La France vulnérable à un « choc autoritaire » + docu sur Jean Zay
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Amis du café, amis de la police, amis des matinales, il est 7 heures 5 minutes, France Déter, et regardez-moi ce magnifique bol offert par Mathilde Larrère. Un bol breton pour nos amis aupostiennes et aupostiens bretons. Bonjour tout le monde ! Et vous savez pourquoi je suis en retard ? Parce que c’est la journée des cadeaux ! Regardez ! Ça y est ! Café Machin pense à nous ! J’en ai plein ! J’en ai plein, du café ! Attends, qu’est-ce que c’est ? Hop ! Pourquoi il est à l’envers, celui-là ? Et voilà ! Et ici et là, et voilà : « Il y a du café. David, je te souhaite de faire plus de matinales sans café. » Ah non, pardon : « Je te souhaite de ne plus faire de matinales sans café. Voilà de quoi repartir. Un badge à flasher pour lancer l’alerte lorsque les stocks arrivent à leur fin. » Merci Café Machin. Comment allez-vous les uns les autres ? Café Machin, torréfacteur de Redon et de Nantes, le meilleur café de l’Ouest. Comment allez-vous les uns les autres ? Merde, j’ai pas le tchat sous les yeux. Je me disais bien, ça va être le bazar ce matin. Je ne sais pas pourquoi, je sens que ça va être le bazar. Comment allez-vous les uns les autres ? Bonjour à vous tous ! Bienvenue sur France Déter, la matinale d’Au Poste. C’est l’heure, il est 7 h 07, la machine à café est pleine et je vais boire une petite gorgée. Ah, attends que je règle ça un petit peu mieux. Voilà, voilà, il y a du café ce matin. Oui, oui, oui. C’est pour ça que ça va très, très bien. Comme chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. France Déter accueille des invités, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages, des oiseaux et des luttes, explore le passé et trie le présent. C’est en direct, c’est fait maison, comme le café. Et préparez-le justement, le vôtre. Au menu de ce lundi, à 7 h 30, dix ans après sa panthéonisation, Jean Zay revient hanter l’actualité française. Il a fallu dix ans à l’historien et cinéaste Laurent Véray, notre invité, pour obtenir l’accès aux archives privées de ce ministre du Front populaire, emprisonné quatre ans par Vichy avant d’être assassiné salement, évidemment, par la Milice en 1944, dont certains… pas les tueurs, mais certains miliciens, ont fait partie des fondateurs du Rassemblement national, on ne cessera de le répéter. Le documentaire de Laurent Véray, Haute Solitude, refusé par France Télévisions, qui jugeait la figure de Jean Zay pas assez connue, est sorti en salle mercredi dernier, justement en pleine remontée de l’extrême droite, que le réalisateur entend éclairer par le passé. 8 h 30, sept mois avant la présidentielle, un rapport de dix juristes alerte : « La France est vulnérable à un choc autoritaire. » Et oui, si vous voulez des bonnes nouvelles, allez sur France Culture ou France Inter. Ici, c’est les vraies nouvelles. Léa Balage El Mariky a demandé ce rapport, comme deux autres élus écologistes. Elle sera à Au Poste à 8 h 30. Nous parlerons aussi de l’IGPN, nous parlerons de la météo des luttes, de notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, et sachez qu’il y en a un paquet, notamment ce soir. Venez, venez, venez ! Si vous êtes sur Paris, venez au Point Éphémère pour notre première de Faire mieux, émission coanimée avec les copains du média Fracas, emmenée par Michel Feher, le philosophe bien connu de nos services. Au Poste, à partir de 19 h 30, Club de la presse indépendante. 19 h 30, 21 h, débat autour de l’internationalisme, sans œillères et sans campisme, et ensuite un concert. Tout ça est gratos. Vous pouvez grignoter un petit truc, boire un petit truc, discuter, rencontrer les équipes, voilà, faire société, se compter, pour s’armer pour la bataille dans laquelle nous sommes plongés. Faut arrêter de dire que ça va commencer. Non, non, on est en plein dedans. Comment allez-vous ? Bonjour Au Poste, bonjour à tous. Du bazar. ATGR, qui donc est content qu’il y ait du café. « Bonjour, café en main », nous dit Gloubituc. Pixel : « Allô Houston, ici Apollo. » Est-ce que ce sera diffusé ici ? Bien entendu, bien entendu, pour ceux qui ne peuvent pas venir. L’émission de ce soir sera bien sûr en direct, comme toujours, pour Au Poste. Et pour ceux sur Paris, parce qu’ils y habitent, ceux qui sont de passage, vraiment, venez. En plus, le Point Éphémère, c’est un super lieu central. Donc on vous attend ce soir. Par contre, on commence par la revue de presse. Attends, ne bouge pas. Attention à la petite revue de presse.
Parce que votre histoire de merde, là, plus la fatigue, c’est pour ça que j’ai besoin d’un petit remontant. Je vais demander un petit café.
La revue de presse. Alors, comme vous le savez sans doute, Le Monde nous apprend, comme tous les autres journaux, que le parti héritier des fondateurs du Front national vient de faire son entrée, pour la première fois… En tout cas, le Rassemblement national vient de faire son entrée pour la première fois, le FN l’avait déjà fait, mais là c’est assez massif, puisqu’en réussissant à former un groupe au Sénat pour la première fois, le Rassemblement national conforte son récit de marche vers le pouvoir. En ajoutant neuf sénateurs à ses trois élus, et avec l’appoint de trois sénateurs UDR, le RN va obtenir des moyens supplémentaires. Ces scores témoignent de sa popularité auprès des maires ruraux. Bardella appelle les élus de la droite à rejoindre le parti d’extrême droite. Un groupe au Sénat, ça veut dire notamment la faculté de lancer des commissions d’enquête. Et à mon avis, ils vont s’en donner à cœur joie. C’était donc la une du Monde, qui nous dit également que la gauche résiste et LFI fait son entrée, mais les divisions persistent, puisqu’en gros l’extrême droite a grignoté des sièges à la droite et au centre. Voilà, ce qu’on appelle le centre, on est bien d’accord, l’ancienne droite, quoi. Parce qu’on appelle enchaînement la droite. Voilà. C’est la une du Monde. Pour L’Humanité, aujourd’hui : « Deux ans après… » Alors, il y a également sur la droite un petit article sur les élections sénatoriales qui ont eu lieu, donc, hier. Nous en parlerons ce soir au Club de la presse indépendante. Le titre est assez marrant parce que la coupe est assez malheureuse : « 12 nouveaux élus pour le RN, la droite conserve sa majorité, le PS se maintient, ce qu’il faut… » Non, j’imagine que c’est « Ce qu’il faut savoir », voilà, ce qu’il faut retenir des sénatoriales 2026. Mais L’Huma, faites gaffe quand même, parce que parfois, parfois, les césures sont malencontreuses. Voilà, on aurait l’impression que L’Huma est contente qu’il y ait douze… Ce qui n’est pas le cas, évidemment. Douze nouveaux élus pour le RN, la droite, etc., etc. « Deux ans après son inscription dans la Constitution, pourquoi l’accès à l’IVG est toujours entravé en France », c’est à lire dans L’Humanité, frais du matin. Mediapart : « Fin de partie : l’écologie politique face à son impasse stratégique. » Comment le parti Les Écologistes, anciennement Les Verts, puis EELV, peut-il aborder l’élection présidentielle de 2027 aussi mal en point ? Et quelles sont ses perspectives face à l’hégémonie de LFI ? Mediapart donne la parole à six de ses anciennes têtes d’affiche pour comprendre la fin d’un cycle. C’est à lire dans Mediapart. Mediapart, dont je lirai tout à l’heure le compte rendu assez succulent du procès de Rachida Dati. Photos terrifiantes, magnifiques, de Denis Allard, me semble-t-il, photographe de Libération depuis un certain nombre d’années, mais toujours plein de talent. C’est ce qui reste à Libération, c’est beaucoup ça, la photo. Très belles photos dans la pénombre d’un […] qui exulte. « Sénatoriales : pour la première fois, le Rassemblement national aura un groupe parlementaire à la Chambre haute. » Le scrutin de dimanche a vu le RN réaliser une percée suffisante pour constituer un groupe d’au moins quatorze sénateurs avec ses alliés de l’UDR d’Éric Ciotti, au sein de l’assemblée qui reste dominée par la droite traditionnelle. C’est la une de Libé. Franceinfo. Voilà, bah là, c’est moins… Voilà, pardon pour le photographe, mais là, la photo est moins forte, voilà. La photo est moins forte. Bardella : « Cela va nous permettre de rentrer dans le jeu institutionnel. » Ce que change l’obtention historique par le RN d’un groupe parlementaire au Sénat. Avec onze élus, l’alliance entre le Rassemblement national et l’UDR d’Éric Ciotti réalise une percée au Sénat, censée aider Marine Le Pen pour sa campagne présidentielle. Politis : « Petite manœuvre pour endiguer la vague. » C’était la une de vendredi, évidemment. Maintenant, on a les résultats, mais il nous plaît de citer Politis dans cette revue de presse. Alors, Reporterre, le média de l’écologie : « Open bar anti-écolo : le basculement réactionnaire du Sénat », c’est l’enquête de Reporterre. « L’écolo-bashing est en train de gagner tout le Sénat », nous dit le dessinateur. « C’est la loi Duplomb qui se métastase », répond le dessinateur. Le Sénat français penche de plus en plus à droite. Historiquement dominé par les conservateurs, il verse de plus en plus dans l’anti-écologie avec le consentement de la Macronie. Récit d’un basculement, c’est à lire dans Reporterre. Oui, Euryale, tu as raison, c’était la même photo, une photo d’agence. Photo d’agence qu’on retrouve en une du Monde et de Franceinfo. Contre Attaque : « Clermont-Ferrand : une voiture fonce délibérément dans la manifestation pour le climat, quatre blessés, dont une femme de 80 ans. » Il y a trois semaines, dans la Marne, un patron avait foncé sur les grévistes de son entreprise avec un autocar. Je rappelle que Contre Attaque est basé à Nantes. Oh là là, le fameux Café Machin… Voilà, on continue. StreetPress, qui nous fait l’honneur d’être présent ce soir à notre revue de presse, dans notre Club de la presse. On a Mathieu Molard. Il sera donc ce soir, à 19 h 30, au Point Éphémère, pour la revue de presse. Et on parlera notamment de cet article confondant : « Lors de la canicule, des étudiants parisiens ont vécu un calvaire dans un Crous. » Ça se passe dans le 18e arrondissement et, au moment du pic de la canicule, figurez-vous, pas de courant du tout, électrique, donc pas notamment d’aération, d’aérateur et compagnie. Et qui montre une précarité, une précarité des logements étudiants. Et le Crous n’a rien voulu savoir, en disant que le problème venait d’ Enedis. Bref, c’est à lire dans StreetPress. Et ce sera, entre autres choses, donc, l’idée de notre rendez-vous avec Michel Feher, Faire mieux, c’est vraiment d’essayer d’apporter une émission en public autour de la campagne électorale. Donc cet article-là et d’autres de l’équipe de Socialter, de Rembobine et de Blast seront l’occasion de parler, évidemment, de la canicule et de l’écologie dans la campagne présidentielle. Arrêt sur images : « M6 et le festival des mégajoutes, quatre ans de fascination. » Et un retour, évidemment, sur l’affaire autour de […] Aurélien, de phénomènes littéraires à polémiques sur l’IA. C’est à lire sur Arrêt sur images. Les Jours : « Un quart des automobilistes français sont lésés par la SUVification. » Dépendance au pétrole, voitures de plus en plus grosses, désengagement de l’État, entretien avec Léo Larivière, de l’ONG Transport & Environnement. C’est une interview recueillie par Sofiane Fadène et c’est à lire dans Les Jours. Exactement, Marie nous dit que c’est le seul, Contre Attaque, à parler de cette agression à Clermont. Oui, dans les médias indépendants, je ne l’ai pas vu ailleurs, donc pardon si je me suis trompé. Et ailleurs, n’en parlons pas. Ça fait du bien, je ne vous cache pas qu’à 7 h 22, ça fait du bien, un bon bol. Qu’est-ce que j’ai d’autre en magasin ? Bah, Orient XXI, bien entendu : « Yémen : guerre régionale, enjeux mondiaux », c’est une analyse d’Hélène Lackner. Le Yémen, qui sera d’ailleurs le sujet, au mois d’octobre, de la première de la saison d’Orient XXI sur Au Poste, ainsi que des articles sur Gaza, sur les élections en Israël et sur le Sud-Liban. Ah oui, alors bon, chaque fois, c’est pareil. Alternatives économiques. Éric Berr : « Le mariage de Marx et de Keynes au milieu du programme de Jean-Luc Mélenchon. » Alors justement, avec l’ami Théo, que je salue, qui fait partie de l’équipe de rédaction et des réseaux sociaux d’Au Poste, on cherche quelqu’un avec qui faire débattre Éric Berr. Donc Éric Berr a publié un livre sur le programme économique de LFI et, comme vous le savez, on a envie de développer à Au Poste des conversations à trois, avec des gens pas forcément en désaccord, mais pas forcément en accord, mais histoire d’apporter un petit peu, un petit peu d’émulation, d’émulation intellectuelle. Donc si vous avez des idées d’économistes, et notamment d’économistes femmes, pour la parité, quoi, tout simplement, parce qu’on y tient à Au Poste, eh ben n’hésitez pas à nous suggérer des noms d’économistes pour discuter du programme, notamment de LFI. Venez sur le Discord, n’hésitez pas. Vous trouverez tous les renseignements sur notre site auposte.fr, qui est la porte d’entrée idéale pour discuter avec nous. D’autres en magasin ? Bah, je crois que c’est tout. Attends, non, il y a, bien sûr, il y a… Hop, hop, hop ! Qu’est-ce que j’ai ? Il y a Basta ! : « Pompiers en grève : les raisons de la colère. » C’est la une de Basta ! Et nous avons aussi… Alors attends, c’est sous le café. Ah ! Il est là, il est là ! Il est là, il est là. Qu’est-ce qu’elle est magnifique, cette nouvelle maquette ! Alors moi, j’en reviens pas. Voilà, L’Âge de faire, nouveau numéro de L’Âge de faire. Numéro papier : « Les pesticides interdits de BASF », « Photovoltaïque et boucle solidaire », « Grave danger sur les éditeurs indépendants ». C’est la une de L’Âge de faire, un journal, je dirais, du sud de la France, qui est disponible dans des librairies, dans des lieux cools et sur abonnement. L’Âge de faire, la patate ! La patate. Et voilà, je leur avais dit : pas de problème, évidemment, on présentera… comment dirais-je ?
Le café de M. Martinaud. C’est celui-là. C’était le café de M. Martinaud.
