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Médias indés : derniers remparts contre le pire

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Transcription de l’émission

Mathilde Larrère
Bonsoir à toutes et à tous franchement, on est bien là, à la fraîche où à en croire notre ministre de l’intérieur L'État de droit, ce n’est pas intangible ni sacré. Un ministre et un gouvernement dont je ne vous apprends pas qu’ils n’ont pas vraiment de légitimité démocratique et qui s’illustre par des propos et des propositions et des positions xénophobes, racistes, homophobes, transphobes et menaçant les droits des femmes. Donc, comme on peut le voir, il va falloir des remparts contre le pire. Manifestement, le barrage n’ayant pas fait effet et c’est pour cela que nous nous réunissons ce soir. Donc moi je suis Mathilde Larrère, je suis historienne et par ailleurs, donc j’interviens dans le cadre du Fonds pour la presse libre dont je vais vous parler après. Mais comme je suis historienne, je vais commencer par un tout petit peu d’histoire. Ne vous inquiétez pas, ça durera pas trop longtemps. C’est important de se battre pour la presse libre et indépendante et pour la liberté de la presse. Tout au long du XIXᵉ siècle, des hommes et des femmes se sont battus, parfois les armes à la main, parfois au prix de leur vie, pour la liberté de la presse. Alors, en 1881, la troisième République libère la presse de toute censure. Bon, évidemment, il y a des limites, mais enfin, je n’ai pas eu 1 h de cours. Mais le 20ᵉ est celui d’un nouveau combat qui est celui de la liberté de la presse, cette fois contre la concentration des titres dans les mains de quelques hommes. Alors j’allais dire avec quelques femmes, mais en fait c’est surtout des hommes. Et l’utilisation de ces empires pour assurer une hégémonie culturelle contraire à l'émancipation, porteuse de discours réactionnaires, de haine sociale raciste et sexiste. Alors en 1944, on a eu un petit espoir parce que le Conseil national de la Résistance portait dans son programme, je cite la défense de la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État et des puissances de l’argent, et il avait été suivi par les ordonnances de 1944 qui imposé par exemple les principes de transparence de la capitalisation des journaux, l’interdiction des concentrations horizontales et verticales. Le directeur d’un journal devait être son propriétaire et ne pouvait plus, je cite, tirer ses principaux revenus d’une autre fonction industrielle ou commerciale. Autant dire que, vous l’aurez compris, ces ordonnances ont été depuis enterrées. De fait, c’est une occasion manquée. Assez vite, la presse s’est retrouvée dans les mains de grands patrons et même de certains qui avaient collaboré pendant la guerre et très souvent récemment. Non, c’est plus récent. C’est parce que j’ai envie de rester jeune. En 1986, les dernières dispositions héritées de 1944 ont été supprimées avec la multiplication des chaînes de télé, qui sont beaucoup plus coûteuses qu’un titre de presse. La concentration des médias a franchi un cran supplémentaire. L’Empire Bolloré tisse une toile marquée à l’extrême droite sur le paysage médiatique français, ce que documente des associations, mais aussi un rapport de l’inspection des finances et l’inspection des affaires culturelles et les journaux indépendants qui font un méga travail en la matière. Pire, les journalistes sont l’objet d’attaques qui se multiplient censure préventive, interdiction de publier, prunes prononcées par des tribunaux de commerce qui ne sont pas très au fait. La loi de la presse et du droit de la presse procès bâillon, convocation de journalistes par la police, laquelle n’hésite plus d’ailleurs à violenter les journalistes pendant les manifestations. La France dégringole donc dans le classement des pays pour la liberté de la presse. Eh bien, c’est un peu contre cela que nous allons nous réunir ce soir pour discuter, échanger à l’invitation du donc du Fonds pour une presse libre. Donc, c’est un fonds créé en 2019. Et je vais citer François Bonnet qui parlera après moi, quand il crée ce fonds. Et il dit que ce n’est pas une marotte de journalistes, c’est une inquiétude citoyenne qui ne peut que grandir, surtout quand l’extrême droite paraît aux portes du pouvoir. Et là, carrément, elle a vraiment un pied dedans. C’est ça ? C’est moi qui le dis, pas lui. Se mobiliser pour une information libre et de qualité reste le meilleur moyen de revitaliser notre démocratie. Donc je vais laisser maintenant la parole à François Bonnet pour vous présenter cette soirée, Les jours de la raison pour laquelle on a fait les thèmes et je reviendrai juste après.
François Bonnet
Merci, je vais être très rapide pour ne pas déjà plomber le timing qui va être super serré. Donc juste trois points. Le FDL a choisi d’organiser cette soirée parce qu’en gros, c’est dans notre objet social si je puis dire. Le FPF est un organisme à but non lucratif qui a été créé par l’ensemble de l'équipe de Mediapart en septembre 2019, il y a exactement cinq ans. Et sa mission principale, c’est explicite. C’est le tout début de ses statuts. Il s’agit de défendre le pluralisme de la presse, l’indépendance du journalisme et la liberté de l’information. Alors, vous le savez sans doute, on le fait par des aides financières aux médias indépendants. Et en cinq ans, par exemple, on a pu aider 37 médias sur des projets. On fait ça via des appels à projets. Donc 37 médias pour un montant total de 700 000 €. Mais notre action, c’est aussi d’intervenir dans le débat public. Et par exemple, peut-être certains d’entre vous étaient dans cette même salle le 30 novembre 2023, c’est-à-dire il y a dix mois, lorsqu’on avait organisé les états généraux de la presse indépendante et qu’on avait présenté dans cette salle un relevé de conclusions. Après deux mois de discussions qui avait réuni 100 médias et organisations, un relevé de 59 propositions pour libérer l’info. Le deuxième point, on a donc choisi ce soir d’inviter seize médias pour nous parler de leurs priorités éditoriales, de leur projet et d’accepter. Et ils ont accepté tous très volontiers de débattre avec la salle. D’où ce timing très serré. Alors pourquoi eux et pas d’autres ? Évidemment, on a eu ces questions dans d’autres médias. C’est des questions très légitimes. Et la réponse, c’est assez simple. C’est parce que d’abord on a organisé cette soirée dans une totale urgence, si je puis dire. On a fait ça en deux ou trois jours. Donc on s’est tourné vers des médias qu’on connaissait bien et avec lesquels, collectivement, on avait organisé à une trentaine de avec une trentaine de médias, un gros événement place de la République à la fin du mois de juin sur la défense des libertés publiques et qui avait rassemblé près de 30 000 personnes. Donc, ça a été l’une des premières raisons, je dirais, très bêtement pratique. Ensuite, on a choisi ces seize médias parce qu’ils nous ont semblé parfaitement en résonance avec les trois thèmes du débat de ce soir : l’extrême droite, les gauches, la crise écologique. Et il est évident, c’est ce que j’ai dit à des gens qui nous demandaient pourquoi vous ne nous avez pas contactés, etc d'écouter On va voir si cette soirée fonctionne bien, se révèle intéressante, etc. On essaiera d’en organiser d’autres et ce sera justement l’occasion d’inviter d’autres médias. Troisième point, je vous le dis juste comme ça et ce n’est pas du tout à mélanger avec cette soirée, mais je vous le dis quand même, le fond pour une presse libre est en train d’organiser sa campagne annuelle de collecte de dons et de financement citoyen puisque nous ne vivons que de ça. Et donc nous avons atteint un premier palier qui est de 100 000 €, qui était notre premier objectif. Et donc nous sommes en train de réfléchir et on va décider dans les deux ou trois jours qui viennent, de faire un second palier, probablement à 200 000 €. Donc tout ça, c’est une info qui n’est pas encore publique et que vous découvrez en exclusivité en quelque sorte, mais qui serait cette fois un appel à projets directement fléchés sur Enquêter sur l’extrême droite, c’est à dire de donner les moyens financiers à des médias indépendants, de développer des enquêtes originales sur le Rassemblement national, mais pas seulement sur tous les groupes ultras, sur tous les mouvements identitaires. Et d’arriver dans le temps long parce que c’est des enquêtes qui sont toujours très complexes, d’arriver dans le temps long à l'échéance. Dans quelques mois, d’ici l'été prochain, j’imagine, à produire des enquêtes à haute valeur ajoutée, sachant que je pense que c’est aujourd’hui l’information qui est le meilleur levier de lutte contre l’extrême droite. C’est quelque chose qu’on a découvert, on le savait déjà, mais dont on a eu une illustration grandeur nature, grandeur nature, si je puis dire. Lors des élections législatives, lorsque quelques médias indépendants ont commencé à sortir les curriculum vitae et les horreurs diverses énoncées par des candidats et des candidates du RN, et lorsque ces informations ont été amplifiées par d’autres médias indépendants et puis reprises par des médias mainstream et. Appuyée par un travail complémentaire de la presse locale et des réseaux du service public dans les régions. Et ce dévoilement de. L’inanité. Parmi bon nombre de candidats du RN, il y en a plus d’une centaine qui ont été identifiés candidats, fantômes, candidats incapables d'énoncer une phrase lors d’un débat télévisé. Vous avez tous vu ça ? Je pense que ce dévoilement a eu un impact absolument considérable et qu’il explique pour partie, même si ce n’est évidemment pas suffisant et qu’on ne peut pas s’en satisfaire, qu’il explique pour partie la façon dont la campagne du Rassemblement national entre les deux tours s’est complètement plantée et a chaviré. Donc voilà cet enjeu de l’information plus que du commentaire, plus souvent que des indignations qui sont indispensables mais dont on a constaté qu’elles étaient peu efficaces. L’enjeu de l’info est un truc aujourd’hui essentiel et c’est aussi pour ça qu’on a organisé cette soirée dont le premier thème est l’extrême droite et que je laisse Mathilde, vous présenter. Merci.
Mathilde Larrère
Alors je ne vais pas prendre trop de temps. Mais effectivement, le premier thème c’est la question de faire face et d'être un rempart. Là, on est vraiment en plein dans le rempart contre le pire, l’extrême droite. Et c’est vrai qu’on ne peut pas vraiment compter sur les la grande majorité des médias dominants pour le faire. J’en tiens par exemple à la couverture médiatique des violences sexistes et sexuelles. Donc d’un côté vous avez les viols de masse en. Dont on parle certes, mais pas tant que ça. Et puis vous avez eu la mort d’Apolline, et alors là, là, c'était on ne parlait plus que de ça. Tous les représentants de l’extrême droite se retrouvaient sur toutes les chaînes. Il y a une chronique de Samuel Gauthier qui, lorsqu’il y a les listes les unes après les autres, et même le service public, je crois qu’on a eu Bordas, sauf erreur de ma part. Bref, on voit bien que cet agenda, il n’est pas seulement celui des chaînes dans les mains de milliardaires d’extrême droite, mais il se retrouve partout. Et donc d’où l’importance d’avoir d’autres voix, sachant que ça concerne ça. Mais c’est évidemment aussi les questions coloniales, postcoloniales des coloniales, enfin tout et tout. Et tout est dans cette espèce de grand mixeur d’extrême droite qu’on retrouve dans les médias dominants et qu’il faut absolument déconstruire. Donc je vais d’abord laisser la parole à vous. Je change de truc à StreetPress, donc c’est Daphné des Champs pour StreetPress. Donc ce qui se passe à l’origine, c'était un web magazine sur les cultures urbaines, les quartiers populaires. Il l’est toujours, mais c’est aussi devenu un site d’enquête sur le racisme, sur les discriminations et sur l’extrême droite. Notre thème avec une lettre d’info très pointue façon. Et d’ailleurs, ils ont fait les enquêtes dont tu parlais, François, sur les militants candidats du Rassemblement National je te laisse la parole Daphné.
Daphné Deschamps
Bonjour, donc moi je m’appelle Daphné Deschamps, je suis journaliste à StreetPress. Je suis du coup au service enquête de StreetPress et ma spécialité, c’est donc l’extrême droite. Et effectivement, je fais partie des journalistes dont François a parlé tout à l’heure, qui ont enquêté sur les 577 candidats RN Et puis aussi les reconquêtes et puis aussi les autres. Je ne vais pas vous faire juste une liste de ce que c’est, StreetPress, parce que je pense que ce serait un petit peu barbant, en fait. Au final, à StreetPress, on pense que le journalisme, c’est avant tout raconter des histoires et des histoires qui changent les choses. Du coup, je vais peut être vous faire un peu le récit de ce qui s’est passé pour nous au mois de juin. Alors, au mois de juin, évidemment, il y a, il y a le résultat des européennes, alors évidemment, ça le fait pour tout le monde. Et puis surtout après, il y a la dissolution. C’est encore plus le choc pour tout le monde à ce moment-là, ça s’active directement dans la rédaction. On comprend directement le boulevard que ça va être. On comprend direct que dans un mois, on pourra avoir Jordan Bardella Premier ministre. Et évidemment, comme tout le monde ici dans cette salle, je pense, ça nous terrifie. On s'écrit tous, on se dit tout de suite bah voilà, demain réunion de rédaction d’urgence, on met en place un plan et voilà. Notre rédacteur en chef, Mathieu Molard, commence aussi à appeler d’autres médias pour organiser effectivement les événements place de la République dont François a parlé juste avant. Voilà, à 0 h 30, 1 h, il est au téléphone avec Agnès Rousseau de Politis, pour dire Mais qu’est ce qu’on fait et qu’est ce qu’on fait ? Qu’est ce qu’on fait ? Et pourquoi nous, on décide direct d’agir ? Bon, toute la partie sur l’organisation des meetings, etc. Ben moi je ne vais pas trop vous en parler, déjà parce que d’autres gens le font mieux que moi, et puis surtout parce que moi je me suis surtout concentrée sur la deuxième partie, c’est-à dire sur la partie enquête, pour vous donner une idée un petit peu. Donc moi j’arrive à la rédaction et on sait deux choses. La première, c’est qu'à la fin de la semaine, on aura le dépôt des listes et donc on aura la liste de tous les candidats d’extrême droite qui sont candidats et on sait qu’on va devoir éplucher toute sa vie. Donc, on a une semaine pour commencer à se préparer à ça, mettre en place un plan d’attaque. Entre-temps, on traite deux ou trois affaires. Par exemple les trois militants du GUD qui tabassent, qui tabassent une personne homosexuelle dans la rue en disant vivement les élections, ce premier ministre, pour qu’on puisse continuer à taper du PD dans la rue en toute tranquillité. Je cite leur déclaration Et puis on commence un tableau Excel. Alors nous à cette fresque, on aime beaucoup les tableaux Excel, on fait beaucoup de tableaux Excel et dans le tableau Excel, on commence à rentrer manuellement tous les candidats et à chercher manuellement qui sont tous ces candidats. Alors la question de comment on fait, ça dépend. Déjà, nous on a cette presse, on a une spécialité quand même, cette spécialité d’enquête sur l’extrême droite. Alors, Mathilde est notre newsletter mensuelle FAF qui est dédiée à l’extrême droite et nous, on enquête sur l’extrême droite en permanence. Donc déjà, il y a des noms qu’on connaît, des gens qui ressortent, qu’on sait, qui sont des personnalités qui vont avoir des casseroles. Typiquement, il y a un candidat qui s’appelle Louis Joseph Pêcheur, mais que nous on connaît parce qu’en fait c’est le frère de Jean-Luc Gannat, qui est un leader de l’extrême droite radicale, violente leader d’un groupuscule dissous à Angers notamment, qui s’appelait l’Aquarium, qui est issu d’une famille qui est de l’extrême droite la plus radicale et la plus odieuse. Donc nous, on sait directement que celui-là, il y a forcément quelque chose et on creuse. Et il y a quelque chose parce qu’en fait, on trouve un de ses comptes Twitter où trois mois avant, quatre mois avant, il tweete des horreurs antisémites. Voilà. Donc nous, on fait cette enquête là sur lui et puis on enchaîne les enquêtes au fur et à mesure. On a sorti plus d’une cinquantaine d’enquêtes en trois semaines alors que d’habitude on fait du journalisme qui, effectivement, François l’a dit, c’est le journalisme d’investigation, Ça prend du temps si on veut le faire bien. Mais voilà, on enchaîne, on dort très peu. Et puis surtout, on compte aussi sur notre réseau. Il y a beaucoup de gens qui nous envoient des informations aussi parce qu’ils savent que nous, bah c’est ce qu’on veut faire et on se parle aussi avec d’autres médias. Alors des médias indés, évidemment. Je pense notamment à nos camarades de Mediapart, et puis des médias moindres mais qui y sont aussi bien au taquet sur cette question là. Je pense très spécifiquement à Pierre Cloutier, Maxime Mazières, qui sont journalistes dans Libération et qui sont aussi des anciens de StreetPress. Et voilà, tous ensemble, on commence à lister tous ces candidats avec des casseroles. Au début, franchement, on a l’impression de parler dans le vide, un peu comme d’habitude. On a à quelques reprises en PQR, on a surtout des reprises chez les autres médias indés, chez nos camarades. Et puis petit à petit, on apprend sur les réseaux sociaux, sur tout le mois de la campagne et de cette période là à StreetPress, on a la fierté de dire que simplement sur notre compte Insta. On a touché 6 millions de personnes différentes. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point c’est énorme, mais voilà, on a touché 6 millions de personnes différentes. Et puis ça prend sur les réseaux sociaux et c’est l’entre deux tours qui fait tout. À nos yeux, il nous arrive quelque chose qui ne nous arrive jamais. On est souvent appelé par les médias mainstream pour dire bah, pour faire un petit peu office d’expert parce qu’il n’y a pas grand monde qui fait office d’expert sur l’extrême droite radicale en France. Mais c’est de temps en temps et souvent c’est pour répondre à une question, à une polémique, etc. Là, nos téléphones n’arrêtent pas de sonner, on est appelés par M6, BFM, TF1 qui nous disent est ce que vous pouvez nous aider, nous donner des infos ? Nous, on donne tout. Évidemment, là, c’est l’urgence, on se pose pas de questions. Et puis vous savez comment ça fonctionne les chaînes d’info en fait ? Et comment fonctionne le système médiatique majoritaire À partir du moment où il y a un mono thème, le mode, le mono thème, il est partout. Typiquement, là, c’est les polémiques construites par l’extrême droite en majorité. Mais là, soudainement, dans cette semaine de l’entre deux tours, le mono thème, ça devient ça, ça devient ces candidats d’extrême droite qui sont racistes, qui sont sexistes, qui sont antisémites, qui sont homophobes. Ça devient tout ça. Et pendant cette courte semaine, on impose notre thématique et la réalité des choses, à savoir l’extrême droite et ses dangers. Voilà, après tout, ça c’est du travail collectif. C’est dur de mesurer l’impact réel qu’on a eu. Je me rappelle qu’en juillet, il y a un papier de la revue des médias de l’INA qui sort et qui s’intitule Une dizaine de journalistes dont il fait basculer les élections législatives. Personnellement, je ne pense pas. Je trouve que c’est nous qui accordons bien trop de crédit. Par contre, je pense qu’effectivement on a eu un impact, on a, on a eu un impact à la hauteur de nos moyens puisque les médias indépendants ont des moyens qui sont assez faibles d’un point de vue tout simplement d’argent. Mais on a eu un impact qui existe et je pense que ça, c’est ce qui est important. Voilà. Du coup, effectivement, abonnez-vous à notre newsletter FAF, soutenez nous, soutenez StreetPress et soutenez les autres médias indépendants. Je pense que c’est important.
