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Grande première ! Avec Cancer Colère

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

00:00:00Julien Le Guet
Ben oui, comment commencer une émission autrement que par L’Internationale ? Bienvenue, camarades. Ça y est, la fusée est lancée. On vient d’entendre les sirènes des pompiers. Il est bien midi et c’est parti pour cette première émission. Six mois ferme ? Six mois ferme. C’est l’émission qu’on va vous proposer pendant six mois, en direct de mon grenier de détention. Je suis Julien Le Guet. Je suis un des coporte-parole du collectif Bassines Non Merci. Et je me retrouve assigné à résidence pour les six mois qui viennent, équipé d’un bracelet électronique que je n’aurai pas encore aujourd’hui. Il faudra revenir la semaine prochaine : comment il est beau, quelles belles couleurs, les paillettes, etc. Ce bracelet va m’être installé le 1er octobre, suite à une condamnation pour avoir participé aux manifestations de résistance au chantier de Sainte-Soline, en particulier, et contre les mégabassines. C’est le résultat d’un procès, en particulier, dont le verdict a été donné le 6 mai. Il s’agissait de me punir pour avoir participé à la manif, notamment de Sainte-Soline 1, durant laquelle il y a des grilles qui ont cheu, comme on dit dans le Marais. Des grilles qui sont tombées. Et suite à ça, plein d’autres méfaits, comme le vol d’une pelle à grain à l’Immagrain ou un affreux tag indiquant que la coopérative Océalia était liée au projet de bassine. L’ensemble de ces affaires m’ont conduit à obtenir cette récompense suprême. Alors, je vous rassure, je ne me présenterai pas à la présidentielle. Je n’irai pas non plus aux Seychelles. Je n’ai pas le même modèle de bracelet électronique que Le Pen et Sarko. Là, je vais plutôt avoir une privation de liberté où je vais me retrouver chez moi, avec quelques heures de sortie par jour. Voilà. Et donc, quand la peine est tombée, il y a un certain nombre de camarades qui sont venus me voir pour me dire : « Notre analyse, c’est que la peine, c’était une procédure-bâillon, c’est une peine-bâillon, c’était une peine qui a vocation à réduire au silence nos mouvements de contestation, nos contre-pouvoirs. » Et ce qui le confirme, c’est qu’évidemment, je ne suis pas le seul à avoir subi de telles punitions puisque, depuis plusieurs années, nous sommes des dizaines de militants, notamment à lutter contre les mégabassines, à être passés sous les fourches caudines de la justice française et à avoir écopé de peines qui vont de la prison ferme à des amendes multiples et variées. Parmi les personnes condamnées, il y a beaucoup de porte-parole d’organisations. Une pensée spéciale aux camarades de la Confédération paysanne, Nico, Benoît, aux camarades des Soulèvements de la Terre également, qui ont écopé de peines, et à tous les autres. Donc l’objectif de cette émission, c’est de ne pas tomber dans le piège de l’invisibilisation. Donc c’est une émission qui est montée avec nos bouts de ficelle, nos compétences qui vont aller croissantes. C’est clair que là, ça se fait vraiment à l’énergie militante et c’est clairement un projet politique, cette émission. N’ayons pas peur des mots. Cette émission, elle va avoir vocation à remplir plusieurs fonctions, notamment à pouvoir vous informer de l’évolution du dossier bassines, puisque c’était un petit peu par là que, moi, c’était un domaine où on voit la nécessité de continuer à informer. Mais, par extension, ça va être un écho, ça se veut l’écho de plein de luttes qui sont portées localement. Et pas que des luttes environnementales, des luttes également qui vont concerner toutes les formes d’oppression, le carcéralisme systématique, la lutte des classes, ce n’est pas un gros mot, l’anticolonialisme doit trouver sa place pleinement dans cette émission. Donc cette émission, elle aura lieu tous les lundis à midi. Elle durera une heure, avec des rubriques redondantes, une revue de presse, un agenda des luttes. Chaque semaine, on aura la chance d’accueillir deux invités qui portent des luttes. Et aujourd’hui, on recevra Caroline Proust, de Cancer Colère, très bonne camarade, très active dans cette association vitale. Et également, nous accueillerons Pétra Bernus, camarade militante de Révolution permanente à Bordeaux, avec qui, notamment, on parlera de ce qui s’est passé autour de Bordeaux, des mégafeux, de la condition des pompiers et de la nécessité de faire corps ensemble face à cette diminution de tout ce qui est du commun, des services publics, etc. Voilà, c’était l’édito. C’est parti, c’est lancé. Une rubrique redondante qui reviendra chaque semaine : je vous ferai un petit état des lieux de comment se passe ma détention, des relations avec les autorités, des aménagements potentiels, etc. J’essaierai de faire une remontée un petit peu comme ça, une petite chronique hebdomadaire sur ce que c’est comme expérience et comment ça se vit. Et je vais être équipé d’un bracelet électronique. Alors, pour moi, c’était clairement une décision politique. Aussi, ce bracelet, je vais demander à ce qu’il soit posé à ma cheville droite. Vous comprendrez bien le message. Ça signifie qu’il me reste une cheville libre, la cheville gauche. Et aussi, je vous invite d’ores et déjà, pour celles et ceux qui auraient envie de se servir d’une de mes chevilles comme un espace d’expression politique, de me faire parvenir vos bracelets, vos créations. J’en choisirai un chaque semaine. Je vous montrerai les différents bracelets qui auront été reçus. Et si vous voulez m’envoyer ces bijoux, je vous invite à les envoyer à l’adresse suivante, à l’UL CGT, c’est 35 bis, rue Saint-Martin, 79500 Melle. Et merci à l’UL, ils feront la transition. Cette adresse, elle est valable également s’il y a des éléments de communication, si vous voulez que votre affiche, elle apparaisse ici, si vous voulez que je porte un tee-shirt qui traite de vos affaires. En fait, tous vos goodies, etc., trouveront une place dans ce qui peut peut-être finir en musée de la lutte, qui sait, visite du grenier. Voilà, donc appel à m’envoyer des bracelets. Eh bien, je vous le disais, un des éléments importants de… Et on dit que tout est OK sur Twitch et YouTube et Au Poste, etc. Eh bien super, les camarades. Voilà, c’est donc l’adresse où envoyer le bracelet.
