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La causerie (sauvage) du mardi
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Bonjour tout le monde, amis, amis du café, amis de la police, et demain vous comprendrez pourquoi je dis, depuis deux ans et demi… Euh non, trois, attends, ça va faire 300… Oh non, c’est trop. Vous comprendrez demain avec l’historien Arnaud-Dominique Houte, que je reçois demain, Citoyens policiers, pourquoi j’emploie cette expression : « amis de l’ordre, amis de la police ». Bonjour à tous, c’est la panique à bord. Je me suis trompé. Il fallait bien que ça arrive avec la 420e invitée. Je m'étais trompé d’heure. Je lui avais proposé de venir aujourd’hui à 18 h, mais j’avais noté 9 h. J’ai fini son livre, qui est un excellent livre, d’Elsa Deck Marsault, Faire justice. Moralisme progressiste et pratique punitive dans la lutte contre les violences sexistes. Il est là, il est à La Fabrique, il est corné, malheureusement. Je me suis planté. Il fallait que ça arrive au bout de 420. Et donc, on s’en est rendu compte hier avec Elsa. Donc on est en train de reprogrammer un entretien. En fait, Elsa ne peut absolument pas le matin à 9 heures. Donc on va convenir d’un rendez-vous à 18 heures. Je suis absolument navré pour tous ceux et toutes celles qui sont venus ce matin pour l'écouter. Ce n’est que partie remise. Donc, si tu peux aller regarder sur le site d’auposte.fr… Regarde, regarde, le nombre d’invités s’affiche là. Regarde, ça roule, tac au tac : 419. Quand je te dis 420, je ne me gourre pas. Eh ouais, les amis, vous ne vous rendez pas compte, mais on a invité 420 personnes. En trois ans, c’est du délire. C’est un travail colossal, Au Poste. Non, non, ce ne sera pas jusqu'à 18 h. Non, non, c’est pas possible, Trudion, je suis désolé. Voilà, je suis absolument désolé. C’est la première fois que j’ai fauté comme ça, je veux dire en termes de rendez-vous. Non, des fautes, y en a d’autres, mais voilà, ça arrive. J’en suis navré pour Elsa, qui avait préparé évidemment le rendez-vous. Donc on s’est parlé hier au téléphone. Je lui ai déjà fait des propositions ce matin. Si jamais elle valide une ou deux dates, je vous les donne en direct. Voilà, j’espère que vous allez bien. Et vous pouvez retrouver effectivement tous ces invités sur la page des convoqués, qui est une page qui se met à jour automatiquement par la magie d’un dénommé Donne-la-Papate. Voilà. Bonjour Satrap, bonjour Sorcière, bonjour Roland, bonjour Sebzer, donc bonjour Didy Blue, qui disait : « Ça fait longtemps que je n'étais pas venu en direct. » Je suis désolé. Tu disais : « J’ai l’impression que ça fait mille ans que je ne suis pas venu en direct. » Malheureusement, voilà, c’est une émission classique, enfin classique à la stream. Mais moi, j’aime pas trop ça. Donc je vais joindre l’utile à l’agréable. Je vais vous proposer, si vous le souhaitez, de vous lire peut-être le dernier ou les deux derniers chapitres de ce livre remarquable, Citoyens policiers. Une autre histoire de la sécurité publique en France, de la Garde nationale aux Voisins vigilants, de l’historien Arnaud-Dominique Houte, qui sera demain matin ici même à 9 h. Ça, c’est sûr. Je vous propose qu’on lise un peu ça. Le bouquin d’Elsa, les notes sont prises, il est là. Le jour où on trouvera une date possible… Donc j’ai la lecture de ça à vous proposer. J’ai éventuellement un entretien que j’ai donné à une radio, à un podcast québécois sur l’histoire d’Au Poste, si ça vous intéresse, que je peux aussi diffuser. Sinon, on peut discutailler, si vous le souhaitez. Vous avez remarqué que CNews, dans un grand geste de militantisme, a retourné son logo. Pour tous ceux qui habitent en zone rurale, dans les campagnes, ça va faire quelque chose puisque la FNSEA, en novembre, avait retourné un grand, grand nombre de panneaux indicateurs de villes. C'était assez marrant comme opération : « On marche sur la tête », etc. CNews a décidé hier de faire la même chose. À titre personnel, je le dis ce matin, je considère qu’une chaîne d’opinion, quelle que soit l’opinion, a le droit d’exister, y compris les fachos. Mais là où il y a subterfuge, c’est que cette chaîne d’opinion se fait passer pour une chaîne d’info. Et cartonne tous les autres, considérant que les autres seraient des militants, mais pas eux. Et le braquage consiste à faire signer une concession, des missions, puisque les télévisions en France, pour les chaînes hertziennes et de la TNT, doivent demander l’autorisation pour émettre parce qu’il y a, au départ, une volonté évidemment de contrôler ce qui est dit, et puis il y a aussi une limitation technique. Mais le fait de demander cette autorisation me semble assez étrange quand, par exemple, les gens du Média montent une chaîne perdue dans la TNT. Ce qu’ils font, c’est qu’ils demandent l’autorisation des maîtres. Je trouve ça un peu étrange. Bon voilà, après, chacun mène son chemin comme il l’entend. Bon, bref. Et le groupe Bolloré, en l’espèce CNews, ils ont une concession, ils ont un contrat, une convention, ça s’appelle une convention avec le CSA, enfin l' ARCOM. Et cette convention dit bien : « Nous sommes une chaîne d’information », et pas une chaîne d’opinion. Voilà. Et donc là, on voit le deux poids, deux mesures. Mais je trouve ça, comment dire ? Je veux dire que nous-mêmes, on ne s’interdit pas de soutenir certains mouvements. Il n’y a aucun souci pour que CNews le fasse, mais CNews ne peut plus, dès lors, dire qu’elle est une chaîne d’information et d’intérêt général. Ça, ce n’est pas possible. Voilà, donc on espère que l' ARCOM va trouver à redire, puisque l' ARCOM n’arrive pas, malgré les dizaines de signalements faits, à vraiment taper du poing sur la table. Ça pourrait être l’occasion. Ouais, voilà mon petit point de vue sur cette question. Satrape, je viens de l’expliquer, je me suis trompé sur l’heure du rendez-vous et donc Elsa viendra un peu plus tard, dans les jours qui viennent. Voilà, Maxime, voilà. Alors après, oui, il y a toute une récupération qui est faite autour de tout ça, de la même manière que ça ne vous a pas échappé que Darmanin n’a pas du tout la même doctrine en fonction de qui sème le trouble à l’ordre public. Car si l’on considère que d’aller manifester contre les mégabassines, c’est un trouble à l’ordre public, c’est le cas, bloquer une autoroute avec des tracteurs, c’en est un aussi. S’il y a ce deux poids, deux mesures, c’est à la fois pour des raisons, évidemment… Il est plus facile d'éborgner ou de couper des mains à des gens quasi nus, enfin à mains nues, je veux dire, que de déloger des tracteurs. Il y a une question technique, ça, c’est indéniable, mais il y a surtout une question politique : c’est qu’il y a les bons et les mauvais manifestants. Donc là, il y a un aveu, je trouve, extraordinaire de la part de l’autorité, qui est finalement de dire : c’est nous, c’est toujours nous, c’est de rappeler, en fait, c’est toujours nous, l'État, qui déterminons le niveau de violence. Donc la violence des agriculteurs est considérée temporairement comme acceptable, celle des Gilets jaunes ne l'était pas, par exemple. Donc ça, c’est toujours un bon rappel des choses. Alors par ailleurs, je suis un peu surpris quand même de voir, y compris chez des gens de notre camp, très à gauche, réclamer des flics contre des agriculteurs. Je crois que justement, il ne faut pas tomber dans ce piège-là. Il faut étudier ce qui est en train de se passer et, en réalité, ça a toujours été le cas. Les viticulteurs, dans les années 60, qui sortaient les fusils avaient droit à un régime de faveur. En Bretagne, le Parlement de Bretagne, c'était en… Je crois je ne me souviens plus. C’est dans les années 90, je ne voudrais pas dire de bêtises. Je ne sais plus, 1993, 1994, mais le Parlement de Bretagne qui flambe, qui part en fumée, mais totalement. Ce n'était pas un feu de poubelle, c'était vraiment un incendie. Voilà, il y a eu un laissez-faire. Bien sûr, ça te rapporte. Non, non, mais le deux poids, deux mesures, il faut le prendre, de mon point de vue, comme un aveu, un aveu de l'État, qu’il détermine le curseur de la violence. Toujours. Il faut toujours rappeler…
Alors, Florent, accident de fusée de détresse par les marins pour le Parlement de Bretagne. C'était ce que l’enquête a conclu. Je rappelle qu'à l'époque, certains étaient munis de harpons. Ce que je veux dire, c’est que l’incendie a été involontaire, là tu as raison, mais quand on entend parler d’écoterrorisme pour le blocage d’un trou dans la terre, et que de l’autre côté on dit comprendre une colère, il y a, à un moment donné, un mensonge, je crois. Et donc, sur le Parlement de Bretagne, il y avait quand même l’utilisation d’armes terribles. Je me souviens notamment des harpons. Bon, c'était quand même quelque chose, quoi.
Voilà, alors comme vous l’entendez, je suis un peu malade. Alors, qu’est-ce que vous voulez faire ? Donc, je voulais être avec vous. D’abord pour vous présenter mes excuses concernant le micmac avec Elsa. Voilà, parce que c’est la moindre des choses. Donc c’est reporté à une date, pour l’instant, inconnue. Attendez, je vais checker mes mails pour voir si jamais elle m’aurait répondu. Non, pas pour l’instant. Mais ne vous inquiétez pas, ça n’est que partie remise parce que le bouquin est vraiment bien. Il est nuancé, il est courageux, voilà. Alors, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? Est-ce que vous souhaitez écouter cette petite interview sur l’histoire d’Au Poste, ou comment je vois les choses, ou je vous lis le passage de ce livre de notre invité de demain matin ? Qu’est-ce qui vous intéresse ?
Lecture. Oui, j’ai vu le film Boum Boum. Sincèrement, je n’ai pas accroché, je n’ai vraiment pas accroché. J’avais trouvé que c'était très narcissique et pas d’un grand intérêt. Voilà, voilà. Je ne sais pas ce que, toi, tu en as pensé ?
Lecture. Alors, alors, est-ce que si je mets ça là… Webcam… Non… Duo… Si je fais ça, normalement… Ah bah regarde, c’est pas mal, ça. Alors je vais essayer. Ah, tu ne l’as pas vu ? Non, mais en plus, si tu veux, je dis ça parce que j’avais fait un débat avec l’autrice et je trouvais que… Voilà, il y avait un discours qui était un petit peu excessif par rapport aux résultats. Voilà, mais bon, voilà, c’est pas grave, c’est pas grave, ce n’est pas grave du tout. Mais bon, voilà, le principe d’Au Poste, c’est qu’on invite plutôt des gens avec qui on n’est pas forcément d’accord, mais on s’y retrouve dans leur travail, quoi. Voilà. Et ça, c’est très important. D’où, voilà, 420 invités. Bah voilà, là, je me suis planté sur l’horaire. Voilà. Non, mais là, ça va mieux, ça va. Mais je ne cache pas que ce week-end, j'étais au fond du lit et je me suis déprimé un peu. Est-ce que là, ça va marcher ? Attends, ça… Très bien.
