Quand l’antiterrorisme protège le RN et les marchands d’armes !
Retour à l'émissionTranscription de l’émission
« On fait caca sur Bardella, on fait pipi sur les nazis, on fait popo sur les fachos ». Et voilà, c’est le tube de la semaine. Je pense que ça va en réjouir certains d’entre vous. C’est le numéro 6 de l'émission « Six mois ferme », l'émission du fin fond de mon grenier de rétention. Depuis le 1er octobre, je suis touché par un bracelet électronique pour six mois, les six mois qui viennent, et en réaction à ça, avec les camarades, on a décidé de faire cette émission hebdomadaire, « Six mois ferme », qui se veut être un journal des luttes, un espace où les camarades vont pouvoir exprimer les combats qu’ils portent, la manière dont ils y font face. Et donc ça va durer pour les cinq mois qui viennent, parce que ça y est, je peux le dire officiellement, le premier mois est passé. Ce n’est pas simple, être retenu à son domicile, l’assignation à résidence, le fait de devoir ne pouvoir sortir de chez soi que six heures par jour, évidemment que c’est très contraignant, et que c’est évidemment cette vocation de pouvoir nous limiter dans nos capacités à agir, à nous exprimer. « Six mois ferme », c’est la réponse que je peux apporter du fond de la montagne, avec tous les camarades que vous ne voyez pas, qui s’enrichissent, etc., et qui portons ce projet collectivement. Cette semaine, on a plusieurs bonnes nouvelles à fêter, et c’est important dans ces phases de lutte intense, de cocher les résistances et leur efficacité. Vous aurez entendu vendredi cette bonne nouvelle : le camarade Ritchy Thibault, le jeune Gilet jaune qui avait été mis en prison préventive pour avoir lancé des appels à la résistance et à la Résistance, et lors de prises de parole publiques, s'était retrouvé en préventive. Un concert de soutien a été organisé vendredi dernier et, l’après-midi même, on apprenait que Ritchy Thibault devait être immédiatement libéré. Il passera en procès au mois de décembre. Soyons nombreux pour aller soutenir et ne pas laisser passer ces tentatives de mise sous silence des camarades qui portent la parole, notamment. Donc, Ritchy Thibault, Gilet jaune, antitsiganiste, enfin, lui qui lutte contre l’Antitsiganisme. Un camarade, un très jeune camarade porte-parole, qui fait l’objet de nombreuses, nombreuses répressions. Cette semaine, on va recevoir deux collectifs. On va recevoir les camarades de Thonon-les-Bains, qui vont nous parler d’une affaire qu’on a mentionnée la semaine dernière, des camarades qui font partie de la coalition Guerre à la guerre et qui ont mené une action à l’entreprise Nicomatic, une entreprise d’armement. Donc, on en saura plus au terme de l’entretien. Elle a été visée par des actions symboliques. Il y a 14 camarades inculpés qui vont passer mardi en procès à Thonon. Et donc, il nous paraissait très important d’accueillir ici, parmi les personnes qui les soutiennent ou qui sont impactées, des personnes qui viennent nous parler de cette affaire, de tout ce que ça signifie. Nous parlerons également des moyens démesurés de police et de justice qui sont mis à leur encontre. On accueillera aussi un camarade, peut-être deux, le camarade Édouard Desmarais, qui est un camarade de Bassines non merci 86, qui a été touché ce week-end par une mesure individuelle très particulière, ce qu’on appelle les MICAS, et qui sont ni plus ni moins des assignations à résidence express et qui visent à empêcher les militants de participer au cortège. Il y a eu plusieurs dizaines de cas qui ont été recensés ce week-end. Édouard en est un. Il viendra nous témoigner un petit peu de la manière dont il a pris connaissance de ces mesures et de comment elles ont été justifiées par le ministère de l’Intérieur. Ce ne sont pas des décisions de justice, ce sont des mesures arbitraires. À l’Ancien Régime, on aurait parlé de lettres de cachet. Et donc, nous devions aussi potentiellement recevoir ici notre camarade Loïc, dit le Moine, qu’on avait reçu il y a trois semaines de ça, qui nous avait déjà fait part du procès dont il devait subir les conséquences à Niort. Et là, il y a eu un nouvel épisode : il a été un des premiers à être mis sous Micas la semaine dernière, dans le cadre du mouvement social. Donc, il y aura 15 minutes pour parler un petit peu de ces fameuses MICAS. Et puis, comme toutes les émissions, on finira par un agenda des luttes. Il faut que je boive un coup, on n’est pas si pressé que ça, en vrai. Un agenda des luttes et le mot de la fin avec certainement, et vous le savez, de la flûte. Bracelet de la semaine : eh bien, je n’ai pas reçu de bracelet pour sertir ma cheville gauche, ma cheville libre, cette semaine. J’en suis très attristé et j’espère que vous serez nombreux cette semaine à envoyer vos bracelets à l’adresse de l’UL CGT, 37 bis, rue de la Mairie, à 79500 Melle. Vous le savez, le projet, c’est que chaque semaine, je porte à ma cheville rendue libre, donc la cheville gauche, celle qui ne porte pas de bracelet électronique, de faire de ma cheville gauche un espace d’expression politique. Et par défaut, je dois vous annoncer que j’ai trouvé un partenaire financier pour soutenir l'émission, puisque nous avons été équipés en rue balise Crédit Agricole, fournie par l’agence de Melle. On a pu également améliorer ici la décoration. Donc voilà, cette semaine, j’arborerai fièrement les couleurs du Crédit Agricole. Oh, excellente nouvelle ! Je vois que notre camarade Loïc vient de se connecter et pourra participer avec nous à l’entretien qui va commencer vers 12 h 30. Ça fait très, très plaisir de te voir arriver. C’est vraiment trop cool, super ! Et comme on s’est déjà vus, le son est bon, l’image, ça va coller. C’est vraiment, je suis enchanté. Très bien, tu vas pouvoir nous raconter tes nouvelles mésaventures. Ouah, ouf ! Ça fait chaud au cœur. Eh ben, c’est parti pour la revue de presse. Alors, Red, dépêche mode, parce que je pense que c’est vraiment mon tube. Et pour la première fois, des nouvelles de l’international, puisque cette semaine, vous l’avez noté, ça a bougé fort, ça bouge partout en Europe, ça bouge partout dans le monde. Et là où un grand vent de fascisme aurait tendance à se généraliser, il y a des endroits où ça résiste, ça réagit. Il y a aussi des choses assez enjaillantes ou réjouissantes, des nouvelles qui nous parviennent. Alors évidemment, on va parler de la Serbie, on va reparler de ce qui s’est passé au Brésil. On commence par une nouvelle qui nous vient de Suisse. Une nouvelle, moi, je l’ai apprise il y a trois jours de ça : une entreprise, Brügger & Thomet. Peut-être que ça ne vous dit rien comme ça, mais Brügger & Thomet, c’est l’entreprise qui fabrique les fameux LBD. Voilà, et donc c'était une entreprise suisse, et nous apprenons dans la presse suisse, notamment, que cette entreprise a été la cible de dégradations et d’un incendie qui a fortement atteint le bâtiment, puisque le bâtiment aujourd’hui menace de s’effondrer. Vous avez là les images du collectif qui revendique cette mise hors d'état, ce désarmement à proprement parler. Et donc, il ne s’agit en effet pas d’un accident, il s’agit bien d’une action revendiquée par un collectif qui se bat contre le surarmement de la police, vraisemblablement. Il n’y a pas d’ambiguïté, puisque l’action est dédiée à la "Gen Z" et dénonce l’utilisation massive de ces