Faire mieux ? #2
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Diagrammes et Au Poste présentent leur deuxième soirée à Paris, le lundi 26 octobre au Point Éphémère. Au programme : Le Club de la presse indé, animé par David Dufresne, une conversation sur l’union des droites avec Stéfanie Prezioso, Bénédicte Laumond et Arsenio Cuenca animée par Michel Feher, et un concert de la chanteuse malienne Mah Damba.
19h30: Club de la presse
avec
Ivan Du Roy (Basta),
Céline Martelet (Politis),
Eden Sakhi Momen (Médiacités Lille)
David Dufresne
21h: Débat Penser à anticiper l'union des droites
Quelles leçons tirer pour la France des différents schémas d'union des droites dans les pays voisins (au pouvoir en Italie, dans l’opposition en Espagne, à ses prémices en Allemagne en dépit du passé) ?
Nos invités :
Stefanie Prezioso : Historienne spécialiste de l’Europe du XXe siècle, elle est professeure d’histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de l'Université de Lausanne. Ses recherches portent sur la Première Guerre mondiale, les processus révolutionnaires dans la première moitié du XXe siècle, la violence politique, l’antifascisme et le fascisme. Elle porte une attention toute particulière aux origines politiques, aux définitions conceptuelles et aux dimensions transnationales du fascisme.
Arsenio Cuenca : Doctorant au GSRL (EPHE/PSL/CNRS), il prépare une thèse consacrée aux représentations géopolitiques de l’Hispanité. Ses recherches portent sur les idéologies d’extrême droite ainsi que sur les approches méthodologiques mobilisées pour analyser ce phénomène. Il a coordonné le numéro 2025 de la revue espagnole de sociologie critique Encrucijadas, intitulé « Étudier l’extrême droite : épistémologie, perspectives d’analyse et méthodologies de recherche.
Bénédicte Laumond : maîtresse de conférences en science politique à l’Université de Versailles St Quentin en Yvelines elle est également chercheuse au CESDIP. Elle travaille depuis une dizaine d’années sur la régulation du radicalisme de droite en contexte démocratique avec une spécialisation sur la France et l’Allemagne.
22h45: Concert ou 2eme set Mah Damba
Entrée libre, le Point Éphémère
Un nouveau rendez-vous mensuel et engagé mêlant club de la presse indépendante, débats stratégiques entre chercheurs et activistes autour des angles morts de la gauche à l'approche des élections présidentielles puis un concert pour finir la soirée en beauté.
Jusqu’à une date récente, l’essor des extrêmes droites était la principale menace qui pesait sur les démocraties européennes. Le danger s’avérait d’autant plus pressant que les succès électoraux de partis tels que le Rassemblement national, Fratelli d’Italia, Vox ou Alternative für Deutschland incitaient souvent leurs rivaux à transiger avec leurs phobies et même à reprendre certaines de leurs propositions.
Les apprentis sorciers qui s’engageaient sur une telle voie ont d’abord espéré que leurs concessions suffiraient à ramener les électeurs vers eux. Avec le temps, toutefois, il leur est apparu que leurs efforts étaient vains : les gens, comme l’expliquait déjà Jean-Marie Le Pen, préfèrent l’original à la copie, surtout lorsque celle-ci devient si ressemblante qu’elle enlève leurs derniers scrupules aux hésitants. Aussi nombre de politiciens conservateurs, libéraux et centristes ont-ils conclu qu’à défaut de prendre des voix aux extrêmes droites, leur meilleure chance de conserver le pouvoir résidait dans la formation d’alliances avec elles.
Longtemps inenvisageable, l’union des droites est devenue l’horizon dont des partis censément attachés à la démocratie libérale ont appris à s’accommoder. Toutefois, parce que les formations ethno-nationalistes avec lesquelles il leur faut s’allier sont immanquablement les légataires d’un passé infâme – nazisme, fascisme, franquisme, Vichy – un important travail de blanchiment politique et moral s’est avéré nécessaire.
D’une part, il a fallu soutenir que les extrêmes droites ont profondément changé : n’acceptent-elles pas les règles du jeu électoral ? Leur soutien sans faille à la politique israélienne n’est-il pas la preuve qu’elles se sont purgées de leur antisémitisme d’antan ? Ne sont-elles pas réconciliées avec des institutions européennes où elles sont chaque jour mieux représentées ? Leurs programmes ne sont-ils pas dépourvus de mesures susceptibles d’effaroucher les investisseurs ? Bref, il n’y aurait plus guère de raison de les traiter en pestiférées.
D’autre part, il a fallu indexer la dédiabolisation des héritiers du fascisme sur le discrédit de l’antifascisme. La gauche qui s’en réclame s’est en effet vue accusée, sinon de verser dans la sédition, du moins de pratiquer l’apologie du terrorisme – en s’en prenant aux fleurons de l’industrie fossile, en accusant les forces de l’ordre de brutalité ou encore en contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël. Alors qu’auparavant, les partis du bloc central se contentaient de renvoyer dos à dos les « populistes » des deux bords, la perspective d’une union des droites leur a imposé de ne plus stigmatiser que la gauche, en lui réservant le qualificatif d’extrême.
Si l’union des droites est bien le spectre qui hante l’Europe, son état d’avancement varie selon les pays : déjà au pouvoir en Italie, où les conservateurs de Forza Italia ne sont guère plus qu’une force d’appoint, elle est annoncée en Espagne au cas où Pedro Sanchez perdrait les élections de novembre. En Allemagne, le fameux « mur de feu » censé barrer la route à la résurgence du nazisme demeure formellement en place, mais l’élection d’un membre de l’AfD à la présidence du parlement de Saxe-Anhalt indique qu’il commence à s’effriter. Enfin, en France, si le déni va prévaloir jusqu’au scrutin de mai 2027, il est peu probable qu’au-delà, Marine Le Pen puisse gouverner sans l’appui des Républicains mais aussi d’anciens membres de la majorité présidentielle.
Comparer les situations dans ces quatre pays n’est pas seulement instructif sur l’état d’avancement de la dé-démocratisation européenne. Pour la gauche, prendre acte qu’il n’est plus temps de distinguer entre un adversaire de centre-droit et un ennemi d’extrême droite constitue un défi majeur dont il est urgent de saisir les implications.
Une forme d'auto-éducation populaire


