La bulle des journalistes politiques, « ce cirque Pinder ». Rachid Laïreche (Libération) balance
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Bonjour Rachid, je suis très heureux de te voir pour la deuxième fois. Nous nous sommes croisés l’autre jour où tu allais te sustenter dans un endroit malfamé appelé le lieu-dit et où nous étions. Après le débat avec Maître Alimi, il y avait tout un tas de gens et v’là t’y pas que t’es passé. On n’a pas eu le temps vraiment de se saluer, On ne se connaît pas, mais on se tutoie. Donc je lisais encore à 8 h du matin ton bouquin, les dernières pages, j’ai adoré et voici mes questions maintenant que c’est terminé.Bon, j’ai twitté que tu étais un repenti. Est-ce que c’est mal définir les choses ? Est-ce que c’est mal barré si je commence avec ça ou est-ce que tu es d’accord avec cette définition de repenti ?
Non, je ne suis pas d 'accord avec repenti, parce qu’’un repenti déjà moi, j’assume tout ce que j 'ai fait, je l 'assume tout, pour moi c 'est un point important d 'être assumé, et je suis un homme de passage, je savais que c 'était un passage.
Un repenti c 'est un mec qui voit sa vie là -dedans pendant des années, alors que moi c 'est l 'inverse, moi je savais que la politique c 'était un passage. Alors je te propose qu’on change le titre de l 'émission. Là j 'avais mis la bulle des journalistes politiques, un repenti raconte et ça fait du bien. Alors si j 'enlève repenti, on aime bien les mots tous les deux, qu’est -ce qu’on met ? Vas -y en direct.
Le repenti…
Tu n 'en penses pas le mot repenti ? Ou alors je peux prendre le scribouillard, puisque c 'est un terme que tu emploies à longueur de temps, il y a scribouillard, il y a plumitif aussi que tu emploies. Alors déjà là, je change le titre sur Twitch, et ici je le change, regarde bien, en direct. Et voilà, un scribouillard raconte et ça fait du bien. Rachid il n 'y a que moi que ça choque. Édition Les Arènes, pour des raisons précises dont on parlera à la fin, puisqu’il y a une post -phase de François Ruffin qui a publié il y a 20 ans un livre qui compte pour toi, qui s 'appelait Les petits soldats du journalisme. Enfin bon, on n 'en parlera pas après. 8 ans où en fait tu racontes ta double vie en fait. C 'est ça, c 'est à dire que là maintenant tout le monde connaît ta double vie, c 'est à dire le gars de Montreuil, c 'est pour ça que je me suis permis de dire le son de Montreuil tout à l 'heure, puisque tu nous expliques que tu viens de là, que tu vis là, et que c 'est extrêmement important pour toi, et qu’ 'il y a une tension pendant 8 ans puisque l 'autre vie c 'est le Rachid de Libération, petit scribouillard qui deviendra scribouillard populaire, un mec qui pèse avec un égo comme ça, un style comme ça, qui connaît tout le monde et qui dit un jour, ras le bol, je vais lâcher l 'affaire. Là je résume, on a deux heures mon cher Rachid, c 'est ça ? Alors il y a une phrase clé dans ton livre, je ne veux plus être ce que je suis devenu. Alors là évidemment on ne sait pas trop si monsieur essaie de nous dire, bon bah les gars c 'est l 'épreuve de philosophie, vous avez deux heures, je vous envoie cette petite phrase comme ça au détour d 'une fin de chapitre, mais elle résume bien le propos, je trouve. Alors raconte, qu’est -ce que tu es devenu ? Qui es -tu ? Où vas -tu ? Pour moi il y a un truc que j 'essaie de mettre en lumière, je ne sais pas s 'il est bien compris dans le livre c’est la question sociale.
Oui bien sûr. Et donc moi quand j 'arrive en politique en 2015, je vois un peu comment ça fonctionne, et je veux en être, et je me rends compte que les gens qui sont là se ressemblent tous je veux leur ressembler, je veux être comme eux. Je n 'ai pas eu leur livre, je ne coupe pas la musique qu’eux,
Le style intérieur est différent, les avis sont différents, le contentement qui est différent, tout est différent, mais je veux lui ressembler. Et petit à petit je deviens l 'un des leurs, et plus je deviens comme eux,
Et plus j 'oublie ce que je suis je me rends compte que pour être journaliste et pour être un politique à Libération,
je peux rester tel que je suis, Rachid Laïreche fils d 'Ali, et d 'un bon journaliste. Alors il faut dire qu’au départ, tu es comme certaines grandes plumes de Libération, tu démarres, c 'est très rare, moi je l 'ai ignoré, je l 'ai appris dans ton livre, tu démarres comme un certain Chalandon 30 ans plus tôt, tu démarres au standard de Libération, où là il y a un mec très sympa dont tu parles, Antoine Giral, qui te raconte, qui suit à l 'époque Sarkozy, on est donc dans les années 2000, et puis toi tu es standardiste, tu viens de Montreuil, et puis un jour tu prends l 'ascenseur, et puis tu deviens petit reporter, puis ton rêve c 'est d 'être journaliste politique, c 'est d 'en faire partie. Oui, à la base mon rêve c 'est d 'être journaliste sportif quand je vais arriver à Libération.
Quand je crois que je suis à Libération, je n 'ai aucun rêve, je ne connais même pas Libération quand j 'arrive.
Personne ne le connaît, Rachid, je te rassure.
Moi je travaille quand même. Oui, bien sûr. Je ne connais pas Libération et donc je n 'ai aucun rêve, et quand ils me disent écrit, je vais écrire sur le sport,
et comme dit bien en politique, je ne connais rien à la politique, pourquoi la politique ?
Et eux, ce qui est bien libéré quand même, c 'est qu’on me dit justement,
tu ne connais rien, donc vas -y, pour ne pas être comme les autres,
mais finalement je suis devenu comme tout le monde
Mais là tu vas trop vite, tu sais qu’on a le temps, toi qui refuse les chaînes d 'infos, il faut que tu rentres un petit peu dans les détails.
Relance -moi, je vais être chaud.
T’inquiète, t 'inquiète, t 'inquiète. Toi au foot, tu es plutôt défenseur ou attaquant ?
Je l 'ai écrit, je suis un grand numéro 9.
Oui je sais, le numéro 9 t’es un buteur.
Un buteur.
Donc là en fait t’attends le ballon quoi, c 'est ça pour planter le but. D’accord, ok. Bon je serais ton Jean -François Larios si ça te dit quelque chose.
Ça me va.
Je vais ramasser les ballons et je vais te les envoyer et tu planteras…
J 'ai tout mon temps, 2 heures, 2 heures et demi, j 'ai tout mon temps.
Bon super. Donc en effet, ton livre s 'intitule Il n 'y a que moi que ça choque, 8 ans dans la bulle des journalistes politiques, et tu racontes donc 8 années de ta vie en train de gravir les échelons de la petite coterie des journalistes politiques que personnellement j 'ai toujours plutôt exécré et en tout cas dont je me suis toujours méfié. Toi c ‘n’est pas ton cas, au début tu veux en être et tu découvres que ces gens se ressemblent, tu viens de le dire, jusqu’au point de s 'habiller pareil, de parler pareil, d 'avoir une espèce d 'accoutrement standardisé, mais au début t 'es tout feu tout flamme, t 'es excité. Qu’est -ce qui t 'excite exactement au tout départ ?
Il y a plein de trucs.
Déjà il y a des gens que tu vois à la télé, que tu vois en face.
C 'est pas de bidon mais c 'est un vrai truc.
C 'est -à -dire que tu vois des ministres qui connaissent ton nom, ton prénom, ils te disent bonjour et ce n’est pas rien pour un mec qui vient pas de là.
Et donc forcément on y prend goût. Quand on parle de Montreuil et Libération, moi à Montreuil quand on parle de France Hollande et les Valls,
Jamais je leur dis, moi je les connais personnellement ce genre -là.
Donc il y a un truc de pouvoir qu’on aime en fait. Un truc de puissance, un truc de…
C 'est de la merde aujourd’hui, je le dis concrètement. Mais quand je commence, je kiffe en fait à l 'être.
Les restaurants à Paris, prendre le train tous les jours, les TGV, l 'hôtel, dormir, les meetings, les caméras, c 'est un truc, c 'est une sorte de cercle en verre que je découvre. Et je kiffe quoi et donc surtout, et les gens qui sont mes collègues journalistes qui sont plus vieux que moi à l 'époque, je suis presque fan d’eux. J 'aime ce qu’ 'ils font, j 'aime tout. Quand ils parlent, j 'écoute. Et je raconte dans le livre, ils parlent des vacances, ils parlent des 7 et je ne sais pas quoi. Je ne sais même pas où sont les 7.
Oui, ils te parlent des 7 colonnes, du perchoir. Ils ont leur petit monde et ils sont plutôt sympathiques à ton égard. C 'est très sympathique, mais pour plusieurs raisons. Un, je vois sa libération, donc libération dans la bulle à sa place. Deux, je suis Rachid quand même, je suis un rebeu de quartier,
Donc on ne va pas le rejeter en même temps.
Et trois, je suis cool, je suis sympa.
Je fais des blagues. Du coup, je coche tous les casques.
J 'ai aucune raison d 'être rejeté. Et donc très vite, j 'ai des potes, j 'intègre les potes,
Je suis très vite dans le moule.
Alors le livre, je m 'empresse de le dire, il est féroce, mais il n 'est pas méchant. C 'est -à -dire qu’il n 'y a pas de… Alors peut -être que dans les sous -textes, certains se reconnaîtront, etc. Mais moi, en tant que lecteur, je ne sais pas exactement si tu vises tel ou tel. Et c 'est en ça que c 'est intéressant, c 'est que c 'est un système que tu décris plus que des individualités. Donc il n 'y a pas de MAL, il n 'y a pas ce genre de truc. C 'est vraiment plutôt l 'écosystème journalistico -politico -médiatique que tu mets à jour avec ces petits soldats. Voilà, on va dire.
Mais j 'ai eu une grande discussion avec Laurent Beccaria lorsque j 'ai rendu mon texte.
Ton éditeur.
Mon éditeur. Je ne sais pas trop comment rendre le texte. Je ne sais pas trop comment faire, comment raconter ça. Et je ne suis ni aigri, ni en revanche. Ce n 'est pas une bagarre que je fais. Je ne suis pas en bagarre avec eux. Et il m 'a dit, Rachid, mets les noms.
Il voulait vendre.
Oui, si je mets les noms, c 'est une bagarre. Et ce n 'est pas ça le but.
Et si on s 'attarde sur les noms des gens, on oublie le propos. Absolument. On va juste dire, untel a dit ça, untel a dit ça.
Moi, je ne regarde avec personne. Je décris un système. Je décris une ambiance. Je décris une manière de faire. Mais qui est ?
C 'était il y a 20 ans, aujourd’hui et dans 20 ans.
Donc on met quel nom ?
C 'est d 'aujourd’hui, demain ou d 'hier ?
Ça ne marchait pas en fait.
Généralement, si on fait ça, si on rentre dans les noms,
On a perdu. On va gagner en vente. On va gagner en tweets. On va perdre en propos. Et donc, il n 'a pas le choix.
Il a accepté.
Il n 'a pas le choix.
Il n 'a pas le choix et tu as eu raison. Parce qu 'évidemment, au début, on est tous des curieux Il va dégommer tel ou tel. Alors, je pense qu 'il y a certaines personnes dans le monde politique dont tu donnes assez d 'informations pour les situer. Mais parce qu 'on va voir qu 'il y a parfois des moments où on n 'est pas bien. Quand on est journaliste politique, on a des sentiments qui ne sont pas géniaux. Le sentiment de la revanche, de la vengeance. Et je trouve que c 'est bien plus fort de les raconter sans donner les noms parce que sinon, justement, on focaliserait sur les noms. Alors que là, on rentre dans un système et c 'est beaucoup plus enrichissant. Mais je me suis demandé, est -ce que ce n 'est pas aussi une façon pour toi de te protéger, de ne pas aller tout à fait au bout de la démarche ?
Je pense que je veux aller au bout de la démarche, mais en même temps, une sorte de protection. En gros, j 'assume. Avec moi, je suis hyper sévère avec moi. Même un peu trop. Parce que dès le début, je vois qu’il y a un truc qui cloche quand même. Mais j 'assume. Je prends des coups pour tout le monde, s 'il faut. Est -ce que je ne voulais pas créer un livre polémique sur il tape ses copains, il se venge, il est aigri. Si le retour, c 'est ça, pour moi, c 'est une défaite. Je voulais faire autre chose, en fait. Vraiment. Je vais créer un débat sur comment on bosse.
Et souvent, on me pose la question, c’est comment être politique ? J 'y vais à la rentrée, voilà comment c 'est que politique.
Ça marche comme ça.
Ça marche page 9 avec ce chapitre intitulé Le bal des populaires. Donc, il y a deux catégories, si j 'ai bien compris. Il y a le scribouillard et le scribouillard populaire. Le plumitif et le plumitif populaire. Le plumitif populaire, on sent que c’est plutôt la radio, la télé et quelques journaux. À un moment donné, ça va être toi. Tu vas rentrer dans ce cadre-là. Non, je me souviendrais. Vas -y. Non, le populaire, souvent, c 'est le noble, c 'est la presse écrite.
Ceux qu’on voit le moins dans les médias. C 'est le monde, c 'est Libération, c 'est le Point, c 'est l 'Obs.
Et les télés, un peu, mais c 'est plus l 'écrivain populaire. Ah, tu vois. Bon, OK, très bien. Page 9. Les journalistes politiques causent boutique. Ils racontent ce qu 'ils s 'interdisent d 'écrire. Les coulisses et les ragots. Je découvre un monde parallèle. Et c 'est ce monde parallèle que tu nous fais découvrir. Donc au début, t 'es excité.
Quand on me dit Rachid, on est à Poitiers. Il fait beau et tout, c 'est cool. Il y a une meuf qui vient voir à ce point. Et elle me dit "Rachid, soir, tu viens dîner avec nous et tout. Et quand tu vas à un table d 'un dîner, qui dure trois heures, une grande table, en notes de frais, où on est 20 journalistes, et que les mecs racontent des histoires incroyables. Qui couche avec qui, qui est gentil, qui est méchant. Je dis, waouh, c 'est quoi ce truc, quoi ? C 'est la face cachée du métier. Et j 'en souviens, dans le lit où je l 'écris, il y a un mec de society. Je lui dis, mec, raconte ça, mec.