armes de guerre sur les manifestants. Et donc, cette entreprise qui fabrique ces armes est aujourd’hui hors d'état de nuire. Donc, une action plus précisément sur la commune de Thoune, à proximité de Berne. Voilà, une information à partager et à relayer. Il se peut que ces news les bruitent finalement assez peu. S’ils venaient traiter de l’actualité, je serais bien curieux de savoir dans quels termes ils en parleraient. D’ailleurs, quand vous lisez la communication de cette entreprise, justement, ils s’offusquent des violences. Les fabricants d’armes s’offusquent des violences ! Dans les autres nouvelles de la semaine, vous aurez l’occasion d’entendre les résultats des élections législatives en Serbie. Et donc, on va diffuser quelques images, là encore, qui peuvent s’avérer assez réjouissantes. Ces images-là, ce sont les responsables de la télévision publique serbe qui présentent leurs excuses aux étudiants, à tous ceux qui ont eu à subir pendant deux ans, parce que ce mouvement lycéen, ce mouvement étudiant qui a remporté l'élection législative, c’est un mouvement de longue date. C’est un mouvement qui dure depuis plus de deux ans et où il y a des mobilisations assez incroyables à travers la Serbie, de très grandes marches, des jeunes qui partaient comme ça pendant plusieurs semaines, rencontrés, etc. Il faut vraiment regarder ce qui se passe en Serbie depuis deux ans autour de ce mouvement, un mouvement tellement puissant, puisqu’ils ont réussi à remporter ces élections législatives. Il va falloir regarder attentivement ce qui se passe là-bas. Et un des premiers effets, c’est que l'élection connue, les tortionnaires ont repris leur véhicule et se sont auto-évacués des centres-villes. Donc, force aux camarades serbes, et on va regarder avec attention ce qui va pouvoir se passer dans ce cadre-là. Donc, allez, un petit peu de musique. Et on passe tout de suite à Rio ! Les images parlent d’elles-mêmes. Vous avez appris que Bolsonaro Junior n’avait pas pu prendre le pouvoir et est allé se réfugier dans les bras accueillants de Donald Trump. Et donc, un des éléments qui, vraisemblablement, a pu jouer dans les dernières semaines, c’est cette opération de blocage des fachos sur les réseaux. Et donc, ici, il y a une publication qui tourne et qui invite à ce qu’en France, on en fasse de même. Ignorons-les plutôt que de leur donner de l'écho. On bloque les fachos, je n’en dirai pas beaucoup plus. Et on va finir par du très local au local, et je vais tâcher d'être rapide, concis, alors que, voilà, puisque, vous le savez, mon assignation à résidence se situe aux confins des Deux-Sèvres et de la Vienne. Je suis assigné à résidence à Melle. Et Melle, vous savez, ça a été l’endroit qui a reçu beaucoup de mobilisation dans la lutte contre les bassines. Il y a un contexte qui, depuis plusieurs années, est assez particulier dans cette commune, où notamment le maire Sylvain Griffault, camarade, qui avait accueilli tous ces événements avec le conseil municipal, n’a pas été reconduit. Et depuis, on a le cher maire Lequien, qui est un jeune macroniste qui met une ambiance sur Melle depuis quelques semaines. On a par exemple appris la semaine dernière, alors qu’il y avait une occupation de ronds-points, au rond-point des Colonnes, que l’agence du Crédit Agricole n'était pas ouverte à ses clients ce samedi. Une photo. Trois jours après, une poubelle s’est jetée contre la vitrine du Crédit Agricole. Dans la nuit de lundi à mardi, l’agence du Crédit Agricole de Melle, qui est juste à côté du Café du Boulevard ou en face du PMU, a été attaquée violemment par une poubelle. Donc, le Crédit Agricole et l’agence du Crédit Agricole étaient visiblement mieux informés. Moi, je n’avais pas capté qu’ils pouvaient représenter une telle cible. Également, le maire Lequien est très inquiet, puisque, le matin, en arrivant à la mairie, il a pu constater la présence d’un colis suspect. L'équipe de déminage de La Rochelle est intervenue et a pu trouver dans ce colis suspect un superbe Tupperware vide. Ça a nécessité l'évacuation des bâtiments publics à 100 mètres, etc. Il y a un climat sur Melle cette semaine, c’est vraiment très particulier. Le lendemain soir, un caillassage en terrasse du Café du Boulevard. Vraiment, vraiment très, très étrange, que de rebondissements sur ce territoire. Si vous aviez manqué le dernier épisode, on a également appris que la plainte suite au saccage de Melle le 18 décembre, par les troupes de la Coordination rurale avec plus de 70 tracteurs qui avaient déversé leurs déchets, fumiers, amiante, pneus, un peu partout dans le centre-ville, notamment devant le Café du Boulevard, les plaintes qui émanaient de la mairie de Melle, du Café du Boulevard et également de Delphine Batho, la députée où des déchets, devant lesquels des décharges avaient été déposées, leurs plaintes étaient classées sans suite. Plus de 170 000 euros de dégâts : est-ce que c’est le maire Lequien qui prendra en charge ou les habitants qui prendront en charge cette facture ? La question est posée. On n’est pas trop mal concernant la revue de presse. Camarades des montagnes, est-ce que vous êtes prêts si on démarre maintenant ? Ah oui, pardon, excusez-moi, j’arrive vers vous tout de suite. Oui, dans les images assez réjouissantes, on voit ici à l’image un agent de l’IGPN qui est en train de faire de l’observation de nos violences policières. Voilà, donc certainement..Donc voilà, en dehors de la blague, il y a eu ce camarade qui est venu faire cette scène, et on le dit, on le redit, il est urgent de dissoudre l’IGGN, il est urgent de dissoudre l’IGPN. Quand les policiers, les gendarmes sont contrôlés par des policiers et des gendarmes, évidemment que ça ne peut donner lieu qu'à des enquêtes bâclées et à des mises hors de cause. Voilà, donc ça, je pense que c’est quelque chose sur lequel on peut tous se rallier. Dissolution de l’IGPN, dissolution de l’IGGN. Je précise bien, parce qu’on imagine que la DGSI peut être très intéressée par tout ce qu’on peut se dire ici. Pancho et Suzie, voilà une manière de nous mettre dans le bain. Pancho et Suzie, vous représentez un collectif qui s’active aujourd’hui autour de 14 camarades qui sont inculpés suite à des actions qui ont été menées contre le siège de Nicomatic. On va en reparler, vous allez nous présenter tout ça dans le détail. On a été alertés par les camarades de l’A412 qui sont passés la semaine dernière et qui ont pu nous dire ce qui se tramait pour certains d’entre vous. On est assez éloignés géographiquement, nous, c’est les Plapéis de l’Atlantique, vous, c'était la Haute-Savoie, c’est les crêtes, et donc on se connaît peu. On essaie de se suivre et évidemment qu’on fait partie de la même grande famille de résistants et militants. Et voilà, on a connecté et on vous propose de prendre ces 15 minutes qui sont là pour pouvoir nous dire tout ce que vous avez à nous dire sur ce que vous combattez, sur la manière dont vous luttez, comment vous faites corps, comment vous vous faites face, la répression dont vous faites l’objet. Merci d’avoir répondu à l’invitation. Merci d’avoir pris tout ce temps en amont pour préparer tout ça. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire, chers camarades, d’emblée sur Nicomatic et les actions que vous avez menées là, et de manière générale, ce que vous avez envie de dire là, maintenant ?