Alors, je vous avais dit tout à l’heure que je vous lirais un papier de Mediapart en attendant notre invité Laurent Véray, qui va venir, si tout va bien, à 7 h 30, 7 h 35, pour nous parler de son très, très beau documentaire sur Jean Zay, qui est sorti mercredi dernier en salle, partout en France, en tout cas partout où il y a des cinémas d’art et d’essai dignes de ce nom. « Fichez-moi la paix ! » Bombardée de questions à son procès, Rachida Dati s’emporte. Confrontée aux avocats de Renault lors du cinquième jour de son procès pour corruption, l’ancienne eurodéputée a été incapable de détailler les missions d’avocate qu’elle est supposée avoir effectuées pour la firme automobile. Elle a violemment attaqué les parties civiles. David Perrotin, de Mediapart, était dans la salle, il raconte. Elle les avait systématiquement ignorés. Depuis une semaine qu’a débuté son procès pour corruption et trafic d’influence, Rachida Dati avait pris le soin d’esquiver Maîtres Gossens et Aéry, les deux avocats de la nouvelle direction de Renault. Sa défense a même tenté, en vain, de les écarter, plaidant leur irrecevabilité. Les craignait-elle ? Pourquoi les éviter ? « Parce que nous avons une connaissance intime du dossier, de l’entreprise et des mécanismes juridiques qui entourent les missions que Madame Dati prétend avoir menées », avait lâché Camille Aéry lors du premier jour. L’ancienne ministre, rémunérée, attention les amis, attention les amis… Je vous demande d’écarter les oreilles sensibles de vos enfants et de poser vos tasses de café. Ne vous brûlez pas. L’ancienne ministre, rémunérée 900 000 euros entre 2010 et 2012, ça fait donc 450 000 par an, 450 000 par an, par Renault-Nissan, pendant qu’elle était députée européenne, dit qu’elle remplissait une mission d’avocate. Le Parquet national financier, lui, l’accuse d’avoir dissimulé une activité de lobbying. La firme automobile aussi. Ah bah merde alors ! Ah bah merde alors ! En 2018, lorsque Carlos Ghosn est arrêté au Japon, l’entreprise française diligente un audit, mène des investigations et signale plusieurs malversations à la justice. Le puissant patron déchu, exilé au Liban, est toujours absent du procès, poursuivi pour corruption et trafic d’influence. La nouvelle direction de Renault se considère aujourd’hui victime et se porte partie civile. Les deux avocats de la firme, minutieux, précis et tranchants, ont donc questionné, jeudi, la maire du 7e arrondissement de Paris. Des heures durant, elle a encaissé, attaqué, mais elle a surtout subi. Je vois que Laurent Véray est arrivé dans les coulisses, je le salue et je te dis, mon cher Laurent, je termine la lecture d’un article et ce sera à toi et à Jean Zay, donc, dans quelques instants. En audition, pendant l’enquête comme devant le tribunal, l’ancienne ministre a justifié ces honoraires astronomiques par des activités complexes, de nombreux séjours à l’étranger, des rencontres avec les plus grandes autorités. Elle devait aider la firme automobile à se développer au Maghreb et au Moyen-Orient. Elle devait déployer ses compétences au Maroc, en Algérie, en Turquie, en Iran. « Mais encore ? Mais encore ? », demande Gossens, puisqu’il n’y a pas de trace de son activité, qu’elle soit au moins précise. « Je sais que vous voulez réduire mon travail d’avocat à : on prend un thé, on discute, on est entre Arabes », fulmine Rachida Dati. « Mais je sais lire et écrire, je suis française. » Attends, faut que je retrouve les… Indignation et brouhaha dans la salle. La présidente menace de suspendre l’audience, mais celle-ci se poursuit. Philippe Gossens se penche désormais sur les activités qu’elle est supposée avoir menées en Inde. Il fallait travailler sur la réglementation des quadricycles pour Renault-Nissan, affirme-t-elle. « C’est-à-dire ? », insiste-t-il encore. Vérifier si la réglementation européenne était transposable, poursuit la maire, toujours sur la défensive. Problème, l’avocat fait remarquer qu’il n’y avait aucune règle à transposer, encore moins d’avocats à déployer, et termine sa démonstration par une seule question : « Si je vous indiquais qu’au sein de Renault, ce sont des ingénieurs qui s’occupent de ces questions, est-ce que ça vous étonnerait ? » Camille Aéry prend le relais, s’attarde sur ses missions à Téhéran et les sanctions qu’elle est censée avoir évitées à son client. « Quelle est la nature des sanctions qui avaient un impact sur l’activité de Renault en Iran ? », interroge-t-il, un avocat face à une prévenue, un professeur face à son élève. « Tout est au dossier, j’ai tout remis », s’agace l’élue, incapable de livrer le moindre détail. « Madame Dati, rien n’est au dossier. Le seul texte qu’en six ans d’instruction vous avez remis est une résolution des Nations unies de 2010 dans laquelle il n’y a pas une seule référence au secteur automobile », corrige-t-il. Oh purée ! L’avocat avance et la questionne encore et encore. Le supplice dure. « Comment avez-vous pu travailler sur des sujets aussi sophistiqués sans qu’il n’y ait aucune trace ? », tente-t-il à nouveau. Dati élude, digresse et s’énerve. Dans le dossier, il y a bien des documents de Renault sur le Parlement européen ou des notes rédigées par Dati envoyées à Renault. Mais les traces d’une activité d’avocate, elles, sont introuvables. Alors, comme pour combler ce vide, l’ancienne ministre parle vite, égrène des noms, liste des tas de rencontres et d’échanges, toujours tenus dans le plus grand secret. Avec l’ambassadeur d’Iran en France, le patron de la DGSE ou les Gardiens de la révolution ? « Les Gardiens de la révolution ? », s’arrête un instant l’avocat. « Vous avez échangé avec une organisation classée comme terroriste depuis 2007 ? Où ? Quand ? Comment ? », veut savoir Maître Aéry. « Faut arrêter ! Je vous ai déjà vu faire ! Ça ne m’impressionne pas », rétorque-t-elle. « Vous aimez vous écouter parler, c’est votre grande frustration de ne pas faire de la politique ! » Putain, la défense ! Avant de l’attaquer plus directement : « Maître Aéry, vous m’avez insultée sur les réseaux sociaux pendant des années. Je peux verser tous les éléments au dossier, des tweets racistes, sexistes, sur ma fille. » « Suspension », ordonne la présidente Claire Sass, qui veut que la tension baisse. « Retrouver la sérénité, c’est le vœu le plus cher du tribunal », implore-t-elle. Je continue parce que j’ai l’impression qu’on est en train encore de faire des… des réglages en régie. Est-ce qu’on peut me dire dans le tchat ? Est-ce que Théo, tu peux me dire dans le tchat si c’est bon ou pas ? Si c’est bon, je clos la lecture, sinon je continue. Je n’ai pas de nouvelles, là. Que se passe-t-il, là ? Je continue, je vais essayer d’accélérer. Une petite goutte de café. Au retour dans la salle, les avocats des autres parties civiles posent à leur tour leurs questions, mais les enrobent de mille précautions. « Ne vous fâchez pas, Madame Dati, s’il vous plaît », anticipe Claire Josserand-Schmidt, l’avocate de l’association Anticor. « Il n’y aura ni misogynie ni racisme dans mes questions », prévient celle de Transparency International France, Clémence Witt. Au fur et à mesure que la journée avance, une question émerge : qui est vraiment Rachida Dati ? Alors chacun dresse son portrait. Pour Clémence Witt, elle n’hésite pas à s’arranger avec la vérité, à dissimuler ou à exagérer. Biographie à l’appui, elle l’interroge alors sur son parcours professionnel, ses premiers jobs, ses diplômes. A-t-elle menti ? « Madame, je n’ai pas eu votre vie. À 14 ans, j’ai commencé à travailler. Ensuite, il y a eu beaucoup de moments extrêmement violents. Fichez-moi la paix ! Je ne suis pas devenue magistrate avec des faux ! », explose Rachida Dati. Elle se dépeint en victime de la presse, de ses ramassis de ragots, se confie sur son enfance difficile et évoque sa famille, une charge immense qui pèse sur elle. « De quoi Rachida Dati est-elle le nom ? », s’interroge à son tour Jérôme Karsenti, l’avocat de l’association AC Anti-Corruption. Il revient sur le fond du dossier, fustige sa double tenue de camouflage, d’abord une robe d’avocate, ensuite une combinaison de députée, pour dissimuler autre chose. La magistrate, ancienne ministre de la Justice, eh oui, qui a confié détenir un patrimoine de plus de, attention, attention, les oreilles sensibles, le café à nouveau, attention à vous, un patrimoine de plus de 5 millions d’euros, se défend étrangement et donne à voir, selon l’avocat, un triste visage de sa fonction d’eurodéputée : une parlementaire sans pouvoir, peu investie et peu présente, qui n’a cessé de parler d’elle et jamais de ses électeurs et électrices. Une responsable politique qui, selon Maître Karsenti, a clairement entrepris une démarche d’enrichissement. Laurent, je serai à toi dans quelques instants, si tu peux me faire un petit signe de tête pour me dire si tu entends tout bien. J’ai l’impression que les réglages continuent. Il est tard jeudi. L’avocat de Renault conclut les plaidoiries. Rachida Dati l’ignore, mâche compulsivement un chewing-gum et lui tourne ostensiblement.Arrêtez avec vos adverbes, les gars ! Arrêtez les adverbes ! L’adverbe tue, il faut tuer les adverbes. Bon bref, ostensiblement le dos. Camille Aéry démonte point par point les arguments de cette tacticienne, souligne les incohérences du dossier, revient sur les affirmations, parfois loufoques, de certains de ses témoins. « Madame Dati a été dans une stratégie performative. Elle a essayé de créer une vérité exclusivement autour de sa parole. Mais l’exercice judiciaire s’appuie sur des faits précis, des noms, des dates. Face à des questions simples, elle a rempli l’espace, cité des noms, parlé de choses complexes. » Carlos Ghosn et Rachida Dati sont bien coupables, selon lui. L’ancien patron de la firme automobile a bâti un empire de dissimulation et l’ancienne eurodéputée n’aurait été rien d’autre que sa lobbyiste. « Dans l’armée, ceux qu’il faut le mieux payer sont les espions, pas les généraux », poursuit-il. « Pour décider, on a besoin d’informations. » Carlos Ghosn en aurait eu besoin et Rachida Dati en avait. « Elle a exploité l’influence qui était la sienne et n’a cessé de lui rappeler qu’elle était à sa disposition », ajoute l’avocat, pour qui les deux prévenus ont bien noué un pacte de corruption. Les réquisitions du PNF, Parquet national financier, et les plaidoiries sont prévues pour aujourd’hui. Bah, l’honnêteté commandera de faire, rappelez-moi, de le faire, de vous donner des nouvelles dans la prochaine matinale de France Déter, quoi. C’est la moindre des choses. Alors, je crois que Laurent est là. Je le mets, attention, à l’antenne. Bonjour Laurent.
Bonjour David. Comment ça va ?
Ça va pas trop mal, je te remercie.
Mais quel est ce magnifique vaisselier derrière vous ?
En fait, je suis un peu sur la route de Poitiers pour aller présenter le film, justement, et j’ai fait une petite halte dans une petite maison de campagne. Donc voilà, ça explique le décor qui se trouve derrière moi.
C’est un décor très Jeanzien, d’une certaine manière.
Un peu rétro, on va dire, oui, un petit peu rétro.
Qui était Jean Zay ? Je vais montrer tout à l’heure une petite bande-annonce, évidemment, de votre documentaire. Je vais lire le petit résumé de votre documentaire, qui est donc sorti au cinéma mercredi dernier, qui est encore à l’affiche : « Il devient, à 31 ans, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire, en 36. Il est arrêté puis détenu pendant quatre ans par le régime de Vichy en raison de ses idées politiques dans la France de l’Occupation. Depuis sa cellule, devenue un espace-temps hors du monde, il entreprend un retour sur son passé et sur lui-même. Il se projette également dans le retour de la démocratie en France. » C’est tout l’objet de votre documentaire. Qu’est-ce que l’on doit à Jean Zay ?
Alors, Jean Zay, c’est une personnalité politique importante dans les années, on va dire, 20, 30, et qui est un petit peu oubliée aujourd’hui, même s’il a été panthéonisé en 2015. Alors, il est resté… Il faut résumer un petit peu quand même sa carrière politique. Il est rentré en politique alors qu’il était très jeune, il avait 27 ans, et il a donc été élu député du Loiret avant de jouer un rôle assez important dans le parti qui était le sien, c’est-à-dire le Parti radical, on dirait les radicaux de gauche aujourd’hui. Et c’était lui, notamment avec Pierre Cot, on va dire, des jeunes loups de ce parti politique qui, déjà, va jouer un rôle crucial au moment du Front populaire, c’est-à-dire qu’ils font partie de ces jeunes loups dans ce parti qui est plutôt un parti de vieux, d’hommes politiques un petit peu anciens. Ils vont apporter un souffle nouveau, et c’est eux qui vont pousser justement à l’alliance qui va conduire au Front populaire et à l’arrivée au pouvoir, en 1936, de Léon Blum. Et il est appelé au gouvernement par Léon Blum pour être ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts. Alors, il va beaucoup œuvrer dans ce ministère, d’autant que finalement il va y rester. Après la chute de Léon Blum, après la chute du Front populaire, il reste encore sous des gouvernements, justement, radicaux, qui sont donc des gouvernements plutôt centristes. Il va rester au pouvoir dans son ministère et il va poursuivre les réformes qu’il avait entreprises, notamment dans le domaine scolaire. On peut citer cette réforme quand même très importante qui est l’allongement du temps scolaire obligatoire, qu’il porte à 14 ans. Il introduit le sport à l’école, pour les jeunes aussi. C’est lui qui va être à l’initiative de la création des classes qu’on appellera les classes vertes, c’est-à-dire les élèves qu’on sort de l’école pour les emmener dans des lieux qui peuvent être non seulement la nature, mais aussi dans des lieux culturels. Et puis alors, sur le plan justement culturel et artistique, il a beaucoup fait. Il est à l’origine de la création du CNRS, d’un certain nombre de musées. On se souvient aussi, puisqu’on en a parlé encore il n’y a pas très longtemps, qu’il est à l’origine de la création du Festival de Cannes, qui devait avoir lieu en 1939 mais qui, du fait de la déclaration de guerre, a été repoussé. Le Festival de Cannes, créé pour contrer le Festival de Venise, qui était aux mains des fascistes. Donc voilà, c’est quelqu’un qui a joué un rôle vraiment très, très important.
Alors, ce n’est pas tout à fait gratuit, cette petite leçon d’histoire, parce que, Laurent, vous êtes connu pour vos travaux d’historien sur le cinéma, et je trouve qu’il est toujours bon de rappeler que le Cannes d’aujourd’hui a un peu oublié ses racines, puisque, en effet, c’était Jean Zay. C’est aussi la CGT, me semble-t-il, qui a toujours d’ailleurs une place dans le board du Festival de Cannes, et effectivement qui s’était créé en résonance avec celui de Venise, aux mains des mussoliniens. Voilà, c’est ça l’idée. Alors, je vous propose qu’on regarde la bande-annonce de votre film et on revient sur le fond et sur la forme, très intéressante, de Haute Trahison, donc Haute Solitude, pardon ! Oh là là, quelle erreur ! Haute Solitude, Jean Zay, prisonnier politique, signé donc de vous-même, Laurent Véray, et raconté magnifiquement par Éric Caravaca. Alors j’espère, moi je suis comme vous, j’ai des petits moyens, j’espère que la bande-annonce va partir, mais ça devrait le faire. Attention, j’y vais.
