12 327 € récoltés sur 17 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Projet
Je soutiens Au Poste !
100 % libre et LIVE
Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage

Histoire mondiale des Fronts populaires

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

00:00:00Mathilde Larrère
Eh bien salut camarades au poste, je dis camarades parce qu’on va parler du front populaire. Salut camarades du tchat, salut camarades qui nous écouteront plus tard ou qui nous écoutent donc en ce moment mais plus tard sur le plateau de camarades convoqués. Serge Wolikow bonjour, il faut que tu prennes ton micro. Bonjour camarade Jean Vigreux, camarades bonjour et comme toujours, aux manettes, le roi des camarades, du son, des réglages, des fichiers à projeter, le camarade Nayan, que vous ne voyez pas mais qui nous aide énormément, et à l’animation magistrale du tchat, celle qui pose les références nécessaires, camarade, dame Euryale, j’en profite pour vous dire que, bah, ici c’est comme pour la lutte, faut du fric, hein. Et c' est comme pour la lutte on ne va pas avoir du fric des grands patrons, donc n’oubliez pas de vous abonner, de faire des dons, voilà. C’est uniquement grâce à vous que l’on tient. Alors, nous sommes le 4 juin 2026. Sur les chaînes télévision, c’est le déferlement raciste et classiste contre les jeunes qui ont fêté la victoire du PSG. Ça crie à la guerre civile. Ça permet de ne pas parler des villages rasés au Liban et en Cisjordanie, de Gaza qui se meurent, de l’hôpital et de l'école qui étouffe sous les coupes budgétaires, de la mesure dégueulasse d’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants non communautaires. Voilà, alors aujourd’hui, il n’y a pas eu encore de nouvelles candidatures aux présidentielles, voilà, il pleut, résultat sur CNews, ça pérore, vous voyez, il y a pas de réchauffement climatique ! Bref, ce n’est pas la joie, mais résultat, puisque j’aime bien un peu la joie, Serge, Jean, est-ce que vous pouvez me raconter le 4 juin 1936 ? Si on était le 4 juin 1936, comment est- ce qu’on résumerait l’information ?
00:02:00Serge Wolikow
Moi je dirais que le 4 juin 1936, un mois après la victoire électorale, enfin le gouvernement se constitue, mais surtout un événement inattendu est survenu qui n'était absolument pas prévu par quiconque. C’est un mouvement de grève immédiat qui se déroule depuis à peu près une quinzaine de jours dans toute la France, qui a commencé d’abord à travers des grèves, qui étaient des grèves pour demander la réintégration de militants qui le 1er mai avaient manifesté et qui étaient licenciés pour cause de manifestations du 1er Mai par des patrons qui n’avaient pas vu venir la colère sociale. Et donc le 4 juin, on est dans un moment où le patronat est totalement effrayé par ce qui se passe et le nouveau gouvernement qui se constitue est en même temps lui-même composé de radicaux, de socialistes, de différentes obédiences socialistes. Il est préoccupé de trouver une issue, et la seule issue qui apparaît concrète, c’est de faire que le mouvement social et les syndicats rencontrent un patronat qui jusqu’alors n’a jamais voulu discuter avec le monde syndical et le monde ouvrier au niveau national. Et donc il va se passer un deuxième événement complètement inédit. C’est cette rencontre à l’hôtel Matignon entre syndicalistes et patrons.
00:03:29Jean Vigreux
Alors ça c’est le 7 juin dans la nuit du 7 au 8, mais le 4, puisque tu demandes le 4. C’est la rencontre entre Blum et le représentant du patronat qui vient de le voir. Parce que le grand patronat, c'était à dire la Confédération Générale de la Production Française, l’ancêtre du Medef, qui vient voir Blum en disant ben voilà, c’est pas possible, il y a des grèves partout, nos usines sont occupées parce que la modalité d’action était nouvelle, le registre d’actions était nouveau, on occupait les usines, donc là on violait la propriété, la sacro-sainte propriété. Donc il faut trouver une solution, donc c’est ça le cas de juin. Et en même temps, au-delà du mouvement social, il y a une immense joie, immense espoir de cette victoire électorale du 3 mai parce que c' est une riposte antifasciste, ce sont tous ces enjeux-là qui sont présents. Et puis, une colère sociale, on pousse, c est-à-dire, on veut bien le gouvernement, vas-y Léon, comme on a toujours chanté à l'époque, mais c' est essayer d' obtenir enfin quelque chose du côté du gouvernement et de la chose publique.
00:04:31Mathilde Larrère
Vous imaginez si vous pouviez raconter ça le 4 juin 2027 ? 27. Et ben non, bon.
00:04:42Audio
J’essaie de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant qui met ensemble les mots et les choses, les mots, les images.
00:04:53Mathilde Larrère
Vous avez compris, chers camarades, du tchat, on va parler du Front Populaire. Et comme vous avez pu le voir, j’ai donc deux invités qui s’y connaissent. Donc je vais vous présenter maintenant, Serge, tu as été professeur à l’Université de Bourgogne, tu es spécialiste de l’histoire des gauches, du bain aussi, voilà. Tu es auteur de très nombreux livres sur la gauche française, sur l’international communiste et sur le front populaire, comme par exemple un livre en 1996 sur le Front Populaire, un nouveau en 2016, Le Monde du Front Populaire et vous avez écrit tous les deux avec Xavier Vigna, Le Pain, La Paix et la Liberté, Expériences et Territoires du Front populaire aux éditions sociales en 2006. Jean, tu as été le collègue et le coauteur à plusieurs reprises de Serge, que tu es aussi à l’Université de Bourgogne, tu es aussi historien des Gauches au XXe siècle et aussi spécialiste du Front Populaire, parce que tu as écrit Le Front Populaire aux PUF en collection que sais-je, Histoire du Front Populaire, L'échappée belle chez Tallandier en 2016, qui a été réédité en 22, Découvrir le Front Populaire aux éditions sociales. Donc vous vous connaissez bien, ça fait longtemps que vous travaillez ensemble, vous avez dirigé ou co-écrit ensemble beaucoup de livres, en plus du Front Populaire, Le Parti Rouge, Une Histoire du PCF, aux Cherche Midi, Culture Communiste au XXème siècle, à la Dispute. D’ailleurs je vous félicite, puisque vous faites à peu près systématiquement des éditions indépendantes, bravo camarades, et donc aujourd’hui, et c’est pour ça que je vous ai invités voilà, on le voit bien, je ne suis jamais très bonne avec la caméra. Front populaire Perspective Mondiale chez nos amis de Libertalia. Donc c’est un livre collectif, il y a 37 contributeurs et contributrices dont on peut, alors évidemment on va bien voir, voir la liste ici, je ne peux pas tous les citer parce que 37 c’est un peu long, mais vraiment, et des jeunes, enfin des jeunes docteurs et doctoreuses comme des profs chevronnés, voilà, c’est ça qui est vraiment super. Et pour celles et ceux qui seraient intéressés, je montre, ce qui est super c’est que vraiment, enfin, on n’est pas obligé de le lire dans le fil, on peut prendre un chapitre, si par exemple on a envie de savoir mais qu’est-ce qui se passe en Irlande pendant le Front Populaire, chapitre, Irlande. Si on veut savoir, allez, et le sport par exemple sur le sport. Donc pour ça c' est vraiment bien parce que c’est presque une encyclopédie en fait, enfin un petit peu du Front Populaire. Donc voilà, c’est pour ça que je vous invite mais je vais être honnête auprès des gens du tchat et qui nous écoutent ça fait longtemps qu’on se connaît aussi voilà alors Jean, toi tu le sais mais je vous le dis je t’ai rencontré enfin dans un contexte assez particulier c'était un moment où j'étais au parti de gauche, c’est pas un secret que j'étais au parti de gauche donc je ne trahis rien et à ce moment là je m’occupais de la défense avec l’avocate de Jean-Luc Mélenchon, qui était Raquel Garrido, de la défense de Jean Luc Mélenchon qui était attaqué par Marine Le Pen pour injure publique parce qu’il l’avait traitée de fasciste. Elle l’avais déjà attaqué pour diffamation, c’est un autre type de procès les diffamations, il faut prouver que ce qui est dit n’est pas vrai et elle avait perdu, et donc là elle recommençait pour injure publique. Et moi mon boulot c'était de trouver un historien qui pouvait montrer que fasciste est une injure publique classique en histoire, parce qu’il y a une jurisprudence quand quelque chose a déjà été utilisé et considéré comme inscrit dans l’histoire et bien ça ne marche pas, là je me suis dit :oh je vais demander à Jean Vigreux et donc tu t’es retrouvé à cause de moi ou grâce à moi je ne sais pas si c’est une bonne expérience au prétoire à expliquer que traiter quelqu’un de fasciste, oh bah ça c'était déjà fait.
00:08:53Jean Vigreux
Ouais, c'était un moment impressionnant parce qu’il y avait tous les enjeux que tu viens de dire du prétoire, donc on était un peu intimidés. Enfin moi, je me souviens, j’avais été isolé au début, mis dans une pièce vraiment à côté pour pas suivre ce qui se jouait. Donc c’est une découverte, voilà. Ce n’est pas ma culture, je n’ai pas l’habitude de suivre le prétoire. Mais ça a été une belle expérience parce que tu m’as permis et je t’en remercie vraiment. De développer quelque chose qui était, pour moi, fondamental, une dialectique entre fascisme et antifascisme. C’est-à-dire que traiter quelqu’un de fasciste, c’est parce qu’aussi, on a une culture antifasciste, parce qu' on est baigné là-dedans, là, on est vraiment au cœur de ce qui se joue au moment du Front Populaire. Je dis bien le moment, parce que ce n’est pas 36, c’est depuis les années 30. C'était l’arrivée des fascistes italiens au pouvoir, c'était celle d’Hitler au pouvoir dans l’onde de choc de l’arrivée d’Hitler comment les gauches, j’insiste sur le pluriel, vont lancer la riposte en définissant leur anti-fascisme. Et donc quand on traite quelqu’un de fasciste, voilà, c'était un peu ça par rapport à la culture politique. Mais ce qui était très intéressant aussi dans ce procès, c'était de voir qu’au-delà des questions qui étaient posées par les avocats de la défense de Jean-Luc Mélenchon ou même de Marine Le Pen, c'était Valeran de Saint-Just qui était l’avocat de la défense. La question qui a été posée à la fin sur est-ce qu’on peut qualifier le front national parce que c’est encore le front national de fasciste, c'était intéressant de jouer sur le social et le national. C'était la ligne Philippot à l'époque, faut pas le perdre de vue, chose qui très vite est tombée à l’eau.
00:10:34Mathilde Larrère
Et alors Serge, on se connaît aussi depuis très longtemps et notamment, on a fait ensemble un projet qui était un projet avec les universités brésiliennes. C'était le moment où en France il y avait un peu plus de fric et au Brésil, on était avant Bolsonaro, donc les universités avaient plus d’argent et c'était un projet sur la façon dont les mouvements sociaux utilisent les références historiques. Et il y avait des enseignants du Brésil, des profs du Brésil qui étaient venus pour interroger en France des différents dirigeants de mouvements sociaux pour savoir comment ils utilisaient leur histoire. Et nous, on est allés au Brésil. Et on avait interrogé le mouvement des sans terre, on avait interrogé des profs qui luttaient contre le mouvement de l'école dite sans partis, c’est à dire en fait une attaque, on disait pas wokiste à l'époque mais c'était ça à ce moment là, et on arrivait à un moment, en fait Dilma venait de se faire, je ne sais pas comment on dit, une pitchée mais enfin elle avait été destituée, Bolsonaro commençait à pointer, on était juste avant et on est arrivé dans des facs complètement occupées. Avec, je me souviens, des banderoles qui disaient « c’est pas grave, il vaut mieux perdre un semestre que de perdre finalement toutes nos études ». Est-ce que tu as des souvenirs ?
00:11:53Serge Wolikow
Non seulement j’ai des souvenirs, mais ça a été finalement très fort, pour moi et je crois collectivement, qu’on a senti à quel point, dans un pays comme le Brésil, la question du rapport entre l’histoire, la mémoire et les combats politiques du moment était imbriquée. N’oublions pas qu'à ce moment-là se posait la question, puis on était avec des collègues, avec Maud Chirio notamment, qui travaillait sur la question de la dictature et des traces de la dictature dans la société brésilienne, et ce qui était en cause, finalement ça était le sens de la démocratisation du Brésil après la dictature, et c’est ce qu’avait été la démocratie. Quand la dictature l’a mis à bas, avant, dans les années 60. Et donc, c'était la question de l’histoire sociale et de l’histoire de ce pays se jouait au présent. Et évidemment, quand la situation est différente dans la France contemporaine, mais on voit bien quand même que le rapport au passé et à l’Histoire des mouvements sociaux, et en particulier du Front Populaire, fait partie des débats de la France contemporaine aujourd’hui. Et que, en quelque sorte les courants qui veulent imposer en France une radicalisation à droite, d’extrême droite, de type fasciste, cherchent à discréditer tout ce qui est le passé d’histoire du mouvement social. Et tous ceux qui, dans ce mouvement ou dans l’histoire de la gauche aujourd’hui, considèrent que c’est pas tellement important, on peut l’effacer ou on ne peut en garder que des aspects très superficiels. Sans s’en rendre compte, jouent un jeu dangereux parce que l’amnésie dans ce domaine est toujours fille d’un retour et plus que d’une montée de la droite et de l’extrême droite en l’occurrence. Pour la France, on est dans une ambiance qui, je ne sais pas si c’est celle de 1933 avant 1936, mais il y a quelque chose qui y ressemble.
