Questions au Gouvernement, le retour !
Retour à l'émissionTranscription de l’émission
La séance est ouverte. Le 31 août dernier, le Premier ministre Édouard Balladur nous a quittés. En son souvenir, je vous invite à vous lever et à observer une minute de silence. Je vous remercie. L’ordre du jour appelle les questions au gouvernement. La parole est à M. Laurent Marcangeli.
Depuis plusieurs jours, nos compatriotes voient les événements qui se produisent dans les lycées de notre pays et leurs abords avec colère et tristesse mais aussi, parfois, avec une certaine impuissance, qui nous touche tous au plus profond de nous-mêmes. Oui, le dialogue doit s’établir. Oui, les lycéens ont le droit de réclamer davantage de moyens et une meilleure organisation de leurs travaux, mais jamais rien ne justifiera un tel déferlement de violence. Il ne s’agit plus d’un problème d’organisation de la vie au lycée, mais d’un problème d’ordre public. Le groupe que je préside demande avant tout le retour de l’ordre pour permettre à cette mission de service public de s’exercer dans les meilleures conditions. On assiste en effet à une véritable casse d’un service public. Je veux avoir une pensée, car personne ne pense à eux, pour les personnels de l’éducation nationale qui subissent de plein fouet ces événements, pour nos forces de l’ordre, pour celles et ceux qui sont victimes de ces violences, pour nos compatriotes qui voient l’argent public, leur argent, partir en fumée. Disons-le clairement : ceux qui cassent devront payer ! Monsieur le Premier ministre, j’ai plusieurs questions. Quel est le bilan humain, car il y a eu des blessés, dans les services publics comme chez les élèves ? Quel est le bilan des dégâts matériels, car il faudra chercher de l’argent, et c’est de l’argent des Français que l’on parle, pour réparer ? Je souhaite vous interroger enfin sur le bilan politique. La semaine dernière, vous avez laissé entendre qu’un parti politique était peut-être derrière ce noyautage et cette manipulation de notre jeunesse. La représentation nationale veut savoir de quoi il s’agit.
Merci beaucoup, M. le président Marcangeli. La parole est à M. le Premier ministre.
Merci, Mme la présidente de l’Assemblée nationale. Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le président Marcangeli, permettez-moi, en répondant à votre question, de rendre compte à la représentation nationale des faits tels que nous les connaissons et d’apporter quelques éléments de bilan, mais aussi de clarification, car le débat public est inondé de contrevérités ou de fausses informations. Je pourrai ainsi dégager quelques perspectives politiques concernant le service public de l’éducation nationale. Le bilan est de 215 élèves blessés, pour la majorité d’entre eux à la suite d’agressions ou, de manière plus résiduelle, d’accidents, de 85 personnels éducatifs blessés, dont 34 proviseurs et adjoints. C’est le bilan le plus lourd qu’ait connu l’éducation nationale depuis des décennies. La banalisation de cette violence n’est pas acceptable. Enfin, 715 policiers et gendarmes ont été blessés. Aux blessures s’ajoutent beaucoup d’insultes et d’actes d’intimidation, y compris contre les magistrats, on l’a vu avec le procureur de la République de Belfort, et même contre des journalistes. Quelles que soient nos opinions politiques et nos sensibilités, nous n’avons pas le droit d’abandonner les agents du service public. Quel que soit leur ministère et quoi qui puisse être dit ici ou là, on défend le service public ! Jadis, l’ensemble de l’hémicycle aurait applaudi pour montrer le soutien de la représentation nationale. Les fonctionnaires territoriaux de l’État méritent notre soutien, car il n’y a pas de service public dans la République sans que la classe politique ne fasse corps avec lui.
Allez, s’il vous plaît.
L’ultraviolence a frappé à la porte des lycées. Elle doit être condamnée sans condition. Dans une démocratie qui fonctionne, on ne peut pas laisser un espace de tolérance à la violence. Dans une démocratie qui fonctionne, la responsabilité individuelle des citoyens, y compris des mineurs, existe. Brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire des lycées. Lyncher un professeur n’améliore pas le taux de remplacement des professeurs. Ces vérités étant dites, il faudra que la justice passe, car on ne peut pas laisser de place à cette violence, même si on ne peut pas non plus, et j’y reviendrai, s’abstenir d’apporter une réponse structurée aux problèmes de fond. Beaucoup de choses ont été dites sur l’action des forces de sécurité intérieure et je tiens, puisque l’Assemblée nationale contrôle l’action du gouvernement, à clarifier les choses. Par trois télex, je les ai d’ailleurs ici avec moi et le ministre de l’intérieur les a rendus publics, des instructions de proportionnalité ont été données aux forces de l’ordre. Il n’y a donc aucun défaut de transparence sur les ordres que le pouvoir politique a pu donner aux forces de sécurité intérieure, policiers et gendarmes. Par ailleurs, sur ce sujet aussi, beaucoup de contrevérités circulent, ce qui déclenche le maintien de l’ordre, c’est l’existence de violences urbaines sur les personnes et, résiduellement, sur les biens. La force publique peut intervenir parce qu’un proviseur a demandé son concours pour débloquer un lycée, mais dans l’extraordinaire majorité des cas, il en est fait usage parce que, malheureusement, des individus violents se mêlent à des lycéens non violents et s’en prennent à ces derniers ou au personnel d’encadrement de l’éducation nationale. Lors d’une manœuvre aussi sensible concernant l’ordre public, des accidents peuvent-ils arriver ? La réponse est oui. Je dis bien « accident » car j’ai entendu employer l’expression de « violences policières ». Elle suggère que des instructions politiques de répression policière ont été données. C’est faux, c’est un mensonge et c’est jeter l’opprobre sur la police de la République. Là où il y a des accidents, puisque nous vivons dans un État de droit, il doit y avoir enquête, enquête administrative, enquête judiciaire. Il doit y avoir transparence, il doit y avoir une recherche des responsabilités et, pardon de le dire, en tant qu’être humain, il doit y avoir de l’empathie. Ces choses étant dites, il faut faire taire deux mensonges qui divisent la société et qui ont pour effet de remonter la population contre la police de la République, ce qui n’est pas acceptable. Le premier est de laisser à penser qu’il y a une intentionnalité et une disproportion volontaire dans l’usage de la force. Elle n’est pas volontaire, quels que soient les mensonges de La France insoumise. Le deuxième mensonge est encore plus grave. Il laisse sous-entendre que la police de la République et les militaires de la gendarmerie seraient racistes. Il faut combattre ces mensonges qui ont été disséminés sur les réseaux sociaux, sur la place publique, dans les médias. La situation est suffisamment grave pour que nous n’ayons pas besoin d’une classe politique lâche qui souffle sur les braises, attise les violences afin de mieux les condamner et organise le chaos à des fins électoralistes. Ces contrevérités et ces mensonges ayant été dénoncés, je voudrais maintenant dire un mot sur les manifestations d’aujourd’hui. Le gouvernement les accueille avec beaucoup de respect et, cela va peut-être vous surprendre, je les accueille avec soulagement, car nous avons enfin un cadre légal, déclaré, démocratique dans lequel l’expression des désaccords peut se faire, y compris avec le gouvernement que je dirige. C’est normal qu’il puisse y avoir des manifestations. Je souhaite que le cadre d’expression du mécontentement et des désaccords soit celui de l’exercice de la démocratie parlementaire, comme nous le faisons ici, ou celui de la démocratie sociale, c’est-à-dire par les grèves, par les manifestations, ce que l’ensemble constitutionnel reconnaît comme des droits. C’est la juste réponse à la violence, que nous condamnons par ailleurs. Je souhaite que nous puissions désormais avancer pour apporter une réponse politique à un mécontentement et à une angoisse lycéennes qui sont réelles. Nous devons les entendre avec beaucoup d’humilité et lutter contre les instrumentalisations politiciennes. Plusieurs chantiers ont été ouverts, dont certains sont globaux. On ne découvre pas la question des remplacements cette semaine. Cela fait de nombreuses années qu’on y travaille. Un pacte pour les remplacements avait été décidé par Élisabeth Borne, que je vois ici, et des mesures avaient été prises par les premiers ministres précédents. Beaucoup d’argent a été mis dans l’éducation nationale, comme en témoigne l’augmentation importante de son budget depuis 2017, mais s’il ne s’agissait que d’une question d’argent public, cela se saurait. La question bâtimentaire doit être objectivée, sans jeter l’opprobre sur les conseils régionaux, comme certains l’ont fait en instrumentalisant la question. Il faut être honnête et reconnaître, par exemple, le travail accompli par la région Île-de-France depuis dix ans. On réunira les présidents de conseils régionaux demain pour objectiver les choses avec sérieux, comme les élus locaux savent le faire. M. le ministre de l’éducation nationale travaille sur les questions de l’orientation, de l’organisation du temps scolaire et, j’aurais pu démarrer avec ce point, de la démocratie lycéenne et du recueil de l’expression des lycéens. Il y a là un beau sujet politique dont il faut s’emparer. Il faut aussi objectiver les choses lycée par lycée. Ce qui me frappe au bout de quinze jours de mouvement lycéen, j’ai pris beaucoup de contacts dans mon département, c’est la multiplication des revendications. Elles sont très diverses et ne font pas toujours écho d’un lycée à l’autre. Il faut les entendre à Paris avec beaucoup d’humilité et de sens pratique. Le ministre de l’éducation nationale a ainsi décidé de libérer du temps dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi, avec la banalisation complète des emplois du temps pour permettre à chaque équipe de direction, à chaque proviseur de libérer du temps de démocratie interne au sein du lycée. On ne peut pas condamner les violences devant le lycée s’il n’y a pas de temps politique, au sens noble du terme, à l’intérieur du lycée. Un mandat a été donné aux recteurs et aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale d’organiser les remontées d’informations pour y trouver des réponses. Il y a deux rendez-vous, qu’il faut se garder d’enjamber. Le premier, ce sont les discussions budgétaires, ne faisons pas comme si elles n’allaient pas s’ouvrir prochainement. Elles doivent donner lieu à un compromis qu’il faudra trouver dans cette assemblée ainsi qu’au Sénat. Avec une augmentation de 1,2 milliard du budget du ministère de l’éducation nationale pour l’année prochaine, il faudra faire des économies ailleurs, on aura du mal à dire qu’il n’y a pas ici ou là des marges de manœuvre qui nous permettront d’apporter des réponses urgentes. J’ouvre en tout cas cette porte, qui relève de l’évidence. L’autre rendez-vous, l’éléphant dans la pièce, c’est l’élection présidentielle. L’ensemble des candidats à cette élection devront dessiner une perspective pour le service public de l’éducation nationale. Là encore, il ne faut pas s’engager à prendre des mesures que ce gouvernement ne pourrait pas appliquer dans des délais désormais courts. Mais nous pouvons apporter des réponses et tracer une vision pour l’avenir. Je vous remercie.
