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Le racisme dans les médias

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Transcription de l’émission

Hugo Boursier
On peut déjà s’interroger en tant que médias indépendants à la politique sur cette pratique qui consiste pour les journalistes qui composent le jury à célébrer des personnalités politiques. Mais surtout, cette année, c’est Jean -Philippe Tanguy que le jury a voulu honorer. Jean -Philippe Tanguy, député Rassemblement national de la Somme et président délégué du groupe RN à l 'Assemblée nationale. De l’autre côté de la frontière en Belgique, il existe un cordon sanitaire médiatique qui empêche l’extrême droite d 'avoir ses rondes serviettes dans les médias. Il a été lancé par la radio publique, la RTBF, il y a 30 ans. Preuve que ça existe et que la pratique journalistique peut être ferme sur la question du racisme. Comment vit -on ce racisme médiatique lorsqu 'on est sa cible privilégiée ? Quels effets ce racisme produit lorsque l 'on en est victime ? Qu 'est -ce qu’il transforme dans notre regard sur certaines populations stigmatisées ? Et comment, en tant que journaliste, peut-on résister face à ces biais racistes ? On va essayer de répondre à toutes ces questions, à vos questions et à celles du chat de David. Merci beaucoup, David Dufresne, de mobiliser aussi ce chat pour appréhender dans cette table ronde avec vous, Danièle Obono. Bonjour, vous êtes députée dans la 17ème circonscription de Paris et ce depuis 2017 pour la France Insoumise. Iris Ouedraogo bonjour. Vous êtes journaliste, documentariste radio. Vous préparez cette année, je crois, une série de podcasts pour Arte radio sur votre grand -père Burkinabé, qui a été engagé dans l 'armée française en 1940. Et vous êtes également la coprésidente de l 'AJAR, l 'Association des journalistes antiracistes et racisés. Et enfin, Ulysse Rabaté, bonjour. Vous êtes chercheur en sciences politiques à l 'Université Paris 8 et vous enseignez à Rennes. Vous avez créé Kidam, une formation gratuite pour les jeunes des quartiers populaires. Et vous êtes aussi l’auteur de Street Ology, Savoir de la rue et culture politique, aux éditions du commun. Je voudrais commencer avec vous la discussion, Danièle Obono, pour comprendre comment, en tant qu’élue noire, vous êtes confrontée aux attaques racistes de certains médias. Et je voudrais revenir à cet épisode de juin 2017. On était quelques jours seulement après votre investiture, je crois même six jours, donc moins d’une semaine. Vous étiez invitée aux Grandes Gueules de RMC, émission connue pour sa nuance. Et vous avez été sommée dans cette émission de dire Vive la France, puisque vous aviez signé une tribune de soutien au rappeur Saïdou, auteur d 'un titre antiraciste intitulé Nique la France. Vous n’étiez évidemment pas la seule signataire dans cette tribune, mais c 'est à vous qu 'on a demandé de proclamer Vive la France en plateau. Une question simple, comment avez-vous vécu cet événement et quels effets a -t -il eu dans votre rapport aux médias, alors que vous commenciez tout juste votre mandat ?
Danièle Obono
Bonjour à tous et toutes, merci pour l’invitation à ce festival que je découvre et qui a l 'air passionnant. Et sur ce sujet en particulier, pour moi il y a deux dimensions de l 'expérience du racisme dans les médias. La première qui est illustrée par l’épisode, le premier parmi de nombreux autres épisodes que vous avez mentionnés, mais je voulais aussi parler d 'une deuxième dimension, c 'est -à -dire qu 'il y a la sur médiatisation et la manière dont on va être surmédiatisé, et il y a une forme d 'invisibilisation aussi sur laquelle je voulais revenir. Mais sur la sur médiatisation, effectivement, ce qui est particulièrement violent, outre le fait que Primo Député, il y a peine d’arriver, s 'installer, c 'est un des premiers plateaux que je fais, et à ce moment -là, y compris quand je suis interpellée, je suis un peu désarçonnée par la question, je comprends pas vraiment le sens, et y compris je me rends pas compte à ce moment -là de la violence du propos. Je sors du plateau et en disant à mon collaborateur qui était venu avec moi que j’espère qu 'ils vont pas m 'accrocher la veste, parce que j 'ai dit à un moment donné un mot un peu familier, donc vraiment complètement pas du tout dans le moment ce qui est ressenti. Et en fait, c 'est a posteriori, mais comme d 'autres épisodes de ce même registre, que ce soit par rapport à l 'article de Valeurs Actuelles quelques années plus tard, etc., c 'est toujours avec un certain décalage qu 'on se rend compte de l 'ampleur et qu 'on intègre, y compris l 'impact du propos ou du comportement raciste, mais je pense que c 'est aussi une expérience de toutes les personnes qui sont victimes d 'une forme ou d 'une autre d 'agression, d 'oppression, etc. Donc voilà, on le vit comme quelqu 'un qui subit une violence et qui, à retardement, se rend compte personnellement et aussi politiquement de ce qui se passe. Et donc, on va dire que c’est un apprentissage accéléré du monde médiatique, des biais du monde médiatique et surtout du fait que c 'est un espace qui n 'est pas neutre et qui est un champ de bataille politique, parce que je pense que ce propos, au -delà de l 'individu qui le tient et du moment, c 'est un choix politique de le tenir. Donc il y a un récit et une narration qui dit qui a le droit d’être là, à quelle condition on a le droit d 'être là, et si on ne respecte pas et on ne rentre pas dans ces cases, ce qu 'on subit est ce qu 'on va subir, en fait, et ce qui va se traduire aussi dans l 'autre versant par l 'invisibilisation et la disparition. Et oui, de manière assez frappante, on peut à la rigueur accepter que je sois présente si je me soumets à l 'injonction et si je monte littéralement patte blanche en expliquant à quel point je suis reconnaissante qu 'on ait bien voulu que j 'existe dans cet espace -là. Donc voilà, il y a tout ce message et ce récit, mais qui est là aussi pas anecdotique, mais qui est celui qui est tenu, ce discours qui est tenu à l 'encontre de toutes les personnes racisées pour faire vite dans tous les espaces, pas simplement l 'espace médiatique, mais dans le quotidien, dans les espaces professionnels, mais aussi dans les espaces familiaux, intimes. Et j 'allais dire, en fait, toutes les personnes qui vont être opprimées d 'une manière ou d 'une autre, c 'est le discours dominant qui explique quelle est la place des uns et des autres, et il ne faut surtout pas remettre en cause cette place -là. Tout ça prend un certain temps à s 'analyser, à se comprendre, et puis surtout, ce qui est difficile dans ce moment -là, c 'est quelles réponses on peut apporter, en étant en fait, y compris quand on est une figure politique, un ou une responsable politique, ou d 'une certaine manière, on va considérer que ça fait partie du jeu, entre guillemets, et c 'est normal qu 'on fasse l 'objet d 'interpellation et qu 'on doit accepter un peu ces règles. Je trouve qu 'il y a quelque chose d 'assez pernicieux dans cette mentalité. Et puis, en fait, il y a un côté vis -à -vis de l 'espace médiatique où on ne contrôle pas et on n 'est pas du tout dans le même rapport de force, c 'est -à -dire que la capacité des médias à pouvoir dire, produire et reproduire une même séquence, y compris commenter. Et en fait, vous avez beau vous exprimer sur vos réseaux ou dans des écrits, ça n 'a aucune comparaison avec la force de frappe médiatique où les uns et les autres peuvent commenter et revenir. Le discours, c 'est très difficile de pouvoir réagir à ce discours dominant, massif, mais c 'est l 'engagement politique en soi et l 'engagement politique antiraciste et la réponse collective à apporter à ça et le rapport de force à produire face à ce type d 'événement, parce que ce n 'est pas une question. C’est moi, ma personne, qui est ciblé, mais le message s’adresse plus largement et donc la réponse doit être du même ordre, je crois.
Hugo Boursier
Et justement, parmi les réponses qui vous sont possibles, trois ans plus tard, c 'est avec Valeurs actuelles, vous l 'avez mentionné, où il y a ces caricatures, et pour le coup, là, vous décidez de porter plainte, vous engagez une procédure judiciaire. Qu 'est -ce qui vous a conduite à, justement, engager cette procédure ? Qu 'est -ce que vous attendiez de la justice ? Alors moi, je ne vois pas ce qu 'il y a dans l 'affiche, comme je suis derrière. OK, donc on est avec des personnes d 'extrême droite, visiblement. On peut peut -être les inviter à sortir. Bon, on peut voir que si les messages passent, c 'est le nombre qui fait la force, donc merci à vous d 'avoir fait partir ces personnes. Comme quoi, quand on parle de racisme et d 'antiracisme, l 'extrême droite rapplique pour…
Danièle Obono
Un trigger pour eux.
Hugo Boursier
Oui, exactement. Il y a déjà des questions sur le tchat, peut -être qu 'on peut les prendre maintenant ?
David Dufresne
Il n’y en a pas encore, mais le tchat dit bravo le public, voilà la bonne réponse. Donc voilà, le tchat vous remercie.
David Dufresne
Bon, merci aussi au tchat.
David Dufresne
Mais pour l’instant, le tchat préfère vous écouter, écouter Danièle, écouter les intervenants, et ensuite, il y aura des questions.
Hugo Boursier
OK, parfait, merci David. Alors la réponse, vous décidez de porter plainte ?
