Pour qui roules-tu, Aymeric Caron ?
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:Bonjour à tous, nos invités sont sortis des embouteillages et sont arrivés parmi nous. Aymeric est prêt à nous répondre sur ce film « Gaza depuis le 7 octobre ». Et nous allons voir aussi pour qui il roule.
:C’est pour ça que tu me demandais pour qui je roulais dans mon taxi ?
:Désolé, on ne sait pas ce qui s’est passé, ça n’arrive jamais. Non, ce n’est pas Mathis qui a touché un bouton, il n’y est pour rien, le pauvre. Non, au contraire. Voilà, c’est reparti. Suite à un problème technique, veuillez nous excuser, désolé. Voilà, je disais donc que tu t’étais retrouvé dans une salle de montage pour ce film et vous avez voulu absolument vérifier et sourcer vos images. Comment vous y êtes-vous pris exactement ?
:Alors, il faudrait que Mathis vienne nous l’expliquer. Je fais ton porte-parole, tu veux venir nous le dire comment t’as fait ?
:Alors il faut venir mais alors attends, à ce moment-là on va te donner un micro.
:Mathis va mieux nous l’expliquer dans un instant.
:Voilà, tu peux peut-être lui donner un micro-main, si c’est plus simple. Voilà, Mathis qui est l’homme de la situation.
:Mais en gros, je peux commencer, Mathis va compléter. Donc, on a embauché effectivement quelqu’un qui a travaillé en coordination avec Mathis, ils se sont mis à vérifier chacun des comptes dont on extrayait des images d’autres tournées.
:Je vous présente Mathis, bonjour Mathys ! Collaborateur, c’est quoi ton titre exact ?
:Donc c’est toi qui rédiges les textes, qui fais les fiches ?
:Tu fais tout le travail, c’est ça ? C’est vraiment dégueulasse. C’est lui qui prend la lumière, c’est ça ? Toi, tu es dans l’ombre, d’habitude.
:C’est vraiment dégueulasse. Laisse-le répondre.
:Mais voilà, je te laisse parler, sinon on va m’accuser de vouloir censurer mes équipes.
:C’est très compliqué, si je peux me permettre de rajouter un mot. C’est compliqué de monter parce qu’en fait, c’est un film qui ne correspond pas à un film qu’on va monter normalement pour précisément qu’il soit vu sur la durée. En principe, tu fais un film d’une heure et demie. Tout est fait pour que la personne reste, même les plages un petit peu plus lentes, ou même carrément assumer un moment d’ennui, parce que ça fait partie de ce que tu as envie de raconter. Nous, c’est un film, tu as dit tout à l’heure, près de 500 000 personnes l’ont visionné au moins en partie. Je ne suis pas sûr que beaucoup soient allés au bout. Et on le savait, c’est un parti pris. Parce que l’une des questions qui s’est posée très vite, c’est Mathilde qui dit, oui, mais toutes les images se ressemblent. C’est-à-dire que quand tu reçois tous les jours des images d’enfants écrasés, d’urgence, où tu as des scènes terribles, des gens par terre dans le sang, des cris, des hurlements. Je dis, oui, mais c’est la même chose que…C’est pas grave, ce n’est pas grave, c’est terrible. Mais précisément parce que c’est terrible, il faut le montrer. Et il faut montrer la redondance, parce que le quotidien des Gazaouis, c’est le même tous les jours. Tous les jours, rien ne change.
:Il y a eu, quand on a annoncé l’émission, des gens qui ont parlé d’obscénité à votre égard, à l’égard du film…
:C’est vraiment honteux. Si quelqu’un a dit ça, mais vraiment, je l’emmerde. Je lui dis vraiment, mais les yeux dans les yeux. Personne ne s’est posé la question sur le film des atrocités commises par le Hamas, qui est un film qui a été diffusé très largement auprès des journalistes, auprès des politiques, dans de très nombreux pays. Un film très dur à voir, je suis allé le voir, moi. Personne n’a dit c’est immonde, ce qu’il y a dans le film. C’est immonde, c’est atroce. Pourtant, personne n’est parti sur cet angle-là, mais c’est de l’obscénité. On peut s’interroger sur la validité de montrer ou pas les images. Il y a une différence, c’est que le Hamas, à part quelques fous peut-être, j’en sais rien, personne n’a remis en cause la réalité des massacres, des attaques terroristes du 7 octobre
:Le 29 mai 2024, vous organisez à l’Assemblée nationale une projection ouverte aux 576 députés, je crois que vous êtes, ou 17, je sais pas…
:577, de la même manière qu’ils avaient été invités à voir le film du gouvernement israélien illustrant les attaques du 7 octobre 2023. Comment tu as organisé cette projection, Mathis ?
:Oui, c’est quelque chose comme ça.