00:08:15Julien Le Guet
On me dit que ça bugue au son. Et sachez qu’il y a un petit décalage entre ceux qui regardent Twitch et nous, les conditions de l’émission en direct. Il y a quelque chose de l’ordre de 50 secondes, donc s’il y a eu un… A priori, c’est bon. Donc, j’allais citer du Vento. Je vais faire un truc que je ne fais peu, je vais mettre mes lunettes. « Que ça soit légal ou pas, il est clair qu’on va appeler tous les paysans français à creuser tout ce qu’ils peuvent cet automne et cet hiver. L’heure est venue […] désobéissance civile. » Et rajouter à ça : « Si nous faisons banqueroute, mais que nous avons réussi à protéger au mieux des agriculteurs, on aura rempli notre mission, et la banqueroute ne nous empêchera pas de creuser. » On dirait du Trump dans le texte, c’est génial. Eh bien voilà, ça nous paraissait important de faire état des réflexions de la CR. Donc ça veut bien dire ce que ça veut dire et on ne va pas faire ici un long exposé, mais ça, c’est directement les suites de la loi d’urgence agricole qui a été adoptée ces dernières semaines et qui donne à pousser des ailes, y compris à des pratiques illégales, mortifères et écocidaires. Voilà, c’était la première actu. Big up et spéciale dédicace à Monsieur Vento. La deuxième actu qui a retenu notre attention cette semaine concerne l’avancée dramatique du chantier de l’A412, du côté de Genève, Thonon, Machilly également. L’A412, c’est la nouvelle A69 contre laquelle il devient urgent de se mobiliser. Il y a des travaux forestiers qui ont démarré, il y a les associations de protection de la nature qui ont attaqué et qui ont fait des recours. Et l’ami Thomas Brail, l’écureuil, qui est également allé sur place pour faire profiter de sa visibilité médiatique, pour mettre en avant ce qui se passait là-bas. Et donc Thomas Brail a été une nouvelle fois retenu en garde à vue. Il y avait également, ce week-end, un rassemblement qui a eu lieu à Machilly, à proximité de Genève, où il y a 1 000 personnes qui se sont mobilisées. Il y a également une ZAD, la ChabZAD, dans le pays du Chablais, qui se constitue et que vous êtes appelés, pour celles et ceux qui pourraient se rendre disponibles, à rejoindre au plus vite ou à aller soutenir. Parce que soutenir une ZAD, ce n’est pas forcément y vivre, c’est aussi aller voir les camarades, faire nombre et groupe parfois, amener à manger, ravitailler, etc. Quand une ZAD se monte, toutes celles et ceux qui peuvent la rejoindre et la soutenir sont les bienvenus. Big up aux camarades qui résistent là-bas. Troisième news, également alertante, en lien un petit peu direct avec le premier point sur les grandes manœuvres en termes de gestion de l’eau, puisque Le Canard enchaîné a sorti… Alors, l’image qu’on voit, c’est le tracé de l’A412, voilà. Bon, c’est facile à trouver, mais donc là, c’est le tronçon qui fait Machilly-Thonon-les-Bains qui est concerné actuellement. L’autre nouvelle qui a retenu notre attention, c’est un article qui est paru dans Le Canard enchaîné. Alors, si la régie peut nous l’afficher rapidement. Le Canard enchaîné a fait monter que notre illustre ministre de la Transition écologique Alors là, on pourrait faire un jeu : qui sait, qui connaît le nom de cette ministre ? Nous sommes peu nombreux. Il se trouve que cette ministre s’appelle Monique Barbut. Monique Barbut est une ancienne du WWF. Vous savez, l’ONG avec le panda. Eh bien Monique Barbut a envoyé une missive aux comités de bassin, aux responsables des comités de bassin, des agences de l’eau. Donc c’est concrètement le parlement de l’eau, ce sont les personnes, les assemblées, qui vont tabler de l’application de la loi sur l’eau sur les différents grands bassins hydrographiques. Il y a six agences de l’eau en France et toutes sont en train de revoir leur document fondamental qu’on appelle le SDAGE, c’est le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux. C’est le document vraiment clé en termes d’application de la gestion de l’eau sur ces grands territoires, qui va également conditionner la finançabilité de différents projets. Je rappelle que les agences de l’eau, c’est la caisse commune à laquelle nous versons tous notre impôt en payant de l’eau, et qui doit ensuite être redistribué pour que l’eau soit gérée comme un commun et qu’à ce titre, elle puisse soutenir des projets de subvention de stations d’épuration, de reméandrage des rivières, de conservation des zones humides, etc. Et dont on dénonce depuis des années qu’une bonne partie de cet argent est privatisée et sert à l’accaparement de l’eau à travers des structures telles que les mégabassines. Eh bien Monique Barbut n’a rien trouvé de mieux que de demander à ce que les responsables des SDAGE reportent leurs documents, de manière justement à pouvoir inclure dedans tous ces beaux projets et tout cet objectif que le gouvernement Macron porte, à savoir la multiplication des ouvrages de stockage d’eau à vocation agricole exclusive, type mégabassine ou retenue collinaire. Et également, vous l’avez certainement vu dans cette loi d’urgence agricole, il est question de doubler les capacités de stockage d’eau. Et quand on parle de stockage chez Macron, Darmanin, c’est bien des plans d’eau type mégabassines. Ce n’est pas stocker de l’eau dans les sols. Ça, ils ne savent pas faire, ils n’ont pas le logiciel. Eh bien Barbut, pardon, une remontée barbue, donc, demande de reporter la décision de manière à pouvoir inclure ces nouveaux projets de stockage. C’était le boulot, évidemment, d’Annie Genevard. Là, c’est encore mieux, c’est la ministre de l’Écologie qui prend ça en charge, que la FNSEA et la CR. Je rappelle que Monique Barbut, c’est aussi elle qui va devoir décider, dans le mois qui vient, si on peut détruire l’outarde canepetière à Sainte-Soline et autoriser le pompage et le remplissage de la bassine de Sainte-Soline qui, je le rappelle, est illégale et n’est plus utilisée depuis deux ans. On en reparlera. Dernier point concernant un article qui est sorti cette semaine dans la presse locale et qui a été repris par Le Monde, notamment au national. La communauté d’agglo de La Rochelle a révélé que deux polluants, potentiellement mortels, cancérigènes, etc., avaient été retrouvés dans un des captages historiques, le captage de Fraise-Bois-Boulard, à La Rochelle, qui est ouvert depuis 1925. Il a été trouvé en quantité supérieure aux normes une fabuleuse molécule herbicide qu’on appelle… C’est toujours pareil, c’est illisible et c’était fait exprès. On ne doit pas pouvoir retenir ces noms-là tellement ce sont des poisons. ESA. Et également retrouvé un autre herbicide très utile dans la culture du maïs qu’on appelle le métolachlore. Vous le savez peut-être, il y a un véritable scandale sanitaire à La Rochelle puisque les agences de santé ont fait remonter, notamment avec beaucoup de cas qui ont été relevés dans les hôpitaux de Poitiers et de La Rochelle, une multiplication des cancers pédiatriques, notamment dans la plaine d’Aunis, qui est une grande plaine céréalière située entre le Marais poitevin et La Rochelle, où les taux de cancers pédiatriques, si mes renseignements sont bons, sont cinq fois plus élevés que la moyenne nationale. Et évidemment que ça doit questionner et orienter clairement les recherches sur les conséquences de ces centaines d’herbicides, de pesticides qui sont utilisés sur nos territoires. Je rappelle également qu’à La Rochelle, il y a un port de transport céréalier qui utilise moult pesticides pour mettre dans les cargaisons, que ce soit à l’arrivée, quand les cargos s’ouvrent, ça dégaze. Mais c’est la même chose dans les ports, dans les ports africains, par exemple. Quand on ouvre le blé, il y a toujours une couche de pesticides qui a été pulvérisée. Et donc voilà, il y a cette agglo qui a un peu pris les choses en main, en tout cas qui est dans des optiques de protection des captages d’eau potable en prenant les terres, en favorisant de l’agriculture bio ou de la non-agri, ou de l’évolution naturelle de la forêt, etc., qui apporte plein de […] face à cette nouvelle contamination. La transition est toute trouvée. Nous avons la grande joie aujourd’hui d’accueillir une très bonne camarade, l’amie Caroline Proust. Merci, merci, merci, Caro, d’avoir répondu positivement et de nous accompagner dans cette émission, lancement de fusée, donc potentiellement crash-test. Alors déjà, pour te remercier d’être présente, tu as le droit à un petit peu de flûte à bec. Tu as reconnu, évidemment, puisqu’on a répété. Eh bien, salut Caro. Pourquoi Ginette ? Non, plus sérieusement. Oui, je ne t’ai pas entendue.
