Révolte(s) lycéenne(s)
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Bonjour, amis du café, amis du café, amis des libertés ! Amis de la police ! Amis des luttes révolutionnaires, en tout cas des révoltes lycéennes ! Bonjour, il est 7 heures ! Bienvenue sur France Déter, la matinale d’Au Poste. C’est l’heure. Debout les déters, il est 7 heures, nous sommes le 5 octobre 2026. Cours non assurés, classes surchargées, locaux dégradés, PQ manquant, inquiétudes sur l’orientation et les failles de Parcoursup. Cela dit, le ministère de l’Éducation s’attend au blocage d’environ 500 établissements. Demain, un acte 3 du mouvement est en préparation. Aujourd’hui, on ne parle que de ça dans France Déter. Nos invités, alors, s’ils se lèvent, parce que pour l’instant, c’est mal barré : 7 h 05, normalement, Arié Alimi, avocat d’un lycéen de Belfort qu’un policier a tenté de noyer, en tout cas c’est la certitude de l’avocat, qui parle de tentative de meurtre. Le jeune lycéen, par ailleurs, est lui-même mis en examen pour coups sur policier. 7 h 15, en direct de Tours, si tout va bien, grâce à Théophile Massat, qui a bossé comme un dingue tout le week-end pour concocter avec moi cette matinale : des lycéens en direct de leur blocus à Tours. À 7 h 30, Sebastian Roché, politiste au CNRS, pour rappeler qu’aucun autre pays européen ne tire au LBD sur des lycéens. 7 h 50, Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme, pour parler de la conférence de presse qui aura lieu tout à l’heure à 10 heures au local de la LDH. Conférence de presse, société civile : dix organisations ont répondu à l’appel. 8 h 10, en direct avec les lycéens d’un blocus au Blanc-Mesnil, dans le 93, d’où est partie la révolte, le 93. Et à 8 h 30, en direct de Toulouse, François Piquemal, député LFI. Bonjour tout le monde, comment allez-vous les uns et les autres ? Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant. France Déter accueille des invités, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé et trie le présent. C’est en direct, c’est fait maison, et préparez le café. Voilà, j’espère que vous allez tous bien. Nous attendons donc Arié Alimi. S’il ne vient pas, on fera une petite revue de presse rapido. Bonjour MEDA sur YouTube, bonjour Bagnas sur Twitch, bonjour Ramonazarate, bonjour Samobiwan, bonjour Papsusan, bonjour Le Frérou, bonjour Satrappe, bonjour Fraize, bonjour Thomas, bonjour Zéphone, bonjour Nerbiès, bonjour Euryale, évidemment. Euryale qui fera sa grande rentrée demain pour les questions au gouvernement. Ce sera en direct dans la nouvelle émission d’Au Poste intitulée Au nom de la loi. Et c’est Euryale qui sera aux manettes, en direct, pour vivre ensemble les questions au gouvernement. C’est à 15 heures, c’est un grand jour, c’est demain. C’est la grande Euryale, que nous saluons de tout notre cœur. Alors, je vais démarrer par une petite revue de presse express en espérant que notre invité, notre premier invité, puisse venir dans pas longtemps. Franceinfo : « Mobilisation lycéenne : les cours totalement ou partiellement suspendus dans 400 à 500 établissements lundi. » C’est la une de Franceinfo. Alors, Le Monde, papier passionnant que j’ai lu ce matin avant d’arriver : « Le mouvement lycéen, singulier et déjà historique, s’ancre sur le manque de moyens et les ratés de la massification scolaire. » Partie d’une mobilisation spontanée en banlieue parisienne, écrit Le Monde, ce mouvement, inédit depuis des décennies par son ampleur, traduit une angoisse plurielle, à la fois en raison des conditions d’enseignement qui se sont objectivement dégradées et des perspectives d’avenir incertaines. La réponse du gouvernement, essentiellement répressive, risque de renforcer la colère. C’est donc la une du Monde de ce matin. Pour L’Humanité : « L’État dépense toujours plus pour un élève de centre-ville : la ségrégation scolaire dans le viseur du mouvement lycéen. » Et justement, nous parlerons tout à l’heure avec les lycéens du Blanc-Mesnil de la création, qui est en train d’être décidée, d’un syndicat lycéen, mais qui serait de l’autre côté du périphérique parisien, qui serait des quartiers. Alors que je vois qu’une première image arrive, peut-être d’un invité. Mon cher Théo, si tu peux me parler ? Attends, je vais ouvrir le tchat, un petit message. Ici, le tchat de Ninja. Mediapart revient sur l’affaire Bardella : « La semaine où le vernis a craqué. » Les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella ont démoli quinze ans de, entre guillemets, « dédiabolisation ». Vous savez qu’ici, nous n’avons jamais cru en la dédiabolisation. Nous faisons des émissions mensuelles sur cette question-là, d’une certaine manière, avec Extrémorama, qui fait son grand retour demain, avec deux invités exceptionnels autour de l’histoire des extrêmes droites, et singulièrement du FN/RN. Une extrême droite qui remonte, en réalité, à la Révolution française, aux contre-révolutionnaires, et non pas, comme on le croit très, très souvent, au XIXe siècle. C’est plus ancien que ça. Passionnant travail de Baptiste Lacan, qui a fait un ouvrage collectif, qui sera donc là demain à 19 heures, ainsi qu’un autre ouvrage sur l’instrumentalisation par l’extrême droite de l’histoire. C’est demain à 18 heures avec notre copain Nicolas Lebourg. Et donc, les révélations ont plongé le parti d’extrême droite dans une crise interne. La question du tandem Le Pen/Bardella est désormais posée, celle de la suite de la campagne présidentielle aussi. Merci beaucoup, super, mon cher Théo, je te lis. Analyse : « Primaire à gauche, une thérapie collective pour les cinq candidats en guise de dernier débat. » Qui, dans le tchat, a regardé hier, sur BFM/Libération, le débat de la primaire ? Ça a duré très longtemps, c’était très long. C’était si rugueux, comme l’a dit Guedj à propos de… comment s’appelle-t-elle ? Ségolène Royal, qui, fort justement, lui a répliqué qu’il fallait qu’il arrête avec son sexisme. Mais c’était chiant, hein. Oh là là là là là, c’était d’une pénibilité bon, je pense que Glucksmann est carbonisé avec les vidéos qui sont sorties de lui, les indiscrétions qui sont sorties de lui. Je pense que le mec va avoir un peu de mal à s’en remettre. Qui a regardé ? Ah bah voilà : « Juste les extraits où Glucksmann se fait gronder par Royal. » Oui, il y avait donc le débat avant la primaire qui va avoir lieu dans quelques jours, la primaire socialiste. Donc, je crois que M. Arié Alimi a du mal à se connecter. Alors, écoutez, on continue. On continue vite fait la revue de presse. Politis : « Au Brésil, le spectre d’un mauvais remake de Bolsonaro. » On a eu le résultat dans la nuit, c’est épouvantable. Le fils de Bolsonaro est arrivé en tête des élections au Brésil devant Lula. Ce qui veut dire que, s’il gagne au deuxième tour, l’Amérique du Sud ressemblera vraiment à ce que l’Amérique du Nord, en tout cas les États-Unis, souhaite, c’est-à-dire un continent d’extrême droite. Car entre la Colombie, peut-être le Brésil et tant d’autres, l’Argentine, eh