J-4 avant le premier tour : comment s’engager ?
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Absolument. Merci beaucoup à vous. L'équipe est mieux dotée en termes de caméras. Ça nous fait rêver, nous, Au Poste. D’abord, je voudrais présenter nos excuses parce que, depuis quelques jours, nous avions organisé cette soirée. Enfin, vous avez organisé la soirée, et on s'était évidemment dit, d’accord, qu’il fallait absolument que ce soit présenté dans une parité parfaite.
Alors, c’est raté, parce qu’il y a eu une défection. Toutes nos excuses. Mais rassurez-vous, la plupart des intervenants sont des intervenantes, donc au moins, il y aura un rééquilibrage après. Voilà, c'était juste pour vous dire que la maison StreetPress, qui est moderne, a encore quelques petites choses à régler.
Eh bien, parce que, comme tout le monde dans cette salle et comme, sans doute, beaucoup de gens qui nous regardent, on dort peu, on est excités par le manque de sommeil et on donne tout jusqu'à dimanche. Et quand vous m’avez dit qu’il y avait ce plateau d’outillage, pour fourbir des armes intellectuelles à toutes et à tous d’ici dimanche, pour essayer de passer ce cap et de faire en sorte qu’on l’oriente, j’ai bondi sur l’occasion, évidemment, d'être avec vous. Vraiment, c’est un honneur de bosser avec StreetPress.
Donc, nous allons avoir un plateau de choix. Voilà, je déplie la feuille. L’idée, c’est qu’il y ait, à la fin des interventions, un dialogue avec la salle et les différents chats qui sont en train de s’activer, les petits robots Google et YouTube. Non, pas les chatteurs… Enfin, bref, je vous expliquerai les histoires de modération. C’est infernal. Alors, nous commencerons avec Caroline De Haas, de l’agence EGAE. Caroline De Haas, tout le monde la connaît : militante, formatrice, et qui viendra nous expliquer, dans deux minutes, comment parler à ses proches en ces jours terribles. Je voulais juste te dire, par rapport à ce que tu as dit sur la mobilisation de StreetPress, qui est absolument remarquable : effectivement, demain, il y a ce plateau sur la place de la République. Il faudrait qu’on soit au moins 10 000 pour que ça ait du sens. On va l'être. En réalité, je crois que c’est l'épreuve de vérité pour tout le monde, ce qui est en train de se passer. Et il ne faut pas attendre lundi matin pour se dire qu’on aurait dû faire quelque chose. Je le dis à des gens qui ont fait le déplacement, je le dis aux gens qui sont en train de regarder, donc à des gens probablement convaincus. Mais c’est évidemment au moment où les ténèbres approchent qu’il faut voir ceux qui mettent la lumière là où il faut. Et vraiment, bravo à la presse indépendante, dans son ensemble, qui fait un travail, je trouve, absolument remarquable depuis quelques jours, avec peu de moyens et des cœurs gros comme ça.
Ensuite, un dénommé Christophe Cécil Garnier, très défavorablement connu de nos services. Rédacteur en chef adjoint, c’est ça ? C’est un peu l’armée mexicaine, votre affaire.
Ah, le bordel ! Il sera de la maison StreetPress, très bien. Ensuite, Elvire Duvelle-Charles, créatrice du compte Instagram Clit Révolution, activiste et surtout féministe. Tout à fait. Vas-y, rebondis.
Oui, parce que j’en ai marre de représenter celui-là, je le connais trop.
Et alors, la terreur des plateaux et des prétoires. C’est comme ça que je voulais le présenter, mais bon, voilà. Qu’est-ce que je veux dire ? Donc, on va écouter chacun des intervenants. Combien de temps ? Alors, dix minutes, format court, StreetPress, Instagram. Vas-y, je le trouve bien comme ça. Voilà. Donc dix minutes chacun et ensuite, questions du tchat et de la salle à chacun et chacune des intervenants et des intervenantes.
Qui nous rejoint.
Bravo, merci timing parfait, on est plus de 2000 sur les lives.
Alors, j’essaie de prendre l’air pénétré. Je suis dans le métro. Le travail de Latifa est de mettre des coups de pression aux responsables politiques. Récemment… C’est quoi ce verbe que vous avez trouvé, là ? Elle a « pressionné » l’Arcom. « Pressionné », t’entends ? Le gendarme de l’audiovisuel. Ça, c’est bien votre prisme policier ! Bon, bref. Pour faire retirer à Cyril Hanouna son émission sur Europe 1 et pour retirer l’agrément de CNews. Elle n’est pas fan de Bolloré. Bolloré, elle n’est pas fan ! Latifa Oulkhouir est directrice du Mouvement, une organisation qui a pour but de faire du lobbying, ouais, on est crevés, de faire du lobbying pour les citoyens, avec les citoyens !
Bonsoir tout le monde. Merci beaucoup pour cette présentation. Je n’ai jamais fait de one-woman-show théâtral et ça ne va pas être aujourd’hui le premier jour. Donc on va rester dans quelque chose de très traditionnel. Je suis désolée, j’ai mon téléphone parce que j’en ai pris des notes dessus. Et voilà, parce qu’on n’a pas le temps d’apprendre des discours par cœur, etc. Mais, comme l’a dit David, je dirige Le Mouvement. Et donc on est toutes et tous ici pour vous parler de l’engagement. Avant de parler des mauvaises choses, ou en tout cas des choses assez horribles qui sont produites sur les médias Bolloré, je voulais vous parler d’engagement. Et qu’est-ce que ça veut dire, en fait, de s’engager ? C’est faire preuve de solidarité politique. Et peut-être que vous la connaissez, mais je voulais parler de bell hooks rapidement et de sa définition de la solidarité politique : c'était lutter contre les oppressions qu’on ne subit pas soi-même. Mais je crois que c’est une idée qu’on devrait avoir tout le temps, mais c’est d’autant plus le cas aujourd’hui. Évidemment que certains seront touchés plus que d’autres par l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, mais c’est notre honneur et notre humanité à tous et à toutes qui sont en danger et qui seront entachés en cas de victoire du RN. C'était important de le rappeler. Donc maintenant, vous allez me dire : les grands mots, d’accord, mais concrètement, en tant qu’individus, on fait quoi face à un milliardaire qui a beaucoup de médias, qui a beaucoup de relations et qui a surtout, et c’est peut-être le plus grave, un projet politique clair, qui est celui de voir une certaine partie de la droite, si ce n’est toute la droite, et l’extrême droite s’unir et accéder au pouvoir ? En février dernier, on a lancé une campagne parce que cette année, c'était déjà une année importante dans le sens où l’Arcom, qui est une autorité administrative indépendante et qui donne des agréments aux éditeurs audiovisuels, donc qui leur permet de diffuser gratuitement leurs contenus sur différentes chaînes, décide de renouveler les agréments. Ça se passe à peu près tous les quatre ou cinq ans, suivant les conventions. Et cette année, en fait, toutes les chaînes vont y passer, y compris C8 et CNews. Et nous, on se mobilise depuis février, bien que les auditions n’aient lieu que début juillet, pour demander à l’Arcom de ne pas renouveler l’agrément de ces deux chaînes parce qu’on sait toutes et tous quel est l’impact de ces chaînes et de leurs discours sur le vote, sur les pensées, enfin sur les opinions des gens. Je vous conseille d’ailleurs un très bon article de StreetPress, paru aujourd’hui, qui raconte à quel point les proches peuvent être touchés par les discours sur CNews et à quel point ça incite les gens à voter pour le RN. Et donc, c’est pour ça que c’est extrêmement important. On est déjà plus de 75 000 à avoir signé cette pétition. Et évidemment, on va préparer d’autres petites choses parce que j’ai bien noté sur mon agenda que l’audition pour CNews est prévue le 15 juillet à 9 heures. Donc voilà… si on regarde… à bientôt ! Et donc, le truc qu’on ne savait pas en lançant cette campagne en février, c’est que ça deviendrait aussi urgent, là, maintenant, au mois de juin. Et quand on a vu le lancement d’une émission animée par Cyril Hanouna, spécialement dédiée aux législatives, à partir du 17 juin dernier, et où il n’a reçu quasiment, à 95 %, que des invités d’extrême droite… Ce soir, par exemple, c’est Jordan Bardella. Il y a eu Éric Zemmour, il y a eu Marion Maréchal, il y a eu Julien Odoul… Enfin bref, il y a eu vraiment… je n’ai pas envie de dire la fine fleur et je n’ai pas envie d'être insultante, donc je vais juste dire les têtes d’affiche de l’extrême droite. Et donc, du coup, on s’est dit : ce n’est pas possible, en fait. Comment quelqu’un peut autant polluer les esprits, autant polluer les ondes, comme ça ? Et un signe d’espoir, c’est que les gens étaient super actifs quand on leur a proposé un petit formulaire pour envoyer un mail à l’Arcom en disant : en fait, nous, on n’est pas d’accord, il faut suspendre cette émission rapidement parce qu’en fait, ça nuit tout simplement à la sincérité du scrutin. Beaucoup de gens nous parlaient de liberté d’expression à l’extrême droite ou à droite, etc. Là, on est face à des chaînes qui ne respectent pas leurs obligations déontologiques. Ça ne va pas plus loin que ça. Donc ce n’est pas possible que ça se maintienne. Et là, avant de partir, j’ai regardé : il y avait déjà 18 000 personnes qui avaient envoyé un mail à l’Arcom. Et en fait, ce serait bien qu’elle réponde, à un moment donné, ou qu’elle agisse d’une manière ou d’une autre, parce que c’est une autorité administrative indépendante. En fait, on est des citoyens et elle nous doit des comptes, tout simplement, parce qu’elle est là pour faire respecter des lois, des textes qui ont été votés par l’Assemblée, qui a été élue par nous toutes et tous. Donc voilà. En fait, c’est aussi ça, s’engager en tant que citoyen. C’est vrai que quand on est « juste », entre guillemets, citoyen, loin des cercles militants, loin des cercles politiques aussi, mais qu’on est conscient, qu’on est sensible, qu’on a une conscience politique, c’est dur de voir tout ça et de se dire : mais en fait, moi, qu’est-ce que je peux faire, très concrètement, face à ça ? Donc on essaie de proposer des actions concrètes pour les gens, d’interpellation sur les réseaux sociaux grâce à tous les outils qui sont disponibles en ligne. Et c’est important, comme le disait Caroline aussi, d’aller au-delà de ces sujets-là parce qu’on dit souvent de parler aux gens autour de soi, mais le principal, c’est aussi d'écouter les gens et ce qu’ils nous disent.
