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L.H.O.O.Q., la riposte alimentaire

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Ce matin, on fait un gros machin puisque nous sommes avec Bertrand de Riposte Alimentaire. C’est les agités que personne ne comprend. Mais pourquoi font-ils ça sur la Joconde ?C’est quoi ce butternut contre Mona Lisa ?Bertrand sera ici pour nous expliquer et le geste. Est-ce que tu étais à Lutte ouvrière ou pas ?
Non, je n'étais pas à Lutte ouvrière. J'étais sur d’autres actions précédemment d’une autre campagne précédente qui s’appelait Dernière Rénovation. C'était initié par le même mouvement. Mais là, celle du Lutte ouvrière qui initie la campagne Riposte Alimentaire, je n’y étais pas.
David Dufresne
Tu n'étais pas. Elles sont en garde à vue, les deux ?
Bertrand
Exactement. Elles sont encore une chose en garde à vue.
David Dufresne
Qui a 24 ans, c’est ça ? Et une dame de ma génération.
Bertrand
Je ne saurais pas dire son âge exactement.
David Dufresne
Qui a mis du temps à enlever son…
Bertrand
“61, 63, oui, je crois. Qui a mis du temps à enlever son manteau. Donc, on n’a pas tout de suite vu son t-shirt.
David Dufresne
J’ai adoré.
Bertrand
C’est le stress de l’action. Forcément, il y a des imprévus.
David Dufresne
Donc, ce matin, alors, on attend également un camarade de jeu de Peps. sont ceux qui, au même moment, essayaient de brandir une banderole Place Beauvau devant l'Élysée. Je vais montrer des images de tout ça.Mort à l’agro-business et vive nos paysans. Et il y avait deux gars. L’un des deux doit arriver.Ou alors il a été interpellé, je ne sais pas. Et le deuxième, c’est quelqu’un de très, très, très favorablement connu de service. Puisque c’est Ritchy Thibault qui tient une émission ici qui s’appelle la barricade.Y avait-il des vermicelles dans la soupe ? Alors Bertrand, je t’explique. Ça, c’est le chat.Tu connais Twitch ? Alors ça, c’est le chat. N’hésite pas à répondre directement.Moi, en plus, il faut que je fasse deux, trois réglages. Et ce n’est pas parce que vous, vous ne prenez pas de café. Tu veux le code Wifi ou c’est bon pour toi“Car nous avons un commissaire politique dénommé Simon qui est coincé là bas. Alors, attends, parce que moi, je n’ai pas complètement fini de… Ah oui, alors attends, non, je donne le programme à 10 heures.À 10 heures, on sera avec Thomas Gibert qui est secrétaire national de la Confédération Paysanne, qui sera là de 10 heures à 11 heures et demie, donc après vous. Ce soir à 20 heures, j’avais dit je ferais moins d'émissions, puis tout d’un coup, j’en fais trois dans la journée. Ce soir à 20 heures, une spéciale Le Pen avec un film extraordinaire de 1988 de René Vautier sur l’autre détail.Ça concerne en fait les tortures en Algérie par Jean-Marie Le Pen. On regarde le film avec l’accord de la fille de René Vautier que je remercie. Ce soir à 20 heures sur Au Poste et à 21 heures, on sera avec Fabrice Riceputi, comme dit Guillaume Meurice, qui est historien et qui a justement rassemblé dans un livre, Le Pen et la torture, tous les documents autour de ça.Parce qu’il serait bon de rappeler que Marine Le Pen, quand elle a pris les rênes du Front National, avait dit qu’elle prenait tout l’héritage historique. Donc dans cet héritage, il y a cette période de Jean-Marie Le Pen. C’est à 20 heures.Alors, le temps que je me fasse un petit kawa, que je règle deux, trois petits trucs, est-ce que tu peux m’expliquer d’abord qui vous êtes ? Parce que ce n’est pas clair votre histoire. Avant vous étiez avec dernière rénovation, vous étiez dans le bâtiment.Maintenant, vous êtes Riposte Alimentaire, vous êtes dans l’alimentation. Voilà, n’hésite pas à prendre le micro un peu plus près. Est-ce que tu peux nous expliquer qui vous êtes ?Et après, on va entrer en détail sur l’action. Voilà, donc, il y a de l’eau si tu veux.
Bertrand
Merci beaucoup. Donc Riposte Alimentaire, c’est une nouvelle campagne, une nouvelle campagne de résistance civile qui fait suite à la campagne Dernière Rénovation qui s’est faite connaître pour avoir interrompu Roland-Garros, qui s’est fait connaître pour avoir bloqué les routes, qui s’est fait connaître de manière générale pour avoir réveillé le mouvement climat à un moment où le mouvement climat était un peu en peine suite à la crise sanitaire du Covid. On avait eu des grandes marches pour le climat auparavant.Et suite à cela, des citoyens, des citoyennes ont décidé d’aller plus loin et de s’engager en résistance civile et donc de faire des actions de perturbation de manière répétée pour obtenir une demande et une victoire écologique et sociale. Donc la première demande qu’on a portée, c’est celle de la rénovation énergétique. On a demandé à ce qu’il y ait des augmentations massives des aides en matière de rénovation énergétique, à ce que les aides soient plus ciblées sur des rénovations qui soient performantes.Donc on avait des politiques en matière de rénovation énergétique qui étaient complètement indigentes et on a mis ce sujet sur la table, un sujet très technique, qui était réservé un petit peu à des organismes de plaidoyer qui portaient ce sujet-là, mais qui n'était pas vraiment un sujet citoyen. Et nous, on en a fait un sujet citoyen. On a mené pendant deux ans de campagne des actions de manière répétée, dans différents contextes.Et on a réussi vraiment à porter ce sujet et à obtenir quelques petites améliorations, même si elles n'étaient pas à la hauteur de ce qu’on espérait. Après, Dernière Rénovation, c'était une campagne qui était censée durer à peu près six mois, un an, pas tellement plus initialement. Et finalement, le contexte a fait qu’on l’a prolongé.Mais évidemment que depuis le début, notre objectif était surtout de catalyser un mouvement, un mouvement de résistance civile massif, de masse, en recrutant le plus de monde possible. Et donc, au bout d’un moment, changer de sujet. Et là, on a trouvé que c'était le bon moment pour changer de sujet, parce qu’on s’est rendu compte qu’on était un peu arrivé à un plafond de ce qu’on pouvait obtenir raisonnablement, en tout cas à court terme, sur la rénovation, avec la dynamique de mobilisation dont on bénéficiait. Donc là, on a décidé de changer.
David Dufresne
Merlin prend place. Voici Merlin Gautier. Un autre agitateur.Ça ne commence pas à balancer. Ils disent qu’ils sont déjà vus. Non, vous ne vous connaissez pas.C’est Au Poste qui vous réunit. Alors lui, tu as vu, Technique, le.Donc toi, tu étais hier place Beauvau, n’hésite pas à prendre le micro. Ici, il y a de l’eau. Je peux te faire un café ?Voilà, il faut que tu tiennes le micro.
Merlin Gautier
Je vais juste prendre de l’eau.
David Dufresne
Super. Voilà, tu peux prendre la tasse d’eau. Tu as couru ou quoi ?Oui. Et pourquoi tu as couru ? Les flics étaient derrière toi ou quoi ?Ton réveil te coursait. Donc toi, tu étais hier avec le dénommé Thibaut Ritchy, très favorablement connu de nos services, comme je le disais. Tu étais Place Beauvau.Je vais montrer les images dans quelques instants. Je vais remonter en régie. Enfin, bref, où vous tenté de déployer une banderole ?Vous étiez trois, si j’ai bien compris.
Merlin Gautier
On était cinq.
David Dufresne
Vous étiez cinq. Et sur cette banderole, il était écrit.Vive nos paysans, mort à l’agro-business.
Merlin Gautier
C’est ça.
David Dufresne
Et donc, ce sont deux actions. La Joconde d’un côté, la banderole de l’autre, qui n'étaient pas concertées.
Merlin Gautier
Absolument pas.
David Dufresne
Voilà. Donc il y en a une qui a un peu éclipsé l’autre. Faut reconnaître. Il y en a une qui a fait le tour du monde. Et l’autre, on ne vous a pas laissé vraiment le temps de déployer la banderole.
David Dufresne
Et alors toi, tu es dans un truc qui s’appelle le Peps. Je dis un truc parce que je n’y vois pas de mépris de ma part. Mais je ne vous connaissais pas.
David Dufresne
J’ai envie d’abord de revenir sur vos revendications avant de parler des actions, puisqu’on vous reproche aux uns et aux autres. Mais pourquoi font-ils ça ? Mais on se demande bien ce qui se cache.Et en fait, on ne vous donne jamais la parole pour expliquer le pourquoi de vos gestes. Donc je pensais bien commencer par le pourquoi et ensuite le comment. Ce dimanche, deux coups de sang légitimes, comme dirait Darmanin, deux membres de Riposte Alimentaire que tu représentes ont déversé et qui sont actuellement en garde à vue.De la soupe sur la vitre blindée de la Joconde pour réclamer le droit à une alimentation saine et durable et une carte vitale de l’alimentation, 150 euros par mois et par personne pour acheter des produits alimentaires conventionnels. Ce lundi matin, vous êtes au poste. Et également avec nous, Merlin Gautier du PEPS, donc Bertrand, je ne donne pas ton nom de famille parce que je ne l’ai pas et que peut-être que tu ne voulais pas le donner, mais Merlin, il aime bien son nom de famille. Donc il assume Merlin pour une écologie populaire et sociale. Il est l’un des militants qui a tenté ce dimanche de brandir une banderole Place Bovo. Donc là, on était en train d’expliquer comment Dernière rénovation était en train de se muer en Riposte alimentaire.Dans les deux cas, que ce soit le bâtiment, la construction ou que ce soit l’alimentation, en fait, ce qui vous intranquillise, ce qui vous perturbe, ce qui vous stresse, ce qui vous angoisse, c’est la pollution. En fait, c’est l'écologie, c’est ça.
David Dufresne
Vous écrivez que nous sommes la dernière génération à pouvoir limiter un effondrement sociétal.