00:18:36Caroline Proust
Non, j’ai dit : « Pourquoi Ginette ? » Je peux répondre ? Oui ! Parce que c’est vrai que Ginette, c’est un morceau très beau, mais ce n’est pas que ça. Ginette, c’est un morceau qui parle de fragilité, qui présente un peu une atmosphère de fin du monde, mais qui donne beaucoup d’espoir et de joie, et qui rassemble les gens dans les concerts, et qui fait collectif, et qui fait que tout le monde se met à emmener Ginette, continue à tourner, et voilà, ça emmène vers l’espoir.
00:19:11Julien Le Guet
Ouais, merci Caro, moi aussi.
00:19:13Caroline Proust
En plus, c’est tellement drôle de se voir et de jouer de la flûte à bec.
00:19:17Julien Le Guet
OK, ben écoute, ça va. Caro, pour le coup, tu es très active à Cancer Colère 86, dans la Vienne. Tu es également active à la coordination nationale de Cancer Colère. Caro, est-ce que tu peux nous raconter la première fois que tu as eu connaissance du mouvement ? Est-ce que tu peux me dire en deux mots ce qui t’a poussée à le rejoindre ? Et puis peut-être la place que tu tiens et ce qui te meut là-dedans ?
00:19:45Caroline Proust
Alors, ce qui m’a amenée à Cancer Colère, c’est avant tout un cancer du pancréas qui m’a été diagnostiqué début, enfin, mi-janvier 2025. Donc au moment où la je vais dire,mais la loi Duplomb, pardon, la première, était en train d’être votée au Sénat. Et donc j’étais malade, je m’intéressais évidemment à ça, mais avec d’autres problématiques à ce moment-là. Je travaillais dans le bio et, pour autant, je n’avais pas forcément fait toutes les connexions. Et en fait, au fil de ma maladie, de mes opérations, mon oncologue m’a expliqué que mon cancer était une caricature de l’épidémie de cancers liée aux pesticides, enfin, des cancers environnementaux. Et ça m’a fait un premier déclic. Et ensuite, le 8 juillet, j’ai entendu, comme tout le monde, Fleur Breteau à l’Assemblée nationale crier : « Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir », et expliquer, enfin parler un petit peu de tout ce qu’il y a autour. Et en fait, je me suis aperçue que cette lutte-là, qui devenait la mienne de la manière la plus intense, la plus viscérale qui soit, en fait, c’était la lutte de toutes les luttes, puisque c’est la lutte contre les inégalités sociales, c’est la lutte contre le colonialisme, c’est la lutte contre un système économique mortifère, et que cette lutte était au centre de toutes les autres. Et la place que j’occupe dans Cancer Colère, celle que je peux. Je suis, comme tu le disais, dans l’antenne locale de la Vienne, dans la coordination nationale, dans laquelle, par exemple, je m’occupe notamment des mobilisations. Je participe avec d’autres au 3 octobre, à Omnibus et à d’autres choses, mais je vais essayer de faire court puisque nous avons peu de temps.
00:22:05Julien Le Guet
Merci de cette première réponse. Cancer Colère, tu le confirmes, il y a eu ce coup très marquant à l’Assemblée nationale, cette colère, justement, qui a pu être exprimée et vue. En tout cas, on est des milliers, je sais, chez qui ça a résonné. Et je partage pleinement avec toi le fait que lutter contre les pesticides, c’est la mère des luttes, en tout cas c’est une de celles à porter très, très fort, pour l’ensemble des conséquences qu’elles peuvent avoir à la fois en santé humaine et en termes de destruction globale du vivant. C’est aussi une raison pour laquelle nos mouvements se rejoignent dans ces luttes et ils vont se rejoindre autrement le 3 octobre. Est-ce qu’avant de nous parler de cette mobilisation nationale du 3 octobre, tu pourrais, en quelques mots, nous dire aujourd’hui ce que sont les modalités d’opération et d’action de Cancer Colère ? Voilà, comment vous vous organisez, mais comment vous agissez. Et si notre camarade en régie peut, à cette occasion, nous faire défiler un certain nombre de belles photos et documents qui l’illustrent bien. Merci à toi, Caro.
00:23:14Caroline Proust
Alors, dans les grandes lignes, à Cancer Colère, on essaie de faire deux choses. D’une part, informer, faire de l’éducation populaire, puisqu’on s’aperçoit assez aisément que pas grand-chose n’est fait pour que… pour que l’on comprenne un peu ce qui se passe et ce que c’est que cette histoire de pesticides. Quand on regarde la plupart des médias habituels, hein, on a l’habitude d’entendre à peu près tout et n’importe quoi, et surtout pas la parole scientifique. Nous, nous ne sommes pas des scientifiques, mais nous portons leur parole à eux. Et donc voilà, on a cette mission d’essayer d’expliquer aux gens ce qui se passe derrière cet […]. Et comme on s’aperçoit qu’expliquer, convaincre, ça ne suffit pas, notre autre mode d’action, eh bien, c’est de rentrer dans le rapport de force, puisqu’on s’est aperçus que quand on demande : « S’il vous plaît, pourriez-vous arrêter de nous empoisonner ? », ça fonctionne pas bien. Donc là, on voit des images. C’était […] même. Il y a plein de choses sur ces images parce que, du coup, il y a participation à des actions, à ça… C’est à quoi ? Qu’est-ce que c’est ? C’est en face du tribunal que tu connais, juste avant. Voilà, celle-ci. Magnifique image. Donc oui, on a participé ces derniers mois à l’action BASF pour visibiliser le fait que ce sont des entreprises, des producteurs de pesticides, qui produisent toujours des pesticides interdits en France et en Europe et qui les exportent au Brésil, en Afrique ou ailleurs dans le monde. Ça, c’est à l’Assemblée nationale, le 11 février, c’était pour le débat, le débat sur la pétition contre la loi Duplomb. Donc c’est pareil, on pourrait en parler longtemps. Donc c’était le débat sans vote après le vote sans débat. Et donc oui, c’était horrible, cette journée-là. Enfin, c’est horrible et fort à la fois. On était très nombreux. Là, sur ce truc, on voit… Là, je suis juste à côté de Sabine Grataloup, qui est la maman d’un enfant victime des pesticides. On était avec des organisations mais ce n’est pas ce que je vois sur cette photo. On était nombreuses et nombreux, d’un très grand nombre d’organisations et de représentants de victimes. Et on a passé trois heures à entendre des mensonges, à entendre des insultes. On nous a traités d’hystériques, de faiseurs de peur. C’était assez horrible comme expérience. Je suis contente de l’avoir fait. Je pense que c’est bien de le faire une fois pour bien se rendre compte de ce qui se passe. Après, oui, je ne retournerai pas parce que c’est vraiment extrêmement violent. On vous dit qu’on est malade, qu’on est entourés de malades et de mamans de victimes. Il y avait aussi avec nous, dont la fille est décédée à cause des pesticides. C’est reconnu et tout. Et bon, on s’est fait insulter pendant trois heures. On a entendu n’importe quoi. C’était une sacrée expérience. Mais bon, bref, je ne vais pas dire autre chose là-dessus, mais au moins, nous sommes unis. Merci beaucoup. Je me suis égarée parce qu’avec toutes ces images… Oui, voilà, pour mon sujet, il y a deux modes d’action, en gros : l’éducation populaire et la participation à des actions.