Arnaud Dominique Houte, Citoyens policiers, une autre histoire de la sécurité. J’ai ici mes petits stabilo. Eh ben, c’est Didy, justement, qui les avait faits, je crois : « Au Poste, on organise le pessimisme. » Voilà. Alors, si vous voulez bien, je vous propose… Alors, c’est un livre historique. Arnaud est historien à Paris 1. Il avait notamment travaillé sur un ouvrage extraordinaire, sorti en 2020, dont nous parlerons demain, sur l’histoire de la police, de la Révolution à aujourd’hui. Et il nous revient avec ce livre, Citoyens policiers. Alors là, par exemple, c’est une photo absolument incroyable que nous avons retrouvée avec Euryale pour faire la vignette de l’annonce de demain. C’est une carte postale, au départ. Nous sommes à Choisy-le-Roi, et ces gens-là sont des civils. Et en fait, je l’ignorais complètement, je ne sais pas pourquoi, ils prêtent main-forte aux flics pour l’arrestation, dans une ferme un peu plus loin, à Choisy-le-Roi, de la bande à Bonnot. Ben oui, Florent, toujours là. Mon cher Florent je crois qu’Euryale a envoyé la petite vidéo de Plenel disant le plus grand bien de ta BD. Alors, je vous propose de garder la partie historique pour demain et de découvrir avec vous une partie plus contemporaine, de 68 à nos jours. Alors ! Est-ce qu’on tape directement dans aujourd’hui ou est-ce que l’on remonte à 68 ? Sachant que je ne vais pas tout lire, évidemment. OK, 68, ce serait sympa. Alors, merci, chers amis, de votre mansuétude quant à la lecture, parce que je suis un peu naze.« Créez vos milices, soyez de la police. Années 70, années 80. Où l’on découvre, après 68, que les médias parlent beaucoup de milices. Où l’on comprend que ce phénomène d’autodéfense collective s’inscrit dans un contexte de crise de la sécurité publique et qu’il relève du fantasme bien plus que de la réalité. Où l’on s’interroge tout de même sur la signification de ces nouvelles expressions de la sécurité. »Ah, je vous ai dit : l’utile à l’agréable. Donc moi, je prends des notes, voilà.« Le 19 juillet 1961, la kermesse estivale bat son plein dans la commune de Charly, dans le Rhône. En dépit de la proximité de Lyon, située à 20 km, c’est un gros village dont les habitants connaissent de visu les blousons noirs locaux, leurs tapageuses pétarades et équipées nocturnes. »Attendez… Allez, une seconde, une seconde… Une seconde. Qu’est-ce que c’est que ça ? Ouais, ça, c'était pas mal. Ben merde alors, vous avez le son ou pas ? Ben, ça ne marche pas.
Voilà, c’est reparti.« En fin d’après-midi, un commando répressif, dont on ne connaît pas la composition, passe à l’action. Cinq voyous furent successivement, et au prix de savoureuses variantes, passés à la tondeuse, tandis que leur chef, pitoyable, se voyait dépouillé de son pantalon. Pour compléter la leçon, on promenait l'équipe, tête basse et nue, dans les rues de la ville », rapporte la presse.« On ne sait s’il y a eu d’autres représailles de cette nature face aux méfaits des blousons noirs. Mais la couverture médiatique de ce fait divers, modeste, plus amusée et étonnée qu’indignée, suggère qu’on ne s'émeut pas d’une telle affaire. Personne ne la relie aux souvenirs, pourtant pas si vieux, de l'épuration. Rien à voir avec le ressentiment du western de Rouen, treize ans plus tard. En cette fin d'été 1974, des bandes de jeunes sèment la pagaille dans les centres-villes, des vitrines de magasins sont brisées, des coups échangés. Furieux, les commerçants ripostent sous la houlette d’un patron d’hôtel, décrit par les journalistes comme une grande gueule avec l'âme d’un shérif de western spaghetti. Fusil au poing, l’homme court dans la rue et tire au moins trois fois en l’air. Interrogé, il annonce la création d’une milice d’autodéfense, aux grandes dames du maire de la ville, le magnifique Jean Lecanuet. »Attention, je rajoute des trucs. Et comme ça, vous avez, ceux qui suivent la vidéo… Voici ce que je rajoute. Ceux qui écoutent en podcast… Alors merci, au fait. Merci, vous êtes de plus en plus nombreux et nombreuses à écouter Au Poste en podcast. Il y a une page spéciale qui est tenue par Glaudioman. Si vous êtes sur des plateformes type Spotify, Apple, n’hésitez pas à faire tourner la bécane et à mettre de bonnes notes.« Interrogé : "Vous savez que c’est illégal, c’est inacceptable. Nous n’allons pas créer des polices parallèles." Cette fois, la presse donne beaucoup d'écho aux événements. L’indignation sature l’espace des réactions médiatiques. Autrefois anodine, sinon pittoresque, l’autodéfense collective serait-elle devenue un péril pour le pays ? Est-elle plus fréquente, plus menaçante, ou les sensibilités collectives ont-elles évolué ? »« D’emblée, ce chapitre est condamné à manier souvent le conditionnel, voire le "peut-être", qui témoigne moins de la rigueur que de l’ignorance de l’historien. Sur cette période récente, les sources sont inégalement accessibles, les témoignages se contredisent et la presse reflète les obsessions de ses rédacteurs et lecteurs davantage que la réalité des faits. »Voilà qui nous ramène à CNews.« Il est tout aussi difficile de s’appuyer sur une bibliographie encore limitée. Exception faite des travaux sociologiques pionniers, devenus de véritables sources, on ne dispose que de l’enquête de Vanessa Codaccioni, qui sort en ce moment un livre, sur les discours et pratiques de légitime défense, centrés sur la période postérieure à 1978. Il reste beaucoup à faire. Comme le regrette Xavier Vigna, les travaux de sciences sociales souffrent d’un prisme mouvementiste qui a retardé l'étude des franges conservatrices de la société, celles-là mêmes qui nourrissent la clientèle des milices et vivent difficilement l’accélération considérable des mutations socioculturelles. Selon le sociologue Henri Mendras, la France connaît en effet, entre 1965 et 1985, une seconde révolution. »
Ainsi de suite. Merci beaucoup, Euryale. En matière de sécurité, le bouleversement est manifeste. Beaucoup sont tentés de l’imputer à Mai 68, soit qu’ils jugent le mouvement coupable d’avoir semé le désordre dans la rue comme dans les têtes. Le trop fameux slogan « Il est interdit d’interdire » inspire une littérature réactionnaire qui n’a pas fini de fasciner les médias, soit qu’ils déplorent le nouvel ordre des priorités policières, le contrôle des manifestants l’emportant sur la mission de police-secours. Quel que soit sa portée, Mai 68 n’est pas le seul moteur de telles mutations. Demain, vous allez rigoler quand je vais citer les passages. Quel que soit sa portée, Mai 68 n’est pas le seul moteur de telles mutations, qui doivent être pensées dans le cadre plus global des transformations du rapport entre l'État et la société. Qu’attend-on de la puissance publique à l'âge de l’individualisme et du souci croissant de sécurité ? Qu’offre-t-elle à l’heure du libéralisme et des redéfinitions du service public ? Au modèle centralisé, dans lequel l’administration pilotait une sécurité étatisée, succède une configuration plus incertaine, riche de possibles, de frustrations, de peurs, d’insatisfactions. La sécurité entre en crise. C’est un fait aux multiples causes, et la défaillance de l'État nourrit la tentation de l’autodéfense collective. Ont-ils pourtant vraiment envie de faire la police, ces citoyens organisés en milices, ou veulent-ils exprimer une colère dont le sens leur échappe ?Paris, jeudi 30 mai 1974. Me voici en pied de bel deux malfaiteurs s’enfuient après un hold-up qui tourne mal, de plus dans la très longue liste des attaques à main armée qui défraient la chronique de ce début de décennie. Poursuivis par la police, les voleurs ont ouvert le feu et tué une femme, près de l'église de la Trinité, non loin de Saint-Lazare. Un jeune anti-mobylette, Maurice Larmaillard, fonce courageusement vers eux et déséquilibre l’un des bandits. Mais celui-ci se redresse et le tue à bout portant. Le drame marque les esprits. La photographie du héros défunt s’affiche à la une de France-Soir, qui n'était pas le blog conspi qu’il est devenu, tandis que le ministre de l’Intérieur promet de le faire citer à l’ordre de la Nation. Pour le député gaulliste de l’arrondissement, il faut rendre hommage à son courage. Et quand un interlocuteur lui signale que ce courage se solde par un décès, il réplique en tenant ce raisonnement : « On détruit toute société. C’est le règne de la lâcheté qui arrive et la loi de la jungle. Quand les candidats gangsters sauront que la population se rebelle, ils réfléchiront peut-être à deux fois avant de commettre leurs crimes. » Des voleurs sans scrupules, des policiers retardataires, de courageux citoyens dont on ne sait s’il faut les encourager à agir ou non : tels sont les ingrédients du débat sécuritaire qui s’installe à partir des années 1970. J'étais con, je sentais pas tant. « La France a peur. »Au cours des années 50-60, comme pendant l’entre-deux-guerres… Peut-être que je devrais… Attendez, je n’ai même pas fait le titre… Ouh là Attendez, qu’est-ce que c’est que ça ? Personne ne me dit que je me suis gouré, que je n’ai pas mis le bon titre.
Au cours des années 50-60, comme pendant l’entre-deux-guerres, la délinquance n’est pas un véritable problème politique, même si le pays connaît… Eh, je pense à un truc. Pourrais-tu faire un sondage ? Ça vous plairait que cet exercice impromptu devienne un rendez-vous, qu’une fois par semaine, je lise des extraits de livres d’invités à venir ? Peut-être que tu pourrais faire un sondage, Euryale ? Au cours des années 50-60, comme pendant l’entre-deux-guerres, la délinquance n’est pas un véritable problème politique. Même si le pays connaît quelques pics de banditisme et son nombre de crimes et d’inquiétudes, la question relève de la rubrique des faits divers et de la responsabilité des services de police. On s’interroge certes sur la délinquance juvénile, des blousons noirs et du thème du péril jeune, nourrie de plus en plus de discussions dans l'écologie médiatico-judiciaire comme au café du commerce. On observe également, avec méfiance… Très bon papier du Monde ce week-end, vraiment très, très bon, sur comment l’extrême droite arrive à imposer justement les thèmes des faits divers dans l’agenda médiatique et politique, avec les agissements de la fachosphère comme lanceur d’alerte. Voilà, je vous signale cet article de Houte-Darsonville. Euryale si tu veux, tu peux retrouver des tweets que j’ai faits où je mets des extraits de l’article ce week-end. On observe également avec méfiance la montée du thème criminel aux États-Unis, les nouveaux discours sur la toxicomanie et la fascination pour la violence dont témoigne le parfum de scandale qui entoure le succès du film Orange mécanique de Stanley Kubrick, en 1971.
Le véritable tournant se situe au tout début des années 70, quand s’accélère la croissance de la délinquance d’appropriation. Entre 1967 et 1972, le nombre de crimes et délits ne fait plus que doubler. Si l’on se préoccupait jusqu’alors des « emprunts » d’automobiles, les véhicules étant souvent retrouvés après avoir servi, on découvre soudain la poussée des hold-up et surtout des cambriolages, qui touchent bien plus personnellement les victimes. Alors que le ministre de l’Intérieur de l’après-68, Raymond Marcellin, dont il fut question largement dans le colloque que nous avons retransmis et dont vous pouvez retrouver non pas les annales mais les vidéos sur auposte.fr tout ça est quand même magnifiquement ficelé, Marcellin se soucie presque exclusivement, à l'époque, des gauchistes et du maintien de l’ordre. On l’appelait Raymond-la-Matraque. Son successeur, sous le mandat du président Giscard d’Estaing, le dénommé Michel Poniatowski, se présente lui-même comme le ministre de la sécurité des Français, suggérant un changement d'époque et de priorité. Ah, ça, c’est intéressant.