Danièle Obono
Pour moi, en tant que députée, je suis membre de la commission des lois, qui s 'occupe des problématiques de justice, police, droit et liberté fondamentales. Et c 'est vrai qu 'à priori, ce n 'était pas le champ, ni mon champ d 'expertise entre guillemets militante, en tout cas ce que j 'imaginais. Mais c 'est vrai que j 'ai beaucoup appris dans le cadre de ce travail au sein de la commission des lois. Et d 'une certaine manière, je me suis réappropriée le droit, dont je ne suis absolument pas spécialiste, je n 'ai pas du tout de formation de juriste, donc c 'était en tant que militante politique. En plus, ce ne sont pas vraiment des sujets sur lesquels je suis familière, même si je suis par ailleurs militante antiraciste. Mais en fait, la question du droit et de la justice n 'était pas quelque chose avec lequel j 'avais une affinité particulière. Et en fait, je me suis rendu compte que c 'était une arme individuelle et collective. Le droit et l 'évolution du droit étaient le produit de nos luttes, des luttes des premières personnes concernées par toutes les formes d 'oppression. Alors, c 'est là aussi un champ de bataille de lutte de classe, etc. C 'est pas neutre, mais tel qu 'il existe aujourd 'hui, c 'est aussi une arme et ça peut être une arme. Et donc, en évoluant aussi dans ce rapport au droit, à la justice, etc., que je me suis rendu compte de l 'intérêt, l 'importance de s 'en saisir pour à la fois se défendre, se protéger et se défendre. Mais aussi pour envoyer un message non seulement aux racistes, mais aussi aux personnes victimes au quotidien d 'une forme ou d 'autre de racisme. En rappelant quand même que, et ça rajoute aussi peut -être à la responsabilité, c 'est que moi je me trouve dans une situation privilégiée de pouvoir faire aussi usage de cette arme, de pouvoir m 'en saisir, d 'avoir les moyens financiers de pouvoir le faire. Et ça, c 'est aussi un enjeu de se rendre compte à quel point l 'accès à la justice, l 'accès au droit est devenu difficile pour les victimes, notamment sur la question du racisme, mais on pourrait parler des questions de sexisme, etc. Je pense que vous connaissez ça, mais voilà, c 'est aussi un enjeu de pouvoir en faire à un moment, en tout cas d 'essayer d 'en faire. Parce que pour le coup, ce qui est intéressant, c’est de voir qu 'il y a eu peu de médiatisation. En fait, les médias en ont parlé, mais sans permettre que ce soit un espace de débat où moi je puisse intervenir, en gros que ce soit sur Valeurs Actuelles ou dernièrement encore sur la condamnation de Zemmour Mais l’objectif, c 'est aussi que ça puisse donner l 'occasion de pouvoir non seulement faire connaître la nécessité de se saisir, et puis aussi porter l 'attention sur le fait que peu de gens ont l 'opportunité de le faire, parce que ça coûte de l 'argent, parce que c 'est des obstacles, parce que c 'est long, c 'est des processus longs, etc. Et donc, oui, j 'ai pas mal évolué sur ça et je pense qu 'il faut pouvoir, et ça fait partie du travail qu 'on a entamé en termes de propositions législatives aussi sur la nécessité d 'avoir un code de la non -discrimination, enfin il y a des outils, en tout cas la nécessité d 'améliorer les outils du droit et la capacité d 'action collective aussi dans ce domaine -là, notamment. Donc c 'est une manière de répondre, pas la seule bien évidemment, mais je crois que c 'est un outil aujourd’hui dont on doit se saisir, se réapproprier, s 'en emparer, parce que c 'est pour ça qu 'on a obtenu aussi des victoires en matière de reconnaissance dans le droit, de la non -discrimination, de la question de la lutte contre le racisme, et on doit s 'en saisir plus que jamais, je crois.
Hugo Boursier
Avec l 'association des journalistes racistes et racisées dont vous êtes la coprésidente..
Iris Ouedraogo
C’est anti -raciste.
Hugo Boursier
Anti -raciste, enfin non, c’est le passage de ces personnes qui m 'a troublé. Vous participez à soutenir les journalistes racisés dans les rédactions et à lutter contre les productions racistes. Comment s’est créé cette association et pourquoi c 'est important d 'avoir un regard critique à la fois sur les productions médiatiques, mais aussi sur la manière dont elles sont rendues possibles au sein même des rédactions ?
Iris Ouedraogo
Merci de m’avoir invitée, déjà, et je suis contente parce que je viens de Bordeaux, et pour ceux qui connaissent, j 'ai grandi à Sèche -Forma Noire en cité, donc je suis contente d 'être ici, ça me fait plaisir. Oui, alors la JAR a un peu plus de deux ans maintenant, et à la base, c 'est une association qui s 'est créée un peu par besoin de se sentir moins isolée en tant que journaliste, parce qu 'on est souvent un peu les seuls dans nos rédactions. On peut parfois être de trois, mais on se sent souvent un peu seul face au racisme et aux discriminations. Donc au départ, c’était surtout se réunir entre nous, avoir un espace de soutien et de parole, et puis se sentir moins seul face à ce qu 'on pouvait vivre en rédaction, sur le terrain, la discrimination aussi à l 'embauche, etc. Et puis on a grandi assez rapidement, et je pense qu 'on est aussi un peu venu combler un vide et un besoin sur ce sujet -là. Le racisme dans les médias et dans les productions journalistiques, ce n’est pas du tout une nouveauté, mais le fait que des journalistes racisés se revendiquent en tant que tels, et aussi se revendiquent anti -racistes, je pense que c 'était un besoin aussi pour le public. En fait, on s’est rendu compte que la réception était plutôt bonne, et du coup, on a décidé de devenir public à travers une tribune qui a été publiée sur le site de Libération en 2023, et qui a été signée par des personnalités du monde des médias, et aussi une centaine de journalistes, peut -être, et des syndicats, etc. Et en fait, petit à petit, on a commencé à faire ce travail de critique médiatique, et donc aussi d 'exposer au public le fait que dans les productions journalistiques, il y a des biais, même dans les médias de gauche, il y a des biais racistes qui sont présents, parfois conscients et parfois inconscients, mais en tout cas, l 'idée c 'était de montrer qu 'on pouvait proposer un autre journalisme, et que c 'était assez facile et accessible aussi de travailler avec des journalistes racisés, parce que c 'est beaucoup ce qu 'on peut entendre dans les rédactions en chef. On aimerait diversifier notre rédaction, mais on n 'en voit pas, on n 'en trouve pas, on ne sait pas où ils sont, ils se cachent, et en fait, l 'existence de la JAR prouve qu 'on est visible, on est présent, on est plus de 200 membres, donc en fait, il y a plein de journalistes racisés, c 'est juste que souvent ils sont précaires, donc ils travaillent de chez eux, ils sont pigistes, donc on ne va pas forcément les voir beaucoup en rédaction, ou alors ils sont à des postes pas très élevés, donc c 'est difficile aussi d 'aller recruter d 'autres personnes. Donc voilà, l’idée c 'était de montrer qu 'on est présent, on est présent dans tous les médias, dans toutes les spécialités, et on peut nous embaucher assez facilement finalement. Voilà, et en fait, on s’est rendu compte que les rédactions étaient encore assez timides sur le sujet du racisme, et que même des médias avec qui on aurait pu se dire, c 'est assez simple de travailler ensemble, parce qu 'on est raccord sur les valeurs, sont pas forcément hyper à l 'aise encore avec ce sujet, et encore moins avec le sujet de la diversité, entre guillemets, dans les rédactions. Et là, pour l 'instant, ce qu 'on arrive surtout à faire, en fait, c 'est intervenir dans des écoles de journalisme, beaucoup à la demande des étudiants, moins à la demande des directions des écoles, mais un peu, un petit peu de plus en plus, parce que les nouvelles générations de journalistes ont envie de se former aussi à la critique antiraciste dans les médias, à faire attention à comment est -ce que je vais aborder un sujet, comment est -ce que je vais aborder telle ou telle source. Il y a une vraie curiosité qui n’existait peut -être pas, en tout cas moi quand j’étais à l 'école, c 'était il n 'y a pas si longtemps, mais ce n 'était pas un sujet qui était abordé comme ça. Et donc on intervient beaucoup auprès des jeunes étudiants pour qu 'ils partent en rédaction avec une base assez solide sur l 'antiracisme.
Hugo Boursier
Ces enjeux de formation sont super importants, ils sont très actuels aussi, parce qu 'en face, entre guillemets, dans le camp de l 'extrême droite, ils investissent aussi ces enjeux de formation. Deux choses que je voulais rappeler, en novembre dernier, des investisseurs marqués à droite, dont Bernard Arnault, Bolloré, la famille Dassault, etc. ont repris les rênes de l 'ESJ. C 'est la plus vieille école de journalisme au monde. En 2018, l’extrême droite a créé même sa propre école de journalisme, avec le lancement de l 'Institut libre de journalisme. Quand vous intervenez dans les écoles directement, vous dites que c’est plus à l 'initiative des étudiantes et étudiants que les directions d 'école, mais justement ces directions -là, comment elles vous voient, est -ce que vous pouvez tenir un discours anti -raciste devant elles et eux, ou est -ce qu 'on vous dit qu 'il faut rester dans les clous, etc. ?
Iris Ouedraogo
En fait, notre façon d’intervenir dans les écoles, c 'est qu 'on fait une présentation de l 'association et en amont, on diffuse un questionnaire anonyme sur est -ce que tu as déjà été victime de racisme à l 'école, en rédaction, comment est -ce que ça s 'est passé après, etc. Donc globalement, c 'est en deux temps, il y a ensuite un temps de discussion sur ce que peuvent vivre les étudiants et étudiantes, racisés ou non -racisés, et sur le racisme dans le journalisme. Et moi, j 'ai pas l 'impression que les directions d 'école nous brident, ou quoi que ce soit, sur le discours. Et je pense que globalement, ils sont assez contents quand on est là, que le sujet soit emparé par des gens qui peuvent le faire, parce que c 'est toujours un peu gênant, un peu sensible de parler de racisme, et puis on a un peu l 'impression dans le journalisme qu 'on est un peu en dehors de ces problèmes -là, entre personnes progressistes, et surtout dans les médias de gauche, on a l 'impression que c 'est pas un problème. Et donc souvent, c 'est un peu gênant, difficile de l 'aborder, donc je pense que le fait qu 'on arrive pour le faire est plutôt utile pour les directions d 'école. Après, sur les actions qui sont mises en place par la suite, après notre venue, là, c’est pas toujours hyper, comment dire, il n 'y a pas forcément des actions hyper concrètes qui sont mises en place derrière pour l 'instant. Et de toute façon, à la JAR, on aimerait aussi mettre un peu en question ce système de grandes écoles, de formation, d’élite journalistique, qui fait qu 'il y a une grande majorité de la population qui n 'a pas accès à ces études pour rentrer dans une école du journalisme, pour passer un concours qui est très électif. Il faut avoir une culture générale bourgeoise, blanche. Toutes les cultures minorisées ne sont pas du tout mises en valeur dans ces concours. Et puis, du coup, quand on regarde les photos des promotions dans les écoles de journalisme, c 'est très blanc. C 'est très difficile d 'accéder à ce métier. Donc pour nous, il y a un problème à la base dans le recrutement et dans la formation au journalisme en France qui fait que même si on intervient, il faudrait qu 'on puisse arriver aussi en amont et que le métier soit accessible à plus de personnes différentes. Et moi, j 'ai réussi à accéder au journalisme parce que j 'ai fait une prépa égalité des chances, qui fait qu 'en tant qu 'étudiante boursière, j 'ai eu le droit à une formation pour me préparer au concours et aussi à ce qu 'on me paye les concours. Parce que les concours en entrée en école de journalisme sont payants. Donc c 'est aussi un filtre hyper important entre racisme, classicisme.