Vraiment, et je ne dis pas ça parce que j’ai un passif de journaliste, mais en vrai, écoutez. Écoutez, en fait, ce qu’on vous dit. Et quand on parle, même si c’est quelqu’un de sa famille, même si c’est un ami, il me semble qu’on le connaît, mais c’est crucial parce que ça va définir la manière aussi dont on va répondre et dont on peut échanger, évidemment, avec la personne. Et donc, sur ces sujets-là, c’est important. Comme l’a dit Caroline, l’espace médiatique est saturé. Il faut continuer à se bagarrer contre ça, et ça passe par toutes les sphères, en fait : votre cercle privé, votre cercle professionnel, etc. Donc voilà, ce n’est pas, évidemment, Vincent Bolloré qui va faire peur à qui que ce soit ici, je crois. Mais en tout cas, ce n’est pas non plus le combat de David contre Goliath. C’est juste une question de vivre dans une société saine, avec des journalistes qui diffusent des informations vérifiées, réelles. Enfin, c’est le b.a.-ba, en vrai, d’une démocratie qui fonctionne, et on doit toutes et tous refuser que ça continue comme ça. Donc voilà, c’est par une ou plusieurs actions, comme celles qu’a dites Caroline : rejoindre des organisations de mobilisation citoyenne comme Le Mouvement, si le cœur vous en dit, rejoindre des partis politiques, rejoindre des syndicats, si vous vous sentez de le faire. Connaître, en fait, et réussir à se connaître, connaître ses propres limites, savoir jusqu’où on peut aller, connaître aussi son environnement local, son environnement social, son environnement politique, que ce soit le quartier où vous habitez, la ville où vous êtes né, là où vous avez encore des attaches, etc., pour un peu connaître la sociologie des gens et savoir, en fait, comment s’adresser à eux, à quel point ils peuvent être touchés par des idées d’extrême droite ou pas, quelle est leur situation économique, sociale. C’est là aussi où l’information est importante parce que ce sont des journalistes qui nous permettent d’avoir accès à toutes ces informations, plus ou moins facilement. Et vraiment, par une ou plusieurs de ces actions, vous indiquez juste que vous refusez de vous taire, que vous refusez de vous laisser faire et aussi que vous refusez de laisser une élite qui croit pouvoir faire des différences que l’on a les uns et les autres des terrains d’affrontement. Vous indiquez juste qu’ils n’ont aucune prise sur vous, sur votre manière de vous informer et, surtout, surtout, qu’avec l’extrême droite, il n’en est jamais question et que cette dernière n’est jamais une option.
Alors moi, je suis admiratif devant le calme de ce monsieur. La placidité, la bonne humeur, alors que ce monsieur est menacé. Il est menacé de mort, comme Mathieu Molard. Il faut savoir ça. Voilà. C’est grâce à des gens comme ça qu’on peut avoir une véritable information sur le péril. Voilà, tout d’un coup, là, c’est moins drôle. C’est moins drôle. Elvire, c’est vous, hein ? C’est bien ça. Elvire Duvelle-Charles. Vous allez nous expliquer comment on répond aux menaces, comment on répond aux fachos, comment on peut s’engager sur les réseaux sociaux. Vous venez avec dix idées. Je vais les compter. Il y a écrit : « Dix idées pour s’engager sur les réseaux sociaux. » Journaliste, réalisatrice… Venez, venez. Créatrice de contenu et du compte Instagram Clit Révolution, activiste et surtout féministe : Elvire Duvelle-Charles. Ils disent que vous savez tout faire sur les réseaux sociaux, que vous répondez aux commentaires des fachos pour leur retourner le cerveau et que vous avez plein d’idées pour contrer l’extrême droite. Il nous reste quatre jours. Vous avez dix idées. Il en suffit d’une qui soit… Voilà. Merci beaucoup.
Merci ! Je viens faire la pom-pom girl après ce constat un peu triste. Bonjour, moi, c’est Elvire Duvelle-Charles. Je fais en effet plusieurs choses. J’ai fait ma formation de journalisme chez StreetPress. Donc je suis journaliste, j’ai un ciné-club féministe qui s’appelle Tonnerre, un compte Instagram, une série qui s’appelle Clit Révolution, que vous pouvez voir sur YouTube. Et donc, j’ai pas mal navigué sur les réseaux sociaux. Moi aussi, j’ai eu la chance et l’honneur d'être menacée de mort plusieurs fois par l’extrême droite, notamment quand j'étais activiste Femen. Maintenant, ça arrive moins parce que, comme sur Clit Révolution on a beaucoup parlé de sextoys et d’orgasmes, bizarrement, ça n’attire pas trop les fachos. Et du coup, je vais peut-être vous dire une chose qui semble contre-intuitive, mais je vais vous dire qu’il faut être mignon et mignonne avec les fachos. Je le crois fondamentalement. Ce n’est pas juste moi qui le dis, c’est scientifiquement prouvé.