Mathilde Larrère
Et voilà, je pense que c’est déjà pas mal. Merci Daphné et bien, j’appelle. Marie Allenou. Marie est journaliste à Rue89. Lyon. Vous connaissez certainement Rue89lyon ou vous en avez entendu parler ? C’est un site d’information sur la grande agglomération lyonnaise et c’est un site qui a publié depuis déjà un bon nombre d’années plusieurs enquêtes sur les groupes de l’ultra droite à Lyon, sur les mouvements identitaires à Lyon, sur leurs lieux de retrouvailles, sur les différentes ratonnades menées par des néofascistes, etc. Et donc Marie nous parle de la suite.
Marie Allenou
Bonsoir à toutes et à tous, Merci pour la présentation. Donc moi je suis Marie Allenou spécialiste des questions d’extrême droite à Rue89lyon a parlé de nombreuses années. Plus exactement, on existe depuis 2011 à Lyon et on est depuis ce moment là quasiment un des seuls médias à enquêter sur l’extrême droite à ce sujet. Il n’a pas été choisi au hasard, ni par plaisir, mais il s’est imposé à nous parce qu’il y a une présence très forte de l’extrême droite violente à Lyon. Nous, on a dit que la situation de notre ville est un peu particulière. Vous allez peut-être pas me croire, mais le Rassemblement national, le Front National avant, n'était pas très présent dans la région lyonnaise. Jusqu'à récemment, on avait quasiment aucun élu municipal, aucun député élu dans le Rhône. Jusqu'à en juillet dernier, on a eu deux élus. Donc ça, on a essayé de travailler dessus par des cartes, par des données pour montrer cette avancée là de l’extrême droite électorale et aussi aller faire des reportages dans une des communes de France qui a voté le plus pour l’extrême droite dans le Rhône. Colombier soigneux pour essayer de comprendre les raisons de ce vote. Mais surtout, nous, ce qui nous occupe, c’est le travail sur l’extrême droite violente que nous on appelle extrême droite radicale pour la différencier de l’extrême droite électorale par ses modes d’action, donc des modes d’action violents. Pour vous donner un ordre d’idée, à Lyon, il y a entre 400 et 500 militants d’extrême droite radicale actifs à Lyon, dans la région lyonnaise, proportionnellement par rapport à d’autres villes, par rapport à d’autres territoires, c’est beaucoup. Et ça, ça se traduit directement dans les rues de notre ville. Donc ils ont des locaux, ils paradent, ils attaquent des lieux, des personnes. Vous avez peut-être le souvenir d’une conférence sur la Palestine en novembre 2023, dans le cinquième arrondissement de Lyon, qui a été attaqué par une cinquantaine de militants d’extrême droite. Et ça a fait trois blessés, dont un grave. Et nous ? Une de nos enquêtes a montré qu’un membre d’un ancien mouvement dissous le bastion social, était présent sur les lieux de cette attaque, alors même qu’il avait été condamné pour une attaque raciste un an auparavant, enfin quelques mois auparavant, et qu’il n’avait pas le droit de se trouver dans le cinquième arrondissement. Ça, c’est un exemple de nos enquêtes. Mais on travaille aussi sur les réseaux anti-avortement qui peuvent à Lyon s’appuyer sur un milieu bourgeois conservateur très important, très influent, qui est pas mal lié aussi avec le milieu de l’extrême droite radicale. Et puis on enquête aussi sur des concerts néo-nazis qui ont lieu dans notre région et souvent grâce à notre réseau de sources. On est même au courant avant les renseignements, avant les préfectures. Et à ce moment-là, on se retrouve à jouer un rôle presque d’interpellation des pouvoirs publics par nos enquêtes, par les questions qu’on leur pose, on les pousse à agir, donc à interdire ces concerts, à passer des traités d’interdiction. Donc, au delà de ce contexte qui s’est imposé à nous, on s’est retrouvé à enquêter sur l’extrême droite parce qu’elle était là, nous, pour nous, travailler sur l’extrême droite, c’est aussi une question politique parce que notre journal, nos valeurs, notre ligne éditoriale se reconnaît dans des valeurs d'égalité, de fraternité, de justice sociale. On ne voulait pas se barrer dans une espèce de neutralité ou d’absence de ligne éditoriale qui peut y avoir beaucoup dans la presse locale. Mais on voulait afficher clairement qu’on veut lutter contre l’extrême droite. Et nous, en tant que journaliste, notre arme pour lutter contre l’extrême droite, c’est le travail journalistique, c’est l’enquête. Et donc, depuis 2011 jusqu'à maintenant, c’est toujours ce qui nous porte. Alors ce travail, il n’est pas de tout repos parce que la violence de l’extrême droite, même si elle porte principalement sur les sur les minorités, les minorités raciales, les minorités de genre, elle ricoche aussi sur les journalistes qui vont venir la déranger. Donc nous, nos journalistes ont déjà reçu des menaces, des tags devant nos domiciles, des messages virulents en ligne, des coups de pression on va dire plus physiques pendant des événements. Personnellement, moi, je vais être parfois plus vigilante quand je passe dans certains quartiers, devant certains lieux de la ville. Et ça, c’est un peu le revers d’habiter là où on enquête en fait. Et donc j’en profite pour conclure sur un petit aparté, c’est que je suis assez fier aujourd’hui de représenter la presse indépendante locale. Je sais qu’on est plusieurs ce soir parce qu’en fait il y a besoin de contre pouvoir, que ce soit pour l’extrême droite, mais aussi pour les pouvoirs économiques, politiques à toutes les échelles, dans les zones urbaines comme dans les zones rurales. A l’heure de la console, de la concentration des médias, il y a certains lieux où il y a un seul journal pour s’informer, ou même aucun. Et quand c’est un seul journal, il ne fait certainement pas d’enquête. Donc aujourd’hui, c’est un enjeu démocratique de pouvoir faire vivre des médias indépendants à l'échelle locale. Alors avant d’appeler la prochaine intervenante, je voulais vous présenter mes excuses. Évidemment, Philippine, ce n’est pas Apolline, mais je voulais faire une blague et me moquer de Christine Boutin. Résultat, j’ai tout mélangé. Bref, voilà le stress, je vous assure, ce n’est pas hyper facile non plus d'être bref. Alors maintenant, je vais appeler une revue trimestrielle qui est aussi un site et qui est sur les révolutions féministes.
Mathilde Larrère
Allez la Déferlante. Et ça ne pouvait pas mieux tomber parce que son dernier numéro paru le mois dernier a pour thème Résister en féministe à l’extrême droite avec comme slogan Nous sommes les oiseaux de la riposte qui s’annonce et pourrons nous en parler ? Emmanuelle Josse, cofondatrice de La Déferlante Je te laisse la parole.
Emmanuelle Josse
Je suis petite : La déferlante donc, depuis son lancement, le média des révolutions féministes. Mais quel sens peuvent prendre ces révolutions face à tant de vagues d’extrême droite ? Et pas seulement de cette extrême droite institutionnelle qui serait le Rassemblement national, mais aussi face à ces vagues d’extrême droitisation qui viennent de tous les endroits de la société, où il n’y a plus de barrage, où il y a plus de, mais une large porosité. Dans notre dernier numéro spécial Résistance féministe, on a justement tenté des esquisses de réponses à cette vaste question. Donc je vous soumets quelques réflexions autour de la conception de ce numéro qu’on préparait depuis un an déjà, quand tout s’est accéléré en juin avec cette. Ce travail émotionnel intense et émotionnel dont a parlé la caméra de StreetPress. D’abord, résister à nos yeux, c’est ne pas se laisser imposer des temporalités et des narratifs. Depuis des mois, voire des années, il y a un bruit qui court et qu’on entend un peu partout dans diverses conversations comme quoi tout serait plié. L’extrême droite arriverait au pouvoir en la personne de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, en 2027. De notre côté, en choisissant ce thème de la résistance, nous avons voulu déjouer le fatalisme, montrer qu’en différents endroits de la société française, des collectifs militants, des collectifs féministes, des femmes, des personnes LGBT+ se mobilisent sur le terrain, notamment pour contrer au quotidien la diffusion des haines. Cette intuition, elle s’est avérée partiellement vrai en juillet, puisqu’on a vu que l’extrême droite n’a pas réalisé le raz de marée qu’elle espérait. Il est difficile de dire à l’heure actuelle que la gauche a gagné, mais en tous les cas, elle n’a pas perdu au moins le créneau. La deuxième manière de résister, ça va être de déjouer les faux amis ou plutôt les fausses amies. Les féministes sont à la mode. Il est désormais de bon ton d'être féministe sous peine de passer pour quelqu’un qui aura complètement raté le train de l'époque. Le montant, le moment mis tout. Mais il s’agit dans ce cas là de faire le tri dans cette multitude de postures féministes. C’est ce que c’est la raison pour laquelle la sociologue Kaoutar Harchi revient longuement dans ce dernier numéro sur le concept de Fémonationalisme, c’est à dire la façon dont la cause des femmes, celle des personnes gays et lesbiennes dans le cas d’homo nationalisme dont on parle, et également la façon dont ces causes sont mises au service de projets nationalistes et xénophobes. Mathilde en parlait tout de suite. On a encore vu une illustration ces jours derniers de À travers l’exploitation sordide par une large partie du champ politique et médiatique du 104ᵉ féminicide qui s’est produit en France vendredi 20 septembre. Celui de Philippine le Noir de Carla. Le problème ne devient plus un homme tue une femme, mais un homme étranger tue une de nos femmes. Nous que je mets bien sûr, entre guillemets. Enfin, la troisième manière de résister, il y en a beaucoup d’autres, mais je finirai sur celle ci. C’est un questionnement sur la notion de neutralité journalistique enseignée dans toutes les bonnes écoles et dans les médias dits de référence. C’est donc une posture assez répandue dans le monde des médias et qui consiste à se poser en professionnel neutre dans le libre marché des idées et des récits, en libre arbitre de la raison rationnelle. On mettrait face à face les deux éléments d’un débat comme si tout se faisait tout seul, tout se valait. Or, la façon justement dont un média cadre un débat pose une problématique, hiérarchise une information, tout ça ne tombe pas du ciel, pas du ciel Des idées, surtout pas. La montée des extrêmes droites invite à réfléchir à la façon dont on sert ou pas, en tant que journaliste, un agenda politique et culturel à la façon dont on s’inscrit dans un contexte dont on est représentatif ou représentatif d’une classe sociale. C’est ce qui nous à la déferlante nous amène depuis nos débuts à revendiquer la notion d’engagement, à défendre dans la pratique journalistique une perspective située. Elle n’interdit ni la discussion ni l’autocritique, mais elle nous semble un gage d’honnêteté et de transparence par rapport à nos lectrices et lecteurs. Autrement dit, tant qu'à être qualifié de féminin assigné misandre, dès qu’on met en lumière les rouages de la domination patriarcale, autant afficher haut les couleurs émancipatrices.
François Bonnet
Merci. Alors les Jours, vous connaissez bien sûr le site Les jours, un site d’enquêtes, de reportages, beaucoup. Et vous connaissez ses feuilletons et ses obsessions. L’une d’elle en fait une source d’information tout à fait précieuse. Ça a été depuis des années. Le récit fait par les jours de l’Empire Bolloré, de sa montée en puissance et de comment il est devenu une pièce essentielle de l’extrême droite dans l’espace public. Alors la parole est à Sophian Fanen qui va nous expliquer la suite, non pas du feuilleton Bolloré, mais des nouvelles obsessions des jours.
Sophian Fanen
Merci, Bonsoir. Merci François. Effectivement, les Jours, quand on s’est fondé, on s’est lancé en 2016 et une des toutes premières séries, c’est l’Empire qui s’appelle la première affiche Comment Vincent Bolloré a mangé Canal+ ? Parce qu'à l'époque, Vincent Bolloré était en train de d’absorber Canal+, d’absorber Itélé pour en faire Cnews. Et en fait, depuis, ça ne s’arrête jamais. Cette série, vous savez, chez les jours où on fait ça, on raconte l’actualité sous forme d'épisodes, comme des séries télé. Sauf que tout est tristement vrai. Et cette série d’empires, on est quand même à 214ᵉ épisodes depuis 2016 et malheureusement, elle ne fait que s’accélérer. D’ailleurs, elle a fait des petits avec des séries sur Lagardère, d’autres séries un peu spin off de feuilleton parce que malheureusement, ça ne s’arrête pas. Vincent Bolloré a vraiment installé, comme vous le savez, un système dans les médias qui, sur lequel il a. Il a mis la main à la télévision, à la radio, avec Europe 1 et dans la presse écrite, désormais avec le JDD, Paris-Match notamment. Et à chaque fois, c’est un système similaire qui se répète, qui est très bien documenté dans nos enquêtes, c’est à dire vraiment quelque part de théorisation de la de la de la rédaction ou des journalistes qui sont choqués par des gens qui débarquent dans leur dans leurs locaux un beau jour et qui commencent à raconter des choses très à l’extrême droite, des choses régulièrement très fausses également. Et la seule, la seule solution, la seule proposition qui est négociable même par les syndicats, c’est de prendre la porte tout simplement avec des gros plans sociaux. Et c’est comme ça que Vincent Bolloré transforme les médias en caisse de résonance des idées de l’extrême droite politique, mais aussi de l’extrême droite religieuse. Depuis beaucoup d’années. Et ça a énormément de conséquences, évidemment. On en parlait déjà auparavant sur l’hystérisation de l’information, notamment sur les sur les chaînes de télévision, sur C8, sur ces news, avec aussi bien sur l’information continue que chez Cyril Hanouna qui fait partie vraiment partie prenante de ce de ce mécanisme qui permet également de faire passer des informations du matin au soir, du lundi au dimanche dans un cycle un peu bruyant comme ça de chaînes d’information radio, d’information, médias hebdomadaires, quotidiens, etc. On est vraiment rentré dans un, dans un, dans une machine très huilée. Donc ça, c’est le travail de mes collègues Isabelle Robert, Raphaël Garrido Moi, je suis venu également vous parler d’une autre, d’une autre série qu’on a fait. C’est que moi je suis journaliste musicale, figurez vous. C’est mon domaine depuis toujours. Donc je travaille sur la musique en tant que. Car voilà l’actualité artistique, ce que les artistes disent de la société, comment la musique se transforme. J’ai beaucoup travaillé aussi sur la mutation numérique de la musique, on dirait. Qu’est ce que je suis venu faire ici ? Ce n’est pas du tout le sujet. Et en fait, depuis deux ans, j’ai aussi développé une autre enquête qui s’appelle Hors Préjugés et qui a débuté par le blocage d’un concert un soir à Nantes. Il y a une artiste, une organiste suédoise qui s’appelle Anna Fano Wolf, qui doit se produire dans une église à Nantes. Elle se produit dans une église parce qu’elle joue de l’orgue et que, en France, des orgues à part chez Radio-France et dans quelques auditoriums, la plupart du temps, c’est évidemment dans les églises. Et donc, comme elle fait une tournée partout en Europe, passe en France, dans les églises. Ça n’a posé aucun problème à travers toute l’Europe. Mais elle débarque à Nantes et ça pose problème parce qu’il y a une mobilisation d’ultra catholiques nantais, donc le concert est déjà déplacé d’une église vers une autre. Et finalement, ce soir-là, le concert ne se fait pas parce que des militants, des croyants ultra catholiques se mobilisent, aidés par des gros bras identitaires qui ont qui ont débarqué ce soir-là pour bloquer les portes de l'église. Il y a une baston, carrément. Je pense qu’il faut l’appeler comme ça. Vraiment. Des coups sont échangés entre le public et les gens qui ne veulent pas que ce concert ait lieu. La police est là. Elle a été prévenue parce que tout ça a pris de l’ampleur depuis plusieurs jours sur les habituels sites de l’extrême droite comme le Salon Beige. La police n’intervient pas. Il y a vraiment une bagarre devant elle. Devant les portes de l'église, le concert est annulé. Parce qu'évidemment, tout ça ne peut pas se tenir dans des conditions sereines. Et j’apprends ça à la fin. Le soir, je dois jouer deux jours après, si j’ai bon souvenir à Paris, à l'église Saint-Eustache, encore une fois, c’est là où il y a les orgues. Le curé de Saint-Eustache, très embêté, annule également ce spectacle, ce concert, en disant "Voilà, moi j’ai très envie que ce concert se tienne, mais j’ai des distributions alimentaires et c’est vraiment les priorités pour moi. Je ne peux pas avoir du désordre sur mon parvis parce que c’est vraiment la priorité de mener ces distributions à bien. Ce concert se tient finalement dans un temple protestant de l'étoile en secret. Ça fait 30 ans que je veux voir des concerts, à part des free party dans des champs, je n’ai jamais fait de concerts en secret. C’est extrêmement choquant. Et surtout, tout ça entraîne une réaction politique à peu près nulle. Un tweet de Roselyne Bachelot et rien d’autre. Et en fait, c’est le début de quelque chose. Ce n’est pas seulement cette histoire là, à l'époque où je raconte cette histoire là en me disant Bon, ça a chauffé à Nantes, ils sont un peu remontés, les catholiques, là bas. Et en fait, ça continue depuis deux ans. On en parle assez peu, mais depuis deux ans, il y a une multiplication, voire une accélération des blocages et des menaces sur des spectacles, sur des concerts. Il y a eu la même chose pour une autre organiste à Carnac, qui devait également jouer dans une église. Mais c’est aussi un concert de rencontres interculturelles avec des musiciens turcs iraniens dans une église à Lille. C’est aussi des menaces contre Bilal Hassani qui doit lui jouer dans une église désacralisée depuis 300 ans à Metz. C’est aussi un spectacle qui s’appelle Filles ou garçons, un spectacle pour enfants de théâtre pour enfants qui finit dans le noir, à Nantes également, qui finit dans le noir parce que l’installation électrique du concert est débranchée. Et comme ça, ça continue, ça continue avec assez peu de réactions politiques, assez peu de réactions des préfectures. Et il y a une grande inquiétude qui existe dans le monde de la culture en ce moment sur le fait qu’il soit un peu laissé à l’abandon. Et l’une des conséquences, c’est qu’on commence à voir une sorte d’autocensure des producteurs et des salles de spectacle. Et je finirai sur une note d’actualité. C’est à dire que mercredi, à Hénin-Beaumont, s’est tenu une conférence de presse dans le théâtre d’Hénin-Beaumont de l'équipe du Théâtre d’Hénin-Beaumont qui a voulu mobiliser pour dire que nous sommes en train de perdre ce théâtre. Tout simplement parce que la mairie d’Hénin-Beaumont est en train de saccager les finances, les équipes, tout le monde est épuisé. Il reste quelques personnes pour tenir ce théâtre qui se demandent s’ils vont pouvoir tenir parce que l'équipe municipale leur met une pression extrêmement forte. Donc toute cette ambiance là se retrouve très fortement dans le monde de la culture. Et c’est aussi ce qu’on décrit en ce moment dans les Jours, dans ces enquêtes. Merci.