bien, ce continent replonge dans les pires années 70, d’une certaine manière. Et donc, c’est la une de Politis. Le Chili aussi, bien sûr, le Chili aussi. La vidéo de Glucksmann, je réponds au tchat, est assez déplaisante puisqu’il dit que… c’est dans une réunion de campagne et il parle notamment de Ségolène Royal faisant la danse du ventre pour avoir un poste chez Macron, etc. Sur Mélenchon, je sais plus ce qu’il dit de très déplacé. Voilà. Et donc le type, il n’a pas le sang-froid dont il se targue. Reporterre : « Nous sommes là par nécessité. Des milliers de personnes bloquent une usine de pesticides. » C’était ce week-end. Et comme vous le savez peut-être, depuis la semaine dernière, à midi, le camarade Julien Le Guet, un des porte-parole de Bassines Non Merci, assigné à résidence pour six mois, qui s’est vu remettre son bracelet électronique la semaine dernière, anime désormais sur Au Poste, à midi, tous les lundis, pendant au moins six mois, l’émission Six mois ferme, où il sera amplement question tout à l’heure de cette grande manifestation contre l’usine de Syngenta, j’ai toujours du mal à le dire, voilà. Julien Le Guet va recevoir plusieurs invités qui parleront de ça. C’est à suivre sur Au Poste à midi, tous les lundis. Et c’est une façon de trouver de nouvelles formes d’informer, de participer aux débats publics, et c’est ce que nous essayons, nous, de faire à Au Poste depuis cinq ans. Et merci infiniment à tous ceux qui sont abonnés sur le site. C’est vraiment la meilleure façon de nous aider, c’est de s’abonner sur le site. Ça commence à deux euros par mois, ou aux donateurs et donatrices. Et d’ailleurs, si vous le faites pendant l’émission, ça va apparaître ici, en dessous, là, puis il y aura un peu de musique, etc. Ça met du baume au cœur. Voilà. Contre Attaque revient justement sur Syngenta, en Normandie. 15 000 personnes mobilisées contre les pesticides. C’était donc samedi 3 octobre, dans une démonstration de force face à l’agrochimie. 15 000 personnes marchent contre des entreprises de pesticides. La gendarmerie gaze des malades, puisqu’un certain nombre de gens, notamment de Cancer Colère, étaient présents et se sont vus gazer parce qu’ils protestaient contre cette pollution agrochimique dont on sait tous, dont on sait tous qu’elle nous tue à petit feu. Il est 7 h 13. Nous attendons nos invités de Tours. Théo, si, en régie, tu peux me faire signe. StreetPress : « Ce que l’on sait de l’interpellation d’un lycéen à Belfort. » Vendredi 2 octobre à Belfort, un policier des renseignements interpelle et menotte un lycéen dans l’eau, peu avant d’être roué de coups. StreetPress a tenté de reconstruire le déroulé des événements. C’était précisément l’objet de notre invitation d’Arié Alimi, qui se trouve être l’avocat du jeune en question. Ils ont mis la vidéo. Je vais vous la montrer. Normalement, je l’ai ici. Attendez une seconde, je vous montre la vidéo.
Mais ce n’est pas lui ! Il faut qu’on coupe ! Encore ! […] Ce n’est pas possible, c’est impossible, ce n’est pas possible ! […] Wouah ! Wouah ! […] C’est la prison, c’est l’horreur de prison !
Donc voici ce que StreetPress nous dit. Alors, des nouvelles par Théo. Merci Théo de me donner des nouvelles. C’est formidable. Nos invités arrivent. Ils sortent d’un contrôle policier. Mais ils arrivent, ils sont de Tours, du lycée Balzac. Donc vous pourrez lire l’enquête des copains de StreetPress. Mediapart aussi, c’est les copains. Bien entendu, bien entendu, bien entendu. Alors, je commencerai rapidement. Le matin du vendredi 2 octobre à Belfort, un commandant de police de 59 ans, chef du renseignement territorial, est roué de coups au sol en marge d’un blocus devant le lycée Courbet. Filmées juste auparavant, les images du fonctionnaire apparaissant noyer un lycéen de 17 ans enflamment tant la foule que les réseaux sociaux. Une enquête criminelle a été ouverte pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique, c’est-à-dire sur le policier, tandis que l’avocat de l’adolescent, Arié Alimi, a déposé plainte pour tentative de meurtre par personne dépositaire de l’autorité publique. Tous deux sont présumés innocents. À partir des informations communiquées par la justice, des images disponibles et des récits de témoins et proches, StreetPress a tenté de reconstituer le déroulement des événements. Mais, mais, mais, nous allons être Ah bah tiens, Arié Alimi. Alors attends, attends, bouge pas. Je vais te mettre, je vais te mettre. Priorité au direct, n’est-ce pas, comme on dit chez BFM, qui a la bonne idée de t’inviter assez souvent. Nous allons faire rapidement parce que je sais que tu es à l’autre bout du monde. Il est très, très, très tôt ou très, très tard pour toi. Je viens de lire le chapeau de l’enquête de StreetPress. Que peux-tu nous dire sur ce qui s’est passé à Belfort le 2 octobre ? On vient de voir les images.
Alors, ce que je peux vous dire d’abord, c’est que je suis l’avocat du jeune homme qui se retrouve dans ce cours d’eau avec un fonctionnaire de police et à qui, par la suite, on va reprocher d’avoir commis des violences sur ce même fonctionnaire de police. Donc ça, ce sont tout au moins les éléments que je peux vous dire. Après, vous avez vu les images, et la question se pose de savoir si le jeune homme a été noyé, c’est-à-dire s’il a eu la tête dans le cours d’eau. Et ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que nous, on a posé plainte à la demande de la famille de ce jeune homme parce qu’il est mineur, c’est un enfant au sens de la Convention sur les droits de l’enfant. C’est un enfant, puisque les enfants, c’est jusqu’à 18 ans. Il y a la question qui se pose de savoir si on peut considérer qu’un mineur est un enfant. Oui, c’est un enfant jusqu’à 18 ans. Eh bien, ce mineur, cet enfant, a déposé plainte, et on a déposé plainte pour tentative de meurtre. Pourquoi ? Tout simplement parce que, par deux fois, ce jeune homme se retrouve la tête dans l’eau et c’est le policier qui met sa tête dans l’eau alors qu’il essaye de le menotter et de l’interpeller. Par deux fois, de manière assez longue. Donc on a déposé plainte pour tentative de meurtre. Est-ce que l’intention aussi est présente ? Ça, on le verra dans le cadre de l’instruction qui va avoir lieu. Ça, c’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’il a été arrêté et que, depuis hier, il est en détention provisoire, malheureusement, pour la simple et bonne raison que la justice n’a pas pris en considération la violence qu’il a subie ce jour-là. En revanche, elle a considéré qu’il avait été responsable d’avoir donné des coups sur ce policier au sol avec d’autres personnes, et donc il a été placé en détention provisoire. Rappelons qu’il a 17 ans, qu’il n’a pas d’antécédent judiciaire, que c’est un lycéen exemplaire. Et donc on a vraiment une situation qui est effrayante parce que c’est un lycéen qui était devant son lycée pour une mobilisation sociale et qui, aujourd’hui, se retrouve tout simplement en prison. Et c’est assez effrayant.
