« Global Police », magnifique et terrible voyage en BD. De l’invention du « bobby » anglais au modèle chinois
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Surveillons les surveillants sur auposte.fr. Bonjour, bonjour tout le monde Nous allons parler de l’Angleterre en long, en large et en travers avec l’invention du Bobby. Bonjour à tous, Aujourd’hui Global Police avec un pilier du chat Florent Calvez et Fabien Jobard chers amis, comment allez vous ? J’ai oublié de vous dire, évitez la bibliothèque parce que ça fait cliché les gars ! Alors racontez nous ce qu’il y a quoi comme livre derrière vous ?
Il y a des livres de santé publique mais il suffit que je sorte et puis on fait ça dehors.
Non, tout va bien.
. Derrière chez moi c’est le bâtiment de la cité Cordon et dans deux ans, il ne sera plus. Donc c’est un dernier témoignage, un dernier hommage à ce bâtiment.
On fera ça à la fin de l'émission si tu veux
Je vois aussi Anthony Caillé, secrétaire national de CGT Police, avec lequel tu partages l’affiche d’un petit film qui s’appelle Un pays qui se tient sage. Voilà, pour dire les choses, on se connaît mon cher Fabien, depuis une quinzaine d’années Je t’ai vu l’autre jour dans la manifestation contre les violences policières. C’est assez rare une sortie d’un politiste en manifestation Mon cher Florent, tu es un auteur prolifique et si ta bibliographie est bien plus grande que celle de Fabien, dessinateur chez le même éditeur américain. Tragédie des aventures extraordinaires de Nelson Mc Carmen, George Best, L’homme de l’année, Mousquetaire et Animator, Sept personnages, 1000 mots. Qui de vous deux a eu l’idée de faire ce livre,cette bande dessinée ?
Eh bien, en fait, c’est plutôt l'éditeur qui a eu l’idée, en voyant un certain film d’un certain réalisateur, un certain David Machin.Alors en fait, il a vu le film, il a trouvé passionnant et il a vu l’intervention de Fabien. Et tu sais, à un moment donné où il analyse une scène. Et il s’est dit tiens, il y a un truc à faire comme il s’occupe pas mal de bandes dessinées documentaires, notamment un lien entre les éditions Delcourt et la Découverte il me semble, avec une alliance entre des auteurs de bande dessinée et des chercheurs, des sociologues, des historiens,. Il s’est dit tiens, il y a peut être un truc à faire. Donc il a contacté Fabien, ils ont discuté ensemble et puis après, dans l’image, il m’a simplement proposé Est ce que ça t’intéresse ?
C’est comme ça que ça s’est passé.
Ouais
J’ignorais complètement. Si j’avais su, je n’aurais pas posé la question.
C’est comme ça que ça s’est passé. Et j’ai reçu un message de l'éditeur. Si je me souviens bien, ça devait être en février 2021. Alors lui, voulait partir en retraite sur un bouquin, une BD, donc sur police et manifestations. Et je lui ai dit vous savez, police et manifestations d’abord je vais faire un livre
Absolument.
Formidable pour moi de retravailler la même chose. Et puis ensuite, en fait, des BD de manif, il y en a une collection infinie. On a vu dans les derniers succès ensemble Bédé sur la Commune de Paris par exemple. Bien évidemment, la BD en deux ou trois volumes, sur la rue, sur la Révolution française, mais des BD sur telle manif voire autre dans les années 50, telle grève de mineurs en 47. Enfin bref, c’est un topo en fait. Parce qu'évidemment, graphiquement, la manifestation c’est quelque chose de tout à fait évident. Et donc je te dis d’emblée ce serait sympa, c’est qu’on faisait Théorie générale de la police. Alors là, il a un peu tremblé l' éditeur.
Oui, c’est dire je ne vais pas en vendre dix.
Mais il disait bon donc lui c’est un cinglé, il va vouloir nous faire un truc de 4000 pages en huit volumes, évidemment à mon avis, mais on a discuté en fait de ce que j’entendais plutôt faire avec. Avec cette idée là, c'était un panorama des plus vastes de la question policière. Pas chez nous, pas en France, pas dans notre histoire, pas dans notre actualité que par ailleurs d’ailleurs très bien documentée, hein, y compris par des bédés. Mais la police, c’est quoi ? Au XVIIᵉ siècle, c’est quoi en Chine aujourd’hui ? C’est quoi ? Dans un village africain de nos jours ? Et ça, évidemment, la BD c’est un instrument magique pour ça. Le documentaire, un documentaire, ça coûterait très cher parce que tu déplaces ton équipe en Chine puis au Nigeria, tu payes la facture à la BD. Pourvu d’avoir avec soi un dessinateur talentueux.
C’est à dire très cher donc c’est Florent.
Hélas non,
On parlera de ça. Ça vient parce que, j’ai été surpris, mais agréablement sur le fait que finalement, la question du maintien de l’ordre dont on parle souvent, c’est à dire le maintien de l’ordre social pour aller très vite, c’est à dire les manifestations revendicatives, en fait, apparaît assez peu dans le livre. En fait, votre livre questionne la nature même de la police, son rôle et ses agissements.
Exact. C’est un fait. Le bouquin essaie de se poser la question et d’ailleurs c’est la question que finalement le livre pose au lecteur. A la fin, le bouquin essaye de poser la question de savoir quel type de police nous voulons, le nous étant vraiment le plus large possible, c’est à dire nous collectif à nous ou national, nous social. Quelle est la police que les Françaises et les Français désirent ou bien nous comme chacun de nous ? Parce qu’en fait, on montre la diversité, l’immense diversité possible des modèles de police, des pratiques policières à travers le monde, à travers l’histoire. Donc ça pose évidemment en filigrane plein de questions sur qu’est ce qu’une police juste ? Qu’est ce qu’une police efficace ? Qu’est ce qu’une police souhaitable ? Qu’est ce que pas de police du tout. Puisque ça aussi on s’y attarde aussi. Quelques pages du roman. Et donc voilà, c’est un peu la question qui sous tend, qui sous tend l’ensemble du bouquin.
Chers amis, voici ma nouvelle méthode de travail. Tu peux regarder mes questions. Donc j’ai lu stylo en main, mais étonnamment c’est je sais pas pourquoi, je n’ai pas osé écrire dessus je l’ai massacré comme celui là. Cela, je l’ai gardé parce qu’il est franchement de toute beauté. Alors Florent, je vais te faire parler parce que je connais Fabien et il peut parler pendant des heures. Et à priori un dessinateur de base c’est un taiseux. Donc je vais te donner la parole plus souvent que tu ne le crois. Tout démarre par un déjeuner. Je peux déplorer parce que c’est les premières pages. Tout démarre par un déjeuner, de la famille, des gens qui ont regardé la messe Auposte et puis qui après se retrouvent ensemble et c’est le dîner familial. Et vous posez d’emblée la question de la politique. Ici, il y a Policy à table et il y a quelqu’un qui s’est pris des coups. Et donc c’est le début du bouquin, ça, c’est une idée de scénariste ou de dessinateur, enfin en tout cas d’auteur, j’imagine que la question de la mise en scène s’est posée toutes les deux secondes pour toi Florent, dans la mesure où il fallait éviter d'être chiant.
Ouais. En fait le truc c’est qu’il y a pas mal de bande dessinée documentaire qui jouent beaucoup sur le factuel, sur les faits. Alors je ne sais pas trop pourquoi, je ne pense pas que ce soit une facilité. C’est peut être un peu un petit complexe des auteurs de bande dessinée de présenter un travail sérieux de chercheur ou de vouloir restituer le travail des chercheurs. Si bien qu’il y a quand même pas mal de reportages dessinés ou de documentaires qui jouent un peu dans le PowerPoint.
Oh putain ça c’est bon.
Qui balance ?
Ça balance.
Non mais ce n’est pas son genre ?
Tu veux dire ? Le poète pointe avec le bleu des points interminables. Que du texte, que du texte, que du texte. Et pas d’histoire.
Et finalement, ça devient un peu des histoires, des histoires, des lieux, des faits illustrés en quelque sorte. Or le truc, c’est que moi je travaille dans la fiction ? La plupart du temps, je mets en scène des histoires. Et comme, on n’avait pas, envie de se mettre en scène Comme ce n’est pas une enquête en fait comme on balaye les époques, l’air et le lieu, on n’avait pas envie de trouver un système narratif où on allait voir telle ou telle personne, où on se rendait sur le lieu.
Florent tu me prends pour un débutant ou quoi ? Si ce n’est pas Fabien Jobard qui est là, là, page 160, on en reparlera, On en parlera tout à l’heure, mais évidemment que ça grenouille, là, c’est rigolo très rigolo.
Les personnages réels c’est parfaitement fortuit. Parfaitement fortuit. Et donc là, en fait, le truc, il a fallu trouver le système pour le système narratif, pour donner un peu de chair aux faits. Et donc on s’est dit qu’il fallait trouver un système global.
Je dois dire que de ce point de vue là, c’est très réussi. En effet, les romans BD, les romans, enquêtes. J’avoue, je commence un peu à me lasser parce que très souvent, le choix n’a pas été fait entre le dessin et le texte. On a l’impression d’une superposition quasiment d’une 1000 feuille. Alors parfois ça raconte très bien les choses, mais on n’est pas emporté par un souffle. Et c’est vrai que très souvent, les auteurs se mettent en scène parce qu’ils sont finalement le fil conducteur de l’enquête. Et là, la prouesse, c’est qu'à part le petit clin d'œil de Fabien, on verra à la fin pourquoi il dit qu’il est là. Parce qu’en fait, il nous représente tous d’une certaine manière. Et cette fois, c’est que vous ne mettez pas en scène l’enquête et vous arrivez à nous emporter aussi parce que vous passez d’un pays à l’autre, comme vient de le dire tout à l’heure Fabien, et d’une époque à l’autre, en une case. Donc il y a quelque chose de très de très de très surprenant.
Ben disons que c’est aussi l’intérêt de la bande dessinée, c’est qu’en fait, quand on regarde un film, on n’a pas le choix du rythme, on est embarqué et on est on suit un documentaire, un film à marche forcée. La bande dessinée, c’est le lecteur qui choisit le rythme. Donc on peut très bien avoir une transition un peu. Un peu franche quoi. De passer d’une page à l’autre, d’une époque à un pays différent, ça nous permet plus de latitude, clairement. Maintenant, le truc qui, moi en tous cas qui m’importait, c'était d’apporter un peu de chair. Donc c’est pour ça que dans le bouquin, on a des séquences contextuelles et des petites historiettes. Un peu comme des petites nouvelles pour mettre en pratique, pas pour montrer un peu comment ça se passe. Voilà, pour raconter des petites histoires, faire ça, un peu de fiction en quelque sorte.
Oui, bien sûr, il y a des petites histoires comme tu dis, on va y venir. Il y a juste un passage qui justement nous dit ben il y en aura pas d’autres des comme ça. C’est celui ci qui est long, c’est le seul. Alors que ça par exemple, c’est quelque chose qu’on peut retrouver assez souvent. Et en fait en gros, bon bah ça c’est du Jobard, c’est du Jobard dans le texte et en gros, ben voilà. Alors le propos liminaire avant que je vous fasse le cours, etc. Et l’idée centrale, c’est de dire puisque là c’est le repas de famille, c’est de dire le policier, en fait, la réalité à laquelle ils, ils il est confronté n’est pas celle qui est promise par les écoles, qui est fantasmée par les parents, par les films. Et donc les policiers vont se replier sur eux mêmes. J’ai l’impression, Fabien, que c’est au bout de 20 ans de travail, ou peut être même plus sur la police indée. Un des axes de ta réflexion.
En effet, c’est le repli de la profession sur elle-même. La conviction que toute la société lui en veut et une sorte de paranoïa structurelle latente qui traverse tous les étages du corps. Ce qu’on a fait ici avec ce repas de famille, ça c’est vraiment un topo. Savoir une scène que l'école et que les policiers connaissent par cœur. C’est-à -dire qu’ils sont, ils sont flics quelque part. On explique dans les pages qui précèdent qu’en fait l’essentiel du métier policier, ce n’est pas tellement le maintien de l’ordre, ce n’est pas tellement d’aller terroriser les terroristes et faire peur aux voyous. L’essentiel du métier policier, en fait, c’est du travail social, c’est-à -dire être confronté aux signes les plus manifestes de la misère sociale. Dans la société, maltraitances sur enfants, violences conjugales, ivresse sur la voie publique, conflits de voisinage, etc. Les policiers ne cessent de dire qu’ils ne sont pas entrés dans la police pour ça. Moi, je ne suis pas entré dans la police pour faire du travail social. Et en fait si. Et au repas de famille, le dimanche, ils se retrouvent avec leurs frères ou leurs cousins qui leur disent « ah ouais »
C’est comme ça que tu règles les chats, toi ?
Petit problème ?
Aucun animal n’a été maltraité pendant ce tournage.
Et donc le flic se trouve confronté à son frère ou son ou son cousin qui lui dit Vous passez votre temps à tabasser les camarades, moi en manif samedi dernier. Et le repas est tel que le policier sait qu’il ne reverra pas son frère, qu’il en a marre, il n’y aura plus de repas de famille puisque c’est comme ça. Et il se coupe, Il se coupe de ses liens amicaux, de ses liens familiaux, de tout ce qui n’est pas poli. Et ça explique la raison pour laquelle une très forte endogamie sociale chez les policiers, c’est-à -dire les policiers, en viennent à ne vivre qu’entre eux. Et donc on arrive dans une spirale et c’est ça une paranoïa latente de l’institution. Et ça vient du fait, en effet, à raison d' une légère tromperie à l'égard des jeunes qui s’engagent dans la police. On leur dit tu vas entrer dans la police et tu vas terroriser les terroristes, faire peur aux voyous ou aux stars. Et puis non, ce n’est pas ce qu’ils font. Et donc ils épousent une profession qui nourrit, qui est une matrice à déception, qui nourrit en permanence la déception, la frustration d'être là, le ressentiment également à l'égard évidemment, à l'égard des critiques à l'égard de la critique.
Alors ça, c’est particulièrement criant ces dernières années.
Oui, oui, absolument, parce qu’en plus, elle est évidemment cette frustration que, paradoxalement, elle est entretenue par le politique qui déploie tous ses efforts pour faire des policiers une clientèle électorale. Et donc là, il y a en plus des encouragements venant de l’extérieur et venant d’une instance légitime qui est qui est le politique. Donc ça, c’est la situation assez, assez française de notre de notre police. Et comme tu le soulignes fort justement prêtre, j’explique ça dans un petit texte et c’est vraiment le seul texte qu’on connaît, quasi le seul texte qu’on évoque En effet, parce que Florent a très bien décrit le projet, on voulait vraiment rompre avec ces vidéos documentaires dans lesquelles il y a un sachant, qu’on va passer le temps à représenter sous toutes les coutures, avec bibliothèque, Puis une fois comme ça, une fois comme ça,, et puis derrière, parfois, il y a le dessinateur qui se met lui même en scène dans la posture du naïf, mettant en valeur le savoir sans limite du sachant. Alors que la BD, elle permet, par exemple çà. C’est assez typique de ce que Florent a fait.
Ça, c’est magnifique.
Il est allé chercher dans je ne sais quelle bibliothèque de photos ou d’images, ce bâtiment qui n’est plus un comme la cité que tu ne voulais pas qu’on voye.
Donc c’est le Crystal Palace. Nous sommes en 1851. C’est L’exposition universelle de Londres Crystal Palace.
. Aujourd’hui, c’est une station de métro à Londres et ce bâtiment la BD, ça permet de se représenter des réalités historiques, des réalités lointaines qui sont autrement extrêmement coûteuses ou extrêmement rares à apercevoir. Donc ça, c’est assez magique et je préfère très largement, évidemment, avoir ce type de diptyque là plutôt que quelqu’un derrière qu’un chercheur dans son fauteuil. En gros, ça c’est une des lignes conductrices une des lignes conductrices du projet.
Florent. il faut que tu nous coupes.
Pour dire quoi ?
Pour dire par exemple comment ? D’où vient ce dessin qui est magnifique ? D’où vient ce dessin ? Du livre de Crystal Palace ? C’est que quand j’ai vu, je me suis dit ça, c’est combien de jours de travail ?
Euh je sais plus, je sais plus
C’est l’occasion de demander une augmentation.