:Enfin disons dans le tas tu veux dire ? Oui, dans le tas, on a eu deux RN je crois, dont Odoul qui est venu, on a eu Jérôme Guedj qui est passé, quelques FI mais beaucoup trop peu à mon goût. Ça a été pour moi un point de désaccord avec Manuel Bompard : « vous êtes où ? Vous foutez quoi ? Après tout ». Moi, je suis REV, tu sais. Mais ça aurait été l’occasion, je pense, précisément de… même politiquement, tu vois. On est quand même 75 dans le groupe, de faire corps. Bon, ce n’est pas grave. Un désintérêt total absolument scandaleux de la part des députés. Mais qui était assez à l’image de cette assemblée que je trouve pitoyable. Sur plein d’aspects, mais alors sur Gaza, c’est scandaleux. Franchement, si vous voulez avoir encore un espoir dans la nature humaine, ne devenez pas député.
:Est-ce qu’il y a un certain nombre de collaborateurs qui deviennent députés ?
:C’est intéressant, tu as tout à fait raison, mais tu vas en parler mieux que moi Mathis, mais je ne suis pas sûr que mon équipe ait ce profil, ils ont tous des profils très particuliers qui ne correspondent pas au profil qu’on rencontre souvent chez les collaborateurs, à savoir effectivement des gens qui sortent d’études, qui les préparent déjà à la chose politique, même si ce n’est pas forcément Sciences Po, ça peut être d’autres domaines, et qui commencent à militer dans un parti, dont ils deviennent salariés, puis collaborateurs très rapidement d’un député ou d’un autre élu, d’un député européen, ainsi de suite. L’équipe que j’ai recrutée n’a pas du tout ce profil-là. Ce sont des gens, par exemple, Mathis n’aurait jamais dû travailler pour un député. Il avait sa boîte. Tu peux lui dire, toi, ce que tu faisais.
:Il y a un effet de montage, évidemment. J’imagine que vous avez beaucoup réfléchi, c’est-à-dire à la fois aux images en tant que telles, mais aussi, quelle image on montre, à quel moment, etc. Par exemple, quand on prend les deux premières minutes, qu’on commence par cette scène absolument bouleversante de ce gamin qui raconte la mort de sa famille, et que juste derrière, vous mettez effectivement cette déclaration abominable du ministre, vous mettez sur le même plan un enfant et un ministre. Donc là, il y a un effet de montage, quand même.
:Mais ça c’est clair, tu montes, tu fais un choix, donc il y a une subjectivité dans ta manière de raconter les choses, avec une fois de plus des possibilités très limitées en ce qui nous concerne, parce qu’on récupère des petits bouts de rushes qui ne sont pas en plus filmés pour faire des montages élaborés. Tu n’as pas des valeurs de plans, donc en effet, avec ces difficultés qui est celle de la redondance des choses qu’on a à montrer.
:Qu’est-ce que ça vous fait, avec une génération d’écarts, de vous dire que vous êtes obligés de faire un film pour montrer des images qui sont en fait disponibles partout ?
:Pourquoi il n’y a pas un titre aujourd’hui sur Gaza ? Les images existent, c’est parce que ce n’est pas vrai que les gens ne sont pas connectés aux réseaux sociaux. Pour moi, c’est la faillite totale de notre métier, c’est-à-dire que heureusement je ne suis plus journaliste. Ou alors, il faudrait que je sois dans un média comme toi, ou tous les médias alternatifs qui existent aujourd’hui, qui font du bon boulot, je pense à Blast, qui heureusement existent.
:Ça m’emmerde vos histoires sur Twitter. Discuter de la Palestine avec Arthur…
:Personne n’aime être traité d’antisémite. Cette instrumentalisation de l’antisémitisme à des fins personnelles, à des buts politiques qui n’ont aucun rapport précisément avec la lutte contre l’antisémitisme, c’est absolument insupportable pour moi. Donc, non, je ne laisse pas passer, quand on a une humoriste qui est payée par le service public, qui fait des chroniques racistes, islamophobes, à foison.
:Et donc, quand tu dis que tu réponds, est-ce que tu réponds aussi par voie judiciaire ?
:Bien sûr.
:Donc là, aujourd’hui, tu as combien d’actions en justice pour diffamation, etc. ?
:Alors c’est une bonne question, j’avais demandé à Lubia de me faire une note que je n’ai pas lue avant de partir. Donc je ne sais pas le nombre exact, mais il y en a beaucoup qui ont été lancées. Je vais être très honnête, il y en a des dizaines qui ont été lancées. Comme je le disais, on aurait pu en faire des centaines ou des milliers.
:Alors tu parles de menaces de mort, des insultes et des menaces de mort.