Bertrand
C’est qu’aujourd’hui, je vais prendre le sujet de l’alimentation. Aujourd’hui, si on a bien vu avec la guerre en Ukraine, avec les sécheresses qu’il y a eu en Inde à peu près au même moment en 2022, on s’est rendu compte que très rapidement, on pouvait avoir des crises alimentaires dans un marché mondialisé de l’alimentation telle qu’il fonctionne aujourd’hui. Et évidemment qu’avec l’augmentation des risques climatiques, avec l’augmentation des catastrophes climatiques, on va avoir une insécurité alimentaire qui va être de plus en plus importante. Le modèle dans lequel nous mène l’agrobusiness aujourd’hui, et je parle bien de l’agrobusiness et pas des paysans bien sûr ou des agriculteurs, le modèle dans lequel nous mène l’agrobusiness aujourd’hui est un modèle qui nous conduit à la pénurie et à l’insécurité alimentaire. Et ça, forcément, la conséquence bien sûr que c’est un effondrement sociétaux localisé et peut-être généralisé à terme.
Merlin Gautier
Je me permets de réagir parce qu'à PEPPS, on est un mouvement issu des Gilets jaunes à l’origine, même si on était un petit groupe. On avait travaillé depuis assez longtemps sur la sécurité sociale alimentaire. C’est assez amusant qu’on se retrouve aujourd’hui et c’est vrai que cette revendication a beaucoup de sens dans le pourquoi. Parce qu’elle vient répondre déjà à une pénurie qui est existante. Le nombre de personnes qui mangent à l’aide alimentaire aujourd’hui est croissant et il se compte en millions.
David Dufresne
Quel est le problème de cette aide alimentaire ?
Bertrand
C’est qu’en fait, c’est l’homme, c’est les restes de la grande distribution et ce sont des produits de très mauvaise qualité. Donc ça veut dire que quand on est pauvre, non seulement on ne mange pas à sa fin, mais on mange très mal et on tombe malade aussi à cause de ça. La sécurité sociale alimentaire, elle doit se comprendre dans une histoire, à savoir celle de la sécurité sociale tout court, celle de la santé, celle des familles, celle du handicap que nous avons aujourd’hui et qui était initialement, avec Ambroise Croizat, socialisée, c’est-à-dire la propriété des cotisants, les salariés, les syndicats, avant que l'État, au cours de la Ve République, ne la nationalisé, puis ne la divise, puis d’instaurer une parité patronat-salariat dans sa gestion. Ce qui fait qu’en réalité, c’est le syndicat patronat qui dirige les caisses de sécurité sociales. Et donc, pourquoi parle-t-on de sécurité sociale alimentaire ? D’une part, parce qu’il faut recréer de l’autonomie de la population face à la crise écologique. Parce que ce qui se passe, ce n’est pas seulement l’effondrement des structures de marché, mais aussi l’effondrement entre guillemets des structures étatiques. La montée de l’extrême droite n’en est qu’un symptôme le plus criant finalement. Donc, en redonnant une caisse de sécurité sociale alimentaire autogérée par la population, on permet à la population d'être autonome face aux crises qui vont venir et qui sont déjà là. C’est ça l’enjeu. C’est pour d’abord ceux qui sont le plus dans le besoin. Et donc je pense que c’est une revendication de profondeur qui va demander un travail très long, qui n’est pas seulement d’apprendre aux gens que ça existe, mais bien d’arriver à construire sur le terrain avec les habitantes et les premiers concernés et surtout avec les producteurs, puisque c’est d’eux dont il est question aujourd’hui avec le grand mouvement social agricole qui traverse la France et même l’Europe, ces caisses autogérées qui nous donnent une chance de survivre face aux crises que nous allons traverser tout au cours du siècle et qui sont, on va dire, un peu la malédiction de notre génération.
David Dufresne
Il est fort le mec en retard là. Alors, Merlin, j’ai oublié de te préciser. Ici, c’est le chat. Il ne faut surtout pas hésiter, au contraire, à répondre. C’est-à-dire que j’ai vu, Bertrand, que tu regardais pendant…
Bertrand
Je vois qu’ici, Ambroise Croizat, ils ont tout à fait raison. C’est un grand monsieur. Non, mais ils mettent leur page Wikipédia et tout ça.
David Dufresne
Ah ben ça, c’est Euryale Attention, on n’est pas chez les cons. Je donne quelques chiffres qui sont sur le site de Riposte Alimentaire.Une personne sur trois en France ne fait pas trois repas par jour. Faute de moyens. Ce n’est pas un choix, c’est faute de moyens. Un agriculteur se suicide tous les jours en France. 30 % de notre emprunt de carbone est lié à notre alimentation. Deux tiers de l’inflation alimentaire est dû, sont dû, pardon, à des profits excessifs de l’industrie de l’agro-alimentaire. Qu’est-ce qui ne va pas avec cette industrie concrètement ?
Bertrand
Déjà, je vais commencer par faire un petit historique un peu de pourquoi est-ce qu’on en est là aujourd’hui. Aujourd’hui, ce qu’on appelle l’agro-industrie, ça vient d’où ? Ça vient de grands plans de planification qui ont été mis en place après-guerre.Après-guerre, jusqu’en 1949, on avait des situations de pénurie alimentaire et des restrictions. On avait même des restrictions alimentaires qui étaient sur les produits. Jusqu’en 1949, ensuite, on a mis en place des grands plans de planification pour industrialiser l’agriculture et transformer l’agriculture paysanne en agriculture industrielle progressivement. Et jusqu’aux années 70, avec l’aide de la PAC qui a été mise en place dans les années 60 pour garantir des prix aux agriculteurs, pour leur permettre d’investir dans l’industrialisation de leur production. Jusqu’aux années 70, le bilan semblait plutôt positif. On disait, mais regardez, les rendements étaient multipliés par deux et pourtant, en même temps, la population agricole a été diminuée de 70 %. Donc on a quelque chose qui, en termes de productivité, c’est l’acheteur de l’agriculture mécanisée, etc. En tout cas, on ne voit pas tout de suite les effets secondaires de cette mécanisation et de cette industrialisation de l’agriculture. Sauf qu'à partir des années 70, on commence à voir des taux d’obésité qui augmentent, des problèmes sanitaires, des problèmes alimentaires, les qualités nutritives aussi des aliments qui sont produits de cette façon, qui diminuent drastiquement et qui diminuent de plus en plus d’ailleurs aujourd’hui, avec l'érosion des sols, etc. Et pourtant, à un moment donné, alors qu’on était en situation de pénurie presque après guerre, on s’est retrouvé en situation où, au contraire, on commençait à trop produire. Qui dit trop de production, dit il faut trouver des débouchés, il faut trouver des nouveaux marchés et donc on a commencé à exporter. Et là, la PAC du coup s’est mise au service de ce business de l’exportation, en donnant des aides aux agriculteurs pour qu’ils puissent tenir sur le marché international, pour qu’ils puissent être concurrentiels. Donc au lieu, c’est à dire qu'à un moment donné, on aurait pu se dire on produit assez en fait en France pour répondre à nos besoins, mais on a voulu continuer sur une économie des profits, au lieu de passer sur une économie des besoins. Et donc on a mis en place des aides, des subventions, qui ont favorisé justement une fuite en avant dans le productivisme agroalimentaire. Et aujourd’hui, on en est là. On a des agriculteurs qui ne vivent pas de leur travail, qui sont obligés de demander des aides pour pouvoir subvenir à leurs besoins les aides de la PAC, et qui sont du coup surchargés de démarches administratives pour pouvoir obtenir ces aides, qui sont très compliquées à obtenir. Et en plus de ça, on a un système agricole qui marche sur la tête. On a d' énormes entreprises qui sont énormément tournées vers l’export, et des petits producteurs qui galèrent, qui n’arrivent pas à vendre à des prix normaux pour leur permettant de vivre leurs produits. Donc voilà ce qui se passe un petit peu aujourd’hui. C’est le fruit de cette longue histoire. On a décidé d’aller dans la fuite en avant du productivisme aujourd’hui, cette fuite en avant, elle continue. On a des labos, on a des firmes internationales, Bayer, Monsanto, qui possèdent aujourd’hui, les trois plus grosses firmes, les trois plus grosses multinationales agroalimentaires, possèdent aujourd’hui 80 % des semences qui sont utilisées dans le monde. 80 %. Et en fait, cette mainmise à la fois des semences, mais aussi du matériel agricole, de l’ensemble de la chaîne de production qui permet aux agriculteurs de travailler, fait que les agriculteurs, même s’ils sont indépendants, en théorie, ce sont des travailleurs indépendants, ils sont complètement dépendants de ce système-là, de cette agro-industrie. Et aujourd’hui, ils n’ont plus la main sur leur activité. Donc voilà, dans les grandes lignes, en faisant un peu l’histoire, en retraçant un peu l’histoire en France.
David Dufresne
C’est parfait, c’est parfait. Merlin, tu voulais ajouter quelque chose ?
Merlin Gautier
Oui, du coup, nous, on a fait une action en soutien au mouvement social-agricole qui a lieu en ce moment.
David Dufresne
Pourquoi ?
Merlin Gautier
Parce que, d’une part, ce mouvement est composé d’un certain nombre de gens, de syndicats, avec lesquels on est en désaccord profond. Je pense à la coordination régionale, je parle surtout à la FNSEA, qui, bien plus qu’un syndicat des agriculteurs, est un syndicat des grands propriétaires terriens et des grands exploiteurs. Mais elle est aussi, cette mobilisation, la conséquence d’une souffrance de très, très longue haleine dans le monde paysan.
Merlin Gautier
Effectivement, tu l’as dit, des plus petits et surtout des moyens exploitants aussi. Parce qu’en fait, ceux qui sont dans des situations de production quasiment vivrières, etc. c’est à la rigueur ceux qui s’en sortent encore un petit peu. Mais dès qu’on cherche à aller un peu vers le marché, eh bien on est tiraillé entre des impératifs de production pour toucher les subventions de la politique agricole commune de l’Union européenne qui sont complètement hors norme, qui sont taillés pour des multinationales et pas pour des agriculteurs et des agricultrices. Voilà, la PAC elle finance à l’hectare. Et rien que ça, cet impératif là, c’est un impératif de quantité, c’est pas un impératif de qualité.
David Dufresne
Alors tu l’as dit, ça vient des politiques d’après la Seconde Guerre mondiale qui ont voulu répondre à une pénurie alimentaire. Mais en réalité, on peut faire remonter l’histoire plus loin. Pourquoi ?
