La planète brûle, l’hacktiviste Joanie Lemercier nous allume
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Amis, ami du café, amis des cafetières. J’ai une surprise pour vous.
Salut ! Bonjour !
On entend, C’est parfait, Joanie. Je ne sais pas comment te présenter en réalité. J’ai mis. Artiste visuel et activiste environnemental qui est le terme que tu vas employer, mais ça fait un peu jeune cadre dynamique je trouve. Ça fait un peu ouais, je suis dans le secteur de l’activisme environnemental, ça fait un peu greenwashing. Non,
Ouais, j’ai bien aimé l’activiste avec Access. Moi je viens vraiment du code des ordinateurs et un peu de la culture du hacking. Donc j’ai bien aimé le jeu de mot. Mais ouais, je ne sais pas trop comment vous définir exactement. Je suis vraiment artiste avant tout. Moi ça fait quinze ans que je fais des projections de lumière et je suis tombée par accident dans l’activisme il y a quatre ans en entier, je suis devenue activiste radicale un peu instantanément en découvrant une mine de charbon. Mais ouais, artiste activiste, ce n’est pas mal. J’aime bien, j’aime bien la façon dont tu l’as écrite aussi.
Voilà, je me dis non, ça ce n’est pas sympa, ça vraiment, On dirait un truc de flic Bon, donc moi je te connais depuis un certain temps par Twitter puisque on se suit, on se suit de loin en loin et évidemment ton nom est revenu pas mal avec notamment pour Sainte Soline et les soulèvements de la Terre puisque tu es proche d’eux. Et l’une des raisons de ta présence ce matin, c’est que demain s’ouvre le procès des organisateurs de la marche de Ste Soline. Donc ça nous semblait tous les deux pertinents que tu sois là ce matin. Donc ça ne t’ennuie pas qu’on te découvre au détour de cette de cette action, on parle un peu plus de toi
Euh non, écoute, c’est plutôt chouette parce que depuis que je suis devenue activiste à travers l’art, je suis. Je suis beaucoup de groupes différents qui font de la désobéissance civile. Et moi, vraiment, mon prisme, c’est d’amplifier leur voix et d’amplifier leur travail. Moi même, je ne fais pas nécessairement de la désobéissance civile dans le sens où je ne vais pas forcément, moi, jeter de la peinture sur un tableau ou me coller la main sur une autoroute. Mais par contre, je gravite autour de ces actions là pour amplifier la voix des activistes, pour documenter le travail et en fait des événements comme Sainte Soline me permet à moi de vraiment me sentir utile en fait. Parce que mon travail de d’image, de création d’images, que ce soit une image de projection ou une image de drone, peut être utile de manière très pratique et très claire. Genre on en parlera plus tard avec le travail que j’ai pu faire avec Libération. Le Monde est complément d’enquête, mais mon travail d’artiste est plus classique. Je suis beaucoup exposée dans des musées, dans des institutions, dans des festivals et c’est très chouette. Je ne vais pas renier ce que je fais depuis quinze ans, mais c’est vrai que la création de beau et de choses esthétiques, sans forcément d’impact sur la société, me paraît un peu futile quand je le mets en perspective avec ce que font les activistes. Donc finalement, intervenir dans les médias autour de sainte Soline autour des soulèvements de la terre d’extinctions, rébellion de dernière rénovation, etc. C’est aussi une façon de faire de l’art utile entre guillemets et. Et du coup ça me tient vraiment à cœur. C’est important pour moi de souligner que je ne suis pas là pour parler de moi et de mon travail d’artiste. Tout va bien. J’aime les réseaux sociaux et j’ai beaucoup de projets. Et en fait, c’est un truc que je fais à côté. Mais c’est vrai qu’il faut absolument, je pense, la gauche globalement qu’on arrive à ce que notre voix soit entendue dans les médias. Et c’est vrai que l’art et l’esthétique permet comme ça de plus facilement de déployer un message et d’amplifier un message. En tout cas, ravi de pouvoir me sentir un peu utile.
Je n’ai pas compris. T’as dit quoi à la gauche ?
La gauche ?
Alors je disais au tout début. Tu m’as envoyé un conducteur en me disant voilà, on peut commencer par ça, ça va faire 30 minutes. Là, j’envoie des slides, la vidéo et je me suis dit ben il en sort et il prend ma place ou quoi ? Qu’est ce que c’est ce bazar ? Donc je vais être sympa, je vais accepter, je vais accepter, je joue le jeu que tu proposes et dont je te remercie infiniment. Mais en fait, pourquoi je raconte ça sur le ton de la blague ? C’est parce que je vois que c’est là le côté activiste, c’est à dire qu’on voit que tu laisses rien t'échapper ou tu en tout cas tu prépares les choses et c’est là où c’est où il s’agit d’action. C’est à dire que ce n’est pas que de l’inspiration, tu prépares ce que tu vas nous montrer, c’est le fruit de calculs parfois sur les projections de lumière, d’angle, etc. Et je trouve que notre échange d’email était assez éloquent de ce point de vue là.
Voilà, je t’avoue qu’il y a un vrai souci d’efficacité. Je fais beaucoup de conférences pour parler de mon travail d’artiste, donc souvent avec des curateurs, des commissaires d’expo qui connaissent vraiment bien mon travail et tout. Et là, c’est nouveau pour moi d’intervenir dans des sphères différentes. J'étais invité par Hervé au Havre la il y a deux semaines, là pour faire une intervention. Et alors quand j’arrive dans la sphère politique, personne ne connaît mon travail. C’est à dire et c’est normal, ils ont autre chose à faire que d’aller voir des expos d’art numérique. Et du coup, c’est vrai que ça me pousse un peu à cadrer les choses. Prévoir un plan pour simplifier la vie de la personne en face qui peut être n’a pas tellement d’idée de comment articuler. Je dis ça parce que mon objectif aujourd’hui, si on y arrive, est situé d’accord, c’est d’essayer de convaincre des artistes, des créatifs et des gens qui sont. Ouais, c’est ça dans l’action, dans la création, mais dans la création d’image de peut être rejoindre certaines de ces luttes là, Et donc dans la façon dont je articule un peu cette histoire, je propose de raconter comment ma vie a basculé en fait. Et quand je coupe, comment je suis devenu, je suis passé d’artiste hyper privilégié parce que j'étais sans arrêt dans l’avion. Aller aux quatre coins du monde, faire des expos pour gagner pas mal d’argent pour faire des biennales et des trucs qui sont un peu le modèle que tous les artistes veulent faire. Tu vas avoir ton studio, avoir des employés, faire des projets commerciaux pour des marques de bagnole et tout ça est en fait assez sale et pas du tout aligné avec la crise climatique. Et par accident, je me retrouve dans des mines de charbon à bloquer des convois de charbon pour ne pas qu’ils soient brûlés dans les mines de charbon en Allemagne. Je me retrouve à côté de blessés à Sainte Soline avec mon drone en train de documenter les choses parce que c’est les seules preuves que les journalistes vont avoir après. Donc y a quand même un gros grand écart entre ma vie un peu artiste JS7 et me retrouver face à la police qui nous tire dessus à l’arme de guerre. Et j’essaye en fait en 1 h 2 h de raconter un peu cette histoire pour convaincre les gens, pour ramener du monde quoi. Parce qu’on va avoir besoin de plus en plus d’artistes. Donc voilà un peu pourquoi j’ai fait cette proposition. C’est très assumé de vouloir rallier à notre cause, à nos causes, les artistes et les gens créatifs qui pourraient être intéressés.
La question est ce que les questions étaient envoyées à l’avance ? Cette question ayant été envoyée à l’avance, est ce que les questions ont été envoyées à l’avance également ou pas.
En les questionnant quand même ? Oh bah non, ça serait un peu.
Bien sûr, bien sûr. Alors on démarre, on démarre. Donc au départ, tu es un éditeur, un pollueur Si tu prends la et tu prends le café et tu prends l’avion. Tu te retrouves dans des très belles galeries, dans des plus grands musées. Tu es artiste numérique, c’est bien ça ?
C’est ça.
C’est à dire que tu travailles avec des zéro et des un et non pas de la peinture.
Ouais, en gros c’est ça. En fait, je travaille avec la technologie plus généralement, que ce soit les ordinateurs, la programmation, le code, les vidéoprojecteurs, les lasers, etc. En gros, voilà, je fais de l’art d’aujourd’hui avec les outils d’aujourd’hui. En fait, j’ai une formation qui m’a fait utiliser, découvrir à la fois la programmation mais aussi l’usage de la technologie en faisant mon propre code quand les technologies ne sont pas encore forcément disponibles. En arts numériques, on n’aime pas trop le mot en tant qu’artiste numérique parce que il y a un peu trop ce côté zéro et un et finalement ce qu’on fait au quotidien, on n’a plus trop besoin de faire des zéro et d’un parce que tout le travail de programmation est prémâché par exemple. Oui, et alors ? En tant qu’artiste visuel, mon travail est ultra visuel et du coup c’est très dur de le décrire sans trop paraphraser.
Alors là, il a lancé une slide Je vais vous. A montrer, Elle est à droite. Hop la voici. Vous vous ne dites rien. Je vous pose la question : est ce que les réponses ont été envoyées à l’avance ? On t'écoute
Du coup, alors je fais un micro aparté sur ma pratique artistique pour la mettre en perspective. Après, avec maintenant mon travail un peu anticapitaliste et un peu radical. Donc voilà, mon travail a commencé il y a une quinzaine d’années autour de des projections du vidéo mapping de la géométrie. J’ai fait beaucoup de projections sur des sculptures, après sur l’architecture. C’est intéressant parce que ça a été la première fois où j’ai fait des projections vidéo sur le bâtiment. C’est à -dire que l’espace public devient un lieu d’expression et un lieu de spectacle également. On se retrouve à présenter dans ces espaces un public. Voilà transformer la ville en spectacle.
Alors ? Et Johnny, excuse moi, je vais essayer de changer de chaîne de scène. Je suis pas sûr qu’on entende. Vas-y. Est ce que tu m’entends ? Oui, là je t’entends. Je pense que voilà, comme ça, l’image est plus grande, On ne voit plus, mais ça n’a aucune espèce d’importance. On l’entend. Voilà, voilà. Donc on t'écoute et là c’est plein pot. Donc là, nous sommes en 2009.
En Corée du Sud.
En Corée du Sud est.
Dans une ville incroyable qui s’appelle New Sanglot City. C’est une ville qui a émergé de nulle part. C’est une Smart city. En fait, le gouvernement coréen sud coréen a décidé de remplir une partie de la mer et de l’océan de terrassement pour en faire une ville qui est une smart city, donc ultra technologique. Et donc à l'époque, on a fait une pièce avec le groupe A qui travaillait beaucoup sur 1984, la société du contrôle, la dystopie comme ça, des machines qui contrôlent tout. Et. Et donc voilà, dans nos projets artistiques, on était tout le temps dans une forme de critique de la technologie. Mais voilà, ça c'était mes premiers projets architecturaux, bien loin de la projection sur l’Assemblée nationale qu’on verra à la fin. Mais en tout cas, il y a un peu dans les outils utilisés et les techniques utilisées. Et pour moi proche, faire de l’art dans l’espace public, c’est aussi quelque chose qui est super important. On a vu la façon dont l’espace public disparaît, est privatisée de plus en plus. Donc voilà, c’est une question qui m’a toujours touché. Et puis j’ai fait aussi beaucoup d’installations dans des grands lieux industriels désaffectés, comme ici aux Pays-Bas, et avec tout le temps un peu une esthétique quand même. Une esthétique très noir et blanc, très froide, sèche et quand même beaucoup inspirée par la science et les films de science fiction des années 90 avec lesquels j’ai grandi. Mais bon, voilà, mon esthétique est à la fois géométrique mais aussi très un peu futuriste. Donc là on a ce truc un peu très inspiré par Minority Report, les hologrammes, etc. Tout ça parce que ça fait aussi partie d’une idéologie qui s’appelle le techno optimisme, qui est un peu une espèce de mise en avant des technologies comme des choses un peu magiques, des hologrammes qui pourraient tous nous sauver des maux du monde. Et du coup, c’est vrai que voilà, c’est un je suis. Je suis un peu critique maintenant de ça, de cette esthétique un peu dystopique et assez dark. Et alors ? Je travaille aussi beaucoup sur le paysage. Je fais beaucoup de voyages dans des paysages désertiques, je fais beaucoup de représentations de la nature. Là on a des dessins de montagnes, des dessins de paysages. Donc ça fait partie un peu de ma palette artistique d’essayer de travailler sur la représentation du paysage à travers le prisme de la technologie. Là, par exemple, tout ça, ce sont des rendus 3D. Donc rien n’est réel dans ce qu’on voit dans ces images. Ce sont des algorithmes qui nous permettent de créer ces paysages, encore une fois un peu dystopique, sans vie, à qui moi je trouve super beau, il n’y a rien de courant artistique qui s’appelle le sublime qu’un grand du XVIIIᵉ siècle c'était les peintres romantiques allemands qui faisaient des paysages comme ça, immenses, mais aussi un petit peu fin du monde basque. Et donc voilà, ça c’est un peu l’esthétique autour de laquelle je travaille. Et 2019 fractures ontologiques,
Question du chat ? Est ce que les interruptions techniques ont été envoyées en avance ?
Absolument pas.
Par contre, il y a déjà des questions. Je pense que ça vaut le coup qu’on le dise tout de suite avant que ça raconte justement le chamboulement. C’est une question de PSM qui te demande est ce que l’impact environnemental de tes projections est estimé ?