Mathilde Larrère
Alors le dernier intervenant de ce premier thème représente le site Histoire coloniale et postcoloniale, qui est un site de référence sur ces questions coloniales et postcoloniales et qui éclaire de façon absolument salutaire le présent avec les lumières du passé. Je vous invite à regarder par exemple en ce moment tout le travail qui est fait compte tenu de la situation en Nouvelle-Calédonie, mais aussi évidemment en Martinique. Alors, pour en parler Fabrice Riceputi qui est historien, est l’un des animateurs de l’histoire coloniale et postcoloniale et qui, par ailleurs, par ses publications scientifiques, a largement démontré combien les guerres coloniales et la guerre d’Algérie sont une matrice du Rassemblement national. Merci Fabrice.
Fabrice Riceputi
Donc je vais essayer de ne pas dépasser la demie heure qui m’est imparti. Bon, vous avez remarqué qu’on est un peu un peu particulier dans ce panel, hein ? Donc le site Histoire coloniale et postcoloniale, les deux mots sont importants. Vous voyez à la Une qu' il n’est pas seulement question d’histoire très ancienne, il est question aussi de ce qui se passe en Kanaky, de ce qui se passe en Palestine, de la prise de position de Macron sur le Sahara occidental récente, etc. Voilà. Alors ce site, il est issu d’un autre site internet qui s’appelait LDH Toulon et qui avait été fondé par François Nadir, ce qui était militant de la Ligue des droits de l’homme à Toulon et qui a décidé de commencer à diffuser de l’information sur l’histoire coloniale en général lorsque sa ville est tombée aux mains du Front national en 95, me semble t il. Voilà. Et donc, après sa disparition, on a repris ce site avec une petite équipe dans laquelle il y a notamment des historiens et pas seulement dans le même esprit. Voilà donc avec l’idée qu’il est particulièrement important de pallier aux insuffisances de tout simplement d’abord de la connaissance de ce qu’a été l’histoire coloniale française et évidemment aussi des séquelles qui sont les siennes aujourd’hui. Alors on m’a demandé de parler de l’extrême droite. Il se trouve que j’ai publié récemment un petit bouquin sur Le Pen, tortionnaire à Alger en 1957. Donc voilà. Alors le Front National devenu Rassemblement national Le lepénisme. J’ai remarqué que pendant des années ont dénoncé la lepénisation des esprits. C’est une expression qu’on n’entend plus jamais parce que la lepénisation est arrivée à un maximum. Le lepénisme qui nous gouverne a largement rabaissé bien au-delà des scores du front du Rassemblement national. Il nous gouverne avec Retailleau et nous gouverne avec CNews et BFMTV etc. Ce lepénisme, il a des racines. Il a une matrice colonialiste qu’on oublie très souvent. De mentionner. On rappelle à juste titre que le Front National a été fondé par d’anciens collabos, des néo nazis, etc. C’est tout à fait exact. Mais ce qu’on oublie de ce qu’on ignore souvent, c’est que ce qui a permis à ces gens là, qui a été frappé au sceau de l’infamie collaborationniste antisémite depuis 1945, ce qui leur a permis de réapparaître publiquement, d’avoir des succès électoraux, c’est. C’est le combat essentiellement pour l’Algérie française. Et alors ? Il y a un parcours individuel qui n’est pas des moindres, qui est celui de Jean-Marie Le Pen qui illustre ça très bien. Pour faire vite, le jeune militant ultranationaliste anti-communiste obsessionnel Jean-Marie Le Pen dans les années 50. Il s’engage d’abord pendant une année entière dans la Légion, en Indochine, pour aller combattre la subversion communiste des « Viets », comme on disait, hein ? C’est probablement là qu’il se familiarise avec les techniques de la contre insurrection, et notamment avec la pratique de la torture et plus particulièrement de la torture à l'électricité. Ensuite, il est élu député poujadiste et à nouveau, il se réengage en Algérie en 1957, au moment où le gouvernement socialiste de l'époque répand la terreur à Alger dans une séquence qu’on a appelée très mal appelée la bataille d’Alger. Et là encore, Le Pen. Donc là, Le Pen, maintenant c’est documenté depuis longtemps, se livre à la torture systématique, probablement en lien avec les escadrons de la mort de sa race. Il pratique les exécutions sommaires et quand il rentre, il capitalise politiquement cet engagement dont il est extrêmement fier. Il revendique le fait d’avoir torturé des Arabes. Il fait des propositions de loi à l’Assemblée, proposant de légaliser la justice parallèle que pratiquent clandestinement les militaires en Algérie. Il crée un premier parti politique qui s’appelle le Front national des combattants en 1957. Hein ? Ce parti politique a déjà comme logo la flamme tricolore empruntée, emprunté au parti fasciste italien. Il rassemble autour de lui des pieds noirs ultras, des militaires d’extrême droite qui vont s’investir, être en pointe dans le putsch raté des généraux de 1961 qui vont être des artisans de l’organisation armée secrète de l’OAS, qui est l’organisation terroriste de loin la plus meurtrière qui ait jamais connu la France. Et tous ces gens-là vont constituer le noyau militant premier d’un parti politique qui va se créer dix ans après l’indépendance de l’Algérie. L’indépendance de l’Algérie pour l’extrême droite française, c’est un désastre absolu. C’est une défaite retentissante qu’ils n’auront, sur laquelle ils n’auront de cesse que d’eux de revenir. Et quand ils créent le Front national en 1972, alors bien sûr avec des anciens collabos, mais ils le font avec l’idée, en réactivant, en exploitant le racisme colonial qui est très répandu, qui imprègne la société française. Leur premier slogan qui fait mouche électoralement, c’est qu’il s’en prend aux immigrés arabes et musulmans. C’est le slogan 1 million d’immigrés, 1 million égal, 1 million de chômeurs. Et ce qu’il propose, en fait, et ce qui est parfaitement bien entendu à l'époque, par une grande partie de la population, c’est de poursuivre la guerre perdue en Algérie contre les Arabes musulmans. Et je dis musulmans parce que l’islamophobie est déjà quelque chose, est une fabrication coloniale. Bon, je n’ai pas le temps de développer là dessus, malgré la demi-heure qui m’a été imparti. Comment ça se fait déjà ? Bon alors. Et donc, comme je le disais au début. Alors on retrouve dans les discours de cette époque les origines du délire raciste du Grand Remplacement. Par exemple, D’accord. Et pourquoi est ce qu’il n’est pas infamant. En France ? Vous le constatez, hein, d’avoir participé à des crimes dans les colonies qui sont assimilés en droit international à des crimes contre l’humanité ? C’est ce qu’a fait Jean-Marie Le Pen et bien d’autres personnalités. Et je ne parle pas de ceux qui les ont commandés, comme Guy Mollet ou François Mitterrand. Eh bien parce qu’en fait, toutes les forces politiques principales françaises partagent ce passé honteux avec eux, avec l’extrême droite, hein ? Et voilà donc un des deux. J’essaye de terminer là. Un des objectifs de notre site, c’est tout simplement d’informer sur ce qui est très mal fait dans l'éducation nationale par exemple. Voilà écoutez, je crois que j’ai dépassé les bornes là, donc je m’arrête. Merci.
François Bonnet
Merci beaucoup Fabrice, écoutez, justement, on essaie de tenir le temps pour pouvoir vous donner la parole. Et si vous avez lu le programme, vous avez vu qu'à la fin de chacun des trois thèmes, il y a une phase de débat et de réponses à vos questions. Il y a deux micros qui tournent dans la salle. Je vais simplement vous demander de poser des questions assez brèves. Vous pouvez agrémenter bien sûr vos questions de quelques remarques, mais il faut que ce soit des questions. Et s’il vous plaît, ne faites pas. Plus long que les personnes qui se sont exprimées, sinon on n’y arrivera pas donc, et on sera obligé de vous interrompre, ce qui est toujours extrêmement désagréable à faire. Alors, monsieur la première.
Spectateur
Alors je vais m’adresser à la dernière personne qui a pris la parole. Donc, il a parlé de la question du site Histoire coloniale et clonage était de me présenter aussi. Donc je suis le fondateur d’un nouvel hebdomadaire qui a des grosses piles il y a peu, qui a la particularité, d’où son prix d'être entièrement géré par des personnes handicapées mentales. Donc on travaille des personnes qui ont des troubles autistiques. J’aimerais vous poser une question sur un événement qui est organisé dans une mairie qui a été organisé par Louis Alliot, qui est un ancien petit noir sur une exposition qui visait, selon ses dires, à rétablir la vérité sur les actes qui ont été effectués par l’Ouest et que c’est l’Ouest qui aurait subi les violences du FLN dans les années 50. Est ce que selon vous, il est normal que dans une municipalité de 135 000 habitants, on puisse voir des expositions payantes sur les actes de violence qu’aurait subis l’OAS dans les années 50 ?
Fabrice Riceputi
Merci pour cette question. Je comptais justement aborder la question de Perpignan et de Louis Aliot. Alors effectivement, il faut savoir que l’Algérie française a une capitale en France. Actuellement c’est Perpignan. Ça a été Béziers où pendant longtemps chez Ménard on criait dans les rassemblements Vive l’Algérie française dans les années 2000 et actuellement c’est Perpignan. Louis Aliot avec de l’argent public finance. Alors rendons hommage par exemple à Pierre Sergent qui était le chef de l’O.A.S. Métropole et qui a été condamné à mort par contumace deux fois pour avoir notamment essayé d’assassiner de Gaulle. Et il finance une organisation, un espèce de groupuscule qui s’appelle le Cercle algérieniste qui est vraiment une secte de nostalgiques de l’Algérie française et de l’OAS. Et effectivement, c’est un scandale complet. On l’a ou on l’a. On a écrit des choses sur votre site là dessus à l'époque. Voilà. Donc le Rassemblement national aujourd’hui ne se cache pas, se cache de moins en moins bizarrement. C’est quand même quelque chose d'étonnant. On pourrait penser qu’avec le temps passant, etc. L’information circulant mais non, c’est ça se recycle. Vous avez entendu Retailleau faire une intervention qui n’est pas du tout, comment dire, faite par hasard sur la colonisation. C’est des signaux envoyés à l'électorat nationaliste et nostalgique de la colonisation. Pour la droite nationaliste et pour l’extrême droite, l'ère coloniale, c’est un âge d’or perdu, c’est l'âge d’or du suprémacisme blanc. C’est l'époque où les Blancs étaient à leur place, à celle qu’il faut qu’il doit, qu’il devrait reconquérir aujourd’hui.
Spectateur
Bonjour alors je voudrais poser une question au monsieur des Jours. Je fais partie d’un secteur qui a perdu le spectacle vivant, qui a perdu le théâtre en particulier, qui a perdu 54 % de représentation cette année. Qui a 50 4 % de notre représentation en moins cette année dans le public ? Donc je vous laisse imaginer si c’est arrivé dans n’importe quel autre secteur de travail, ce serait fait, ça passerait pas comme une lettre à la poste comme ça passe actuellement et surtout que ça se croise avec une ambiance dans le spectacle vivant qui est un peu à la censure. Que faire ? C’est très difficile étant donné le contexte économique d’avoir des aides maintenant parce qu’elles baissent tous les ans. Et ce contexte sert aussi à beaucoup d'élus pour poser des conditions pour avoir ces aides qui leur permettent d’avoir un droit de regard dans les spectacles, dans les créations, etc. Et c’est quelque chose qui est très ressenti dans le spectacle vivant. Alors pas obligatoirement dans les très grandes structures parce qu’ils sont un peu protégés, mais au niveau des compagnies, notamment des compagnies qui créent. Et je trouve que c’est. C’est un thème qui des fois et peut, enfin j’en entends peu parler dans les dans les médias. Donc je suis très content d’avoir entendu que les jours travaillent un peu là dessus et je me demandais s’il y avait potentiellement des enfin des enquêtes qui pourraient être menées là dessus, etc. Parce que oui, c’est un milieu qui se dégrade vachement au niveau de la liberté d’expression, quoi. Voilà, je ne sais pas si c'était clair et si oui, je réponds très brièvement parce que tout a été dit je pense. Effectivement, il y a une ambiance assez mortifère en ce moment dans le monde de la culture spectacle vivant en musique qui avec deux angles d’attaque le la baisse des moyens. Il y a une baisse des moyens dans les temps, dans les territoires, dans tout, tous les aspects. Et forcément la culture s’en ressent également et. D’ailleurs souvent proportionnellement. Plus et ensuite avec l’angle d’attaque d’une extrême droitisation ou d’une libération de la parole et des positions d’extrême droite qui font que de plus en plus de mairies bizarrement, ne trouvent plus l’argent pour aller financer certains spectacles, par contre vont trouver de l’argent pour une politique culturelle d’extrême droite qui se limite à du patrimoine et à des châteaux. Pour le dire, pour le dire vite et même de la musique patrimoniale. Et effectivement, c’est assez peu documenté. Il y a une enquête dans Télérama il y a quelques. La semaine dernière, au moment où il y a deux semaines, il y a eu un papier dans le monde qui reprenait ça. Donc ça commence à venir un petit peu. Je ne vous cache pas qu’en tant que journaliste. Culture depuis. Bien longtemps, je. Je sais que c’est compliqué dans les rédactions de parler de culture sans que ce soit léger, fun et sympa. C’est toujours un peu les pages, notamment dans l’audiovisuel où c’est vraiment toujours la fin du journal. Il faut que ce soit plus détendu, plus sympa. Mais il y a quand même une génération de journalistes qui travaillent sur ces sujets, donc j’espère bien qu’ils vont surnager.
Spectatrice
Euh oui, bonsoir, Je suis très admirative et je vous félicite tous pour la façon dont vous travaillez. Mais j’ai une question pour Daphné Deschamps plus particulièrement. Je crois qu’effectivement le travail que vous avez fait pour mettre un peu la lumière sur la réalité des candidats. Du RN aux législatives est très importante et probablement très décisive. Néanmoins, j’ai entendu récemment une information que je n’ai pas vérifié, mais en nombre de voix. Le RN a fait quasiment le même nombre de voix au premier et au deuxième tour. Donc en fait, si Bardella n’est pas arrivé à Matignon, c’est plutôt parce que les autres partis, et notamment le Parti de gauche, ont su mobiliser et qu’il y a eu aussi un peu plus de participation. Donc comment est ce qu’on peut transformer l’essai de ce que vous faites pour qu’effectivement, derrière, au-delà de l’information, il y ait aussi une mobilisation de tous ceux qui ne votent pas. Parce que j’ai l’impression que ceux qui votent RN, ils sont un peu convaincus de les faire changer d’avis m’a l’air très difficile. Alors on peut empêcher d’autres de le faire. Ce que vous avez probablement contribué à faire. Mais au-delà de ça, comment arriver à faire plus ?
Daphné Deschamps
Lors bon, voilà, moi je suis journaliste d’investigation, donc je n’ai pas de solution magique pour faire en sorte que l’extrême droite perde. Personnellement. D’ailleurs, je ne considère pas qu’elle ait perdu. Je considère qu’elle n’a pas gagné le 7 juillet et c’est déjà pas mal parce qu’on s’attendait à ce qu’elle gagne. Mais effectivement, je considère qu’elle n’a pas perdu, juste qu’elle n’a pas gagné. Après, sur la question que vous posez, je discutais la semaine dernière dans le cadre d’une interview avec le philosophe Michel Serres qui a sorti un livre récemment à La découverte sur les imaginaires, construit par le Rassemblement National. Et je lui ai posé plus ou moins la même question. Et sa réponse, c'était que, en fait, il y a eu pendant cette entre deux tours. Alors moi j’ai évoqué le fait que ça y est, on avait réussi à imposer notre thématique et à imposer les résultats de nos enquêtes dans le débat public et dans l’espace médiatique. Ce qu’il a dit, lui, et je trouve cet impertinent, c'était que dans cet entre deux tours, pendant une semaine, la gauche s’est réveillée antifasciste. Et depuis, d’ailleurs, est ce qu’elle est toujours antifasciste, ça, ce débat ? Mais lui disait la gauche, c’est la vie antifasciste et c’est pour ça que l’extrême droite n’a pas gagné. La question, c’est comment est ce qu’on transforme l’essai ? Lui, ce qu’il disait, c’est on a effectivement ceux qui votent déjà RN, On ne les convaincra pas parce que c’est très documenté aujourd’hui. Je pense notamment au travail du sociologue Félicien Faury que le vote RN est basé dans le racisme et ça ne sert à rien de le nier. Ce n’est pas en étant empathique avec des pseudos fâchés pas fachos qui n’existent pas dans les faits qu’on gagnera. Par contre, c’est en étant combatif. Les électeurs RN et de manière générale les fascistes et autres militants d’extrême droite ne cesseront pas d'être fascistes parce qu’on est empathique avec eux et parce qu’on les convainc. Ils cesseront, ils cesseront de l'être parce qu’on les battra. Et un des sujets à mes yeux, c’est effectivement de continuer à documenter ce que c’est l’extrême droite. L’extrême droite, c’est la violence, c’est le racisme. Typiquement, juste vendredi, un vendredi à 12 h 01 étudiant, un étudiant d’Assas, sortait d’Assas, rue Ruelle, dans le sixième arrondissement de Paris, et il s’est fait tabasser par deux militants d’extrême droite pour avoir recouvert un sticker d’extrême droite. Voilà, il a porté plainte, ils l’ont quand même cassé. C’est ça la réalité de l’extrême droite. Donc nous, notre travail, c’est de le rappeler. Après la deuxième partie du travail, c’est, je pense, le rôle principal des médias indépendants aussi. C’est petit à petit d’imposer nos propres thématiques, c’est d’arrêter de répondre systématiquement aux questions sur l’immigration et où on se retrouve systématiquement à devoir justifier que oui, la personne d’origine étrangère est en fait un être humain qui mérite le respect. Parce qu’en fait, ces gens-là ne le croient pas. Et c’est commencer à parler de nos thématiques sociales, c’est commencer à parler de féminisme, c’est commencer à parler d'écologie, c’est commencer à parler de questions d'économie de notre point de vue et de notre camp social. Voilà, Je n’ai pas de solution magique, mais je pense qu’une des solutions, c’est systématiquement rappeler la réalité de l’extrême droite. Et une deuxième partie de la solution, c’est commencer à imposer nos thématiques plutôt que de subir celles de l’extrême droite. C’est un peu pour moi le rôle des médias indépendants.