Alors, tu as immédiatement réagi hier suite à la conférence de presse du procureur, car le procureur de la République, lui, a donné des détails en disant que le cours d’eau, dans sa profondeur la plus haute, ferait 19 centimètres et que, donc, il n’y a pas de possibilité de noyade. En tout cas, c’était ce qui était sous-entendu. Évidemment, les images des deux séquences sont extrêmement choquantes. La deuxième aussi, on en parlera peut-être tout à l’heure, mais restons sur cette interpellation absolument catastrophique. Qu’est-ce que tu réponds au procureur ? Tu l’as accusé de mensonge.
Je vous confirme que ce procureur de la République a menti, alors qu’il a fait une conférence de presse qui a duré pratiquement plus de 20 minutes. J’ai rarement vu des conférences de presse aussi longues pour des faits qui ne le nécessitaient pas. Je crois que j’ai entendu quelqu’un qui parle.
Oui, ne t’inquiète pas, ça doit être Emmanuel de Tours qui nous attend depuis un blocus à Tours. Mais nous terminons notre conversation, monsieur Arié. C’est une première aujourd’hui, on a six invités. On fait comme les grands, mais avec des petits moyens et beaucoup de cœur.
Donc, le procureur de la République considère que mon client n’a pas été… La question qui lui a été posée par les journalistes au moment de la conférence de presse : est-ce qu’il a eu la tête sous l’eau et est-ce qu’il a été noyé par le fonctionnaire de police ? Alors d’abord, la réalité, c’est qu’il ne répond pas vraiment à la question, si on regarde à nouveau bien la conférence de presse. Il refuse simplement de répondre à la question des journalistes, de savoir si mon client a eu la tête sous l’eau. Il va répondre de la manière suivante, de manière assez étrange : le cours d’eau ne fait que 19 centimètres. Et il va s’amuser à prendre une feuille de papier pour montrer la taille et la profondeur du cours d’eau. La réalité, et je vous le dis aujourd’hui, moi, de manière certaine et absolue, puisque j’ai eu accès au dossier, comme le procureur, c’est que mon client a bien confirmé qu’il avait eu la tête sous l’eau à deux reprises. Et je vous dis également que le fonctionnaire de police a confirmé que mon client avait bien eu la tête sous l’eau. Donc voilà pourquoi le procureur de la République a menti, un peu par omission, mais il a menti. Et il a également menti, c’est une deuxième raison pour laquelle j’ai dit qu’il avait menti, parce que j’étais un peu sidéré par cette situation, en disant qu’il n’avait pas eu connaissance d’une plainte pour tentative de meurtre. Il se trouve que j’avais sous les yeux la plainte avec la signature des services du parquet de Belfort. Et donc, dès le départ, évidemment, le procureur de la République, qui a été destinataire de cette plainte, a tout simplement essayé de nier, il a essayé tout simplement de détourner l’attention des journalistes dans le seul objectif de faire un exercice de communication visant à détourner la réalité des faits.
Est-ce que, peut-être dernière question, parce qu’il faut que tu ailles te coucher et que nous, nous continuons notre live, la scène qui suit, donc cette scène de ce policier roué de coups, qui a priori est intervenu seul, ce qui est normalement proscrit par tous les codes, etc., mais peu importe, comment tu expliques cet enchaînement des faits ? Est-ce que c’est lié à la scène précédente ? Puisque donc, je rappelle, ce policier amène celui qui va devenir ton client, qui a eu deux fois la tête sous l’eau, et là, à ce moment-là, des camarades viennent le libérer, on pourrait dire, du policier, et il y a des coups sur le policier qui sont portés, coups qui sont rarissimes.
Je ne peux pas m’exprimer sur des faits qu’on reproche à mon client. Il est actuellement en détention provisoire parce qu’on lui reproche ces faits. C’est difficile pour moi de m’exprimer là-dessus. Il a été auditionné en garde à vue alors même qu’il avait des difficultés d’expression orale en langue française, puisqu’il était russophone, qu’il avait également des difficultés de compréhension du français et qu’il n’avait pas d’interprète. C’est la raison pour laquelle je vais attendre de discuter avec lui de manière un peu plus approfondie avant de pouvoir m’exprimer clairement sur ce qu’il reconnaît ou ce qu’il ne reconnaît pas.
Et justement, dernier point, Arié, là, tu viens de nous donner des éléments extrêmement importants que j’ignorais. En revanche, nous savons tous de quelle origine il est puisque, complaisamment, la police a donné aux journalistes la nationalité de ce jeune homme. Qu’est-ce que ça t’inspire ? Et après, on te laisse. Le fait de préciser tout d’un coup qu’il n’est pas né en France, par exemple. Voilà, on va le dire comme ça.
Le fait d’indiquer l’extranéité, le fait qu’il soit étranger initialement au territoire français, qu’il n’ait pas la nationalité française, évidemment, ça essaye d’appuyer sur le fait que la délinquance, la criminalité ou des faits de violence qui peuvent être reprochés à des personnes devant les lycées sont attribués préférentiellement à des personnes qui ne seraient pas françaises ou qui ne seraient pas nées sur le territoire français. Donc, évidemment qu’il y a un petit côté discriminant ou raciste, on peut l’affirmer, parce qu’à partir du moment où on essaye spécifiquement d’appuyer là-dessus, alors qu’on a un lycéen, comme n’importe quel lycéen, qui est en lutte pour une mobilisation sociale qui est nécessaire et qui est réprimée avec une violence inouïe… Et rappelons que cette répression des lycéens… Ce sont des enfants et c’est absolument inadmissible. On n’a jamais vu autant de violence ou d’usage des armes, d’emploi de la violence. Franchement, ces instructions qui sont données par le gouvernement, puisque c’est le gouvernement qui autorise cette violence, et éventuellement la violence en réponse, parce que quand on commet des violences sur des jeunes, évidemment, on aboutit à des situations de violence qui sont absolument inadmissibles.
Merci maître. L’information est une mission et nous en sommes ses soldats. Nous devons continuer notre live. Merci beaucoup, vraiment du fond du cœur, d’avoir pris le temps, alors que c’est le milieu de la nuit pour toi, de venir nous donner ces informations extrêmement importantes pour mieux comprendre ce qui s’est passé à Belfort. À très bientôt, Arié.