Merlin Gautier
Parce que, au sortir de la Première Guerre mondiale, en réalité pendant la Première Guerre mondiale, on va inventer tous les outils qui composent aujourd’hui l’agro-industrie. Les gaz de combat qui vont devenir les pesticides. Les barbelés qui vont encercler les champs et remplacer les haies.Les nitrates qui d’abord servent à fabriquer des bombes et ensuite servent à fabriquer des engrais. Les chars qui vont donner les tracteurs. En réalité, ce qui se passe durant la Première Guerre mondiale, c’est aussi qu’on envoie toute la population rurale de l’Europe dans les tranchées, se faire massacrer. Et on continue ça après, pendant la paix, en faisant une guerre à la nature dans une agro-industrie ultra violente, mais surtout une guerre économique entre les nations sur un marché mondialisé de l’alimentation. En mettant en concurrence des espaces, par exemple, comme les pays tropicaux qui ont plusieurs récoltes par an, puisqu’elles ne connaissent pas l’hiver, avec des pays du Nord. En mettant des espèces, des grands pays, des grandes plaines agricoles, comme l’Ukraine, etc. La Russie, en concurrence avec des plus petits espaces. Et donc, en encourageant cette course, cette guerre, non seulement à la nature, mais entre les nations, entre les agriculteurs, à la productivité, on arrive à une destruction massive du vivant, partout sur terre, à la déforestation, partout, à l’exploitation des paysans dans des conditions qui sont gravissimes partout, parce qu’ils sont les premières victimes de la pollution qu’ils déversent dans les sols, avant les consommateurs. Et ils sont les premières victimes de l’isolement que leur travail dans ces immenses machines cause. Ils sont les premières victimes aussi de ce regard qu’on porte sur eux maintenant, aujourd’hui. C’est difficile, c’est difficile, même quand on habite à la campagne, de vivre cet espace qui était avant l’espace rural, l’espace de la nature, l’espace aussi qui a été défiguré par la route, par la métropolisation. Comme on pouvait le vivre autrefois, c’est-à-dire un espace de vie de communauté. Aujourd’hui, c’est un espace d’isolement, d’individualisme et de grande souffrance. Et moi, je crois que les agriculteurs, en réalité, le modèle capitaliste industriel, il les conduit nécessairement à la mort parce qu’il en fait des soldats. Il en fait des soldats. Et tant qu’ils seront des soldats d’une machine agro-industrielle, oui, la situation ne s’améliorera pas. L’objectif, en allant vers une démocratie de l’alimentation, en relocalisant la production, mais aussi la distribution, en sortant des grandes chaînes Leclerc, etc. pour revenir à des petits distributeurs, etc.Des marchés locaux, c’est de rendre son humanité et sa dimension vivante à toute la campagne, à tout le monde agricole.
David Dufresne
Alors, vous êtes tous les deux redoutables. Vous êtes super, le tchat vous salue, vous remercie de votre, l’un et l’autre, de votre clarté, etc. Je suis obligé de vous demander au nom de qui vous parlez, d’où vous connaissez tout ça, d’où ça vous sort et au nom de qui vous parlez.Voyez bien la critique sous-jacente que je suis obligé de répercuter et que disent les agriculteurs de votre discours.
Bertrand
Alors plusieurs choses là-dessus, d’où je parle. Moi, comme vous, comme Merlin, j’ai un ventre, j’ai un estomac, donc si je ne mange pas, je meurs. Donc voilà, moi je parle tout simplement de l’art. Et je pense que toutes les personnes qui sont engagées dans la campagne Riposte Alimentaire ont la même préoccupation. Ce sont des gens qui simplement s’interrogent sur comment est-ce qu’on va se nourrir demain. Ce n’est pas une question qui concerne les agriculteurs, c’est une question qui concerne évidemment tout le monde. Bien sûr, les agriculteurs sont parmi les premiers concernés puisque c’est eux qui produisent la nourriture dont on a besoin. Mais c’est une question qui concerne tout le monde. Donc tout le monde a voix au chapitre là-dessus. Et évidemment, j’entends ce qui peut être sous-jacent, des oppositions entre écologie, des problématiques environnementales, des problématiques des agriculteurs humains, citadins, ruraux, etc. Riposte Alimentaire, c’est une communauté qui rassemble des gens qui étaient engagés avec des dernières réunions, qui rassemble aussi de nouvelles personnes.Donc il y a aussi des nouvelles personnes, il n’y a pas que des gens qui sont parisiens, il y a aussi des gens dans plusieurs villes en France, et des gens qui viennent un peu de partout. Et nous on est en contact aussi avec d’autres organisations dans la ruralité ou ailleurs. Après évidemment, on lance une campagne sur l’alimentation, on se renseigne sur l’alimentation, donc les connaissances viennent de cette façon. Elles viennent aussi parce qu’on a cette préoccupation là qui est une préoccupation existentielle. Autre chose qui rejoint un petit peu la question précédente mais qui répond aussi à la question, les agriculteurs, le monde agricole aujourd’hui est pris en tenaille. On a un système qui est complètement schizophrène. On a d’un côté la PAC qui, comme tu l’as très bien dit, est un système qui est fait pour, qui est taillé pour les plus gros exploitants, qui en bénéficie d’ailleurs le plus, puisque c’est les subventions se font à l’hectare. Et donc on encourage évidemment des productions qui sont beaucoup plus importantes, qui sont tournées vers l’exportation. En même temps de cela, on place les agriculteurs sur un marché international avec des traités de libre-échange Donc là, on a passé un traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande qui nous, pour importer de Nouvelle-Zélande, de la viande, du lait, qu’on peut très bien produire en France, qu’on produit très bien en France. Enfin, c’est vous dire à quel point on marche sur la tête. Tout ça pour pouvoir mieux vendre le vin français à la Nouvelle-Zélande. Donc c'était ça les termes de l’accord avec la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, les agriculteurs dénoncent à juste titre ce type d’accord. Donc on a à la fois ces deux dimensions et à la fois on a le New Deal, le Green New Deal européen qui met en place des petites normes environnementales qui sont très chronophages pour les agriculteurs et qui n’ont évidemment aucun sens dans ce contexte. Dans ce contexte de productivisme exacerbé, dans ce contexte de libre échange, évidemment que ces normes n’ont pas de sens. Mais ce n’est pas elles qu’il faut jeter. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.Au contraire, il faut garder le bébé et jeter l’eau du bain.
Merlin Gautier
Le bain de pesticides, oui, exactement. Exactement. Là, on voit bien ce qui est en train de se passer. On a un gouvernement qui a été favorable à ces accords de libre échange, notamment à cet accord avec la Nouvelle-Zélande. Un gouvernement qui est favorable au système de la PAC tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Un gouvernement qui est pieds et poings lié avec les plus gros de l’agro-industrie. Et aujourd’hui que fait le gouvernement la bonne vieille technique de diviser pour mieux régner. Et donc on dit : mais regardez oui effectivement on est peut-être allé un peu trop vite sur les normes environnementales mais vous n’inquiétez pas on va les enlever on va revenir dessus. Et ils espèrent acheter la colère des agriculteurs de cette façon.Acheter la paix avec les agriculteurs plutôt de cette façon. Mais c’est évidemment une manœuvre politique et nous ne sommes pas dupes. Et si on fait des actions aujourd’hui, c’est pour rappeler que nous ne sommes pas dupes face à cette manœuvre.
David Dufresne
Alors, oui, Merlin, si tu veux dire quelque chose, vas-y.
Merlin Gautier
il y a plein de questions, je vais vous les remonter mais si vous voulez au débouté, tu disais Marc Fesneau FNSEA, même responsable, même combat.
David Dufresne
Vos deux collectifs, vas-y.
Merlin Gautier
Je profite, comme tu m’as dit de répondre au chat, je réponds au chat. Je dis, pouvez-vous citer des exemples de normes kafkaïennes du Green New Deal ? En tout cas, en termes de normes environnementales par exemple, il y a plusieurs labels qui existent. Il y a le label bio, le label haute valeur environnementale. En fait, il y a toutes sortes de labels qui se font concurrence les uns les autres. Ce qui rajoute une charge considérable pour les agriculteurs qui essaient de s’y retrouver là-dedans. C’est un exemple. Ce qui est intéressant, c’est que le fait d’avoir plusieurs labels de cette façon, ça a été fait justement pour essayer de ménager la chèvre ou le chou. Regardez, on a un label qui est moins contraignant que d’autres. Donc vous pouvez utiliser celui-là. Mais en fait, ça rend les choses extrêmement complexes. Si on avait un seul label qui était réellement à la hauteur de l’enjeu environnemental, finalement ce serait plus simple en matière d’administration. Il y a un label, on essaye de s’y conformer. Il n’y a pas 36 labels où on essaye de regarder ce qui nous va bien. Regarder point par point, faire le point avec sa situation personnelle. En termes de ça, par exemple, c’est kafkaïen et ça en plus provient d’une volonté justement d'être dans la demi-mesure, ce qui est complètement fou en fait.
Bertrand
Je voulais répondre à la question que tu as posée tout à l’heure d’où je parle. Moi, j’habite à Paris, j’ai grandi à Paris et si je me suis senti concerné par les questions écologiques et en partie que lié les questions agricoles, mais pas que, c’est parce que dans ma famille, on a eu beaucoup de cancers qui sont la malédiction, la maladie de notre époque. Et donc, du coup, ça, ça demande de ne pas voir le monde de façon binaire et de le regarder dans son ensemble et de chercher des solutions concrètes.Le monde agricole, il est rempli de division sociale. On n’a pas besoin de le diviser.
Merlin Gautier
Il est divisé. Et d’ailleurs, je pense que l’enjeu de ce mouvement agricole, c’est même pas tant la réponse du gouvernement parce que moi, je vais vous le dire, je ne crois pas une seule seconde qui va sortir quelque chose de positif de ce gouvernement Macron qui va chercher à répondre au mouvement des agriculteurs. Mais c’est bien.
David Dufresne
Quel est le rapport de force sociale au sein du monde paysan ?
