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L’infodivertissement comme paravent politique : le cas Hanouna

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
Ah, c’est parfait Là je suis un peu speed parce que ce matin, il n’y avait rien qui marchait mais là tout marche. Comment ça va ?
Claire Sécail
Ça va ! Bonne année !
David Dufresne
Bonne année Voilà, on est sur le campus de Censier à Paris cinquième, une partie des étudiants ont été relogés à Nation Alors attends, je vais chercher la petite présentation chargée de recherche au CNRS Claire Sécail défavorablement connue de nos services En 2022 Elle était venue nous parler de son enquête quantitative sur Hanouna et son emprise Tu nous reviens avec un petit livre court, qualitatif Et alors ? Je ne sais pas du tout ce que je dis en fait, mais ce que je veux dire par là, c’est que quand tu étais venu, tu étais venu nous parler d’une étude extrêmement sérieuse où tu t'étais mangé des mois et des années d’adulte, à regarder tout scrupuleusement, à noter, à quantifier Et là tu es, tu pousses l’analyse à dire que ce n’est pas du tout une redite de tes travaux précédents qui sont disponibles, qu’on peut retrouver facilement sur différents sites Mais c’est vraiment une analyse C’est pour ça que je parle de qualitatif pour moi, je ne sais pas si c’est le bon terme En tout cas incisif sur Hanouna, Cyril et ces débats qui n’en sont pas, son divertissement tout populiste, sa désinformation élevée au rang de petite entreprise dans Touche pas à mon peuple, Le Seuil, collection Libé, c’est la petite collection pas chère, inégale, avec des joyaux comme le tien, puis des trucs un peu moins bien, mais bon voilà Claire décortique le dispositif Hanouna au service du patron Bolloré un l’antiparlementarisme ordinaire, un anti élitisme intellectuel et médiatique et ce que tu appelles un populisme pénal Est ce que cette introduction te convient ?
Claire Sécail
C’est pas mal, Je précise quand même sur le qualitatif quantitatif que pour moi je fais un travail qualitatif à peu près tout le temps Simplement, c’est vrai que le travail sur la présidentielle et la problématique autour du pluralisme m’avait amené à quantifier En fait les données avaient beaucoup circulé c’est ce qui avait été le plus médiatisé Mais j’avais proposé aussi une analyse qualitative dans cette étude pour montrer comment, par le discours, on renforce les inégalités de traitement des candidats au delà même des temps de parole et du quantitatif, du pur quantitatif La différence avec ce petit travail, c’est que l’espace temps de la campagne électorale était un peu frustrant pour observer l’objet et que finalement, c’est en remontant un peu dans les archives pour écrire ce travail avec l’analyse, la grille d’analyse du populisme que j’arrivais à mieux comprendre, comment l’animateur était devenu ce qu’il était devenu, comment il était passé d’une émission populaire à une émission populiste Mais je précise que mon usage du terme populiste n’est pas un anathème Je ne l’utilise pas comme insulte, comme on peut l’utiliser Un peu Tous les jours Je démonte à partir de travaux qui sont assez sérieux C’est pas moi qui travaille sur ces questions là Mais Les populismes studies, c’est un domaine de recherche tout à fait développé et dynamique par des politistes, des sociologues Et moi j’analyse par le discours comment cette émission, en fait, va complètement correspondre à une définition que je mobilise dans le travail qui est celle d’un politiste qui a Smooth deux, je ne sais pas comment prononce, mais qui a donné une définition On en reparlera, on en reparlera peut être un petit peu Plus en détail après Mais voilà, ça c'était La différence par rapport à L’approche Sur la présidentielle, qui était Plus Une réflexion sur comment le divertissement évoque les enjeux d’une élection majeure dans la démocratie Et puis comme je me suis retrouvée avec un objet un peu atypique, j’ai déplacé ma réflexion pour essayer de mieux appréhender cette émission et son histoire parce qu’il y avait pas grand chose sur le sujet
David Dufresne
Je pense que non, mais c’est très bien Mais tu sais, tu n’es pas chez Hanouna tu as tout le temps et on ne va pas t’interrompre Et il n’y aura pas des Oui non pour ou contre à non je rigole, mais la partie populisme pénal sur laquelle on reviendra tout à l’heure et assez glaçante parce qu’en réalité tu parles évidemment avec énormément de précision d’Hanouna et de son dispositif, mais en fait il y a des moments où c’est quasiment un prétexte pour nous expliquer ce qu’est ce genre là de populisme en fait, qui, qui non seulement nous guette mais nous entoure, nous submerge et semble un peu submerger l’Occident et au delà c’est ça ?
Claire Sécail
Oui, oui, c’est ça Et ce qu’il y a derrière aussi, parce que tout se joue pas sur un plateau, j’ai ma limite, c’est à dire que je travaille Je fais une analyse de contenu de l'émission évidemment, il y a des choses que je ne peux que supputer ou avoir une présomption Voilà Mais tout ce qui se passe en coulisse, tout ce qui explique la façon dont sont traitées les émissions, les thèmes, je n’ai pas d'éléments pour le renseigner Et c’est pour ça qu’une émission comme Complément d’enquête qui donnait des clés importantes puisque pour reprendre la question du populisme pénal Virginie Villard dans son son émission sur Cyril Hanouna Elle montre comment sur les plateaux la question sur la peine de mort a été complètement scriptée
David Dufresne
Et alors ?
Claire Sécail
Moi, j’en avais une intuition très forte, parce qu' à force de regarder et de traiter des corpus assez longs de ces émissions plus 300 heures pour l'étude sur la présidentielle et j’en ai rajouté une centaine pour le travail, finalement, on voit un peu au delà des partitions, là, des personnages que chaque chroniqueur joue un petit peu pour pour l'émission, sa cohérence et sa sensibilité Et quand il tient des propos qui vont dénoter par rapport à tout ce qui est dit avant sur certains sujets, on le sent, on voit qu’il y a un truc qui se passe derrière, qui n’est Pas dans la Logique de ce que la personne peut penser réellement Et quand Matthieu Delormeau parle de la peine de mort je vois tout de suite que ça correspond pas du tout à quelque chose qui l’anime lui personnellement Même si c’est un chroniqueur qui joue beaucoup sur le discours de l’autorité en parlant des policiers par exemple, ça lui arrive Mais la peine de mort, c’est quand même autre chose c’est un sujet grave qui vient de manière complètement artificielle à partir d’une séquence sur Nordal Lelandais et qui magouille en prison pour avoir un accès à un téléphone,Donc ça paraît complètement artificiel et on comprend après pourquoi, ce qu’il y a derrière le choix de cette mise à l’agenda d’une question qui contribue au populisme pénal c’est un des thèmes sur lequel s’appuie beaucoup cette rhétorique là
David Dufresne
Et il y a parfois cette espèce de contre intuition Elle est au cœur même du dispositif et on y reviendra tout à l’heure, notamment avec le rôle qu’a joué Hanouna avec les gilets jaunes En tout cas, comment il a essayé d'œuvrer et assez habilement semble t il, au début et à un moment donné, il va y avoir une tension interne entre lui c’est à dire entre eux, à la fois une défense des gilets jaunes et une défense de l'État Alors il faut savoir que moi, Hanouna, je le connais quasiment pas, je le connais grâce à toi donc parfois je suis un peu perdu parce que je ne sais pas qui est Mathieu Mathieu machin Bon bref Mais ça n’a pas, ça n’a pas beaucoup d’importance en revanche, ce que je ressens Et après je vais attaquer, enfin je vais attaquer, je vais aborder d’autres bouquins Ce que je ressens, c’est que c’est hyper difficile On est presque sommé de se situer quand on fait une émission, même aussi petite que celle ci au poste Si j’avais su que l’autre il y a un truc qui s’appelle Touche pas à mon poste ou je sais pas quoi, J’aurais pas appelé ça au poste, mais j’ai découvert ça après Voilà Mais ce que je veux dire c’est on est presque obligé de faire attention a ne pas être dans quelque chose qui pourrait un tant soit peu ressembler à Hanouna Est ce que tu comprends ce que je veux dire ? Est-ce que le monde, comme il y a 20 ans, la télé réalité a gagné, gangréné tout l’audiovisuel ? Il n’y a pas une forme d’anonymisation totale
Claire Sécail
Même les émissions qui pourraient être les plus sérieuses peuvent parfois sembler bien inspirées Oui, il y a a une personnalité qui comment dire, teinte une émission qui, somme toute, est relativement classique parce qu’on a affaire à un talkshow avec un héritage des émissions de bandes de tribu Avec une logique comme il y a eu les Grosses Têtes Les émissions de Ruquier, etc Ça, c’est une des traditions dans laquelle s’installe Cyril Hanouna Et puis donc là, il y a des comme on dit, il y a un univers, il y a un référentiel assez assez familier de ce point de vue là en terme de dispositif, mais il va par sa personnalité, en effet, faire que cette émission va basculer vers complètement autre chose, parce qu’il va l’incarner très fortement Il va promouvoir un Particulier parce qu’il a un public quand même aussi C’est ça qui lui sert de caution, qui a légitimité et qui va Il va se construire une identité, beaucoup par rapport à ce public là qu’il instrumentalise très largement, et notamment les jeunes Qui dont il entend se faire un petit peu le grand frère ou le modèle Alors bon, voilà, ça fait rire, mais c’est ça l’histoire de Cyril Hanouna C’est un discours avec de très forts effets de croyance que ça peut produire et en effet des précautions à prendre quand on sait, et c’est mon erreur, peut être Il y a deux ans, quand j’ai sorti l'étude, c’est que je n’imaginais pas à quel point Cet effet de croyance avait été performant et qu’il pouvait intégrer la critique et avoir derrière lui des gens qui allaient tout de suite rentrer dans sa logique, dans sa façon de penser et de surtout réfuter la critique, même argumentée Et la raison n’a pas Donc il m’a désignée comme adversaire politique Ce que je Je refuse de rentrer dans ce petit jeu là parce que ça n’a pas lieu d'être C’est complètement à côté de la plaque et c’est ça, il faut bien l’avoir à l’esprit Maintenant, quand on parle de Cyril Hanouna, quand on parle de cette émission, en essayant effectivement de mettre de côté tout ce qui peut accréditer cette Logique là, ce rapport de force là qui n’est pas celui que j’entends instaurer Moi, je suis une chercheuse, je travaille sur des contenus sur cette émission, je travaille d’ailleurs pas que sur Cyril Hanouna C’est pas Cyril Hanouna qui m’intéresse, mais vraiment bien ce collectif qui est ce plateau et ce qu’il produit, ce que cela renvoie de notre société, ce que cela dit aussi de nous, de notre société et des relations entre médias et politiques
David Dufresne
Pauline Todesco qui travaille au poste C’est par rapport à elle, il y a deux ans, quand tu es venu l’année derrière, elle n'était pas là Elle a justement travaillé sur la critique que t’as fait Hanouna suite à tes travaux Elle a vu comment il avait essayé de décrédibiliser à la fois en tant que personne, en tant que sur ton travail, sur toi même, sur ton institution, avec une forme de triple procès, l’un en lâcheté, un deuxième en militantisme, en déconnexion mentions complotisme Ce qui est génial, c’est que tu ne lui réponds pas dans ce livre, tu ne lui réponds pas à ces questions là, tu n’en fais pas du tout une une affaire personnelle et c’est ton travail que tu continues sous une autre forme évidemment, c’est une façon de lui répondre Mais tu n’as pas mordu assez à cette polémique C’est à dire que malgré 300 heures d’anonymisation de ton esprit, tu n’es pas tombée dans son piège Comment t’as fait ? Parce que est-ce que n’importe qui aurait commencé par ça ?
Claire Sécail
Ah mais non mais c’est qu’il est facilement identifiable Et puis encore une fois, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse le rapport de force personnel, parce que c’est ça, Cyril Hanouna Il travaille une société d’individus où des collectifs sont assez peu présents ou sont empêchés parce que tout se joue à l'échelle des individus et de leurs relations donc pour avoir une espèce de jeu agonistique et télégénique sur le plateau, il faut que ce soient des individualités qui s’opposent, qui S’affrontent Les idées, c’est pas ça qui fait gouverner le monde dans son esprit Là oui, je parle de Lui et personnellement pas parce qu’il y a derrière Bolloré Etc Mais lui, à son niveau, il est dans une vision du monde qui se joue à l'échelle des individus et des relations que ces individus établissons entre eux C’est pour ça que je fais référence au système de confrérie où les interactions personnelles sont plus importantes que le cadre collectif qui se joue Et tout le réseau de fidélité De Vincent Bolloré d’Hanouna À ses chroniqueurs Et donne à son public parce qu’il attend de son public à peu près le même, la même façon d'être soudée face à lui en tant qu’animateur, que ces chroniqueurs le sont à son égard C’est à dire qu’on n’est pas simplement fans Il faudrait que Je discute d’ailleurs avec des collègues qui travaillent sur les questions des fans Parce que là J’ai le sentiment qu’on a affaire à des femmes qui ne sont pas simplement posées dans le rôle de fan et de public qui apprécient un programme avec son animateur, mais qui dont on attend que lorsque cet animateur est attaqué, il fasse corps avec lui et contribue à souder le collectif attaquer d’où le réflexe permanent de désigner toute critique comme un adversaire politique Donc ça m’intéresse, ça m’a intéressé pas, je n’ai pas à répondre Et en fait je lui réponds parce que c’est exactement le premier volet du thématique du populisme que je traite l’anti intellectualisme Au fond, c’est les arguments qu’il renvoie à peu près à tout le monde qui correspond plus ou moins à cette élite diplômée intellectuelle et artistique peu importe et le profil peut varier selon les individus Mais qui a ce point commun d'être assigné à être méprisant et d’avoir un mépris de classe ? Parce qu’aucun membre de cette élite, justement, qu’il institue, qu’il désigne, qu’il qualifie et Et c’est assez bien inquiétant de voir que ce discours là, répété parce qu’il est répété tous les jours, c’est une émission quotidienne Et ça, ça joue quand même sur ce travail de l’imaginaire qu’il cherche à capter Il fonctionne suffisamment pour que derrière des individus, des gens sur Twitter, sur les réseaux sociaux, etc rentrent complètement dans la logique, le dépasse même en étant beaucoup plus agressif parce que quand il parle à 1,7 millions de téléspectateurs, en fait, c’est une caution, ça laisse la porte ouverte à d’autres qui ont moins de freins ou de barrières parce qu’il sait qu’il ne peut pas tout dire sur un plateau mais il donne, il adoube en fait des réactions d’agressivité Et c’est pour ça que c’est un danger, parce que ça met en tension la société, ça désigne des boucs émissaires qui permettent de souder ce collectif attaqué soi disant mais tout ça au nom de quoi ? Au nom de la défense d’une personne et de son image pas au nom de la défense des intérêts d’un peuple dont on défend si mal la cause En fait, c’est ça qui est une imposture chez lui
David Dufresne
Tu viens quasiment de citer ton texte page neuf puisque tu viens de dire mise en tension Eh bien regarde ce que tu écris page neuf, TPMP participe surtout à la mise en tension de la société en montrant une caricature de ces clivages, dévoie les fondements de la démocratie d’opinion en sapant les règles du débat, assure le triomphe du ressenti entre guillemets et entre parenthèses, le bon sens populaire et sans chercher, à de rares exceptions près, à expliquer des causalités Le livre, il est frontal et Est ce que parfois tu lui prête ? Pas trop parce que dire qu’ils dévoient les fondements de la démocratie qui, lorsqu’il s’appelle le débat, est ce que ce n’est pas lui prêter trop de trop d’importance ? Ou au contraire tu penses, par ton expérience de spectatrice, qu’il y a de quoi s’alarmer ?