Du coup, merci beaucoup pour l’invitation ici. Nous, on voulait parler de l’action Nicomatic, plus globalement de la marche à la guerre qui est en cours, avec une hausse d’activité liée à l’armement de 20 % entre 2023 et 2025, la France, deuxième pays exportateur mondial après les États-Unis. Et en fait, dans ce contexte-là, il se trouve que Guerre à la guerre, qui est une coalition qui émane des soulèvements en Stop Arming Israël, a fait justement une campagne « Riposte guerre à Thales », campagne au long cours, et du coup, pour dénoncer la militarisation croissante depuis dix ans, toutes les infrastructures de production et de transport qui s’orientent vers l’armement. Et du coup, notamment nous ici, en Haute-Savoie, on avait, dans les sous-traitants de Thales, à dénoncer l’entreprise qui s’appelle Nicomatic. Voilà, donc Nicomatic, petite entreprise familiale basée dans le Chablais, qui a été créée dans les années 70 par Paul Nicolin, aujourd’hui reprise par les deux fils. Il faut savoir que cette petite entreprise devant laquelle on passe, très anodine, une petite usine de production et des bureaux, c’est une entreprise qui a 24 filiales, comptées à ce jour en tout cas, dont en Israël, depuis le début d’année, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Chine, voilà. Et en fait, quelque chose qui est assez intéressant chez Nicomatic, c’est que son chiffre d’affaires a doublé entre 2022 et 2025, passant de 53 millions à 92 millions. Et ce n’est pas anodin, parce qu’une enquête RTL avait montré que des connecteurs avaient été retrouvés sur les fronts en Ukraine dans du matos de l’armée russe. Donc ça veut dire que Nicomatic a vendu des armes, en tout cas des connecteurs, des morceaux d’armes, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Chose qui est complètement illégale, et même si, du coup, il y a eu ce papier RTL qui l’a dénoncé, il n’y a absolument aucun recours, aucune punition qui a été lancée contre l’entreprise Nicomatic. Et quand, justement, il y a eu plusieurs actions de Guerre à la guerre ici, en Haute-Savoie, contre Nicomatic, quand un journal local est venu interviewer le dirigeant, qu’est-ce qu’ils ont dit ? C’est qu’on ne fabrique pas d’armes. Ils se sont complètement dédouanés dans un déni monumental, sachant que sur leur site, on voit qu’ils sont spécialistes de systèmes de défense, de solutions d’interconnexion spécialisées pour les systèmes de défense. Ils fabriquent quoi ? Je ne sais pas si vous arrivez à lire, mais c’est des drones, des missiles, des radars, des systèmes d’armes à distance. Et donc, du coup, on est dans une entreprise qui a, comment dire, comme business plan, en tout cas, vraiment de grossir via la défense et la militarisation. Autrefois, c'était du décolletage, autre technique d’usinage qui est utilisée pour l’armement, très connue dans la Haute-Savoie et plus précisément dans la vallée de l’Arve. Et aujourd’hui, ils sont plutôt partis sur des connectiques comme ça, mais c’est écrit noir sur blanc : ils travaillent pour la défense et la sécurité. Donc voilà, il y a tout un récit de mise à distance, en fait. On se demande comment c’est possible aujourd’hui encore de pouvoir nier ouvertement devant les médias et qu’ils ne soient pas épinglés de l'écho. Donc voilà, vas-y, vas-y.
Pour le coup, des actions ont été menées, c’est bien ça ? L’appel qui nous est arrivé de ce procès qui a lieu mardi, c'était en lien avec des actions qui ont été menées, je crois, sur les lieux d’exploitation. Si nos échanges et mes souvenirs sont bons, il y a deux actions qui sont menées au niveau du siège et au niveau de l’entreprise de production à proprement parler. Je crois que la volonté était d’alerter les salariés et les personnes qui travaillent dans ces entreprises de guerre, finalement.
Du coup, il y a une vidéo qui a été diffusée via le site de Guerre à la guerre et un petit QR code. En fait, pendant l’action, ce sont des stickers, des flyers qui ont été collés, comme on peut le voir sur la photo, sur les devantures, donc quelque chose de totalement… C’est très symbolique et, en fait, sur cette vidéo qu’on va pouvoir regarder juste après, il y a quelque chose qui est de l’ordre de la non-culpabilisation des salariés, et vraiment solliciter en disant : est-ce que vous avez vraiment envie de dédier vos précieuses heures de vie à cette industrie meurtrière qui prône la guerre et la violence ? Et de montrer, en fait, on ne sait pas si vous êtes au courant, mais Nicomatic est directement impliquée dans la guerre, et un petit peu ce qui a été choisi pour ces actions-là. De la part de Guerre à la guerre, ça a été : « La guerre commence ici, la guerre commence à côté de chez nous, c’est tous les jours. » Et je vous laisse avec la vidéo.