Bertrand
Pourquoi ? Parce que ça fait au moins 50 ans que la FNSEA a donc quand même un syndicat qui défend le modèle productiviste et qui défend surtout les plus gros producteurs et qui est contrôlé par les plus gros producteurs, qui sont une partie prenante du modèle agricole puisqu’en tenant les coopératives, c’est eux qui répartissent les subventions à la fin. C’est eux qui répartissent les outils agricoles.C’est eux qui répartissent les semences. Donc, du coup, la FNSEA, elle participe comme le gouvernement, comme la PAC, comme le crédit agricole à toute la souffrance, toutes les dettes, tout l’isolement, toute la pression qui est mise sur les petits et les moyens agricoles. Donc, l’enjeu, c’est de savoir si cette méga structure d’encadrement qu'à la FNSEA va être challengée, va être un peu renflouée dans ce qu’elle est, à savoir un syndicat de gros agriculteurs. Si quelque chose d’autre n'émerge pas, alors ça risque d'être un échec pour notre camp qui est celui de l'écologie sociale. Voilà, je pense qu’il faut voir que cette question des normes, elle est aussi toute l’hypocrisie du capitalisme vert. C’est à dire qu’en même temps, on encourage à la croissance, à la production toute azimute, à la production jusqu'à jeter. Parce qu’en réalité, on est en surproduction aujourd’hui. Ça, il faut quand même être capable de le dire. La grande distribution, elle, jette énormément.Donc, tous les produits, et puis surtout, il faut aussi voir que ce n’est pas seulement le problème de la production et de la distribution. Il y a toute la transformation au milieu. Je veux dire, un jambon peut être produit en Bretagne, emballé en Italie, renvoyé à Rotterdam pour être redistribué dans tout le monde et ensuite redistribué en France. Et encore, là, je simplifie. C’est pire que ça sur la plupart des produits. Donc, ces normes kafkaïennes sont surtout une hypocrisie.C’est-à-dire qu’on maintient un modèle sur productif et on va faire des petites touches, des petites touches de non, mais ça, quand même, on va diminuer parce qu’on a des électeurs en ville qui se préoccupent de la planète. Alors, il faut leur, il faut leur donner un petit gage à eux aussi. C’est ce qui s’est passé aux Pays-Bas.Pourquoi je parle des Pays-Bas ? Parce que c’est eux qui ont lancé le mouvement agricole en Europe il y a deux ans. Le gouvernement centriste a imposé une taxe sur la production d’azote dans l’atmosphère.C’est en voulant respecter les accords de Paris. Mais comme ils voulaient protéger l’industrie du Grand Port de Rotterdam, ils ont fait porter cette taxe sur le monde agricole. Résultat, il y a eu un mouvement dans tout le pays.Pourquoi ? Parce que les agriculteurs, on ne leur a pas donné le moindre outil, la moindre aide, rien du tout pour sortir du modèle productiviste. Par contre, on les taxe pour ça.C’est-à-dire, on vous dit, vous faites la guerre aux autres pays pour produire le plus. Mais par contre, on vous met des bâtons dans les roues. C’est ça, la dichotomie, elle est dans la tête des dirigeants.D’abord, c’est dans l’hypocrisie du capitalisme vert. Il n’y a pas de comptabilité entre la surproduction, la croissance et l'écologie. C’est un mensonge.
Merlin Gautier
Oui, d’ailleurs, ce capitalisme vert, en fait, en fait, ce qui est même plus cauchemardesque encore, c’est que quand on s’intéresse un petit peu à quels sont les projets de recherche dans les grandes firmes dont je vous parlais tout à l’heure, Bayer, Monsanto, qui possèdent la quasi-totalité des semences actuellement, on s’aperçoit que, en fait, ce projet de fuite en avant du productivisme, de ce que tu appelles le capitalisme vert, ce projet-là, dans les esprits de certains, va très loin et fait très peur. On a des projets de recherche menés par ces laboratoires, par ces firmes, qui projettent de modifier génétiquement les semences pour les rendre plus résistantes au stress hydrique, donc à la sécheresse. Sauf qu’on ne connaît pas exactement les effets secondaires que pourrait avoir ce type de modification génétique.On est en train de créer des semences qui vont essayer de voir comment on peut modifier génétiquement les semences pour pallier le problème de diminution de qualité nutritive des aliments. Donc en gros, comment on s’aperçoit qu’à cause de l'érosion des sols, certains aliments ont une qualité nutritive bien moindre. Comment on va les modifier génétiquement pour essayer de pallier ça ?Donc ça va très loin. On a même des recherches qui portent sur comment est-ce qu’on va faire en sorte que, par exemple, les champs de maïs vont, les feuilles des champs de maïs vont refléter la lumière de manière optimale pour diminuer l’impact du réchauffement climatique. On en est là.On en est à ce type de projets de recherche qui sont cauchemardesques, complètement délirants. On est dans le transhumanisme le plus total. On est vraiment dans le délire.Et en fait, il faut bien prendre conscience que pour l’instant, l’avenir que nous réserve l’agro-industrie, c’est celui-là. C’est des champs où il n’y a plus de biodiversité, il n’y a plus rien, il n’y a plus de qualités industrielles intrinsèques liées à la richesse des sols ou au travail d’un écosystème dans son entier. Il y a juste une agrochimie, une agro-industrie qui essaye tant bien que mal de courir, de fuir, d’accélérer cette fuite en avant qui nous mène en fait à vivre dans un désert, à ciel ouvert.
David Dufresne
Ce que tu décris, c’est le techno solutionnisme.
Merlin Gautier
Exactement. Mais qui en réalité est à l'œuvre depuis très longtemps et qui n’a pas de conséquences positives. Vous ne vous souvenez peut-être pas, il y a dix ans, on parlait beaucoup des OGM. Heureusement, il y a eu une interdiction en Europe, mais qui est en train de s’effriter parce qu’il y en a des nouveaux.Mais les OGM, elles étaient déjà, on va dire, la suite des semences présélectionnées qu’on a aujourd’hui. Alors qu’ils ne sont pas des OGM à proprement parler, mais qui sont des organismes croisés de façon tellement complexe qu’elles sont stériles, ces semences. Et en réalité, la conséquence des OGM comme des semences actuelles, comme de celles qui vont créer, ce n’est pas des meilleurs rendements, ce n’est pas une meilleure résistance.
David Dufresne
Pourquoi ?
Merlin Gautier
Parce qu’en réalité, ces semences sont d’abord conçues pour être résistantes à des intrants chimiques plus durs, à des pesticides plus durs. Et donc, elles sont tout à fait vulnérables à la moindre nouvelle maladie venue, au moindre insecte, à la moindre sécheresse venue, puisque dans tous les cas, ces semences ne vont pas produire d’eau.Et avec la montée du réchauffement climatique, les sécheresses sont plus nombreuses. Voilà, ça, c’est simple. Mais par contre, c’est quoi la conséquence ?
David Dufresne
C’est la privatisation du vivant. Tu en as un petit peu parlé tout à l’heure. Mais du coup, ça veut dire quoi ?
Bertrand
Ça veut dire que de la graine à l’assiette, ce qu’on mange est artificiel. Voilà, c’est ça, c’est ça, leur grand projet. Et quand tu regardes, par exemple, le développement des OGM en Inde, quand ils ont commencé à émerger, notamment par les champs de coton, ça a été dévastateur.Parce qu’ils ont privé les agriculteurs d’une capacité à reproduire des semences et à poursuivre, on va dire, des cycles qui sont millénaires. Et les trucs ont été détruits en une saison parce qu’il y a eu une sécheresse et ça ne tenait pas à leur truc. En fait, ça ne marche pas, le techno solutionnisme.Ça ne marche pas. Par contre, les très gros agriculteurs qui ont les moyens, vont acheter des trucs high-tech. Et d’ailleurs, ce n’est pas seulement des semences, ça peut être aussi des gadgets pour calculer précisément où on met ses graines, etc.Dans son tracteur, avec des grands calculs, etc. Mais ça leur donne, on va dire, des armes. C’est des armes supplémentaires.Mais derrière, les petits ne suivent pas. On les impose, ces armes, dans les coopératives agricoles. Et à la fin, on est avancé dans cet engrenage toujours plus dur qui privatise le vivant, qui privatise la terre, parce que c’est la dernière pièce de l'édifice.C’est la concentration des terres par une minorité de propriétaires terriens, que ce soit des grandes coopératives ou des grands agriculteurs. Et aujourd’hui, c'était notamment le but des soulèvements de la terre. Ils se sont un peu réorientés après.Il y a les deux tiers des terres de France qui n’auront plus de propriétaires dans les vingt prochaines années. Et l’enjeu, c’est est-ce qu’elles vont aller aux gros producteurs ?
David Dufresne
Attends, excuse-moi, pourquoi ils auraient…
Merlin Gautier
Parce que les propriétaires meurent de vieillesse, tout simplement, et qu’ils n’ont pas de successeurs. Et en fait, c’est…
David Dufresne
Donc, qui va posséder les terres agricoles ?Est-ce que ce sont les chambres d’agriculture tenues par la FNSEA qui vont les dispatcher en quelques gros pour grossir, grossir, grossir encore les exploitations ?
Merlin Gautier
Ou est-ce qu’au contraire, on va faire un mouvement inverse à l’exode rural, où on va ramener une population dans les campagnes pour faire vivre une agriculture écologiquement viable, durable, soutenable pour tous et qui ne détruise pas ni les consommateurs ni la terre ? Voilà, c’est ça l’enjeu.
David Dufresne
C’est dans quel sens on va ?Alors, précisément, tu viens de faire ding dans ma tête. Il y a Foul qui, à 9h28, demande quelle est la responsabilité des consommateurs ? Tu viens d’employer le terme consommateur. La part de l’alimentation dans le budget des Français ne cesse de baisser. Il est 9h40. On a encore une vingtaine de minutes.Je voudrais quand même montrer les images de vos actions d’hier et parler de vos revendications qui sont très précises à Peps comme à Riposte Alimentaire. Mais d’abord, cette question-là, plus terre à terre que ce que vous développez là avec Brio. Vous êtes très forts les gars.
Merlin Gautier
Quelqu’un dans le chat dit que je me tourne les pouces. Ce n’est pas faux
David Dufresne
Je vous écoute, bouche bée Et ça fait bien plaisir. Mais la place des consommateurs, est-ce que c’est le levier sur lequel agir ?
Merlin Gautier
Effectivement, la part de l’alimentation dans le budget des ménages a diminué. Si on regarde par rapport aux années 50, années 60, la part était à peu près de 35 % à l'époque. Aujourd’hui, elle est plutôt autour de 20 % du budget des ménages. Alors là, il faudrait voir avec l’inflation alimentaire. Là, les chiffres que je cite, c'était des chiffres de il y a deux ans. Avec l’inflation alimentaire, ça a peut-être à nouveau augmenté.Il faudrait regarder. On a quand même eu en deux ans une augmentation de 20 % sur les produits alimentaires avec l’inflation. Les salaires n’ont pas du tout augmenté de cette façon-là.Donc oui, effectivement, finalement, on a une baisse de la part de l’alimentaire dans le budget des ménages. Et on le voit, on le voit tous à la télé des publicités de Leclerc, des grandes enseignes de la distribution qui martèlent cet objectif premier de vendre pas cher. On est moins chers, on ne vend pas cher On est pour votre pouvoir d’achat, on est du côté de votre pouvoir d’achat. Tout ce système-là, il y en a certains qui disent que finalement, cette agriculture, ce qu’on pourrait dire, ce système agroalimentaire low cost, où on met tout en œuvre pour vendre des aliments le moins cher possible, finalement, c’est un moyen aussi de ne pas lancer des politiques de redistribution qui seraient plus justes, ou des politiques salariales qui seraient plus justes. En gros, on fait pression à la fois sur les producteurs pour vendre le moins cher possible dans les grandes enseignes. Aujourd’hui, les grandes enseignes, c’est 80 % des parts de marché de la grande distribution. C'était 12 % dans les années 70.