Claire Sécail
Il ne nie pas qu’il n’est pas une menace pour la démocratie Heureusement qu’elle est un peu plus solide que ça simplement, comme je termine par là Il est un symptôme d’autre chose, d’un contexte beaucoup plus large, d’une Voilà Il faudrait éviter de caricaturer, mais de sociétés médiatiques qui quand même prennent un peu de distance avec un travail sur les faits, une administration, des faits, un travail Alors l’opinion, moi j’ai toujours un petit difficulté à séparer l’opinion de l’information Je comprends bien parce que l’opinion, c’est important
David Dufresne
C’est drôle parce que demain y aura Plenel à ta place, que lui il fait vraiment le distinguo entre l’opinion et les affaires
Claire Sécail
Et à la fois, il faut quand même rappeler que c’est important qu’on soit dans une démocratie d’opinion et qu’on se fasse des opinions pour que les jugements, nos jugements politiques de toutes sortes puissent se faire, mais sur la base de faits et sur la base d'éléments qui sont, qui ne sont pas biaisés Et c’est ça tout l'écosystème Bolloré et qui est un danger pour le coup Et au delà du cas, nous, on a lui même en fait qui est un danger pour la démocratie, parce que non seulement ça, ça construit une vision de la société qui n’est pas Représentative, mais qui va servir à simplement mener cette offensive conservatrice, voire réactionnaire, qui est et qui est faite à partir des contenus Donc quel autre moyen que de renvoyer, que de façonner l’image d’une société qui effectivement se polarise sur des thématiques particulières, donne le sentiment d'être particulièrement sensible à certaines thématiques en oubliant certaines autres Et c’est tout le paradoxe de Cyril Hanouna qui a complètement oublié la question du pouvoir d’achat pendant la campagne présidentielle, quand on est celui qui porte les intérêts d’un peuple ou de catégories populaires ont oublié quelque chose qui était au cœur même de leurs priorités pendant le débat de l'élection de 2022 ou le faire très tardivement, en catastrophe parce qu’on a compris qu’on avait un peu oublié ça en cours de route C’est ça montre un peu le niveau de déconnexion Donc ça me fait rigoler quand c’est moi même qui suis désignée comme déconnectée Moi je sais d’où je viens où j’habite et Je ne pense pas être la seule Voilà les leçons d’ancrage du réel Je n’en ai pas à recevoir de quiconque, mais c’est surtout que c’est révélateur de leur discours anti élites anti Et je suis diplômé et c’est comme ça m ais c’est ça qui est désigné et qui constitue un motif de griefs à l'égard de ceux qui appartiennent ce faisant à une élite, à un monde de connaissances et de savoirs parce que c’est justement là que vient l’esprit critique qui fait que après Voilà, on se on se fait démonter par des travaux, par des recherches, par des analyses Donc comme il vaut mieux attaquer les personnes, faire des attaques ad hominem sur leurs incohérences notamment ou sur leur biais politiques, sans jamais d’ailleurs démontrer quoi que ce soit ou dire d’où je parle ou quoi parce qu’il n’y a pas vraiment de faits derrière Et et ou alors en carrément ad Personam ou là on va calomnier, m’injurier et c’est aussi à ça que ça sert je ne vois pas à quoi répondent et je pense pas qu’il faille répondre à ça
David Dufresne
Groschevalmort te demande c’est quoi le peuple ? C’est qui le peuple ? Alors tu as peut être pas la réponse parce que c’est une question qui est vieille comme le peuple, mais en revanche tu es capable de nous dire quelles sont les composantes du populisme Elles seraient trois principales le public érigé chaque soir en figuration du peuple, l’animateur édifié en représentant de ce peuple et le plateau dont les règles simplificatrices réalisent le système dual populiste
Claire Sécail
Alors la définition, encore une fois, je m’arrête au seuil des enjeux définitionnel du populisme Un peu parce que clairement, ce n’est pas mon domaine de recherche Mais j’ai lu les travaux, notamment de Kessler qui propose cette définition qui dit idéation, idée ascensionnelle du populisme avec ses composantes et avec des choses qui sont facilement applicables que j’ai transposé dans la logique médiatique Donc en effet, en partant du public comme allégorie de ce peuple Et ce qui est intéressant Chez Hanouna, et c’est justement pas Hanouna lui même, c’est ces chroniqueurs qui mobilisent l’entité collective du peuple parce qu'à nous, là, ça n’est encore une fois pas son référentiel Il est dans une société d’individus, il est dans un travail de mise en scène de sa relation privilégiée avec un peuple mais le peuple n’existe pas, donc il faut l’incarner donc ces invités, chaque soir, représentent un peu de la société civile qui viennent sur son plateau Les gilets jaunes qu’il a fait venir un moment en 2018, 2019, il le travaille Le plus important c’est ça Le plus important pour lui, c’est travailler cette authenticité de la relation avec des gens, des anonymes, des gens qui souffrent, des gens qui ont des choses à dire, des gens qui ont des besoins de reconnaissance Sur Son plateau et c’est ça qu’il travaille et la traduction, il l’a fait faire part,c’est pour ça que les chroniqueurs sont très importants dans ce dispositif par certains chroniqueurs, en particulier Karim Zeribi dans c’est le cas de Balance, ton post qui a disparu maintenant Et en 2018, c'était très important, Gilles Verdez, qui est celui qui va requalifier le public dépasser la logique des individus pour mobiliser et dire et faire de Cyril Hanouna le représentant de ce peuple donc la mise en scène du représentant du peuple, du leader charismatique que définit Quasimodo, c’est bien,un travail qui se fait non pas par Cyril Hanouna, mais par ses chroniqueurs Et c’est pour ça que c’est une mécanique collective qu’il est important de relever et que lui Cyril Hanouna, va se contenter d’installer l’idée que le succès des audiences, c’est la notion quantitative c’est une entité réelle et performante pour lui, parce que ça montre sa légitimité Mais des audiences, si elles sont à peu près équivalentes chez Quotidien par exemple, du talkshow Voilà, c’est un peu on est dans les mêmes jauges Mais la traduction en catégories populaires, elle peut se faire parce qu’ils ont identifié par des études que cette émission était particulièrement suivie par des couches, des catégories socio-économiques des employés, des retraités des femmes seules, des inactifs ou des jeunes également Donc c’est vrai que là c’est la spécificité qui va forger cette légitimité
David Dufresne
Oui parce que dans ton livre, alors là pour le coup je crois pas avoir corné la page, mais tu expliques que c’est le public d’Hanouna Moi j’avais cru comprendre qu’on s'était un peu trompé, qu’en réalité c'était un public plutôt vieux En fait non, ce que tu dis c’est que effectivement il touche toutes les classes d'âge, mais notamment les jeunes, ce qui n’est pas le cas de la télévision en règle générale et les classes populaires Alors que moi j’avais cru comprendre que c'était pas forcément autant le cas, si, c’est ça son public
Claire Sécail
Oui, les jeunes essaient vraiment de se montrer à la hauteur, car avoir un public jeune, c’est valorisant. Cela leur donne immédiatement un rôle de modèle ou de représentant. Cependant, ils ne se donnent pas toujours les moyens pour assumer pleinement ce rôle. Un exemple frappant est l’invitation controversée qu’ils avaient faite à la fin du procès des attentats du 13 novembre. Ils avaient proposé de recevoir, ou du moins avaient évoqué l’idée d’inviter, celui qu’on a appelé "le logeur de Daesh". Face à la polémique, ils ont fait marche arrière, tout en justifiant leur démarche comme une tentative de montrer "ce qu’il ne faut pas faire". Cependant, il est frappant de constater qu’ils n’ont jamais réellement mis en avant les victimes de ces attentats, ni valorisé le procès historique qui se déroulait depuis huit mois. Ils n’en ont parlé que lorsqu’il s’agissait de répondre à des accusations personnelles, notamment sur des échanges de SMS avec un des accusés. Ce manque de pédagogie, de rôle éducatif, ou même de volonté de se poser en modèle est révélateur. Très tardivement, ils ont tenté de légitimer certaines figures ou de mettre en avant des individus. Mais ce choix semble davantage répondre à une stratégie de cadrage, où il s’agit de décider qui mérite d'être visible. Cela écorne leur crédibilité auprès des jeunes, même s’ils tentent aujourd’hui de se rattraper. Il est indéniable qu’un public jeune est crucial pour eux. Mais contrairement à d’autres émissions qui s’adressent aux mêmes catégories populaires (souvent des employés ou des retraités précaires), leur approche tend à se concentrer sur des figures qu’ils estiment représentatives. Cela crée une impression que "ce peuple leur appartient", une vision discutable.
David Dufresne
Et si je me fais l’avocat du diable, est-ce que cette détestation, ce bruit qu’on entend autour de leurs pratiques pas toi, bien sûr, puisque tu fais un travail scientifique – n’est pas aussi une forme de jalousie ? Après tout, ils parlent à ces catégories populaires que la gauche a parfois abandonnées. Est-ce que ce n’est pas un sentiment d’impuissance qui alimente ces critiques, alors que lui semble se montrer "surpuissant" dans ce rôle ?
Claire Sécail
Je ne sais pas, c’est une question complexe.
David Dufresne
Peut-être une jalousie, ou simplement un constat d’échec face à une incapacité à renouer un dialogue qui a été rompu, notamment par des trahisons répétées ?
Claire Sécail
Peut-être, mais ce qui est certain, c’est que d’autres programmes parlent aussi à ces catégories populaires, même si leur approche est différente. Par exemple, des émissions plus intimistes, comme celles de Faustine Hirt, qui traitent du ressenti et du vécu quotidien, ont aussi leur public il a effectivement su capter une dimension importante et mobiliser son public. Mais là où le problème surgit, c’est dans la montée en généralité. Dans nos sociétés médiatiques, cette tendance à instrumentaliser certains éléments, comme les faits divers, pour les transformer en arguments universels est problématique. Cela donne lieu à des stratégies qui visent à légitimer certains discours ou figures. Prenons l’exemple des Gilets jaunes leur défiance envers les institutions, qu’elles soient politiques ou médiatiques, est un capital précieux pour des opérations d’image. Cyril Hanouna l’a bien compris et a su capitaliser là-dessus. Il a d’abord adopté une posture méfiante envers le mouvement, avant de comprendre l’importance qu’il pouvait en tirer. Dans le livre de Christophe Barbier Ce que m’ont dit les Français, le chapitre consacré aux Gilets jaunes est d’ailleurs le premier, ce qui montre à quel point ce moment est fondateur pour l’image qu’il veut incarner. Hanouna a été l’un des premiers à donner la parole aux Gilets jaunes, dès novembre, notamment en mettant en avant des figures comme Jacqueline Mouraud. Mais cette mise en scène, aussi efficace soit-elle, a ses limites. Lorsqu’on révèle les artifices derrière certaines séquences ou enquêtes, l’authenticité revendiquée en prend un coup. Finalement, tout cela relève d’une stratégie médiatique où les récits sont scénarisés pour répondre à un agenda particulier. L’authenticité devient alors une façade, et cette instrumentalisation finit par être perçue, à juste titre, comme éloignée des véritables intérêts des catégories populaires qu’il prétend défendre.
David Dufresne
Dans ton livre, tu expliques qu’au départ, ce qui intéresse Cyril Hanouna chez les Gilets jaunes, c’est leur maîtrise des réseaux sociaux et leur impact, qui semble l’avoir impressionné. Tu mentionnes aussi une autre raison à son intérêt, que tu développes à la page 63. Je vais aller à la fin de ton livre, mais promis, on reviendra au début. (Rires) J’ai une émission à conduire tout de même ! L’intérêt de l’animateur pour les Gilets jaunes découle aussi de leur apolitisme revendiqué, qui fait écho à une promesse répétée de Touche pas à mon poste Ici, on ne fait pas de politique. Mais voilà, en te posant ces questions, est-ce que je ne fais pas un peu d' Hanouna ? Par exemple, en soulignant ce que les gens disent sur Twitter, ou en relayant l’opinion publique comme il le fait dans ses émissions. Ce n’est pas évident de trouver le bon dosage. Cependant, ce qu’il fait, lui, c’est autre chose. Il instrumentalise ces outils pour créer des effets d’opinion. Ici, nous sommes simplement dans un échange, avec des questions venant du public.
Claire Sécail
Oui, avec plaisir pour les questions ! Mais il est clair que les Gilets jaunes ont marqué un moment de cristallisation de la colère, et pour Cyril Hanouna, cela a représenté une opportunité unique. Ce mouvement lui a permis de se présenter comme un représentant du peuple, dans un exercice de mise en scène soignée. Lors des premières émissions où il accueille des Gilets jaunes, son discours est d’abord assez moralisateur, notamment sur la question de la violence.
David Dufresne
Oui, il leur dit Je vous ai soutenus au début, mais là, ce n’est plus possible. Cela se passe début décembre 2018, après l’acte III, celui des violences à l’Arc de Triomphe. Pourtant, il les avait déjà reçus en novembre, juste avant la première manifestation nationale. À ce moment-là, il était dans une posture très critique Arrêtez de mettre la pagaille, les gens ont peur de ce que vous faites. Ce sont Karim et Rémi, deux figures du mouvement, qui viennent défendre la légitimité de cette colère, et c’est là que Hanouna commence à changer de ton. Ensuite, il consacre quasiment une semaine entière de Touche pas à mon poste aux Gilets jaunes. C’est un tournant important l’émission, qui était à l’origine centrée sur la critique populaire des programmes télé, commence à intégrer des thématiques de société. Cela marque le début de sa transformation en talk-show d’actualité.