00:13:57Mathilde Larrère
Alors c’est assez parfait ce que tu as répondu pour m’assurer ma transition puisque justement l’histoire, le passé, la mémoire et du sujet qui nous rassemble aujourd’hui chers camarades, à savoir le Front Populaire, a très clairement resurgi en 2024. Alors Nayan, si tu peux mettre les photos que je t’ai envoyées : 10 juin 24 et jusqu’au 7 juillet 24. On va voir, défiler des photos, quand on les verra je les commenterai, enfin je les décrirai un peu pour celles et ceux qui vont décider de nous écouter en podcast. Donc dissolution en 2024, moi dès le 9 juin je suis place de la République et le 9 juin place de la République il n’y a pas encore grand chose. C’est le 10 juin qu’il va y avoir des références. Alors là par exemple c’est une pancarte, il y a écrit Front populaire 1934, ce qui est intéressant par ailleurs. 2024, bon c’est pour faire 4-4, mais le Front Populaire, c'était plutôt… Enfin, ça commence, voilà, donc première image, deuxième image, celle-là, vraiment juste, elle est choupie, quoi. I love le Front populaire, mais bon, c’est dans les rues de Paris, Place de la République le 10 juin, la suivante, alors là, c’est parce qu’après, des artistes ont vraiment soutenu le mouvement et là, c'était en forme de luttes et on voit une Marianne finalement, bon, je dirais plus, années 50, mais qui repeint la France en rouge avec écrit Front populaire 2024. La suivante, ah non, c’est pas ça, ouais, ça c' est autre chose, c' est pour la fin, on en parlera à la fin. Ah oui, alors ça c est un collage féministe, Front Populaire, congés payés, c’est ça qui reste. On recommence et, ça un collage féministe avec des lettres, et rajouté en graffiti, 1936. Il y en a un qui doit s’appeler Bisous et il y en a un qui doit s’appeler Frites.
00:15:57Jean Vigreux
Mais il a disparu. Ah, le voilà : Frites.
00:16:00Mathilde Larrère
Vive les frites et le Front Populaire, c’est marrant quand même, hein ? Ouais, il est pas mal celle-là. Et le bisou, alors le bisou c'était le soir de la… Ça arrive, vous allez le voir. C’est le soir la victoire cette fois, c’est le 7 juillet, donc on y est tous allés Bisous sur le Front Populaire. Résultat, ma question, c’est qu’est-ce que ça fait, quand on est historien du Front Populaire depuis des décennies, ce qui est votre cas, de voir surgir au soir du 10 juillet alors certes, Ruffin l’avait dit la veille, mais là ça s’inscrit dans la rue, c’est quand même, qu’es-ce-que ça fait de voir surgir cette référence du Front Populaire ?
00:16:42Jean Vigreux
Alors, effectivement, Ruffin l’avait dit, et je pense que c'était aussi dans l'état d’esprit. Il a eu le mot juste à ce moment-là, mais tout le monde le partageait, parce que cette dissolution, hasardeux, ce coup de poker, enfin, c’est une grenade, il l’a dit, après-coup, hein ? Après-coup, il a dit grenade, mais vraiment, on avait l’impression que ça a été comme ça, comme un pari, pas cap, et puis je le fais, quoi. Enfin, on est vraiment dans quelque chose de, je trouve, d’irréfléchi. Ça, c’est le premier aspect. Deuxième aspect. Les élections européennes, le résultat du RN, puisqu’on était passé au RN, était très haut, donc il y avait quand même un danger du fait du mode de scrutin, n’oublions pas que dans notre pays, le mode de scrutin fait l'élection uninominal à deux tours, on élimine tous les autres et qui se retrouvent au second tour. Donc, on n’est pas dans une logique proportionnelle. Comme en 36. Oui, exactement comme en 36, mais avec un autre rapport de force et avec une autre logique puisque c'était celle où l’extrême droite était en tête dans le pays. Donc, ça fait réagir l’opinion publique et surtout les militants, humanistes et plus que ça, bien sûr, de gauche et des gauches différentes de se dire riposte, ripostes. Et oui, quelque part, c'était le retour. Alors, il ne faut pas toujours être dans la nostalgie, ça c’est clair, il faut pas forcément être dans une vision fixiste du passé et regarder, en fin de compte, dans le rétroviseur. Il faut peut-être inventer aussi d’autres solutions. Mais le retour du terme, parce que je me souviens du colloque qu’on avait fait avec Serge que tu citais tout à l’heure édité aux éditions sociales, on avait une collègue qui nous avait dit « Oh, il n’y a jamais eu » c’est fini les références au front populaire, on ne parle plus jamais de front, il y a eu front de gauche, et en gros, c'était fini. Bah là, paf, ça revient. Donc comme quoi, il faut qu’on fasse attention, des fois quand on veut être, non pas, quand on est historien, on regarde le passé, on essaye d’expliquer le présent par le passé. Mais surtout pas de projet, voilà, tout est encore possible.
00:18:38Serge Wolikow
Ce qui s’est passé en 2024, c’est qu’on est devant un moment surprenant pour tout le monde, d’inquiétude majeure face à la montée de l’extrême droite, le risque de victoire de l’extrême droite. Et qu'à ce moment-là ressurgit cette idée qu’en France, la droite et le fascisme n’a pas vaincu par les élections des pas arrivés au pouvoir grâce au Front Populaire. C’est la dimension antifasciste qui est la plus mobilisatrice et qui est exceptionnelle même à l'échelle européenne. Sauf que, évidemment, il y a comme une sorte de comportements un peu magiques, comme si l'évocation du Front populaire suffirait à tenir lieu d’une solution durable et fondée. Et l’image du Front Populaire, on voit à la fois qu’elle existe et en même temps qu’il est marqué par un certain nombre de stéréotypes, c’est-à-dire on voit seulement la victoire contre le fascisme. Mais on ne voit pas dans quelles conditions elle a été rendue possible, que ce soit le mouvement social, que ce soit l’unité syndicale, que ce soit un programme longuement discuté. Tout ça, évidemment, dans l’urgence et dans l'émotion de 2024, n’apparaît pas et c’est paradoxal, parce que de 1934 à 1936 il a fallu deux ans pour construire le Front Populaire, et en 2024 il a fallu quelques mois. C’est pas la belle illusion, comme certains l’ont dit, mais le projet perd sa consistance parce qu’il n’avait pas été suffisamment préparé. Ça, ça fait réfléchir, y compris pour aujourd’hui en 2026 et 2027.
00:20:36Mathilde Larrère
Alors si vous sortez ce livre-là, donc je remontre, les Fronts Populaires, Une Perspective Mondiale, c’est parce que c'était les 90 ans du Front Populaire. Alors il y a plein de choses pour ces 90 ans, il y a d’autres livres, évidemment il faudra citer le livre de Ludivine Bantigny La Bourse ou la vie, Histoire du Front populaire pour aujourd’hui, qui est paru à la découverte. Je voulais aussi citer, alors ça c’est pas un livre d’histoire mais c' est sympa voilà le voilà. C’est un recueil de nouvelles aux éditions du Caïman donc c’est des nouvelles d’ailleurs il y a aussi Ludivine Bantigny dedans mais d’ailleurs elle écrit aussi d' ailleurs dans le chapitre sur les femmes et le féminisme dans votre ouvrage Moi j’ai fait un faux journal de Louise Weiss, je me suis un petit peu, j' ai essayé de sortir d’une écriture historique même historique vulgarisée mais vraiment c’est super et puis il y a plein plein plein de de dessins et notamment il y a évidemment mon dessinateur, je vais pas le trouver forcément tout de suite bon vous me faites confiance un de mes dessinateurs préférés Fred Sochard qui fait deux super dessins dedans Alors, il y a aussi un merveilleux documentaire sur France 2, dont vous êtes tous les deux les conseillers historiques et que je conseille vraiment, camarade, je vous le conseille. Moi, en général, j’adore pas les documentaires historiques, on ne va pas se mentir, je pense que c’est un défaut des profs d’histoire, mais là, j’ai adoré. D’abord, je trouve que ça a changé complètement la perspective, il y avait plein de on y reviendra mais justement parler des paysans, les images dans les photos de jamais, les films, les archives de Pathé, c’est extraordinaire. Moi, la colorisation, parce que, donc je le dis pour les autres, il y a une colorisation. Moi, ça ne m’a pas gênée en fait, alors qu’avant, j'étais hyper puriste. Ça ne m’a pas gênée et en fait je me suis rendue compte pourquoi ça ne me gênait, parce que ça permettait de voir les drapeaux rouges. Et ça, je trouve que c’est bien, est-ce que ça a été chouette cette expérience de documentaire ?
00:22:51Jean Vigreux
Ah bah oui, c'était une très belle expérience, Fabien Béziat et Hugues Nancy qui ont mené cette expérience. Nous avons sollicité tous les deux avec Serge dès le début et on a bien discuté, on a pris le temps. Et c’est ça qui est intéressant dans un documentaire, c’est de prendre le temps d’expliquer, nous, notre métier d’historien et comment on travaille, comment on va aux archives, etc.
00:23:10Serge Wolikow
C’est incroyable aussi, c’est qu’ils ont pris le temps de lire les ouvrages.
00:23:15Jean Vigreux
Oui, et ils avaient lu tous nos ouvrages, et il s'était vraiment imprégné de ce que l’on fait comme travaux, mais il y a eu des discussions, et moi, ce que j’ai beaucoup aimé dans ce documentaire, c’est une histoire incarnée à hauteur d’histoire de vie, par en bas, et on a, alors bien sûr, pour certains, des témoignages, puisqu’ils sont disparus mais qui avaient été enregistrés à certains moments, et Serge pourrait en parler, puisqu’il avait interrogé auparavant, mais surtout des témoignages de petits enfants, d’enfants ou de petits-enfants, mais avec une émotion. Le petit fils du colonel de la Roque, ça fait wow ! Oui, c’est vrai. Mais c'était bien qu’il y soit aussi. Mais il faut tout dire, parce qu’on ne doit pas être dans ce point de vue-là, il faut savoir que quand même, comme le dit Gilles Richard dans le film, ce n’est pas 80 % Front populaire et 20 % les droites. C’est 50-50, ça se joue à pas grand-chose. C’est pas 50-50, on va dire c’est 51-49 pour être plus proche de la réalité. Il y a deux France, donc il y a quand même ce face-à-face. Et comment se joue ce face à face en permanence ? Mais au-delà de ça, moi, celle que je retiens comme image, mais dans toutes, je les adore, c'était cette petite-fille d’ouvrier de Michelin à Clermont-Ferrand qui raconte la vie de sa mère, de la grand-mère, pardon, de son père aussi qui lui dans une autre vie, a fait les Jeux Olympiques de Berlin, et c'était une émotion pure. Et ça, c’est intéressant parce que bien sûr, il faut de la raison, mais de temps en temps, c’est bien aussi d’incarner l’histoire et pas simplement d'être dans des logiques rationnelles.
00:24:52Mathilde Larrère
Mais d’ailleurs, il y a un moment où Serge te fait écouter un témoignage, et c’est super à la fois d'écouter ton témoignage et de voir ta réaction.
00:25:00Serge Wolikow
Oui, parce que pour moi, il y a quelque chose d'émouvant dans la mesure où ces enregistrements, je les ai faits en 1986 à Aubervilliers, auprès de femmes, notamment, mais aussi d’hommes, qui avaient été des acteurs du Front Populaire sur place à Aubervilliers en 1936, on était en 1986. C'était le cinquantenaire, ils étaient toujours là et effectivement les entendre parler de ce qu'était à la fois leur condition de vie, comment ils avaient occupé l’usine et leur découverte même, leur surprise devant le mouvement parce qu’ils sont à la foi acteurs du mouvement, mais ce mouvement, ils y participent et en même temps ils découvrent ce qu' on pourrait appeler la puissance du mouvement collectif. Parce qu’ils étaient isolés dans telle ou telle usine, les femmes étaient reléguées dans des tâches qui étaient vraiment des tâches subalternes, là Aubervilliers c'était les abattoirs, les boyauderies, c'étaient les métiers les plus sales, les plus discrédités, et qui d’un seul coup retrouvent une dignité et s’affirme dans ce mouvement. Et là, il y avait quelque chose de très émouvant. Au-delà du fait que moi j’ai retrouvé un travail documentaire que j’avais fait il y a 40 ans. Et le fait pour un historien de se dire « j’ai contribué à constituer des archives orales qui vont être utilisables et utilisées 40 ans plus tard », il y a quelque chose d’intéressant et finalement même d'émouvant.
00:26:36Mathilde Larrère
Bref, donc je conseille ce docu qui est vraiment super et pourtant je ne pense pas, je ne suis pas du tout spécialiste du Front Populaire, mais je connais un petit peu quand même, en tout cas il y a des images jamais vues.