Spectateur
Bonsoir ! Merci beaucoup pour votre travail et pour l’organisation de cet événement. Ma question est un peu comme celle qui vient d'être posée. Comme vous l’avez fait remarquer, tout le monde est un peu d’accord ici présent. Donc grosso modo, comment on fait pour s’adresser ou pour en tout cas toucher des personnes qui ne sont pas convaincues ? Est ce que cette question est pertinente dans les rédactions dans lesquelles vous travaillez ? Si oui, comment vous abordez ? Et moi, je ne suis un peu pas complètement d’accord avec ce que vous venez de dire. Enfin, je trouve même récemment qu’il y avait eu un documentaire sur Arte sur les nouveaux électeurs du Front National. J’ai rencontré aussi des électeurs. Enfin, l’idée qu’ils soient réduits à des fascistes ou à des racistes, c’est assez discutable. En tout cas, le gros récent de l'électorat RN, à mon avis, n’est pas réductible à cette définition là. Donc je suis curieux de savoir si cette question a du sens pour vous et comment vous abordez. Après, votre travail est déjà conséquent que je peux comprendre que ce soit déjà suffisant en soi. Merci beaucoup. Qui souhaite répondre.
Daphné Deschamps
Je vais passer le micro après à mes confrères. Mais je veux juste dire un truc quand je dis que le vote RN est ancré dans le racisme, ça veut pas dire que c’est dans la tête de chaque électeur raciste, dans la tête de chaque électeur RN qu’ils votent par racisme. Pardon pour le lapsus. Si ce n’était vraiment pas mon taf, ce n’est pas forcément conscientisé dans la tête de chaque électeur RN qu’ils votent par racisme. Chaque électeur RN ne met pas le bulletin dans l’urne en se disant je vote RN car je déteste les arabes. Par contre, et c’est le travail de plusieurs sociologues et politologues qui le montrent qui le démontre, je vous recommande encore une fois l’excellent ouvrage de Félicien Fourré qui s’appelle Des électeurs ordinaires, qui est sorti au printemps et qui démontre ça parfaitement après des années d’enquêtes, notamment dans le sud de la France. Au fond du fond, c’est toujours une haine de l’autre, une haine de l'étranger et une peur. Évidemment, l’extrême droite se nourrit de la peur. Sans aller dans Star Wars, Maître Yoda. La peur mène à la haine et la haine mène au côté obscur. Bien sûr, au fond du fond, c’est la peur et la haine qui motivent ce qui motive ces votes. Et ce n’est pas forcément conscientisé, mais par contre c’est une réalité. Ensuite, sur la question de comment est ce qu’on touche des gens ? Ben nous voilà. Nous on a la fierté de dire qu’on a réussi à toucher des gens qu’on n’avait jamais touchés avant à StreetPress. Encore une fois, 6 millions de personnes en un mois, simplement sur Instagram, pour nous, c'était une folie. On ne s’en remet toujours pas après. Voilà, il faut continuer, hein ? C’est aussi vous, personnes qui sont déjà au courant. C’est envoyer les articles de la presse indépendante sur le WhatsApp familial où il y a peut être votre tonton raciste ou votre grand-mère qui traîne parce qu’on n’a jamais rien essayé d’autre. Voilà, c’est aussi un travail de diffusion et je pense que je peux passer le micro à mes collègues pour développer.
François Bonnet
On va poursuivre cette discussion, on va la poursuivre après le thème suivant. Avant d’aborder le thème sur les gauches, on s’est interrogé quand on a préparé cette réunion, puis on s’est dit un peu collectivement Bon, Macron, non, on ne va pas, on ne va pas se taper Macron pendant 40 minutes de réunion. Donc je me suis permis de demander à Pauline Bock d’arrêt sur image de nous faire un peu comme une intermède parce que Arrêt sur Image a publié plein de papiers très intéressants à la fin de l'été. Vous connaissez Arrêt sur image ? C’est un site d’actualités. C’est un site de décryptage des médias, de leur emballement, de leur dérapage, de leur manipulation, de leur grand n’importe quoi souvent. Et Pauline a écrit plusieurs articles aussi. Daniel Scheidermann en a fait plusieurs sur comment les médias de masse ont en fait totalement adopté le calendrier, hein ? On évoquait à l’instant la question de l’agenda et du calendrier. C’est décisif. Et donc comment les médias de masse ont totalement adopté d’abord le calendrier d’Emmanuel Macron, et puis ensuite ont relayé sans beaucoup d’esprit, affûté tout le narratif de l’Élysée, ce qui a donné lieu à toute une série de choses que vas nous nous expliquer Pauline Bock
Pauline Bock
Du coup, je suis Pauline Bock comme on vient de vous le dire. A Arrêt sur image, on fait de la critique média et donc on lit, on regarde, on écoute ce qui se passe dans les médias. Comme François vient de vous le dire. Et on a été un peu frustrés pendant la campagne dont on parlait tout à l’heure, mais surtout après, pendant ce long été de décantation politique, décantation de la situation politique qu’a voulu le président Macron, qui donc a duré plusieurs semaines et qui s’est plus ou moins terminée le 26 août. Quand on a eu, quand on a appris la décision d’Emmanuel Macron de refuser au nom, je cite toujours de la stabilité institutionnelle de ne de nommer refuser de nommer du séquestre à Matignon. Euh ce que la gauche a dénoncé comme un coup de force et ce que la presse n’a pas vraiment remis en question en vrai et pendant tout l'été en fait, c’est quelque chose qu’on a pu voir dans les médias, dans la presse, notamment sur ce rôle de la presse qui est censé être de questionner. En fait, les thèmes, les politiques, les actions et les décisions politiques ont plutôt eu un rôle d’accompagnement de la parole du président et de son et de sa décision. D’abord ne nommer personne pendant six semaines, puis de ne pas juste nommer la personne qui était la candidate du Bloc arrivé en tête aux élections législatives. Et donc j’en ai discuté avec plusieurs journalistes Hélène Salvi de Mediapart, Sylvain Bourmeau, dossier Médias et juin de faire part de collatéral. Et tous me parlaient de cette importance du rôle de la presse qui aurait dû être de rappeler les règles, par exemple en disant que ben normalement, comme c'était le cas dans les précédentes cohabitations, on, on rappelle les règles et on rappelle qu' un candidat dont le bloc est arrivé en tête est le candidat qui est choisi, qui est nommé par le président. Là, ça n’a pas été le cas. Mais surtout la presse n’a pas rappelé, ça n’a pas remis en question le storytelling présidentiel. Même pas pour rappeler qu’en fait, la dissolution voulue par Emmanuel Macron début juin est un échec total, comme on a pu le rappeler pour Jacques Chirac en 97 par exemple. Là, ce n’est pas des mots échec, dissolution ratée, ce n’est pas des mots qu’on a retrouvés dans les médias. Par contre, ce qu’on a pu retrouver dans les médias, c’est bien en fait la volonté d’Emmanuel Macron telle quelle. Par exemple, dans Le Monde, Le Monde a publié le mot qu’utilisait Daniel Scheidermann. Qui ? Qui est donc mon collègue ? Un arrêt sur image est le fondateur du site. C’est une aimable série d'été. Normalement, les séries d'été, c’est des articles un peu plus légers, publiés pendant les vacances d'été dans la presse. Et là, c'était On vous raconte comment Emmanuel Macron vit, ce qui en fait est un échec politique total. Mais pour Macron, c’est juste. Il prend le temps de réfléchir en regardant la mer à Brégançon c’est vraiment ça, il y a vraiment un article où c’est décrit comme ça. C’est Macron qui est en vacances et qui prend le temps parce qu’au fond, lui, lui il sait, lui il sait ce qui se passe et tout va bien. Et il y a vraiment un article du Monde qui a outré beaucoup de gens, qui est paru un peu après celui où ils regardaient la mer en réfléchissant à Brégançon. C'était justement après les consultations de Macron avec le NFP et le Monde raconté, je cite la journée de consultation qui a servi à écarter Lucie Castets de Matignon. C’est les mots qui sont utilisés dans le premier titre qui est ensuite modifié en Comment la journée de consultation a éloigné Lucie Castets de Matignon. Mais donc on voit bien avec ce choix de mots ce que veut dire le monde Et ce que m’expliquaient les journalistes à qui je parlais pour cet article, c’est qu’en fait les journalistes se projettent dans un storytelling présidentiel, non seulement en répétant les éléments de langage utilisés par le président, mais aussi en anticipant ce qui va se dire ensuite. Ils anticipent la suite du storytelling présidentiel. C’est quelque chose d’assez terrifiant parce qu’on voit à quel point, en fait, la presse est totalement d’accord avec ce que nous raconte le président. C’est aussi par exemple l'édito de Patrick Cohen sur France Inter qui nous dit que c’est factuellement incontestable. Je cite que le neuf P aurait été censuré à l’Assemblée et que donc Lucie Castets, elle est, je cite encore institutionnellement stérile. Ça fait plaisir. Voilà. Et donc en fait, c’est une presse d’accompagnement selon les mots des journalistes. Qui m’ont parlé, qui répètent ces éléments de langage sans les questionner. Et nous, on essaye de faire arrêt sur image, mais aussi dans tous les médias indépendants qui sont présents ici ce soir et d’autres qui ne sont pas aussi. C’est de questionner ces actions politiques, c’est de questionner ces éléments de langage et c’est de ne pas rester les bras ballants face à des politiques qui n’en ont plus grand chose à faire des règles institutionnelles. Merci beaucoup et merci d'être là ce soir.
François Bonnet
On en vient au deuxième thème de cette soirée. Je pense que c’est une question qu’on se pose tous depuis le deuxième tour des législatives. C’est que font les gauches ? Que font les gauches ? Certes, elles commentent, certes, elles se réunissent beaucoup. Comment elles parlent à la société ? Qu’est ce qu’elles dessinent ? Alors cette question, je dirais, se pose d’une manière d’autant plus forte aux médias indépendants. Que. La plupart des médias indépendants, voire tous en tous les cas dans cette galaxie très diverse, tous ces médias sont ou bien explicitement ancrés à gauche, ou bien se revendiquent de valeurs de gauche. Donc comment on fait quand on est un journal ou de gauche ou portant des valeurs de gauche pour traiter de la gauche ? Voilà, c’est simplement de tenter de répondre à ces questions Mathilde qui commence ?
Mathilde Larrère
Et pour en parler, on va d’abord inviter le doyen des médias présents ce soir puisque c’est un hebdomadaire papier et site d’info qui a été créé il y a 36 ans. Et c’est Politis à sa création, il avait deux ancrages la gauche radicale et les luttes écologiques. Ce qui n’a pas empêché d’avoir des relations compliquées avec la gauche politique et paritaire. Donc c’est Salomé Dionisi qui, pour Politis, va nous en dire plus. Merci Salomé.
Salomé Dionisi
Alors la thématique qui nous réunit ce soir, c’est que font les gauches ? Nous, du coup, ça fait 36 ans qu’on s’intéresse à ce que font les gauches à Politis, on est un hebdomadaire où on est aussi sur le web et du coup on traite toutes les gauches. Pour nous, les gauches, elles sont plurielles, mais elles ne sont pas forcément opposées. On ne croit pas vraiment à Politis, à la théorie des gauches irréconciliables. On prend donc en considération toutes les gauches à travers des grands entretiens, à travers des interviews, à travers des enquêtes aussi. C’est important pour nous de ne pas opposer les gauches et en même temps, on sait qu’il y a les gens de gauche et il y a aussi des gens qui ont peut-être un jour été à gauche, qui sont maintenant à droite et qui ont un peu du mal à l’avouer encore. Donc on fait attention à ça et on essaye vraiment de couvrir tout le spectre de la gauche. On couvre la gauche, mais on couvre aussi tous ces champs d’intervention, c’est à dire qu’on s’intéresse aux milieux associatifs, aux intellectuels, aux artistes, aux quartiers populaires aussi. C’est important pour nous de ne pas rester juste sur des combats qui sont liés aux élus de gauche. Longtemps, tous ces milieux-là ne se parlent plus entre eux. Alors c’est vrai qu’avec le nouveau Front Populaire, ça a été un peu différent. Tout n’a clairement pas été parfait, mais on s’est rendu compte qu’il y avait quand même eu une lueur d’espoir, en tout cas qui était née du fait que la société civile avait repris une part dans les luttes de gauche. Et ça, c’est pareil. On l’a vachement documenté à Politis à travers plein de formats différents. Alors que font les gauches ? Nous, on pense qu’elles doivent surtout continuer à créer du lien entre tous ces milieux là qui ont recommencé à se parler. Ça veut dire aussi qu’il faut participer à des initiatives. Nous, par exemple, on a lancé une coopérative, là, on vient de la lancer. C’est important pour nous de proposer un projet de gauche qui rassemble et qui permette aux gens de s’investir, que ce soit des individus ou des associations qui puissent s’investir dans un projet qui rassemble. De toute façon, on est assez persuadé, nous, à travers les différents formats qu’on propose, que la gauche ne pourra faire valoir ses idées et ne pourra peut-être un jour arriver au pouvoir que si elle se rassemble. Alors l’idée pour nous, ce n’est pas que la gauche se rassemble autour de projets opportunistes. On pense vraiment qu’il y a une possibilité, en tout cas avec les interlocuteurs auxquels on parle, que chacun trouve sa place dans un projet commun. La politique de gauche et les politiques de gauche doivent aussi créer du dynamisme partout, ça on en est persuadé. C’est aussi ce qu’on essaie de couvrir quand on part en reportage par exemple. C’est important que la gauche s’intéresse toujours au monde syndical, au monde associatif ou au monde intellectuel. Et de toute façon, la gauche et les politiques de gauche ne pourront émerger que si ces milieux-là vont bien, que si la presse indépendante aussi va bien. Et je vais insister sur ce point, c’est qu’il y a souvent des grands discours qui sont faits par les politiques sur l’importance d’une presse indépendante, sur l’importance du pluralisme de la presse. C’est bien d’avoir ces discours là. Il faut aussi que les politiques s’adressent aux médias indépendants. Nous, c’est vrai qu’on est parfois, voire souvent confrontés à des non-réponses, ou alors à des intervenants qui pourraient intervenir chez nous, mais qui préfèrent plutôt aller sur les plateaux de news ou de BFM. Donc c’est important pour nous aussi que tous les politiques acceptent de parler aux médias indépendants, indépendamment des logiques d’audience et des logiques de communication. Il y a aussi parfois des partis ou des personnalités politiques qui boycottent les médias indépendants. Nous, on met un point d’honneur à leur faire comprendre que les médias indépendants ne sont pas les courroies de transmission des partis politiques et que on a une ligne éditoriale qui est à gauche. Elle est claire, elle est assumée, ça fait partie de notre ADN. Mais on reste des journalistes et on est là pour mener une bataille culturelle, une bataille des idées. Donc on continue à mettre en lumière des idées écolos, des idées solidaires, des idées féministes, des idées antiracistes et on pense que c’est des idées qui sont portées par la gauche qui doivent continuer de l'être. Donc, pour répondre un peu à la question que fait la gauche ? On pense à Politis que la gauche travaille à faire tout ça, mais qu’elle ne peut pas y parvenir sans une presse indépendante qui travaille avec des analyses, avec des enquêtes, avec des critiques, et que c’est important aussi que les politiques entendent ces critiques. Et pour ça, je pense que vous pouvez compter sur tout le monde ici et tous nos médias.
François Bonnet
Merci beaucoup Salomé. Alors il me revient de présenter maintenant Mediapart. Je suis un peu gêné parce que j’ai été son directeur éditorial pendant dix ans. Bon enfin bon, j’y vais. En gros, je résume Mediapart, c’est quoi ? Vous vous connaissez certainement. C’est un journal gravement fâché avec tous les présidents, je dis bien tous. Sarkozy, Hollande, Macron. C’est un journal qui est très en colère souvent, voire toujours en colère contre la cinquième République et contre la démocratie à basse intensité. C’est une situation dans laquelle nous vivons. Et puis Mediapart a dit pendant très longtemps vouloir être au carrefour de toutes les gauches, toutes ces gauches dont parlait Salomé. ?