Ce serait bien, mais c’est compliqué. Non, en fait le truc c’est qu' en termes de temps de travail, c’est extrêmement variable. Au début de l’album, ça me prend un temps infini Je poireaute, je tourne, je cherche et à la fin du calendrier de production… Là par contre, je suis dans une phase d’accélération. Si bien que, à la fin, à la fin du livre, je devais tomber l'équivalent de deux planches par jour pour avoir peut être même trois
Ouais.
Mais ça fait et ça et ça, ça je peux en témoigner. En quoi c’est au moins douze heures de travail par jour à la fin ? Or, plus de 18 h, pendant trois mois, les trois derniers mois de production, de janvier à fin de février à avril, je travaillais, je dormais quoi ! Tout est fascinant et ça a été un travail énorme sur la fin.
Bon, on reste sur le sur le caractère de travail d’artisan. Puis il y a plusieurs questions. Florent Toi qui est un habitué. Mais rassure moi, tu ne dessines pas en écoutant au poste ?
Non, mais pas là maintenant, évidemment.
Non, bien sûr.
En fait, le truc, c’est qu’il y a une phase de réflexion dans la mise en scène, dans le story-board, dans la manière d’agencer les images. Ça, c’est la première phase où là, ça demande un travail de réflexion. Et là j’ai besoin de silence. Après, quand je dessine… Après, c’est beaucoup moins mobilisateur en quelque sorte, c’est du travail en plus. Alors je te dis en quelque sorte, si bien que oui, j'écoute Auposte.
Leena nous dit justement ça manque un peu d’orange et il y a Sorcière qui te demande pourquoi le choix du noir et blanc. Alors là justement, je vous montre une planche qui n’est pas en noir et blanc. Mais c’est vrai que globalement, sans faire de mauvais jeu de mots, on est dans une tonalité sépia ou noir et blanc. Je ne sais pas trop comment on dit ça. C’est pour des raisons artistiques, des raisons de sens, des raisons économiques. Qu’est ce qui te ramène à ça ?
Alors il y a plusieurs teintes. Alors évidemment, ce sont des teintes un peu grisées, mais il y en a cinq ou six, ou sépia, ou un tout petit peu un gris, un tout petit peu violet ou vert. Voilà, L’idée c’est donc de d’avoir un truc assez homogène au final. Voilà. Parce que comme on passe du New York de la fin du 19ᵉ. A Lagos aujourd’hui ? Assez. Il y a des holdings vraiment différents et il fallait que le propos soit soutenu par une ambiance un peu homogène, quoi. Voilà, c’est ça. Ça, c’est le premier point. Deuxième point, le bouquin est fait 188 planches. Et en termes de boulot, ça rajoute vraiment beaucoup de délai en production.
La couleur la colorisation ?
Ouais, parce que trouver les bonnes ambiances ou les bonnes atmosphères, ça prend un temps. C’est pour ça qu’on distingue parfois dans des temps, dessinateurs et coloristes. On va dire que là tu as été le coloriste de ta BD. Ouais, on pourrait ne pas l'être. Oui, bon, tu as été coloriste d’autres BD au dessin web. En fait, le travail de coloriste aussi, c’est quasiment un boulot à part. Je connais pas mal de dessinateurs qui ont une conception très claire de la lumière, des éclairages, de l’ambiance, mais qui sont, qui sont pas, qui ne sont pas très à l’aise avec le choix des le choix, le choix des couleurs et puis le choix de l’application des couleurs. Moi, la plupart du temps je fais mes propres couleurs et il m’arrivait de faire des couleurs pour des copains. Je pense qu’il doit y avoir que deux bandes dessinées où j’ai pas fait mes couleurs en fait. Et c'était compliqué parce qu'évidemment, travailler avec quelqu’un sur les couleurs, bah quand on dessine, on a déjà une idée assez précise de l’ambiance qu’on a quoi. Ça, c’est ce que j’ai découvert. Donc il y a en fait deux métiers différents qui sont le trait et l’art et la couleur. Mais même du reste dans d’autres pays, que si on pense au Japon ou aux Etats-Unis par exemple, il y a même plus bas, tout est beaucoup plus segmenté. C’est qu’il y a les trois pour faire le duel dans les bulles. Il y a un dessinateur, il y a un encreur. Celui qui va passer au propre en quelque sorte, va passer au à l’encre, puis après à la couleur. En France, on n’est plus dans une logique artisanale.
Et il y a des questions dans le chat, sur la documentation. Mais ça va venir au fil de la discussion. Alors j’hésite, le livre est constitué de deux chapitres par exemple. Le premier, c’est celui ci des modèles de police. Il y a la police du futur. Ce qui vous permet en fait de faire un va et vient géographique et historique. C’est à dire qu’on n’est pas dans quelque chose de chronologique, mais quelque chose qui est plus parfois en rupture et parfois en permanence. Fabien, tu nous diras si c’est parce que tu penses que c’est comme ça aussi qu’il faut réfléchir. La police, quand je dis j’hésite, c’est que j’ai eu un coup de massue. Page seize Euh. Parce que là je me dis allez là, on n’est pas chez les cons. Donc on passe de L’exposition universelle de Londres, on va y revenir dans quelques instants avec le bobby. Mais d’abord, on passe de ça, des modèles de police à un gars qui n’avait pas de coloriste et il faisait les choses tout seul. Et puis toi, tu l’as rendu en noir et blanc, un dénommé Rembrandt. C’est un tableau, un tableau archi connu de Rembrandt qui ouvre, on pourrait dire, qui lance j’allais dire le film, qui lance le bouquin. Lequel de vous deux veut décrire ce tableau et pourquoi vous démarrez par ça ?
Récemment, un show a démarré par Serge Grouard. Mais en revanche, on voulait le tableau parce que le tableau, ce fameux tableau qui est au fond du musée Rijksmuseum à Amsterdam, au fond d’une longue pièce.
Avec un Rembrandt, elle est sous une table. Quand t’imagines, tu dis Je dis pauvre Rembrandt, et je le film avec une caméra..
En fait, c’est une des premières représentations. Je voyais la ventilation, comme dit une spectatrice.
Toute autre chose.
Qui a touché au postérieur.
Qui en possède. Ici, c’est très particulier
Mais qui demandait s’il y avait la police chez les Pierrafeu, On pourrait y revenir ou chez les chasseurs cueilleurs. En tout cas, y avait à Amsterdam ou au XVIIᵉ siècle, au XVIIIᵉ siècle, et l’une des premières représentations qu’on a de saint, c’est le fameux tableau La Ronde de nuit de Rembrandt, très improprement appelée Ronde de nuit, parce que Florent m’a expliqué que non, c’est pas une scène de nuit, c’est que la poussière a recouvert le tableau au fil du temps, si bien qu’on a effectivement le sentiment que la scène est nocturne. Incroyable ! Oui, oui, je sais, je l’ai pris à cette occasion là.
Donc pas de coloristes, mais des effets spéciaux chez Rembrandt. George Lucas.
C’est une scène qui présente la milice bourgeoise, c’est à dire une milice formée par le bourgmestre d’Amsterdam, donc le maire d’Amsterdam, qui réunit des gens de qualité et des bourgeois, des notables pour aller effectuer cette ronde de nuit, des gens en armes, des gendarmes pour effectuer cette ronde de nuit. Et on a imaginé ce dialogue entre lui et son capitaine, le CAB et le maire. Se tournant vers le capitaine il me semble et lui demandant : Dis donc, il y en a quelques uns dans la troupe, je ne les connais pas et le capitaine est obligé de lui dire ben oui, tu sais, aller faire la police. Bon, c’est sympa une fois, deux fois, mais en fait comme on s’emmerde, y a rien à faire. Et que par ailleurs, les bourgeois d’Amsterdam, ils ont vraiment beaucoup de choses à faire de leur journée. C’est une ville en pleine explosion commerciale grâce aux richesses coloniales. Donc bon, on est allé chercher des gens de moindre qualité et donc des cousins un peu voyous qui vont rejoindre la troupe et effectuer les rondes avec nous. Il faut bien s’en contenter. Et là, on touche un point vraiment crucial, c’est à dire quand on veut éviter la police, quand on veut éviter une institution, payer par l’impôt public de gens en uniforme et qu’on veut faire la police soi même, on se rend compte que le projet est souvent très chouette, hein. Mais en fait, c’est pas très intéressant comme travail et donc on est obligé d’aller recourir à des on dirait dans notre langage à nous contemporains, des travailleurs non qualifiés voire des gens qui ont une certaine accointance, une certaine habitude, par exemple du maniement des armes ou de la violence ou d’ailleurs du de la relation avec la misère sociale. Et on va faire la police avec eux. Et ça, c’est une tension sociale et tension sociale très forte dans les métiers policiers qu’on retrouve énormément aux Etats-Unis et dans toute l’histoire de la police aux États-Unis. L’histoire un peu un peu confuse, où les polices publiques sont très tardives et que les polices étaient avant les polices patronales, les polices milicienne des polices vigilantes, les polices aussi des planteurs, les polices anti esclaves, etc. Ces polices qui sont essentiellement constituées on dirait le bourgmestre d’Amsterdam dirait de gens pas bien. Et ça, c’est la tension, la tension fondamentale, l’une des tensions fondamentales du métier policier Comment valoriser le métier, comment attirer à un métier qui est un métier dur, répétitif, pénible, des gens qui soient probes d’une part et qualifiés diplômés d’autre part ? Tension très forte et on le voit aujourd’hui d’ailleurs, aujourd’hui et très immédiatement là, avec la baisse du de la note minimale exigée pour intégrer les écoles de police.
Et donc ça, c’est par exemple, ce que j’appellerais une permanence de la police, parce que on voit et c’est magnifique, on va passer de l'ère industrielle de Rembrandt à l'ère industrielle à aujourd’hui, etc. La révolution industrielle du XIXᵉ siècle. Les faubourgs anglais, les bas fonds américains. Il y a un peu cette idée, cette idée là du recrutement. Alors là, tu parlais bien de la police avant la police telle qu’on la connaît, c’est bien ça ?
Absolument. Parce que la police en fait dans notre histoire depuis les chasseurs cueilleurs, je ne sais pas, mais depuis, disons la Renaissance, mettons à l'époque moderne, dans notre histoire, à l'échelle de l’histoire, la police est une institution très bonne, très brève, très récente. Dans notre histoire, l’essentiel de la police est la non police. C’est-à -dire que l’essentiel des tâches qui sont aujourd’hui dans la police aujourd’hui, on prétend avoir le monopole. Eh bien, ces tâches étaient effectuées par d’autres institutions, le plus souvent très informelles auparavant. C’est-à -dire que pour le dire, pour le dire facilement, pour dire autrement, la police, c’est d’abord l’abolition de la police. Avant la police, il n’y avait pas de police et pourtant il y avait du contrôle social, il y avait de l’ordre social, il y avait de la violence évidemment, dans notre société, dans nos sociétés. Et donc on retourne vers cette manière d’assurer l’ordre sans police qui était celle de l’Europe avant. Avant le XIXᵉ siècle, pour donner quand même une idée concrète dans la police de New York, si j’ai bonne mémoire, c’est au milieu des années 1850. Avant, il n’y avait pas de police à New York, pas de police. Il y a les patrons. Des grandes manufactures qui assurent l’ordre sur leur territoire. Il y a évidemment toutes sortes de police patronales à l'échelle du port, et il y a les polices communautaires. Les Irlandais font leur police, les Italiens font leur police, les Juifs font leurs polices et toutes ces polices là s’entremêlent sur des départagent dans le meilleur des cas où des conflits de territoire permanents. Et ce n’est qu’il y a quand même très de 170 ans, 160 ans qu’on voit émerger une police payée par les contribuables sous l’autorité du maire de New York, qui portera sur le modèle anglais un uniforme et qui sera une institution comme telle. Et encore, ce sera super fragile parce que dans les quartiers irlandais, on envoie toujours que des policiers irlandais dans les quartiers italiens, que les policiers italiens et qui vont avoir entre autres, pour tâche de collecter les dons. En termes simples, collecter les dons pour le financement de la campagne même.
Quelqu’un dit dans le tchat :très beau. Et encore, c’est très mal filmé. Je peux vous dire que je le fais exprès pour que vous ayez acheté le livre, que vous soyez encore plus dedans je bois tes paroles va bien évidemment, mais j’ai été vraiment charmé par enthousiasmé, même par le livre. Il me semble que vous vous expliquiez, J’espère que je ne me goure pas parce que je lis beaucoup de choses, mais je pense que vous expliquez qu’en fait, pour vous, la police est la fille du capitalisme et de la ville. C’est ça en fait la police telle qu’on la connaît.
Ouais, exact. En fait, pourquoi la ville ? Parce que, avant la ville, le contrôle social était assuré par le fait que, à l'échelle du village. On se connaît tous. Et donc c’est un contrôle vicinal, c’est-à -dire un contrôle à l'échelle du chemin. De. On connaît toutes celles et ceux qui sont sur la voie publique et de toute façon, on contrôle l’attestation de se déplacer d’un village à un autre, on se déplace. Il n’y a pas de mobilité libre avant la ville. La ville, c’est un lieu très particulier. Un On s’y rend librement, on peut s’y rendre librement en tout cas. Deux. On ne connaît pas les gens qu’on croise dans la rue et donc on ne sait pas les ordonner socialement. On ne sait pas quelle autorité leur conférer. Il faut une autorité distincte et c’est là que naît la police. Et évidemment, elle naît aussi avec le capitalisme, c’est à dire à un moment où le volume de circuits de valeur, de biens en circulation est tel qu’il faut et la mobilité le long de toutes les étapes de circulation des marchandises sont telles qu’il faut en effet une autorité pour assurer le la sécurité du commerce. Et ça, c’est la police urbaine. Cela étant, quand on crée la gendarmerie en gros au XVIᵉ siècle, ce n’est pas pour assurer la sécurité des villageois et des campagnes. C’est la gendarmerie, c’est la maréchaussée, c’est à dire c’est pour assurer la sécurité des voies de circulation entre les fois et donc pour s'énerver. Et ça fait mal. En fait, on aurait pu écrire que la police est fille de la ville et du commerce plus que du capitalisme, du commerce. Il faut protéger les foires, il faut protéger les transactions. Et d’ailleurs, dans les villes, avant la police, il y avait des polices, c’est-à -dire des services administratifs de contrôle. On dirait aujourd’hui la police des marchés, la police des grains, la police des librairies, tout ce qui se vendait dans les dents, les différents, toutes les différentes activités commerciales. Ce n’est qu’après un moment, très récemment, que la police s’est intéressée à la sécurité, au bon ordre public, à la tranquillité publique des gens, principalement sur la voie publique. Elle a pénétré des espaces privés très, très tardivement, avec la problématique des violences conjugales violences intrafamiliales d’une part, et puis les autres espaces privés qui sont des espaces beaucoup plus confus, les entreprises. C’est-à -dire on va contrôler un peu ce qu’ils font à l’intérieur du système capitaliste. Tout ça, c’est très balbutiant.
Quand le chat te dit de manière malveillante Roland en fait la remarque En effet, la police protège les vitrines, est ce que c’est un raccourci qui n’est pas mal ?
Bah il est pas mal. Non, il n’est pas du tout malveillant.
Bien sûr.
Tout à fait lucide. Si la police protège les vitrines des libraires dans lesquelles notre ouvrage est exposé, on s’en félicitera.
Là, il y a déjà des lecteurs. Florent est au courant, mais il connaît auposte. Laisse le parler. Florent, je reviens à ton travail. Est ce que ce n’est pas une bénédiction pour un dessinateur que d’avoir à dessiner des villes ?
Graphiquement, c’est intéressant. Après, sur le tard, ça fait beaucoup de fenêtres, notamment quand on travaille sur Chicago, avec la vue avec les buildings. Là, ça fait. beaucoup, beaucoup de fenêtres.
Ah ouais mais là, tout d’un coup, on est dans on est dans. La culture. Bédé est assez réduite à deux pour moi. Tout d’un coup, j'étais dans Strange, là j'étais dehors et j'étais dans les super héros si je ne vais pas les montrer exprès pour garder la surprise au bien, c’est parmi les plus belles. Enfin, si c’est l' Oldsmobile des années 36, si vous dites que c’est magnifique.