Oui, tu lui dis, écris le dîner. Alors moi, j 'appelle ça un dîner de cons. Mais j’écris le dîner des journalistes et ils n’osent pas le faire.
Je lui dis, c 'est un carton. Si tu fais ça, c 'est un truc que personne n 'a fait, en fait.
J 'ai fait Poitiers, je raconte le congrès via le dîner des journalistes.
Il a toutes les infos. Il n’a pas osé le faire. Dès le début, j 'ai un truc, j 'ai une sorte de réflexe de ce qui se passe là est fou, quoi. Mais moi, je kiffe. Vraiment, je kiffe. Et j 'arrive très vite à faire une place, à être populaire, à être connu, à être sympa, à être au bout de table.
La corporation déteste les reproches. J 'ai vu des collègues devenir tout rouge face à un militant ou un politique qui commence une phrase par « Vous, les journalistes, pas question de questionner notre façon de faire ou de s 'interroger sur nous -mêmes. On ne dévie pas d 'une ligne qu 'on est les seuls à comprendre. » Donc on est bien d 'accord. Là, c 'est le début de notre match. Voilà, on s 'échauffe un petit peu. Donc là, c 'est le début du bouquin. Donc tu nous exposes que 1, tu vas nous décrire non pas les ragots en tant que tels, mais comment circulent les ragots. Et tu vas nous décrire le fait que c 'est un exercice périlleux que le tiens. D 'ailleurs, Arès sur images, hier, a commencé un peu à gratter. On va en parler. Parce que cette coopération, elle a un truc, c 'est qu 'elle s 'aime beaucoup et elle déteste qu 'on la critique. Ce que je trouve dingue, c’est qu’on fait un métier extraordinaire, journalistes. On passe notre temps à poser des questions à tout le monde, du matin au soir.
Et nous, jamais on ne s 'interroge. Jamais on ne se pose la question.
Est -ce que c 'est bien ce qu 'on fait ? A qui on parle ?
Pourquoi on le fait ? Et ça, jamais on ne se pose la question. Et lorsqu’ 'on est à un meeting, c 'est comme les journalistes qui disent, moi, je suis neutre. Ça n 'existe pas, journalistes, je suis neutre. Ça n 'existe pas, en fait
Oh bah si, c 'est CNews.
Lorsque t 'as un meeting tranquille, surtout chez LFI, il y a des militants qui viennent à la fin de nous crier dessus et tout. Et là, on vient rouge de colère, genre. Comme si notre père ou bien notre mère, il y a un truc vieux, hyper violent. Comme ils nous parlent, je suis là -bas. Qu 'est -ce qu 'ils racontent ? Et en fait, comment expliquer ça ? Il y a le bien et le mal, et nous, on est le bien.
Toujours.
On est toujours le bien. Et si quelqu’un nous pose la question, forcément c 'est le mal. Et la question est mal. Aucune question ne peut être posée. On parlera après avoir arrêté cette image, si tu veux. Et on voit comment la bulle réagit. C 'est drôle, en fait.
On va y venir, mais d 'abord, parlons de ton boulot et de ton exercice. Moi, j 'ai quitté le métier il y a longtemps. À l 'époque, il n 'y avait pas de boucle. Donc, je le découvre. Vraiment, j 'ai découvert ça dans ton bouquin. En fait, il y a des boucles WhatsApp dans lesquelles les journalistes de tout bord, quasiment, de tout bord à part l 'extrême droite, vous balancez des informations. Il y a des groupes affinitaires. Tu dis même, et je partage ton désarroi que des journalistes peuvent passer d 'un journal de gauche à un journal de droite. Ça ne pose aucun problème. Ils travaillent de la même manière. Ce qui en dit long sur eux -mêmes et sur leurs journaux. Ce qui n 'est pas le cas. On est bien d 'accord. Est -ce que tu peux nous raconter ces histoires de boucles ? Il y a qui ? Qu’est -ce qui se raconte dedans ?
Il y a plusieurs boucles WhatsApp. Il y a les boucles des partis. Chaque parti a une boucle WhatsApp. Avec les journalistes qui les suivent. Une AFI, une PCF, une PS, une ELB. Ensuite, il y a une boucle WhatsApp des politiques. Jadot a une boucle WhatsApp. Sa com. Mélenchon a une boucle WhatsApp. Avec ceux qui les suivent. Olivier Faure a une boucle WhatsApp. Chacun a une boucle WhatsApp. Ensuite, il y a une boucle WhatsApp pour les déjeuners. Après, on va venir.
J 'adore. On va se mettre à table.
Chaque groupe de déjeuners à une boucle WhatsApp. Ensuite, il y a une boucle WhatsApp entre amis de la bulle. Moi, j 'en avais deux pour WhatsApp. Une avec quatre personnes. Une avec cinq personnes. Ceux avec qui on est potes dans la vie. Et les boucles WhatsApp, on passe notre journée dessus. Des fois, il y a des trucs très drôles. Tu vois sur la boucle WhatsApp de LFI. Et je ne sais pas, moi, la meuf de la com me dit demain Mélenchon se fera un meeting à 15h à La Rochelle. Et la meuf de la boucle fait info. Info le monde. Demain Mélenchon sera en meeting. Donc la boucle, je m’en fous. Et c 'est pour WhatsApp. On est dessus du matin au soir. Et on se marre. On voit les tweets des uns et des autres. On voit des articles. On s 'envoie des pics. On s 'envoie nos infos. On s 'envoie nos programmes. On s 'envoie… On s 'organise. Demain il y a un meeting. Qui y va, qui n’y va pas. On prend quel train, quel hôtel. Donc c 'est un truc. C 'est une sorte de confrérie entre nous.
Alors oui. Alors il y a Estilos qui nous dit qu’on savait déjà pour les boucles WhatsApp les journalistes mercenaires, le corporatisme, la collusion avec les politiques. Qu’apprend -on de nouveau ? Et Ost, je te conseille de rester. Tu vas voir. C 'est de l 'intérieur. C 'est une parole de l 'intérieur qui en raconte beaucoup. Et Hyper -Courgette te pose la question à laquelle tu ne réponds d 'ailleurs pas, je crois, dans le livre. Mais votre boulot, c 'est combien de temps sur le portable du coup ? Alors je te rappelle que tu n 'es plus journaliste politique. Tu as suivi pendant huit ans la gauche pour Libération et tu en sors avec ce livre -là. Quand tu étais journaliste politique, c 'était quoi ? C 'était ta prothèse, le portable ?
Oui, c 'est par jour, 7h, 8h par jour.
Parce qu’on a un iPhone, le lundi, on reçoit un rappel.
Vous avez passé votre temps sur la semaine. Et moi c 'était environ 7h, 8h sur le téléphone. Parce qu 'il y a des homos, on est sur l 'ordi. Donc on compense quoi. Mais on est hyper connectés. On est vraiment hyper connectés. Ce sont juste des groupes WhatsApp persos, de familles, de potes de Montreux et tout. Ça ne sert à jamais en fait. Et donc c 'est marrant aussi les deux mondes. Je ne te raconte pas, WhatsApp c 'est un truc.
Mais nous, les acteurs politiques, c 'est un truc qui nous prend du temps.
WhatsApp et Twitter. Et Twitter, c 'est, après on peut en parler, c 'est un peu notre red chef à nous les journalistes.
C 'est ce que tu dis, oui.
Ouais, politique. Et donc on est hyper connectés.
Encore aujourd’hui, par exemple. Je veux dire, ton livre tu le rédiges. Et ton parcours de journaliste politique, c 'est avant le rachat d 'Hélène Muscle. Moi j 'ai quand même l 'impression que Twitter a perdu un peu de sa force. Non, je me gourds.
Moi Twitter, j 'ai arrêté. J 'ai arrêté. Je suis encore, je tweet un peu.
Tu tweet un petit peu quand même.
Non, on ne porte pas tant que ça.
Par exemple, hier tu as tweeté, et bravo, tu étais sur la short List pour le prix Albert Londres. Enfin, la dernière fois que j 'ai dit ça, ça n 'a porté chance à personne. C 'était Ariane Lavrilleux qui était venue au poste. Je lui ai dit, toi tu vas être Albert Londres. Bon, c 'est autre chose qui devait arriver. Donc, on croise les doigts, on croise les doigts. Non, mais Twitter, j 'ai arrêté.
À part Twitter, quand je prends mes vacances, je débranche quand même en journée. De mon téléphone. À l 'époque, jamais. Même en vacances, tu vois ce qui se passe et tout. Non, j 'ai frimé.
Donc tu dis, voilà, Twitter c 'est notre rédacteur en chef. C 'est -à -dire qu' en gros, tu pars avec une idée d 'un angle, une idée de papier. Et en fait, tout peut changer parce qu 'il y a un tweet à la con qui est passé.
Maintenant, moi je le remarque. Il n 'y a pas longtemps, il y a eu un échange de tweets entre Houlier, Faure et Mélenchon. Il y a un mois, j 'étais au bureau.
Et j 'ai dit, dans trois quarts d 'heure, ça tombe.
On a attendu une heure et ça tombe. Dans le monde, un article. Libération, un article. Le Point, un article. On a fait deux tweets d 'échange et c 'est écrit le clash Mélenchon -Houlier -Faure. Deux tweets. Deux tweets, un papier. Donc ça réagit hyper vite quoi. Donc Twitter, c 'est une sorte de… Les politiques le savent maintenant. Ils en jouent. Le politique en manque d 'amour et en manque de lumière, il sait qu’en deux tweets, on l 'appelle. Il le sait. Donc un politique qui cherche un peu de buzz doit le faire connaître. Il sait que ça peut aller très vite. Il sait qu 'on réagit. Il sait qu’on éprouve même ça. Il sait qu’il peut compter sur nous.
Alors, il y a une chose que je découvre. Tu viens d 'en parler. Tu dis qu’il y a deux types de boucles. Il y a la boucle des partis. Voilà, très bien. Et puis il y a une autre forme de boucle, à mon avis bien moins connue et essentielle pour les journalistes politiques. C 'est ce que vous appelez les groupes déjeuner. Est -ce que tu peux raconter ce que c 'est que les groupes déjeuner ? Faites pas chier quand même.
Je crois que c 'est un peu connu maintenant. Mais les groupes déjeuner… Quand j 'arrive en politique, que je raconte dans le livre, j 'ai un déjeuner. Au bout d 'une semaine, on dit Rachid, viens on va déjeuner. Et je vais déjeuner au ministère de Jean -Marie Le Guen.Et j 'y vais les mettre dans les poches. Sans stylo et sans cahier. Oui, oui. Parce que je ne sais pas comment ça marche. Moi quand je dis Rachid, viens manger, je veux manger. Et donc, on se met à table et on parle un peu de la vie. Bonjour, ça va, libération. Tout le monde le connaît. Et moi je me sens bizarre. On est au ministère, on mange extraordinaire. Avec une règle quand même concernant le qui paye et tout ce que tu racontes ? Oui, alors les déjeuners dans le ministère c 'est gratuit. Et ça on peut parler à la fin sur comment on peut changer les choses. Mais c 'est gratuit. Et ce n’est pas noté dans le calendrier du ministre. Jamais. Et je pense que les ministres, tous, même aujourd' hui, ils ont deux à trois déjeuners par semaine avec les journalistes. Alors ce n’est pas noté parce que c 'est une façon de préserver le off l 'anonymat. Le secret. Il n 'y a aucune transparence. Donc on se voit en cachettes. On se voit en cachettes mais dans des lieux lumineux. Et on me dit Rachid, il te faut un groupe de déjeuners.
Et c 'est quoi un groupe de déjeuners ? C 'est que tu forme un groupe avec des collègues d 'autres médias.
Moi mon groupe au début, j 'étais avec Figaro, LCI et France Culture. Quand je suis arrivé, on était quatre journalistes ou cinq journalistes et on se crée un groupe. Et ce groupe -là se crée une boucle WhatsApp.
Alors, vas -y, continue.
Et ensuite, on est entre nous sur WhatsApp et on se dit, maintenant, avec qui on déjeune ? Et moi je dis, tiens, j 'aimerais déjeuner avec Clémentine Autain. Très bien, demande -il. Et toi, moi j 'aimerais déjeuner avec Alexis Corbière. OK, demande -lui. Et toi, moi, Garrido. Et donc chacun lance une piste pour déjeuner. On a un retour, on a des dates pour déjeuner. Et ensuite, avec le groupe, on déjeune. Avec la politique en moyenne, par semaine, on a deux à trois déjeuners. Et tout ce qui se passe au déjeuner, quand c 'est un ministre, au ministère, et c 'est gratuit.
Et quand ce n’est pas un ministre, c 'est dans un restaurant autour de l 'Assemblée.
Et là, ce sont les journalistes qui habitent au politique. Voilà. Tout ce qui est à table est off. Ça marche, là ? Et tout ce qu 'on se dit est off. Et bien sûr, tout ce qu’on se dit pendant deux heures n’est pas très important. Voilà, en gros, ça marche le groupe déjeuner.
Oui, oui. Alors, avec un petit détail. C’est que tu racontes que, toi, tu dois avancer les frais. Ça a l 'air de rien, mais ça monte à 500 balles par mois. Donc, un quart de ton salaire, je dis ça de mémoire. Donc, c 'est beaucoup. Et ça, c 'est aussi… Ça, tu ne le dis pas. C’est aussi le signe de la mauvaise santé financière de Libé qui demande à ses reporters d 'avancer et qui rembourse après coup. Enfin, je veux dire qu’il vous fait…
C’est partout pareil.
Oui, mais ce n'était pas le cas il y a 20 ans. Ce que je veux dire, c 'est que pendant que je prends à Libé un reportage,
Tout est avancé. Un reportage, entre guillemets.
OK.
Avec le train, le restaurant, la bouffe, ils font une avance. Mais vu qu’il déjeunait, on ne sait pas combien ça coûte. On ne sait pas, on a eu la campagne par semaine. Donc, t 'avances les frais. On appelle ça les frais parisiens.
Elle a peur du moins de te rembourser. Alors, question de Estilos. Après les notes de frais pour les faire rembourser, vous passez les factures où ? Est -ce que vous écrivez que c 'est Corbières, Autain ou pas ?
Moi, j 'écrivais. Mais ceux qui se la racontent, ils écrivent Source. Source, c 'est important. Mais dans le ticket de caisse qu’on donne, il faut écrire quelle date on a déjeuné.Il y a une date sur le site. Vous pouvez réécrire la date. Et avec ça, on a déjeuné.