Ils m’ont infligé une peine qu’on épargne à des assassins, à des traîtres. Je suis condamné à une peine politique qui n’a jamais été appliquée depuis la Commune. Je suis innocent. Au fort Saint-Nicolas, Marseille, dimanche 8 décembre 1940. De 8 heures du matin à 5 heures de l’après-midi, la lucarne laisse passer un jour avare. Je garde ma foi, mon espérance, mon courage, mais il m’en faut beaucoup plus. Mais de 5 heures de l’après-midi à 8 heures du matin, je suis plongé dans l’obscurité totale. Le plus dur, c’est la solitude si totale, ce silence lourd et épais qui m’enveloppe. J’ai l’impression de vivre en dehors du temps et de la réalité. Où serai-je le printemps prochain ?
Voilà. Tandis que la machine à café broie du grain, merci beaucoup, Laurent, pour votre film. On va parler de, si vous voulez bien, pour commencer, de la forme. Là, on vient d’entendre le travail monumental que vous avez fait sur le son. Est-ce que vous pouvez nous parler de ce travail, de comment vous le qualifieriez, de design sonore, de bruitage, d’ambiances ? Racontez-moi comment vous avez fait.
Oui, effectivement. Je suis très content, David, que vous insistiez sur la dimension formelle et notamment sur la question du son. Effectivement, c’est un film qui a vraiment été conçu pour le cinéma, donc pour être vu dans de bonnes conditions de projection d’image et de son. Et la bande sonore… Alors, il y a eu plusieurs étapes, bien comme souvent dans un film. D’abord, des prises de sons réelles qui ont été effectuées au moment des tournages ou durant les lieux de tournage, parce qu’il y avait assez peu de sons synchrones, finalement, puisqu’il n’y a pas de dialogue. On est dans un récit, on a une voix off. Et donc les enregistrements des sons se sont faits au moment du tournage, dans les lieux dans lesquels on a tourné, notamment évidemment les prisons : la prison de Riom, la prison de Clermont-Ferrand, la prison de Marseille. Il y a énormément de sons qui ont été captés dans ces espaces carcéraux, beaucoup de sons qui ont aussi été enregistrés à l’extérieur, dans les villes, puisque la particularité des prisons de Riom et de Clermont, c’est qu’elles sont vraiment en centre-ville, comme l’étaient la plupart des prisons au XIXe siècle. Et c’était donc cette matière sonore, les bruits de portes, les verrous, les pas dans les couloirs, les escaliers des prisons, qui ont été enregistrés très consciencieusement au moment du tournage et qu’on a retravaillés ensuite au moment du montage, et qui ont ensuite été retravaillés avec la monteuse sonore Amélie Canini et qui ont aussi été retravaillés au mixage. Mais ce qu’il faut dire, c’est qu’au-delà de ces « sons réels » qui ont été captés au moment des tournages, il y a aussi énormément de sons qui viennent de l’époque. J’ai beaucoup écouté des émissions de radio, la radio de Vichy notamment, pendant cette période, entre 1940 et 1944. Donc il y a des textures sonores qui proviennent de ces radios. Il y a des extraits, parfois, de discours. Il y a des morceaux de musique qu’on entend parfois. J’ai aussi travaillé sur des discours politiques, dont certains discours de Jean Zay qui ont été enregistrés et dont on perçoit par moments comme ça des échos. Donc on perçoit sa voix, en dehors aussi de celle d’Éric Caravaca qui l’incarne d’une certaine façon. Il y a vraiment eu tout un travail sonore. Et puis ce travail, à partir des bruitages, des extraits d’émissions de radio ou de discours contemporains, se mêle à un travail qui est fait par Martin Wheeler, avec lequel je travaille depuis longtemps, qui, lui, se définirait. Alors, c’est un musicien, c’est un compositeur, Martin, mais il se définit comme justement un créateur sonore. C’est-à-dire que ses musiques, souvent, se fusionnent, je dirais, se mêlent avec les sons enregistrés. D’ailleurs, c’est quelque chose qu’on a l’habitude de faire et qu’il fait, je crois, avec pas mal de cinéastes avec lesquels il a l’habitude de travailler. C’est-à-dire qu’on lui donne des éléments sonores, lui-même s’en inspire pour créer certaines de ses musiques. Il va retravailler certains sons qu’il va même finir par se réapproprier. Il y a un travail sur la bande sonore qui fait que la musique, pour le dire vite, et les éléments sonores se mêlent étroitement et contribuent évidemment, avec la voix, en plus, d’Éric Caravaca, à essayer de rendre compte de l’univers sonore du prisonnier. Ça, c’est quelque chose qui m’intéressait beaucoup, d’une manière générale. Je dirais pas que pour le son, du reste, mais aussi pour l’image, d’essayer de retrouver une perception, s’approcher, on ne peut pas la reproduire, bien sûr, mais s’approcher de la perception sonore, visuelle, qui était celle de ce prisonnier, qui était Jean Zay, et qui va justement développer, comme beaucoup de prisonniers, me semble-t-il, une acuité sonore. C’est-à-dire que quand on est enfermé, on est beaucoup plus attentif à tout un tas de petits détails, de petits bruits qui pourraient paraître complètement insignifiants, je dirais, en temps normal, qui prennent des proportions exceptionnelles. Et donc il y a aussi une sorte d’amplification, par moments, de certains sons qui peuvent paraître très présents, parfois même très forts, mais c’est pour essayer, comme je viens de l’expliquer, de se rapprocher un petit peu de cet univers sonore de la prison, qui est très particulier et dont les prisonniers parlent très souvent.
Il faut attendre, me semble-t-il, la 21e minute pour entrevoir les premières, et d’ailleurs les dernières, je crois, en tout cas les rares images d’actualités cinéma. C’est-à-dire qu’à l’inverse de beaucoup de documentaires historiques, vous utilisez peu cette matière. Et alors, puisque je parle à un cinéaste, petit détail, si à un moment donné dans l’entretien vous pouvez vous reculer un tout petit peu afin que nous ayons entièrement, pour la vignette, voilà, votre visage complet, ça, ça va faciliter le travail de Rial. Voilà, merci, merci beaucoup. Alors juste, voilà, une dernière question formelle et après on va aller sur Jean Zay. Il y a déjà plein de questions dans le tchat. Mais voilà, ce choix, est-ce que c’est une question de droits ou autre chose ? Je pense que c’était plutôt autre chose.
Ah oui, ce n’est pas du tout une question de droits. En réalité, il y a, on pourrait dire, trois extraits d’actualités de l’époque de Vichy dans le film. La première actualité, c’est celle de la visite de Pétain à Marseille. Alors, pourquoi utiliser un extrait de cette actualité où l’on voit la foule extrêmement nombreuse accueillir et acclamer Pétain à ce moment-là ? Eh bien, alors, c’est à la fois pour…
Ah, il faut voir ça ! Le Vieux-Port est noyé, si je puis dire, sans très mauvais jeu de mots, par la foule qui vient acclamer le héros de Verdun, qui vient acclamer le Maréchal, qui vient acclamer Vichy, quoi. Enfin, je veux dire, voilà.
Là, on est vraiment au tout début du régime de Vichy et on voit l’engouement populaire que suscite, à ce moment-là, l’arrivée au pouvoir du vieux Maréchal, comme on dira. Et donc cette actualité, elle donne un contexte, me semble-t-il, parce qu’on mesure justement non seulement ce que c’est que l’arrivée de Pétain au pouvoir, parce que le commentaire est absolument édifiant, où on parle effectivement de lui comme d’une espèce de messie, le père, celui qu’on va aimer. Il y a tout un vocabulaire, une terminologie qui est quand même assez incroyable. Et puis ça résonne évidemment directement avec le sort de Jean Zay, puisque c’est le moment où, après son procès à Clermont-Ferrand, quand il a été condamné par cette 13e chambre militaire de Clermont-Ferrand à la déportation, c’est-à-dire une condamnation qui était un peu comme celle des communards, évidemment comme celle de Dreyfus, on l’a transporté jusqu’à Marseille pour le mettre dans un bateau, pour le conduire à l’île du Diable. Et donc il y a une étrange coïncidence temporelle puisqu’il arrive là-bas pratiquement au même moment où Pétain va commencer, là-bas à Marseille, ce fameux tour de France pour rencontrer les Français, comme il dira. Donc on a cette première actualité qui joue ce double rôle, me semble-t-il. Et puis il y en a deux autres. Une actualité de Vichy, une qui correspond aux fêtes de Jeanne d’Arc, les fameuses fêtes johanniques, auxquelles… Voilà, Jeanne d’Arc, qui était, faut le rappeler quand même, un symbole républicain et qui va être complètement accaparé par le régime de Vichy et ensuite par l’extrême droite. On a, à un moment donné, quand il est à la prison de Riom, il se souvient des fêtes johanniques auxquelles il participait quand il était député du Loiret et quand il a été ministre, puisqu’il y allait tous les ans à Orléans, et il rappelle à quel point c’était une fête républicaine. Donc, à ce moment-là, on montre un extrait d’une actualité de Vichy, de 42, qui montre cette récupération du symbole de Jeanne d’Arc par le régime politique. Et enfin, il y a un extrait d’une actualité du procès de Riom, en 1942, le procès du Front populaire, comme on a dit. C’est-à-dire le moment où Vichy veut régler ses comptes avec les anciens dignitaires, les anciens représentants du Front populaire, et ils organisent ce fameux procès à Riom en 1942, où ils vont juger Blum, ils vont juger Daladier, ils vont juger un certain nombre de représentants du Front populaire. Et ce procès va tourner court puisque Blum va très, très bien se défendre, Blum et les autres vont très bien s’y défendre, et ils vont retourner véritablement les arguments du régime de Vichy contre Pétain, notamment, qui va se retrouver presque en situation d’accusé. Et donc le procès est interrompu et va donc être stoppé. Et c’est quelque chose qui m’intéressait aussi parce que Jean Zay a joué un rôle dans ce procès de Riom. D’une part parce qu’il était juste à côté, le tribunal où se tenait le procès est en face de la prison où il était incarcéré. Une partie des accusés étaient internés dans la même prison que lui. Il a plus ou moins eu des contacts avec eux. Et surtout, par l’intermédiaire de sa femme Madeleine, c’est lui qui va faire les premières transcriptions de ce procès. C’est-à-dire que sa femme assistait aux audiences avec une des sœurs, notamment, de Léon Blum. Elle prenait des notes et Jean Zay remettait au propre, en quelque sorte, clandestinement, dans la prison, ces notes. Elles ressortaient par le berceau d’Hélène, Jean Zay et Madeleine… Et ensuite, ce sont les ouvriers typographes du journal La Montagne qui ont remis en forme tout ça et qui ont permis une circulation clandestine, là aussi dans les réseaux de Résistance, ou de manière clandestine, de ce compte rendu, pour en donner une image plus juste, évidemment, que ce que la presse de Vichy racontait.
Absolument. Alors, cette Hélène, on la voit bébé… Enfin oui, nouveau-né, c’est bien elle, en photo. Il se trouve que, pour parler cinéma, c’est presque l’élément déclencheur pour vous, pour lancer le film. C’est qu’à un moment donné, il y a une dizaine d’années, je crois, vous avez rencontré les filles de Jean Zay, qui vous ont confié, en fait, la correspondance qui sert de socle à votre film, puisque c’est, d’une certaine manière, pratiquement un autoportrait de Jean Zay que vous nous invitez à savourer.
Tout à fait, oui, oui. Ça rejoint la question précédente. C’est-à-dire que le film n’est pas constitué, effectivement, comme souvent les films d’histoire, d’une majorité d’actualités d’époque, de films, d’images d’archives, comme on dit, parce que, pour moi, le point de départ, effectivement, de ce film, c’était les photographies et les textes de Jean Zay. Les photographies, c’étaient ces fameuses photographies prises dans la prison clandestinement, donc ça, c’est évidemment très rare. Toutes les photographies qu’il avait prises ou qu’on avait prises de lui pendant sa carrière politique, qui se trouvaient dans ses archives personnelles. Et puis, effectivement, ses lettres, ses carnets, ses notes préparatoires pour son livre qui sera publié après sa mort, Souvenirs et solitude. Et toute cette documentation, j’ai eu la chance, effectivement, de la découvrir en rencontrant les deux filles de Jean Zay, en fait, il y a une douzaine d’années. Oui, c’est ça. Catherine et Hélène, que j’ai rencontrées à Orléans, leur ville natale, où elles ont vécu, où leur père avait vécu, où leur grand-père avait vécu. C’est des familles qui sont implantées à Orléans depuis très longtemps. Et lors d’une projection d’un film à Orléans, d’un film que j’avais réalisé précédemment, Hélène et Catherine étaient là. Elles avaient apprécié ce film. On a discuté après la projection, on a un peu sympathisé et, dans un geste de grande générosité, elles m’ont proposé de jeter un œil sur ces archives. À l’époque, elles étaient en train de les déposer aux Archives nationales. Et la chance que j’ai eue, c’est que, d’une part, j’ai découvert ces documents. J’ai tout de suite été frappé par la qualité, notamment, des textes de Jean Zay, ses correspondances, ses notes, ses carnets. Souvenirs et solitude, je l’avais lu avant, et c’est un livre absolument extraordinaire, à la fois sur le plan, on va dire, de la carrière de Jean Zay, puisqu’il se raconte d’une manière très précise, mais aussi d’un point de vue littéraire. C’est vraiment un texte d’une très, très grande qualité littéraire. Et en découvrant les notes préparatoires, je me suis aperçu qu’il y avait des aspects qui pouvaient être intéressants à utiliser et ses carnets aussi, où on était au plus près de son expérience carcérale. Et la grande chance que j’ai eue, c’est que, d’une part, j’ai pris conscience que c’était une matière extraordinaire, mais très vite elles m’ont dit : « Si ça vous intéresse d’en faire quelque chose, on met toute cette matière à votre disposition, vous pouvez l’utiliser », ce qui était évidemment formidable. Et puis, comme les Archives nationales, à ce moment-là, étaient en train de numériser cette collection, j’ai pu récupérer des fichiers numériques, ce qui me permettait de travailler chez moi aussi. Je n’étais pas tout le temps obligé d’aller en archives. Je pouvais disposer de cette matière et travailler à l’écriture de ce projet, qui a pris beaucoup de temps puisque ça a mis quasiment dix ans à se concrétiser. Après, je ne fais pas que ça. Je suis enseignant-chercheur à l’université à côté, je mène mes travaux et, quand je mène des projets de réalisation comme celui-là, je les mène au long cours, on pourrait dire. C’est pas mal parce que c’est le temps de la réflexion aussi.
Et on le sent. On sent que tout est bien pesé, mesuré, maturé. C’est vraiment un très, très bel ouvrage. La Belle Hélène nous dit : « Le nom de mon lycée, Jean Zay, Aulnay-sous-Bois. Un mathématicien dans mon souvenir », dit-elle. Non, c’est pas… Voilà. Il y a Roland aussi qui nous dit : « Un grand monsieur que tous les instituteurs et institutrices remercient pour leur avoir permis tant de choses. » Et c’est marrant parce que je pense que ni Roland ni Hélène n’ont vu le film, mais c’est le point de départ de votre film, un autre point de départ, puisqu’on est, je pense qu’on peut le raconter, dans les premières images, dans un établissement. Pas n’importe lequel, qui porte son nom, et pas n’importe lequel. Je vous laisse dire pourquoi.