00:26:54Julien Le Guet
Yes, merci. Évidemment, on ne peut jamais tout dire, il y en a tellement à dire. Il y a une question dans le tchat. On me posait la question de savoir si tu sais si Cancer Colère est implanté à Sainte-Pazanne, où il y a également un gros cluster de cancers infantiles. De manière générale, est-ce que tu peux nous indiquer comment des citoyennes, citoyens qui voudraient vous soutenir et vous rejoindre pourraient le faire ? Et en te mettant également en alerte sur le fait qu’on a parlé du 3 octobre et qu’il nous reste encore cinq minutes.
00:27:26Caroline Proust
Non mais non, on ne va pas y arriver ! Alors, très rapidement, pour rejoindre Cancer Colère, sur le site, il y a un onglet « Nos antennes » et c’est très, très facile de le retrouver. Sainte-Pazanne, tout ce qui est 44, il y en a. Dans le Poitou-Charentes, pour l’instant, il y a uniquement le 86, le 17 qui vient de se monter à Saintes. Mais après, on appelle toutes les forces à monter des antennes et on accompagne évidemment pour monter les antennes. Et il y a une boucle Telegram Cancer Colère, c’est hyper fastoche. Vous tapez «
00:28:16Julien Le Guet
Merci, et t’as donné toutes les infos essentielles, en effet. Et ces Cancer Colère, c’est comme tout collectif, il faut quelques citoyennes, citoyens qui s’y mettent, Mais en tout cas, c’est un genre de structure, d’invitation à exister et notamment à être inventée. Collectif Cancer Colère, petite dédicace aux camarades du 17 avec qui on était à Saintes vendredi soir, samedi soir, sous la pression de la CR, et qu’on a pu annoncer la mise en place de ce nouveau collectif. Il y a un gros événement qui arrive. Ça fait plusieurs mois que les sphères militantes s’agitent et un appel international a été lancé à rejoindre, le 3 octobre, donc ce samedi, les terres de l’Eure, et précisément à Saint-Pierre-la-Garenne. De nombreuses organisations nationales ont lancé cet appel : la Confédération paysanne, les Soulèvements de la Terre, les Victimes des pesticides de l’Ouest et, bien sûr, Cancer Colère. Des dizaines d’organisations ont rejoint ce mouvement. Caro, cette journée d’action, elle va viser un site de production industrielle massif sur ce lieu-là, tenu par Syngenta. Est-ce que tu peux nous dire, évidemment ça paraît évident, mais pourquoi Cancer Colère rejoint ? Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? Qu’est-ce qu’on va chercher à dénoncer ce jour-là ? Et en même temps, en ayant en tête comment le rejoindre, comment encore aujourd’hui pouvoir donner de l’énergie à cette mobilisation qui doit être la plus massive possible ce samedi ?
00:29:56Caroline Proust
Alors, en fait, cette manifestation, elle est vraiment organisée par les quatre dont tu as parlé. C’est très important de le souligner parce que ça dit tout. Donc les quatre : la Confédération paysanne, les Soulèvements de la Terre, Cancer Colère et le CSVPO. Pourquoi c’est important ? Parce que ce sont des collectifs de malades, de paysannes et paysans. Et c’est ça qu’on veut montrer, c’est que… On ne parle pas d’un truc de bobos écolos, on parle des conséquences concrètes de ce que c’est que l’industrie des pesticides et l’agro-industrie en général. Derrière, ce sont des malades, ce sont les morts et ce sont des paysans et des paysannes qui ne peuvent plus travailler ou qui sont malades également. Il y a effectivement des dizaines d’autres collectifs, syndicats, associations qui nous ont rejoints. Mais voilà, c’est porté par ces quatre-là et, comme tu disais, c’est international. Il va y avoir des résonances dans plus de dix pays. Et même l’Angleterre commence le 2, voilà. Et donc Syngenta, pourquoi Syngenta ? Syngenta, avec BASF, Bayer et Corteva, c’est un des plus gros producteurs de pesticides au monde et également un des gros producteurs de semences enrobées. Donc derrière, en fait, c’est un site de production qui regroupe à peu près tout ce qu’il y a de plus abominable et de plus mortifère. C’est-à-dire qu’ils polluent les nappes phréatiques et la Seine est tellement polluée qu’en fait, il y a régulièrement des arrêtés qui interdisent aux riverains de puiser l’eau de leur puits pour arroser leur potager. Les sites Syngenta et Nufarm, à côté, entre autres, produisent des pesticides interdits qu’ils exportent dans les pays, souvent du Sud, et qui font travailler aussi, dans d’autres pays, dans des conditions proches de l’esclavage, des conditions des questions de colonialisme. C’est aussi un site qui maltraite ses salariés, puisque ses salariés malades sont en procès parce que Syngenta leur a supprimé leur temps de douche payé pour essayer de se débarrasser des pesticides qui traînent toute la journée. C’est aussi un site… Et en fait, il y en a tellement, je me dis, en trois minutes, c’est très difficile de tout dire. Syngenta, j’ai envie de dire une chose parce que là, ça me paraît primordial de ne pas passer à côté. On est le 28 septembre, donc dans quelques jours, c’est le 1er octobre. Il va y avoir beaucoup de gens qui vont dire : « On lutte contre le cancer » et on va faire Octobre rose. Je tiens à rappeler les origines d’Octobre rose : c’est Syngenta qui a créé Octobre rose. Syngenta a créé Octobre rose pour se faire du pognon sur le dos des malades. Donc il faut vraiment que les gens aient ça en tête, quoi. Quand nous, à Cancer Colère, on parle d’« Octobre crade » ou d’« Octobre colère », c’est pas juste parce qu’on a un mauvais esprit. C’est Syngenta qui a créé un médicament qui soigne le cancer du sein et qui s’est dit : « Zut, il n’y a pas suffisamment de marché. » C’était d’un cynisme dingue, il y avait pas assez de marché ! Ils se sont dit : « Tiens, on va faire un truc de dépistage parce que plus on dépiste, plus on va pouvoir vendre de médicaments. » Et donc ça, c’était créé aux États-Unis en 85. Ils se sont fait breveter en même temps, voilà. Et donc après, c’est importé en France…
00:33:44Julien Le Guet
Caro ?