Hugo Boursier
C 'est une question de légitimité aussi puisque le monde médiatique est surtout en majorité blanc. Peut -être qu 'il y a une forme d 'invisibilisation, vous en parliez eux -mêmes au côté politique, Danièle Obono. Ulysse Rabaté, vous disiez tout à l 'heure, Iris, vous parliez de d’angles à traiter, etc. dans vos formations. Justement, vous Ulysse, vous avez beaucoup travaillé sur les quartiers populaires et notamment sur la manière dont ils sont vus, perçus comme des espaces naturellement, soit violents, soit dépolitisés. Jusqu’ 'à quel point les médias portent une responsabilité sur cette perception ?
Ulysse Rabaté
Déjà, merci beaucoup de l’invitation. Merci aussi pour la performance des comédiens comiques qui sont venus tout à l’heure. C’est des champions chez vous, je ne sais pas si c 'est bon. Sur la question de la responsabilité médiatique, c’est vrai que quand on enquête dans les quartiers populaires, ce qui est intéressant, c 'est que c 'est vrai que la question des médias, c 'est presque le premier motif de colère. Même avant les politiques, c 'est d 'abord la colère contre les médias. Il y a cette fameuse scène du film La Haine, que beaucoup d 'entre vous ont en tête, où ils jettent les journalistes du quartier en disant que ce n 'est pas trop ici. C 'est vrai que cet imaginaire -là, l 'idée de journalistes qui viennent aux eaux dans les quartiers populaires, c 'est quelque chose qui est encore très répandu. Et d 'une certaine manière, j 'ai envie de dire que c 'est une analyse qui est faite à l 'échelle de la société. Et pour le coup, dans ces fractions -là des classes populaires, une analyse assez juste, qui est qu 'il y a, dans les modes de domination symbolique qui frappent les quartiers populaires, le champ médiatique a une très grande responsabilité, une responsabilité qui est, je pense, structurée par plein de choses différentes. Ce dont Iris a parlé juste avant moi, c 'est important parce qu 'il faut aussi se rendre compte que dans la stigmatisation des quartiers, c 'est aussi parce que sociologiquement, chez les journalistes, il y a une grande méconnaissance des quartiers populaires, une peur aussi d 'y aller. Moi, en tant que militant, quand je rencontre beaucoup de journalistes que j 'amène dans les quartiers, ils disent souvent qu 'ils aimeraient bien y aller, mais que dans les rédactions, personne ne veut y aller. Ça, c 'est une réalité aussi. C 'est important de le dire. Je pense qu 'il y a aussi une question matérielle qui est qu 'il y a une très faible connaissance des quartiers populaires dans la société française et d 'une certaine manière, le champ médiatique illustre ça, voire l 'hypertrophie un petit peu du fait de la sélection sociale des journalistes. Ce qui est sûr, c’est que je pense que la responsabilité médiatique n 'est pas à discuter. Je veux dire, il suffit de voir, par exemple, comment ont été traités encore en 2023 les émeutes des quartiers suite au décès du jeune Nahel, des suites d 'une rencontre avec la police à Nanterre. On est encore quand même dans une représentation des quartiers populaires et des jeunes des quartiers, des Noirs et des Arabes des quartiers, comme une classe dangereuse avec tout un imaginaire qui est en fait l 'imaginaire de l 'extrême droite, mais qui est en fait l 'imaginaire plutôt traditionnel quand on traite des quartiers populaires dans le champ médiatique. Donc ça, je pense que c’est un petit peu un fait. Ce qui est intéressant, à mon avis, à observer, c 'est comment quand même dans la société, il y a une forme de réponse, de résistance à cette représentation -là. Et je pense que là, pour le coup, c 'est un des acquis de ces dernières années. Quand on regarde, par exemple, dans le débat public, la manière dont ont été traités les émeutes de 2023 par rapport aux émeutes de 2005, on voit quand même que dans ce qu 'on appelle en sciences sociales la conversation publique ou la conversation dans l 'espace public, on voit bien qu 'il y a quand même beaucoup de contre discours à l 'égard justement du discours médiatique dominant de la stigmatisation. On voit bien que déjà les réseaux sociaux produisent un discours alternatif pour parler comme Gramsci, qui ferait une sorte de contre -hégémonie quand même à l’égard du discours de domination en direction des quartiers. Et au -delà même de tout ce qui se produit sur les réseaux sociaux, je trouve que ce qui est intéressant, c 'est qu 'en fait, ce qui émerge dans la société, notamment ce qui émerge dans les quartiers populaires en termes de discours, ce qui devient visible grâce aux réseaux sociaux, imprègne quand même certaines rédactions médiatiques, ce qui fait que paradoxalement, 2023 a quand même été aussi un moment où en face du discours de stigmatisation, il y a eu quand même dans le champ médiatique un contre -feu beaucoup plus fort que ce qu 'on avait vécu en 2005. Et c’est ce qui fait que dans le champ politique aussi, on aura le temps d 'en parler, il y a aussi des organisations politiques qui ont peut -être pris davantage leurs responsabilités en 2023 que ce qu 'on avait vécu en 2005 à gauche, et ça, ça a aussi joué. Mais je pense qu 'il y a quand même eu un contre -feu, ce qui fait par exemple tout le débat qu 'il y a eu autour de la question entre émeutes et révoltes, etc. La question de la dimension politique de ce qui était en train de se passer est quand même venue tout de suite dans le débat public et tout de suite dans les discussions, y compris dans les médias. Et ça, c’est vraiment une différence entre 2023 et 2005. Et je pense que c 'est un signe quand même qu 'y compris dans le champ médiatique, bon voilà, c 'est toujours pareil, dans ces cas -là, c 'est structurel, ce n 'est pas parce que les journalistes sont gentils qui traitent mieux les quartiers, c 'est que je pense qu 'il y a quand même une pression de la société française et notamment de ce que j 'appelle la streetologie, donc cette culture des quartiers populaires qui, d 'une certaine manière, influence beaucoup plus la production médiatique. Et donc je pense qu 'il y a quand même certaines évolutions qui ne sont pas grâce aux rédactions, mais qui sont plutôt grâce à ce qui se passe dans la société et ce qui pousse le champ médiatique sur sa gauche, on va dire.
Hugo Boursier
Et une question que je voulais vous poser aussi Ulysse, c 'est la manière dont les médias ou une certaine partie des médias ont tendance à catégoriser en fonction des échelles de valeurs qui leur sont propres, tel habitant ou tel habitant de quartiers populaires, je pense notamment au Covid, où beaucoup de médias ont fait de nombreux sujets sur ces habitants de certains quartiers qui se démènent pour aider tel ou tel habitant, c 'était le bon habitant des quartiers populaires, celui qui dédie sa vie à l 'aide pour lutter contre la précarité, à l 'inverse, comme vous venez de le rappeler par rapport aux révoltes qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk, là, en l 'occurrence, on était avec des habitants, parfois sans doute les mêmes, mais qui étaient vus comme étant de dangereuses personnes anti -police. Le racisme dans les médias, il s 'exprime aussi dans le fait de dire qui est légitime pour parler, qui est légitime pour revendiquer une cause politique, avoir une idée politique et qui ne l 'est pas.
Ulysse Rabaté
Je pense que c 'est un exemple très intéressant ce dont tu as parlé, parce que c 'est vrai que quand on observe le traitement médiatique des quartiers, c 'est vrai que le Covid a été un moment intéressant, parce que c 'est vrai qu 'il y a eu plusieurs articles où tout d 'un coup, les jeunes des quartiers populaires seraient devenus, je ne sais pas comment dire, un peu un doudou pour tout un tas de journalistes, c 'est -à -dire qu 'ils n 'avaient tellement rien à se mettre sous la dent du côté de l 'action politique, vu qu 'il faut le dire, la société française, sous le Covid, était plutôt tétanisée. En fait, les seuls lieux où il se passait quelque chose, c 'était les quartiers populaires et ces initiatives de solidarité qui tout d 'un coup ont été hyper valorisées. Tu as très bien fait de le rappeler, Hugo, c’est vrai que dans mes enquêtes sur les initiatives de solidarité dans les quartiers populaires, j 'observe que les réseaux qui se sont mobilisés pendant la crise sanitaire, notamment dans tout ce qui était solidarité, aide alimentaire, etc., c 'est les mêmes réseaux, y compris pour certains quartiers, c 'était les mêmes books WhatsApp qui se sont mobilisés en 2023 pendant les émeutes. Et donc pour réagir à la mort de Nahel. Du coup, c 'est vraiment intéressant parce que là, c 'est vrai qu 'on a deux traitements complètement opposés pour une réalité matérielle qui est la même, c 'est -à -dire des groupes, des individus ou des groupes, mais c 'est beaucoup des groupes, qui identifient une cause qui considèrent comme légitime pour se mobiliser, soit la crise sanitaire et l 'isolement de certaines familles dans le quartier, soit la mort d 'un jeune dans une ville voisine, donc ils identifient une cause et ils se mobilisent. Donc c’est à peu près la même chose. En effet, ce n 'est pas que les mêmes jeunes parce que c 'est vrai qu 'on n 'a pas les mêmes dispositions parfois à partir en émeute qu 'à distribuer de la nourriture. D 'ailleurs, c 'est aussi un phénomène qui est intéressant, c 'est dans toutes les nouvelles générations d 'initiatives solidaires, c 'est beaucoup des femmes, beaucoup des jeunes femmes et beaucoup des jeunes femmes aussi qui mobilisent à la fois un répertoire religieux et un répertoire politique, souvent un peu dans le même cadre d 'analyse, ça les médias ont un peu du mal aussi à le traiter, mais du coup c 'est vrai qu 'il y a vraiment une similitude dans les initiatives et dans ce qui les motive, mais par contre dans le traitement, on est dans un traitement opposé, puisqu’en effet d 'un côté c 'est le monde des Bisounours et ces banlieues argentées qui aident la grand -mère à porter ses courses, et puis de l 'autre côté c 'est les jeunes encagoulés qui brûlent l 'école où sont leurs petits frères et comment ils peuvent faire ça, etc. Et donc du coup c’est vrai que là l 'intérêt des sciences sociales dans ces cas là, c 'est d 'observer qu’on est quand même dans des processus de politisation et de prise de position politique en fonction vraiment d 'une analyse qui est quand même assez réflexive quand même de ce qui se passe à l 'échelle des quartiers populaires.