Oui, c’est celui que j’ai fréquenté quand j’étais enfant, le groupe scolaire Jean-Zay, comme on disait, qui regroupait à la fois une maternelle et une école primaire. Et donc, voilà, cet établissement que l’on découvre au début du film, c’était celui que j’avais fréquenté et que des élèves, aujourd’hui, continuent de fréquenter. Donc c’était, pour moi, effectivement, aussi un point de départ, je dirais. J’ai parlé de la rencontre avec les filles de Jean Zay, c’était en 2014. Mais Jean Zay n’était pas vraiment un inconnu pour moi parce que j’ai appris, quand j’ai fréquenté cette école, qui il était. On m’avait expliqué qui il était. Quand j’avais fait des études d’histoire, je l’ai évidemment recroisé puisque je me suis beaucoup intéressé à la période de la Seconde Guerre mondiale, enfin de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Et donc c’était évidemment très émouvant pour moi de retourner dans cet établissement aujourd’hui, qui n’a pas beaucoup changé, du reste, qui restait assez proche de celui que j’avais connu il y a maintenant fort longtemps, et c’est intéressant.
Je ne veux pas être désobligeant, Laurent, mais je ne pense pas qu’à votre époque, dans les années 2010… Attends, je déconne. En tout cas, je ne pensais pas qu’à votre époque il y avait ces magnifiques graffs.
Non.
Ah ! Avec « Jean Zay » en lettres bâtons, là, c’est magnifique. Et ça, c’est l’ouverture du film. Et on sent, en fait, que dès les premières images, vous voulez nous dire : « Attendez, ça parle d’aujourd’hui. Tout ce qu’on va dire ici parle d’aujourd’hui. » Et là, je vous laisse peut-être déflorer un peu, tandis que la pendule repart.
Obligé d’attendre la fin du gong.
C’est bien la preuve que nous sommes en direct, tout de même.
Oui, ça parle d’aujourd’hui. Ça parle d’aujourd’hui. C’est vrai que ce magnifique graff, très contemporain, réalisé dans la cour de l’école, une des 250 cours, on pourrait dire, parce qu’il y a 250 établissements en France qui portent le nom de Jean Zay, c’est le nom le plus fréquent après Jules Ferry et Victor Hugo, donc ça dit quelque chose de l’importance de cet homme par rapport à l’Éducation nationale. C’est un film qui parle de la vie de Jean Zay. Comme on l’a dit, c’était mon idée, dans la tête de Jean Zay. C’était une sorte d’autoportrait, vous l’avez dit, David, tout à l’heure, par Jean Zay lui-même, parce qu’on est au plus près de ses textes, de ses mots, de ses images, celles qu’il a prises avec Madeleine, sa femme, avec ses enfants. On est au plus près aussi de son regard, puisque ce qu’on voit dans ces prisons, finalement, c’est des choses qu’il a vues, lui : des murs, des barreaux, des ciels, des sols en pierre de Volvic, etc. Et en même temps, tout ça parle du passé, mais au présent, puisque finalement ces lieux, on les voit aujourd’hui. On ne cherche pas à masquer ce qu’ils sont devenus, on ne cherche pas à masquer les traces du présent, même si le film est tourné en noir et blanc pour gommer un petit peu ces traces du présent, mais en les laissant présentes. Elles sont bien là, elles sont dans l’image et elles sont dans les sons aussi. Et en même temps, c’est un film qui est très contemporain, me semble-t-il, parce qu’il parle de choses qui sont des choses contemporaines. Bon, déjà, la vie d’un prisonnier. Des prisonniers, il y en a encore, évidemment, beaucoup, malheureusement, partout. Des prisonniers politiques, notamment. Et voilà, ce texte, c’est aussi un texte de survie, le texte de Jean Zay, qui montre que quand on est prisonnier, injustement prisonnier, on peut trouver dans la lecture et surtout dans l’écriture un moyen de survivre et un moyen de résister, puisque l’écriture, pour lui, devient vraiment un geste de résistance. Donc ça, ça dit quelque chose, me semble-t-il, sur la situation de certains prisonniers politiques aujourd’hui. Et puis ça nous dit aussi que, oui, des idées progressistes, des idées qui vont dans le sens de la République, de la défense de la République, de notre démocratie, peuvent conduire, dans certaines circonstances politiques, quand effectivement certaines idéologies arrivent au pouvoir, au sort de Jean Zay. C’est-à-dire qu’on peut arrêter, juger arbitrairement, emprisonner un homme qui n’a fait que défendre des idées qui sont des idées progressistes auxquelles on est attaché, et on va même aller jusqu’à l’assassiner, cet homme. Et cette histoire, ça se passe certes entre 1940 et 1944, mais c’est une histoire entre Français. Les Allemands interviennent pratiquement pas dans cette histoire-là. Et donc ce sont des Français qui vont arrêter, juger, emprisonner et assassiner d’autres Français sous prétexte qu’ils n’ont pas les mêmes idées qu’eux, qui sont considérés, comme on le disait à l’époque, sous Vichy, on utilisait ce terme, « les ennemis de l’intérieur ». Il fallait éliminer les ennemis de l’intérieur. Et les ennemis de l’intérieur, c’était qui ? C’était les communistes, les francs-maçons, les Juifs, bien sûr, les anciens hommes politiques qui avaient participé au Front populaire, qui étaient vraiment identifiés comme l’ennemi suprême, si je puis dire. Donc toute cette haine, elle peut conduire à ça. Et donc ces idées-là, c’est bien de le rappeler, je pense, dans le contexte actuel où les idées d’extrême droite sont quand même plutôt à l’ordre du jour, malheureusement, que des gens se retrouvent dans ces idées-là, qu’on entend dire : « Essayons le Rassemblement national au pouvoir, on n’a jamais essayé. » Si, on a essayé entre 1940 et 1944 et on sait à peu près où ça peut conduire.
Qu’est-ce qu’on doit retenir, rapidement, parce que malheureusement il faut qu’on avance la matinale, qu’est-ce que l’on retient de l’aspect presque positiviste de Jean Zay, par exemple ? Au début du film, il est heureux de voir que Vichy applique certaines des réformes qu’il avait voulu mettre en place, je pense notamment aux activités physiques. Et puis on sent bien qu’il veut, dans sa correspondance évidemment, rassurer les siens, singulièrement son épouse. Donc il y a quand même une très grande vitalité chez lui. Mais quand on voit le film, quand on connaît l’histoire, et même avant d’avoir vu le film, on connaît la fin. Et donc, qu’est-ce que cet aspect positif de la pensée de Jean Zay nous dit aujourd’hui, en sachant que pour lui, ça tourne mal ?
Oui. Alors, bien sûr, on pourrait dire qu’il est un peu naïf, parfois, au début, notamment au moment de son procès. C’est un homme de droit, de lois, il était avocat, il croit à la justice de son pays, il croit à l’État de droit, mais il ne se rend pas compte tout de suite, en 1940, que cet État de droit a déjà disparu, qu’il va être jugé par un tribunal, par une juridiction exceptionnelle qui est déjà mise en place par un régime autoritaire, qui va devenir une dictature. Donc il ne se rend pas immédiatement compte de la façon dont tout ça va basculer, parce que ça bascule quand même très vite. Donc, on pourrait dire qu’au début, oui, il est un petit peu naïf. Mais après, il est quand même très lucide et on en a la preuve. Mais c’est quelqu’un, effectivement, qui a beaucoup de courage, qui ne se plaint jamais. On utilise beaucoup ce mot aujourd’hui, parfois, et il est un peu galvaudé, mais je pense qu’on peut l’utiliser pour Jean Zay. Il y a une espèce de résilience très forte. C’est un homme qui ne se plaint pas, qui essaie toujours de rassurer ses proches, qui pense qu’il va finir par s’en sortir, que justice sera faite à un moment donné, que la France sera libérée, la République sera rétablie et qu’il pourra peut-être rejouer un rôle dans cette République. Ça, c’est une première chose. La deuxième chose, c’était par rapport à certaines de ses réformes ou de ses idées, qui avaient été très fortement critiquées dans le contexte des années 30. Parfois, il était victime d’une haine politique incroyable. Dans la presse de droite et d’extrême droite, il était vraiment traîné dans la boue en permanence, parce qu’il incarnait effectivement quelque chose qui était très sensible pour les partis d’extrême droite : c’était la jeunesse, justement. Comment il allait manipuler, disait-on, la jeunesse. Et paradoxalement, c’est vrai, certaines de ses réformes, notamment l’introduction du sport à l’école, pour laquelle il s’était battu et il avait été attaqué là-dessus, évidemment, Vichy va en faire après un peu son cheval de bataille, mais dans une autre direction, c’est-à-dire avec les camps de jeunesse, etc., qui vont être complètement instrumentalisés pour former les jeunes et les rendre fidèles au Maréchal, comme on disait à l’époque.
Laurent, nous allons devoir nous quitter, malheureusement. Je rappelle que votre film est à l’affiche partout en France, enfin en tout cas dans un certain nombre de cinémas. Votre film n’avait pas été accepté par France Télévisions, si j’en crois votre producteur, parce que France Télévisions avait jugé que Jean Zay n’était pas assez connu. Vous avez dit tout à l’heure : il y a 250 écoles qui portent son nom, mais bon, voilà. Vous serez à Blois le 12 octobre, aux Rendez-vous de l’histoire.
Ce sera le 8 pour la remise du prix, puisque le film a eu le Grand Prix du film documentaire des Rendez-vous de l’histoire.
Oui, j’ai vu ça. J’ai vu que Jean Bulot, qui était à votre place il y a quelques jours, aura aussi appris… Donc vous serez sur place le 8, mais je crois qu’il y a une projo le 12, non ? Je me suis trompé ?
Le lendemain, peut-être plutôt le 9, je crois, oui.
Tous à Blois, tous aux Rendez-vous ! Et ultime question : votre film, Les Deux De Gaulle et Notre Salut, qui sort mercredi, trois films sur cette période-là qui sortent au cinéma. Qu’est-ce que vous analysez de ces sorties ? Qu’est-ce que ça dit de notre époque ?
Alors, moi qui m’intéresse beaucoup, en tant qu’historien du cinéma, à la représentation de l’histoire au cinéma, j’ai souvent fait le constat, en travaillant sur différents films historiques qui représentent différentes époques, qu’il n’y a pas de hasard et que, très souvent, ces films permettent certes de revenir sur des événements historiques en étant plus ou moins, on va dire, en phase avec le discours historiographique, c’est-à-dire ce que les historiens, les historiennes disent de cette histoire, écrivent de cette histoire, mais souvent ces films historiques servent à parler du présent, justement, attirer notre attention sur des phénomènes, sur des événements qui sont plus ou moins similaires ou qui pourraient présenter des similitudes. Et donc c’est une façon aussi de parler de notre époque et de tirer, pourrait-on dire, un certain nombre d’enseignements de l’histoire. L’histoire ne se reproduit pas, on le sait bien, mais elle peut quand même nous donner un certain nombre d’informations, d’indications, et nous prévenir un petit peu de ne pas reproduire les mêmes erreurs qui ont pu être reproduites par le passé.
Laurent, je me rends compte à l’instant que vous portez les mêmes lunettes que j’ai.
Oui, j’aime bien les petites…
C’est vrai. Ultime question. Vous savez, on est Au Poste, il y a toujours une petite question qui déboule. Est-ce qu’on peut emmener des enfants, des collégiens, voir votre film ?
Alors ça, c’est vraiment une question très importante. On a fait une version plus courte pour les collégiens. Il y a la version longue cinéma, elle peut être vue sans problème par les lycéens. On a fait des expériences pour les collégiens, on a fait une version d’une heure et, surtout, avec deux enseignants, on a réalisé un très, très beau dossier pédagogique qui est disponible, avec un petit prologue aussi que les enseignants peuvent utiliser, qui dure 15 minutes, avec un historien, Pierre Allorant. Donc voilà, il y a des outils qui ont été créés et bien pensés, je pense, pour accompagner le film auprès des collégiens, des lycéens. Et donc il peut être sans problème vu, analysé en classe.
Merci beaucoup, Laurent. C’était un plaisir que de discuter avec vous, de poser un peu, de prendre le temps, de parler de votre travail, du passé qui éclaire le présent. Le tchat vous félicite pour la reconnaissance par vos pairs, historiens et historiennes, pour le film. Bravo à vous et précipitez-vous, les amis. Vous savez ce que c’est, c’est le lundi que tout se joue pour les reprogrammations du mercredi. Et je rappelle qu’il faut aller voir son cinéma quand un film ne passe pas. Tac, tac, tac. « Il y a un super film, faudrait le mettre à l’affiche », et ils appelleront le producteur, Les Films de l’Atalante, je crois, ou le distributeur, je sais plus lequel c’est. Voilà. Oui, c’est ça, pour projeter le film. Merci beaucoup à vous, Laurent. Bonne journée et merci encore pour ce […] et puis ce petit carillon-là, c’était magnifique, c’était magnifique. Merci beaucoup, à très bientôt.
Merci, au revoir.
Voilà, chers amis. Alors, puisque nous en sommes à parler de tout ça, je vous propose de mettre la bande-annonce de Notre salut, puisque c’est la bande-annonce de la semaine. Notre salut, on avait reçu Emmanuel Marre. Alors attends, qu’est-ce que c’était ? Tac, tac. On avait reçu Emmanuel Marre. Voilà, là, c’est ici. Hop, hop, je le mets en grand. Hop, hop. Emmanuel Marre, le réalisateur. Le film sort mercredi. Nous avions reçu également Swann Arlaud, qui interprète le rôle principal. Septembre 1940, un ingénieur de 49 ans débarque à Vichy sans un sou, sans réseau et avec, sous le bras, un traité pétainiste édité à compte d’auteur, Notre salut, qui donne le titre au film. Il s’appelle Henri Marre, c’est l’arrière-grand-père du cinéaste Emmanuel Marre. Dans son premier long-métrage solo, Prix du scénario à Cannes, Marre filme la collaboration comme personne : dans les bureaux, les notes de frais, de paille et de pots de chambre, le calcul du volume d’essence nécessaire à un convoi de Juifs partant de Toulouse vers on sait où. Swann Arlaud y incarne un fonctionnaire ordinaire, celui du deuxième plan sur la photo, prêt à tout pour exister. Pas un monstre, un homme qui voulait gagner en efficacité. Un film sur les crimes de papier et sur ce que l’administration fait de nous, hier comme aujourd’hui. Je vais essayer de vous lancer le film. Attends, où est-ce qu’il est, le film, là ? Il devrait être là, normalement. Tac, tac, tac. Voilà. Je vous lance la bande-annonce et vraiment, je vous conseille d’aller voir Notre salut. Alors, allez d’abord voir Haute Solitude, parce qu’il risque de ne pas rester très longtemps à l’affiche, et Notre salut dans la foulée. Bande-annonce. Toc, toc, toc. Est-ce qu’il y aura le son ?
Nous sommes à la croisée des chemins. De fait, nous sommes tous amenés à nous repenser. J’aimerais tenter d’apporter ma pierre à l’édifice. S’il y a quoi que ce soit, n’importe quelle tâche, je suis prêt à servir le pays. N’importe quelle tâche. Vous voulez vraiment servir la France ? Absolument. On a besoin d’organiser le travail. Collaboration, au fond ! Comment est-ce qu’il n’y a plus de […] coopération ? Voilà. C’est bon ? Ouais, c’est bien. Les pétainistes sincères comme vous sont une denrée rare. T’es contente ? Oui. On passe à la photo, s’il vous plaît. Parfait. Il y a des bouches partout, vous avez vu ? Vous savez, l’administration française, pour nous, c’est compliqué. Il y a les femmes et les enfants qui sont concernés par l’opération. C’est des wagons à bestiaux. Les enfants ont des […] d’adultes, donc s’ils se serrent un peu… C’est important de tenir les délais. Vous avez dit où vous alliez, ces gens ? Nous, on est là, à notre poste, on n’est pas décisionnaires. Donc, qu’est-ce qu’on fait ?
