auto-organiser, mais également de convaincre la gauche de la pertinence de la théorie politique décoloniale : le racisme structurel, l’existence de races sociales, sociales, j’entends par là l’existence de discriminations de type raciste, structurelles, donc qui sont l'émanation de l'État et pas de monsieur et madame Dupont, et pas simplement de l’extrême droite.
Tu seras plus jolie.
Et pas simplement de l’extrême droite.
C’est plus favorable pour toi d'être devant la colonne.
Et donc, par conséquent, lorsqu’on se donne comme objectif de transformer cette gauche pour que, précisément, elle prenne en compte nos revendications, et qu'à partir du moment où elle les prend en considération, à partir du moment où t’as une gauche de rupture qui rompt avec le consensus islamophobe, qui rompt avec le consensus policier et raciste, qui rompt avec le consensus impérialiste à travers le consensus sioniste, qui rompt avec ces trois consensus et qui, en plus, rompt avec le consensus libéral, à un moment donné, il faut se satisfaire de cette gauche. Donc moi, je dis « butin de guerre » parce qu’il y a vingt ans, on était loin de ce résultat-là. Aujourd’hui, grâce à nos luttes, des luttes collectives, je pense aux familles des victimes de violences policières, très nombreuses, qui se sont encore réunies aujourd’hui, mais je pense aux collectifs comme la Brigade anti-négrophobie, je pense au CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France, je pense au FUIQP, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires, je pense au PIR, évidemment, le Parti des indigènes de la République, je pense à l’UJFP, déjà. Donc tout ça, on a formé un front de l’antiracisme politique qui a mis en évidence ces questions-là. Lorsqu’aujourd’hui elles deviennent populaires et qu’elles atteignent un niveau de masse, eh bien, on s’en satisfait, on est contents. C’est-à-dire qu’on n’est pas du genre à ne pas reconnaître nos victoires. Quand il y a des victoires, il faut le dire. Et moi, j’appelle ça une victoire, une victoire politique qui est une victoire pour l’ensemble de la société. Parce qu’en réalité, toutes les luttes minoritaires, lorsqu’elles atteignent un niveau de masse, c’est une victoire pour toute la société parce qu’en fait, tout le monde bénéficie de la transformation générale de la société. Et là, en l’occurrence, ça suffit. De plus, ce n’est pas simplement qu’une transformation, il s’agit de la transformation des rapports de force au niveau du pays. Les Gilets jaunes nous ont aidés, évidemment, puisque, en fait, les Gilets jaunes, venant après les quartiers dans la confrontation avec l'État autoritaire et policier, eh bien, on s’est rendu compte qu’au final, l’autoritarisme de l'État allait atteindre tout le monde, et les classes populaires blanches, mais également les organisations de gauche. Donc aujourd’hui, d’une certaine manière, on est tous un peu dans le même bateau. Et faire front tous ensemble, converger, c’est la moindre des choses. Et donc je pense que ça, c’est le résultat aussi d’une prise de conscience générale. Bon ben voilà, donc je ne roule pour personne, je roule pour mes combats.
Eh bien, je termine sur ce rire, sur ces mots. Je te dis qu’il faudrait qu’un jour tu prennes le temps. Non mais c’est vrai, c’est vrai. Mais j’attends, je sais pas, un bouquin ou un truc, qu’on parle tranquillement, car nous avons quelques accords et quelques désaccords, évidemment. Par exemple, un désaccord que j’ai, là, juste à l’instant, c’est que tu oublies, me semble-t-il, des gens comme le MIB, des gens qui étaient là dans les années 70, dans les années 80, qui portaient le même combat, qui est pour le coup très juste, de l’antiracisme politique. J’ai l’impression que, comme chaque génération, tu penses que ta génération est pionnière. Je te laisse la parole.
Alors d’abord, je te renvoie au livre Nous sommes les indigènes de la République, que nous avons écrit avec Sadri Khiari. C’est un livre de peut-être une centaine de textes dans lequel on parle du MIB, on parle de notre héritage vis-à-vis du MIB et de tout ce qui nous a précédés. On a toujours dit qu’on n'était pas une génération spontanée et qu’on vient effectivement de l’histoire de l’immigration, du MIB. Simplement, on est vingt ans après le MIB, aujourd’hui. On est vingt ans après le MIB. On l’a dit au début, on l’a dit quatre, cinq années après notre apparition. Bon, maintenant, voilà, ils font partie de notre histoire. On est les héritiers de cette lutte-là. Mais comme on ne parle jamais du MTA, je ne passe pas ma vie à parler du MTA, du Mouvement des travailleurs arabes. Et pourtant, nous disons que nous sommes héritiers de ces luttes-là, comme nous sommes héritiers des luttes qui ont précédé, les luttes anticoloniales. Et j’ajoute que, pour le MIB, puisque je te donne une information qui est très peu connue, le MIB avait participé à l'écriture de l’Appel des indigènes de la République avec nous. Et lorsqu’on a été à la veille de lancer l’appel, ils se sont retirés. Donc on était avec eux. Et moi, quand je suis arrivée à Paris, je suis allée directement voir le MIB. Donc ce n’est pas ça, la vraie histoire, ce n'était pas ça. Ils ont refusé de nous suivre dans l’Appel des indigènes de la République, ils ont refusé de le signer, alors qu’en fait ils étaient avec nous dans le processus d'écriture. À un moment donné, chacun prend ses responsabilités, quoi !
Merci. Bonne vente à La Criée, donc. C’est quoi, le nouveau numéro ?
Ça, c’est l’ancien, tout simplement. Nous sommes victimes de notre succès : j’ai vendu tous les numéros 4.
Décidément, butin de guerre, victime du succès, incroyable ! Allez, amusez-vous bien, à bientôt. Et il va y avoir l’invitation. C’est dit devant la caméra. Voilà, c'était Houria Bouteldja. Fin de manifestation. Chers amis, je vous disais, j’arrête là parce que j’ai une… Comment dirais-je ? J’ai une matinale à préparer. Nous avons une matinale à préparer. Nous avons une semaine de dingue qui est dans les tuyaux. Voilà. Ça te va ?
Pas mal !
Je vous dis merci. Merci d’avoir été aussi nombreux et nombreuses à marcher avec nous dans Paris. Donc Samia annonce 50 000 personnes. On verra les chiffres de la préfecture, on verra les chiffres définitifs des organisateurs, mais en tout cas, il y avait du monde. C'était très mélangé, beaucoup de jeunes, beaucoup, beaucoup de jeunes. Alors, pour l’instant, puisque j’ai vu que dans le tchat beaucoup de questions portaient sur comment se comportent les flics, eh bien, ils ne sont pas là. Ils étaient là au début, voilà, mais ils ne sont pas à chaque coin de rue. Donc, pour l’instant, tout va très bien. Merci à vous tous. Merci à vous tous. N’hésitez pas à nous rejoindre sur nos canaux, sur nos réseaux, la mailing-list, à vous inscrire sur le site. Et pour ceux qui peuvent, à faire un don ou à vous abonner à un abonnement payant. Ça commence à 2 euros par mois et ça nous permet, à ce média de gauche, de consacrer 100 % de notre temps, mais qui ne tombe pas, parce que j’ai vu des messages, qui ne tombent pas dans le confusionnisme et compagnie. Voilà, on tient le bon bout. On tient le bon bout et on tiendra le bon bout. Voilà, camarades, je termine là-dessus, sur cette image. Ah si, si, valeur anarchiste, je veux dire que s’il n’y a pas de police, il n’y a pas de violences policières. Bah oui, c’est évident, évidemment. À demain, tout le monde.