Alors maintenant, oui, figure toi que dans le monde de l’art et le monde de l’art numérique, en particulier dans le techno optimisme dont je parlais, tout ça n’a pas d’importance puisque les technologies vont tous nous sauver. L’idéologie du milieu de l’art et du milieu, même un peu de la Start up nation. Donc quand on est artiste, avec mon mec, on fait tous ses voyages, on se dit que bon, de toute façon, je suis artiste, je suis dans ma bulle, peu importe. Et depuis que je suis devenu activiste, bien entendu que je ne peux pas faire semblant, que tout ça sera réglé. On le sait qu’on est au milieu d’une crise environnementale et qu’il va falloir faire des gros efforts individuels et collectifs. Donc oui, j’ai fait un audit de tous les projets de l’atelier, toutes nos factures, tous nos impacts. On a réduit le train, le transport en avion. J’en parle un peu plus tard. Mais bien sûr que maintenant c’est indispensable. Alors quand je fais des projets comme des dessins au calme, comme j’ai montré juste avant l’impact, il est très faible. Mais j’ai quand même fait le calcul de ma consommation de gaz à l’atelier. Ici, je suis basé à Bruxelles et donc on a beaucoup de consommation de gaz et en fait c'était 60 % de mes émissions. La houle, les vols, elles ne représentaient que 10 à 15 %. Donc faire ce travail d’analyse et d’audit, ça m’a permis aussi de me rendre compte que bien sûr, il faut arrêter l’avion, surtout quand c’est un usage démesuré et insensé. Mais en plus, je pense qu’il faut faire un travail, aller un peu plus loin parce que voilà, il faut vraiment comprendre la globalité des choses. Je ne connais pas l’impact de toutes mes expositions à chaque fois, mais en tout cas avec tous les gens qui nous invitent, on leur demande de faire des relevés électriques avant le début du projet, à la fin du projet, on demande quelle énergie sont utilisés. Quand ce sont des générateurs et des générateurs à essence, on fait un travail de lobbying en interne pour qu’il remplace par des d’autres solutions. Et alors surtout là, le vraiment la clé du truc, c’est qu’il faut réduire nos usages. Ce n’est pas juste passer à des panneaux solaires et il faut vraiment réduire. Et donc c’est ce qu’on a fait. On a réduit toutes nos consommations de 50 % depuis 2019 et alors du coup les factures sont aussi bien moindres. Donc ça c'était le petit bonus hyper important qui est déterminant. Mais bien sûr que je ne peux pas être activiste et ne. Ne pas me poser cette question là avant d’ouvrir la bouche. Il faut. Et j’ai dû faire ce travail assis, sinon je ne serais pas crédible.
La révélation. La lumière. La lumière arrive dans le noir, dans une mine de charbon de huit kilomètres sur cinq huit kilomètres sur cinq. Les amis, huit kilomètres sur cinq. Je ne l’ai pas dit à 800 mètres, J’ai dit huit kilomètres.
C’est ça. Et alors ? Parfaite transition. Tu vois cette image qui était la maquette à ma droite ? Oui, Et les paysages que je trouvais beaux et esthétiques à cause de MAdMax, à cause de 2001, l’Odyssée de l’espace, le plus beau film du monde esthétiquement parlant. En tout cas, vraiment, et c’est ça m’a beaucoup influencé. Et la réalité à 1 h 30 de Bruxelles, la plus grande mine de charbon d’Europe. Donc vous voyez, l’esthétique est quand même la même et assez proche, la lampe en premier plan. Et je vais aller un peu plus loin pour vous montrer d’autres images de cette mine. Donc voilà le trou en question huit kilomètres par cinq, c’est la mine de charbon de gaz Wheeler en barre et c’est 100 millions de tonnes de CO2 émis chaque année. Donc j’ai découvert, moi, ce lieu là un peu par accident, grâce à la force des images et grâce à un youtubeur qui s’appelle Vincent Versa. J’ai une chaîne s’appelle Partager. C’est sympa que je fasse un travail vraiment hyper intéressant. Je pense qu’il y a sans doute des gens dans le chalet à connaître avec sa belle casquette. Et alors ? 2019 je regarde cette vidéo. Vous voyez les images là ? Ce n’est pas de ma part Max. C’est des images qu’il a faites lui au drone. Et tous les petits points blancs que vous voyez dans cette mine sont des activistes qui ont bloqués cette grosse machine. Et alors ? Moi je vois ces images en 2018 et je me dis mais qu’est ce que c’est que ce film ? Moi qui travaille sur les imaginaires et sur les paysages dystopiques, je me dis mais c’est incroyable que je n’ai jamais entendu parler de ce truc là. Je regarde Google Maps et en fait stupeur et me voilà éberluée puisque c’est vraiment juste à côté de la frontière belge. C’est vraiment à 1 h 30 de Bruxelles et c’est le paysage le plus terrifiant aqueux qui m’ait été donné de voir. Donc, ni une ni deux, je loue une voiture, je pars sur place et alors le paysage, quand on arrive dans la Rhénanie, c’est assez terrifiant parce qu’il y a des centrales à charbon partout. L’air est assez irrespirable et quand on arrive au bord de la mine, on voit ça. Genre c’est le Mordor. Euh, ça c’est vraiment une image qui sort de mon bureau. Il y a bien des frais de colorimétrie. C’est quand on arrive au bord, on voit ce truc là. Donc au loin, on voit trois centrales charbon qui tournent 24 h sur 24 et qui brûlent le charbon qui est là, la partie noire là qu’on voit dans le fond. Et en fait, dans ce trou immense, on peut faire rentrer Paris intra muros en entier, c’est à dire que c’est tellement grand qu’on peut faire rentrer toute la ville de Paris, dont la défense puisque la mine fait 400 mètres de profondeur. C’est pour essayer de se donner une idée d'échelle, parce que, en fait, c’est inconcevable. Moi, quand je me suis retrouvé au bord de cette mine, vraiment, il y a un truc qui s’est passé dans ma tête. Je me suis dit mais en fait, toutes ces dystopies des années 90 qui me semblent être des trucs futuristes, un peu un peu imaginaires, eh ben je suis devant. Et finalement, quand je fais des projets d’art numérique qui utilisent de l'électricité, ben moi aussi je contribue à cette destruction. Alors ce n’est pas juste une destruction esthétique comme on le voit ici, ce n’est pas juste une destruction liée au CO2. Il y a aussi là on voit les grosses machines qui sont les plus grosses machines du monde, qui ça fait 200 mètres de long. Et alors là, on en voit une, mais dans cette mine, il y en a 24 qui tournent jour et nuit et qui sont en train de grignoter la terre. C’est un peu d’une aussi en termes d’esthétique. Et là je suis au bord de la forêt de L’embarquent et une des dernières forêts millénaires d’Europe et la forêt de Lemba, elle a été rasée à 90 % pour l’expansion de cette mine. Du coup, j’ai été complètement bouche bée. Vraiment ? C'était inconcevable comme lieu. Et je me plante dans mes slides. Il fallait aller au-delà de la destruction du CO2, etc. Sont aussi des villages qui sont rasés. Là, on voit un village qui est au bord de la mine. Vous avez peut être entendu parler tous de lui dira oui, en janvier, j’y étais aussi et donc lui dira C’est un des 20 23 villages qui ont été rasés. Donc les gens sont expropriés, la police va les sortir de chez eux quand ils ne veulent pas vendre leurs terres, leur ami et leur maison pour une bouchée de pain à l’exploitant. RW Et puis on va raser des églises. Là, on a la cathédrale de Norrath. En 2017, la photo en haut qui a été prise par un ami à moi, activiste. Je n'étais pas encore sur le terrain à l'époque. Par contre un deux en 2019, j’y retourne et je fais la même photo au même endroit à INRA en 2019. Et donc ça c’est une cathédrale qui a été construite en 1893, si je ne dis pas de bêtises.
Elle était moche.
Elle est belle que l’on voit ici, mais dans les Vosges.
Elle était moche. Elle était moche. Dans les cathédrales allemandes du XIXᵉ siècle, je ne sais pas si elle peut.
Moi ça m’a quand même fait quelque chose. Tu vois, Je ne sais pas que je ne suis pas croyant, mais de voir que l’architecture peut être que le raser pour du profit parce que en fait il y a le c. C’est juste pour que les chers holders de la WH, ce maître, se mettent un petit million en plus dans la poche. Ça n’a aucun intérêt puisque le site a été subventionné par les impôts allemands, donc ça n’est pas profitable. Mais par contre ils arrivent quand même grâce à l’expansion à faire augmenter le cours de l’action. C’est-à-dire que RW y sont, y sont heureux, ils ont besoin de subventions, mais par contre là il y a une privatisation des profits. Non, c’est un grand classique, mais en gros voilà tout ça, la découverte de ce lieu, de ces centrales à charbon qui polluent énormément. Et c’est une des causes de décès majeurs en Europe et dans le monde, c’est la pollution de l’air par les particules fines. Et donc il y a tout ça En fait dans ce lieu, il y a les forêts rasées, les villages rasés, les gens expropriés et du coup du coup, j'étais bouleversé par ce lieu et j’ai commencé à m’y rendre régulièrement, presque tous les trois mois, pour aller faire des images de drones, pour aller rencontrer des activistes, pour aller rencontrer des villageois qui se battent, qui sont un peu tout seul parce que c’est dans la campagne, donc c’est un peu loin de la ville de personnes. Donc il y a de temps en temps des manifestations. Mais voilà, c’est devenu un peu un sujet pour moi de recherche et d’activisme. Et la ce qui est. Ce qui est terrible, c’est qu’en fait des centrales à charbon et des et des mines il y en a encore, mais partout en Europe et le charbon est encore en expansion, c’est à dire bon, en France, on en a, on n’a plus que deux centrales qui sont en exploitation à Cordemais, à côté de Nantes, et puis une à côté de Metz. Celle du Havre dont je vous reparlerai à la fin, a fermé l’année passée. Mais voilà, en fait, le charbon est en plein développement en Europe et c’est absolument catastrophique. Et aussi sur un point de vue de justice sociale, justice environnementale, fin. Et du coup, moi je me suis un peu réveillé de ma bulle d’artiste en me rendant compte que, en fait, voilà, le monde va très mal et les politiques nous envoient à AD à vitesse grand V en plein dans le mur. Et du coup c’est ça qui m’a fait un peu devenir activiste radical.
Si je puis me permettre une petite une petite incise parce que je n’avais pas saisi à quel point cette centrale à charbon était révélatrice de beaucoup de choses et a agi sur toi. Mais si je puis me permettre deux petites secondes un souvenir personnel. Moi j’ai eu la même chose que toi, mais à l’autre bout du monde, au Canada, où j’ai fait un documentaire interactif qui durait 8 h, qui n’est plus disponible parce qu’il était sous flash. Qu’importe, sur une ville qui s’appelle Fort McMurray en Alberta, qui est la deuxième réserve de pétrole au monde, mais qui est un pétrole de sables bitumineux. C’est-à-dire que c’est un pétrole extrêmement polluant à extraire. Rien qu'à l’extraire, il faut le laver, le laver, etc. Et ce qui skie là, la petite différence avec toi, c’est que c'était vraiment une ville vendue à Shell, à Total, etc. C'était la bibliothèque Shell, c'était le stade total de délire et avec des machines du même ordre que celles que tu viens de nous montrer. Et effectivement, quand on est aux pieds de ces trucs-là, on se dit c’est terminé, c’est fini, là il n’y a plus rien, il n’y a plus rien, parce que ce n’est que le profit, ça n’est qu’un mode de vie totalement suicidaire. Donc je comprends tout à fait. Et j’ai l’impression que cette mine est encore plus que tu viens de nous montrer est encore plus bouleversante. Donc je comprends tout à fait ta prise de conscience.
Ben oui, je vois tout à fait le parallèle. Et alors ? C’est marrant, à Essen, là où est la mine de charbon, c’est que ce sont exactement les mêmes stratégies de l’entreprise pour régner sur les forces politiques. Donc je ne veux pas trop en parler cette fois-ci, mais c’est vraiment une longue histoire. Mais je me suis un peu. J’essayais de comprendre qui était responsable de cette destruction. Alors y a les « usual suspects », comme d’habitude. C’est on a des Français qui finance cette banque ? C’est BNP Paribas qui est encore un financeur de RW et donc c’est principalement Jean Jean-Laurent Bonnafé qui est le directeur de BNP qui continue à financer et à investir dans le charbon et dans les autres énergies fossiles. J’ai parlé beaucoup aux gens en interne à AB de BNP Paribas. Tout le monde est révolté contre ce mec qui est en train de condamner le futur des générations à venir. Juste pour lui, se faire plus et plus et plus de millions. Mais même en interne, leur service de greenwashing comme ils appellent ça RSE ou je sais plus quoi, responsabilité environnementale et sociale, ils le savent que ça n’a aucun sens que BNP continue à être à aider à étendre cette mine de charbon. Donc ça c’est pour les intérêts financiers. Mais RW localement va payer les équipes de foot, va faire une nouvelle balançoire dans le stade municipal pour avoir un peu de mainmise sur le territoire. Pire que ça en fait, il n’y a pas les mêmes lois anti-corruption en Allemagne. Donc je suis rentré en contact avec la mairie d’Essonne. Inquiétude de cette grosse ville qui est la plus proche de la mine de charbon. Figure-toi que le maire de Essen, Thomas Coughlin, je crois, c’est le boss des Holders, c’est le chef des je sais plus comment on dit en français des actionnaires, des actionnaires. Donc il est payé à ce titre là. Donc la mairie de Essonne m’a fait un mail en me disant ah oui, notre. Le maire de notre ville reçoit chaque année 20 000 € pour son travail chez W2, donc il est payé par Air W et la Ville de Lausanne reçoit chaque année 21 millions d’euros de dividendes parce qu’ils sont actionnaires de cette mine de charbon. Et il y a une cinquantaine de villes allemandes qui sont dans l’actionnariat de l’entreprise. Donc quand t’as des petits villages qui sont rasés, eh bien toute la région autour, euh, politiquement se tait parce qu’ils reçoivent de l’argent, ce n’est même pas sous la table, c’est sur la fin de l’action. Et du coup. Mais c’est moi qui pensais.