Merci beaucoup, M. le Premier ministre. La parole est à M. Sébastien Chenu.
Monsieur le premier ministre, qu’avez-vous fait de la France ? En 2023, Marine Le Pen posait cette question à votre prédécesseur ; elle est toujours d’une cruelle actualité. Une semaine après la visite du pape – on a vu alors une France bienveillante –, changement d’ambiance ! Qu’avez-vous fait de la France ? Ce mardi, une jeunesse en perte de repères s’interroge sur son avenir et nous interpelle. Parcoursup, absence de professeurs, revalorisation du métier de professeur, classes surchargées : nous entendons ce qu’elle nous dit. Ce mardi, votre gouvernement, qui n’a rien anticipé, rien vu venir, rien préparé, rien prévu, est pris comme un lapin dans les phares d’une voiture. Votre responsabilité est immense et votre bilan est celui d’un échec global : éducatif évidemment sécuritaire, migratoire, économique, financier, social. La liste de courses que vous avez donnée à vos ministres est pathétique : ça fait dix ans que vous êtes là – vous étiez déjà ministre sous Édouard Philippe et cette liste témoigne de votre déconnexion vous avez légitimé le poison de la violence dont se nourrit ce mouvement dans le débat politique et dans les manifs qu’il gangrène. Qu’avez-vous fait de la France ? C’est aussi la question que se pose toute la presse internationale aujourd’hui. Quelles réponses comptez-vous apporter, à nous comme aux Français, pour rétablir l’ordre, à part une plateforme, des débats et des numéros verts ? N’avez-vous tout simplement pas honte d’avoir mis notre pays dans cet état ? Pour nous, pas de résignation ! Encore sept mois à attendre avant qu’avec Marine Le Pen et Jordan Bardella
Merci beaucoup, M. Chenu. La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
Merci, Mme la présidente. Monsieur le député, je sers mon pays depuis vingt ans dans le service public et depuis un an comme ministre. Je l’ai servi pendant quelques années au sein du ministère de l’éducation nationale. Depuis dix ans, je n’ai jamais eu honte de servir mon pays, pas davantage que je n’ai honte de défendre le service public contre celles et ceux qui mènent contre lui une attaque en règle : ce sont quatre-vingt-cinq membres du personnel qui ont été blessés en l’espace de huit jours, c’est inédit dans l’histoire de l’éducation nationale, et vingt-quatre bâtiments qui ont été saccagés et incendiés. Par conséquent, 30 000 élèves sont privés de cours parce que certains, sous une forme ou une autre, ont encouragé ou légitimé la violence. Je réponds à votre question : certains des sujets de préoccupation que vous évoquez ne constituent pas pour nous une découverte. Un seul exemple : nous avons multiplié par trois le taux de remplacement des absences de courte durée dans le premier degré en l’espace de deux ans. À la rentrée scolaire, nous avons réduit de 57 % le nombre de postes vacants. On ne peut pas dire que nous ne nous y sommes pas attaqués ! Il n’en est pas moins très clair qu’il faut faire plus et mieux, notamment pour les lycées. Le Premier ministre nous a donc confié plusieurs chantiers, et d’abord celui du remplacement pour que nos élèves n’aient plus à subir le préjudice des absences de longue durée non remplacées. J’ai lancé un plan d’action il y a déjà deux jours : nous identifierons un par un les établissements qui rencontrent des difficultés et nous les résoudrons toutes, comme nous l’avons fait en moins de huit jours au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil. Nous allons évidemment continuer de nous attaquer à la question de la médecine scolaire. Je vous rappelle que dans le projet de budget, nous proposons de créer 300 postes dans ce domaine après en avoir déjà créé 300 l’année dernière. Nous continuerons à travailler sur Parcoursup avec le ministre de l’enseignement supérieur, pour améliorer sa transparence ainsi que l’orientation des élèves. Au demeurant, Parcoursup a permis depuis 2019 à un nombre inédit d’élèves de Seine-Saint-Denis de faire leurs études à Paris et favorise de ce fait une mixité sociale qui n’existait pas auparavant dans les mêmes termes. Il faut quand même le savoir ! Tous ces chantiers sont ouverts et nous les mènerons avec honneur, car servir l’État et la République est un honneur ! Merci.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à M. Sébastien Chenu.
Vos constats, vos bilans, vos contentements ! Vous devriez avoir honte de ce que vous avez fait de notre pays !
Je vous remercie. Avant de donner la parole aux prochains orateurs, je suis heureuse de souhaiter la bienvenue à une délégation de l’Assemblée nationale du Cameroun conduite par M. Jean-Jacques Zam, président du groupe d’amitié Cameroun-France. Bienvenue à vous. Merci beaucoup. Je donne la parole à Mme la présidente Mathilde Panot pour le groupe La France insoumise.
Monsieur le Premier ministre, vos jours à la tête de l’ultime gouvernement d’Emmanuel Macron sont comptés, mais vous nous ferez honte jusqu’au dernier ! Depuis dix-huit jours, un puissant mouvement de jeunesse se lève en faveur de l’égalité scolaire. Depuis dix-huit jours, vous jouez le pourrissement et déchaînez une répression inédite contre les manifestants. Quelque 4 400 enfants ont été placés en garde à vue. Les images ont saisi d’effroi le pays : un enfant de 15 ans a eu la main arrachée, un autre de 16 ans a perdu un œil, un troisième de 14 ans a vu sa mâchoire fracturée. Un jeune a eu la tête enfoncée dans l’eau, une lycéenne a été étranglée, une autre agressée sexuellement. Vous faites honte à la France ! Monsieur le Premier ministre, les policiers exécutent vos ordres. En affirmant qu’aucune consigne de retenue n’avait été donnée et qu’ils pouvaient utiliser tout l’armement à leur disposition, vous avez autorisé le pire. Dans n’importe quelle autre démocratie, vous auriez déjà démissionné. La répression sauvage est le contraire de l’ordre républicain. À des revendications politiques, il faut apporter une réponse politique, non policière. Lycéens, étudiants, professeurs, parents d’élèves se mobilisent pour demander des conditions d’apprentissage dignes, des locaux rénovés, des professeurs remplacés et la fin du tri social de Parcoursup. Ils exigent que soit tenue la promesse de l’école républicaine, celle de défaire le verdict social et de donner à chacun la maîtrise de son destin. À court d’inspiration, vous rejouez encore et encore une carte grossière : c’est la faute à LFI ! Vos manœuvres ridicules pour vous dédouaner de vos responsabilités ne trompent plus personne. Ceci est une alerte solennelle : on ne brutalise pas les enfants, on ne traite pas la jeunesse comme un adversaire militaire. Ces scènes défigurent l’idée que nous nous faisons de notre pays et déshonorent ceux qui y prennent part. Il n’y a pas de doute : l’usage d’armes mutilantes doit être interdit, tout comme les techniques d’immobilisation létale. Monsieur le Premier ministre, il ne vous reste que la répression pour gouverner. Méfiez-vous : aucun LBD, aucune grenade, aucune matraque ne viendront à bout d’une jeunesse décidée à se lever pour son avenir !
Merci, Mme la présidente Panot. La parole est à M. le Premier ministre.
Merci beaucoup, Mme la présidente de l’Assemblée nationale. Mesdames et Messieurs les députés. Madame la présidente Panot, vous parlez de violences. J’entends que vous ne les condamnez pas toutes avec la même clarté. Moi, je me suis déjà exprimé avec beaucoup de clarté en répondant au président Marcangeli. Je n’ai que quelques questions, madame la présidente Panot. Pourquoi le député Raphaël Arnault, qui a été condamné pour violences en réunion et dont les deux collaborateurs parlementaires ont été placés en détention pour le meurtre du jeune Quentin, est-il toujours membre de votre groupe ? Pourquoi le maire de Saint-Denis a-t-il légitimé la violence ? Pourquoi M. Mélenchon a-t-il été condamné pour rébellion lors d’une perquisition menée par l’autorité judiciaire ? Pourquoi votre candidat à l’élection présidentielle se livre-t-il à des jeux de mots pour le moins nauséabonds et aux relents antisémites ? Pourquoi mettre un brassard blanc pour mieux faire la courte échelle à celles et à ceux qui portent une cagoule noire ? La réalité, c’est que vous êtes ambiguë au sujet de la violence, car elle fait partie de votre projet politique de bordélisation du pays d’ici à l’élection présidentielle. Mentir au sujet des intentions du gouvernement ne vous sauvera pas électoralement. Semer le chaos, comme vous le faites depuis le début du mouvement lycéen, est scandaleux. Nous ne vous laisserons pas faire !
Vous éborgnez des enfants, voilà ce que vous faites !
Madame la présidente, intervenez !
Monsieur Boyard, s’il vous plaît ! Vous aurez la parole tout à l’heure. La parole est à Mme Céline Calvez pour le groupe Ensemble pour la République.
Merci, Mme la présidente. Aujourd’hui, partout en France, des lycéens manifestent pour le droit à une éducation digne, pour eux-mêmes, pour d’autres lycéens, pour les futurs lycéens et plus globalement pour l’avenir de notre société. Nous, députés du groupe Ensemble pour la République, souhaitons toutes et tous que cette journée se déroule dans l’apaisement. Cette semaine, nous avons observé des tensions et des violences aux abords des lycées. Elles sont intolérables, tout comme est inacceptable le comportement de celles et de ceux qui profitent de la mobilisation pour casser, récupérer et mettre de l’huile sur le feu. Ils font courir un danger aux jeunes, à leurs professeurs, à leurs parents, aux forces de l’ordre et aux journalistes, et provoquent surtout l’invisibilisation des demandes de fond des lycéens. L’apaisement, c’est aussi et avant tout cela : écouter les lycéens eux-mêmes. Hier, j’ai reçu dans ma permanence parlementaire dix représentants des élèves des trois lycées publics de ma circonscription des Hauts-de-Seine, à Clichy et à Levallois-Perret. Engagés pour leurs camarades, préoccupés par la montée des tensions avec les forces de l’ordre, ils m’ont paru lucides et déterminés. Que demandent-ils ? Que chaque professeur absent soit remplacé, parce que c’est en suivant des cours tout au long de l’année que l’on prépare le baccalauréat ; que leur emploi du temps soit allégé et mieux organisé ; que leur charge de travail soit mieux répartie ; qu’une infirmière soit présente dans leur établissement ; qu’on les accompagne davantage face à Parcoursup et dans leur orientation ; et, plus immédiatement, une règle claire distinguant l’absence choisie de l’absence subie en ces journées de blocus. Cette écoute engage chaque adulte qui côtoie ces jeunes et nous, élus, les premiers. Il ne s’agit pas de tout accorder mais d’échanger des points de vue et de trouver les meilleures solutions. Envisager ces solutions, c’est consacrer notre attention à l’éducation, un levier d’investissement qu’il nous faut continuer d’actionner, et à la jeunesse, qui demande et mérite qu’on l’associe davantage au débat public. Les choix d’aujourd’hui déterminent non seulement leur avenir, mais aussi celui de la nation. Comment permettre aux lycéens et aux jeunes de s’exprimer dans un cadre apaisé et garantir qu’ils auront l’attention des adultes ?