Le projet s’appelle Stop Hate Speech. Il a travaillé avec l’Université de Genève et a fait des tests. Ils ont commencé d’abord sur les sections commentaires de médias, puis ensuite sur Twitter. L’idée, c'était de comprendre quels sont les contre-discours qu’on peut apporter et qui vont réduire le nombre de tweets de haine. Je n’ai plus les chiffres exacts, mais, en gros, il y a à peu près 10 % des personnes qui sont responsables de 90 % de la haine en ligne. C’est-à-dire que ce sont toujours les mêmes, en fait, qui tournent en boucle. On a pu le voir, par exemple, pendant le confinement. Il y a eu une vague de comptes qui s’appelaient « Stop Fisha », destinés à afficher des jeunes filles qui envoyaient des nudes privés, puis qui devenaient publics. Tout ça pour dire que ce qui est prouvé, c’est que le contre-discours qui fonctionne le mieux sur la personne qui agresse et qui tient des propos racistes, sexistes ou homophobes, c’est un propos qui vient d’une personne tierce et qui fait preuve d’empathie avec la victime. C’est-à-dire qu’en fait, si moi je réponds toute seule à un commentaire, je ne vais pas donner d’exemple, mais à un commentaire raciste ou sexiste à mon égard, et que l’un d’entre vous, ou plusieurs d’entre vous, font preuve d’empathie envers moi en répondant avec bienveillance aux commentaires haineux, les chances que cette personne retire son tweet et, surtout, qu’elle ne republie plus de commentaires haineux pendant les quatre prochaines semaines sont incroyablement plus élevées. Et donc là, comme vous l’avez vu, on est tous fatigués. Enfin, toutes les personnes qui ont pris le micro sont fatiguées. Ça fait plusieurs semaines qu’on fait campagne. Et c’est là que vous intervenez, les personnes derrière vos écrans, parce que peut-être que vous, vous n’avez pas tracté pendant deux semaines, fait plein d’enquêtes ou essayé d’organiser un meeting politique en trois jours. Et du coup, c’est là que vous pouvez, à votre échelle, agir. C’est-à-dire qu’en fait, vous pouvez faire ce travail-là : d’une part, aller soutenir les personnes qui sont victimes de commentaires haineux et faire preuve d’empathie. Parce qu’en fait, insulter quelqu’un qui insulte quelqu’un d’autre, ça ne sert à rien. C’est scientifiquement prouvé : il va juste y avoir une escalade de la violence. Et l’autre chose qu’on peut faire aussi, c’est apporter de la force aux personnes qui sont insultées. Ça peut être dans les DM. Ça peut être aussi envers des personnes qui font un travail important, par exemple les journalistes de StreetPress, qui peuvent apprécier un petit DM les remerciant pour leur travail. Il y a aussi quelque chose qui, moi, me paraît important. Je ne sais pas comment le dire de manière élaborée parce que je suis fatiguée, mais c’est de ne pas prendre les électeurs RN pour des cons. C’est-à-dire faire preuve, vraiment, de bienveillance, de la même manière que c’est le travail qu’on a fait en tant que féministes : à chaque fois regarder des mecs qui posent toujours les mêmes questions et prendre le temps d’essayer d’expliquer des choses qui, pour nous, sont évidentes mais qui ne le sont pas forcément pour tout le monde. Donc prendre le temps de répondre avec pédagogie aux commentaires. Et ça, c’est un truc qui prend beaucoup d'énergie. C’est généralement toujours les mêmes personnes qui le font. Pourtant, maintenant, vous avez tous les arguments à votre disposition. Il y a 15 000 articles, des groupes WhatsApp, des groupes Facebook, des Google Drive que vous pouvez retrouver avec des argumentaires sur chaque sujet, avec des faits sourcés. Et ça, prendre le temps, à chaque fois, d’avoir une vraie conversation avec ces personnes-là, quitte à passer en messages privés. Je ne parle pas, évidemment, des personnes qui insultent. Je parle des personnes qui disent : « Non mais on ne peut pas nier qu’il y a un problème d’immigration. » Eh bien non, en fait, il faut répondre : « Il y a ce rapport de l’OCDE qui montre qu’il y a un impact positif sur l'économie du pays, en France. En fait, nous faisons partie des pays qui ont le moins d’immigration en Europe. » Ce sont des choses qu’il faut prendre le temps de déconstruire plutôt que de simplement décrédibiliser, puisque personne ne sera jamais convaincu par quelqu’un qui le méprise. Et donc, je pense qu’il faut avoir le courage d’apporter de la douceur, aussi bien aux personnes qui ont fait le travail d’aller débunker les choses qu’aux personnes qui sont peut-être un peu perdues. Je ne sais pas si vous avez vu le documentaire sur Arte, La jeunesse n’emmerde plus le RN. Bon, il y en a quand même beaucoup qui votent pour Bardella parce qu’il est beau. Enfin, moi, je ne juge pas les corps et chacun ses goûts. Et donc il y a des personnes, en tout cas des filles, qui le trouvent jeune, qui le trouvent attrayant, qui le trouvent séduisant. Ce qui m’amène à mon prochain conseil : tout peut devenir un sujet de campagne et, parfois, le biais le plus direct n’est pas forcément le plus efficace. Dans le sens où, comme on est aussi saturés d’informations politiques, les personnes essayent parfois de se détourner des contenus politiques sur les réseaux sociaux. Par exemple, moi, j’aime beaucoup MC Danse pour le climat, qui fait des outfits of the day où elle propose plusieurs tenues pour aller voter. Ça, c’est une manière aussi de rappeler qu’il faut voter. Moi, j’ai été interviewée à la Fashion Week. J’avais vu un très beau défilé de Jeanne Friot et, quand on m’a demandé ce que j’en pensais, j’ai dit que je trouvais ça super et qu’il fallait voter pour le Nouveau Front populaire. Bon, du coup, ça se retrouve aussi sur les pages mode. Donc il y a aussi plein de manières de troller. Les DJ, je ne sais pas si vous avez vu, qui montrent leur téléphone comme ça avec « Votez Front populaire ». En fait, on peut aussi trouver de la joie et des manières créatives de le rappeler. Puisque c’est bon, en fait, on a fait le travail d’argumenter. On a fait les podcasts, on a écrit les livres, on a écrit les articles, des enquêtes.
Et donc maintenant, le travail, ça va être de les diffuser, de rappeler, de marteler l’importance de le faire. La conclusion de tout ça, c’est donc qu’il faut apporter du love et il faut aussi apporter de la force aux médias indépendants. Et donc, ce que vous pouvez faire depuis votre ordinateur, c’est aussi donner un euro, deux euros, trois euros à StreetPress ou à un autre média indépendant parce que, en fait, ce sont eux qui font le travail. On ne se rend pas compte à quel point, si on ne les a plus, tout va s'écrouler. Je voulais faire un truc de cheerleader, mais c'était juste pour dire : voilà, il faut donner aux médias indépendants. Dormez, buvez de l’eau, réveillez-vous demain matin, allez chercher des voix et tractez. N’oubliez pas de prendre des tracts en sortant.
Alors déjà, merci d’avoir réglé le micro parce qu’effectivement, il y avait un petit souci de taille. Je suis désolée, moi aussi j’ai mon téléphone et j’ai pris le temps d'écrire quelque chose, mais je n’ai pas pris le temps de l’apprendre parce que le temps est compté en ce moment. Mais effectivement, je suis là pour vous parler de la mobilisation des jeunes, notamment dans les quartiers populaires. Et comment mobiliser ces jeunes dans ces quartiers ? Comment est-ce que nous, on le fait au Bondy Blog, particulièrement depuis trois semaines ? Ça passe par différentes actions, finalement. Mais avant toute chose, je dirais : déjà, il faut bien parler, il faut les écouter. Et surtout, il faut considérer leur parole. Je dis ça parce qu’on entend encore trop souvent parler des quartiers populaires sur un ton qui est moralisateur. Alors, pas partout, pas par tous les médias. Mais c’est aussi pour ça que le Bondy Blog existe encore dix-huit ans après sa création. Nous, on n'était pas prévus pour exister aussi longtemps, mais c’est parce que ça ne va toujours pas. Donc, comme on est les porte-parole d’une jeunesse concernée par ces inégalités dès le plus jeune âge… Juste quelques chiffres rapidement, et je ne vais assommer personne avec les chiffres, promis. Quand on vient d’un quartier populaire, on perd l'équivalent d’une année scolaire d’enseignement parce que ses professeurs ne sont pas remplacés. On est vingt fois plus contrôlé quand on est un jeune homme noir ou arabe. Et, au-delà de ces chiffres qui poussent à se politiser, on a tendance à se politiser quand on subit ces violences-là. Il y a Get Up, récemment, une association qui travaille sur les questions de justice sociale et d’engagement des jeunes, qui a publié avec Ipsos une enquête, le 14 juin dernier, sur l’engagement des jeunes. Et sachez qu’un jeune sur deux vivant dans un quartier populaire se considère comme une personne engagée, et 73 % d’entre eux pensent qu’ils doivent s’engager politiquement. Donc voilà, ça, c'était pour l’aspect positif, parce que j’aime être optimiste et positive. Maintenant, effectivement, on est aussi réalistes. C’est-à-dire qu’en Seine-Saint-Denis, il y a eu 56 % d’abstention aux européennes. Donc on est conscients des réalités. Et donc, pour convaincre autour de vous des jeunes qui pourraient être un peu dubitatifs à l’idée d’aller voter dimanche, il faut peut-être, sans tomber dans le moralisateur, leur expliquer finalement ce qu’est le RN. Que le RN a fait un petit rebranding ces dernières années, mais que le RN, c'était le FN. Qu’il faut lire StreetPress sur les questions d’extrême droite. Qu’il s’agit d’un parti raciste, qui veut abroger le droit du sol, mettre en place la priorité nationale, interdire aux binationaux d’occuper certains emplois… Enfin bref, tout ce qu’on sait déjà sur le RN, tout ce que vous savez, il ne faut pas hésiter à en parler. Mais je pense qu’il faut aussi savoir valoriser l’engagement qui existe déjà. Parce que, finalement, on parle beaucoup du désengagement politique des jeunes dans les quartiers populaires, mais en réalité, l'étude de Get Up dont je parlais montre qu’il y a un engagement. Mais cet engagement, il est dans l’associatif, par exemple. Il est dans le fait de s’engager auprès de son club de foot, finalement. Tous les week-ends, c’est politique. Adhérer à une association d’aide aux devoirs, c’est politique. Faire des maraudes le dimanche, c’est politique, etc. C’est peut-être en valorisant déjà ce qui est fait et en disant que, peut-être, aller voter, c’est aller au bout de cet engagement-là, qu’il sera plus simple d’amener les choses que sur un ton, encore une fois, moralisateur.