Claire Sécail
Les Gilets jaunes étaient le mouvement social idéal pour Hanouna. Ils représentaient une opportunité pour se connecter avec son public les catégories populaires et se positionner comme leur porte-voix. Ce mouvement, sans véritable porte-parole, recherchait des formes de reconnaissance symbolique. Et quoi de plus valorisant qu’un plateau télé suivi par 1,5 million de spectateurs ? Mais ce qui intéresse le plus Hanouna, c’est leur apolitisme revendiqué. Ce mouvement sans ligne politique claire lui permet de conserver une position ambiguë, tout en capitalisant sur leur popularité.
David Dufresne
C’est là que ça devient stratégique. Ce positionnement apolitique est très payant, car il permet à Hanouna de répondre aux attentes de l’exécutif, qui cherchait alors à apaiser la crise. Le gouvernement, avec des figures comme Marlène Schiappa, a vu l’intérêt de renouer le contact avec ces catégories populaires. Cela s’inscrit dans la stratégie du "grand débat national", où il fallait trouver des espaces pour recréer du lien avec cette parole populaire. Pour le gouvernement, c’était une mission périlleuse d’un côté, il était identifié comme la cible des Gilets jaunes, mais de l’autre, il devait apparaître comme une solution possible. Cela impliquait de jouer sur la tension entre "l’élite" et "le peuple", un discours typiquement populiste.
Claire Sécail
Marlène Schiappa, par exemple, a tenté de montrer que l’élite n’est pas homogène. C’est une stratégie qui n’est pas forcément populiste, mais qui vise à briser l’idée d’une élite monolithique pour déplacer la critique ailleurs. Cela lui permet de se positionner comme une défenseure des catégories populaires, tout en se distinguant de l’image classique de l’élite méprisante. Lorsqu’elle co-anime Balance ton post avec Cyril Hanouna, elle joue cette carte à fond. Cela lui permet de répondre aux critiques, notamment celles qui l’accusaient de mépris de classe. Cette posture lui offre une double opportunité défendre le peuple tout en renforçant son image de membre du gouvernement proche des citoyens.
David Dufresne
Cyril Hanouna joue un rôle clé ici, car il devient le canal par lequel cette colère populaire est mise en scène. Balance ton post offre un espace où les revendications des Gilets jaunes sont à la fois valorisées et canalisées. Cependant, ce qui est mis de côté, c’est tout ce qui concerne la démocratie représentative. Le temps parlementaire, par exemple, est souvent attaqué dans ces émissions comme un frein à la prise de décision. Cela reflète un antiparlementarisme ordinaire, où la démocratie représentative est présentée comme un obstacle à l’expression de la "volonté générale" du peuple.
Claire Sécail
Oui, cette critique généralisée des institutions contribue à affaiblir leur légitimité. La séquence avec Louis Boyard, par exemple, illustre bien cette dynamique. Quand Carlos Livraga demande à Hanouna de s’excuser au nom de l’Assemblée nationale après ses propos envers Boyard, il refuse catégoriquement. Cela reflète un mépris sous-jacent pour l’institution parlementaire, qui est perçue comme un frein à l’expression populaire.
David Dufresne
Maintenant, voilà ce que tu racontes dans la Séquence qui n’est pas Relayé sur le compte Twitter de l'émission parce que justement il a mis Hanouna un moment dans ces 2h d'émission de réparation d’image qu’il s’est offert avec la complicité un peu hallucinant de tout ce plateau de profils divers qui sont venus
Claire Sécail
La seule voix un peu dissonante dans ce contexte était celle de Carlos Livraga, qui a osé demander des excuses à Cyril Hanouna. Ce dernier a refusé de les présenter. Conséquence Carlos Livraga a été effacé des mises en avant de l’émission sur les réseaux sociaux numériques, pourtant si cruciaux pour interagir avec les publics. Voilà, ça m’a fait dire Non, mais tout va bien.
David Dufresne
(se levant pour régler une caméra) Alors, je vais bouger un peu pour ajuster le focus, mais je t’écoute attentivement. Pendant ce temps, je reprends une question de J.H. Bonnet, que je salue. Elle concerne les chroniqueurs. Il parle d’un sentiment où ces derniers seraient comme pris en otage par ce dispositif. Est-ce que tes recherches confirment cela ?
Claire Sécail
C’est une question complexe. Je ne prétends pas savoir ce qu’il se passe dans leur esprit, mais il y a une réalité troublante dans ce processus d’enrôlement. En remontant dans les archives, on constate que certains chroniqueurs ne tenaient pas toujours les mêmes discours. Je pense à Géraldine Maillet, par exemple. Elle avait initialement des réserves sur l’idée que Cyril Hanouna invite des figures de l’extrême droite identitaire. Elle essayait d’expliquer que ce type de confrontation ne favorise pas un débat constructif, mais plutôt une légitimation de discours ultra minoritaires et polarisants.
David Dufresne
Ce que tu décris rappelle une évolution. Tu expliques bien cette généalogie qui va de Droit de réponse à Touche pas à mon poste. Au départ, c’était du spectacle, certes, mais un spectacle pluriel, non scripté, avec une véritable diversité des idées. Aujourd’hui, on assiste à un rétrécissement dramatique de l’horizon des positions et des discours.
Claire Sécail
Absolument. Le passage de ces émissions à celle de Hanouna reflète une polarisation croissante. Ce n’est pas comparable. Droit de réponse laissait place à des confrontations d’idées non orchestrées. Là, au contraire, tout semble calibré, scripté, et les positions sont souvent biaisées. Sur la question des chroniqueurs, le divertissement agit comme une sorte de justification. Ces chroniqueurs, pour préserver leur rôle, doivent se convaincre qu’ils sont libres de leur parole. Pourtant, on voit que leurs convictions peuvent être altérées au point qu’ils défendent des positions qui ne leur appartiennent pas. Quand ces contradictions leur sont renvoyées, par exemple dans des enquêtes comme celles de Complément d’enquête, ils se réfugient derrière l’argument du divertissement C’est juste un show, les gens savent bien ce qu’ils regardent.
David Dufresne
C’est une défense commode.
Claire Sécail
Oui, c’est une excuse pratique qui permet de banaliser tout cela, tout en continuant à revendiquer une certaine utilité sociale On informe des publics éloignés des canaux traditionnels. Pourtant, on est loin d’un vrai travail d’information. C’est un faux divertissement, qui se crédibilise sur des sujets graves mais se déresponsabilise dès qu’il y a des critiques C’est juste pour se détendre après une journée difficile.
David Dufresne
C’est là que la question culturelle devient centrale. Supermurgeman demande si l’objectif n’est pas de transformer tout le monde en lapin pris dans les phares, en spectateurs passifs et manipulables.
Claire Sécail
Il faut analyser ce qu’il y a derrière tout cela. Cette émission s’inscrit dans une offensive conservatrice plus large, portée notamment par des médias comme CNews. C’est une stratégie à plusieurs niveaux. CNews formule des discours qui associent religion et logique de marché, en réintroduisant des valeurs conservatrices au cœur du débat public. Cyril Hanouna, lui, mobilise un conservatisme différent, davantage adapté à son public populaire et anti-système, qui comprend des électeurs de gauche, des abstentionnistes, voire des sympathisants de Jean-Luc Mélenchon.Là où Hanouna excelle, c’est dans sa capacité à se poser comme un homme du peuple, incarnant le bon sens. Ce bon sens, qui semble universel, devient une arme populiste, capable d’attirer des publics variés dans un giron conservateur.
David Dufresne
Mais dirais-tu que Hanouna agit comme un rabatteur pour CNews ou pour cette droite conservatrice ?
Claire Sécail
Pas nécessairement pour amener les spectateurs directement à CNews, mais pour participer à une bataille culturelle. On voit comment, sous prétexte de débats contradictoires, souvent biaisés, l’émission devient un lieu où les thématiques conservatrices autorité, déclin, perte des repères sont travaillées et légitimées. Cela dépasse Hanouna c’est une offensive idéologique, visant à réorienter le débat public en ramenant des publics populaires, parfois critiques, vers des réflexes conservateur De ce projet d’union des droites ou plutôt de l’extrême droite, avec ce qui peut encore rester la droite ultra et c’est ça le projet tel qu’il est formulé dès 2017, l’heure des pros est née entre les deux tours de la primaire, de la droite et du centre, justement avec un candidat Fillon qui portait tous les espoirs de ce projet là Les chroniqueurs qui sont là déjà à ce moment là dans l'émission défendent cette idée là Le crash de la campagne électorale rend ce projet la mort, donc, elle va ces chroniqueurs là, ces éditorialistes dont je précise qu’ils ne sont pas décomptés dans le temps de parole, mais qui font ce travail idéologique très très prononcé vont chercher l’horizon C’est pour ça que Zemmour, avec le recul, n’est qu’un moment, n’est qu’une étape selon moi, dans ce projet plus Large qui se cherche une figure, une personnalité Donc Zemmour c’est 2019 En gros il est mis en orbite sur Cnews avec face à l’info TPMP va profitant de son ouverture sur les questions société, va le promouvoir à son tour capter un public populaire et qui pourrait être séduit par son discours d’autorité Et puis Et puis le crash de la présidentielle 2022 et donc 2019 2022, C’est un moment Zemmour dans un projet dans une offensive conservatrice qui a bien identifié les menaces, sur la société moderne, qui défend des droits, des libertés, des égalités qui veut lutter contre des inégalités individuelles qui se joue entre les individus ? La droite conservatrice, elle veut revenir à un ordre social naturel où les inégalités sont ça derrière ça, ce grand projet donc il faut polariser la société, il faut créer du débat Et je Pense que mon travail, même si j’ai conscience d'être identifiée comme une partie du problème, pour ceux qui regardent cette émission tellement ils sont abreuvés, mais ils sont pas obligés de répéter et ils ne sont pas obligés de croire qu’ils ont besoin d’un représentant Ils ont les des bulletins, ils peuvent aller voter une partie du public de Cyril Hanouna est abstentionniste Donc ils peuvent se choisir des représentants, ils peuvent adhérer à des syndicats dans les c’est pas un peuple démuni, c’est pas un peuple C’est une vision quand même assez misérabiliste qui se dégage de ce peuple tel que Cyril Hanouna Voilà, moi je pense que ce n’est pas inéluctable Il faut, il faut lutter contre ça Ce n’est pas évident parce qu’encore une fois moi qui ai suivi pendant Huit mois à l'émission, il y a vraiment le travail quotidien de répétition C’est assez redoutable, même quand on est en pleine résistance, je n'étais pas un public lambda au sens où je regardais l'émission, mais je la décryptais, je l’analysais et je faisais du comptage Donc c’est évident pourtant j’ai été aspiré par ce discours là et je voyais bien là la performativité De Ce travail là quand il est pris au quotidien, j’en discutais avec des gens de ma famille qui le regardaient, etc et qui étaient qui ont changé un peu de regard Donc c'était un petit peu ça l’enjeu, je pense que depuis deux ans, l'émission pas par mon travail, ce serait me donner trop d’importance, mais mais par le tout simplement des dérapages successifs de ces émissions qui sidèrent à chaque fois le public et qui expliquent que dès lors qu’on essaye de décrypter un petit peu le personnage, l'émission de complément d’enquête a eu un record Mais ce n’est pas un record à mettre au crédit de Cyril Hanouna c’est un record à mettre au crédit de ce besoin de comprendre pourquoi on a ça dans notre écosystème politico médiatique, ce genre d'émission et pourquoi ça continue
David Dufresne
Alors tu vois, on n’est pas chez les cons, là, c’est la preuve puisque tu as dit une politique gramscienne de droite Et là, depuis dix minutes, plus personne ne parle de nous dans Le Chat mais de Gramsci, ça n’arrête pas, ça se bagarre Et il y a Guillaume seul qui essaie de qui d’abord, dit gramscienne de droite, trois points d’interrogation de qui Il demande des précisions, le tchatte lui répond Ben oui, les gens de droite sont ceux qui ont le mieux lu Gramsci Ce à quoi j’ajoute surtout la nouvelle droite dans les années 70-80, Alain Benoit, etc Qui ont effectivement théorisé On peut récupérer les idées de Gramsci et les appliquer à l’extrême droite Quel est ton mot à toi par rapport à quand tu parles de Bolloré et de sa politique gramscienne de droite ? Qu’est ce que tu entends exactement ? Et est ce que ça a du sens ? Parce que Guillaume dit je connais très bien Gramsci, merci, mais ce rapprochement, ce rapprochement n’a aucun sens Ou alors à dire que Bolloré cherche délibérément à faire et point par point tout ce que Gramsci a décortiqué, dénoncé Mais c’est pour se donner un vernis de théorie
Claire Sécail
Alors que c’est une démarche très stratégique qui consiste d’abord à partir de l’idée qu’on gagne les urnes par la bataille culturelle,on façonne des imaginaires On travaille des imaginaires Et quoi d’autre que par les médias ? Un écosystème médiatique Est Particulièrement propice à cet exercice là d’où ce recentrage de Vincent Bolloré sur des titres et des supports de presse, qui sont des marques, qui ont des publics et qui, en jouant sur sur ce capital historique médiatique, vont permettre de passer entre les gouttes Le JDD Voilà, c’est un peu comme si depuis l'été, les choses s'étaient normalisées et par le fait aussi de la mode, de la connivence ou du rôle très ambigu et très malsain de la majorité aussi, qui vient finalement légitimer cette reprise et cette nouvelle ligne éditoriale en donnant, en accordant des entretiens, alors qu’un cordon sanitaire aurait peut être limité Donc voilà, ce qui est important, c’est est ce que les plateaux de télé, les talkshow, je pense, le format du talkshow en particulier ? Parce que voilà si Cnews avait continué à faire de l’information selon les textes, la convention qui est signée avec l’Arcom on n' en serait pas là, c’est bien parce qu’il y a de ces formats médiatiques qui permettent justement de biaiser un peu la mécanique et les règles de pluralisme, les règles qui sont dévoyées complètement Le dernier exemple en date étant le cas de Ségolène Royal qui vient sur C8
David Dufresne
On nous dit quelle analyse faites vous alors ? Je ne suis pas sûr que Guillaume soit content de ta non-réponse
Claire Sécail
Ben oui, voilà je me suis égarée en route
David Dufresne
Comme on dirait tu t’es un peu gardois Il faudra revenir sur Gramsci Mais à propos de Ségolène Royal, je rebondis il y a Baleineau qui te demande Quelle analyse faites vous sur la participation de louis Boyard puis de la gauche “Royal” au dispositif ? Quelle analyse faites-vous sur la durée ?