Y a-t-il un sondage ? En dépit des opérations coups de poing dont Michel Poniatowski fait sa spécialité, jouant la carte de la communication sans obtenir de véritables résultats répressifs, le ton monte. Chicago, vous connaissez ? C’est dans la Seine-Saint-Denis. Stains, un commerçant victime de 25 cambriolages en trois ans. La référence aux cités états-uniennes mal famées devient un cliché véritable, appliqué à la quasi-totalité des grandes villes françaises. Et les campagnes ne sont pas épargnées, se plaint le député des Yvelines, Édouard Bonnefous. « Près de Paris, comme partout en France, les populations sont apeurées. Les habitants, les femmes, les vieillards, les jeunes filles, en particulier, n’osent plus sortir le soir, craignant d'être agressés. Mais que fait la police ? » Elle est impuissante, regrettent les plus conservateurs, qui s’en prennent au laxisme supposé de la justice pénale. L'époque est aux « juges rouges » du Syndicat de la magistrature. Et c’est drôle, c'était drôle quand même. Et qu’importe s’ils sont loin d'être majoritaires dans une institution qui n’est pas exactement permissive : le simple fait que l’on y débatte de la peine de mort suscite la fureur d’une partie de la population. On déplore, au contraire, les détournements de fonctions imposés aux policiers. À trop focaliser la surveillance sur les étudiants, ne laisse-t-on pas le champ libre aux délinquants ? Le gardien de la paix, sensible à la demande sociale, serait ainsi devenu un flic au service exclusif du pouvoir, dénonce même un poids lourd du syndicalisme policier. Un consensus se dessine tout de même autour du copieux rapport Peyrefitte, produit en 1977 par le Comité d'études sur la violence, la criminalité et la délinquance. Attention, les amis, parce que ça, c’est central ! Ma chère Euryale, simplement les trois émissions à Nanterre. Ou sinon, sur Twitter, mes tweets concernant l’enquête du Monde sur la mainmise de l’extrême droite, des thèmes de faits divers sur l’extrême droite. Sondage en cours, super ! Alors, le consensus est le suivant : la police ne répond plus assez aux attentes de la population, en particulier dans les zones récemment urbanisées, souvent éloignées des commissariats. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir l'îlotage, c’est-à-dire l’affectation durable de gardiens de la paix chargés de patrouiller dans un quartier où ils sont connus des habitants. Mais cela coûte cher, puisqu’il faut davantage d’agents. Ce n’est pas toujours, ou plus exactement pas immédiatement, efficace. Surtout, l’institution policière n’en veut pas. Aux échelons de direction, et peut-être aussi à la base, on préfère affronter Mesrine qu'écouter les doléances répétitives des petits commerçants du coin. Un peu moins exposée à la nouvelle pression délinquante, la gendarmerie peine, de la même manière, à répondre aux attentes des usagers. Confrontée à la concurrence de la police nationale et à la crainte d'être marginalisée dans le système répressif, l’institution multiplie les efforts de modernisation, ce dont témoigne la croissance de son parc automobile. Ce faisant, néanmoins, ne perd-elle pas en proximité et en capacité d'écoute ce qu’elle gagne en rapidité et force de frappe ? Au risque de mythifier le passé, certains actent la naissance d’un nouvel ordre gendarme, dans lequel les rassurantes tournées de surveillance auraient cédé la place à l’esprit shérif. Des gendarmes moins proches des gens. Disons surtout que le modèle plus que séculaire de la brigade cantonale semble avoir vécu, emporté par l’exode rural et les transformations sociologiques du personnel. Même si cela suscite l’ire des élus locaux, on parle de redéploiement et de renationalisation, et tant pis si l’on s'éloigne ainsi des populations rurales. Une expression s’impose : « La France a peur », employée le 18 février 1976, en ouverture du journal télévisé, par son présentateur Roger Gicquel, à propos de l’enlèvement et de l’assassinat d’un enfant. La séquence mérite cependant d'être écoutée en entier : « Nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions, je crois, parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe. » « La France est inquiète », conclut un sondage de la Société française d'études et de sondages, publié par France-Soir en 1975. À l’un de ces coups… Absolument sentier battu. C’est un sérieux lapsus, sérieux. Dites-moi, vous voyez bien le bouquin, là ? Parce que moi, j’ai une reproduction toute petite de ce que vous voyez, donc je ne sais pas si c’est 67 % des Français se sentent moins en sécurité qu’il y a quelques années. 57 % pensent que la police fait bien son travail ; la satisfaction est donc majoritaire, mais de peu. 23 % disposent d’un fusil de chasse. 21 % d’un chien de garde. Par-delà les réponses, toujours sujettes à caution et à interprétation, la liste des questions, dont on ne livre qu’un échantillon, indique la prise en charge médiatique du problème de l’insécurité et son articulation avec celui de l’autodéfense. Si la délinquance guette et si la police n’est plus au rendez-vous des promesses de sécurité, faut-il prendre les armes ? On a les images d’archives. Alors, je vous propose qu’on aille voir, parce que c’est quand même un super truc, ce passage. Je crois que c’est là. Voilà, je vous le mets deux secondes. TF1 - 20 h avec Roger Gicquel.
Bonsoir. La France a peur. Je crois qu’on peut le dire aussi nettement. La France connaît la panique. Depuis hier soir, une vingtaine de minutes après la fin de ce journal, on lui a appris cette…
Attendez, excusez-moi. Attendez, je vous le remets, vous ne saviez pas le début. Merci, Sentier battant.
Bonsoir. La France a peur. Je crois qu’on peut le dire aussi nettement. La France connaît la panique depuis qu’hier soir, une vingtaine de minutes après la fin de ce journal, on lui a appris cette horreur. Un enfant est mort. Un enfant de douze ans, au regard profond, assassiné, étranglé ou étouffé, on ne sait pas encore. L’autopsie ne l’a pas complètement révélé. Par le monstre qui l’avait enlevé pour de l’argent. La France a peur. Chaque mère, chaque père a la gorge nouée quand il pense à ce qui s’est passé à Troyes. Quand il pense à cet assassin de 23 ans, une relation des parents du petit Philippe, un petit commerçant bien mis, qui a fait croire jusqu’au bout aux parents que l’enfant était vivant. Un jeune homme, apparemment sans passion, qui ne passe pas pour un malade mental, mais qui a pourtant tenu tête avec une froide lucidité aux policiers qui l’ont interrogé pendant 48 heures quand il était le témoin numéro un de l’affaire. Oui, la France a peur et nous avons peur. Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions, je crois, parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive.
C'était donc Roger Gicquel dans ses œuvres. Merci, Sentier battant. OK, donc, lecture au Poste, je suis pour, souvent : 46 %. Je suis de temps en temps pour : 30 %. Bof, il est où l’invité ? 8 %. Tout comme tu veux, chef : 5 %. T’es de la police : 11 %. Par-delà les réponses, toujours sujettes à caution et interprétation, la liste des questions dont on ne livre ici qu’un échantillon indique la prise en charge médiatique du problème de l’insécurité. Si la délinquance guette et si la police n’est plus au rendez-vous des promesses de sécurité, faut-il prendre les armes ? On ne peut pas dissocier ce débat juridique et politique de son environnement culturel, qui se construit principalement à Hollywood. Après 1970, le nouvel élan du cinéma américain repose en partie sur le succès des vigilante movies, qui reprennent et durcissent le modèle éprouvé du western. Le justicier indépendant n’agit plus dans un lointain Far West, mais dans les métropoles modernes. Comme l’inspecteur Harry, Clint Eastwood, il est parfois policier, mais alors en rupture avec sa hiérarchie, libre de ses méthodes jusqu'à torturer et tuer, abandonnant même son badge professionnel à la fin du film. Dirty Harry, Don Siegel, 1971. Ou comme Travis Bickle, Robert De Niro dans Taxi Driver. Il a survécu au Vietnam et traîne ses névroses dans un taxi new-yorkais, n’hésitant pas à tuer pour devenir un improbable héros, un homme qui s’est dressé contre la racaille, les salopes, les chiens, la saleté, la merde. Taxi Driver, chef-d'œuvre, Martin Scorsese, 1976. Ou comme Paul Kersey, incarné par Charles Bronson. Enfin, il est architecte, un constructeur d’urbanité qui devient quasiment à l'état sauvage pour venger sa femme assassinée et sa fille agressée en s’en prenant à tout ce que New York compte de criminels. Un justicier dans la ville, Michael Winner, 1974. Ces films rompent, d’une certaine manière, avec l’imaginaire libéral des sixties. Alors attention, est-ce que ça me plaît aussi ? Ça, c’est bien, Au Poste, hein ! Tu vois, on parle de Clint Eastwood, on parle de liberté. Taxi Driver, c’est au-dessus de tout. Quant à Un justicier dans la ville, certains de ses millions et demi de spectateurs applaudissent à tout rompre dans les salles et sa diffusion télévisée, en ouverture d’une émission des Dossiers de l'écran consacrée à l’insécurité amplifie son écho. Si l’on y ajoute les suites de ces films, plus ou moins nuancées, et les imitations, on constate que le thème de l’autodéfense envahit l’imaginaire audiovisuel de l'époque, même si le cinéma français n’a qu’un rôle marginal et principalement dénonciateur.La popularité de la figure du justicier s’intègre au débat sur la légitime défense, qui prend une tournure aiguë avec l'évolution de la jurisprudence. Il était communément admis, en vertu d’une interprétation souple de l’article 329 du Code pénal, que l’habitant d’une maison cambriolée avait le droit de se défendre contre son voleur sans qu’on lui impose beaucoup de limites. Mais les mentalités changent, ma brave dame ! Le respect de la vie s’accroît et la Cour de cassation, par son arrêt du 19 février 1959, impose un examen plus rigoureux des circonstances qui déterminent le bien-fondé ou non de la réaction d’autodéfense. Cette inflexion, qui ne prend forme que lentement, si l’on en juge par la lecture des faits divers de France-Soir au début des années 60, provoque la colère des juristes les plus conservateurs, à l’image du doyen Pierre Bouzat, qui hurle au laxisme : « Qu’il nous soit permis de préférer le bon sens des gens aux mains caleuses aux idéologies perverties d’une certaine intelligentsia. »Vous entendez ça, le tchat ?C’est en prenant appui sur ce bon sens du doyen Bouzat, sinon sur Charles Bronson, qu'émerge l’association Légitime Défense, fondée en 1978 à partir du comité de défense d’un policier accusé de meurtre, sous la houlette très médiatique d’une magistrate retraitée bien connue du monde politique et judiciaire, Françoise Romerio. S’affirmant défenseur des victimes qu’il dit ignorées ou méprisées dans le processus pénal, il entend affirmer le droit à la légitime défense de soi-même et d’autrui et obtenir une protection efficace pour toutes les victimes de violences en exigeant une répression énergique des crimes et délits. En pratique, l’association prend surtout le parti des auteurs d’homicides défensifs, participant à la médiatisation de leurs cas. Premier succès : l’acquittement d’un commerçant de Briançon qui avait tué un de ses cambrioleurs en juin 1978. Le jury populaire de la cour d’assises semble ainsi donner raison à l’avocat Henri-René Garaud, aux thèses sécuritaires de Légitime Défense, qui revendique plus de 10 000 adhérents à la fin de l’année 1978. À l’automne 1978, le pays connaît une véritable épidémie de meurtres imputés, à tort ou à raison, à la légitime défense. « Scènes de western en France », titre L’Aurore. « Ces braves gens qui tuent », dénonce L’Express. « Pour la troisième fois en quelques jours, un cambriolé abat son cambrioleur. On observe une série de faits divers dont la multiplication doit vouloir dire quelque chose », admet Patrick Poivre d’Arvor dans son journal télévisé, parlant d’une grave question à laquelle il consacre pas moins de 18 minutes de reportage.Selon un sondage, la majorité des Français, 68 %, considère que les personnes qui ont tué des cambrioleurs qui pénétraient chez elles ne devraient pas être poursuivies. En témoigne l’acquittement d’un retraité de Compiègne, déjà cambriolé une vingtaine de fois. « Chaque fois que j’ai été volé, les coupables n’ont jamais été attrapés. »
La légitime défense est plus que douteuse, mais le jury reflète l’opinion dominante, ce qui pousse désormais la justice à privilégier les poursuites correctionnelles pour éviter les périls de la cour d’assises. « Légitime démence », titre Le Monde, le 24 octobre 1978, à la suite d’une tragique méprise qui a poussé un homme à tuer son fils de 8 ans. Il avait entendu du bruit et dormait avec un fusil sur sa table de chevet. Nombreux et abondamment commentés, ces drames de l’autodéfense inspirent un dessin de Wolinski en une de Charlie Hebdo : « Il tire sur son chat sans savoir pourquoi. Il bougeait, j’ai eu peur. » Voilà qui résume bien l’ambiance sécuritaire et paranoïaque d’une société à cran. Nous sommes donc à la fin des années 60.