Avec plaisir. Bonne fin de journée.
Nous allons aller directement à Tours. Bonjour, je crois que votre prénom, c’est Emmanuel, que je ne me trompe pas, ou Emma ? Emma, pardon. Bonjour Emma, comment ça va ?
Ça va très bien, et vous ?
Ah ben formidable, je suis très ravi de discuter avec vous. Emma, vous vous rendez au blocus de quel lycée à Tours ?
Alors là, les lycées sont tous fermés à Tours, enfin pour leur grande… mais pour la plupart. Donc on part du blocus de la fac pour aller faire un sitting sur les grosses avenues de la ville, pour essayer de bloquer la ville.
Vos revendications ?
Au départ, les revendications du mouvement lycéen, c’était, d’une part, d’avoir des moyens dans nos classes, pour avoir des profs qui seront remplacés quand ils sont absents, des classes moins surchargées, des emplois du temps moins surchargés, d’essayer d’avoir de bonnes conditions d’études. Ensuite, on était aussi en soutien à nos camarades d’Île-de-France, nous, en tant que lycée de province, pour leur dire que c’est normal qu’ils demandent des droits et que ce n’est pas normal qu’ils se fassent taper dessus par la police. Et nous, comme on a commencé le 29, donc on était aussi avec nos professeurs. Puis la mobilisation a pris de l’ampleur et donc, après, c’était purement lycéen. On demandait aussi une reconnaissance des violences policières qui ont été faites en Île-de-France, mais aussi, nous, aux abords de notre lycée, parce qu’on a un camarade, Maël, qui a perdu son œil. Et la presse a commencé par dire qu’il s’était cogné contre un horodateur. Est-ce qu’on pourrait arrêter de se foutre de la gueule du monde ? Nous, ça nous arrangerait. Donc voilà, on était un peu là pour ça. Et maintenant, on a vraiment l’impression que la mobilisation, elle prend plus d’ampleur et qu’il faut aller au-delà des revendications purement lycéennes et parler vraiment de ce qui nous impacte, nous, dans notre vraie vie en tant que jeunesse, mais pas que. On demande l’abrogation, par exemple, du permis de tuer, ça, ça fait partie de nos revendications, et plus largement une meilleure reconnaissance de la jeunesse en soi et aussi de ce qu’elle demande au niveau de l’écologie, parce qu’on a vraiment l’impression que le monde s’en fout, mais qu’il n’y a que la jeunesse qui a vraiment un… Je ne sais pas comment dire, mais un avis et une préoccupation sur ce qui se passe au niveau du réchauffement climatique, et ça, ça nous inquiète beaucoup.
Le tchat est avec vous, vous envoie des cœurs, vous remercie. Vous êtes bien à Au Poste, ne vous inquiétez pas. J’aimerais effectivement qu’on revienne, si vous le voulez bien, sur Maël, dont nous avons peut-être tous vu certaines images juste après le tir de LBD. C’est aujourd’hui sûr, il a perdu son œil. Je crois qu’il faisait partie du lycée Balzac, à Tours. Est-ce votre établissement également ou pas ?
Alors moi, je suis élève au lycée Balzac, mais lui, il ne l’était pas. Il était dans un autre lycée de la ville, mais il était aux abords de Balzac pour manifester avec nous et nous soutenir.
D’accord. Est-ce que vous avez de ses nouvelles ?
Non. On sait que son état s’est quand même stabilisé parce qu’au début, le pronostic vital était engagé. Son état s’est stabilisé, mais, comme vous avez dit, il a perdu son œil. J’ai essayé, hier, de rentrer en contact avec ses proches, mais ils n’ont pas souhaité répondre.
D’accord. Alors, je reviens sur la mobilisation et je remercie Sebastian Roché, qui est en régie, pour sa patience. Comment ça démarre à Tours ? Qui dit : « Allez hop, on bloque ! » ?
À Tours, ça vient de plusieurs lycées qui sont historiquement, entre guillemets, militants. Donc ça vient de Balzac, mais aussi d’un autre lycée, Paul-Louis-Courier, et où tout le monde, comme c’est une mobilisation nationale, on décide de prendre part au mouvement. Et en fait, ça se passe globalement bien, mais on décide de reconduire le mouvement, surtout en soutien à nos camarades lycéens de la France entière, parce qu’on sait que notre génération, on peut vraiment faire les choses bien, et ce n’est pas en un seul jour de blocus qu’on va se faire entendre. Donc on a reconduit la mobilisation et, petit à petit, tous les lycées de la ville nous ont aidés. Après, notre lycée à nous, il a fermé, donc on est allés aider les autres lycées, et c’est un peu comme ça que ça se passe.
J’ai trouvé une photo que je suis en train de mettre de votre lycée, le lycée Balzac, parce que le portail a brûlé, c’est bien ça ? C’est ça. Et donc, qu’est-ce que vous dites de ça ? Je vous laisse, je n’ai pas besoin de vous poser de questions. Nous, ce qui nous importe, c’est d’avoir votre point de vue, votre avis.
Ce n’est pas le meilleur symbole à envoyer. Je ne suis pas contre le feu et la violence en soi. Je dirais plus que brûler un lycée, quand nos revendications, c’est d’avoir de meilleures conditions d’études et de meilleurs moyens, ce n’est peut-être pas le plus intelligent. J’aurais tendance à dire que, quitte à aller brûler, autant aller brûler ce contre quoi on se bat vraiment, c’est-à-dire les symboles du capitalisme. Mais brûler un lycée, ce n’est peut-être pas le moyen le plus malin. Après, moi, cette colère dont découle la violence, je la trouve totalement légitime et je ne la criminalise pas du tout, et je ne me désolidarise pas de cette violence-là.
Qu’est-ce que vous répondez au bruit médiatique qui ne parle que de ça, qui énumère les millions qu’il va falloir dépenser, oubliant les milliards qui ne le sont plus ? Qu’est-ce que vous pensez quand vous êtes là, sur un blocus, ou là, en train de marcher dans Tours à la recherche de vos camarades ? Qu’est-ce que vous pensez de ce que l’on dit de votre mouvement ?
On a toujours, sur tous les mouvements, il y a des gens qui ne sont pas d’accord, qui trouvent qu’on est trop violents, etc. Par contre, dans l’histoire de France, jamais on a eu nos droits en demandant. Je veux dire, les suffragettes, elles n’ont pas toqué pour dire : « Bah, s’il vous plaît, on veut le droit de vote. » Elles ont fait exploser des trucs. Donc, pour moi, cette violence-là, elle est normale et on ne va pas juste demander nos droits. Il faut qu’on les arrache, il faut qu’on les prenne. C’est les droits du peuple, donc il faut qu’ils soient pris par le peuple. Et si ça se prend par la violence, c’est ainsi. C’est comme ça.