Claire Sécail
Ce qui ressort, c’est que la société des individus, telle que Cyril Hanouna la façonne et l’exploite, fonctionne parfaitement. Ce sont des individualités qui cautionnent et permettent la pérennité de ce projet. Le cas de Ségolène Royal, par exemple, est révélateur. Il déroge à une règle tacite normalement, lorsqu’une personnalité politique rejoint une émission en tant que chroniqueur rémunéré, elle cesse de représenter officiellement son parti et n’est plus comptabilisée en tant que telle dans les temps de parole médiatique Cependant, Ségolène Royal, tout en étant payée pour ses interventions, a été comptabilisée au titre du Parti Socialiste, ce qu’elle ignorait probablement. Cela permet, sous couvert d’équité, d’inviter des représentants de l’extrême droite pour équilibrer le temps d’antenne, notamment en vue de leur donner plus de visibilité. Mais ce qui est encore plus frappant, c’est qu’elle ne défend pas explicitement les positions du PS. Elle aborde des sujets variés sans avoir le rôle classique de porte-parole d’un parti politique. Cela illustre une distorsion des règles du pluralisme médiatique. Depuis 2022, mes recherches montrent que le populisme de gauche, par exemple, a servi de tremplin à la mise à l’agenda des thématiques du populisme de droite. Jean-Luc Mélenchon, pourtant le premier à avoir identifié l’intérêt de s’adresser à ce public populaire via cette émission, a finalement été happé par un dispositif qui joue en faveur d’un agenda conservateur. La conflictualité inhérente au format réduit les idées de gauche à de simples embryons, immédiatement coupés par des blagues ou des interruptions.
David Dufresne
Lors de la campagne présidentielle, tu avais observé que les chroniqueurs étiquetés "de gauche" n’étaient là que comme faire-valoir, sans réussir à imposer leurs thèses.
Claire Sécail
Exactement. Ils finissent par commenter les performances d’Éric Zemmour ou se positionner face à des polémiques orchestrées. Cela ne profite même pas nécessairement à Zemmour, mais plutôt au RN, qui capte mieux cet électorat. Mélenchon, quant à lui, a eu un moment de basculement notable, notamment lors de son émission Face à Baba. Ce qui devait être un espace pour développer ses idées s’est transformé en un piège, avec une confrontation prolongée face à Zemmour, contre ses attentes. Par la suite, il a exprimé sur son blog son regret d’avoir participé à cette émission, reconnaissant les limites de ce type de dispositif.
David Dufresne
Alors, que faire ? Si ces émissions sapent les règles du débat et réduisent les idées à de simples punchlines, faut-il continuer à y participer ? Est-ce pertinent pour les politiques d’y aller ? Ne pas y aller, n’est-ce pas abandonner le terrain médiatique à l’extrême droite ?
Claire Sécail
C’est une question complexe. Lorsque l’on veut transmettre des idées politiques, il est crucial de réfléchir au contexte et aux règles du jeu. Si l’on sait que les règles du débat ne seront pas respectées, que les thèmes seront biaisés, ou que l’on ne sera pas informé des intervenants en amont, cela pose problème. Par ailleurs, ce type de pratiques va souvent à l’encontre des conventions déontologiques des chaînes, qui stipulent qu’un invité doit être informé des conditions de son intervention.
David Dufresne
Ces conventions de déontologie, ce sont celles établies par le CSA, n’est-ce pas ?
Claire Sécail
Oui, exactement. Les chaînes ont l’obligation de fournir un cadre clair, mais ces règles sont souvent contournées. Cela reflète une transformation médiatique où le débat est remplacé par des affrontements superficiels, sapant ainsi les conditions nécessaires à une véritable réflexion démocratique. Le format favorise l’émotion et la polémique, au détriment des idées construites et argumentées sur CNews, normalement, les invités doivent savoir quels sujets seront abordés et avec qui ils vont débattre. Or, quand on leur cache sciemment cette information, comme cela a été le cas pour certains membres de La France insoumise, cela sape les règles du débat. Par exemple, Julie Garnier, qui a été chroniqueuse sur le plateau de Pascal Praud pendant un certain temps, racontait qu’elle était souvent la seule à ne pas être informée des thématiques abordées ou des invités qui lui feraient face. Vous voyez bien que ces pratiques fragilisent les conditions d’un débat équitable Ainsi, même si vous êtes compétent pour débattre, ces dispositifs médiatiques font tout pour vous déstabiliser, pour vous empêcher de défendre vos idées dans un cadre sérieux. Ils sabordent littéralement votre intervention en réduisant vos propos à des caricatures. Prenez les écologistes, par exemple ils souhaitent alerter sur des sujets cruciaux, mais ne se rendent parfois pas compte que, chaque jour, sur ces plateaux, la vision qu’ils défendent est dénigrée, ridiculisée ou déformée. Même si, le jour où ils sont invités, ils sont bien traités, leurs idées s’inscrivent dans un cadre éditorial qui, par essence, les combat. Alors, quel est l’intérêt d’aller sur un terrain déjà perdu d’avance ? Où, après vous, un autre invité viendra systématiquement imposer une vision opposée, souvent avec l’appui implicite de l’animateur ?
David Dufresne
C’est clair pour Hanouna on n’y va pas, point final. Mais pour CNews, c’est plus compliqué. Cette chaîne influence directement l’opinion publique ses répercussions se font sentir dans les ministères, les salles de commandement de la préfecture de police, bref, partout. Ce que tu dis pour Hanouna, peut-on vraiment l’appliquer ici ? Je me fais l’avocat du diable, mais pour des politiques ou des activistes qui veulent peser dans le débat public, peut-on vraiment leur conseiller de ne pas y aller ? Ce dilemme vaut aussi pour d’autres chaînes, comme BFM, où le dispositif médiatique est semblable, même si l’idéologie est différente. Alors, que faire ?
Claire Sécail
Je ne donne pas de conseils ; ce sont des choix stratégiques. Ceux qui y vont savent ce qu’ils font et assument de jouer le jeu du "en même temps", qui consiste à apparaître partout, que ce soit dans La Tribune du Dimanche, au JDD ou sur CNews. Mais ce débat sur la liberté d’expression qu’on invoque pour justifier ces participations n’est qu’un faux problème. Ce n’est pas une question de liberté d’expression. Chaque parti ou organisation doit définir sa propre stratégie, surtout quand on est en responsabilité gouvernementale on ne peut ignorer certains médias. Cependant, les figures de gauche qui continuent d’y aller en pensant qu’il y a encore un espace à conquérir se trompent. Cela fait longtemps que je pense que cet espace n’existe plus. Par exemple, j’ai trouvé assez sain que Sophie Binet repousse le micro de CNews lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, en disant "Je ne parle pas à une chaîne d’extrême droite."
David Dufresne
Dans ton livre, tu identifies trois thématiques principales caractérisant le populisme discursif de Touche pas à mon poste l’anti-intellectualisme, l’antiparlementarisme ordinaire et le populisme pénal. Nous avons parlé de l’antiparlementarisme. Parlons maintenant de l’anti-intellectualisme et de la manière dont il sert le système Hanouna et, plus largement, la machine Bolloré.
Claire Sécail
L’anti-intellectualisme est un fil narratif qui apparaît très tôt, vers 2015-2016, au moment où Cyril Hanouna commence à être critiqué, notamment pour son management toxique et ses comportements tyranniques envers ses chroniqueurs. L’enquête de Society en 2016, par exemple, met en lumière ces problèmes. Pour se défendre, Hanouna renvoie ses critiques à leur statut d’intellectuels, caricaturant ce profil comme celui du "bobo gauchiste de France Inter", qui fréquente le Café de Flore. Cette stratégie vise à disqualifier toute critique en la réduisant à une attaque élitiste, déconnectée du "peuple". Ce discours résonne avec ce que produit simultanément Pascal Praud sur CNews. Toute tentative de raisonnement complexe, tout effort pour éclairer les enjeux devient suspect comprendre, c’est excuser. Ainsi, l’intellectualisation devient un stigmate, un défaut, et ceux qui cherchent à argumenter se voient rejetés comme élitistes ou méprisants. En fin de compte, cet anti-intellectualisme ne sert pas seulement Hanouna, mais aussi le projet plus large de Bolloré il désarme toute critique sérieuse, réduit le débat à des oppositions simplistes, et renforce une vision du monde où le "bon sens populaire" triomphe des "élites méprisantes". "Là, je suis en train de voir, par exemple, comment Clément Viktorovitch, qui a fait partie de l'équipe de Pascal Praud pendant un temps en tant que chroniqueur dans L’Heure des Pros, est souvent ramené à son statut d’universitaire dès qu’il se montre un peu critique. Cela arrive, alors même qu’il cherche à rester dans une démarche analytique. Il anime une rubrique, Le Zapping des matinales, où il analyse les petites phrases des politiques sous l’angle de la rhétorique. Mais, lorsqu’il intervient dans la dynamique du plateau, il réagit et se trouve souvent confronté à Pascal Praud, qui le renvoie à son profil académique pour fragiliser ses arguments. Il est solide, il se défend bien, mais c’est intéressant de voir comment cette mécanique fonctionne réduire quelqu’un à une figure symbolique ou à une catégorie. Ce qu’on dit devient moins important que ce qu' on est. On assiste à une forme de corporatisme symbolique, où les arguments d’un intellectuel sont d’emblée perçus comme biaisés. C’est un travail sur l’imaginaire collectif, une manière de façonner les perceptions par des raccourcis psychologiques et symboliques, souvent sous le prisme du “bon sens” ou de “l’homme de la rue”. Ce dispositif est notamment mobilisé pour défendre des figures comme Cyril Hanouna. Cela renvoie à la théorie du bouc émissaire de René Girard identifier un intellectuel comme adversaire permet de renforcer la cohésion d’un groupe. Les attaques deviennent alors ad hominem ou ad personam, visant à discréditer l’individu plutôt qu’à répondre à ses arguments."
David Dufresne
Ad personam signifie qu’on attaque la personne directement, en la diffamant ou en l’injuriant, c’est bien ça ?"
Claire Sécail
Oui, exactement. Alors qu’une attaque ad hominem consiste à s’attaquer à la cohérence ou à l’intégrité d’un individu pour disqualifier son discours. Par exemple, insinuer qu’un intellectuel défend un agenda politique caché, ce n’est pas une diffamation directe, mais cela revient à évacuer le fond de la critique. On évite ainsi de répondre sur le contenu. Tout cela participe à mettre dans le même panier ceux qui expriment un mépris de classe affiché et ceux dont les arguments intellectuels pourraient être perçus comme élitistes."
David Dufresne
C’est un grand latiniste de ce point de vue là
Claire Sécail
On en parlerait très bien mais c’est s’attaquer à la cohérence de l’individu Donc voilà par exemple, dire qu’un tel parle avec un horizon politique caché et qu’il est un militant là on ne dit pas quelque chose de qui relève de la diffamation ou de l’art ou de l’injure publique On est sur une disqualification par son incohérence ou du positionnement qu’on a trahi, que la personne est censé avoir pour parler Mais ça veut dire qu’on écarte toute critique C’est ça le but de ces attaques, c’est qu’elle évacue tout ce qui est plus substantiel dans la logique d’attaque de l’argument Et c’est pour ça qu’on met de côté aussi bien ceux qui sont mis dans le même panier tous ceux qui ont du mépris de classe Voilà ceux qui auraient un mépris de classe caché derrière des arguments intellectuels disant voilà, tout le monde est mis dans ce panier là
David Dufresne
Mais je voulais rester sur le truc intellectuel, l’anti intellectualisme, en lisant ce passage là, m’est revenu à la mémoire les auditions de Bernard Arnault, de Bolloré que tu as dû suivre, j’imagine, au Sénat la commission d’enquête sur la presse, la concentration des médias Et j’ai été extrêmement frappé, parce que je ne connais évidemment pas ces gens là C'était la première fois que je les écoutais dans la longueur et je m'étais fait une idée de gens intelligents voire intellectuels En fait, je me suis rendu compte que c'était avant tout des hommes d’affaires et que la réflexion n'était pas et n'était pas au cœur, il n’y a pas de méchanceté J’essaie vraiment de comprendre le système,'ils m’ont berné en voulant berner les sénateurs et en jouant On est des nains, on est tout petits, faut nous aider Ça je suis d’accord Mais même au delà de ça, je trouvais qu’il y avait quelque chose qui collerait au dispositif d’Hanouna ou est ce que je me trompe complètement ? C’est un peu un cadre tellement différent c’est compliqué Mais je comprends et je comprends ce que tu dis,si le patron n’est pas lui même un intellectuel, c’est peut être plus facile d’aller taper l'élite intellectuelle pour le dire trivialement Et Rolland nous dit que ses commissions étaient au niveau du néant,on les avait suivies en direct Au poste
Claire Sécail
D’ailleurs, il y avait en face pas mal de sénateurs qui brillaient pas non plus. C'était effarant Mais bon, ce n’est pas ce qui était problématique, c’est l’absence de travail justement En fait C’est ça, c’est ce qu’il faut voir, ce qui est le danger que représentent des émissions comme celle ci Mais en fait, plus généralement une tendance médiatique, c’est qu’il y a des substances assez fortes quand même dans des échanges, des sujets de conversation, et que ça devient très compliqué de ramener du contenu dans une société médiatique aujourd’hui très très happé par des phénomènes d’image Et donc on fait, on a des ascensions politiques, sociales majeures sur du néant, sur du vide, ça pose aucun problème À tout le monde et quand on renvoie l’image de quelqu’un qui qui peut appeler un petit peu à repolitiser ou substantiellement, qui n'épargne pas simplement la politique au sens large, pas forcément sous l’angle partisan, mais simplement mettre du contenu dans la dégradation du sens des mots sous ce quinquennat Macron, les choses ne veulent plus rien dire ou pas grand chose, et tout ce qui compte, ce sont les mécaniques d'échange
David Dufresne
Je ne dirais pas que c’est un échec, mais je dirais que ça n’a pas marché
Claire Sécail
Dans la mesure où les mots voilà, on leur refuse une réalité la pénibilité du travail, On combat la réalité même qu’il y a derrière des mots c’est ce travail substantiel qui dépasse très largement le cadre qui est problématique, qui fait que quand on apparaît comme un homme quelqu’un qui qui veut revenir à du substantiel, on est sans compter qu une partie des intellectuels contribue à cette substance socialisation je pense parce que on a quand même des gens qui parfois qui peuvent aller sur des plateaux alors qu’ils ne connaissent pas forcément les sujets sur lequel ils s’expriment et qui, quand le Président de la République fait des longues séances dans le cadre du débat National du grand débat national justement avec des milieux universitaires et intellectuels qu’il veut flatter, peut être En prenant mais dont on s’aperçoit que le travail purement politique ne sert à rien Tout ça est une mise en scène qui détourne de ces enjeux donc dire tout simplement que tout cela est un artifice que le travail de la pensée en est vraiment dégradé Voilà, on est, on est renvoyé à un statut honni parce que critique Encore une fois, c’est la pensée critique qui est promue par ces gens là L’obscurantisme et les lumières, on joue ça à un niveau très dégradé, très très paillettes sur des plateaux, mais c’est un peu ça et on se bat contre ça, des scientifiques contre la désinformation Et on rame parce qu’on s’aperçoit que le monde a changé et que ce référentiel là du savoir, de la connaissance n’est plus acquis et que on a des forces puissantes en face qui viennent vous identifier comme des adversaires politiques avant tout Voilà, c’est moi, ça m’a beaucoup déstabilisée pour sortir de l’attaque Ad hominem, je me suis un peu préservée J’ai demandé la protection fonctionnelle aussi ce qui est La meilleure chose que j’ai pu faire pour eux
David Dufresne
C’est-à -dire ?