Et conscients que vous participez indirectement à ôter des vies. En effet, aujourd’hui, votre entreprise collabore avec l’industrie de guerre, que cela soit de façon directe via des composants d’armement de pointe ou de façon plus éloignée sur des systèmes de communication. Cela n’a pas toujours été le cas. Et l’orientation stratégique de votre développement pourrait prendre bien d’autres formes déjà présentes dans vos marchés, celles de sauver des vies plutôt que les briser n’est qu’une question de choix. Nous, nous pouvons seulement vous interpeller. Vous, en revanche, vous avez le pouvoir d’agir directement. Alors, si la démission est un acte radical et n’est pas à la portée de toutes et tous, sachez que d’autres actions sont possibles. Vous ne cautionnez pas les pratiques de votre entreprise, vous pouvez par exemple appliquer les conseils du guide de sabotage en entreprise de la CIA. Diffusé sous l’Occupation, il invite à passer à l’action à votre échelle. Ralentir les réunions, supprimer par erreur un dossier important, être pointilleux et pointilleuse à l’extrême en appliquant à la lettre des procédures absurdes, par exemple. Mais aussi, prenez du temps pour vous, en dehors du travail. Reposez-vous, et surtout, parlez-en, entre collègues, avec vos amis. Osez interpeller votre entreprise sur son application militaire. Votre voix compte et elle est légitime. Vous vous levez chaque jour pour aller travailler. Voulez-vous vraiment consacrer vos précieuses heures de vie à alimenter une machine de mort ? Ou choisirez-vous une autre voie ? La guerre, ce n’est pas que dans les livres d’histoire. La guerre, c’est aujourd’hui. C’est tous les jours. La guerre, ce n’est pas qu’en Iran, en Palestine, en Ukraine, en Éthiopie, en Syrie, en Afghanistan, au Liban, au Burkina Faso, au Myanmar, au Pakistan, au Mali. La guerre commence ici. Avec ou sans vous ?
Waouh, et donc c’est ça, c'était la vidéo qu’on pouvait télécharger à partir des QR codes qui étaient stickés à l’entreprise.
Ouais, voilà, c’est ça.
Et donc ça dit bien, oui, le message politique qui était porté ce jour-là. Merci de nous avoir partagé ça, je ne sais pas si ça avait été beaucoup vu, et c’est important. Pour une autre chose, je crois savoir que tu fais partie des camarades qui sont inculpés. Bon, merci, ça va.
Exactement, c’est demain.
Et nous, on a eu aussi des retours comme quoi les conditions d’interpellation, sur une action purement symbolique, quelque chose qui est de l’ordre d’interpellation citoyenne ou professionnelle, quasiment syndicale, ou en tout cas dans ce champ d’action traditionnel, avait fait l’objet d’une répression et de modalités d’action de la part des forces de l’ordre assez "bourrines", ma foi. Est-ce que tu veux nous en dire quelques mots ?
En fait, on s’est retrouvés à effectuer cette action pendant le G7 qui se passait à Évian. Donc, on est dans la zone et c’est un dispositif policier vraiment démesuré. On avait 13 000 flics sur le département. On s’est retrouvés dans des conditions de détention, dans des commissariats, des postes de rétention complètement construits pour l’occasion, dans des règles d’exposition à l’arrache sur le front. C'était vraiment un commissariat qui est sorti de terre, de zéro, juste pour l'événement, et donc on était face à quelque chose de complètement démesuré vis-à-vis de l’action qu’on a menée, où on était vraiment, comme tu le disais, sur une interpellation citoyenne avec une action qui se voulait symbolique, avec de l’affichage d’affiches, du marquage et une mise en scène macabre, une petite mise en scène pour rappeler que la guerre tue et que, comme on l’a dit dans notre slogan, ça commence ici, que cette entreprise participe, on va dire, au premier jalon de l'échelle de tous ces complices. Et donc, on a été interpellés par deux brigades du GIGN. Interpellation un peu musclée, où on s’est retrouvés à ne pas pouvoir complètement déployer notre action. Enfin, on n’a pas pu effectuer toute la communication qu’on voulait autour de cette action, on a pu faire un marquage et une ou deux affiches avant l’intervention très, très rapide du GIGN. Pour vous dire, ça s’est passé en moins d’une minute, ils sont arrivés extrêmement vite sur les lieux, plusieurs brigades extrêmement bien préparées avec des moyens pour nous interpeller. Ils ont mis vraiment tout ce qui était drone, surveillance aérienne. En bref, on était vraiment interpellés très, très vite, ils avaient tout prévu pour nous accueillir. Alors, on ne sait pas s’il y a vraiment eu des fuites ou s’ils s'étaient préparés vraiment à notre action, mais en tout cas, ça a été très rapide. On s’est retrouvés en détention, justement dans ce commissariat à La Roche-sur-Foron, pendant une trentaine d’heures, puis un déferrement direct au tribunal de Thonon. Et du coup, on est 14 à être convoqués demain au tribunal de Thonon pour, justement, des actes de dégradation sur l’entreprise, d’intrusion et de refus de donner nos signalétiques.
Et je crois savoir que là, il n’y a pas eu de détention provisoire, mais il y a quand même certains camarades qui ont eu des mesures de contrainte et de contrôle judiciaire, etc. Là, on voit, c’est ça, il y a un appel donc à se retrouver à Thonon demain, c’est ça votre actualité chaude. Peut-être par extension, puis en vous le redisant, le temps passe et il nous reste là encore trois-quatre minutes, trois minutes pour finir d'échanger. Là, dans le temps qui nous est imparti, vos messages forts, ce qu’il ne faut pas qu’on zappe, comment on peut vous soutenir, comment se tenir informés. Voilà, je vous lâche un petit peu ça comme ça. On est sur la fin de l’entretien. Je vous l’avais dit, ça passe très, très vite. Et évidemment, dans les chats, vous voyez, il y a des liens qui sont indiqués, etc. On nous pose la question de savoir retrouver la vidéo, etc., la faire tourner. Mais voilà, la parole est à vous. Je ne vais plus trop vous embêter. Je vous permets de dérouler.
Oui, ça marche, merci. Du coup, sur le site de Guerre à la guerre, donc dans les actualités, dans les articles, vous pouvez voir la vidéo. C’est un des premiers articles. Ensuite, la photo qui a été montrée, le GIGN qui est intervenu pour la peinture à l’eau, c’est un autre article à retrouver sur Guerre à la guerre. Pour tout ce qui est actualité chaude, c'était plutôt une action qui a aussi été revendiquée par XR Annecy. Donc, toute la communication va passer par XR Annecy, donc suivez-les. Après, on s’est relayés par Guerre à la guerre, bien sûr, et les autres organisations alliées. Il y a deux, trois points assez intéressants. C’est le lien avec l’A412. Il se trouve que Nicomatic, l’entreprise, elle se situe au Braco, à Bons-en-Chablais, qui a deux sites, en tout cas, en Haute-Savoie, mais dont un à Bons-en-Chablais. Les Braco, c’est là où sont entreposées les machines qui servent à la construction de l’autoroute A412. Donc voilà, c’est encore une fois une grosse critique des intérêts de quelques sociétés, donc Eiffage, Nicomatic, qui sont protégées par l'État. Et pour rappel, l’A412, c'était jusqu'à 40 000 euros par jour pour cette répression. Et à côté de ça, Évian, en fait, Thales avait aussi été ciblée par une action revendiquée par un, je crois, un média de l’Ouest. Et ça, c'était début septembre, et un pylône avait permis de désarmer l’entreprise de Thales, l’entreprise d'Évian, pendant, je crois, trois jours, et aussi une papeterie locale. Action assez hallucinante : il y avait trois pieds de pylône qui avaient été ciblés, en tout cas sciés, et voilà, enfin, du coup, c’est des luttes locales qui s’entrecroisent. Je ne sais pas si vous pouvez le voir, on est aussi des collectifs enfin, on se parle beaucoup, il y a un gros soutien et, du coup, Nicomatic, c'était bien la preuve qu’on n’a pas besoin d’avoir une autoroute pour être en pleine croissance. Et voilà, ça, c'était un point assez important pour moi. Et quelque chose qui va permettre de faire le lien avec les interviews qu’il y a après. Là, on parle beaucoup des Micas en ce moment, du coup, je vais vous laisser développer après, mais il se trouve que parmi les 14 personnes interpellées, il y a cinq personnes qui ont été visées par des Micas. Le motif, c’est « menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics ».