François Bonnet
Et comment Nous allons poser la question à Carine Fouteau, qui est sa présidente
Carine Fouteau
Bonsoir à toutes et à tous, on est très contents d'être là. C’est une occasion géniale de dialoguer avec vous. Alors peut être pour commencer, dire d’où on parle à Mediapart. Parce qu’effectivement, ce qui nous caractérise, c’est l’indépendance de tous les pouvoirs, de tous les partis et de tous les syndicats, de toutes les associations. Et ce qui nous distingue de la presse mainstream, peut être, c’est en même temps d’assumer un double positionnement. Mediapart veut être le journal de la société de la société civile. Mediapart doit être ce journal qui entre en résonance avec ses attentes, avec ses préoccupations. Ça, c’est une première chose. Et la deuxième chose, c’est que Mediapart veut être le journal du combat contre l’extrême droite. C’est au cœur de notre ADN depuis le début de la création de Mediapart. Alors, on n’est pas les seuls, Vous l’avez constaté, on est nombreux à travailler dans les journaux indépendants sur ces questions d’extrême droite et à essayer d’avoir le plus d’impact possible. Et je pense que c’est important de se rappeler ces deux éléments principiel à la fois, de vouloir être le journal de la société et le journal du combat contre l’extrême droite. Et effectivement, ça s’est traduit, on l’a, on l’a dit, Mediapart s’est engagé à fond au moment des législatives anticipées, après ce coup de tonnerre de la dissolution, en organisant, en organisant avec d’autres médias ces deux événements place de la République, qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Pour nous, c'était très important d'être sur le devant de la scène à ce moment-là. Alors, être du côté de la société, qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire que notre mission, notre mission d’intérêt public, c’est de rendre aux citoyens ce qui leur appartient, c’est à dire de savoir sur ce que font leurs dirigeants, ce que font leurs responsables, ce que font les gouvernants. Mais c’est aussi mettre face à leurs responsabilités aussi bien des représentants politiques de droite que de gauche. Vous le savez depuis le début à Mediapart, François l’a dit, on a enquêté aussi bien sur la droite que sur la gauche parce que les citoyens ont le droit de savoir ce qui est fait en leur nom et ce qui est aussi on en tête des partis politiques qui veulent être en position de gouverner un jour ou l’autre. Donc des enquêtes sur la gauche, on en a depuis le début. Je vous rappelle juste l’affaire Cahuzac. Jérôme Cahuzac, ministre du budget sous la mandature de François Hollande. Qui donc possédait un compte en Suisse, un compte secret en Suisse, malgré ses dires. Ça, c’est ça a été pour nous un moment important de montrer à notre lectorat qu’on était capable de sortir des enquêtes aussi bien sur la droite que sur la gauche. Et ça nous est toujours reproché. Nos enquêtes sur des représentants politiques de droite nous sont reprochées par les militants, les sympathisants de droite et c’est en général la même chose qui se passe pour la gauche. Nos enquêtes sur Sophia Chikirou, par exemple, ont créé beaucoup d’accusations, y compris de la part de militants qui peuvent nous être proches pour d’autres raisons. Mais pour nous, c’est important de rappeler ça. On est un journal engagé, mais on n’est pas un journal au service d’un parti, ni même d’une gamme de parti. Je pense que c’est toujours important de l’avoir en tête. Pour voir, pour comprendre où l’on parle et comprendre qu’effectivement il faut qu’on assume, nous, Mediapart, de déplaire à nos lecteurs. C’est un peu le sens de ce qu’on fait dans ce journal. Alors si on observe la gauche et les gauches, il faut dire ce que je sais la gauche sociale, mais aussi la gauche écologiste, elle a. Elle est arrivée en tête des élections législatives après ce coup de tonnerre de la dissolution d’Emmanuel Macron, elle a réussi à rassembler très vite, il faut le dire. Et sans doute qu’on a été surpris de voir sa capacité à fabriquer un programme commun en quelques heures, en quelques jours. Je crois que c’est en 24h que ça s’est joué. Ensuite, sa capacité est quand même à arriver en tête comme coalition aux élections législatives après le deuxième tour. Et puis aussi alors un peu moins rapide dans sa capacité néanmoins à présenter un candidat et une candidate pour être nommée au poste de premier ministre. Et après ? Qu’est ce qui s’est passé ? Et bien on a eu l’impression d’avoir une gauche incapable finalement de matérialiser la dynamique citoyenne qui l’avait portée. Comme si cette gauche considérait que ces divergences étaient une faiblesse, alors qu’il faudrait qu’elle considère que ces divergences sont une force. Comme si on avait face à nous une gauche ou des gauches qui étaient incapables de dépasser les clivages qui sont tout ce qu’il y a de plus sain dans une démocratie et y compris dans un propre camp. Je pense là au clivage complètement factice qui est apparu au moment de la fête de l’Huma entre Ruffin et Mélenchon sur les questions raciales, question sociale, comme si ce n’était pas des questions qu’on avait en tête depuis quinze ans, 20 ans déjà et dont on a du mal à comprendre pourquoi elles ne sont pas dépassées aujourd’hui. Et puis on voudrait avoir une gauche des gauches qui sont capables de mobiliser au-delà de leur propre, de leur propre camp. C’est évidemment une nécessité si on veut vaincre, combattre durablement l’extrême droite. Alors, la manière dont on s’y prend à Mediapart pour faire tout ça, c’est de l’enquête. J’en ai parlé au préalable parce que ça me paraît hyper important de le rappeler. Mais c’est aussi justement ne pas faire ce que font les partis politiques, c’est à dire nous rester connectés au terrain. Donc ça passe par le reportage, le reportage, le reportage. Toujours retourner voir les électeurs, les militants, la société civile pour comprendre ce jaillissement, pour comprendre des initiatives qui parlent et qui portent, qui partent de la société civile. Rester le plus possible connecté à cette perception de la manière dont la société évolue en profondeur. Donc Mathieu de Jean, qui est la personne, le journaliste chez nous qui suit le plus ces questions de gauche, passe son temps. Certes, on analyse, on n’aime pas trop les petites phrases non plus. Les coups de billard à trois bandes à Mediapart, on s’en fiche un peu. On essaye aussi de se distinguer de la presse mainstream en essayant de nous recentrer. Voilà, comme ça, sur le terrain, redonner la parole aux militants, voir ce qu’ils ont à dire, leurs attentes, leurs désillusions, leurs espoirs aussi, et donner à entendre la mobilisation de la société civile. Et ça, qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire, par exemple, ne pas lâcher certains gros dossiers, la mobilisation sur la 69, aller dans les usines, entendre les ouvriers et les ouvrières de Duralex dans Loiret qui ont repris en main leur entreprise. Parce que oui, il est possible d’inventer ensemble en étant, en étant les coudes serrés et justement en essayant de s’extraire d’une sorte de vernis de politique politicienne. Bien sûr, ce qu’on fait beaucoup aussi à Mediapart, c’est d’aller au devant des chercheurs, des universitaires, chercher de nouvelles personnes et doctorants qui travaillent sur des sujets parce qu’ils ont toujours, évidemment plein de choses à nous apprendre. C’est aussi travailler sur les mouvements de fond, essayer de comprendre pourquoi des territoires déshérités autrefois à gauche, basculent à droite ou à l’extrême droite. Évidemment, ça demande des enquêtes en profondeur. C’est ce qu’on appelle nous. C’est des sortes de reportages pour lesquels on peut rester très longtemps sur le terrain, une semaine, deux semaines et on y retourne. Euh voilà, c’est des comme des points d’ancrage qu’on fixe pour essayer à nouveau de sortir de l'écume de l’information. Et puis toujours aussi essayer d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Évidemment, la gauche américaine nous intéresse, la gauche allemande aussi, et ses vicissitudes. J’ai en tête l’exemple de Sahra Wagenknecht, qui est vraiment ce nouveau personnage qui marie les questions sociales avec un conservatisme très réactionnaire. Et donc. Ce que ça dit, ce que ça dit aussi gauche que ça dit dans l'état de nos démocraties en Europe. Voilà donc au fond les gauches, on essaye de les suivre en ayant en tête qu’il y a au cœur de la crise de régime actuel, c’est-à-dire les questions sociales et les questions raciales. Et puis en remettant toujours sur le devant de la scène ce qu’on essaye de nous, de nous soutirer ce qu’on essaye de cacher, l'écologie, les questions de logement qui sont au centre des préoccupations des Français, des citoyens, des citoyennes. Et pour terminer, on essaye de faire ce qu’on sait le mieux faire, c’est à dire être des aiguillons, donc y compris de la gauche et des dates, des empêcheurs de tourner en rond.
Mathilde Larrère
Merci. Alors maintenant je vais demander à Théophile de venir pour nous parler du média. Donc le média, vous devez vous en souvenir. C’est un média qui a donc été créé dans l’orbite de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Il a connu un certain nombre de crises dont il s’est aujourd’hui émancipé, tout en restant de façon bien évidente, ancrée à gauche. Alors il y avait l’espoir que l' ARCOM reconnaisse l’importance d’avoir une chaîne de télévision qui ne soit pas détenue par un milliardaire d’extrême droite. Bon, pour l’instant, ça a loupé. D’autres occasions se présenteront, j’espère. En tout cas Théophile, si tu peux nous en dire un peu plus. Merci beaucoup.
Théophile Kouamouo
Merci à toi et merci à vous tous. Alors je vous cache pas que j’ai été un peu stressée à l’idée d’intervenir ici parce que. Que font les gosses dans la mesure où le média a une relation assez compliquée à la gauche, dans la mesure où nous devons sur la place publique à la fois affirmer notre ancrage à gauche pour revendiquer notre place au sein du paysage audiovisuel français. Mais de l’autre côté, nous devons pouvoir prouver à toutes les polices institutionnelles et autres que nous sommes une télévision indépendante qui a sa place parce qu’elle se soumet aux différents critères de l’art, comme nous sommes toujours un peu gênés. Donc notre premier slogan, en fait notre slogan récent, c'était en fait une chaîne d’info de gauche. Et aujourd’hui ça a changé parce que finalement on ne sait pas sur quel pied danser et finalement nous intervenons, nous faisons notre métier dans un contexte de domination, nous sommes dominés par les autres et c’est dans ce contexte de domination que nous devons avancer nos pions et donc nous adapter à la donne. Agir finalement dans une sorte de contre permanent. Et justement, en réfléchissant, je me suis dit que je vais commencer à parler avec vous en évoquant Patrick Chamoiseau et le titre d’un de ses ouvrages, c’est écrire en pays dominés. Parce que nous, les journalistes indépendants, nous écrivons, nous faisons notre métier en territoire dominé et la gauche, il me semble, la gauche institutionnelle et la gauche de tout court. En fait, elle fait de la politique et elle s’exprime en territoire dominé désormais. Parce que la médiation médiatique, c’est le cœur en fait de l’activité politique en 2024 et la médiation médiatique aujourd’hui en fait, et est un espace absolument dominé par les droites, les droites de l’argent et également les droites du pouvoir. Parce qu’aujourd’hui, il faut bien admettre que le service public de l’audiovisuel et macroniste, il est macroniste. Il est donc contrôlé par la droite macroniste comme BFM est contrôlé par des forces de droite comme Seignosse et contrôlées par des forces de droite. Comme le monde est contrôlé par des forces de droite comme le Figaro et contrôlé par les forces de droite, alors je me suis de me poser la question. Nous, nous essayons de ruser en fin de chaîne d’info de gauche un jour et. Vous allez. Enfin retrouver le goût de l’info. L’autre jour, on essaie de passer à travers, à travers les mailles du filet. Et la gauche institutionnelle, comment ? Qu’est ce qu’elle fait ? Comment dans ce contexte ? Elle agit, elle interagit avec le champ médiatique. Et il me semble que la gauche institutionnelle, une grande partie de la gauche est sillonnée. La choisit de répondre à ce défi d’intervenir en territoire dominé. En se soumettant, elle se soumet aux dominants, elle nourrit l’adversaire pour pouvoir être acceptée à l’agora publique, c’est -à -dire dans les chaînes d’information, dans les médias dominants. Elle se caricature elle-même. Et on a vu qu’une des figures de style préféré de la gauche aujourd’hui, c’est de se déchirer devant les caméras de télévision. Voilà Roussel, Ruffin et Mélenchon et les différents partis du PS s’invectivent devant les caméras de télévision, mais parce qu’ils et elles ont compris que c'était le meilleur moyen pour eux, pour eux, d’intervenir sur le champ médiatique. Il est évident qu’un politique ou une politique qui met un petit coup de pied dans la fourmilière, qui détruit toute capacité de cohésion de la gauche, a beaucoup plus à éviter que quelqu’un qui va essayer de poser un discours qui sort de l’agenda préétabli par les médias dominants. La gauche, donc, agit ainsi, elle se soumet, elle se soumet. C’est une forme de colonialité politique qui la tue chaque jour un peu plus. Parce qu’effectivement Patrick Chamoiseau écrit écrire aux pays dominés. Parce qu’effectivement, dans le champ littéraire, dans le champ artistique, dans le champ du cinéma, en fait, des pays dominés comme peuvent l'être la Guadeloupe, la Martinique, même si c’est dans le territoire français. Mais les pays dominés dans le sud global avant les grands, disons les grands équilibrages qui sont en train de se produire. En fait, quand Sembene Ousmane ou je ne sais pas qui dit Prix Diop Mame Betty devait faire des films, il faisait des films qui étaient financés par la francophonie, donc il était obligé de se soumettre. C’est exactement ce que fait la gauche institutionnelle aujourd’hui. Elle le fait alors et d’autant plus paradoxalement que le rapport qu’elle peut entretenir. Avec les médias indépendants qui sont, disons, sociologiquement de gauche et également un rapport de domination. Autant elle domine, autant elle est dominée dans le champ médiatico politique, autant elle veut dominer le champ médiatique de gauche. C’est à dire c’est vraiment la caricature, je ne sais pas, de l’homme du monde du mal en territoire colonial qui est dominé par la colonisation et qui veut dominer sa femme. Nous on est des femmes, des politiques de gauche, donc en fait ils veulent nous dominer et donc ça fait que la situation est compliquée. Je prends l’exemple de Face aux invités, c’est une émission qu’on avait fait, plusieurs médias indépendants. On s'était mis ensemble pour interviewer des candidats de gauche. Vraiment, c'était spécifique de gauche aux élections présidentielles et la majorité, les plus gros candidats n’ont pas voulu venir à Jean-Luc Mélenchon. Fabien Roussel En fait, ils n’ont pas voulu venir. Et quand vous voyez que des personnages politiques de gauche, quand ils ont une annonce à faire, quand les temps s’accélèrent d’un point de vue politique, leur premier réflexe, c’est d’aller sur BFM et d’aller sur scène, c’est d’aller chez Hanouna. C’est-à dire qu’ils ne se sentent pas le pouvoir d’imposer leur propre média, pas leurs médias qui leur appartiendrait. Mais c’est-à-dire, imaginons qu’ils fassent des effets d’annonce très régulièrement sur le média, sur Mediapart dans Politisent. En fait, les autres médias sont obligés de citer la source où ils se sont exprimés, mais ils s’y refusent parce qu’en fait ils acceptent la logique globale de la domination. Il faut que quelqu’un domine. Donc soit je suis dominé et je me soumets, soit je suis capable de dominer parce que dans ce champ spécifique, j’ai l’impression que je peux dominer et là je domine, je commande, je j’impose, je fais des caprices, je boycotte et. Et même dans notre champ médiatique, dans le champ des intellectuels, beaucoup d’intellectuels, par exemple, quand ils sortent un livre, ou bien ils ont une actualité et qu'à un moment. Donné ils changent de sphère, ils quittent la sphère des indés pour rentrer dans la sphère où à peu près tous les médias souhaitent parler avec eux de manière systématique. Un grand nombre d’entre eux, pas tous, privilégient les grands médias, privilégient les médias qui sont non seulement dominants d’un point de vue économique et par leur surface, mais qui sont également dominants d’un point de vue idéologique. Et donc c’est ce paradoxe de la domination, la colonialité que je voudrais qu’on réfléchisse aux rapports entre les médias indés dits de gauche, la gauche et les rapports également entre la gauche et la sphère médiatique en général.
François Bonnet
Merci Théophile. Médiacités, c’est un site d’enquête locale, alors sur quatre villes, Lille, Lyon. Toulouse et Nantes. Alors ces articles bousculent régulièrement les potentats locaux, les gestions des collectivités locales, Médiacités aussi régulièrement et attaquée devant la justice sans être condamné du reste. Mais il y perd beaucoup de temps et d’argent. Et Benjamin Peyrel va répondre à cette question puisqu’on parle de gauche, c’est est ce que la gauche est aussi bête et méchante que la droite avec la presse quand elle accède au pouvoir dans les différentes collectivités locales, mairies, départements ou conseils régionaux ? Mais tu peux dire bien d’autres choses aussi.