Et voilà. C’est à voir… Oh, il n’y a rien de grave. Est-ce que là, je vois dans le tchat que ce n’est pas assez flouté pour l’anonymat. Ce que je vous montre, c’est exactement ce que vous voyez à l’antenne, donc il n’y a absolument aucun souci. Voilà, ça sort mercredi. Je vous rappelle que nous avons eu le bonheur de recevoir Swann Arlaud et Emmanuel Marre à Au Poste il y a quelques semaines maintenant. C’était un très, très chouette entretien. Vous pouvez le retrouver sur le site auposte.media.
Ça a commencé ? Oui, ça a commencé. L’émission a commencé ! On est à l’antenne depuis cinq minutes.
Comment ça va, les amis ? Il est 8 h 19, vous écoutez France Déter. Et je vois que, pour l’instant, personne, à part… Si, il y a une personne qui a fait sonner les petites alertes. Les alertes, c’est quand l’un d’entre vous, l’une d’entre vous, s’abonne à la chaîne Twitch ou, mieux, s’abonne au site auposte.media et nous permet de financer tout ce bazar que vous voyez là. Tout à l’heure, je vais vous montrer les convocations. Il y a énormément d’émissions, notamment publiques, cette semaine. Si vous aimez la matinale, si vous avez envie qu’il y ait toujours des matinales, qu’il y en ait plus, eh bien, abonnez-vous !
Rassurez-vous, Madame Bourdelle, c’est français, c’est la police française.
L’IGPN, l’IGPN, merci. Ah, je vois qu’il y a un petit truc qui a sonné, là. Voilà, super, impeccable, continuez, voilà. L’IGPN publie son rapport annuel et s’auto-décerne un satisfecit. C’est Radio Police, la revue de presse police de France Déter. Un satisfecit sur la déontologie. Les chiffres de la corruption interne explosent pourtant, et l’institution ne découvre que maintenant qu’elle doit enquêter sur ses propres troupes. Pendant ce temps, le bilan humain des interventions policières reste occulté derrière la com sur la baisse des tirs mortels, au moment même où l’exécutif veut blinder juridiquement les policiers qui tirent. Rapidement, donc, ce rapport de l’IGPN qui est sorti la semaine dernière. Je vous parle rapidement de trois ou quatre articles. Le premier, du Monde, sous la plume d’Arthur Carpentier. Mercredi dernier, donc, Stéphane Hardouin, le patron de l’IGPN, a présenté son deuxième rapport annuel avec, en vitrine, une nouvelle doctrine qui érige l’IGPN en chef de file de la déontologie policière, avec autorité sur 47 cellules locales et leurs 113 agents. Habillage institutionnel qui masque mal une réalité simple : l’autocontrôle reste la règle. C’est-à-dire, dans Le Monde : « L’IGPN veut poursuivre sa réforme du contrôle déontologique des policiers. » Puisqu’en gros, si vous voulez, il y a l’IGPN qui traite des grandes affaires, des grandes affaires médiatiques, et sinon, c’est dans chaque département, des services locaux qui s’occupent de ça. Nous passons maintenant à Franceinfo, qui nous explique que, toujours selon le rapport de l’IGPN : « Corruption, fichiers détournés, trafic d’influence : la maison Poulaga est gangrenée de l’intérieur. » Ça, c’est un titre Au Poste, c’est pas Franceinfo. 341 atteintes à la probité en 2025, contre 234 en 2024, plus 45 % en un an. Un record depuis 2020. Corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics, favoritisme, concussion, violation du secret professionnel. L’IGPN égrène la liste comme s’il s’agissait de dérapages isolés. Mais, mais, mais, les chiffres racontent autre chose. Les détournements de fichiers explosent de 80 %, 136 affaires. La corruption bondit de 33 %. Des policiers qui pillent les fichiers des antécédents judiciaires ou des immatriculations pour les revendre à des réseaux criminels, ce n’est plus l’anecdote d’un service dévoyé. C’est une tendance de fond que l’institution elle-même est contrainte de reconnaître. Et quand l’IGPN précise que « la majorité des agents mis en cause sont des hommes de moins de 40 ans, dans le premier tiers de leur carrière », elle prend bien soin d’ajouter que ce constat ne constitue pas une règle générale. C’est une façon commode de ne surtout rien généraliser sur la maison. C’est à lire sur le site de Franceinfo. Libération a également lu le rapport de l’IGPN et, face à l’ampleur de la corruption, eh bien, l’IGPN se met enfin à traquer sérieusement les corrupteurs, avec 20 ans de retard sur la généralisation de l’accès aux fichiers sensibles. Stéphane Hardouin revendique la lutte anticorruption comme la priorité de son mandat. Difficile de ne pas y lire l’aveu que ça ne l’était pas avant. Plus frontal encore, le numéro 3 de l’institution, Thomas de Ricolfis, parle d’un « risque systémique » pour l’administration et décrit des organisations criminelles qui savaient exactement ce que la police sait à leur sujet avant une interpellation. Autrement dit, des groupes de crime organisé infiltrent les fichiers policiers en routine et l’IGPN le découvre officiellement en 2026. L’appareil a désormais recours aux coups d’achat pour piéger les revendeurs et à un outil de surveillance algorithmique des consultations. Plus de 100 000 policiers accèdent chaque année à ces fichiers. La digue n’a jamais tenu, elle commence tout juste à être colmatée. Et vous pourrez lire également le bilan vu par L’Humanité, qui est paru le 23 septembre, de la même manière. Là, il faut que je prenne un petit peu d’eau, excusez-moi. Faut que je prenne un petit peu d’eau.
Tu le veux ? Le café de M. Martinaud. C’est celui-là ? Si c’est le café de M. Martinaud, c’est le café de M. Martinaud.
Alors, avant notre invitée de 8 h 30, je vous propose la météo des luttes. Donc là, je vais ne pas avoir le temps, je la ferai plus tard. Si on faisait la météo du tchat ? Faisons la météo du tchat, les amis. Où en êtes-vous chez vous ? Ouvrez la fenêtre, racontez-nous les nuages, le soleil, la pluie. Que se passe-t-il ? Mettez de la poésie, situez à peu près d’où vous parlez, et je me ferai un plaisir de vous lire. Alors, le tchat… Où est-ce qu’il est, le tchat ? Voilà. « Il fait beau dans l’Ain », nous dit Cuir. « Paris, gris », nous dit Antispé. « Belle Manche ce matin », nous dit Pélox. « 10 degrés à Pisseleux, sous les avions et les oiseaux », nous dit L’Âne Us, pardon. Samo nous dit : « 16 à 18 degrés, pluie au pays du Muscadet. » « Des volets fermés à Saint-Brieuc », nous dit Kadok. « Épisode cévenol en approche, je pense bien », nous dit Nina. « Bordeaux, 24 degrés à 8 heures », nous dit Optimistik. Oh là là, il y a du monde, là ! « Toujours pas de pluie en Limousin », nous dit KabaPunk sur YouTube. « Gris et frais à Montaigu, près de Nantes », nous dit… Oui, c’est pas faux ! Oui, c’est pas faux ! « Gris à Oslo. » Bonjour ! Bonjour Oslo ! « Et pluie prévue aujourd’hui. » Pas lui, l’autre nous dit : « Les Mercuriales peinent sous le mercure. » « 18 degrés et ciel ouvert sur le Canigou, dans les Pyrénées-Orientales. » « La pluie, la pluie, la pluie, on la veut, on la veut ! » Et « crachin normand au Havre », nous dit Pélox. « Pluie fine tant attendue dans le Calvados, ça va faire du bien », nous dit Cyril. Voilà, chers amis. Alors que nous attendons notre prochaine invitée, quelle heure est-il ? 8 h 27. On peut un peu papoter, si vous voulez, en attendant qu’elle arrive. Qu’est-ce que vous en dites ? Qu’est-ce que vous en dites ? Donc là, vous avez… Attends, peut-être que j’avais fait un peu… Voilà, voilà. Ça, vous préférez ça ? Là, là, c’est le… C’est donc le studio d’Au Poste. Vous voyez, là, ici, le canapé, le fauteuil des intervieweurs, le canapé des invités, tatati, tatata. Et donc la matinale, elle se fait comme ça. Papotons. Ah ben, je vous écoute, je vous écoute. Papotons, papotons, je vous écoute. En attendant que vous lanciez des conversations et que notre invitée arrive, je vous donne les convocations de la semaine. Alors, c’est le bazar parce qu’on en a tellement qu’on n’avait pas pensé qu’il pourrait y avoir trois émissions par jour. Donc c’était un petit peu… Ce matin, puisque nous avons, à 12 heures, ce sera la grande première de Julien Le Guet, de Bassines Non Merci, assigné à résidence, et Au Poste a fait le choix de le soutenir techniquement. Et nous allons donc diffuser tous les lundis, à partir d’aujourd’hui à midi, Six mois ferme, son émission. Six mois ferme, où Julien Le Guet est en direct de son grenier dans les Deux-Sèvres, où il est assigné à résidence. Son bracelet va lui être remis dans pas longtemps. Eh bien, il va nous faire une émission avec des invités, l’agenda des luttes, et aujourd’hui il va avoir comme thème « Cancer, colère », avec deux invités sur les questions sanitaires et environnementales. Et donc c’est à midi, c’est en direct, évidemment, et c’est retransmis sur Au Poste. Ça s’appelle Six mois ferme. À 19 h 30, vous êtes toutes et tous les bienvenus au Point Éphémère, à Paris, pour notre première de Faire mieux ?, Faire mieux ?, avec Michel Feher aux commandes. On sera tous les deux coanimateurs de cette grande soirée. À 19 h 30, on démarre par un débat autour de la presse indépendante, avec un club de la presse indépendante où seront autour de moi Blast, StreetPress, Rembobine, Socialter, où nous allons aborder des questions de fond autour de la campagne présidentielle. À 21 heures, un grand, grand débat : « Penser et promouvoir un internationalisme sans œillères ». C’est à 21 heures, débat avec des chercheuses et des chercheurs, débat qui sera de haute volée, tenu, mené par Michel Feher, bien connu de nos services. Et ensuite, on finira par un concert. Et tout ça, tout ça, c’est gratos. Si vous avez envie de grignoter un petit truc, de boire un petit truc en même temps, de papoter, de discuter, de venir parler avec l’équipe, eh bien, c’est le moment. Ce sera tous les mois, au Point Éphémère. C’est la grande première ce soir. On est un peu comme ça, on démarre. On va emmener tout le matériel, etc., on va tout installer cet après-midi. Et je peux vous dire, ce soir, on sera morts. Ce soir, on sera morts. Bien sûr, bien sûr, tout est toujours, tout est toujours, tout est toujours retransmis en direct sur Au Poste, que ce soit l’émission de Julien à midi, que ce soit Faire mieux ? à partir de 19 h 30 ce soir. Demain, demain en fin de journée, nous allons retransmettre la soirée-débat du Fonds pour une presse libre. Énormément de monde. Je vous laisse aller voir sur le site d’Au Poste tous les invités de la presse indépendante. « Six mois, six mois. Il nous reste six mois pour ne pas sombrer. » Et donc ce sera tout à l’heure. Qu’est-ce que je raconte ? Demain, demain en fin de journée… Alors, on a indiqué 17 heures parce qu’à 17 heures, ce sont les premiers débats, mais nous ne savons pas encore à partir de quelle heure nous allons pouvoir vraiment retransmettre les débats. Alors que j’ai l’impression que notre invitée, Léa Balage El Mariky, n’est pas là. Je la vois pas en régie, je ne sais pas ce qui se passe. Et mercredi, nouveau live en public et toujours retransmis sur Au Poste. Cette fois-ci à Césure. On donne carte blanche aux copains de Socialter, qui viendront présenter leur nouveau numéro, dont le titre est : « Face au capitalisme pyromane, comment sauver notre avenir climatique ? » Là aussi, il y aura de quoi boire un petit coup, se sustenter, discuter. Vous êtes les bienvenus. On essaie de… Voilà, comment je pourrais dire ? On essaie d’apporter un peu de convivialité, un peu de rencontres, un petit peu de chair humaine à ce qu’on fait, à notre travail à Au Poste. Je vous le dis tout de suite, on prépare aussi des débats en région. Si tout ça se passe à Paris, ce n’est pas par parisianisme. C’est déjà incroyable qu’on arrive à faire ça, mais sachez qu’on a évidemment toujours en tête… Donc j’espère qu’on pourra aller sur Toulouse, sur Nantes, sur Montpellier, peut-être même dans des sous-préfectures, etc. Voilà. Et qu’est-ce que nous avons aussi dans la semaine ? Grosse, grosse semaine. Brest, bien sûr, Florent, ce sera avec plaisir. Vendredi, à 9 heures, j’aurai le plaisir de recevoir Nonna Mayer, qui a rendu avant l’été un rapport préoccupant auprès de la CNCDH, Commission nationale consultative des droits de l’homme. Préoccupant puisque ce rapport montre qu’il y a une montée de l’antisémitisme et du racisme, y compris à gauche. Et donc il faut voir les choses en face, et donc on en parlera avec Nonna Mayer vendredi à 9 heures à Au Poste. Et à 19 heures, l’ami Nayan sera là pour Ce Gaza. Il recevra le réalisateur, dans l’émission autour du cinéma, Nicolas Wadimoff, pour son film sur les victimes de la guerre israélo-palestinienne. Et ce sera donc à 19 heures, vendredi, en direct. Donc ça fait une semaine très, très chargée. Quand je vous dis qu’il faut financer tout le bazar, je ne raconte pas de conneries. Donc voilà, n’hésitez pas, n’hésitez pas. Si vous voulez soutenir la presse indépendante, c’est le moment ou jamais… Et voilà, notre invitée vient d’arriver. Ah là là là ! Attendez, attendez, je vais la mettre à l’écran, en espérant que tout est bon pour elle. Est-ce que vous m’entendez, Léa Balage El Mariky ? Est-ce que vous vous entendez ?
Je vous entends. Bonjour.
Ah, super. Bon, vous savez, vous êtes en retard. Qu’est-ce qui se passe avec les Verts, là ?
Alors, pourquoi est-ce que je suis en retard ? C’est qu’en fait, mon fils ne s’est pas réveillé ce matin et, du coup, c’était un peu la catastrophe avant de l’emmener à la crèche. Voilà pourquoi.
Très bien. Vous êtes députée écologiste de la 3e circonscription de Paris depuis juillet 2024, où vous avez battu le ministre Guérini, dont on ne se souvient pas. Vous êtes porte-parole du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée. Vous siégez à la commission des lois. Et vous êtes à l’origine, avec Mélanie Vogel, qui a été réunie hier, sénatrice verte, et Mélissa Camara, d’un rapport intitulé Résilience démocratique, qui a été dirigé par Laurent Pech et Sébastien Platon, avec dix universitaires de droit public, où vous avez recensé six vulnérabilités du système juridique français face à un choc autoritaire sur le modèle hongrois et polonais. Est-ce que c’est bien résumé ?