Après c’est l’ambiance qui est chouette pour un dessinateur. Quand j’ai travaillé sur une série qui s’appelle Mousquetaire qui se passe entre 16eme et 17eme, j’ai passé quelques années à dessiner que des chevaux et des mousquetaires. Bon, c’est sympa, un délire.
Bon, vivement la police urbaine.
Là, typiquement, dans ce bouquin là, en tant que dessinateur, là il y a une forme de variété et un genre, il y a des changements d’ambiance, il y a des recherches différentes et c’est beaucoup plus varié, c’est plus agréable. Sinon, c’est un calendrier dessiné des chandeliers du 17ᵉ.
Bon alors justement, en parlant de changement d’ambiance et de séquence, je disais tout à l’heure il y a des chapitres évidemment, et il y a des personnages clés par chapitres. Et le premier, c’est celui que vous adorez, Robert Peel. Robert donnera un surnom que tout le monde connaît : les Bobby.
Les grands surnoms.
Son nom ? Parce que oui, mais dans Astérix, c’est tout petit. Et j’ai vu Andy. Alors qui est ce bon Bob ? Robert Peel Anglais Et alors ? Ce qui est passionnant, là, je pense que ce n’est pas bien qui va s'élancer. Ce qui est absolument passionnant, c’est qu’on va voir que la rivalité, je l’ignorais totalement franco anglaise joue aussi sur le terrain de la police pendant deux siècles et c’est rigolo de voir qu’aujourd’hui encore, on voit quand même des fractures, notamment sur les JP. Ce n’est pas dans le bouquin mais dans le contrôle de la police. On voit bien qu’il y a deux visions de la police totalement différentes. Et ça démarre. Ah ça démarre là ! Putain, ça démarre avec ce Bob ! Allons-y.
Ça démarre même un peu avant en fait, ça démarre avec la police du roi français, la lieutenance générale. En fait, les Anglais ont d' énormes problèmes. Évidemment. Dans le cours du XVIIIᵉ siècle, énormément d'émeutes, des émeutes ouvrières, des émeutes aussi, de soldats démobilisés après, après les guerres contre la France. Et Londres se développe à la vitesse qu’on sait, avec cet afflux de clichés complètement délirants venus des colonies et du commerce transatlantique essentiellement. Et la criminalité progresse d’autant. Et là, les bourgeois, les possédants anglais sont un peu à la limite de leur modèle. Leur modèle, c’est quoi ? C’est chacun fait sa police chez soi. Et donc, sur le port, on a notre autorité policière portuaire, dans la City, on a notre autorité policière dans les usines, etc. Et chacun paie pour ça sa police. Et dans le fond, la rue, c’est-à -dire on engage administratif français. Le domaine public est complètement délaissé et on a ce jeune député conservateur, ministre, une étoile montante du Parti conservateur qui a assuré l’ordre dans une colonie britannique qui est l’Irlande. D’abord militairement et ensuite un peu plus diplomatiquement, en reconnaissant les droits des catholiques. Robert Peel dit : Écoutez, on a les moyens de financer une police publique qui permette la sécurité de tous et la sécurité de tous. Ce sera aussi la sécurité de votre commerce, de vos habitations, de vos femmes. Et de vos biens. Et Robert Peel passe des années et des années à essayer de convaincre les possédants que oui, il faut financer une police publique par l’impôt. Et les possédants disent Mais la police, c’est bien ce qu’on a de notre côté, là, en France, la police, c’est bien cette institution qui est une des institutions socles de la monarchie absolue, d’un régime dont on ne veut pas, nos démocraties constitutionnelles. Les Anglais se vivent comme la pointe avancée de la modernité libérale contre toute forme de régime autoritaire sur leur territoire, évidemment en dehors de leurs frontières, à commencer par l’Irlande et jusqu’aux Indes, évidemment, c’est une autre histoire. Mais le modèle contre lequel la police anglaise va se développer, c’est le modèle français. Et donc si il veut une police en uniforme, c’est à dire une police visible, pas parce qu’il veut une police militaire, mais parce qu’il veut éviter une police invisible. La police des mouchards du roi et de Napoléon.
On va y venir
T’inquiète, c’est Fouché. Évidemment, prévenir y veut une police respectueuse, y veut une police qui fasse une avec le public, comme on dit en anglais, c’est-à -dire avec les gens, avec la société. Il veut que le public soit la police et que la police soit le public. Sont en effet les neuf principes de pile que tu es que tu exposes ici et qui sont le socle de ce qu’on appelle en anglais police, connaissance. C’est-à -dire que la police ne peut jamais faire que ce que consent la population, que ce que consent le public. Et ça, c’est une philosophie de la police. En pratique, dans la police anglaise, on a quelques pages qui illustrent. C’est bien compliqué à mettre en œuvre, mais en tout cas, c’est une philosophie de la police qui se développe en Angleterre, qui rayonne par le biais de L’exposition universelle de 1851, la présence de larges parties du monde et qui est aujourd’hui un modèle effectivement qu’on oppose encore aujourd’hui à la police française.
Alors, de la même manière, Florent, est ce que tu peux me dire comment ? Comment tu t’es documenté, comment tu as travaillé là ? Donc on voit à nouveau l’exposition universelle, car à chaque fois, les expositions universelles sont aussi des lieux de, on va dire de propagande ou de démonstration à la fois de la force. Et si j’en crois ce que tu dessines. La présence des bobbies va impressionner finalement le monde entier qui vient à Londres en 1851 pour visiter L’exposition universelle. Il y aura la même chose en France plus tard, etc. Mais là, tout, tout simplement. Par exemple, comment, comment tu te documentes en tant que dessinateur, puisque le pacte non, non signé tacite, on va dire entre toi et nous, si on te fait confiance, c’est à dire le haut de forme, comme ça, la gabardine, elle est comme ça, etc. Comment tu te documentes.
Merci Internet. Parce que sinon, j’aurais dû passer des semaines et des semaines dans des bibliothèques, des heures, dans des services d’archives. Là, typiquement, pour le Crystal Palace, il y a pas mal de docs qu’on peut trouver dans les différents sites, en anglais ou même français, avec pas mal de plans et des illustrations qui ont été utilisées pour la propagande, pour dormir dans les journaux. Et puis ça, c’est pour les lieux. De toute façon, ce qu’il fallait, c'était une vue générale. Après pour l’uniforme des débuts ce n’était pas évident parce qu’en même temps il y avait une évolution. De toute façon, dans les uniformes, il ne fallait juste pas se louper. Effectivement, parce que là par exemple, on voit à droite, on a le l’uniforme classique du mobile tel qu’on le connaît ici, mais avec le costume Diane elle-même. Et puis à gauche, on le voit avec le haut de forme qui est l’uniforme à l’origine. Ouais, ouais, ouais. Alors après, le truc, c’est que il y a des choses qu’on a pas vu dans la bande dessinée, c’est qu' en fait, le haut de forme était rigide et permettait aux flics de se hisser, de monter dessus pour regarder par dessus les murs.
Génial. Petite question c’est Fabien ou pas ?
Heu…
Bon, très bien. Donc on a donc ce Robert Peel
Oui, par rapport à ce que disait Fabien la permanence de la police qui protège le commerce. Moi je pense que c’est aussi lié au mouvement des enclosures, au Royaume-Uni. Et de la même manière, la permanence qu’on entend et je m’en suis rendu compte il y a quelques mois, c’est que finalement, aujourd’hui, la police, on dit qu’elle protège les biens et les personnes. C’est d’abord les biens en fait. Même juste dans l’expression coincer d’abord les biens, puis après les personnes. Je ne pense pas que ce soit tout à fait par hasard.
. Sorcière 62 nous demande si le principe neuf existe t-il encore ? Les neuf principes. Le critère numéro neuf, c’est le critère d’efficacité de la police et l’absence de crimes et de troubles, et non l’action policière en elle-même.
Alors ça, c’est l’essence. Et il est génial ce principe là, parce qu’il en fait le but. Une bonne police ne s'évalue pas à l'éclat de ses actions. Avoir arrêté Jacques Mesrine ou avoir flingué Abou. Une bonne police se mesure à la tranquillité publique. Au fait que. Elle est dissuasive. Elle sait. Sentir repérer les foyers de troubles. Intervenir ou faire intervenir des partenaires sociaux pour tenter de démêler ce qui peut le trouble et avoir effectivement une société pacifiée. Avoir un envers de ça. Il y a des sociétés dans lesquelles effectivement il se passe pas grand chose et où le contrôle social est partout. Ça c’est si tu veux, on peut partir de ce neuvième principe de pile et puis arriver à des formes de police telle que la police de Chine ou les polices asiatiques en gros, qui sont des sociétés très policées mais où l’institution policière est très discrète, joue un rôle très faible en tout cas. Elle a des bons yeux notre amie sorcière. Et effectivement, ce neuvième principe est le même principe est très séduisant, un peu redoutable. Il fait un petit peu froid dans le dos. En fait, on se demande si un peu de désordre n’est pas préférable à l’absence de troubles.
Et par exemple, quand tu entends encore les discours de Darmanin hier justement sur le sur le travail policier, sur la visibilité policier, c’est l’inverse de ce critère là en fait.
Je n’ai pas entendu ce qu’il a dit hier, pardonne moi, je ne suis pas branchée sur Darmanin
Là non mais Il a dit que la délinquance baissait, qu’il fallait mettre du bleu partout, que plus il y avait de bleu dans la rue, plus la délinquance baissait mais ne perdons pas de temps avec Gérald.
Non, non, mais ça c’est un topo politique, effectivement. Tu sais, il y a un politiste américain très connu, David Bailly. On en parle un peu. Elle évoque ton bouquin qui, dans les années 70 ou 80, a écrit Un des secrets les mieux gardés de la police, c’est que la police n’a aucun impact sur la délinquance au sens où en réalité. C’est la société elle-même qui produit telle ou telle forme de délinquance et qui la contrôle. En gros, lorsque la police intervient, il est déjà trop tard. Et donc. Et par ailleurs, l'équation selon laquelle plus de bleus dans la rue produit moins de délinquance. Elle est absurde. Plus de bleu dans la rue produit tout simplement plus de bleu dans la rue. Bon, on ne sait même pas si plus de bleu dans la rue produit plus de sentiment de sécurité. Ça peut produire également de l’inquiétude. C’est à dire là où on voit la police, on se dit qu’il y a une situation, qu’il y a de bonnes raisons pour que la police soit là et que donc la situation ou le lieu, le territoire est peu sûr. Est-ce que voir des militaires patrouiller à la Gare du Nord à Paris rassure les voyageurs qui arrivent à Paris ? La plupart des voyageurs allemands, par exemple, sont space. Y sont pas saisis d’effroi, mais ils sentent qu’ils entrent dans une zone qui est très, très particulière, qui ils sont très peu chez eux. C’est une zone très policière, très militarisée.
Le chatouillement de répéter le nom du politiste américain, c’est David Bailly,
Un Daily Mail c’est un grand collègue de Charles Tilly. Donc c’est aussi tout ce courant qui pour le coup, dans la BD est vraiment très inspiré, qui est le courant des années 70 80 d’explication de qu’est ce qui fait qu'à un moment l'État se structure, l'État s’impose comme force dominante dans nos sociétés.
Alors je disais tout à l’heure il y a des personnages clés qui reviennent. Donc là, on vient de voir Robert Peel et il y a son opposé, on va dire, c’est Joseph Fouché. Là, je pense qu’il faut qu’on s’y arrête, puisque c’est le régional de l’État. Mais Florent, est ce que c’est ton idée à toi de dire On pourrait scander la BD par des personnages clés ?
Ouais, ouais, ouais. Ben c'était justement trouver un autre système de narration, c’est de faire un peu des parenthèses qui segmentent le récit et qui permettent aussi une forme de respiration. Parce que mine de rien, c’est assez dense en termes d’informations toutes les pages précédentes. Et celles d’après quoi ? Et de faire une pause sur un personnage avec un système d’illustration où en quelque sorte, le personnage regarde le quatrième mur et s’adresse directement au lecteur. Ça, ça permet une respiration plusieurs temps, ça contribue au récit et s’insère. C’est un petit moment de suspension en fait pour mieux reprendre ses commandes qui focuse assez. Alors pour certaines fois notamment. Je pense à la double page sur les baguettes chinoises Un peu un pas de côté en quelque sorte. C’est une façon un peu aussi de dénoncer la stratégie et le mode de pensée de ces personnages là..
Alors Joseph Fouché
Fouché, c’est quand même un gars dans l’histoire française, un pur produit de l’histoire française. C’est quelqu’un un opportuniste, mais c’est quelqu’un qui est révolutionnaire pendant la révolution réactionnaire, pendant le directoire napoléonien, et qui tente enfin d'être monarchiste. Au moment de la restauration monarchique, en 1815, il massacre les lyonnais au canon.
Mais malheureusement pour lui, certains ont de la mémoire et se souviennent qu’il a fait partie de ceux qui ont coupé la tête du roi. Pas encore décidé. Et donc, pour être monarchiste.
Plus opportuniste que lui encore, genre Talleyrand, et parviennent enfin à lui à lui couper la route, à lui couper la voix. Joseph Fouché c’est un peu compliqué. C’est quelqu’un qui utilise en fait les instruments de la monarchie absolue français, française pour accompagner, consolider la conquête du pouvoir par Napoléon. C’est quelqu’un qui considère que la police a une tâche et une seule. C’est protéger le titulaire du pouvoir et donc les ministres de la Sûreté de Napoléon C’est lui qui va asseoir la préfecture de police C’est l’institution qui nous reste encore. C’est cette sorte de police dans la police ou d'État dans l'État qui va assurer non pas la sécurité des Parisiennes et des Parisiens, mais qui va assurer la sécurité des lieux de pouvoir dans Paris. Et c’est lui qui va développer cette police essentiellement.
Fabien il faut juste te rappeler parce que pour toi, si c’est une évidence, mais effectivement, la préfecture de police de Paris, c’est un endroit quasi unique au monde dans les capitales occidentales on va dire, y a quasiment pas ça. C’est effectivement un état dans l'état dans le sens où si plus de 30 000 fonctionnaires, enfin c’est ici et quelque chose d'énorme avec tous les secrets de Paris. Et moi j’avais en tête que c'était Napoléon qui avait créé ça, notamment pour mater la révolte parce qu’il savait que le bon peuple parisien pouvait être un peu excité, quand bien même ce peuple avait été mis au pouvoir. Bon, bref. Et là, en fait, j’apprends que c’est Fouché qui est à la manœuvre.
Oui, oui, bien sûr, c’est Fouché de Nantes qui est à la manœuvre sur toutes les matières, les matières policières, Napoléon étant plutôt à la manœuvre sur les matières extérieures et Fouché va former des corps policiers essentiellement mus par la nécessité donc de défendre le souverain, quel qu’il soit. Ce Fouché va tenter aussi de renverser Napoléon à un moment, et Napoléon d’ailleurs va le démettre mais va se rendre compte que les appareils qu’il a construits sont si puissants qu’il faut le rappeler. Fouché, il vaut mieux l’avoir près de soi que loin de soi.
C'était un peu comme le Sarkozy de l'époque à une époque, parce qu' aujourd’hui, c’est moins vrai.
Oui, mais d’ailleurs Napoléon a été très méfiant vis à vis d’un jeune homme exceptionnel, mais aussi un véritable pénétrable. Oui, oui, et puis. Et puis Fouché était bien plus puissant que Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy est obligé d’entretenir des clientèles par le syndicalisme policier qu’il a reconstitué. Il a gouverné d’une certaine manière avec une partie de la police contre une autre Fouché. Sa puissance est énorme. On a en plus quelqu’un qui fait du qui capte les richesses avec un grand talent. En bref, là on est dans l’enrichissement personnel chez Fouché. En bref, Fouché construit l’appareil sécuritaire français pour les deux siècles, avenir qui est un appareil essentiellement dévolu à la chasse ou ce qu’on appellerait terroriste aujourd’hui. Mais à l'époque, c’est la chasse aux opposants politiques, les opposants monarchistes, les opposants révolutionnaires, les opposants hébertistes, les opposants robespierristes, les opposants républicains. Et donc c’est une police de mouchards, c’est une police d’espions, c’est une police de défiance à l'égard, à l'égard, à l'égard du corps social. Et c’est cette police là qui est l’anti police prônée par les Anglais. C’est le modèle répulsif absolu.