Spécifiant bien que c’est parce qu’ils ont participé à cette action qu’ils sont sur cette mesure-là. Typiquement, c'était indiqué dans leur lettre de convocation.
Entre autres, et pour illustrer ça, il y a une primo-militante qui a été visée par une Micas et qui se retrouve parmi les interpellés demain. Donc voilà, répression GIGN, administrative, juridique, on est là-dedans et c’est demain. Ça se passe à Thonon, le rassemblement à 11 h 30, le procès à 14 h. Donc, si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à venir. Vous n’hésitez pas à relayer dans vos orgas, il y a un CP qui est en train de tourner. Donc voilà, je pense que c’est un vrai gros sujet parmi, enfin voilà, la militarisation. On a une cagnotte aussi à diffuser, le lien, il va être envoyé dans les chats si je comprends bien. Et vous pouvez aussi le retrouver sur XR Annecy, vous pouvez le retrouver dans le CP, vous pouvez le retrouver dans Guerre à la guerre. Donc voilà, ce sera pour venir en soutien aux interpellés et puis voilà.
Suzie et Pancho, vraiment merci, merci de nous avoir informés de tout ça. Merci de porter tout ça, de lutter contre ces forces destructrices, et pleine plein, plein de force pour vous. On espère qu’en effet, les appels lancés là ont été reçus, qu’il y aura plein de gens demain pour être avec vous dans ce moment toujours un peu particulier. Vous n’hésitez pas, le lien, on le conserve. Moi, je suis encore dans mon grenier pour les cinq mois qui viennent. Ça risque de bouger chez vous d’ici là. N’hésitez pas à nous solliciter à nouveau. C’est l’endroit où on peut justement se rencontrer, partager, etc. Donc, un très, très grand merci à vous pour votre présence. Vous restez avec nous, voilà, cœur, cœur. On va enchaîner avec le camarade Loïc, le camarade Édouard Desmarais. On va parler justement des MICAS, et pour se mettre dans l’ambiance, je vais jouer du Mika. « Relaxe, pour les MICAS ». Voilà, c'était excellent. C’est la meilleure transition de la life. Mika, vous allez nous expliquer, les camarades, ce que ça veut dire, rien que dans l’intitulé. Déjà, ça dit beaucoup pour parler de ça. Donc, on a la chance d’accueillir deux camarades qui ont fait l’objet de ces fameuses Micas. Je me lance pour nous décrire le joyeux acronyme, qui veut y aller ?
Une MICAS donc, précisément, c’est une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. Ils n’ont pas une roche, comme certains géologues seraient amenés à penser. Du coup, c’est une mesure qui fait partie de ce qui s’appelle la justice préventive. Donc, en fait, il n’y a aucune décision qui est prise par un juge. C’est le ministère de l’Intérieur qui, de par les informations qu’il a pu récolter, notamment par renseignement, décide arbitrairement et sans aucune décision de justice préalable de nous assigner à résidence et, du coup, de nous empêcher de pouvoir sortir de notre domicile, de notre commune, mis à part pour être pointés au commissariat ou à la gendarmerie, en fonction de là où on vit.
Eh bien, merci. Donc, en trois lettres, en cinq lettres, MICAS, un acronyme qui n’est pas nouveau. En fait, je crois qu’il y a déjà eu plusieurs milliers de cas de MICAS. Sauf que depuis deux semaines, il y a une vague un peu particulière. Il semblerait, Loïc, qui va pouvoir nous en parler, que ce soit un nouvel outil activé par le ministre. Punaise ! Je crois qu’au Moyen Âge ou à l’Ancien Régime, on parlait de lettres de cachet, c’est-à-dire que, sur des mesures tout à fait arbitraires, le puissant, le roi, le ministre pouvaient assigner, sans aucune autre forme de justice, des contraintes, des emprisonnements, etc. Et je crois que la semaine dernière, tu as fait partie des camarades qui ont éprouvé cette mesure. Tu vas nous raconter un petit peu comment ça s’est passé. Les gendarmes se sont présentés à ton domicile, je crois. Et un grand, grand merci de nous avoir rejoints, je le redis, voilà.
C’est catégorisé comme refus, et je fais des commentaires comme « refus », bah, vos parents, ils vous ont très bien prévenus et tout, et je dis : « Bah non, preuve, vous n'êtes pas si vendeurs. »
Il semblerait, on a des remontées, puis tu as le décalage entre le direct et… Ton son ne fonctionne pas. En même temps, moi, je t’entends très bien. Merci.
Ah OK, ça marche, là, c’est bon ?
Et on va être dans cette spirale un peu particulière où il y a 30 secondes… Si, donc on va refaire un test, on va voir.
OK, là, ça marche plutôt, ça a l’air bon.
C’est revenu, alors ? Il va falloir recommencer, Loïc.
Oui, je vais faire vite. La semaine dernière, j’ai reçu ma première MICAS pour interdire d’aller à la manifestation pour le rassemblement du RN qui se tenait à Orléans. Mais je ne comptais pas y aller, de toute façon, je comptais rester à Nancy pour la manifestation. Donc, je leur avais dit déjà, avant de venir ici, de ne pas compter à 15 h et 17 h 30. C’est pour ça que, pendant la manifestation, je devais voir un policier pour m’en sortir comme ça, pour aller au commissariat. Du coup, je suis au commissariat, mais je peux quand même faire ma manif, parce que la manif n’est pas loin du commissariat. J'étais en route et du coup, j’ai pu quand même faire la manifestation la semaine dernière. Et cette semaine, je n’étais pas présent encore, non, ça m’a pas recoupé le live.
Non, non, c’est bon.