Voilà, c 'est ça. Oui, absolument. Alors, là, c 'est quelque chose qui est le premier truc qui me choque, puisque le titre du livre, c 'est Il n 'y a que moi que ça choque. Moi, ça me choque de voir que non pas qu’il y ait des groupes qui se montent pour essayer de mutualiser. Voilà. Mais ce qui me choque, c 'est que ce soit qu’un journal comme Libération s 'associe avec des gens de BFM ou de LCI. Je trouve ça assez étrange.
On est dans le genre de politique. Le genre de politique, c 'est un ultra milieu. On n 'a pas, en fait. Et ça marche comme ça depuis toujours. C 'est ça que je disais. Personne, jamais, ne se pose la question. La question ne se pose pas. Est -ce que c 'est bien ce qu’on fait ? Est -ce que c 'est normal ? Est -ce que c 'est cohérent ? Est -ce que c 'est logique ? Personne ne se pose la question. Les déjeuners, aujourd’hui encore, j 'ai fait le livre et tous les retours que j 'ai des gens de la politique, c 'est lâché les déj, c 'est important les déj. C 'est l 'ordre des infos. En fait, ils ne lâchent pas. C 'est un truc qu’ils ne lâchent pas. Et moi, les déjeuners, j 'ai lâché au bout d 'un an. J 'y arrivais. Pour la tune, la flemme. Franchement, la flemme. Des déjeuners à 4, 5. Et des mecs, tu t 'en fous de leur vie. Les collègues, c 'est cool, mais on s 'en fout. Je voulais déjà arrêter, mais je me dis que ça ne sert à rien. Je prenais des cafés avec les politiques. C 'était beaucoup plus intéressant, beaucoup plus efficace en même temps. Tu reprends un café dans 20 minutes, c 'est parti.
Thermidor nous dit dans le tchat, frérot, ne te mets pas devant la fenêtre, t 'es en contre -jour.
Je ne suis pas ton frère. Je suis ton frérot. Ça roule. Attends.
Là, c 'est carrément Hollywood. Là, il y a une petite lumière tamisée sur la joue. Là, ça y est. Ça y est, tu as pris le ballon. Ça frémit dans les listes adverses. Donc, il y a ces histoires de déjeuners. Et puis, on rentre dans le dur, notamment page 50, où tu racontes, et ça va être tout le long du bouquin, où tu racontes les rapports que je qualifierais d’aigre-doux. Je vais citer un passage, si tu le veux bien. Page 50. Le journaliste politique est un mammifère rancunier. Un mot de travers et le malotru passe à la caisse. Yannick Jadot est redevenu mignon avec moi au fil du temps. Il a compris que ça ne servait à rien de jouer au bras de fer. Le lien est redevenu fluide. Le rubricard doit néanmoins apprendre à s 'adapter sans cesse. La relation entre le politique et le journaliste ressemble à un vol avec turbulence. Un député qui file un tuyau à la concurrence, plutôt que de m 'en faire profiter. Petite pique dans les prochains papiers. C 'est misérable, mais c 'est ainsi. Un journaliste qui grille un off. Bourdin du politique en retour pendant des semaines. On finit toujours par se retrouver. L 'art rancune à une date de péremption. Là, les amis, vous voyez la qualité de l 'ouvrage. Plein d 'idées en un paragraphe, c 'est fort. Donc tu racontes quelque chose comme ça. Mais moi, ce qui m 'intéresse, c 'est l 'aspect rancunier. C 'est -à -dire que quand même, cette case -là se prend quand même très, très au sérieux.
Évidemment. C 'est la bulle en fait. On est entre nous et on s 'en fout du reste au tour du lecteur. Le mec qui veut savoir pour qui il voyait, on s 'en fout. Tu me fais du mal, tu payes.
Je raconte Jadot, il m 'a vexé, il m 'a humilié dans tout le monde.
Je raconte la scène en fait. Je suis avec Cécile Duflot. Je parle avec Cécile Duflot. Et moi, j 'aime bien Cécile Duflot dans le livre Maintenant, j 'assume tout. Je peux l 'écrire tranquillement. Duflot et moi, on s 'aime bien. Et donc, je parle avec Duflot. Et il passe et il dit à tout le monde. Les militants et les collègues. Le couple. Ça ne se dit pas franchement. Le couple. Ça veut dire qu’on fiche ensemble. Et il passe comme ça. Je l’ai enfoui, il l 'a enfoui. Pendant des mois entiers dans les papiers, je l 'appelais le grand Jadot Et les grandes mains. En fait, physiquement, je le décris physiquement. Il dit mais Rachid, arrête de me décrire physiquement. Il disait vous. Il disait M. Laïreche Arrêtez d’écrire le grand Jadot s 'il vous plaît. Et plus il s 'est arrêté, plus je l 'écrivais. Le grand Jadot et ses grandes mains. Et ses grands pas. En gros, je le décrivais. Il a appelé Laurent Joffre. Le chef de l 'époque. Il a appelé Laurent Joffre. Il a dit que M. Laïreche se moque de moi. Ce n’est pas normal, j 'ai une libération. Joffrin m 'a convoqué. Il m 'a dit que Rachid Jadot m 'a appelé.
Et il m 'a dit, il m 'a dit que je me moque de lui.
C 'est pas sympa. Je dis ouais, c 'est vrai. Je suis parti du bureau. Tranquille. Joffrin s 'en fout. Ça aurait été Hollande.
Peut –être mais Jadot s 'en fout. Et donc ce que je dis, c 'est que c 'est un truc hyper humain. En fait.
On est dans une bulle entre être humain et on prend tout au premier degré. Et on se vexe pour rien. Et on se réveille nos comptes. Et on se bat. On se chamaille pour un truc qui est hyper important qu’est la politique. On parle de trucs hyper graves. De Loire et tout. Mais nous, en fait, on décrit la stratégie. Et en même temps, on peut faire payer à un politique un truc qu’il a fait. Moi, c’est vrai j’assume. Il y a des politiques qui m 'ont dit, oui, Rachid, si je sors sur telle info. Ben, il est allé dans libération. Ok, super. Trois jours après, je vais dans le monde. Tu vois, le bâtard, il a fait ça. Bah tu vas voir. Ben, je vais une pique ou deux. Peut -être que les gars, on va le voir. Pas sûr. Mais lui, il va la voir. Il va la comprendre. Donc, on est hyper enculé. Et donc, quand je dis ça à mes collègues, aujourd’hui, il me dit n’importe quoi. Ce n’est pas vrai. C 'est du pipeau. C 'est du pipeau. Il y a des petits qu 'on aime bien et d 'autres qu 'on aime moins. Parce qu’on est humain. Et pourquoi il y a des petits qu 'on aime bien et d 'autres qu' on aime moins ? Parce que dans ce métier de fou, j 'ai eu des collègues qui suivent la gauche depuis 10 ans, 11 ans, 12 ans. Donc, forcément, on crée des gains pendant tant d 'années. Forcément, au bout de 12 ans et puis c’est un rapport particulier. Forcément. Soit de la haine, soit de l 'amour. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas neutre. Et forcément, le lien qu’on a connu alimente les papiers. Alors qu’un mec qui vient de nulle part et qui traite la politique, qui n’a aucun affect, c 'est différent.
C 'est con parce que… Ah oui, non, ça c 'est après. Page 78. On va rester sur cette idée -là. De la rancune et autres mauvais sentiments. Embedded. On ne peut pas cogner trop fort. Quand on est embarqué, journalistes embarqués, notamment dans les campagnes présidentielles et les grandes campagnes électorales, Embedded, on ne peut pas cogner trop fort. Ça ne se fait pas. On s 'auto -censure. Écrire du mal alors qu’il m 'a ouvert toutes les portes serait une trahison. Et donc là, on se dit, en fait, il y a un rapport marchand entre le journaliste et le politique. Sans cesse.
En fait, Embedded, tu lis beaucoup la presse quand même.
Je ne lis plus la presse politique.
Je pense que tu le crois, la presse politique.
Oui, je la croise, je la croise, bien sûr. Tu ne me diras jamais un papier, jamais, dans n 'importe quel média, ou un journaliste politique est embarqué avec une politique négative. Jamais. Quand le politique ouvre les portes, dans l 'avion, avec Macron, Macron dans l 'avion souvent, ça arrive. Le retour est magistral pour Macron.
Et on l 'écrit dans le vol retour entre Alger et Paris, avec le grand républicain. Installé, il boit du Perrier. Il croise les bras et il nous raconte. C 'est un truc qu’on fait tous. Dans le train, quand on prend le train avec les politiques, c 'est Paris qu’on raconte installé en première classe. Quand le politique nous ouvre les portes et on le suit, si lui nous ouvre les portes, c 'est pour qu’on le raconte en beauté. Comment Benoît Hamon ouvre les portes que je lui raconte en beauté ? Et c 'est une catastrophe. Ce qui se passe sous mes yeux, c 'est une catastrophe qui se passe sous mes yeux. Qu 'est -ce que je fais avec ça ? Qu 'est -ce que je fais de ça ? Je raconte un peu la catastrophe.Moi, ce jour -là, quand je suis avec Benoît Hamon, je comprends que c 'est fini pour lui. Non seulement il se repose sur mon tour.
Comme tu as un débit mitraillette que tu ne dribbles comme personne, on n 'a pas compris le nom Benoît Hamon. C 'est une très belle scène que tu racontes, en effet. D 'abord, il t 'emmène en bagnole de Paris jusqu’au Havre.
C 'est quatre heures de voiture. Je suis à quatre heures en voiture avec lui. Donc pendant quatre heures, on se fait chier en fait. C 'est vrai qu'à quatre heures, on se parle pendant une demi -heure. Après, on n 'a pas le 'hasard de se dire que ce n 'est pas un pote en même temps. Donc il est sur son téléphone et moi, mon téléphone. Et voilà, quand le temps passe, on dit ça va, oui, ça va. Ça va les enfants, oui, ça va les enfants. On arrive au Havre. Et lorsqu’on arrive au Havre, on va à un meeting et c 'est une catastrophe. La salle est vide à moitié. Et Benoît Hamon, moi, je suis embêté. Donc je le sais, dans les loges, il pète les plombs. Il devient fou et il remet son équipe. Il dit, putain, pourquoi on est venu au Havre et pas à Rouen ?
au Havre, c 'est les communistes et à Rouen, c 'est le PS. C 'est vide, c 'est à cause de vous et il pète un plomb
Et ce jour -là, moi, je comprends que c’est fini pour lui. Et à la fin de la soirée, je dois rentrer avec lui en voiture. Et je me dis, je ne suis pas une crapule. Je suis une crapule quand même, mais pas à ce point -là. Je ne suis pas de retour sans moi. Benoît Hamon rentre. Je ne rentre pas avec toi en voiture en quatre heures. On va se faire chier pendant quatre heures.
T 'es démoralisé.
Et donc, quand je rentre chez moi et que je lis l’article, je n'écris pas la catastrophe. J 'écris que ça ne va pas. J 'écris que c 'est vide, mais j ‘n’écris pas que c 'est fini. Alors je suis en solo, j 'écris que c 'est fini. Donc quand un politique embarque avec lui un journaliste, forcément, pour lui, c 'est une bonne nouvelle. Forcément, c’est positif. Tout sera beau, les photos et le texte.
Alors il se trouve que, si j 'ai bien compris, tu es ramené par les flics qui sont les gardes du corps de tout candidat à la présidentielle. Ça m 'a fait marrer, ça. Le flic, il a un peu pitié de toi. Il dit, bon, je vais vous ramener. Mais tu ne rentres pas avec Benoît Hamon.
Toi, il est minuit on est loin de la gare. J 'ai aucun hôtel. Bon, quand même, les gars, franchement, quand même. Mais ce qui est dingue, ce qui est drôle. C 'est comme pour le off, comme pour tout. Il n’y a aucune règle. Ils ne disent pas, tu viens avec nous, mais t 'es sympa. En fait, tout le monde le sait en fait. Viens avec nous, c 'est tout. Il n’y a pas de s 'il te plaît, c 'est pas sympa. On est sympa. Y a aucune digue, en fait. Y a aucun truc écrit ou noté, oui. Y a juste, un deal sur, est -ce que je peux venir avec le ministre en Guyane ? Voilà, vous pouvez. Est -ce que je pourrais le suivre ? OK. Si je le suis, je ferais celui -là un portrait en reportage. OK, venez. Et là, si on vient avec lui, on se prend en trois jours. Forcément, il sera bon en nombre à la fin. Il aura le meilleur rôle.
Page 211. Les journalistes sont toujours à la recherche de la bonne fontaine à laquelle s 'abreuver. On traque des élus qui lâchent des secrets, des proches qui accordent quelques révélations ou des, entre guillemets, copains, fermez des guillemets, qui livrent des scènes intimes pour alimenter la bulle des échotiers. Rien n 'est jamais tout à fait gratuit. Cette dette inodore, invisible, se transforme de temps en temps en article souriant en pleine page pour les plus intarissables des confidents en scrutin de loin la macronie. Attention, les amis, petite perfidie de M. Rachid. Je me dis que le ministre des Transports, Clément Braun, doit être vraiment sympa ou au choix très bavard.
Mais c 'est vrai.
Arrête de me dire que c 'est vrai ce que tu as écrit. Je me doute bien que c 'est vrai. Que ce soit ce que tu penses que c 'est vrai. Ce n’est pas une réponse. Fais pas de politique. Non, mais c 'est faux. C 'est faux ou c 'est vrai ?
On le croit toujours humain. Toujours à l 'humain. C 'est dans cette bulle -là où on crée des liens humains avec des politiques. Je dis qu 'on ne suit pas la politique, on suit les politiques. C 'est différent. Et donc, forcément, quand un mec est super sympa, quand tu l 'appelles, il décroche tout le temps, matin, midi, soir, il te donne les infos, les confidences, Quand il te donne les bons rendez -vous, quand il te donne les secrets, et quand il te fait kiffer, quand tu fais un portrait, il est beau, il est fort, il est gentil. Et c 'est l 'avenir, forcément. Et donc, il y a des deals. Je l 'écris, c 'est des deals. C 'est comme quand on est embarqué. Ce sont des trucs qu 'on ne se dit pas. C 'est comme ça, en fait. Je raconte que moi, une fois, je fais un portrait de Cambadelis quand j 'arrive, un portrait hyper lèche -cul, parce que je suis nul. Il m 'a demandé. Et un mec m 'appelle pour me dire, putain, super ton portrait. Grâce à ce portrait, tu auras du off. Je dis, oh le bâtard, c 'est quoi ce truc ? Il pense que j 'ai dealé avec Cambadelis. Et du coup, il a eu raison. Parce qu’après Cambadelis moi, en off, il m 'a abreuvé. Je l 'ai appelé, il décrochait, il parlait toujours en off. Parce que j 'ai fait un portrait lui sympathique. Et c 'est une manière de se dire, ah tiens, il s 'appelait avec moi, donc je peux lui faire confiance. Je peux travailler avec lui. Et chaque politique a une source ou deux, fidèle. Et cette source fidèle, elle ne va jamais en tirer. Et si on l 'a trahi, bah c 'est fini. C 'est une relation toxique, en fait. C 'est une relation malsaine. Je trouve ça hyper toxique, en fait.