Avec un personnage que la culture populaire connaît bien, c’est Vidocq qui. Voilà qui est emblématique, qui est un personnage réel. Venus, venus de des bas fonds venus du brigandage et qui se retrouve policier. Et ce qui ramène d’ailleurs à certaines questions qui étaient posées au tout début, c’est est ce qu’on peut considérer que la police, quand elle se constitue, est elle en fait elle le elle officialise les milices. Certains ont même posé la question est ce que finalement la police et la mafia ? Je vais balancer Attends, c’est quoi la différence entre la police et la mafia ? C’est donc Bonny qui pose cette question. Et Roland qui demande ? Peut on dire que les milices sont devenues police anachroniques parce que c'était plus par rapport à un ou deux siècles auparavant. Mais quand même, cette idée là, elle est frappante dans votre bouquin, c’est qu’on voit que flic ou voyou, comme disait Belmondo, c’est très clair.
Et même d’ailleurs, la trajectoire de Vidocq est assez parlante, effectivement, parce que, outre le fait qu’il vienne du bagne pour finir policier plus ou moins officieux. Après, il va former des milices, faire une police privée façon hôpital. Donc le lien entre le public, le privé, la mission est toujours un peu trouble quoi. Mais cela dit, il y a une rupture quand même entre les milices bourgeoises du XVIIIᵉ siècle au 17ᵉ XVIIIᵉ siècle et les polices contemporaines. D’abord, les polices contemporaines. Elles sont financées par l’impôt et donc elles sont quand même assises sur l’idée qu’elles ne peuvent pas être appropriées par telle ou telle fraction sociale de la ville, de la localité en question. Alors on sait bien que la police protège les biens, donc protège les possédants, ça c’est évident. Mais les milices bourgeoises protégeaient d’abord leur commerce en ce sens. C’est à dire que si tel commerçant ne participait pas à la Ronde, son commerce n'était pas protégé. Donc il y a une sorte de début d’universalité du service public de sécurité qui rompt avec cette idée de milice bourgeoise. Premier et deuxième point, c’est le recrutement. En fait, à partir du moment où on crée la police, on dit aux bourgeois " Ah bon, cessez d’enfiler votre uniforme une fois par semaine pour patrouiller dans les rues ou de faire semblant de patrouiller ou de refiler votre uniforme à votre cousin sans emploi ? Là, on va prendre des militaires. En fait, on va prendre des gens qui ont une expérience militaire et qui alors, à leur démobilisation, vont entrer dans la police. Et c’est ça, c’est toutes les polices du XIXᵉ siècle, c’est à dire des types assez costauds, plutôt dans la force de l'âge, on va dire, qui ont une longue expérience militaire, qui savent manier les armes, qui n’ont pas peur d’employer la violence et qu’on envoie dans les rues à un moment, à la fin du XIXᵉ siècle, la préfecture de police d’ailleurs, qui est assez novatrice sur le sujet, on se dit il faudrait peut être leur filer deux ou trois rudiments de formation. Donc on va faire on leur fait faire de la gym et on leur apprend un peu de procédure. Je ne dirais pas procédure pénale, mais procédure administrative. Ça, c’est le bas peuple, le bas peuple policier. Et évidemment en France on a une élite policière qui est les commissaires de police ? Alors là, ça c’est autre chose. Ce sont des gens qui sont formés différemment, qui sont d’une autre extraction sociale et professionnelle. Ils ne viennent pas et viennent pas des rangs de l’armée et qui ont une autre ambition. Et on a cette police française qui est une police aussi, des dimensions quand même fortes de cette police. C’est une sorte de petite lutte des classes dans le don de cet appareil policier, entre un recrutement par le bas et un recrutement par le par le haut, voire par le Très Haut aujourd’hui par les commissaires de police, c’est un master de droit plus Sciences-Po plus l’École des commissaires de police, Donc voilà, c’est ce qu’on a à l'époque, c’est un peu les deux ruptures. Et donc en ce sens, est ce que les polices sont des mafias d’une certaine manière ? C’est une question plus compliquée parce qu’il y a des polices qui se sont développées comme étant des peuples, comme étant effectivement des polices au service de l’armée, des polices qui utilisaient un au profit de leurs commanditaires, les. Des sources de revenus illicites des polices. Aux Etats-Unis, ce sont des polices qui régissent la prostitution qui régissent aussi la prohibition tout en la combattant par d’autres services qui régissent, qui ont leurs mains partout, dans tous les temps, toutes les sortes de commerce et qui orientent ces ressources vers leur propre financement et vers le financement de leur maire, du maire élu. C’est comme ça que ça fonctionne la police aux Etats-Unis, jusque dans les années, jusque dans les années 10, dans les années 20, pour les villes un peu secondaires, ou bien les polices. Alors dans d’autres espaces où la présence de l’État et beaucoup plus en filigrane comme les polices sur le continent africain ou en Amérique du Sud.
Non, je voulais faire un autre voyage, et aller sur un autre continent maintenant. Parce qu’il ne s’agit pas de déflorer tout et de vous faire décrypter page par page, case par case, ce ne serait quand même pas très sympathique si c’est d’aller au Japon. Donc on a bien compris qu’on avait d’abord deux modèles : le modèle anglais, Bob, le mobile, la police en uniforme, etc. Et puis le modèle français avec Fouché, le mouchard. La police de l’ombre, etc. Et puis il y a eu une autre, une autre forme de police. Et c’est là où j’ai pensé que Florent avait eu un plaisir particulier à dessiner la ville, parce qu’il y a ces petites guérites appelées Kobané au Japon. Il faudrait nous expliquer alors leur fonctionnement. Et voilà, c’est ici, là quand même. Là, on voit que le dessinateur s’est fait plaisir et le lecteur donc se régale. Nous avons, nous avons différents Kobané, celui-ci, leur modèle. C’est magnifique. Alors c’est quoi les Kobané Florent ?
Ce sont simplement des guérites où se trouvent des policiers qui sont au service de la population. Donc c’est la proximité des policiers avec des tâches qui ne sont pas forcément celles qu’on imagine, mais par contre, y compris dans l’imaginaire des policiers, c’est une façon de surveiller, d'être au service, d'être dans la proximité en quelque sorte. C’est la véritable police de proximité, de surveillance et de service. Et il se trouve que donc l’usage, c’est ces petites guérites là qui sont toutes petites en général, qui existent toujours du reste, sur la page d’avant, c’est un des plus vieux Kobané je crois.
Il doit dater des années 1920 il me semble. Et il se trouve qu’au Japon, les règles de l’architecture ou de l’urbanisme sont beaucoup moins strictes que dans nos contrées.
On n’insulte pas la France ici, Monsieur, s’il vous plaît.
Tu me traites d’anti français ?
Voilà, là c’est caractéristique.
Mais disons que l’urbanisme au Japon est beaucoup plus libéré, on va dire beaucoup plus franc. Et ça permet ce genre de choses. Ça permet aux dessinateurs de s'éclater
C’est bien vu. Alors le truc, c’est que j’ai vu la scène parce que vous voyez, j’ai oublié de dire mais on passe aussi de grandes théories, de grands personnages à parfois deux ou trois pages de mise en contexte. Et là on est dans le dans le quotidien, dans la banalité, dans l’urbanité, dans la lâcheté, dans tout ce qu’on veut avancer. C’est super là, la scène que vous voyez. Moi je ne sais pas si les gens qui vont dans ce poste de police si, c’est les bonnes gens ou si c’est des vichystes. Enfin tu vois, si je trouve ça un peu compliqué quand même dans le rapport avec eux, avec cette police. Et c’est par exemple la critique qui est faite à la police de proximité par les abolitionnistes en disant finalement, la police de proximité, c’est d’abord et avant tout une police et c’est une police de surveillance et elle n’est pas meilleure que la police d’interpellation. Et là, quand je vois ce passage là, je me dis tiens, est ce que c’est ça que ça veut dire ? Ou est-ce que je me goure ?
Non, non, non. Mais il y a bien ça en filigrane. Mais même si on revient quelques pages avant sur le fameux contrôle villageois où il n’y a pas où c’est les prémices de la police, bah mine de rien, c’est un contrôle social de tous par tous
C’est la scène de mariage qui tourne mal, là c’est ça ?
Non, non mais même avant, tu sais, même au XVIIᵉ siècle. Si bien que la police aux mains des bourgeois, c’est un ordre social. C’est un contrôle. C’est un contrôle de l’ordre moral du voisinage. Mais on peut très bien voir la même chose parce que là on met, on met en scène quelqu’un qui va au Kobané, au petit poste de police. Et on voit aussi que le policier suit une affaire morale vis à vis d’une voisine qui bat, qui n’est pas du tout criminel. Mais bon, son comportement est disons sujet à caution quoi. Mais on a. On n’a pas eu de nouvelles de la fille Kobayashi depuis. Depuis quelques semaines, on se demande si elle ne mène pas une mauvaise vie. Et là, on est très surpris de voir que les policiers du Kobané qui sont des gens vraiment super ouverts, tu vas les voir en chinois. Le commissariat de police, ça se dit le centre qui va t’orienter. Tu t’es fait mal au bras, tu vas voir le commissaire de police, il va dire beaucoup d’efforts pour ce type de blessure. Je recommande. Pas un instant. Un problème avec tes impôts ne sait pas comment faire. Ils vont t’aider. C’est un problème de voisinage. Bon, ils vont t’aider aussi. Un problème avec ton proprio évidemment. Et puis tu vas pouvoir dire écoutez, la fille Kobayashi, elle reçoit quand ses parents sont en voyage d’affaires, elle reçoit des garçons. Je ne veux pas juger bien sûr, mais ça nuit à la réputation du quartier et. Florent parle d’ordre moral. C’est une dimension qu’on a très peu chez nous, en ligne de mire. Mais on se rend compte que l’institutionnalisation des polices d’abord. Alors avec ses pré- polices qui sont les milices bourgeoises, c’est aussi un contrôle des hommes sur la vie des femmes. Et ça, c’est absolument fondamental, fondamental. C’est l’idée qu’il faut protéger les femmes. Les dangers de la ville. En réalité, il faut en quelque sorte pour les pour les bourgeois qui, qui dirigent, qui conçoivent ces polices, protéger les femmes d’elles- mêmes. Et ça, c’est une dimension très, très forte aux États-Unis, dans toutes les affaires de lynchage. le, Pourquoi y a t il une telle violence à l'égard des jeunes hommes noirs aux États-Unis autour de la prédation supposée des femmes ? C’est parce que les hommes blancs veulent maintenir leur autorité sur les femmes blanches, sur leurs femmes. Et on a comme ça, en filigrane dans la bédé ce petit épisode avec la fille Kobayashi, ça doit faire une case. Et puis on a une milice bourgeoise, Amsterdam sur une page qui protège une femme mais qui lui rappelle effectivement, elle est agressée par un par un soûlard mais qui lui rappelle que quand même, c’est pas 1 h pour traîner dans les rues. C’est une préoccupation très forte. Par exemple, des polices anglaises au XIXᵉ siècle, c’est protéger les femmes bourgeoises de la fréquentation des ouvriers. Maintenant, les lignes de démarcation entre les territoires qui sont des territoires, des territoires sociaux, ça, c’est vraiment, c’est vraiment très important. Effectivement, après les questions que tu soulèves sur la police de proximité des tueurs, est ce que les Japonais sont des vichystes ? Bon, en gros et nous on montre, on essaye de montrer les sociétés dans leur diversité. Au fond, si tu expliques à la dame qui est venue se plaindre du comportement de la fille Kobayashi aux Kobané. Si tu lui expliques qu’elle est vichyste, elle ne comprendra pas de quoi tu lui parles. Même si tu lui expliques qu’elle fait de la délation, elle te dira j’en veux pas à la fille Kobayashi, c’est pour la réputation du quartier. Et c’est là qu’on se rend compte que. En effet. Il y a pire encore. Si j'étais pour reprendre le raisonnement des abolitionnistes que tu évoques, si j'étais abolitionniste, j’aurais quelques inquiétudes à l'égard de la police de proximité. Mais une inquiétude plus forte encore à l'égard d’une société sans police où tout le monde se surveille réciproquement. Et c’est ça l’envers, si tu veux, d une société sans police
Il y a un autre personnage.
En fait, là dedans, dans la petite scène aux cabanes, s’il y a un contrôle moral, il est aussi accepté par le fait que le quartier est sécure. Et on entend par là, que chaque citoyen est attaché à sa sécurité. C’est la dame qui se rend au Kobané, elle vient apporter un portefeuille quoi. Et c’est vraiment le cas au Japon, c’est qu’il y a une phobie. Si on laisse traîner un portefeuille sur lui, sur une table, dans un café en France, si on rentre le portefeuille, on le fait, il sera vidé de ses billes et il y a de fortes chances. Au Japon, c’est monsieur l’agent.
Je l’ai trouvé vide et à des lieux pas exactement.
Donc le truc c’est le deal, c’est on veut bien que tout le monde se surveille, mais on veut la sécurité.
Mais pas par rapport à ce qu' est ce que vient de dire Fabien ? Est ce que. C’est méchant de vous dire qu’on pourrait lire aussi votre travail, au demeurant magnifique comme quelque chose anti abolitionniste, C’est-à -dire que vous avez l’air de démontrer On va continuer la discussion. Vous avez démontré que quand il n’y a pas de policier, pire que quand il y a de la police qui presque nécessairement est mauvaise, non c’est pire ?
Non, ce n’est pas pire. On n’est pas un roman pour le coup. On n’est pas anti abolitionnistes. Alors avec Florent, on a eu des longues séances de travail et de dialogues. Mais jamais on s’est dit tiens, on va faire une BD
Non, non, bien entendu. Attends, je reformule est ce que ce n’est pas la conclusion à laquelle on peut être amené parfois, quand on lit certaines expériences de société sans police institutionnelle, on va dire
On a voulu documenter, en tout cas ce qui m’apparaît comme étant un impensé ou un impensé de des développements abolitionnistes qui pour beaucoup. Font la critique systématique et au pilon des travers des polices qu’on connaît ou qu’ils connaissent. Mais qui n’en restent pas la perspective. C’est si tu veux, l’abolitionnisme, ce n’est vraiment pas le socialisme utopique car on ne s’interroge pas sur ce que serait des sociétés sans police. Parfois d’ailleurs, c’est revendiqué hein, ça n’est pas mon boulot. Mon boulot est de militer pour l’abolition de la police, mais elle, après elle, après la société sans police, comme il y a 20 après de la société sans classes, ce n’est pas mon boulot que de le dessiner. Nous, ce qu’on a voulu tout simplement faire, c’est adresser effectivement un message qui est de dire attention, la société sans police n’est pas une utopie. C’est l’essentiel de notre histoire. Et par ailleurs, c’est l’essentiel, enfin des systèmes politiques qu’on connaît.
Alors, il y a effectivement tout un chapitre là dessus, un sur le désert police, on va dire notamment dans les territoires africains très étendus, où il n’y a pas de police donc c’est une grande partie de l’humanité qui vit sans police, en fait
Oui, même dans des sociétés qu’on qualifie souvent de sociétés capitalistes avancées telles que de tel que le Japon. En fait, la présence policière est beaucoup plus floue, beaucoup plus dissolue, beaucoup plus discrète, beaucoup plus incertaine que cette présence militaire, policière qu’on voit chez nous, par exemple en débarquant du train du train à Gare du Nord à Paris. Donc en réalité, des sociétés avec moins, beaucoup moins de police, on en a plein. Elles sont à disposition, il suffit de les voir. Et des sociétés sans police, oui, il y en a également beaucoup, avec toujours tous et dans tous les états, il y a des polices. Mais quel est le territoire d’exercice de ces policiers ? Il est très variable, Toujours des polices pour protéger le gouvernement, les institutions, les ambassades étrangères, les principaux lieux de commerce international, les ports. Tout comme il étaient d’ailleurs les politiques coloniales à l'époque qui se bornaient à ça. Pour le reste, on confie la police aux bons soins des habitants. Et donc si tu veux la l’abolition de la police ou des sociétés sans police, ça n’est pas un horizon utopique. C’est notre histoire et c’est notre présent. C’est effectivement un des un des messages qu’on voulait adresser dans la rue, dans la BD, pour documenter ça, pas pour condamner la belle, la pensée ou les ambitions abolitionnistes, mais pour documenter ça. Pour dire aux amis, regardez et discutons ensuite.