Je ne sais pas pourquoi j’ai le syndrome du CPE. Je suis désolée s’il y a des CPE dans la salle, mais vous nous avez un peu traumatisés. Sinon, dimanche dernier, toujours sur cette question de l’engagement et de la valorisation de cet engagement-là, avec Get Up et avec d’autres associations du 93, on a organisé un temps d'échange qui s’appelait « Il faut qu’on se parle ». C'était à Bobigny. Et, comme tout le monde depuis trois semaines, de toute façon, on organise tout en 48 heures. On va monter des agences événementielles après ces élections. Mais du coup, on a organisé ce temps d'échange et on a eu plusieurs dizaines de jeunes qui sont venus à Bobigny pour nous donner leur avis sur ce contexte politique, nous donner leur point de vue. On a Zakaria, par exemple, qui nous a parlé d’illégitimité. Il nous disait : « Nous, en tant qu’habitants des quartiers populaires, parfois on se sent illégitimes de parler de politique, de s’engager politiquement parce qu’on ne se sent pas représentés. » Et donc ça, c’est un sujet. Alors il y a tout le sujet du « on s’engueulera plus tard, on réfléchira plus tard », etc. Mais effectivement, c'était un sujet. Et Zakaria disait : « Les électeurs d’extrême droite, finalement, ils ne sont pas plus politisés que nous, au fond. » Il disait même très précisément, j’ai noté sa phrase : « La culture politique des électeurs RN, c’est BFMTV. Donc vraiment, on n’est pas en dessous d’eux. » Donc ça, c’est important de le rappeler aussi. Ensuite, un autre argument qu’on peut avancer, c’est le fait que, vu que l’engagement associatif est important dans les quartiers populaires, il faut leur expliquer que voter contre l’extrême droite, c’est aussi préserver nos associations. Parce que, sans surprise, si le RN passe, le Bondy Blog est une association, c’est terminé. Plein d’associations de quartier seront fermées aussi. Et donc ça, pour le coup, c’est assez parlant. Je crois que ça fait déjà cinq minutes, et on m’avait dit cinq minutes, donc je vais essayer de conclure. Malheureusement, je n’ai pas de chute très positive, je suis désolée. Demain, ça fera tout pile un an que Nahel Merzouk a été tué par un policier à Nanterre. Et donc, il y a un an tout pile, la jeunesse des quartiers populaires s’est manifestée dans la rue, s’est révoltée. Il n’y a pas eu de réponse politique. La réponse a été très relative : on a parlé essentiellement de la responsabilité des parents. Aujourd’hui, on demande aux jeunes de ces mêmes quartiers de se mobiliser politiquement. Et on espère qu’ils le feront parce que l’heure est grave. Mais ce serait bien qu’en espérant que la fin soit heureuse le 8 juillet, le 9 juillet, ou même plus tard, il y ait aussi une réponse apportée à cette même jeunesse.
Merci, Sarah. À propos de Nahel, demain, je crois que Le Média sort une enquête vidéo qui retrace les circonstances exactes de son meurtre. Voilà, et ça sort demain. Alors je voulais dire aux aupostiennes et aux aupostiens qu’il faudrait poser des questions. Là, je vous sens estomaqués par les moyens techniques que nous n’avons pas l’habitude, nous, de déployer. Mais ne soyez pas timides, les aupostiennes et les aupostiens, posez des questions dans le tchat. Tout à l’heure… Il y en a un, là-bas, parce qu’en fait, Arié Alimi… Bon, on ne sait pas où il est, sur quel plateau il est et sur quelle chaîne. Bon, bref. Donc, on va improviser une intervention de Mathieu Molard et, juste après, il y aura la séance des questions-réponses avec vous, la salle, le tchat et les intervenantes et les intervenants.
Par un côté manager toxique : « Regardez ce que les gens disent. Regardez combien on est ! » Non, ce n’est pas moi. Je déconne, je déconne. C’est un côté team building. Ah ouais, c’est fort. Tu vois, par exemple, on n’en a pas besoin. Non, non, c’est bien.
Bonsoir. Donc moi, je suis le collaborateur bouche-trou, donc je n’ai pas de notes puisque je n’ai rien préparé. Il y a encore cinq minutes, je ne devais pas intervenir. On me dit : « T’adores ça. » En plus, je suis sympa et, en plus, on se fout de ma gueule. C’est vraiment tout un plaisir. Vous n’aurez que StreetPress, c’est vraiment une bonne ambiance. Moi, je travaille sur l’extrême droite.
Ça, c’est beaucoup ce que j’ai fait.
OK, c’est bon. C’est parti. Moi, je travaille sur l’extrême droite depuis une dizaine d’années. Il y a dans la salle Robin D’Angelo, qui était le rédacteur en chef quand j’ai commencé et qui est quelqu’un qui m’a appris beaucoup de choses sur la façon de travailler sur l’extrême droite, qui aujourd’hui est journaliste pour un média très sérieux, plus que StreetPress puisqu’il travaille au Monde, le grand quotidien du soir. À StreetPress, notre travail sur l’extrême droite a ceci de compliqué qu’on essaye de concilier à la fois la rigueur journalistique, c’est-à-dire qu’on fait du journalisme. On enquête, on vérifie les informations, on fait quelque chose de très important : le contradictoire. C’est-à-dire que, quand on met quelqu’un en accusation, on lui donne l’opportunité de nous expliquer et de se défendre. Et parfois, ça nous pousse même à ne pas publier un article. C’est-à-dire qu’on a une somme d'éléments qui vont dans un sens et puis la personne est capable de nous apporter une réponse qui dit : « Vous avez mal interprété. Effectivement, vous avez des documents, mais il vous manque tel élément. » Et donc on ne publie pas certains articles. Et, en même temps, on assume d’avoir un point de vue, un regard sur le monde, parce qu’il n’y a pas de neutralité sur l’extrême droite. On ne peut pas mettre dos à dos les gens qui sont racistes et les gens qui sont victimes de racisme en disant : « On va organiser une petite discussion et puis chacun se fera son avis. » En fait, il n’y a pas de « chacun se fait son avis » sur le racisme, l’antisémitisme. C’est violent et c’est concret pour des gens. Moi, ce n’est pas concret. J’ai le droit à d’autres critiques, mais je ne suis pas victime de racisme. Mais il y a des gens qui vivent ça au quotidien. Et donc on ne peut pas traiter ça sur un pied d'égalité. Du point de vue du journaliste, c’est compliqué parce que, quand on arrive et qu’on couvre l’extrême droite, on est perçu immédiatement comme des adversaires. Et, d’une certaine manière, soyons honnêtes, on l’est. Moi, j’assume. Si je fais du journalisme sur l’extrême droite, c’est pour combattre l’extrême droite. Ce n’est pas pour être un grand témoin de l’Histoire afin que, dans 2 000 ans, on aille exhumer un quelconque article de StreetPress et qu’on puisse se dire que je faisais beaucoup de fautes d’orthographe. C’est pour avoir un impact sur l’extrême droite. Le problème, c’est : comment on fait pour trouver des sources ? Ça le fait marrer. Quand on a commencé à travailler, notamment, on a écrit ensemble un livre sur Alain Soral. Donc on est allés à la Main d’Or, le théâtre de Dieudonné. On est allés rencontrer un certain nombre d’antisémites notoires, de militants du Front national à l'époque. On a interviewé plein de monde. Il fallait créer ce relationnel, déjà la possibilité de se retrouver en face d’eux, d’aller à une manifestation et de pouvoir être face à quelqu’un. Ça pouvait créer un petit point de contact parce que, finalement, il n’y a pas tant de gens qui insultent un journaliste en face-à-face. Et heureusement, c’est plus facile de créer un lien. À l'époque, on a pu se constituer un carnet d’adresses, des réseaux. Puis après, on a joué sur les inimitiés parce que, comme partout, ils se détestent. Et quand ils ont envie de couler un concurrent, il vaut mieux appeler StreetPress que Valeurs actuelles, parce que Valeurs actuelles, ils essayent de ménager la chèvre et le facho, alors qu’ils savent qu’ils peuvent compter sur StreetPress pour y aller franco. Et donc, on a plein de gens qui viennent nous voir. Par exemple, depuis qu’on a écrit ce livre sur Alain Soral, à chaque fois qu’il y en a un qui s’embrouille avec Alain Soral, il nous passe un coup de fil pour nous filer les comptes en banque d'Égalité & Réconciliation, d’autres éléments, des audios. Voilà. C’est comme ça qu’on travaille. Sauf que, depuis quelques années, il y a eu une bascule. Je me sens vieux en disant ça. Quand j’ai commencé, je n’avais pas le sentiment d'être en danger quand j’allais à une manifestation de l’extrême droite. Je suis allé à des 1er-Mai où il y avait l’Action française, des groupuscules néofascistes. J’ai fait… Vous savez, on a beaucoup parlé ces dernières années du C9M, le grand défilé des néonazis au mois de mai, où ils sont habillés tout en noir, ils marchent au pas cadencé et où on retrouve à la tête de ce mouvement le GUD, le Groupe Union Défense, qui est un groupuscule violent implanté à Paris. Il y a une dizaine d’années, je suis allé au C9M. L’ambiance n'était pas hyper smooth. Je ne vous dis pas que c'était