00:26:50Jean Vigreux
Voilà, il y a des images nouvelles, ça c’est vrai, il y a eu une recherche documentaire magnifique, il y a même une photo, alors on a cru à un moment donné, mais c'était pas du tout ça, mais où on voit, puisqu’on évoquait les accords Matignon, les enjeux, la seule femme, Et elle surgit, et c’est génial, mais sauf que c’est pas pour Matignon, c’est une délégation effectivement du Nord qui vient voir le gouvernement. Si elle est à Matignon. Mais sauf qu’elle a été pendant longtemps, on va dire, oubliée. Parce que sur les photos de Matignon on ne la voit jamais.
00:27:30Serge Wolikow
Et pourtant, c’est Martha Dermot, puisqu’on peut en dire un mot, qui a fait un travail extraordinaire dans les jours qui ont précédé elle a, en liaison avec Benoît Frachon, qui était le secrétaire général adjoint de la CGT et l’ancien dirigeant de la CGTU, elle a collecté les bulletins de salaire des ouvriers et des ouvrières du Nord. Et c'était grâce à ces bulletins que les syndicalistes vont mettre ça sur la table. Devant le patronat en disant « vous savez combien gagnent les ouvriers et les ouvrières ? » Et elle avait fait ce travail.
00:28:06Mathilde Larrère
Les patrons ont été étonnés en mode « putain c’est si bas ! »
00:28:09Jean Vigreux
C’est si bas, et c'était intéressant de voir ces images, mais il y a plein d’autres archives !
00:28:14Mathilde Larrère
Mais c’est vrai que quand elle est passée, j'étais en train de regarder, je fais « Oh putain, une femme ! »
00:28:19Jean Vigreux
Et elle surgit, et c’est chouette. Mais il y a plein d’autres images qui sont allées chercher. Ah ouais, il y en a des trucs de 1933, sur Citroën, et la publicité sur la Tour Eiffel. Ah ouais. On a pu voir ici ou là des photos, mais le film, avec les ouvriers et les risques…
00:28:32Mathilde Larrère
Et les films de 34 aussi. Alors c’est ceux qui étaient partis à Londres et qui sont revenus, c’est ceux que…
00:28:38Jean Vigreux
C’est ce, je crois, qu'était dans le fond Pivert, c’est ça. Parce que Pivert, n’oublions pas que Marceau Pivert a un rôle important pendant le Front Populaire, on le garde tous en mémoire, tout est possible, etc. Tout est possible. C’est en mai qu’il écrit ça pour peser sur le congrès extraordinaire de la SFIO, pour dire, on existe, la gauche de la SFIO, on est là. Et lui, tout de suite, il est pris au gouvernement, non pas dans un cabinet ministériel, mais pour s’occuper de tout ce qui est de la propagande. Et il y a plein de films, plein de photos et ce fond pendant longtemps a été un peu oublié on va dire.
00:29:12Mathilde Larrère
En tout cas voilà, alors il y a autre chose et là je vais avoir besoin de toi Nayan. C’est une exposition en ligne qui s’appelle La vie est à nous, qui a été réalisée par la Fondation Gabriel Péri qui à été conçue par Louise Gaxi et Oel Lomoal et dont vous êtes tous les deux au conseil scientifique. Alors peut-être avant de naviguer sur le site, parce qu’on va naviguer un peu ensemble, est-ce que vous pouvez nous dire ce que c’est que la fondation Gabriel Péri ?
00:29:44Serge Wolikow
Euh président ?
00:29:46Jean Vigreux
Du conseil scientifique, donc vas-y.
00:29:48Serge Wolikow
Donc la Fondation Gabriel Péri, c’est une fondation qui fait partie de ces fondations qui au début des années 2000, au temps où la gauche plurielle était au gouvernement, on a créé en France enfin des fondations qui étaient des fondation liées à des courants de pensée, à des cours de pensées ou à des forces politiques, ainsi la Fondation Jean Jaurès, ainsi que la fondation fonds d’Apollon liés à la droite, c'était l' UMP à ce moment-là, je pense, je me souviens, oui c’est ça, et puis la fondation Gabriel Péri qui était liée aux courants communistes. J’insiste sur l’idée qu'à la fois il y a une proximité avec le Parti communiste dans ses fondations, au moment où c'était Robert Hue qui était le secrétaire national du PC. Et en même temps, une fondation qui a sa propre dynamique, qui n’est pas programmée par l’activité politique quotidienne du PC. Et l’idée dans la fondation Gabriel Péri moi je me suis occupé des archives, et de ce qu’on pourrait appeler la mémoire patrimoniale du mouvement ouvrier, du mouvement communiste, en liaison avec les archives nationales et avec les archives nationales, et avec Jean Vigreux qui est à mes côtés, on a travaillé pendant 20 ans à la constitution à peu près, depuis le début des années 2000, même du 20e siècle, à essayer de constituer en France des archives, des mouvements sociaux et des organisations politiques dans l’orbite du mouvement communiste, pas seulement français mais international. Il a fallu faire des efforts parce qu’il fallait aller pêcher ça souvent à Moscou. Et qu'à Moscou, dans la Nouvelle Russie, d’Eltsine puis de Poutine, tout se paye. Et donc il a fallu faire des efforts pour obtenir une partie des archives avec le CDRS, etc., et les archives nationales. Toujours est-il que la Fondation Gabriel Péri, sur son site et sur le site de la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon, qui a été un peu l’opérateur technique mais aussi intellectuel de cette ambition, on peut consulter, c’est le seul endroit en France, on peut consulter des archives qui sont des archives dites russes mais qui sont en fait des archives envoyées de France à Moscou au temps de l’internationale communiste pour souvent découvrir une partie de la réalité politique française de l'époque. Il faut dire qu'à l'époque, autrement, les archives des partis politiques sont très mal conservées. Il y a des bribes qui existent à Sciences Po, il y a des bribes qui existent évidemment dans les archives dites de la surveillance des archives nationales, mais des archives internes d’organisation en longue durée, je crois qu’il n’y en a pas beaucoup ailleurs. Donc c’est un peu spécifique. Alors revenons à 2026, en 2026 l’idée est apparue que ça serait bien de faire une expo numérique qui serait mise à disposition des militants, des départements, des gens qui voudraient s’en emparer. Cette expo est à la fois sur le site de la Fondation Gabriel Péri, mais elle est aussi utilisable localement. C’est une démarche pédagogique.
00:33:08Mathilde Larrère
Peut-être qu’on va juste la regarder, donc La vie est à nous, et alors…
00:33:13Jean Vigreux
Donc c’est un clin d'œil, un clin d' œil à Jean Renoir.
00:33:16Mathilde Larrère
Donc là, vous voyez, on a le choix, présentation, exposition, chronologie, voilà. Histoire du Front Populaire, donc là, c’est un peu une intro. Et si on descend un tout petit peu, voilà, l’exposition. On peut choisir, il y a 10 chapitres, alors on peut en prendre un, lequel veut-il ?
00:33:33Jean Vigreux
N’importe celui que tu veux.
00:33:34Mathilde Larrère
Allez, victoire, ça fait du bien, parce que c’est pas comme si on en avait… Voilà. Donc si on déroule, donc il y a un certain nombre de documents, mais je vous laisse peut-être vous, parce-que vous êtes plus…
00:33:45Jean Vigreux
Il n’y a pas de souci, l’idée c'était de mettre des documents d'époque, bien sûr, comme c’est une exposition numérique, c'était de mettre de l’image et de présenter les affiches. Alors là, il y avait l’affiche de la campagne électorale du Parti communiste. Il y avait les affiches aussi des droites qui montraient, ce sont les soviets qui tirent les ficelles du Front populaire, donc le Parti de l'étranger, Moscou et toutes ces logiques là. Mais on voyait les enjeux de la campagne.
00:34:11Serge Wolikow
Un mot, sur regard, parce qu’on a travaillé avec le Musée de Montreuil d’Histoire vivante qui fait un séminaire sur le regard photographique, enfin le regard, oui, on joue sur les mots, mais les regards au moment du Front Populaire.
00:34:27Jean Vigreux
Et donc là, c'était effectivement le pain, la paix la liberté, donc le slogan, on va dire, repris de cette alliance. Et puis, puisque c’est la victoire, donc comment on va de l’avant, comment on présente cette victoire. Mais l’autre, si on peut remonter un tout petit peu, merci pour le pain la paix à liberté. Donc le PC qui reprend le slogan. Mais chaque partie aura sa propre campagne. Et là, si l’expo telle qu’elle est aujourd’hui. C’est-à-dire on peut l’imprimer, on peut la présenter, mais ce qu’il faut voir, c' est qu' il y aura un deuxième temps de l’exposition, on ajoute en ce moment, on est en train de faire des focus, parce que c’est le numérique qui nous le permet, il y en a quelques-uns, il y en a déjà quelques-un, mais voilà.
00:35:10Mathilde Larrère
Donc bon, là, c’est la chose.
00:35:10Jean Vigreux
Voilà, c’est la chambre des députés, ce qui permet de voir en fin de compte ce qu’on attendait pas. Donc des documents, et voilà, les focus.
00:35:17Mathilde Larrère
Et si on clique sur un focus, on a énormément de ressources.
00:35:20Jean Vigreux
Et voilà, l’idée c'était de donner accessible à tout le monde, Serge disait à un public général, effectivement, et bien où on en est aujourd’hui des connaissances et de la lecture que l’on peut avoir de la mise en récit des fronts populaires.
00:35:37Serge Wolikow
T’avais un focus aussi ? Moi j’ai un focus et je n’ai pas fini encore. Moi j' en avais plusieurs, je l’ai dit.
00:35:43Jean Vigreux
Mais bon, voilà, c’est comme ça. On fait comme on peut, hein ! On fait comment on peut !
00:35:49Mathilde Larrère
Mais non, mais l’intérêt c' est déjà beaucoup.
00:35:50Jean Vigreux
C’est de donner à tous la possibilité de comprendre ce qu’est le Front Populaire, loin seulement des clichés, des mythes, des représentations, ici ou là, quoi. C'était de rentrer dans « Qu’est-ce qu’on va faire, vainqueur ? Que va faire le Front populaire ? », cette grande question.
00:36:06Mathilde Larrère
Alors il y a Marxattaque, attention, qui dit le virtuel c’est cool mais je préférerai regarder les papiers directement, j’aime le vieux papier, quand j’ai dit ça, oui je suis d’accord mais…
00:36:17Jean Vigreux
Elle est imprimée aussi, elle est imprimable, attention. Oui, mais c’est pas la vraie source.
00:36:21Mathilde Larrère
Mais c’est difficile d’aller voir les vraies sources.
00:36:23Jean Vigreux
Eh ouais mais on peut pas exposer les vraies sources pour que ça circule. Voilà, les deux sont possibles. Elle peut être imprimée, il y a plusieurs panneaux, kakemono, enfin c’est classique maintenant, etc. Voilà, après bon, bien sûr, si chacun veut consulter les archives, va falloir bouger un peu partout parce qu’il n’y a pas que des archives nationales.
00:36:43Mathilde Larrère
Justement, le fameux Marxattaque demande à Euryale, mais comme ça vous pourrez l’aider, le lien du lieu pour consulter les archives à Dijon.
00:36:56Jean Vigreux
Oui, alors le lien c’est facile, c’est Pandor, portail d’archives numériques de documentation et de la recherche, vous tapez ça et MSH Dijon, donc Maison des sciences de l’homme autrefois, mais maintenant c’est la Maison de sciences sociales et humaines, puisque le nom a changé, mais c’est toujours le sigle MSH. C’est dans ce cadre là qu’avec Serge pendant, oui, 20 ans, 30 ans… Même peut-être à peine plus, dans 30 ans, on a mis en ligne toutes les archives du Parti communiste français liées à l’internationale communiste de 1917 jusqu'à 1995, donc il n’y avait plus l’internationale communiste. Mais c’est un accord avec la Fondation Gabriel Péri, les archives de Saint-Denis, également Bobigny puisqu’il y a le dépôt, et l’Université de Bourgogne et la Maison des Sciences de l’Homme, où on a numérisé, indexé, donc on a fait un index au noms, aux lieux géographiques etc, aux thèmes, toutes ces archives page à page, feuille à feuille, ce qui vous permet de retrouver des choses parfois complètement oubliées ou alors des choses inattendues. Le procès Marty Tillon même si on n’est pas dans la logique du front populaire, mais quoique il peut y avoir des éléments qui renvoient à ça, il est en entier présenté parce qu’il est énorme, ça fait plus de 200 pages. Donc voilà, c’est un accès pour tout le monde à ces archives. Parce qu’on a le droit d’avoir accès aux archives, on a le droit de comprendre. Alors pas les archives pour les archives. Je sais qu’aujourd’hui c' est à la mode de dire les archives, les archives et les archives. Sauf que les archives ne reproduisent que ce pourquoi elles ont été créées soit par la police, soit par l’organisation. Donc elles ont un biais cognitif et il faut quand même se dire que ce sont les problématiques qui font l’histoire et pas seulement les archives
00:38:39Serge Wolikow
Juste un clin d'œil à ceux qui, aujourd’hui, découvrent que les archives, c’est très important. Nous, on le sait depuis très très longtemps, c’est pour ça qu’on a voulu rendre accessibles les archives. Un des problèmes aujourd’hui de l’accès aux archives, en principe tout le monde peut avoir accès aux archives. C’est à droite, oui. C' est à droite. Mais dans la pratique, la mise à disposition au moins de certains fonds, qui sont des fonds par ailleurs inaccessibles. Regardez, si on n’avait pas fait ce travail, et bien ces archives qui étaient à Moscou ne seraient de nouveau inaccessibles. Et deuxièmement, il y a aussi l’idée que ces archives vont permettre à des étudiants, à des jeunes chercheurs, de leur mettre le pied à l'étrier, de commencer des recherches. Après, ils iront travailler dans des centres d’archives. Et surtout, c’est aussi l’idée qu’il n’y a pas de propriété de ces archives de ceux qui les ont produites il y à 50 ou 60 ans. Elles doivent vraiment tomber dans le domaine public. Je parle notamment des organisations. Aujourd’hui si vous regardez bien une partie des archives politiques, elles sont dans des institutions dont on peut dire des enceintes où le contrôle même, 50 ans ou 70 ans après, continue d'être exercé par des institutions qui considèrent que ça reste leur propriété. Le paradoxe, c’est que nous, on a réussi, sans doute, c’est lié à l’histoire de l’affaiblissement du PC, mais à faire que ce soit les archives du PC et du mouvement communiste qui deviennent, qui soient versées vraiment dans le domaine public et soient accessibles.