Les volets qui claquent, les verrous fermés, la tentation de l’autodéfense doit sans doute être rapprochée de l’isolement social qui semble s’accroître partout dans le monde. Au congrès des Nations unies sur la prévention du crime, qui se tient en 1970 à Kyoto, le représentant français, l’influent magistrat Paul Amor, s’en inquiète : « Nombreux sont ceux qui tendent, en dehors de leur temps de travail, à se retrancher de la communauté et à vivre égoïstement. » La faute aux mutations de la vie moderne. Les nouveaux quartiers d’habitation ne permettent plus la même interconnaissance qu’autrefois. La mobilité des résidents favorisant l’individualisme, le confort du foyer l’emporte sur les séductions de l’extérieur. Les loisirs collectifs cèdent la place à la télévision, dont l’essor rapide coïncide avec ce que l’on décrit comme une montée de l’indifférence. Les auditeurs du congrès de Kyoto se souviennent-ils de Kitty Genovese ? On a beaucoup parlé de cette jeune New-yorkaise assassinée en pleine nuit, le 13 mars 1964, alors qu’elle regagnait son appartement. Non que le crime fût exceptionnel, mais parce qu’il se produisit dans l’espace public. « Oh mon Dieu, il me poignarde ! S’il vous plaît, aidez-moi ! » Aurait crié la victime. À quoi un riverain, aux lumières allumées, aurait réagi d’un inefficace : « Laissez-la tranquille ! » Ils auraient été 37 voisins à entendre les cris sans pour autant appeler la police, écrit le New York Times, dont le récit transforme le fait divers criminel en révélateur d’une société atomisée, de « la jungle morale capitaliste », précise un quotidien soviétique. Ce que l’on rapporte moins, c’est qu’une voisine est venue au secours de Kitty, qui est d’ailleurs morte dans ses bras, et que d’autres ont tenté d’appeler la police, laquelle était difficile à joindre. Ce meurtre est à l’origine du développement d’un numéro d’urgence, le 911. Mais c’est la légende noire des témoins silencieux qui se propage, régulièrement réactivée, invoquée comme preuve de la solitude urbaine. Il est bon, ce Houte, ça va être bien demain. Merci, Medbel. Quelques mois après le meurtre de Kitty Genovese, une importante revue de criminologie revient sur les méfaits de l’indifférence coupable, et souvent même criminelle : les agressions en pleine rue, bien sûr, mais aussi les bourreaux d’enfants que l’on préfère ne pas voir, les accidents de la route devant lesquels on hésite à s’arrêter. Chacun est prompt à s’absoudre en vertu des fameuses maximes qui foisonnent en toutes langues : « Cela ne nous concerne pas », « Mêle-toi de ce qui te regarde », « Occupe-toi de tes oignons », « Surtout pas d’histoires », « Qu’ils se démerdent ». Or, on s’en remet communément à la police c’est son métier, au risque d’oublier le devoir citoyen. Le refrain est connu, on l’a entendu se constituer et se préciser au chapitre 5. Qui nous envoie un raid ? Merci à toi, Marcel Duchemin, qui, hier, a passé sa soirée avec nos invités de la semaine dernière, Anne-Claire Defossez et Didier Fassin, les deux ethnologues qui ont passé trois semaines chaque été, trois semaines chaque hiver pendant cinq ans à la frontière franco-italienne. Ils sont venus avec un livre passionnant, L’Exil toujours recommencé. Et Marcel a fait un react hier soir. Bienvenue à vous tous. Aujourd’hui, nous devions avoir une invitée, Elsa Deck Marsault, et il se trouve que je me suis emmêlé les pinceaux dans la date. Elsa va venir un autre jour et donc, en attendant… Et donc, en attendant… C’est la base, monsieur Ubiquin, ou madame Ubiquin, c’est la base. En attendant, je suis en train de lire un passage de ce livre passionnant, Citoyens policiers, qui est sorti hier, je crois, d’Arnaud-Dominique Houte, historien de la police, que nous recevons justement demain matin à 9 h. Voilà, et donc nous lisons ensemble un passage consacré… Alors là, on est dans les années 1970. Le livre démarre dans les années de la Révolution, donc 1789, un petit peu avant, traverse les époques pour arriver jusqu'à aujourd’hui.
Bienvenue à vous tous, et je sors d’une grosse grippe. Voilà, voilà, voilà. Marcel, tu refais ça quand tu veux, il n’y a aucun souci, pas besoin de… Parce que je dois dire que Marcel Duchemin m’a ramené dans les années 90, puisqu’il m’avait envoyé un e-mail me demandant l’autorisation de faire un react. Et j’ai bien aimé ce geste, très netiquette, comme on disait à l'époque, puisqu'à l'époque, quand on faisait un site, quand on faisait un lien vers un autre site, on demandait en fait l’autorisation. Il y avait une espèce de courtoisie de bon aloi. Mon cher Marcel, n’hésite pas à faire autant de reacts que tu veux d’Au Poste, sans pour autant demander l’autorisation. Tu as notre imprimatur, avec grand plaisir. J’espère que ça a plu à ta communauté. Voilà, alors, où est-ce que j’en étais ? Alors, bien sûr, on ne renonce pas à ranimer le civisme des Français. C’est l’ambition des pouvoirs publics, constamment répétée et relayée par un certain nombre d’initiatives pédagogiques : des reportages sur les comportements souhaitables lorsque l’on assiste à un acte de violence et la mise en avant de belles histoires. De même qu’on voulait citer à l’ordre de la Nation le badaud courageux qui a tenté de s’opposer à un hold-up, on célèbre les voyageurs qui chassent des agresseurs du quai du métro Courcelles. On félicite un brave homme qui a arrêté un voleur de sac à main dans un parking souterrain. On regrette l’anonymat qu’a voulu conserver le passager d’un train de nuit qui a fait déguerpir un violeur. Et on trouve même un travail à Bruno et Kamel, deux chômeurs nordistes venus au secours d’un chauffeur de bus. Est-ce parce que le cadre médiatique a changé ou parce que l’opinion publique a évolué ? Autrefois si banales, ces historiettes édifiantes semblent désormais s’effacer au profit de récits plus sombres. Dans l’attente d’une enquête systématique sur la place réservée à la passivité des témoins dans les faits divers, il faut rester prudent. Mais le thème de la démission civique, étudié à travers le précieux catalogue de l' INA, connaît un premier temps fort vers 1976-1977.On parle alors surtout des transports en commun, en plein essor, lieux de mauvaises rencontres. C’est dans une rame vide qu’une jeune mère est agressée par des loubards, des « valseuses ». Mais suffit-il de se mettre à l’abri de la foule pour échapper au danger ? Sans doute pas, si l’on en juge par le drame de Paris-Nanterre, où un voyageur est agressé en février 1976. Se sentait-il immédiatement, désespérément seul, dans un wagon où pas un des 30 ou 40 voyageurs n’a pipé mot ou levé le petit doigt pendant les 10 à 11 minutes de la querelle, poursuit l’interrogation ? Toujours est-il qu’il se jette du train en marche, mourant presque aussitôt. « Quelqu’un aurait dû faire quelque chose », s’indigne la presse, qui s’en prend au train de l’indifférence. Le 15 avril 1976, l'émission Aujourd’hui Madame alors ça, c'était quelque chose utilise la méthode encore embryonnaire de la caméra invisible pour offrir une constatation implacable de l’indifférence presque générale des gens et de leur non-intervention. Donc, je vous rappelle que le bouquin est consacré aux Citoyens policiers, une autre histoire de la sécurité publique en France, de la Garde nationale de 1789 aux voisins vigilants. Donc là, nous sommes au milieu des années 70, ça nous dit. Après plusieurs scènes plus ou moins concluantes une femme pleure sur un banc, une autre peine avec une lourde valise, un enfant erre seul dans la rue vient le clou du programme. Sur une place publique, une femme est maltraitée par un homme. Sa voix monte jusqu'à se transformer en cri et elle appelle à l’aide. La scène est filmée en surplomb. On voit les badauds hésiter, s’approcher, encercler le couple. Moins de 30 secondes après le début de l’altercation, une femme s’interpose, suivie par le reste de la foule. Contrairement à ce que prétend l’intitulé de l'émission, personne ne fait semblant d’ignorer ce qui se passe, au contraire. Or, qu’importe la réalité du fait : une fois de plus, la légende s’impose. Un an plus tard, Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur, évoque cette bagarre simulée par des reporters. « Personne n’est intervenu », prétend le ministre sans être contredit, « et les badauds se sont dispersés avant l’arrivée de la police pour ne pas témoigner ». Rien de tout cela n’est vrai, mais le ministre s’acharne. Je vais devoir faire une petite pause, je suis désolé.
Rien de tout cela n’est vrai, mais le ministre s’acharne contre cette complicité inconsciente du silence, insistant : « L’indifférence et la lâcheté de trop de nos concitoyens sont consternantes. » L’idée devient imposante. « On est frappé, quand on lit les faits divers d’il y a un demi-siècle, par la grande solidarité en actes d’une société qui croyait en elle-même, par la facilité avec laquelle les braves gens risquaient leur vie pour d’autres braves gens face au crime. Aujourd’hui, chacun, ou presque, est persuadé qu’attaqué, nul ne viendra à son secours », lit-on dans Le Quotidien de Paris, journal de droite. Périodiquement relancé au rythme des faits divers, le thème de l’indifférence connaît un paroxysme en 1985-1986. « Même pour tirer le signal d’alarme, personne ne m’a aidée. Personne ne bronchait. Les gens observaient, impassibles, ou détournaient la tête. » « Des lumières s’allument, mais personne ne se décide à appeler la police », lit-on dans divers articles du Parisien. Sans doute ce regain d’intérêt s’explique-t-il par la dimension politique du sujet. Alors que la droite a fait de la sécurité un outil de campagne dans la perspective des élections législatives du printemps 1986, joue aussi la prise de conscience de la vulnérabilité des plus âgés. La police parisienne cherche alors vainement le tueur de vieilles dames, et l’isolement des aînés est volontiers imputé à l’indifférence des voisins. Mais l’angoisse se focalise surtout sur la question du viol. Cinq ans après la reconnaissance pénale de ce crime, le 23 décembre 1980, c’est l’indignation quand on découvre que pas moins de trois agressions sexuelles auraient été perpétrées dans le RER ou dans la rue, en deux semaines, sans aucune réaction des témoins. Plusieurs associations se réunissent en Collectif féministe contre le viols dans le but de réagir contre les viols commis dans les lieux publics de la région parisienne, en pleine rue ou dans les transports en commun, devant des témoins passifs. Grâce au soutien de la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy, le collectif ouvre, le 8 mars 1986, un numéro vert d’appel anonyme et gratuit : « Viols Femmes Informations ». Couronné de succès, cet effort d'écoute révèle son lot de surprises quand on comprend que la plupart des agressions sexuelles se déroulent dans un cadre domestique et non dans l’espace public. La passivité des témoins a peut-être été exagérée pour les besoins de la dramatisation médiatique, mais surtout, elle n’est manifestement pas le problème principal. La lâcheté du badaud est-elle une fatalité ? Rien n’est moins sûr, en effet, mais elle est un cliché dont il devient impossible de se débarrasser. N’ayant pas toujours les moyens ou l’envie de mener une enquête poussée, la presse s’en tient au récit convenu de l’indifférence civique, et c’est ainsi que l’on s’effraie autant de la passivité des uns que de l’activisme des autres. Il y a bien quelque chose d’insécurité dans la société française du XXe siècle finissant. Bon, il faut que je prépare des sons pour ce genre de lecture. Ça pourrait être pas mal, non ? Qu’est-ce que vous en dites ? Je me demande si… attends, je suis en train de voir s’il n’y avait pas des trucs.