Il y a des études ? Sur le pétrole, mais je pense que c’est valable sur le charbon et après on continuera donc à t'écouter. Il y a des études très claires qui démontrent bien que plus il y a du pétrole quelque part, moins il y a de démocratie, moins il y a de vote, moins il y a de citoyenneté, plus il y a de corruption, d’achats, etc. Que ce soit dans les pays totalitaires ou dans les pays démocratiques, il y a un recul mécanique et qui est notamment le fait de l’argent. Engendré par les énergies.
Ben alors c’est l’image à laquelle je pense quand tu me dis ça, c’est MBS d’Arabie Saoudite dans le bureau d’Emmanuel Macron et Patrick Pouy qui a, je ne sais pas, quelques mois, reçu une Légion d’honneur. Ça, en termes de collusion et de problèmes de démocratie, on a quand même un patron et considère qui fait n’importe quoi parce qu’il nous envoie tous dans le mur. Il condamne l’avenir de nos enfants et on a un politique qui symboliquement à lui, Romain lui remet ce prix et c’est effarant quoi. Et donc moi je tombe un peu des nues parce qu’avant j'étais un artiste naïf et je me disais Ah, un élu démocratique, fais les choses bien. Si c’est une catastrophe. La collusion entre la CGT au Havre, il n’y a pas longtemps, j’ai fait des projections dont je parlerai à la fin. C’est hallucinant la mainmise du pétrole, du gaz sur la vie du Havre. Et ce qui se passe c’est que les politiques ne veulent pas s’attaquer à ça. Donc Édouard Philippe, jamais ne il va parler de fermer la raffinerie total alors que tous les scientifiques du GIEC nous le disent. Il va falloir à un moment baisser les niveaux de production. Et ce qui serait bien à mon avis, c’est que les politiques se saisissent de ce sujet maintenant pour qu’on puisse en amont penser à la reconversion, au job et à tous les gens qui travaillent. Donc bon, il faut considérer les emplois et si on planifie à dix ans, quinze ans, 20 ans, on peut certes transformer ces emplois, mais comme les politiques ne veulent pas se saisir de ça, ben qu’est ce qui se passe ? L’année dernière, la centrale à charbon du Havre ferme et il y a 116 personnes qui se retrouvent sans emploi parce que les politiques font comme si de rien n'était. Et donc au Havre, c’est pareil. Édouard Philippe et Jacques fin même lui parlaient quand même d’effondrement à un moment. Donc il est au courant de ce qui va se passer, mais par intérêt politique, il ne va pas s’attaquer aussi aux nouveaux méthaniers de gaz de GNL, là, qui va être importé des Etats-Unis. Et donc il y a un nouveau terminal au Havre qui va générer au moins 10 000 000 de tonnes d'émissions de CO2 par an. Pareil, les politiques font un peu regarder ailleurs. Et voilà, c'était juste pour en remettre une couche
Et puis après je mets une dernière couche et puis après on repart sur ton itinéraire. Dernière couche, c’est un article du Monde de cette nuit qui cite Antonio Guterres, qui est le secrétaire général de l’ONU qui a déclaré ceci L’effondrement climatique a commencé. Ouais, donc si tu veux. Voilà, ce n’est pas 2000 32 050, si ça a commencé, c’est le secrétaire général de l’ONU. Notre climat implose plus vite que nous ne pouvons y faire face avec des phénomènes météorologiques extrêmes qui frappent tous les coins de la planète. Bref, on continue dans la bonne humeur et sans café en ce qui me concerne.
Oui.
À vous les studios. Et regardez ça, Vous avez vu, il a préparé les titres à Taratata. Ne bouge pas, on va les mettre en plein pot ! Est ce que moi aussi je fais de la technique hype de l’art vers l’activisme ? On t'écoute.
Bon alors là, je vais passer un peu vite, mais en gros, tu imagines qu’en venant de cette mine de charbon, j’ai été, je te le disais, un profondément bouleversé. Et puis, et puis surtout, j’ai compris l’urgence, les urgences de justice sociale et de et se repolitiser. Moi j'étais vraiment un peu hors de la politique. Donc première chose que je fais, je vais parler un tout petit peu tout à l’heure, mais c’est pour rassurer les auditeurs que je ne fais pas du greenwashing. C’est-à-dire que je me suis plongé dans mon propre impact immédiat. Mais en gros, j’ai regardé toutes mes factures, toutes mes consommations d'électricité, de gaz, de transports, d’achat, de matériel, donc aussi les émissions grises de matériel importé, etc. Et j’ai passé un temps assez conséquent à faire ce travail un peu d’analyse comme. Comme j’utilise beaucoup les ordinateurs et que je fais un peu de dataviz, j’ai pu faire un peu de graphiques et donc là je me suis rendu compte par exemple que c'était en 2019. En 2020, quand arrêter de prendre l’avion ? Ça n’allait pas être suffisant puisque les gaz c'était pour chauffer le bâtiment qui était mal isolé. C'était un des un des points vraiment importants. Donc toutes ces choses, tout ce travail individuel,
Alors Shadok, qui a posé une question, pose donc la question du coût et utilise désormais du low Tech pour faire ses trucs. Pas d’interrogations.
Alors tu vois, on pourrait croire que c’est quelque que c’est que c’est préparé à l’avance parce que c’est ma slide d’après.
Oh la vache, quand on est fort des forts Auposte.
Le low Tech pour moi, clairement et c’est évident un peu pour tout le monde, enfin pour tous les gens un peu éclairés comme dans le chat, c’est qu’il va falloir réduire nos consommations de technologies, d’ordinateur, d'énergie. Et donc là, en ce moment, je travaille beaucoup sur des projets à base de lumière du soleil. Là, ce que vous voyez à gauche, c’est un petit reflet avec un miroir. Et alors, ce qui est dingue avec la lumière du soleil, c’est que c’est ultra puissant. C’est bien plus puissant que le vidéoprojecteur le plus cher qu’on puisse acheter. Chaque petit point de lumière là, avant ça, c’est un prototype un peu expérimental justement au Havre, une grosse expo qu’on a fait au Tetris. Et donc chaque petit point de lumière, c’est un tout petit moteur cinq volts qui va utiliser et renvoyer la lumière du soleil et je vais pouvoir contrôler le mouvement de ses petits rayons de soleil. Donc voilà, pour moi, le low Tech, c’est une direction dont il faut que je fasse la démonstration qu’on peut faire des beaux projets. Là, c’est un rayon de soleil qu’on fait rentrer dans une pièce dans laquelle on a un tout petit peu de fumée et donc ce magnifique rayon de soleil. Mais je trouve qu’il y a quelque chose dans l’esthétique assez intelligente et dans l'énergie qu’on peut sentir quand on met sa main dans ce rayon. On a une petite diffraction de la lumière avec les optiques que j’utilise. Donc là on est vraiment dans le presque le plus low Tech possible, à part la machine à fumée puisqu’on a un miroir qui est à l’extérieur de la pièce qui va faire rentrer cette lumière. Bon, le gros problème c’est quand il y a des nuages ou pas de soleil. Du coup l’installation ne fonctionne plus. Et donc voilà, ça fait partie des questionnements que j’essaye de mettre en place, de comment faire la promotion du low Tech, sachant qu’on a plus un accès instantané, immédiat et infini à la ressource qui là est là. Et bien écoute, la preuve, c’est ce projet qu’on a présenté l’année passée. On a eu à peu près 50 % de fonctionnement parce que le soleil était là. C'était quand même au mois de juin, juin, juillet, août, donc on a mis les chances de notre côté. Mais ça, ce sont des petites particules de soleil havrais
Ça c’est le max. Non je déconne, je décode mais toi par exemple.
Un peu plus sur.
Les toits par exemple, tu as tu, tu utilises par exemple des ordinateurs, tu as changé. De méthode, tu as changé de bécanes, du tu fais quoi ?
Alors avant, j’achetais la dernière carte graphique du marché et je changeais de laptop. Je changeais d’ordi tous les tous les 18 mois. Là, j’ai arrêté l’hémorragie. J’ai arrêté d’acheter du nouveau matériel. C’est venu d’un constat. En fait, quand j’ai fait cet audit, c’est que j’ai regardé tous mes meilleurs projets. Selon moi, c'était très subjectif et j’ai retracé le matériel que j’avais utilisé. Et en fait, sur mes dix meilleurs projets, les neuf de ces projets-là avaient été faits avec un ordi qui avait cinq six ans. Tu vois un ordi pas du tout à la pointe. Et en fait, j’ai réalisé qu’on a cette illusion selon laquelle la dernière technologie serait synonyme de qualité et de faire des meilleurs projets artistiques. En fait, c’est faux. Avec un vieil ordi stable avec des logiciels que j’arrête de mettre à jour, j’ai des meilleurs résultats artistiquement entre guillemets en tant qu’outil. Et donc là c’est trop bizarre. Mais si on fait la pour, on présente un projet à la fête des lumières à Lyon. D’habitude, il y a quelques années, j’aurais acheté des Media Server. Neuf Et là du coup, on va faire de la récup, on va dans les. Les gens qui commencent à emballer des magasins de seconde main et on a acheté des vieux Thinth pads. Donc ça nous oblige à faire un peu un travail de recherche pour trouver des machines dont on sait qu’elles vont encore fonctionner il y a dix ans. Mais ce sont souvent des ordinateurs reconditionnés qui ont une dizaine d’années. Alors c’est un peu un exercice que je me force à faire pour faire la démonstration que c’est possible et pour après emmener avec moi un certain nombre d’artistes qui pour l’instant vont se ruer sur les cartes graphiques Nvidia et. Et donc voilà, ça fait cinq six ans que je n’en suis plus. Ça fait un moment que je n’ai pas acheté d’ordinateur. En fait, j’essaye de réduire mes consommations en général. Euh. Et en fait ça c’est tout à fait possible et c’est presque mieux j’ai envie de dire, on a des machines plus stables qui vont, qui ne vont pas nous claquer dans les mains avec l’obsolescence programmée.
On t'écoute, on te demande si les slides ont été préparées à l’avance.
Les slides, oui. Et alors ? Pour aller plus loin que le low Tech, oui, il y a aussi cette volonté de se rapprocher. C’est un peu cliché, mais se rapprocher de la nature et du vivant, c’est juste montrer. Au début, il y a une grosse partie de mon travail qui sont des paysages beaux certes, mais morts sans vie, sans enfants, sans personnages et sans végétation. J’ai fait beaucoup de travail autour. Il y a derrière moi des nuages, du sublime, des montagnes. Donc là, on essaye aussi à l’atelier. Et c’est aussi un peu sur l’impulsion de la directrice du studio, Juliette Biba, elle aussi commissaire qui travaille beaucoup autour.
Commissaire, commissaire d’exposition, on est bien d’accord.
Une paire d’exposition ?
Oui, oui, s’il te plaît,
Attention, attention ici à bien parler des autres commissaires.
À tout à l’heure. Parce que tu as des petits soucis, on va dire, avec la maréchaussée, on va parler. Tout à l’heure.
Je parlais des commissaires et d’expo et de et de gendarmerie. Donc voilà. Juliette Biba, qui est commissaire d’exposition, a aussi, en faisant un gros travail de lecture et de recherche autour de la pensée de Bastien Morisot, par exemple, qui parle beaucoup du vivant, du pistage. Il y a beaucoup de penseurs et de philosophes du vivant qui nous inspirent aussi. Et donc on a cette volonté de se rapprocher, de sortir un peu de la ville et de l’hyper technologie et de se rapprocher de la nature. Donc là, c’est un projecteur laser qu’on utilise lui disent très peu d'énergie. C’est un laser, deux watts, genre un vidéoprojecteur classique de salon, c’est déjà 300 watts. Donc il y a un truc dans les compréhensions des consommations qui est hyper important si on veut réduire sa consommation et. Et là ce projet qui était du coup une brume d’eau qu’on a, qu’on a pris dans un ruisseau pour la brume, usée dans les, dans les entre les feuilles des arbres. C’est une résidence en Corse avec Alain Damasio qui aussi est un des grands influenceurs de ce nouveau mouvement d’artistes qui essaie de se rapprocher du vivant ou en tout cas d'être critique sur l’hyper technologie. Tout son travail, que ce soit le plus récent, le les Furtifs. Il y a quand même plein de questions autour de la surveillance, la technologie, le vivant, les mélanges entre justement vivant, technologie et esthétique qui nous inspirent tous. Et c’est marrant comment à la fois la science-fiction des années 90 qui était quand même très dystopique et MAD Max et ce ces nouveaux courants un peu plus humaniste, vitaliste autour du vivant. Voilà, ça s’entremêle et ça va pousser beaucoup d’artistes aussi à sortir de ces dystopies. Donc ouais, ça c’est un très beau projet vient des très beaux échanges avec Alain Damasio qui dit voilà, on a besoin des pensées des autres artistes autour de nous pour pas juste faire les trucs individuellement, mais créer comme ça plus un mouvement. Donc ça c’est un peu si tu veux la direction qu’on a pris en studio. Donc c’est notre travail individuel, mais en fait ça ne va pas suffire. C’est évident qu’il va falloir faire de la désobéissance civile, de l’activisme, etc. Et donc ça m’amène sur une nouvelle pratique qui a mis un peu de temps à se mettre en place mais qui est je suis arrivé. Du coup j’ai essayé de coupler art et activisme, pas juste de faire de l’art autour du low Tech et du beau. Mais j’ai trouvé deux techniques d’approche. Si d’autres artistes, des gens qui nous écoutent et des gens dans le champ ont des suggestions, d’autres modes d’action, ça m’intéresse vraiment. Mais en tout cas, la première chose dont on va quand même pas mal parler encore ce matin, c’est documenter le travail des activistes.