00:33:45Caroline Proust
Voilà, je ne peux pas parler de ça, mais c’est important parce que c’était Syngenta.
00:33:47Julien Le Guet
C’est vachement important et je trouve ça déplorable de devoir te couper la parole là-dessus. Ça donne envie de vraiment se renseigner fort et, en effet, localement, on a vu aussi qu’il y avait des manœuvres assez bizarres autour d’Octobre rose, avec souvent des représentants de la FNSEA qui participaient, et c’est très, très questionnant. Et donc oui, c’est énorme ce que tu viens de mettre sur la table. Je pense qu’à Cancer Colère, vous avez des sites et des moyens de communication et je pense qu’il y a vraiment quelque chose à révéler et à sourcer plus largement. On a déjà pété le temps de deux minutes et je vais vraiment te demander, en quelques mots, comment rejoindre le mouvement samedi. Je le dis vite fait : en partant des Deux-Sèvres, une très bonne nouvelle, c’est qu’il y a un premier bus qui est plein et il y a un deuxième bus qui va partir du nord du département. Et si vous voulez le rejoindre, vous pouvez passer par la Confédération paysanne 79. À toi, Caro, et vraiment, c’est une minute de pratico-pratique. Et grand, grand merci. Vraiment désolé de devoir t’activer comme ça, on le sait, 15 minutes, c’est très court.
00:34:52Caroline Proust
Oui, c’est extrêmement frustrant parce qu’effectivement, il y a des milliards de choses à dire. Pratico-pratique, pour ce week-end, pour samedi, il y a un site, le site c’est stop-syngenta3octobre.com. Il y a une boucle Telegram d’informations, Stop Syngenta 3 octobre. Demain, il y aura une réunion importante, un webinaire important. On invite tout le monde à aller le rejoindre à 18 h 30. Bon, vous retrouverez toutes les infos sur les boucles. Il y a des bus, il y a du covoit’. On invite tout le monde à se rapprocher des Confédérations paysannes, de Cancer Colère ou des Soulèvements, des comités locaux, parce qu’il y a beaucoup de boucles de covoiturage et de bus, comme tu disais, qui sont organisés. Et le mieux, c’est de nous rejoindre là, et pour toutes les manifestations d’après, pour qu’on continue à discuter, parce qu’effectivement, j’avais des milliards d’autres choses à dire. C’est extrêmement frustrant, mais rejoignez-nous, parce que c’est un marathon qui a déjà commencé mais qui va s’intensifier, et il faut qu’on fasse masse, il faut que l’on soit nombreux. Et il y a encore beaucoup de rendez-vous à venir, donc rejoignez-nous. C’est pour défendre la vie. Et comme dirait, pour terminer, Sabine Grataloup : « Merci Laurent Duplomb. Grâce à lui, nous sommes tous réunis. Avant, on luttait chacun de notre côté, maintenant on est tous ensemble et on va gagner. »
00:36:19Julien Le Guet
Un grand, grand merci, Caro. Ça y est, on a trouvé, c’est quand le temps est mort… Voilà, c’était du basket. C’est un peu ma culture et c’est moche. Mais je te rassure, Caro, on en a déjà parlé, j’annonce une fois par mois et en fonction de nos dispos, etc., et de l’énergie et des opportunités, il y a l’idée qu’on prolongera cette émission d’une heure d’entretien en canapé. Et là, le truc, le concept, c’est que les camarades, mes camarades de lutte, viendraient me rendre visite dans le canapé, au grenier de détention. Ça me fera très plaisir de les voir, ça me sortira de cet isolement forcé et là, pour le coup, on prendra une heure vraiment pour aller au fond des choses. Et j’espère bien, Caro, qu’on pourra se retrouver dans ce canap’ pour justement aller plus loin sur ce que tu as soulevé autour d’Octobre rose. On va enchaîner. Un grand, grand, grand merci. Cancer Colère, c’est un combat essentiel à rejoindre, qui est vital. Un grand merci à Pétra Bernus, qui nous rejoint et nous attend, et on a pris quatre minutes de retard. Alors bon, ce qu’il y a de bien, c’est que le patron, ben, il n’y en a pas, donc on va s’en accommoder. Je vais raboter un petit peu la fin. En même temps, une nouvelle assez réjouissante : j’apprends que vous êtes 250 à nous suivre en direct. C’est déjà très, très encourageant, on est très contents. Et puis on rappelle, je dirai à la fin, tout ce qui se passe là va être diffusé, vous pourrez le mettre en replay, le partager, etc. La flûte à bec, toujours. Donc Pétra, avant de te présenter, petit quiz. Est-ce que tu l’as ?
00:38:17Pétra Bernus
C’est extrêmement joli, mais je n’ai pas le titre, non !
00:38:21Julien Le Guet
Peut-être une question générationnelle. Certaines, certains auront certainement reconnu Où sont passés les tuyaux ? De Sacha Distel. Tu vois, comme entrée en matière, quand même, c’est scabreux, la flûte avec Pétra. Un grand, grand merci d’avoir répondu présente à cette invitation. Pétra, t’es une très bonne camarade, on s’est déjà croisés à plusieurs reprises, où j’ai eu l’occasion d’aller vous visiter, notamment pour parler un peu de bassines du côté de Bordeaux. Pétra, tu es étudiante infirmière, tu es militante à RP, Révolution permanente, jeune organisation politique. Et Pétra, t’as également été candidate tête de liste pour les municipales de Bordeaux. Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir une maire comme toi ! C’est extraordinaire, quelle expérience. Pétra, peut-être première question : est-ce que tu peux nous dire rapidement un petit peu ce qu’est RP ? Il y a peut-être des auditeurs ici qui l’ignorent encore. Et puis également, est-ce que tu peux nous dire en quelques mots ce que tu as retenu de ton expérience de cette campagne à Bordeaux ? Merci à toi.