Claire Sécail
Ben parce que j’avais été attaquée en 2023, contribué à un documentaire de La Fabrique du mensonge sur la mentalisation politique de l’affaire Lola Et là, mes deux terrains de recherche, celui de ma thèse sur les faits divers notamment, et celui sur Cyril Hanouna se rejoignent En gros, puisque j'évoquais le journaliste m’avait posé des questions sur le traitement de l’affaire Lola en général, mais il avait retenu pour le documentaire plutôt la partie où je parlais de Cyril Hanouna Il a, à sa façon rejoint le populisme pénal tout doucement Mais oui, il exploitait beaucoup les faits divers dans son émission pour justement traiter de thématiques sur la sécurité dur, l’appel à la civilisation des peines, etc Auprès d’un public encore une fois, qui qui peut tomber dans le panneau de ce discours auquel il est sensible Un discours d’autorité Et donc j’avais cité le traitement de l’affaire Lola qui avait fait une polémique Il avait fêté ses audiences record Bon, ça avait choqué un peu tout le monde, même si c’est pas ça le problème le problème, c'était vraiment l’attaque de l'état de droit qu’il avait formulé sur son plateau et auquel le Ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, avait comme ça eu un échange par plateau interposé, par talkshow interposé
David Dufresne
Il y avait dit cette personne n’a pas le droit à un procès, pour ce qu’elle a fait ; Direct prison direct donc c’est la remise en cause de l'état de droit Parce qu’encore une fois, c’est un Il se fait le vecteur de la volonté du peuple La volonté générale du peuple dont on parlait tout à l’heure, c’est ça, c’est qu’il y Il n’y a pas de freins
Claire Sécail
Les Institutions de la démocratie représentative les institutions pénales sont perçues comme des freins à cette volonté générale du peuple soit disant, cet appel à la civilisation Cette injonction à revenir à une forme d’autorité et de répression qui déséquilibre tout notre système pénal entre prévention et répression Donc c’est ça le populisme pénal qui n’est pas un populisme judiciaire C’est un petit peu différent Mais le populisme pénal, c’est ça, c’est utiliser une caisse de résonance médiatique pour pouvoir déséquilibrer notre représentation de l'équilibre de l'édifice pénal entre répression et prévention au profit de la répression de la paix, la sécurisation des peines, etc, etc Donc en utilisant les peurs parfois fantasmées Donc ça, ça renvoie à quelque chose d’assez ancien C’est pas nouveau, c’est pas Cyril Hanouna qui l’a inventé On peut remonter pour la période contemporaine aux années 70, notamment quand une droite dure avait commencé à remettre en question Valéry Giscard d’Estaing, jugé trop laxiste sur ces questions là Donc c’est à ce moment là où Le Figaro invente le fameux sondage sur l’insécurité qui commence à a cristalliser comme ça un sentiment d’insécurité qui a repris du poil de la bête au début des années 80, quand la gauche est revenue au pouvoir et que le garde des sceaux Robert Badinter, a été accusé de laxisme par rapport à une montée de la criminalité Mais ce débat là, ce populisme pénal, avait été un petit peu confiné dans des arènes médiatiques relativement limité Il y avait peu Le Figaro, certes, et le Quotidien de Paris à l'époque, mais c’est aussi la presse d’extrême droite qui était ultra minoritaire Minute et compagnie Voilà Et ce qui s’est passé ? L'étape suivante, importante est sur le plan médiatique
David Dufresne
C’est Charles Villeneuve, c’est ça ?
Claire Sécail
D’accord, mais c’est un peu trop exagéré de lui donner un peu trop de crédit, non ? C’est surtout l’institutionnalisation politique de ce sentiment avec sous la période Sarkozy, une fois ministre de l’Intérieur puis plus tard président de la République Vous voilà un fait divers, une loi où on faisait appel à l'émotion aussi diversitaire on instrumentalisait des appels pour prendre des décisions, faire passer des lois sur des thématiques particulières Et donc ça, c’est un ressort important de cette offensive conservatrice qui se fait par les médias Bolloré qui se fait à travers des thématiques toujours mises en avant L’enrôlement de Cyril Hanouna dans ce projet là cette thématique là, elle se fait d’abord par Balance ton poste qui est créé en septembre 2018 C’est pour moi le moment où si Hanouna est enrôlé dans le projet idéologique de Bolloré TPMP n’est pas taillé pour accueillir des thématiques de cette nature là à l'époque On est en 2018, début de l’année 2018 Cyril Hanouna est encore un petit peu obsédé par sa réparation d’image après la période 2017 du canular homophobe et compagnie qui s’ouvre aux thématiques de la société aux questions de discriminations Mais pour montrer qu’il s’est amélioré, il a recruté Rachid Arhab qui va être un peu sa caution aussi sur un plan du comportement du management d’antenne, Et puis il fait Il fait venir Marlène Schiappa sur les questions, ça fait son agenda politique ? Elle y voit son intérêt bien sûr, mais lui, il en récolte un bénéfice en terme d’image sur les questions de discriminations et il se fait des associations vous même lui demander d'être parrain de tel Voilà la lutte contre l’homophobie, etc Donc il y arrive, il a encore un travail hyper performatif, un effet de croyance sur sa capacité à être un porte voix des de la lutte contre les discriminations, alors qu’en réalité ça permet de faire évoluer l'émission progressivement vers des thématiques de société et celle des faits divers Il le dit très bien dans son dans son ouvrage Avec Christophe Barbier Encore une fois, ça va être donné, comme il l’a fait avec les gilets jaunes pour des catégories populaires, des gens qui sont dans des souffrances socioéconomiques la victime, la figure de la victime, va être très puissante pour elle Son plateau va être dédié à sa reconnaissance, à lui donner un espace, souvent avec un travail informationnel qui est très limité, dont on ne comprend pas en fait les tenants et les aboutissants des faits divers qu’il soulève Et il va inviter le lendemain d’ailleurs plutôt l’autre partie qui va avoir son propre discours pour sa propre défense, ce qui fait que le public est complètement et suit cognitivement, on ne sait plus quoi penser de tout et ça instaure beaucoup de doute Et donc en tout cas la victime est très importante pour lui pour activer ce ressort de l’empathie, de l'émotion, Elle, elle y voit son intérêt parce qu’elle y trouve une forme de reconnaissance,on peut comprendre simplement les institutions n’ont pas leur mot à dire, elles ne sont pas représentées et pour peu qu’elles soient parfois un peu défaillantes en termes de lenteur, en termes de mauvais traitement de certains dossiers Et ça arrive Évidemment Il ne s’agit pas de dire que tout va bien non plus, mais elles sont complètement discréditées et l'État de droit best facilement attaqué parce qu’on est incapable de prendre en considération des attentes et les demandes et les souffrances humaines que chacun peut comprendre C’est parfaitement et très facilement identifiable Donc voilà, il capitalise là dessus et autour de thématiques qui vont dans la logique du fait divers et la logique statistique de la montée soi disant de la criminalité, délinquance Voilà, on dresse Une réalité à la fois quantitativement perçue par les sondages ou les données statistiques criminelles qui peuvent refléter, mais sur certaines catégories de crimes Encore une fois, l’erreur est toujours de monter en généralité, alors qu’on sait que les crimes sur les personnes n’augmentent pas vraiment Mais peut être que dans les années 60 comme dans les années 70-1 petite et moyenne délinquance a permis d’accréditer ce discours d’une montée des violences très fortes dans la société spectaculaire même qu’ensuite, il suffit d’instrumentaliser à l’occasion de certains faits divers particulièrement marquants C’est une mécanique qui n’est pas nouvelle, encore une fois, et que Cyril Hanouna utilise et que les plateaux de Bolloré en général, et là on dépasse vraiment encore une fois le le cas de Touche pas à mon poste C’est une mécanique qui est très présente Donc par le biais de Balance ton post en septembre 2018 ça va gagner TPMP Voilà Et donc parce que Balance ton poste avant même les gilets jaunes, c’est du Zemmour, il y a la question de la religion L’avortement pour ou contre ? Marlène Schiappa est obligé d’appeler pour dire la remise en cause du choix d’un droit à l’avortement et Est un délit, donc elle remet un petit peu les missions Voilà encore Une Sorte de coproduction de notabilités respective Mais tout cela Montre au final Une idée Des glissements sémantiques, des façons de présenter des thématiques qui vont faire tout de suite le lien entre immigration et délinquance criminalité J'étais sidérée pour le coup vraiment sidérée que quand j’avais été un petit peu malmenée sur leur plateau en 2022 et que Géraldine Maillet me renvoie aux fameuses priorités des français quand je parlais du pouvoir d’achat, que c'était la priorité des français Je me disais oui, mais si on additionne immigration sécurité C’est quoi la logique derrière C’est bien sûr Je ne Sais même pas si elle se rendait compte ça m’a sidérée C’est vraiment, venant de sa part à elle, que je mettais dans la catégorie des chroniqueuses qui qui s’en laissaient pas compter, qui avaient une capacité à quand même malgré tout résister aux discours de Cyril Hanouna et qui avait parfois du mal à L’emmener là où il voulait aller ça s’est vérifié plusieurs fois Mais là, pour le coup, elle était totalement enrôlée dans la défense de son employeur
David Dufresne
Donc elle est tombée dans ce panneau monumental qui est du petit lait pour Vincent Bolloré ? Parce que ces plateaux, c'était ça ? Parce que bon, je t'écoute avec passion et beaucoup de gens l'écoutent même Mais t’as parlé de la fonction de la protection fonctionnelle et t’as pas expliqué pourquoi tu l’avais demandé ?
Claire Sécail
Ah oui, parce que la parce que suite à cette émission de la fabrique du mensonge Ou jeu en gros ce qui avait été retenu de l'échange, c'était que Je disais que Cyril Hanouna se donnait une crédibilité encore une fois de représentant du peuple en donnant la parole à des victimes Et que finalement la question de l OQTF avait été instrumentalisée à partir d’un élément de contexte dans une affaire tragique, pour ensuite pouvoir instrumentaliser le lien et forcer un lien jamais existant et validé entre immigration et criminalité De l’affaire de tous Les OQTF des criminels en puissance, c'était une aberration Et donc c'était ça mon propos qui était retenu, il s’en est pris à moi alors sur un mode assez potache pour le coup, on était pas avec l’avocate que J’ai rencontré dans le cadre de la protection fonctionnelle Elle m’a dit autant la première fois il y avait de l’injure, de la diffamation Et vous auriez pu faire un procès autant la deuxième fois ça restait dans le cadre de la liberté d’expression Mais ça commençait à me peser parce que là, j'étais plus dans la bulle de mon terrain de recherche, comme en 2022 où quand j’ai été attaquée, j'étais vraiment en train de faire l'étude Oui, donc ça m’a protégé en fait, parce que je ne voulais pas altérer le lien avec l’objet que j'étais en train d'étudier Et là j'étais démunie, même si l’attaque était plus en apparence, en tout cas de la part de l’animateur plus ou moins forte Elle a été quand même sur les réseaux sociaux parce que j’ai comme j’avais raté la séquence où ils parlaient de moi, j’ai vu arriver des gens qui m’insultaient de tous les mots Je me disais mais d’où ça sort, après j’ai compris, j’ai vu l’extrait, tout ça J'étais pas bien parce que je voyais que ça remettait en cause des choses personnelles et que je ne faisais que mon travail, que j’avais répondu à des questions Donc là j’en ai parlé à mon employeur, j’ai écrit à différents services et ils ont réagi tout de suite Je les en remercie Ça me permet de remercier parce que ça a été un soulagement de voir à la Fois le soutien très rapide et sans faille de mon institution
David Dufresne
Et ça consiste exactement à avoir la protection fonctionnelle ?