:Et tu as des injures, et là on est en train d’en préparer une qui sera déposée dans les jours qui viennent pour harcèlement. Et là, par exemple, il y a des dizaines de personnes qui vont être citées. Donc ce sont des gens, à ce qu’ils entendent, certains vont peut-être se reconnaître, ce sont des gens qui ont participé à me harceler sur les réseaux sociaux. Et c’est beaucoup de travail pour mon équipe d’avocats. On a déjà fait condamner, je crois, trois ou quatre fois des gens depuis un an et demi, à la fois pour menace et pour injure. Mais il y en a d’autres qui sont en cours, le temps est un peu long. Mais on a une difficulté qui est qu’on demande des consignations, c’est-à-dire que quand ce n’est pas des menaces, quand c’est pour injure, vous devez donner de l’argent qui est conservé et qu’on vous rend à la fin, c’est juste pour rassurer la justice sur la démarche sérieuse.
:C’est-à-dire que pour porter plainte, tu dois donner de l’argent, c’est ça, c’est de l’argent qui est sous séquestre ?
:Exactement, et il se trouve que nous, on a eu la mauvaise surprise de découvrir qu’on nous demandait des sommes complètement hallucinantes, ce qui fait qu’il y a des plaintes, je le dis très honnêtement, contre des personnes que j’aurais dû poursuivre et que je n’ai pas poursuivies parce que les consignations étaient trop importantes. Donc il y a des gens qui vont s’en sortir comme ça. Mais il y en a contre lesquelles je vais jusqu’au bout, il y en a qui le savent déjà, c’est-à-dire que j’ai déjà annoncé publiquement que j’ai porté plainte contre telle ou telle personne et puis d’autres qui vont le découvrir dans les jours et les semaines qui viennent. Mais en tout cas, ça fait plusieurs semaines que mon avocat est en train… Il y a plusieurs avocats, mais il y en a un qui travaille vraiment à faire le point et à préparer justement tout un tas de nouvelles plaintes par rapport à des événements qui se sont déroulés ces derniers mois.
:Pourquoi tout à l’heure je t’ai dit « ça me fatigue tes duels à distance sur X » ? Parce que je me dis, toi, tu tombes dans un piège qui est celui d’occuper ton esprit, d’occuper ton équipe, parce que justement, il faut répondre à ces attaques.
:Tu as tout à fait raison. En fait, je ne peux pas te donner tort sur une partie de ton constat. En fait, ça ne me plaît pas du tout, moi, de passer mon temps à faire ça. Tu as complètement raison de dire que j’ai autre chose à foutre. Mais je suis d’accord. Sauf qu’à un moment, c’est devenu indispensable. Pourquoi ? Parce que je me suis rendu compte depuis un an et demi, de la force que peuvent avoir les réseaux sociaux. J’ai réussi à parler beaucoup des souffrances des Palestiniens via Twitter, Instagram. Je suis aussi allé faire quelques médias qui ont donné lieu à des séquences qui ont tourné. Mais je me suis rendu compte que beaucoup de gens se disaient « mais il n’y a pas de voix en France qui s’exprime en faveur des Palestiniens et qui dénonce ». Il n’y en a quasiment pas, très peu. Et chez les politiques, honnêtement, il n’y en a pas beaucoup. Cette expression, elle pourrait avoir lieu sur un plateau de BFM, j’en ai fait quelques-uns, pas beaucoup, ça pourrait avoir lieu sur le plateau d’une émission de streamers, de choses comme ça, on l’a fait, mais d’abord j’en fais pas beaucoup, et je me suis rendu compte qu’en revanche, des tweets, par exemple, pouvaient être très suivis, avoir un vrai effet dans la population. Et tu sais quoi, à un moment j’ai transformé mon compte Twitter, qui donnait lieu effectivement à des réactions parce que je ne me laissais pas faire quand j’avais des insultes ou tout, je me suis fait effectivement une espèce de point d’honneur à transformer mon compte Twitter en source d’informations.
:Petite question puisqu’on parle de ça. Quand on est engagé comme tu l’es, est-ce qu’on peut décemment rester sur un réseau, alimenter un réseau qui est donc X, qui est donc Musk, qui est donc Trump, qui est donc l’exact inverse de tout ce que tu défends ?
:Je sais, je vis sur une planète entourée de gens qui portent des valeurs qui sont à l’exact inverse de ce que je défends. Donc je peux aussi décider de disparaître aujourd’hui, ce serait plus simple.
:C’est un peu commode comme réflexion. J’ai vu que tu essayais de migrer sur Bluesky.