Attention, toutes les voitures, c’est un livre que nous mettons en avant avec l’invité qui vient demain. Je considère, je considère qu’on n’est pas dans le pillage. Je ne comprends pas. J’avais plein de trucs. Non, ça ne marche pas, ça. Bon. Non, non, il n’y a pas de souci. Alors, je vais faire une petite pause, les amis, vraiment deux minutes, le temps d’aller chercher de l’eau, et je reviens. Alors, je vais vous mettre, si vous le souhaitez, un peu de… Bah tiens, la communauté d’Au Poste nous étions à Eymoutiers, c'était cet été.
Je n'étais qu’un gosse, mon grand-père le disait souvent, assis à l’ombre de son porche, en vieux militant de l’ancien temps : « Petit, vois-tu ce pieu de bois auquel nous sommes tous enchaînés ? Tant qu’il sera planté comme ça, nous n’aurons pas la liberté. Mais si nous tirons tous, il tombera. Ça ne peut pas durer comme ça. Il faut qu’il tombe, tombe, tombe. Vois-tu comme il penche déjà ? Si je tire fort, il doit bouger. Et si tu tires à mes côtés, c’est sûr qu’il tombe, tombe, tombe, et nous aurons la liberté. » « Petit, ça fait déjà longtemps que je m’y écorche les mains, et je me dis de temps en temps que je me suis battu pour rien. Il est toujours si grand, si lourd, la force vient à me manquer. Je me demande si, un jour, nous aurons bien la liberté. Mais si nous tirons tous, il tombera. Ça ne peut pas durer comme ça. Il faut qu’il tombe, tombe, tombe. Vois-tu comme il penche déjà ? Si je tire fort, il va bouger. Et si tu tires à mes côtés, c’est sûr qu’il tombe, tombe, tombe, et nous aurons la liberté. » Mon grand-père s’en est allé, une bonne mort l’a emporté, et je reste seul sous le porche à regarder jouer d’autres gosses, dansant autour du vieux pieu noir où tant de mains se sont usées. Ils chantent les chansons d’espoir qui parlent de la liberté. « Mais si nous tirons tous, il tombera. Ça ne peut pas durer comme ça. Il faut qu’il tombe, tombe, tombe. Vois-tu comme il penche déjà ? Si je tire fort, il va tomber. Et si tu tires à mes côtés, c’est sûr qu’il tombe, tombe, tombe, et nous aurons la liberté. »
Bravo, bravo la communauté ! Il y avait Didy Blue sur les images, Durdenov qui filme. Bravo à eux, c'était un super moment. Moi, j’adore l’histoire, j’adore l’Histoire. Je trouve ça vraiment… Dans les sciences sociales, je trouve que c’est une des plus pertinentes. Si ça a du sens, évidemment, de faire un classement à la con. Mais je trouve que ça éclaire très, très bien le présent et le futur. Alors, je reprends. On y va jusqu'à 11 heures, on va dire, ça vous va ? Donc là, vous avez le bouquin. Visiblement, vous arrivez à le voir, c’est parfait. Qu’est-ce que je veux… Voilà. Et c’est parti, c’est parti. « Le temps des milices. Si les drames de l’autodéfense préoccupent les pouvoirs publics, c’est surtout la constitution de milices qui les inquiète au plus haut point. De quoi parle-t-on derrière ce terme omniprésent et polysémique ? Disons qu’il s’agit de groupes d’autodéfense, à la pérennité variable, plus ou moins structurés, parfois équipés de signes distinctifs ou d’armes, principalement chargés de patrouiller la nuit ou le jour dans l’espace public. Le phénomène apparaît dès le tout début des années 70. Il se développe moins qu’on a pu le croire et le craindre, mais il inspire de vives réactions d’hostilité et témoigne d’une condamnation largement majoritaire. » Quelqu’un disait dans le tchat : « Ça soulève la question de savoir comment faire sans la police. L’autodéfense ne mène à rien. » Du coup, toujours à cap, pas d’interrogation. C’est en effet une des perspectives avec laquelle on peut lire ce livre. C’est de se poser la question : qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que l’histoire nous raconte quand la police n’existe pas, est en retrait, quand certains en sont les auxiliaires acharnés, quand d’autres en sont les supplétifs, quand d’autres en sont les remplaçants ? Vous verrez que, dans l’histoire de France, il y a des moments de grâce, de citoyens qui contrôlent la sûreté des uns et des autres. Et puis il y a des moments de milices, etc. Donc c’est évidemment à l’aune de cette question aussi qu’on réfléchira demain avec l’auteur. Mais, pour le dire vite, l’abolition de la police est une question, en réalité, révolutionnaire. C’est-à-dire qu’il me semble et d’ailleurs ça aurait été l’un des sujets avec Elsa, mais on abordera ça une prochaine fois avec elle que l’abolition de la justice, l’abolition de la police, ça ne peut passer, en fait, que par une abolition totale de la société telle qu’elle est. Pour schématiser, dire simplement : « On va abolir la police, mais on garde le reste », c’est trop court, c’est beaucoup trop court. On en reparlera. « La question des milices apparaît dans le débat public en 1969, quand le maire de Saint-Priest, dans le Rhône, dénonçant le caractère systématique et presque routinier des cambriolages, déplorant le désengagement de l'État et la défaillance de la police, annonce la formation de gardes civiques parmi ses habitants. "Lyon n’est pas Chicago", ironise L’Express, et cette déclaration tapageuse reste sans suite. Deux ans plus tard, ce sont des commerçants de Montmorency, dans le Val-d’Oise, qui revendiquent la création d’un comité de protection à la suite d’une agression. "Si rien n’est fait, notre ville deviendra un véritable Chicago avant cinq ans", déclare le responsable du groupe, expert-comptable de profession. "Notre quartier a décidé de s’armer de fusils de chasse puisque nous ne pouvons acquérir des armes de guerre. Et, s’il le faut, nous tirerons. Le premier cambrioleur risquera sa vie." » « Ce n’est qu’un début. Si l’on s’en tient aux journaux télévisés, une quinzaine de communes sont associées, entre 1972 et 1975, à divers projets de milices. Après une courte accalmie, ce sont une vingtaine d’autres affaires de ce type qui sont médiatisées, à des degrés très variés, entre 1978 et 1986. Cela se passe parfois dans des villages, mais surtout dans des secteurs urbains en croissance démographique, la plupart dans les grandes couronnes parisiennes, dans la région lyonnaise, en Alsace ou sur la Côte d’Azur. Point commun : la dénonciation des vols et cambriolages, ainsi qu’une critique très vive de l’inefficacité des pouvoirs publics. Comme l’exprime le maire de Saint-Georges-d’Orques devant les caméras de la première chaîne, le 12 mai 1972 : "On en a ras le bol." C’est le sentiment partagé des organisateurs de milices. Dans la quasi-totalité des cas, on parle, on menace, mais on agit guère. L’annonce publique de formation de groupes d’autodéfense est utilisée comme moyen de pression afin d’obtenir des renforts policiers. "Si rien n’est fait, je laisserai se constituer des milices", prévient par exemple le maire de Châlon-sur-Marne, qui obtient gain de cause. Le maire de Dieuze, dans la Meuse, est de la même manière soupçonné d’agiter son projet de sapeurs de la sécurité, sur le modèle explicite des pompiers volontaires, pour obtenir l’installation d’une brigade de gendarmerie. Il aurait même déjà préparé le bâtiment qui servirait de caserne, indique le préfet. Le débat sur les milices est souvent l’antichambre, bruyante et polémique, d’autres types d’initiatives sécuritaires, légales et discrètes. À Montmorency, les propos martiaux de l’expert-comptable cité plus haut se traduisent dans les faits par la mise en place d’un très banal dispositif d’alarme qui permet aux adhérents d'être alertés d’une effraction de leur domicile en leur absence. À Avignon, où certains commerçants mènent des patrouilles de surveillance, leurs confrères les plus influents préfèrent recommander une autre voie : "Je suis d’accord avec mes collègues sur le fond, mais pas sur la forme. Car ça n’est pas légal, pas reconnu. Ça ne coûtera pas tellement plus cher que de se faire surveiller par une société spécialisée."La piste de la sécurité privée, alors en pleine effervescence, bientôt réglementée par la loi de 1983, inspire même le socialiste Charles Hernu, élu maire de Villeurbanne en 1977. Très hostile aux pratiques d’autodéfense, dont il redoute le développement, attaché au service public de la sécurité, lui-même fils de gendarme, mais déçu par la faiblesse des moyens qui lui sont attribués, Hernu décide, à grand renfort de publicité et pour mieux pointer l’anormalité de la situation, de faire financer par la mairie une société de gardiennage chargée de surveiller la ville la nuit. Loin d'être isolée, l’idée est développée dans plusieurs communes au début des années 80, au risque de brouiller les cartes entre surveillance publique et secteur privé. » L’autre débouché évident d’une telle demande de sécurité, c’est la mise en place de polices municipales. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, et depuis la loi de 1941, celles-ci ont vocation à être absorbées au sein de la police nationale. Mais le processus d'étatisation n’a jamais été achevé et les petites villes gardent, quant à elles, le droit de se doter de polices municipales. Depuis un arrêté de septembre 1965, juridique et budgétaire, le débat devient médiatique et politique au cours des années 80, quand un certain nombre de maires, principalement à droite, se félicitent de créer des polices municipales pour suppléer aux défaillances de l'État. Depuis Paris, les critiques sont nombreuses : illégitimité, inégalité, l’offre de sécurité dépendant de la fortune communale, inefficacité, brutalité. On soupçonne les agents municipaux d'être les gros bras du maire. Mais localement, les installations de polices municipales font l’objet d’articles élogieux. Preuve du succès : le nombre des agents double entre la fin des années 60 et 1984 pour franchir la barre des 6 000, répartis dans 1 748 communes. Ils doublent à nouveau dans les dix ans qui suivent. Reste à savoir quel type de police est ainsi mis en place. Alors qu’ils étaient principalement chargés de missions de contrôle social et de proximité, le plus souvent sans armes, les policiers municipaux se rapprochent de plus en plus du modèle de la police nationale à la fin du XXe siècle. En reconnaissant et en réglementant leur participation aux missions de sécurité, la loi du 15 avril 1999 confirme et accélère cette mutation de la municipale en police nationale bis, très loin d’un quelconque modèle civique. Les milices ont principalement été un feu de paille médiatique, un épiphénomène quasiment dépourvu de consistance, dont il ne reste que peu ou pas de traces. Essayons néanmoins d’en construire une typologie sommaire. Le premier groupe chronologique d’apparitions médiatiques, ce sont les comités de voisins qui se constituent dans la France des nouveaux quartiers d’urbanisation. Informels, discrets, ils ne font parler d’eux qu’en cas d’incident, comme au Cannet-Rocheville, dans les Alpes-Maritimes, où un voleur d’automobile est grièvement blessé par un membre d’une milice de riverains. Le reste du temps, qui s’inquiète vraiment des rondes des locataires ? Du côté de la police, on se réjouit au contraire de pouvoir compter sur de telles pratiques de vigilance collective et on approuve, par exemple, l’attitude des résidents d’un nouveau bloc d’immeubles de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, qui se relaient pour assurer, de leur fenêtre, jusqu'à une heure tardive de la nuit, une surveillance du parc de stationnement où se trouvent leurs véhicules, prêts à alerter les agents de police. Avec la montée des discours d’autodéfense et l’exacerbation des tensions urbaines, les paisibles rondes de voisins prennent cependant une dimension plus agressive. On l’observe aux Minguettes, à Vénissieux, en banlieue lyonnaise, où des riverains patrouillent avec des chiens pour empêcher les garnements de la ZUP de pénétrer dans les propriétés. Quand ils font l’objet de reportages télévisés, la caméra s’attarde volontiers sur les bergers allemands et sur les armes, s’il y en a : matraques, pistolets d’alarme. Le deuxième noyau des groupes d’autodéfense, ce sont les petits entrepreneurs et commerçants, très exposés aux vols et agressions. Parmi les auteurs d’homicides commis au nom de la légitime défense, ils peuvent utiliser leurs réseaux de sociabilité pour s’organiser, comme le font les commerçants de Pierre-Bénite, dans le Rhône, victimes d’une série de cambriolages en 1975. Les voici rebaptisés « chevaliers du guet » et prêts à mener des rondes de nuit. « Nous ne sommes pas armés. Nous ne voulons pas prendre le risque de tirer sur un homme », expliquent-ils au journaliste. À Avignon comme à Perpignan, c’est la même stratégie qui est revendiquée au nom de la Confédération intersyndicale de défense et d’Union nationale d’action des travailleurs indépendants. Héritière du poujadisme, dont elle radicalise les méthodes subversives, le CID UNATI n’hésite pas à recourir à la violence et même à l’illégalité. En perte de vitesse quand des milices se constituent sous sa bannière, elle ne parvient manifestement pas à enraciner un système de patrouilles qui choque davantage qu’il ne séduit. Il y a eu un petit mot, le mot « poujadisme », pour ceux qui l’ignoreraient. Jean-Marie Le Pen fut à l'époque le plus jeune député de France, sous la houlette de Pierre Poujade, dont il fut l’un des bras droits dans la campagne présidentielle du début des années 60, ce qu’on appelle le poujadisme. Fermez, la parenthèse. Troisième type de milices, enfin : celles des petits villages qui se sentent menacés de près ou de loin par l’augmentation de la délinquance. Les violences commises dans les bals ruraux sont un sujet particulièrement sensible au début des années 70. Si les grands dancings organisent des services d’ordre, les petites communes manquent de moyens. À Somme-Dieuze, dans la Meuse, la fête foraine est gâchée par la venue des loulous de Verdun. « Je me suis dit qu’il fallait les stopper à tout prix, tirer si nécessaire puisque les gendarmes n'étaient pas encore là », raconte le maire. « Les gens ont eu le temps d’aller chercher leur fusil de chasse et nous avons fait les sommations d’usage avant de tirer, parce que les jeunes voulaient tout casser dans le restaurant. » Et puisque cela fonctionne et que les médias s’intéressent beaucoup aux maires, celui-ci promet de mettre en place une milice composée de gens assagis. « Je n’ai pas imaginé une seule seconde voir les gens se balader avec un fusil sur l'épaule pour faire le tour du village », précise-t-il en réponse aux critiques. Autre exemple d’autodéfense villageoise : Wy-dit joli village, dans le Val-d’Oise, 158 habitants, dont 14 volontaires armés de fusils de chasse pour dissuader les cambrioleurs. Ou encore Brenouille, dans l’Oise, un village de 428 habitants, très calme selon le préfet, mais qui a connu cinq cambriolages en un mois. Une quarantaine d’habitants se réunissent alors à la mairie et conviennent de mener des patrouilles de surveillance, d’abord avec des fusils de chasse « aucune arme n’est chargée », précise le préfet, puis, après quelques jours, avec de simples talkies-walkies. Pour combien de temps ? On ne le sait pas, mais tout indique qu’aucune de ces milices n’a survécu au contexte anxiogène de leur création.