Et cette semaine, je reçois à nouveau une nouvelle visite de la police, mais je ne suis pas présent à mon domicile. J'étais sur Paris à ce moment-là pour le rassemblement en soutien à Ritchy Thibault. Ils sont venus le vendredi, le samedi matin et le samedi midi. Et moi, je suis rentré pour le moment de la manif à Nancy. Donc, j’ai fait la manif et, quand je suis entré chez mes parents, j’ai entendu que j’avais ce papier. Donc, je vais essayer d’appeler le numéro. Ça ne répondait pas parce qu’ils ne travaillaient que du lundi au vendredi, le numéro qu’ils m’avaient donné. Et le dimanche, quand j’y suis allé, ils m’ont rendu le papier en me disant que c’est un refus, ça sert à rien que vous me le mettiez aujourd’hui. Je me suis dit : « Comment ça, un refus ? Je n'étais pas au courant. » « Si, vous étiez au courant, on a pris à votre famille. » Et là, j’ai dit : « Vous êtes venus vendredi, samedi matin, samedi midi, c'était bien pour vérifier que je suis au courant. » La famille était déjà venue vendredi, donc vous ne pouvez pas juste catégoriser comme refus. Parce que ces refus, ça risque trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, si on refuse de se soumettre à la MICAS. Et donc là, je ne sais pas, c’est un peu le flou, je ne comprends pas très bien. En même temps, c'était aussi beaucoup refusé. Les MICAS, au niveau des référés, ne sont pas du tout prises en compte au début des recours et, du coup, ils sont obligés d’aller au fond, et le fond, ça prend du temps. Et on a tendance… Ces mesures, elles peuvent vraiment durer. Voilà un petit peu pour ce que je peux dire. Juste, faites-moi bien signe que ça marche bien, parce que je revois le petit logo… Ah non, c’est bon, oui, ça marche, OK, ça roule. Ouais, donc voilà, j’ai pu faire la manif annoncée. Et peut-être rapidement, je raconte juste un dernier truc. En gros, je fais la manif et puis, la semaine dernière, on a eu beaucoup de fachos qui étaient présents, qui ont chargé avec la police à côté. Il y avait une vraie consanguinité. Du coup, là, aujourd’hui, tout le monde était très vigilant au fait qu’il y ait des fachos, des fois même en se trompant, c'était en fait des camarades. Mais bon, bref, il y a eu un moment de flou et, à un moment donné, nous, les antifascistes à Nancy, il n’y avait personne qui est tout seul, pas calculé, et qui se fait prendre à partie. Et puis moi, j’arrive autour de la scène, je vois qu’on est en train de surveiller son téléphone pour voir ce qui est à l’intérieur, mais il n’arrive pas à prouver quoi que ce soit, qu’ils ont trouvé que c’est un facho, quoi. Il y a juste des coups qui commencent à partir, vraiment une frénésie, et moi, je n’avais même pas à parler tellement il y avait du bruit et tout le monde qui criait. J’ai dû vraiment me mettre autour de sa tête, c'était le seul truc que je pouvais encore protéger tellement il se prenait des coups. Et du coup, je me suis aussi fait taper. Là, il faut que j’aille voir un médecin pour le pied. Et au final, on arrive un peu à l’extraire à cinq personnes, moi, je me prends des balayettes à deux reprises. Et lui, il ne tapait pas, en fait, ce n’est pas important de quoi. Au final, il a réussi à s'échapper. Et en fait, il y a un journaliste qui n’était pas loin, donc j’ai pu témoigner avec lui. Et je précise qu’il ne s’était pas vraiment… Et il semblerait, au final, qu’effectivement, des camarades m’ont écrit qu’effectivement, visiblement, cette personne était un facho, probablement. Donc, mais pour moi, de mon point de vue, et là, je tiens à dire, je l’ai dit une fois déjà, pour moi, que ça soit un facho ou pas, quand c’est du 30 contre 1 et que la personne n’est pas en capacité de se battre ou de se défendre, je veux dire, moi, je suis pas pour qu’on lynche quelqu’un. Et c’est là peut-être la limite où, moi, je suis chaud pour y aller, pour qu’on se déforme face au facho. Je serai là, s’il y a besoin, c’est un combat. Mais qu'à partir du moment où il y a la domination d’une personne sur une autre et qu’on a la capacité de lui faire du mal, eh ben moi, je refuse de rentrer dans ce jeu-là. C’est le jeu, d’ailleurs, des fachos qui nous prennent au coin d’une rue et qui nous tabassent. Moi, je ne veux pas finir pareil. Alors, c’est un débat au sein de l’antifascisme, et même pour moi, si c'était une personne terrible, je préfère la mettre hors d'état de nuire, qu’elle n’ait pas la capacité d’exercer sa violence, mais je suis contre, par contre, qu’on se fête à plusieurs dessus et que ça puisse finir très, très mal, parce qu’au final, ça serait même très contre-productif si une personne venait à décéder ou autre, parce que ça ferait encore une réaction médiatique derrière qui a aucun sens. Et moi, humainement, je suis pas comme ça. Voilà, je voulais juste préciser ça, c’est parce que j’ai envie d’avoir les derniers messages de ma vie. De mes camarades qui me reprochent un peu tout ça, j’en suis un peu plus loin. Je me fais attaquer de tous les côtés.
Et tu avais besoin de le poser là. C’est des vérités que tu poses là. Et force à toi, parce que t’as encore dérouillé, quoi, et waouh ! Et là, pour le coup, ce qu’on a noté ce week-end, c'était qu’en fait, cette mesure dont t’as fait l’objet, apparemment, on me dit que tu m’entends, Loïc ? Oui, moi, je t’entends. Oui, tu m’entends. J’ai l’impression que le problème est à ton niveau, Jérémy. Je peux faire des tests, tu me dis quand c’est bon, mais mon micro et donc, à partir de vendredi après-midi, on a eu tout un tas de signaux qui sont montés d’un peu partout. Il y avait une vague, comme ça, ça venait d’un peu partout en France, de camarades, dont on apprenait que la gendarmerie était passée à leur domicile pour leur signifier les fameuses MICAS. Parmi eux, il y a trois camarades de Bassines, non merci 86, qui ont fait partie de la charrette, dont ce cher camarade Édouard Desmarais. Et donc, Édouard, merci aussi d’avoir répondu à la sollicitation un peu en urgence, mais est-ce que tu peux, toi aussi, témoigner de ce que tu as vécu et peut-être aussi aller un petit peu sur le fond, sur comment on unit ces troupes, quelle dialectique, et comment est-ce qu’ils justifient des mesures aussi abjectes, des mesures contraignantes ?