Benjamin Peyrel
Je vais essayer de répondre à cette question. Mais tout d’abord, je voulais te remercier François et remercier le FDL d’avoir et d’avoir invité les cousins de Provence à cette soirée, parce que c’est vachement sympa de sous entendre un petit peu tout seul dans nos villes un peu éloignées du périph. Et donc c’est bien de se sentir. Et Marie de Rue89, Lyon le disait tout à l’heure c’est bien de se sentir faire partie de cette presse indépendante parce que localement, il y en a, il y en a besoin, il y a besoin d’une presse indépendante parce qu’effectivement tous les tous les pouvoirs, je veux dire de gauche comme de droite, sont parfois très bêtes et méchants localement et. Et il est important que face à eux, que face à ces pouvoirs, il existe une presse d’enquête qui sorte des affaires, qui s’intéresse aux politiques publiques et qui essaie d’apporter au public des enquêtes et des articles qui puissent lui permettre de vivre une vie de citoyen éclairé dans une démocratie digne, digne de ce nom. Donc pour la question de base du débat, c'était que font les gauches ? Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’on avait un avantage, c’est qu’on est donc à Lille, à Lyon, à Nantes et à Toulouse et que dans au moins trois de ces villes, la gauche est au pouvoir. Donc on peut dire que est en situation de faire quelque chose et elle est en situation de se diviser, elle est en situation de se tirer dans les pattes, elle est en situation de temps en temps de se mettre d’accord comme en juillet dernier quand l’urgence l’exige. Mais elle est en situation de gouverner, donc elle fait des choses et Médiacités. Il y a quelques années, en fait, en 2020, juste après les dernières élections municipales, on s'était dit que ce serait intéressant de mesurer ce qu’est le fait de mesurer ce que font les gauches et une fois qu’elles sont au pouvoir. Et ça, comment on le mesure ? Eh bien, tous les mois, il y a dans chacune de nos grandes villes, à Nantes, à Lyon, à Lille, des conseils municipaux, des conseils métropolitains, des moments où se prennent les décisions, où sont votées les décisions par le pouvoir et par la gauche au pouvoir. Donc ça, on a décidé de le mesurer concrètement. Ces gens sont, sont arrivés, se sont fait élire et ils ont fait, ils ont fait des promesses. On a listé toutes ses promesses à Nantes, c'était 412 promesses pour un pour Johanna Rolland qui est la mairie et président de la métropole de Nantes, 412 promesses de campagne. Et donc on s’est dit est ce qu’ils vont les tenir ? On a créé un petit outil qui fait un gros outil qui s’appelle qui s’appelle Radar, parce qu’on aime bien aussi les tableaux Excel. On a essayé de mettre tout ça dans des cases et puis de voir promesses après promesses et donc été, promesses après promesses pour voir si ces promesses étaient tenues. Donc on épluche les comptes rendus de conseils municipaux, on fait des enquêtes, on part en reportage, on va interroger les habitants et on vérifie les unes après les autres si elles sont tenues. Alors on a commencé à faire un premier bilan là, et on se rend compte que dans les villes où ou où la gauche est au pouvoir, donc dans nos trois villes, on en est à peu près à mi mandat, à 40 % de promesses tenues. Alors parfois, c’est étonnant, je vais prendre l’exemple de Lille à Martine Aubry. On va prendre deux promesses de Lille. Il y avait une promesse sur la gratuité des transports aux moins de 18 ans, aux personnes handicapées et aux seniors. Celle-là, elle n’est pas tenue, en tout cas pas encore tenue. En revanche, la promesse sur l’augmentation de la vidéosurveillance et la création d’un centre de surveillance urbain, celle-là est tenue. Et ainsi de suite. Comme ça, on peut en lister, en lister et en lister. Parfois, il y a des promesses qu’on a du mal à évaluer véritablement. Une des promesses de Johanna Rolland à Nantes, c'était de devenir la première ville non sexiste de France. Pas facile. Il se passe des choses, incontestablement. Il y a des avancées, il y a des décisions qui sont prises, Il y a des subventions qui sont versées aux associations. Il y a une volonté de lutter contre les violences sexuelles. Mais devenir la première ville non sexiste de France, je ne suis pas sûr qu'à la fin on puisse arriver à cocher une case et à dire OK, cette promesse a été tenue. Donc voilà, c’est à Médiacités. C’est ce qu’on a. Alors on fait plein d’enquêtes. Là, vous avez un exemple, par exemple à Armentières, à côté de Lille un, sur des enquêtes un peu sur les turpitudes d’un élu et la façon dont ce monsieur a détourné une grande partie de l’argent d’un centre d’action sociale. Donc ça, c’est pour la principale partie de notre travail d’enquêter sur les pouvoirs locaux et ce qu’ils font. Et puis on a cette partie sur les gauches au pouvoir, elle gouverne. Qu’est ce qu’elles font concrètement ? On va l’analyser, on va le mesurer et à la fin, à la fin, c’est-à-dire en 2026, au moment où les élus d’aujourd’hui se représenteront devant vous. Alors peut-être pas devant vous, mais en tout cas devant les gens, devant les citoyens de l'île de Nantes et de Lyon. Est ce que. Est ce que la gauche. Est ce que les gauches auront tenu, auront tenu leurs promesses ? Et est ce qu’on peut leur faire confiance ? Et ça, le meilleur moyen de le savoir pour le moment, c’est d’aller sur Médiacités, de lire et de soutenir Médiacités. Parce que François le rappelait. J’en profite, je peux ne pas résister. On est en pleine campagne de financement parce que voilà, la presse d’investigation au local, on en a énormément besoin et elle a besoin de soutien parce que ce n’est pas évident pour plein de raisons que vous pourrez lire sur Médiacités et je pense que j’ai à peu près tenu le temps de parole.
Mathilde Larrère
Alors si en sortant de manif vous terminez au poste, dans un cas, il vaut mieux que vous ayez un numéro d’avocat, dans l’autre c’est bon parce que vous êtes sur la chaîne de David Dufresne. C’est le même nom, mais pas du tout la même, le même accueil. Dans un cas vous ne déclarez rien, dans l’autre vous pouvez y aller. Donc j’invite maintenant Au poste qui que vous connaissez sans doute pour ses live d’ailleurs, on est en live là, non ? Voilà sa communauté sur Twitch et ses causeries. Il y en a de plus en plus avec maintenant des agitateurs et des agitateurs. Donc David Dufresne, fondateur du post Comment ça marche quand il s’agit de politique et de responsables de partis politiques qui se retrouvent au poste ?
David Dufresne
Merci beaucoup. Bonsoir. Est ce que Livre noir est dans la salle ? C’est une question de Mediapart depuis trois ans Au Poste invite chercheurs, chercheuses, écrivaines, écrivains, philosophes, sociologues, avocats, avocates, cinéastes, artistes, activistes, militants, militantes, hommes et femmes politiques, écoterroristes, féministes. Si informer, c’est mettre en forme. Je vais me permettre de vous parler de deux dispositifs que nous avons en poste. Le premier, c’est les live sauvages de manifs en manifs de la place de la République au multiplex façon football mais à Sainte Soline ou contre l’A69. Et surtout, nous avons, Mathilde vient d’en parler. Nous avons des convocations en studio, des causeries, des causeries, des conversations qui peuvent durer 1 h, 2 h jusqu'à 5 h. Pour Ugo Bernalicis, par exemple, comme il s’intéresse à la police, on avait beaucoup de choses à se dire. Un gardé à vue de poste a même évoqué des promenades socratiques. La forme, c’est ça, c’est de prendre le temps. Ce matin, alors que nous discutions avec Ugo Palheta, sociologue et Pauline Perrenot, une des chevilles ouvrières d’Acrimed de leur livre La résistible ascension de l’extrême droite que je vous conseille. J’ai demandé au chat d Au poste de répondre à la question de François Bonnet et du fond pour une presse libre au poste. Et la gauche ? Et quand je dis chat, je ne pense pas à ChatGPT. Je pense à notre chat, à notre agora à Au poste. Tout se fait en public comme en ce moment. Il y a plus de 2500 personnes sur Twitter qui nous suivent plusieurs centaines sur Twitter. Je ne sais pas combien sur YouTube j’avais, j’avais du mal à compter. Tout se fait en direct, en public et en modération expresse, puisque la loi nous y oblige. Et c’est fort bien. Nous devons contrôler l’antenne, même quand il s’agit d'émissions politiques, avec énormément de monde ici ou là. Et là, je salue les modératrices, notamment Euryale qui est en train de travailler. Voici donc un florilège d'éloges du temps long que nous nous évertuons non pas à tuer, mais à remplir, que j’ai recueilli ce matin.
Florent Calvez
Sur Itélé, il y a tout un rituel avant d’entrer dans l’arène : le vouvoiement, le temps qui file, la nécessité de sortir des phrases chocs qui impressionnent le péquin moyen. Or, le temps long, le bordel technique de post, ça arrache tout ça et permet à la pensée de s’exprimer, voire de se créer, notamment dans le tchat. Pierre propos précipité ne peut offrir. Et ça, ça vaut pour toutes les chaînes d’info, que des idées courtes, celles qui justement suffisent au néo oppose le fascisme au crypto fascisme. D’ailleurs, dit on recherche bien plus ce qui unit les gauches que ce qui les sépare. Staline je suis désolé, je ne suis pas responsable des pseudos Staline. Ici, la gauche peut parler de fond et de stratégie sur les médias dominants. La gauche ne peut que réagir. C'était ce qui était dit à l’instant par le collègue du média. Manuel Bompard est venu deux fois au poste, la première fois 2 h et demie, la deuxième fois 2 h et demie. Lors de sa première convocation, il a eu cette phrase : Vous ne construisez pas un peuple révolutionnaire en faisant un compromis avec le système médiatique. La seconde fois, alors qu’il se plaignait fort justement de l’inconfort de notre canapé, je lui ai demandé de décrire précisément l’ambiance des réunions à l’Élysée lors du feuilleton estival de l’introuvable Monsieur le Premier ministre. En quoi leur caractère orchestre le décorum pèse sur la rencontre et la fabrication de l’information. Bompard répond : C’est le grand risque. C’est un point de vigilance. L’institution peut avoir tendance à vous ramollir parce qu’il faut être bien élevé, parce que c’est quand même le président en face. Le cadre ne doit pas vous pousser à modifier la position qui est la vôtre. Autre salle, autre ambiance à la Fête de l’Huma, il y a quelques jours, Marine Tondelier au micro, en poste en main, s’est livrée à un exercice inédit et décomplexé qui était totalement improvisé. Elle est devenue speakerine. J’utilise le terme qu’elle a employé pour Au poste en explorant les allées tout en partageant des réflexions sur l’engagement politique et écologique. Une immersion improvisée, spontanée et militante, absolument introuvable ailleurs. Ces moments, ces rencontres constituent des instants où s’articulent une pensée critique et des pratiques et des théories et de l’intime. Des moments où le masque tombe quand l'énergie surgit. Et c’est là où j’aurais peut être des discussions avec mes collègues ou je pense que la presse indépendante se doit aussi de renouveler la forme et de ne pas singer la presse dominante et de permettre des moments comme ça qui sont hors du temps, hors des choses. Il fut un temps où les parlementaires participaient en direct, où des parlementaires partis de gauche à l’ajout de gens de gauche participaient en direct à notre chat lors de débats à l’Assemblée nationale ou aux débats. Sandrine Rousseau, bien connue de nos services, qui vient Au poste sans une seule question sur le moindre retweet ou la moindre petite phrase, mais qui, en confiance, développe sa pensée éco féministe et jouent le jeu du débat avec les uns et les autres ? C’est à cela que nous croyons. Développer un arbre, un arbre, un abri à palabres où les gauches médiatiques et invisibles peuvent se frotter et donner des pistes pour des actions transformatrices. Un espace où les divergences peuvent être discutées sans être caricaturées, en renforçant la culture du débat. En somme, croire en l’intelligence collective. Et je n’ai jamais écrit de truc. C’est à cause de Monsieur Bonnet il m’a dit écrit il faut que ça fasse quatre minutes
François Bonnet
Tu as débordé ?
David Dufresne
Oh non, non, non, jamais.
François Bonnet
De toute façon, on a tous débordé, comme il faut qu’on rende la salle à 22h, on va prendre rapidement deux questions et puis après on reviendra sur ce débat.
Spectatrice
C'était juste une petite question pour Au poste que je vous regarde depuis des années et tout ça me fait. Toujours rire. De vous entendre avec votre humour et tout ce qui me fait. Toujours rigoler. Et depuis. Des années, on vous suit et on veut savoir. Est ce que vous allez faire une TV. Est ce que vous allez être sur des sites de TNT ou pas ?
David Dufresne
En tant qu’humoriste et humoriste, je ne pense pas, mais je pensais qu’on aurait le temps de développer. Je crois qu’en effet, l’ironie. Et là, je me réfère aux travaux de Mathilde Larrère. Je ne sais pas qui parle dans son dernier livre du dénommé Louise Weiss, qui, suffragette, qui a mis l’ironie au cœur dans les années 30 au cœur de ses actions politiques. Et je pense que l’ironie, l’humour et sont des armes absolument essentielles justement pour ceux un peu décomplexés. Aller au fond des choses, permettre la critique. Évidemment, l’humour permet la critique. Pour la TNT, c'était le choix plutôt du média et peut être à eux de répondre. Mais la TNT, pour moi, c’est comment dire. C’est de la télé et je ne pense pas qu’on doit aller forcément sur ce terrain là. Que certains veuille le faire, c’est super, mais nous voulions tous y aller, pas forcément.
Spectateur
Bonjour ! Ben moi j’avais fait une remarque pour la table ronde précédente mais je n’ai pas eu le temps de la poser, du coup ça s’est transformé en question donc tant pis pour vous. Euh en fait je suis arrivé et j’ai ouvert un journal qui était à côté là, et je suis tombé sur une double page et directement sur la double page, mais en gros titre abolitionniste. Donc pour les personnes qui se poserait la question de ce qu’est l’abolitionnisme, c’est la discrimination envers les travailleurs et travailleuses du sexe. Et tout à l’heure, il y a quelque chose qui m’a fait rebondir dans la première table ronde a un propos, c’est l’hystérisation de l’information. Et c’est un propos qui est très situé sémantiquement dans une rhétorique sexiste en fait. Et du coup, moi ça me pose des questions aussi par rapport à mon parcours militant dans des groupes de gauche autonomes. Et je me dis en fait, à gauche, comment on fait ? Vous parliez de quoi, De comment on était en terrain dominés Et en fait ça s’exprime aussi, nous en interne, que ce soit quand on fait remonter des problèmes de racisme, de sexisme, de phobie, de validisme, parfois on a des réactions qui sont presque hostiles à gauche quand on vient questionner ces rapports de pouvoir qui ne sont pas considérés comme aussi légitimes qu’une critique du capitalisme, aucune critique qui serait plus placée sur l'écologie et l’environnement, etc. Et donc, comment on fait pour se faire entendre quand on est aussi minoritaire à d’autres titres que les grands sujets de gauche, même s’il y en a, ça a été dit tout à l’heure, qui sont de plus en plus mainstream, notamment le féminisme qui est aussi dévoyé et détourné. Donc et comment on fait aussi pour justement ne pas nourrir des courants à gauche qui vont aller se mettre en accord avec l’extrême droite, par exemple des courants masculinistes ? Les phrases typiques de Fabien Roussel sur des trucs hyper racistes, des trucs en opposition au végétarisme ou je ne sais pas quoi, on le voit se répéter et c’est fatigant, c’est usant, ça pousse les minorités à s’isoler en fait, des courants de gauche majoritaires parce qu’en fait c’est trop difficile. Et donc voilà comment, comment est ce qu’on fait pour faire face à ça ? Carine, tu voulais répondre.
Carine Fouteau
Oui, je veux bien répondre en un mot parce que je pense la première chose c’est d’avoir conscience de ce que vous dites et puis ensuite c’est de changer nos pratiques, y compris dans les rédactions. Nous, c’est ce qu’on a fait à Mediapart en nommant déjà il y a un certain temps, une responsable aux questions de genre, qui a un regard sur les termes qu’on utilise, les définitions, voir si elles posent des problèmes, essayer de déconstruire. Et puis travailler aussi sur qui on interroge dans nos papiers. Est ce qu’on interroge toujours les mêmes personnes, à savoir des hommes ? Est ce que dans nos conférences de rédaction, entre nous. Est ce qu’on donne toujours la parole en premier aux mêmes personnes, c’est-à-dire des hommes, etc. Donc à la fois dans notre organisation mais aussi dans notre travail éditorial, on a cette réflexion là et là, je suis assez fière de pouvoir dire qu’on a nommé très récemment une personne qui va de la même manière s’intéresser aux questions raciales à Mediapart, et donc qui va jouer ce rôle de vigie à la fois sur la terminologie, la manière dont on évoque certains sujets et pas d’autres, les images qu’on met à la, euh, comment elles représentent des catégories de personnes ? Est ce qu’elles risquent de les invisibiliser ? Bref, on essaye d’avoir un travail introspectif sur ce qu’on fait et je pense que c’est déjà un premier pas pour pouvoir, pour progresser. Et donc je donne le nom de ces personnes là, puisque invisibiliser c’est fait, ne pas donner les noms. Donc là, notre responsable aux questions de genre, c’est Léna, elle qui est aussi co-directrice éditoriale, et Sabrina Cassin qui vient d'être nommée responsable aux questions, aux questions raciales.
Mathilde Larrère
Alors dernier thème, face à la crise écologique et climatique, autant vous dire que le traitement dans les médias dominants est très préoccupant. Alors je ne sais pas si parmi vous il y en a qui étaient samedi dernier à l’Académie du climat. Il y a eu une journée consacrée à cette question par des reporters et une journée qui d’ailleurs sera bientôt en ligne sur un site de podcasts qui s’appelle Spectre. Là aussi, on est dans les médias indépendants. Et ce qui a été dit par la plupart des intervenants, c’est une analyse de la façon dont c'était mal traité dans les médias dominants. En effet, différents intervenants ont montré que les télés, par exemple, adorent montrer des images des catastrophes climatiques en poussant des grands cris. Que donc d’eau, mais sans jamais réfléchir aux causes. Je me souviens par exemple aussi d’un article de Samuel Gontier, toujours dans Télérama, sur le traitement de la canicule dans les journaux télévisés. Alors c'était soit il fait chaud, mais c’est normal, c’est l'été. Ou alors nous allons suivre et genre nous allons suivre. George c’est un glacier. Il trouve ça très bien la canicule. Ça n’allait pas beaucoup plus loin comme analyse, qui est pour le moins préoccupante. Les experts qui se succèdent sur les plateaux, eh bien la presse indépendante, fort heureusement, creuse un peu et voit que bien souvent, ils viennent de think tank qui sont en fait financés par les compagnies pétrolières. De toute façon, la gravité du réchauffement climatique, la gravité de l’extinction de la biodiversité sont totalement minorés, pour ne pas dire effacées du traitement de l’information dans les médias dominants. Mais heureusement, il y a d’autres médias pour parler de ça et intervenir. Et pour ce faire, nous en avons invité cinq. Et je vais commencer par donner la parole à Reporterre. Donc un média créé par Hervé Kempf, média numérique de référence tout entier dédié à l'écologie, ses luttes et ses idées, ses avancées et ses reculs. Donc, c’est un média que vous devez connaître, qui s’est imposé par ses reportages et ses enquêtes. D’ailleurs, on peut lire aujourd’hui un article très intéressant sur la croisade anti écolo des médias d’extrême droite. Donc j’appelle Émilie Massemin qui est journaliste à Reporterre et qui va nous expliquer les priorités des mois à venir.