Alors regardez bien les amis, ces trois. Ah parce qu’en fait il y a un trois B, hein, je vous le dis parce que moi je connais, je connais le déroulé de Monsieur B. Donc voilà, là c’est le trois un et le trois, de petites différences.
Alors je vais déjà sonner le trois. B, c’est faire de la projection, créer des images autour de mon travail de projection. Et là, la première chose que j’ai faite en fait, ça a été d’utiliser la technologie, notamment un drone qu’un tout petit drone qui est un peu un jouet, hein, c’est pas du tout un truc gros comme on peut imaginer. Mais là, j’ai commencé à suivre les activistes dans cette mine de charbon en Allemagne et donc la 2019. J'étais, comme je te disais tout à l’heure, choquée par la destruction créée par cette mine. Et j’ai été assez vite ultra inspirée de voir les activités de nos deux glandus. Ça veut dire la fin du chemin. C’est des activistes un peu comme Extinction, Rébellion ou Dernière rénovation qui font des actions collectives. Et alors ? Ce qui est fou, c’est qu’ils vont avec leur corps bloquer les infrastructures du charbon. Et alors ? Moi ça comme action politique, ça m’a hyper inspiré de voir beaucoup de jeunes, beaucoup de femmes aussi, et un peu cette nouvelle génération qui n a pas peur d’aller contre la loi allemande et d’aller bloquer les voies de chemin de fer de Norrath. Donc c’est la une des plus grosses pop, une des centrales électriques les plus polluantes d’Europe. Et donc eux vont aller sur les rails bloquer le train. Donc c’est quand même un peu dangereux. Et donc il y a beaucoup de répression policière. C’est un peu le jeu du chat et de la souris, mais voilà, la première chose que j’ai faite, ça a été de les suivre en tant qu’observateur extérieur, puisque moi je ne fais pas forcément partie des trucs de formation qui font que je ne suis pas habillé comme eux. Moi je suis un observateur artiste et je fais des images de leur travail. Alors là on peut mettre en plein écran des images en 4K que moi je trouve très esthétique. Est ce que j’ai du fun ?
Bon, ce n’est pas indispensable. On les entend principalement crier des slogans. On va fermer cette mine. Et donc là, moi je suis prête, ce groupe là et je et je documente leurs actions. Et c’est vrai qu'à travers l’image de faire émerger un peu ces différentes luttes contre l’industrie du charbon, ça a été le premier moyen que j’ai trouvé pour me sentir un peu utile entre guillemets. Et donc ça, c’est quelque chose que je fais beaucoup. Sainte Soline, c'était vraiment ce même contexte là.
Mais par exemple, là je te pose une petite question qui était prévue comme les autres : qu’est ce qui te distingue dans ton regard d’un journaliste ou d’un documentariste ? En quoi ? En quoi tes images sont signées d’un artiste ? Est ce que c’est le geste pur ? Est ce que c’est une façon d’entrevoir la conduite du drone ? Qu’est ce qui te distingue ?
C’est une vraie bonne question.
Parce que tu crois quoi ?
Les nouvelles sont toujours très bonnes mais pourtant solides du coup. La question est encore plus floue. Parce que j’ai travaillé. J’ai finalement travaillé avec des journalistes, avec Le Monde, avec Libé, avec complément d’enquête. Je pense que pour répondre à ta question, il y a sans doute un regard entre guillemets, parce que moi je suis vraiment à la recherche d’une forme d’esthétique. C’est à dire que dans le cadrage utilisé dans le type de plan utilisé, je vais être plus inspiré par moi des films qui m’ont bouleversé comme un Cowan Katie dans les années 90 ou 80 80, je ne sais plus qui, qui montre aussi la destruction du monde et la sur industrialisation de la planète. Et donc je suis vraiment dans une recherche esthétique pour que la force de l’esthétisme, c’est à dire le cadrage, le fait que ça puisse faire penser à des films, que ça puisse rappeler des choses comme Mad Max, comme. Fasse peut-être porter ces images de manière différente dans le débat public. Ou en tout cas, ce sont des images qui sont présentées sur des grands écrans, dans des expositions. Ce sont des screening qui peuvent être faits au cinéma aussi. Et donc on n’est pas dans le on n’est pas dans la pastille BFM. Donc j’ai certains plans. Bon là c’est un édit très court, mais j’ai fait un film qui s’appelle Slow Island qui fait une trentaine de minutes et en gros les gens s’assoient et pendant 30 minutes vont découvrir cette mine. Et il y a par exemple pendant six minutes la destruction de cette église qu’on a vue plus tôt au ralenti. Et donc ça crée des choses en termes d'émotions et en termes de rapport à l’image qui sont très différents de la consommation d’information puisque je suis plus dans la lenteur. Et pour moi par exemple, cette frame là qu’on a à l’image. Il y a quelque chose de l’ordre d’une science fictionnelle un peu dystopique, avec en même temps, tu vois, il y a la moitié de la France où c’est quand même des activistes, des jeunes qui s’engagent contre la destruction. Lala la diagonale du milieu qui est une convoyeur belt sur laquelle se déplace le charbon et au-dessus on a le symbole de la destruction par le capitalisme, par l’extractivisme. Est ce que juste derrière, avant, il y avait des villages, des églises, des communautés et maintenant il y a un trou. On voit, on voit quatre machines. Si tu regardes bien au fond, mais en réalité il y en a 20 qui sont hors champ et tout au fond derrière, on a des petites éoliennes. Ça, c’est le greenwashing. Que faire ? W2 Donc l’exploitant de la mine qui en émettant de temps en temps une éolienne pour faire joli. Et là, la semaine passée, c’est. C’est complètement incroyable, mais ils ont démantelé six éoliennes qui sont les leurs pour étendre cette mine de charbon. C’est à dire qu’on sait tous que, à un moment, il va falloir qu’on change, qu’on décarboner nos énergies et qu’ils sont en train de détruire les éoliennes et les énergies décarbonées pour étendre cette mine de charbon juste pour le profit et est bon. Voilà, je trouve que toutes ces questions là et tous ces sujets là sont par le cadrage. Je pense qu’il y a une approche un peu différente de ce que ferait un journaliste, parce que moi, ce film, je vais le montrer encore pendant ça fait ça fait trois, trois, quatre ans qu’on le montre un peu partout. Il a dans des expositions, il a été vu je crois, par 250 000 personnes pour l’instant et en fait je sais qui sera vu plus On est dans le temps long et donc voilà, je ne suis pas du tout File Maker, j’ai jamais eu. Ce sont des choses que je rajoute aux expositions donc avec aussi l’humilité qui est nécessaire. Mais donc voilà, ce sont des éléments du justement. Je fais beaucoup d’expos classiques entre guillemets, autour du paysage, autour de l’esthétique et maintenant depuis trois ans, on force un peu au chausse pied. A quand une institution nous demande un projet ? On va aussi demander à mettre le silence. C’est à dire que quand on met un pays, un beau paysage de projection lumineuse, on va aussi avoir ce film de 30 minutes à la fin de l’expo. Et un regard aussi critique sur nos consommations de technologie et d'énergie. Et. Et voilà. Spoiler alerte à la fin ! On termine sur ces activistes pour essayer de montrer aux gens que, selon moi, les actions politiques fortes. Qu’on peut faire aujourd’hui en tant qu’artistes ou citoyens, ça va être aussi la désobéissance civile, le blocage d’infrastructures, éventuellement le sabotage d’infrastructures destructrices. Ça, c’est aussi quelque chose qu’on a beaucoup amené avec son bouquin Comment saboter un pipeline, inspirer les soulèvements de la Terre. Moi, je comprends ces stratégies là parce qu’on a fait en fait, pendant des décennies, on a fait des pétitions, on a fait des tribunes dans les journaux, on a fait des manifestations pour le climat avec des milliers de personnes, des millions de personnes même. Et en fait, l’État continue à être climato sceptique et à ne rien faire. Et du coup, c’est vrai que pour moi, les actions de désobéissance civile, j’en fait un peu la promotion avec ces images, tu vois. Donc je ne suis pas comme un journaliste qui aura un regard peut être un peu plus neutre, factuel. Je reste très factuel, mais en tout cas, quand je montre le film, ce n’est pas exactement un documentaire. Il n’y a pas de texte, il n’y a pas de sous-titres, il n’y a pas de tweets over. Ce ne sont que des images brutes qui te montrent un peu le la destruction du monde par ce système ultra capitaliste.
Revenons au point trois.
Ah ouais, mais je crois qu’il y a le choix.
Et il est fait. Il est fait.
Quand je regarde. Et oui, donc ce que je fais maintenant, c’est que je fais ça. Cette documentation parle du travail des activistes, et je la mène dans toutes les expos que je fais.
Donc ouais, c’est génial.
L’année passée et donc j’ai synthétisé aussi les luttes d’activistes en amont en faisant des projections et en créant des belles images et des boss imaginaires entre guillemets autour de. Voilà un peu de la promotion de ces actions d’activistes. Je peux te mettre slow balance là pendant une minute, elles sont un peu plus fortes
Vous êtes à l’antenne, Messieurs, et je remercie infiniment Euryale qui à chaque fois met les liens qui vont bien derrière chacun des projets que tu nous présentes. Tu m’entends ou pas ?
Merci Euryale. Oui, je comprends très bien.
J’aimerais tellement croire que ce sont des images générées par l’intelligence artificielle, nous dit Roland
Donc ouais, je pense que je pense que l’approche esthétique, moi, tu sais, ce qui m’a fait devenir activiste sont les images de Vincent Versa. Et donc j’espère qu’en créant moi même aussi d’autres images avec une approche un peu différente que la que la sienne.
Tu vas susciter d’autres vocations. On va dire.
Et donc un autre mode d’action. Parce que bon, c’est bien joli de faire des images et ça touche des gens, etc. Mais je pense qu’il faut multiplier les types d’intervention d’action. Et donc oui, voilà, je te montre. C’est pour ça que montrer un peu mon boulot au début, c’est que moi je suis un spécialiste entre guillemets de la projection.
Oui, c’est ça.
Et donc à un moment, je me suis dit qu’il faudrait que j’utilise aussi ce truc là pour soutenir, soutenir les luttes et pour diffuser, amplifier leur message. Donc ça, c’est un peu Je fais beaucoup de work-shop pour former des activistes à l’usage de ces outils. Et donc ça veut dire voilà, faire pas mal de recherches pour trouver des nouveaux projecteurs, etc. Et le projecteur que tu vois à droite, là, qui est un projecteur diapo modifié, il nous permet de projeter sur la et la Tour des Horizons à Reine de faire une projection mobile puisque ça tient dans mon sac à dos. Comme tu le vois ici, fait à peu près 20 mètres de haut par 20 mètres de large. Donc en termes d’outil d’amplification d’une image, on a quelque chose technologique qui est vraiment à mon sens, qui permet de déployer un message grâce à la lumière. Et donc il a fallu beaucoup de bricoles pour me faire ces fameux bobos, donc sur des diapos qui sont faites sur des plaques en verre. Ça, ça fait aussi partie de des trucs de formation de fait, parce que j’adore.
La touche, j’adore ça Ah oui ? Ah oui, ça j’adore ! Petite question. Critique, mais tu vas comprendre pourquoi à la fin, c’est Wood Puncher qui te demande. Johnny parle d’utilité. Il est sérieux quand il dit ça ? Est ce qu’il n’est pas seulement utile à lui même et sa carrière d’artiste ? Est ce qu’il pense sincèrement que ses images changent quoi que ce soit ? Et quid de la question éthique et de l’esthétisation de la misère du monde ? Personnellement, c’est là où je. C’est pour ça que je reprends la question. Parce que tu vas comprendre personnellement. nous dit Wood. Je suis photographe, je suis confronté aux mêmes questionnements et je n’ai pas de réponse.
Eh bien, c’est une question clé que je me pose beaucoup ici. Je suis d’accord, c’est une question qui est hyper légitime et du coup je vais, je vais la prendre un peu en plusieurs, en plusieurs éléments. Est ce que ça n’est pas seulement utile à moi et à ma carrière d’artiste ? Alors ma carrière d’artiste.
Elle était là avant.