Très rapidement, ce matin, je discutais avec une avocate qui est spécialiste des MICAS, parce que les MICAS, ce n’est pas exactement récent. Du coup, ça a été principalement mis en place avec les lois d'état d’urgence, et donc ça a été rajouté dans le droit commun en 2017. En définitive, depuis 2017, il y a eu 1 414 MICAS. Et elles étaient principalement prononcées pour des durées qui allaient au-delà de trois mois, pour des personnes qui avaient été condamnées pour des actes terroristes. Du coup, c'était particulièrement difficile pour les avocats qui cherchaient à dénoncer cette mesure injuste, puisqu’en vrai, un juge peut, après une peine de prison, ajouter des peines complémentaires. Ce qu’ils n’ont pas fait, et du coup, c’est le ministre de l’Intérieur qui se permet, sans juge, d’ajouter une peine complémentaire. Potentiellement, les avocats ne seraient pas d’accord avec mon vocabulaire, mais c’est pour expliquer assez simplement. Et du coup, c'était particulièrement difficile pour eux de porter ce discours dans les médias, parce que, suite aux attentats du Bataclan, suite aux attentats de Charlie Hebdo, ça portait une charge émotionnelle particulière. Du coup, on n’a pas réussi à s’emparer de cet outil de répression et à le dénoncer. Du coup, là, quand les gendarmes sont venus, ils m’ont apporté un document avec plein de considérants. Il y en a un qui, pour moi, est particulièrement choquant. C’est-à-dire qu’il est écrit : « Considérant d’autre part » Je ne vous parle pas de tout le truc, qu'à la suite de l’attaque de Trappes et de La Verrière du vendredi 23 octobre, le Parquet national antiterroriste a ouvert une information judiciaire pour assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste. C’est-à-dire que, quand il parle de Trappes et de La Verrière, le premier mot qu’ils mettent, c’est « attaque ». Et il faut lire trois lignes pour que le ministère tente prudemment de parler d’une relation avec une entreprise terroriste, alors qu’il t’amène un papier dont la première ligne, c’est : « Cette mesure vise à prévenir la commission d’actes de terrorisme. » Donc, il te met dehors de chez toi, il t’enferme, t’as l’interdiction de sortir de ta commune pour une mesure qui cherche à prévenir la commission d’actes de terrorisme, mais, par contre, une fusillade qui tue une personne et qui blesse extrêmement gravement une enfant de 12 ans, qui a reçu, il me semble, huit impacts de balles, là, ils se permettent prudemment de parler d’attaque. Du coup, ça me paraît complètement ouf. Après, comme d’habitude, nous, à BNM, on est assez habitués, mais ça reste toujours extrêmement grave et il faut dénoncer ces considérants. Ils parlent de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, ils disent qu’il y a des gens qui ont appelé à défendre Muslim Power et Obama Power. Je ne sais pas si, pour eux, c'était les mêmes choses qui étaient écrites dans tes considérants. Ils parlent aussi du fait que l’ultradroite va organiser une marche et que c’est dans ces conditions-là qu’ils t’obligent à rester chez toi. Voilà, et après, bien évidemment, il y a des éléments particuliers à ma personne, notamment le fait que j’ai participé à différentes manifestations. Du coup, nous, il faut savoir qu'à BNM 86, du fait qu’on est organisés depuis assez longtemps, on a réussi à déposer un référé qu’on a gagné, du coup. Donc, on espère que ça va faire jurisprudence pour tous les autres. Et parce qu’en définitive, il faut savoir qu’ils nous ont amené le papier le vendredi pour le samedi. Ce qui reste quand même extrêmement peu de temps pour se défendre. Et donc, en fait, il y a beaucoup de gens en France pour lesquels le juge a juste dit : « Non, je n’aurai pas le temps de faire un jugement », du coup, il ne va pas le faire. Il y a donc beaucoup de personnes qui n’ont même pas eu l’opportunité de se défendre.
Ouais, et là, je vais, je te reprends la main, si tu veux bien, hein, parce qu’on est sur la fin de l’entretien. Et en effet, là, ce que t’es en train de révéler, c’est que, au niveau du 86, vous avez pu avoir la réactivité pour être jugés et qu’en fait, la décision de Nunez, elle soit cassée. Tous les camarades n’ont pas eu cette opportunité-là et cette possibilité. L’espoir, c’est qu’en effet, ça fasse jurisprudence. Et parce que ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’il y a cette ambiguïté : certains d’entre vous ont été contraints pour le week-end qui vient, avec une crainte que ce soit reconduit la semaine prochaine. Et on croit savoir que, parmi les plusieurs dizaines on tient les comptes, c’est plus d’une cinquantaine de militants qui sont recensés pour l’heure dans les sphères, dans les mouvances antiracistes, anticoloniales, dans des mouvements qui se battent pour la Palestine, chez certains syndicalistes, pour l’instant, on a des retours de camarades et d’organisations alliées. On n’a pas encore du tout d’informations comme quoi il y aurait une vague équivalente au niveau de l’ultradroite. Et pourtant, dans les attendus que tu viens de révéler, ce sont bien des violences de l’ultradroite qui sont évoquées et qui sont utilisées à nos dépens. C’est aussi pour ça qu’on avait intitulé l'émission ainsi : avec ces mesures-là, en fait, l'État et Nunez protègent à la fois les fachos. C’est une mesure, concrètement, quand ça touche Loïc, pour que Loïc ne puisse pas aller manifester à Orléans. C’est quand même assez hallucinant que cet attirail autoritaire, ce que j’allais dire juridique, soit activé. Et il y a cette importance, je crois, à mener collectivement la résistance et à parler des MICAS assez largement pour ce qu’elles représentent fondamentalement : une atteinte aux libertés fondamentales, et le fait que ça vient largement empiéter sur la séparation des pouvoirs. Et il est important qu’on résiste là tous ensemble pour ne pas voir ces MICAS se multiplier par centaines ou par milliers et qu’elles deviennent un outil du quotidien de répression et de limitation de la liberté de manifester. Les camarades, on est sur la fin de l’entretien, on va gratter un petit peu sur l’agenda des luttes. Un petit mot de la fin, une ultime réaction, mais on va y revenir sur ces questions de MICAS.
Oui, oui, je voudrais ajouter qu'à Sainte-Soline, on a des gendarmes qui ont dit : « T’en tues deux ou trois, ça calmera les autres. Ça fait dix ans que j’attends ça, j’ai signé pour ça. » On dirait la guerre civile. Voilà, on a vraiment des paroles, pour le coup, de terroristes, parce que je suis désolé, moi, si je dis ça face à la police, « T’en tues deux ou trois, ça calmera les autres », je pense qu’ils me sautent dessus directement. Donc, il y a des policiers qui peuvent se permettre de dire ces paroles, qui sont encore en train d'être dans l’intérêt de l’ordre aujourd’hui, et eux ne font pas l’objet de MICAS, ne font pas l’objet de réponses judiciaires. Et donc, je fais un petit parallèle avec Ritchy Thibault, qui a été mis en prison en détention provisoire pendant un mois juste pour avoir dit une parole par rapport à l'Élysée, donc sur du matériel en plus. Ça, on ne parle pas de personnes, mais de matériel. On voit bien aussi où on en est : on a un pouvoir qui met beaucoup d’importance sur du matériel, sur des pierres, et très peu sur des individus, quand on voit toute l’invisibilisation des lycéens blessés, des personnes blessées, et voilà. Bah, pour finir, il faut absolument continuer à manifester comme on peut. Il faut se battre contre ces MICAS, il faut être ensemble, en soutien, peu importe aussi les passés judiciaires que les différentes personnes sous MICAS peuvent avoir, parce qu’il y en a qui sont légitimées par le fait qu’elles étaient violentes par le passé en manifestation, d’autres qui n’ont rien comme jugement mais qui ont aussi des MICAS. Il faut qu’on arrive à être ensemble pour que ça soit pour tout le monde, parce que c’est super chiant. En tout cas, c'était intense en ce moment, mais merci, en tout cas, pour l’opportunité de parler, et puis force à toi.