Claire Sécail
C’est qu’on vous reconnaît le fait d'être attaquée dans le cadre de l’exercice de votre métier Donc on vous protège Et donc ça consiste à soit accompagner dans un conseil juridique juridique, donc envisager des éventualités de poursuites le cas échéant, ce qui n’a pas été le cas, ce qui n'était pas forcément une bonne stratégie Et puis pour ce qui était attaquable et dans le cadre d’affaires publiques c’est trois mois, donc c'était périmé on va dire Et alors ça peut aller Il y a des chercheurs qui peuvent être sous protection, garde du corps parfois, s’il y a des menaces trop fortes Mais voilà, c’est toute une gamme que l’employeur prend en charge votre protection parce qu’il reconnaît que vous êtes attaqué dans le cadre de votre votre métier
David Dufresne
Alors là, je suis vachement emmerdé parce que tu as brillamment glissé sur le populisme pénal et je pense que tu as très bien résumé ce que ce qu’il y a dans le livre, évidemment, puisque c’est un résumé Et je voudrais juste revenir un tout petit peu sur ce qu’on disait sur les attaques contre l'élite intellectuelle ou la prétendue élite intellectuelle Parce que ce que j’ai apprécié dans ton livre, c’est ce que tu écris page 35 Le problème n’est pas d’incarner une culture populaire parce que tu fais bien le distinguo en disant et ici tu sais qu’ici on est des enfants de la culture populaire punk et ainsi de suite Et donc tu dis bien que c’est évident que le problème n’est pas d’opposer culture populaire et élite intellectuelle Le problème n’est pas d’incarner une culture populaire, mais de se servir d’une vision dégradée de cette culture populaire pour l’opposer à une conception élitaire artificiellement érigée en repoussoir C’est page 35 Est ce que tu pourrais faire un bouquin sur cette question ? Ou nous donner tes conseils de lecture sur cette question là
Claire Sécail
D’ailleurs, il y avait un numéro d’Hermès qui était plutôt pas mal sur la notion polysémique, de populaire et je pense que c’est bien abordé Mais elle, elle a glissé, que quand on travaille la télévision, c’est un objet populaire, donc quand on travaille sur la télévision, Après on peut trouver de tout, mais s’adresser aux masses, à des catégories larges de la population par le biais d’un média, d’amplifier des des débats, de permettre à chacun de s’approprier des contenus qui ne sont pas une vision misérabiliste Voilà, on peut tirer quand on est issu de catégories populaires et qu’on est confronté à un média qui vous inclut dans son projet, qui vous permet d’accéder à des pans entiers de la culture et du savoir, vous tirez vers cette fameuse formule et cette vision du populaire de qualité ou voilà Hervé Bourges Au début des années 80, où l'élitisme pour tous, le projet de Théâtre Vitez et compagnie, c’est peut être un peu fantasmé, un petit peu un discours qui valorise la Vision du populaire, mais c’est pour montrer qu’on n’a pas besoin de se cantonner à une vision dégradée Ce n’est pas du pain, du cirque, etc La télévision et le travail que Cyril Hanouna est ce qu’il renvoie l’image du populaire, ce qu’il renvoie est assez misérabiliste Alors que voilà, il est là au nom du divertissement On en revient à cette caution du divertissement Il va dire il a plusieurs fois des mots genre non mais ça c’est trop compliqué, compliqué à aborder dans notre émission, etc Alors qu’on comprend très bien, il parlait de l’affaire des cabinets de conseil McKinsey, donc une affaire avant la présidentielle, le premier tour, la présidentielle qui embarrassait pas mal l’exécutif On comprend la raison politique de ne pas vouloir trop traiter une question qui est pourtant très facile à comprendre et de dire que son public comprendrait mal l’enjeu qui avait été révélé par Mediapart et d’autres Et ce serait si complet si ça reflète la vision très dégradée qu’il a de son propre public Donc on est avec des gens qui arrivent à Installer l’idée qu’ils sont les représentants d’un peuple et que ce peuple est nécessairement dans un besoin de représentativité par des gens qui vont porter leur voix Alors que ce peuple n’a pas besoin de vernis Chaque individu en démocratie a une voix qu’il peut faire entendre s’il choisit de ne pas le faire, c’est sa propre liberté Et au nom de quoi on érige des individus qui sont assez peu attentifs finalement aux intérêts de ces catégories socio-économiques Et je pense qu’encore une fois que Le complément d’enquête a montré avec l’affaire des yachts, la fiscalité et la TVA
David Dufresne
Oui, la TVA,
Claire Sécail
C’est quelque chose qui vient, C’est pas ça se situe pas sur un simplement un plan moral parce que Cyril Hanouna a parfaitement le droit d’avoir de l’argent et de l’utiliser pour son plaisir, mais ça montre que sa conception et son mode de vie va à l’encontre des intérêts de ceux qu’il prétend défendre, parce qu’il détourne de manière très détournée et indirecte Et c’est pour ça que ça le déresponsabilise, responsabilise comme d’habitude ne pas affronter Et c’est ça qui est très différent d’un responsable politique, la seule alors qu’il il fait ce travail très politique chaque soir avec son émission La différence et la déresponsabilisation permanente de ses actes et de son discours au nom du divertissement comme si faire une émission, être un animateur et vous exonérez de toute responsabilité alors que vous en avez une qu’elle est fixée dans les textes conventionnels Encore une fois, vous avez et vous devez maîtriser l’antenne, Et donc c’est d’ailleurs Intéressant quand il y a une décision de l’Arcom je crois que c'était avec l’affaire Boyard, je sais plus, il y a eu une amende record mais il y a aussi un rappel que cette émission concourt à l’information et en concourant à l’information, elle a un devoir, une responsabilité vis à vis de son public Et souvent Dans la jurisprudence entre le régulateur Et C8 je dis C8 parce que si c’est à L'échelle du diffuseur que ça se passe mais même si c’est les émissions de Cyril Hanouna étaient amputées, eh bien il y avait parfois Oui, mais c’est une émission de divertissement Donc s’il y avait eu un signalement éclair, comme ne voulait pas intervenir, elle pouvait prétexter le caractère du divertissement, du genre, du divertissement, pour dire Attendez, c’est un autre horizon d’attente les publics n’attendent pas de l’information, ils attendent d'être divertis donc on ne va pas intervenir, on ne va pas mettre rappeler à l’ordre le diffuseur parce qu’il n’y a pas lieu de l'être on reste dans le cas de la liberté d’expression Et c’est en sortant de ce communiqué, ce deuxième communiqué au moment de la sanction ça sortait de l’ambiguïté, ça permettait de sortir clairement l’ambiguïté et de rappeler à quel point cette émission concourt à l’information et qu’elle doit être traitée comme telle quand bien même il y a des vannes potaches qui jalonnent comme ça, les séquences et les sujets sont bien là et s' ils traitent de l’un des sujets qui nous passionnent, voilà le travail de l’information
David Dufresne
Cyril Hanouna élabore un système de valeurs bien plus qu’un système de pensée écriture page 52 Chez lui, les qualités humaines sont un moteur plus important que les idées pour concevoir l’organisation et les objectifs d’une société Ce constat fait de touche pas à mon poste un cadre pratique idéal pour tester la définition du populisme comme ouvre des idéologies peu substantielles Là, on ouvre les parenthèses pour expliquer de quoi il s’agit, par contraste avec des idéologies denses comme le fascisme, le libéralisme ou le socialisme, qui mobilisent un socle de valeurs différenciées et de catégories plus élaborées Je laisse le temps à chacun de réfléchir un petit peu Ce qui m'étonne dans cette phrase que je trouve évidemment puissante, comme l’autre que j’ai cité est d’ailleurs le chaton a trouvé également qu’elle était puissante C’est sûr là où tu fais le distinguo entre les cultures populaires et ceux et le regard qu’on peut porter sur elle misérabiliste Tu dis que c’est un cas pratique, idéal pour tester la définition du populisme comme idéologie peu substantielle par contraste avec les idéologies denses comme le fascisme Le libéralisme ? C’est quoi ? C’est du fascisme mou ?
Claire Sécail
Alors là, je suis au cœur de la mobilisation des travaux, des populismes, te disent ils la définition que propose Smooth dans son travail ? On peut Il y a un petit ouvrage, un petit travail sur une brève introduction au populisme co-écrit avec Cristobal Vasseur
David Dufresne
C’est passionnant, ça propose cette définition minimaliste qui renvoie aux travaux qui questionnent la question de la morphologie des idéologies en gros Et donc en attribuant des niveaux de densité à des idéologies et en disant que, en distinguant des idéologies denses comme celles que tu viens de citer Le fascisme Libéralisme ou Socialisme, deux idéologies qui sont plus, qui se retrouvent, qui mobilisent Pas des catégories de sens programmatique particulièrement étoffée Mais plutôt un Corpus rhétorique dans lequel puiser et qui peuvent s’hybrider Par contre, avec les idéologies, et c’est exactement ce qui se joue sur le plateau de Cyril Hanouna, c’est un espace de lutte, d’interprétation de la notion de peuple
Claire Sécail
Ce que je disais tout à l’heure, où des populistes, des populismes de gauche, d’extrême droite vont s’approprier et s’affronter C’est ce qui permet de de dire voilà de réaliser la promesse agonistique parce que c’est spectaculaire parfois, mais de s’affronter sur l’enjeu et la définition de ce terme de Peuple qui est parfaitement polysémique, qui peut être tiré dans tous les sens et tout en laissant des usages stratégiques du populisme quand on estime que c’est important C’est une façon de se reconnecter parfois, ou de surmonter en terme de communication, de crise des situations Donc la crise des gilets jaunes typiquement pour l’exécutif de s’hybrider et c’est ça que dit casse mood, c’est que Le populisme permet d’avoir, en tant qu’idéologie fine, de rencontrer d’autres idéologies ou simplement de fonctionner comme une rhétorique qui promeut un système de valeurs particulier. Cyril Hanouna le mobilise pour lui à des fins personnelles, pour des fins d’image d’une part, mais il va aussi être l’autre, l accueillir C’est ses idéologies denses, en y prenant une part active puisqu’il est lui même dans un rôle de répartition des espaces, d’arbitrage des idées dans cette lutte d’interprétation qui va faire que, encore une fois, le populisme de gauche va y perdre sa place, quand bien même il a conquis cet espace, cette agora populaire en premier avec Jean-Luc Mélenchon dès 2013 Il va perdre la primauté et la lutte dans ce partage des espaces politiques au profit d’une Dimension interclassiste, nationaliste qui va faire le jeu des extrêmes, de Zemmour à Marine Le Pen, Bardella, avec des stratégies un peu différentes, soit de banalisation, soit au contraire de deux clivages particulièrement forts Eric Zemmour n’a pas cherché à se banaliser pendant la campagne présidentielle Au contraire, c'était des des formes de mise en tension permanente de la société sur des thématiques particulières qui permettaient de banaliser pour le coup, sans avoir rien à faire, l’autre concurrent direct dans ce nom, ce marché des idéologies denses sur des nationalistes qui étaient le Front national, le Rassemblement national plutôt Donc Bardella, a été invité six fois dans la présidentielle pour justement faire des petits sourires et répondre Donc voilà ce qui se joue, ce qui s’est joué de manière très substantielle et j’en reviens à ce que je disais tout à l’heure si on remet pas de la substance dans tout ça, on va se laisser happer par tous les phénomènes de buzz et compagnie parce qu’ils sont vidés de leur sens même Et le mot réarmer est à la mode en ce moment, mais ne me Intellectuellement qu’il y a un enjeu si tout citoyen sait.
David Dufresne
Si toi c’est le réarmement citoyen contre le barbare
Claire Sécail
Même si J’en conviens, si c’est le sens de ce petit livre d’intervention, j’aurais pu très bien rester à ma place, changer de sujet d’ailleurs Voilà ne pas chercher à me ré exposer de nouveau à de possibles critiques parce que c’est pas agréable, c’est de c’est de lancer cet appel Alors malheureusement, j’espère qu’il peut être entendu bien au delà Je veux croire que tout n’est pas perdu pour toucher des catégories jeunes qui sont plutôt celles que Cyril Hanouna convoite et auprès duquel il a encore un certain crédit et que l’anti intellectualisme primaire ne menait pas complètement une façon de m'écarter du jeu quand je lis ça, d’ailleurs, je ne suis pas la seule, donc je pense que ça zappe Il y a la sortie de Thierry Ardisson, par exemple, qui y contribue aussi Il y a une forme de libération de la parole qui est peut être en train de se faire autour de cette émission J’espère au delà, pour que ce ne soit plus un public, mais un observateur et passif face à ce qui détériore notre espace public et notre notre en même temps
David Dufresne
Ardisson est docteur Frankenstein
Claire Sécail
Oui, mais c’est intéressant de voir la critique de l’intérieur de même que j’ai trouvé très intéressant d’inviter Booba à la fin du complément d’enquête,pour évoquer la personnalité de Cyril Hanouna, personnalité qui a à peu près la même surface médiatique au sens que le public qui auquel il parle et qui parlait, donc qui montrait avec ses mots Avec son discours même si lui même n’est pas Comment dire ? Une approche un peu critique a été faite par Tristan et Alex justement parce que voilà, il est au cœur de cette affaire d’influence d’influenceurs avec Magali, Berdah et compagnie Mais pour le déminage de Cyril Hanouna, c’est bien plus intéressant de faire porter les mots de la critique par des gens qui ressemblent à Cyril Hanouna pour toucher le même public Voilà, moi j’ai clairement pas sept ans J’ai ce handicap là
David Dufresne
Ah non ça je te confirme que tu ressembles pas à ca
Claire Sécail
J’ai mûri et je parle peut être davantage à ceux qui connaissent pas tant l'émission que ça ou ne la connaissent que par les écumes ou les moments de polémique qu’elle suscite régulièrement dans le débat public et qui ont besoin de comprendre Parce qu’il y a un effet de sidération qui persiste autour de cette émission
David Dufresne
Par exemple, une question de NH, qui te demande si nous avons déjà eu en France, dans l’histoire, une personnalité médiatique ou un acteur médiatique avec une telle force de frappe, avec une audience si grande ayant eu un véritable impact sur la population ? Et je prolongerai cette question en disant au fond, le monde dans le monde entier, il y a des gens qui accèdent au pouvoir suprême et qui ont un passé télévisuel ici en Ukraine, Trump aux États-Unis Je crois que les Argentins aussi En Italie, n’en parlons pas il y a eu Berlusconi, mais il y en a d’autres Est ce qu’on pourrait avoir ce genre de cas en France ? Alors je pense pas forcément à nous, mais le système pourrait il enfanter un Trump à la française par exemple ? Quelqu’un qui est passé par la télévision ?