00:40:21Jean Vigreux
Et juste pour compléter, et ce ne sera pas trop long parce qu’on reviendra sur le front populaire, l’idée quand Serge avait bâti, construit ça, etc., j’ai eu la chance de te succéder, c'était un peu ça, ce qui s’est passé, et j' ai eu la chance à ce moment-là, puisqu’on parlait des financements de la recherche, c'était toujours de la difficulté, d’obtenir, tu sais, une ANR. Ah, ah, ah ! The Graal ! Mais on s’en fout, ce qu’il compte c’est le résultat. Moi c'était, il faut prendre l’argent là où il est, j’avais ce vieux principe du front populaire. Donc, on avait construit une ANR Corpus qui s’appelait Papricad, portail d’archives politiques de recherche d’indexation du commune interne et des fonds français. Deux F parce que c'était les fonds Français. De l’art du sigle. De l’art du sigle, c’est pas mal, je trouve. Mais au-delà de ça, c’est que les archives nationales ont joué le jeu. Et ce qui était génial, c’est qu’on a pu mettre en relation, d’un côté les archives de l’organisation et des organisations, les rapports, ce qu' évoquait Serge tout à l’heure, et de l’autre côté, les archives de police, de surveillance de police. Et dans ces archives de surveillance de police, il y a des fonds qui sont revenus de Moscou, parce que Sophie Curé l’avait très bien montré, ils avaient été spoliés par les nazis en 40, récupérés par des soviétiques en 45, et ils étaient restés à Moscou. Ils ne sont revenus en France que dans les années 90-2000. C’est les fameux fonds de Moscou qui sont aux archives nationales à Pierrefitte qui sont fond Moscou, mais qui en fait sont des archives françaises. Et juste une dernière incise par rapport à ça, on a récupéré aussi les archives de la série Z4. Alors là tu vois c’est la seconde guerre mondiale, c'était les activités dites terroristes, anarchistes et communistes où avec des étudiants pour une fois c'était super, on les a amenés aux archives nationales, on a pris les ciseaux, clac, on a coupé, on l’a décelé parce qu’elles étaient scellées, c'étaient des archives judiciaires, et des archives qui avaient été faites pendant la guerre pour juger des communistes, pour faire de résistance, mais on prenait tout ce qu’ils avaient chez eux. Et ce qui fait que dedans, au milieu, tu tombais sur un album du Front Populaire, et là t'étais ému parce que tu voyais des gens qui prenaient leurs premières vacances. Tu voyais les jeux, tu voyais le sport à la plage, tu voyais le théâtre à la Plage, des choses qu’on n’avait jamais vues. Alors il faut bien sûr y aller, il faut les revisiter, il faut les retravailler, il y a plein de choses encore à faire. Mais ça veut dire que ces archives de surveillance de police, elles sont toujours construites à des fins et les fins, c'était pour montrer surveillance, surveillance, etc. Voilà, j’en ai trop dit, pardon, revenons au fond populaire, mais tu vois, c’est ce qui nous permet aussi de comprendre comment on travaille.
00:42:43Mathilde Larrère
Je le dis aux camarades du tchat, si on met trois historiens et historiennes dans une salle, ils finissent par parler d’archives. C’est le goût de l’archive, on essaie de vous le transmettre le plus possible à la fois, ceux qui nous écoutent, et puis alors nos étudiants, on essaie évidemment plus encore, mais quand ça vous prend, c’est quelque chose, l’archive. Alors, on va quand même avancer un tout petit peu, parce que le temps passe. On va revenir un peu sur la question du Front Populaire. Souvent, les gens qui ne font pas d’histoire se demandent mais pourquoi est-ce qu’on fait un nouveau livre sur Front Populaire ? Finalement, vous en avez déjà fait plein d’autres. Qu’est-ce que vous avez de neuf dans celui-là ? Donc moi, je sais. Mais la question, c’est quelle question vous vous êtes posée ? Quelle approche nouvelle avez-vous dans ce livre ? Quelle nouvelle source ? Alors vous l’avez dit un peu sur les sources, donc on va peut-être être plus rapide sur les sources, mais je demande quelles nouvelles approches ? Et comme je sais votre réponse, ça me permettra d’enchaîner par la suite.
00:43:42Jean Vigreux
Bon alors je vais y aller mais enfin c’est quelque chose qu’on a construit ensemble avec Serge. L’idée c'était de proposer une lecture internationale, pourquoi pas internationaliste aussi, de penser en fin de compte les fronts populaires à l'échelle mondiale. Alors ça aurait été peut-être prétentieux de notre part de dire une histoire mondiale des fronts populaire, donc on préfère dire perspective mondiale, ce qui permet de comprendre en fin-de-compte les temporalités, les échanges, les connexions qui peuvent exister à l'échelle monde, et puis de relire des événements à l’aune du moment front populaire, c’est-à-dire de la riposte antifasciste, de la défense, de la démocratie libérale, la République, mais pas partout de la République hein, dans d’autres endroits ça peut être d’autre forme de régime, et les effets induits de cette nouvelle ligne qui a été prise au septième Congrès international communiste à Moscou en 1935, donc qui est l’aboutissement du laboratoire français sous certains aspects. Mais il n’y a pas que ça. Comment d’autres pays se l’approprient ou pas ? Eh bien, c'était ça qu’on a voulu montrer. Et ainsi, en le prenant du côté d’une chronologie qui n’est pas toujours au même moment. Il peut y avoir des chronologies décalées. Je prends un exemple pour tout de suite expliciter. Le Front Populaire en France, on va dire, c’est 1934-1938. Le Front populaire en Espagne, c’est effectivement 1934 sous certains aspects, 1936, jusqu'à 1938-39. Après, c’est la victoire de Franco, on ne revient pas là-dessus, etc. Mais le front populaire chilien, c’est 1938, 1941, c.-à-d. Que lui, il commence quand les deux fronts populaires européens sont finis, quasiment. Donc, pourquoi ça perdure ? Pourquoi ça continue ? Quel espoir ? Puisque tu évoques le documentaire Joie et colère, quelle joie ça a pu procurer ? Quelles colères étaient présentes ? Et puis surtout, comment ont réagi les fascistes ? Comment ont réagi les nazis face à ça ? Comment les droites ont réagi face au front populaire et comment aussi dans des espaces géographiques des territoires, l’Europe du Nord ont été hermétiques au front populaire, c’est-à-dire une social-démocratie qui refuse l’alliance avec les communistes mettant sur le même plan et le même point fascistes d’un côté et communistes de l’autre. Donc c'était de penser tout ça, tout en regardant ce qui se passe aux Etats-Unis. Tiens, il y a des grèves aux Etat-Unis ! Ce n’est pas intéressant de regarder que les grèves qui ont lieu à ce moment-là, elles ont quelque chose à voir avec celles qui sont aussi en France, en Belgique. Et bien voilà, c'était un peu l’idée. Le sport qui a évoqué Berlin, et bien les Jeux Olympiques de Berlin, on voulait boycotter ces Jeux olympiques. Chose que pendant longtemps on en parle plus de tout ça, mais oui le boycott ça existe depuis longtemps. Et bien le Front Populaire dit d’accord on boycotte pas, on met une subvention, on permet aux ateliers d’y aller, mais on finance la contre-Olympiade qui est à Barcelone. Voilà, c'était regarder par ces choses qu’est-ce qui était connecté, qu' est-ce qui permettait de voir. Et puis, n’oublions pas, en 1936, les élections aux Etats-Unis, Roosevelt, soutenu par le Parti communiste. Donc ça nous permet de voir aussi des fronts populaires ou au moins les effets induits du Front populaire ailleurs, le Mexique et plein d’autres pays puisque c’est un peu ce qui se joue.
00:46:46Serge Wolikow
Oui, cette idée du regard mondialisé du Front Populaire, c’est une approche qui en même temps, comme Jean l'évoquait, une approche différenciée, et ce n’est pas une approche franco-française. Certains font, par exemple, aujourd’hui, souvent l’histoire mondiale de la France. Nous, on n’a pas cherché, en quelque sorte, à comprendre comment le Front Populaire, parti effectivement de l’expérience française et de sa généralisation, notamment par l’intermédiaire de l’international communiste, comment le processus avait pris des formes très variées et très inégales. Sans parler des oppositions, en complétant ce que dit Jean, je prends l’exemple de la Chine. La Chine fait partie de ce mouvement mondial qui est marqué par l’expérience du Front Populaire. N’oublions pas que c’est un pays dans lequel il y a une guerre civile massive depuis 1927 entre les nationalistes et les communistes, et en même temps c' est un pays qui est soumis à une entreprise de domination fasciste où les Japonais n’ont rien à envier aux nazis. Et leur politique de répression et d’extermination d’une partie du peuple chinois se développe dès 1931 et prend une forme exacerbée et généralisée en 1937 avec l’attaque de toute la Chine. Or là, on voit arriver en Chine la création d’un front patriotique anti-japonais qui pose des problèmes considérables de l’alliance entre les nationalistes et les communistes et qui se fait en écho au front populaire et à l’international. Jusqu’alors, en quelque sorte, le lien n’avait pas été fait. Nous, on a fait ce lien en revisitant l’histoire chinoise. Et l’autre aspect qui est souvent décrit et mal connu, c’est l’importance et les limites du front populaire dans le monde colonial. Le Front Populaire a eu un écho dans le monde colonial et en même temps il jette des bases, il sème des graines, mais sur le fond il n’est pas un moment d'émancipation des colonies. Et cette question nous est apparue absolument indispensable à examiner. Pourquoi, je veux dire en un mot, on pourra sans doute y revenir, les colonies elles se sont constituées sur la base d’une domination de l’Europe ? Sur le monde dominé à la fin du XIXe et la constitution des grands empires britanniques et français, pour aller vite, mais belges aussi. Or, pour une part, le front populaire antifasciste est d’abord un événement européen et français. Voilà, pour l’Angleterre, il est très limité et les effets dans l’Empire anglais sont limités si ce n’est des effets induits dans l’Union indienne, mais qui sont vraiment périphériques en Afrique subsaharienne, en Afrique du Sud et au Maghreb comme en Indochine, dans l’Empire français le Front Populaire a des échos, mais une partie des membres du Front Populaire qui sont très puissants dans les colonies, pour ne pas tourner autour du pot les radicaux et les socialistes, restent profondément colonialistes. Et le Parti Communiste, dans sa stratégie européenne et de l’internationale communiste, a changé de priorité. La priorité, c’est la lutte contre le fascisme, et pour l’heure on met en quelque sorte un peu en sourdine l'émancipation nationale.
00:50:31Jean Vigreux
Oui, c’est tout à fait ça. Parfait. Et on peut rajouter encore un autre exemple dans cette dimension que tu évoques de l’Afrique. Ne jamais oublier que le fascisme c' est la guerre et que l’expansion fasciste c’est l'Éthiopie. Et donc ce sont toutes les mobilisations en 1935 qui se mettent en place par le secours rouge international étudié par Corentin Lahue qui nous permet de comprendre effectivement ces enjeux. On dirait à une autre époque des suds, ou en tout cas des dominés, et comment ça se joue. En revanche, ce que dit bien Serge, c’est que ça crée un immense espoir dans les colonies et qu’il y a une très forte désillusion, c’est certain, mais ça sème les graines pour d’autres choses. Nous n’oublions pas, par exemple, d’un point de vue culturel, les maisons de la culture, celles d’Alger, avec Camus.
00:51:20Mathilde Larrère
Il y a un très bel article, un chapitre sur Pierre Dharréville
00:51:23Jean Vigreux
C’est Pierre Dharréville et Guillaume Robot Kouachi, qui sont passionnants sur la maison de la culture d’Alger. C'était de penser, en fin de compte, cet apport culturel pour tous. Parce que le Front Populaire, on a oublié de le dire, on en a parlé politique sociale. On va y revenir, ne t’inquiète pas. Je termine ça. La dimension sociale, politique et culturelle, l’idée d'émancipation par la culture. Et ça, c’est fondamental.