Merci, Mme la députée. La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
Merci, Mme la députée Calvez. Depuis le début de ces événements, je tiens une ligne, que nous partageons, je crois : celle du débat démocratique, c’est-à-dire du dialogue et de la transparence. Une fois écartées les violences inqualifiables qui ont confisqué les revendications lycéennes, il faut entendre et comprendre ces revendications. J’ai fait comme vous et reçu des dizaines d’élus lycéens depuis la semaine dernière, ou je suis allé à leur rencontre. J’ai entendu un profond besoin d’école et d’avoir voix au chapitre, dans un moment de notre histoire où le climat politique global est pour le moins effervescent et où ils ont besoin de se faire entendre. Pour ce faire, nous empruntons trois voies. La première, c’est l’ouverture d’une plateforme sur laquelle chaque lycéen, qu’il ait ou non manifesté, peut déposer sa contribution, de manière totalement libre, s’agissant de ses difficultés et de ses attentes. Le lien leur a été envoyé ce matin. Entre ce matin et ce midi, en trois heures, 12 000 élèves ont déjà répondu.
Vous les faites rêver ! Il y a des scènes de liesse dans la rue !
Deuxième voie : il faut évidemment leur donner la parole, non sur le trottoir au milieu des mortiers, mais dans les établissements à l’abri des mortiers, afin que chaque élève puisse participer à l’établissement d’un diagnostic objectivé de la situation de son établissement. C’est pour cela qu’au fur et à mesure de la reprise des cours, demain et après-demain…
Non, ce sera bloqué !
…les établissements bénéficieront d’une demi-journée banalisée au cours de laquelle un temps sera consacré aux échanges entre membres du personnel, beaucoup d’équipes ont été traumatisées par la violence dont elles ont été victimes, puis un autre aux échanges avec les élèves, tout simplement en vue de qualifier les choses. Et non : les équipes n’ont pas été traumatisées par les violences de la police contre les établissements, mais par les tirs de mortier ! J’étais hier à Guyancourt, où les élèves étaient en classe depuis le matin, et pendant une heure et demie, des tirs de mortiers ont frappé leurs vitres, mesdames et messieurs les députés insoumis !
Vous auriez pu prévenir le député du territoire !
Troisième voie, enfin : la refonte des instances de démocratie scolaire pour garantir une meilleure représentativité et une meilleure prise en compte de la parole des jeunes.
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
Merci, Mme la présidente. Monsieur le Premier ministre, les réponses que vous donnez depuis tout à l’heure sont non seulement ineptes mais inhumaines. Un accident, une jeune fille de 14 ans étranglée ? Un accident, une tentative de noyade sur un jeune ? Un accident, un enfant de 15 ans qui perd la main et l’avant-bras parce qu’on a employé contre lui une arme de guerre ? Des accidents, monsieur le Premier ministre ? N’avez-vous pas autre chose à dire ? N’avez-vous rien de mieux à dire à un ministre de l’Intérieur dont vous dites qu’il applique la proportionnalité ? Proportionnel, un ministre de l’Intérieur qui dit à la télévision, il y a quatre jours, qu’il ne donne aucune consigne de retenue et qu’il invite à se servir de toutes les armes à disposition, parmi lesquelles figurent des armes de guerre, dont des grenades ? Un accident, un LBD qui fracasse la mâchoire d’un jeune de 14 ans ? Mais enfin, vous avez perdu la raison, vous êtes devenu fou ! Ou peut-être dites-vous cela pour vous faire applaudir de l’extrême droite, comme cela vient de se produire ? Tel est peut-être votre réel objectif ! Des accidents, monsieur le Premier ministre ? Des parents sont obligés d’aller dans des manifestations lycéennes pour protéger leurs enfants ? Et vous riez ! Vous riez à l’évocation de jeunes mutilés sur vos ordres et sur les ordres de votre ministre de l’Intérieur ! Vous parlez de défendre les services publics, mais qui supprime des postes de fonctionnaire, qui gèle les salaires des fonctionnaires, qui, depuis dix ans, maltraite nos services publics ? C’est vous, ce ne sont pas les lycéens mobilisés ni celles et ceux qui les soutiennent. Vous en appelez au respect des règles d’une « démocratie qui fonctionne ». Dans une démocratie qui fonctionne, monsieur le Premier ministre, quand un enfant est mutilé parce qu’on a employé contre lui une arme de guerre, le ministre de l’Intérieur s’en va séance tenante. Dans une démocratie qui fonctionne, ce n’est pas par la matraque et les gaz lacrymogènes mais par le dialogue social qu’on répond à une jeunesse réclamant son droit à l’avenir. Vous êtes la honte de la République !
La parole est à M. le ministre de l’Intérieur.
Merci beaucoup, Mme la présidente. Mesdames et Messieurs les députés. Ce n’est pas au « 20 heures » de TF1 que je donne mes instructions aux forces de sécurité intérieure. Je leur donne des instructions écrites, qu’a citées M. le Premier ministre. Je les appelle effectivement à intervenir systématiquement en cas de violences, de dégradations ou d’atteintes envers le personnel enseignant, mais toujours avec proportionnalité. Quand vous dites que les forces de sécurité intérieure utilisent des armes de guerre, c’est n’importe quoi ! Ce sont des armes intermédiaires et non létales. Cessez de faire croire n’importe quoi à notre jeunesse. Nous continuerons à faire ce que nous faisons : à maintenir l’ordre, à intervenir à chaque fois qu’il y a des violences, avec proportionnalité. Quand il y a des blessures, vous le savez très bien, l’Inspection générale de la police nationale est saisie. Elle enquête ensuite pour vérifier la proportionnalité de l’action. Ce qui compte, ce dont doivent répondre les policiers et les gendarmes, c’est la proportionnalité de leur action au moment où ils ont employé la force. Dans une démocratie normale, les députés de la République ne se rendent pas sur des barrages pour inciter les lycéens à se révolter, ni ne s’interposent !
Merci beaucoup, M. le ministre. Monsieur Lucas, s’il vous plaît. La parole est à présent à M. Jean-Philippe Tanguy pour le Rassemblement national.Ah non ! Excusez-moi. Voilà, j’ai été trop vite. Désolée, monsieur Boucard, je suis navrée. La parole est à M. Ian Boucard pour le groupe Droite républicaine.
Merci. Mes chers collègues, ma question s’adresse à M. le ministre de l’Intérieur. Notre pays sombre jour après jour dans l’ultraviolence. Depuis une semaine, nous assistons à un déferlement de violence inouï, complètement désinhibé, de la part d’émeutiers et de voyous qui se mêlent aux manifestations d’une partie des lycéens français. De nombreux fonctionnaires de l’éducation nationale, des pompiers, des membres des forces de l’ordre et des citoyens ont été agressés et blessés ; des établissements scolaires ont été attaqués en meute avant d’être incendiés ; du mobilier urbain a été détruit pour le plaisir de casser. Dans ma circonscription, à Belfort, un commandant de police a été lâchement agressé par-derrière avant d’être roué de coups de pied dans la tête alors qu’il était au sol. Par chance, il est encore en vie, mais il suffit de voir les images pour comprendre que le pire aurait pu arriver. Les émeutiers ne cherchent plus seulement la confrontation, ils veulent tuer du flic. M. le procureur de la République a d’ailleurs ouvert une enquête en flagrance pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique. Au nom du groupe Droite républicaine, j’adresse à ce fonctionnaire de police nos pensées et nos vœux de prompt rétablissement. Je les adresse d’ailleurs à toutes les personnes blessées depuis le début de ces émeutes. Je tiens à rappeler que manifester est un droit et qu’il doit être garanti par la République. Les revendications des lycéens doivent être entendues, la jeunesse de notre pays doit être écoutée et la suppression de Parcoursup doit être envisagée. Toutefois, nous devons tous rappeler que la violence n’est jamais légitime et ne doit jamais être légitimée. Ceux qui la légitiment et dressent la foule contre les forces de l’ordre sont irresponsables et mettent en danger des jeunes pour servir leur cause : le chaos. En ce sens, La France insoumise et son leader, Jean-Luc Mélenchon, sont fautifs. Ils devraient avoir honte. Cette violence qui s’installe dans chaque débat, dans chaque événement, ne peut plus durer. Des mesures doivent être prises pour faire comprendre à chacun que toutes les exactions seront désormais sanctionnées. Monsieur le ministre de l’Intérieur, que prévoit le gouvernement pour faire payer aux émeutiers, ou à leurs parents, les dégâts qu’ils ont causés et pour sanctionner plus durement la participation à des mouvements violents ? Comptez-vous enfin remettre en vigueur les peines planchers pour ceux qui agressent des dépositaires de l’autorité publique, des pompiers, des enseignants ou des soignants ? Je vous remercie.
La parole est à M. le ministre de l’Intérieur.