Hugo Boursier
Peut -être qu’il viendra un peu plus tard aussi sur la question de la légitimité, je pense que vous avez beaucoup à dire, il y a une lumière rouge à ma droite, est -ce que David tu as une question pour le tchat ?
David Dufresne
Il y a plein de questions en réalité, je vais les sélectionner. Alors il y a une question pour Iris qui va peut -être dissiper un malentendu, est -ce que la JAR recrute ? En gros est -ce que vous êtes un Pôle emploi ou pas ? Et d 'autres questions plus sérieuses, c 'est est -ce que depuis deux ans, depuis votre tribune, est -ce que vous considérez que les médias ont pris la mesure de ce qui se passe ? Il y a Stress Boy qui s 'adresse à Danièle Obono, mais ça pourrait s 'adresser en fait à vous tous et à vous toutes. Aujourd 'hui il y a -t -il des dispositifs dans les milieux politiques pour accompagner des personnes racisées à faire leur premier pas face au racisme ? On pourrait poser la question, est -ce qu 'il existe des dispositifs dans les grands médias pour accompagner les personnes racisées à faire face au racisme ? Et il y avait aussi une autre petite question du chat qui vous demande où en est le combat des journalistes auprès de la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels pour porter le voile sur leur carte de presse ?
Hugo Boursier
Alors Iris, il y a beaucoup de questions.
Iris Ouedraogo
Je me souviens plus de la première question.
Iris Ouedraogo
Recrute ! est -ce que tu recrutes ?
Iris Ouedraogo
Si un mécène a envie de nous financer, on veut bien créer notre propre média, ça irait plus vite je pense. On ne recrute pas la JAR, mais par contre le but de la JAR aussi c 'est que c 'est un réseau d 'entraide. Lorsqu 'il y a des annonces de job, on va se relire nos CV, nos lettres de motive, on va partager des offres d’emploi, on va tous se tirer un peu vers le haut et c 'est l 'idée de se créer notre propre réseau parce qu 'on est exclu parfois du réseau journalistique et le journalisme c 'est encore un monde qui fonctionne beaucoup au réseau. En fait il y a peu d’offres d 'emploi qui sont publiques, les gens recrutent des gens qu 'ils connaissent ou demandent à quelqu 'un est -ce que tu ne connais pas quelqu 'un que tu pourrais recruter ? Et donc quand on n’est pas dans le réseau de base, on est exclu en fait des offres d 'emploi, donc on essaie de se créer notre propre réseau à nous mais on ne recrute pas encore.
Hugo Boursier
Il y a une question sur l’entraide aussi dans les rédactions, est -ce que vous êtes accompagnée ? Je pense qu 'on pourra poser une question sur la politique après.
Iris Ouedraogo
Oui, non, il n 'y a pas du tout dans les rédactions de mesure de ce que c 'est que d 'être un journaliste racisé en 2025. Et malgré le fait qu 'on a vécu une année 2024 super difficile, les personnes racisées et les journalistes racisés, parce qu 'en plus de vivre le racisme, on doit le traiter dans notre travail en fait, et sur le terrain on le vit aussi, les rédactions ne le prennent pas du tout en compte et je pense ne prennent pas la mesure de la difficulté que c 'est psychologiquement. Nous on fait des groupes de paroles assez régulièrement dans l 'asso et avec tout l 'épisode depuis cet octobre, on a eu beaucoup de moments à la JAR où on a eu juste besoin de parler de ce qu 'on vivait en rédaction, c 'est -à -dire les personnes musulmanes ou alors perçues comme musulmanes qui sont exclues de certains sujets parce qu 'on considère qu 'elles sont militantes, qu 'elles ne sont pas neutres sur le sujet de la guerre à Gaza. Même parfois des acteurs racistes se faire fouiller à l’entrée de sa rédaction parce qu 'on est perçues comme arabes. Il y a eu beaucoup d’incidents super graves depuis cette période -là et les rédactions, je pense, n 'en prennent pas du tout la mesure.
Hugo Boursier
Et la présence de la JAR, peut -être pour poursuivre un peu cette question -là, est -ce qu 'elle signale aussi la faiblesse ou les angles morts des syndicats de presse qui peut -être ne vous accompagnent pas ou sont en traversée ? Alors ils ne sont pas là pour répondre à cette question ?
Iris Ouedraogo
Alors on travaille avec eux, pour le coup, et je pense que depuis le début on a vraiment essayé d 'être en collaboration et de ne pas se substituer au travail des syndicats. Et on est beaucoup à être syndiqués à la JAR. Moi je suis au SNJ -CGT et on essaie vraiment de travailler ensemble. Après c 'est vrai que parfois il y a des termes sur lesquels on ne va pas être d 'accord. Le terme racisé est encore très compliqué en fait pour toute une génération de militants d 'extrême gauche ou de gauche. Et rien que ça, c’est une crise de passion. Donc du coup il y a des conflits, on n 'est pas toujours d 'accord. Après c’est intéressant parce qu 'on discute. Parfois on discute un peu vivement mais on est dans la collaboration et on incite énormément nos membres à se syndiquer dès lors qu 'ils ont un souci en rédaction, à aller voir les délégués du personnel et à travailler ensemble.
Hugo Boursier
Danièle Obono, sur cette question de l’accompagnement, de la préparation des députés dits racisés à l 'Assemblée nationale par rapport aux médias aussi. Est -ce que vous êtes préparée à opposer une parole audible face à des attaques racistes dans les plateaux télé, à la radio ou en presse écrite ?
Danièle Obono
Non. Mais parce que, en fait, nous, je parle pour notre groupe, je pense que c 'est une expérience différente avec des forces politiques qui ont des groupes depuis plus longtemps, même si la diversité socio-culturelle n 'était pas folle. Par exemple, il y a un sujet qui m 'a toujours interpellée, je vais y aller un peu de manière sèche, mais en fait les seuls noirs qu 'il y avait à l 'Assemblée, ce sont pendant longtemps les députés ultramarins. Mais qui, en fait, par exemple, n’existent quasiment pas, jamais, dans le champ politique, etc. Et on en a vu dernièrement quelques -uns, mais c 'était par exemple sur Mayotte, la députée de Mayotte, mais parce que c 'était Mayotte et il a fallu un cyclone, et ce qu 'on sait pour qu 'elle ait une parole au niveau national. Mais du coup, voilà, je n’ai pas cette expérience -là, je ne sais pas qu 'elle a pu être la leur dans leurs groupes respectifs, je pense que ça vaudrait le coup d 'en discuter, il y aurait certainement beaucoup de choses à dire là -dessus. Et dans les groupes et les organisations plus installées en termes parlementaires, je ne sais pas du tout ce qui était fait. Ce qui est sûr, c 'est que pour notre part, d 'abord, au début, il y avait que moi, ou quasiment, Jean -Yves Gratton, qui est député de La Réunion, mais en fait, ce n 'est pas exactement la même présence, y compris parce qu 'il n 'est pas là tout le temps, et en fait, voilà, c 'est un peu l 'angle mort de l 'Outre -mer par rapport à l 'Hexagone, y compris pour nous. À partir de 2022, où il y a eu plusieurs collègues qui ont été élus, je pense qu 'en fait, le travail, en tout cas, moi, l 'accent, c 'est déjà de faire en sorte qu 'on puisse avoir plus d 'élus représentatifs, y compris qu 'on ait une représentation plus diversifiée, à l 'image, y compris de ce que nous, on porte politiquement et de la volonté de pouvoir avoir une représentation qui ressemble à cette nouvelle France, etc. Ce ne sont pas juste des mots, donc il y a ce travail -là, on va dire, dans les espaces politiques, pour que le plus grand nombre puisse accéder à la représentation. Donc ça, c 'est déjà un long travail à mettre en place. Et c 'est vrai qu 'une fois élu, on va dire que c 'est plus en réaction à des agressions et des violences, je pense notamment à ce qui est arrivé à Carlos Martins Bilongo à l 'Assemblée nationale, où il s 'est fait interpeller par un député d 'extrême droite en disant qu 'il retourne en Afrique. C 'est intéressant sur ce cas -là parce que là aussi, la médiatisation entre guillemets de Carlos, et s 'il a pareil de temps en temps dans les médias, c 'est fait uniquement par cet angle -là. C 'est -à -dire qu 'on l 'a connu parce que c 'est le député noir qui s 'est fait insulter à l 'Assemblée nationale. Voilà, c 'est assez violent. Et en fait, ce qui s 'est mis en place, j 'allais dire, c 'est plus un réseau informel de solidarité pour arriver à gérer avec ses équipes, etc. Et mes équipes qui avaient un peu plus d’expérience de gérer avec, et au sein du groupe aussi, du coup, une forme d 'accompagnement. Mais en fait, ça se fait par à coup. Et c 'est plus de comment on aide, comment on donne des conseils, comment on se forme aussi aux médias mais plus largement, pas simplement en tant que parlementaire racisé ou victime de racisme, ou potentiellement avoir à vivre du racisme ou des propos avec des biais très forts dans les médias. Mais déjà, pour pouvoir accéder aux médias, parce qu 'il y a là aussi, pour le coup, une très forte invisibilisation.
Hugo Boursier
Qui se concrétise comment ? Les journalistes ne vous appellent pas, par exemple ?