Voilà. Et en fait, ça fonctionne très bien. On était à la Nuit Blanche à Paris l’année passée. Là, le weekend dernier, on a présenté à la fois à Rabat, au Maroc et à Aarhus, en Suède, un projet dans l’espace public avec des milliers de personnes. On n’a pas été sur place, on s’est dit on a fait en sorte de ne pas prendre l’avion et donc de limiter un peu l’impact. Mais ma carrière d’artiste, elle n’a vraiment pas besoin de ça et elle n’a pas besoin de Je n’en ai pas besoin. C’est un peu. Il y a une forme un peu sacrificielle aussi de me confronter à l’appareil judiciaire, l’appareil répressif d’État, parce que c’est en train d’arriver. Le fait que j’attaque BNP Paribas et Jean-Laurent Bonnafé, que j’attaque Total. Et puis année principalement quand j’attaque une entreprise, j’attaque toujours le CEO qui en général fait de la merde parce que pour c’est pour ses profits personnels et les profits de ses copains actionnaires va prendre des décisions écocide. Donc quand j’attaque des entreprises, pour moi c’est vraiment les décideurs. Et donc en fait, ma carrière d’artiste n’a vraiment pas besoin de me confronter à la répression et j'étais bien plus en sécurité avant. Je pourrais rajouter un peu voilà, j’ai une galerie à New York, ça marche très bien. Je vends très bien dans le marché de l’art, donc c’est plutôt contre productif de d'être associé à des groupes vus comme des écoterroristes. Et oui, donc voilà pour la classe.
1100 sans citer de nom parce que ce n’est pas la question, y a. Mais est ce que par exemple dans le monde de l’art, des galeristes, des critiques, des marchands, tu as eu des gens qui m’ont tourné le dos ou qui ont commencé à tousser quand ils ont vu que ton nom apparaissait dans des opérations subversives.
Non, pas encore. Ça va venir Assez. Je suis assez, comment dire, agressif contre les mauvaises pratiques éthiques. Mais j'étais invité à Art Basel à Paris l’année dernière pour une table ronde sur les questions d'éco-conception et d’impact environnemental. Et du coup, on avait dans la salle le directeur d’Art Basel, qui est la plus grosse institution artistique dans le monde, la plus influente en tout cas, qui fait des trucs à Miami, à Bâle, etc. Et donc il était dans la salle et je l’ai pris à partie, moi qui était sur scène parce que son sponsor c’est BMW et donc BMW. Même si font des véhicules électriques en Allemagne, l'électricité vient encore à 33 % du charbon et de cette fameuse mine de charbon. Donc je l’ai pris à partie pendant mon intervention en disant que c'était. C'était vrai, il y avait vraiment un problème éthique parce que quand tu arrives auprès du hub, du petit palais à basalte, à des voitures, partout, y pousse encore une idéologie extractiviste. Et ce qui est marrant, c’est qu’il y a quand même beaucoup de gens du milieu de l’art qui se posent aussi ces questions qui ont qui pense aux générations futures ? Et quand je suis sur scène et que je mets le doigt sur Parce que j’ai une position, un peu de pouvoir à ce moment-là qui est très limité, mais je peux m’adresser à lui sans que lui puisse forcément répondre tout de suite. Il y a beaucoup de gens autour qui quand même se disent qu’il n’a peut-être pas tort de faire une attaque aussi frontale, je risque rien parce que jamais j’oublie. Il est dans une situation où il peut ne pas répondre et donc il est venu discuter après. Mais donc voilà, j’ai quand même une forme de privilège d’avoir accès à ces espaces médiatiques. Il faut que je l’utilise à fond. Je vais peut-être me griller dans certains milieux, mais figure toi que je suis très résilient d’une certaine manière, parce que je travaille à la fois avec des festivals de musique, des festivals d’art numérique, avec des galeries, avec des institutions. Donc si demain il y a pas dix clients qui me tournent le dos, je pense que ça sera vraiment pas un problème parce que mon modèle économique me le permet, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Un artiste débutant entre guillemets comme moi je l'étais jusqu'à il y a encore quelques temps, pourrait pas se permettre de cracher dans la soupe et de dire aux directeurs vous êtes vraiment trop con de faire la promotion des énergies fossiles. Il y a un festival au Québec qui s’appelle Mutex, qui se dit éco responsable, sont des amis. Ils font des stories pour Air Canada. Donc là aussi, à un moment je leur fais des mails en privé, je leur dis mais arrêtez quoi vous ? Ça n’a aucun sens de dire aux gens vous êtes, vous faites des éco-cups quand vous faites la promotion du kérosène dans vos stories Instagram. Et en fait, y a quand même une réception qui est relativement bienveillante. Pourvu que ça dure. Je pense que je ne suis pas à l’abri d’un drame, d’un commentaire, d’une histoire. Qui pourrait me décrédibiliser. Mais comme je travaillais principalement à l’international, même si demain je deviens le Médine des arts numériques, ça n’aura peu d’impact sur mon travail.
Quelle expression alors ? On ? On poursuit, on poursuit. Il y a dans le tchat tu liras si tu as envie d’en parler. Il y a des réponses qui viennent dans ton sens et notamment je ne sais plus qui parle d’action symbolique, mais de l’importance des symboles et que ça peut être des déclencheurs. Tu verras, voilà, tout ça suscite un débat ici et c’est bien cool.
Et en fait, je ne sais pas, je n’ai pas toutes les réponses. Bien sûr que ces débats là sont nécessaires. Et pour répondre à la fin de la question de la personne tout à l’heure.
Est ce qu’on passe au point au point quatre ou tu veux rester sur le trois B ?
Écoute, je vais faire très vite, mais j’ai une histoire un peu rigolote. Vas-y, vas-y. Pour inspirer les artistes Project qui veulent faire de la projection aussi en fait. Comment faire une projection ? Ça dure une minute. En gros, voilà, je voulais faire une intervention sur la Grand-Place à Bruxelles. Je suis breton, mais je suis basé à Bruxelles depuis quelques années et je savais qu’Extinction Rébellion allait faire un truc et je voulais, à travers la création d’images, les aider ou en tout cas faire quelque chose qu’elle a aidé à amplifier le message. Donc qu’est ce que. Qu’est ce qu’on fait pour planifier une projection ? D’abord Google Maps, on trouve, on regarde un peu la surface sur laquelle on veut projeter, et puis on essaye d’imaginer les distances de projection, etc. Il se trouve que l’endroit idéal, c'était une brasserie. Et donc, qu’est ce qu’on a fait ? On a réservé une table à la brasserie et on a réservé une table qui était près de la fenêtre qui était la meilleure fenêtre pour projeter sur la grande place, sur la maison, dans le bâtiment du maire. Et alors comme la place était bouclée par les forces de l’ordre
Donc la Grand Place, il faut rappeler et insister, c’est la place touristique par excellence de la ville. Il y a le oui, il y a le maire, c’est ça, c’est la mairie.
Oui, la commune, dit la commune. Voilà, voilà. Et du coup, voilà, on a trouvé grâce à Google Street View et cette image là qui vient de Google, qui est l’image de droite. C’est vraiment l’angle parfait pour notre projection. Comme la place était bouclée, je savais que mon matériel aurait du mal à rentrer sur cette place pour aller rejoindre le restaurant. Donc on a fait des emballages cadeaux. Et dans cette petite boîte bleue. On a un vidéoprojecteur caché. Génial ! On est venu 2 h avant de déballer un peu les cadeaux, mais pas complètement. Vous voyez le cadeau bleu de droite ? Là, on a gauche et ça, c’est notre projecteur. Et le cadeau vert, c’est la batterie. Ah et c'était drôle parce que du coup, on a fait. On a fait de l’activisme en buvant des bières, ce qui est toujours, ce qui est toujours plutôt agréable. Et voilà le résultat la veille qui nous permettait d’avoir une image de backup entre guillemets pour en cas de problème, on avait une image. Donc là, la veille y avait pas grand monde et le soir même, ça c’est la vraie projection sur la place bouclée par les forces de l’ordre. Et du coup, on a un logo XR qui fait la taille quasiment du bâtiment. Et puis surtout, on avait les médias qui étaient en direct sur place et donc on a fait l’ouverture du JT.
C’est dire que tu avais prévenu les médias, c’est ça ?
Non, en fait c’est XR qui arrive organisé, il ne savait pas nécessairement ce que j’allais faire Extinction Rébellion parce que moi je suis encore une fois, je suis toujours un peu élément extérieur, ce qui permet de ne pas être exposé de la même manière à la répression puisque XR ils ne savent pas ce que je vais faire, ils ne savent pas à quelle heure etc. Là c'était juste le coup de bol parce que les télés faisaient un live parce que ça avait été annoncé. Donc voilà, on savait que c'était un espace médiatique qui a privilégié, euh. Et donc voilà la petite histoire, les techniques un peu créatives et rigolotes pour pouvoir diffuser ces images. Et j’ai fait un peu la même chose à Londres en 2019 pour les événements dans le centre ville de Londres. Alors à Londres, c’est beaucoup plus détendu. La police n’est pas du tout dans la violence. Donc on a pu faire facilement des projections sur le Parlement.
Alors juste une petite chose sur Bruxelles, l’opération va durer combien de temps avant que on te dise enfin qu’on arrive à savoir d’où vient cette projection ? C’est-à dire depuis le bar, la taverne.
La deux minutes 30. C’est très court en fait. Deux minutes 30 parce que les services de c'étaient les services de protection du roi. On a encore a encore un roi en Belgique et un peu qui sont un peu d’espèce de services de renseignement à moitié. Donc en fait il pleuvait comme souvent à Bruxelles et malheureusement on voyait un cône de lumière dans sur la place et donc assez vite ils nous ont repérés et donc on ils sont montés dans le restaurant, ils ont saisi le matériel que j’ai été chercher le lendemain au commissariat et ça fait beaucoup rire les services de renseignement qui trouvaient ça plutôt rigolo. Donc pas de répression sérieuse à ce moment-là. Sont juste pris le matos, ils le prennent, ils le prennent souvent. Maintenant ils me connaissent par mon prénom. Je pense que je dois y avoir un peu de bornage autour de mes activités artistiques donc. Donc voilà, j’ai des stratégies pour éviter ça et c’est plutôt bon enfant. Il n’y a pas, il n’y a qu’en France vraiment qu’on a une répression aussi violente. J’ai fait des actions, je te disais en Angleterre, en Allemagne, en Belgique et c’est vraiment qu’en France que. On a une répression très forte. J’ai même fait tiens toi bien, une projection sur Buckingham Palace, qu’un lieu un peu un peu critique aussi, avec ma petite valise à roulettes et un projecteur portable. Et donc, pendant pareil, trois quatre minutes, on a pu faire ce grand logo sur Buckingham Palace. Et ce qui est drôle, c’est qu’avec la lumière, on peut accéder à des espaces protégés entre guillemets de grilles, etc. Sans avoir besoin de franchir quoi que ce soit ou sans dégradation. Donc c’est un vrai. Ça, c’est une vraie force de pouvoir projeter la jetée à 100 mètres. Et en fait, on a vu la garde royale. A un moment, ils ont vu la projection assez vite, au bout de 30 secondes et en fait on les a vu courir vers nous, mais ils étaient tellement loin et comme ils étaient derrière des grilles fermée à clé, on a eu le temps de faire des photos, faire des vidéos, remballer le matériel, partir tranquillement. Et en fait c’est ça qui est bien avec la lumière, c’est que on a cette capacité à intervenir dans des espaces sans s’approcher de ces espaces.
Et alors deux petits, deux petites questions techniques parce que j’ai du souci des vocations chez moi. Le vidéo projecteur, il est sur batterie j’imagine. Ouais voilà. Mais surtout comment tu calcules la bonne distance, la bonne orientation, le bon angle pour arriver à avoir ton image projetée exactement comme tu as envie. Tout à l’heure tu as la station Total. On voyait bien que sur l’immeuble d'à côté, le XR était pile poil sur la grand place. Pareil, ici la même chose. Est ce que c’est calculé avant ou c’est sur le moment ?
Alors c’est calculé avant. Je sais mon métier depuis un moment. Je suis plutôt à l’aise avec ces calculs de focale. En gros sont des objectifs un peu comme un appareil photo et sont des objectifs interchangeables. Donc là, d’accord. Quand je suis parti à Londres, j’avais aucune idée que j’allais faire une projection à cet endroit là, mais j’avais trois focales différentes et en général c’est improvisé. Donc peut être des fois 1 h avant l’action. Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire. Et quand on sait à peu près ce qui va se passer, moi je vais faire un premier test sur un autre bâtiment, peut-être à proximité, à cinq minutes de là, pour vérifier justement que mes échelles de projection sont les bonnes. Est ce que t’as raison ? C’est une question déterminante. Il faut changer, changer de zoom, etc. Et ça, ça prend quelques minutes quand même de faire les manipulations. Donc tout ça, je le fais en amont, je le teste. Et par contre, une fois que c’est testé, j’arrive sur place, ça prend 20 secondes de s’installer, ça prend deux minutes de faire des photos et vidéos. Et du coup, en deux minutes 30, on fait les choses et on disparaît.
Alors ça, c’est aussi un point important je trouve. C’est à dire que à la fois c’est un geste punk dans le sens live, une prise on y va, ça marche, etc. Mais tu te soucies, puisque ça fait trois fois que tu dis on fait des photos, on fait des vidéos et tu te soucies en fait du faire savoir, c’est à dire Et si c’est exactement ce qu’on est en train de faire ce matin et moi je suis sur je suis ravi quoi. Je suis absolument ravi, enchanté et conquis. Mais ça c’est quand même peut être un truc de l'époque aussi, cette idée de dire je ne fais pas ce geste uniquement pour ceux qui pourraient le voir au moment même, mais je l’enregistre, je fais une captation, c’est tout le discours dont tu parlais tout à l’heure de la documentation finalement.