Je reviens juste au tout début, l’étincelle. Comment vous êtes au courant qu’il se passe des choses à Créteil et que vous vous dites : en fait, ça nous parle, nous aussi on vit la même chose, nous on est dans des classes surchargées, nous on a des amplitudes horaires infernales, etc., etc. ? C’est quoi ? C’est un coup de fil ? C’est un Insta ? C’est un Snap ?
Nous, honnêtement, on décide de prendre part à la mobilisation en soutien et parce que la mobilisation du 29, elle est nationale. Mais on reste un lycée de centre-ville, un lycée bourgeois où on a beaucoup moins de problèmes que dans les banlieues parisiennes et on est beaucoup moins délaissés que dans la banlieue parisienne. Donc on est surtout là en soutien aux camarades. Et à Créteil, nous, on est au courant à travers les médias. Encore une fois, quand ils essayent de faire des blocus spécifiquement, on ne les entend pas, on n’a pas de… Enfin, ce n’est pas médiatisé. Il suffit qu’ils fassent cramer des poubelles et que la police intervienne pour qu’on se fasse écouter. Et s’il faut faire venir la police pour qu’on soit médiatisés, on fera venir la police, et puis c’est tout.
Merci beaucoup, Emma. Émile Cheval dit : « Punaise, mais moi, à son âge, je n’aurais jamais pu avoir ce discours, quelle maturité ! » Dernière question, après je vous laisse vaquer à vos révoltes. Il y a un acte 3 qui est annoncé demain. Est-ce que vous allez vous réunir, là, aujourd’hui ? Est-ce que vous en parlez ? Qu’est-ce que vous préparez ?
Alors là, l’idée de bloquer les axes de la ville, c’est une initiative lycéenne, donc on va se retrouver entre lycées. Peut-être qu’à ce moment-là, on fera une AG pour voir ce qui se décidera demain. Ce qui est sûr, c’est que les lycées sont tous encore fermés demain, qu’on prendra part à la manifestation, que les syndicats qui seront à cette manifestation, ils seront là en notre soutien, et que nous devons être le cortège de tête puisque nous sommes le cœur de cette mobilisation et de cette révolte. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne lâchera rien et, même si on doit aller plus loin que mardi, on ira plus loin que mardi et puis c’est comme ça jusqu’à ce qu’on nous entende et jusqu’à ce qu’on nous accorde nos droits.
En tout cas, merci beaucoup à vous, Emma, d’avoir pris le temps de nous parler et de nous offrir ce lever de soleil sur Tours, parce que c’est fou comme, en quelques minutes, on est passé du chat et nous, un petit bleu. Dernier point quand même, puisque vous dites, et après je passe la parole à Sebastian Roché, chercheur au CNRS, puisque vous dites : « Nous sommes au cœur du mouvement. » Que répondez-vous aux insinuations, voire aux accusations du Premier ministre disant que vous êtes manipulés par LFI et ses proxys d’extrême gauche ?
J’aurais tendance à dire au ministre d’arrêter cette fixette sur LFI. On sent bien que notre mouvement, bien qu’il soit très orienté à gauche, il est totalement apartisan. Il n’y a aucun parti qui est mis en avant. Nous, on est là pour nos droits. Et malheureusement, si nos droits sont défendus par des partis comme La France insoumise et d’autres partis de gauche, comme Révolution permanente et le NPA, qu’on a vus aussi sur nos actions, eh bah c’est comme ça. Moi, je pense que surtout, le ministre, il faudrait qu’il se demande pourquoi est-ce que, quand on demande des droits, ce n’est pas lui qui nous soutient et c’est les autres.
Génial. Merci, merci Emma. Merci beaucoup pour votre réponse. Voilà, c’était chouette. Merci beaucoup. Bon courage, et puis peut-être qu’on vous rappellera dans les jours qui viennent en fonction de l’évolution des événements.
Bonne journée à vous, à très bientôt.
Merci, vous aussi, bon courage. Merci. Sebastian, ça va être à toi dans quelques instants. Sebastian Roché. Oh la vache, on n’a jamais fait un truc pareil. Bonjour Sebastian, comment vas-tu ?
Bonjour. Ça fonctionne correctement ? En régie, le son tourne bien ?
Ah si, tu sais, maintenant, on est depuis… Depuis la première émission d’Au Poste, il y a maintenant cinq ans, dont tu étais le premier invité, eh bien, on a fait des progrès. Mais si tu savais, absolument incroyable. Bonjour Sebastian. Je rappelle que tu es l’auteur, entre autres, du livre La Police contre la rue, qui prend particulièrement, singulièrement son sens aujourd’hui. On va montrer la couverture dans quelques instants. Tu es directeur de recherche au CNRS. Première question extrêmement ouverte : toi qui étudies la police depuis 20, 30 ans maintenant, quelle analyse de premier plan tu ferais, là, sur ce qui se passe ?
En tant que citoyen, je suis catastrophé, évidemment. Quand on voit la violence, le fait que des policiers utilisent des armes à feu sublétales pour tirer sur des enfants, juridiquement, des adolescents dans le langage commun, c’est terrifiant. Et quand on voit que le ministre dit : « Mais c’est très bien, on ne va rien changer », là, c’est accablant. C’est accablant moralement. En tant que sociologue, en tant que politiste, ce que je vois, c’est qu’il y a une réorganisation du maintien de l’ordre qui a été faite, qui débouche sur ce qu’on est en train de voir actuellement. Là, il y a un mécanisme de protestation qui se met en place, avec un certain nombre de heurts qui sont associés à cette protestation, et en face, on a un dispositif que je résume en utilisant la phrase de Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID et député macroniste de la première heure : « Il faut oublier Malik Oussekine. » C’est-à-dire qu’on n’a plus besoin aujourd’hui, il faut vraiment ne pas penser aux dommages, aux blessures et aux morts que la police peut causer. C’est une mauvaise idée, donc, de penser aux conséquences les plus graves de l’action policière. Il faut s’abstraire de toute conséquence. Il faut faire de la police sans réfléchir à ce qu’on va causer comme souffrance dans la population. Bon, et ça, c’est pas moi qui l’ai dit. C’est une phrase d’un député macroniste. Donc ça résume bien ce qui s’est produit. D’abord, la mise en avant… En fait, la bonne police, c’est la police qui fait beaucoup d’interpellations. La bonne police n’est pas la police qui rétablit la paix sociale. Le ministre, quand il vient à la télévision, il ne dit pas : « Regardez, nous avons réussi à apaiser la situation. Le dialogue est en cours maintenant à travers les préfets, les élus locaux. » Non, non, il dit : « On a fait beaucoup d’interpellations. » Donc la bonne police, c’est la police qui utilise beaucoup de moyens et qui va aller chercher beaucoup de personnes pour les interpeller, même si on va être obligé de les relâcher parce qu’on pourra rien retenir contre elles dans 80 % des cas. Mais c’est une police d’intimidation par le volume, par le nombre des interpellations, c’est-à-dire des arrestations. On vous emmène au poste et puis on va vous mettre en examen dans une partie des cas. Les interpellations, elles ne sont pas faites par rapport au nombre de manifestants ou aux incidents. Les interpellations, il faut voir ça, c’est une chaîne de production. Pour faire des interpellations, il faut avoir suffisamment d’agents. Il faut avoir des lieux de stockage des gens qu’on a interpellés. Il faut avoir des moyens pour les transporter jusqu’aux postes de police. Puis là, il faut avoir des OPJ, des officiers de police judiciaire, qui vont rassembler des éléments pour mettre en examen la personne, pour l’envoyer jusqu’au tribunal. Donc, en fait, c’est une chaîne logistique et le dimensionnement, ce qu’on voit, les 5 000 interpellations, ce n’est pas le résultat des troubles, c’est le résultat d’une façon de programmer et de structurer l’action de la police. J’ai vu ta main qui se levait.