cool. J’ai eu droit à quelques quolibets, à quelques… Mais je pouvais être là. Aujourd’hui, je ne me sentirais pas capable d’aller à un certain nombre de rassemblements parce qu’il y a quand même un risque d'être agressé. Parce qu’aujourd’hui, et peut-être que c’est parce que StreetPress est plus visible, et tant mieux si c’est ça, quand on publie une enquête, les réactions peuvent parfois être très, très, très violentes. Pendant la dernière campagne présidentielle, on avait récupéré une série de vidéos où on voyait des militants de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour, s’entraîner au tir dans une forêt sur des caricatures racistes : un dessin représentant un Noir, un dessin représentant un Juif et un dessin représentant un musulman, qu’ils avaient cloués à un arbre. Ils tiraient au pistolet là-dessus. On a publié cette enquête et ces vidéos. Et on a été invités, je me suis retrouvé sur des plateaux télé pour expliquer ce travail, le présenter et essayer de le médiatiser au plus grand nombre. Là, c'était sur BFM. En face de moi, il y avait un militant de Reconquête. Sur le plateau, l'échange était un peu musclé, mais ça allait. Quand je suis sorti de ce plateau, j’ai reçu une déferlante. Et quand je dis une déferlante, ce n’est pas 10, 20, 50 ou 100 messages. C’est des milliers et des milliers de messages en quelques heures. Des insultes, des menaces de mort, certaines drôles, soyons honnêtes, ça m’a fait rire. Ils ont trouvé un anagramme de Mathieu Molard, mon nom, qui est l’anagramme parfait de « Mamadou Hitler ».Non mais on peut en rire et, en plus, c’est vrai, je vous jure, j’ai vérifié. Donc vous allez sur Twitter/X, vous tapez le hashtag #MamadouHitler, il y a des centaines et des centaines de tweets en référence à moi. C’est délirant. Elvire a déjà connu ce genre de campagne, mais quand c’est des centaines de messages en quelques minutes, c’est dingue. Après, ce qui est moins drôle, c’est qu’ils ont trouvé nos réseaux sociaux. Et comme ils sont des milliers à se mobiliser, parce que derrière il y a des groupes Telegram qui ne sont pas ouverts au public, mais depuis lesquels ils s’organisent, où ils postent nos comptes, ils ont une capacité, en étant si nombreux, à scanner l’intégralité de ce qu’il y a sur Internet. Et même si je faisais attention, j’ai pendant des années évité de mettre mon nom sur ma boîte aux lettres, il n’y a jamais eu mon adresse en ligne, il restait une ou deux traces parce que j’avais fait du sport plus jeune et qu’il y avait un journal local qui mentionnait ça, etc. Ils ont pu identifier des membres de ma famille. Il y a des membres de ma famille qui ont reçu des menaces de mort. Et puis derrière, ça veut dire qu’il faut expliquer à ses parents, à sa grand-mère : « Tu sais, mamie, demain, France Inter va expliquer que je suis menacé de mort, mais ce n’est pas si grave. Ça va aller. » Et puis, à StreetPress, on a installé une porte blindée dans nos anciens locaux. Aujourd’hui, on est à la Gaîté Lyrique, donc il y a une sécurité à l’entrée et ça nous rassure. Mais voilà, il y a tout ça. Donc cette réalité a changé le travail des journalistes depuis quelques années. On est obligés de travailler autrement. On continue, et c’est important pour nous, à StreetPress, d’essayer d’avoir des sources et des contacts au sein de l’extrême droite. Moi, je parle avec des militants d’extrême droite, sans cacher qui je suis, sans cacher ce que je pense. Pour différentes raisons : des fois parce qu’ils veulent emmerder la concurrence, d’autres fois aussi parce qu’ils considèrent que StreetPress… « OK, vous êtes des gauchistes, mais déjà vous êtes francs du collier et puis, en plus, vous ne mélangez pas les courants. Au moins, un fasciste, c’est un fasciste. Un identitaire, ce n’est pas un fasciste. » Et c’est important pour ces gens-là de ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Chacun est pointilleux. Bref, on continue d’avoir ces sources-là, mais c’est de plus en plus compliqué. Et d’autres journalistes, et certains de mes collègues — Daphné, qui est dans la salle un peu plus haut, est plus forte que moi pour faire ça — travaillent aussi en source ouverte. C’est-à-dire : les réseaux sociaux, les chaînes Telegram, les comptes Twitter. Donc scanner tout pour identifier ce qui se passe et être capables de créer des liens, de tirer des fils. C’est comme ça qu’on bosse. Mais la dernière chose, c’est qu’on bosse grâce à vous. Grâce à vous tous. Et c’est pour ça qu’en novembre-décembre dernier, on a publié une plateforme d’enquête participative sur l’extrême droite. L’idée, c’est de dire : vous tous, vous avez peut-être un petit bout d’information qui, tout seul, n’est pas utile mais qui, mis avec d’autres, peut faire sens. Ça peut être des gens qui savent que, dans telle ville, il y a tel groupuscule qui se retrouve et qui ont été témoins d’une scène. D’autres qui pourraient travailler dans une banque et qui ont vu passer des mouvements financiers, des informations de comptes. D’autres qui disent : « Moi, j’ai remarqué que ce sticker d’extrême droite, je ne l’avais jamais vu avant et je suis assez attentif. C’est quoi ce nouveau groupe qui se crée ? » Et puis d’autres gens qui fréquentent certains milieux. Ça peut être des supporters de foot qui disent : « Moi, je sais, j’ai vu des choses. Je sais que dans tel virage, il se passe ça et il y a telles personnes qui sont présentes. Si vous les interrogez, ils diront qu’il n’y a aucun lien, mais on voit bien qu’ils sont tolérés. » Ça peut être aussi des militants d’associations qui, sur le terrain, sont confrontés à l’extrême droite parce que ce sont les premiers… Il y a les personnes qui sont attaquées pour ce qu’elles sont, parce qu’elles sont racisées, pour leur orientation sexuelle, leur identité de genre. Et puis il y a tous ceux qui sont attaqués pour ce qu’ils font. Ça va être des plannings familiaux, des associations d’accueil d’exilés qui font leur boulot pour aider les autres, même pas frontalement pour se battre contre l’extrême droite, et qui se retrouvent attaqués. Ça va être un Planning familial à Bordeaux, par exemple. J’avais rencontré les gens qui m’ont dit : « Nous, on s’est retrouvés avec notre vitrine cassée parce qu’il y avait un drapeau LGBT en vitrine et des stickers collés à côté. » Ça peut être des choses plus petites. Ça peut être juste un autocollant d’un groupuscule violent collé sur sa sonnette. Ça veut juste dire : « On sait où tu habites. » Et ça, c’est très dur. Parce qu'à Paris, c’est difficile de trouver où on habite, mais dans les petites villes, on croise les gens. Il y a un journaliste qui habite Angers, qui enquête depuis des années sur un groupuscule violent, interdit depuis, présent sur place. Il me dit : « Un jour, je les croise. Je suis en train d’emmener mes enfants à l'école et ils me prennent en photo devant l'école avec mes enfants. » C’est aussi ça, cette réalité-là. Je m'éloigne, je tourne en rond. Je reviens. On a besoin de vos informations. Et ne pensez pas qu’une information est inutile. Il y a la plateforme d’enquête participative de StreetPress sur laquelle vous pouvez déposer des informations. Et puis après, on est présents sur les réseaux sociaux. Vous avez été victimes de quelque chose ? Vous avez entendu quelque chose ? Vous avez une information ? Contactez-nous. On n’est pas une rédaction fermée. Et puis contactez les confrères. On s’en fout de la concurrence. Mediapart fait du super boulot, on se parle. Le Bondy Blog fait du super boulot, on se parle en ce moment, on se croise trois fois par semaine. Libération. Le Monde. Dans ces moments-là, il ne faut surtout pas que chacun joue dans son couloir. Travaillons tous ensemble. Et vous, travaillez avec nous, aidez-nous. Et je vois qu' Arié Alimi est arrivé, donc je peux arrêter de faire le bouche-trou.
Un, deux, un, deux. Magnifique ! Mathieu Molard ! Ah ouais ! T’es grand, toi ! Bien. Alors, maître Arié Alimi, la terreur des prétoires, le bourreau des plateaux, est arrivé. Il ne connaissait pas le thème de son intervention, donc je lui ai donné. Je vais vous le donner également. Vous allez voir ce que c’est qu’un avocat qui improvise. « Chamaillons-nous plus tard, on a trop à perdre si l’extrême droite prend le pouvoir. » Ce n’est pas la peine de me regarder comme ça, maître Alimi. Il a multiplié les passages télé, les interviews, les tribunes, pour essayer notamment, dans Le Monde — décidément, ce soir, c’est la fête au Monde d’expliquer que l’antisémitisme à gauche connaît une résurgence incontestable et qu’il est instrumentalisé pour décrédibiliser le Nouveau Front populaire. Il tente de rappeler l’antisémitisme fondateur, historique et ontologique du Rassemblement national. Dans une salle où on n’a pas le droit d’applaudir une salle d’audience, je veux dire mais là, vous pouvez.