Et je le dis d’autant plus qu' effectivement, je trouve que j’ai énormément appris sur cet aspect là. C’est à dire qu’en fait vous donnez plus d’exemples que souvent ceux qui sont évoqués par les abolitionnistes. Donc si c’est assez intéressant de ce point de vue là. Donc, ma question est un peu méchante tout à l’heure je la reformule, mais je vois que Florent trépigne depuis Brest. Florence on vous écoute. Le téléphone sonne.
Ouais.
Ouais, ouais, on sait, c’est une bonne émission. Allez dire on vous écoute. Quelle est votre question ?
Le truc il faut peut être rappeler aussi l’article douze de la Déclaration des droits de l’homme.
Ah là, tu me fais plaisir !
Bah je sais, je sais. La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. Donc on peut très bien se dire qu’on peut abolir la police, pourquoi pas ? Et il n’empêche que les missions qui sont police sont de toute façon là. Donc la question c’est comment on comment on organise notre société à plus ou moins grande échelle pour accomplir ces missions là et protéger chaque personne. Après tout, on peut discuter, bien sûr.
Mais alors à propos de discuter parce que sinon, j’avance un peu. Excursion à Nana pour la journée. Ce matin, je n’avais jamais entendu parler d' un Américain. Alors il me plaît évidemment de montrer cette double planche, parce que je reconnais ici des Harley Davidson, mon bref petit plaisir personnel. Auguste Vollmer. Ainsi, le gars qui va professionnaliser la police américaine et professionnaliser la police américaine. Ce n’est pas exactement ce qu’on croit, mais je vais vous laisser parler. Et puis j’avais dit que je ne les montrerais pas, mais si, je l’ai montré assez magnifique. Les voilà assis ici. C’est là notre imaginaire. Voilà, c’est l’Amérique. Donc, qu’est ce qu’on fait ? Qu’est ce qu’on a contre lui ?
On a quand même pas mal de choses contre lui à améliorer. Avant d'évoquer Vollmer sur l' Amérique de Florent parce qu’en fait j’ai découvert qu’en travaillant avec elle et en échangeant avec Florent il a une immense culture du cinéma américain et en tout cas une substantielle culture du cinéma américain. Une référence sur par exemple en termes de cadrage, de jeu, de cadrage, de perspective. C’est quelque chose que je pense, on sent bien et puis seulement une culture picturale, patrimoniale de telle ou telle manière effectivement, de filmer la ville, de filmer les policiers dans la ville et donc de rester. Enfin, en tout cas, moi c’est ce que j’ai ressenti en voyant les planches arriver ou les ébauches. Les esquisses, c'était qu’on était d’emblée dans le sur les lieux, sur les lieux en question. Enfin, pour moi ça a même été à un moment de cette émission quand même dire que c’est une expérience assez formidable. Je veux dire, ça a commencé d’ailleurs par la scène d’ouverture sur les violences conjugales. C’est la première scène dont on a parlé au téléphone encore avec leurs parents en Visio, là, avec elle, avec les Guetteurs tous les trois. Je pense que c’est septembre 2021. Je raconte cette histoire de violences conjugales. Les flics partent un peu la queue entre les jambes parce que la femme elle ne veut pas dénoncer son mari, elle ne veut pas que le mari aille en prison parce que comment lui faire pour élever son enfant ? Et en plus le fils se fait sermonner par son frère au repas de famille. Bonjour, on raconte, moi je raconte. Tu me connais de bizarre ce film branché, je raconte plein de trucs, sauf que là je raconte ça. Et puis une semaine après, boum, j’ai huit planches super dessinées et là je vois en image ce que je viens de raconter au téléphone ou en tout cas en Visio, et ça a été un peu ça tout le temps quoi. Pour moi, ça a été assez magique, c’est vraiment formidable. Et donc euh, bon, par exemple ici sur Revolver, toi tu tues, tu vois avec délectation une horreur les Davidson. Bon moi je ne savais pas que c'était dans les habitudes mais on voit effectivement le souci du détail dans le dessin. Ah ça c’est vraiment extraordinaire ! Alors il se trouve que j’ai adressé ces deux pages à un spécialiste des polices aux États-Unis qui m’a fait une petite remarque. Mais il y a une faute de date
Faute de date j’allais vous le dire, c’est la seule Highway en 1809. La force de 1909 est là et je l’ai vu et je lis les bouquins, les amis, les amis Aupostiens. Quelqu’un a dit qu’il faudrait dire on ne peut pas acheter le bouquin maintenant.
On fera une petite correction pour la deuxième édition parce qu’il y a une coquille, elle est là c’est chiant. Mais je l’ai vue. Et le bloc de béton dans la chaussure. Mais on peut poser au postier et au postier une énigme. Il y a une erreur, il y a une fabrique de représentation picturale. Ouais, donc c’est dans ses dessins sur cette c’est sur cette œuvre, il. Faut la trouver à merde. Bon courage, bon courage. Là tu ne la trouveras pas comme ça, il faut prendre. Je me suis renseigné auprès d’un vrai professionnel qui m’a dit ah non, là le dessin n’est pas tout à fait restauré.
C’est quoi ?
Ce n’est pas grave, on l’a gardé pour le plaisir. D’accord, de lancer un jeu concours
De Vollmer et de la cabine téléphonique ?
Ouais, ouais, c’est un personnage américain.
C’est ça l’erreur.
Tu dis non ?
Non. Où est Charlie ?
Mais c’est un personnage. C’est un Américain. C’est quelqu’un qui donne la première réputation. Donc il est de San-Francisco c’est d’avoir été un héros de la guerre des Philippines. Et ça, c’est constant dans l’histoire américaine, c’est l’interpénétration du militaire et du policier. Absolument constant. Les quelques guerres coloniales qu’ont livrées les Etats-Unis pendant la guerre des Philippines, est l’une des plus meurtrières guerres qu’on ait connue avant la Première Guerre mondiale. Auguste est un héros de la guerre des Philippines, revient donc à San Francisco, travaille dans l’administration et se rend héroïque par le fait qu’il a arrêté un train de marchandises, il me semble, qui allait droit sur la mer. L'équipage ira à Berkeley. Ouais, c’est ça. Et il développe et on lui confie le soin, puisque c’est un bon militaire, de créer la police de cette petite ville près de San Francisco, sur les collines qui est la ville de Brooklyn. Et en fait, comme c’est un garçon éclairé notamment de culture administrative allemande, il va développer une police Pilsen comme celle de Robert Peel, une police au service des citoyens et non pas au service du maire. Il se dit qu’il faut rompre avec cette police clientéliste, cette police qui fait commerce des loyautés à l'égard du maire et une police professionnelle. C’est ça ce que veut dire police professionnelle professionnalisée aux États-Unis, c’est-à -dire une police qui est attachée à la sécurité des citoyens et qui ne prend plus ses ordres auprès du maire. Revêt donc il développe toute cette police là, il tente d’essaimer ses modèles de police. Ailleurs, ça ne marche pas tellement. Il va former d’autres qu’on appelle des réformateurs de police, notamment Jay Wilson, etc. Qui vont avoir un rôle important dans les années 60 aux États-Unis, mais j’en passe. Cette police professionnelle va se développer notamment à Los Angeles ou à Los Angeles. Le chef de la police va cultiver son indépendance et son autonomie à l'égard du maire. Mais ça va, ça va donner naissance à une police qui est complètement enfermée sur elle-même, dans un modèle hiérarchique extrêmement strict, un modèle militaire. C’est le revers de la professionnalisation de la police et donc de la police de Los Angeles. Perte sera indépendante du maire. En tout cas, elle n’aura pas les mêmes pratiques clientélistes que les autres. Mais ça va donner une police extrêmement brutale, notamment à l'égard des Latinos. Plusieurs émeutes ont eu lieu dans le Sud Amérique de travailleurs sud-américains dans les années 30 et 40 aux États-Unis. On a l'épisode du massacre, enfin du tabassage de deux Latinos dans les geôles de la police d’Alep en 1948. Il me semble, si je me souviens bien. En tout cas au début des années 50 et on a une police qui se développe en toute autonomie et qui va être cette police du chiffre par cœur, puis du chiffre. Daryl Katz qui va donner les images qu’on connaît au début des années 90, le tabassage devant niquer l’histoire de la police de Los Angeles, c’est l’histoire d’une professionnalisation, d’un détachement de la police, de la gang politique, mais qui s’autonomise tellement qu’elle devient une sorte d'État dans l'État. Et donc, là aussi, on joue beaucoup. On a essayé de jouer beaucoup dans la bédé sur ce type de polarité, police autonome par rapport à la société, police autonome par rapport au politique, police repliée sur elle-même, police au contraire, qui baigne dans la société, qui baigne dans les relations clientèles, aires politiques. Voilà, c’est tout ce paysage là qu’on comprend, qu’on dessine pour vraiment donner à voir le plus possible ça, la magie, là, la bédé quoi. Tu as en 100 180 pages à peu près et tu peux donner vraiment tout à voir. Ça coûte pareil que de dessiner des Bloody Sunday que de dessiner le policier du coin dans ta cité française. Donc vraiment, on a utilisé ça à fond.
Alors justement, à la fois pour le plaisir de l'œil, je mets cette page 85 sur le chef Parker dont tu viens de parler va bien ? Si, si Florent veut dire quelque chose par rapport à ton travail ou même je vais et je vais presque. Je vais presque te poser une question parce que pour te faire parler, parce que tu es vraiment un taiseux, ce n’est pas possible. Donc on voit que ce chef par cœur, Florent, est allé vite. Il participe en fait à plein d'émissions, à des taux chauds, à des a dit, à des jeux télé et même il va jusqu'à eux produire tous les lundis matins sur une radio une émission qui a un nom, qui va parler à tout le monde dans quelques instants. Quand vous allez le prononcer, je ne le ferai pas avec mon anglais cuisine. Et là se pose une question très intéressante qui est celle de la publicité de la police : comment la police parle d’elle-même, se vante, se vend. Et tout à l’heure, Fabien rendait hommage à ta culture cinématographique. On perçoit toutes les doubles pages, on va dire à toutes les pages mais est ce que justement on n’est pas aussi eux, bernés par une image que la police a voulu se donner, puisque dès les années 50 on voit que 50 60, on voit que la police américaine est tout à fait au jus de tout ça. Elle travaille main dans la main avec eux, avec Hollywood, elle fait des, elle fait des émissions de radio, de télé. Et finalement elle nous met dans une mythologie que toi-même tu reproduis et que je goûte avec plaisir. Mais est ce qu’on ne se fait pas avoir ?
On se fait rire en disant qu’on se fait avoir. Si on montrait ces images là telles que sans le recul critique. Est ce que clairement cette page là explique bien que le chef Parker cherche à rattraper, à redorer l’image de la police de Los Angeles qui a été clairement connue pour être corrompue par les scandales de corruption. Et tous les six mois, il y avait ici un gars qui était révélé par la presse. Donc il s’agissait pour le chef de la police de redorer l’image de ses services. Euh. Ça se voit notamment pas mal dans un film qui s’appelle LA Confidentiel. Oui, où justement le film débute par le Bloody Christmas justement.
Et on voit donc le tabassage des latinos
Oui, mais si c’est comme disait Fabien, c’est l’enfermement des policiers dans leur forteresse à eux quoi. Le simple fait d'être en voiture et plus d'être parfaitement en contact avec la population, ça même un éloignement. Si bien que du côté de la population de voir la police passer avec la communication de la Plazza avec les informations de la presse en signalant la corruption permanente et systématique de leur police. Évidemment, le chef de la police, lui, veut savoir la meilleure politique du monde ou quoi. Et dans une société aussi médiatisée, aussi traversée par les médias que ce que l’Amérique des années 50, naturellement, le A. Surtout à Los Angeles avec Hollywood, juste à côté. Évidemment, tous les moyens sont bons et le chef Parker, là, en Europe, on pourrait dire c’est un pionnier de la propagande, quoi. Il a utilisé effectivement tous les moyens. Maintenant, c’est une véritable image de ce qu’on peut voir dans les films. Le tout c’est de pas être dupe quoi. C’est fait. Donc ça ne va pas poser de souci de la représenter quelque part.
Non, non, ce n’était pas une accusation, Florent ?
Ah non ! On est au poste,
Retirez-vous ! Oui, c’est moi. Je suis le gentil, celui dont il faut se méfier, elle est plus actuelle, plus proche. On a eu Bac Nord, nous dit astrologie. Alors il a tout essayé. Là, il y a tout un débat dans le dans le chat. L'émission de radio s’appelait Comment mon cher Fabien.
The Blue Line ? Voilà une ligne bleue. Un essai, c’est sans doute parler de ça dans une émission antérieure, mais de Fine Blue Line, c’est cette mince ligne bleue qui sépare la société du chaos. Et elle est bleue parce que seuls les policiers comme les super héros que tu évoquais tout à l’heure, la David, sont à même de protéger la société du chaos et du déclin. Et donc, de fait, une blague. Line, c’est l'émission de radio dans laquelle Yves Parker est invité toutes les semaines pour chanter la gloire des actions héroïques des siens durant la semaine écoulée. Et ça, c’est vraiment une fabrication orchestrée par les médias américains de la mythologie policière qui est indissociable, à partir de très tardivement, à partir de la fin du XIXᵉ siècle, début du XXᵉ siècle. La mythologie policière est indissociable de la haine de l’institution policière. Je dis très tardivement parce qu’en fait, avant, les romans d’espionnage, d’espionnage ont précédé les romans, les romans policiers. Des romans à énigme faisaient plutôt intervenir des personnages privés ou des sociétés privées qui résolvaient les énigmes en question. En tout cas, là, on a eu un arsenal médiatique d'édification de la mythologie policière et évidemment d’immunisation de la police contre toute critique. Parce que critiquer la police, c’est mettre en péril Bleue line et donc c’est précipiter le chaos de la société.
Et donc voilà, il y a Misa dans le dans le chat oui, ça vient de là et effectivement ça vient de là, puisque c’est ce signe de ralliement, pourrait on dire aujourd’hui partagé par quelques policiers français. Alors c’est interdit en réalité. Normalement, ça ne devrait pas être autorisé pour les policiers d’arborer cette petite ligne bleue. Mais il y a eu des cas, il y a eu des cas et je crois même qu’il y a eu des cas dans la gendarmerie. Et donc voilà, tout ça vient de ce chef, Parker dans les années 50, sur une émission de radio tous les lundis, à Los Angeles C’est quand même sidérant.
Après, le truc qui est un peu troublant, c’est que cette notion de : c’est nous ou le chaos Aujourd’hui, c’est devenu une forme de ralliement de l’extrême droite américaine, quoi. Il est complètement à plat Et même la single Line, c’est devenu un emblème de l’extrême droite américaine.
La page 88 Je suis obligé de vous parler d’une chose qui m’a beaucoup frappé. Mais je vois qu’il y a aussi ce dessin des anges gardiens dans le métro new yorkais. J’ai vu passer tout à l’heure une question qui disait pourquoi ils ont disparu ces gens-là ? Là, il faut planter le décor. Je vais vous parler en fait du des émeutes des années 60 dans les ghettos noirs américains et après Harlem en 66 en 67, New-York en 68. Une commission présidentielle, écrit elle est formelle, à l’origine de toutes les émeutes la police. Et ça, je trouve que par rapport à aujourd’hui, ça mérite qu’on prenne un peu de temps. Donc que dans le désordre, les anges gardiens, qu’est ce qui se passe après les années 60 où il y a à nouveau donc des milices ou des polices ? Ah, ça fait beaucoup et ça fait bien aussi.
Ouais, alors.
Je me fais un café en attendant.