00:39:33Pétra Bernus
Merci de m’inviter, déjà. Et en quelques mots, Révolution permanente, tu le disais toi-même, c’est une jeune organisation politique, anticapitaliste et révolutionnaire. Peut-être que vous connaissez Anasse Kazib, notre porte-parole, qu’on présente aux élections présidentielles en 2027. Et effectivement, moi, j’étais donc candidate à Bordeaux. Je dirais que ce que j’en retiens, c’est que c’était une… Peut-être comme partout, mais en tout cas, une élection municipale où il y avait beaucoup de surenchère sur les questions sécuritaires. Vous n’avez pas de chance chez vous parce que c’est Cazenave, candidat macroniste, ancien ministre des Comptes publics, qui a remporté les élections à Bordeaux face à Hurmic, d’Europe Écologie-Les Verts. Nous, le principal bilan qu’on disait, c’était que les gens ont préféré l’original à la copie. Hurmic avait lui-même participé à la surenchère sécuritaire, notamment sur la police municipale. Mais voilà, la réalité, c’est qu’aujourd’hui, c’est Cazenave Nous, ce qu’on a voulu porter principalement, c’est le fait qu’on en a marre des politiciens professionnels et que, pour nous, il était essentiel de porter la voix de ceux qui habitent la ville, qui travaillent dans la ville, et représenter les travailleurs, les jeunes et les secteurs populaires. Et je dirais peut-être juste un mot : nous, la mesure phare qu’on présentait, c’était la question de l’expropriation des fortunes bâties sur la traite négrière et les négoces coloniaux. Parce qu’on voulait briser le tabou d’une ville dont le passé est colonial, clairement, et aussi l’injustice perpétuelle qui est représentée par des élites locales dont la fortune a clairement été construite sur les spoliations coloniales et esclavagistes.
00:41:17Julien Le Guet
Merci, Pétra. Et en effet, je me souviens être intervenu à une de vos conférences dans ce cadre-là. Et on avait fait le pont également avec Nantes et La Rochelle, et ces formes de néocolonialisme. Elles sont toujours à l’œuvre : l’empoisonnement, le pillage, l’exploitation. L’empoisonnement, je l’ai dit, on parlait des pesticides tout à l’heure avec ce qui se passe dans le port de La Pallice et les cancers pédiatriques. Évidemment que c’était un très bon angle de montrer et de rappeler ça aux Bordelais : qui sont nos puissants, d’où vient leur fortune et ce qu’ils en font encore aujourd’hui. Pétra, quelque chose qui nous a ici alertés et qui a retenu notre attention : tu es à Bordeaux, tu es très proche des mégafeux qui se sont tenus cet été et on a eu vent que, RP, votre section, vous étiez mobilisés, vous étiez allés sur place. Est-ce que tu peux un peu nous en dire quelques mots ? Comment vous vous êtes mobilisés ? Qu’est-ce que vous avez fait concrètement ? Pourquoi vous êtes allés là-bas, en quelques mots ? Et puis peut-être aussi nous parler un petit peu des constats et des leçons politiques que vous avez retenus de cette expérience. J’ai balayé assez large, puis tu brodes, vous brodez, enfin, trois, quatre minutes, et je…
00:42:41Pétra Bernus
Effectivement, nous, on a participé, en tant qu’étudiante infirmière déjà, par des […] où il y avait tous les sinistrés. Il faut rappeler que c’était 24 000 personnes qui ont été évacuées de là où il y a eu les incendies. Donc moi, j’ai participé là-bas, comme énormément de volontaires qui se sont présentés. Mais également, on a été, avec Révolution permanente, faire une équipe pour aller sur les fumeroles. Déjà, moi, c’est ça que j’aimerais dire, c’était qu’on a assisté à un élan de solidarité particulièrement énorme, des gens qui venaient de loin pour venir aider les pompiers directement, éteindre les flammes, des personnes qui prenaient des congés pour pouvoir aider à cet énorme effort, que ce soit logistique, soignant aussi, pour venir prendre en charge les résidents des EHPAD qui avaient été évacués. Enfin, c’était absolument incroyable. Incroyable, on va dire, comme solidarité. Et nous, déjà, avec Révolution permanente, ça nous semblait essentiel d’y être, pas juste dans une logique humanitaire et caritative, mais en fait de dire : c’est une question de principe, et l’extrême gauche doit être présente et batailler sur ces lieux, au même titre que, par exemple, tu avais la Coordination rurale qui venait. Et pour nous, c’était important qu’il y ait une autre voix aussi qui puisse être là, donc voilà, batailler. Et surtout que c’est une question de principe de ne pas rester les bras croisés et les simples commentateurs de la situation. Moi, le truc que je trouve le plus révélateur, qui m’a assez marquée, c’était le fait que l’État a clairement montré qu’il était contre et qu’il avait peur de l’auto-organisation. Et nous, c’est ça vraiment qu’on a cherché à faire, c’est accompagner ces initiatives de solidarité et faire émerger des cadres de cette auto-organisation. Surtout que, de cet élan de solidarité, de cette première ligne qui a émergé, pour moi, l’enjeu aujourd’hui, c’est de ne pas perdre de vue qui c’est qui porte une lourde responsabilité dans cette catastrophe, que ce soit sur la question de la monoculture des pins maritimes à des fins industrielles, qui, en fait, constitue une énorme cuve de combustible à ciel ouvert grâce à la résine de ces pins. On le voit pas aux images, là. Vraiment, le voir sur place, c’était assez impressionnant. Tout a cramé et on voit bien que c’est le résultat de cette monoculture-là. Et de l’autre, la question de l’austérité dans la Sécurité civile, dont d’ailleurs Cazenave, le maire de Bordeaux, a une responsabilité énorme, puisqu’il était ministre chargé des Comptes publics à l’époque quand il y a eu la décommande des Canadair. Enfin voilà, c’est ça qui a été révélateur, c’est le manque de moyens pour pouvoir éteindre les feux. Mais où, en réalité, si on n’avait pas eu cet énorme élan de solidarité, je ne sais pas si on aurait été capables de maîtriser le feu avec les moyens, ceux qu’ont les pompiers.
00:45:35Julien Le Guet
Vous en tirez quoi ? Vous voyez des suites ? Est-ce que ça vous inspire sur des manières de se mobiliser ? Et là, en l’occurrence, la situation, elle a fait en effet apparaître les manques cruciaux de moyens des pompiers, mais là, c’est bien des militants politiques d’un parti qui se mobilisent, qui mettent la main à la pâte et qui agissent. Et là où, quand même, on fait un constat assez global, bien souvent, quand l’hôpital est en danger, ce sont les personnels de santé qui se mobilisent. Quand les pompiers sont en danger, ce sont les pompiers qui font la manif, etc. Et comment est-ce que vous, RP, vous vous positionnez là-dessus ? Est-ce qu’il y a une réflexion sur le fait de dire : comment on accompagne ces mouvements-là, comment on se donne plus de force et comment on sort des formes de corporatisme pour défendre collectivement les communs ? Tu vois un petit peu là où je veux en venir.