Bon, bonjour à toutes et à tous. Merci pour l’introduction. C’est un peu compliqué, évidemment, de commencer par l’antisémitisme, et notamment à gauche, à un moment où on doit tous et toutes être rassemblés, tout le Nouveau Front populaire. Mais pourquoi est-ce qu’on en a parlé ? Pour évacuer les questions qui fâchent et revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à nos valeurs communes. On en a parlé d’abord parce que, moi, je fais partie de la Ligue des droits de l’homme, et que c’est une très, très vieille maison, la Ligue des droits de l’homme, qui a commencé en 1898, au moment de l’affaire Dreyfus. À un moment où la France connaissait évidemment une montée de l’extrême droite et de l’antisémitisme, et où la France était divisée en deux entre les dreyfusards et les antidreyfusards. C’est à ce moment-là qu’est née la Ligue des droits de l’homme. Puis elle a connu l’extrême droite par la suite, pendant la Seconde Guerre mondiale, puisque la plupart de ses dirigeants ont été tués par la Milice. Je pense à Victor Basch. La Ligue des droits de l’homme a été dissoute. Pourquoi ? Parce que la Ligue des droits de l’homme a été créée justement pour lutter contre l’extrême droite et contre la réaction. L’idée de la Ligue des droits de l’homme, mais l’idée des antiracistes, à mon avis, c’est évidemment que les luttes contre les racismes, contre l’antisémitisme, contre toutes les discriminations, doivent rester indivisibles. Et à partir du moment où ces luttes sont divisées, eh bien, on prête le flanc à nos adversaires premiers. Et nous ne nous l’aurons pas. Il y a un risque extrêmement important que, dans quelques jours, nous ayons le premier gouvernement d’extrême droite en France depuis 1940, c’est-à-dire depuis Vichy. Oui, il faut le dire, il faut le penser, parce qu’il faut s’y préparer. Peut-être qu’on ne s’est pas assez préparés. Peut-être qu’il y aura une autre possibilité. Peut-être que le Nouveau Front populaire va l’emporter, je l’espère du plus profond de mon cœur. Peut-être qu’il y aura une majorité relative qui ne permettra pas forcément à un gouvernement d’extrême droite de s’exprimer. Mais, à un moment ou à un autre, peut-être que ça viendra, et il faut savoir comment on s’y prépare. La question de l’antisémitisme, pourquoi est-ce qu’on en parle à un moment où on doit être unis, alors que c’est une question qui fâche ? Certains disent : « Il n’y en a pas à gauche. » Il y a un déni total. Il y a d’ailleurs une tribune signée par David Dufresne récemment, ou en tout cas portée par Au Poste, qui dit : « Il y en a, mais ce n’est pas un problème majeur, et puis surtout il vaut mieux ne pas en parler. » Le problème, c’est que les autres en parlent.
Je suis avocat, mais en tout cas, je pense que ce n’est pas un problème structurel. Le problème, c’est que les autres en parlent et qu’effectivement, il y a eu des discours qui ont franchi des lignes rouges, qui sont liés à un ensemble de choses à gauche et qui ont été dénoncés. Mais surtout, parce qu’il y a eu ces franchissements de lignes rouges, nos adversaires s’en servent tous les jours, de manière massive. Et c’est la raison pour laquelle, même dans ces moments les plus compliqués où on doit être unis, eh bien, on doit parler des choses qui fâchent. De la même manière qu’on doit parler du sexisme ou de tous les racismes, puisque tous ces racismes, toutes ces luttes antiracistes, contre les discriminations et contre le sexisme, doivent rester indivisibles. Sinon, on est éparpillés façon puzzle. C’est la raison pour laquelle on doit en parler et mettre le point sur les choses. Dire : ce n’est pas un problème structurel à gauche, mais ça existe. Et à partir du moment où on a parlé des choses, à partir du moment où on les a purgées, y compris dans une campagne présidentielle ou législative où on risque l’extrême droite, à partir du moment où le problème est purgé, à partir du moment où il est reconnu, eh bien, on peut évacuer la question et on ne prête plus le flanc à ses adversaires. Voilà ce qui est dit. Parce que ces adversaires, c’est qui ? Ce sont ceux qui portent le véritable antisémitisme, fondamental, depuis toujours. Et je crois profondément que l’antisémitisme est une matrice de tous les racismes. Notamment, l’islamophobie est fondée sur pratiquement le même préjugé que l’antisémitisme, à savoir qu’il y aurait un complot des Juifs visant à diriger le monde. Pareil pour les musulmans : les musulmans seraient en France pour établir le « grand remplacement » et changer la culture française. C’est toujours une idée complotiste qui est à la base de tous ces racismes. Donc on doit les étudier et lutter contre. Voilà pourquoi évidemment ça a été décrié, ça a été combattu, c’est compliqué de parler de ces choses-là, mais il fallait en parler. Pourquoi ? Parce que maintenant, si on se retrouve avec un gouvernement d’extrême droite, il n’y a qu’une seule manière de lutter et de résister. Il n’y en a pas dix. C’est d'être ensemble, d'être solidaires et de se retrouver sur nos valeurs communes fondamentales. C’est quoi, nos valeurs communes fondamentales ? C’est d’abord le principe d'égalité, puisque c’est le principe d'égalité qui est d’abord visé prioritairement par l’extrême droite. Quand on regarde le programme de l’extrême droite depuis toujours, c’est quoi ? C’est la priorité nationale. C’est le cœur de leur projet. Ils abandonnent d’ailleurs quelques mesures sociales qui avaient pour vocation d’essayer de récupérer le maximum du peuple, déprimé par les mesures macronistes depuis très longtemps. Évidemment, le libéralisme économique a créé les conditions de l’extrême droite. Évidemment que, chez la plupart des électeurs d’extrême droite, il y a un fond raciste. Évidemment. Mais c’est aussi le sentiment d'être déconsidérés, le sentiment de perdre pied économiquement. C’est aussi tout ça qui a amené cette situation. Et donc, évidemment, le libéralisme, celui de Macron et celui des gouvernements sociaux-démocrates avant lui, tout cela nous a conduits ici. Et sous Macron, on a eu une dégradation progressive des libertés publiques. On a forgé les armes qui vont permettre à cette extrême droite de, finalement, nous combattre, nous. Alors, quelle extrême droite va advenir ? Ça peut être une extrême droite à l’italienne ou à la hongroise. C’est-à-dire une extrême droite qui ne va pas s’exprimer directement, en tout cas légalement, en changeant la loi de manière irrémédiable. Ça peut être ça. Mais qui va s’attaquer au tissu associatif, aux associations LGBTQ+, aux associations antiracistes, progressivement, en coupant les subventions, en interdisant par-ci, par-là, en dissolvant de-ci, de-là. Et ça a déjà commencé avec Gérald Darmanin. Évidemment, ces armes, forgées avec la loi séparatisme et le contrat d’engagement républicain, ils n’ont plus qu'à s’en servir. Ça peut être ça. Et puis, moi, je pense profondément, mais ce n’est qu’une intuition, je vous le dis, que l’extrême droite française, ce n’est pas les autres extrêmes droites. L’extrême droite française est une extrême droite bien plus ancienne. Alors, évidemment, il y a l’extrême droite italienne. Mais l’extrême droite française attend depuis 80 ans de s’exprimer. Et je doute qu’elle le fasse de manière allégée. Je crois qu’elle va attaquer violemment dès qu’elle aura le pouvoir. Et évidemment, nous risquons pour notre intégrité corporelle, pour nos vies, pour notre liberté. Parce qu’il va y avoir des premiers visés. Et je vois des gens qui vont être visés spécifiquement dans cette salle : ce sont les juges dits « rouges », les magistrats. Pourquoi ? Les magistrats seront les premiers visés, tout simplement parce qu’il va falloir intimider la justice afin de pouvoir utiliser la justice contre les militants, les associations et les autres. Donc c’est ça, le premier pas que va faire l’extrême droite. Donc, évidemment, dès qu’on aura les prémices d’attaques contre les magistrats, contre des associations de telle ou telle nature, il faudra qu’on se regroupe autour d’eux et qu’on fasse bloc. Parce qu'à partir du moment où… Et c’est la technique habituelle de l’extrême droite : viser les minorités, puis étendre, par cercles concentriques, progressivement les attaques à toute la société civile, afin de diviser cette société civile et d’empêcher la résistance. Et oui, il va falloir résister. Quel type de résistance ? Certains pensent déjà à une résistance physique. Je ne sais pas. Je ne sais pas s’il va y avoir directement, par les institutions, des personnes visées physiquement. Mais ils n’ont pas besoin des institutions pour le faire. Ils ont déjà des milices d’extrême droite partout, et on en a parlé il y a peu. On les combat devant les tribunaux, mais elles sont là, partout. Elles sont en train de diffuser des actions violentes, de s’imposer dans les rues, dans toutes les villes de France. Et évidemment, elles peuvent commettre des actions violentes spécifiques par l’intermédiaire de ces milices. Elles n’ont pas besoin de passer par les institutions. Donc c’est plus compliqué à appréhender. Voilà pourquoi il n’y a qu’un seul mot. Et le premier mot, c’est celui de la solidarité. D’avoir réglé nos problèmes, et ensuite d'être unis, totalement unis. D’avoir réglé nos problèmes parce que la bataille culturelle que l’extrême droite mène, notamment avec les médias, avec Bolloré et avec d’autres, pendant quarante ou cinquante ans, que la gauche, les gauches, ont arrêté de mener parce qu’elles pensaient que c'était la fin de l’Histoire, eh bien cette bataille culturelle, on va devoir la mener pour retrouver le peuple français. Et, éventuellement, retrouver la possibilité d’accéder au pouvoir pour changer tout ce qui aura été démantelé. Les institutions vont être progressivement démantelées. Il faut s’attendre à ça. Désolé pour cette vision un peu pessimiste, mais il faut se dire qu’on doit s’affronter et se confronter à la réalité que nous allons vivre. Et on n’y arrive pas parce que c’est difficile, parce qu’on n’a jamais vécu ça, et nos parents non plus. Il faut s’y confronter et donc s’organiser. Voilà les quelques mots que je voulais dire aujourd’hui.