:Non, c’est lui qui me force. Non mais je fais les deux, c’est-à-dire que j’essaie d’encourager l’émergence en y participant, des nouveaux réseaux sur Bluesky notamment, et bien sûr. Et Twitter est devenu quelque chose de très pénible aujourd’hui, très pénible, je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est sur la même question : on combat comment les choses de l’extérieur ou de l’intérieur ? Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse définitive à cette question qu’on se pose depuis des siècles. Moi je pense qu’il faut être à l’intérieur, au moins aussi, je pense que c’est très important. Parce que sinon on va se parler entre nous. On peut tous aller se parler entre nous. On aura des nuances, des différences, etc. sur un réseau où on sait qu’on partage. Il faut que ça existe, parce que c’est une autre réflexion, c’est une autre parole, plus nuancée, plus subtile, plus intéressante sans doute intellectuellement. Et de l’autre côté on mène le combat.
:Oui, mais voilà Longhost qui nous le dit. Le problème, c’est que l’activité, la tienne, sur Twitter est rémunératrice pour Elon Musk. C’est-à-dire que tu crées de la valeur. Ce n’est pas uniquement que ton voisin t’emmerde. C’est qu’en plus, tu lui donnes de l’argent en étant énervé.
:On peut voir les choses autrement, c’est-à-dire que je peux dire, OK, je donne de la valeur, mais hier, par exemple, quand je fais un tweet pour saluer le fait que le film North Island, le documentaire, a gagné l’Oscar, on fait un million de vues sur Twitter, on fait 30 000 likes, je suis très content d’avoir pu redire ça sur les réseaux d’Elon Musk.
:Oscar du meilleur documentaire d’un cinéaste palestinien et israélien qui avait été déjà couronné à Berlin, qui est un film magnifique.
:Donc je suis très heureux quand je fais des tweets pour défendre les droits des Palestiniens. En fait, pendant un an et demi, j’ai défendu les droits des Palestiniens sur le réseau d’Elon Musk. Et donc j’en suis avec effectivement très souvent des vidéos à un million de vues, etc. Des témoignages par exemple d’une équipe humanitaire de Palmed. On a fait une vidéo de 15 minutes. On a reçu toute une équipe dont cette infirmière formidable s’appelle Imane, qui sont donc allés à Gaza deux semaines et qui sont venus ensuite témoigner devant notre groupe à l’Assemblée nationale. C'était absolument bouleversant, ce qu’ils nous ont raconté. Et on a fait une vidéo de 15 minutes. Cette vidéo, on l’a fait tourner sur tous les réseaux, dont Twitter. Et Twitter, je crois que, vidéo de 15 minutes, c’est quasiment un reportage, en fait. C’est un témoignage qu’on verrait en principe, on devrait le voir sur France 2, on devrait le voir sur… Et on fait un million de vues. Je suis désolé, je suis très heureux de faire ça sur le réseau d’Elon Musk. Et c’est ça, quand je te parle de mener le combat de l’intérieur.
:Alors Mathys, les gens sont compatissants. Ils disent : « On dirait que c’est horrible. Oh là là, le réveil, 150 messages, oh le réveil, dépression, etc. 150 messages au réveil », il nous dit… Il est au-dessus de la salle. Ce n’est pas possible.
:C’est pas tout à fait le réveil parce qu’il ouvre son téléphone à 9h, il ouvre quand il veut son réveil.
:Parce qu’en plus il y a un mouchard. Mais tout ça pour dire que, contre, j’avoue, contre mes préjugés, je me disais que cet Aymeric, il est plus dans sa permanence sur Twitter, dans ses combats, qu'à l’Assemblée. Pas du tout. Dis donc, ton assiduité, elle est très haute.
:J’essaie de faire les deux.
:Il y a plusieurs sites qui permettent de connaître l’assiduité et le travail des parlementaires qui sont basés sur des données publiques. Il y a DATAN, qui est le truc de nosdéputés.fr également, et DATAN qui est vraiment lié à l’Assemblée. Et donc, on peut voir ce que chaque député vote, sa présence en commission, sa présence dans l’hémicycle, etc., et pas uniquement le mardi après-midi quand il y a des caméras.
:En fait, c’est très étonnant, moi par exemple, mardi après-midi, on précise, pour ceux qui nous regardent, pour nos invités, je t’ai trouvé un nouveau nom…
:Ah c’est génial !
:Ah ouais, bah ils sont invités, c’est les questions au gouvernement. Oui. Donc effectivement, il y a beaucoup de députés qui vont se pointer ce jour-là pour dire aux gens qu’ils regardent sur les réseaux : « Coucou, je suis là. » Donc moi, c’est tout ce qui ne m’intéresse pas, mais on n’aura pas le temps parce que tu m’as dit qu’il nous reste à peu près 10 minutes, sinon je t’aurais raconté un truc.
:Non, non, vas-y, il reste un peu plus si tu veux. Il reste encore 15 minutes.
:Je ne suis pas là pour monopoliser le temps.
:Ah non, pas du tout, non mais on est ravis !