Exactement, et c’est vraiment assumé de ma part, c’est-à dire que je suis dans la création d’images pour amplifier et augmenter un message et plusieurs messages. Je travaille avec plein de groupes différents, mais on est dans la création d’une photographie ou d’une vidéo et c’est aussi ce qui me met dans un contexte un peu particulier et ce qui évite d’avoir une position sacrificielle. Et il y a un bouquin qui m’a beaucoup inspiré qui s’appelle Comment sortir de notre impuissance politique, de Geoffroy de la Galerie, qui pour moi est en tout cas un des grands penseurs de gauche radicale qui que je trouve très inspirant. Et en fait, dans son bouquin, il décortique un peu pourquoi la gauche n’est plus inspirante depuis 40 ans. A quelles nouvelles stratégies mettre en place ? Et il parle très spécifiquement de d’arrêter de se mettre dans des positions sacrificielles. Donc je fais une tout petite digression, mais en gros la gauche assez globalement et dans la politique, il y a ce truc un peu sacrificiel de tout d’un coup. On a une personne sensible à l'écologie qui arrive au ministère de l'écologie, à Nicolas Hulot et qui va se retrouver confronté à des blocages. Parce que voilà, elle se rend compte que les lobbies ont le contrôle, etc. Et qu’est ce qu’il va faire là où il est ? Dans une position, enfin dans une position de pouvoir, il va démissionner et il va faire un aveu d'échec. Alors moi ça m’a bouleversé. Je pense que voilà, y a beaucoup de gens, ça a beaucoup touché parce qu’il a mis le doigt sur le fait que la politique n’a plus la main sur plein de questions et les lobbies ont beaucoup plus de pouvoir. Mais pourquoi je parle de ça ? Parce que je n’ai pas envie, moi, de me mettre dans une position sacrificielle si je voulais faire, si je faisais la même projection et je me disais je vais le faire pendant 1 h ou 2 h, ben je sais que je vais me faire arrêter, je sais que je vais aller en garde à vue et que je vais me faire intimider, etc. Et en fait, ça, ça va mettre une fin à ma pratique et potentiellement à ma pratique de projection. Donc ce que je préfère faire, c’est créer ces images qui sont des happenings ponctuels. Très. Je les documente et c’est la documentation qui constitue entre guillemets, une œuvre d’art. Et c’est ça qui va être exposé dans les musées. C’est ça qui va être montré en public. Et alors ? Je ne vends pas mon travail d’activiste aux collectionneurs. J’ai un peu tracé la limite pour répondre aussi à la question d’avant. Voilà mon travail d’artiste que je vends en galerie. C’est quelque chose. Tout ce travail d’activiste là, il est bénévole, il est non intéressé. Et donc voilà, c’est assumé, je crée des images et je sais que ces images là vont pouvoir être relayées par les médias. Là, la projection sur Buckingham, sur le parlement anglais. Elle est passée dans le Gardian le lendemain. Et en fait, ça aide aussi à amplifier un message. Et voilà, c’est assumé, ça me protège. D’une certaine manière. C’est tellement court. Et comme il n’y a pas de dégradation et je n’ai même pas d’interaction avec la police, sauf à l’Assemblée nationale. Donc voilà, je n’ai pas envie de me sacrifier, je préfère créer des images. Les images après sont montrées dans des institutions. C’est ma stratégie. Aujourd’hui, c’est critiquable clairement et j’accepte les critiques et je changerai peut-être dans le futur. Mais là, on est dans la fabrication d’images qui sont des choses qui ont existé, mais pendant des moments comme ça, très court et assez furtif entre guillemets.
Il faudra que tu me donnes le modèle de ton vidéoprojecteur le prochain workshop que tu fais. Je viens, j’ai plein d’idées. Préfecture de police, Ministère de l’intérieur. Trucs que j’obtiens des questions que je pourrais poser. Je n’ai jamais de réponse. Bon bref, on t'écoute C’est génial.
Et du coup la boucle est bouclée. Tu vois, je montrais des projections un peu à droite à gauche. Finalement, j’ai utilisé ce matériel autour de la mine de charbon qui est quand même nombre sujet. Ha ouais, peut-être sur d’autres luttes ? Pour moi, c’est vraiment la plus grosse source d'émission de CO2 en Europe. Donc là, j’ai projeté le logo des activistes en deux glandus sur la centrale. Charbon ne rate pas la plus polluante et je crée d’autres images autour, toujours sur sept sur sept architectures. Donc l’architecture devient un support de message.
C’est magnifique.
Très critique la RW. Heu. Tu sais, c’est l’entreprise qui exploite le charbon et qui arrose tous les politiques locaux en achetant, en rénovant leur stade, en leur donnant des maillots de bain, des T shirt de foot gratuits et puis surtout en payant. C’est et les villes et les élus, donc des activistes pourraient pas forcément se permettre d’utiliser le mot mafia, mais en étant artiste français, donc un petit peu protégé de la répression allemande. Tu vois, je me suis dans un linking assez fin, mais pour l’instant RWM a jamais posé problème parce que je ne suis pas citoyen allemand donc c’est plus compliqué de venir me chercher. Et puis surtout j’ai de quoi étayer ce discours autour de la mafia parce que j’ai fait ce travail de contacter la ville de Lausanne et qui m’ont répondu par email que notre maire est payé 20 000 € par an en tant que chef des actionnaires et la ville reçoit 21 millions d’euros. Donc tu vois, moi quand je reçois ce mail, ça me donne envie de créer une œuvre et une image et voilà, voilà cette image.
Question technique de chez J’adhère, il y a du surface mapping qui est fait pour avoir un rendu net et plat entre guillemets à la projection. Je n’ai rien compris à ce que j’ai dit, mais je dis.
On voit où il y a des techniciens.
Il y a des connaisseurs ici et des connaisseuses.
Qui défendent la projection pour qu’elle se calque parfaitement sur ton support. C’est ce qu’il y avait au tout début dans les toutes premières images que j’ai montrées. Là, on voit clairement le texte, il est un petit peu tordu comme ça.
Oui, je vais te le dire, il y a un petit côté trapèze.
Bon, là je n’ai pas eu le temps de faire le portrait parfait parce qu' on a la sécurité de la W2 qui arrivait avec leur gros pick up 4K énorme équipement mais Électrique sans doute.
Et là par exemple, je ne sais pas si c’est le lever du soleil ou le coucher, mais en tout cas si c’est la lumière magique, c’est choisi aussi à ce moment là.
Oui parce qu’on ne peut pas faire de projection de jour, donc on a attendu le crépuscule et donc ça veut dire regardez les sites très précis de Météo Marine et pour savoir vraiment à quelle minute on pourrait avoir de belles photos. Donc c’est au coucher du soleil, juste au bon moment pour ne pas non plus être dans le noir, tu vois ce que je veux dire ? On avait un petit créneau comme ça bien sûr, et ça on travaille en amont avec les photographes, y font des tests d’exposition pour eux, pour faire les bons réglages. Parce que ce n’est pas sur le terrain qui vont s’amuser à changer les ISO et tu vois ce que je veux dire. Donc on prépare ça à l’avance et comme ça on peut faire vraiment des actions qui durent deux trois minutes.
Et là par exemple, pas pour la question que je te posais tout à l’heure sur la différence, le distinguo entre ton travail, celui d’un journaliste ou celui d’un documentariste. C’est que là, là, par exemple, le soin que tu accordes à ça, si c’est un soin d’artiste, un journaliste de BFM se soucie pas de la lumière. C’est pourri leur lumière, c’est pourri. Leur lumière, il s’en fout. Ils ne savent pas, ce n’est pas eux. Ce qui compte, c’est d'être là sur le moment où ça se passe et puis basta quoi, tu vois. Ils ont des projecteurs à la con, etc. Et ce soin là distingue immédiatement.
C’est un très bon point. Je n’y avais pas pensé. Et c’est marrant parce qu’à Sainte Soline qui est un peu le truc suivant dont on va parler, j’avais des images très belles et en fait BFM m’a contacté parce qu’il les trouvait assez belles et esthétiques pour avoir envie de les diffuser. Donc tu vois, même s’ils n’accordent pas parce que c’est compliqué, on leur demande pas de faire, de faire des belles images, on leur demande de faire des images informant. Mais si, mais du coup ils ont quand même eux aussi cette sensibilité à la qualité esthétique de l’image. Et figure toi que quand BFM m’a appelé, moi je n’étais vraiment pas chaud pour eux. Pour qui comment tu vois, je ne savais pas ce qu’ils allaient dire. Donc on a fait un deal avec eux et je leur ai demandé de passer mon montage et le montage de Vincent. Partager c’est sympa avec le son sans le couper parce qu’il explique le problème de l’eau, des mégas bassines etc. Et que je puisse donner mon point de vue en tant qu’artiste et que je puisse intervenir. Et en fait, on a fait un espace d'échange d’images de deal comme ça, parce qu’ils voulaient l’esthétisme dont tu parles, là, que tu as très bien décrit, et on a pu négocier. Et du coup, j’ai pu faire cette minute où j’ai pu parler, expliquer le problème grâce à cette espèce d'échange esthétique contre temps médiatique. Et du coup, c’est intéressant de voir comment ça peut devenir des éléments de négociation pour amener un cours.
Alors après. Mais après effectivement, il y a la militarisation, ni miniaturisation à fait que par exemple le canon cinq a fait croire aux rédactions qu’elles pouvaient faire une image de cinéma etc. Mais parce que derrière c’est derrière, tête à tête, tête à le flou, cinéma, etc. Donc effectivement, ils ne sont pas insensibles à ça, mais disons que ce n’est pas leur préoccupation première. Avant qu’on aille 100 de solides d’anecdotes, Dada pose une question qui est reprise par tout le monde : combien coûte et combien pèse un beamer comme ceux que tu utilises ? Un projecteur ?
J’en ai plein de différents, c’est moins de 1 000 €. Mais c’est quand même un investissement.
Ok.
Donc moi j’utilise le matériel que j’achète pour les projets artistiques payés, tu vois les expos et après je vais utiliser ce matériel là. J’ai mon propre studio, donc je fais ce que je veux avec le matériel que je peux, dans lequel j’investis. Ah mais voilà, c’est entre 1000 et 1 500 €. On est aussi quand même dans du low Tech, mais je modifie ces outils là pour les rendre plus puissants. Donc il y a un côté hacking qui me parle beaucoup quant à son intitulé qui est qui est vraiment aussi au cœur de ma pratique, la raison pour laquelle j’ai pu faire cette image, la R de Louis Colle Mafia, c’est parce que un ami à moi qui est développeur a fait un outil qui s’appelle Man Mapper et Mad Lazare spécifiquement pour pouvoir faire ce genre de choses. Donc voilà, donc dans ma communauté de donneur et de développeur. On est aussi dépendants les uns des autres pour faire ces actions-là. Elles sont l’outil dont je parle là, qui a été fait par un ami. Je ne pourrais pas faire des actions et il me faudrait 30 minutes de cette appli.
Et cet outil, est-il disponible ou est- il pour toi ?
Non, non, non, C’est un outil grand public. C’est ça qui est bien, c’est que c’est un logiciel qu’on peut acheter. Donc Mad Mapper c’est pour le mapping et Mad Laser, c’est un plugin qui permet de contrôler un laser. C’est très bien parce que c’est très compact et surtout ça, il y a besoin de très peu d'énergie. Là, le projecteur que j’utilise ici, c’est quelques watts, donc tu vois, avec une petite batterie, tu peux faire facilement ces projections là, ce qui n’est pas le cas des énormes projecteurs très chers que j’utilisais dans d’autres projets.
Attends, excuse moi parce que t'étais pas en plein écran. Euh. Tu peux remettre le lien ? Comme Slash ? Climate tirer action.
Et puis. Donc oui, une image un peu terrifiante qui change un peu aussi le statut de ces images. Et Sainte Soline en sera aussi à l’illustration. Ça c’est à elle nous dira en janvier 25000 personnes qui viennent essayer de sauver ce dernier village. Et donc, qu’est ce qui se passe ? L’appareil répressif d'État envoie ses CRS pour protéger l’industrie fossile. Et donc les deux images que vous voyez en haut là ne sont pas les miennes. C’est un autre activiste photographe qui s’appelle Marius Rythmique et qui a fait ces deux photos. Et on dirait vraiment un film où on voit le bagué, ces grosses machines et la police qui protège ces machines. Et voilà, on est vraiment dans un truc de science fiction. Fin du monde 1984. Mad Max c’est pour moi, on est presque dans la fiction presque. Donc ces images changent un peu de statut et en fait on dirait de la fiction, mais c’est le réel. C’est-à dire que la police protège les industries fossiles et avec des armes de guerre. Et du coup moi ça me fout les boules.
Alors dans le genre, il y a Sainte Soline.
Ben voilà. Alors c’est un peu un gros morceau, mais je vais essayer de le faire quand même court si tu veux, mais tu tombes en plein écran.
Alors attends.
Cet extrait. C’est un truc que j’ai bricolé. Mais voilà, la mise en scène de la musique me manque. Je dis en préambule, me met un peu mal à l’aise. Un point pour les questions dont on va parler juste après, je vous laisse, je vous laisse regarder ça, ça dure deux minutes.
Alors n’hésitez pas à mettre le son à fond.