Pierre Bernard, de Toulouse, de l’Observatoire des pratiques policières de Toulouse, de la LDH aussi, vient d'écrire dans le tchat : « Ouh, il me fait peur, Arié, mais il a tellement raison. »
C’est fini ? Je peux partir ?
Non, non, non. C’est le moment des questions.
Ah, merde !
Comment, « merde » ?
Non, je suis heureux. La démocratie, ce n’est pas trop mon truc.
On vient de le comprendre. Alors voilà, toutes les intervenantes, les… Alors, attendez, attendez, il faut faire Instagram, boîte à sardines.
C'était un tract.
C’est-à-dire entre le fauteuil de… Qu’est-ce que je raconte ? Huit et six, si on va être tous dans le… Alors, on va avoir des questions du tchat et des questions de la salle. On va commencer par la salle. Qui veut poser une question ? Est-ce qu’on a un micro ? Oui, c’est Joe. Je vais prendre deux questions à chaque fois.
Je veux juste compléter ce que tu as dit, puisque moi, c’est là-dessus qu’on voyait des cœurs sur Instagram. Il y a aussi… Enfin, on le voit que là, il y a une organisation, clairement, comme ils disaient, tout se voit. Puisque nous, on le constate sur les comptes féministes, par exemple. À peine on poste quelque chose qu’on a des commentaires de comptes sans vraie photo. Enfin, on voit bien que ce sont des comptes inactifs, qui sont là juste pour ça, qui vont tout de suite mettre le GIF Bardella, soit des arguments d’extrême droite, soit des manières de décrédibiliser. Et ça, c’est prouvé aussi. Une chose qu’on peut faire pour s’organiser, c’est que les premiers commentaires sous un post Instagram, les premières réactions sur un tweet vont être déterminants pour ce que vont faire les autres. Donc, si tout de suite les commentaires derrière sont positifs… Et nous, c’est ce qu’on fait en sous-marin. On a des groupes d’influenceurs, d’influenceuses, de militantes, de militants, où on se coordonne. On sait qui va poster quand, et on essaye toujours de commenter immédiatement de manière positive. Par exemple, quand Squeezie, qui est quand même le premier gros influenceur à avoir pris la parole sur le sujet, a publié son message, tu pourras voir qu’en dessous il y a beaucoup de personnes qui ont dit « merci », parce qu’elles savent que ça permet aussi de noyer les contenus de haine derrière. Une autre chose qu’on peut faire pour s’organiser, c’est aussi — alors je vous recommande de faire ce que je vais faire — de se créer un compte Insta « facho », qui suit plein de comptes d’extrême droite, de médias de droite. Et évidemment, on a dit qu’on reste gentils et bienveillants, donc pas du tout pour troller dans la haine, mais pour aller faire aussi ce travail d’infuser nos idées sous leurs posts avec justement les contre-arguments, les sources. Parce qu’en fait, comme on a des bulles — je ne vais pas revenir sur le système des bulles algorithmiques —, c’est aussi une manière de montrer qu’il y a des gens qui pensent différemment. Et du coup, toutes ces personnes qui suivent des personnalités d’extrême droite, qui ne sont pas forcément très politisées mais qui s’y laissent doucement entraîner, pour ne citer aucun youtubeur, ça permet aussi, quand elles doutent, de se dire : « Ah ben, je ne suis pas la seule à le penser. » Parce que si tu ne vois que des commentaires qui vont dans le même sens, tu vas te dire qu’en fait c’est toi qui n’es pas complètement normal. Et si tu regardes Thierry Hanouna, c'était ça sa méthode. Surtout, je ne touche pas à mon poste ! C'était de donner l’impression que tout le monde est d’accord sur des choses telles qu’il faudrait rétablir la peine de mort. Comme il y a plusieurs chroniqueurs, ça donne l’impression qu’il y a une pluralité des opinions. Donc ça, c’est aussi quelque chose qu’on peut faire, si on a du temps et de l'énergie : se créer un compte, ou utiliser son compte, et aller prendre le temps de déconstruire, de manière pédagogique, sous les posts de l’extrême droite. Et ça, c’est hyper important. C’est-à-dire qu’on peut aussi la jouer de manière très naïve, en re-questionnant : « Pourquoi est-ce qu’on fait ceci ? », etc. Et en effet, c’est une bonne chose.
Des aupostiens, on dirait. Et des aupostiennes. Notamment pour Latifa : l' ARCOM peut donner une amende si faible que Bolloré s’en fout. Donc malheureusement, c’est peu efficace. Arié Alimi pourrait y répondre puisqu’il était à la tête du mouvement Stop Bolloré aussi. Est-ce qu’il y a un lien vers la pétition pour l' ARCOM ou vers les e-mails ? Où est-ce qu’on peut rejoindre l’action et participer à l’action ? Merci beaucoup.
Oui, effectivement, sur les questions des sanctions financières, on se rend compte que le système n’est pas adapté à quelqu’un comme Vincent Bolloré et à sa fortune. On a eu des amendes record, notamment concernant le moment où Cyril Hanouna avait insulté le député Louis Boyard, pour ne citer que cet exemple. En fait, il paye. À un moment donné, ce n’est plus possible. C’est pour ça qu’on a mis en place d’autres actions. Et c’est pour ça qu’on interpelle aussi l' ARCOM en disant que ça ne marche pas pour Vincent Bolloré. Ce système ne fonctionne pas. Donc il va falloir essayer de se renouveler ou voir comment le renouvellement des agréments va se passer. Et pour retrouver la pétition et le lien d’interpellation concernant l'émission Marche sur la tête de Cyril Hanouna, vous pouvez aller sur le compte Instagram du Mouvement. Dans notre bio, il y a toutes nos campagnes, y compris celle-ci en priorité, pour faire partie des bientôt 20 000 personnes qui ont envoyé un petit mail à l' ARCOM. Et à l' ARCOM, ils tiennent encore, on n’a pas encore de réaction, mais ça ne saurait tarder, je pense.
Une question pour le général commandant co-directeur des services enquêtes de StreetPress.
Une question pour le monsieur bouche-trou, dont le tchat salue la prestation tout à l’heure en disant que c'était très intéressant. C’est Spiky Vins, même « magistral », il y a eu le mot « magistral ». Mathieu, pourrais-tu expliquer ? C’est Spiky Vins qui te demande ça, et Minuità14h — quel drôle de pseudo, mais ça, ça sent la clandestinité en puissance. Est-ce que tu peux expliquer la différence entre identitaire et fasciste ? C’est quoi la nuance entre un identitaire et un facho ? Tu as 30 secondes.
Trente secondes, c’est court. Les fascistes, c’est ceux qui adorent faire des saluts nazis, tendre le bras, marcher en rang, taper des gens et qui se revendiquent de Mussolini et de toute cette idéologie-là. L’idéologie identitaire est beaucoup plus récente. Elle est née, soyons un peu chauvins, en France, en grande partie, et elle a été reprise dans le monde entier. C’est né dans un groupe intellectuel qui s’appelle la Nouvelle Droite. Et, pour schématiser, c’est ceux qui disent que l’Europe, qui est de culture chrétienne et blanche c’est comme ça qu’elle est définie, donc il y a une vision racialiste de la société est submergée par un péril migratoire qui est, en plus, organisé par les élites. Quand on tire le fil, on arrive vite à « la faute des Juifs », c’est toujours comme ça. Et c’est ce qu’ils appellent le « grand remplacement ». Donc ils veulent expulser, en fait déporter, des centaines de milliers de personnes. Leur réponse à toutes les questions, à tous les problèmes, c’est toujours : « la faute aux Arabes » ou, plus largement, aux immigrés. C’est ça, les identitaires. C'était un peu deux salles, deux ambiances.