Je voulais juste préciser, effectivement, ces chiffres de Laurent Nuñez, vendredi, qui annonçait, d’une certaine manière assez fièrement, 1 747 interpellations et plus de 5 000 dans toute la semaine. Ces chiffres qui écrasent toute discussion puisqu’ils sont répétés à l’envi sur les chaînes d’info. Et là, tu viens de nous expliquer, en fait, à quoi servaient ces chiffres et comment ils arrivaient. Le même Laurent Nuñez a déclaré : « Aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement intermédiaire à disposition » a été donnée. Qu’est-ce que toi, le chercheur en police depuis très longtemps, depuis une trentaine d’années, et notamment sur la question du maintien de l’ordre, comment tu comprends cette phrase ?
Il y a trois grands éléments dans la réponse. Le premier, c’est ce que je viens de dire sur les interpellations. Le deuxième, c’est celui des armes, avec l’utilisation des LBD et des grenades explosives. Alors, les pays européens, dans leur très grande majorité, n’utilisent pas des LBD ou des grenades explosives pour des raisons que maintenant, je crois, tout le monde connaît. C’est que ça provoque des mutilations et, dans certains cas, des décès, comme à Marseille lors des émeutes qui ont suivi la mort de Nahel. Donc ce sont des armes à feu. Le ministère les appelle des armes intermédiaires, mais ce sont des armes qui sont sublétales ou à létalité réduite parce qu’elles ne tuent pas à chaque fois. Donc il y a un risque de mort, mais évidemment, on est surtout mutilé lorsqu’on est touché sur le visage, par exemple. Et cet emploi est complètement dérogatoire des pratiques observées par les démocraties approfondies. Tous les pays qui sont des démocraties depuis 1945, après la chute du nazisme, la victoire des Alliés, si on prend l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Danemark, que sais-je, l’Italie, ils ne vont pas utiliser ces armes-là. Il y a certains pays qui les ont utilisées, c’étaient les jeunes démocraties, entre guillemets. Pourquoi ? C’étaient des régimes autoritaires, comme l’Espagne de Franco, la Grèce des colonels, ou un certain nombre de pays postcommunistes, comme la Pologne ou l’Espagne, qui continuent à les utiliser. Mais dans les démocraties approfondies, personne ne les utilise. Mais ce qui est frappant, c’est que lorsqu’elles sont utilisées, d’habitude, on a des instructions de retenue du ministre. Alors je vais donner des exemples concrets. En 2010, la plus grosse manifestation contre la réforme des retraites avec celle de 2023. C’est les deux plus grandes mobilisations de l’histoire contemporaine de la France contre les retraites, avec une partie lycéenne. Un jeune est touché par un tir de LBD en 2010. C’est Nicolas Sarkozy, président de la République, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur. Donc ce ne sont pas de dangereux gauchistes. Ce que fait Brice Hortefeux, c’est qu’il envoie immédiatement un télégramme aux préfets pour dire : « Suspension de l’usage du LBD. » C’était une victime, le ministre dit : « Ce n’est pas la bonne méthode, on va rester fermes, mais plus de LBD. » 2016, Nuit debout. Bon, là, M. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur sous le mandat de François Hollande, il n’y a pas de mutilation enregistrée, mais il y a des blessures graves. Ce qu’il fait, et il fait le service, on va dire, minimum du minimum, Cazeneuve, c’est de dire : « Rappel par les préfets de la déontologie, de l’usage de la force à tous les policiers et gendarmes en opération. » Et là, maintenant, 2026, Laurent Nuñez aux commandes, on n’a pas de suspension. Au contraire, il nous dit : « Non, non, on va donner aucune consigne de modération. » C’est évidemment par rapport au fait que Macron n’ait pas de majorité, que le Rassemblement national est indispensable à Macron pour passer des textes de loi dans la foulée. Et Laurent Nuñez ne fait même pas de rappel de la déontologie, même pas ça. Le minimum du minimum n’est même plus fait. Voilà la transformation du rapport aux armes. Et peut-être d’une phrase, j’ai essayé de résumer ça : c’est que les armes, en maintien de l’ordre, sont devenues le pivot du mode d’action de la police. C’est-à-dire qu’on est passé d’une situation où on disait : « Il ne faut pas faire de victimes », à une situation où, en fait, les policiers disent : « On ne sait pas faire notre travail sans envoyer des grenades sur les gens et sans leur tirer dessus au LBD. » C’est la revendication des syndicats Unité, qui disent au ministre : « Laissez-nous utiliser toutes nos armes. »
Il y avait un autre fondement du maintien de l’ordre qui était de dire : il faut accepter un peu de désordre si la réponse risque d’engendrer encore plus de désordre. Ce qui est le cas là, manifestement. Comment tu comprends aussi ce changement-là ? Et surtout, selon toi, quel est l’intérêt politique de demander aux fonctionnaires de police d’agir de la sorte ? Ou de les laisser agir de la sorte, ce qui revient à peu près au même. C’est quoi, l’intérêt politique ?
L’intérêt politique, il est assez simple à comprendre. C’est-à-dire que ce que le ministre de l’Intérieur et le président de la République parce que le ministre fait ce que le président lui dit. Un ministre de l’Intérieur a une autonomie tout à fait réduite. Il se présente comme chef à plumes à la télé, mais en réalité, c’est le président, en France, qui va trancher. Le principal problème que pourrait rencontrer ce gouvernement, c’est d’avoir des protestations policières. Parce qu’on est à un an des élections présidentielles et que la doctrine d’Emmanuel Macron, c’est l’ordre, l’ordre, l’ordre. Ce n’est pas solidarité, solidarité, solidarité, justice, justice, ou liberté, liberté, liberté. C’est l’ordre, l’ordre, l’ordre. Bon, voilà. Donc il a les mains complètement liées. Il ne peut pas se permettre, ou très difficilement se permettre, à la marge, que les syndicats majoritaires de police se mettent en ordre de marche pour protester. Donc il est obligé de donner des gages. Donc on a une police qui est aujourd’hui peu dirigée, voire pas dirigée, par l’autorité politique. L’autorité politique, elle reflète les préférences des organisations professionnelles majoritaires. Donc les alliances, Unité, disent : « Nous, on veut pouvoir tirer sur les jeunes au LBD tranquillement. » Évidemment, dans le respect des règles, de la loi, etc., ça va sans dire. Donc ils demandent à pouvoir utiliser ces armes et le ministre ne peut pas dire non. Il n’a pas la force politique de dire non. Et politiquement, au sens électoral, oui, le calendrier électoral fait qu’aujourd’hui la droite a fondu, la gauche est éclatée, il n’y a plus de parti macroniste quasiment, et donc, pour espérer exister à l’élection présidentielle, le positionnement qu’a choisi Emmanuel Macron pour le bloc central, c’est un positionnement extrêmement radical.