:Ah c’est gentil David, non mais en fait, mon engagement sur Gaza a été tel, et surtout j’ai cru comprendre qu’il détonnait un petit peu par rapport à la musique politique générale parce que franchement moi j’ai honte du personnel politique français. Honnêtement, moi quand je rentre dans l’hémicycle, j’ai dit : « C’est vous là qui avez soutenu le génocide ? Allez donc, et moi je m’assois avec vous. » Très honnêtement je ne parle pas de tout mon groupe évidemment, je parle de tous les autres. Et donc, comme j’ai été une voix, apparemment, de quoi ce qu’on me dit, qui a été assez forte sur ce sujet, certaines personnes ont pu avoir le sentiment que je ne fais que ça. Non, je faisais ça et le reste continue. Donc, ce soit le travail de circonscription, que je te disais, on travaille énormément avec beaucoup de gens. En plus, on a travaillé, j’aurais pu t’amener les autres collaborateurs qui sont très importants dans l'équipe, qui s’occupent de gérer vraiment les dossiers locaux.
:Donc toi, tu es dans le 18ᵉ à Paris. D’ailleurs, le tchat me fait pan sur le bec en disant oui, mais il n’est pas Brestois non plus, c’est facile pour lui, il peut y aller à vélo. Pourquoi tu as dit tout à l’heure « si vous voulez croire en l’humanité, ne devenez pas député » ? C’est-à-dire que tu ne vas plus te représenter donc ?
:Alors, je ne suis pas sûr de me représenter.
:Ah oui, il y a ce point-là.
:D’abord, ça dépendra de la situation politique au moment où les prochaines élections auront lieu. Et ça dépendra, en fait, de ce que diront les électeurs le jour du vote, puisqu’il aura déjà fallu que je décide si je me représentais ou pas. Mais comment je sentirai les choses ? Est-ce que des gens vont m’encourager à poursuivre ce que j’ai entamé ? Ce que j’ai fait ? Oui, on est content. Oui, t’es utile. Oui, nous on aime avoir un député. Bien sûr il y a tous ceux qui ne m’aiment pas comme député dans la circo. Il y a tous ceux qui n’ont pas voté pour moi, ils sont quand même ici, il y en a un certain nombre aussi. Mais j’estimerai à ce moment-là quand la question se posera si vraiment ça vaut le coup pour les gens, c’est vraiment ça qui me donnera envie, mais en tout cas, député pour être député, non. Moi j’ai toujours eu un principe qui est très banal en réalité, qui est d’essayer de se dire que ce que je fais, ça a une utilité. Être grand reporter, pour moi, ça devait être super utile. « On n’est pas couché », oh c’est drôle la voiture, je t’ai entendu. T’as dit que je faisais quoi ? Le clown ?
Le mariole.
:Mais tu vois c’est drôle parce que même si honnêtement quand je refais le bilan il y a des choses que je ferais plus de la même manière aujourd’hui dans « On n’est pas couché » parce que je suis plus vieux, parce qu’à l’époque t’as raison, c’était pas mariole mais il y avait encore un petit côté paillettes qui était là et qui du coup… Non mais c’est un dispositif, mais j’essayais dans mes interviews d’être utile. Alors pas d’interviews de politiques, mais j’essayais. Je me dis, j’essayais de faire une interview, vraiment faire mon rôle de journaliste qui va chercher et le format m’intéressait pour ça parce que tu avais du temps pour le faire. Ce que je disais, je déteste, c’est un tableau de dix minutes etc. Donc voilà, la question c’est celle de mon utilité et donc celle que je me pose aujourd’hui c’est où je suis le plus utile. Je crois que j’ai pu avoir très modestement et très marginalement une petite utilité sur Gaza. J’essaie d’avoir une utilité sur un tas de sujets. Tu disais c’est quoi ton activité ? Enfin oui t’as l’Assemblée, oui je porte des sujets, j’étais rapporteur pour avis sur le budget de l’audiovisuel public par exemple, c’est un sujet qui m’intéresse énormément, l’audiovisuel public. J’essaie de porter beaucoup de causes sur les animaux. Malheureusement j’ai eu aucun soutien de personne, même de ceux qui devaient me soutenir, donc ça me pose un petit problème sur l’éducation, l’enfance m’intéresse beaucoup. Ça n’intéresse peut-être pas ceux qui nous entendent, mais là, je rencontre demain le recteur pour parler des fermetures de classe dans la circonscription. Donc ça, c’est du concret. Quand on arrive à trouver un logement à quelqu’un qui galère, bien que le député ce ne soit pas sa fonction en principe, mais on est là quand même pour pousser des dossiers. Quand on arrive à trouver un logement social à quelqu’un qui n’en peut plus, qui galère de logement depuis 10 ans et tout, tu vois, on se réunit avec l’équipe et on sert à quelque chose. Moi, c’est ça qui m’intéresse. Ça ne m’intéresse pas du tout, du tout, du tout, du tout, d’aller… Il y a toute une partie du costume politique qui ne me plaît pas, qui est celui réellement de la posture où tu es en campagne de toi-même en permanence. Tu vas aller faire des matinales, t’as rien de spécial à dire, t’as rien de neuf à dire. Tu y vas juste parce qu’il faut occuper l’espace, il faut taper sur l’adversaire, parfois avec mauvaise foi. Il y a quelque chose dans le débat politique qui ne me convient pas parce qu’il y a une tendance générale à systématiquement caricaturer l’opposant. C’est pas forcément l’adversaire, parfois c’est vraiment un adversaire, parfois c’est juste un opposant ou parfois même c’est un partenaire, mais il y a un truc de l’ordre du calcul permanent qui fait que ta parole, elle n’est pas tout à fait complètement honnête. C’est-à-dire qu’il y a le fait qu’il y ait derrière la perspective de se dire, oui, mais dans quelle situation je serai, parce qu’il va peut-être y avoir une élection là dans un an, donc je calcule l’incidence de ma prise de parole sur cette élection qui m’oblige à m’allier ou à ne pas m’allier.