00:51:50Mathilde Larrère
Alors donc je pense que les camarades du tchat auront compris, la perspective extrêmement intéressante et vraiment différente des autres livres, enfin des travaux précédents sur le Front Populaire, c’est cette perspective mondiale et en plus ça tombe bien pour moi puisqu’il y a déjà eu une émission, je l’ai dit, sur le Front Populaire, ici, au Poste, avec Pierre Salmon et Dimitri Manessis, que vous connaissez tous les deux, qui étaient en 2024, pour réagir justement à ce surgissement du mot et pour partie de la mémoire, voire du souffle. Et ils étaient restés, alors pas que franco-français, parce que Pierre Salmon, c’est un spécialiste de la guerre d’Espagne. Je l’ai invité aussi ici, avec Mercedes Justas sur la guerre de l’Espagne, mais c'était France-Espagne, uniquement. Alors que vous, voilà, vous ouvrez beaucoup plus. Moi, je ne savais pas qu’il y avait un Front populaire au Chili avant de vous lire. Bon, après, c’est pas ma période, mais j'étais tellement heureuse de voir ça, parce que j’ai un truc personnel avec le Chili. Le père de mon fils est chilien, donc mon fils s’appelle Esteban Allende. Donc tu vois ce qu’il y a à faire.
00:52:57Serge Wolikow
Et le jeune Allende était dans l’expérience du Chili de 1938. Il est en photo dans le livre, à la fin du livre.
00:53:07Mathilde Larrère
Ouais, c’est ça. Et voilà, donc c’est vraiment la grande force et le grand intérêt de cet ouvrage. Alors vous dites que le Front Populaire, j’ai bien aimé cette expression, c’est un événement monde, vous le dites dans la conclusion. Un de vos auteurs part du souffle mondial du Front Populaire, j’aime bien aussi. Comment expliquer ce qui, quand on regarde un peu de l’extérieur, relève… De la simultanéité, relève sans doute, mais là il faut que l’historien cherche de la circulation. Voilà, est-ce que c’est parce que le contexte est le même et le moteur qui pousse à l’union est le même, donc l’antifascisme, voilà. Est-ce parce que l’idée circule, et dans ce cas-là, comment elle circule ? Est- ce que c’est parce que, l’internationale communiste du moteur, je me tourne vers toi Serge, le Komintern a dit de faire ça et que donc les gens font ça, voilà, qu’est-ce qui explique qu’il y ait cet événement monde Front Populaire ?
00:54:09Serge Wolikow
Tu as recensé une série de facteurs possibles.
00:54:14Mathilde Larrère
Oui, c’est le but des questions.
00:54:15Serge Wolikow
Et je pense que ces facteurs possibles ont joué ensemble, c’est ça qui explique une partie de cette réussite. Parce que lancer des mots d’ordre internationaux, c’est pas difficile. Après, faire que ces mots d’ordre deviennent des réalités effectives, c’est autre chose. Et ce qui est intéressant, c’est de voir quand le dernier congrès de l’internationale communiste, celui qui fait le discours, qui s’appuie sur l’expérience française, mais qui en même temps est le porteur de cette idée qu’il faut internationaliser, le mot d’ordre de Front Populaire, c’est Georges Dimitrov. Georges Dimitrov, c’est un bulgare qui dirige depuis un an seulement l’internationale communiste parce qu' il est devenu le symbole de l’antifascisme. C’est lui qui en quelque sorte a mis en difficulté Goering et Goebbels et Hitler lorsque ceux-ci ont monté un procès en Allemagne pour imputer à Dimitrov et à d’autres dirigeants communistes allemands, mais lui il était étranger, la responsabilité de l’incendie du Reichstag. Avec le mouvement de solidarité internationale qui s’est faite, le régime nazi, encore peu solide, a d’ailleurs en attiré les conclusions, c’est la dernière fois qu’il fait un grand procès public. Il n’y aura plus de procès en Allemagne nazie après. Toujours est-il que Dimitrov est acquitté et qu' il devient ce symbole de l’antifascisme et en même temps de l’internationale communiste. Et au mois de juillet, août 1935 il y a à peu près une soixantaine de partis communistes du monde entier qui sont réunis à Moscou. Et là, à côté d’autres dirigeants communistes qui continuent de répéter ce qu’on pourrait appeler le traditionnel discours de l’opposition classe contre classe, la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat, lui il dit la question à la fois de la défense démocratique et de la nation devient une question urgente pour le prolétariat. Les milieux populaires doivent s’emparer de cette question et ne pas la laisser à l’extrême droite et au fascisme. Parce qu’il y a une crise économique mondiale, parce qu' il y a eu une crise qui s’est développée dans les grands pays capitalistes, ils n’abandonnent pas une analyse de classe, mais ils transforment cette analyse classique, si j’ose dire, de classe en une analyse concrète du moment politique à la fois européen et international. Sans doute, ça a été un facteur de ce qu’on pourrait appeler la « dissémination » du mot d’ordre. Mais sans doute aussi, il y a un phénomène que j'évoquais à propos de la Chine, de l’Asie, qu' on peut évoquer aussi au niveau de l’Amérique latine, et d’Amérique, c’est que c'était un moment de crise économique mondiale du capitalisme, et qui touche pas seulement le monde industriel, mais le monde paysan, et notamment les pays où les producteurs de matières premières, les paysans dans des systèmes de dépendance coloniale, voient s’effondrer le prix de leur production. Alors selon les conditions politiques de chaque pays, ça se traduit différemment. C’est-à-dire que l'écho du Front Populaire n’est pas le même selon les pays et selon les régions du monde. Mais en même temps, cette dimension mondiale de la crise, cette diffusion mondiale du mot d’ordre est un élément important. En même temps, si on parle du mouvement ouvrier international, à cette époque le mouvement socialiste est essentiellement européen. Il a peu d’impact à l'échelle internationale. Et en Europe, un des grands échecs de la diffusion et de la dissémination du mot d’ordre, c’est l’impossibilité de l’entente entre l’international socialiste et l’internationale Communiste. Et ça, ça a profondément marqué toute une partie de l’Europe. Il faut dire qu’après la défaite allemande et de la social-démocratie allemande, ce qui dirige l’international-socialiste, c’est le monde anglo-saxon européen, pour aller vite. Et ce monde anglo saxon européen, il n’a pas du tout les mêmes traditions qu’en Allemagne, ou qu' en France, ou qu' en Espagne, ou en Italie, il est considérablement, si j’ose dire, habité par l’idée que le compromis social démocrate les grandes réformes de l'État mettent à l’abri tous ces pays où la social-démocratie est puissante, à l’abri du fascisme. Et quand à l’Angleterre, le monde travailliste qui est l'équivalent du socialisme européen dans une particularité, ce monde travailliste, même Dimitri Manessis le montre pour l’Irlande, il est travaillé par une question qui est celle du fait que l’Empire colonial reste une ressource et que l’Angleterre, et pas seulement la Grande-Bretagne, mais l’Angleterre par ses propres ressources coloniales est à l’abri et de la crise et des difficultés.
00:59:34Jean Vigreux
Et ça, c’est un des éléments qu’il faut avoir à l’esprit, c’est-à-dire que ça ne remet pas en cause, et c'était bien là, on va dire, les désillusions, l’ordre colonial. Il y a eu des améliorations, des gens qui ont été amnistiés, des nouveaux gouverneurs, moins de répression politique, mais dès que ça commence à coincer, ça reprend cette logique de répression en revanche, dans la circulation, pardon ?
00:59:57Mathilde Larrère
Oui je disais sur le tchat, alors il est parti mais je me souviens, je crois que c’est BM 1018, alors c'était peut-être 1018 mais 1018 je pense à cause des éditions, qui dit mais donc les fronts populaires c’est un truc de blanc pour les blancs.
01:00:10Jean Vigreux
Alors c’est pas si simple que ça, peut-être que ce qu’on a dit ne reflète pas l’entièreté. Reprenons par exemple en Algérie, l'étoile nord-africaine qui a un rôle important où on voit le 14 juillet 1936, les femmes voilées, manifestent, poings levés, très belles photos qu’on avait utilisées au Musée d’Histoire Vivante pour l’exposition il y a 10 ans, qui vient de Radar, qui est un centre de ressources d’archives qui étaient liées à Rouge et à la Ligue Communiste Révolutionnaire à l'époque, me semble-t-il, ou en tout cas NPA, enfin bon peu importe, et qui montrait cette photographie, cet espoir suscité, et en même temps la désillusion. On est entièrement d’accord, parce que les accords Blum-Viollette, ils n’aboutissent pas, il n’y a pas grand-chose qui est fait. Mais, puisque tu demandais la circulation, comment ça s’est connecté, comment c’est fait, Serge a donné une réponse, il faut voir que les délégués de l’internationale communiste, ils venaient de tous les partis communistes du monde. Et il y avait des partis communistes bien sûr en Asie, il y en avait en Afrique. Et en particulier, il y avait une délégation qui était importante, c'était celle d’Afrique du Sud. Et l’Afrique du Sud, il ne faut jamais perdre de vue que c’est le moment où se joue effectivement une rupture par rapport à une conception ancienne du parti qui était faite de blancs, et pour des blancs mais qui faisaient la lutte des classes, mais avec les blancs dominants, bien sûr, la ségrégation et les logiques que l’on connaît qui existent, mais c’est le surgissement à ce moment-là de militants issus des quartiers noirs d’Afrique du Sud qui prennent le parti et qui, de ce point de vue là, se posent la question, mais quelle est l’urgence ? L’urgence, est-ce que c’est le fascisme ? Oui, on le voit avec les grands coloniaux, c’est ce qu’ils appliquent etc. Ou est ce que c’est l’indépendance et toutes les logiques que Serge évoquaient auparavant, c’est- à dire, on met entre parenthèses, la logique de l’Indépendance. Mais tout ça, c'était des graines qui ont été semées. Ces gens-là, ils étaient déjà en 1927 au Grand Congrès anti-impérialiste qui a lieu à Bruxelles et on les retrouvera un peu plus tard en 1955, si j’ai bonne mémoire, à Bandung. Et ils le diront, et à Bandung leur première déclaration c’est de dire souvenez-vous ce qu’on faisait en 1927, ce qu’on faisait dans les années 30, etc. Oui, ce qui nous amène à comprendre aussi la complexité des temporalités. C’est-à-dire de nos chronologies qui ne sont pas toujours emboîtées les unes aux autres et de penser, en fin de compte, des temps décalés. Et ça, pour nous, c' est important comme historiens, c' est de se dire… Oui, ça participe de cela. Et dans les circulations, et j’arrête là parce que c'était par rapport à ta question histoire connectée, histoire de circulation, on a dit là les délégués de l’internationale communiste, mais il n’y a pas que le geste du point levé anti-fasciste, sans les anti-nazis, sociaux-démocrates qui le font passer. Gilles Vernon l’avait très bien montré il y a quelques années, c’est-à-dire comment on va se réapproprier à une époque où on n’a pas internet, où on a pas notre téléphone portable, où on n’a pas tout ce que vous voulez comme réseaux sociaux, et bien ça circule. C’est-à-dire que quelque part il y a des passeurs, mais qui sont ces passeurs ? Ce sont les militants internationaux, ce sont les militants internationalistes, ce sont ceux qui permettent effectivement de comprendre ce qui se passe. Ce sont aussi des journalistes. Moi, je n’oublie pas qu’il y a une journaliste que l’on connaît, Marie-Paule Vaillant-Couturier, qui en 34 écrit sur Dachau. Qui écrit sur les camps de concentration, qui fait connaître au public français ces premiers camps. C’est-à-dire que l’information circule. Et on avait une presse beaucoup plus libre qu’aujourd’hui et beaucoup plus importante qu' aujourd’hui. Cela dit, ce n’est pas dur. Mais c’est pas dur, il n’y a aucun souci, je suis d’accord avec toi. Mais ça participe aussi de cette prise de connaissance. Pareil pour l’occupation d’usines. La plupart des gens n’avaient pas encore fait l’occupation d’usines. Il y avait des événements sporadiques. Mais c’est en lisant la presse, en regardant ce qui se fait, que ça devient un registre d’action que tout le monde s’approprie. C’est-à-dire que, effectivement, les choses arrivent à circuler. Et puis, il y a les réfugiés, les exilés. N’oublions jamais le rôle des réfugiés antifascistes italiens, des réfugiés antinazis. Ça participe de tout ça. Les frères Mann par exemple qui fuit sont traduits en français par madame Bianchi qui était maître assistante à Dijon en allemand du comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes. Donc le rôle dans la cité des uns et des autres. Et puis, j’en arrête là, la main d'œuvre immigrée, la MOI, qui devient MOI en 32, parce qu’avant elle s’appelait la main-d'œuvres étrangère et le Parti communiste et la CGTU à ce moment-là disent, on ne peut pas reprendre le terme d'étranger parce que c’est celui de la xénophobie de l’extrême droite etc. Donc on va dire immigré et on l’appelle MOI, ce qui donnera plus tard, on le sait très bien, les FTP, mais sauf que la MOI et bien c’est Italiens, Espagnols, enfin Arméniens, Juifs d’Europe Centrale, Orientale etc. Eux le Front Populaire, mais ils sont heureux dedans et ils vont même en phase et en particulier c’est eux qui disent il faut faire les brigades internationales. Même si dans un premier temps Marty leur dit qu’il faut pas, ils vont voir Thorez et ça le permet, parce que pour eux c’est poursuivre le combat, c' est aller jusqu’au bout. Voilà, des éléments de circulation, il y en a plein d’autres, on peut pas tout donner, je vous invite à lire.