Chazarius nous dit, c 'est vraiment House of Car en fait. Pimiko qui nous dit, on a l 'impression que les hommes politiques sont les parents de la mafia. Elle t 'accepte dans ton cercle et tu n 'as pas intérêt à les contrarier sous peine de prendre cher.
Non, non, non. C 'est d 'égal à égal.
C 'est ça.
Je parle de rancune, en fait. Si moi, je suis un employé qui a de la politique Mais si un employé me fait un coup de pute, il me prend aussi cher. Donc on se tient par la barbichette, tout le long. On se tient, comme ça, et on marche ensemble.
Et après, il y a des politiques, parce dont tu parles dans tout ce pourri,
il y a des politiques hyper intéressantes, hyper fortes, mais personne n 'en parle du coup. Les politiques qui bossent à l 'assemblée du matin et du soir, équiper des trucs, qui bossent bien et tout, on s 'en fout. Tout ce qu’on aime, c 'est le sang, c’est les ragots, c 'est la stratégie c 'est les coups de pute. Mais tout ce qui est politique qu 'on n 'est pas et qui vient avec un dossier comme ça pour me dire oui, j 'ai bossé sur ça et ça et ça, les pesticides, ok frère, les pesticides, plus tard, c 'est sûr. Et donc, c 'est un truc où on se tient les uns les autres et on… Quand on reste politique, il y a les politiques. Donc il y a un truc, c 'est enveloppant, donc non, non. Chacun a le pouvoir sur l 'autre. Et je pense même que le journaliste est plus fort que le politique.
Comment ?
Parce qu’il peut nuire aux politiques. Il peut vraiment les nuire. Si je fais un portrait de Yannick Jadot où je le défonce, eh ben je le défonce.
Alors, ce qu’on ne saisit pas, honnêtement, dans ton livre, c 'est comment un journaliste devient un scribouillard populaire. Si le politique il a des électeurs, le journaliste il pèse en lecteur. Or, les journaux dont tu parles ont quand même considérablement perdu de leur influence ces dernières années. Ils ont perdu des lecteurs, même s 'ils en regagnent un petit peu par le numérique. Mais c 'est sans commune mesure avec… Le libération d’aujourd’hui est sans commune mesure avec celle des années 80 -90. Qu 'est -ce qui fait qu 'un journaliste politique aujourd 'hui a encore autant de pouvoir alors qu 'il a perdu des lecteurs ? Est -ce qu 'il n 'y a pas un jeu de dupes ?
Non, non, non, parce que toi tu vois ça par rapport au monde réel.
Ah ben toujours.
Moi je parle de la bulle. Absolument. Et dans la bulle, et dans la bulle, le lecteur d’opinion par exemple a du pouvoir. C 'est l 'Opinion. Qui lit l 'Opinion ? Ce n 'est pas méchant ce que je dis mais est -ce que l 'opinion a beaucoup de lecteurs ? Pas trop le lecteur l 'Opinion a du pouvoir. L’auditeur de RFI par exemple, qui est très peu en France, a du pouvoir en fait il faut voir le monde par rapport à la bulle, pas par rapport au monde réel. Et donc forcément que le lecteur comme le monde a du pouvoir dans la bulle et hors la bulle. Parce qu 'ils ont plus de lecteurs, ce qui est vrai. Mais je parle de l 'autre, comment dire ? Nos rapports à nous entre politique et journaliste il faut tout voir par rapport à la bulle. Pas voir ça par rapport au monde réel. C’est un monde parallèle. C 'est un monde parallèle. Et dans le monde parallèle je te le dis-moi, Libération, on est costauds. On est gangsta.
Encore aujourd 'hui ?
Ouais.
Les politiques se battent pour parler de Libération.
Ils se battent pour… Et après, Libération reste franchement, reste un journal très fort dans tout ce qui est… En fait, c 'est un journal qui est très lu par les médias. Encore aujourd’hui. Donc quand Libé a créé un truc, c 'est repris. Tout le monde le voit. Et donc quand j 'ai créé un truc sur Jadot, ou sur Mélenchon, ou sur Duflot, et bah c 'est repris ailleurs. Quand je fais des papiers ça m 'arrive souvent de faire des papiers, c 'est hyper drôle. Et je vois le soir BFM TV, et après ce que j 'ai écrit sans dire que c 'est moi, et il raconte ce que j 'ai écrit. C 'est repris. Ça circule. Parce que Libération est très lu. Et donc ça sort toujours de la bulle. Donc on reste assez loin.
Ah ouais, t 'as raison, t 'as raison. Ma lecture est faussée. Moi je parle de la réalité, toi de la bulle. Mais en fait, non. Tu parles aussi de la réalité. Puisque ce livre, je le disais tout à l 'heure, c 'est ta double vie. C 'est le Rachid de Montreuil, où tu vis toujours. Et le Rachid de Libération. Et d 'ailleurs, je trouve que t 'as des … Enfin voilà, t 'as une ligne de conduite qui est assez exemplaire. Par exemple, pour les écoles, tu n 'envoies jamais de mail avec ton adresse professionnelle. Et tu restes le gars à capuche. D 'ailleurs, là t 'as pas de capuche aujourd’hui. Alors que tu… Ah, tu me fais chier à longueur de page à expliquer que tu prends une capuche. Bon bref. Page 65. Personne ne me demande mon avis. Alors là, on est au Grand Péché, quartier de Montreuil. Tu vas voir tes parents et tu nous racontes. C 'est à partir de la page 60 qu’on sent le livre qui se dessine. Et on comprend ton malaise entre la vie des mondanités et la vie de Montreuil. Personne ne me demande mon avis quand l 'actualité s 'embrase. Sur les vaccins par exemple, c 'était où l 'un de mes frères me pourrit. Parce que tu as donc plusieurs frères et sœurs qui te ramènent à la réalité. Un de tes frères me pourrit. Laisse tomber, ça ne sert à rien de parler avec toi. Ils t 'ont lavé le cerveau. Tes copains de la politique, tu es contaminé, t 'es comme eux. Pareil avec mes potes du quartier, crie-tu. On se connaît depuis Belle -Lurette. Ils ne croient plus aux dirigeants et à leur promesse, rupture totale et définitive. Ils m’interrogeaient quand je m 'occupais de sport. On débattait football en parlant fort. La politique s 'invite rarement dans nos discussions.
C 'est beau, non ?
Assez de lui l 'ARH.
Ce qui est compliqué, c 'est que ce livre, je l 'ai écrit hyper vite. Je l 'ai écrit en 15 jours, 3 semaines. C 'est venu comme ça. Tu te fous de ma gueule. Non, je te jure. Vraiment. Et ça m' a pris 15 jours et j 'ai écrit. Je l 'ai écrit vite et les choses me sont revenues en écrivant. Jusqu’ à la fin, je mettais encore des chapitres.
Ça, ça se sent. Absolument. Il y a des trucs,
j 'ai dit, ah tiens, il y a ça et tout. Au début, dans nos livres, il y avait peu d 'allers -retours entre Montreuil et la politique. Et plus j 'avançais, plus il y avait d' allers -retours. Et je me suis tout de suite rendu compte qu 'il y avait un décalage entre moi et les miens, les vrais miens. Mais je m 'en foutais. Je fermais les yeux. Et souvent, ils me ramenaient à la réalité. Mais ce n 'est pas grave. Parce que moi, j 'étais le bien et eux étaient le mal. Même les miennes étaient mauvaises. Sur les vaccins, sur la guerre, sur n 'importe quelle polémique, c 'était eux le mal. Moi, je suis journaliste à Libération, journaliste politique, je traite avec les politiques. Moi, j 'ai la vérité. Vous, là, à Montreuil, mes potes, je vous aime d 'amour. Mes potes, jusqu'à la fin de ma vie. Mais vous êtes bêtes, contrairement à moi. Il y a une sorte de mépris qui me remplace. Il y a un truc où je prends de la hauteur. Comme déjà avec Hollande, à l 'Élysée, le soir, je suis au foyer africain à Montreuil, pour m’empêcher de manger du maïs, il y a un décalage incroyable. Et même pas que je leur dise que je mangeais avec Hollande. Qu 'est -ce que tu racontes, tu dis des bêtises. Toi, manger avec Hollande, qu’est -ce que tu racontes ? Et même le fait de ne pas leur dire, c 'est une sorte de mépris. Comme si eux, ils ne pouvaient pas comprendre mon métier. Tu vois ce qu 'il veut dire ? Et dès le début, ça, je l 'installe. Et du coup, ma vie est une vie à tiroir. Il y a Montreuil, il y a du boulot. Et je tire comme ça, et j 'avance, et j 'avance, et j 'avance. Alors qu 'en fait, il peut y avoir Montreuil et le boulot, tout peut être lit en même temps. Et moi, j 'ai pris, c 'est ça le melon en fait. C 'est le mépris, c 'est le melon, c 'est la hauteur. Et mes proches, de temps en temps, me le rappellent. Ils me disent, tiens, attrape ça, mon petit con. On voit que tu changes. On t 'aime quand même, tu restes un des autres, mais tu changes, attention. Et moi, j 'ai compris, ce n’est pas vous. Ça crée un décalage, pensez -vous. Je dois faire coexister les deux passagers clandestins de ma double existence. C 'est beau. Non, c 'est beau. Ce N’est pas un jeu 66, je vais le montrer à la caméra. Si les gens ne me croient pas, parce que ici, on lit les livres des invités du début à la fin, voilà, c 'est ici. Vous l 'avez ici. Page 66. Évidemment, c 'est quelque chose qui m 'a beaucoup touché dans ta démarche -là. C 'est ce que j 'appelle, ce que j 'ai noté dans mon petit carnet, la position du transfuge. Avant de lire, vers la fin, que tu n 'aimes pas tellement ce terme -là. Mais c 'est pourtant ce qui se passe. Et je trouve que ça donne une hauteur, une explication à ta démarche, en tout cas. Le problème du transfuge que je trouve aujourd’hui en France, c 'est un mot grossier. Parce qu 'il est utilisé en disant vous pouvez, quand on peut, on veut. Quand on veut, on peut. Tu vois ce que je veux dire ? Genre tout est possible. Non, tout n 'est pas possible. Quand on vient de mon treuil, du grand pêcher, c 'est dur. Quand on vient de Montfermeil, c 'est dur. Moi, j 'ai réussi presque par hasard. Et donc, je ne veux pas être un exemple. Je ne veux pas dire, faites comme lui, il a réussi. Non, moi j 'ai réussi parce que j 'ai réussi. C 'est un coup de bol, c 'est la chance, c 'est le destin, c 'est ce qu’on veut. Mais j 'ai réussi presque par hasard. Alors que le transfuge, tu vois, aujourd’hui en France, au moment de ton étendard, au moment d 'avant, je dis voilà, c 'est ça l 'exemple à suivre. Comme si tout était possible, comme s 'il n 'y ait pas de discrimination à l 'embauche par la police. Je raconte aussi la police. Je raconte tout ça.
Ça c’est génial. Non, ce n’est pas génial, mais tu racontes que toi à la gare, quand t 'es pas en BD, et que tu es journaliste solitaire, tu te fais contrôler quoi.
C’est très souvent. Alors à Paris maintenant, dans une banlieue, c 'est très rare maintenant. Et quand je prends un train à la gare, je sors un train, tout le temps de contrôle.Et donc, le terme transfuge permet à ceux qui nous discriminent de se laver les mains, de se dire que c 'est possible. Et je ne veux pas être ça en fait. Je ne veux pas être un quota ou un exemple pour les gens comme ça.
Alors, c 'est vrai qu' en lisant le livre, je me suis dit qu’il y a deux choses. Dans ta démarche, il y a l’idée de faire éclater la bulle des journalistes politiques. Et puis, il y a une démarche plus personnelle qui prend un peu le dessus en dernière partie de l 'ouvrage, ce que tu viens de raconter. Et je me suis demandé si t 'avais pas écrit ce bouquin pour tes potes du quartier et ta famille, autant que pour les journalistes politiques.
Je l 'ai écrit beaucoup pour moi, égoïstement, pour me dire vraiment, mec, t 'as fait ça, t 'as su ce que t 'as fait, mais t 'as arrêté la bêtise. Il faut arrêter, il faut le dire à tout le monde. Si c 'est du quart pour toi, tu peux replonger. Là, c 'est fini. C 'est une rupture, il faut l 'écrire, il faut la raconter, la rupture. Ça, pour moi, c 'était important. Et je l 'ai écrit aussi pour mes proches, pour qu’ 'ils comprennent ce que je fais, pour qu 'ils comprennent comment ça se passe, pour leur dire, votre boîte, sa vie, c 'est ça. Voilà, vous avez compris maintenant. Je le fais pour les deux, t 'as raison. C 'est un mélange des deux et j 'assume. Ce N’est pas un truc… Et c 'est aussi pour mes frères et sœurs, pour mes parents, pour dire voilà. Parce que pour eux, c 'est hyper abstrait comme boulot, ce que je fais. Faut reconnaître que c 'est abstrait, en réalité.
Oui, oui. Journaliste, c 'est abstrait comme boulot.
Mais là, ça devient concret. Ça leur dit, voilà, c 'est comme ma vie. Voilà, c 'était la vie que j 'avais. Et que j 'ai encore. J 'étais pas journaliste. C 'est aussi pour eux. C 'est les deux. C 'est un livre, j 'espère. C 'est comme ça que moi, je l 'ai vécu. Hyper social aussi. C 'est un truc social aussi. Pour dire aux gens, fils d 'ouvriers, d 'immigrés, si tu es journaliste, tu peux être journaliste sans te travestir. Là, c 'est comme t 'es, vas -y, fais le boulot. Arrête de faire comme eux. Si tu viens me montrer, te montrer. Si tu étais de Clément Ferrand, t 'étais de Clermont Ferrand. Arrête de faire le parisien. Ça ne marche pas. Moi, ça, c 'est hyper important.