:Justement, là sur YouTube, il y a Laurence qui te pose la question de savoir, elle dit : « Est-ce que lorsqu’on est député, au final, on n’est pas déconnecté de la réalité du terrain et des gens ? »
:Alors ça c’est une question assez classique, je pense que beaucoup de députés sont déconnectés mais tout dépend comment tu vis ta vie. Moi j’ai vraiment la prétention de ne pas être déconnecté parce que mon quotidien est vraiment plongé dans ma circo. J’habite avec les gens qui m’élisent ou qui ne m’élisent pas, tu vois, mais en tout cas je suis avec eux. On est toutes les semaines confrontés à des questions extrêmement concrètes des habitants et des habitantes de la circo. Et puis ensuite, ma vie, elle est très classique pour le reste, tu vois. Donc, je pense que ceux qui sont déconnectés, c’est ceux qui en effet oublient d’aller voir les gens de la circonscription dans laquelle ils ont été élus, ceux qui ont une vie un peu de privilégié, mais évidemment, je fais partie des privilégiés en étant député pour des raisons financières et autres, des raisons de statut. Mais ma vie est assez classique par ailleurs, et très banale. Je crois vraiment que je mène à part ça la vie de monsieur tout le monde. Je ne fais pas de soirées, je ne vais pas dans des cénacles politiques particuliers. Je ne suis pas dans des coulisses en train de manœuvrer. Et je ne profite pas de tel ou tel avantage particulier. Mais le fait est que oui, je pense qu’il y a des politiques qui le sont.
:Et toi Mathys il a parlé du costume politique, moi je parlerai de la comédie humaine. C’est un théâtre absolument incroyable l’Assemblée nationale de ce point de vue-là, non ? Comment, du haut de tes 25 ans, on est percuté par ça ?
:Tu peux ouvrir et dire aux personnes qu’on termine l'émission dès que possible.
:Ah, il y a quelqu’un qui vient après ?
:Oui, oui.
:Je pensais que c'était ton bureau à toi. On est pris par le temps. Je pensais que c’était ton bureau à toi. Tu l’as piqué à quelqu’un ?
:Non pas du tout.
:Il est au courant que tu es là ?
:Je voudrais qu’on termine.
:Déjà ?
:Je suis désolé.
:C’est vraiment, c’est de ma faute.
:Vous êtes arrivés une demi-heure en retard, tu vois, mais attends, ça fait quand même plus de deux heures qu’on parle, ce n’est quand même pas rien.
:On se croise cinq minutes par-ci, par-là.
:Ben voilà, mais tu pourras, il faudra revenir. Tu as évoqué tout à l’heure que tu étais apparenté. Effectivement, tu n’es plus directement lié au nouveau Front Populaire.
:Je suis complètement lié au Nouveau Front Populaire.
:Alors ça veut dire quoi, apparenté ?
:Apparenté, ça veut dire simplement que tu n’es pas membre du parti qui compose le groupe, sachant que le groupe parlementaire peut être composé de plusieurs partis. Donc ça veut dire que tu fais partie du groupe, mais que tu manifestes et tu assumes une forme d’indépendance en même temps. C’est-à-dire que tu es solidaire du groupe, des décisions du groupe, de la politique menée par le groupe, mais tu tiens quand même à affirmer ta singularité. Et pourquoi tu as tenu, il y a quelques mois, à affirmer ta singularité ? Parce qu’en fait, j’aurais dû être apparenté dès le début, dans la mesure où j’ai été élu, et les gens ne le savent pas forcément, en tant que député REV. REV, Révolution Écologique pour les Vivants. Voilà. C’est un parti d’écologie radicale et antispéciste que j’ai fondé il y a 5 ou 6 ans maintenant. C’est un parti écolo donc, mais beaucoup plus radical que Europe Écologie Les Verts. Tu vois, un parti qui se déclare très, très clairement anti-capitaliste, anti-libéral, pour la réduction du temps de travail, où nous on n’inverse pas. Sauf la nuit pour les collaborateurs.