01:05:28Mathilde Larrère
Mais c’est vrai qu'à la fin, dans les derniers chapitres, il y a un chapitre sur les symboles et alors certains sont restés assez franco-français comme l'églantine. Moi, j’adore quand parce que j’ai, chaque 1er mai j’essaie d’expliquer à tout le monde qu’il faut pas prendre du muguet mais il faut prendre l'églantine. Mais il y aussi le point, et de fait, peut-être je l’ai su, je l’avais oublié, mais j’avais oublié que ça venait des antifascistes allemands et que au début c'était comme ça, puis comme ça et puis comme ca. Et voilà, puis il y a les trois flèches aussi, il y en a les 3 flèches qui ont circulé et qu’on retrouvé encore aujourd’hui, les trois flèches.
01:06:05Jean Vigreux
Et qu’on retrouve encore aujourd’hui, ça veut dire qu’il y a ceux qui sont les passeurs en quelque sorte de ces symboles, et puis après, on ne sait plus ce que ça veut dire. Mais ça veut bien dire qu’ils ont aussi une fonction, on va dire, de clin d'œil à l’histoire.
01:06:24Mathilde Larrère
Et donc là, moi je pourrais vous écouter pendant des heures mais il faut quand même avancer un petit peu. Donc Chine, Chili, alors il y a aussi un chapitre, je les ai tous aimés mais voilà, il y en a que je cite, qui est le chapitre de Robin Robinet sur le Mexique, le Mexique de Cardenas. Et il est intéressant puisqu’il mène des politiques très à gauche, des réformes sociales. Robin Robinet dit que le Mexique devient le ténor anti-facile du concert des nations, mais pourtant ce n’est pas exactement un front populaire.
01:06:57Jean Vigreux
Alors ce n’est pas un front populaire au sens où on l’entend de manière électorale en France, etc. Mais c’en est un parce que le gouvernement radical, ils ont été radicaux, et soutenus pas radicaux au sens où longtemps en France. Non, pas de centre gauche, si on veut, de centre gauche, je vais le dire comme ça. est soutenu par le mouvement ouvrier et surtout qu’il arrive à créer un parti… Je crois qu’il y a 5 millions d’adhérents, c’est énorme à l'échelle du Mexique. Donc ça veut dire que quelque part, il y a aussi ce soutien populaire et qu’ils prennent non seulement, et ça s’inscrit dans l’histoire propre du Mexique, une révolution ancienne depuis la fin du 19ème, donc dans le temps long de l'émancipation mexicaine, et ce moment, Front Populaire, surgit en fin de compte, comme le disait Serge tout à l’heure, dans un moment de crise exaspérés du capitalisme mondial, qui touche de plein fouet, le Mexique, on évoquait tout à l’heure le Brésil, le café qui est brûlé, etc. Enfin bon revenons, excusez-moi.
01:07:59Mathilde Larrère
Qui est brûlé dans les locomotives, mais c’est dingue ce truc !
01:08:03Jean Vigreux
Mais bien sûr, et revenons donc au Mexique, c’est une expérience effectivement d’un gouvernement, alors on va dire c'était des institutions bourgeoises, on peut dire tout ce qu’on veut, mais qui met en place des réformes. Et ces réformes s’inscrivent dans l’esprit, dans le moment Front Populaire. Alors bien sûr c’est peut-être aussi ça qu' on a peut-être fait, on ne tord pas le bras, ce n’est pas notre volonté, mais comment on sait aujourd’hui, on aime bien dire c’est l’air du temps, enfin, et bien, dans cette logique-là, on peut voir quand même certains s’approprient, reprennent des choses qui ont été faites ailleurs. Regardons alors, je quitte le Mexique et je vais au Chili. 38-41. Qu’est-ce qui est mis en avant ? Ce qui est mis en avant, c'était une politique de développement de l'éducation. L'éducation, c’est fondamental, l’alphabétisation, l'éducation…
01:08:53Mathilde Larrère
Alors c’est pas moi qui vais dire le contraire.
01:08:55Jean Vigreux
La deuxième chose, c’est aussi une volonté de modernisation de l’agriculture avec des logiques de réformes agraires. Mais tout ça, c'était des questions sociales urgentes auxquelles il fallait répondre. Et parce qu’il y avait cette unité, parce qu’il y a ce mouvement derrière, ça a été mis en avant. Alors je ne dis pas que ça a toujours fonctionné, mon propos ce n’est pas de dire ça, mais au moins il y a cette circulation et ces enjeux.
01:09:19Serge Wolikow
Ce qu’il y a de commun derrière toute cette diversité qu’on a pointé et qu' il faut conserver, c’est cette idée que le Front Populaire, c' est à la fois la défense de la démocratie, des libertés démocratiques contre le fascisme, mais c’est aussi l’idée de la Démocratie Sociale. C’est-à-dire une autre république, la République Sociale, ce n’est pas par hasard que la référence à la Commune de Paris est si puissante au moment du Front Populaire. C’est cette idée qu’il n’y a pas de démocratie véritable sans loi sociale. Et dans les pays qu’on évoque de l’Amérique latine, cette idée de la démocratie sociale est complètement neuve. Elle est très très forte, y compris dans la politique du deuxième mandat de Roosevelt. Cette idée de démocratie sociale est fondamentale. Et les grèves, qui sont les grèves avec occupation d’usines qu’on appelait aux Etats-Unis, grève avec sitting et bien s’inspire, on est en 37, s’inspire de ce qui s’est passé en France et la démarche de Roosevelt dans les zones paysannes et aussi une démarches qui est aussi contre les désastres écologiques qui sont si importants aux Etats-Unis dès cette époque. Et bien, c’est ça, une résonance qui est proche de celle du Front Populaire sans la volonté de plaquer tout quoi. Mais moi je pense que l’antifascisme décliné avec la défense ou la promotion de la démocratie sociale ou de république sociale, c’est quelque chose qui est profondément commun. Aujourd’hui, parler de l’anti-fascisme sans parler de la Démocratie sociale ou d’une république sociale s’est passé à côté de ce qu’on pourrait appeler le message du Front Populaire.
01:11:15Mathilde Larrère
Je suis bien d’accord. Et d’ailleurs, il y avait des fascistes au Mexique, j’ai appris qu’ils s’appelaient les chemises dorées. Et comme je rebondis sur ce que tu viens de dire Serge, sur les grèves, et de fait le chapitre de Théo Bernard sur les grèves, il est vraiment super.
01:11:31Jean Vigreux
Il est super et puis surtout c’est que Théo Bernard, il vient de soutenir une thèse remarquable et remarquée sur les grèves. Et de ce point de vue-là, il l’inscrit et il rompt peut-être aussi une domination historiographique que l’on avait en France et je trouve que c'était courageux de s’en prendre véritablement aux grands et aux figures tutélaires. Et il propose quelque chose de neuf parce qu’il est allé alors là oui effectivement aux archives. Il a travaillé sur des archives départementales. Il prend différents cas. Et puis surtout par rapport à la thèse, là Il parle de la Belgique, il parle des États-Unis. Donc il a une vision. Il parle même de l’Inde, il l’ouvre, bah oui, il ouvre en Inde, c’est-à-dire il a une vie gigantesque, bien sûr, c’est à l'échelle du pays aussi, il faut toujours regarder les enjeux démographiques qui sont derrière et sociaux qui sont derrière, mais ça nous permet d’avoir une, voilà, un autre regard et pas être enchâssé dans une histoire nationale, parce qu’en gros ce que l’on a voulu aussi par rapport à, tu nous disais pourquoi ce côté neuf, etc, c’est pas neuf mais on s’est dit c’est vrai, le Front Populaire, on connait plusieurs livres qu’on fait, on sait que c’est un anniversaire, donc il y aura une commande, il y a des choses nouvelles. Il y a d’autres livres qui apparaissent, etc. Et c'était très bien, et c’est tant mieux. Il le faut pour le débat historiographique, il n’y a pas de monopole. Il faut arrêter à ces visions-là, etc… Mais on s’est dit, sur quoi, sur quelle chose neuve on pourrait proposer quelque chose ? Et c’est ça un peu l’idée qu' on a eue, c'était de demander à des spécialistes internationaux, parce qu’il n' y a pas que des français dans le passage. D’autres n’ont pas pu répondre, bon c’est dommage, etc. On devait être un peu plus, mais déjà c'était beaucoup. Il fait 800 pages, et merci à Libertalia. Ils ont fait un effort super parce que la mise en page est très belle. Et puis un prix abordable, je suis désolé de le dire comme ça, mais il y a une logique d’accès démocratique au livre qui est marquée par cette maison d'édition. Au-delà de ça, l’idée c'était de dire, comment en fin de compte penser ? Tu l’as dit, cet événement monde, comment voir l'écho puis aussi le rejet. Faut jamais voir, faut regarder le combat qu’il y a eu contre ce moment fonds populaires et la haine que ça a suscité. La haine, nous on le sait en France, c’est Vichy. C’est l'État français.
01:13:49Mathilde Larrère
Bah c’est les deux maisons là !
01:13:50Jean Vigreux
C’est les deux maisons, mais face aux métèques, face aux étrangers, face aux Juifs, face aux francs-maçons, face aux communistes, c’est tout ça. Et donc de remettre la France au travail, même si c'était déjà dit en 1938, c’est largement repris en 40, 41, 42, au moment de la révolution nationale. Et c’est comment on va inventer aussi des mythes, des mythes sur, bah ils étaient pacifistes, parce que ça aussi c’est ce qui taraude, c’est la guerre et la paix, ils étaient pacifistes et ils n’ont pas à réarmer, ce qui est totalement faux. Mais nous, on n’est pas rentrés dans cette historiographie enchâssée dans le national, mais on a essayé de regarder ce qui circulait, ce qui permettait d’avoir…
01:14:25Mathilde Larrère
Mais c’est ça qui fait que c'était absolument foisonnant et passionnant. J’ai découvert un truc dans le chapitre de Theo Bernat, c' est quand les vendeuses de Wentworth à New York accueillent les flics en nuisettes en se disant qu’ils vont tellement être choqués de les voir comme ça qu' ils vont se barrer.
01:14:44Jean Vigreux
Ils vont pas taper quoi.
01:14:45Mathilde Larrère
Voilà, ils ne vont pas taper. Mais il y a plein de trucs. D’ailleurs, en restant dans la grève, il y à un autre aspect qui est d’ailleurs aussi dans le documentaire de France TV et qu’on retrouve là, que j’ai adoré, c’est l’approche alors on dit aura du sol, je veux dire aura des ateliers occupés et les questions logistiques. Et il y a une super contribution de Morgan Poggioli.
01:15:05Jean Vigreux
Morgan Poggioli
01:15:10Mathilde Larrère
Morgan Poggioli sur « Mangez dans l’usine occupée » où j’ai appris que Gabriel Péri dont on parlait tout à l’heure, député maire communiste d’Argenteuil avait fait apporter des huîtres aux grévistes de Kléber Colombes Bon, c'était un peu exceptionnel. Mais alors, cette dimension, c’est vrai ? Mais comment bouffait-on dans les usines occupées ? C’est génial ça !
01:15:28Serge Wolikow
Oui, c’est, disons moi, quand j’ai interviewé ceux qui avaient occupé les usines, mais 50 ans après, ça continuait de les marquer profondément.
01:15:40Mathilde Larrère
C’est normal, de nos propres mouvements on se souvient de ces aspects-là aussi.
01:15:44Serge Wolikow
Et pourquoi ? Parce que d’une certaine façon, manger dans l’usine, c'était en quelque sorte concrètement profiter de la solidarité. C’est-à-dire que c'était à la fois les familles, mais surtout les commerçants, toute une série d’institutions qui venaient apporter aux grévistes de quoi vivre et survivre. Et en quelque sorte, c'était une manière très concrète de soutenir les grévistes dans leur occupation, de même que des artistes venaient présenter des spectacles dans les usines, que des sportifs organisent des manifestations sportives.
01:16:24Mathilde Larrère
Dans le film, on voit une course de vélo.
01:16:26Serge Wolikow
Voilà, on voit une course de vélo et vous savez que la première organisation où il y a eu l’unité ouvrière qui a été réalisée, c’est l’AFGT, la Fédération des Sports Géniques et du Travail entre socialistes et communistes dès 34. Et les clubs ouvriers de sport, comme les clubs ou ouvriers culturels ou les Maisons de la Culture, ont joué un rôle très fort de soutien aux ouvriers, d’une certaine manière. C'était aussi pour les ouvriers d’accéder à une visibilité qu’ils n’avaient pas. Et ça, le fait de prendre les repas ensemble, de partager la solidarité à travers l’alimentation…
01:17:08Mathilde Larrère
Être un compagnon.
01:17:09Serge Wolikow
Voilà, c’est exactement, exactement. Et il faut dire que Borgan a travaillé sur un projet qui était un projet de recherche d’ailleurs qu’on avait au laboratoire d’histoire de Dijon.
01:17:20Jean Vigreux
Qui avait été mené par Xavier Vigna, Thomas Boucher et les collègues sur Manger au travail.