Danièle Obono
En fait, c’est les deux. Il y a une ultra médiatisation qui est uniquement, j’allais dire, malveillante dans le sens où c 'est quand… Enfin, d’avoir été l 'objet, en fait, d 'articles racistes, etc. qui nous visibilisent. Et par contre, une invisibilisation sur tout le reste, y compris sur ce que nous, on peut produire, etc. ou être considérée comme porte -parole légitime, en fait, du groupe ou du mouvement. Et en plus, moi, je suis une de celles qu 'on voit quand même un petit peu. Carlos un petit peu maintenant parce qu 'il est, du coup, parce que c 'est le député qu 'on a voulu renvoyer en Afrique. Mais je pense, par exemple, et ça, c 'est vrai pour tous les médias, y compris ceux de gauche, je pense à la vice -présidente de l 'Assemblée nationale qui est la première femme noire à avoir été désignée à ce poste -là que personne ne connaît, parce qu 'en fait, ça n 'a absolument intéressé aucun média, y compris aucun média de gauche, que de faire son portrait, parce que ça arrive pas tous les jours, en fait, c 'est jamais arrivé dans l 'histoire de la Ve République, et qui n 'intéresse pas les médias alors que… Je ne sais pas s 'il y en a qui connaissent son nom ici. Ah, y en a qui suivent, quelques -uns. Bravo. Nadège Abomangoli, qui est une dirigeante de premier ordre, qui a une histoire politique, etc., mais qui est inconnue, entre guillemets, du grand public, parce qu 'en fait, ça n 'intéresse pas de parler d 'une dirigeante politique femme noire, parce qu 'on préfère parler des mêmes gens, y compris, enfin, de chez nous, je veux dire, ce n 'est pas des mêmes portraits, etc. Donc ça, c 'est un exemple qui est particulièrement frappant, parce que, y compris quand on regarde des collègues qui sont élus depuis six mois, ont plus de visibilité médiatique que la vice -présidente de l 'Assemblée nationale qui est élue depuis deux ans. Et là, tu dis, bon, alors, si on disait, c 'est Daniel Obono, parce que c 'est Obono, c 'est l 'islamo-gauchiste, c 'est l 'indigéniste, qui n 'est pas Charlie, etc., ok, parce que ça ne passe pas bien. Mais c’est quoi la raison pour laquelle personne ne parle, ne fait des portraits sur l 'extraordinaire vice -présidente qu 'on a à l 'Assemblée nationale ? Voilà, à mon sens, par exemple, ça, c’est un exemple du biais de l’invisibilisation qu 'il y a, et du coup, sur lequel on essaie de travailler de manière générale pour qu 'avoir ne serait -ce qu 'accès aux médias et se former ensuite pour pouvoir intervenir dans les médias de manière générale.
Hugo Boursier
Et quand vous y êtes, dans ces médias, justement, comment vous faites pour mener politiquement dans votre discours un combat antiraciste, dans le sens où le racisme est un délit, mais l 'antiracisme est très souvent aussi pointé du Douai, ou en tout cas, il est vu comme étant un courant politique qui peut être, justement, vous le disiez un peu tout à l 'heure, dangereux ou moins audible dans certains plateaux télé. Est -ce qu 'il y a certains médias pour lesquels vous refusez d 'aller, parce que, justement, vous savez que cette position que vous défendez sera pointée du Douai, critiquée ? Ou est -ce que vous y allez aussi pour mener ce combat -là de bataille culturelle ?
Danièle Obono
Alors, c 'est là où c 'est un peu particulier, parce qu 'il y a déjà, en fait, le fait, et ça, c 'est vrai, on se dit ça entre nous assez régulièrement, quand on est invité dans les médias, en fait, on n 'a pas spécialement envie de n 'être invité que pour parler d 'antiracisme ou de racisme. Ou quand il y a un sujet, une énième polémique sur l’abaya, sur je ne sais pas quoi, enfin, les angles journalistiques privilégiés qui vont d 'ailleurs, y compris, faire un déplacement entre on va vous inviter, vous, parce qu 'on va parler des quartiers ou de la banlieue avec le sous -texte qui sont, en fait, quand on parle des quartiers de la banlieue, on parle des Noirs et des Arabes. Enfin, ne serait -ce que de projeter ce message -là, quartier populaire, banlieue, c 'est Noir et les Arabes. Donc, en fait, là, on peut peut -être inviter le député ou le politique noir et arabe, histoire de dire, voilà, les premières personnes concernées, bref. Donc, il y a aussi ce fait de dire, en fait, ce serait bien que tout le monde mène cette bataille -là et puisse défendre aussi, en fait, en tant qu 'allié, et puis en tant que, voilà, il n 'y a pas que les Noirs et les Arabes qui sont concernés par le racisme, les Blancs aussi sont concernés, sont aussi racisés en position dominante, mais sont aussi racisés, et donc politiquement, en tant que militants antiracistes, il faut aussi pouvoir mener ce combat -là. Et une partie, justement, aussi de ce combat antiraciste, c 'est de pouvoir être considéré comme un ou une dirigeante politique à part entière, et qui a des choses à dire sur l 'économie, sur les finances, voilà, qui peut exister en tant que telle, et pas simplement par le biais uniquement de sa condition de racisé. Et en même temps, il faut mener la bataille, parce que c’est aussi extrêmement frustrant, parce que le dispositif médiatique qui va faire parler d 'autres gens pour dire n 'importe quoi est extrêmement frustrant et extrêmement violent, en fait, de faire entendre dire. Donc il y a toujours cet, entre guillemets, équilibre, ou en tout cas, essayer de trouver à la fois les espaces pour pouvoir défendre une position antiraciste en tant que personne concernée et en tant que militant antiraciste, et en même temps, ne pas être contenté à ça, et pouvoir aussi, voilà, être reconnu, et je pense que ça fait partie du combat antiraciste, être reconnu comme légitime de manière générale, et pas simplement comme là ou le noir de service qu 'on va mettre là pour parler de racisme.
Hugo Boursier
Iris, je pense que sur ce volet -là, c’est un peu ce que vous disiez tout à l 'heure quand il y a un ou une journaliste noire dans une rédaction, on l 'emmène dans les quartiers populaires parce qu 'elle est censée être la porte -parole. Ça, c 'est ce que vous entendez beaucoup aussi, à la Jar ?
Iris Ouedraogo
Oui, et aussi je pense à l 'inverse, certains sujets sur lesquels on va considérer qu 'on n 'est pas légitime, ou justement qu 'on va apporter notre avis personnel, notre histoire personnelle, et que c 'est pas justifié, et donc on va nous exclure de certains sujets par peur qu 'on soit biaisé, alors que tous les journalistes ont un bagage personnel, des opinions politiques, et on peut réussir à faire notre travail quand même. Et oui, je pense qu 'on nous cantonne beaucoup sur ces sujets -là, et moi je dois dire que même là, je suis invitée en tant que personne racisée, je suis pas invitée en tant que journaliste, je suis invitée en tant que journaliste racisée. Donc ça veut dire aussi que la plateforme qu 'on va me donner, c 'est peu sur mon travail, qui est journaliste podcast, productrice de podcasts, et quand on va m 'inviter, ça va être surtout sur mon expérience de journaliste racisé, les deux vont ensemble, mais en même temps, parfois, c 'est vrai qu 'on le ressent un peu à l 'asso, c 'est un peu épuisant de devoir toujours parler de ça, surtout qu 'on a l 'impression de répéter un peu les mêmes choses en boucle, et qu 'il y a une espèce de bienveillance dans l 'idée où on est tous d 'accord, il faut arrêter d 'être raciste dans les médias, mais il y a peu d 'actions qui sont mises en place, et c 'était un peu la question de tout à l 'heure, en fait, sur l 'évolution depuis deux ans, il n 'y en a pas beaucoup, et moi j 'ai l 'impression aussi qu 'il n 'y a pas une grande prise de conscience des effets de l 'extrême droite et de la fascisation des médias en France, et que quand on exclut, pour moi c 'est une exclusion volontaire, quand on décide de ne pas recruter de journalistes racisés, ça veut dire qu 'on va se couper de toute une frange de la population, et en plus des journalistes de sujets qui sont importants et qui ne seront pas à traiter dans notre journal. Il y a plein d 'angles que les journalistes non -racisés ne vont peut -être pas avoir l 'idée de faire, et quand on décide de mettre de côté la diversité dans sa rédaction, je pense que ceux -ci ne comprennent pas la mesure de ce que ça veut dire d 'avoir l 'extrême droite au port du pouvoir. En vrai, je suis un peu attristée aussi du fait que depuis qu 'on existe, il y a très peu de rédactions qui ont envie de travailler avec nous, et qui se sentent souvent un peu titillées, voire agacées qu 'on leur reproche de ne pas faire un travail volontaire de recrutement, et de ne pas essayer de collaborer avec nous profondément, et pas juste de manière superficielle, et au -delà des experts du sujet du racisme, de fait parce qu 'on en est victime, je pense qu 'on est aussi des super bons journalistes, et moi j 'aimerais bien en fait qu 'il y ait des rédactions qui nous écrivent en me disant qu 'on a besoin de recruter, et qui est -ce que vous pouvez nous proposer ? Pour l 'instant, ce serait hyper simple, vraiment je vous jure, hyper simple, j 'ai plein de noms, je peux donner des 06 tout de suite, mais pour l 'instant je crois que les gens ne prennent pas la mesure de ça.
Hugo Boursier
À fortiori, même peut -être pour les médias classés à gauche, je pense qu 'il y a une forme d 'hypocrisie j 'imagine.
Iris Ouedraogo
Moi je veux dire un truc qui m 'a choquée en évoluant à la JAR, je pense que le public ne se rend pas compte du fait qu 'il y a plus de journalistes racisés à Cnews que à Libération. En fait les journalistes racisés vont aller travailler à Cnews parce que Cnews embauche, qu 'on a besoin de manger, et c 'est une violence d 'être journalistes racisés de travailler à Cnews, mais quand il y a personne qui vous embauche, que les offres d 'emploi sont pas publiques, et qu 'en plus de ça, si vous êtes dans un journal de gauche, on va vous mettre sur le côté sur certains sujets parce que bon, tu comprends, le lectorat va pas se reconnaître, etc. Moi je trouve ça super grave en fait. Et pourtant les alertes elles sont là, on est présent, on le dit continuellement, mais pour le coup il n’y a pas beaucoup d 'actions qui sont prises, et voilà.