Claire Sécail
Je ne suis pas certaine mais j’avais lu la Bande dessinée qui prêtait à Cyril Hanouna des ambitions présidentielles
David Dufresne
Non, on me dit Zemmour Zemmour lâche là, je parle plutôt de gens qui sont venus du divertissement, Zemmour, il n’est pas divertissant
Claire Sécail
Ouais, mais Je ne pense pas que ce soit Ce qu’il faut comprendre, c’est que Cyril Hanouna, il fait déjà un travail politique et c’est ce travail là de reconnaissance auprès d’un public qui lui donne le pouvoir et l’importance qu’il convoite Il n’en a pas besoin d’autre Il n’est pas Il ne l’a pas forcément des ambitions politiques au sens partisanes directes du terme Il travaille, il est bien là où il est Je pense qu' il aime ce qu’il fait et il n’a pas besoin d’autre chose Mais ce que je veux dire, c’est qu’il faut faire un peu pour ne pas lui donner trop d’importance Il faut quand même bien distinguer la notoriété et la réputation
David Dufresne
Flash info nomination du Premier ministre Cyril Hanouna Non, c’est un troll ça trolle, c’est une blague ? On ne sait pas encore pour l’instant
Claire Sécail
C'était bien Donc oui Important, importance c’est une distinction à faire C’est réputation, notoriété Et vous pouvez avoir une notoriété très forte pour ne pas lui donner trop d’importance et une réputation très dégradée D’ailleurs, je termine dans la conclusion sur ce fameux sondage qui existe depuis très longtemps, je sais même plus depuis quand mais sur les animateurs préférés des français
David Dufresne
Oui alors là j’ai été très très surpris de voir qu’il dégringolait
Claire Sécail
En fait Il avait rigolé depuis la détérioration de son image, clairement c’est un sondage qui est basé sur un échantillon représentatif de la population, en tout cas jusqu'à l’année dernière puisque maintenant exit OpinionWay, c’est les internautes qui vont sur le site du Figaro et de TV Mag, donc le groupe Figaro qui répondent aux questions Donc ça change un petit peu, Cyril Hanouna est revenu dans le classement par magie Parce que là Il n’y a plus de notion de représentativité Mais si on reste sur les les années où c’est un vrai réel sondage basé sur un échantillon représentatif de la population, il a dégradé et il est tombé Il est même sorti du classement plusieurs années à partir du moment où son image s’est détériorée Donc il peut essayer de Limiter la casse et d’essayer de réparer son image auprès d’un public Mais ce public étant lui même probablement de plus en plus resserré sur un noyau dur de fans d’ailleurs Voilà, je reviens à ma question du fan d’Hanouna Ce n’est pas un public ordinaire, c’est un public qui est enrôlé dans une démarche de défense de son animateur fétiche, qui prend des formes parfois un peu particulières, mais donc il n est plus plébiscité, Il est perçu au contraire comme une personnalité clivante Et pas du tout populaire on s'éloigne de la définition de l’animateur populaire quand on n’apparaît plus dans les classements sur des catégories de réponses qui regroupent la population Voilà, ça montre toutes les limites de l’exercice Pour lui, il est l’enjeu de toujours apparaître comme quelqu’un qui, qui sait parler des des catégories populaires dont encore une fois, on n’a pas besoin d’apporter la preuve quantitative Il suffit qu’elle soit associée à ce fameux bon sens qu’est l’expression même du plus grand nombre de la majorité et qui n’a pas besoin d'être quantifié Et quand on met un peu son nez dans la définition de cette catégorie, qu’on vient un peu remettre en cause Ce socle là, devient dangereux, on devient identifié comme un adversaire et on devient soumis à la critique par celui qui veut absolument pas que les choses changent pour sa réputation
David Dufresne
J’en viens à la conclusion de ton ouvrage Et puis après un peu de temps, quelques autres questions du chat qui est très très volubile aujourd’hui Ça c’est vraiment génial Et en quelques années, dis tu, le populisme de gauche s’est fait dévorer par le populisme de droite Et plus loin encore, tu vas plus loin encore tu dis finalement en conclusion le grand gagnant, c’est l’extrême droite politique et culturelle, le grand gagnant d’Hanouna du dispositif Hanouna, c' est l’extrême droite politique et culturelle qui a bien compris l’intérêt d’investir la scène d’un divertissement dévoyé pour y promouvoir la vision Ripolin de sa guerre de civilisation et imposer les idées d’autant plus dangereuses qu’elle avance au nom d’un bon sens populaire C’est grosso modo ce que t’as développé là pendant 2 h et que tu résumes d’un point. Question faussement naïve et naïve en même temps Est ce que cette victoire de l’extrême droite, elle est vraiment voulue par Hanouna ou est ce que c’est l’audience, l’appât du gain des annonceurs, du nombre de fans qui amène ce dispositif à s’ouvrir et être le réceptacle d’une forme de fascisation ?
Claire Sécail
Je n’ai pas de réponse encore une fois, vu que je m’intéresse pas vraiment à ce que Cyril Hanouna pense ou défend, même si on peut facilement l’identifier ou la définir la position personnelle de Cyril Hanouna qui est plutôt macronisme mais qui joue sur ce “en même temps” Ce qui est certain, ce qui le lie, ce qu’il n’arrête pas de dire
David Dufresne
Mais au delà de l’inventer parce que justement ne sombreront pas dans ses propres travers, c’est à dire ce que je veux dire, c’est la machine médiatique qui est en marche aujourd’hui, est quand même immense Je ne t’engage pas en le disant, c’est ce que je pense moi, tu peux tout à fait me contredire, mais je ne sais pas toujours si elle agit par conviction, par intérêt Peut être les deux
Claire Sécail
Bah les deux ça dépend qui, quand on voit que BFM, qu’on ne peut pas, soupçonner d'être idéologiquement sur la même ligne que Cnews mais qui produit du Cnews pour rivaliser On sait que ce sont des logiques d’audience et des logiques commerciales qui sont derrière Bien plus que des logiques idéologiques, peuvent se retrouver à l'échelle des individus qui travaillent dans cette chaîne Mais ça, on n’en sait rien La ligne éditoriale qui se dégage, c’est quand on cherche un petit peu à embrayer Et c’est pour ça que y a Cnews et C8, l'écosystème Bolloré puis il y a l’effet que ça peut avoir sur l’ensemble de l'écosystème médiatique qui est inquiétant parce qu’en effet ça peut avoir par d’autres moyens d’intéressement, donc des logiques de plus en plus commerciales Encore une fois, ce sont des marques, donc elles cherchent à vendre de l’espace publicitaire La galette est réduite donc on construit des contenus qui vont en fait aller vers le même rétrécissement, le même, la même vision rétrécie de la société, plus polarisée Et je crois que ça, c’est un horizon qu’il faut rejeter en force quand on est attaché à la démocratie, quand on est un vrai démocrate, c’est à dire le pluralisme avant tout, c’est que la polarisation, la bipolarisation qui se crée, qui se dessine, elle, elle se fait aux dépens des positions modérées qui sont très présentes dans la société, qui sont bien représentées, mais qui, petit à petit n’existent plus médiatiquement et sont effacées des propositions de sensibilité telles qu’elles peuvent être représentées Donc ici et là, les chaînes ont une responsabilité parfois comme BFM TV ou si les audiences mènent à les faire du sous Cnews a invité Zemmour après une affaire affaire à faire très Paul tout temps, tout en faisant mine d'être un peu distant et de ne pas être partagé Les fondements idéologiques, ça produit exactement la même chose De même que sur France Inter C’est un papier qu’on a co-écrit avec deux collègues qui ont travaillé sur l’enquête média élection avec moi, mais sur d’autres corpus France Inter a aussi un peu aussi cédé quelque Part à ce discours, à ces injonctions, à cette façon de dire, de la façon dont l’offensive conservatrice laisse croire que France Inter est une radio gauchiste, Donc, en en écartant ou en marginalisant un petit peu l'émission de Charlie Banker par exemple, ou en instaurant une pastille carte blanche le matin qui dure peut être trois minutes, c’est très peu mais dans lequel on a pu prendre Quand des chroniqueurs, des éditorialistes ont pu prendre la défense d’un candidat à l'élection présidentielle alors que d’autres pour en terme de pluralisme qui incarnait une autre sensibilité politique, ne l’utilisez pas dans cette même démarche dans le contexte électoral donc voilà on donne des arguments à ceux qui pensent que France Inter ne respecte pas le pluralisme alors qu’elle le respecte parce que le pluralisme, les règles de pluralisme sont telles qu’elles sont sculptées par l’art comme sont des règles très précises, parfois très techniques, difficiles à comprendre Mais France Inter respecte bien le pluralisme donc quand on laisse entendre que l’on crée un espace pour mieux représenter des segments de population beaucoup plus conservateurs et leur donner un espace, on laisse entendre qu’on ne respecte pas vraiment le pluralisme et on cède sur des injonctions sur cette fameuse Agenda politique qui est bel et bien là, encore une fois pour l’instant, produit des effets Au delà de l'écosystème Bolloré C’est ça dont il faut s’inquiéter Je ne parle même pas des questions de droit, du secret des affaires, des lois, procédures, bâillon et compagnie Là, on est sur des principes de base sur la question de l’instrumentalisation de l’enjeu de liberté d’expression Encore une fois, qui fait que quand on critique les chaînes Bolloré, on se ferait passer pour un liberticide Alors que l’enjeu est simplement de demander à leurs collègues de respecter les textes des conventions et que quand on fait de la désinformation, quand on ne respecte pas la liste longue des atteintes au texte de la convention Eh bien ! c’est l’analogie que j’utilise parce qu’elle est assez simpliste, mais elle permet de bien comprendre que l’enjeu n’est pas de défendre la liberté d’expression la liberté d’expression, elle est là on a un écosystème médiatique qui globalement peut être inquiet de certaines choses, mais quand on dit que l’archaïsme doit mettre en demeure, voire suspendre certaines émissions, ce n’est pas des atteintes liberticides, c’est simplement appliquer les textes de la convention C’est comme un employeur, un chef d’entreprise qui sous traite un produit, un prestataire Ce prestataire ne respecte pas son engagement livre le produit en retard, se permet d’insulter le chef d’entreprise, etc Le chef d’entreprise, Qu’est ce qui lui dit Vas y coco, c’est ta liberté d’expression, Je la respecte Non, il va mettre fin au contrat Basta Il n’a pas respecté un bien commun qui est les autorisations d'émettre, tout simplement Et c’est ce que l’art com devrait avoir à l’esprit Elle n’est pas là pour incarner, elle est l’expression de la liberté de libre communication Et c’est dans la loi, c’est ce qui fait sa vaut Sa création et c’est pas ça qui est en jeu Si on a instauré une autorité de régulation, c’est parce que dans ce milieu là, on sait bien que l’auto responsabilisation, l’autorégulation ne fonctionne pas et les intérêts privés sont trop divergents pour, pour laisser des acteurs en défense de leurs propres intérêts, réguler eux mêmes leurs contenus ou certains principes, appliquer certains principes Voilà, on voit bien comment tout est dévoyé Je l’ai montré dans l'étude sur le pluralisme pendant la présidentielle où tous Les jours on parlait de Ségolène Royal tout à l’heure Mais c’est encore ces mêmes mécaniques de dévoiement de certains principes qui se font en étant paradoxalement porteurs d’un éthos démocratique Parce que on vient représenter le peuple, on vient représenter une aspiration de ce peuple qui est toujours mis en avant mobiliser de manière complètement conceptuelle et fantasmée Alors qu' on porte atteinte réellement La dimension pluralisme des expressions sur un plateau par exemple, et c’est ça qui est en danger Donc l’art, comme fermant les yeux, choisit de renoncer à son travail de contrôle, c’est à dire ce pourquoi elle est faite En outre des questions techniques Mais en réalité en étant aveugle et mine de rien En faisant passer un message aussi assez délétère C’est à dire que ceux qui respectent vraiment le pluralisme, ben finalement, qu’est ce qu’ils vont se dire si ceux qui ne le respectent pas ne sont pas sanctionnés à la hauteur des enjeux, dont elle se limitent à des gammes de sanction qui sont symboliquement fortes, disons des sanctions pécuniaires notamment Mais en attendant 2025, l’année où les autorisations d'émettre seront remises en jeu on va bien voir ce qui va se passer Mais il ne faut pas trop attendre du politique tel qu’on l’a aujourd’hui Je pense que la commission sénatoriale sur la concentration des médias l’a bien révélé il ne faut pas en attendre énormément On va voir aussi s’il y a beaucoup de mal acquis parce que, mine de rien, incarnait un discours critique à l'égard de l'écosystème Bolloré Si elle fait les frais de ce remaniement, ça en dit long sur la volonté qu’il y a derrière de contrer cette offensive idéologique qui menace quand même le débat public
David Dufresne
Alors figure toi, puisque tu as parlé de France Inter comme radio vu comme gauchisante, il se trouve que demain à 9h, il y a Edwy Plenel à ta place, comme je l’ai dit tout à l’heure, et à 11 h, il y aura Guillaume Meurice Donc je je lui passerai ton bonjour, je vais prendre quelques questions du CSA si tu veux bien Saint Thomas nous dit ouvrir les études sur d’autres émissions que TPMP que vous avez citées semble t il, pour décrire le glissement du pays quelque part Est ce qu' Internet et les réseaux ne pourraient pas être une force collective pour documenter les manipulations médiatiques de façon scientifique ? La question c’est est-ce que les internautes pourraient participer à la documentation à des signalements, à des alertes, à une réflexion collective ?