Merci beaucoup, Mme la présidente. Mesdames et Messieurs les députés. Monsieur le député, merci pour votre soutien et celui de votre groupe aux forces de sécurité intérieure. Dans le contexte que nous vivons, il est important de savoir qu’une grande partie de la représentation nationale soutient les forces de sécurité intérieure, qui font un travail remarquable. Je suis très frappé de constater qu’à chaque fois que je m’entretiens avec un policier ou un gendarme blessé dans le cadre du mouvement, il me dit toujours : « Ce que je fais, je le fais d’abord pour protéger les lycéens et les personnels enseignants. » J’aimerais qu’une partie de cet hémicycle entende ce message. Merci du soutien que vous avez apporté à ce commandant de police qui a été lynché à mort après avoir été accusé, à tort, d’avoir procédé à une tentative de noyade sur une personne qu’il interpellait parce qu’elle jetait des projectiles. Alors même que le procureur a démenti cette version, certains parlementaires ici présents ont contredit ses propos, ceux d’un procureur de la République : c’est dire la gravité de la situation ! Pour répondre à votre question, nous avons présenté en Conseil des ministres un projet de loi visant à instaurer un principe casseur-payeur allant plus loin que le droit actuel. Le droit actuel permet d’établir une responsabilité civile pour faire payer les personnes à l’origine des dommages, ou éventuellement leurs parents. Les nouvelles dispositions que nous instaurerons permettront de mettre en cause la responsabilité collective d’un groupe présent au sein d’un attroupement ou d’un groupement. Dès lors qu’une personne se sera maintenue, après sommation, dans un attroupement ou groupement et que des dégâts ou dégradations auront été commis dans ce cadre, nous pourrons engager la responsabilité civile de cette personne ou de ses parents. Il sera possible, le cas échéant, de se payer sur les prestations sociales perçues, en respectant le principe des quotités insaisissables. Comme l’a annoncé le Premier ministre, ce texte sera débattu au Sénat dès le 27 octobre. Il paraît indispensable au vu des phénomènes que nous constatons et du volume des dégâts. Merci.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à Mme Florence Herouin-Léautey.
La question s’adresse au ministre de l’Éducation nationale. Quelque 215 élèves, 715 policiers, gendarmes et pompiers, 85 personnels éducatifs, tous blessés ; un jeune homme de 14 ans à la mâchoire brisée à Saint-Ouen-l’Aumône ; un lycéen de 16 ans éborgné à Tours ; un autre de 15 ans dont la main a été arrachée à Lens… Faut-il qu’il y ait un mort pour que vous commenciez à écouter la jeunesse ? Les députés socialistes condamnent avec la plus grande fermeté toutes les violences, d’où qu’elles viennent, mais je tiens à exprimer notre soutien à la jeunesse qui se mobilise et dont la voix ne peut être discréditée par les méthodes violentes de quelques-uns. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai rencontré des lycéens. Notre responsabilité est de les entendre, pas de les manipuler et encore moins de leur répondre par le mépris et la matraque. Leurs revendications sont légitimes. Ils veulent un professeur, justement rémunéré, devant chaque classe, chaque jour ; des murs qui les tiennent au chaud l’hiver et ne soient pas des bouilloires thermiques l’été ; les mêmes chances, qu’ils grandissent en centre-ville, dans un quartier populaire, en outre-mer ou dans un petit village ; la fin de Parcoursup, machine à anxiété ; du temps pour eux, parce que leur vie ne se résume pas à l’école. Ils vivent aussi dans leur chair les conséquences du dérèglement climatique, la perte de pouvoir d’achat de leurs parents, les difficultés à se nourrir, à se loger, à faire le plein pour aller travailler. Ces dix dernières années, vous avez éteint les lumières de l’éducation et l’espérance d’un avenir meilleur. Quel pays démantèle ce qu’il a de plus beau à offrir : l’école de la République ? Cette crise aurait pu être évitée si vous aviez ne serait-ce que tendu l’oreille aux préconisations de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant : tout y est écrit. Il suffit de se mettre à hauteur d’enfant pour comprendre que ceux-ci n’attendent rien d’autre que le respect de la promesse républicaine. Les jeunes sont le présent de l’avenir. Qu’avez-vous à leur proposer pour qu’ils réenchantent leurs lendemains ?
La parole est à M. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Merci, Mme la députée Herouin-Léautey. En ce qui concerne les drames qui ont touché certains de nos élèves, quelles qu’en soient les causes…
Quelles qu’en soient les causes ? On les connaît, les causes !
…vous me connaissez suffisamment pour savoir que, comme tous les membres du gouvernement, je partage leur douleur et leur tristesse. Il en va de même des 715 membres des forces de sécurité qui ont été blessés en tentant de protéger les personnes et les biens et des 85 personnels de l’éducation nationale qui, pour la première fois de notre histoire, ont été atteints dans leur chair. Quand on défend le service public de l’éducation, je sais que c’est votre cas, même si nous avons des divergences, on ne peut accepter qu’il soit à ce point meurtri dans son bâti comme dans ceux qui le servent. Cela produit d’ailleurs l’effet exactement inverse de ce que demandent les lycéens. Ils souhaitent étudier dans de meilleures conditions, dans des bâtiments mieux chauffés ; ils se trouvent privés de cours et vingt-quatre bâtiments ont été incendiés ou saccagés.
Et vos réponses ?
Certaines des réponses du gouvernement ont déjà été données. La première réside dans la démocratie scolaire. Tous les lycéens que j’ai vus depuis une semaine m’ont dit la même chose : ils sont consultés mais jamais entendus.
C’est de votre faute !
Il faut donc leur permettre de peser dans les décisions qui les concernent. J’y travaille. Il faut envisager un budget spécifique pour que les conseils académiques de la vie lycéenne puissent décider eux-mêmes de certains projets concernant directement la vie scolaire. Deuxièmement, il faut répondre à leurs revendications. Malheureusement, celles-ci sont souvent territorialisées plutôt que nationales.
Parcoursup, c’est national !
La question du remplacement des professeurs se pose différemment selon les établissements. C’est pourquoi j’ai demandé qu’on me fasse parvenir la situation de tous les lycées de France ; je disposerai de toutes les informations demain soir et tous les problèmes urgents seront traités en huit jours.
C’est symptomatique !
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Merci, Mme la présidente. Et de dix ! Dix budgets, dix budgets en déficit, dix budgets qui ont alourdi la dette et dans lesquels vous n’avez jamais su maîtriser les dépenses.
Relisez vos amendements !
Comme l’a souligné mon excellent collègue Sébastien Chenu, vous devriez avoir honte, monsieur le Premier ministre, vous qui avez participé à l’ensemble des gouvernements depuis dix ans. Vos résultats en matière budgétaire sont catastrophiques pour la trajectoire financière de la France. Les marchés ne vous couvrent plus. Les agences de notation n’arrivent plus à vous couvrir, malgré vos tentatives désespérées de faire croire que vous êtes un de ces Mozart de la finance que les médias nous ont tant vendus et qui, finalement, coûtent si cher à notre pays. Quand les marchés sanctionnent la France, ce n’est pas vous qui payez ; ce sont les Français, les contribuables et les entreprises. Vous qui tenez tant à désindexer les pensions des retraités ou encore certaines prestations sociales, peut-être pourriez-vous commencer par diminuer les salaires des ministres ou des députés macronistes qui ont obtenu de si brillants résultats. Si nous indexions votre salaire sur les résultats économiques de la France, nous ferions enfin quelques économies ! Cela reviendrait à vous réduire en esclavage, je ne le souhaite pas, car votre salaire serait égal à zéro. Pourquoi, après dix ans, n’arrivez-vous pas à réduire les dépenses ou à les empêcher d’augmenter en volume ? Pourquoi n’avez-vous pas réussi à faire la moindre réforme structurelle pour les faire diminuer, qu’elle porte sur le millefeuille administratif, sur la bureaucratie, sur la contribution à l’Union européenne, sur la submersion migratoire, sur les normes, sur la mafia qui contrôle la politique de l’énergie ou encore sur les surcoûts des marchés publics ? Bref, vous n’avez rien réformé. Vous avez une seule solution, toujours la même, ce qui m’amène à ma question : pourquoi faites-vous toujours payer les Français pour votre incompétence ?
Merci, monsieur le député. La parole est à M. le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Merci, Mme la présidente. Mesdames et Messieurs les députés. Monsieur le député Jean-Philippe Tanguy, j’ai bien compris que ce matin, Marine Le Pen avait présenté son contre-budget, et j’ai bien compris aussi qu’avec un budget Le Pen, on rêverait en couleurs et on raserait gratis. Vous rêvez en couleurs. Ainsi, j’ai entendu un certain nombre de vos collègues soutenir que Mme Le Pen faisait baisser les taux d’intérêt. Vous le direz à Mme Meloni, car les taux d’intérêt italiens ont baissé autant que les taux d’intérêt français. C’est un mouvement global qui concerne la France, l’Italie et tant d’autres pays. Vous rêvez en couleurs car vous prévoyez 1,8 % de croissance pour les cinq ans qui viennent, ce qui est bien au-dessus de ce que tous les économistes sérieux français et internationaux prévoient. Vous rêvez en couleurs car vous prétendez qu’il suffit d’inscrire dans la Constitution un texte pour que les économies s’ensuivent, alors que ça ne marche pas comme ça. Surtout, comme toujours, vous passez de l’Europe à l’immigration, avec des mesures parfaitement incantatoires et totalement inapplicables. Vous savez que le budget de l’Union européenne est adopté à l’unanimité. Alors si on fait 9 milliards d’euros d’économies sur la contribution à l’Union européenne tous les ans comme vous le proposez, il faudra le faire adopter par les vingt-six partenaires, ce qui n’est pas acquis. Mais surtout, à qui les ferez-vous payer ? Aux agriculteurs français, qui sont les premiers bénéficiaires de la politique agricole commune ? Aux entreprises françaises, qui perçoivent des subventions ? Aux laboratoires français, qui bénéficient des programmes de recherche européens ? Bien sûr, il y a l’immigration, que vous avez mentionnée dans votre question : 15 milliards d’euros d’économies grâce à des mesures pour la plupart inconstitutionnelles, qui auraient des impacts délétères sur la santé, non seulement des immigrés mais aussi des Françaises et des Français, des mesures à la va-comme-je-te-pousse que vous déposerez sans doute à travers des amendements sur le budget et que nous aurons l’occasion de discuter plus en détail. Vous prétendez obtenir 11 milliards en taxant les rachats d’actions, alors que le montant total de ces rachats s’élève à 30 milliards d’euros. Si vous deviez récupérer 11 milliards d’euros, il n’y aurait plus de rachats d’actions, et pas davantage de 11 milliards.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Monsieur Lescure, vous avez raison sur un point : nous rêvons en couleurs, c’est la Renaissance pour la France avec Marine Le Pen. Merci.
La parole est à M. le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Rêvez en couleurs, vous nous préparez un cauchemar. Heureusement, nous l’éviterons.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à Mme Sophie Panonacle pour le groupe Ensemble pour la République.