Hugo Boursier
Il y a à nouveau des questions sur le chat, peut -être qu 'on peut voir
David Dufresne
Oui absolument, il y avait justement une question de Jean -Louis par rapport à la présence de certains journalistes, mais qui étaient plus durs que ce que vient de dire Iris, en demandant si ces journalistes racisés étaient là comme caution morale, ou pas, dans certaines rédactions comme celle que tu as cité. Et il y a aussi Nadej, une autre Nadej, que celle qui a été évoquée par Danièle Obono tout à l’heure, qui demande comment accompagner l 'émergence des médias citoyens ou le développement des médias dans les quartiers populaires, impression qu 'ils sont souvent soutenus par la politique de la ville, donc l 'Etat, donc pas facile.
Hugo Boursier
Sur la question des médias alternatifs ou engagés, Ulysse peut -être que tu peux répondre là -dessus.
Ulysse Rabaté
En tout cas, quand ils soulèvent les questions dont on parle depuis tout à l 'heure, ils ne sont pas très souvent soutenus par la politique de la ville, il ne faut pas rêver, pour rentrer dans un dossier politique de la ville, pour celles et ceux qui en ont déjà rempli, les questions racisme, racisé, à la limite discrimination, oui ça rentre, mais pour tout le reste, voilà. Donc ce qui est intéressant, c 'est que, bon je le disais tout à l 'heure, c 'est vrai qu 'il y a une génération, de médias, je ne sais même pas s 'il faut les appeler d 'ailleurs alternatifs aujourd’hui, mais voilà, qui sont nés, qui se sont, comme on peut employer ce mot -là, qui se sont formés ou constitués, à partir de la critique du champ médiatique existant, et pour le coup, plus une critique à l 'égard de l 'hémisphère gauche du champ médiatique que à l 'égard de son hémisphère droit dont on n 'attend rien. C 'est vrai que quand j 'entendais tout à l 'heure le fait qu 'il y ait plus de journalistes à Cnews qu'à Libération, bon je ne le savais pas mais ça ne m 'étonne pas et c 'est vrai que ça me fait penser, moi je travaille sur les mobilisations des quartiers populaires depuis 30 ans en France, bon ben ça me fait penser à ce qu 'on entend beaucoup dans les quartiers encore aujourd’hui, c 'est -à -dire l 'idée qu 'il vaut mieux aller à droite où au moins il n 'y a pas d 'hypocrisie et on sait à quoi s 'attendre, plutôt qu 'aller à gauche et de se confronter à des discours qui sont éloignés de la réalité. Bon ben ça c 'est un discours qui est extrêmement répandu, récurrent dans les quartiers, très justifié historiquement, voilà, c 'est -à -dire qu 'il y a toutes les raisons d 'être sur ce raisonnement là, mais donc je pense que les médias des quartiers se sont formés plutôt contre les médias de gauche et bon ce qui est intéressant c 'est aussi d 'observer qu 'aujourd’hui, il y a plein de pages Instagram ou même de personnalités qui sont elles -mêmes des médias, moi ce que j 'appelle dans mes recherches des personnalités publiques issues des quartiers populaires, qui dans des moments où il y a des événements où il faut faire émerger une parole publique, prennent la parole et voilà, ça fait office de discours médiatiques et souvent de discours médiatiques indispensables. Et je pense que là, de ce point de vue là, heureusement, cette parole là des quartiers populaires, elle n 'a pas attendu le soutien public pour se manifester, et je dirais même qu 'elle s 'est même plutôt faite contre les impasses, y compris de l 'ordre institutionnel, donc ça c 'est hyper important de le dire. Après voilà, ce que je vous disais aussi sur la question de la formation, c 'est que c 'est vrai que c 'est un souci constant chez les jeunes qui veulent faire de la politique, cette question de comment je navigue dans un champ médiatique raciste. Nous, tu l 'as dit tout à l 'heure Hugo, on a ouvert il y a plusieurs années maintenant une école de formation politique 100 % indépendante, 100 % gratuite en direction des jeunes des quartiers populaires. À chaque début d’année, le premier thème qui vient dans les attentes des jeunes en termes de formation, c’est l'éducation aux médias. C’est marrant parce que d 'ailleurs souvent c 'est les jeunes qui demandent ça, ils sont eux -mêmes très éduqués déjà, aux logiques du champ médiatique, mais c 'est presque pour eux, pas pour eux. Et puis voilà, cette idée de comment je fais pour réagir quand je suis la cible de racisme, et comment je fais en gros pour ne pas péter un câble. C 'est vraiment ça toujours qui revient dans les attentes de formation de la part des jeunes qu 'on a. Et donc je pense que, enfin ça rejoint à ce que tu dis Iris, c 'est qu 'il faut mesurer que c 'est sûr qu 'il y a une réflexion qui traverse la société qui est à l 'égard du danger de l 'extrême droite, qui est en avance sur le champ politique et sur le champ médiatique. Et ça Daniel, tu le disais tout à l’heure, à part l 'action politique, je ne vois pas trop de solution pour faire passer ce gap entre la structure politique et la société, mais en tout cas c 'est sûr que c 'est une réalité d 'aujourd’hui.
Hugo Boursier
Et la profusion de ces médias -là justement qui se part et peut -être aussi pour les personnes concernées, est -ce qu 'elles peuvent, enfin, est -ce qu 'elles permettent de générer des contestations ou en tout cas de faire exister une parole de contestation politique, bien plus que si c 'était une tribune peut -être davantage lue à Libération ou au Monde ou à Politis, on est un peu plus petit quand même.
Ulysse Rabaté
Moi ce qui est sûr c 'est que pour les personnalités publiques issues des quartiers dont je parlais depuis tout à l 'heure quand ils prennent la parole c 'est beaucoup plus écouté et lu que tout ce que tu viens de décrire même en additionnant les lectures des tribunes du monde ou de libération. Donc ce qui est sûr c 'est qu’en terme d 'écho ça n 'a pas de… c 'est incomparable. Je vais revenir tout à comment dire un épisode historique dont j 'ai parlé tout à l 'heure qui est celui des émeutes parce que je trouve que c 'est un évidemment comme tout événement politique et d 'ailleurs ce serait bien de plus rappeler plus souvent que c 'est un événement politique central quand même dans l 'histoire contemporaine française, les émeutes de 2023. Ce qui est sûr c 'est qu 'y compris par exemple dans la remise en cause du récit policier c 'est les ce qu 'on peut appeler les médias alternatifs qui ont joué un rôle hyper important sur le fait qu 'on a pu apprendre en moins de 24 heures qu 'en fait la version policière était fausse. Ça c 'est parce qu 'il y a eu la vidéo du meurtre de Nahel qui a tourné sur un ensemble de pages publiques de canaux privés. Moi je travaille beaucoup dans mes recherches sur tous les canaux privés Telegram, Snapchat, etc. Bon bah voilà c 'est des forces de frappe aussi médiatiques extrêmement importantes y compris quand il s 'agit de contrer des récits officiels qui sont là en l 'espèce qui sont faux. Après voilà je suis pas non plus dans l 'idéalisation dans le sens où ces pages, ces pages publiques ne sont pas structurées comme le champ médiatique, il n 'y a pas tous les garde -fous que l 'histoire voilà a constitué pour le champ médiatique et donc il y a aussi comment dire il y a aussi plein de choses dont on est moins protégé à l 'égard de ce qui se produit sur les réseaux sociaux et bon voilà je pense que vous êtes bien placé pour le savoir en voyant l 'offensive de l 'extrême droite aujourd’hui sur ces réseaux là mais voilà je pense qu 'il y a assez encore des canaux qui sont en structuration et voilà l 'enjeu à mon avis pour moi c 'est aussi la manière dont ces réseaux là ces canaux là bah ils raccrochent ce qui reste du champ politique parce que c 'est évident qu’aujourd’hui il y a un manque d 'interaction entre eux y compris ce qui se passe politiquement à gauche et cette effervescence, cette émergence culturelle qu 'on observe dans les quartiers populaires.
Hugo Boursier
Danièle Obono sur cette sur cet aspect là justement ?