C’est l'été, je monte une politique de l’eau qui accapare l’eau pour une minorité ici. Nous sommes là pour partager les usages, voilà un peu une approche esthétique comme je fais d’habitude autour de la mine de charbon, etc. Et qui moi même me met quand même mal à l’aise à cause de la suite de cette histoire. On va bien sûr maintenant poursuivre. C’est l'état d’amour du politique. C’est-à-dire que les images ont changé de statut assez vite. Ah voilà. Parce que ces images sont devenues finalement les seules images de beaucoup de violence policière qu’on a vu sur place. Et j’ai été contacté un peu par tous les médias très vite, et notamment par le Pôle Investigation de Libération, le Pôle investigation du Monde. Et la même chose pour complément d’enquête sur France deux. Et du coup c’est pas moi. Ce n’est pas pour ça que je faisais ces images. Je pensais, comme sur plein d'événements, qu’il y aurait beaucoup de beaucoup d’autres images, donc des journalistes, des reporters. Et en fait, ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait d’autres personnes avec des drones sur place, euh, des reporters. Et en fait, il y avait une volonté, je crois, du pouvoir de faire disparaître les images. C’est-à dire que les militaires qui étaient sur place avaient des brouillards anti drones. Et j’ai rencontré moi, deux personnes qui se sont fait capturer leurs drones. Donc les images qui ont été faites, qui potentiellement sont des preuves ou des preuves ou des pièces à conviction pour des enquêtes ou qui pourraient être utilisées pour les journalistes ont été capturées par les militaires avec vraiment du matériel militaire. C'était ça avait été annoncé et les images ont été même réalisées par les hélicoptères de la gendarmerie. Je sais plus combien il y avait neuf hélicoptères déployés sur le lieu. L’enquêteur de l’IGPN à qui j’ai parlé m’a expliqué que même eux n’arrivaient pas à avoir accès à ces images. Donc on a une volonté de l'État de faire disparaître toutes, toutes ces images.
Et tu as dit DGPN ? Mais en fait c'était l’IGPN.
C’est la même chose, mais pour la Gendarmerie, c’est ça. Et du coup, je me retrouve dans une situation vraiment un peu de malaise parce que moi je viens, je viens comme d’habitude documenter des actions et des actions de désobéissance civile non-violente. Moi je pensais vraiment qu’il n’allait rien se passer, qu’on aurait juste des belles images comme celles que je vous ai montrées avant. Et en fait, tout a basculé là bas, comme on l’a vu, parce qu’il y avait une volonté de l'État de faire un peu de nous des désignés comme des terroristes, alors que sur les 25 000 personnes qui étaient là bas, moi j’ai vu beaucoup de familles, de jeunes, beaucoup de femmes, beaucoup de gens, des ONG, il y avait des élus, donc vraiment à l'Élysée, des citoyens. Qui vont faire une manifestation. Et alors Jamais je n’aurais imaginé un tel niveau de violence et des tirs à l’arme de guerre pendant aussi longtemps. Et donc là, à ce moment-là, la ligne entre artiste et reporter est cassée puisque, moi, tout le monde me contacte parce que les autres images ont été capturées et cachées par les militaires en face. Et du coup, moi je me serais bien passé ça. Moi j’aurais aimé que plein de gens aient des images et ne pas être mêlé à ces questions judiciaires parce que c’est pas du tout moi, je suis pas, je suis pas lié au soulèvement de la terre, Je n'étais pas au courant des différents combats, des différentes stratégies ou je suis venu comme des milliers de personnes faire une manifestation contre la privatisation de l’eau des agro industriels donc sont des gens qui vont venir voler l’eau dans les dents, les nappes phréatiques pour les garder pour environ 6 % des agriculteurs. Donc les 94 autres pour 100 n’ont plus accès à la ressource d’eau. Donc moi je venais pour ça. En plus, ils sont des 6 % de l’agrobusiness qui vont faire principalement du maïs qui va être exporté pour nourrir, pour faire de la viande à l'étranger. Donc catastrophe environnementale en termes d’impact. Donc moi je venais pour ça et pour faire des images pour un ami. Et je me retrouve tout d’un coup au cœur de plusieurs enquêtes avec des convocations. Donc vraiment, je me serais bien passé de tout ça. Euh. Je suis content que Libération, Le Monde, complément d’enquête, ait pu faire un travail d’analyse des images. Et donc je suis aussi beaucoup en contact avec Mediapart, avec vraiment des gens qui font un travail de fond. Donc c’est chouette de sentir qu’il y a un travail qui est fait à ce niveau là. Mais voilà, moi, je ne suis pas allé là-bas pour ça. Et je te le disais tout à l’heure, mes images avec la musique là me mettent mal à l’aise. Donc ce projet là, je vais le retravailler.
Et je te dis franchement, je pense que la musique y est. C’est un contre sens. Il ne faut pas mettre.
De musique, mais d’accord, très. Mais je t’avoue qu’on a fait ça dans la précipitation
Et parce que tu sais bien, la musique c’est pour, c’est pour. Appuyer sur l'émotion, sur ce qu’on a. Et en fait, il n’y a pas besoin.
Non, c’est ça. Exactement.
C’est comme si tu n’avais pas confiance en tes images, si tu veux.
En fait, en tant qu’artiste, j’ai un mode opératoire dans la fabrication de mes images, de mon contenu, de mes œuvres qui est plutôt proche d’une approche cinématique. Je parlais de quoi jusqu' ici tout à l’heure ? C’est mon mode opératoire. Là, je me retrouve par accident dans un espace qui est tellement violent que ce mode opératoire n’est plus judicieux. Et du coup, les images prennent un aussi un autre statut. Et donc, ce que je t’ai montré là. C’est pas un projet, c’est un truc « work in progress ». Et j’espère que dans les mois, les années qui viennent, ces images-là vont peut-être prendre une forme artistique ou pas, je ne sais pas. Mais voilà, c’est ça en tout cas.
Après, je ne veux pas être méchant avec les musiciens. La musique est très bonne, ce n’est pas le problème. Elle fait très bien son travail, mais finalement c’est un travail, comment dirais je qu’on connaît. Et donc tout d’un coup, tu trouves et tu inscris ton travail dans un genre. Tu peux être pas forcément le plus intéressant.
Non, c’est clair et j’en suis conscient. Et du coup je crois que je montre encore ce truc là. Mais voilà, c’est pour raconter l’histoire. Mais clairement, ça ne va pas rester sous cette forme là. Donc il y a eu toutes ces enquêtes avec Libé, avec différents médias qui ont eu, avec qui j’ai pu travailler. Ça m’a pris des heures et des heures à décortiquer tout ça. J’ai communiqué mes images aux victimes. Il y a eu 200 blessés, il y a eu des dizaines de mutilés avec ces armes de guerre catégoriques, là, je crois.
Alors voilà, Joanie, c’est important que tu reviennes dessus parce qu’il y a il y a quelques grincheux qui demandent pourquoi il répète tout le temps Arme de guerre donc. En effet. En fait, les armes sont cataloguées par des instances internationales et par les différents ministères en France et le code de sécurité intérieure. Et effectivement les armes. Un certain nombre d’armes dites non létales, employées notamment dans le maintien de l’ordre en France, sont cataloguées armes de guerre, c’est à dire que ce sont des armes qu’un civil ne peut pas acheter dans une armurerie. C’est ça le distinguo. Et donc c’est effectivement matériel de guerre catégorie A2. Exactement ce que tu viens de dire là dedans. Il y a les LBD là-dedans, il y a toutes les grenades assourdissantes quatre et ainsi de suite. Voilà, c’est pour ça que tu répètes l’arme de guerre, mais tu le répète très justement. Et ceux qui pensent que tu dis n’importe quoi ont qu'à se référer au code de sécurité intérieure. C’est Google que vous allez trouver tout de suite, catégorie à deux je crois. Ça vaut à vous Bruxelles.
Ouais, et alors ? L’histoire aurait pu s’arrêter là. Ça c’est sorti peut-être 1 à 2 semaines après. Donc fin mars, oui, les enquêtes sont sorties dans la presse, etc. Et comme j’ai communiqué bien entendu les images à tous les gens qui en avaient besoin pour les enquêtes, etc. J’ai été contacté par Ligérienne qui m’a demandé de faire un travail d’analyse pour qu’ils puissent, eux, comprendre mieux ce qui s’est passé et avoir des preuves pour les procédures judiciaires en cours suite à la plainte déposée par des blessés et des mutilés.
Et là, tu vas faire un travail absolument remarquable.
Qui m’a pris vraiment beaucoup de temps.
Tout a déjà été montré ou pas ? Comment ça a déjà été montré ou pas ?
C’est la première fois que quelqu’un qu’on entend parler. Les images n’ont pas été diffusées ou très peu. Et donc tout ce travail d’analyse que j’ai fait il y a plus de quatre semaines n’a pas été encore publié ou révélé. Et donc le minuter est un peu long. Pour chaque plan, il y a les coordonnées GPS, les time code très précis du début de chaque prise de vue. Donc ce qui nous permet de remettre dans le contexte chaque plan est pour. Et donc là je vous partage quelques images. Mais pour faire un peu court, il y a beaucoup de choses. Et donc la première, les premiers éléments vont à l’encontre de la version officielle de l'État qui dit que les échauffourées ont été violentes. Des activistes auraient commencé autour de 13 h. Et donc moi j’ai les images et j'étais dans un des convois qui montre. Et là je vais mettre Du coup, là, c’est sans fond. Quand il y a eu des assauts de la part des forces de l’ordre sur les différents convois à partir de 12 h 38 je crois, de mémoire. Donc ce sont les forces de l’ordre et les gendarmes qui ont ouvert le feu sur les manifestants à l’arme de guerre pendant 28 minutes avant même qu’on arrive sur place en fait. C’est-à dire qu’on était à un kilomètre 200, des méga bassines. Donc on n'était pas encore sur site. Et là, on a eu des tirs pendant vraiment des tirs sans arrêt. Et donc ça c’est le premier élément factuel qui ne nous ne correspond pas à la version officielle. C’est à dire qu’on a été sous un feu nourri pendant presque une demi heure avant même d'être sur place, c’est à dire qu’on était dans la commune d’avant qui s’appelle Asnières. Oui, et donc ça, on trouve cet élément là nulle part, ni dans le rapport de la préfecture, ni dans le rapport des gendarmes qui eux, disent que voilà, les activistes violents auraient commencé à auraient ouvert les hostilités autour de 13 h. Mais la réalité, c’est que pendant, pendant presque 30 minutes, on était sous le feu nourri des forces de l’ordre. Donc voilà, ça c’est un premier élément qui vraiment, je comprends pas pourquoi il y a un tel décalage entre la réalité qui est documentée, dont on a les preuves, les time code. Donc. Donc voilà, en fait les activistes ont riposté au bout de 30 minutes, ce qui est moins ou moins ce que j’ai vu et ce dont les images témoignent.
Ce travail tu, tu le qualifierais de comment tu dirais quoi que.