Monsieur le Premier ministre, je souhaite à cet instant avoir, avec la représentation nationale, une pensée particulière pour les quatre sapeurs-pompiers morts au feu, cet été, et pour leurs familles. Les sapeurs-pompiers, qu’ils soient professionnels, volontaires ou militaires, sont conscients des dangers auxquels ils s’exposent pour sauver des vies. Mais les héros de la nation sont épuisés et inquiets. Aujourd’hui, ce sont eux qui lancent un appel de détresse. C’est à nous que revient le devoir de les protéger en garantissant la qualité du matériel engagé aérien et terrestre, en assurant des effectifs suffisants et une formation adaptée, notamment à l’évolution des feux de forêt. C’est également à nous que revient l’obligation de protéger les populations et les biens et d’accompagner les sinistrés, particuliers et entrepreneurs. Face au changement climatique entraînant canicule et sécheresse, nous ne pouvons pas douter que les feux de forêt se généraliseront sur l’ensemble des territoires avec une intensité inouïe. Cet été, plus de 90 000 hectares de forêt ont brûlé et 220 000 personnes ont été évacuées. C’est pourquoi nous devons apporter des réponses opérationnelles pour moderniser notre modèle de sécurité civile. C’est l’engagement que vous avez pris, monsieur le Premier ministre. La mission parlementaire que vous m’avez confiée avec trois autres députés, Sophie Pantel, Didier Lemaire et Jean-Louis Thiériot, et trois sénateurs, Françoise Dumont, Pascal Martin et Olivier Bitz, vous a rendu un rapport fort de trente-deux articles pour construire un titre IV au projet de loi de modernisation de la sécurité civile. Nous devons anticiper, préparer, lutter et nous relever face aux feux de forêt. Pour répondre à la question cruciale du financement, notre rapport contient dix amendements au PLF et six amendements au PLFSS. Ces articles et amendements sont issus des auditions, des visites de terrain, des retours d’expérience, des contributions d’élus locaux, de représentants de la sécurité civile, des services départementaux d’incendie et de secours, des Sdis, de la défense des forêts contre l’incendie, de l’Office national des forêts, du Centre national de la propriété forestière, des organismes de recherche, des sylviculteurs, des assureurs, des entreprises aéronautiques, des chambres consulaires, et de bien d’autres. Monsieur le Premier ministre, vous avez la lourde responsabilité de mener à bien la protection durable des populations, des personnels de la sécurité civile, des territoires à risque et des écosystèmes face au changement d’échelle des feux de forêt. Je vous remercie de nous faire part de vos intentions et de celles des ministres concernés.
Merci, Mme la députée. La parole est à M. le ministre de l’Intérieur.
Merci de l’hommage que vous avez rendu aux quatre sapeurs-pompiers, deux professionnels et deux volontaires, décédés cette année au cours de la saison des feux. Nous avons tiré toutes les conséquences de cette saison avec le Premier ministre. Comme vous le savez, nous déposerons prochainement un projet de loi de modernisation de la sécurité civile, que nous aurons l’occasion de discuter et qui clarifiera les missions des sapeurs-pompiers et apportera des garanties qui étaient très attendues des professionnels. Il a été décidé d’ajouter un titre IV, effectivement. Je vous remercie pour le travail que vous avez accompli avec six autres parlementaires et qui sera intégré au titre IV, notamment en matière de renforcement des sanctions pénales, d’obligation légale de débroussaillement, du contrôle qui en sera effectué, de la défendabilité des biens. Surtout, j’ajouterai deux éléments très importants. Le Premier ministre a validé la décision par laquelle une partie de ce projet de loi sera consacrée aux moyens, car ce sera un projet de loi de modernisation et de programmation en matière de sécurité civile. Dans un cadre pluriannuel, nous prévoyons un renfort significatif des moyens de la sécurité civile, et ce dès 2027 : grâce à l’augmentation de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance, un nouveau pacte capacitaire permettra de dégager environ 140 à 150 millions d’euros par an, le précédent pacte capacitaire étant délivré une seule fois. Ainsi, nous aurons la possibilité d’aider les Sdis chaque année, ce qui est très important. Enfin, sur le budget du ministère de l’Intérieur, nous avons prévu de renforcer significativement les moyens aériens puisque, au-delà des quatre Canadair qui ont été commandés, nous doublons la location des moyens aériens prévue cette année, à savoir dix hélicoptères et dix avions bombardiers d’eau, une augmentation très significative.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à M. Paul Molac pour le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires.
Ma question s’adresse au ministre de l’Action et des Comptes publics. Le budget présenté par le gouvernement donne trop souvent le sentiment d’une recherche d’économies au coup par coup, en allant chercher quelque argent par-ci, par-là, sans vision de long terme, on peut notamment citer le prélèvement de 2 milliards d’euros à venir sur les comptes de l’ Unedic. C’est la même logique que l’on retrouve à l’égard des agences de l’eau. Nous aurions pourtant besoin d’une vision de long terme car l’eau est précisément un investissement d’avenir. Alors que les besoins augmentent, les recettes dont peuvent disposer les agences de l’eau restent plafonnées. Nous l’avons vu lors de la sécheresse cet été. Le principe est pourtant simple : l’eau paie l’eau. Ici, l’eau paie tout simplement le budget de l’État, ce n’est pas normal. Les agences de l’eau ont besoin de moyens pour lutter contre les pollutions, pour lutter contre la prolifération des algues vertes, en particulier en Bretagne, au sujet de laquelle l’État a été condamné, pour favoriser la transition écologique et l’adaptation au changement climatique. Ces enjeux demandent de la volonté, des moyens et de la stabilité.
Monsieur le député, la parole est à M. le ministre délégué chargé de la Transition écologique.
Merci pour votre question, qui me donne l’occasion de rappeler trois éléments. D’abord, le projet de budget qui vous est présenté témoigne de choix : il fait de l’adaptation au changement climatique, comme l’a souhaité le Premier ministre, une priorité. Le Fonds vert est ainsi relevé à 1 milliard d’euros et le Fonds de prévention des risques naturels est maintenu à son plus haut niveau historique, à 300 millions d’euros. Ensuite, il est nécessaire d’adopter un budget, comme l’a rappelé le Haut Conseil pour le climat la semaine passée, sans quoi nous courrons le risque d’une année blanche pour les investissements favorables à la transition écologique. Enfin, le budget de l’écologie a doublé en dix ans. Vous avez raison, la sécheresse historique que nous avons vécue cet été appelle des moyens supplémentaires. Elle rappelle la nécessité de mieux préserver la ressource et de mieux la partager ainsi que d’aider les collectivités locales à moderniser leurs réseaux. Les plafonds des agences de l’eau ont été relevés à plusieurs reprises. L’an passé, ils ont été relevés à hauteur de 135 millions d’euros grâce au compromis parlementaire que vous avez trouvé, ce qui nous rapproche considérablement de l’effort annoncé par le président de la République en 2023, à savoir une augmentation de 475 millions d’euros des moyens des agences de l’eau. Dans un contexte budgétaire contraint, les moyens consacrés aux agences de l’eau sont stables, à hauteur de 2,5 milliards d’euros. Mais comme le Premier ministre l’a rappelé, ce projet de budget est un point de départ : le gouvernement sera naturellement attentif à l’ensemble des amendements parlementaires qui permettront de traduire en actes la promesse du président de la République de relever substantiellement les moyens des agences de l’eau.
La parole est à M. Paul Molac.
Je comprends que le gouvernement cherche à faire des économies, mais je lui conseillerais de faire des économies non pas sur ses investissements mais sur son fonctionnement : 300 000 normes, 6 millions de fonctionnaires, quatre fois plus qu’il y a cinquante ans, qui font de la norme. Nous avons là un gisement d’économies phénoménal : le rapport Ravignon évoque au moins 7 milliards d’euros d’économies. Mais pour cela, il faut changer la structure administrative, donner le pouvoir réglementaire aux collectivités locales dans les compétences qui sont les leurs et ne plus vouloir tout régler à partir de Paris. J’espère que nous aurons l’occasion de nous pencher sur cet enjeu important.
Merci beaucoup, M. le député. La parole est à M. Stéphane Peu.
Merci, madame la présidente. Monsieur le Premier ministre, depuis quinze jours, et en ce moment même, la jeunesse exprime massivement sa colère. Mais, une fois de plus, vous n’écoutez pas et vous méprisez. Monsieur le Premier ministre, vous devez à la jeunesse de notre pays un autre comportement que la répression des Gilets jaunes ou encore le passage en force sur la réforme des retraites. Des centaines de mobilisations se déroulent sans violence, avec le soutien de parents, d’enseignants, de syndicalistes et d’élus. Notre jeunesse porte des revendications légitimes. En chantant La Marseillaise, elle défend l’école de la République et demande à pouvoir croire en son avenir. Oui, nous sommes tellement fiers d’elle. Mais face à cette colère, vous répondez par une répression aveugle. Des centaines de blessés, des enfants mutilés, plus de 6 000 interpellations, dont 90 % de mineurs, relâchés sans poursuites car ils n’ont rien à leur reprocher. Du jamais-vu. Ils dénoncent la sélection sociale. Ils veulent plus d’enseignants, moins d’élèves par classe, en finir avec Parcoursup. Ils refusent une école qui reproduit les inégalités sociales. Ils demandent qu’on les respecte. Mes questions seront simples. Allez-vous ordonner la désescalade, cesser la répression aveugle et retenir le bras de votre ministre de l’Intérieur ? Vous engagez-vous à supprimer Parcoursup, source d’angoisse et machine à trier socialement ? Allez-vous supprimer la réforme Blanquer, qui a désorganisé les emplois du temps et accru la sélection et la ségrégation ? Allez-vous annuler la suppression des 1 588 postes d’enseignants de lycée prévus dans votre loi de finances qui va venir en débat ? Bref, allez-vous enfin répondre aux revendications plutôt que de vous enfermer dans une fuite en avant répressive ?
Merci beaucoup, monsieur le président Peu. La parole est à M. le Premier ministre.