David Dufresne
De l’alimentation, tu veux dire ?
Merlin Gautier
Oui, de l’alimentation, oui, bien sûr.
David Dufresne
80 % ?
Merlin Gautier
80 %, c’est 12 %. Donc, aujourd’hui, les prix, c’est eux qui ont la main sur les prix. Les producteurs n’ont plus la main sur les prix du tout.
David Dufresne
C’est la raison pour laquelle ce matin, certaines centrales sont bloquées.
Bertrand
Exactement.Certains centres d’acheminement, etc. sont bloqués.Oui, et puis il y a eu des actions aussi dans des grandes enseignes de distribution, dans des supermarchés. Et donc, les consommateurs, en fait, ils se retrouvent pris dans un système où oui, on les contraint finalement à se tourner vers ces produits qui ne sont pas chers. Puisque par ailleurs, on a un coût de la vie qui augmente, on a les loyers à payer, on a les crédits à rembourser, on a toutes sortes de consommations à assurer, toutes sortes de charges à assurer.Et dans ce système là, évidemment, ça va être très compliqué pour les consommateurs de choisir eux-mêmes d’aller vers des produits qui sont plus chers mais qui vont être plus respectueux de l’environnement, plus respectueux des producteurs, etc. C’est évidemment dans ce système là que pointer la responsabilité sur les consommateurs serait un peu hypocrite. Donc nous, justement, si on propose la sécurité sociale de l’alimentation, c’est pour redonner du pouvoir, non pas du pouvoir d’achat, mais vraiment du pouvoir, un pouvoir politique aux consommateurs et le pouvoir de se tourner vers une alimentation plus durable, plus respectueuse des normes sociales, environnementales.Et c’est par là que ça doit passer. Ce n’est pas par une responsabilisation accrue des consommateurs qui, eux, de toute façon, forcément vont se tourner vers les prix les moins chers si on leur propose ça avec les salaires qui sont aujourd’hui les leurs.Quand on pointe la responsabilité des consommateurs, on pense, on a en tête l’offre et la demande. Mais sauf qu’il faut bien comprendre que la demande pour les agriculteurs, ce n’est pas les consommateurs, c’est les chaînes de distribution. C’est ceux qui achètent et qui revendent, qui sont ceux qui fixent les prixJe suis absolument convaincu que partout dans ce pays, les consommateurs sont prêts à payer le juste prix pour une alimentation saine et durable. J’en suis persuadé. Mais en réalité, ils ne choisissent pas les prix.Ils ne choisissent pas. Ça, c’est le grand mensonge du capitalisme. C’est de faire croire qu’on vote avec sa carte bleue.Mais non, mais non. J’ai vu une question à un gars qui demandait dans le tchat si on a eu l’occasion de parler avec des paysans. Je crois que le but de la sécurité sociale alimentaire, c’est de faire se parler tout le monde.C’est de constituer une démocratie de l’alimentation en mettant autour de la table les producteurs, les consommateurs et la distribution. Pas forcément la grande distribution, mais les petites distributions. Les épiciers, les bouchers, les boulangers, etc.Pour qu’ensemble, ils décident qu’est-ce qu’on produit, comment on produit, dans quelle quantité, pourquoi et à quel prix, pour que même les plus pauvres puissent nourrir à leur faim en mangeant ce qu’ils veulent. Voilà, c’est ça l’enjeu. C’est de sortir d’une logique où c’est la main visible du marché, dont en réalité les doigts sont les Etats.Mais pour arriver à une vraie démocratie où c’est la population qui décide ce qu’il y a dans son assiette. Et la population, elle inclut aussi les paysans. Voilà, c’est ça le projet à terme.Et je pense que c’est une revendication qu’on doit être capable de construire avec elle-le. Je sais que vous allez recevoir la Confédération Paysanne. C’est quelque chose qui est en débat.
David Dufresne
Il est en route, c’est pour ça que ça fait bip bip parce qu’il dit qu’il arrive voilà, il arrive vers 10h.
Merlin Gautier
Je pense que ça va être très intéressant.
David Dufresne
Je pense aussi.
Merlin Gautier
Pour la Confédération Paysanne, comme pour tout le monde paysan, c’est une proposition qui est pour l’instant très méconnue, très lointaine, très complexe.Mais c’est un enjeu, à partir peut-être de ce mouvement et sur les 10, 20 prochaines années, de construire ensemble cet espace de dialogue, d'échange et de répartition alimentaire.
David Dufresne
Je vais aller en régie pour lancer les deux actions. Euryale, si tu peux mettre dans le tchat les liens vers les deux tweet, l’un de Peps et l’autre de Riposte Alimentaire, je pourrais directement les prendre. C’est beaucoup plus simple pour moi si tu peux les mettre dans le tchat.Mais le temps que j’aille en régie, je vais décliner trois de vos revendications Riposte Alimentaire qu'à mon avis vous partagez à Peps. Vous souhaitez une carte vitale de l’alimentation, c’est-à-dire 150 euros par mois et par personne pour acheter des produits alimentaires conventionnels, un système de cotisation qui garantit une répartition juste et solidaire, comme pour la sécurité sociale, un conventionnement des produits choisis de manière démocratique par des assemblées locales citoyennes, avec une formation sur les enjeux agricoles et écologiques, et enfin, une quatrième revendication, un accès à une alimentation saine qui rémunère dignement les paysannes et les paysans. Dans ces quatre revendications, est-ce que tu veux expliciter l’une d’entre elles plus que les autres, sachant que j’ai vu qu'à Bordeaux, il y avait déjà des expérimentations de cartes sociales alimentaires, où il y a une monnaie locale.
Merlin Gautier
C’est-à-dire qu’on achète pas cher une carte qui vaut plus en monnaie locale. C’est un peu compliqué à faire. Ça a l’air de satisfaire ceux qui en bénéficient.
David Dufresne
Je vous laisse avec le tchat. Je me mets à côté. Je prépare les petites actions.Les quatre revendications que tu as citées sont toutes les branches qui décrivent la sécurité sociale de l’alimentation. Elles ne sont pas vraiment déconnectées les unes avec les autres.
Merlin Gautier
En France, on a cette particularité historique d’avoir un système de sécurité sociale qui nous permet de faire fonctionner un système de santé, de retraite. Ce système de sécurité sociale, on a l’habitude qu’il fonctionne pour le système de santé, mais il peut fonctionner pour d’autres secteurs. Il peut fonctionner pour faire fonctionner le secteur de l’alimentation et l’extraire du marché et de la prédation actuelle du système de marché.Extraire ce système alimentaire de la prédation du marché, ça passe par ce système de sécurité sociale de l’alimentation, en quoi ça consiste comme pour aller chez le médecin ou pour se faire rembourser ses médicaments. Vous avez une carte de sécurité sociale qui est en réalité une carte de paiement qui vous permet à hauteur de 150 euros par mois d’acheter des produits qui vont être conventionnés, c’est-à-dire qui ont été sélectionnés à partir d’un cahier des charges environnementales et sociales au sein duquel on peut mettre des critères de respect du bio, de respect d’une production qui soit le plus décarbonée possible, soit locale, à la limite les critères peuvent varier d’une localité à une autre, mais le principe c’est justement que ces critères sont décidés par les citoyens et citoyennes eux-mêmes.
David Dufresne
Donc comment ça fonctionne ?Vous avez des assemblées citoyennes au niveau local. Attention, il y a un système de…Oui, parce qu’en fait, il y a la vidéo qui est partie. Voilà, je suis désolé et moi je ne suis pas de retour. Normalement, ça devrait être coupé.
Bertrand
Il y a une révolte dans le tchat là.
David Dufresne
Oh là, si tu savais, c’est pas la première. On sait les mater, on sait les mater ces révoltes-là. T’inquiètes pas, va.
Bertrand
Tout le monde au poste.Exactement. Alors, Joconde.
David Dufresne
Oui, vas-y.
Bertrand
Donc je finis sur la sécurité sociale de l’alimentation, donc la sécurité sociale de l’alimentation. Comment on finance tout ça ? Donc évidemment, faut bien comprendre que ce n’est pas en-aide.Ce n’est pas en-aide, ce n’est pas un chèque alimentaire de 150 euros qu’on distribue à tout le monde. C’est… L’objectif c’est d’inscrire ce mécanisme dans le régime de la sécurité sociale qui existe déjà en France.Donc on a juste à ajouter un nouveau secteur, un nouveau droit dans ce système de sécurité sociale. Et comment ça fonctionne ? Ça fonctionne par cotisation.Donc les cotisations, c’est ce qui permet de financer la sécurité sociale actuellement. La sécurité sociale qui a un budget d’après 500 milliards d’euros par an. Là, il faudrait 120 milliards d’euros supplémentaires par an justement pour permettre d’avoir cette carte vitale de l’alimentation à 150 euros par mois et par personne.
David Dufresne
Et comment ça fonctionne ?
Bertrand
Ça fonctionne du coup avec des cotisations qui seraient bien sûr réparties de la manière la plus juste possible pour que ce système de sécurité sociale de l’alimentation soit un système de solidarité. De solidarité pour que tout le monde puisse avoir accès à des produits qui sont de qualité et qui sont respectueuses de l’environnement.
Bertrand
Impeccable. Tu veux rajouter quelque chose ?
Merlin Gautier
Je peux dire deux mots mais je ne vais pas m'étendre trop longtemps. Je pense qu’il y a plein d'écueils autour du projet de sécurité sociale de l’alimentation. Faut faire attention dans certaines expérimentations en cours à PAS que ça devienne simplement une carte cadeau chez Naturalia qui s’adresse à une toute petite minorité de la population qui choisit déjà à peu près ce qu’elle mange et qu’elle est moyen de le faire.Et effectivement, si le chèque alimentaire est juste un palliatif, on va dire à l’aide alimentaire telle qu’elle est pensée aujourd’hui, ce n’est pas du tout intéressant. Il y a d’autres écueils, c’est-à-dire que notamment mettre la sécurité sociale alimentaire au sein de la sécurité sociale telle qu’elle est aujourd’hui, c’est la mettre entre les mains d’un État et d’un gouvernement ultralibéral qui va en faire un outil de pression collective supplémentaire. Parce qu’on voit l'État de l’hôpital aujourd’hui, on voit comment ils ont utilisé justement, ils trafiquent tout ce qu’ils veulent avec le budget de la sécurité sociale pour rapporter l'âge de la retraite, etc.Et donc, il y a un enjeu majeur pour que la sécurité sociale alimentaire soit émancipatrice et ne pèse pas notamment sur le budget des ménages. Parce que c’est l’enjeu, j’ai vu des gens qui disaient ça va faire des charges supplémentaires. Ça fait des charges supplémentaires si c’est géré par l’État.Si c’est une cotisation collective, non. Parce que ça réduit aussi des tas de coûts qu’on va avoir dans la vie quotidienne.