Ce travail d’analyse ? Ouais ben moi ce n’est pas mon travail en fait. Moi, je me retrouve comme un con à être convoqué en audition. Parce que. Parce que les gendarmes ont volé des drones, des reporters, parce que les gendarmes ne veulent pas donner leurs images d’hélico aux enquêteurs de l’hygiène. Donc moi je suis artiste, j’ai autre chose à faire qu’aller décortiquer et passer trois jours à aller faire des analyses d’images. Et je sais vraiment déjà, je ne suis pas forcément qualifié. Soyons très clair, j’ai une bonne compréhension des espaces, des distances, des cartes, etc. Donc ça m’a été très pratique pour le traçage, le bornage GPS de chacun de mes plans, mais franchement, j’ai autre chose à faire. Et alors ? Pour la petite histoire, ce travail là qui a été relou, je l’ai envoyé à l’IGPN il y a quatre semaines. Sachant qu’on est sur des histoires où il y a eu deux comas, où il y a des gens qui ont failli mourir, où y a des mutilés qui ont porté plainte, des blessés qui ont porté plainte et ils n’ont même pas répondu. Figure-toi, ils ne m’ont même pas fait un mail, ils n’ont même pas regardé pendant trois semaines le document que je leur ai envoyé. Donc moi je sais comment veux-tu ? Tu fais ce travail qui n’était pas le mien ? Je l’envoie tout décortiquer comme l’a fait la LDH et en fait en foutent royalement. En fait c’est comme ça que je le ressens. Je ne sais pas si en vrai ils s’en foutent, mais tu vas voir, on a des images qui sont ultra choquantes qui pour moi sont donc là. Je sais qu’on a un journaliste en premier plan, on a derrière ici un gendarme qui tire en tir tendu, c’est-à-dire que son canon, heu qui y va pour propulser son lanceur cougar qui doit normalement être à 35 degrés ou plus. Là, il est à l’horizontale, il y va tirer en flûte, en tir tendu sur des manifestants. Donc encore une fois, il y a des familles, il y a des grands parents, il y a des journalistes, il y a des élus, il y a des gens comme moi, des citoyens qui sont juste là parce que la question des méga bassines et de l’accès à l’eau est importante. Donc, qu’est ce qu’on Qu’est ce que demandent les soulèvements de la terre ? C’est un débat démocratique autour de ces voleurs d’eau qui prennent l’eau et qu’il existe, l’accaparement pour la vendre. Et qu’est ce qui se passe ? On a en face. Alors cette image me terrifie, moi ce sont des images à partager, c’est sympa. Regardez ce qui se passe, regardez qui on avait en face de nous. Regardez le visage. Voilà comment on s’est fait accueillir. Alors une bassine, c’est un trou. Il n’y a rien à casser. Regardez ce visage. Donc concrètement, on a 25000 personnes dans un champ des beaucoup de citoyens, de gens vulnérables et on se fait tirer dessus à l’arme de guerre par des militaires qui font un grand sourire et qui savent qui sont peut être sur des tirs létaux. C’est à dire que quand on fait un tir en direct comme ça, les grenades encerclement et les grenades lacrymo ne vont pas exploser en l’air comme elles devraient, elles vont exploser sur les gens. Et alors ? Bon, j’ai une image qui a un peu. Les gens un peu sensibles peuvent éventuellement ne pas regarder pendant une seconde sont des images de Camille Reporter qui travaille pour Brut et qui a découvert a posteriori ces images. Quand on fait un tir tendu comme le tir qu’on a vu juste avant, voilà ce qui se passe en face. Ouais, c’est à dire que là j’ai fait tout ce bornage GPS Le tireur qu’on a vu avant, il est à 50 mètres de la personne là, qui a impacté à la tête et tir à l’arme de guerre en tir tendu à l’horizontale et il va toucher une personne qui est à 50 60 mètres à la base à dix mètres. Les lanceurs cougar, normalement c’est 200 mètres en l’air pour que la grenade explose en l’air. Là, on tire au visage des gens. Je suis désolé, je m’enflamme un peu, mais j'étais sur place. Moi j’ai vu ça. Mais je ne suis pas ultra radical contre la police. Pas du tout. C’est plus c’est plus. Je suis plus nuancé que ça. Mais c’est vrai que ce jour-là, moi, il y a un truc qui s’est brisé dans le respect que je peux avoir pour les gens, pour le maintien de l’ordre, etc. Parce que je ne sais pas trop quoi dire là, on a un autre plan qui est dans mon métier. On a des reporters avec des brassards, avec des caméras, avec des appareils photos. Et alors on va cibler les reporters. C’est à dire que là on a un tir tendu d’une grenade d’encerclement sur un journaliste. Alors on le voit sur les images, c’est pas un endroit où il se passait des violences. On était un peu en marge. Il y avait donc là on voit, il n’y a pas, il n’y a pas de violence sur ces images là. Mais il y a trois journalistes avec des brassards presse et ils se font tirer dessus en tirant, allant de guerre. Et moi je suis désolé, je n’arrive pas. C’est très dur de savoir. J’ai envoyé ces images à la DGPN et j’arrivais ici sans fouille. Est ce qu’ils s’en foutent ? Et alors ? J’ai presque fini. Et après ça sera peut-être un peu plus léger. Là, on est à peu près à la fin de la manifestation. Euh. Il est 13 h 45 je crois. Et alors là, je vous montre cette image parce qu’on a une route sur laquelle sont les blessés. Sur cette route, sous l’arbre qui est à droite, on a Serge qui est sur le bas côté, qui a été blessé par tir tendu et qui a une hémorragie et qui est à priori peut être déjà dans le coma. Et on a plusieurs autres mutilés, blessés très graves en conditions critiques qui sont sur cette route. Et ces images là sont intéressantes parce que sur cette route, les gens ne restent pas au milieu pour que le SAMU puisse arriver. Il est 13 h 45. Donc là, la route est dégagée. Il n’y a pas de violence sur cette route et il y a des grands blessés. Il y a aussi des élus, Il y a Marine, plein de lié à qui est ce qui n’était pas très loin avec d’autres blessés. Mais voilà, c’est une zone calme et on voit, on voit des tirs un peu au pif dans la foule. Donc là, là, cette foule là, ce sont des gens qui sont un peu abasourdis comme moi. Il n’y a pas de violence sur ces images que vous voyez. Les violences, elles sont hors champ à gauche et c’est une vingtaine trentaine de personnes qui sont en conflit avec les forces de l’ordre. Mais sur ce lieu là, pas de violence. Et regardez ce qui va se passer après. Inconcevable. Dernier élément, l’hélicoptère de la gendarmerie à ce moment-là a une vue directe sur cette route. C’est-à-dire que les gendarmes voient qu’on a une zone sans violence et qu’on a des grands blessés parce qu’ils ont déjà été là. Faut que tu mettes en plein écran, c’est ça ? C’est important.
Alors attends, attends, tu ne bouges pas. Justement, j’essaie de faire ça. Euh attends, je vais mettre une autre heure. Comment pourrais-je faire ? Je vais mettre. Bouge pas, Bouge pas, Bouge pas. Après, il faut que je coupe ça. Serge qui va, qui va mieux. Mais dont on ne sait pas encore qui est le Serge D. Et donc dont on ne sait pas encore s’il aura des séquelles. Voilà, donc on est en plein écran, là.
Ouais, donc regardez sur ma souris, là, là, ici, ce sont les quads des brigades mobiles. Et donc y vont faire un assaut. Et j’ai de la chance parce que j'étais juste là au bon moment. Je n’ai pas filmé tout le temps, mais là on va voir pendant 47 secondes un assaut. Euh des blessés en fait, c’est la zone des blessés, donc il n’y a vraiment aucune raison de tirer, surtout sur ces gens là. Il n’y a pas de violence. Regardez bien, j’ai mis en couleurs les différentes zones pour que pour que l’enquête. Donc les choses sont plus claires. C’est à dire 47 secondes. Ça, c’est la zone des blessés. On a les quads qui sont au nord-ouest. Et là, vous voyez les premières explosions au sol. Donc on a un assaut allant de guerre sur les blessés et la Serge est juste à l’endroit où la grenade vient de tomber là. Donc moi, pour moi, ces images sont incompréhensibles. On n’a pas de maintien de l’ordre, on n’a pas de défense de la bassine, on a une attaque de gens sur des gens qui sont potentiellement dans le coma. Donc voilà, je n’ai pas de mots. Puis je sens encore l'émotion qui monte.
Et on sent, on le sent.
Tu m’avais dit à 11 h. On y arrive presque.
On y arrive presque. Absolument. Absolument. Est ce qu’il y a autre chose que tu. Que voulais-tu dire par rapport à tout ça ?
J’ai un tout dernier élément. Vous vous rappelez que la préfète a dit que le SAMU n’avait pas été empêché d’accès pendant un moment ?
Absolument.
J’ai vu le véhicule de gendarmerie qui condamne l’accès nord et qui a empêché le SAMU d’accéder au site. On a les images, on a sept véhicules. Ça, c’est à 14 h. On a un témoignage dans le rapport de la LDH, un témoignage des pompiers qui dit qu'à 15 h 19, cette même route là était encore condamnée. Donc là, en gros, c’est non. Ces images n’ont pas encore été diffusées. On a la preuve que le discours qui a été diffusé dans les médias, que ce que le SAMU aurait pu intervenir. On voit les sept véhicules qui condamnent l’accès, c’est un accès qui est très serré. Donc ça, pareil, j’ai envoyé les points GPS, les coordonnées du drone, des blessés, des gendarmes qui bloquent la route. Donc tout ça a été communiqué il y a un mois et donc pas de réponse pour le moment et c’est la fin. Il y a beaucoup d’autres choses, mais c’est la fin. Toutes ces images sont à disposition des médias. J’espère que demain, pendant le procès et la médiatisation des histoires de Sainte Soline, une partie de ces éléments-là seront communiqués d’une manière ou d’une autre.
Alors voilà. Parce que, on l’a dit tout à l’heure. Demain s’ouvre le procès des de huit organisateurs ou présumés organisateurs de cette marche insolite. Le procès s’ouvre demain et c’est la raison pour laquelle tu tenais beaucoup à ce qu’on fasse ce post aujourd’hui, tous ensemble, pour appuyer un peu à peu tout ça. Et je te remercie infiniment. Je n’avais pas saisi qu’en fait tu allais nous montrer, nous, de nous donner la primeur. Merci infiniment pour ça. Mais ce que je trouve parce que là, je te vois tout chamboulé et ce que je trouve finalement magnifique. Et ce que tu nous montres là, c’est que c’est le moment pile poil où l’art, l’artiste rencontre la réalité et la réalité rencontre l’artiste. C’est peut-être pas ce que je veux dire, il n’y a pas de hasard. Ce que tu as pu, ce que ce que tu viens de nous montrer, c’est le fruit d’un travail
Oui, oui, c’est ça. Mais un peu arrivé par accident parce que j'étais très heureux dans ma vie d’avant. Cet été dans les galeries et les institutions. Mais non, non, c’est vrai que tout ce processus. C’est pour ça que j’avais un peu cette histoire que je voulais raconter un peu avec ce timing. C’est qu’en fait, au-delà de telle ou telle image, je crois que c’est ce processus en fait de se ré intéresser aux questions d’injustice, aux questions de racisme, aux questions de maintien de l’ordre, aux questions des violences policières. Je me suis repolitisé en fait, pendant tout ce processus qui a duré quatre ans. Je me suis aussi intéressé à des sujets qui étaient très loin de moi, comme le travail que tu peux faire avec, avec au poste et tout. Tu vois, je me retrouve à suivre des streaming sur des questions judiciaires, sur des questions ultra techniques. J’ai encore écouté hier comme combien, comment les comparutions immédiates des émeutiers créaient une forme de justice, d’injustice en fait dans même le fonctionnement des institutions. C'était très loin de moi quand je faisais des jolies projections. Mais c’est vrai que je trouve beaucoup plus de sens dans ma pratique artistique maintenant qu’elle est connectée au réel et aux injustices, encore une fois. Geoffroy de la Galerie en parle beaucoup. Il a fait un bouquin sur l’art qui s’appelle L’art impossible, où il décortique comment les mécanismes habituels de monstration de l’art dans les grandes institutions, les grands collectionneurs, etc. Comme c’est aussi un territoire biaisé, parce que si on veut vraiment apporter des changements dans la société, il faut aussi remettre tout en question, sortir un peu de ces institutions très lisses qui ne veulent surtout pas être politiques et en fait faire du terrain. Pour moi, en tant qu’artiste, d’aller voir là où se fabriquent les justes, les mouvements sociaux et les toutes, toutes ces choses. En fait, c’est nécessaire et je trouve beaucoup plus de sens aussi dans mon travail depuis que je suis beaucoup plus sensible à toutes les questions d’injustice, pas juste le CO2 des mines de charbon comme au début, mais c’est ça les problèmes de racisme, de violence systémique dans la police, etc. Et c’est ça commence aussi de plus en plus à structurer mon discours artistique. Et même si c’est dur, je trouve du sens dans mon travail et j’espère que plein d’autres artistes vont nous rejoindre dans ces luttes.
Merci Monsieur. Merci beaucoup. Merci pour tout ça, pour ce témoignage et l’engagement que nous fait dire en off cette émotion est un beau moment d’humanité.
Il y a mon site, c’est mon nom, mon nom de famille, point. Comme je suis sur Instagram, je mets beaucoup de choses aussi à la fois les luttes autour de l’activisme, mais aussi le Lautrec, les nouveaux projets, les nouvelles expos. C’est surtout sur mon Instagram que les choses bougent. Et puis ouais, mais merci à toi pour cette invitation. C’est bien, c’est particulier d’intervenir dans différents espaces auto, mais c’est hyper chouette, ça fait toujours des belles rencontres et des idées. Je vais continuer à apprendre beaucoup de choses liées à la justice qui vont peut être m'être utiles dans les mois qui viennent, mais en tout cas c’est aussi chouette de sentir qu’il y a une communauté derrière et ces nouveaux espaces médiatiques.
Merci à toi et à la porte du studio puisque maintenant nous avons un studio, pas d’atelier mais enfin ça commence. Attention, t’es toujours grande ouverte si t’as des actualités, Si un jour tu veux m’emmener dans une de tes opérations et que tu veux qu’on fasse ça en live
Et puis c’est bien je pense, de terminer là dessus de tête. On pourrait faire une autre histoire sur les projections sur l’Assemblée nationale, mais là je voulais finir sur une blague qui est importante pour moi. Est-ce une projection que j’ai faite au Havre il y a de ça deux semaines je crois, ou pas longtemps ? C'était à l’invitation d’ EELV qui faisait ses journées d'été là bas. Je trouvais ça intéressant de souligner que Total et la raffinerie du Havre raffinent chaque jour 250 000 barils de pétrole au Havre, donc plus grosses émissions qu’on a en France. Ce n’est pas le charbon, c’est la sève et c’est Patrick pour y aller au Havre. Et donc voilà, j’ai fait une projection au volcan qui est un lieu culturel et donc pour moi les écoterroristes ce sont eux, ce sont non pas les employés mais les dirigeants et ceux qui se font beaucoup d’argent à part la combustion des énergies fossiles.
Super truc, mais alors là parce que l’endroit a l’air officiel, il y a drapeau tricolore, etc. C’est quoi exactement.
Alors l’endroit, c’est un lieu qui a été désigné par l’architecte Oscar Niemeyer et en fait, c’est un lieu qui s’appelle le Volcan et c’est un lieu culturel et artistique dans lequel il y a plein de projets différents. Les drapeaux sont là parce que de l’autre côté, il y a un monument, mais les drapeaux ne sont pas liés au monde ou à ce lieu. D’accord. Le volcan et qu’il est très beau, qui au bout d’une dune, d’une grande et une grande allée d’un bassin de près du bassin du Roi. Et comme c’est un lieu culturel, je me disais en tant qu’artiste, ça faisait du sens d’investir un lieu culturel avec un message comme ça. Edouard Philippe n’a pas voulu qu’on fasse une projection sur la mairie, donc on a pris cette option là.
Super, bien joué ! Bravo encore une fois. Ah oui, ce serait dingue une coproduction sur le terrain, nous dit Geoffrey avec grand plaisir. Voilà. Tu reviens quand tu veux. Merci beaucoup Joanie.
Merci beaucoup. Bonne journée. Salut !