La BD c’est l’art de l’ellipse et alors là, entre la commission carnée, donc en haut à gauche, et puis les Golden Angels dans le métro New-Yorkais. Ou alors c’est ce qui fait la magie de la magie de ce de ce média, Mais disons que on peut dire que pour se construire un peu aux anges gardiens dans le métro. A New York, ça date de la fin des années 70. Pourquoi ont-ils disparu ? Simplement parce que l’insécurité réelle de New York dans les années 80-70 l’urbanisme de New York a fait que la présence de sites de sites de ces milices là, en quelque sorte, n’avait beaucoup moins de sens. Après, ceux qui ont connu New York dans les années 80 ont un souvenir de dynamisme, mais aussi de danger de la ville qui n’existe plus aujourd’hui. Et c’est aussi simple que ça. Maintenant, on a eu un écho il y a quelque temps je crois, parce que le fondateur des Anges Gardiens, s’il était candidat à la mairie de New York, il me semble, et il s’est fait complètement bananer par le type aujourd’hui de gardien d’Angel. C’est vraiment une histoire oubliée je pense, y compris à New York je pense. Je pense que personne ne s’en souvient, ne s’en souvient vraiment. Mais c’est l’idée et c’est l’idée chez les Américains qui revient tout le temps, selon laquelle l’Etat est suspect. Et on retrouve d’ailleurs les bourgeois, les bourgeois anglais du début du XIXᵉ siècle. L’Etat est suspect et l’Etat est vorace. Ça va nous prendre nos impôts pour financer une police qui, quelle que soit sa forme, va s’approprier. Les ressources avant de les utiliser pour le bien commun. Et donc il faut assurer la sécurité personnelle. Donc et alors là, sur cette page, je vois des Garden Angels en haut et on doit avoir le Nigeria et ah oui, on a les miliciens et on a les minutes, les minutes. Mais toute cette tradition de milice aux Etats-Unis.
Donc c’est ce qui s’est passé, ça vient de loin. Et ceux qui peuvent en une minute, ça c’est l’origine défendre, défendre les colonies britanniques et ensuite les minutes men. Dans les années 70, ce sont ainsi ces gars qui patrouillent le long de la frontière mexicaine pour zigouiller du Chicanos.
Exactement. Et en fait, l’une des raisons pour lesquelles d’ailleurs il y a plus de minutes viennent le long de la frontière, c’est que désormais il y a des polices publiques et le gardiennage. Dans le métro new yorkais ont disparu aussi parce qu' un nouveau maire a été élu en 1992 un. Giuliani qui a fait appel à un nouveau chef de police, Baraton, et ils ont repris entièrement le métro. Et donc la police publique s’est substituée aux tentatives de polices privées. L’autre raison pour laquelle d’ailleurs les anges gardiens ont disparu New-York, c’est que c’est très fatiguant que de patrouiller dans le dans le métro ou ailleurs. Et comme les milices bourgeoises Amsterdam au XVIIᵉ siècle, elles se sont, elles se sont éteintes. Donc le un, c’est intéressant cette expérience là aussi. Un parce que c'était des idées de d' empêcher aussi la police raciste et donc assurer une égale protection de l’ensemble des minorités du sud qui utilisent le métro new yorkais, sachant que celles et ceux qui utilisent le métro à New York sont liées à l'époque sont exclusivement celles et ceux qui peuvent pas se permettre d’avoir une voiture. Et donc c’est vraiment les franges inférieures de la société new yorkaise. Donc voilà. Donc l’idée c’est d’assurer que le peuple assure sa propre sécurité et c’est cette idée qu’on va retrouver et droit comme un fil conducteur. Dans énormément de sociétés, y a guère que les sociétés les plus étatisées où l’Etat est très présent symboliquement et est très présent aussi dans nos têtes, comme la société française pour empêcher, c’est pour rendre inconcevable, disons, l'émergence de ces milices. Je dois quand même rappeler que, au début des années 80, les plus anciens d’entre nous se souviennent des tentatives d’auto -défense, le tout le mouvement d’auto -défense. Vous sauvez ça fin des années 70, début des années 80 dans les petites villes, notamment pavillonnaires, de banlieue. C’est une des sources de l'émergence du Front national en France aux élections municipales de 1983. Je referme la parenthèse, mais après une parenthèse ailleurs, très brève, à l'époque où le Front national a eu meilleure fortune que les que les tentatives des milices et il a duré plus longtemps, mais dans la plupart des sociétés. L’idée de société qui nous entoure à l’idée de confier la police à un corps spécialisé comme une idée qui mérite chaque fois d’exister. Ça c’est très c’est très et c’est très important de le souligner.
Absolument. Alors je reviens à cette phrase sur la commission dont le nom m'échappe tout d’un coup
Carné ?
Carné ? Voilà, c’est ça. Et donc vous dites à l’origine de toutes les émeutes, la police. Et évidemment, là, ça renvoie à 2005. Ici, ça renvoie à l’idée qu’on vient de connaître, c’est à dire qu’il y a en effet une confrontation, un élément déclencheur. C’est toujours en fait une confrontation entre une partie de la population et la police. Et là, par exemple, comment se fait-il qu’il n’y ait aucune réflexion ? Par exemple en France, du point de vue de l'État sur ceux-ci, alors qu’on sent que tout le monde est en train de. De parier sur une multiplication de ce genre d'évènement qui en fait est déjà pourquoi il y a un refus de voir les choses s’arranger petit à petit ?
C’est quand même vachement troublant de science si on voit que les émeutes raciales sont à ce point opprimées, ce n’est pas circonscrit à la France. Donc ça veut dire que ce ne sont pas la police française ou les policiers français qui sont racistes. C’est bien qu’y a un truc qui est endémique et systémique dans les formes de police. En quelque sorte, c’est une preuve coincée. Et ça se passe ici, aux États-Unis ou à Londres. Bien sûr qu’il y a un souci, mais qui n’est pas lié à la police, qui est liée à la société en elle-même, quoi, ou au pouvoir en quelque sorte. Qui ou qui distribue à qui ? Qui contrôle la société coincée, qui essaie de gérer la société dix ans après que notre pays ait autant de mal à se remettre en cause ? Je ne sais pas. Franchement, je ne sais pas que les Etats Unis aient fait des commissions comme à Londres je sais plus, c'était dans les années 90. Cause avec une réflexion disant ah bon ? Y a un souci, il faut prendre en compte, trouver une solution ou quoi ? Après de toute façon, là on voit bien que tu évoques que depuis quelques années, que ce soit la présidence ou le ministère de l’intérieur renvoie en permanence dans ses 22 toutes interpellations de l’ONU, de l’Europe ou quoi que ce soit sur ces questions là, donc. Alors les États-Unis. La secousse avait été un peu différente par rapport à la France. Si elle avait été plus, ça aurait été plus intense. D’abord, l’outil de mesure des émeutes comme ça, un outil de mesure un peu médiatique, administratif. Ainsi, c’est les millions d’euros de dégâts à l’outil de mesure. Aux Etats-Unis, c’est le nombre de morts. Donc, ça, ça donne une idée des proportions de ce qui se joue ici, de ce qui se joue là bas. Ça veut pas dire qu’il y a pas de morts pendant les événements de l'été par exemple, là il y en a eu, mais d’une part, d’autre part, aux Etats-Unis, les émeutes aussi ont été accompagnées d’une vague d’assassinats. Il ne faut pas oublier l’assassinat de Martin Luther King et l’assassinat du frère du président Kennedy, Robert Kennedy. Et donc là, il y a quand même une angoisse qui saisit les élites, les élites américaines. Nécessité de reprise en main quand même de. La contestation politique. Et puis, aux Etats-Unis, dans les années 60, c’est Lyndon Johnson, le successeur justement du président, lui aussi américain, lui aussi assassiné. On a un gouvernement central, on va dire catégorie française. Attention, on a un gouvernement central de gauche qui tente de reprendre la main sur des polices qui se sont complètement autonomisées et qui sont des polices municipales aux Etats-Unis. Alors une dimension forte en France, c’est la faiblesse du politique par rapport à la police. Ça, c’est très clair. La commission ternaire, c’est la commission qui tente de ou par laquelle le gouvernement central tente de reprendre la main sur des polices qui lui échappent complètement, qui lui échappent par nature, parce que de toute façon, elles sont municipales et qui lui échappent. D’autant plus qu’en fait, on s’est rendu compte, avec ce mouvement de professionnalisation de la police, que la police, les polices sont confiées aux États-Unis à des chefs à moitié frappadingues qui vivent dans le mythe de la défense de la société blanche contre toutes les contre, tous les dangers qui peuvent, qui peuvent l’assaillir là où les émeutes ont été le plus les plus violentes. Ainsi, c’est là où les populations afro-américaines commençaient à avoir suffisamment d’argent pour prétendre habiter dans des quartiers blancs. Et c’est là que ça explose. Quand on en a une représentation un peu, on se dit c’est le prolétariat noir. Oui, un prolétariat noir qui est effectivement l’acteur des émeutes. Mais les étincelles, c’est plutôt les conflits de propriété sur les classes moyennes noires ascendantes. Donc voilà. Donc à mon avis, le contraste entre Carné et la France aujourd’hui, c’est un contraste de fric. D’abord c’est la commission quart d’heure, c’est des centaines de millions de dollars pour la recherche sur les causes des émeutes, la recherche en sciences sociales, la recherche sur les manières d’améliorer la police abandonnée, les programmes de communauté policière. Quelques années plus tard, en France, on rentre par centaines de millions dans le soutien à la recherche sur les recherches publiques, sur les émeutes. La deuxième dimension, c’est effectivement le rapport entre police et politique, le rapport entre gouvernement d’un côté par le pouvoir et les appareils policiers de l’autre.
Parfait.
Le gouvernement français est dans des positions beaucoup plus compliquées à l'égard de la police parce qu’elles sont toutes les deux centrales. Et la gendarmerie qui ne fait pas de bruit n’attire pas l’attention ? Et puis il y a la police nationale qui s’est constituée en force politique par le biais de ses syndicats. Et c’est beaucoup plus risqué pour un gouvernement quel qu’il soit, de, en quelque sorte, s’attaquer à la police en France, si on en a qu’une plutôt qu’un gouvernement central aux États-Unis qui tente de mettre au pas. Et ça, c’est moteur dans toute l’histoire des États-Unis. Histoire politique, ethnique tente de mettre au pas des pouvoirs locaux, pouvoirs municipaux, locaux. Et voilà ce qui se joue dans les deux pays.
Alors le livre parle de tellement d’autres choses. Je voudrais juste qu’on termine sur la police du futur et notamment sur le modèle chinois. Donc je ne vous montre pas Bertillon, mais là aussi on sent que le dessinateur s’est régalé, Bertillon, que vous faites un portrait beaucoup plus contrasté. Qu’est ce qu’on raconte dans Bertillon ? C’est l’entreprise maîtrise et les photos aussi de fichage. C’est bon d’aider des trucs complètement sidérants. Mais j’ai noté que quand vous parlez de Bertillon, tout d’un coup j' ai noté un monde d’hommes. Il y a quasiment pas de femmes dans votre BD
C’est un monde d’hommes qui s’assure aussi le bon contrôle des femmes, comme tu le disais tout à l’heure. C’est vrai, il y a peu de femmes il doit y avoir un gendarme justement sur la police technique et scientifique, une femme gendarme dans la galerie de portraits aussi, comme un début, il y a une femme policière.
Non, non, il y en a quelques unes, mais ce n’est pas un reproche que je vous fais. Il se trouve que la police, ainsi que ça reste, ça demeure un truc masculin.
Ah clairement oui.
Et est ce que ce n’est pas un peu lourd là, ces trois gars qui parlent donc évidemment mal barrés ? Mais est ce que ce n’est pas un peu le nœud du problème aussi ?
Oui, oui, oui. Cette culture chevaleresque qui est associée à la défense des femmes contre elle-même, à la défense des femmes, contre les étrangers, à la défense des femmes, contre les prolétaires. Oui, ça c’est tout. Ce qui est associé à cette culture chevaleresque participe d’une police, d’une police centrée sur la brutalité plutôt que sur la compréhension des rapports sociaux et des façons de vivre dans les dans les quartiers, dans les villes, dans les faits, dans les dans les bourgs. Ça, c’est sûr. Et c’est ça, cette culture chevaleresque, elle imprègne toujours la police. Et cela étant, cela étant, à mon avis, un des points majeurs d'évolution de la police aujourd’hui, c’est quand même le souci des violences dans l’espace privé et des violences intrafamiliales. Ça, c’est quand même très fort. Et je pense que c’est quelque chose dont les policiers peuvent se féliciter. Il y a bien évidemment beaucoup de choses à faire. C’est. Beaucoup de problèmes encore du côté de la prise en charge des violences intrafamiliales, conjugales, etc. Mais quand même, de ce point de vue, la police n’est pas du une police aujourd’hui “no police” pas du tout la même que la police des années 70 80. En gros, on s’en foutait complètement. On n’avait pas les moyens d’aller voir dans les espaces privés.
Alors je ne sais pas si tu as lu le livre formidable sur le violeur de la Sambre. Il y a 40 ans, un peu moins peut-être, mais on a quand même l’impression que les policiers d’aujourd’hui sont pas tellement. Donc le livre d’Alice Giraud. Merci beaucoup Euryale pour le lien, je t’invite vraiment à le lire parce qu’il y a un travail absolument formidable. Tu sais, c’est sur ce type qui pendant 30 ans sur très peu de kilomètres a violé des dizaines de femmes. Le livre donne la parole aux victimes et notamment aux relations avec les policiers et les gendarmes. C’est quand même consternant de voir que dans les années 80, jusqu’en 2005, Alors tu peux dire c'était il y a quinze ans, mais on a à peu près la même chose. Et tu vois dans le l'écoute de la victime est nulle.
Certes oui, je suis d’accord avec tout ça. Pas de problème. Un indice sur un cas particulier, Un cas, celui d’un violeur en série ? D’après ce que je comprends.
Oui, c’est ça.
Et donc on n’est pas dans le cadre des violences dans l’espace privé.
Vas y Florent
Il y a l'écrasante majorité des violences faites aux femmes commises dans l’espace privé commises par des proches. Le violeur de l’Ascendant, c’est ça. De ce point de vue, la formation des policiers a considérablement modifié plein de choses. Plein de choses restent à faire. Mais de ce point de vue, je n’hésite pas à dire que notre police est meilleure que celle que mes parents ont connu.
Sur ce plan là.
Ah oui, bien sûr.
Alors on profite de l’absence du dessinateur pour te demander si tu l’as payé combien pour être dans la m****e ?
Aussi,
Ouais, c’est à peu près tout.
Après, il a fait mon portrait anthropométrique vu par une caméra intelligente. Donc une caméra reliée à un système de lecture automatisé des fichiers et donc par des caractéristiques, des traits manifestement particulièrement anguleux de mon visage. Eh bien on a accès à tout mon pédigrée, mon nom, mon lieu de résidence, ma date de naissance, éventuellement mes antécédents pénaux, policiers, médicaux, syndicaux, politiques.
Et donc ça, c’est le chapitre Police du futur ou policier qui est en fait la police d’aujourd’hui. C’est-à -dire après avoir parlé pendant 150 pages des hommes et des femmes. Mais tout d’un coup, la machine arrive, l’informatisation. D’où peut être en partie le titre de l’ouvrage. C’est une question tout à l’heure qui était posée à “Global Police”. Pourquoi ? Pourquoi globale ? Est ce que c’est parce que aujourd’hui, la police est arrivée à une forme de globalité ou est ce que c’est parce que où est ce que c’est les deux ? Parce que la BD embrasse aussi une forme de globalité de l’histoire policière.
Alors je voudrais dire que j’ai parlé de moi, je lisais les réactions.
Je t’en prie, vas-y.
Je dis Auposte, sur ce que j’ai dit sur le sur l’amélioration des services policiers en quelque sorte en matière de violences conjugales et notamment y’a quelqu’un qui dit bon, je m’excuse, mais ce n’est pas ce que me racontent mes amis. Et c’est super compliqué d’apprécier en fait l'évolution d’une police. Parce que évidemment, beaucoup de femmes aujourd’hui vont être mal reçues dans les commissariats ou dans les brigades de gendarmerie, et vont éprouver un parcours du combattant pour faire valoir les atteintes qu’elles ont subies, évidemment. Mais ce sont nos interlocutrices. Aujourd’hui, la difficulté c’est d’essayer de voir quel aurait été leur parcours et leur accueil. Il y a 40 ans, on évoquait les années 70-80, celle d’il y a une génération. Tout ce qui se passait dans l’espace privé, de toute façon, on pas reçu tout simplement subjugué, on ne portait pas plainte. T’as été violée par ton petit ami ? C’est ton petit ami ou ce n’est pas ton petit ami ? Bon, c'était la réponse classique aujourd’hui. Est ce que c'était la réponse attendue ? C'était la réponse normale puisque en plus, le droit était très fragile à cet égard. Aujourd’hui, c’est une réponse pour laquelle le policier peut avoir un problème de. Donc ça change quand même un peu, ça change un petit peu. Et puis la féminisation du monde de la police n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a 40 ans, etc. Bon voilà, excuse moi, je referme la parenthèse. J’ai été interpellée par cette analogie en suspens et elle pose vraiment un énorme problème qui est comment comparer dans le temps des expériences qui peuvent être très brutales, très violentes qu’on a aujourd’hui et comment les remettre en perspective temporelle ? Ça, c’est vraiment très compliqué, très difficile.