Claire Sécail
Oui, je pense que c’est le cas C’est tout le paradoxe d’un écosystème médiatique numérique en tout cas qui se polarise, qui contribue aux effets de polarisation, mais qui permet quand même la circulation d’informations, qui permet d'éveiller et de se mobiliser, je trouve que le travail de Cyprien James a une démarche éthique que je trouve assez forte et assez juste,, qui interpelle Ce n’est pas d’injonction qui a des codes éthiques en termes d’interpellation justement Des marques qui bien souvent, parce que c’est comme ça que ça fonctionne, ne savent pas en fait Dans quel espace médiatique leur publicité se retrouve parce que c’est géré par des régies externalisées,Donc ça sensibilise, ça permet de bien comprendre que voilà, une démarche éthique est possible, compatible avec un écosystème marchand avec des marques, Voilà donc qui sensibilise pas mal à ces questions là Ils font un travail d’ailleurs de collecte de données C’est intéressant et très instructif, notamment autour du JDD, on voit que les pages publicitaires diminuent considérablement Hors Groupe Bolloré Donc ça montre Bien que L’entreprise économique à visée économique qui était mis en avant par Vincent Bolloré est toujours dans cette commission sénatoriale Mais n’est pas du tout ça,Patrick Eveno l’a redit encore récemment Mais voilà, on est sur un gouffre financier Économiquement parlant de ce projet idéologique, ça montre bien que ce n’est pas l’enjeu pour Vincent Bolloré Donc, je pense qu’il n’y a plus besoin de le démontrer maintenant, on en revient toujours à ça parce qu’on a en face des gens qui avancent masqués qui enrôlent des gens qui ont d’autres projets C’est là qu’il y a des alliances objectives Donc voilà, c’est la société civile si je reviens, la question peut se mobiliser, les espaces numériques aussi après la question des signalements démultipliés comme il faudrait, il y a peut être un côté un peu contreproductif à ça, parce que c’est peut être aussi ce qui justifie de se réfugier derrière des stratégies Un petit peu comment dire qu’elle défend un régime de liberté d’expression Et tout le monde le défend Je veux globalement Mais elle va déplacer pour gérer un petit peu la masse de signalements qui qui peut être difficile à traiter en tant qu’institution de régulation, elle peut avoir tendance à renvoyer chacun à son sentiment subjectif d'être indigné, peut être de manière excessive, par un contenu Et c’est ce qui se cache derrière un usage, une jurisprudence que l’Arcom mobilise pas mal, qui est une jurisprudence de la CEDH 76 Je nomme et ça s’appelle une jurisprudence en design c’est un cas qui permet en fait de considérer que le signalement qui a été fait par un public à un téléspectateur par exemple, repose sur un sentiment d’indignation On est choqué par un contenu, mais sanctionner ce contenu serait préjudiciable au régime de liberté d’expression Donc on renvoie la personne au fait que c’est normal d'être choqué Mais la liberté d’expression est le régime de la libre communication est plus important que le fait d'être choqué individuellement Sauf que j’ai regardé quand même un petit peu certains cas où cette jurisprudence était mobilisée et on peut se demander si ce n’est pas une façon de détourner le débat des enjeux et encore une fois, des conventions de chaîne et que certains propos sont clairement qui sont incriminés, sont clairement parfois portent atteinte aux individus sur des questions de discrimination, etc Donc un certain nombre de plateaux Cnews qui sont signalés et qui peuvent très bien être compris sous l’angle d’une atteinte à la dignité des individus Et sur la question des discriminations notamment, qui sont dans les conventions de chaîne, et en faire un instrument un outil de liberté d’expression et passer tandis que le chroniqueur, l'éditorialiste en question Et ce serait liberticide de le sanctionner ou de vous mettre en garde ou de faire une intervention, même auprès du diffuseur, sur la base de ce qui a été imputé par un individu lambda permet de déplacer ces questions et de ne pas revenir encore une fois à l’enjeu de contrôle des textes conventionnels Voilà Donc c’est une stratégie claire utilisée pour, je pense atténuer la pression de l’opinion publique sur les questions des contenus qui se posent réellement problème pour signaler C’est vrai que l’Arcom est une instance qui prend des décisions, parfois de manière accélérée du fait de certains effets d’opinion Et quand Cyril Hanouna fait une polémique notamment, on a vu l’Arcom trancher assez rapidement la question après l’affaire Lola, notamment parce que ça avait créé un effet d’opinion donc c’est paradoxal C’est à double tranchant Si on crée une sorte d’embouteillage de signalements, l’archange peut en profiter pour pouvoir utiliser des leviers Voilà des notions et des concepts qui vont déplacer la question Et il ne faut pas être choqué Il faut avant tout protéger la liberté d’expression c’est vers ça que l’Arcom veut aller avec sa doctrine libérale, je pense Mais ici c’est vrai qu’il faut reconnaître que certains effets d’opinion ont un effet sur l’autorité de régulation Alors peut être qu’il y a du politique derrière et qu’il y a des coups de téléphone qui se jouent aussi
David Dufresne
Moi j’aimerais bien comprendre aussi il y a un cas étrange avec Hanouna, c’est qu'à un moment donné, il a envoyé aussi d’anciens membres de C8 Rachid Arhab là, Il y a quand même quelque chose d’un peu incestueux je trouve, dans les rapports entre le sous traitant, le patron, pour reprendre la métaphore que tu dis Ça s’est mal terminé Et puis Rachid Arhab l’avait très mal vécu
Claire Sécail
L’idée c'était au départ il ne faut pas faire d’anachronismes Hanouna n'était pas encore ce qu’il est devenu C’est pour ça que c’est vraiment important de bien revenir dans les contextes de chacun Bien sûr, il était dans un travail de réparation d’image et manifestement l’idée c'était peut être de penser Rachid Arhab, de canaliser un peu ce trublion du PAF qui avait été trop loin et voyant peut être sa bonne volonté de ne plus aller de plus en plus transgresser à ce point des discours Voilà C’est pas vraiment ce qui s’est passé Mais l’alchimie s’est pas bien passé pour Rachid Arhab, parce que les méthodes humiliantes ont été mal vécues
David Dufresne
Mais bon, autre question de Morgan qui te demande est ce que l’asso, notre solution pour supprimer les émissions d' Hanouna, ne serait-elle pas de proposer en fait un programme de divertissement concurrent et émancipateur ? D’autres disent qu’il faudrait pas que les médias de gauche indépendants se regroupent sur le canal de la TNT Alors je sais que là on sort de l’objet, de ton livre, mais t’as peut être une idée quand même par rapport à ça Est ce que tu penses qu’il faut aller concurrencer sur son terrain, c’est à dire la télévision, Hanouna ou est ce qu’il vaut mieux rester là où on est et travailler comme toi, ici avec ton livre, d’autres avec leurs documentaires ou leurs enquêtes
Claire Sécail
La balle est très certainement dans le camp de l’Arcom Il faut continuer à attendre d’une institution de régulation qu’elle régule, qu’elle exerce ses missions de contrôle Donc ce discours là, il ne s’adresse pas tant à nous n’a qu’il faut éviter de victimiser d’ailleurs, parce que c’est ce qui le suit ce qui le nourrit, c’est ce qui permet de souder sa communauté, encore une fois de contribuer à la polarisation il faut au contraire montrer, revenir à un pluralisme de fait, le mettre, le sanctionner sévèrement quand ce pluralisme est clairement dévoyé Et là voilà, je pense que le problème n’est plus, n’est plus Hanouna Il aura et continuera d’avoir son public tant qu’il existera Et peut être qu’il existera même au delà de Cnews C8 n’avait plus son autorisation d 'émettre Over the top On crée des contenus qui sont pas forcément sur des canaux, un bien public, un bien commun comme la TNT par exemple, un canal de la TNT Donc voilà, je pense qu’il faut sortir du cas Hanouna, peut être le laisser un peu dans son dans son coin et par contre promouvoir fortement l’inverse. Ce qui est en jeu, ce qui est attaqué dans ce projet et au delà du cas Hanouna, encore une fois, c’est cette société de droit où les libertés de défense des libertés des individus, de lutte contre les inégalités, c’est appel au pluralisme Voilà, ça, ce sont les combats qui sont très vivaces aux Etats-Unis, avec cette droite conservatrice Alors, on est dans une société très différente là bas, parce que Dieu et le marché, ça s’entend plutôt bien là bas Et ce que veut nous faire croire Bolloré à travers ses contenus, c’est que c’est le cas aussi en France, alors qu’on est dans une société beaucoup plus sécularisée et donc à travers les contenus un peu élargis Maintenant, qui aussi qui touchent, qui se répandent, qui ont des effets sur d’autres groupes médiatiques c’est de donner à croire que c’est un reflet de la société actuelle française, ce qui est faux Donc c’est ça, il faut lutter avec des outils Intellectuels Je n’ai pas d’autre recommandation à faire que de contribuer à son échelle de citoyen, à ne pas se laisser mouliner de cerveau par des discours qui ne nous veulent pas du bien
David Dufresne
Allez, je prends la dernière, la dernière question Je reste sur ce que tu viens de dire, que tu as dit au tout début sur la religion, le business et tu viens de rebondir là dessus Est ce que tu pourrais le préciser ?Est ce qu’on se rapprocherait de la dynamique des télé évangélistes américains ? Est ce que Hanouna et C8 est ce que c’est autre chose ? Et puis sur le côté Dieu a bien marché,
Claire Sécail
Bolloré, le sait Hanouna y contribue parce qu’en tout cas, C8 qui a sa partition différente de Cnews On vient de voir un programme qui s’appelle Au presbytère c’est une téléréalité en gros qui se joue dans un presbytère avec des moines, avec un coaching religieux, prière tous les matins, etc Donc c’est un soft power Prosélyte Guerre de religion Qui est fait avec des gens comme Clara Morgane Il y a Delphine ancienne chroniqueuse il y a le fils Castaldi c’est sur C8 donc ça montre bien tout l’arsenal, la créativité, que des démarches prosélytes ultra catholiques parfois, veulent diffuser, et faire diffuser leur message Donc oui, on peut craindre, je pense, qu’il y ait Il est Complètement fantasmé c’est quand même Très marginal, je crois Assez peu, tellement la société française n’est pas la société américaine Mais on veut nous faire croire quand même que c’est le fameux effet miroir des hommes des médias qui ne sont pas des effets miroir s ils façonnent une réalité Et donc donc il y en a Il faut bien avoir conscience que ce sont là où on veut nous emmener l’imaginaire qu’on veut projeter mais ne correspond pas à la réalité et qui est plein d’indicateurs très pertinents et très solides pour montrer le contraire
David Dufresne
Bienvenue au monastère
Claire Sécail
Oui, c’est ça, Bienvenue au monastère, Et ça c’est vraiment le créneau du conservatisme contemporain aussi que d’attaquer le progressisme des sociétés contemporaines par ce discours de la menace de l’autorité Parce que faire avancer les égalités, l'égalité des droits des individus c’est menacer la hiérarchie, l’ordre social naturel, soi disant Donc Parfaitement inégalitaire pour le coup, entre ces individus, donc en lui redonnant une forme d’autorité, en faisant appel au divin parce que c’est une façon de réaffirmer la primauté de l’individu qui mérite donc du coup qui va réussir donc la réussite capitalistique, l’ordre capitalistique Je renvoie d’ailleurs à ce je dis mais je voudrais citer la recension dans la vie des idées Si vous allez sur la vie des idées, il y a une recension d’un ouvrage de McManus sur sur la droite conservatrice Donc c’est une recension, un ouvrage qui porte sur le cas des États-Unis, mais je trouve qu’il est très révélateur de ce qui se joue aussi en France, quand on l’aborde sous l’angle des contenus médiatiques, on peut avoir le sentiment que c’est vraiment une expression plus large de la société Or, je pense précisément que c’est un travail d’opinion, d’influence, de d’orientation de l’opinion pour donner à croire que cette société est la même ici chez nous Donc, où il y a un appel du religieux c’est pour ça qu’on a besoin de voir ces querelles religieuses en permanence sur le plateau de Cyril Hanouna en mode gens avec un voile contre des influenceurs identitaires ultra catholiques qui rejouent cette querelle Où Cette guerre de civilisation qu’il y a derrière la thématique religieuse, c’est ce que veut faire croire Bolloré sur Cnews, c’est un peu plus sophistiqué ou en tout cas plus ouvertement adossé à l’idéal libéral économiquement, puisqu’on invite là des chefs d’entreprise qui portent le discours d’autorité ou la guerre la question religieuse est aussi très présente J’ai des collègues qui travaillent sur les contenus des émissions de Cnews, dont En quête d’esprits, Où on voit à quel point tout ça est totalement contradictoire avec une démarche d’information Quand on a vu les contenus de ces émissions qui sont qui font un peu peur en termes de rapport à la réalité
David Dufresne
Donc c’est dans le même temps le rappel que Bolloré impose la crèche en couverture de Paris-Match Donc c’est ça le problème de Bolloré, c’est l’ingérence dans les contenus
Claire Sécail
Ça aussi, c’est une atteinte aux conventions le fait que se soit crypté des thématiques qui l’arrangent lui, personnellement ou mise en avant des individus qui l' arrangent lui que ce soit Maud Fontenoy parce qu’il y a un discours anti écologiste, en tout cas contre l'écologie politique et qui a une vision très conservatrice là dessus et Eric Zemmour le temps d’une élection, Voilà, c’est des atteintes, des entorses graves aux conventions, aux textes réglementaires entre l’Arcom et les chaînes, parce que c’est l’ingérence de l’actionnaire sur les contenus et c’est donc la perte d’indépendance de ceux qui produisent ces contenus et qui les font vivre Donc c’est là, là dessus On ne comprend pas pourquoi l’Arcom ne sanctionne pas parce que c’est ça l’enjeu
David Dufresne
J’ai une dernière question C’est la question rituelle d Auposte que je pose à la fin de chaque causerie, de chaque conversation Mais d’abord, je voudrais te faire remarquer que dès lors qu’on a commencé à parler de télé évangéliste, de religion, tu t’es mise à tenir ton micro comme ça, tu es comme quasiment prête à prier La question rituelle c’est pas Dieu dans tout ça ? La question rituelle, c’est qu’est ce que nous avons fait pendant presque 3h au poste ?
Claire Sécail
Il n’y a pas encore l'écran qui me permet mais, mais j ai participé à une conversation sociale exigeante, qui tire des gens J’ai grandi dans un quartier populaire, mon père n’a pas le bac J’ai toujours été poussée vers des livres, vers des contenus exigeants qui montraient tout un horizon de savoirs et de connaissances qui étaient accessibles et que c'était à moi, à ma génération, de se l’approprier, Ce qui n’avait pas pu être fait par par la génération précédente, par mon père, par mes parents Donc c'était porteur j’ai envie qu’on retienne ça aussi, c’est que le misérabilisme, c’est une facilité et que tout le monde Il y a des Inégalités de savoir qui sont importantes et les politiques publiques devraient réellement être engagées à 200 %, 2 000 % sur cette question là, c’est un vieux débat, Je vois ça,me tient à cœur en fait, c’est pour ça Donc je ne sais pas trop ce qu’on a fait c’est pas à moi de le dire peut être mais je ne veux pas simplement faire une promotion d’un travail Je veux simplement défendre une démarche, une vision un peu exigeante et si possible un échange nourri Et je remercie tout le public qui peut écouter, participer, poser des questions On sait si c’est à ça que ça sert et et le temps du débat ici, c’est pour ça que je viens Mais je le savais, c’est royal, un luxe c'était un temps de parole qui permet d’entrer dans quelque chose d’aller au fond des choses Et ça c’est important c’est exigeant parce que ça prend du temps et ça demande pas beaucoup de moyens
David Dufresne
Merci Madame propos rigoureux, riches, qui donnent espoir. Un grand merci pour votre présence, te dit Rolland, pour la qualité de cet échange Je dois faire la photo pour la vignette et je te sens presque soulagée.
Claire Sécail
Tout va bien mais le problème, c’est que c’est la question sur laquelle tous ceux qui nous regardent et participent à l'émission C’est à dire comment on peut rétablir le rapport de forces Je reste convaincue que la connaissance est une arme essentielle et voilà, j’ai fait ce livre qui est pas cher 5,90 € et qui n’est pas très long mais qui est très dense, qui est vraiment profond Je remercie d’ailleurs l'éditrice Salomé Viaud parce que c’est un gros travail d'écriture aussi que qui que j'étais pas forcément, j’abordais pas forcément avec beaucoup de facilité D’ailleurs, j’ai fait un truc beaucoup trop long et je pense que j’ai passé plus de temps à le couper, à le réduire, à synthétiser qu'à l'écrire,
David Dufresne
Voilà, là c’est mon côté Colombo Tu viens tout à coup de me faire comprendre pourquoi je fais Auposte parce que j’ai trop souffert d’éditrices et d'éditeurs ou de secrétaires de rédaction qui me disaient toujours faut couper, faut couper Donc on a fait 3h C’est quand même dingue je me demande si en volume de texte on a pas fait plus que ton livre et ça c’est chouette
Claire Sécail
Non mais ça reflète ce qui se joue sur cette émission, elle représente plus largement ce qui est très complexe en vérité, et qui est au cœur vraiment de plein de thématiques et d’enjeux aujourd’hui merci au public pour ses questions
David Dufresne
Merci, Merci à toi Merci beaucoup

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