Danièle Obono
Ce qui est sûr c’est que on a besoin d 'avoir des médias contre -hégémonique c 'est sûr et qui permettent et qui sont l 'expression du combat global contre l 'extrême droite dont la question du racisme est structurant. Pour moi c 'est comme ça qu 'il faut l 'intégrer parce que la discussion le racisme dans les médias c 'est une chose mais qui est d 'abord qui sert quelque chose que je disais au début qui sert un discours dominant et qui sert d 'un discours dominant dans une période d 'extrême droitisation et donc effectivement je pense que c 'est une des tâches alors enfin après moi je parle en tant que député et responsable politique d 'un mouvement politique qui essaie de se donner des outils d 'intervention sur le champ public et médiatique donc c 'est encore autre chose que ce que peuvent faire justement les médias contre -hégémonique non partisan mais qui assume aussi et je pense que c 'est important d 'assumer le fait qu 'il y a une action en fait il n 'y a pas de neutralité on ne peut pas parler d 'une neutralité ou d 'être simplement des espaces où les opinions libres se rencontrent et pour le coup je pense qu 'il y a dans ce qui émerge dans les médias qui composent ce festival il y a le fait d 'assumer d 'assumer cela de ce parti pris qui ne veut pas dire que c 'est pas objectif que le travail n 'est pas professionnel mais je pense que ça c 'est un pas nécessaire étant donné la période dans laquelle on est et ensuite politiquement est ce que ça se fait dans le soutien à des médias indépendants qui font ce travail là de lutte contre l 'extrême droite mais pour moi par exemple la lutte contre l 'extrême droite c 'est le simple fait de faire exister un débat public où les débats se posent en des termes raisonnés raisonnables qui peut être virulent qui peut être passionnant mais rien que ça c 'est déjà faire acte à mon sens de lutte antifasciste étant donné le niveau de la régression qu 'on a sur la nature du débat public quoi donc donc ça c 'est ça c 'est quelque chose politiquement qui est nécessaire et donc dans ce cadre là Je sais pas si nous on n 'a certainement pas de réponse concrète à apporter parce que je crois que C 'est …on va dire le combat antiraciste que nous on mène c 'est un combat sur le champ politique sur le champ électoral et on assume de mener ce combat là sur le champ électoral et qu 'on et qu 'on essaie de traduire dans les médias qui sont les nôtres je pense à un dispositif qu 'on a mis en place de En s 'appuyant sur des influenceurs politiques entre guillemets ou en tout cas qui des influenceurs sur les réseaux sociaux qui font de la politique qu 'on invite c 'est aussi une manière de donner de la visibilité à des voix qui sont pas insoumise mais qui assume Sur des sujets sur tout un ensemble de batailles c 'est le c 'est le c 'est le cadre de du coup de la nouvelle émission qu 'on fait sur qui s 'appelle la base et qui est animé y compris par une personne qui a en fait construit sa visibilité sur les réseaux sociaux et c 'est vrai qu 'on a une focale en tant que mouvement politique sur la question des réseaux sociaux parce que avec toutes les limites les biais et le fait que voilà c 'est c 'est une économie et c 'est pas un champ hors de la lutte des classes et de et des formes divers de domination et de biais c 'est un espace dans lequel effectivement il y a il y a des voix qui peuvent qui ont la possibilité d 'émerger et qu 'il faut leur donner de l 'écho donc voilà on on a une des formes de réponse et ça c 'est d 'essayer de donner de la visibilité à ces voix là et parce que ça nous apprend aussi nous de le nombre d 'angles morts qu 'on a aussi et ça ça bouscule aussi justement notre manière d 'aborder des sujets de les porter le simple fait que ce soit ces voix là qui les portent et qui ont un an qui est pas simplement sur les questions raciste mais qui n 'est pas politique enfin au sens où nous on a l 'habitude quoi donc pour pour nous c 'est aussi je sais pas si c 'est de règle armée j 'ai trouvé sur cet exemple concret là voilà une manière dont on essaie de faire un espace ou de créer un espace dans notre mouvement où c 'est voilà à travers ces médias réseaux sociaux et compagnie peuvent s 'exprimer et nous donnent aussi en fait des liens avec toute cette toute cet univers qui est extrêmement dynamique en tout cas moi ça m 'inspire beaucoup le fait que les temps de gens se sont emparés de des réseaux sociaux de et de ces outils pour en faire des caisses de résonance en faire et assume y compris de prendre position dans des moments comme pendant la campagne aux législatives ou en fait plein de plein d 'influenceurs parce que la question de du racisme et la lutte contre l 'extrême droite est devenue un sujet politique de masse qui ont pris qui ont pris position et qui du coup influence beau enfin influencé des millions d 'autres quoi donc c 'est c 'est un sujet en tout cas qui mérite et nécessite plus d 'attention et de travail politique c 'est sûr
Hugo Boursier
c 'est des réseaux sociaux qui sont vus comme des issues secours d 'une certaine galaxie médiatique d 'extrême droite mais aussi des portes d 'entrée pour d 'autres personnes est ce que est ce que iris cette question là aussi de la visibilité sur les sur les réseaux sociaux peut -être pour porter une parole être écouté ou même travailler puisque c 'est aussi un travail producteur et productrices de d contenu sur le sur les réseaux c 'est c 'est une voie dans laquelle s 'engage aussi des journalistes racisés puisqu 'ils n 'ont pas l 'opportunité d 'être dans des rédactions.
Iris Ouedraogo
Oui ben c 'est vrai que là on a vu récemment notamment le lancement du média histoire crépue je sais pas si certains connaissent dans la salle ou du coup l 'idée c 'est de créer alors c 'est un à la base un influenceur mais bon je sais pas si le terme lui plairait qui qui fait de la pour moi c 'est de l 'influence aussi mais bon bref qui fait de l 'influence du coup sur l 'histoire coloniale et sur les réseaux sociaux depuis un moment et qui fait de la vulgarisation à ce sujet là et qui avec une équipe lance son média avec du financé avec une cagnotte en ligne il me semble donc comme moi j 'ai trouvé ça intéressant en fait le lancement de ce média parce que je me suis dit alors c 'est pas un journaliste c 'est pas c 'est pas revendiqué comme c 'est pas des gens qui se revendiquent comme journalistes forcément donc sache où c 'est intéressant aussi en tant que journaliste de me dire que les gens vont aller vers des sources pour s 'informer qui sont ce désigne pas comme du journalisme en tant que tel ça je trouve que c 'est aussi une petite une petite alerte une petite alarme pour nous de se dire qu 'en fait on est en train de passer à côté de pas mal de gens parce qu 'on s 'empare pas de certains sujets qui les passionnent et qu’il est et qui pour lesquels ils sont prêts en plus à donner de l 'argent pour le goût et aussi je trouve ça intéressant que on soit obligé de passer par des chemins de comme ça pour se dire on va aller parler de colonialisme de racisme et on peut pas le faire dans des médias mainstream ou pas mainstream d 'ailleurs mais la place accordée à ces sujets elle est encore assez minime ou alors c 'est un peu tout le temps dans les mêmes angles où répète un peu continuellement les mêmes choses quoi donc je trouve que c 'est intéressant moi ça m 'a un peu alerté oui où je me suis dit bon en fait moi je sais pas où est ce que je pourrais trouver ma place dans un dans un micro cause où en fait s 'il y a plus il n 'y a pas d 'embauche pour les journalistes globalement parce que c 'est la crise de la presse depuis super longtemps et d 'autant plus sur des sujets comme ça ça devient un peu là c 'est pas la priorité quand on va embaucher un journaliste je pense que c 'est pas forcément la priorité d 'embaucher quelqu’un sur ces sujets là et donc du coup est ce qu 'il faut aller créer d 'autres choses ailleurs moi j 'avoue que je suis pas entrepreneurs j 'ai pas envie de lancer une boîte quoi je voudrais juste faire mon métier et c 'est compliqué de se dire il faut en plus de faire son travail de journalistes avoir envie de monter une entreprise alors que c 'est une question que plein de journalistes se posent pas quoi juste ils ont fait leur école journaliste mais puis après ils sont embauchés et puis voilà quoi donc bon c 'est c 'est un peu compliqué et après je trouve ça positif de se dire que le public a envie et besoin de ça j 'aimerais juste que les rédactions en chef s 'y intéressent et s 'en rendent compte et se disent ok bah il y a un créneau là il faut qu 'on le prenne et faut qu 'on le saisisse avant que ce soit trop tard et que quelqu 'un d 'autre le fasse à notre place
Hugo Boursier
vous parlez de public peut -être qu 'on peut voir s 'il y a des questions justement au public
Spectateur
Merci à toutes et à tous d 'être venus J 'ai beaucoup aimé Ulysse le coup de le coup du double traitement médiatique sur les mêmes personnes selon s 'ils se révoltent pour Noël ou selon s 'ils viennent en aide comme si d 'un coup les médias découvraient qu 'en fait la stripte est plein de bonnes valeurs comme disait Oxmo, viens voir par chez nous comment ça se passe mais ça peu de gens savent on a donc du coup vous avez créé une école une sorte de ce que j 'ai compris une école de journalisme on voit qu 'on a le redéfinir mais on voit qu 'on a également l 'Ajar qui se créé on a Histoire crépue on vient d 'en parler justement d 'autres personnes qui viennent donner des échos est -ce que est -ce que l 'Ajar par exemple pourrait être une sorte de porte -voix pour des personnes qui sont pas nécessairement journalistes mais qui en fait expérimentent, vivent tous les jours, ont des choses à dire pouvoir s 'exprimer ou donner Il y a des initiatives comme ça comme je sais pas Fianso le rappeur était venu ici il avait fait un atelier d 'écriture sur le rap d 'expression de réflexion autour des sujets est -ce qu 'il y a des structures comme ça qui existent pas sur une échelle nationale mais qui peuvent permettre de faire d 'une cohésion mutualisée des moyens et pouvoir communiquer limite à une interface avec des journalistes où on est de la stripte on vit les choses on a une analyse dessus on n 'a pas le code du journalisme on n 'a pas une rédaction mais on travaille ensemble comme fait des conversations avec le milieu académique par exemple est -ce qu 'il y a des structures comme ça qui existent
Iris Ouedraogo
Oui franchement il y en a déjà plein il y a plein de déjà il ya en France alors c 'est un peu compliqué en ce moment parce que le passe culture est gelé mais il y a beaucoup de d 'initiatives d 'éducation en France et c 'est par là je pense que on arrive à atteindre un public qui se désintéresse de ce que font les journalistes parce que on va produire avec eux et elles et pour ma part je fais aussi des ateliers podcasts et pour le coup je pense que c 'est la partie la plus intéressante de mon travail finalement parce que je me rends compte que je vais produire du contenu journalistique avec un regard un peu différent de celui que je peux avoir même si je suis née en cité en fait au final là je suis rentrée dans une petite voie où j 'ai fini en école de journalisme et du coup ça peut vite on peut vite se retrouver dans une bulle et c 'est aussi une manière de de garder un contact important avec la population et après je pense qu 'il faut aussi citer le bondi bloc qui existe depuis longtemps et qui fait ça très bien donc il ya plein de choses qui existent déjà après la gère à pour vocation de une association de professionnels donc nous notre travail c 'est de s 'aider de s 'entraider entre journalistes et de d 'améliorer les choses dans les médias mais là on aimerait bien aussi aller faire dialoguer en fait les rédactions en chef et les personnes qui se sont pas représentées dans les médias c 'est un projet en cours qui est pas encore défini mais en fait oui je pense que on a souvent envie de passer un peu la vitesse supérieure c 'est juste qu 'on est tous bénévoles et qu 'on n 'a pas l 'argent pour quoi mais ouais on a un peu cette frustration de se dire des fois on a envie de produire les trucs différemment et de le faire nous même si personne veut nous embaucher pour quoi voilà je rappelle si vous avez de l 'argent nous acceptons les dons à l 'achat