Merci pour la tonalité respectueuse et républicaine de votre question. Le débat parlementaire peut être âpre, mais il peut se faire de manière respectueuse. Peut-être en répondant à votre question et aussi au député Benjamin Lucas. Il est parti. Il n’y a pas besoin de… Vous ne l’avez pas fait, je vous en remercie. Vous avez parlé de répression policière. On va dire aussi la vérité. On peut s’opposer au gouvernement sans avoir besoin de mentir. Instruction du ministre de l’Intérieur, qui a été donnée par trois fois aux forces de sécurité intérieure. Je comprends que la vérité puisse déranger, surtout quand on veut en faire un […] pour essayer d’organiser la colère. Je cite sur un des deux télex : « Une grande majorité des personnes interpellées sont des mineurs. » Je fais une parenthèse : 96 % de garçons. Mineurs, mineures, parents de ces garçons, je compte sur vous, dans les jours à venir, pour permettre la libre expression des revendications tant qu’elles s’expriment de manière pacifique et dans le respect de la loi. Autre citation, parce que comme personne n’a décidé de le lire, je le fais, au moins la transparence est faite. Attaquez-nous sur ce que nous faisons vraiment et sur les instructions que nous donnons réellement, et pas sur la base de choses fausses. […] Les forces de sécurité s’attachent donc à interpeller les auteurs de délits et à préserver l’ordre public avec un usage proportionné de la force. Je suis frappé de voir qu’il n’y a pas suffisamment de condamnations contre les violences qui sont faites contre les personnels enseignants. C’est le bilan le plus dur pour le ministère de l’Éducation nationale de ces dernières décennies. Je vais venir au fond dans un instant, mais on ne peut pas organiser le débat public en faisant comme si du personnel d’encadrement, proviseurs adjoints, des CPE, des enseignants, n’avaient pas été violentés ces dernières semaines. Il y a quand même, dans l’histoire de la gauche, une gauche qui défendait l’instituteur et l’intégrité physique de l’enseignant. Et vous l’avez fait, vous-même, votre famille politique dans le passé, président Peu. Dites-le. Retrouvons tous un tout petit peu de nuance dans les propos et peut-être également… Oui, pour La France insoumise, ça va être plus dur. En tout cas, pour nous, et je m’y engage, puisque vous appelez à l’apaisement, comme nous appelons aussi à l’apaisement, et à rentrer dans le sujet. Troisième chose, je le redis, il peut y avoir des accidents… Le député Lucas a menti. Il n’y a pas d’instructions qui sont données de répression policière. S’il y a des accidents, une dérive individuelle, on est encore dans un État de droit. Une gauche républicaine défend encore l’État de droit, si ma mémoire est bonne. On fait encore confiance à la séparation des pouvoirs, à l’action des parquets, aux juges du siège. J’ai le sentiment que, dans un moment aussi grave pour le pays, je rappelle des évidences qui devraient l’être pour tout le monde. Mais enfin, s’il y a un fonctionnaire de police ou un militaire de la gendarmerie qui a manqué aux ordres qu’il a reçus par sa hiérarchie, il sera, comme à chaque fois et de tout temps, y compris quand un gouvernement a été dirigé par la gauche, sanctionné, sans qu’il soit nécessaire de faire le procès de l’ensemble de l’institution. Les choses étant dites, avançons sur les politiques éducatives. Je crois avoir répondu clairement. Après, vous contrôlerez l’action du gouvernement. Le ministre de l’Intérieur a répondu à la convocation du président de la commission des lois. Nous sommes responsables de la vérité, pas des mensonges et pas des contre-vérités. Vous pouvez vous opposer au gouvernement et même avoir des candidats à l’élection présidentielle sans qu’il soit nécessaire de déverser un certain nombre de contre-vérités. Vous ne l’avez pas fait dans votre question, mais un certain nombre de contre-vérités. Ensuite, le fond. Il faut objectiver la plupart des problèmes. Il y a évidemment des questions sur Parcoursup, pas déconnectées du réel. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ici présent, a déjà mis en place un certain nombre de concertations, de consultations et de groupes de travail ces derniers jours. La réalité, on redonnera aussi des éléments de transparence sur le benchmark, en mauvais français, avec l’ensemble des pays. Je note quand même que toutes celles et ceux qui veulent la suppression de Parcoursup ne disent jamais par quoi ils le remplacent. Je ne suis pas non plus certain que le tirage au sort à l’aveugle de jadis soit si consensuel que ça. En tout cas, plus personne ne le défendait dans le passé. Est-ce qu’il y a un besoin de davantage de transparence ? Le ministre et moi, nous en sommes convaincus. La réponse est oui. Est-ce qu’il faut beaucoup plus de simplicité ? La réponse, c’est oui. Tout ce qu’on peut corriger, évidemment, de bonne foi, nous le corrigerons. Deuxième chantier, celui-là, il est redoutable. Les ministres, d’ailleurs, s’y sont employés. Le président de la République, jadis, avait donné des instructions très claires. C’est la question des remplacements, qui renvoie à la question du nombre d’enseignants dans le pays. Vous l’avez dit dans votre question. Il y a quelques mois, vous m’avez posé une question plus spécifique sur votre circonscription à Saint-Denis. On avait d’ailleurs un échange respectueux, comme à chaque fois, et républicain. Il y a un énorme défi démographique dans le pays. Ce qui est vrai pour les retraites, ce qui est vrai pour l’assurance maladie, ce qui est vrai pour le grand âge est vrai aussi, toutes choses égales par ailleurs, pour la question de l’école : 180 000 enfants de moins. Et d’ailleurs, je crois avoir entendu un débat récent dans lequel un certain nombre de candidats à l’élection présidentielle, au sein de la même famille politique, en parlaient. Qu’est-ce que l’on fait de ce défi démographique ? Ça, c’est une discussion pour maintenant. Quand je dis pour maintenant, c’est pour la discussion budgétaire qui va s’ouvrir. Vous voyez déjà qu’on prend le sujet un peu différemment que d’habitude. On renoue avec une planification, soit pour des quartiers sensibles et difficiles, vous les connaissez, soit pour le milieu rural. Si on applique une clé budgétaire à l’aveugle entre la chute du nombre d’élèves et la chute du nombre d’enseignants, ce sont des fermetures en cascade, non seulement de classes, mais d’écoles, qu’il faudrait faire. On s’y refuse. Vous voyez bien que, dans dix-huit départements pilotes, on cherche à trouver une solution. Si vraiment on veut s’en sortir, en essayant de s’isoler, si on y arrive, du contexte électoral à venir, la question de la démographie est un sujet absolument clé. Il n’a jamais été dit par les membres de ce gouvernement qu’on souhaitait avoir une clé ou un coefficient à l’aveugle. Ce ne sont ni mes convictions, ni, accessoirement, la sociologie de mon département. Par ailleurs, ça, c’est un débat que j’ouvre, pas à la Saint-Glinglin, pas après la présidentielle, maintenant, et dans lequel on pourra trouver des marges de manœuvre dans la discussion budgétaire. C’est un beau sujet qui renvoie aussi au nombre d’enseignants, à l’âge, à la rémunération de ces enseignants. C’est le moment, une bonne fois pour toutes aussi, de commencer à guider le débat et les orientations budgétaires pour ce faire. Ce gouvernement ne sera plus en responsabilité au moment de la rentrée prochaine, mais il nous revient quand même de la préparer avec vous. Ça, c’est un thème. C’est un thème de travail. Il me semble absolument sérieux. Après, d’autres sujets sont à traiter. Je vous le disais, demain, nous réunirons les présidents de conseils régionaux dans le respect des lois de décentralisation, sans opposer l’État aux collectivités locales comme certains veulent le faire. Pour le coup, c’est une compétence cœur des lois de décentralisation des années 80. Là aussi, beaucoup de choses ont été faites. En tout cas, c’est toujours pareil. Si vous avez besoin d’un gouvernement détaché de l’élection présidentielle, soucieux de la défense de l’intérêt général, souhaitant apporter, dans la mesure du possible, toutes les réponses positives que nous pouvons apporter, nous le ferons. Si nous devenons un punching-ball électoraliste pour des gens qui ont du mal à faire démarrer leur campagne présidentielle, nous n’y pourrons rien.
Merci beaucoup, M. le Premier ministre. La parole est à présent à M. Roger Vicot pour le groupe Socialistes et apparentés.
Je le dis en préambule, il n’est pas question d’excuser ou de légitimer les actes de destruction, de dégradation ou même de violence urbaine dont nous sommes tous les témoins depuis quelques jours. Pas question davantage de remettre en cause le droit constitutionnel à manifester dans notre pays. Ceci étant clairement exprimé, se pose la question de la doctrine d’emploi de nos forces de l’ordre. Et même si le Premier ministre fait beaucoup d’efforts cet après-midi pour vous dédouaner, vous avez affirmé il y a quelques jours que vous ne donneriez aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement intermédiaire à disposition. Premier point : armement intermédiaire. Ce sont des lanceurs de grenades ou des LBD. Je rappelle, contrairement à ce que vous avez dit tout à l’heure, que M. Benjamin Lucas n’a pas raconté n’importe quoi : les LBD sont bien classifiés armes de guerre, interdites dans toute l’Europe dans le cadre de la sécurité publique et du maintien de l’ordre, réservées à des unités très spécialisées. Mâchoire fracassée, main arrachée, charge même contre des élèves ayant formé une chorale devant leur établissement en Ardèche : comment s’étonner ainsi des dégâts irréparables qu’ils occasionnent ? Second point, je vous ai entendu ce matin à la radio, monsieur le ministre : « d’intervenir avec proportionnalité au moment de l’intervention elle-même ». Votre déclaration a désinhibé certains membres, en laissant à penser que les contraintes de leur doctrine d’emploi devenaient désormais optionnelles. Il faut mesurer la portée de ce propos. À chaque fois, le même mécanisme s’enclenche : la doctrine d’emploi est suspendue au nom du contexte et les blessures deviennent des statistiques.
Merci beaucoup, monsieur le député. Désolée, mais vous avez largement dépassé. La parole est à M. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur.
Je redis ce que je disais tout à l’heure à votre collègue. Il y a une doctrine. Le Premier ministre a lu mes instructions. Une doctrine de maintien de l’ordre. Quand nous intervenons sur des violences, dont j’ai bien compris que vous ne les légitimiez pas et que vous les condamnez, au moins, c’est clair et explicite, ce n’est pas le cas de tout le monde sur ces bancs. Quand nous intervenons sur des violences urbaines, sur des individus qui rentrent dans un lycée, dans un collège, qui veulent s’en prendre à des enseignants, de la violence urbaine. Dans ces cas-là, quand je dis qu’il n’y a pas de retenue, ça veut dire que forcément, les forces de sécurité intérieure doivent intervenir. Il n’y a pas de possibilité d’appréciation. Ensuite, la retenue, c’est dans la proportionnalité de l’action. C’est le cadre légal et réglementaire qui le définit. C’est ce que disent mes instructions. C’est ce qu’appliquent les fonctionnaires de police et les militaires de la gendarmerie. Et ça ne désinhibe absolument pas les forces de l’ordre, qui remplissent une mission, une mission à laquelle elles sont très attachées, qu’elles accomplissent dans le cadre de règles républicaines. Sur l’armement intermédiaire, c’est l’armement intermédiaire qui a toujours existé. La majorité à laquelle vous appartenez était au pouvoir. Nous avions des LBD, des lanceurs de défense, des Cougar qui lançaient les grenades. Ces armes intermédiaires permettent de maintenir à distance, d’éviter d’utiliser l’arme létale. C’est pour ça que les fonctionnaires de police et les militaires de la gendarmerie y sont attachés. Ce sont des armes qui sont absolument indispensables quand vous basculez dans les violences urbaines. Et quand les policiers les utilisent, ils se confrontent à des violences qui sont extraordinaires et qui sortent de l’ordinaire. Et donc, bien évidemment, cette doctrine que nous appliquons ne sera pas remise en cause. Et elle est appliquée sous le contrôle de la justice et avec beaucoup de proportionnalité.