On est en tout cas avec toi, Loïc, camarade Édouard, tout pareil, et on va faire face ensemble. Merci de me rappeler que mon bracelet d’immunité m’aura économisé une MICAS. De la même manière, on n’a pas pu m’accuser de l’attaque de la vitrine du Crédit Agricole. C’est vraiment super, le bracelet, je le conseille à tous. Je rigole. Petite dédicace, camarades, en souvenirs communs. J’espère que ton ordinateur n’est plus récalcitrant à la flûte à bec. Je suis encore mal parti. Évidemment, les aficionados auront reconnu « Felicità », en souvenir de ce très beau voyage à Venise. Camarade Édouard, je te salue, Loïc, on fait face et on passe à l’agenda des luttes. Ce n’est pas toujours facile, les transitions. Agenda des luttes. Merci Pancho, merci Suzie, merci Loïc, merci Édouard. L’agenda des luttes, la semaine va être chargée. Les conflits sociaux, le conflit social est là, très fort. Et c'était la rentrée scolaire ce matin, et je sais qu'à Niort, directement, les blocus reprenaient. Il y a deux appels nationaux, les 3 et 5, au niveau des organisations étudiantes et lycéennes, à bloquer les établissements. De tout cœur avec les jeunes. Je ne pourrai pas être trop des vôtres, là, tu vois. Ça, c’est une des contraintes du bracelet : c’est que je ne peux pas sortir de chez moi avant 14 heures, donc les blocus matinaux, il faut que je fasse une croix dessus, mais de tout cœur et force à cette lutte. Bon, la grève générale, l’intersyndicale se mobilise partout en France. Il va y avoir des cortèges massifs, c’est l’ensemble des corps de métiers qui sont concernés, c’est l’ensemble de l’intersyndicale large qui appelle à se mobiliser. Là, on a l’appel à la MOB des camarades de Sud Solidaires, je ne vais pas en dire plus, c’est partout, dans toutes vos villes, et là, le Conseil d'État ne pourra pas statuer et se réveiller dans la nuit pour interdire tous les cortèges de France. Donc, grève générale le jeudi 13 novembre. Il va se passer deux événements dans les Deux-Sèvres. Il y a trois camarades qui avaient été jugés avec Loïc, qui vont passer au civil, au tribunal, suite à des actions de Sainte-Soline 1, et qui avaient fait l’objet de différentes peines de prison avec sursis. Donc, on va se mobiliser un petit peu. Il y aura peut-être un rassemblement. En tout cas, on vous invite à avoir une pensée pour ces camarades également le 13 novembre. Un petit peu d’auto promo très locale, au local, puisque Stéphane Pichot, qui était dans le canapé la semaine dernière, qui nous avait rendu une première visite au Grenier, revient à Melle, à la librairie indépendante Le Matoulu. C’est le vendredi 13, n’ayez pas peur, ce sera à partir de 18 h au Matoulu, et on pourra échanger avec Stéphane, qui a fait cet ouvrage assez remarquable. Loïc, je ne sais pas si tu l’as reçu, il faudra que tu me refiles ton adresse. Stéphane veut t’en envoyer un exemplaire. Ouais, il m’a dit que c'était important pour lui que tu puisses le recevoir aussi. C’est vraiment un très chouette ouvrage et une très chouette personne dans cette bataille du récit et de la manière dont des personnes qui ont subi ce qui s’est passé à Sainte-Soline peuvent témoigner, faire part de ce qu’elles ont vécu, comment elles l’ont vécu, comment elles ont fait face à Sainte-Soline. Vraiment, c’est une œuvre essentielle à faire tourner dans nos réseaux. Merci à lui d’avoir fait ça. Et on va finir avec un appel à cagnotte, pour faire suite à l’entretien qu’on avait eu avec la camarade Chris il y a deux semaines. Chris et les collectifs normands, Sauvons la Suisse normande, et également l’association Le Grappe, qui regroupe des associations de protection de la nature dans le Calvados, nous avaient alertés sur la fabrication d’une méga bassine menée par le maire, M. Convalet, un chantier de méga bassine, la méga bassine des Collines, qui était en pleine construction. Et donc, la résistance s’organise là-bas. Et notamment, il y a un référé-suspension qui a été activé. C’est un recours juridique pour faire stopper les travaux en urgence, notamment en raison de la présence d’une espèce remarquable qui s’appelle l'écrevisse à pattes blanches, qui est une espèce en voie de disparition à l'échelle mondiale et qui n’avait pas du tout été prise en compte. De toute façon, il n’y a pas eu d’autorisation environnementale sur ce projet. C’est une illustration de ce que veut dire justement le passage en force. La loi d’urgence agricole s’applique dans les termes où elle est applicable aujourd’hui. Et donc, une cagnotte est lancée par l’association Le Grappe. Et on vous invite à contribuer, si vous le pouvez, à cette cagnotte. C'était pour payer des frais de justice, pour pouvoir porter la résistance également à cet endroit-là. On vous rappelle également les liens vers les cagnottes pour soutenir les camarades inculpés du 8-12. Un des camarades dont on a mentionné tout à l’heure est concerné par l’interdiction MICAS de plusieurs mois. C’est un des camarades de l’affaire du 8-12. Force à cette personne. Et puis, ben voilà, c'était le sixième numéro, septième si on compte la V0 de « Six mois ferme ». C'était à chaque fois une épreuve. Merci à toutes celles et ceux qui participent à ce projet, qui le soutiennent. Merci de le rediffuser, merci aux camarades d’Au Poste de nous accueillir. Ce journal des luttes, il se veut être votre journal des luttes. N’hésitez pas, si vous voulez qu’on parle de ce qui se passe chez vous, à donner de l'écho, dans la mesure du possible, à ce que vous portez. N’hésitez pas à nous contacter. Il y a une adresse mail qui va par magie apparaître dans les chats et à l'écran. Et puis également, je vous invite à envoyer à l’UL CGT, au 37 bis rue de la Mairie à Saint-Martin-lès-Melle, 79500, à la fois tous vos éléments de communication, vos affiches, vos goodies, etc. Ça prendra place ici. Vous pouvez nous contacter sur la boîte mail si vous voulez être invités, que ce soit dans le canapé pour parler au long cours ou dans le cadre d’une des visios. C'était le numéro 6, on se retrouve la semaine prochaine à midi. Merci à tous et toutes. No bassaran, et on va finir en musique. Encore une dédicace pour toi, mon ami Édouard Desmarais. « Où sont passés les tuyaux, les tuyaux ? Les tuyaux, il nous les faut ! » No bassaran, à la semaine prochaine !