:Non, tu n’as pas bien écouté.
:Ça, ça peut être de la mauvaise foi. Tu ne travaillerais pas pour CNews, toi, en fait ? C’est CNews qui m’a utilisé, qui a utilisé exprès et qui m’a utilisé tout le temps. Tu as entendu, tu as entendu ce que j’ai entendu. On dit aux messieurs qu’on coupe le portable la nuit, que tu récupères tranquillement quand tu veux. On les connaît, ces journalistes. Oui, on les connaît, on les connaît ! Oui, on les connaît, ces journalistes. On est par exemple pour la réduction du temps de travail à 20 heures. Tu vois, on est vraiment pour un modèle de rupture. On a vraiment proposé sur un certain nombre de sujets. On est pour la réforme du mode de scrutin. Effectivement, la 6ᵉ République, etc. Mais nous, on propose des choses sur la manière de voter qui n’ont rien à voir avec ce que c’est un scrutin majoritaire à deux tours, et ainsi de suite. Donc on a ce parti qui devait rester minoritaire en termes de score. Tu vois, moi je voyais ça un petit peu comme le NPA de l’écologie, tu vois, un parti radical, mais dans le milieu de l’écologie avec, nous, un rapport notamment à la question animale, très particulier puisque nous, on est pour la fin de l’exploitation animale. On assume complètement, on ne dit pas « oh oui, on fait des petites améliorations », on dit « on arrête d’exploiter les animaux, on arrête de les tuer, on n’a pas besoin, etc. »
:Et donc ça n’est pas que la corrida ?
:Non, c’est pas que la corrida, on a tout un programme aussi sur l'élevage qu’on veut d’abord réduire avant de le supprimer, mais ça, dans des décennies, c’est pas quelque chose qu’on estime pouvoir faire dans les années qui viennent. Mais en tout cas, nous, on pose la question des droits des animaux de manière extrêmement claire et on demande qu’il y ait des politiques qui soient cohérentes à ce sujet. Et on est beaucoup de vegans, on est beaucoup de gens qui ont un rapport à la vie, au vivant en général, qui est très particulier. Et il se trouve qu’on avait commencé à se présenter dans différents endroits et qu’on avait fait une liste aux régionales en Île-de-France, par exemple, on avait fait 40 000 voix. Et la prochaine étape était les législatives, et c’est là qu’on a commencé à discuter avec la LFI au moment où Jean-Luc Mélenchon se présentait en 2022. On trouvait que ça commençait à avoir un discours de plus en plus écolo, de plus en plus intéressant et on se rapprochait sur beaucoup de points, même si effectivement sur beaucoup de questions, on va plus loin. Bref, et donc on a fait une alliance et c’est dans le cadre de cette alliance que je me suis retrouvé élu député avec le soutien de LFI. Et en réalité, j’ai toujours été un apparenté, mais sauf qu’au début, je suis arrivé à l’Assemblée nationale, je n’ai pas fait attention à la manière dont j'étais enregistré. Mais en tout cas, ça me paraissait important, à un moment, de clarifier cette chose précisément pour pouvoir porter la parole de la REV, qui est une parole singulière, et la REV est un parti indépendant qui pourra un jour, qui a vocation à se présenter de manière indépendante si un jour il n’y a plus d’union des partis de gauche et d’écologie.
:Quand j’ai fait mes recherches avant ta venue, que des éleveurs étaient venus perturber l'été dernier votre… je ne sais pas comment on l’appelle ça, université d'été. Je voulais juste te demander, toi, homme de gauche, quand tout d’un coup, des gens qui sont opposés à toi utilisent des techniques, au départ, un peu de gauche, qui veut dire, on va perturber tel meeting, etc., qu’est-ce que tu as ressenti ? Alors, je ne connais pas la teneur des revendications de ces gens-là.