Alors, sur la question de la globalisation, de la technologie, donc, Florent, on a appris combien Fabien t’avait payé pour avoir sa petite case, là, c’est bon, ça c’est réglé. Et justement, la case d'à côté, il y a quelque chose de passionnant, c’est à vous, écrivez à l'État seront captifs, donc ils seront captifs de la technologisation, de la surveillance par voie de caméra automatisée L'État se rend captif. Le club des Jeudis de la sécurité se réunit au Medef. Ou bien la préfecture d'Île de France. C’est quoi ça ? Les Jeudis de la sécurité ? Est ce qu’on peut y aller ?
Bah je ne sais pas, tu peux faire un chèque ?
Donateurs donatrices encore une raison, une nouvelle raison d’aider Auposte.
Donnez des sous
Donnez vous pour que nous puissions nous rendre au club du jeudi de la sécurité avec le MEDEF et la préfecture d’Ile de France.
C’est la forme du club. Bon, par exemple, on a le Club Pompidou, le Club Pompidou, c’est un club de formé au début des années 70 de hauts responsables de la police en matière si je me souviens bien, délinquance transnationale, délinquance financière transnationale là, on a un club qui réunit des partenaires économiques également des représentants, donc des patrons dans le Medef, au siège de la préfecture d'Île de France. Bon, pourquoi pas. Donc l'État accueille ce club et ce club fait la promotion auprès des agents publics de ses solutions en matière de surveillance des populations, des flux, des capitaux, des données.
Rolland dans le tchat pense que c’est de la fiction. Non, non, ce n’est pas de la fiction.
Non, C’est tiré d’un travail que je cite d’une collègue, d’une thèse que je cite à la fin du bouquin, dont l’auteur d’ailleurs ressemble très fort à un personnage qu’on trouve dans la bédé. Donc non, non, ça existe absolument. Et donc pourquoi l'État se rend, se rend captif ? Tout simplement parce que le pouvoir de conviction de ces lobbyistes et de ces entreprises est tel que, en fait, l’Etat achète les solutions qu’on lui propose et n’a effectivement plus vraiment la main sur la conception de notre appareil de sécurité aujourd’hui. C’est là la captation par le privé de la sécurité publique. Alors évidemment, c’est jeudi. La sécurité a été particulièrement. Oui, tous ces clubs ont été particulièrement actifs et le sont encore, même dans la préparation des événements internationaux type Coupe du monde de rugby, Jeux olympiques.
Avec toutes ces caméras qu’on nous dit expérimentales mais qui vont, qui vont s’inscrire dans la durée. D’ailleurs, vous parlez d’une loi d’airain, la loi d’airain, si tu peux dire. Vous souvenez-vous de ce que vous écrivez ? Ah bah voilà, c’est là d’ailleurs. Or, il y a une loi d’airain en police. À l’exception dure, l’expérimentation perdure.
Pas mal cette formulation. Elle est excellente. L’expérimentation perdure. Elle est excellente est on le voit bien là maintenant, parce que cette fameuse expérimentation des caméras de surveillance pour les Jeux olympiques, euh, les Jeux olympiques ne sont toujours pas passés. Qui ont déjà annoncé le fait que ce que ça allait devenir la norme, c’est. Voilà, c’est la démonstration par l’exemple, quoi ? Non, maintenant, après une décennie, on en parle juste.
Alors on bascule. On est passé de Rembrandt à maintenant Shanghai, la Chine, évidemment si, ce n’est pas tout à fait la fin de l’ouvrage. Je laisserai le plaisir à ceux qui nous écoutent de découvrir la fin. Mais si, le gros morceau final, c’est à dire si la Chine comme le modèle qui pourrait presque être indépassable tant il est redoutable, avec des choses qui sont plus compliquées, plus nuancées qu’on ne peut, qu’on ne le croit et mais qui est grosso modo quand même là où la police américaine a, peut être par sa culture, irriguée les autres polices dans les années 20 au XXᵉ siècle, il est possible que le modèle chinois bouffe tous les autres. Donc un modèle très technologique à modèle du Crédit Social. Il aurait presque pu faire l’objet d’une BD à part entière. Comment, vous tous les deux, auteurs et dessinateurs, vous avez choisi de ramasser les enjeux.
Comment ça ramasser les enjeux ?. Je ne comprends pas ta question.
C’est normal, je suis fatigué, ça fait 2h et demie qu’on discute. Je vais jouer à la report 1000 et différemment. C'était tellement gigantesque en fait, la perspective de cette police ultra technologique et pas seulement on va y venir. Comment ? Vous avez fait le choix de vous dire bon voilà, on va aborder ça plutôt que ça. Pourquoi, par exemple, vous accordez autant d’importance au vide et à la surveillance de la population pendant le temps du Covid ? Comment avez-vous opéré vos choix ? Là, c'était plus une affaire de petite boutique on va dire, mon cher Florent de travail d’artisan et après on abordera les enjeux. Je veux dire, c’est tellement de la science-fiction, comment on se dit tiens, on va faire ça en quinze pages réalistes.
En fait, l’enjeu c'était de passer des fameux Jeudis de la sécurité à Shanghai. Ah, on passe de la solution technique vendue et survendu par les boites privées à la mise en place d’un état totalitaire comme ça. Après Shanghai, ça véhicule plein de trucs qui sont, qui sont connectés, qui sont quand même très concentrés parce que la plupart des villes chinoises ne ressemblent pas à Shanghai, évidemment. Il y a un environnement de science fiction futuriste en quelque sorte, en tout cas de l’image qu’on se fait de la science fiction. Une citadine urbaine. Voilà. Donc je suis parti de là, d’une déambulation dans le métro, puis dans la rue d’une jeune fille qui est donc surveillée. On voit des géants, on voit comme des captures d'écran. Et l’idée, c'était d’arriver au rapport humain, c’est à dire vaguement ce qu’on avait déjà vu, un beau Japon et ce qu’on va faire après, développé dans les pages suivantes, c’est la surveillance de tout le monde, par tout le monde. Notamment par sa voisine qui finalement agit comme une caméra de surveillance. Et ce faisant, on arrive à la tradition chinoise des concierges notamment, et qui a été mise en œuvre avant et pendant la révolution chinoise.
Mais ce que je vais dire, c’est l’idée.
L’idée ici, c’est de dire. Bon ok, il y a de la technologie en Chine, il y a le Crédit Social mais d’abord, avant de passer à la Chine, je pensais j’ai plus lors de tout ça en tête. Mais je crois qu’avant de passer à la Chine, on fait un petit zoom sur Nice.
Absolument. J’allais y venir.
La ville la plus surveillée de France dans laquelle par trois fois, un camion est venu se balader devant les caméras de vidéosurveillance sur une zone interdite aux camions. Et la nuit du 13 au 14 juillet 2017, le camion a massacré 85 personnes sous les yeux inertes des caméras de vidéo surveillance. Et donc on veut vraiment souligner ça, hein ? La technologie, c’est aussi la technologie. C’est aussi l'échec de la technologie qui entraîne d’ailleurs chez les promoteurs de la technologie de nouvelles technologies. Mais il faut s’interroger sur leur caractère vraiment offensif ou inoffensif, parce que visiblement, elles loupent des choses qui sont, qui sont, qui sont éclatantes. Et la Chine, on en veut quand on veut rappeler deux choses Oui, c’est un pays aujourd’hui exportateur de logiciels et de matériel de surveillance dans le monde. Et en même temps où le contrôle social reste un contrôle social traditionnel, c’est à dire ce que tu disais et ce que tu appelles le totalitarisme chinois, il s’ancre dans une tradition, je le dirais, totalement naturalisée de surveillance des uns et des autres, et notamment en a à dire. On a dessiné les flancs, a dessiné les yeux de ses concierges ou ses patrouilles de retraités dans les rues avec un petit brassard rouge et qui informe les gens un peu désorientés dans ces dans ces villes démesurées, mais qui du coup, en informant les gens, s’informent sur les gens et répercutent les informations à distance. C’est si tu veux, la Chine, c’est un pays qui moi me fascine, pas par l’abondance de technologie qui me fascine, pas non plus par son pouvoir, son caractère autoritaire, central. Mais qui me fascine par l’entrelacement de l’hyper moderne, de l’hyper administratif bureaucratique centralisé et de l’hyper tradition. De cette tradition millénaire de surveillance villageoise qui arrive à se greffer sur des villes tentaculaires qui, dans d’autres sociétés, seraient complètement hors de contrôle. Et c’est ça en fait le totalitarisme, le totalitarisme ou l’autoritarisme chinois, c’est cette capacité de convertir à son avantage des systèmes de contrôle social qui sont là depuis, depuis, depuis des siècles.
Et c’est pourquoi, tout à l’heure, maladroitement, j’ai essayé, mon cher Florent, de te faire parler, parce que vous vous disiez tous les deux il y a une heure la bédé, c’est l’art de l’ellipse. Il y a effectivement quelque chose de l’ordre du montage, du montage au cinéma, et il y a un effet de sens terrible. C’est à dire qu’on passe en effet des clubs du jeudi dont on vient de parler, Denis, c’est à dire d’un mélange politico commercial, a tout d’un coup la Chine et on se dit finalement, ce qui est en train d'être préparé ici prépare en tout cas pour favoriser un modèle, un modèle chinois. Et c’est là où je. Voilà, je parlais, j’essayais de comprendre si tu veux, parce que je trouve, c’est osé. Et c’est pour ça que c’est beau, parce que c’est aussi il y a, il y a quand même un effet de sens. On passe de Nice à Shanghai, Et c’est au lecteur, à la lectrice de dire qu’est ce qui se passe là ? Alors, sur le Crédit Social, vous rappelez, et c’est quand même toujours bon de le faire, qu’au départ, le Crédit Social à la Chinoise qui va être on ne va pas tout raconter, mais qui est très utilisé au moment du Covid pour les gens aussi peuvent sortir, pas sortir en fonction de leur, de leur, de leur score. Justement, le Crédit Social, en fait, c’est une duplication d’un modèle tout à fait américain. Vous nous en parlez ?
Ah oui, le Crédit Social, c’est le système d’examen par une autorité bancaire centrale aux Etats-Unis, des demandes de crédit. C’est en fait le Crédit Social, c’est le benchmarking, c’est-à -dire la capacité de noter les vertus et les défauts des entreprises. Est ce qu’une entreprise a du crédit ? Est ce qu’on peut faire confiance au crédit ? Ça veut dire confiance. Est ce qu’on peut faire confiance à une entreprise si elle vient demander de l’argent ? Bon, et donc on va noter. Le génie chinois, c’est d’avoir pris pardon lorsque la Chine lance ses entreprises, ses conglomérats et entreprises diverses sur. Dans le capitalisme international dans les années 90. Elle y va avec peu d’outils et elle emprunte ce système de notation des entreprises pour elle-même. Rationaliser tout le bordel créé par l’ouverture aux marchés et la volonté de shopping à l'époque. Et puis le génie chinois est tel que. Ou en tout cas des gouvernants chinois creux et sans débat pour y noter les gens aussi, comme on note les entreprises. Donc effectivement, c’est l’emprunt d’une technique bancaire assez banale, très centralisée aux Etats-Unis. C’est le paradoxe du système bancaire américain. Et. Qu’on a encore à appliquer aux humains plutôt qu’aux entreprises. Alors après la question de savoir si ça marche, il y a beaucoup de fantasmes occidentaux qui sont projetés sur le Crédit Social chinois. Ce qu’on essaye de montrer, c’est qu’il y a quand même une coexistence permanente entre le. Entre la surveillance traditionnelle et les surveillances numérisées, technologiques, etc. Par ailleurs, le Crédit Social concerne surtout les gens qui demandent des services, qui ont les moyens d’acheter des trucs. En gros, un doc. Par exemple, on peut refuser à quelqu’un le fait d’acheter un billet de première classe dans le train. Ça a toujours été un enjeu énorme. Le contrôle des mobilités en Chine.
Quelqu’un qui n’aurait pas un bon comportement.
Un bon Crédit social.
Oui un bon Crédit Social.
Pour tout le monde, tout le monde ne peut pas acheter de toute façon, ne peut pas prétendre décrocher un billet de première classe. Très, très loin de là. Alors que si on essaie de montrer, c’est d’avoir des coups de projecteur sur ce puzzle du sécuritaire chinois, tout en montrant un peu la complexité et surtout la densité sociale historique du truc. Et de se défaire un peu du discours, on va dire de la propagande. Mais quelle qu’elle soit chinoise ou la propagande techno capitaliste, on sait que le mirage de la technologie, je le sais. Je vous apporte une solution clairement et ça va marcher tout seul. Quoi, ça ne marche pas tout seul, ni où que ce soit, ni sur. Ou en Chine, ça ne marche pas du tout. Il y a besoin. Sous couvert de technologie, d’avoir la main et l'œil humain.
En revanche, pour ce qui est de l’investigation de l’enquête, la technologie est de poésie. Recoupe recouper les factures, les cartes bancaires, les trucs et des machins. Mais ce qu’on voulait dire, c’est que ça n’empêche pas en fait, à lier les délits ou les crimes.
Voilà, je propose une innovation lexicale auposte, parce que tu sais qu’il y a un enjeu. L’Etat, par exemple, a récupéré le mot vidéosurveillance et a imposé le mot vidéo protection. Oui et vidéosurveillance les caméras surveillance Rencontre avec Nice quand les gens qui sont dans les centres de commande de contrôle en fait, passent peut être plus de temps à jouer aux cartes qu'à regarder ce qui se passe sur les caméras. Donc finalement, qui est surveillé ? On ne sait pas bien en ville et où protection c’est vraiment,complètement trompeur. La caméra n’a jamais empêché un crime d'être commis. En revanche. Vidéo élucidation Tu as raison, vidéo ou élucidation c’est plus proche. C’est sans doute le terme le plus proche, le meilleur pour qualifier ces caméras. Peut être d’ailleurs qu’on utilise aussi que tu utilises aussi pour la documentation des exactions policières.
Alors ça, c’est le site, on le voit très bien, les caméras. C’est la pirouette actuelle. C’est qu’en effet, celles et ceux qui sont devant les caméras de surveillance sont en train de trahir les policiers.
Ben oui.
Il y a quelque chose du retournement qui est là. On a vu les images révélées par Mediapart, terribles à Marseille, terribles, terribles et ce sont pour le coup des caméras de surveillance. Je vous propose, si vous voulez, de prendre quelques questions du début du tchat. Et puis après, après on se dit au revoir. Alors le travail d’auteur de dessinateur pour Florence avec un chercheur, est ce très différent ? Alors c’est 100 Sabrina qui a gagné deux points de Crédit Social Auposte pour la question.
Quand je travaillais avec un scénariste, c’est un travail de professionnel de la fiction en quelque sorte. Ça veut dire qu’on fait en groupe, on comprend. Puis là, la mise en page, euh, la fluidité de la narration. Voilà, c’est vrai que Fabien, la fiction, ce n’est pas son domaine de travail. Donc c’est ma part de scénariste dans le bouquin, c’est que j’ai pris en charge complètement la structure et la mise en place, le travail par rapport à son travail et à nos discussions. C’est un peu un travail. Ça a été cool. C’est marrant la manière dont ça a fonctionné parce que. Moi, j’ai encouragé l’abolition de l’espace et du temps. Beaucoup. A C'était très difficile. Donc j’ai mis une surcharge de travail sur les épaules de Florent et j’ai vachement encouragé ça. Je n’ai pas voulu faire un bouquin de prof. On a sans doute en partie échoué à cette ambition.
Alors non, non fait.