Non. C 'est toujours le bordel donc. Ce ‘n’est toujours pas tenu cette affaire, cette boutique. L 'intéressant l 'a lu et il m 'a dit j 'ai lu la fin du livre et je crois que vraiment la politique s 'est finie. Si j 'ai bien compris, tu arrêtes la politique. Donc non, Libération n 'a pas franchement. On peut écrire. Je pense qu'à faire un livre comme ça aux Figaro, je pense qu’il faut leur faire revivre avant. Je te trouve assez sympathique sur Joffrin mais c 'est parce que j 'ai une dent contre lui. Mais c ‘n’est pas grave, c 'est pas grave. Il m 'en veut, il m 'en veut, il m 'en veut. Terriblement. Laurent Joffrin est très fâché. Oui, oui, ça tu le racontes parce que le jour où Laurent Joffrin, ancien rédacteur en chef de Libération, rentre en politique, effectivement il est assez dur envers lui. De mémoire, c 'est surtout la photo qui vous reproche dans la cave et il te rappelle avec cette question complètement faussement ingénue comme il sait faire. Mais est -ce que je t 'ai fait du mal quand j 'étais chef à Libé ? Enfin bon bref. Oui, oui, Laurent, moi aussi j 'ai noté le assez libre, pas complètement donc, qui 'a dit Rachid. On note ça dans la déposition. Tu as dit c 'est un on n 'est pas libre. Les gens qui disent que dans les médias on peut écrire ce qu’on veut c ‘n’est pas vrai. Quand on bosse à Libération, sur la gauche par exemple j 'étais hyper libre. Vraiment, j 'étais libre à 100 % sur la gauche. Et on m 'a reproché en interne pendant tant, les lecteurs, c 'est à dire à Libération,, passer Hollande et tout, je me foutais. Et jamais Laurent Joffrin m 'a dit Rachid, là tu lui mets Mélenchon en grand, calme -toi et tout. Jamais, pas une fois, pas une seule fois. Alors que lui t 'es pas tes collants, c 'est le PS et tout. Mais franchement, on est assez libre. J 'avoue que pour prolonger la question de tout à l 'heure, est -ce que Libé a relu le livre. Moi, j 'ai eu une petite pensée pour tes anciens collègues du service politique de Libération aujourd’hui. Parce que ça va peut -être pas être fastoche pour eux. Ce qui est drôle, vu que c 'est un truc hyper perso, c 'est un récit perso. Chacun se cache derrière ça. Et ils me disent ah c 'est perso, je me reconnais un peu mais pas trop. Là c 'est un peu moi mais le reste c 'est pas moi. Le miroir est dur pour eux. Et le miroir, personne ne veut le voir. Ils voient des bouts du miroir. Là, c 'est un peu moi je pourrais en dire et tout. Parce que voir le miroir en pleine face, c 'est hors de question. Personne ne veut changer. Donc ils me disent ouais t 'es un peu dur sur ça, là je suis d 'accord avec toi, là je suis d 'accord avec toi. Il y a un petit débat, pas trop, pas trop, pas trop. D 'ailleurs dans les médias ça prend pas beaucoup. Il y a un petit débat mais tout le monde se cache sur le fait que c 'est un récit perso. Et comme c 'est un récit perso, où je parle de mon treuil, ma famille, mon rapport, ma vie à tiroirs, et bien ils se cachent derrière ça. Pour ne pas juste prendre le miroir en pleine face, en parler et dire maintenant ce qu 'on fait. Et ça personne ne fait. Oui et dans les petites critiques qui sont en train de monter, il y a l’idée que ce n 'est pas une enquête, que c 'est simplement un petit récit comme ça en passant et que ça ne vaut que pour ce que c 'est, alors qu 'en réalité ça vaut bien plus. C 'est un récit personnel mais c 'est une analyse assez glaçante. D 'ailleurs tu aimes bien tout ce qui est polaire, glacial, je sais plus ce que tu dis, t 'aimes bien quand il fait froid toi ? Non, j 'aime la canicule. J 'ai reçu plein de SMS, plein de SMS. C 'est bien la peine de quitter les boucles WhatsApp pour recevoir des SMS. De collègues de Abdul, que je ne connais pas, en charge de la droite, du RN ou de Macron, qui me disent super merci et tout. Vraiment, plein de SMS. Après tu les vois sur Twitter, ils n’ont pas changé, il faut faire la même chose. Donc les reproches qui se font pour l 'instant, c 'est un truc, ils se cachent vers le perso. Dans le livre, je décris, je ne crois pas à la révolution. Je ne me dis pas que mon livre… On va y venir. Attends, on va y venir, on va y venir. Nous sommes au milieu de la convocation, il est 10h. Nous autres journalistes politiques, on les chérie, les défaites, les qui nous permettent de raconter de grandes histoires. L 'odeur du sans fil, de l 'inspiration. La bulle grille tout au moment de la chute. Tous les off deviennent publics. Plus de place pour les sentiments. C 'est beau. Ce n’est pas à toi de le dire, pas à moi de le dire. C 'est beau. Bon, maintenant, à table. Un exemple. À l 'époque, je n 'étais pas en politique. DSK, ils tombent à l 'hôtel à New York pour viol. Et moi, je n 'ai jamais lu un papier dans la presse qui disait que DSK était un homme à femme. Jamais j 'ai lu ça. Jamais. Le jour où ils tombent, tout le monde leur raconte. Tout le monde leur raconte. Fillon, Pénélope, c 'est un héros, il gagne la primaire et je ne lis pas une fois dans la presse que c 'est un homme à argent. Pas une seule fois. Elle tombe, Pénélope, ça tombe dans la caméra enchaînée, le lendemain, ça raconte. Son château, patati, patata. Quand le mec tombe, on raconte tout. Toujours tout. Et donc, ce n 'est pas pour les sportifs, si on regarde bien. Les sportifs, ils étaient sportifs pendant des années, super champions. Et dès qu 'il y a un problème, oui, mais il y a trois ans, il était violent, il a fait une bagarre en boute de nuit. Je ne sais pas écrire avant. Oui, je ne sais pas écrire avant. Et donc quand le mec tombe, la porte s 'ouvre et là, on raconte tout ce qu 'on sait. Et donc, c 'est comme si la bulle, il y avait une courte de récréation dans la bulle. C 'est bon, on y va. Et là, on déballe tout. Donc la défaite est un truc cruel pour le perdant et jouissif pour le scribouillard. Toujours jouissif. C 'est là, on met tout. On met les infos, on met tout. On raconte vraiment la politique. Ce qu’on se privait d 'écrire pendant des années, quand il pleure, on peut l 'écrire. D 'ailleurs, Rachid, tu rappelles que tu es passé du service sport, plutôt football, l 'OM et toutes ces conneries, au service politique. Et c 'est marrant parce que tu ne files pas à la métaphore. Toi qui aime le faire, tu ne teases pas une forme d 'analogie. Parce que quand on te lit, on ne peut pas s 'empêcher de se dire que ce que tu nous racontes, en fait, c 'est une écurie de supporters qui fait de la politique. Il y a un côté course de petits chevaux et on ne s 'occupe absolument pas. On s 'occupe que des histoires de mercato et pas du fond de jeu, on va dire. Mais je ne suis pas étonné qu’on passe du sport à la politique puisque la politique semble être racontée comme un sport, comme une compétition entre des gens qui veulent être élus et jamais on parle de ce qu’ils font du pouvoir une fois qu 'ils l 'ont vu que c 'est un récit, je ne voulais pas faire de comparaison ou d 'analyse. Je voulais juste raconter, que du vécu. Le livre c 'est que du vécu. Et si je mets de l 'analyse ou des comparaisons, ça devient autre chose. Franchement, c 'est un Lego trip. Je l 'ai écrit vite pour ça. En écrivant, je suis marié en écrivant. J 'ai rigolé tout le long. Le lecteur aussi. C 'est un Lego trip, je suis marié d 'avoir à le faire et je ne voulais pas entendre un truc de comparaison ou d 'enquête ou autre chose. Si je compare d 'autres bulles à la politique, ça aurait été autre chose comme livre. Ça aurait été plus lourd. Je voulais un truc hyper léger à écrire, qu 'on lit vite, rapidement et où il y a plein d 'histoires. Le livre est ponctué d 'actes. Acte 4. Le choc. Je participe à ce système mortifère. Un vaste clos qui alimente le fossé entre citoyens et politiques. Des histoires racontées par le petit bout de la lorgnette en mettant en scène des enjeux de pouvoir, des tactiques à court terme, la survalorisation de la guerre et du coût à venir. On livre une vision déformée et déprimante de la chose publique, des lois, des réformes. On oublie les retombées dans la vraie vie. Les On parle des sujets de fond pour mettre en exergue les manœuvres plus ou moins basses des uns et des autres. Nous sommes obsédés par la stratégie. On entretient des relations tordues, ambivalentes, malsaines avec les élus, embrouilles, rigolades, papouilles pour rester en contact, yeux doux pour choper une info, déjeuner pour recueillir des confidences. Pourquoi tu as mis huit ans à te rendre compte que ça n 'allait pas, ce que tu faisais ? Ça, ce n 'est pas huit ans. Ça, c 'est le cas depuis cinq ans. Oui, donc la prise de conscience tu l 'attends, mais la décision arrive après. Tu sais, le droguer, comme c 'est qu 'il y a les drogués qui arrêtent la drogue, il y a quand même un temps. C 'est pareil pour l 'alcool. Quand tu vois le bruit d 'alcool, tu es alcoolique. Entre le temps, tu te dis « putain de merde, il faut que j 'arrête, il faut que j 'arrête », il y a quand même un temps de… Encore un verre, quoi. Voilà, encore un verre, encore un verre. Et moi, je dis encore une élection présidentielle.Tu vois, c 'est un truc. Déjà, pour Libération, ils me saoulent, je pense. Et j 'étais lancé vers la prise d 'ancien Mais c 'est bizarre ce que je vais dire c 'est un livre, en fait. Donc, c 'est un livre. Et moi, je voulais qu 'il y ait une histoire. Je voulais que le livre se lise comme un historien, un début, un milieu et une fin. Et la prise de conscience, je l 'ai mise là parce qu’elle arrive là, mais elle arrive aussi plutôt, tout au long de… On le voit un peu, les déjeuners. J 'ai arrêté les déjeuners. J 'ai une info en talk sur Saporta. J 'en veux pas, je la balance. Il y a plein de petits pics que je vois, quand même, où je prends un peu de recul avant le choc, en vraiment le déclic. Et j 'ai un autre problème, pour de vrai, c 'est que je deviens important, populaire, un la bulle. Et j 'aime ça. On me demande conseils. Quand j 'appelle un politique, il décroche. Je vois qui je veux quand je veux. A Libération, je fais ce que je veux à Libé, je veux faire la une, je fais la une de Libération. Donc, je prends aussi du pouvoir. Et j 'aime ça. Et ça, ce n’est pas un regain. C 'est un truc où il y a une sorte de… Je suis devenu celui que je voulais être. On rentre dans la bulle. Si demain, je suis en compte de rédac, j 'ai envie de faire la une, je fais la chance, mais la chance qui fait, c 'est bien. On m 'écoute. Quand je vais en sortie et que le meeting se termine, c 'est autour de moi que j 'en viens. Rachid, t 'en pensais quoi ? On retient quoi ? C 'est moi le chef. Avec d 'autres, on est deux, trois, quand même. Mais je suis un des chefs. Et j 'aime ça. Après, quand vraiment, il y a le choc, le déclic, ça, j 'arrête. À la fin du meeting, je me casse. Je ne parle à personne. Mais il y a un truc de pouvoir qui vient me justifier.
Le choc, le déclic, est -ce que tu peux dire comment ils se matérialisent ?