On continue, les amis ! Qu’est-ce qui se joue derrière la vogue des milices ? À cette question, on ne peut répondre qu’avec prudence, mais il faut… Alors, on voit bien, là, que Houte, l’auteur, il est embarrassé en sa qualité d’historien, parce que l’histoire contemporaine, l’histoire immédiate, ce n’est pas le truc des historiens. Il y a toujours le besoin de distance, et on en parlera demain. Comment l’historien résout ça ? Ce n’est pas une critique, je trouve même ça assez doux, en fait, pour tout vous dire. Merci, Zébulon, merci à toi. « À cette question, on ne peut répondre qu’avec prudence, mais il faut sans doute écarter l’hypothèse d’une simple opération politique. Bien sûr, le CID UNATI et l’association Légitime Défense, laquelle ne soutient d’ailleurs pas les milices, se cantonnant strictement à la légitime défense individuelle, font partie de la mouvance d’extrême droite. Les Renseignements généraux signalent aussi l’influence du FN, notamment dans la création du collectif Sécurité, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au début des années 80. À Roubaix, où apparaît l’association des Chevaliers, qui prétend patrouiller dans les rues insécures de la métropole, un chien dans la voiture, une matraque chez eux, un brassard au bras, on décèle plutôt les réseaux du RPR, le Rassemblement pour la République. Mais aucun de ces groupes ne semble jouer de rôle significatif, ni sur le plan de la sécurité publique, ni en matière de militantisme politique. Les milices se développent surtout autour de personnages, des fortes gueules comme les Sergio, à Villeurbanne, condamnés pour coups et blessures et port d’armes prohibé, fondateurs d’un comité de défense armée contre les voyous qui inquiètent la police. » Hé là, on travaille, nous ! Merci, Medbel. Merci beaucoup. Donc demain, nous serons avec l’auteur de l’ouvrage. « Ces hommes se font un peu de cinéma en jouant les redresseurs de torts, mais leur entrée en action risque d'être dangereuse, car il est toujours à craindre des gens armés jouant les héros. Autre figure influente : G…, petit commerçant de Villefranche-sur-Saône, décrit comme un mégalomane hyperactif dans l’espace politique local et associé à la mise en place des rondes de surveillance. Mais ce sont surtout les maires qui tiennent un rôle majeur, en tant qu'élus investis d’une légitimité politique, mais aussi en tant que notables reconnus par une large partie de la population. C’est cette assise sociale, cette autorité, qui fonde leur crédibilité quand il s’agit, littéralement, de prendre les armes. Nonobstant leur engagement politique personnel, socialisant selon le curé, le maire de Somme-Dieuze est un partisan acharné de l’autogestion, remarque le sociologue René Dulong, médecin, patron d’une entreprise de menuiserie et promoteur immobilier, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Il semble surtout capable de mobiliser son village. Autre grille de lecture séduisante : celle d’une barrière sociale qui permettrait aux plus riches de se protéger. Peut-on y voir un sens de l’autodéfense, un sens sanitaire ? »Il est vrai que là… C'était pour ceux qui écoutent, qui ne lisent pas en même temps. C’est ça, la difficulté de la lecture à voix haute. « Il est vrai que la géographie des milices coïncide assez bien avec celle des inégalités. Beaucoup se constituent dans les petites villes de classes moyennes, plus ou moins voisines des quartiers populaires, alors en pleine expansion : Franconville, proche d’Argenteuil, Brunoy, Creil. À Viarmes, ce sont les propriétaires de résidences secondaires qui soutiennent le plus fermement la mise en place de patrouilles, auxquelles eux-mêmes ne participent pas. Comme l’analyse Vanessa Codaccioni, la légitime défense est un droit accordé à certains individus à raison de leur qualité sociale. Pour autant, il faut admettre que la participation active aux milices est souvent le fait d’hommes issus des catégories populaires, en particulier dans les grands ensembles où ces groupes traversent la barrière de classe. Dans de nombreux cas, on insiste aussi sur la volonté de resserrer ou de forger des liens de sociabilité défaillants, comme à Bondoufle, dans l’Essonne, ville nouvelle où le maire encourage une milice qui doit permettre de créer une communauté qui n’existe pas. Qu’en est-il de la dimension raciste du phénomène ? Sensible à la teneur anti-jeune des milices, René Dulong ne croyait pas qu’elles pratiquaient un ciblage racial, du moins pour les années 70. Avec l'éclosion de SOS Racisme au début des années 80, les regards s’affûtent et la dimension raciste des pratiques d’autodéfense ne fait plus de doute. On le voit bien à travers les reportages télévisés qui terminent presque systématiquement les enquêtes sur la création ou les projets de création de milices par des interviews ou des plans muets d’immigrés, comme si ceux-ci devaient répondre aux honnêtes gens apeurés. » Si le racisme devient ainsi plus visible, il existait déjà auparavant, comme le prouve le film d’Yves Boisset, chef-d'œuvre, Dupont Lajoie, sorti en 1975. Bah tiens, si on a la bande-annonce de Dupont Lajoie, je vais bien vous la montrer. Interprété par Jean Carmet, habitué à jouer le Français moyen, le personnage principal, Georges Lajoie, est un petit commerçant qui viole et tue une jeune fille dans son camping de vacances. Pour détourner les soupçons, il dénonce les Arabes du voisinage et mène lui-même la foule des campeurs dans ce qu’on appelait alors une ratonnade meurtrière. Preuve que le sujet est crédible, l’attitude des figurants recrutés dans le camping des environs, se souvient Yves Boisset : « Dès les premières répétitions, ils se sont mis à cogner comme des sourds. J’avais beau leur répéter que, dans notre histoire, l’Arabe était innocent, ils ne voulaient rien entendre. » Dans ce cas fictif, comme dans d’autres, hélas bien réels, la mobilisation sécuritaire peut devenir le masque d’un déchaînement raciste au relent postcolonial. La guerre d’Algérie est encore proche, tout comme l' OAS amnistiée. On le voit à Grasse, en 1973, quand les violences anti-immigrées se confondent avec la naissance d’un comité de vigilance des commerçants et artisans, dont le tract : « Alerte Grasse ! Votre sécurité est en danger ! », Épouse un argumentaire anti-cambriolage qui ne trompe personne. La cible de ce comité, ce sont bien les « Arabes ». « Ces gens-là sont différents de nous. C’est très pénible d'être envahis par eux. » Même imbrication entre réflexe sécuritaire et idéologie raciste à Marseille, quelques semaines plus tard, à la suite de l’agression d’un conducteur de bus, prétexte à de véritables ratonnades. Il faut cependant se garder de généraliser à partir d’exemples empruntés au Midi et, à un degré moindre, à la banlieue parisienne des années 70. S’ils n'échappent certainement pas au racisme, les groupes d’autodéfense n’en font pas leur unique, ni leur principale raison d'être. Ah, la nuance des historiens ! C’est doux, quoi ! C’est quand même autre chose que les chaînes d’info, merde ! Comme l’avaient déjà souligné beaucoup de témoins, les milices de la France séduisent avant tout les réfractaires de la modernité, celles et ceux qui n’acceptent pas le délitement des valeurs traditionnelles : la peine de mort discutée, le régime carcéral rénové après les mutineries de prisonniers, mais aussi l'Église déstabilisée par Vatican II ou l'école secouée par Mai 68. Du côté des adhérents de l’association Légitime Défense, on entretient une nostalgie douteuse. « Travail, famille, patrie ? Ce n’est pas pour me déplaire », avance un dirigeant. Et l’on fait l'éloge de la IIIe République, dont les radicaux barbus savaient punir les canailles. Nombre d’instituteurs, maîtres de morale, retraités adhèrent au mouvement, explique Françoise Romerio. Cette affirmation est à vérifier, prouvant au moins qu’elle se réjouit d’un tel phénomène réel.
À Somme-Dieuze, le maire a reçu plus de 150 lettres de soutien après la médiatisation de ses milices. Attends, j’ai peut-être baissé la caméra.« Fait significatif, explique René Dulong, qui y a eu accès : on n’y parle pratiquement pas de délinquance, encore moins de surveillance, mais on s'épanche sur la crise des valeurs, les parents débordés, les détenus trop choyés, les punitions insuffisantes. Ce qui se dessine en creux, c’est l’angoisse de la modernité dont les effets sociaux et culturels s’accélèrent. C’est la volonté de "rassembler les honnêtes gens". L’usage du terme est quasi obsessionnel, signe d’une croisade contre les nouveaux périls. » Dans un dessin publié en une de Charlie Hebdo, le 24 mai 1971, Gébé ne croyait pas si bien dire : « Grèves, cheveux longs, désordre… Honnêtes gens, armez-vous ! » Une condamnation majoritaire. Le débat médiatique. Ah, la bande-annonce est en régie ! Merci, Euryale merci. Oh là là, elle est trop forte, La bande-annonce est en régie. J’avais pas vu, excuse-moi. La bande-annonce de Dupont Lajoie. Vous allez voir, c’est quelque chose. Vous allez voir. Si vous ne connaissez pas ce film, avec un Jean Carmet absolument extraordinaire…
Bon, alors dites-leur ce que vous m’avez dit tout à l’heure. Allez, vas-y ! C’est de la merde ! — Ne vous en faites pas, M. Georges. Le rire a bien grillé le dernier. — Nous n’allons tout de même pas nous laisser impressionner par un petit policier de province. — J’ai donné ma parole d’aller jusqu’au bout de cette enquête. J’irai jusqu’au bout. — C’est vrai ! — Non mais comment ? Mais vous ne me reconnaissez pas ? — Non, je regrette. Je n’ai pas la mémoire des visages, sauf pour les assassins. — On dira ce qu’on voudra, mais la police française est tout de même l’une des meilleures du monde. — Ah mais ça, je peux être très drôle, moi ! — Ah oui, j’aime bien rigoler. — Tu sais, quand je m’y mets, je suis… je suis très marrant. — Ah oui. — Nous sommes tous ici sous le choc de l'émotion… — Sur les circonstances de ce drame… — Allons, messieurs, faut le faire parler, pas le tuer ! — Ah ! Eh ben après ça, croyez-moi, on se sent mieux ! — Ce n’est pas tout ça, mais c’est demain les vacances. On pourrait peut-être commencer à ranger — Si vous le trouvez, vous allez me le donner, vous allez me le laisser ? — Alors, qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’on vous attrape ou non ? Des histoires comme celle-là, nous en avons trois par mois en France. Notre politique est de leur éviter toute publicité.