Merci beaucoup, M. le ministre. La parole est à présent à M. Laurent Croizier pour le groupe Les Démocrates.
Nous condamnons fermement les violences commises aux abords des lycées. Nous condamnons les mouvements politiques qui attisent les tensions et encouragent ces violences. Nous pensons aux 85 personnels de l’Éducation nationale, aux 215 lycéens et aux 715 membres des forces de l’ordre blessés, en premier lieu par les fauteurs de troubles. Nous pensons aussi aux lycéens gravement blessés lors des opérations de maintien de l’ordre. Il est temps de retrouver le chemin du lycée et de l’apaisement. Professeurs non remplacés, journées surchargées, bâtiments dégradés ou angoisses liées à Parcoursup : les préoccupations des lycéens sont légitimes et appellent des réponses concrètes. Derrière la baisse démographique, nous voyons une opportunité : réorganiser notre école pour mieux remplacer les absences, alléger les effectifs des classes et améliorer les conditions d’apprentissage. Nul besoin d’une énième réforme pour cela. Faisons de ces revendications un grand moment de démocratie en faisant confiance aux équipes éducatives et aux élèves responsables. Le groupe Démocrate demande que, dès demain, la synthèse transmise au conseil de vie lycéenne soit élargie à la région, aux élus locaux, chargés de distinguer ce qui se règle immédiatement, ce qui exige un arbitrage et ce qui suppose des travaux plus longs. Chaque action devra s’accompagner d’un responsable, d’une échéance, d’un engagement écrit. Une promesse sans responsable ni calendrier n’est pas une réponse Monsieur le ministre.
Merci, monsieur le député. La parole est à M. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Il n’y a pas d’issue en dehors d’un cadre démocratique et de dialogue. On ne peut pas, dans un même mouvement, réclamer qu’on écoute les lycéens, ce que je fais tous les jours, et balayer d’un revers de la main toute forme de débat dans les établissements, comme toute forme de possibilité d’expression universelle de leur avis via la plateforme dont je parlais tout à l’heure, comme si cela n’avait aucune valeur. La démocratie s’incarne dans des instances. Je vous confirme qu’il y aura une demi-journée banalisée dans tous les établissements de France, à partir de demain, parce que, dans certains cas, ça ne va reprendre que jeudi. Donc demain ou jeudi dans toutes les classes, de manière à ce qu’ils aient à la fois un temps avec les élèves et aussi un temps avec les personnels. Tout ça doit permettre d’objectiver la situation établissement par établissement. Là aussi, on peut dire ce qu’on veut pour occuper les médias : il n’y a pas deux établissements qui sont dans une situation absolument identique. Il faut traiter les situations établissement par établissement, voir ce qui relève de l’académique ou du national et le traiter dans les mêmes conditions, pour faire en sorte d’apporter des réponses avec un calendrier, des objectifs et des avancées sur lesquelles je serai en mesure de vous rendre compte, étape par étape, dans les jours et les semaines à venir. La deuxième chose, c’est la question de la démographie. Nous avons une démographie terrible : 180 000 élèves de moins à la rentrée prochaine. […] de la démographie, pour faire en sorte que le nombre d’élèves diminue dans toutes les classes à la rentrée prochaine, aussi bien à l’école maternelle, à l’école primaire, au collège et au lycée. Je vous remercie.
Merci beaucoup, monsieur le ministre. La parole est à présent à M. Pierre Meurin pour le Rassemblement national.
Merci, Mme la présidente. Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances, vos éminents prédécesseurs étaient bien plus visionnaires que vous. En 1951, le gouvernement affectait la taxe sur les produits pétroliers à un fonds spécial d’investissement routier grâce à Antoine Pinay. Le réseau routier était ainsi devenu le meilleur et le plus sûr du monde, grâce à une sagesse politique dont vous êtes dépourvu. Après dix ans de macronisme, le litre de gazole est aujourd’hui à 2,40 euros. Quant aux taxes sur les carburants, elles ne servent plus à financer nos infrastructures pour l’avenir, mais à rembourser les intérêts d’une dette que vous avez creusée de façon abyssale, à hauteur de 1 320 milliards d’euros. Résultat : les routes françaises continuent de se dégrader. Mais vous continuez tout de même à ponctionner entre 1 euro et 1,20 euro de taxe par litre de carburant pour rembourser vos gabegies. Face à l’explosion des prix du carburant, votre réponse politique est presque insultante pour les Français. Vous leur proposez, et notamment aux plus modestes, de mendier un chèque de 100 euros, c’est-à-dire un minuscule plein d’essence. C’est indigne. Je pense à la France du travail, à nos agriculteurs, à nos artisans, à nos infirmières libérales qui, eux, ne cassent rien, contrairement à d’autres, mais qui payent pourtant en silence les pots cassés de cette épouvantable parenthèse historique que l’on appelle le macronisme. Votre devise est : fort avec les faibles, faible avec les forts. Dès le budget rectificatif de 2027, nous baisserons les taxes sur le carburant. C’est maintenant que les automobilistes souffrent. Des milliers de Français se limitent à 10 litres de carburant pour ne pas dépasser leur plafond de découvert. Dans votre fin de règne, allez-vous enfin, enfin, baisser les taxes sur le carburant ?
Merci, monsieur le député. La parole est à M. Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances.
Monsieur le député, je serais surpris… Il est où, monsieur ? Il est là, pardon. Vous êtes caché derrière le micro. Vous dire que votre question me surprend, ce serait évidemment vous mentir. Je m’attendais à cette question, puisque toutes les semaines, depuis le début de cette crise, vous nous la posez d’une manière ou d’une autre. Alors, faire référence aux grands anciens qui nous ont précédés, y compris Antoine Pinay, pour justifier des choix de politique qui me sembleraient hasardeux, c’est quand même fort de café. Mais la réponse que je vous fais aujourd’hui est celle que j’ai déjà faite plusieurs fois dans cet hémicycle. Nous préférons être forts avec les faibles. Nous préférons aider celles et ceux qui en ont le plus besoin et ne pas gaspiller de l’argent public pour aider les gens qui, aujourd’hui, n’en ont pas besoin. Vous dites que 100 euros, c’est un misérable plein. Si vous voulez payer les pleins de toutes les Françaises et de tous les Français, allez-y. Ce n’est pas la politique que nous menons. Nous menons une politique qui vise à financer une partie du surcoût de la crise à Ormuz. Et c’est ce que nous faisons. 100 euros, ce n’est pas rien. C’est la moitié du surcoût sur les trois mois qui viennent pour quelqu’un qui fait un plein par mois. Peut-être que pour vous, ce n’est rien, mais pour la plupart des Français qui roulent, ça n’est pas rien. Par ailleurs, nous continuons à travailler à l’international. Le prix du diesel baisse depuis deux ou trois jours. C’est grâce au président de la République qui, dans le cadre d’un G7, a organisé la libération de stocks stratégiques. Sur une crise internationale qui devrait tous nous rassembler, une fois de plus, vous proposez des mesures qui ne me semblent pas adaptées. Nous proposons une stratégie d’ensemble qui, j’espère, va livrer ses résultats.
Merci beaucoup, monsieur le ministre. La parole est à présent à M. Arnaud Bonnet pour le groupe Écologiste et Social.
Merci. Depuis deux semaines, les lycéens et les étudiants se mobilisent. Je veux le rappeler en ces lieux chargés d’histoire : leur mobilisation est légitime. Nous la soutenons. Quand on perd une année entière de scolarité dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis parce que votre ministère supprime des postes et ne met pas de remplaçants dans les classes, c’est plus que légitime de se mobiliser. Leurs demandes sont simples. Ce sont les mêmes que nous formulons chaque année. Plus d’enseignants. On ne peut pas enseigner et prendre du temps pour chacun et chacune quand on a 35 ou 40 élèves. Vous êtes comptables de nos classes parmi les plus chargées d’Europe. Des besoins essentiels et dont nous devrions tous avoir honte : des bâtiments chauffés l’hiver et protégés l’été, des toilettes propres, de l’eau du robinet qui n’est pas marron, des tables, des chaises. Simple, basique. Ils vous demandent un avenir auquel vous avez eu droit, un avenir sans Parcoursup, accentuant toujours plus la pression scolaire et le refus de sa mise en place. Ces revendications, ce sont celles d’une jeunesse qui vous crie qu’elle est asphyxiée sous le poids de vos politiques. Devant vous, j’assume, en tant qu’enseignant et député, d’être l’un des porte-voix de leur colère, car témoin pendant vingt-cinq ans, et ma colère m’a mené sur ces bancs. Et chaque année, au moment du budget, les mêmes économies : le Fonds vert divisé par trois depuis 2024, alors que nos bâtiments scolaires ont tant besoin de rénovation, là où nous aurions besoin de 4 milliards d’euros par an. Les solutions, ils vous les ont données. Ouvrez les yeux sur des bâtiments en ruine, des fenêtres qui ne s’ouvrent pas et cessez de mettre en avant notre catastrophisme. Et, avec des médias complaisants, de raconter que tout est de leur faute et qu’ils ne sont que des sauvages en les déshumanisant. La violence de quelques poubelles brûlées n’égalera jamais celle que vous faites subir aux corps, aux esprits et à l’avenir de nos enfants. Demain, nous commençons l’examen de votre budget pour 2027. Allez-vous bousculer votre budget pour trouver les ressources dont nous avons besoin ?