Est-ce que tu penses que le fait qu’il y ait un vote massif dans les rangs de la police, un vote massif RN, a quelque chose à voir avec ce qu’on est en train d’observer ?
Je ne pense pas, parce qu’on a vu que ce qui compte, c’est les instructions du ministre. Quand le ministre dit : « Vous avez affaire à des écoterroristes », les compagnies de gendarmerie sortent les lance-grenades Cougar et tirent en tir tendu sur les manifestants, sortent des quads, mettent dessus des gendarmes avec des LBD et tirent sur les manifestants. C’était le cas à Sainte-Soline. Si le ministre dit : « Les manifestants sont des patriotes », c’était le cas pour Gérald Darmanin face aux agriculteurs en 2024, il dit : « Ah, les agriculteurs sont des patriotes. Ah bah, ils ont bloqué l’autoroute, mais ça, ça compte pas vraiment comme désordre. Ah oui, oui, ils ont pillé un supermarché ou lancé du lisier sur un supermarché, brûlé devant une préfecture, la grille, mais ça, ça compte pas, ce sont des patriotes. » Donc, si le ministre dit ça, à ce moment-là, l’administration va se mettre en route et les policiers vont accompagner les cortèges d’agriculteurs, ce qui est d’ailleurs la bonne méthode. C’est exactement ce qu’ils devraient faire pour les lycéens. Ils devraient accompagner les différents cortèges, permettre d’exprimer les protestations et faire ce que l’on appelle de la désescalade, ce qu’ils ont su faire avec les agriculteurs. C’est ça qui est le plus frappant, c’est la partialité du ministre. Le ministre, normalement, est le chef d’une administration impartiale et, en fait, comme il est aussi l’homme d’un parti, c’est un chef de parti, ce qui va colorer ses décisions, c’est son engagement partisan. Ce n’est pas le service, mettre en œuvre les textes de loi, le service de l’intérêt général, c’est vraiment l’intérêt partisan. En France, la police, elle est collée, complètement collée au système partisan, c’est-à-dire que c’est le ministre qui est le chef de la police. En fait, il n’y a pas de directeur général de la police ni de directeur général de la gendarmerie en France. C’est des sous-directeurs. Le directeur général de la police, c’est le ministre de l’Intérieur. Il y a des pays qui ont installé des systèmes pour qu’il y ait plus de distance entre le chef politique et le chef de l’administration. Mais chez nous, on n’a pas de distance. Donc c’est vraiment les instructions politiques qui commandent l’action de la police. C’est pour ça qu’aujourd’hui, ce qu’on voit, c’est complètement le résultat d’une stratégie politique.
Par exemple, dans quels pays on met en place ces pratiques ?
Il y a des pays qui reconnaissent, quasiment au niveau constitutionnel, les Anglais n’ont pas de Constitution au sens où on l’entend, ou les Canadiens, ils reconnaissent ce qu’on appelle l’autonomie opérationnelle. C’est-à-dire que le ministre fixe ses objectifs. Il dit : « Rétablissez la tranquillité, il ne doit pas y avoir de désordre dans la rue. » Et à ce moment-là, les chefs de police vont choisir les moyens. Donc ils ne sont pas obligés d’utiliser les modes d’action que demande le ministre. D’ailleurs, il ne les demande même pas. Bon, si on va à Sainte-Soline, qu’est-ce que fait le cabinet de Darmanin ? Il va jusqu’à désigner les unités, le nombre d’unités, le type d’unités qui vont être déployées. Donc, en fait, c’est d’abord une décision politique. Il y a de la politique dans la police au Royaume-Uni, bien sûr, et au Québec, faut pas être naïf, mais il y a des mécanismes d’atténuation de l’effet direct. C’est le cas aussi de la police d’Irlande du Nord. En Irlande du Nord, il y avait une guerre civile pendant 30 ans. Ils ont trouvé une forme de paix politique et il était crucial que la police apparaisse impartiale. Donc ils ont créé un mécanisme intermédiaire entre le ministre et le chef de la police. Ce sont des choses qu’il est possible de faire.
Alors, le chef de la police, très rapidement, mon cher Sebastian, parce qu’il y a du monde qui attend en coulisses. Tu as été interviewé par 20 Minutes ce week-end à propos du RIO. En deux phrases, quel est le problème du non-port du RIO ? Est-ce que c’est, par exemple, le fait que le ministre de l’Intérieur ne fasse pas appliquer la loi, en l’espèce ? Que chaque policier soit identifiable, sauf services spéciaux, mais en tout cas pas le maintien de l’ordre, soit identifiable afin de pouvoir rendre des comptes aux citoyens puisqu’il agit au nom des citoyens. Quel est, pour toi, le problème numéro un avec le fait que ce port du RIO n’est quasiment pas respecté en France ?
Le non-port du RIO, c’est le signal de la faillite d’un système. C’est-à-dire que les plus hautes juridictions disent qu’il faut porter le RIO. Le Conseil d’État dit qu’il faut porter le RIO. Il répète qu’il faut porter le RIO et c’est une obligation, et le ministre ne le fait pas mettre en œuvre. Le système de contrôle, il n’y a pas de rapport de l’IGPN sur le port du RIO. Le système de contrôle, d’audit, pas dans la fonction d’enquête sur les comportements individuels, mais d’audit, ne fonctionne pas. L’encadrement intermédiaire ne fait pas porter le RIO. Et les agents n’adhèrent pas à l’éthique policière. Les règles de l’éthique consistent à porter avec soi et à être reconnaissable de la population, et ils n’y adhèrent donc pas. Le problème fondamental, c’est que si on n’est pas individuellement identifié, il ne peut pas y avoir de mécanisme de recherche de la responsabilité individuelle. Or, le principe fondamental pour les organisations, c’est la redevabilité. C’est dans la Déclaration des droits de l’homme, c’est dans notre bloc constitutionnel et, au plan pénal, le principe clé qui conduit toute l’action pénale, c’est la recherche de la responsabilité individuelle. Donc, en n’ayant pas de RIO, on entrave, on n’empêche pas à 100 %, mais on entrave très gravement le principe de redevabilité individuelle d’une organisation publique qui est financée par nos impôts.