Émilie Massemin
Bonsoir, Merci à toutes et à tous d'être là pour cette soirée. Donc Reporterre, notre ligne éditoriale, c’est le traitement de l’actualité au jour le jour à travers le prisme de l'écologie politique. Parce qu’on considère que la crise écologique qu’on vit, c’est le plus grand défi de notre temps. Donc, à travers notre ligne éditoriale, on affirme que l'écologie a une dimension essentiellement politique, dans le sens de la justice sociale et de l'émancipation. Donc ça, c’est la base. Après, comme toutes et tous, on a été très frappé et choqué par la séquence politique qui s’est ouverte après la dissolution de l’Assemblée nationale. Et on s’est posé encore plus la question de notre positionnement. Ce positionnement, c’est que plus que jamais, on accorde une attention particulière aux luttes locales, aux luttes écologistes contre les grands projets inutiles et imposés. Notre Dame des Landes. C’est une lutte historique qui est au cœur, qui est au cœur du démarrage de Reporterre. Ça a continué depuis. Et ma collègue Laurianne Chollet, une carte de France des luttes locales. Et en ce moment, on suit énormément la lutte contre le projet d’autoroute à 69 et le projet contre les méga bassines. Pourquoi ? Évidemment parce que c’est des projets qui sont éco sidère. Ce n’est pas nous, à Reporterre qui disons, c’est également la science. Parce qu'à Reporterre on s’appuie sur tout ce qui est recherches scientifiques et on publie très régulièrement des articles sur des travaux de recherche sur le climat et la biodiversité. Et ça c’est important de le rappeler parce que on fait souvent le procès aux médias écologistes d'être des médias partisans, engagés comme si on n'était pas vraiment journalistes, On n'était pas forcément nos articles, ne reposait pas sur la science. Mais c’est faux. Il y a un consensus scientifique sur le réchauffement climatique. C’est malheureusement utile encore de le rappeler. Et mon collègue Vincent Luquet a d’ailleurs montré que ce n'était pas forcément l'écologie qui n'était pas scientifique. C'était plutôt l’inverse puisqu’il a publié un article très intéressant que je vous recommande sur Emmanuel Macron, qui s’est auto proclamé voie centriste de la raison et qui en fait, a des positions complètement à rebours des connaissances scientifiques sur les pesticides, la 69 et les méga bassines notamment. Ces mobilisations, ces luttes locales, c’est aussi la question de nos modes de vie qu’elles posent, la manière dont on se déplace, la manière dont on mange, le modèle agricole qu’on défend. Et ça pose aussi la question de la répression d'État répression des militantes et des militants, mais aussi des journalistes, puisque, à Reporterre, plusieurs journalistes ont été poursuivis en justice pour avoir couvert ces luttes. Depuis le mois de juin et plus encore. Ces luttes, elles nous intéressent aussi parce que très souvent, elles tiennent une place. Elles prennent place dans des milieux ruraux qu’on présente souvent comme acquis au vote sur au Rassemblement national. Donc c’est un axe qui est vraiment important pour nous, en fait, de travailler à cette question des ruralités. À Reporterre, on a un régime de télétravail régional, on a la possibilité de vivre en région et de venir à Paris seulement une semaine par mois. Ce qui fait qu’on a plusieurs journalistes qui, depuis des années, vivent dans ces territoires, dans un petit village du Gard, dans un petit village d’Ariège. Et c’est quelque chose qui est précieux aussi pour nous. On s’appuie sur un réseau très dense de correspondants locaux, parce que c’est vraiment important d’avoir cet ancrage territorial et d'être au plus près des territoires. On a un article, qui a été publié aujourd’hui sur la vidéosurveillance qui se développe dans les villages. Et enfin, dans ce contexte là politique, il nous semble plus que jamais important de documenter le climatoscepticisme de l’extrême droite, ces saillies anti écolo. Donc on l’a fait. Mathilde la dit aujourd’hui en parlant de la croisade anti écolo des médias d’extrême droite, mais on la fait aussi en s’intéressant à ce qui se passe ailleurs. Par exemple, la manière dont des militants d’extrême droite allemands rachètent des villages, s’installent dans des fermes dans l’est de l’Allemagne pour diffuser leur idéologie. Donc c’est plus important que jamais de faire ce travail là. Et enfin, on essaie aussi de travailler la question des imaginaires, puisque c’est une chose de dénoncer et de rappeler inlassablement la réalité de la crise climatique. C’est aussi important de montrer que chacun et chacune, parfois il y a des initiatives un peu partout sur les territoires pour proposer des alternatives et créer d’autres imaginaires. Merci.
François Bonnet
Merci. Alors, après Reporterre. On va écouter. Vert, Vert qui sous titre le site, le média qui annonce la couleur, c’est ça ? Je ne me suis pas trompé. Le voilà vert qui traite également de toutes les questions d'écologie, suivi des luttes, bataille des idées et tu vas nous expliquer la suite Loup Espargilières l’un des fondateurs de Verts.
Loup Espargilières
Bonsoir, Merci de l’invitation Je voulais savoir s’il y en a dans la salle des gens qui connaissent Vert ? Ouais ok, pas mal. Pas tout le monde où j’ai quand même bien fait de venir. Ok, très bien. Alors je vais compléter un tout petit peu la présentation. Vert, c’est un média en ligne qui raconte toute l’actualité de l'écologie de manière simple et cool. En fait, on essaye de prendre les sujets les plus compliqués et les plus désespérants, tout ce qui est autour de la crise climatique et de rendre ça simple, accessible. Et en fait on donne des infos et de la force, donc on pratique un peu l’humour à notre modeste niveau. On fait pas mal de jeux de mots là vous voyez Météo France, ça va être excellent, mais voilà, on essaye de faire des trucs bien et on est un média qui travaille beaucoup aussi avec des scientifiques. C’est un média qui est très ouvert aussi sur son écosystème et c’est vraiment pour ça qu’on n’est pas au d'être là avec tous ces médias qui s’engagent et notamment avec cette urgence qui venait vraiment de la perspective de voir l’extrême droite arriver au pouvoir. Et on travaille à la fois avec des médias indépendants et aussi avec des médias, des gros médias mainstream, avec France Inter, avec Konbini et d’autres. Et on a participé notamment à mettre sur pied la charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, qui a un texte en gros qui aujourd’hui sert de boussole auprès de 200 médias qui l’ont signé, qui permet en fait à tous les journalistes de tous les médias de mieux traiter leur sujet à la lumière des crises écologiques. Et nous, on se définit comme un média généraliste de l'écologie. On n’est pas un média spécialisé, on a un média qui parle de tout avec, avec le prisme de l'écologie. Est ce y en a qui connaissent Pascal Praud dans la salle ? Il n’y a que ça qui connaît Pascal pour lever la main ? Il n’y aurait plus que vous informez super mal, mais très bien. Je pense que vous avez bien fait de venir ce soir. Alors Pascal Praud, on le lit dans ce nouveau magazine, Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de feuilleter le JDN News. Donc pour celles et ceux qui ne connaissent pas le sujet des news, c’est la contraction de JDD et CNews. Voilà, c’est aussi fainéant que ça comme titre. Et c’est le nouvel hebdomadaire du groupe Bolloré. Pourquoi je vous en parle ? Déjà ? Parce que c’est une lecture indispensable. On y retrouve toutes les obsessions et la dream team de l’extrême droite. Il y a Onfray, il y a Pascal Praud, il y a tout le monde et on y retrouve évidemment les thèmes principaux. Et ce numéro est d’ailleurs dédié à la liberté d’expression. Et je pense que vous avez compris maintenant que la liberté d’expression, c’est le faux nez de mon opinion contre les faits. Et je peux raconter absolument ce que je veux. Et la science n’a aucun intérêt à ce que racontent les experts n’a absolument aucun intérêt. Et pour vous en convaincre, je vais vous lire Pascal Praud dans le jeu des news. Alors les choses se compliquent si une voix conteste l’idéologie dominante au hasard, citons le réchauffement climatique, un sujet qui m’intéresse. Amusez-vous à critiquer un rapport du GIEC. La planète brûle, l’homme est responsable, c’est une vérité révélée. Alors déjà parce qu’elle le prouve maintenant, ils osent dire qu’il y a un changement climatique, ce qui n'était pas le cas il y a un petit moment. C’est une vérité révélée. Je reçois sur le plateau de Cnews des scientifiques qui nuancent cet axiome Ils sont cloués au pilori. Il existe des mots qui tuent. Climato sceptiques, complotistes ont des étiquettes qui. Collés au dos de. Certains promettent des fins de carrière comme celle de Pascal Praud, bien sûr. Bon voilà, j’ai lu ce magazine pour que vous n’ayez pas à le faire. Mais ce que ce magazine raconte, outre les ingénieries habituelles de l’extrême droite. C’est que la coalition. En fait, moi, ce que je suis, je suis très admiratif de l’extrême droite pour ça, C’est que ça fait des années qui sont hyper bons pour faire front commun. Alors ils sont aidés par le fait qu’ils appartiennent tous à la même personne. Généralement, ça aide à créer des solidarités. Mais dedans, on a tous les journalistes de ces nuls Europe1, Paris-Match qui interview les uns les autres et on les retrouve sur les antennes de télé, les antennes de radio et j’en passe. Et ça, c’est quelque chose que j’avais déjà analysé à l'époque où je travaillais à Mediapart, et on avait écrit avec ma collègue d’alors, Lucie Delaporte, un article l’Union des droites passe par les médias. Ils ont raconté comment l’extrême droite avait fait naître toute une galaxie de médias indépendants. C’est le critère de l’extrême mode des petits médias et en fait de créer des ponts entre les petits et gros médias pour saturer l’espace public. Et donc nous, on doit être capable de faire ça aujourd’hui, de s’unir et de prendre l’espace qu’on peut prendre aujourd’hui pour changer le récit, changer de narratif et mener la bataille culturelle. Puisqu’il n’est plus question de laisser Pascal Praud dire qu’on ne peut plus rien dire, il faut juste ne plus le laisser parler et avoir une force de frappe médiatique comparable à celle de Pascal Praud aujourd’hui. Donc j’avais prévu de dire un autre truc, mais je pense que je suis déjà un petit peu long. Donc voilà, abonnez-vous à Vert et à Pascal Praud si vous le voulez. Merci et bonne soirée.
Mathilde Larrère
Alors maintenant, on va demander à une revue dont le sous titre est Revue des écologies radicales, c’est-à-dire Terrestres. C’est une revue des idées, des livres, des travaux scientifiques qui irriguent la pensée écologiste d’aujourd’hui publie des reportages, des entretiens, des tribunes et Quentin Hardy, l’un de ses animateurs, va vous expliquer les priorités et les projets de Terrestres.
Quentin Hardy
Merci Mathilde, merci aux FPL et bonjour à tous et à toutes. Alors moi je vais embrayer sur un sujet qui fait la suite du billet humoristique mais en un peu plus sérieux. Mais vous verrez, il y aura des passerelles entre ce qu’a dit l’humoriste et moi. Alors il y a quelques jours, la FNSEA, principal syndicat agricole, a publié un projet de loi visant à détricoter ce qu’il reste de réglementations environnementales, sans un mot pour le sujet du foncier, qui est pourtant crucial. Après sa récupération de la révolte des agricultrices et agriculteurs de janvier dernier et l’influence qu’il a eue sur la première version de ce projet de loi, le syndicat du complexe agroindustriel démontre une nouvelle fois sa capacité à orienter largement l’action du ministère de l’Agriculture. Regardons la situation agricole à l'échelle globale. D’après l’ONU, 40 % des terres agricoles dans le monde sont désormais dégradées. Si l’on prolonge cette dynamique destructrice en 2050, cette surface grande comme l’Amérique du Sud qui se trouvera dans cet état, cette dégradation se double d’une dépossession systématique qui se poursuit depuis quatre siècles sur tous les continents, avec la privatisation des terres communes qui accompagnent le développement du capitalisme sous des dehors du développement. Ce mouvement empêche les paysannes et paysans d’assurer leur subsistance en France, d’ici 2030, la moitié des agricultrices et agriculteurs vont partir à la retraite et c’est près d’un quart des terres agricoles qui vont changer demain. 200 fermes disparaissent chaque semaine. Et si le complexe agroindustriel poursuit sa route sans rencontrer d’obstacles, la dynamique d’agrandissement, de robotisation. L’empoisonnement généralisé se poursuivra. A la Revue Terrestre, nous publions des longs formats qui mêlent l’actualité des idées au temps long de l’analyse afin de démultiplier les scènes de la catastrophe écologique et d’ancrer matériellement et localement les manières de lutter et de bifurquer. Avec le collectif Reprise de Terre. Nous enquêtons depuis plusieurs années sur les questions agricoles et le foncier car il nous a semblé crucial d'étendre les mobilisations autour du climat et du CO2 vers la question des terres, les terres. C’est pourquoi on défend que ce bouleversement du monde agricole puisse être une opportunité pour des changements émancipateurs. Sortir ces terres du productivisme, de l’accaparement et de la concentration pour les orienter vers celles et ceux qui souhaitent cultiver de manière durable tout en préservant la vie sauvage. Impulser une réforme institutionnelle de grande ampleur pour transformer le foncier agricole en biens communs, c’est-à-dire opérer un partage démocratique équitable et soutenable de l’accès aux ressources. Troisièmement, reprendre la terre aux machines, c’est -à -dire mettre un terme à un siècle d’industrialisation de l’agriculture et de l’alimentation qui nous a dépouillés des savoirs faire sur nos milieux de vie. Et enfin, instaurer une sécurité sociale de l’alimentation pour rendre une alimentation de qualité accessible à tous. Sans le logiciel de l’application dont vous parliez tout à l’heure et rendre viable des dizaines de milliers de fermes paysannes. Ce retour sur terre est urgent et vital. La détresse des agricultrices et agriculteurs lors de la révolte du début d’année a montré combien l’impasse du complexe agroindustriel était totale au point d’extrême conquête du capitalisme sur chaque parcelle de nos vies et d’extrême dépendance aux marchés. Pour assurer nos moyens de subsistance, il est souhaitable d’enclencher un mouvement de marchandisation. Il y a 80 ans, l'économiste hongrois Karl Polanyi nous avait alertés avec la révolution industrielle. Pour la première fois dans l’histoire, la terre, la monnaie et le travail ont été transformés en marchandise. Ce que l’histoire a fait, nous pouvons le défaire. Il est temps de libérer la terre, la monnaie et le travail de leur assujettissement marchand, alors que les principaux milliardaires approfondissent leur sécession avec le reste de l’humanité et font de la conquête de l’espace leur ultime utopie politique. Viser un nouveau partage des terres, vouloir mieux se nourrir, replanter des haies, réinventer le métier de paysan des paysans et agencer nos machines à nos usages est l’exact contraire d’une utopie. Nous sommes attachés à la terre pour expérimenter d’autres manières de vivre, de penser, de sentir. Est habitée cette vieille terre nourricière. Il est essentiel, dans la bataille des idées qui fait rage, de rappeler les faits. Si la vie et la sécurité sont menacées, ce n’est pas par des faits divers ou des remplacements fantasmés, c’est par l’enjeu de la subsistance dont la terre est le fondement et le vivant la condition. Il est crucial de dépasser les questions de vote pour ramener le politique vers la subsistance et vers la construction de réseaux d’entraide dans des territoires partagés. Bâtir en commun sera une aventure joyeuse. Si le monde définit les individus et les groupes sont porteurs de possibles et de potentiels infinis. Merci pour votre attention et merci.
François Bonnet
Alors, on va donner la parole à Splann. Il faut connaître parce que c’est un site d’enquête qui s’est imposé très vite par des enquêtes exceptionnelles qui ont été reprises du reste par beaucoup de médias nationaux et qui s’est spécialisé pour nous raconter les ravages de l’agroindustrie en Bretagne et sur les diverses collusions entre élus locaux, FNSEA et lobbies agricoles. Je vous conseille également la newsletter parce qu’on y découvrait par exemple, samedi, on pouvait lire comment Antoine Armand c’est notre nouveau ministre de l’Économie et des Finances est un relais dévoué du puissant lobby du cochon. Voilà Pierre-Yves Bulteau
Pierre-Yves Bulteau
Merci François, Merci. Alors chez Splann, on n’a pas 2,20 € à mettre dans des news, mais on a des bénévoles qui achètent des bouquins. Et c’est grâce à ces bénévoles que j’ai entièrement exploité que je vais pouvoir vous faire ce petit speech. Je suis très heureux de faire partie de cette table ronde des écoterroristes indépendants ou plutôt des illusionnistes. Et en fait les illusionnistes. C’est le titre de cet essai d’Erwan Seznec et Géraldine Vosner qui sont tous les deux journalistes au point et tout à l’heure à elle toute seule sur les plateaux d’info en continu. Et en fait, en quoi il est remarquable ce bouquin de Géraldine Vosner et d’Erwan Seznec ? C’est qu’il décrit à merveille la guerre des récits qui se joue aujourd’hui au quotidien pour nos médias, donc pour nos sources, donc pour nos auditoires et donc pour l’intérêt général et en fait pour vous. En fait, leur thèse, elle est simple et elle rejoint un peu ce qu’a dit Loup tout à l’heure : nous serions les écoterroristes indés, la courroie de transmission de l'écologie politique. Je cite un courant de pensée faisant courir le plus grand risque à notre pays. Alors on va le redire parce qu’elle est quand même un formidable courant de pensée faisant courir le plus grand risque à notre pays. Et en fait, je ne peux pas. Mais je vous le dis parce qu’il faut que ça rentre, il faut bien qu’on garde ça dans un coin de nos têtes. Surtout, comme tu l’as dit François, quand on réalise des enquêtes sur l’enfer que vivent au quotidien les riverains des mastodontes de l’engrais ou de la pétrochimie, comme récemment nous l’avons fait la team Mac à Saint-Nazaire, à Saint-Malo ou encore récemment à Total Énergie à Saint-Nazaire. Il faut que ça rentre dans nos têtes de pioche pour éviter que nos travaux conduisent à des impacts concrets, comme la condamnation de la team Mac à Gros le 27 février dernier par le tribunal de Brest. Ce géant des pesticides a notamment été reconnu responsable de préjudice moral au titre de cinq associations environnementales bretonnes, sans qu’un soupçon qui, nous s’appelant, n’aurait pu révéler ces rejets d’ammoniac à Saint-Malo jusqu'à quinze fois supérieur à la législation en vigueur. Alors c’est certes, on va rester modeste, les écoterroristes, la team qui a été condamnée à quelques dizaines de milliers d’euros quand la taxe Mac réalise 4,1 milliards par an. Mais quand même, déjà, ça c’est trop pour le camp d’en face. D’où le regain de virulence dans cette guerre des récits menée à grands coups de baguette mainstream et de lobbies. Et comme il commence à se faire tard, j’ai une petite comptine qui a déjà commencé à nous raconter. François C’est l’histoire des omnivores. C’est un nous, un nom tout mignon derrière lequel se cache de très vilains petits cochons. Alors comme je n’ai pas le talon d’Achille, je vais arrêter là les histoires et je vais reprendre mon boulot. Les omnivores, c’est un nom enfantin pour l’un des plus puissants lobbies bretons, le lobby porcin lobby qui, à l'été 2023, a édité une note interne qui dénonce le système, les rots et sa mouvance. Inès Lérot, autrice de la bédé des algues vertes, qui est marraine de ce plan. Et donc cette note interne dénonce un système l’Hérault et sa mouvance dont nous ferions partie, ainsi que notre collègue et ami Nicolas Legendre. Alors cette note, elle fait suite à la sortie de son livre Enquête Silence dans les champs. Peut-être que certains et certaines l’ont lu et elle comporte des éléments de langage qui font partie de cette guerre. Des récits aussi subtils que Nicolas Legendre mène une croisade personnelle dont le but est la fin de l’agriculture et de la production alimentaire en Bretagne. Rien que ça ! Alors d’illusionniste, nous voici. Les journalistes d’investigation dépeints en croisés et ses arguments prêteraient à sourire si cette note interne et ces éléments de langage n’avaient pas rapidement inondé l’ensemble des coopératives bretonnes. Et quand on sait que la plupart des agriculteurs acceptent parfois de nous parler une fois l’autorisation de la coopérative bretonne obtenue, on mesure l'étau qui se resserre sur l’investigation et notamment, comme l’a dit Benjamin de Médiacités, sur l’investigation locale. Autre particularité de ce plan : nous sommes au cœur de notre territoire, de nos sources. Et donc cette guerre des récits et cette mise sous pression des champs, elle n’a qu’un but, c’est tarir nos sources à la source et donc tarir l’information. Pour vous, chers citoyennes et citoyens. Alors ça fonctionne, mais ça renforce aussi et surtout les lanceurs et lanceuse d’alerte dont le courage et la mission de révélation des scandales sanitaires et écologiques est notre premier pied d’appui. Nous les journalistes d’investigation et je pense là ces groupes de brestoise qui nous ont contactés au sujet des implants et sur des implants contraceptifs interdits un peu partout dans le monde et très tardivement en France, des implants aux effets secondaires délétères sans se plaindre et n’auraient pu libérer leur parole et donc porté l’affaire en justice. Et sans elle, ce plan n’aurait pu faire ce que nous, journalistes d’investigation, savons faire, fait rimer d’investigation avec scoop, mais aussi avec rééquilibrage des narrations sur équilibrage dont on parle depuis tout à l’heure. Et donc j’en termine là dessus. François I petit scoop tout chaud, tout frais qui est dans notre newsletter de samedi. Suite à la crise agricole du début de l’année, certains parlementaires ont voulu apporter des réponses à cette crise. C’est le cas d’Antoine Armand, un petit jeune député macroniste de Haute-Savoie. Qui a organisé un colloque le 14 mars dernier intitulé L’avenir de nos agriculteurs et de nos entreprises alimentaires. Bon, le scoop, vous l’avez compris, le partenaire de ce colloque, c'était les omnivores. Et voilà comment Armand, le député aujourd’hui Armand le Grand argentier, a offert à l’un des plus puissants lobbies de l' agroindustrie un joli rond de serviette à Bercy. Je vous remercie.