01:17:25Mathilde Larrère
Manger au travail oui bah oui moi je me souviens de ce que je m’en étais servi quand c'était le il y a DonneLaPappate qui dit dans le tchat il y a toujours des pseudos qui fait la comparaison tout à fait juste avec les gens qui venaient apporter à manger : ou j’ai déjeuné sur les ronds points. Alors je vais un tout petit peu accélérer oui pas de souci pardon donc il y a un moment où je vais un peu dire ce qu’il y a dans le bouquin mais sans tout de suite vous donner la parole parce qu' il y a deux choses sur lesquelles je voudrais vous donner de la parole ce sur quoi je voudrais un peu insister, puis pour donner à celles et ceux qui nous écoutent ou nous écouteront vraiment l’envie d’aller voir plus, c’est que dans le documentaire comme dans le livre, il y a une dimension qui n’est pas toujours très présente ou qui les témoignent avant dans les livres sur le front populaire, c’est la dimension rurale voire paysanne et ça je trouve que c’est hyper important ça a d’ailleurs du sens quand on ouvre à l’est à perspective mondiale parce que par exemple en Chine voilà donc donc ça c' est vraiment un plus et ça permet de sortir d’une histoire un peu trop ouvrière alors je dis pas que c est ma vie ouvrière loin de moi cette idée mais voilà c’est bien aussi d’aller voir d’avoir les autres comme on l’a déjà dit donc là je un peu ce que vous avez dit mais ce qui est très important dans votre livre aussi c’est qu’on voit tous ceux qui refusent le Front Populaire, soit qui juste sont à l'écart, soit qui vraiment le refusant, donc je renvoie aux contributions de Nicolas Patin, de Johan Chapoutot, de Jean-Dumas Ducan sur l’Angleterre et les pays scandinaves, et tu l’as dit donc c’est pour ça que je repose pas la question, mais pourquoi ces sociales démocraties n’ont pas accepté les Fronts Populaires et sont restés dans une association ni Moscou, ni Hitler quoi ? Oui, non, tu voulais dire un truc. Vous relevez aussi et soulevez toutes les contradictions, tous les renoncements, tous les oublis, tous les rendez-vous manqués, tous les laissés pour compte, parce que voilà, votre objectif n’est pas de faire une angiographie des fonds populaires. La question coloniale, on en a beaucoup parlé, donc l’anticolonialisme. La question des travailleurs étrangers, parce que tu dis qu’ils ont été intégrés, mais en même temps, c’est une chercheuse, je ne me souviens plus de son nom, mais c'était dans un autre voile, j’ai vu qu’il disait, etc. Rendez-vous manqué aussi.
01:19:40Jean Vigreux
Oui, rendez-vous manqué parce qu’effectivement, il y a encore des renvois mais pas si fort qu’en 1935, il n’y a pas les convois de Polonais comme le gouvernement l’avait fait, etc. oui, bien sûr, mais pas à cette échelle, mais c’est encore présent. Allez, vas-y.
01:19:59Mathilde Larrère
Et puis le rendez-vous manqué sur la question des femmes, ça c’est la contribution de Ludivine Bantigny. Donc voilà, ça, c'était très présent. Je voulais d’abord vous poser une question triste et après, comme je veux pas rester sur un truc triste, on terminera sur un truc plus heureux, parce que je déteste terminer sur les trucs tristes, mais en même temps, voilà, je suis obligée de vous demander qu’est-ce qui fait échouer les fronts populaires ?
01:20:28Jean Vigreux
Ah c’est dur hein ! Qu’est-ce qui fait échouer les fronts populaires ? C’est le rapport à la guerre, c' est le rapport à la paix. C' est-à-dire que n’oublions pas qu’on est 20 ans après 1916 Verdun. N’oublions pas qu' il y a encore un moment où l’entre-deux-guerres est marqué, alors on va dire à l'échelle européenne, là encore européo-centré, mais pas seulement parce qu' on a fait venir quand même des troupes coloniales et des routes d’un peu partout pour faire cette guerre mondiale. Les grandes manifestations populaires de l’entre-deux-guerres, et ça je reprends l’idée à Daniel Tartakovsky, étaient des manifestations de deuil, de tristesse. Faut jamais perdre de vue, regarder les monuments aux morts, regarder tout ce qui se joue. Et le Front Populaire a, ou rouvert une parenthèse enchantée, a rouvert un moment, alors je dis échappée belle autrefois, mais en tout cas le moment de joie, permet de retrouver ça. Sauf que ce moment de joie, il est pris dans l'étau de est-ce qu’on est pacifiste ou est- ce qu' on est belliciste. Et là, c’est là-dessus que l’antifascisme va se briser, va faire apparaître ces contradictions. Contradictions face à la guerre d’Espagne, non-intervention, bien sûr, du gouvernement de Léon Blum. Alors on va dire oui, il y a les brigades internationales, mais c’est pas à la hauteur, certains le sont, c’est à la hauteur pour ceux qui ont perdu leur vie et pour tout ce qui a été fait. Et c’est formidable ce qui était fait de ce côté-là, mais du côté, je dirais, des alliances politiques, le gros danger, ce que l’on n’arrive pas à dépasser. C’est la logique de la guerre dans les fascismes, j’ai dit l’Éthiopie tout à l’heure, la remilitarisation de l’Allemagne, la logique des appétits d’Hitler qui veut détricoter bien sûr le traité de Versailles, etc. Donc c'était cette logique-là qui amène en fin de compte à cet échec global. Mais en France, ce qu’il faut bien regarder aussi quand on le prend localement, c' est tout simplement le rôle pivot du parti radical, vieux terme qu’emploie Serge Bernstein et qui était juste. Il était pivot, il était au centre de la vie politique sous la 3e république, parce que la 3 ème république c'était une autre république par rapport à celle d’aujourd’hui. C'était les parlementaires, c'étaient les députés, c'était au cœur, et c’est pour ça que, sans prendre le 6 février 34 au palais Bourbon, c’est perçu comme un coup de force fasciste, ça en était peut-être pas un, mais c' est effectivement perçu comme tel, et c est juste de le percevoir comme cela, parce que c' était une vraie démocratie parlementaire, et bien le parti radical qui a eu peur des grèves, Ouais, moi quand j’ai vu écoute tiens, bascule quoi, voilà !
01:22:49Mathilde Larrère
À la fin du documentaire, j’ai envoyé un message à un copain qui l’avait vu et j’avais dit « Les radicaux traîtres parmi les traîtres ! »
01:22:56Jean Vigreux
Traitres parmi les traîtres, oui, ça participe de cette histoire-là.
01:23:01Serge Wolikow
Alors ce qui est dans ce qu’on pourrait appeler ce moment triste de la dislocation qui est factuellement en quelque sorte devenu le front populaire qui a fini d’exister, c’est novembre 1938. C’est la répression de la grande grève de protestations, d’une CGT qui est elle-même un peu divisée. Divisée par la question de la guerre, notamment des accords de Munich et d’autre part la scène qui se joue à la Chambre des députés avec une partie des forces politiques qui étaient dans l’Alliance de Fronts Populaires, qui en quelque sorte font défection au profit d’une politique incarnée par Daladier, dirigeant de Radical, qui incarne une politique, non pas encore complètement de revanche, mais de prise de distance avec le Front populaire. Ça nous amène à réfléchir au fait que le Front Populaire, c’est une alliance, et une alliance qui comporte à la fois une grande nouveauté et des fragilités. La fragilité, c'était l’ouverture vers le parti radical, et qui était lui-même traversé par des contradictions entre une base plutôt républicaine et ayant la fibre sociale d’une direction qui était nationaliste, colonialiste et prête à toutes les alliances, à beaucoup d’alliances avec la droite. Ce sont les radicaux qui ont empêché le droit de vote des femmes. Mais il y a une deuxième raison de la dislocation, je pense, c’est une certaine timidité à mettre en œuvre tout le programme du Front Populaire. Dans le domaine social, souvent avec les grèves, le mouvement a poussé au-delà même de ce qu'était le programme du Front Populaire, dans le domaine économique, la réaction patronale et financière, la fuite des capitaux en Suisse, les dévaluations successives, la faiblesse des nationalisations, même des usines d’armement, qui est quand même pas rien, si on réfléchit même à aujourd’hui, et d’autre part la difficulté de mettre en œuvre les réformes sociales et notamment la retraite. La retraite, ça a joué un peu dans une sorte de démobilisation. Même si le monde ouvrier continue de se battre, parfois le dos au mur. Au niveau syndical, le mouvement syndical s’est renforcé, mais a de la peine. Au début 38, avec les effets de la situation internationale. Je ne voudrais pas exonérer complètement les communistes de cette question de la dislocation. Parce que le Parti communiste a été vraiment fondamental dans ce qu’on pourrait appeler la promotion du mot d’ordre. L’invention du mot de l’ordre, il vient des communistes. Dans les premières années, les communistes jouent un rôle de mobilisation, ça se voit aux élections. Ils gagnent énormément, c’est les seuls qui gagnent à gauche. Mais ensuite, le fait qu’ils n’aient pas participé au gouvernement, le gouvernement, par rapport au mouvement social, est complètement déporté à droite. Et deuxièmement, l’international communiste qui a accepté, qui a même généralisé le mot d’ordre, ensuite elle reste en permanence réticente devant toutes les formes d’alliances patriotiques nationales dans lesquelles les communistes participent. Je donnerai un seul exemple, en 1938 Maurice Thorez, on le sait par les archives et les télégrammes de l’international, envoie un télégramme pour demander la possibilité de participer à un grand gouvernement avec Léon Blum contre la politique allemande, le nazisme, une politique de réaction patriotique, il dit même des communistes à Paul Reynaud, il va très loin, et arrive la décision internationale, il n’en est pas question. Il n’en est pas question. Donc d’ailleurs, ça a des effets sur la période ultérieure dans la résistance. Dans la résistance, justement, ces contradictions et ces limites vont sauter. Mais en 38, il y a des phénomènes de mobilisation insuffisante aussi du mouvement ouvrier qui est divisé avec un courant social-démocrate, anticommuniste et pas pacifiste intégral qui traverse la CGT et qui aussi affaibli la réaction syndicale.
01:27:46Jean Vigreux
Et Serge a entièrement raison, juste un mot par rapport à ça, c’est-à-dire que ça permet de voir aussi des enjeux contradictoires entre la diplomatie soviétique, les enjeux de la stratégie du Comité interne et la tactique du moment, parce qu’en plus à cette époque, c’est le début des grands procès, le Front populaire, des grands procès staliniens. Et donc on est au cœur de contradictions, et c' est ça le paradoxe des contradictions que même Dimitrov avait soulevé, parce qu’on le prend à deux fois, on le prend dans l’introduction, on le le prend en conclusion, on avait envie de le citer deux fois parce qu' il dit qu’il n’y a pas de réponse universelle. Et ça, je trouve ça très intéressant dans cette vision des choses, c’est-à-dire que c'était chaque pays, ou chaque peuple, ou chaque classe ouvrière, peu importe comment on regarde les choses, qui va s’emparer du front populaire, d’une riposte antifasciste et de démocratie sociale, mais en fonction de comment, dans quel degré de développement j'évoquais les paysans, bah oui, c’est fondamental. On ne peut pas lire le Front Populaire sans les paysans. Sauf que pendant longtemps, on a eu une lecture simplement ouvrière, je dirais pas ouvrière, mais tout simplement parce que le prolétariat rural a disparu. Parce que pareil, il a été invisibilisé. Qui connaît les tâcherons dans la ville, qui connaît la lavandière, qui connaît les moissonneurs, ceux qui ramassaient les betteraves en région parisienne, etc. Et dans le Nord, on n’a plus rien. On a quelques clichés, on a quelques photos, on a quelques éléments, mais voilà, c’est le problème de qui a constitué la mémoire. La CGT, elle a su garder cette mémoire, n’oublions pas qu’en 1956, pour les 20 ans du front populaire, on est en pleine guerre froide, je reviens pas sur les enjeux, etc. Le PCF en appelle à un nouveau front populaire et bien dans la presse régionale, qui est très forte encore du PCR, il a plus de 20 % dans le pays. On a plein de photos des grèves qui ressortent. Celles que souvent on travaille dessus parce que c’est celles qui avaient été reproduites à ce moment-là et qu’on avait perdu les clichés des années 30.
01:29:46Serge Wolikow
Mais c’est pour ça que penser le phénomène « triste », entre guillemets, mais vraiment triste, moi je dirais parfois tragique, de la dislocation, c' est intéressant parce que ça pousse à réfléchir au fait que quand il y a une alliance et qu’il y a des compromis qui sont passés par définition dans cette alliance, il faut que ces compromis, cette alliance soient suffisamment solides pour pouvoir tenir plus que l’espace d’une victoire électorale ou d’un court moment. Et ça, ça peut faire réfléchir au-delà de 1936.
01:30:19Mathilde Larrère
Bon, donc on va pas terminer sur une note tragique parce que je trouve qu’on s’en prend tellement dans la gueule qu’en ce moment Alors, une note positive. Et de fait, je vous assure, moi quand j’ai vu le documentaire, mais j’avais juste envie, alors bon, il m’en faut pas beaucoup, mais juste me battre en me disant, mais il faut redonner ça, il faut tous, émancipation, tout ça, donc je vais juste, rapidement, parce que là vraiment l’heure avance, évoquer la question de la culture, puisque j' ai adoré dans le documentaire dans le bouquin, alors dans le docu, les images des congés payés, ça marche pas. Il y a quand même un truc, une sensation de bonheur pur qui est tellement belle quoi. Les photos des auberges de jeunesse avec les merveilleuses photos donc de Pierre Jamet et j’en profite pour signaler à celles et ceux qui nous écoutent qu’en ce moment aux Amis Rouges, qui est une galerie dans le 5ème, il y a une super exposition qui s’appelle Y a de la joie avec les photos de Jamet, franchement, allez-y, c’est dément, vous l’avez vue ?