Oh, quel talent ! Une question de la salle, maintenant.
Le nom du compte Instagram que vous tenez, monsieur…
Ah ben non, parce que tu as dit qu’il n’y avait pas assez de monde pour t'écouter. Donc moi, je pensais que tu voulais faire un petit placement de produit. C’est à toi de voir.
Pas aujourd’hui ! Je veux dire qu’il y a des mandats… Très bien. Alors, je voudrais poser… Donc, en fait, il n’y a pas de question.
Je voulais vous remercier. Bravo, vous êtes tous très talentueux. Je suis fier de vous. Bravo, les mecs.
Alors, en fait, je vais essayer de passer une information comme si c'était une question pour toi, Sarah. Serez-vous le 29 juin à Nanterre pour le rassemblement pour les un an de la mort de Nahel ? Et serez-vous début juillet, je ne sais plus, c'était quoi, le 6 ? Le 6 juillet à Beaumont-sur-Oise pour Adama, voilà.
En fait, on m’avait demandé de prendre le micro, c’est plus simple. Du coup, évidemment qu’on sera à Nanterre samedi et qu’on sera à Beaumont, comme on l’est depuis toujours, depuis la mort tragique d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise. Oui, parce que c’est important. On est de plus en plus nombreux comme médias à traiter des violences policières. Notamment nous, c’est dans notre histoire. Le Bondy Blog est né en 2005, après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. Donc oui, évidemment qu’on y sera. Évidemment aussi qu’on avait prévu plein de choses pour le premier anniversaire de la mort de Nahel, donc à partir de demain. On a dû chambouler nos programmes, comme sur les grandes chaînes qu’il faut contrer, enfin certaines grandes chaînes. Donc voilà, on a dû un peu bouger les lignes. Mais oui, c’est notre ligne éditoriale depuis dix-huit ans. Donc évidemment qu’on y sera, et évidemment qu’il y a du contenu éditorial qui est prévu dès demain. C’est pour ça qu' Alena Berkhaoui n’est pas là, la rédactrice en chef du Bondy Blog. On lui passe le bonjour.
Merci beaucoup. On a le temps pour une dernière question. Ah non, il y a quelqu’un. Ah, alors vous, vous avez un compte.
Attends, continue !
J’ai toujours la question, c’est pour moi ? La tribune qu’on a écrite avec Vincent Lemire a essayé de répondre à cette question. La France insoumise, le Parti socialiste, les Écologistes, le PC, le NPA, tous ces partis ont des valeurs communes fondamentales : le principe d'égalité, celui de liberté, celui de la défense de nos libertés et celui de défendre toutes les personnes qui sont en situation de fragilité, de précarité ou les minorités. D’abord, ça, il ne faut pas l’oublier. Il faut le rappeler, il faut qu’on le partage et qu’on le clame ensemble. Ça, c’est une première chose. Et c’est, à mon avis, l’objet du Nouveau Front populaire. Vous me dites : comment est-ce qu’on peut voter pour le Nouveau Front populaire alors qu’il y aurait, si je ne trahis pas votre pensée, eu des discours de nature antisémite à La France insoumise ? La tribune qu’on a faite avec Vincent Lemire, c’est de dire qu’il y a eu des franchissements de seuil de nature discursive. On ne les a pas détaillés parce que ce n'était pas l’objet. Et l’objectif n’est pas non plus de créer une hiérarchie, comme certains ont cru le dire, entre le bon antisémitisme ou le mauvais antisémitisme. Ça a été repris par les centristes parce qu'évidemment cette tribune attaquait de plein fouet leur stratégie électorale, qui était le « ni Rassemblement national, ni France insoumise ». Moi, je dis d’abord clairement, et je l’affiche : La France insoumise n’est pas un parti antisémite. Je le sais profondément, pour connaître la plupart des gens qui y travaillent, en tout cas beaucoup de ceux que j’ai côtoyés. Il y a eu, à un moment, pour diverses raisons, des phrases et des discours qui ont heurté la communauté juive, moi y compris. Je l’ai dit. J’ai même écrit un bouquin parce que j'étais tellement heurté qu’il fallait que je l’exprime. Ça n’a pas été entendu. Et donc il était temps de le dire. J’ai bon espoir. Je crois que le coup, la secousse qui a traversé tout le paysage politique, a permis, je l’espère, de faire comprendre et de faire prendre conscience que, même dans certains moments politiques, on ne peut pas franchir certains seuils dans les discours. Mais c’est de ça dont on parle. Ça n’a strictement rien à voir avec un parti politique qui a été créé par d’anciens Waffen-SS, des collaborationnistes, qui est irrigué par d’anciens cadres du GUD, dont Gérald Darmanin a annoncé la dissolution aujourd’hui, et que je connais particulièrement puisque j’ai été président de l’UEJF à Assas, à une époque où le GUD avait totalement une liberté d’expression. Et pas que le GUD : les Deux Fils, les dirigeants d' Assas, où il y avait des salons du livre organisés par des anciens de l' OAS. Tous ces gens… On a parlé de l’origine de la bataille culturelle menée par l’extrême droite. Ça remonte à bien plus longtemps. Il y a le Club de l’Horloge déjà. Il y avait National-Hebdo, il y avait Radio Courtoisie, qui n’a pas arrêté de semer ses idées. Il y avait une stratégie intellectuelle qui existe depuis très longtemps. Ils ont attendu leur temps. Et moi, j’ai connu ça à Assas. Donc je sais ce qu’est l’extrême droite. Qu’on ne me dise pas que l’extrême droite dont on parle aujourd’hui est une extrême droite démocratique. C’est faux. Il suffit de voir leurs paroles, leurs discours, ceux de leurs députés, ceux de leurs candidats : « Qu’ils retournent en Afrique ! » Voilà ce qu’est l’extrême droite. Le parti contre l'égalité. L'égalité, c’est quoi ? C’est le principe dont Tocqueville disait qu’il était la condition de possibilité de tous les autres droits, c’est-à-dire de la démocratie. Et c’est pour ça que la priorité nationale est au cœur de leur programme. Et la priorité nationale, elle vient d’où ? Elle vient de « La France aux Français ». Elle vient du journal de Drumont, qui écrivait La France juive, le pamphlet le plus antisémite qui soit, qui a essaimé les consciences et l’antisémitisme politique jusqu'à aujourd’hui. C’est ça, le Rassemblement national. Qu’on ne le compare pas avec les gens de gauche, même si on doit faire un travail, justement, pour être impeccables.
On va arrêter là. Je voudrais juste vous répondre et répondre à ce qu’a dit Arié Alimi par rapport à la tribune qu’Au Poste et d’autres ont publiée, signée par un grand nombre d’historiennes et d’historiens. C’est justement parce qu’ils prennent l’antisémitisme au sérieux qu’ils ont voulu, eux, reprendre les citations et expliquer, selon eux, pourquoi telle citation, telle déclaration, n’avait pas forcément la portée qui avait été traduite par les « CNewseries » de ce monde. Je crois que le combat est le même. La façon de le mener diffère. Ah, c’est plus faible, les applaudissements ! Oui, j’aurais dû le faire. Merci beaucoup. Il y a encore deux rendez-vous importants. Il y en a un demain, place de la République, avec StreetPress, avec Mediapart, avec Basta !, avec Reporterre, avec L’Humanité, avec une centaine d’ONG, d’associations, de syndicats.
Et avec Au Poste !
Avec Judith Godrèche. Il y aura des prises de parole. Il y aura Judith Godrèche, Alice Diop, Anna Mouglalis, Camille Étienne, puis plein d’autres. Et puis Bébel, le retraité, que vous pourrez, si vous ne venez pas place de la République, venir écouter vendredi à Au Poste pour un marathon de midi à minuit, micro ouvert. C’est gratuit. Il y a tout un tas de gens qui vont venir : le président de Médecins du Monde, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, l’Observatoire international des prisons, le Syndicat des avocats de France, Usul, Plenel, Alice Coffin… Enfin, un grand nombre de personnes, vingt-cinq en tout, qui viendront. Vous pourrez discuter avec eux. Ça va se passer sur la terrasse de Césure, l’ancien campus de Censier. C’est de midi à minuit, vendredi. Pourquoi on s’arrête à minuit ? Parce que c’est à ce moment-là que commence la trêve électorale et qu’on ne peut plus parler publiquement de politique à partir de minuit. Donc on fait tout ce qu’on peut pendant les douze heures qui précèdent.
Ah ben, bien sûr, on vote, dimanche. Oui, mais comment tu dis ? Il faut le dire gentiment ? Dimanche… Dimanche… On vote. On vote, on vote. On vote !
Et dimanche, on vote Nouveau Front populaire !
Merci à StreetPress. Bravo à vous. Je file donc ce soir à l’Assemblée nationale.