Merci, monsieur le député. La parole est à M. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Monsieur le député Bonnet, je connais vos convictions et on peut avoir des désaccords plus ou moins profonds, ou des accords aussi, en matière éducative. Mais quand je vous entends parler de déshumaniser les élèves, franchement, j’ai du mal à l’avaler. Il y a quand même des limites. Il y a vraiment des limites. Ça fait… Non, non, attendez quand même. Depuis le début des événements, y compris à un moment où personne n’y prenait garde, j’ai expliqué qu’il fallait faire attention à ne pas inciter à la violence, qu’il ne fallait pas inciter à des blocages dont on savait déjà qu’ils étaient infiltrés par des membres ultra-violents qui tiraient des mortiers sur les élèves. Et j’ai dit depuis le début qu’il y avait des revendications légitimes, qu’il fallait les distinguer de ces violences et qu’il fallait évidemment les traiter. Et c’est ce que nous faisons. Tant et si bien d’ailleurs que plus personne ne parle du lycée Saint-Exupéry de Créteil, d’où tout est parti, parce que j’ai personnellement réglé la question. Je l’ai suivi dès le départ, ce lycée. Bon, donc, on ne peut pas dire ça. Ah, je crois qu’ils sont de retour, donc… Tout ça pour vous dire qu’il faut effectivement traiter les sujets un par un. Le projet de loi de finances est le lieu du débat démocratique pour précisément les résoudre. Quand nous travaillons, par exemple, sur un sujet qui vous tient à cœur, c’est la santé scolaire. La santé scolaire, nous avons créé 300 ETP l’année dernière, nous proposons d’en recréer 300 cette année. Quand nous travaillerons sur l’accompagnement, et notamment en termes de vie scolaire, nous proposerons la création de 200 conseillers principaux d’éducation cette année, ce qui est une demande. Quand on parle de la Seine-Saint-Denis, si je prends l’exemple des collèges, pour lesquels j’ai fait en sorte de s’adapter quand on a grandi l’école scolaire, les collèges de Seine-Saint-Denis, on est reparti pour la première fois à la rentrée 2026 de leurs IPS pour moduler les heures de dotation spécifique qui leur sont attribuées. Les collèges qui ont les IPS les plus faibles ont six fois plus d’heures spécifiques que les autres en Seine-Saint-Denis, précisément pour leur venir en aide. On fait ce travail tous les jours avec les personnels de l’Éducation nationale, avec tous ceux qui se battent, comme vous, mais avec des opinions différentes, contre les inégalités scolaires. Je vous remercie.
Merci beaucoup, monsieur le ministre. La parole est à présent à M. Maxime Michelet pour le groupe Union des droites pour la République.
Jean Zay voulait que l’école soit « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». Depuis une semaine, cet asile est pris d’assaut par l’extrême gauche, qui nous rejoue Mai 68, le mélenchonisme tenant lieu de maoïsme et les mortiers de pavés. Si l’expression lycéenne est légitime, la violence ne l’est jamais et les blocus ne sont pas des écoles de citoyenneté, mais des cours de bolchevisme et de violence politique. Cette violence est intolérable, blessant élèves, personnels éducatifs et forces de l’ordre en nombre sans précédent. Et cette violence coûtera des millions d’euros à la France. Contrairement à Mme Binet, nous ne pensons pas que ce soit au contribuable de payer. Et c’est pourquoi, avec Éric Ciotti, le groupe UDR propose que les dégâts soient payés par les casseurs et par leurs familles, que leurs allocations soient suspendues, tout comme leur accès aux prestations sociales. Car la responsabilisation des familles est nécessaire pour mettre fin à la violence. À la violence qui se répand dans nos villes, mais qui est aussi le quotidien de tant d’établissements. L’indiscipline que nous constatons dans nos rues existe en effet dans nos classes, et Pisa l’a rappelé cruellement : la France est le pays d’Europe où l’indiscipline est la plus forte. Selon l’ UNSA, qui sera peu suspecte d’être une succursale du Bloc national, 68 % des professeurs constatent une augmentation de la violence à l’école. Cette violence est un facteur majeur de la crise des vocations, comme de la baisse du niveau scolaire. La jeunesse nous demande légitimement de lui garantir un avenir meilleur. Ayons le courage de lui dire qu’elle a aussi besoin d’autorité et que le respect de l’autorité est une condition de la vie collective. C’est pourquoi vous auriez dû conditionner l’ouverture du dialogue à l’arrêt des violences, puisqu’on ne dialogue pas sous la pression du chaos. Vous ne jurez que par la démocratie lycéenne, mais nos lycées ne sont pas des soviets autogérés. Votre démocratie supposée n’est qu’une démagogie. Nos jeunes ont besoin d’une autorité à l’écoute, mais pour cela, encore faut-il qu’il y ait une autorité. Quand parlerez-vous enfin d’autorité ?
Merci, monsieur le député. La parole est à M. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Monsieur le député, quand on écoute les uns et les autres, paradoxalement, je suis assez conforté dans l’idée qu’il y a une forme d’équilibre qui est le propre de l’État de droit. Pardonnez-moi, mais j’y crois depuis le début. Dans un État de droit, on réagit avec fermeté quand des casseurs s’en prennent à l’institution et on condamne régulièrement, chaque jour, ce que je n’ai pas vu sur certains bancs : les violences faites contre des personnels de l’Éducation nationale. Quand on est dans un État de droit, les gens qui s’expriment, soit sur des blocages, soit dans un cadre de liberté de manifestation, et je me réjouis qu’aujourd’hui, justement, ce soit dans un cadre légal, démocratique, organisé et encadré que ceci ait eu lieu, on essaie de trouver des solutions. Les lycéens qui protestent aujourd’hui ne protestent pas, j’allais dire, en l’air ou par hasard. Ils expriment un certain nombre d’attentes qui sont réelles et profondes. Il n’y a qu’une seule solution, c’est de redonner à tout le monde un cadre démocratique respectueux. Il se trouve que nous formons des consciences républicaines. Il y a des gens qui se disent… Je n’ai pas conditionné l’ouverture des discussions avec les lycéens au fait que des voyous cessent de balancer des mortiers. Je vais recréer précisément, dans l’abri qu’est l’école, un cadre républicain et démocratique où on puisse discuter. C’est le même objet de notre institution. Les voyous seront poursuivis et sanctionnés. Les lycéens seront écoutés. Quant à ceux qui portent atteinte aux professeurs et aux personnels, il en sera pour eux comme il en a toujours été : ils seront poursuivis, ils seront sanctionnés et nos professeurs seront protégés.
Merci beaucoup, monsieur le ministre. La parole est à présent à M. Louis Boyard pour La France insoumise.
Madame la présidente, Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, nous avons un gros problème. Vous avez des centaines de milliers de jeunes qui sont dans la rue. Depuis deux semaines, vous avez les lycées qui sont bloqués. Vous êtes celui qui doit débloquer la situation, mais vous êtes incapable de comprendre ce que veut la jeunesse. Incapable de comprendre qu’ils ne rentreront pas dans leur salle de classe tant qu’il fera trop froid, trop chaud, qu’ils seront à 40 dedans ou que les salles seront trop sales. Tant que les élèves qui ont un handicap ne sont pas accompagnés, tant qu’il n’y a pas d’infirmiers, de conseillers d’orientation ou de psychologues. Voilà que vous nous inventez une mascarade : le dialogue dans les lycées pour parler des problèmes. Vous avez déjà les chiffres sur le mauvais bâti scolaire ou sur le manque de personnel et d’enseignants. Vous êtes un menteur. Pour répondre concrètement à ce que demandent les jeunes, il va falloir que vous sortiez le carnet de chèques. Vous devez comprendre que cette jeunesse ne veut pas continuer à faire du 8 heures-18 heures pour se faire trier par la mascarade de méritocratie Parcoursup, pour finir à la distribution alimentaire comme étudiant précaire ou être payé moins qu’un SMIC comme apprenti. Voilà pourquoi les étudiants ont rejoint la mobilisation. Pour résoudre tout ça, il va falloir que vous sortiez le carnet de chèques. Toutes ces revendications, elles coûteraient 10 milliards. Vous pouvez le faire et vous le ferez. Ce n’est pas en tirant à la lacrymogène sur des adolescents, ce n’est pas en étranglant une lycéenne, ce n’est pas en éborgnant un jeune, ce n’est pas en arrachant la main d’un ado de 15 ans que vous allez les arrêter. La jeunesse vient de prendre conscience d’elle-même. Vous avez été trop loin. Elle s’est déjà trop sacrifiée pour reculer maintenant. Alors, monsieur le ministre de l’Éducation nationale, acceptez que vous avez perdu, que les jeunes ont raison depuis le début. Monsieur le ministre, allez-vous sortir le carnet de chèques, donner ces 10 milliards pour l’égalité et la dignité de la jeunesse ? Ou est-ce qu’ils doivent continuer de bloquer tous les jours, vous faire démissionner et obliger le ministre qui viendra après vous à sortir le carnet de chèques ?
Merci, monsieur le député. La parole est à M. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Monsieur le député Boyard, vous avez un problème. Nous sommes dans un État de droit. Et dans un État de droit et dans un État démocratique dans lequel il y a une liberté de manifester, mais dans lequel il y a aussi un droit à l’instruction et dans lequel la violence n’a pas sa place. Et quand on entend, par conséquent, je crois que c’est votre candidat présidentiel, Jean-Luc Mélenchon, parler de « discipline de combat », lorsqu’on vous entend, lors de votre première tentative de « blocus challenge », il y a deux, trois ans, parler de « semer la panique générale », lorsqu’on entend le maire de Saint-Denis dire que la violence peut être légitime, bref, lorsqu’on souffle sur les braises, on ne peut pas se disculper après l’incendie. Et donc, pardonnez-moi, monsieur le député, mais je crois que vous avez un problème. Et la meilleure preuve que vous avez un problème, c’est que lorsque nous apportons… Lorsque nous apportons… Pourquoi criez-vous lorsqu’on vous répond, madame ? Est-ce qu’on peut… Bien. Alors, nous avons ici un exemple typique du problème qui est le vôtre. On ne peut jamais, jamais vous répondre sans que vous provoquiez et sans que vous hurliez. On termine, ça ne vous dérange pas ? Je vous remercie. La réponse, donc, c’est que vous avez qualifié vous-même à l’instant le cadre démocratique que nous proposons, et qui est le seul pour trouver des solutions concrètes et pas seulement un carnet de chèques, monsieur le député. La démocratie lycéenne n’est pas une mascarade. Les écouter n’est pas une mascarade. Répondre à leurs problèmes au cas par cas n’est pas une mascarade. Vous servez la division, vous servez la haine. Nous, on sert l’intérêt général. Chacun dans sa zone de confort.
Merci beaucoup, monsieur le ministre. La séance des questions au gouvernement est terminée. La séance est suspendue.