Il arrive par plusieurs… Je me suis rendu compte pendant des années. Dès le début, je me rends compte un peu. Mais j 'aime ça, donc je reste. Et pendant le Covid, je raconte, où on a le temps de se parler et de prendre longtemps, on me fait plein de reproches sur le Covid, sur le confinement et aussi sur mon travail, sur ce que je fais. Et j 'ai mon frère d 'abord qui me dit, mec, qu’est -ce que tu fous avec les politiques ? C 'est quoi ta vie ? Pourquoi tu ne fais pas sur le foot ou bien écrire sur des gens comme nous ? Et quand les gens me disent ça, je les garde pour moi. Je ne réponds rien. J 'orchestre les reproches, les critiques et commence la période de sevrage. Je rentre dans une phase de, maintenant, il faut que j 'arrête. Maintenant, il faut que je sorte de ça maintenant. Mais comment faire pour en sortir ? J 'aime ça. Je me sens puissant et important. Comment faire pour arrêter ? Je suis un mec populaire dans la bulle. Vraiment ? Et il y a une question qui se pose, qui est très importante. Est -ce que je sais faire autre chose ? Oui, évidemment. Mais quand je suis dans la bulle, on ne fait que ça. On se pose la question. Est -ce que les gens m 'intéressent, moi ? Est -ce que le sport m 'intéresse encore ? Parce que tout est là, en fait. Le pouvoir est là, en fait. Pourquoi je dirais ailleurs, en fait ? Et je me pose la question. Et donc, quand les reproches, pendant le confinement, me viennent à l 'oreille et qui me perturbent profondément, c 'est le début de la fin pour moi. Il y a un truc qui se met en route et là, c 'est bon. Il y a une phase où je commence à partir. Je commence à sortir. Un an après, je dis à mes chefs, les gars, dans six mois après, je vous préviens, je fais la campagne et j 'arrête. Et la campagne me paraît longue, la campagne présidentielle. Et je vois mes collègues, mes petits collègues, les plus jeunes que moi, ils sont à fond, ils sautillent, ils sont d 'âge et tout. Et moi, je suis plutôt tranquille, quoi. Sur le mode, calmez -vous, les gars. Là, on est entre nous dans la bulle, devant, il se passe autre chose. Je leur raconte ce Mélenchon. Mélenchon pensait qu 'il était mort. On écrit qu 'il est mort du matin au soir. Et mec, je parle de 23 %. Dans la bulle, on avait hâte qu 'il soit mort. Et d 'ailleurs, là, il recommence. Il recommence d 'ailleurs. Moi, je ne sais pas s 'il est mort ou pas et je m 'en fous maintenant. Mais il recommence. Mélenchon, c 'est la fin qui est à sa place parce que la bulle le décide. On va à un déj, deux déj, trois déj, trois petits ou deux de la même chose. Les trois choses, on en fait une info. On n 'en fait pas une info, on en fait une vérité. Et donc, moi, après mon déclic, je souffle et j 'avance vers la sortie. Je sors lentement. Et ce qui est hyper bizarre, c 'est qu 'une fois sorti, depuis sorti des IEM plus d 'un an, je ne suis pas en manque. Pas une fois, j 'étais en manque. Pas une fois, j 'ai mis une info, j 'ai dit putain, j 'aurais mis une lettre. Pas une fois. Donc, je me dis tranquille. Pendant le Covid, il y a une question qui va se poser. C 'est la question de la relecture du fait que les politiques exigent de relire leurs citations, leurs déclarations, parfois l 'interview complète. Je sais qu’en Suisse, par exemple, les journalistes envoient carrément l 'article en entier. C 'est -à -dire pas seulement les citations, mais carrément l 'article aussi. On se souvient, alors ça tu ne le dis pas, me semble -t -il, dans le livre. On se souvient que c 'est le monde qui, il y a une vingtaine d 'années, avait fait pour la première fois cette interview de, je ne sais plus qui, personnage politique de l 'époque, a relu et a amendé cette interview. Et tu dis justement au détour d 'un reportage, d 'un côté la misère et ces gens, sous le Covid, ces gens n 'ont pas le privilège d 'avoir la relecture pour eux, alors qu' à côté, un sous -ministre, lui, va pouvoir relire ses déclarations. Quand ce n 'est pas le sous -ministre, tu racontes que ce sont des conseillers en communication. Il y a une scène absolument hilarante où tu dis que tu as attendu une journée parce que tel sous -ministre a fait relire par un préposé aux relectures à l 'Élysée, savoir si elle avait le droit de dire ce qu’elle dit et ce qu 'elle dit, c 'est je ne sais pas ce qu’on va décider, une espèce de truc totalement inoffensif. Et tu racontes ça, bon voilà, et tu dis la question de la relecture, c 'est un débat qui mérite d 'être posé. Donc, ce n’est pas qu’un récit, il y a aussi de temps en temps des lignes que tu décides. De quoi tu aimerais qu’on parle quand on parle de relecture des citations ? Déjà, les citations, ce n 'est pas toujours, les interviews, c 'est toujours. Chaque interview est relue par les politiques et parfois, ils modifient leurs propos, ils négocient. Comment marcher ? J 'ai dit ça, mais on change la phrase. Et les gens dans la misère. Ce qui est dingue, c 'est que les gens, les politiques ont des conseillers qui ont fait des grandes écoles, ils ont un cabinet, ils ont tout ce qu’il faut. Et ces gens -là qui sont des pros de la communication, ils peuvent relire le propos. Les gens dans la misère, on vient, on prend leur vie, on se casse, on fait ce qu’on veut, on ne leur demande rien. On peut les piéger, on peut faire ce qu’on veut avec. Tu rends dans un foyer de travail migrant, tu vas leur parler, ils te racontent leur vie, ils ne servent pas qui est Libération, les Figaro, ils s’en foutent et tu te casses avec ça et tu fais ce que tu veux. Tu peux réécrire, mentir, modifier, tout le monde s’enfuit. Ou même simplement apporter une interprétation. Oui, tu peux en faire ce que tu veux. Tu prends leur vie et ils y débrouillent avec ça. Et le politique, non. Et donc, moi, je ne suis pas contre, comment dire ? Moi, je ne suis pas contre le droit de regard. Quand on parle avec une personne pendant deux heures en politique, pendant deux heures en politique et qu’on parle de tous les sujets, on peut lui dire, tiens, voilà, avoir publication, voilà ce qu 'on garde. Ça, on peut le faire, mais ne pas réécrire, ça, non. Et si on se trompe sur un chiffre, et bien, il peut modifier le chiffre.
Mais faire une interview pendant deux heures avec un mec, lui envoyer pendant 24 heures et qu 'il réécrive tout, ça, ce n’est pas possible.
C’est plus possible, il faut arrêter. Et ça, oui, ça se fait encore. Dans ce cas-là, pourquoi le voir politique ? Pourquoi lui parler ? Pourquoi lui poser des questions ? Tu lui fais un mail, il lui dit une question, il répond. Et donc, je trouve que le débat est posé un peu, je ne pnse qu’à changer un peu ses règles. Parce que la presse quotidienne régionale. Oui, je refuse la relecture. Dans les grands médias parisiens, pas encore. C’est en débat, mais ce n’est pas encore le cas. Et donc, je pense que le débat a été posé sur la relecture. Il y a un autre point très important, c’est que moi, par exemple, au poste, Je suis venu au poste aujourd’hui. J’ai écrit un message sur ce Twitter. Tu viens à telle date et je suis venu. Quand la politique m 'anime à la télé ? Qu’est ce qui se passe ?
Attends, attends, attends, Rachid. Ça s ‘n’est pas passé comme ça. Rachid, ça s ‘n’est pas passé comme ça. J 'ai fait un tweet il y a deux mois en disant quand est -ce qu’on va pouvoir se débarrasser de ce cirque ? Il y a un mois. Et là, tu me dis, tu sais, je sors un livre. Et je dis, oh putain, c 'est exactement ça. C 'est comme ça que ça s 'est passé.
Mais tu vois, après, deux messages, je suis là et ils me discutent.
Bien sûr, et c 'est génial. Oui, et les politiques, par exemple, Sarkozy, quand il va sur France 5, c 'est à vous pour son livre. Comment ça se passe avant l 'émission ? Le chef de l 'émission déjeune avec la chef de Sarkozy.
On parle de quoi ? C 'est quoi les questions ? La Russie, une seule question. Les affaires, une seule question. Sinon, on parle du livre. Il y a un deal qui se fait. Et ils se pointent en plateau télé, sur les rails. Ils savent qu' il y a une question sur la Russie. Ils savent qu 'il y a une question sur les affaires pas plus.
Ils connaissent la question ?
Non, non, ils ne connaissent pas la question. Non, ils ne connaissent pas la question. Mais ils connaissent le thème. Ils savent qu’il y a une question sur la Russie. Ils savent qu 'il y a une question sur les affaires. Donc, ils préparent leur réponse. Et ils viennent et ils répondent au truc. Et si tu regardes l 'émission, tu vois bien qu’il n 'y a que deux questions.Une sur la Russie, une sur les affaires. Et 40 questions sur autre chose. Parce que c 'est dealable. Je me suis fait, avec Mélenchon, je l 'ai parlé une fois, quand il fait l 'émission après le premier tour, la première émission qu 'il fait, c 'est chez BFMTV. Fogiel a invité à déjeuner Mélenchon. Mélenchon et Fogiel déjeunent. Sur, venez chez nous. Ok, pourquoi ? On fera ça comme ça, comme ça, comme ça, comme ça, comme ça. Et il vient. Tout est dealé. Et le mec est dans la misère.
Est -ce qu’on l 'invite à déjeuner pour dealer ?
Le mec vient. Et c 'est comme ça que Thierry Ardisson a piégé un tas de personnes. Tu viens en plateau. Contrairement aux politiques, tu viens à l 'arrache. Et surprise. Question surprise. Débrouille -toi. Et le politique, non. Le politique a la chance de, sans presse écrite en télé ou en radio, d 'arriver dans un terrain cadré sur des rails où il peut dire ce qu’il a à dire. Alors, j 'en profite, Rachid, pour dire, je ne donnerai pas les noms. Il y a une invitée qui, un jour, m 'a demandé de faire un peu ce que tu me dis là. Oui, est -ce que vous pouvez m 'envoyer des questions dont on va parler, c 'est de l 'impro. Puis, de toute façon, il y a le tchat. Le tchat, il est imprévisible. Le tchat est libre, tu vois. Mais c 'est fou comme c 'est cadenassé. Et on voit bien qu’en France, les questions les plus folles, c 'est au téléphone toujours. Quand le mec appelle. Et je pense que les gens, ils sont en plateau. Ils comptent sur eux aussi. Ils comptent sur eux pour poser la question qui fâche. Alors, non, vous n 'avez pas d 'idée sur la personne dont on tira le nom, puisque j 'ai dit à la personne, vous ne venez pas. Vous ne venez pas, c 'est pas grave. Ce n’est pas grave c 'est juste, je réponds au tchat. Il y a un petit truc qui m 'a gêné, Rachid, dans ta démarche. C 'est que, et qui est tout à fait naturel, c 'est qu'à un moment donné, tu racontes très bien que des notes qui sont prises sur l 'instant, qui ne sont pas utilisées, peuvent être tout à fait utilisées six mois plus tard, un an plus tard, dans une autre circonstance. Et notamment, les chutes. Alors là, tout d 'un coup, on va rechercher dans ces petits carnets à spirales ou sans spirales, à carreaux, petits carreaux ou gros carreaux, on va chercher le petit détail que chacun des journalistes politiques essaie d 'avoir, mais n 'utilise pas sur le moment. Et il y a un moment où je me suis dit, est -ce que Rachid n 'aurait pas dû aller au bout de cette démarche -là et ne pas utiliser ces carnets ? Parce que c 'est un livre de dégoût finalement. Tu te dégoûtes, tu es dégoûté de ce monde -là, mais tu le fais avec brio, donc tout va bien. Mais je me suis dit, une ou deux fois quand même, j 'ai l 'impression qu 'il est allé chercher, qu 'il a gardé les vieilles ficelles. Laurent Beccaro m 'a dit la même chose au début. Ah, tu vois ? Il m 'a dit, il m 'a dit, c 'est un peu trop carnet journaliste. Et je ne sais pas, je ne sais pas quoi te dire. Ce n 'était pas le but. Moi, mon truc, c 'est de, comment dire ? Chaque anecdote précise raconte un truc précis. Chaque histoire a une histoire derrière, c 'est une coulisse. Mais ce livre, je ne sais pas si tu vas me croire, je l 'ai fait sans carnet, zéro carnet. J 'ai relu beaucoup de mes articles. J’ai des notes, on m 'a envoyé des articles, j 'ai beaucoup relu. Je l 'ai fait sans carnet. Mais je peux comprendre le reproche. Laurent Beccaro me l 'a fait. Et aussi, une collègue m 'a dit, mot pour mot, tu méprises les scènes dans ton livre, mais ton livre, ce n 'est que des scènes. Et ça, je peux aussi l 'entendre. Mais, je ne sais pas…
Non, non, ce n 'est pas ça, Rachid, mais c 'est parce que moi, cette démarche de faire le deuil du journalisme, tout en faisant du journalisme, c 'est -à -dire que pour moi, c 'est probablement le livre le plus politique que j 'ai lu ces derniers mois. Donc, voilà, ce n 'est pas… Mais à certains moments, je me suis dit, tiens, c 'est drôle, il y a des travers. Il n 'y en a pas en fait tu n 'es pas totalement désintoxiqué, quoi, pour reprendre la bête à port de tout à l 'heure.
Ah, si, je pense que je le suis. Non, peut -être dans l 'écriture, peut -être pas. Non, peut -être que tu as raison pour l 'écriture.
Mais moi, moralement, psychologiquement, intérieurement, je le suis. Un livre orange, non, il est rouge, malheureusement.
Pourquoi malheureusement ?
Parce qu' ici, l’orange, c 'est la couleur, tu vois. Ça n 'a rien à voir avec comment il s 'appelle l 'autre couillon, le mec du Modem. Non, moi, l’orange, c 'est au bout du coup, oublions. Parce que de temps en temps, il y a cette phrase, par exemple, François Hollande a confié un jour, et j 'aime beaucoup cette phrase, que les politiques n 'oublient jamais le premier journaliste qui a écrit sur eux. Et donc là, il y a l’idée de couple qui se forme très tôt. Et ça, on sent que même toi, tu as cédé à cette tentation d 'essayer d 'aller chercher les petits poulains qui pouvaient par la suite.
Ah oui, ah oui. Moi, il y a un mec, bon, maintenant, il est tombé. j 'ai été un des premiers écrits sur lui. Ugo Bernalicis, j 'ai été un des premiers à écrire sur lui.
Attends, c 'est mieux que ça. Tu racontes que t 'es leur coach.
Au début, oui, je suis leur coach au début. Et ils me disent, Rachid, c 'est quoi le off ? C 'est quoi l 'étage ? Et je leur raconte, comme un grand frère, que je suis. Et donc, tu peux demander à tous les politiques, qui ont écrit sur toi en premier. Ils vont te répondre, tous. Ils savent. Ça crée un lien. Même si après, comment dire, ils rappellent, ils décrochent. Lui, c 'est le premier on me l 'a dit. Mélenchon me l 'a dit. Ils m 'ont tous dit. Et eux -mêmes, ils savent tous qui étaient les premiers écrits sur eux. Donc, nous, les journalistes, du coup, quand on arrive, quand il y a, en juin de chaque année, tous les 5 ans, quand les nouveaux arrivent à l 'Assemblée, on est là comme, tu vois, les terrains de foot, on recrute, on recherche des poulains, on cherche des nouveaux. Et on tourne autour. Et c 'est là où on gratte le numéro de téléphone. J 'ai pris le numéro de téléphone de Carlos Martin Bilongo. Oh, un noir député ? Si rare. Moi, je suis un arabe. Je suis là en courant. Carlos, je suis Rachid Laïreche, je suis de Libération. Il ne sait pas qui je suis. Je dois avouer, il ne me connaît pas, lui. Et donc, je prends le numéro de téléphone et tout. Et depuis, quand on le sait, on se parle. Parce que le jour où il est rentré à l 'Assemblée, je suis allé le voir. Et je lui ai parlé. Et donc, on cherche toujours à miser sur le bon cheval. On se dit, tiens, qui va être bon ? Ah, lui, la meuf, là, du… Viendrait le voir. Je pense qu’elle va être bonne. Elle parle bien et tout. J 'y vais. Et on fait un déj' dès le début, dès qu 'elle arrive. Et donc, tout le temps, on cherche tout le temps le temps de la perle rare. On va être le premier sur le coup. On va être le premier sur l 'info et sur la personne.
Page 150, il y a donc ce chapitre qui, pour moi, est peut -être le plus déterminant, qui s 'intitule Qui est l 'exemple ? Où tu parles d 'un gars que tu as croisé avant qu 'il devienne le maire de Saint -Ouen, Karim Bouamrane. Et il te dit, toi… Donc, il va devenir maire de Saint -Ouen. Saint -Ouen, ce n’est pas rien. C 'est une des plus grosses communes qui jouxte Paris. Et il te dit, toi et moi, on est des exemples. Et en fait, tu te dis, mais je suis un exemple de quoi, c 'est quoi, journaliste politique ? J 'ai eu l 'impression que c 'était un peu aussi là qu’il y avait eu le déclic.