C’est exactement ça. C’est un rapport qui… Je veux juste préciser que ce rapport, ce n’était pas que notre initiative. Il a d’abord été commandé en 2022 par une autre députée européenne, Gwendoline Delbos-Corfield, lorsqu’elle était rapporteure concernant l’application de l’article 7 du traité de l’Union européenne sur l’État de droit en Hongrie. Et en se rendant compte de ce qui se passait en Hongrie et donc, en 2022, elle avait déjà commandé ce rapport à peu près cette cohorte de chercheurs. Et nous, on a décidé, quatre ans plus tard, de l’actualiser, de le mettre à jour, parce qu’il y a eu de nombreuses lois qui ont été adoptées. Vous les connaissez, vous en débattez sur votre antenne. Et merci de me donner l’occasion de pouvoir parler aujourd’hui à Au Poste. Et donc, c’était l’occasion de faire l’état des lieux de notre résistance en cas de choc autoritaire, étant donné aussi l’érosion progressive de nos libertés publiques, de nos libertés individuelles qui avait eu lieu depuis quatre ans. Et enfin, parce qu’il y a eu une pratique du pouvoir qui a permis d’entériner un certain nombre d’éléments dans la jurisprudence parlementaire, si je puis dire, et qui pouvait aussi être une faiblesse supplémentaire. Et enfin, parce que nous avons désormais le programme du Rassemblement national, s’il vient à gagner, s’il vient à gagner l’élection présidentielle et les élections législatives, et que nous avions besoin de mettre en regard cette application-là de ce programme putatif et la résistance de nos institutions.
Alors, en effet, nous avions, parce que vieux média maintenant, nous avions reçu les instigatrices du précédent rapport, qui m’avait fait froid dans le dos, où, effectivement, était étudiée la Hongrie particulièrement. Alors là, il y a six failles. Je vous propose qu’on aille assez vite sur les failles et ensuite qu’on aille sur les résolutions possibles, les solutions possibles. Alors, première faille identifiée par votre rapport : le déséquilibre des pouvoirs. L’exécutif dispose de plusieurs outils pour contourner le Parlement. Il y a bien sûr le 49.3, il y a les ordonnances, il y a l’article 16, et qui sont par ailleurs cumulables.
Il y a même d’autres choses. Par exemple, vous vous souvenez qu’en 2024, vous avez parlé de mon élection, la première force arrivée en tête à l’élection législative, c’était le Nouveau Front populaire. Or, comme la Constitution dispose que le président de la République nomme le Premier ministre, qui compose ensuite son gouvernement, et que celui-ci n’a pas l’obligation de se soumettre à un vote de confiance, eh bien, on se retrouve avec potentiellement un gouvernement qui est totalement illégitime, comme c’est le cas, en réalité, depuis 2024. Illégitime politiquement, illégitime parce qu’il ne représente pas la plus grande partie des suffrages qui se sont exprimés lors de l’élection législative précédente. Et puis, on a même un autre élément. Moi, j’ai essayé de travailler ça dès que j’ai été élue, c’était le fait qu’un gouvernement démissionnaire puisse rester en place pendant très, très longtemps, comme ça a été le cas à l’été 2024, et n’a pas du tout de contrôle politique. Parce que, comme il est démissionnaire, on ne peut pas le renverser une deuxième fois. « On ne tue pas les morts », c’est ce qui était dit déjà lorsqu’il y avait eu de précédents gouvernements démissionnaires. Mais avant, on ne s’inquiétait pas trop de cette période parce qu’elle était très courte. Mais imaginons un gouvernement démissionnaire qui ne peut plus être renversé politiquement, qui a été nommé par le Premier ministre de Marine Le Pen, Jordan Bardella, là, mettons. Eh bien, ce gouvernement démissionnaire, il n’y a plus que les juges qui peuvent dire : « Attention, cet acte a été pris en dehors de vos compétences d’affaires courantes. » Il n’y a plus que les citoyennes et les citoyens et les associations qui peuvent contester une décision devant le juge. Mais vous voyez bien que si, en plus, et ça, ce sera les autres failles, on a éliminé le pouvoir des juges et éliminé le pouvoir des citoyens de pouvoir agir en justice, eh bien, on va se retrouver avec un gouvernement qui ne peut plus être renversé et donc, en réalité, un gouvernement sans base démocratique, qui va continuer à produire des actes extrêmement importants, parce que les décrets ministériels, c’est parfois l’application d’une loi qu’on trouve injuste, mais aussi des éléments de nomination à des postes stratégiques, etc., qui pourront se faire sans contrôle politique. Et donc ça, c’est, vous voyez, un peu dans les petits détails de l’application de notre Constitution que se trouve la plus grande fragilité démocratique.
Deuxième faille : indépendance de la justice.
Alors ça, c’est un peu le cœur du réacteur, l’indépendance de la justice.
Et c’est une écologiste qui nous le dit.
Oui, mais parce que je pense que la justice, si vous voulez, je peux contester des décisions de justice. Je peux dire que cette justice ne donne pas de bonnes décisions, parfois, parce que je suis en désaccord avec elle. Mais quand je dis le cœur du réacteur de l’énergie renouvelable, c’est parce que la justice, justement, quand on a besoin de nous protéger face à l’autorité de l’État, l’exorbitance des pouvoirs de l’État, on a besoin d’une justice qui est infaillible, qui ne prend pas ses ordres du gouvernement. Or, le parquet, c’est-à-dire celles et ceux qui sont chargés de mener les enquêtes, ne sont pas totalement indépendants. Il y a une coutume qui dit qu’en gros, pour l’instant, on suit les avis du Conseil supérieur de la magistrature pour la nomination des membres du parquet. Mais en réalité, rien n’est inscrit dans le texte pour qu’on puisse suivre ces avis. Et donc le ministre de la Justice, le garde des Sceaux en France, pourrait totalement décider de nommer des proches, de manière très disciplinaire, d’écarter celles et ceux qui n’ouvrent pas les bonnes enquêtes vis-à-vis de la justice, vis-à-vis du parquet. Et quand je rencontre ce qu’on appelle des parquetiers, ça me fait toujours rire un peu, ce nom, des magistrats qui siègent au parquet, eh bien, la première chose qu’ils nous disent, ou plutôt la dernière, quand on commence à discuter un peu en confiance, ils me disent : « Mais s’il vous plaît, s’il vous plaît, inscrivez l’indépendance du parquet dans la Constitution. » Ce texte, il a déjà été adopté. Il suffirait qu’on réunisse le Congrès pour le faire et personne, pour l’instant, et surtout pas Emmanuel Macron, n’a souhaité le faire. Mais c’est vraiment la grande, grande vulnérabilité de la justice, parce que ça veut dire qu’on pourra avoir des parquetiers, des membres du parquet, qui ouvrent des enquêtes sur injonction du garde des Sceaux parce qu’ils ont peur, et je peux le comprendre, c’est humain, parce qu’ils ont peur pour leur carrière.
Fonction publique et autorités indépendantes : le recrutement par contrat bondit de 17 à 24 % des agents publics en 13 ans. Les autorités de régulation n’ont pas de statut constitutionnel protecteur. Je me permets de lire une autre faille en même temps. Contre-pouvoirs non institutionnels : médias privés concentrés, Bolloré, Lagardère, dépendants d’aides publiques opaques, médias publics et associations sans garantie d’indépendance solide. Cinquième faille : système électoral. Le découpage des circonscriptions reste aux mains du Parlement, sans autorité indépendante ni révision obligatoire. Et enfin, le Conseil constitutionnel : ses neuf membres sont nommés par des responsables politiques, sans exigence de compétences juridiques ni majorité qualifiée. Ça, ce sont donc vos failles. Avant d’aller sur les chantiers que vous proposez, je voudrais vous lire ce que, dans votre propre rapport, la CNCDH nous dit. Elle nous dit qu’il est très difficile de restaurer l’État de droit une fois qu’il est démantelé. Concrètement, qu’est-ce qui doit être voté avant 2027 pour que ce ne soit pas démantelé après ?
Le premier élément, j’allais dire, c’est : comment est-ce qu’on révise la Constitution ? Et là, on le sait, Marine Le Pen, Bruno Retailleau ont dit : ils veulent une révision constitutionnelle par voie référendaire. Et moi, je ne suis pas contre que les citoyennes et les citoyens votent pour la révision de la Constitution. Et les écologistes, on est plutôt pour une révision constitutionnelle d’initiative citoyenne, c’est le référendum d’initiative citoyenne en matière constitutionnelle. Mais là, ce que souhaite l’extrême droite, c’est de poser seule la question, exactement comme Viktor Orbán en Hongrie, et de poser seule la question sans contrôle de la question vis-à-vis de nos libertés publiques, de la dignité humaine, de la protection de l’environnement, bref, de la hiérarchie des normes et de tout ce qui compose déjà notre Constitution et qui est l’héritage républicain, le préambule de 1946, etc. Et donc nous, ce qu’on dit, c’est qu’il faut absolument encadrer cette procédure et qu’il n’y ait pas de révision constitutionnelle qui passe par la seule question posée par le président ou la présidente de la République au peuple, sans contrôle vis-à-vis, juste, des droits fondamentaux les plus basiques. Et donc qu’il y ait un contrôle constitutionnel et même qu’on empêche, eh bien, un peu ce retour du plébiscite napoléonien, de la question posée au peuple directement. Et donc on passe par une seule voie, qui est l’article 89, qui est de dire : il faut une proposition, un projet de loi qui soit débattu, qui peut être soumis à référendum ou bien adopté par le Congrès. C’est déjà inscrit dans le texte, mais il faut pouvoir le redire parce qu’en 1962, quand le général de Gaulle a fait une révision constitutionnelle par l’article 11, c’est-à-dire en posant lui-même la question qu’il souhaitait au peuple français, le Conseil constitutionnel ne s’était pas dit compétent pour entraver le processus qu’avait initié de Gaulle. Donc ça, c’est la première mesure.
Voilà. Et qui nous pend au nez, un bis repetita. Deuxième mesure.
Alors, la deuxième mesure, je vous en ai déjà parlé, je ne vais pas être trop longue, c’est la question de l’indépendance du parquet. C’est vraiment essentiel pour toutes les raisons que je vous ai dites, mais parce que le système doit tenir par rapport à la justice et notre capacité à contester des décisions. C’est ça, la base de l’État de droit. Et ça, c’est possible. Enfin, vraiment, on peut le faire en deux mois.
C’est-à-dire, quand vous dites qu’on peut le faire en deux mois, parce que je ne vous cache pas que ce rapport, qui est à la fois terrifiant et passionnant à lire, qui est disponible, Rial a mis le lien dans le tchat et ce sera évidemment sur le site auposte.media une fois que l’émission sera terminée, on se dit : « Merde, je lis ça, mais n’est-il pas déjà trop tard ? » Parce que là, vous venez de dire que ça peut se faire en deux mois, mais vous n’allez pas le faire, là, en deux mois. De toute façon, vous êtes minoritaires, vous n’allez pas pouvoir le faire.
Non, mais je vais vous prendre l’exemple de l’inscription de l’IVG. On célèbre aujourd’hui, d’ailleurs, le droit à l’avortement pour toutes les femmes. L’inscription de l’IVG dans la Constitution, à partir du moment où il y a une volonté politique du gouvernement de le faire, ça a mis trois mois. Trois mois pour finir de faire adopter un texte, parce que la navette s’est accélérée sous la forme d’un projet de loi, trois mois pour convoquer un Congrès. Donc moi, je ne suis pas dupe des oppositions majeures que j’ai avec les macronistes et la droite. Mais s’il leur reste un tout petit peu de ce qui existait en 2024, du barrage républicain que nous avons fait, s’il leur reste un tout petit peu de « sousoupe son âme », ils doivent le mettre au bénéfice de protéger nos institutions, c’est-à-dire de protéger toutes et tous contre l’autoritarisme en cas d’une victoire de l’extrême droite. C’est ça, leur seule mission. Et donc, ça avait mis trois mois. Là, il nous en reste sept. C’est pas beaucoup, mais c’est assez pour pouvoir mettre en œuvre les différents textes que je vous ai indiqués : la question de la révision de la Constitution, l’indépendance de la justice. Et le troisième élément, pour moi, c’est véritablement de sanctuariser les services publics et les autorités indépendantes, ça qui relève aussi de la Constitution.
Lutter contre l’instrumentalisation de la fonction publique et des autorités indépendantes. C’est le troisième des six chantiers que vous proposez. Quatre : répondre aux faiblesses du cadre électoral, autorité électorale indépendante, scrutin proportionnel aux législatives. Cinq : lutter contre la… Allez-y, allez-y. Vous êtes plus fraîche que moi. Voilà, c’est ça. Des contre-pouvoirs non institutionnels, dissolution des associations réservée aux juges, indépendance des médias publics constitutionnalisée. Et enfin, transformer le Conseil constitutionnel en véritable Cour constitutionnelle, nomination à la majorité des trois cinquièmes, critères de compétences. Voilà, grosso modo, les six chantiers que vous proposez. Votre rapport a pas fait beaucoup de bruit.
Il a fait du bruit dans le bocal de celles et ceux qui s’intéressent à cette question. Il y a eu quand même quelques articles de presse et je vous remercie aussi de nous donner la parole pour qu’il fasse plus de bruit. Et puis là, on va essayer d’interpeller plus concrètement. On l’a fait par la voie de notre conférence de presse avec Mélanie Vogel et Mélissa Camara. Mais en fait, ce qu’il pose comme pavé dans la mare, c’est que maintenant, personne ne peut dire : « Je ne savais pas et je ne sais pas ce qu’il faut faire. » C’est que là, c’est écrit. Et ce n’est même pas un rapport écrit par des écologistes. Encore une fois, c’est un rapport écrit par des juristes qui ne sont pas membres des Écologistes, qui ne sont pas militants, qui sont simplement universitaires, soucieux de préserver des libertés publiques qu’ils enseignent. Et la liberté d’enseignement en fait partie, d’ailleurs.
C’était évidemment pas une attaque à votre endroit, en disant que ça n’avait pas fait beaucoup de bruit. C’est plutôt mon désarroi face à ce désintérêt, semble-t-il, d’une grande partie des relais médiatiques qui ne s’intéressent pas à ces questions-là. Est-ce que c’est parce qu’elles sont trop techniques ou est-ce que vous pensez qu’il y a un désir, finalement, d’autoritarisme dans la société ?