01:31:10Jean Vigreux
Je l’ai vue parce qu’elle a été exposée à l’Huma au siège du PC pour le 90ème anniversaire.
01:31:16Mathilde Larrère
Mais là, elle est aux Amis rouges, vraiment ça vaut le coup, donc voilà, et j’ai découvert, je connaissais pas, bon après à nouveau je suis pas spécialiste de la question, mais toute la question des musées, la façon dont les musées ont été revivifiés par le Front Populaire, la naissance d’une politique culturelle, Bon, là je connaissais quand même l’exposition universelle Le 37, tout est exposé Guernica, l’art mural, moi j’adore l’art mural donc d’ailleurs après je vous demanderai s’il y a un bouquin sur l’art mural parce que ça m’intéresse et alors le festival antifasciste de Cannes, on l’oublie souvent mais Cannes c’est pour réagir à Venise et à Mussolini
01:31:50Jean Vigreux
C’est Jean Zay qui porte ça, Olivier Loub, ses travaux on voulait qu’il soit présent dans l’ouvrage ça nous permettait de se dire mais le cinéma qui est quand même l’art qui explose dans ces années 30 et en plus il passe du muet au parlant donc c’est fondamental etc face aux fascistes, face à Venise etc, que faire ? Et bien le Festival de Cannes, bon il ouvre pas on sait bien pourquoi mais…
01:32:13Mathilde Larrère
D’ailleurs c’est la bataille du rail qui emporte la première palme d’or, c'était super beau ! C’est super beau et c’est l’aboutissement !
01:32:20Jean Vigreux
Mais c’est ce que disait Serge tout à l’heure, en fin de compte, il y a des graines qui ont été semées, il y à des choses qui seront faites quelques années après parce que 36-44 c'était rien, 44-47 c’est le moment du retour à la République, une République libérale mais aussi sociale avec le programme du CNR. Tout ce qui ne s’est pas fait en 1936-1938, alors je ne vais pas dire tout, la totalité, mais une bonne partie, se fait à ce moment-là. Et ça a été semé. Alors ça ne veut pas dire que tout vient du Front Populaire. Attention, le propos ne veut pas dire ça. Mais ce qu’il faut bien prendre en considération, c’est un contexte emboîté, des moments emboîtés.
01:32:59Serge Wolikow
La séquence du Front Populaire, c’est une séquence qui s’inscrit dans une bataille sociale, un mouvement qui est presque celui d’une décennie, de 36 à 45 ou à 46, qui est celui justement en France de retrouver la République à condition qu’elle soit sociale. Et alors, la question peut évidemment être prise d’un autre côté, le mouvement ouvrier communiste et socialiste a fait du Front Populaire et des idées du Front populaire, une stratégie durable. Pour une partie du mouvement révolutionnaire, par ailleurs, ou du mouvement communiste stalinien à l'échelle internationale, pour l’URSS, c’est ce que je dis dans le livre, en prenant en quelque sorte quand même pas mal d’indications, le Front Populaire, ça avait été une tactique plus qu’une stratégie. Mais en France l’enracinement de l’expérience du Front Populaire, le partage de cette communauté de vues, d’actions et de souvenirs a fait que le Front Populaire et ça explique aussi pourquoi aujourd’hui ça dit encore quelque chose, ça c’est en quelque sorte inscrit dans une histoire sociale profonde.
01:34:10Jean Vigreux
Dans une mémoire collective profonde. Alors puisque tu as été super sympa à présenter le documentaire, je voulais simplement dire que les deux réalisateurs, Fabien Béziat et Hugues Nancy, qu’on a eu au téléphone, les pauvres se sont pris une douche froide de la part de France Télévision parce qu’il n’y a eu que 1 250 000 téléspectateurs. C’est déjà pas mal non ? C'était énorme ! Mais sauf que pour la chaîne, ils attendaient beaucoup plus, enfin tu vois, etc. Alors si tous, vous pouvez faire un acte militant-camarade, Vous allez sur France Télévision et vous regardez. On fait monter les audiences par la logique puisque c’est sur la plateforme maintenant. On peut le regarder, le faire partager, le montrer à tous.
01:34:47Mathilde Larrère
Moi, j’ai dit à tout le monde que c'était dément ce truc.
01:34:50Jean Vigreux
Parce qu’ils ont fait quand même un truc remarquable et ce qui m'énerve aujourd’hui c’est que dans des logiques qui sont purement comptables et bon voilà, financières pour ne pas dire autre chose, bah oui ils font pas autant que la finale du football, bah oui d’accord, bon voilà.
01:35:06Mathilde Larrère
J’espère
01:35:07Jean Vigreux
On peut regarder les deux, il n’y a pas de souci, il y avait pas de mépris, mais voilà, on peut faire un petit effort et aller, sans oublier bien sûr, d’aller lire les ouvrages.
01:35:20Mathilde Larrère
Et moi je voulais absolument terminer là par la culture.
01:35:25Jean Vigreux
Ouais la culture.
01:35:25Mathilde Larrère
Par la culture, parce que bon je vous apprends pas qu’en ce moment elle est vraiment attaquée et en fait je voulais un peu profiter de l’occasion pour apprendre à celles et ceux qui nous écoutent à vous aussi peut-être qu’il y a en ce moment des municipalités qui annulent purement et simplement les programmations théâtrales de la saison prochaine Cette semaine il y a eu la ville de Saint-Loup qui a annulé, mais la bonne nouvelle du jour, c’est que la mobilisation la pétition, a porté et ce matin, une lettre a été envoyée par le maire et il renonce à cette annulation. Donc la lutte paie des fois. Résultat, il faut se battre pour Vanves, il faut se battre pour Calais, il faut se battre, j’ai des problèmes avec les noms propres, mais c'était très important de défendre le spectacle public vivant. Normalement alors donc j’avais demandé à Euryale si elle pouvait mettre en lien le lien de la pétition pour le, on ne sait pas si on dit Loubou Loubès, Saint-Loubès Mais pas Olivier, non, la ville, Saint-Loup-Besse ou Saint-Loub, mais voilà, le maire a reculé. Alors, est-ce que avant qu’on termine, vous avez l’impression qu’il y a des choses dont vous avez envie de parler, et je ne vous ai pas posées des questions, un truc que vous aimeriez vraiment dire, ou résumé pour que les trucs importants pour vous restent, enfin voilà vous avez une petite frustration ?.
01:36:51Jean Vigreux
Non, on n’a pas de frustration avec toi, parce que c’est très bien, c' est calme, c’est préparé, tu as lu l’ouvrage. Peut-être qu’on pourrait dire, il y a telle ou telle chose, on a pas choisi le focus, on a presque une quarantaine de personnes. Il y a des choses sur le sport qui sont intéressantes, il y a les enjeux sur les internationales, il y a les enjeux. bref, il y a la SDN aussi, le poids des relations internationales dans le cadre de la SDN, Souvent on a une vision théologique, en fin de compte, ça marche pas, il y a des choses qui fonctionnent, il y a les choses qui ont réussi et ce travail qui a été fait par Jean-Michel Gueux est super intéressant et nous permet aussi de comprendre la géopolitique internationale et l’ordre international à l'époque. Voilà, c’est vrai, ça foisonne, il y a beaucoup de choses, l’idée c'était de proposer des lectures croisées, des lectures différenciées et pas simplement en chasser dans le roman national si je peux le dire comme ça.
01:37:51Mathilde Larrère
Oui, puis si on a envie d’aller plus loin sur un chapitre, à la fin, il y a une bibliographie, donc on peut y aller…
01:37:55Serge Wolikow
Moi je suis particulièrement satisfait de la possibilité d'échanger comme on l’a fait aujourd’hui et donc je n’ai rien à ajouter aux propos de Jean avec lequel je suis évidemment très raccord.
01:38:15Mathilde Larrère
Vous êtes choupis ! Bah ouais, moi je vous aime beaucoup ! Et alors, moi je voulais rajouter un truc, que cet été, alors là en fait j’ai besoin de toi, Nayan, sur le jeu, un jeu qui est, alors c’est un jeu fait par une société qui fait des jeux, qui ont déjà fait des jeux que les gens du poste connaîtront peut-être, c'était le jeu On lâche rien, qui était un jeu sur les manifestations, on était à l’intérieur d’une manifestation, voilà. Un deuxième jeu qui n’avait rien à cacher, qui était un jeu sur les lois sécuritaires et un jeu qui s’appelait Cartaventura sur les parcours des exilés. Et là c’est un nouveau jeu qui est appelé Les Conquêtes Sociales dont on va voir la couverture du jeu normalement. C’est dans les photos ouais, il y en a une tu as passée tout à l’heure, c'était les petites cartes, tu vois. Donc, pourquoi j’en parle ? C' est parce que ce jeu est fait avec la Fondation Gabriel Péri, avec Gaxi et David Choran, et on est tous les trois, donc et moi-même, au conseil scientifique. C’est un jeu qui a été fait en collaboration avec la CGT, avec la LDH, et donc le principe, c’est ce qu’on appelle un, je ne suis pas très bonne en jeu moi, un timeline, donc on a des cartes sur lesquelles là vous voyez les dates, mais en fait elles sont plutôt comme il y a écrit le massacre de Fourmies, donc il n’y a pas de date, et les joueurs doivent essayer de les placer. Et ça permet en fait de réviser d’une certaine façon l’histoire des conquêtes sociales. Et l’idée est aussi de montrer qu' en fait ce qu’on appelle parfois les acquis sociaux sont des conquis sociaux et que derrière chaque loi il y a une lutte. Et donc on ne peut poser une carte loi que si on a posé la carte luttes, enfin voilà, je ne veux pas rentrer dans les détails, Mais voilà, ça fait plus d’un an qu’on travaille Louis David, moi et Lucas Adrien de Coco Chéri, donc la société de jeu là-dessus. Et il est prêt, il va sortir normalement en août-septembre, on y jouera. On y jouera pour la fête de l’Huma, j’espère qu’on y jouera ici parce que moi j’espère que je reviendrai ici à la rentrée, sachant que comme je suis prof, moi juillet, août, non mais en fait je vais bosser mais la prochaine émission ça sera en septembre et je voulais, et c’est toujours quand même un tout petit peu lié avec le thème d’aujourd’hui, autre conseil pour les vacances ? Ce merveilleux cahier de congés payés de l’ami et vraiment je vous le conseille il est absolument dément donc c’est 1312 un jeu pour préparer la rentrée sociale et alors je crois que je vais faire pour comme ça voilà Comme ça ? Non, vous ne me voyez pas du tout. Bon, on m’entend quand même, tu penses ? Ouais, donc, vous voyez, il y a plein de jeux super. Donc, voilà, il y a des trucs parmi mes préférés, j’adore les pancartes à trous, parce que vous savez, j’ai un petit problème avec les pancartes. J’ai une passion absolue pour les pancartes. Donc voilà, faut trouver, par exemple, justice pour et faut faire Nahel, Quentin, le facho, Sarkozy, Gérard Larcher. Voilà, évidemment, c’est facile. Enfin, je veux dire, si on est de gauche, on gagne. Donc il y a vraiment plein de trucs, il faut regarder dans le détail. Mais voilà. Amis, camarades, comment passer une bonne soirée à l’apéro avec les copains pendant les vacances ? Voilà, le cahier, dès qu’on est payé. Tiens, tiens BD, bande détournée. Voilà, pour les gauchistes de 16 à 116 ans. Wouah !
01:42:06Serge Wolikow
Édité chez qui, alors ?
01:42:09Mathilde Larrère
Et ben c’est édité, je pense que c’est bande détournée, ça doit être… Ah ouais non mais les pancartes à trous, moi j’aime, mais il y a plein d’autres trucs hein. Il y a par exemple, il y en a un truc, quand je l’avais posté il y avait plein de gens qui avaient trouvé ça super drôle. C’est les essais de La fabrique, les vrais ou les faux. Ah oui. Et ben c’est pas si facile que ça. Voilà, vous vouliez dire un truc en plus ?
01:42:34Jean Vigreux
Bah ce soir, maison des métallos chez Libertalia, c’est la sortie officielle du livre.
01:42:43Mathilde Larrère
Donc voilà, alors est-ce qu’on va le voir ? Oui. Je remets le livre, Les Fronts Populaires, Une Perspective Mondiale, 1934-1938. Cette émission se termine, mais si vous n’en avez pas eu assez, si vous avez des questions à poser, ce soir à la Maison des Métallos, dont il est question d’ailleurs dans le documentaire et qui maintenant, il y avait une librairie d’ailleurs en 1936 et maintenant il y a Libertalia, voilà, il nous reste un peu moins d’un an pour faire en sorte que la même victoire de 36 arrivera en 27.
01:43:25Jean Vigreux
Ça ne se décrète pas mais il faut retrousser les manches.
01:43:27Mathilde Larrère
Bah, de toute façon, c’est ce qu’on fait, non ?
01:43:32Jean Vigreux
Oui merci à toi.
01:43:33Mathilde Larrère
Merci à vous deux, merci Nayan, merci Euryale merci le tchat et surtout n’oubliez pas de vous abonner, de nous aider, de faire des dons, on a besoin de vous et c’est grâce à vous qu’on peut faire ces émissions. Je vous souhaite de merveilleuses vacances et je vous retrouve à la rentrée. Au revoir !

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.