Bertrand
Pour moi, ça c’est un autre enjeu. Et il faut aussi faire attention à ce qu' une caisse de sécurité sociale alimentaire ne soit pas une sorte de grosse entreprise qui se mettrait à gérer en salariés des paysans. Ce n’est pas l’enjeu.L’enjeu, c’est qu’ils gardent une liberté dans la façon dont ils choisissent ce qu’ils produisent, comment ils le produisent. Et pour nous, ça doit être un outil de démocratie et pas un outil de contrôle social. Il faut faire attention à une façon dont ça va se construire à l’avenir et être très vigilant sur tous ces points, tous ces écueils qui sont possibles autour d’une belle idée.C’est pour ça qu’on est très attachés au modèle qui a été mis en place en 1946 de sécurité sociale. En 1946, c’est quelque chose que les gens ne savent pas trop, mais au tout début, avant même que ce soit généralisé, le système de sécurité sociale était autogéré par les travailleurs. Il était même à l'échelle de chaque usine, de chaque lieu de travail, on mettait en place des caisses de cotisation.Et ensuite, avec Ambroise Croizat, c’est un système qui a été généralisé, mais initialement, c'était les travailleurs eux-mêmes qui décident et qui géraient ces caisses de sécurité sociale. Et ensuite, le système a été étatisé et repris en main par l’Etat. Mais aujourd’hui, nous, ce qu’on défense, c’est une sécurité sociale qui s’inspire du modèle de 46, donc qui soit autogéré et qui soit où on décide démocratiquement, et bien sûr en concertation avec les producteurs, de qu’est-ce qu’on produit, comment, dans quelle quantité, reprendre la main sur la production.
David Dufresne
Alors maintenant, il n’y a pas de son, mais vous, vous connaissez les images par cœur. Je mets d’abord la capture vidéo par votre collectif de ce qui s’est passé hier matin au Louvre. Donc deux de vos camarades, Sacha et Juliette, je ne sais plus.Marie-Juliette, c’est ça. Qui donc asperge la Joconde, plus exactement la vitre blindée de la Joconde. Marie-Tondelier, ce matin sur France Inter, expliquait que c'était du butternut. Bon, très bien. Et vos deux camarades qui sont aujourd’hui en garde à vue, au moment où on se parle, prennent la parole et expliquent comme elles le peuvent les revendications d’une sécurité sociale alimentaire et de la folie de l’agro-business. Et on voit immédiatement l'équipe du Louvre qui a prévu le coup avec des petits rideaux opaques, etc.Ces images vont faire le tour du monde. Je vais demander à Euryale si tu peux m’envoyer dans le tchat l’autre image, celle-ci, de Merlin et de ses camarades, Place Beauvau. Comme ça va faire les deux actions en même temps.Et on pourrait les décrire. Voilà, l’action peps, la voici. Alors, attends, pourquoi, pourquoi me dit ça ?Voilà, c’est celle-ci. Je me demande, alors je ne sais pas, Merlin, où es-tu es ? Je crois que tu es à gauche là, non ?
Merlin Gautier
J’ai un chapeau.
David Dufresne
Ah oui, tu as un chapeau. Regardez, c’est le chapeau avec lequel il est rentré dans le studio. Regardez bien.Nous sommes au même moment, hier matin, un dimanche ensoleillé de février. Vous êtes cinq militants de Peps. Vous n’avez pas vraiment le temps de déployer votre banderole.On voit Ritchy Thibault parmi vous, qu’on connaît bien puisqu’il est pigiste au poste. Toi, tu es à droite avec ton chapeau. Et la police va prendre votre banderole et ça va durer.
Merlin Gautier
C'était des Brav M.
David Dufresne
Comment ? Et la BravM ?
Merlin Gautier
C'était des Brav M Donc, ça, c’est les actions d’hier.
David Dufresne
J’aimerais que vous me disiez comment vous avez ressenti ces répercussions. Alors, oui, voilà, comment vous avez ressenti les répercussions de ces deux actions ? Vas-y, vas-y, vas-y.
Merlin Gautier
J’arrive.Bon, déjà, la cible était propice à ce qu’il y ait une…
David Dufresne
Donc, toi, c’est la Joconde.
Merlin Gautier
La Joconde.
David Dufresne
Toi, c’est Léonard de Vinci. Très bien.
Merlin Gautier
La cible était propice à ce qu’on en entend parler. C'était clairement l’objectif de ce type d’action. L’objectif de ce type d’action, c’est d’avoir un fort retentissement médiatique.Nous, on a un répertoire d’action, un répertoire tactique qui est assez large. On a fait différents types d’actions. Ce type d’action là, l’objectif, c’est prioritairement de porter une attention.Ensuite, viendront sans doute des actions plus perturbatrices qui vont mobiliser beaucoup plus de monde. Mais ça, on verra. Vous verrez bien par vous-même.Mais ce type d’action, voilà, l’objectif, c’est d’interpeller, c’est de lancer un sujet. Mais là, clairement, dans le contexte actuel, c'était aussi de mettre un peu les pieds dans le plat. Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, on a un mouvement social et agricole qui est en cours.On a des manœuvres politiques qui visent à opposer les écologistes et les agriculteurs. En fait, on a exactement les mêmes soucis, les mêmes priorités. Et je ne pense pas que ces deux mondes-là s’opposent, je pense qu’ils peuvent se rejoindre.Et qu'à partir du moment où on pointe ce qui ne va pas avec ce système agroalimentaire dont on a parlé longuement précédemment, évidemment que les deux causes se rejoignent. L’action a eu un retentissement à la fois très fort, médiatique, etc. dont on est parfaitement satisfait.
David Dufresne
Après, elle a commencé à faire polémique. Confédération Fédération Paysanne, entrez, on n’a pas fini, bonjour, entrez. Tu peux poser tes affaires là-bas, on termine mais peut-être qu’il y aura un petit dialogue à trois qui pourrait être pas mal et après je resterai seul avec monsieur. Il y aura du café, il y aura tout ce qu’il faut, installe-toi tranquillement.
Merlin Gautier
Donc là, cette action, évidemment, ça nous permet de lancer la campagne, ça nous permet de mettre le sujet sur la table, le sujet de la sécurité sociale de l’alimentation. C’est un sujet qui est très peu, voire pas du tout débattu, même les partis de gauche pendant les présents sociales ne portent pas ce type de proposition. Donc ça va être très intéressant de voir comment les médias ensuite vont traiter ce sujet, comment nous on va pouvoir en parler.Mais nous voilà, on a commencé du coup à pouvoir apporter cette proposition, cette revendication grâce à cette action. Et ensuite d’autres actions vont venir. Nous on fonctionne par campagne qui fonctionne avec des actions répétées.Donc on va avoir des actions qui vont se répéter dans le temps pour faire pression sur ce sujet là.Alors Rachida Dati a adoré. La Joconde, comme notre patrimoine appartient aux générations futures, aucune cause ne peut justifier qu’elle soit prise pour cible. Prisca Thévenot, porte-parole du gouvernement je ne suis pas sûr que la Joconde soit la plus grande pollueuse de France. Rima Abdul Malak, ancienne ministre de la Culture. L'éco Vandalisme est de retour. Qui peut croire que la vitre de la Joconde barbouillée de soupe est le symbole du droit à une alimentation durable. Les chefs-d'œuvre de nos musées ne sont pas des pancartes de manifestations. Quelle absurdité d’opposer l’art et l'écologie.La coordination rurale. Bloqués ne veut pas dire tout cassé. Nous ne sommes pas des black blocs, des éco-terroristes.On produit de la soupe, on ne balance pas sur la Joconde. Yannick Jadot, des activistes écologistes ont aspergé la soupe. La Joconde, on l’ouvre.Ils agissent pour dire leur angoisse absolue. Sur leur mode d’action, j’ai des réserves. Enfin, Mélanie Vogel, députée verte européenne qu’on avait reçue au poste, est la seule à vous donner vraiment du crédit, un coup de sang légitime
David Dufresne
Ce qui s’est passé pour vous se passe depuis toujours, depuis l'époque d’acteurs, etc. C’est-à-dire qu’on dit finalement le coup d'éclat efface les raisons, les revendications. Et Pauline, qui avait relevé plein de trucs, il y a aussi Valérie Pécresse, il y a plein d’autres gens qui disent, mais qu’est-ce qu’ils veulent ?Est-ce que tu as vraiment le sentiment que vous ouvrez vraiment la porte à une discussion comme on vient de le faire là pendant une heure ? Ou est-ce que c’est le coup d'éclat qui reste avec une forme d’incompréhension ou de fausse incompréhension ? Et comment vous gérez ça ?
Merlin Gautier
Alors ça, effectivement, c’est des manœuvres stratégiques qui sont assez complexes. Mais évidemment que l’action en elle-même, si on se contentait de celle-ci, ce qui ressortirait majoritairement, c’est le coup d'éclat. Bon, il y a des militants qui font des trucs un peu dingos c’est tout ce qui en ressortirait. Mais évidemment, nous, on va essayer sur le temps long d’installer un narratif en répétant justement des actions, en massifiant aussi nos actions, en impliquant de plus en plus de monde dans nos actions.Et plus on va massifier, plus on va répéter nos actions, plus on va avoir de l’espace aussi pour déployer notre narratif, notre discours et notre revendication.Si évidemment, on se contente juste de ça et qu’après on ferme la boutique, bon, il y a peut-être quelques personnes qui vont aller creuser un peu le sujet et c’est déjà ça de prix en quelque sorte. Mais évidemment que la majorité de la population n’y verra que un coup d'éclat, on ne sait pas trop pourquoi. Là, c’est une action qui s’inscrit dans une stratégie de campagne.Elle a un objectif à un moment donné. Il y a d’autres actions qui vont venir qui auront un autre objectif. Et progressivement, on va installer notre narratif, on va installer un moyen de pression avec les moyens dont on dispose pour le faire.Et nous, on n’a rien inventé. Tu as cité Act Up. Il y a plein d’autres mouvements sociaux par le passé qui ont fait ce type d’action.Ce n’est pas du tout nouveau. Donc les gens qui s’effarouchent aujourd’hui, évidemment, sont dans une posture. Et il ne faut pas être dupe.Ils savent très bien eux-mêmes l’intérêt stratégique de ce type d’action.