Je pense un peu des deux. Mais c’est pour ça que, quand quelque chose ne fait pas assez de bruit, je m’interroge toujours sur d’où provient aussi ma responsabilité. Parce que si je souhaite qu’on puisse en parler et que je n’y arrive pas, je m’interroge toujours sur pourquoi est-ce que je n’y arrive pas totalement. Et vous savez, l’État de droit, on pense toujours que c’est un truc très technique, voire que c’est quelque chose qui protège les élites, que ce sont les élites, les institutions contre le peuple. Et en fait, c’est tout le contraire. Parce que l’État de droit, je l’ai dit plusieurs fois, c’est protéger contre l’arbitraire. C’est pouvoir lire le média qu’on souhaite lire ou pouvoir regarder le média qu’on souhaite, écouter, et qui dérange parfois. C’est préserver l’indépendance des associations. Les associations, quelles qu’elles soient, que ce soit l’association sportive, l’association de soutien scolaire, n’importe quelle association, l’association de protection de la biodiversité, toutes les associations sont désormais soumises à un contrôle beaucoup plus important de la préfecture. Donc vous avez là un préfet qui, en fait, souhaite développer plus le sport professionnel, etc., et qui n’en a rien à faire des associations de quartier ou des associations en zone rurale. Il peut vous chercher des noises, par ailleurs, s’il a été nommé par l’extrême droite et que cette association porte un discours de fraternité ou bien qu’elle a un discours sur, par exemple, le sport LGBT. Le sport LGBT peut très facilement être menacé avec les outils actuels. Et donc c’est plein de pans de notre vie quotidienne qui peuvent être touchés. C’est le fait, juste, de se protéger contre les pesticides, on le voit bien déjà. Notre arsenal juridique ne nous protège pas totalement. Mais vous voyez bien que si l’extrême droite révise la Constitution et dit que la Charte de l’environnement ne fait plus partie du bloc de constitutionnalité, on n’a plus rien pour s’opposer à la réintroduction de pesticides et donc pour la préservation de notre qualité de vie, de la santé de nos enfants, etc. Et donc peut-être que c’est parce qu’on n’arrive pas assez à illustrer toutes les conséquences d’un démantèlement progressif, qu’on parle des juges, qu’on parle de libertés associatives, qui sont des grands termes très importants, mais qu’on n’arrive pas à l’illustrer, que c’est compliqué de s’en saisir parfois. Mais en même temps, moi, je pense qu’il y a plein de gens qui aiment le fait de vivre dans une démocratie de liberté, qui se projettent aussi dans un héritage, une histoire révolutionnaire, de conquête des droits, et qu’on peut parler à tout le monde avec les mêmes discours, par ailleurs. Et après, les médias, et notamment certains médias et beaucoup du service public, sont dans une forme de syndrome de Stockholmisation vis-à-vis de l’extrême droite. Et en fait, soit ils sont… Alors ça, c’est un autre mot difficile à dire le matin. Soit ils sont mithridatisés, c’est-à-dire qu’on leur a inoculé petit à petit un poison, ils ne le sentent même plus. Soit ils sont des complices cyniques. J’ai vu dans l’espace politique des complices cyniques et, dans l’espace du service public, véritablement des gens qui sont sous une forme, voilà, de syndrome de Stockholm, pris complètement comme un lapin dans les phares d’une voiture et qui ne savent plus comment est-ce qu’ils peuvent résister, et pensent qu’en donnant des gages à l’extrême droite, ils contribuent à y résister. C’est complètement faux.
La complicité cynique, c’est quoi ?
C’est un député qui me dit, par exemple, quand j’ai déposé une proposition de loi sur le droit au travail des demandeurs d’asile, il me dit : « On va voter ta loi, mais par contre, on va voter aussi la réduction du droit du sol à Mayotte. » Comme ça, tu vois, c’est une balance. Ou bien c’est le fait de dire qu’il vaut mieux un vice-président Rassemblement national à l’Assemblée nationale plutôt que de laisser plus de place à la gauche en permettant à un vice-président écologiste de pouvoir renouveler son siège. Comme ça a été le cas il y a un an, les macronistes ont préféré faire voter pour le Rassemblement national plutôt que laisser un écologiste à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, comme c’était le cas avant. C’est ça, cette complicité cynique. Et après, d’expliquer qu’il y a les extrêmes et que c’est le cercle de la raison, et bien entendu, ils sont là pour protéger les institutions. Moi, c’est cet appel que je fais à toutes celles et ceux, Élisabeth Borne, Marc Fesneau, qui font des colloques à longueur de temps sur l’État de droit. Mais au moment où il va falloir vraiment mettre les mains dans le cambouis et aller convaincre de convoquer un Congrès pour le protéger maintenant, pas demain, pas quand on ne sera plus en capacité de manifester, maintenant, eh bien, tous ceux-là, moi, je veux les voir. Et les yeux dans les yeux, je vais leur expliquer que s’ils ne font pas ça, c’est là la fin de leur complicité cynique, ou en tout cas le début de la révélation.
« Une Sixième République ? », vous demande le tchat.
Moi, je suis en faveur d’une Sixième République parce que cette Cinquième République, elle nous a entraînés aussi là-dedans par une conception du pouvoir qui est celle d’un chef contre l’ensemble de son Parlement, contre la majorité du peuple, et dans une vision omnisciente, omnipotente du président de la République, qui a été très bien incarnée par tous les présidents de la République, n’en déplaise à ceux qui disent qu’ils ont eu une présidence normale, par ailleurs. Cette verticalité du pouvoir, elle produit de la violence, elle produit de l’incompréhension, du désordre démocratique. Enfin, je suis pour une Sixième République aussi parce que je pense que la place des territoires, la place des citoyens qui vivent leur quotidien doit être beaucoup plus affirmée, et donc laisser une place différente à une délibération plus collective qui mêle les collectivités territoriales, les citoyens, l’initiative citoyenne, etc. Pour le faire, il faut une Constituante. Mais une Constituante, elle ne sera possible, un, que si on gagne, et deux, si on ne gagne pas, et qu’on n’a pas gagné cette fois-ci, que la Constitution ne soit pas totalement dans un état de délabrement qui nous empêche même formellement de pouvoir la convoquer. Et donc oui, une Sixième République sur les bases que je vous ai indiquées et, en attendant, il faut essayer de préserver ce qui nous reste de la Cinquième.
Merci beaucoup à vous d’être venue. Alors, le tchat vous relance, c’est un peu de votre faute, vu votre discours. Alors : « Pourquoi ne pas s’unir à LFI ? », vous demande Antispé. Alors : « Il ne faudrait pas aider Mélenchon à gagner ? », vous demande Mario. Je vais répondre… Je sais que ça n’a pas été une matinée de tout repos pour vous : le petit qui s’est pas levé, les questions désagréables à 8 h 59… Non, je déconne. Non, bien sûr. Bien.
Pourquoi est-ce que… Moi, je suis porte-parole de Marine Tondelier, et pourquoi est-ce que nous sommes dans cette configuration ? Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire.
Non, non.
Les écologistes, on avait proposé, c’était une primaire de toute la gauche. Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann n’en ont pas voulu, pour des raisons qui leur appartiennent. Mais à la fin, ils n’ont pas voulu d’une primaire de toute la gauche. Et le Parti socialiste a préféré faire sa primaire à 15 euros entre eux. Bon, il porte aussi une responsabilité très lourde dans le fait que la gauche soit divisée. Désormais, on a une gauche qui est éclatée et j’en conviens avec vous. Et donc, moi, je le sais, que l’union est une condition indispensable, pas suffisante, mais indispensable à l’accès au second tour et à la victoire. En tout état de cause, ce que je vois, c’est qu’il n’y a aucun chemin victorieux qui est donné face à Marine Le Pen en cas de second tour. Il n’y a pas eu… Je ne dis pas que Jean-Luc Mélenchon fait une mauvaise campagne, je dis juste que, pour l’instant, il n’a pas réussi à créer la dynamique de rassemblement potentiel autour de sa candidature. Et donc, si se présente un chemin dans lequel les écologistes peuvent s’inscrire et qui contribuerait à ce qu’on puisse gagner, l’emporter face à Marine Le Pen, moi, c’est mon exigence absolue, c’est d’empêcher le Rassemblement national d’accéder au pouvoir pour toutes les raisons que je vous ai indiquées. Mais aussi parce que, eh bien, en fait, je crois qu’on est toutes et tous concernés. Vous, vous êtes concernés avec votre média Au Poste. Vous êtes concerné quand vous êtes militant contre les violences policières. Vous êtes concerné quand vous êtes une personne racisée, une personne LGBT, quand vous aimez les services publics et que vous en avez besoin. Bref, tout le monde est concerné et doit être concentré sur cet objectif. Et moi, ce que je vois, c’est que, pour l’instant, le chemin qui nous est présenté par Raphaël Glucksmann, par ailleurs, mais aussi par Jean-Luc Mélenchon, n’est pas une victoire possible face à Marine Le Pen au second tour. Et donc, plutôt que de se dire… On nous pose la question, et je le comprends, mais il faut aussi poser la question à Jean-Luc Mélenchon : pourquoi est-ce qu’actuellement, ça ne gagne pas ? Et, disclaimer, on ne peut pas se revendiquer d’être en tête dans les sondages pour le premier tour et dire que les sondages du second tour, ça compte pas. Ça, ça marche pas. Il faut pouvoir le faire avec une honnêteté intellectuelle qui conduit à dire que, pour l’instant, aucun chemin n’est victorieux. Et c’est très grave, et ça devrait toutes et tous, à gauche, nous interpeller. Et donc, si Jean-Luc Mélenchon, il veut convaincre tout le monde, il doit aussi convaincre les écologistes et, à ce stade, j’allais dire, c’est pas encore fait.
Mais Léa, si je peux me permettre, ce que je trouve compliqué dans votre discours, c’est qu’on a eu un échange absolument passionnant et terrifiant sur les dangers qui pèsent sur le pays. Or, aujourd’hui, on est bien d’accord, il n’y a que, que vous l’aimiez ou non, qu’on l’aime ou non, il n’y a que Mélenchon qui peut éventuellement contrer Le Pen. Et si vous considérez que c’est pas assez, ben il faut y aller. Alors, mais moi, je… Qu’est-ce que vous attendez les uns les autres ? Vous commencez à nous fatiguer quand même, les camarades !
Vous nous fatiguez ! Mais moi, je suis fatiguée. Je suis fatiguée le matin quand je me lève et le soir quand je me couche de l’attitude de la gauche en général depuis 2022, qui, en fait, avait… Enfin, Jean-Luc Mélenchon, il avait la possibilité d’emporter l’ensemble de la gauche en 2022. Ça ne s’est pas fait, pour plein de raisons, et c’était… Enfin, il faudrait toute une journée pour pouvoir en reparler. Maintenant, on est dans cet état de fait. Moi, j’ai des divergences profondes avec Jean-Luc Mélenchon et des divergences sur lesquelles on a besoin de discuter. C’est la raison pour laquelle les écologistes ont dit et ont écrit : nous avons une candidate, on a voté ça la semaine dernière, nous avons une candidate, c’est Marine Tondelier. Elle mène une campagne autour de l’écologie et je crois que personne ne peut nous renier, j’allais dire, la sincérité de notre combat écologiste et la force et la vigueur avec laquelle on le fait, même quand c’était difficile, même quand d’autres, pendant les élections européennes, n’ont pas parlé d’un mot d’écologie parce qu’en réalité, c’était le backlash écologique de plus en plus, et que tout le monde se rendait bien compte qu’il ne fallait pas parler de ça. Eh bien nous, on en parlait encore parce que, même quand ce n’est pas populaire, on le fait. Et donc, pardon, je me suis perdue dans mes explications, j’y reviens. Et donc moi, j’ai des désaccords profonds avec Jean-Luc Mélenchon, j’ai des désaccords profonds avec Raphaël Glucksmann. Et donc on a décidé, les écologistes, d’être en capacité de pouvoir dialoguer avec tout le monde, d’ouvrir des discussions avec La France insoumise, avec le Parti socialiste, avec le gagnant de la primaire à 15 balles, là, avec les partis régionalistes, bref, avec tout le monde, pour essayer de remettre aussi ce qui nous distingue, ce qui est une rupture majeure entre nous et ce qui rendrait possible un accord potentiel. Si on n’y arrive pas, moi, je pense que si on n’y arrive pas pour l’élection présidentielle, il faudra qu’on y arrive pour l’élection législative, parce qu’on ne peut pas laisser, de toute façon, une autre majorité qu’une majorité de gauche à ce pays. On leur doit ça. Et peut-être que ce sera plus facile pour les élections législatives, pour tous les autres, de se retrouver sous une bannière encore commune. Je vois que ça réagit beaucoup.
Là, là, là, ça déboule, évidemment, ça déboule.
C’est un sujet.
Non mais, en fait, Léa, il y a une question : c’est quoi, vos divergences, exactement ? Et, en gros, est-ce qu’il ne vaudrait mieux pas les atténuer, les discuter, les renforcer éventuellement ? C’est ce que je vous ai dit. En étant dans le même bateau, si vous voulez diluer des choses qui ne vous plaisent pas, vous les diluerez plus en étant dedans qu’à l’extérieur, non ?
Mais souffrez que les écologistes soient libres et autonomes dans leur capacité d’essayer. C’est la raison pour laquelle les écologistes voteront sur : est-ce qu’on décide de s’inscrire dans une dynamique plus large que la campagne de Marine Tondelier ? Mais pour ça, il faut nous montrer que ça compte. Bonsoir, bonsoir. C’est pas qu’à nous de démontrer l’utilité de notre rassemblement. C’est aux Insoumis, aux socialistes d’expliquer comment est-ce qu’ils comptent aussi, un, nous faire de la place et, deux, bien revoir sur les désaccords. Je vais vous donner un exemple. Ce que je veux dire, c’est…
Nous faites pas le coup, les uns et les autres, d’attendre… J’ai pensé… d’attendre le lundi matin après le premier tour pour dire : « Allez, on fait l’alliance. » Discutons maintenant, tous ensemble, des divergences. Maintenant. Affûtons les arguments, confrontons les idées. On a six mois pour le faire. Pourquoi, encore une fois, tomber dans cette espèce de truc dont on sait, là, que c’est Le Pen qui est gagnante ?
Quel que soit le candidat. Et moi, ça me désole et je prends ma part de responsabilité. Et en fait, franchement, les écologistes, on a essayé de faire la primaire avec tout le monde. Il y en a certains qui l’ont refusée. Nous, on n’a pas lâché, on a essayé de la préserver. D’autres nous ont lâchés encore en cours de route. Eh bien nous, dès le début, dès le mois de juillet, quand les socialistes ont dit : « On fait pas la primaire », on a dit : « Très bien, on envoie un courrier à tout le monde en leur disant : ouvrons des discussions, voici nos priorités programmatiques. » On a un projet, on a un programme qui est disponible sur projet.lesecologistes.fr, qui est de plus de 500 mesures, hyper complet, hyper dense, adopté par l’ensemble des citoyens, enfin, les adhérents et des sympathisants des Écologistes, qui a été enrichi de plein de contributions citoyennes, associatives, plus de 50 000 contributions. Ce programme, on en est très, très fiers et on ne veut pas le défendre parce qu’on aime la couleur verte. On veut le défendre parce que, pour nous, ça correspond à la bonne réponse aux questions que pose l’urgence de notre moment. Maintenant, franchement, on a fait tous les efforts et on a eu des réponses à nos courriers, plus ou moins cordiales, mais des réponses et des points de contact. On a fait adopter au sein de notre mouvement le fait qu’on allait pouvoir engager des discussions. Je ne sais pas quelle autre formation politique est assez claire, assez limpide sur le fait de dire que l’union est un chemin nécessaire.
Comment le trouver ?
Vous allez voter !
Comme le tchat, qui est très en verve, vous pourrez le lire ou vous demanderez à vos collaborateurs de vous résumer un petit peu ?
Oui, oui, oui.
Parce que je pense que, bon, en dehors des coups de chaud, il y a des arguments qui sont intéressants. Comment on peut vous aider, les uns et les autres, à vous pousser à discuter maintenant, à discuter ouvertement, à faire en sorte que le peuple de gauche, de gauche de gauche, alors on s’entend, se mette en… Ouais, soit beau, quoi ? Parce que là, ce n’est pas beau, ces discussions-là de trucs, de machins, c’est moche, quoi.