Mathilde Larrère
Et on va terminer avec une revue dont le sous titre est Décrypter, résister, inventer bien sûr, Basta ! Qui décrypte, résiste et invente avec des articles et reportages originaux en insistant sur les luttes sociales et écologiques, que ce soit en France ou hors de nos frontières. Je signale que l'équipe de Basta réalise aussi ce qu’on appelle le portail des médias libres qui propose chaque jour une revue de presse des médias indépendants par une sélection d’articles.
Sophie Chapelle
Merci. Bonsoir à toutes et tous, Je suis ravie d'être là. Je viens de la région lyonnaise parce que basta et effectivement basée en région parisienne. Mais on est toute une équipe à être un peu dispatchées aux quatre coins, y compris aussi jusqu'à Berlin. Donc voilà, ravi d'être là ce soir. Alors comme journaliste à Basta, moi je traite particulièrement des sujets liés à l’agriculture qui est considéré comme un des secteurs principalement responsable du changement climatique. Et il y a un peu plus d’un an, on a lancé une newsletter qui s’appelle : On en a gros et qui est dédiée à l’envers de l’alimentation. Alors vous en avez une petite illustration tout à l’heure avec les dessous du quatre quarts. Eh bien voilà, ça fait partie des sujets dont on parle. Et puis plus largement, on y traite des dérives de l’agro industrie. Et ce lancement a eu lieu six mois avant que la crise agricole ne fasse la une des médias. Donc crise qui a explosé à l’hiver 2024. Et alors ? Pour rebondir sur la guerre des récits qui vient d'être évoquée, je voudrais rapidement revenir sur le traitement médiatique de cette crise agricole. Alors trois enseignements. Le premier, c’est que la presse, elle s’est focalisée sur la FNSEA. Vous avez compris, on en a parlé, c’est le syndicat agricole majoritaire. Aujourd’hui, il a été présenté comme l’acteur principal du mouvement. Sauf qu’en fait, quand on se rendait dans les cortèges, dans les premiers cortèges, ce qui apparaissait, c'était que ce mouvement là allait, il échappait complètement aux syndicats. Il est vraiment parti d’une colère paysanne, bien en delà de ces syndicats. Bref. Reste que dans les médias, c’est la FNSEA qui est apparue comme l’acteur majeur et ce sont les revendications de la FNSEA qui ont été mises en avant, notamment la fameuse réduction des normes environnementales et une espèce de guerre des normes, en particulier des normes environnementales, qui a été lancée. Et là encore, sur le terrain, ce n'était pas tant la question des normes que finalement plutôt leur cohérence. Mais surtout ce qu’on entendait, c'était l’aspiration à vivre dignement de son métier. C'était ça qui revenait dans les échanges. Et puis en creux, bah voilà, il y avait la question de la concurrence déloyale, la question du libre échange, puis la question de ses marges qui font que bah voilà, les agricultrices, les agriculteurs peinent à vivre de leur métier. Le deuxième enseignement, c’est un traitement médiatique par les chaînes info qui a polarisé sur les agriculteurs contre les écologistes et réciproquement. Or, s’adapter au changement climatique, ça ne fait absolument pas débat dans le monde paysan. Et pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, ces paysannes et paysans sont les principales victimes du changement climatique. Ils font face au quotidien à une intensité et à une multiplication des aléas. Et puis aussi c’est Bah voilà, pour une fois, on va s’appuyer sur des sondages. Et en l’occurrence, les sondages montrent que plus de deux tiers des agriculteurs interrogés voient la transition écologique comme une nécessité. Et étrangement, ce type de sondage là ne faisait absolument pas la une des bandeaux et autres chaînes d’info. Et puis le troisième enseignement, c’est une presse qui a été focalisée sur l’extrême droite au moment de cette crise agricole et en particulier sur le RN commande en couvrant systématiquement les déplacements des élus. RN reconquête a été particulièrement mise en avant à ce moment-là, mais aussi par les tentatives de médias comme ces news notamment, à capter la colère. Je ne sais pas si vous vous souvenez qu’il avait retourné le logo ces news pour faire écho aux panneaux qu’on trouve encore aujourd’hui d’ailleurs, retournés à l’entrée des communes, initiatives qui avaient été lancées à part par la FNSEA pour indiquer qu’on marchait sur la tête. Bref, la chaîne CNews n’a cessé d’amplifier les critiques dirigées notamment contre les écologistes élus pour mieux labourer le terrain pour le RN. Alors face à ces trois enseignements, on a un devoir, c’est celui d’informer et basta. Ça fait quinze ans, quinze ans qu’on a la volonté d’offrir au plus grand nombre, en accès libre, des clés pour comprendre le monde et des leviers pour le changer. Alors notre. Travail. Il révèle non pas un, mais des mondes agricoles avec des tailles d’exploitations, des revenus, des orientations politiques, des modèles de production qui sont extrêmement variables. Et par exemple, il y a une catégorie en agriculture qui est plus invisible que les paysans, ce sont les paysannes. On a récemment écrit un grand format où nous racontons comment les banques, par exemple, sont plus réticentes à accorder des prêts bancaires à des agricultrices qu'à des agriculteurs. Ça devrait vous évoquer quelque chose. Et puis, quand elle leur accorde enfin ces prêts, c’est prêt. Ils sont plus modiques que leurs homologues masculins. Et puis finalement, en cela, l’agriculture, elle, n’est pas si différente du reste de la société. Elle est confrontée à la question du partage des richesses, à la question des inégalités et finalement à la question d’un monde habitable. Mais ce ne serait pas suffisant de se limiter au constat et à basta. On tente aussi de mettre en lumière les alternatives. Alors, depuis les maisons de semences paysannes pour échapper aux brevets sur l’alimentation jusqu’aux initiatives de sécurité sociale de l’alimentation qui fleurissent sur le territoire, Et alors, contrairement à la polarisation qui est affichée par les chaînes d’info, ce qu’on constate, c’est des alliances entre consommateurs, consommatrices, agricultrices, agriculteurs pour créer de vrais leviers de changement. Et je voudrais finir sur un dernier point, c’est qu'à Basta, on est convaincus de la complémentarité des médias, on est convaincus des médias indépendants et on a fait le choix de dédier une partie de nos moyens humains au développement d’un portail des médias libres qui a été évoqué par Matilde. On accompagne ce portail de deux newsletters hebdomadaires chez les indés en France, chez les indés International. Et l’enjeu, c’est faire valoir la richesse des contenus qui sont produits en toute indépendance par plus de 200 médias. Ces contenus sont autant de remparts contre le pire, mais c’est aussi autant de remparts pour ouvrir des possibles, d’autres récits, d’autres manières de voir le monde. Merci.
François Bonnet
Alors on va quand même prendre le temps de poser quelques questions.
Spectateur
Bonsoir, Merci beaucoup pour vos interventions. Alors on entend de plus en plus dire que l'écologie ce n’est pas qu’à gauche, ce serait aussi à droite. Et alors ? Je ne sais pas si j'étais pris d’une naïveté fulgurante, mais toujours est il qu’aujourd’hui, alors que j’aspirais en tant que jeune homme politisé à gauche, écolo à travailler dans des médias indépendants évidemment comme Verts, Reporterre ou Blast ou basta, je me retrouve aujourd’hui à être responsable de la transition écologique dans un gros groupe privé international. Je me considère un petit peu. Alors force est de constater que globalement, auprès des collaborateurs et collaboratrices, beaucoup d’engouement été. La réaction principale était beaucoup d’engouement sur ce qui était proposé d’un point de vue écologique au niveau du groupe. Toutefois, dès que l'économie, la croissance et le profit ralentit un peu, l'écologie est directement reléguée au troisième plan. Évidemment. J’ai même une personne du top management qui m’a glissé à l’oreille après avoir vérifié que personne ne nous entendait sous peu pour éviter le risque d'être pris pour un décroissant. Il m’a glissé à l’oreille il y a un temps l'écologie dans un groupe qui vise exclusivement la croissance et c’est un petit peu antinomique. Alors voilà, en étant également un fervent convaincu, la théorie des donneurs de travaux, je me pose la question parce que je ne trouve pas d’arguments et peut être que vous en aurez. Est- ce que l'écologie peut être de droite ?
François Bonnet
Alors en fait, je pense que tu connais par cœur cette phrase l'écologie sans lutte des classes du jardinage. Bon, ça c’est une phrase, mais c’est un peu un lieu commun, c’est un peu un peu rebattu. Mais en fait si tu lis le dernier rapport du GIEC, donc le GIEC, en deux mots, c’est des centaines de scientifiques qui est plus toute la littérature scientifique sur le climat et vraiment le climat au sens le plus large possible. Et qui dit ok la science dit ça, ça s’assure sur la physique du climat, sur la pluie, sur les impacts, sur les humains, la biodiversité, etc. Donc c’est ce qui se fait de mieux dans ce consensus scientifique. Et en fait le GIEC explique et tu verras après si ça correspond à ta définition de la gauche, au point que le climat, la biodiversité et la justice sociale sont parfaitement interdépendants. Et en fait, tu ne peux pas répondre à un des problèmes sans répondre aux autres et au contraire. En fait, si tu veux bâtir une société résiliente face au changement climatique et que tu laisses l'égalité femmes hommes de côté, et en fait les femmes qui sont marginalisées, qui ne savent pas lire, qui sont à la maison, qui sont proches des ressources naturelles, ce sont les premières victimes du. Changement climatique. Et ça, c’est valable pour toutes les communautés et les peuples autochtones qui sont par ailleurs les meilleurs gardiens de la biodiversité et qui sont du coup les meilleurs gardiens des aspirateurs à CO2 que sont les espaces naturels. Et donc en fait, si tu penses juste à l'écologie comme étant des tonnes de CO2 et des mégawatts en plus ou en moins avec une vision très ingénieuse et du coup qui peut parler à un public plus de droite ? Eh bien en fait, tu laisses les trois quarts de la question de côté. Et donc c’est pour ça que les approches qui sont purement techniques, comme ce qu’on entend beaucoup à droite, on va mettre en gros, c’est la technologie va nous sauver, on aura des voitures électriques, on va avoir des aspirateurs à CO2, mais pas des arbres. Des fois aussi, il y a aussi des start-up qui s’amusent avec les arbres. Mais en fait, cette approche là, c' est elle, tu peux l’entendre, mais elle est problématique parce qu’elle va pas du tout assez loin et en fait certainement pas sur. Les causes de la crise climatique sont bien plus profondes et qui sont notre rapport à la toute fin de notre rapport. Le rapport d’une partie de l’humanité à la domination des femmes, des peuples autochtones, des communautés marginalisées, de la nature, etc. Donc en fait, l'écologie de droite, c’est intéressant d’un point de vue intellectuel. Il faut aller parler aux gens de droite, il faut leur expliquer ce que je suis en train de faire mais de manière beaucoup plus poussée. Mais les solutions qui aujourd’hui, on peut le dire comme ça, sont proposées par la droite, sont parfaitement incomplètes et sont en fait même extrêmement problématiques.
Spectateur
Bonjour, J’ai une question sur le format que vous y avez présenté. Beaucoup de journaux et certains font des émissions type les médias. Moi je les ai. La sensation que l’extrême droite avait pris un média. Comme. Grand support et on a fait une grande poussée. De communication qui était. Est ce qu’aujourd’hui on est capable. D’aller sur le même terrain pour contacter les mêmes personnes ? On en parle aussi de. Contacter certaines personnes. Et donc, il y a des médias. Qui vont sur TIK TOK pour parler de la même façon que l’extrême droite aux jeunes ?
Pierre-Yves Bulteau
Sinon, la question, c’est à dire que à qui on s’adresse et comment ? C’est à dire qu’il y a été question tout à l’heure, je crois que c’est David c’est inventivité de sortir de nos cadres dans nos cadres médiatiques et d’aller toucher les plus jeunes. Et effectivement, nous allons le faire partout. Mais on le fait par l'éducation aux médias. C’est à dire qu’on a aussi une frange de médias qui va dans les écoles, pas pour faire de la propagande, mais pour faire de l'éducation. Est ce que vous avez très bien décrit comment ça marche, etc. Et surtout pour leur dire, et je reviens à la question sur la droite, la gauche, etc. Nous on parle d’accaparement, c’est à dire qu’on est en Bretagne, on est une terre qui a été accaparée par une mafia qui s’appelle l’agroindustrie. Et cet accaparement culturel, c’est aussi ce que font la droite et l’extrême droite. Et donc c’est par ce biais là qu’on essaye de répondre, c’est à dire ce n’est pas simplement une question de robinet, de dentifrice, etc. C’est un vrai accaparement. Et le copain du média a parlé de colonisation de colonies. Eh bien, nous vivons une colonisation de l’agroindustrie sur un territoire qu’est la Bretagne. Et donc on essaye de trouver différents supports dont TIK TOK Mais je suis trop vieux pour ça. C’est quelqu’un de plus jeune dans la rédac qui s’en occupe.
David Dufresne
Le problème avec TIK TOK et les autres, c’est les algorithmes qui ne nous sont pas favorables du tout.
Spectateur
Je vais essayer d'être très court. Il se trouve que je suis de Bretagne et que mon cousin est l’ancien président de la FNSEA. Je suis écologiste et nous avons des discussions passionnantes, la dernière étant sur le glyphosate. Il se trouve que mon père est le parrain de mon cousin, il l’a engueulé en citant quelques articles de journaux qu’il avait lus. Et nous nous sommes rendu compte qu’en fait, il est très sympa mon cousin, mais il est de mauvaise foi, mais terriblement de mauvaise foi. Et je suis absolument convaincu qu’effectivement, le travail des journalistes est extrêmement précieux. Parce que mon père avait évidemment raison puisqu’il avait lu les bons articles. Le problème, c’est derrière le pouvoir, c’est à dire comment on prend les décisions. Et effectivement, la FNSEA est un énorme lobby. Il en est actuellement le secrétaire général adjoint. Je pense que vraiment il faut qu’on repense la façon de prendre les décisions au niveau national et que le problème principal, il est là. C’est à dire que si on était capable de prendre des décisions en intelligence collective en étant bien informé, tout ce que vous avez raconté n’aurait pas lieu d'être. Et c’est vraiment au niveau de la gouvernance qu’on a un énorme problème. Merci. Qu’en pensez-vous ?
François Bonnet
Quelqu’un veut répondre rapidement ? Où est la gouvernance ?
Pierre-Yves Bulteau
C’est un sujet qu’on connaît bien puisque Splann est né de menaces et de pressions directes sur deux journalistes amies qui sont Inès Leroy et Morgan. Large. Et une pétition. On en vient à l’idée d’un observatoire de l’atteinte des libertés de la presse en Bretagne. Et là, tout. Toute la collégialité de la région PS, Europe Écologie, les Verts, etc. On est derrière vous pour faire ça. Et dès lors qu’on sort notre première enquête, c’est terminé. C’est à dire que la collectivité qui avait été amie pour signer la pétition de soutien à la liberté d’expression sur la Bretagne, dès lors qu’on sort notre première enquête sur l' agroindustrie la collectivité, elle disparaît et la collectivité subventionne des personnes dont font partie des gens de votre famille. Et donc ce n’est pas qu’une question de gouvernance, c’est aussi que les collectivités financent ces personnes qui accaparent les terres, les ressources. Et donc ce que tu disais Loup, cette domination qui se met en place. Donc non seulement donc le compte financier, mais en plus, et on le prend pas plus large que ça, les décisions qu’il faudrait prendre.
François Bonnet
J’espère que tout ça vous a intéressé. Je voulais vous remercier d'être restés si longtemps, d'être venus il y a eu à un moment plus de 2000 personnes, en simultané sur le stream merci.

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