David Dufresne
Cela dit, on reviendra. Là, on est sur la crise agricole et sur le moment incroyable qu’on est en train de vivre. Mais on reviendra quand vous voulez pour parler de ces…
Merlin Gautier
Parce qu’Act Up aussi était revenu. Je me souviens de Mathieu Bonneville qui lui-même, qui est aujourd’hui à Beaubourg, qui était un des grands acteurs d’Act Up. Il y a eu des discussions à un moment donné.
David Dufresne
Est-ce que les actions parlent d’elles-mêmes ou pas ? Et par exemple, Asperger la Joconde, ça ne parle pas forcément de…
Merlin Gautier
Bien sûr, mais ça permet d’avoir un impact médiatique bien plus fort que peut-être d’autres actions qui vont parler d’elles-mêmes. L’intelligence stratégique, c’est d’arriver à articuler les deux, justement. Des actions qui vont permettre une forte visibilité médiatique et des actions qui vont plus parler d’elles-mêmes.
David Dufresne
Alors, il y a Thomas Gibert de la Confédération Paysanne qui est là. Donc, je te présente les deux loustics. Il y a Bertrand de Riposte Alimentaire, ceux qui ont fait l’action sur la Joconde.Et il y a Merlin de Peps qui était hier place Beauvau pour déployer une banderole. C’est l’homme au chapeau qu’on a vu à la vidéo. Bon, vous êtes obligé de montrer des photos de la banderole parce que vous n’avez pas eu le temps.La logique est la même que celle de…
Merlin Gautier
Non, je pense que ce n’est pas la même logique. D’abord, le message de notre banderole, c’est Vive nos paysans morts à l’agrobusiness. C’est d’abord un message de soutien et de solidarité.Nous, on n’avait pas pour but d’apporter un sujet sur la table. On avait pour but de montrer qu’il y a des militants de l'écologie populaire, en ville, qui sont solidaires, qui sont dans le mouvement social avec les agriculteurs. C'était ça, le message.Et c’est pour ça qu’on l’a fait devant l'Élysée et la place Beauvau.Le but n'était pas ici de faire une dégradation ou même de faire un coup d'éclat médiatique. On est plutôt contents des retours qu’on a parce que, justement, ça casse un peu l’image qu’on peut avoir entre l'écologie d’un côté, le monde agricole de l’autre. Voilà, on essaye de faire un pas parce que nous, c’est notre ADN.On est initialement en mouvement de gilets jaunes. Tu m’as appelé au téléphone, j'étais très touché parce que moi, j'étais uniquement à Paris, mais j'étais place de l'Étoile d'île le 17 novembre. Et le travail que tu avais fait à l'époque de recenser les blessés gilets jaunes, c'était très important.
Bertrand
Ça m’avait beaucoup touché. Je suis ravi de te rencontrer aujourd’hui. Je pense qu’on a toujours à PEPS cette volonté farouche de faire l'écologie par, avec, aux côtés des classes populaires.Parce que ce ne sont pas les gouvernements qui résoudront le problème de la crise écologique. C’est d’abord un problème du peuple dans son ensemble. Voilà, donc, nous, c’est notre façon de voir la façon dont fait la politique On l’a fait moins pour les puissants que pour les gens.
David Dufresne
Mais cela dit, vous êtes un peu salauds parce que le ministère de l’Intérieur est plutôt sympa avec les agriculteurs. Pourquoi aller le faire chier alors que pour une fois, il comprend la colère légitime ? Enfin, je veux dire, c’est bizarre comme…
Merlin Gautier
Alors d’abord, le ministère de l’Intérieur a le bon goût d'être à côté de l'Élysée, sinon il ne serait pas allé.Il est en face, il suffit de traverser la rue comme dirait l’autre.C’est ça, pour trouver un travail. Peut-être que Darmanin cherche.Il y a eu des exemples, Mitterrand, Sarkozy, etc.Darmanin est probablement l’un des hommes les plus sales et les plus hypocrites de notre régime actuel. Parce qu’après avoir versé le sang, versé le sang en manifestation dans les quartiers, etc. Il vient d’expliquer que les agriculteurs qui vont cramer des péages, etc Eux, ce n’est pas des éco-terroristes. Le deux poids de mesure était visible sur notre action. C’est-à-dire que nous, militants écolos, on vient déployer une banderole devant chez lui.Là, la répression est directe. Elle est instantanée, elle ne se fait pas attendre. Il ne va pas venir sur TF1 dire oui, c’est un coup de sang légitime.
Bertrand
Non, non, non. Il y a tout de suite une différence. Dès qu’on politise par l'écologie le mouvement, alors là, ça devient dangereux. Et d’ailleurs, en réalité, c’est ce qui va se passer aujourd’hui et dans la semaine avec le blocage de Rungis par les agriculteurs. C’est-à-dire que là, ils vont vraiment attaquer le cœur de la machine. Et à un moment, il a sorti les chars.
Merlin Gautier
Vous avez vu les images ?
Bertrand
Non, pas les chars, les véhicules légers blindés. Pas d’exagération, pas d’exagération. Les chars à eau, si vous voulez. Mais moi, je les ai vus, ces chars, dans les manif des gilets jaunes. Et je les connais bien.
David Dufresne
Oui, ils étaient ressortis le 8 décembre à l’acte 4 des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées pour donner un effet de sidération.
Merlin Gautier
Et c'était assez impressionnant d’ailleurs.
David Dufresne
Alors, je propose à Thomas de nous rejoindre s’il veut bien. Peut-être au milieu. Je vous propose parce que c’est quand même le but d’Au Poste, c’est de créer des ponts.Alors, je ne sais pas si vous vous connaissez ou pas du tout. Thomas et donc Thomas Gibert. Et donc, c’est ça.Alors, voilà, regarde, il te donne le micro. Alors, il est maraîcher. Tu es maraîcher
Thomas Gibert
Oui, je suis maraîcher sur une ferme collective et je suis secrétaire national de la Confédération Paysanne, chargé des dossiers action mobilisation, sécurité sociale de l’alimentation et d’autres dossiers aussi. Mais je pense que c’est cela qui sera intéressant aujourd’hui à développer.
David Dufresne
Tu connaissais le PEP, c’est Riposte Alimentaire ou pas du tout ? Tu as le droit de dire non, pas du tout.
Thomas Gibert
Si, si, je connaissais, mais de loin.
David Dufresne
Et ça va, tu n’es pas… Je ne te piège pas parce que là, tu es entre les deux.
Thomas Gibert
C’est quoi la question ?
David Dufresne
Non, il n’y a pas de question, mais ça va, tu te sens à l’aise. Alors juste pour t’expliquer le dispositif ici. Alors le micro peut être un petit peu plus près si possible.
Thomas Gibert
Plus près comme ça.
David Dufresne
Ah merde, ça me fait penser qu’il aurait fallu que je fasse une photo de vous deux d’abord et ensuite.Non mais on fera ça après. Thomas, tu as un peu de temps ou pas T’as BFM à quelle heure ? T’as CNews à quelle heure ?
Thomas Gibert
Oui, c’est un peu ça en ce moment. Je ne sais pas. Je crois que j’ai un truc vers 13 heures, mais je n’ai pas de nouvelles.
David Dufresne
Juste pour créer des liens, les deux actions, donc la Joconde dont tu as entendu parler, la Banderole de l’Autre, est-ce que tu penses que ça vous aide ? Ou est-ce que tu penses que ça pollue le combat ?
Thomas Gibert
Moi, je pense qu’on ne peut pas parler d’agriculture sans parler d’alimentation.Ce n’est pas vraiment nos modes d’action à la Confédération Paysanne, mais on comprend qu’au vu de la situation, il faille réussir à orienter le débat public vers des questions un peu plus larges, notamment la question de la sécurité sociale de l’alimentation est une réponse aux 10 millions de personnes qui sont dans une précarité alimentaire en France aujourd’hui.Je ne sais pas si ça sert ou pas en vrai, parce qu’il se joue quand même des choses importantes en termes d’essayer de se mobiliser ensemble en tant que paysans et paysannes, d’avoir des revendications communes, peut-être aussi avec d’autres syndicats, pour pouvoir réussir à mettre un coup sur le mal premier absolu selon nous, qui est le libre-échange. Donc en fait, à la Confédération paysanne, on est toujours dans une tension. On est toujours en ligne de crête entre les revendications de la société civile.Et du coup, je ne sais pas quelle stratégie aujourd’hui dans l’actualité est bonne. Peut-être que c’est les deux en parallèle. Moi, j’ai l’impression que c’est un peu ça, qu’il faut se battre un peu sur tous les fronts.Et que justement à la Conf, on est un peu là pour faire cette jonction-là. Pour dire d’un côté aux paysans, attendez, si on fait augmenter les prix, ça va être compliqué au niveau des citoyens et des citoyennes pour avoir accès à une alimentation de qualité. Et du côté citoyen et citoyenne, attendez, si les paysans et paysannes mettent des pesticides des compagnies, c’est pas pour le plaisir.Ils le font parce qu’ils sont sur un marché international et que s’ils ne le font pas, ça augmente leur coût de production et du coup, ça va réduire leurs marges et du coup, ils seront dans une précarité encore pire que celle d’aujourd’hui.Je ne sais pas si aujourd’hui, dans quelle phase, peut-être qu’il faut qu’on pousse de toute façon contre le néolibéralisme et d’ailleurs, on le ressent bien dans les blocages, les revendications commencent à converger un peu. J’ai l’impression qu’on parle quand même de moins en moins de normes parce que les normes, ce n’est pas vraiment le problème. On le sait bien, le problème c’est la compétition, c’est la spéculation des matières premières agricoles et du coup, aujourd’hui, voilà, je m’arrêterai là.
David Dufresne
Est-ce que vous voulez interpeller, discuter, dialoguer avec Thomas ?Vas-y, vas-y.
Thomas Gibert
Ce que tu dis est très juste. Je pense qu’il y a besoin déjà de se parler.
David Dufresne
J’en profite pour faire des petits réglages techniques. Mais allez-y, vous êtes à la mission.
Thomas Gibert
Il y a besoin déjà de se parler. Entre notre mouvement et la Confédération Paysanne, on peut avoir des discussions plus facilement qu’avec d’autres. Mais je pense qu’on a besoin de parler avec tout le monde, avec tous les agriculteurs qui composent le mouvement social actuellement, et de lever les malentendus.Je pense qu’il y a beaucoup de malentendus d’un côté de l’autre. Il y a beaucoup de on dit, d’hommes de paille un peu qui peuvent être dressés. Et je pense qu’on a besoin de se comprendre.