Alors franchement, moi, je suis ravie des gens qui disent : « Comment est-ce qu’on peut vous aider ? » Parce que je pense qu’on a besoin aussi d’un appui citoyen. Nous, les écologistes, on s’est engagés dans cette démarche-là. Si vous voulez, on s’est liés auprès de nos adhérents, donc on va le faire. On va écrire à tout le monde. Donc écrivez aux autres. Écrivez aux autres et dites-leur que ça ne peut pas être selon leurs conditions, selon l’ensemble de leurs programmes, etc. Enfin franchement, quand on a sorti ce rapport avec Mélanie Vogel, Jean-Luc Mélenchon, plutôt que de s’en saisir et de dire : « Ces juristes ont raison, même pas les écologistes, ces juristes ont raison, c’est un péril dans la demeure », ils ont expliqué qu’on était défaitistes. En fait, moi, je ne suis pas défaitiste. C’est-à-dire que je pense à celles et ceux qui devront survivre en cas de régime autoritaire. Et je n’en suis pas la première victime, Jean-Luc Mélenchon non plus. Parce qu’en fait, on a des privilèges, parce qu’on a des […] parce qu’on a accès à des médias, parce qu’on est capables de pouvoir même partir de France s’il le faut, si on est en danger de manière vitale. Ce n’est pas son cas à lui. Il aurait dû lire ce rapport, il aurait dû se dire : « Ce n’est pas du défaitisme, en fait, c’est un acte de résistance qu’on pose. » Parce que pouvoir être prêt à se défendre, quelle que soit la configuration, c’est un acte de résistance. Donc interpellez-le : pourquoi est-ce que son groupe, pour l’instant, ne soutient pas le fait qu’on puisse avoir l’indépendance de la justice adoptée, convoquer un Congrès ? Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas réformer l’article 11 et l’article 89 de la Constitution tout de suite ? Ça, ça fait partie des actes en commun qui permettent aussi de créer une dynamique qui nous met ensemble. Moi, je n’ai jamais vu de choses aussi belles à l’Assemblée nationale que quand on a lutté contre l’extrême droite. Paradoxalement, on était tous hyper unis, on était capables de se serrer les coudes, donc on sait faire face à l’adversité. Moi, ce que je dis, c’est : est-ce qu’on est capables de faire ensemble des choses très positives ?
Mais justement, Léa Balage El Mariky, je prononce tout. Ça, c’est très bien, le NFP, l’Assemblée, etc. Mais justement, une campagne électorale, c’est un moment où la politique redescend dans les bars, dans les rues, dans les salles des profs, dans les salles d’usine, etc., dans les transports en commun. Donc ça n’est plus… C’est terminé, ces campagnes de politiciens. C’est-à-dire que si vous ne vous appuyez pas sur le peuple, si vous ne l’écoutez pas, on va être dans la merde.
Mais à quel moment est-ce que les écologistes n’ont pas écouté, quand on a essayé de promouvoir une primaire et qu’on envoie un courrier à toutes nos formations politiques partenaires, et celles que vous oubliez, les régionalistes, etc., Nouvelle Donne, bref, tout le monde, et que là, on adopte une stratégie qui consiste à dire : on va discuter avec tout le monde ? À quel moment est-ce qu’on n’écoute pas le peuple unitaire ? Moi, je veux bien les injonctions à l’union pour l’union, etc. J’ai pas de difficulté à les écouter. Véritablement, je le comprends. Je suis dans la même urgence, dans le même ras-le-bol que vous. Mais à quel moment est-ce qu’on ne tient pas aussi en partie responsables celles et ceux qui ont dit : « On ne se met pas dans la primaire, on ne répond pas aux courriers, c’est notre calendrier, c’est notre manière de faire » ? Les écologistes, on n’est pas des torchons. On a une histoire politique, on a une manière de voir les choses qui compte. Et donc, en fait, on doit avoir un débat, un espace politique dans lequel on débat. Et moi, je souhaite que vous puissiez les interpeller pour dire : « Qu’est-ce qui fait que vous n’êtes pas en capacité de pouvoir convaincre les écologistes à ce stade ? » Et ce n’est pas un calcul politique de notre part, c’est une vraie sincérité. Moi, je ne suis pas d’accord avec la manière de voir l’économie, la redistribution des richesses de Raphaël Glucksmann. Quand il dit : « On rapproche le net du brut en baissant les cotisations », il fait une politique de l’offre qui a produit de la pauvreté dans notre pays, qui a produit de la violence sociale dans notre pays, et je suis en profond désaccord avec ça. Et quand il dit qu’il finance ça avec une taxe sur l’héritage… Moi, je pense que l’héritage, ça doit… Et je suis d’accord pour taxer l’héritage beaucoup plus fortement qu’il ne l’est actuellement en France, mais c’est fait pour investir, c’est fait pour réparer les services publics, c’est fait pour la transition écologique, ce n’est pas fait pour faire une politique de l’offre, de taxer les héritages. Ça, c’est la première chose. J’ai des désaccords profonds avec Jean-Luc Mélenchon sur la politique internationale, sur la manière dont il voit ces écorégions qui écrasent le fait régionaliste. Moi, je suis une régionaliste, une fédéraliste, mais les écorégions, elles sont transfrontalières. Elles ne sont pas seulement sur des bassins versants. Elles prennent l’ensemble des identités des territoires aussi. Bref, on a des désaccords sur un certain nombre de choses, mais on est capables de se mettre autour de la table. On l’a fait deux fois, en 2022 et en 2024. Mais encore une fois, ce n’est pas aux écologistes d’être responsables pour trois, pour quatre, pour cinq. On va le faire, mais on n’est pas les seuls à être responsables de cette affaire. Donc il faut aussi pouvoir interpeller les autres.
Merci beaucoup, Léa Balage El Mariky. Merci beaucoup d’être venue, d’avoir donc, j’ai l’impression, couru pour être là à l’heure. Merci infiniment pour le rapport, qui est tout sauf défaitiste, mais essentiel. Merci pour votre franchise. C’était pas prévu qu’on déboule sur la Sixième République, puis le reste, mais en tout cas, merci d’avoir…
Je suis prête, c’est des questions qui me sont posées tout le temps. Quand j’ai fait du porte-à-porte vendredi soir, on m’a posé ça comme question. Et c’est normal, c’est normal. En fait, l’urgence, elle est là.
L’urgence, elle est là. Et donc, si je puis me permettre, arrêtons de dire : « Il n’y a pas eu la primaire, c’est la faute à machin. » On s’en fout.
Ce n’est pas la faute. C’est juste que les écologistes ont toujours prôné l’union.
Oui, oui, oui, oui. Vous êtes plus verts que les autres, il n’y a pas de doute là-dessus.
Non mais arrêtez de nous engueuler que nous, engueulez les autres.
Ah mais nous, ici, on engueulera tout le monde.
Voilà.
Exactement. Allez, bonne journée à vous.
Exactement, merci infiniment.
D’être venue à Au Poste. Bonne journée à vous et on se tient au courant. Et on sera très heureux d’animer plein de débats de toute la gauche, de gauche, en ordre de bataille à partir de, on va dire, début novembre. On ne va pas perdre de temps.
Les Français parlent aux Français. Vous pouvez écouter tout d’abord quelques messages personnels. Les sanglots longs des violons de l’automne…
Voilà. Bonjour les amis, c’est l’heure d’« Ici Londres ». Exceptionnellement, on ne fera pas de météo des luttes aujourd’hui. Pourquoi ? Parce qu’à midi, le copain Julien Le Guet va faire la sienne, et là, on a vraiment dépassé l’heure et il faut que j’aille un tout petit peu prendre des forces parce que ce soir, à partir de 19 h 30, on a une grande soirée en public, en direct, au Point Éphémère. Mais je voulais absolument vous parler de ce que l’extrême droite est en train de faire, puisqu’on en parlait à l’instant. Attention, c’est ici. C’étaient les copains des Mutins de Pangée, que nous saluons, qui nous mettent en garde, qui nous mettent au courant : « L’extrême droite : le nom de René Vautier effacé d’un cinéma. » Prétextant une neutralité politique, Steve Fortel, le nouveau maire d’Elne, balaie en souriant l’histoire de la résistance aux nazis et à la colonisation et efface du cinéma municipal le nom de René Vautier, le cinéaste le plus censuré de l’histoire du cinéma français. Ça se passait le 22 septembre dernier. Le conseil municipal de la commune d’ Elne, dans les Pyrénées-Orientales, vote le changement du nom du cinéma René Vautier, qu’on a abordé plusieurs fois ici à Au Poste. Cinéaste, résistant, homme de paix, de dialogue, qui nous a quittés en 2015. Le nouveau maire, Steve Fortel, justifie la décision par une prétendue neutralité qui n’en est pas une, vu les propos qu’il a tenus et la portée politique de cet acte. La nouvelle convention prévoit un contrôle sur la programmation finale, ce qui est à la fois inquiétant et contraire à l’indépendance du cinéma en France. Avant le vote du conseil municipal, la mairie avait déjà arraché le panneau qui rend hommage au cinéaste résistant. Il était inscrit ceci : « René Vautier, 15 janvier 1928, 4 janvier 2015, réalisateur… » Alors ouais, donc ça, c’est la biographie de René Vautier. Face aux protestations des élus d’opposition, le nouveau maire, Steve Fortel, a confirmé le caractère politique de cette décision, se défendant paradoxalement de ne pas vouloir faire d’idéologie : « Nous avons choisi le nom La Bobine illibérienne, du nom des habitants d’ Elne, pour deux raisons essentielles. D’une part, c’est un nouvel élan pour ce cinéma, qui ne ressemblera plus à l’ancien. C’est une nouvelle dynamique, donc pour nous, il était important de marquer le pas. D’autre part, je ne souhaite pas politiser la culture. Sauf que René Vautier, avec tout le respect que j’ai pour son travail cinématographique, est quand même, d’après Wikipédia, un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste, cinéaste du FLN algérien. Donc là, il y a quand même une connotation politique qui a été marquée le jour où on a apposé le nom de René Vautier au cinéma, ce que je ne veux pas. » Je vous laisse voir le conseil municipal, la décision. Voici la tête du maire de la ville. La cancel culture, c’est bien l’extrême droite qui en est, comment dire, le maître d’œuvre. Voilà, voilà, voilà. Euh, qu’est-ce que je voulais dire ? Bah, je crois qu’on a fait à peu près le tour. Qu’est-ce qui se passe ? Il y a quand même un dernier truc. D’abord, je dois vous parler des abonnements. Abonnez-vous à Au Poste, s’il vous plaît, abonnez-vous ou faites des dons. Si vous voulez faire des dons, l’avantage, c’est que vous avez une déduction fiscale au nom de la pluralité et du pluralisme des médias, puisque nous sommes reconnus comme média à part entière. Donc, si vous faites un don de 10 euros, il vous coûte en réalité 3,40 euros si vous êtes imposable, puisque vous pouvez le déduire de 66 %. Vous pouvez aussi être abonné, et ça, on adore ça. En étant abonné, vous allez pouvoir voter pour vos émissions préférées, les mettre en avant sur le site auposte.media, choisir votre player, YouTube, PeerTube, les podcasts audio et compagnie, obtenir un avatar, […] sur notre salon Discord, recevoir une newsletter dédiée. Vous pouvez aussi panacher les deux, abonnement ou don, pour la même somme, bien entendu, ou passer au tout-abonnement si la déduction fiscale ne vous concerne pas. Les abonnements démarrent à 2 euros par mois. Et puis ça monte jusqu’à ce que vous voulez. Voilà. Et c’est important de le dire, de le rappeler, parce que sinon, on ne va pas tenir. Alors, tac, tac, tac. Je voulais quand même vous dire, vous montrer… Est-ce qu’elle est là ? Est-ce qu’il est là ? Mince, si, c’était dans les convocations. Attends, bouge pas. Ne bougez pas. Là, c’est la grande solitude. Voilà. Là, je vous montre, vous voyez ? Vous voyez, donc à gauche, là, il y a mes notes. Voilà. Alors, je n’ai pas mis le… Attends, comment je vais faire ? Peut-être, peut-être, peut-être… Hop. Je voudrais vous mettre le teaser de Six mois ferme, la nouvelle émission d’Au Poste animée par Julien Le Guet. C’est sa grande première, c’est tout à l’heure. Je pense que ça va être ici. Je pense… Ouais, c’est bon, c’est bon. Attends, bouge pas, bouge pas, mon petit bonhomme. Hop, hop, hop. Voilà. Donc, la grande première de Six mois ferme, c’est tout à l’heure à midi avec Caroline Proust et Petra Bernu. Julien Le Guet, assigné à résidence, reçoit Caroline Proust, Cancer Colère 86, et Petra Bernu, ou Bernus, je ne sais pas, pardon, pardon si j’écorche ton nom, étudiante infirmière, militante à Révolution permanente, ancienne candidate aux élections municipales de Bordeaux. Ça démarre tout à l’heure à midi. Et voici, et voici normalement. Qu’est-ce que c’était que ça ? Et voici, et voici… Qu’est-ce que c’est que ça ? OK. Et vous aussi, attention, ça va péter. Et voilà, Six mois ferme, c’est tout à l’heure, à midi. Ne ratez pas l’entrée en piste de Julien Le Guet et de tous ses camarades. Il sera question de toutes les luttes en France pendant six mois, tous les lundis à la même heure, à midi. Et nous sommes très, très fiers de pouvoir transmettre, relayer. Relayez ça sur auposte.media. Chers amis, je crois que j’ai tout fait. Non, non, non ! Il nous reste le dernier truc du lundi, Riffifi, où nous sommes, vous le savez, les bons derniers. Salut Au Poste. Donc, tes papiers, punk ! Donc l’idée, c’est que nous avons trois questions, 15 secondes, on a cinq secondes en plus. Le jeu démarre à minuit et se termine à 20 heures. Pas de répétition, ça part maintenant. Attention, trois, quatre Départ dans deux minutes, une minute. Alors attention, toc, toc, toc. Quel chanteur bouleversait […] en reprenant une de ses chansons ? Quelle chanteuse exigeait son cachet en liquide avant le concert ? Regardez, le sac de billets bien visible au piano. Aretha Franklin ! Absolument ! Quel groupe doit son nom à une chute annoncée « comme un ballon de plomb », formule attribuée à Keith Moon ? Je ne sais pas… Ouais, Led Zeppelin, à cause du ballon, mais je ne savais pas. Keith Moon, c’était le batteur de qui ? Bizarre. Voir le verdict. Écoutez, aujourd’hui, on a cartonné. On a eu deux bonnes réponses sur trois. Place provisoire, on fait un bond. On était soixantièmes, nous voici maintenant trente-deuxièmes. C’est absolument fabuleux. Voilà. Et en fait, ce que je n’avais pas vu, c’était hyper bien foutu, c’est que les anecdotes, les questions, une fois qu’on y a répondu, on a les réponses. Donc là, c’était Johnny Cash. J’avais mis Léonard Cohen et je m’étais gouré. Hop, hop, hop. Voici la source pour Aretha Franklin. Voilà. Elle est belle, elle était magnifique. Voilà. Merci, chers amis. On se retrouve à minuit, non, on se retrouve à midi ! C’était un plaisir et un bonheur de partager cette matinale du lundi matin. Merci à vous tous et on se dit à tout à l’heure, à midi, et ensuite à 19 h 30. Je vous remets les convocations de la semaine. Amusez-vous bien, portez-vous bien.