Oui, parce qu’en fait, il y a des trucs où on se dit, où on s 'imagine, et personne ne le dit clairement. Les gens nous voient comme une réussite, ils ne nous voient pas comme un exemple. Personne ne le dit vraiment. Et lui, c 'est pour bien… On en parle vraiment, franchement. Mais Rachid, on est un exemple toi et moi. Donc, ça n 'apparaît pas qu’on me dit, mec, as -toi ici. Ça m 'aide un mec comme moi, d 'un fils d 'immigrés de 93 qui a réussi et qui a réussi une vie à tiroir. Donc lui et moi, on se ressent sur le parcours. Et surtout, lui et de Saint -Ouen, moi, j 'ai plein de potes à Saint -Ouen, on a des potes en commun. On l’a assuré après. On est dans un truc où on se ressemble. Lui me le dit. Il dit à Rachid, on est, toi et moi, on est un exemple. C 'est comme ça. Donc, on doit être bons, on doit travailler, on doit être les meilleurs. Mais ce qui est bon, travailler et être les meilleurs, c 'est être journaliste politique. Pas sûr. Pour lui, oui. Il est maire de Saint -Ouen. Et dit Rachid, je reste poli. Pour lui, c 'est super. Mais pour moi, dans ma vie, ce n’est pas sûr. Donc, pour moi, ce n’est pas ça d 'être un exemple. Être un exemple, aujourd’hui, je peux l 'être pour lui. Je suis reporter et j 'écris des papiers, des reportages et je veux aider les gens et je suis fier de ce que j 'écris. Donc oui, maintenant, je peux en être un exemple. Je peux dire à un jeune, mec, je fais la libération et je fais ça, je fais ci, je fais ça, j 'en suis fier. Et je fais des livres. Et ça, oui, je peux y remédier mais avant, non. À côté des coulisses, de l 'assemblée, ce n’est pas l 'exemple pour moi. Pour certains, peut -être. Pas pour moi.
Sur la question du coaching dont on parlait tout à l 'heure, en ce moment, la bulle est en train de s 'agiter. Il y a cet article paru hier dans Arrêt sur l 'image où certains de tes anciens collègues réagissent. Donc il y a quelques critiques que tu as perlées le long de l 'entretien. Mais il y a notamment cette idée d 'amitié puisque tu racontes que tu es allé parfois dîner chez certains hommes politiques. Et là, on te dit… Café. Oui, le café. Aller chez quelqu’un, c 'est quelque chose.
Oui, chez Julien Dray. C 'est le seul, je crois. Oui, c 'est le seul. Julien Dray, je suis allé chez lui. Et donc, je pense que je ne suis pas le seul. Parce que Julien Dray n 'a plus aucun mandat. Il n 'y a plus de bureau. Soit c 'est au café, soit c 'est chez lui. Mais ça, en fait, c 'est ce que je te disais d 'ailleurs en disant que chacun voit ça par rapport à mon récit. Il dit, moi, je suis Julien Dray. Je ne suis pas allé chez Julien Dray. Jamais je ne suis allé chez lui. Et donc, non, il ne me parle pas. Les mecs, tu as fait pire ailleurs que j 'en sais, moi. Moi, j 'ai écrit ce que j 'ai fait. Toi, écris ce que tu as fait, tu verras. Et en fait, un exemple, un exemple précis. Fabien Roussel. Fabien Roussel est accusé. Nous, on ne l 'accuse pas.
Mais il est accusé d 'avoir eu un emploi fictif.
C 'est -à -dire qu’il a été payé par le Sénat pour diriger la Fédération du Nord. Donc, il a été payé pour autre chose. Le Média partait sur une enquête. Et la bulle, comment a réagi la bulle ? Rien. La bulle, pour elle, c 'est normal. Ça ne m 'a pas choqué, en fait. La bulle dit que ce n 'est pas un emploi fictif. Il avait un boulot. Il était chargé de la Fédération du Nord. Son boulot, la Fédération du Nord, était payé par le Sénat. Et nous, dans la bulle, je le raconte parce que c 'était bon. On l 'a eu entre nous. On l 'a eu. Moi, c 'est quand même grave ce qu’il a fait. Si c 'est vrai, c 'est grave. Les trois tiers des collègues disent que ce n 'est pas grave. C 'est comme ça en politique. Les mecs ont d 'autres jobs. Il faut que ce soit payé.
Donc, la Fédération du Nord et le PCF n’ont pas d 'argent pour payer Roussel.
Il faut que ce soit payé, le Sénat paye Roussel. Et la bulle, en fait, c 'est ça que le titre « Il n 'y a qu’un que ça choque ». Moi, à la base, le livre, je vais l’appeler « Journalisme politique, maladie chronique ».
Ça, c 'est ton côté rappeur, les allitérations.
Et Bekaryan proposait ce titre -là. Et en fait, il y a plein de trucs qui choquent les gens, mais dans la bulle, ça ne choque pas. C 'est -à -dire que quand je raconte qu’on boit un coup j 'aime beaucoup, pour son anniversaire à Reims, alors, Juliette Prados, c 'est l 'attachée de presse de Jean -Luc Mélenchon.
Et donc, elle fête ses 50 ans. Et vous, vous êtes à Reims et vous allez chercher, justement, des bulles de champagne.
Et on dit bien, elle a 50 ans. Donc, on fait une quête entre nous. Chacun met 10 euros. Et on boit du champagne. Et moi, tout ce qu’on lui livre, en dehors de la bulle, ce chapitre, il a choqué. Voilà. Je mets l 'article d 'Arrêt sur image. Ils sont choqués. Les journalistes politiques interviewés par Arrêt sur image sont choqués par ce passage de la bouteille de champagne. Et ils disent, ça, c’est rien, ça. Ils me disent, c 'est rien. Pour nous, ce n’est rien dans la bulle. Mais quand on sort de la bulle, c’est vrai qu’on est à Reims. Il y a un grand meeting. On est derrière les rideaux. On boit du champagne avec la com' de LFI et des députés. Si tu tires les rideaux et que les militants LFI voient ça, je pense qu’ils dégueulent. Ils dégueulent, je pense. Eux, ils seraient choqués de se dire, putain, les journalistes politiques et LFI boit du champagne ensemble. Et sur scène, LFI dit que les médias sont contre eux. C 'est quoi ce traquenard ? Sauf que nous, dans la bulle, tout était normal. Tout était normal, en fait. On boit du champagne, c 'est normal. Et donc, on m 'accuse. On m 'accuse. On me reproche d 'être allé chez Julien Dray C 'est ça le débat. Je pense que la discussion n 'aura jamais lieu. C 'est différent. Là, on l 'a toi et moi ici. Mais je pense que c 'est tellement puissant et ancré. Je suis allé sur France Inter. Ouais.
Extraordinaire.
Ils me disent viens à la politique. Ils me disent viens tu parles à un quart d 'heure. En face c 'est Saint -Cricq, Beccaro et la meuf du monde. Moi ça me peine. Peu importe. Elles sont froides. Elles passent avec Larcher 45 minutes. Moi je suis en coulisse, je vois les missions. Et ça se passe très bien. Les missions débordent. Finalement je ne rentre que pour 4 minutes. Bien sûr. Au lieu de 15. Je rentre et c 'est glacial. Donc ils sont avec Larcher tout roule. Je rentre, il fait froid. L 'ambiance change d 'un coup. Je suis là, je m 'en fous et tout. On me pose une question, je commence à répondre. Il prend la parole. Et il dit que c 'est un complotiste et un journaliste militant.
Le livre il n’a même pas lu. Beccaro reprend le micro pour dire Monsieur Rachid Laïreche, est -ce que vous êtes militant ? Je dis quoi ? Ce N’est pas le livre quoi. Militant, de quoi parle-t-on ? Je dis bah non, je ne suis pas militant. Je bafouille. Merci, fin de l 'émission. Au revoir. Hop là. Voilà. Le débat, il n 'y a pas de débat en fait. Donc au moins il pourra en parler. En 3 minutes on te traite de complotiste et de militant. Complotiste quoi. Je suis moins complotiste, lis le livre, et on discute.
Non, non, il n 'y a pas le moindre soupçon. Moi je l 'ai lu. Il n 'y a pas le moindre soupçon de complotiste. En revanche, il y a, et ce que je trouve beau et cool, il y a un engagement.
Oui, c 'est un livre engagé. C 'est un livre politique. C 'est un livre politique et engagé. J 'assume ce que je dis. On voit un peu l 'opposition. Non, il y a un truc. C 'est un livre… Il y a un engagement. Et je l 'assume et je le trouve romantique. Mais sauf que le débat sur qu’est -ce qu’on fait de ça ? Comment on traite la politique ? Qu' est -ce qu’on change ? Je pense qu’il n 'aura pas lieu. C 'est triste. Je pense qu' il n 'aura pas lieu. Parce que c 'est trop…Les politiques, les journalistes. Je croise des mecs en stage à Libération. Des sortes de stages de journalistes politiques. Et je la croise et je dis, Rachid, il faut un peu déjeuner. Ils ont 22 ans. Ils veulent déjeuner. Je dis, pourquoi on leur donne des déjeuners ? Je ne sais pas. C 'est comme ça. Il y a un truc de… Ça recommence donc ce qu’il faudrait, c 'est qu’un journal de Libération, je pense qu 'on ne fera plus, on pète tout. Il stoppe. Puis ça, c 'est politique. On arrête tout. On change tout. Ou bien, plus…Moins radical, on se dit qu 'on rentre en politique. On reste trois ans en politique et on change de service. On ne reste pas dix ans dans le service, qu’on est 15 ans. Tous les trois ans, on change. Ça aide à créer trop de liens, trop d 'affects. On crée un truc. Mais je ne crois pas. Je suis hyper pessimiste, franchement. Je pense que le bonheur est ailleurs.
Il est où ?
Il est dans les enquêtes, dans les reportages, sur le terrain. Il est là, le bonheur en politique. Moi, les papiers que je fais depuis un an sont beaucoup plus politiques que ce que je faisais au service politique.Quand je traite les familles dans la rue, ils restent trois jours dans la rue. Et je les décris. C 'est beaucoup plus fort qu’un conduit. Quand je traite les ZFE, les voitures polluantes, c 'est beaucoup plus fort que la politique. C 'est l 'écologie, c 'est la voiture. Qu’est-ce qu’on en fait ? Qu’est-ce qu 'ils vendent plus ? Mélenchon. Mélenchon, oui, ça marche. Ça marche beaucoup. Il marche très bien en interview quand il parle. Je voulais dire par là, tu nous racontes très bien les rapports. Moi, que j 'appelle marchande. On joue à la marchande entre le journaliste politique et le politique. Mais il y a quand même cette idée -là. C 'est -à -dire qu’au bout du compte, par paresse, on ne parle que de la conquête du pouvoir parce que c 'est plus facile que de parler du pouvoir ou du résultat.
C 'est -à -dire les familles à la rue dont tu viens de parler à l 'instant. Mais aussi parce que ça fait vendre, non ? Pas tant que ça ?
Pas tant que ça. Ça marche beaucoup en période présidentielle. Comme là, on a les chiffres. Ce n 'est pas un truc il y a des gens qui ne vendent pas. Mélenchon vend assez bien pour Libération. La droite s 'en fout, Libération. Ça ne marche pas. Donc non, pas tant que ça. Franchement, pas tant que ça. Libération, si on parle de Libération, on a les chiffres à la fin de l’année, ce qui a le plus marché, les top 20, c 'est enquête. C 'est que ça qui marche bien.
Les meilleures ventes, les meilleures lectures, les meilleurs abonnements, c 'est que les enquêtes ce n 'est pas la politique. Et donc les papiers écologiques marchent mieux que les papiers politiques ?
Sur le fond, je parle de tout ce qui est lié à la crise climatique, c 'est vendeur aussi. Les gens lisent ça. Donc non, ce n’est pas en période électorale très forte, ça marche bien. Mais en période, ça ne marche que correctement. Ce n 'est pas un truc qui cartonne.
Je lis un dernier passage et après, je passe aux questions du chat, si tu veux bien. Il est 10h43, tout va bien ?
Oui.
Les journalistes politiques, mais aussi ceux qui s 'occupent de justice, de culture et même de sport, vivent dans un huis clos. On pourrait également parler des journalistes révolutionnaires qui critiquent tout et tout le monde en fumant des rouleaux dans leurs coins, des radicaux en toc, des bulles partout. À qui pensez -vous ? Je retrouve la page, page 251. C 'est quoi les journalistes révolutionnaires qui critiquent tout et tout le monde en fumant des rouleaux dans leurs coins, des radicaux en toc ? Ça s’adresse à qui ?
C 'est un plaisir pour beaucoup de monde. C’est un petit plaisir, c 'est un plaisir. Parce qu 'il n 'y a pas toujours de petits plaisirs.
Ah bah ça se sent, oui.
C 'est un petit bourgeois, j 'en connais plein, qui critiquent tout et tout le temps, dans une sorte de confort. Et je déteste ça, en fait. Je déteste les gens qui sont sans travailler à Libération, j 'aime la vie. C 'est pourri, Libération, qui critique. Mais tout le temps, c 'est un confort, sans relever les manches. Mais surtout, ils restent entre eux. Il y a un truc Je n’ai pas hâte de dire de noms, parce que je connais plein de noms de médias que j 'aime pas et tout. Mais il y a plein de petites bulles comme ça, de leçons, et je n’aime pas ça pas. Moi, j 'aime les gens qui font des choses. J 'aime les gens qui font des choses, qui produisent des trucs. J 'aime les gens qui créent le débat, pas les mecs qui restent entre eux pour faire le monde. Ça me saoule. Et des mecs en talk, j 'en connais des centaines. Et j 'en croise à Montreuil beaucoup. À Montreuil, j 'en croise beaucoup des mecs en talk. Des mecs qui parlent de révolution, alors qu’ils sont bien nés. C ‘est pas un problème d'être bien né, ça me dérange, quand même de faire tout le temps la leçon, ça me saoule. J 'en ai marre, vraiment. Moi, j 'aime les gens qui font. Vraiment. Et un mec qui fait. Un mec qui fait, franchement. Moi, il vient me voir, il me critique. Je lui dis merci, franchement. Vraiment, je lui dis merci. Un mec qui critique mon boulot, mais un truc… Moi, il y a des gens que je connais, qui me disent tiens, rachète -toi ton article, c 'est de la merde. Je lui dis pourquoi c 'est de la merde. Parce que si, ça, ça, ça, ça… Chier frère, t 'as raison ? T 'as raison ? Si on me critique sur le fond et tout, et si il y a un vrai débat sur le fond, sur le travail, sur l 'éthique, je trouve ça hyper intéressant, en fait. C 'est stimulant, en fait, d 'aller les critiques et les débats. Vas -y. C 'est un peu vague ce que tu racontes, mais je le pense. Je ne vais pas cibler…
Alors, est -ce qu’un mec comme François Ruffin qui signe donc ta postface, enfin, la postface du livre, est -ce que c 'est un mec qui fait ?