Bertrand
Tu penses à quoi comme malentendus ?
Thomas Gibert
C’est ce qu’on disait par exemple sur la question des normes environnementales. C’est ce que je disais tout à l’heure. Évidemment que dans ce contexte-là, un contexte de libre-échange, un contexte de subventions qui encourage le productivisme, évidemment que dans ce contexte-là, ajouter des normes agricoles qui en plus engendrent des situations complètement kafkaïennes où on a des labels dans tous les sens, on ne sait plus trop où aller.Évidemment que dans ce système-là, ce n’est pas possible, ça ne fonctionne pas. Ça crée une schizophrénie qui n’est pas gérable. Donc nous, il y a évidemment un dialogue à avoir pour lever les malentendus et sans doute se rendre compte qu’on est d’accord sur beaucoup de choses.Et de toute façon, la question de qu’est-ce qu’on produit, comment on le produit, c’est une question où il est temps que tous les citoyens, toutes les citoyennes se mettent autour de la table pour répondre à cette question, à la fois les producteurs, les consommateurs. Et c’est particulièrement le cas en matière d’alimentation.
David Dufresne
Des trois gros syndicats agricoles, FNSEA, Coordination Rurale et la Conf, Confédération Paysanne, la Confédération Paysanne est la plus à même de discuter, je pense. Vous êtes sur ces questions-là, je veux dire, non ? C’est plutôt avec les autres qu’il faudrait dialoguer, non ?
Thomas Gibert
On aimerait bien, mais…
Merlin Gautier
Oui, je pense effectivement qu’il y a un peu une idée dans ce genre-là. Peut-être qu’il faut que les orgas environnementaux, enfin, qui portent des revendications, voilà, plutôt dans notre mouvance sociale, environnementale, réussissent à parler et à avoir un langage qui parle aux paysans et aux paysannes.J’ai l’impression qu’il y a un fossé culturel qu’il faut aussi laisser tomber. Et il y a pas mal de mépris de classe qui peut y avoir. Et je pense qu’il faut faire très attention dans les organisations à ne pas avoir des modifications à côté de la plaque
Thomas Gibert
Je ne sais pas comment marche le chat, mais il y a une question.
David Dufresne
Vas-y, vas-y.
Merlin Gautier
Parce que là je vois qu’il y a un agriculteur sur une petite exploitation, 100 % en direct, et se pose la question à chaque fois du dilemme entre l’accessibilité de sa nourriture et le prix qu’il met pour la vente. Parce que là, ils se rendent compte que ces clients ne sont que des bourgeois et compagnie. Les réflexions de la Sécurité sociale de l’alimentation ont démarré à la Confédération Paysanne.
Thomas Gibert
Justement un peu à partir de ce constat-là. Nous à la Conf, à un moment donné, on a pas mal porté le fait que les circuits courts, ça allait être la solution géniale pour généraliser une agriculture paysanne et compagnie. Et en fait, on s’est vite rendu compte que nos clients, moi je suis personnellement au circuit court et effectivement nos clients, c’est que des classes moyennes supérieures et il n’y a pas de classe populaire.
David Dufresne
A cause du prix ?
Thomas Gibert
À cause du prix, oui, carrément. En fait, il faut se rendre compte que une agriculture paysanne, elle est plus chère à produire parce que dans l’agriculture conventionnelle, on ne prend pas en compte les externalités négatives, tout ce qui est pollution, arrachage d’air et qui ne sont pas pris dans le coût du produit. Et du coup, on s’est dit à chaque fois, on réfléchit du côté de l’offre, de la production. Toutes nos politiques, au départ, on a toujours dit qu’on réfléchisse, on voudrait que produire comme ça parce que c’est important pour l’environnement, etc. Et là, on a les réflexions qu’il y a eu à la conf, c'était on va plutôt prendre le chemin inverse et réfléchir par rapport à la demande. Et en fait, on s’est rendu compte que les classes populaires, elles aimeraient bien avoir une alimentation, enfin, si on leur pose la question, ils voudraient bien avoir une alimentation de qualité en bio qui exploite pas les paysans et les paysannes. Le problème, c’est une question d’accessibilité. Et pour ça, il faut une redistribution massive de la richesse.Et du coup, c’est là qu’ont été entamées les réflexions avec Bernard Friot et compagnie sur une réflexion d’un cinquième volet de la sécurité sociale. Et pour socialiser l’alimentation. En fait, c’est une revendication qui est absolument malade.
David Dufresne
C’est comme en sortie de 45, on sort la sécurité sociale de la santé. Je ne sais pas si vous avez eu le temps de développer.
Thomas Gibert
Oui, oui, ça a été développé. Mais là, ce qu’on propose, c’est sortir de la précarité alimentaire. Il n’existe plus de précarité alimentaire dans le pays. Et que ce soit structurel. Comme aujourd’hui, ça ne pourrait nous sembler impensable que la santé ne soit pas accessible. Il y a eu des tricotages, etc. On peut dire ce qu’on veut. Mais il y a quand même une base solide de la sécurité sociale de la santé qui existe. Aujourd’hui, ce serait pareil pour la question de l’alimentation qui est quand même une question de base pour les citoyens et citoyennes.
David Dufresne
Monsieur, est-ce que je vous libère ou avez-vous avez une question brûlante ?
Merlin Gautier
Je n’ai pas forcément une question brûlante. Je veux redire le sens de notre action. C'était justement une action de soutien, et en particulier au travail de la Confédération paysanne qui nous semble essentielle.Je pense que ça a été pour beaucoup de militants écologistes et surtout des militants de l'écologie sociale un grand soulagement quand vous avez décidé de rejoindre le mouvement et d’y porter des revendications qui ne sont pas celles de la FNSEA et de l’agro-business syndiquée. Pour nous, vous pointez le libre-échange. Il est évident à quoi servent les normes environnementales, à quoi servent même les promesses de normes environnementales parce que Macron n’en a jamais fait une seule.Il faut quand même être conscient de ça. Quand en réalité, ceux qui fixent la loi, ce sont les traités de libre-échange. Parce qu’on cite celui avec la Nouvelle-Zélande qui a eu lieu avant.Mais il y a le Mercosur, il y a le Tafta, le CETA et un nombre d’acronymes énormes. Et en fait, ces accords de libre-échange, ils fixent un monde au-dessus des États, au-dessus même de l’Union Européenne et tout ça, qui sont les cours internationales où les entreprises peuvent réellement décider et imposer leurs décisions aux États en termes de réglementation. C’est quelque chose qu’on a vu, par exemple, je donne un exemple précis qui est celui de l’interdiction du tabac en Australie et de toutes les réglementations sur les cigarettes, où Marlboro, je crois, avait gagné son procès contre un État en imposant que c'était une atteinte à la concurrence.Donc en réalité, qu’est-ce qu’on attaque quand on attaque le libre-échange ? On attaque une minorité d’ultra riches qui fixent la loi au-dessus de toutes les populations du monde. Voilà, c’est vraiment ça le combat.C’est un combat de classe. Et ce combat de classe, il se mène à tous les échelons de notre planète, y compris dans nos villages et dans ce mouvement social actuel. Et pour nous, il y a quelque chose d’essentiel parce que les paysans, ce sont les premiers travailleurs de l'écologie aujourd’hui.Ce sont l'échelon de base de la transformation écologique dont on a tous besoin pour échapper à ce que le capitalisme industriel nous donne comme horizon. Donc, construire avec Helleuze, c’est un choix de survie autant qu’un choix de bonheur, pour dire les choses comme ça. Et APEPS ont construit un réseau éco-syndicaliste en parallèle de notre organisation, parce qu’on considère qu’il y a d’autres secteurs essentiels à l'écologie, notamment dans le monde des déchets où on a été très fortement en soutien pendant la grève des retraites et d’autres avec qui on doit construire ce monde des travails de l'écologie qui doit être valorisé, qui doit être respecté et qui doit être mis au cœur de la construction de demain.
David Dufresne
Alors Thomas veut réagir, après je prends une photo de vous deux et je reste avec Thomas.
Thomas Gibert
Je pense qu’on est à un moment de la mobilisation où il faut faire gaffe à ce qu’on dit. Quand on dit, là on est sur un mouvement qui vient de la base. Voilà, ceux qui bloquent c’est vraiment la base, il n’y a pas vraiment les responsables syndicaux.Et quand on dit la FNSEA machin, je pense qu’il faut plutôt cibler les responsables de la FNSEA. Les intérêts que portent les responsables de la FNSEA sont, je pense, très éloignés de la base. Et du coup, il ne faut pas mépriser ceux qui adhèrent à la FNSEA et qui n’ont pas forcément les revendications.Moi je pense notamment à Arnaud Rousseau aujourd’hui, qui en plus d'être président de la FNSEA, il est président du groupe industriel Avril.
David Dufresne
Qui est le troisième ou quatrième groupe d’agro alimentaire.
Thomas Gibert
Et donc, lui ce n’est pas un paysan. Lui c’est un agri-manager, il a une ferme de 700 hectares. Et il a bâti sa fortune sur la spéculation des matières premières agricoles.Donc effectivement, ses intérêts à lui perso, ça va être sur le maintien de ce dogme libéral, du maintien du libre-échange. Et en plus de ça, le problème c’est que le gouvernement aujourd’hui, il se tourne exclusivement vers les responsables de la FNSEA. Et c’est pour ça aujourd’hui qu’on n’obtient aucune solution concrète sur le revenu.En fait, jamais ils ne remettent en cause le libre-échange. Et qu’est-ce qu’on a encore hier matin comme action de Gabriel Attal hier matin ? On ré autorise les néonicotinoïdes, donc pesticides assez dangereux pour l’environnement.Mais ça sert à qui ? Ça sert à l’agro-industrie ou ça sert aux paysans, aux paysannes ? Pour nous, la question des normes, parce qu’il y a une question des normes.Ce n’est pas genre il faut des normes ou il n’en faut pas. Pour moi, il faut des normes. Mais le gros problème aujourd’hui, c’est que l’immense majorité de ces normes sont au service de l’agro-industrie et du libéralisme, alors qu’elles devraient être au service des paysans et des paysannes.On va faire le point sur l'état des troupes, ce qui explique peut-être pourquoi le gouvernement s’adresse en priorité à la FNSEA.
David Dufresne
Est-ce que je vous libère, messieurs ? Tu veux faire la photo, non ?Je vais faire une photo de vous deux après Thomas est-ce que tu veux un café ? Vous pouvez encore discuter un petit peu ensemble. Je te fais un café et après on part dans l’entretien avec Thomas.

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