Je n’ai pas voulu montrer le prof. Je n’ai pas voulu montrer même ma gueule en train de parler. Mais j’ai voulu vraiment là, utiliser cet art de l’ellipse, de la transition au sens fort, sans transition justement. Conflagration des déséquilibres, des espaces et des temps. Bon, et je pense qu’on y est arrivé, je pense que c’est vraiment. En revanche, sur les techniques vraiment de d’articulation de la dernière case en bas à droite, à la première de la page suivante, ça c’est Florent entièrement. J’en étais complètement incapable, complètement incapable. Mais. Mais je voulais, ce que je voulais, c’est vraiment qu’on comprend, qu’on utilise là qu’on utilise à fond plein de. Ce qu’offre la bande dessinée comme capacité de se libérer des entraves de l’exposé sur un fil et même de la narration littéraire. En revanche, effectivement, je me suis rendu compte que je n'étais pas capable de faire ce que fait ce que fait Florent, c’est à dire c’est vraiment l’articuler. Le retrouver quand même de l’articulation d’une case à une autre, d’une page à une autre. Ça, pour le coup, c’est un métier. Pour le court scénariste, c’est pas mal. Ce n’est pas mon métier.
Il est fort Florent. Mais cela dit, Jean-Jacques, posait la question remontée par Pauline. Bonjour à tous, Est ce qu’on commence à utiliser des nouvelles intelligences artificielles chez les dessinateurs ? Est ce que c’est une menace, un danger, un péril, une unité ou je ne sais quoi ?
Bref. Il y a pas mal d’entre nous qui tâchons d’alerter sur ce danger naissant, on va dire. J’ai vu qu’il y avait déjà des bandes dessinées qui ont été créées complètement avec l’intelligence artificielle. Certains se sont improvisés auteur de bande dessinée et ça se voit, donc ça ne marche pas. On peut créer, on peut créer des images comme ça, à la volée. L’articulation entre les images, par contre, ne se fait pas encore toute seule. J’ai vu qu’il y avait un auteur de bande dessinée aussi carré qui lui par contre a utilisé sa com. à la place de son crayon. Donc là, en termes de technique de bande dessinée, c’est plus cohérent. Mais c’est vrai que ça pose, ça pose une vraie question. Interne et externe en quelque sorte à la profession de la bande dessinée, C’est que le dessinateur que je suis est très vigilant au fait que les scénaristes se disent finalement est ce que l’intelligence artificielle n’est pas un moyen de s'épargner le mal nécessaire des dessinateurs à leur profit ? Bon après moi, pour l’instant, tout ce que j’ai pu voir, ce n’était vraiment pas convaincant. Et puis il y a un côté un peu uniforme à toutes les productions de l’intelligence artificielle. C’est très vite imbuvable en fait. Et il y a un petit côté un peu repoussoir, coincé. On ne sait pas qui l’a fait finalement, c’est nul, ça reste très éthéré. C’est un peu comme une pub Nike en fait. Alors c’est ça le truc, c’est que les images sont jolies, mais on sait bien que ce n’est pas une personne qui parle derrière.
Oui, bien sûr, bien sûr. Surtout sur les enjeux du livre. Sur le fond, une question de Cambronne Je ne comprends pas. L’idée est de faire en sorte que la police ne soit plus institutionnalisée. Mais il ne faut pas que des milices indépendantes secrètes. Où est le juste milieu ?
L' auteur de la question s’afflige de ne pas comprendre. Mais en fait non. Il pose la question très justement. C’est cette polarité entre institutionnalisation qui peut mener à une insularité fait qu’on est une police tellement institutionnalisée, autonome, professionnelle comme disent les américains, qu’elle est sous le contrôle de depuis personne police Los Angeles des années 40 aux années 90. Et puis des policiers qui sont tellement dans la société qu’on ne sait plus qui est policier. Par exemple la Chine. Au début des années 90, on se baladait en Chine au début des années 90, il y avait plein de gens qui portaient des uniformes, en partie parce que, en fait, les vêtements coûtaient cher, donc ils portaient des uniformes. Donc c'était l’armée. Un coup c'était de la poudre aux yeux. Ouais, Les ouvriers de la brigade de surveillance de l’entreprise étaient très doux. Bon, quand on voit des uniformes un peu partout dans le monde et un peu policier de terrain. Et puis au village, il n’y a pas d’uniforme distinctif. C’est le contrôle un peu des possédants sur les noms possédants des hommes, sur les femmes, des discounts qu’on met vraiment en avant. On sait que si. Il faut revenir à la question de l’abolition de la question abolitionniste qui est vraiment une super question.
C’est la question d’attention, on va dire un entre les deux modèles
Et sur la question, si on la ramène du côté de l’abolition, on peut citer un des messages de la bande dessinée, c’est de dire que abolir la police institutionnelle, ça n’est jamais abolir les rapports de domination dans la société. Et ces rapports de domination passent parfois par des rapports de force. L’usage de la force, c’est donc abolir la police. Pourquoi ne pas abolir l’usage de la force, abolir la force, la violence physique dans les rapports sociaux. Alors ça, c’est une autre histoire, c’est une toute autre histoire. Et cette histoire là, c’est aussi cette histoire là, ces histoires là qu’on documente un peu.
Oh là ! Mais c’est Monsieur Jobard, une BD incroyable. Elle n’est publiée que chez un éditeur où pouvons-nous se la procurer ? Chez tous les libraires indépendants évitez Amazon, s’il vous plaît, chez Delcourt Encrages. Et voilà, c’est ici, dans toutes les bonnes librairies
Alors, une dernière question
Pardonne moi, David, de t’interrompre, mais on la trouve notamment à la librairie Folies d’Encre à Saint-Ouen, Avenue Gabriel Péri, à Saint Ouen et qui organise demain un débat, je suis un peu le local de l'étape et ça volontiers. Demain soir à Folie d’encre à Saint Ouen
Petite librairie, mais ô combien importante.
Combien importante en Seine-Saint-Denis, parce que des librairies indépendantes ça compte.
Alors justement, une question puis nos deux questions traditionnelles. C’est plus pour toi Fabien, avez vous rencontré Interviewé des policiers policières, la question est quel type de témoignage vous ont inspiré ? T’es pas obligé de balancer des noms, mais qu’est ce qui t’as retourné depuis 20 ans 25 ans que tu travailles sur la police, dans les rencontres que t’as pu faire, que ce soit avec la BAC, que ce soit avec des commissaires, soit avec des ES, des gens à la retraite, que ce soit avec des jeunes recrues. Peut être la rencontre qui t’a le plus frappé ou celle qui peut être a teinté le plus de votre ouvrage ?
Alors je n’ai pas seulement travaillé en fait par rencontres. Aussi j’ai travaillé dans les services de police, dans des équipages BAC notamment, donc avec eux en faisant les mêmes interventions en courant avec eux quand il fallait courir en restant le cul dans la bagnole, quand il fait la plupart du temps à rester le cul dans la bagnole Donc qu’est ce qui m’a le plus frappé ?
Juste le temps que tu trouves. J’ajoute aussi qu’on a beaucoup travaillé sur le délit, sur le contrôle au faciès notamment. Tu as travaillé avec Omar Ancelotti, me semble-t il. En tout cas, tu as enquêté.
L’enquête, on avait fait avec des Américains en français. Alors là, ça par contre. Donc j’ai travaillé avec des policiers dans leur véhicule, en poste avec eux. Mais je travaille aussi à l’insu des policiers, parce que cette enquête sur les contrôles d’identité, on avait payé des gens pour qu’ils suivent des policiers sans se faire remarquer d’eux. Donc on avait pris des femmes, des jeunes femmes qui notaient sur leur petit téléphone portable les caractéristiques des personnes contrôlées. Et puis on a fait tout un tas d’analyses statistiques derrière. C'était il y a longtemps y a une quinzaine d’années Il y a la première scène du repas de famille. Ça, c’est une scène que j’ai entendue longtemps, voilà, je pense que la scène du repas de famille qui ouvre le livre qui suit une scène de violence conjugale en fait. Alors une fois, je fais un entretien magnétophone sur la table, à l'époque des magnétophones, j’ai posé le mien sur la table avec un policier, un jeune policier d’une trentaine d’années. On était en brigade, il était en bac, en grande banlieue parisienne. Moi, j’avais patrouillé des heures et des heures et des heures avec lui et ses collègues dans diverses équipes. Et puis il me raconte qu’en fait, il trouve tout ça vraiment complètement absurde C'était un gars assez offensif sur le terrain. Un peu, un peu limite quand même. Il avait du plaisir à ça. Et en fait, en entretien, il se met à pleurer. Ça arrive rarement quand même en entretien avec un vieux qui déboule, se met à pleurer. Il pleure, mais à ce qu’il me dit, il me parle de son frère. Il parle de son frère en Vendée qui lui a choisi de ne pas monter à Paris, de ne pas y aller, de rejoindre la police qui est restée là bas, qui a sans doute une vie économiquement plus fragile que lui. Mais lui, il est bien son frère. Alors que lui, là, dans sa barque et obligé de faire le guignol en gros, en gros, c’est Skinner. Et quand y trouve plus de va et vient, il voit vraiment plus le sens de ce qu’il fait, au point même que ça lui est douloureux de rentrer, de retourner chez lui, en Vendée avec sa famille, parce qu’il sent bien que l’institution l’a transformé et c'était un fait de lui, quelqu’un d’autre et quelqu’un qu’il n’aime pas. On est tous devenus quelqu’un d’autre au fil de nos expériences de vie. Mais devenir quelqu’un d’autre et ne pas aimer celui qu’on est devenu, ça c’est une expérience que personnellement je valide et qui pesait sur ce garçon. Je pense que lui avec qui pourtant j’ai passé des heures en bagnole, là je parle de lui à un moment, dans un article, dans une revue, la cette fois ci de sociologie. Enfin, je parle d’une scène Mais voilà, je pense que ça serait effectivement cet entretien Je faisais des entretiens avec des gens dont je savais ce qu’ils faisaient, comment est leur pratique. Donc ça c'était quand même tout à fait intéressant, on pouvait ne pas trop m’embobiner. Voilà, c’est sans doute ça a sans doute inspiré cette scène du début du repas policier qui agrège d’autres, d’autres récits, qui est plus standardisé disons. Ouais, ça c’est un témoignage qui m’a frappé.
Florent, toi qui a l’habitude d'écouter Auposte, quel honneur pour moi de savoir que peut être une ou deux phrases ont influencé ton travail puisque tu nous a dit dessiner dans ton atelier en écoutant Auposte après Nicolas Demorand, ça tu l’as pas précisé. Tu connais donc les deux questions rituelles Où est ce que je dois les donner ?
Donc est ce qu’on a fait ?
Est ce qu’on a fait Au poste pendant 3 heures ?
On pourrait dire qu’on a fait de l'éducation populaire, mais dans le vrai sens originel, ça veut dire ça va dans tous les sens, car c’est ce n’est pas une parole descendante, c’est on se cultive les uns les autres, c’est du passage, c’est. Il se trouve que nous on a travaillé pendant 28 mois. J’ai travaillé pendant un an. Fabien Depuis beaucoup plus longtemps. Moi, de mon côté, c'était clairement une curiosité et vouloir apprendre des choses par la documentation. Passe par la discussion, c’est essayer de me forger des débuts de commencement d’opinion. Sans pour autant complètement les formaliser. Je ne peux pas être aussi clair, aussi franc sans ces appuis on va dire avant qu’après. Mais surtout, c’est de poser la question et de permettre et de contribuer au débat. C’est d’apporter des bases. On a travaillé et j’espère apporter des pièces au dossier. Sachant que de toute façon on contribue, on n’est pas initiateurs et puis on va mal finir le débat, c’est qu'évidemment le bouquin ne cherche pas à répondre à quoi que ce soit, il cherche juste à poser des questions et à donner le maximum d'éclairage sur ces questions là. C’est que dans une démocratie, si chaque citoyen a une voix dans une véritable démocratie, il faut que le citoyen soit éclairé. C’est le propos et pas juste avoir un avis, avoir une opinion. Or, typiquement, on est dans une société où la vie et les opinions, ça envahit tout et on le constate sur Cnews ou BFM, les avis ne sont pas toujours super bien éclairés.
Fabien qui a l’habitude de faire beaucoup de rencontres, de débats, etc. Comment qualifierais-tu les 3h qu’on vient de passer ensemble ? Ce qu’on a fait Auposte, c’est quoi ce qu’on a fait ce matin ?
Écoute, je souscris absolument à ce qu’a dit Florent. Et puis non, c’est vrai, on a on a pu avoir un long moment et c’est intéressant en plus de parler avec les images, de voir le travail concret du monde du dessin de Florent. On essaye d'élargir le champ des questionnements et de nous donner des éléments de réponse comme ça, comme un puzzle que chacun va reconstruire à sa sauce et que chacun va construire à sa manière. Mais c’est très juste parce que ce que vient de dire Florent et puis on a eu la chance dans cet échange parce qu’on n’a pas parlé que police, on a parlé technique de bande dessinée et ça c’est quand même chouette. Je suis surpris là, et d’ailleurs, toi aussi Florent, à la télé en Bretagne, t’as été interrogé pour une interview très sympa, très chouette et unique inspection policière, mais aussi des questions sur la bande dessinée. C'était formidable. La BD était très bien mise en valeur, il avait envoyé des images derrière. La journaliste était derrière vous et n’avait aucune question sur son travail ? C’est quoi dessiner ? Et c’est quoi la matière documentaire ? Comment ça va être toutes les questions que t’as posées et que moi je me vois. Je me réjouis d’entendre parler de son travail. Donc c’est une chouette émission.
Très bien. Et ce n’est pas lâche. Et il faut que tu sortes une BD pour que tu reviennes Et la dernière question après je vous libère. Mais juste pour te dire Fabien, ici Auposte, on met en lumière le travail des gens. Donc quand c’est un romancier, on parle de mots. Quand c’est un dessinateur, on parle de son travail. Mais les journalistes y font pas ça généralement et c’est vraiment l'écume quoi. La dernière question, c’est celle de Pierre Naville, que Florent connaît donc par cœur puisqu’il écoute Auposte. Pierre Naville, surréaliste 1922, dans la revue La Révolution surréaliste, dont les couvertures étaient oranges, ce qui est quand même une marque de bon goût écrit Il faut organiser le pessimisme. Est ce que cette phrase vous inspire ?
C’est vachement compliqué. Et puis en général, enfin, le pessimisme, ça n’a jamais empêché de faire quoi que ce soit. C’est le pessimisme assuré. C’est peut être juste la conscience de ce qui est, pas de ce qui sera quoi. Et puis en plus, généralement, les gens de gauche savent bien qu’on perd plus souvent qu’on gagne et on ne serait pas dans cette situation là. Il ne s’agit pas d'être optimiste. Ce serait se bercer d’illusions Il ne faut pas voir le pessimisme comme un boulet accroché à nos chevilles. D’ailleurs, c’est en lien direct avec le travail qu’on a fait. On n’a pas voulu montrer de dystopie policière, on a donné des données, des exemples de dystopie policière, surtout vers la fin. Mais on a voulu donner des raisons de croire en des formes possibles de société meilleure. Et c’est assez intéressant parce que j’ai l’impression que les gens ne ressortent pas de la lecture de la BD indemnes Mais pas par accabler, non on donne à voir des pistes, on ouvre des pistes, on essaye de creuser des clairières.
Moi je ne pourrais pas dire puisque j’ai terminé vraiment la BD ce matin je suis dans l'état du lecteur qui est admiratif devant le travail. En tant que lecteur, j’ai voyagé. Enfin, je veux dire, voilà, la mission est remplie. Donc il y a la question du plaisir de lecture, j’ai appris beaucoup. Donc pour l’instant, je suis dans un truc plus heureux, mais je sens que ça va infuser. Et je ne sais pas si au bout du compte, ça va être positif ou pessimiste mais je suis comblé. Merci beaucoup à vous deux d’avoir pris tout ce temps. Vous étiez parfaits, à l’image, le son. Alors, ce bâtiment va disparaître, c’est ça ?
Ce bâtiment, la cité Cordon, va disparaître je l’aime bien, c’est dommage, mais la décision est irrévocable. Et puis faire l’interview avec lui derrière mais t’as pas voulu. Les livres, c’est mieux, c’est plus rassurant.
Florent, comme tu es quasiment là tous les matins Auposte et que tu es maintenant devenu VIP, ça veut dire que tu peux mettre des liens. N’hésite surtout pas à te faire violence et à mettre des liens pour annoncer à te faire violence par rapport à ta modestie pour annoncer les débats Je vais envoyer un petit clip tout à fait inédit signé Euryale et merci beaucoup à vous deux. C'était un plaisir de vous lire et de converser avec vous.
Vraiment merci beaucoup !