Oui, Ruffin fait. Ruffin, je te jure, encore maintenant, tout de suite, je ne sais pas si c 'est une bonne chose ou non de la remettre en poste face. Je ne sais pas. J 'avais peur de brouiller un peu les pistes. Ruffin, ce qui est très intéressant avec Ruffin, depuis mon départ, il a un peu changé. Il a évolué, on va dire. Mais quand j 'étais dans la bulle, il était hors bulle. Il ne parlait que de fond. Il ne déjeunait pas. Il ne faisait pas de off. Et ça marchait. Il était audible. Ce qui l 'a réussi à se faire entendre sans respecter les règles du jeu. Ce n 'est pas rien, quand même. Ce n 'est pas rien. C 'est pour ça que je l 'ai appelé, moi. François Ruffin, tu ne fais pas de off, pas de déjeuner. Tu ne parles jamais, jamais, jamais de stratégie, peut -être avec tes potes, mais jamais avec la presse. Et pourtant, dans l 'hémicycle et dans les médias, c 'était une place au solaire. Donc raconte -moi. Et donc Ruffin, c 'est un mec qui fait et qui depuis, il écrit un peu dans le texte, il a changé.
Il fait un peu de déjeuner.
Il fait du off. Il parle stratégie. Il change et je ne sais pas si c 'est une bonne ou une mauvaise chose. Mais c 'est un mec qui fait, Ruffin. Et d 'ailleurs, c 'est pour ça que je l 'ai appelé, Ruffin. C 'est pour ça. Quand j 'étais dans la bulle, Ruffin était un mec à part. Et on peut être à part et réussir. On peut dire, journaliste, je ne suis pas bien, je ne te parle pas et réussir.
Alors effectivement, la question de Ruffin en postfacier au début de l 'émission, elle a plutôt… Elle a un peu chauffé le tchat, on va dire, où les gens pensent que c’est une fausse bonne idée. C 'est -à -dire que d 'une certaine manière, tu mets un homme politique qui vient conclure ton livre où tu dézingués la connivence journaliste politique. C 'est ça qui est retenu. Toi, tu penses quoi ?
Eh ben moi, je vais te dire, je ne l 'ai pas lu. Je n’ai pas lu sa postface. Je n 'ai pas voulu la lire. Pourquoi ? Alors il se trouve que je l 'apprécie, le Ruffin. Mais justement, je pense qu’il est de l 'autre côté.
Mais c 'est un détail, honnêtement, c 'est un détail.
Non, non, non, non. Et franchement, moi, je suis hyper transparente. Je le dis encore aujourd’hui. Je ne sais pas si c 'est une bonne idée ou pas. Je l 'ai fait. Du coup, son texte, je trouve qu’il est intéressant. C' est bien le texte. Il y a un truc qui est intéressant. Du coup, il raconte son premier déjeuner. Quand il arrive à un déjeuner, ça se passe. C 'est drôle.
On ne va pas en faire des caisses sur le Ruffin. Bon, voilà. Il se trouve, il faut préciser, il se trouve que tu as aussi écrit un livre sur François Ruffin.
Oui. Absolument.
Alors, en rafale, quelques questions du chat, si tu veux bien. Tu peux poser la question, tu peux répondre de manière très courte, très rapide,. RedJazz te demande, les députés RN sont-ils désormais entrés dans la bulle ? De ce que tu en sais.
Oui, ils sont dans la bulle. Ils sont à la bulle à 100 %, à 6000 %. Donc, tu vas à l' assemblée tu verras. Tu te poses aux quatre colonnes. Les quatre colonnes, c’est le lieu où les députés écrivent aux journalistes. Et tu verras, ils sont comme des poissons dans l’eau. Donc, ils sont les deux pieds dans la bulle.
Par les politiques, par le biais politicien, n 'est -ce pas plutôt une façon de créer une fiction incarnée ? Te demande Florent Calvez que nous recevrons le 4 octobre pour sa bande dessinée Global Police qu’il signe avec Fabien Jobard.
C 'est quoi la question incarnée ? c’est créer une fiction incarnée. Et je pense que par les stratégies, c 'est important, il faut le faire. Ce n 'est pas un truc qu’ 'il faut jeter à la poubelle. C 'est important la stratégie. Mais sauf que nous, quand on est journalistes politiques, on ne parle que de stratégie. C’est qu’on parle de trucs hyper importants, la guerre en Russie, mais la stratégie. Est -ce que la gauche est d 'accord ou pas sur la guerre en Russie ? La guerre, on s 'en fout. C 'est -à -dire si Mélenchon et Faure sont d 'accord. Donc, c’est bizarre.
Que pense Rachid du financement de la presse par l 'État et donc nos impôts ? Par exemple, Libération perçoit un certain nombre de millions chaque année au titre d 'aide à la presse.
Franchement, je suis assez nul pour ça. Mais j 'ai lu hier une vidéo de gens en galère qui veulent de l 'argent. Ce qu’il faudrait, c 'est que l 'État aide la presse, ça ne me dérange pas. Il faudrait que l 'État dispose son argent de manière plus convenable et que tout le monde touche une part. Par exemple, une vraie question au poste. Est -ce que toi tu voudrais l 'argent de l 'État ou pas ? Tu en veux de l’argent Est -ce que je veux de l 'argent ? C 'est -à -dire que je dirais qu’Au poste est un peu financé par l 'État. Si c 'est l 'idée qui surgit après la guerre du Conseil national de la résistance du CNR qui dit que le secteur médiatique est un secteur non marchand, qui n 'a pas vocation à générer de l 'argent et qu’il faut donc le soutenir pour le bien public. Alors là, oui, si c 'est attribué dans cette idée -là, bien sûr. OK. Mais ça devrait être. Mais bon, de toute façon, il va y avoir bientôt, comment dirais-je, les débats autour des assises du journalisme que Macron veut lancer. Et la vraie question, c’est normal que des journaux qui perdent de l 'argent mais qui appartiennent à des milliardaires touchent de l 'argent ? Non. Par exemple, quand Libération appartenait à Drahi et touchait de l 'argent, je ne trouvais pas ça normal qu’aujourd 'hui que vous soyez indépendant ou redevenu indépendant que vous touchiez de l 'argent parce que c 'est un secteur fragile, oui. Mais quand c 'est sous Drahi, non. Sur la question, je suis hyper franc. Je ne suis pas vraiment calé.
En attendant, parce que pour l’instant, nous n 'avons pas droit à cet argent public parce qu’il faut un statut que nous n 'avons pas. Nous avons le statut juste avant. En attendant, c 'est le système médiatique. Seuls nos donateurs peuvent nous acheter. Donc, n 'hésitez pas à faire des dons au poste.fr. Libé à lâcher, Drahi a lâché Libé. Oui, oui, c’est sûr. Alors, Sentier Battant, que je salue Kamel Daoudi de son vrai nom. Beaucoup de journalistes sont en couple avec des politiques. Comment expliquer cela ? Ce n’est pas du tout abordé dans ton livre. Je m 'empresse de le dire. Il n 'y a pas ce genre de truc
Beaucoup, non. Ce n 'est pas vrai. Cela existe, ce n 'est pas beaucoup. Et cela, je n 'ai pas voulu le raconter justement pour ne pas créer de buzz. Je ne voulais pas faire un livre. C 'est plutôt un livre, voilà les dégâts.
En tout cas, d 'après ce que je sais, non pas beaucoup. Bonjour. Est -ce que Rachid est familier de la notion d 'Access Journalism qui est très utilisée outre -Atlantique, notamment pour critiquer cette pratique du journalisme de la bulle ? C 'est Red Jazz qui te pose cette question.
Non, je ne connais pas non plus Accès Journalism.
Après, il y avait un truc de Valeurs anarchistes qui posait des questions comme c 'est à vous, sur le mélange des genres journaliste, chroniqueur, politique, etc. Il y a aussi maintenant des anciens politiques qui deviennent chroniqueurs. Il y en a déjà à la France insoumise chez Hanouna. Maintenant, il y a Ségolène Royal,. Tu penses quoi ? Est -ce que ça participe. Est -ce que c 'est le prolongement de la bulle ou pas ?
Oui, évidemment. C’est une grande pièce de théâtre. Et vu que le théâtre s 'agrandit, chacun prend des nouveaux rôles à apprendre. Donc oui, c 'est une grande pièce de théâtre, Hanouna est devenu une pièce de théâtre on va dire concurrente. La concurrence à la bulle. Et on va parler des transfuges.
C 'est -à -dire, c 'est vécu comme ça par la bulle ?
La bulle maîtrise C 8. Quand un politique va sur C 8, c’est un traître. Qu’ 'est -ce qu’il y a à foutre là -dedans ?
Des médias sérieux et importants, il parle à un clown.
C 'est une trahison. Donc oui, c 'est par la bulle, c 'est vécu comme ça. Un mec important… Quand Darmanin va chez Hanouna, ou quand Macron est allé chez Hanouna, c’était un fiasco. Il y avait plusieurs billets et des papiers pour le critiquer.
C 'est -à -dire, je n 'ai pas suivi ça ?
Quand Macron fait deux tours à la présidentielle, il va chez Hanouna la première fois en direct, il fait une vidéo pour dire que les jeunes vont voter. Et après, quand Macron fait un autre truc à Hanouna, il y a plusieurs billets dans les médias pour dire que Macron salit la politique. Il la salit. Donc il y a une sorte de poussée qui dit à Macron à quoi il joue. Même quand Darmanin va sur C8, il y a toujours des billets pour dire que c 'est la honte.
Quand Mélenchon a été sur C8, il a fait un grand billet de blog pour dire pourquoi j 'y vais, pour si, pour ça, parce que je touche un autre public. Quand un politique va là -bas, il doit se justifier. En gros, la bulle, elle dit les bons restaurants, les restaurants chicos, mais Flunch non ?
Non. Flunch est halal.
Au début de l’entretien, tu parlais du red chef Twitter, que Twitter était le red chef. Or, aujourd’hui à Libé, alors c 'est Amib qui pose la question, je ne connais pas Amib, je soupçonne quelques journalistes d 'avoir, je ne sais pas si c 'est le cas ici, d 'avoir ouvert un compte Twitter pour poser des questions aujourd’hui. Bref, au début, tu parlais, un compte Twitch, je veux dire, au début, tu parlais de Twitter comme red chef. Chez Libé, on a même une newsletter qui parle presque que de ça. Comment ont-ils reçu ce constat ?
Chez Paul, Il n 'a pas encore lu. Ouais, tu te fous de ma gueule. Non, je te jure, vraiment. On est en retard, je vous ai vu, mais les gens, c’est des crevards les gens. Rachid, donne-le -moi, donne -le -moi, donne -le -moi, mais achetez putain. Tout le monde veut le livre. Tu m’envoies le livre ?
Ah oui, bien sûr, si t’as pas un ami, tu l 'achètes.
Voilà, donc il dit Rachid, il nous faut un livre. Il n 'a pas encore lu.
Ah oui, alors pardon, Paul -Paul, c’est Léa, pardon, JB Fox, tu as raison, et chez Paul, c 'est la newsletter de Libération. Mon cher Rachid, il est presque 11 heures, on avait dit 2 heures, j 'ai eu l 'impression tout à l 'heure que ça cognait à la porte de Libération. C’est un ordinateur que tu as là ou c 'est un téléphone ?
Un ordinateur.
Ah, parce que j’aurais bien voulu que tu nous fasses visiter les locaux, je ne suis jamais venu dans le 13ème à Libération, ça aurait été rigolo, mais bon, c 'est râpé. Et d’autres fois, et d 'autres fois. On a deux questions rituelles au poste. La première, c 'est qu’est -ce qu’on a fait là pendant 2 heures au poste ?
On a essayé de mettre en lumière la folie Je ne sais pas si on a réussi, mais on a essayé.
En 1922, le surréaliste Pierre Naville, cher à mon cœur, écrit, dans la Révolution surréaliste, il faut organiser le pessimisme. Qu’est -ce que tu dis de ce slogan ? Pierre Naville, futur sociologue, surréaliste, écrit, Dans la révolution surréaliste, qui avait le bon goût d 'être orange, justement. Enfin il écrit, il faut organiser le pessimisme. Est -ce que cette phrase t’inspire ?
Un peu, mais il faut organiser le pessimisme, ça m 'inspire. C 'est -à -dire que tout est fait pour que rien ne change et ça ne bougera pas. C 'est un truc puissant où chacun, comment dire, quand je parle de théâtre, c 'est toujours les mêmes qui les mettent en scène. Du coup, tout va bien. Le pessimisme créé ça, le pessimisme qui les met en scène ne change pas,Ça ne bouge pas, ça se termine sur le statu quo. Et donc je parle aussi d 'un mot dans le livre où je dis, où le journaliste politique, dès qu’il y a un mec qui sort un peu des rails, on dit ambigüe, c 'est pour éliminer. C 'est la réponse de théâtre, dès qu’il y a un mec qui va un peu trois à droite, trois à gauche, oh lui, il est ambigu
Par exemple, sur l’immigration, il a une position ambigüe, c 'est ce que tu racontes.
La police, ambigüe. Donc voilà, il ne faut pas mettre de côté la fainéantise, Je trouve que les gens ne travaillent plus autant qu’avant. Ils se contentent de Twitter avec des petits papiers. Et par exemple, le off, c 'est aussi beaucoup de fainéantise. On est avec quelqu’un, on a des situations, on les prend, on les maquille, on fait un papier. Et donc je pense qu’on est dans un truc où tout va plus vite, les gens travaillent beaucoup moins, et ils travaillent moins, ils s 'interrogent sur ce qu’ils font. Et donc ça, mélangé aux pessimistes organisés, ça crée un cocktail explosif.
Mon cher Rachid, c 'était parmi les meilleures réponses à ces questions rituelles que nous ayons eues. Merci pour la franchise, nous dit Medbel. Merci Rachid, merci nous dit Jimmy Fox. Bravo et merci, c 'est quoi le futur pour Rachid, enquêtes ? Bravo Rachid pour cet entretien sans langue de bois. Merci mille fois. Tiens, je me permets, mon cher Rachid, si tu es en quête d 'une histoire, va voir Sentier Battant, le plus vieil assigné de France il est à Aurillac, sa femme a fait une grève de la faim. Vous avez déjà fait un papier, peut -être ? À bientôt.