00:46:32Pétra Bernus
Oui, carrément. Déjà, il y a la date du 29 septembre qui a été appelée par les pompiers. Moi, ça résonne beaucoup dans ma tête en tant que soignante, justement. Ce que disaient les pompiers, c’est : « On n’est pas des héros, on est des travailleurs. Nous, on veut pas des médailles. » Ça fait beaucoup penser à ce qu’ont beaucoup entendu les soignants et ce qu’ils disaient eux-mêmes pendant le Covid, de dire : « En fait, on ne veut pas être appelés héros alors même qu’on est méprisés par un gouvernement qui multiplie les cures d’austérité, qui ne nous donne pas de moyens pour pouvoir travailler correctement, prendre en charge correctement les patients, etc. » Et c’est pour ça que, pour moi, c’était très important, cette date. Effectivement, comme tu dis, aujourd’hui, on doit rejoindre les pompiers. Ça ne peut plus être un combat qui est uniquement corporatiste, puisqu’on est tous concernés par ces catastrophes. On est concernés quand l’hôpital est détruit. Moi, je le vois directement. Je travaille en ce moment à l’hôpital de Bordeaux. Il y a deux ans, il y avait des morceaux de plafond qui tombaient sur des patients à l’hôpital, quoi. Et aujourd’hui, il y a un enjeu à défendre les services publics, mais aussi à dire qu’on doit se battre non seulement pour démasquer ceux qui sont responsables de ces catastrophes, que ce soit avec les coupes budgétaires, qui nous disent de faire des économies encore sur les services publics, mais aussi, plus largement, contre un système qui crée les conditions même des désastres, quoi. Donc, de ce point de vue-là, moi, je pense que c’est très important de se mobiliser largement. Donc le 29 septembre, c’est demain, il y a des manifestations un peu partout, aux côtés des pompiers, aux côtés des soignants, aux côtés de tous les travailleurs du service public. Et puis, j’ai envie de dire aussi, parce qu’il y a une nouvelle date qui est en train d’émerger, et pour moi elle a tout son sens aussi, la date du 17 octobre. Parce qu’aujourd’hui, il y a un ras-le-bol qui est en train d’émerger sur la cherté de la vie en général. Je pense que ces luttes ont un lien et, pour moi, il faut, en fait, que, de manière globale, on puisse s’organiser et se rappeler, à partir de cette solidarité qui a émergé cet été, de continuer dans une perspective d’un mouvement, un mouvement qui puisse réunir l’ensemble des travailleurs, des jeunes, contre ce gouvernement et cet État qui va tout faire contre l’auto-organisation.
00:48:50Julien Le Guet
Super, merci de cette synthèse clairvoyante. Pour en rajouter un petit peu, sachez que depuis hier, sur le Champ-de-Mars, il y a un camp de résistance, je ne sais plus comment ils l’ont appelé, des camarades pompiers, qui est en place et qui est rejoignable. La mobilisation, ça fait trois semaines que les pompiers font grève et il y a une mobilisation nationale aujourd’hui, et demain ils rejoindront le mouvement avec la fonction publique un peu partout en France. Petit rappel également : tous ces pins qui ont été plantés sur des zones humides à la base. C’est fou, toutes les Landes. Si les bergers landais marchaient sur des échasses, c’est parce que c’était des marécages, et on a réussi à transformer ces territoires en allumettes. Je pense qu’il y a aussi à questionner l’aménagement du territoire en profondeur. Et peut-être un dernier élément de réflexion : pour un sous-marin nucléaire, ou un porte-avions nucléaire comme il se construit actuellement à Saint-Nazaire, on peut se payer 130 Canadair. Pétra, un grand merci pour ton intervention, vraiment éclairante et inspirante. Le mot de la fin te revient. Tu as une minute pour nous dire ce que tu as encore voilà, ce que t’as envie de nous dire.
00:50:09Pétra Bernus
Ben merci beaucoup, déjà, de l’invitation. Et puis non, justement, je pense que ce que tu dis comme mot de la fin, pour moi, c’était important, cette question justement de faire coaguler un peu ces luttes et de les faire converger. On a parlé tout à l’heure avec Caroline Proust, Cancer Colère, de la date du 3 octobre. Je pense que le dénominateur commun de tous ces combats, c’est un système qui, en réalité, détruit nos vies, détruit les services publics, mais détruit nos vies aussi avec les pesticides, etc., et toujours pour plus de profit. Détruit nos forêts aussi, parce que je l’ai vu de mes propres yeux au Porge, où c’est terrifiant, l’allure de ce qui n’a jamais été une forêt puisque c’était de la monoculture. Et précisément, je pense que l’enjeu aujourd’hui, c’est de se battre contre ce système qui détruit nos vies. Donc voilà, j’espère qu’on se reverra dans ces mobilisations qui nous attendent. J’espère que ce sera le début d’un grand mouvement qui puisse faire converger l’ensemble de ces combats.
00:51:14Julien Le Guet
Merci beaucoup, Pétra. Et il y a un mot, là, qu’on utilise de plus en plus et je pense qu’il va encore plus loin. On parlait de convergence des luttes, on parle maintenant peut-être de confluence. C’est se retrouver et savoir faire masse ensemble dès que les communs sont atteints. Et justement, à sortir… Évidemment, on est des orgas qui avons des spécialités et des angles, mais être capables… Je vois les deux affiches de Sainte-Soline : si ces manifs ont été de telles mobilisations, c’est parce que, justement, il y a plein de militants à qui ça a parlé et qui ont su sortir de leur cœur, qu’on a su confluer pour agir ensemble pour la préservation des communs. On s’est déjà vus, on se reverra. Pétra, un grand merci pour ta participation et l’invitation aux camarades pour un canapé dans les mois qui viennent. Ça fera très plaisir de vous rencontrer et de pouvoir développer plus encore ce qui vous porte et vos manières d’agir. Il nous reste dix minutes, on a à peu près tenu le timing. Merci aux camarades qui sont derrière, qui font toute la régie, etc., qui font remonter les questions. Peut-être là-dessus, on aspire à ce qu’il y ait un maximum d’interactions dans ce journal, on se teste un petit peu là-dessus. Il y a des filtres, je vois une partie de vos commentaires et des questions qui m’ont pu remonter. S’il y a de la frustration à ce niveau-là, sachez que c’est une volonté de voir, justement, quand on gagnera en confort, comment on peut au maximum avoir de la souplesse, etc., et de la réactivité. Et puis également, sachez que là, justement, c’est un des enjeux de la version canapé, c’est qu’on puisse justement monter en compétences pour que, eux, puissent accéder à votre tchat et avoir plus d’interactions, et que ce soit vraiment un échange le plus absolu possible. C’est la dernière rubrique, c’est l’agenda des luttes. Et là, pour le coup, je n’ai pas de jingle pour l’agenda des luttes. C’est terrible. Alors peut-être ce sera un jingle par nouvelle. La première date qu’on voulait vous inviter à relever, on vient de l’évoquer, c’est 28, 29 : aujourd’hui, manif des pompiers, demain, fonction publique. Dans toutes les préfectures, des intersyndicales ont lancé les mouvements. Vous connaissez la procédure, il y a des articles dans la presse locale, il y a des appels nationaux. Vous n’avez pas besoin de moi pour ça, c’est juste une petite piqûre de rappel. Pour la deuxième de l’agenda, il y a un morceau de flûte à bec. C’est évidemment