Voilà, donc la bande-annonce de Dupont Lajoie dont il était question à l’instant. Bonjour, Donne la Papate, j’espère que tu vas bien. Nous sommes en train de lire Citoyens policiers d’Arnaud-Dominique Houte, historien qui sera convoqué ici même, à Au Poste, demain matin. Nous sommes dans les années 70-80. Le livre parcourt la France depuis la Révolution de 1789 à nos jours sur l’idée de comment la police s’exerce sans la police ou aux côtés de la police. « Le débat médiatique et politique sur les milices se développe surtout en 1975. Au début, les pouvoirs publics semblent hésitants. Le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski est aussi député-maire de L’Isle-Adam, commune toute proche de plusieurs villages tentés par la prise d’armes. » Non, content de bien connaître… Alors là, je fais un petit placement de produit pour une magnifique exposition à Nanterre qui s’appelle Ripostes. Si vous avez le temps, c’est gratuit. Vous prenez le métro, vous sortez du métro, c’est tout de suite à la sortie du métro Nanterre-Université, et vous voyagez dans les années 70 puisqu’il s’agit d’archives de luttes et d’actions, 1970-1974. J’essaie de préparer un petit live avec les commissaires de l’exposition. Voilà. Mais d’ici là, vous pouvez y aller, c’est jusqu’au 16 mars. « Il manifeste un soutien appuyé aux Rangers de France quand cette association environnementale, qui se démarque des mouvements écologistes par un discours martial et est animée par un militaire, offre son aide bénévole pour la police de la circulation, la recherche d’enfants ou de personnes égarées, les renseignements sur les voitures volées, le repérage des cambrioleurs. L’idée est pourtant sulfureuse et Le Monde s'étonne qu’on fournisse à l’association une carte tricolore frappée d’un cachet de la gendarmerie et de la mention "En liaison avec la gendarmerie et l’Office national des forêts". Conscient qu’un tel mélange des genres fait jaser, Poniatowski condamne l’initiative et s’oppose par la suite à toutes les formes d’autodéfense collective. À l’exception notable du Parisien libéré, qui durcit alors une ligne sécuritaire très radicale, la presse est franchement hostile aux milices. "Le gendarme n’a que trop tendance à s'éveiller en chacun de nous. Or, s’il est un domaine où l’amateurisme est à déconseiller, c’est bien celui-là, puisqu’il nous mène à la loi de Lynch", écrit Robert Escarpit, sociologue et chroniqueur influent du Monde. "Le terme logique de l’autodéfense, de l' autopolice, de l' autojustice porte un nom redoutable : guerre civile", prophétise quant à lui le romancier et éditorialiste Paul Guimard. La référence au régime de Vichy n’est ni si fréquente ni si explicite qu’on pourrait l’imaginer, alors même que se ravive, au début des années 70, la mémoire des années noires. Mais le spectre de la Milice plane tout de même sur le débat. Il trouve un écho dans un sketch diffusé le 6 avril 1975 sur TF1, dans l'émission Le Petit Rapporteur. » Si jamais vous le trouvez, on le met.« Lancée quelques semaines plus tôt par Jacques Martin, celle-ci a beau être programmée en début d’après-midi, le dimanche, elle atteint rapidement une audience considérable qui récompense un ton inhabituellement satirique et même corrosif. Dans "Le Règne de la violence", le dessinateur Piem s’en prend à Oyonnax pour une séquence parodique au cours de laquelle sont ridiculisés le maire et sa clique d’anciens combattants, qu’il imagine prêts à organiser des battues anti-délinquants, respectant les règles de la chasse : pas plus de quatre points par session, pas de poursuites en dehors du territoire, etc. Promis à un bel avenir, cet humour féroce marque les esprits. Tournés en dérision, les élus d’Oyonnax se consolent en recevant un copieux courrier de soutien qui témoigne de la polarisation de l’opinion. Selon un sondage commandé à la fin avril 1975, un quart des Français condamne la mise en place des milices privées, cette part s'élevant chez les cadres à 40 %. À peu près la même proportion l’approuve, 23 %, et la majorité comprend, tout en craignant les abus, 44 %, le chiffre grimpant à 56 % chez les petits commerçants. Au terme d’un imposant battage médiatique, l’opinion reste donc divisée, mais deux tiers des Français disent leur conviction qu’on se sent moins en sécurité qu’avant, signe d’une crainte partagée. Après ce premier pic de médiatisation, le thème des milices glisse au second plan pendant trois ans, mais il revient avec force en 1978, dans un contexte de durcissement des débats sur l’insécurité et l’autodéfense. Si les journalistes se focalisent avant tout sur la question de la légitime défense, ils signalent également de nouveaux projets de constitution de milices, suscitant une mise au point du ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet : "La sécurité est l’affaire de l'État et les milices n’ont aucune légitimité à agir de quelque manière que ce soit." Autant le gouvernement s’est montré compréhensif, sinon conciliant, à l’endroit de l’autodéfense individuelle, autant il reste ferme sur le monopole étatique de la sécurité publique. Qu’en pense l’opinion publique ? Elle est nombreuse à écouter le troisième album du chanteur énervant, Renaud. Plus de 400 000 acheteurs et un disque de platine pour l’album Ma gonzesse, sorti en 1979, et pour apprécier la chanson C’est mon dernier bal, décrivant, avec davantage d’humour que de gravité, la virée nocturne d’une bande de potes qui se frittent à grands coups de manches de pioche. Le titre s’achève pourtant sur une note tragique et sur une franche critique de la France des milices :"Avec mon flingue d’alarme, j’ai l’air d’un con devant la Winchester de la joie en marche. Il m’a dit : 'N’avance pas, si tu bouges, t’es mort.' Je n’aurais pas dû bouger, maintenant je suis mort. C’est mon dernier bal, ma dernière virée. Demain, dans le journal, y aura mon portrait." Donne la Papate, n’oublie surtout pas le chauffage et le CSS à régler. Les sondages confirment le rejet des milices. S’ils témoignent tous de l’inquiétude croissante des Français face à l’insécurité, thème de plus en plus central du débat médiatique et politique, s’ils expriment un désir de durcissement et de répression et une assez large tolérance à des pratiques d’autodéfense, ils montrent un net refus du passage à l’acte. En janvier 1979, à la question : « On entend parfois parler des gens qui, pour se défendre, se regroupent en milices privées. Vous-même, est-ce que vous envisageriez de participer à une milice privée ? », la majorité des sondés, 57 %, répond « certainement pas », suivie d’une minorité, 14 %, « probablement pas ». Les pratiquants de l’autodéfense sont très peu nombreux. Fait significatif, on observe une faible variation des réponses en fonction de l'âge, du niveau d’instruction ou du métier. Les agriculteurs et les sympathisants du RPR se disent un peu plus disposés à participer aux milices, sans que l'écart dépasse quelques points, comme si la question transcendait les clivages sociaux et politiques. Elle distingue toutefois plus nettement les hommes et les femmes, ce qui confirme la dimension manifestement genrée des pratiques de sécurité collective. Même, et surtout, dans les milieux les plus favorables aux milices, on considère qu’il s’agit d’une prérogative masculine. Moi, je n’aime pas Renaud, mais vous voulez qu’on l'écoute ? Non, non, non. Regardez, regardez, regardez. Non, mais Euryale elle est dingue. Elle a retrouvé la couverture de Charlie Hebdo du 24 mai 1971. OK, alors, par contre, il faudrait, si tu veux bien, Euryale, mettre le lien en régie. Merci beaucoup. Trop forte. Hop, allez, on vous le met.
C’est la bronzette ! Arrête les anges ! — Hé, les copains, qu’est-ce qu’on fait ce soir ? Un balsoche ? — Allô ? Ça y est ? Non, laisse béton, j’ai une meilleure idée !
Ce n’est pas ça, quand même ! Alors, tais-toi, je termine ce chapitre. Alors, où est-ce qu’on était ? Ouais, la chanson de Renaud, elle était là. « Les sondages confirment le rejet des milices… »Au fait, est-ce que vous voulez un peu de musique comme ça, ou vous n’en avez pas besoin pour la lecture ? Je vais faire avec la musique, vous me direz après. Le sondage, peut-être ce serait pas mal. Qu’est-ce que tu en penses ? Oups ! Alors, ben attendez, j’ai déjà lu tout ça ? On considère qu’il s’agit d’une prérogative masculine. « Teinté d’un mélange de sarcasme et de compréhension, ce rejet des milices s’exprime dans une série télévisée à grande diffusion, Maguy, créée en 1985. Elle importe en France les codes de la sitcom et les applique au quotidien d’un couple de quinquagénaires installés dans une banlieue cossue. Fortunés, Georges et Maguy ne sont pas des Français moyens, mais la série est conçue pour faciliter l’identification d’un large public. Et le succès est au rendez-vous. Dès la deuxième saison, l'épisode "Aux armes, citoyens" aborde la question de l’insécurité et de l’autodéfense. Alors que Georges est parti au cinéma avec un ami voir un film avec Charles Bronson le clin d'œil est explicite, Maguy est victime d’une agression, ligotée par des cambrioleurs qui s’emparent de tout le mobilier."T’en fais pas, on sera remboursés par l’assurance au centuple", la rassure Georges, tandis qu’un policier constate le vol sans s’attarder. On ne parle pas grand-chose dans les médias, mais l’assureur se défausse et Georges, furieux, décide d’organiser une milice d’autodéfense avec ses voisins, un groupe nommé "Action immédiate". » L'épisode est diffusé quelques mois après les attentats d’Action directe. Ah bonjour ! Ah bonjour, les scénaristes ! Putain, les mecs ! « On bascule alors dans l’humour troupier. Les miliciens s’entraînent aux armes et à la marche au pas sous la conduite d’un adjudant retraité, misogyne et stupide, alors que les femmes de la série se liguent contre la bêtise des hommes."Mon beau-père est devenu un beauf", se désole l’une, tandis que Maguy revient sans cesse au bon sens : "La sécurité des gens, c’est la police. Si tu veux revivre la guerre que tu n’as pas faite, tu peux changer de femme." "Ça leur passera. C’est de leur âge", tempère la femme de ménage, qui ironise au passage sur les néo-miliciens : "Tiens, voilà Starsky et Hutch." De fait, les hommes se lassent, surtout quand l’un tire par mégarde sur le pied de l’autre. "Ah ! Ce qu’on est cons ! C’est ta femme qui avait raison." Ce n’est pourtant pas tout à fait le mot de la fin, puisque Maguy est à nouveau cambriolée, ligotée, la maison dévalisée. Pas de doute, les voleurs sont bien réels, mais la réponse ne saurait être milicienne.En guise de conclusion, entendons le couplet de Jean-Roger Caussimon, figure de la chanson engagée et fin observateur de son temps, dans le titre de 1975, Les Milices. »Attendez, on va voir ça. Je ne connais pas. C’est quoi ce bordel, Les Milices ? Alors, attendez, on va voir si ça existe… Jean-Roger Caussimon… OK. Ah ouais ? Ah ouais, ouais, oui. Bon ben, je découvre avec vous. Je découvre avec vous. D’accord ? On y va ? On y va, on y va. Alors attends, il y a une image qui me plaît bien…
Préparez vos fusils et créez vos milices, nostalgiques et utiles, et chasseurs de sangliers, des fois que des loubards viendraient dans le quartier. Suivez votre penchant, soyez de la police, à l’abri des volets de vos pavillons autarciques. Meubles, prose, insomnies, je suis toujours un certain, car la rue est peuplée de sombres anarchistes, de Noirs, de Portugais et de Nord-Africains. Vous, vous êtes le Français, Français à part entière, mais aussi un combattant et parfois résistant. Et cette honte au chemin de tortures et de sang, certains d’entre vous la referaient si c'était à refaire. Vous avez mérité, avant le dernier souffle, de vivre dans le calme et la tranquillité, d’endosser vos gilets, de chausser vos pantoufles et de fermer les yeux sur la réalité.