Hugo Boursier
D’autres questions là bas
Spectatrice
Bonjour moi j 'avais une question pour toutes les deux en fait je j 'ai des parents qui sont nés sous le code de l 'indigénat en Algérie et le terme racisé c 'est un terme avec lequel je n 'arrive pas m 'habituer qui a émergé il y a quelques années juste avant le Covid où c 'est devenu un terme méga à la mode alors que mes parents l 'ont vécu comme un terme de domination parce que c 'était les indigènes et les racisés est ce qu 'aujourd 'hui on doit l 'utiliser c 'est vraiment une question je me dis bon c 'est devenu tellement global et tout le monde l 'utilise est ce que je dois l 'utiliser comme les noirs américains qui s 'appellent négros entre eux parce qu 'il faut un pied de nez à l 'esclavage où est ce que où est ce que je dois encore lutter et me considérer comme femme d 'origine 2 voilà c 'est savoir comment votre position vous disiez tout à l 'heure Iris qu 'effectivement c 'est un terme qui décrit un petit peu la chronique parce que quand on est issus d 'enfants directs de colonisé c 'est un terme qui est un petit peu compliqué à à s 'approprier en termes d 'identité voilà je voulais vous poser la question à toutes les deux
Danièle Obono
moi je dirais vous pouvez utiliser les termes qui vous conviennent la quelle est moi je suis pas issu de l 'immigration je suis une immigrée donc et puis et puis je suis une femme noire et je suis afro -française afro -européenne c 'est aussi c 'est un nouveau néologisme donc je suis tout ça aussi et je suis racisée dans la mesure où à un moment donné voilà j 'ai été assignée à dire vive la franque j 'étais racisée à ce moment là où j 'ai été décrite avec des chaînes au cou dans un journal et là j 'ai été donc en fait moi je dirais le terme et il y a une bataille entre guillemets dans sur les termes mais pour moi c 'est plus dans une question de rapport de force dans le monde académique ou intellectuel pour enfin rendre légitime à un certain nombre de travaux de recherche qui ont subi par ailleurs une offensive politique et du plus haut niveau de l 'état de remettre en cause le peu d 'espace qui existe dans l 'université de chercheurs qui depuis des années Travail sur ces sujets en France de manière très minoritaire alors que ça fait plus d 'un ciel que dans le reste du monde les études sur ces sujets là existent sont légitimes donc il y avait j 'allais dire un enjeu de bataille pour rendre légitime des outils d 'analyse les processus de racisation de racialisation enfin il y a et pour moi en tant que militante politique il y a un intérêt à les utiliser d 'abord parce qu 'ils permettent de comprendre de décrire des processus des dynamiques de les comprendre de les voilà de les déconstruire et de pouvoir agir en fait de savoir où agir mais en même temps alors là dans cet espace là on les utilise mais parce que c 'est un espace où on se dit a priori le public va comprendre la référence et il ya il ya cette ce niveau où on n 'a pas besoin d 'expliquer 150 000 ans ce que ça veut dire mais c 'est pas un terme que je vais je vais utiliser avec le tout -venant et j 'en vois pas l 'intérêt en fait d 'une certaine manière donc moi je dirais en fait sentez -vous libre d 'utiliser les termes qui vous conviennent à vous et qui disent vous votre propre expérience et qui peut être qui n 'est pas unique par ailleurs qui est justement multiple et moi mes identités peuvent être multiples et la même la même condition de femmes de femmes noires de femmes noires nées au Gabon est venue en France elle peut se décrire de plein de manières différentes
Iris Ouedraogo
juste pour compléter je suis d 'accord avec ce que tu disais pour moi en fait Utiliser le terme qui vous fait qui vous vous sentez qui vous a l 'impression qu 'il vous décrit le mieux c 'est tout après moi le terme racisé je le trouve très pratique parce qu 'il permet de regrouper plein de choses que plein de gens différents vivent et que parfois on n 'objet de simplifier pour pouvoir aller plus vite et expliquer les choses et par contre je voudrais juste redire quelque chose d 'important le terme racisé c 'est pas un terme qui sort du chapeau qui vient des états unis c 'est un terme français qui vient de la sociologie qui date des années 70 c 'est pas quelque chose qu 'on a inventé là pendant le mouvement black lives matter quoi et je pense que c 'est un mot qui a été aussi un peu utilisé négativement alors qu 'il n 'y a pas une expérience négative quand moi je l 'utilise je vais dire je suis racisée parce qu 'en fait on me perçoit comme une personne non blanche c 'est juste une description très simple j 'avoue que je préférerais ne pas devoir l 'utiliser mais bon on verra peut -être de mon vivant j 'en aurai plus besoin mais en fait c 'est juste une réalité quand je me balade dans la rue je pense que malheureusement les gens ne se disent pas elle est blanche c 'est juste une manière aussi de décrire toutes les réalités sociales qui en découlent ça veut pas dire qu 'on est on légitime le racisme la race biologique c 'est pas du tout la même chose c 'est la race dans son dans son terme sociologique c 'est à dire que malheureusement c 'est une réalité et le terme racisé pour moi reste pratique pour décrire bien rien qu 'à la jarre la pluralité d 'expériences qu 'on vit on vient de milieux culturels de milieux sociaux hyper différents mais on est tous assignés à cette race sociale donc je le trouve pratique pour l 'instant après il y a peut -être mieux mais on se définit pas que comme ça mais c 'est vrai qu 'il est utile quoi
Hugo Boursier
il y avait une question oui il y a deux questions je crois je sais pas où le micro il y a des questions sur le chat aussi la lumière rouge toujours là
Spectatrice
Bonjour merci d 'être là tous les trois déjà moi j 'avais une question comme iris je viens de la chance pour la diversité dans les médias et merci d 'avoir parlé et ça avait fait un peu de débats à l 'époque enfin pas un débat mais je sais pas si c 'est toujours d 'actualité ou non mais par exemple la rédaction du monde avait fait le choix assumer de prendre que des alternants et des stagiaires issus des diversités visibles ce qui s 'appelait diversité visible et c 'est vrai que nous ça nous perturbait un peu comme terme fin comme choix parce que dans les diversités les diversités sont pluriels et à la chance il promeut ça justement il y a cette il y a cette idée que les diversités elles sont pluriels elles sont pas forcément visibles il y a des handicaps non visibles il y a des diversités non visibles les jeunes issus des milieux ruraux par exemple ou des milieux sociaux défavorisés mais qui sont non -racisés par exemple et ça faisait un petit peu débat et je voulais savoir ce que vous en pensiez car c 'est vrai qu'à l 'époque on s 'était posé beaucoup de questions là dessus et et c 'était un choix de la part de la rédaction du monde mais ça fermait des portes à des jeunes issus de diversité moins visibles comme ils disent
Iris Ouedraogo
alors moi j 'ai pas fait la chance j 'ai fait la prépa égalité des chances du Bondy blog mais bon c 'est la même chose on va dire Franchement je sais pas moi je pense que là le sujet c 'est le racisme et que du coup si on parle du sujet du racisme dans le journalisme je trouve que c 'est une initiative plutôt positive après la racisation ça se voit pas forcément ça peut être un nom de famille ça peut être une religion ça peut être plein de choses en fait donc c 'est peut -être un peu trop simple de se limiter à la diversité visible mais je trouve que c 'est déjà pas mal honnêtement et que et après le sur le sujet des autres discriminations bah là je trouve que c 'est pas le sujet je comprends que l 'accès au journalisme pour les personnes issues de la réalité c 'est hyper important et je suis d 'accord et pour moi c 'est un sujet qui aussi lié à la classe sociale et on a eu dans une hégémonie de classe dans le journalisme c 'est c 'est assez clair mais sur le sujet du racisme je me dis bon déjà si le monde fait un petit effort pourquoi pas après faisons -le sur le sujet de la classe faisons -le sur le sujet du genre de l 'orientation sexuelle moi je suis pour Franchement allons -y mais j 'ai envie de dire il ya tellement peu d 'initiative que je sais pas je trouve ça déjà pas mal en fait et je suis pas sûr qu 'il est qu 'il est réitéré par ailleurs mais bon
Danièle Obono
Si je peux me permettre on dit puisque là on a je sais pas moi qui ai suivi le texte des collègues qui ont suivi le texte sur les processus d 'égalité des chances et moi je suis de deux écoles celle qui dit Prendre tout ce qui est possible de prendre voilà d 'une certaine manière mais en tant que responsable politique la question c 'est aussi l 'évaluation de ce genre de dispositif c 'est à dire vous parliez de le monde moi je j 'ai pas étudié le sujet mais Est -ce que c 'est juste un processus voilà d 'affichage de dire on met des dispositifs mais si la structure reste celle qui fait que aujourd’hui voilà combien de Noirs arabes ruraux Personne en situation de handicap sont parmi les journalistes à temps plein les mieux rémunérés au monde qui sont dans les grandes rédactions donc enfin je pense que ça ça vaut pour l 'ensemble des groupes dominés et minorisés et plus généralement sur la question de voilà des dispositifs d 'incitation Qui permettent aussi une forme de communication justement de Sur la diversité avec beaucoup de c 'était aussi un terme à un moment donné à la mode issus de la diversité je ne sais pas laquelle d 'où c 'est voilà Mais au -delà voilà Donc faut prendre et toutes les personnes qui ont pu avoir accès à des écoles à des formations à des bourses moi je dis allez -y et en même temps La nécessité d 'une exigence plus forte que simplement des petits processus où voilà vous avez pris des gens en stagiaire en apprentissage mais vous les prenez pas ensuite En CDI et il reste pigiste et devant et derrière j 'allais dire la caméra ou le ou ceux qui décident en vérité c 'est quand même les mêmes en fait du coup donc interroger en fait là bah l 'économie générale du milieu du secteur et le fait que c 'est un lieu de domination en fait globale du coup
Iris Ouedraogo
Je voulais juste ajouter je suis tout à fait d 'accord sur le fait que aussi l 'accueil de ces personnes dans les rédactions l 'accompagnement par la suite dans la carrière pas du jeté en pâture au milieu d 'une rédaction et pas voir les codes sociaux se sentir hyper isolé et victime de racisme il y a une enquête du SNI CGT il y a deux ans sur le racisme dans les rédactions lorsqu’il y a des victimes de racisme qui parlent il y a seulement 14 % des faits qui sont sanctionnés donc c 'est aussi ça le problème donc les dispositifs d 'égalité des chances entre gros guillemets parce que c 'est un terme aussi que je trouve un peu étrange mais bon si derrière on les accompagne pas ces personnes et qu 'elles vivent une violence dans les rédactions ensuite elles vont en sortir elles vont jamais y revenir donc c 'est hyper important de faire un suivi sur le long terme
Hugo Boursier
Bon le message est passé on me fait un petit signe depuis les coulisses pour dire qu’on arrive au terme de ce débat merci beaucoup Danièle et Iris

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