très mal joué, mais les experts auront reconnu la chanson de Têtes Raides. Tout à l’heure, on a eu Ginette, eh bien là, nous avions Gino. Gino, c’est un camarade antifa allemand… italien, pardon, qui aujourd’hui est retenu en France. Gino est poursuivi pour avoir participé, en 2023, à un rassemblement contre des nazis à Budapest. Tous les ans, au mois de février, les néonazis d’Europe se rejoignent pour organiser ce qu’ils appellent la « Journée de l’honneur ». Vous trouverez plein d’images, notamment sur Contre Attaque, un de ces rassemblements néonazis où paradent, en habits nazis, les nostalgiques du Troisième Reich, dans un pays, vous le savez, où l’extrême droite est déjà au pouvoir. Et suite à cet événement, en 2023, 17 camarades ont été poursuivis par les polices internationales, et notre camarade Gino a donc été retenu. Aujourd’hui, l’enjeu pour Gino, c’est un procès en cassation qui aura lieu à Paris le 30 septembre. L’enjeu, c’était que Gino ne soit pas extradé en Allemagne. On le sait, l’Allemagne a des conventions avec la Hongrie et a déjà déporté des camarades, j’utilise le terme, il est fort, mais c’est une réalité, en Hongrie, où là, ils ont à faire face à une justice dans un État fasciste, appliquée par un État fasciste et aux ordres d’un État fasciste. Spéciale pensée à notre camarade Maja, qui est déjà emprisonnée aujourd’hui dans des conditions de torture dans les geôles hongroises. Donc des rassemblements vont être organisés un peu partout en France, on l’espère, pour dire tout notre soutien à Gino. Il y aura également une audience à Paris et donc là, on n’a pas l’info la plus fraîche. Mais en tout cas, tenez-vous prêts à apporter, de la manière dont vous le trouverez également pertinent, votre solidarité envers Gino. Force, camarade. Pour finir cet agenda des luttes, deux dernières, trois dernières, ultimes dates à retenir. Alors là, on se fait plus de picto-poitevin, mais pour le coup, c’est ouvert à tous et toutes. Le 3 octobre, Bassines Non Merci, à Couture-d’Argenson, dans le nord de la Charente, organise toute une journée, Forum de l’eau, de 9 h 30 à 18 h. Ça se passe… Alors peut-être que ça apparaît à l’écran, j’ai plus le nom de la commune sous les yeux. Ça m’apprendra à tout bien noter. En tout cas, ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y aura des moments de réunion pour présenter les actions qui ont été menées et celles à mener. Notamment, sur la commune de Couture-d’Argenson, il y a un risque de démarrage imminent de creusement de mégabassine sur ce territoire-là. Également viendra Benoît […]. Benoît […], c’est un des deux journalistes qui a réalisé, qui a écrit ce formidable ouvrage qui s’appelle Les Assoiffeurs. C’est un bouquin qui vient un petit peu faire un état des lieux des stratégies d’accaparement de l’eau par les grands groupes, par les lobbies puissants. Ça parle bien sûr mégabassines, ça parle également data centers. Et donc Benoît […] sera là pour faire état de son travail, répondre aux questions des camarades. Et également, une piqûre de rappel est plus qu’essentielle : il faut vraiment que cette date, vous soyez des dizaines de milliers à pouvoir la rejoindre. Moi, je la suivrai de derrière mon ordinateur. Ça va être très bizarre, ça, ça va être frustrant. Cette date pesticides à Saint-Pierre-la-Garenne, à rejoindre absolument. Dernière date, c’est cool d’avoir un petit peu de temps pour ça : le 1er octobre, devant l’Assemblée nationale, il y a un appel du Syndicat du travail sexuel à venir manifester pour contester une nouvelle loi qui vise à pénaliser largement leur métier et ce qui, pour le coup, impacte leur santé, leur sécurité du quotidien. Il y a toutes les infos sur le site du STRASS. Rejoignez cet endroit. Ce sont des thématiques qu’on n’aborde peu, pas suffisamment, dans nos sphères, et là, il y a des gens qui s’organisent et qui subissent et qui auront besoin de tout notre soutien. Chers amis, c’était la fin de l’agenda et le temps du bilan et de la conclusion de cette première émission, dont on va faire le bilan. Vous allez pouvoir aussi trouver moyen de nous dire ce que vous en avez pensé. Vous allez pouvoir également nous alimenter. Vous voyez, là, il y a l’adresse mail de notre collectif qui s’affiche à l’écran. Donc, si vous avez des infos à nous faire remonter, si vous voulez solliciter la possibilité de participer à une des visios parce que vous auriez un événement que vous espérez voir on ne sait pas encore l’écho qu’elle va avoir, notre petite tambouille, mais en tout cas, ça a bien vocation à être un lieu d’info, de relais et d’informations. Donc n’hésitez pas à nous contacter par ce biais-là. Tout à l’heure également, j’avais indiqué l’adresse de l’UL CGT, 35 bis, rue Saint-Martin, 79500 Melle, elle s’affiche à l’écran. Si vous voulez nous envoyer des bracelets, si vous voulez nous envoyer vos affiches, vos goodies, etc., pour qu’on puisse les présenter. Et puis peut-être, puisque c’est là, s’il y a des gens qui passent du côté de Niort, allez vous régaler. Ils n’ont pas besoin de nous pour faire de la pub, mais c’était juste un moment fort, égayant et réjouissant. Philippe Katerine fait une expo au musée d’Agesci, c’est le musée de Niort, et a donné carte blanche à Katerine. Et Katerine a accueilli un certain nombre d’œuvres en lien direct avec la lutte sur les bassines. Notamment, sachez que la bannière de Sainte-Soline va être exposée pendant trois mois là-bas, que les bannières d’une autre camarade, Clara, sont également exposées. Et puis, je crois, camarade directeur, que tu as une photo, une image un peu cryptique et interpellante, une espèce de drôle de bestiole, de peinture vraiment curieuse. Et oui, on me note, en effet, j’ai annoncé notre nouvelle adresse. Nous étions jusqu’à maintenant sur Autistici, j’arrive vraiment difficilement à le dire, et on a dû supprimer cette adresse parce que ce collectif militant qui lutte pour le libre, qui lutte pour les logiciels libres et lutte contre le flicage d’Internet, se voit poursuivi et se voit aujourd’hui dans l’obligation Enfin, il y a une grosse répression sur ce volet-là. Je ne suis pas le plus qualifié pour en parler, mais vous en trouverez de plus geeks que moi qui expliqueront très bien l’enjeu important en termes de liberté fondamentale que ça représente. Et voilà la drôle de bestiole. Eh bien, énigme. C’est trop pixelisé pour que vous y voyiez beaucoup plus près, mais cette bestiole a été peinte par Philippe Katerine et a fleuri dans son cerveau suite à une balade en barque que nous avons faite ensemble. Un grand merci à Philippe pour ce moment et on ne désespère pas que Philippe vienne nous faire un coucou dans le canap un de ces jours et qu’il nous parle d’engagement décalé. En tout cas, voilà, on voulait finir un petit peu dans la rigolade et la joie. Merci à tous et toutes de nous avoir suivis. Je viens de péter le score de deux minutes. C’était la première de Six mois ferme. Si vous y avez pris du plaisir et que nous, on s’y retrouve, il y a de fortes chances qu’on se retrouve la semaine prochaine, même heure, même punition. Six mois ferme, c’était la première. Allez, on finit ce parcours où on a commencé : No Bassarán !

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