Voilà. Dans ce bouquin, je ne connaissais pas Caussimon. Je suis désolé. Un camarade de Ferré, nous dit M. Coltrane. Merci encore pour ton don l’autre jour, M. Coltrane. Je termine la lecture. « Tout y est : les loubards, les anarchistes, les immigrés incarnant une nouvelle menace, les volets des pavillons, les gilets, les pantoufles des honnêtes gens vieillissants, anciens combattants et même vétérans de la Résistance, preuve que la vision des milices ne se réduit pas à la dénonciation des anciens de Vichy. La peur et les armes. Répétons-le, l’autodéfense reste à l'état de fantasme dans la plupart des cas. Petit lobby un peu dangereux, mais plutôt idiot, phénomène de détail, selon le romancier Jean-Patrick Manchette, dont il a été question à plusieurs reprises à Au Poste. Jean-Patrick Manchette, notre maître à tous. Elle reflète davantage une frustration sociale ou un rapport contrarié à la modernité qu’une véritable contestation de l’ordre policier tel qu’il existe, étatisé et professionnalisé. Elle n’en aurait pas moins créé un climat de tension propice à la radicalisation des esprits. » C'était le chapitre 7 du livre Citoyens policiers, une autre histoire de la sécurité publique en France, de la Garde nationale aux voisins vigilants, d’Arnaud-Dominique Houte, historien de son état. Arnaud sera ici même, dans le canapé qu’il y a là-bas, demain matin à 9 heures, pour nous parler de son livre. Et moi, il me reste à lire ça. Il me reste aussi à lire d’autres passages à l’intérieur du bouquin. Mais je suis très, très content d’avoir lu ce chapitre-là avec vous.43 % pour la lecture en musique. Ah ! Donc vous voulez de la musique, plutôt. D’accord. Et sans musique, c’est moins. OK. Bon, très bien. Alors, attends, on la remet. Voilà. On la remet, c’est fait Chers amis, chers amis, je ne vais pas vous quitter comme ça. Je voudrais vous donner des nouvelles d’un ami. Alors attends, est-ce que c’est ça ? Voilà, c’est ça. Je voudrais vous donner des nouvelles d’un ami.
Voilà, excusez-moi. Il s’agit d’un dénommé Mathieu Rigouste. Nous sommes des champs de bataille, un film de l’ami Mathieu Rigouste, en cours de tournage, de montage, de sociofinancement. Rigouste plonge dans Milipol, le salon mondial de la sécurité intérieure des États, et décrypte le complexe militaro-industriel. Voici la bande-annonce de son film.
Depuis le début des années 2000, j’enquête sur le système sécuritaire tout en participant aux luttes sociales. Et, pour cette raison, j’ai été fiché par les services de renseignement français. Mais nous avons besoin de mieux connaître cette machine de guerre et de contrôle qui écrase les peuples. Alors j’ai décidé d’aller enquêter au cœur de Milipol, le salon mondial de la sécurité intérieure des États. Et lui, c’est l’un des dirigeants du GICAT, le lobby des industriels de la défense et de la sécurité. Un peu comme le boss final. — Est-ce que l’utilisation de certains matériels en sécurité intérieure permet d’ouvrir des marchés à l’export ? — Oui. À partir du moment où ce matériel est estampillé, validé par le ministère de l’Intérieur, etc.
Il est à gauche, Mathieu.
Non mais ils sont fatigués, ceux-là, fatigués ! — Ce qui porte les activités de Nexter, c’est le partenariat de confiance qui est en place avec les forces de l’ordre, notamment avec la DGA, depuis très longtemps. — Mais pourquoi est-ce qu’il y a encore des bases militaires en Afrique ? — Il y a l’intérêt de la France là-dedans — Rien que par rapport au fait de les utiliser déjà dans ces pays-là, et en plus contre nous, ici, la population. Et on sait très bien que ce n’est pas toute la population qui est concernée. — La police a changé. Il y a de nouvelles armes : bombes assourdissantes et grenades de concussion. — Toujours pousser plus loin notre volonté d'équiper les forces avec des armes qui vont couvrir à la fois les fusils d’assaut de précision, mais aussi notre gamme de produits non létaux, comme le Flash-Ball. — C’est ce qui explique que les guerres impériales servent de laboratoire d’essai avant que ça arrive ici. Ce sont des marchés qui sont en croissance, aussi bien en France que partout dans le monde. — Et nous, quel rôle jouons-nous dans ce système ? Et si ce système passe par nous-mêmes, est-il notre ennemi intérieur ? Peut-on lutter contre lui avec les mêmes armes, au risque de lui ressembler ? — Nous transforme, nous change. On ne supporte plus l’injustice. On peut nous voir forts et tout ça, mais on se bat contre nous-mêmes. Lorsqu’on prend la parole, on a l’impression d'être habité, d'être en transe. Au fond de nous, c’est une bataille. Et, à un moment donné, on se dit : il est où, le sable qui va faire arrêter cette machine, tu vois ? Pour comprendre ce qui est à l'œuvre et comment tout ça fonctionne, nous allons enquêter ensemble. Voici une carte d’enroulage et un plan d'évasion.
Voilà, les amis. Sachez que, voilà, exactement, nous avons besoin de votre aide financière. Logiquement, de toute façon, je vais vous mettre le lien. Euryale va le faire aussi. Voilà. J’avais relayé la campagne de financement le 17 janvier. Mathieu en était à 74 % du premier palier. 75 %, ce n’est pas tellement mieux. Alors, pour ceux qui ont plein de pognon, vous pouvez donner à Au Poste et vous pouvez donner à Mathieu. Pour ceux qui en ont moins, vous choisissez. On fermera les yeux sur votre choix, mais soutenez le camarade Rigouste, soutenez Au Poste. La riposte, qu’elle s’incarne par le film de Mathieu ou qu’elle s’incarne ici. Voilà, merci beaucoup. Qu’est-ce que je voulais vous dire ? Oh, John est là ! John Livingston est là ! Oh là là ! M. Coltrane, figure-toi que sur L’Ennemi intérieur, j’ai fait le premier article concernant ce livre-là. J’ai même gardé les épreuves. C'était dans Mediapart. Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur, Mediapart, ça doit être en 2007 ou 2008, quelque chose comme ça, de mémoire. Donc ça fait fort longtemps qu’on se connaît avec Mathieu, absolument. Voilà. Alors, John, je voulais te dire que je vais bientôt commencer les opérations de live du dimanche uniquement sur PeerTube. Voilà. Je ne sais pas encore quand exactement, mais ça ne va pas tarder. C’est marrant, la caméra n’est pas fluide. Qu’est-ce qui se passe ? Ça ne va pas tarder. Je te tiendrai au courant. Est-ce que c’est ce dimanche ? Est-ce que c’est un autre dimanche ? Je ne sais pas, mais ce sera bientôt. Ce sera bientôt. L’idée, c’est vraiment de mettre le turbo sur PeerTube. Donc les amis qui êtes sur Twitch, si vous nous suivez sur Twitch et non pas sur auposte.fr, vraiment, vraiment, inscrivez-vous à la newsletter d’Au Poste. Inscrivez-vous au site d’Au Poste, parce que c’est comme ça que vous allez être sûrs de ne rien rater de ce que nous faisons. Voilà. On a aussi vu, pour le pilotage du néon, normalement ça fonctionne. Oui, Glaudioman m’a dit ça, puisque vous avez travaillé sur ton API. Alors John, pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est le grand manitou du plugin de chat de PeerTube. PeerTube est la technologie que nous essayons de mettre en avant le plus possible, avec des émissions spéciales de test de charge, avec des émissions spéciales chaque année pour raconter où en est le développement, avec le fait que nous n’utilisons que PeerTube pour héberger toutes nos archives. C’est-à-dire que tout ce que vous voyez sur auposte.fr, c’est sur PeerTube. Et là, cette année, on va monter en puissance pour essayer de faire des lives uniquement sur PeerTube. Nous sommes des champs de bataille, c’est aussi ça. Être des champs de bataille, c’est aussi dire… Donc, pour tout ça, on a besoin de soutien, de votre présence, pour ceux qui peuvent, de dons. Je crois qu’il y a un donateur anonyme qui est passé tout à l’heure et je le remercie. Merci beaucoup au donateur anonyme pour son don de 21,06 €. Donc ça veut dire que c’est un donateur qui a fait un don de 20 € et qui, en plus, a dit : « Je paie les frais. » Voilà, c’est super. Merci beaucoup. Alors le néon, il est là. Vous ne le voyez pas parce que maintenant il est au-dessus du canapé des invités. Et donc demain matin, à 9 h, Arnaud sera avec nous. J’essaie de recaler Elsa Deck Marceau pour son superbe bouquin dans les jours qui viennent. Je vous tiendrai évidemment au courant. Ah, on a le reflet sur l’affiche, très bien. Eh ouais, l’affiche est sous verre, ce n’est pas ce qu’il y a de plus…Et voilà. À propos de s’ouvrir, je m'étais dit, je crois que c’est ce week-end, dans mes délires, que j’allais acheter un fond vert et que je ferais des conneries les jours où je suis tout seul. Je ne sais pas ce que vous en pensez. Ça pourrait être pas mal. Qu’est-ce que vous en pensez ? La green room ? Ça pourrait être pas mal. OK, les amis, je vais vous quitter. Donc je retiens que ça vous plaît qu’on fasse des lectures à voix haute en préparation d’interviews à venir. Je note que vous avez envie qu’il y ait un petit peu de musique en fond, plutôt en règle générale. Voilà. Rendez-vous demain. On a plein d’autres rendez-vous que je vous laisse découvrir sur le site auposte.fr. Je vous rappelle vraiment : essayez de laisser un e-mail sur le site auposte.fr, de vous inscrire, parce que c’est là que ça se passe. Merci beaucoup. Je vous dis à demain, les uns et les autres. Voici que les crédits défilent. Merci beaucoup, Ronan, merci Piscopat, merci Merlink, merci M. Coltrane, merci John, merci Pimiko, merci Euryale, merci Medbel, merci Supamurgeman. On devrait pouvoir ouvrir la partie communautaire en tant que telle. Elle existe déjà, mais pour l’instant on essuie les plâtres. J’espère, en fait, c’est ce que j’attends pour faire l'émission sur PeerTube : qu’on puisse vraiment ouvrir la partie communautaire du site, c’est-à-dire le Discord, mais de façon autogérée, donc sans utiliser la technologie Discord, en assurant que les données, nous les protégeons, elles sont à nous, elles ne sont pas à quelqu’un d’autre. Est-ce que c’est cette semaine ? Est-ce que c’est la semaine prochaine ? En tout cas, dans la foulée, il y aura l'émission PeerTube pour ça.
À demain, les amis. Demain, 9 h avec notre invité. C’est promis, c’est juré, c’est vendu, c’est empaqueté ! Merci beaucoup à vous tous et je vous dis à demain, 9 h, ou à tout de suite sur le site auposte.fr. Rendez-vous demain, 9 heures !