:En gros, la revendication était « Caron dehors ». Oui, c’est marrant, je n’ai pas du tout vu les choses de cette manière. Moi, je trouve ça très bien quand les gens manifestent leur désaccord, même avec moi, ça ne me gêne pas du tout. J’adore la contradiction, j’adore échanger. Là, ce qui était un peu gênant, c’est qu’il y avait une forme de pression violente, c'était des chasseurs et des éleveurs, en l’occurrence, qui m’en voulaient précisément parce que notre parti prône la fin de l'élevage, prône évidemment la fin de la chasse. Ça, c’est pas juste pendant les vacances, etc., ou le week-end. Nous, c’est plus de chasse du tout. La chasse étant un archaïsme, une barbarie qui n’a aucune raison d'être, comme la corrida, on dit, il faut arrêter la chasse. Donc ils sont venus se plaindre du fait qu’on organisait notre université d'été à cet endroit-là. Et il y avait une forme de grosse pression, même physique, qui était mise sur les gens qui venaient. Il y a des gens qui sont repartis, ça a fait fuir des membres de la REV qui avaient prévu de passer leur week-end avec nous, en famille, et ainsi de suite. Il y avait beaucoup de bruit, il y avait des effaroucheurs qui étaient actionnés toutes les minutes. Un effaroucheur, ça fait un bruit incroyable, on a l’impression qu’on vous tire un coup de fusil juste à côté. Et qui, pour empêcher même les conférences d’avoir lieu, donc… C’est le jeu, c’est le jeu, en effet, de dire qu'à partir du moment où on défend des politiques qui vont avoir pour conséquence de bouleverser les équilibres économiques et notamment les activités des chasseurs, les activités des éleveurs, etc. C’est logique qu’il y ait des protestations. Après, je trouve dommage que ça doive s’exprimer avec cette forme de tension.
:Ultime question, on va voir si tes collaborateurs…
:Alors quelqu’un se plaint parce que j’ai dit la LFI, effectivement c’est une erreur, LFI ou la FI, d’accord, pardon je tiens compte de nos invités.
:Je t’en suis gré, et je t’en remercie. Il y a une question, on va voir si tes collaborateurs, collaborateur, mais visiblement oui, ils travaillent, mais tu ne prends même pas la peine de lire la note qu’il faut avant que tu viennes à l'émission. Bravo, bravo Caron.
:Non mais vas-y, je t’en prie, vas-y, défoule-toi. Juste tant que t’as envie.
:On a une question rituelle ici.
:On s’est pas renseigné là-dessus sur la question rituelle ? Sinon, j’aurais préparé un truc.
:Ben voilà, c’est excellent, c’est excellent. Prépare-toi à renvoyer les crédits, tu sais, on essaie, comme on a dit avec Euryale, à la fin de la phrase d’Aymeric Caron, on termine l’émission. Je vais te la poser la question rituelle. À moins que ce soit le tchat qui te pose la question, la question rituelle, est-ce que quelqu’un a la question rituelle dans le chat ? Dans le chat. Il fallait lire les fiches, non ? Bon, ben je vais te la poser. Qu’est-ce que nous avons fait, mon cher Aymeric Caron, pendant plus de deux heures ce matin ?
:Elle est bien ta question, c’est à toi de me le dire. Qu’est-ce que t’as le sentiment d’avoir fait ? C’est toi qui as fait, moi je t’ai accompagné.
:Alors ça, c’est le Aymeric Caron de « On n’est pas couché » ou qui essaie de flatter l’invité pour mieux le casser derrière ?
:Il n’y a pas de flatterie. Tu me dis, qu’est-ce qu’on a fait ? Je peux te dire ce que j’ai fait. Je me suis levé, je me suis mis en retard. J’ai regardé un bout d'émission en disant zut, zut, il nous attend, il nous attend. Je suis arrivé parce que tu as eu la gentillesse et l’amitié de m’inviter. J’ai répondu à tes questions. Voilà ce que j’ai fait. Maintenant, comment toi tu vois cet exercice ? Il n’y a pas de flatterie. Tu me dis « qu’est-ce qu’on a fait ? ». Je peux te dire ce que j’ai fait. Je me suis levé, je me suis mis en retard. J’ai regardé un bout d'émission en disant « zut, zut, il nous attend, il nous attend ». Je suis arrivé parce que tu as eu la gentillesse et l’amitié de m’inviter. J’ai répondu à tes questions. Voilà ce que j’ai fait. Maintenant, comment toi tu vois cet exercice ?
:Je pense qu’on a fait une émission qui était utile. On a parlé d’un film qui raconte des choses qu’on ne veut pas voir ailleurs, qui bouscule et qui interroge. On a aussi parlé de ton rôle de député, de ton équipe et de la difficulté de continuer à parler de Gaza, dans le contexte actuel.
:C’est exactement ça. Et c’est bien de pouvoir avoir un espace où on peut développer les choses sur la longueur, comme tu le fais ici. Ça change des formats où tu as trois minutes pour tout dire.
:Merci à toi Aymeric, merci à Mathys aussi, pour ce temps, cette sincérité et pour avoir accepté les questions parfois un peu piquantes.
:Merci à toi pour l’invitation. Et merci à toutes celles et ceux qui nous ont suivis.
:Merci à tous dans le tchat, pour vos interventions, vos critiques et vos encouragements. Vous pouvez revoir cette émission en replay. On mettra également des extraits. N’oubliez pas de soutenir « Au Poste » et de continuer à faire vivre le débat.
:Merci à vous, et à très bientôt.