Merci beaucoup, Sebastian. Je vais donner la parole à Nathalie Tehio, la présidente de la LDH. On aurait pu parler avec toi, Sebastian, également de l’utilisation massive, intensive des drones concernant la répression des lycéens. On aurait pu parler du projet de loi casseur-payeur, mais ce sera l’occasion d’une autre convocation à Au Poste. Merci beaucoup. Et j’ai l’impression que tu as fait un petit peu de ménage dans cette pièce. Il me semblait qu’avant, quand tu faisais des vidéos, c’était le bordel autour de toi, et là, c’est très propre.
C’est parce que je suis dans une chambre d’hôtel ! C’est pour ça ! J’avais fait le ménage dans ma tête, pour ça, ce n’est pas encore fait. Mais effectivement, dans la chambre d’hôtel, c’est plus sobre !
Merci beaucoup. Bonne journée à toi, Sebastian. Merci beaucoup d’avoir accepté de venir dès potron-minet à Au Poste. À très, très, très vite. Je vais faire venir Nathalie. Bonjour Nathalie.
Bonjour David.
Ah, c’est toujours impeccable chez toi. Bonjour Nathalie. Je rappelle que tu es avocate de profession, que tu es la présidente de la Ligue des droits de l’Homme depuis le congrès de Bordeaux en mai 2024. Dans maintenant deux heures et une minute, vous allez recevoir, à la Ligue des droits de l’Homme, dans votre petit local du 18e arrondissement de Paris, enfin, pas si petit que ça, mais pas luxueux par contre, vous allez recevoir dix organisations de la société civile, car vous êtes, comme nous, consternés par la répression et la réponse politique qui est donnée aux révoltes lycéennes.
Oui, c’est une évidence. Tous ceux qui voient la répression il y a déjà des personnes qui ont été gravement blessées. Il y en a un, un jeune, qui a perdu un œil. Il y en a d’autres qui ont eu une mâchoire fracturée par des armes. Donc n’importe qui, de toute façon, ne peut être que révolté par le fait qu’on utilise des armes sublétales, des armes de guerre contre des jeunes, sachant, en plus, que pour nous qui défendons les droits de l’Homme, eh bien, on a la violation complète des conventions internationales, c’est-à-dire le fait que la France ne respecte pas ses engagements internationaux. Je pense à la Convention internationale des droits de l’enfant, la CIDE, qui est de l’ONU, mais je pense aussi à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Bref, on a vraiment la violation, de toute façon, de tout ce qui est engagement de la France. D’un côté, Emmanuel Macron va à l’ONU pour dire que le droit international est extrêmement important et que c’est là où il faut que la France joue son rôle dans le fait de faire respecter la démocratie et l’État de droit, et donc de respecter le droit international, et puis, de l’autre, en interne, il n’y a aucun respect de ce droit international puisqu’on utilise ce type d’armes, alors même qu’au départ, il s’agissait de la liberté d’expression et de réunion pacifique. Au départ, c’est cela. Et au lieu d’avoir une réponse politique et d’encourager, justement, le fait que des jeunes s’emparent, deviennent des citoyens et des citoyennes, au lieu de ça, on leur envoie la police pour les… pour les empêcher, au départ, de manifester et d’exprimer leurs opinions.
Alors, à 10 heures, vous allez recevoir la CGT, la FAGE, la FCPE, la FSU, alors le SNPES-PJJ-FSU, le Syndicat des avocats de France, l’UNEF, l’Union syndicale Solidaires. Alors évidemment, tu ne peux pas nous donner les actions que vous allez annoncer tout à l’heure. Tu gardes la primeur à BFM, bon ben, je comprends très bien. Mais quand même, peux-tu nous donner une petite tonalité des actions que vous entendez mener et annoncer tout à l’heure ?
De toute façon, il y a déjà une action qui a été inscrite dans le communiqué de presse que nous avions fait paraître il y a quelques jours, et qui est le fait que l’on veut centraliser les recueils de témoignages pour saisir le Défenseur des droits, et je dirais au-delà même du Défenseur des droits. Donc déjà, il y a ça qui est public, donc bien sûr que je peux l’annoncer. Le reste, évidemment, je laisse la primeur à la conférence de presse. Mais déjà, ce qui est important, c’est aussi de voir qu’on est nombreux à être réunis. Enfin, il faut savoir que cette conférence de presse, on l’a organisée vraiment… c’était vendredi. Donc, d’avoir réussi à faire qu’on soit tous là, ça veut dire à quel point nous sommes tous inquiets. Les parents, par exemple, à travers la FCPE, bien sûr, les jeunes eux-mêmes, puisqu’il a été cité les lycéens, les lycéennes, mais normalement, il y a aussi un autre groupe. Mais aussi les étudiants, puisque maintenant ça s’étend aussi au monde étudiant et qu’on voit bien la pression qui est faite également sur les universités pour qu’elles ferment, pour qu’elles soient également dans une forme de pression sur les étudiants.
On ne le voit pas parce que la lumière fait qu’on ne voit pas ton badge, mais je crois que c’est un gros badge LDH. Dans le tchat, on nous dit d’ailleurs que… Voilà, là, on le voit mieux. Comment la LDH voit les choses depuis une dizaine d’années ? Là, est-ce qu’on assiste, d’après toi, à quelque chose de différent de ce qui était mis en place depuis maintenant une dizaine d’années ? Ou est-ce qu’on a franchi une étape ?
Là, ce qui se passe… On a déjà eu un maintien de l’ordre qui est de plus en plus dangereux. Rien que le terme « maintien de l’ordre » et le fait que ce soit tout le temps pour l’ordre, et que le ministre le rappelle, que finalement le but, c’est l’ordre. En fait, une manifestation, c’est en soi du désordre, parce que le fait de s’exprimer collectivement dans la rue, dans l’espace public, c’est en soi du désordre, quand bien même c’est parfaitement pacifique. C’est ce que dit d’ailleurs la Convention européenne des droits de l’Homme, c’est qu’il faut supporter un peu de désordre, y compris allant au-delà de la simple expression du public. Par exemple, un simple feu de poubelle, c’est du désordre, mais acceptable, parce qu’il faut un petit peu laisser s’écouler la colère de la foule. Tout ça, on a vu s’installer, tu as raison, depuis une dizaine d’années. On a vu s’installer un maintien de l’ordre qui est de plus en plus brutal. Ça, on est d’accord. Mais là, ce qui se passe, c’est qu’en plus de cela, il y a désormais ce qu’on appelle le GOVU, le Guide opérationnel des violences urbaines, que nous avons attaqué en justice devant le Conseil d’État. Mais le problème, c’est une instruction ministérielle. Et cette instruction, elle est un peu floue, et je pense que c’est volontaire, parce que lorsqu’on a un encadrement qui est strict de la police et un encadrement des armes, eh bien, justement, ça impose aux policiers plus de restrictions, plus de retenue dans leur façon d’agir. Alors que là, pourquoi, alors qu’on a déjà un Schéma national du maintien de l’ordre, pourquoi il a fallu faire un GOVU, donc le Guide opérationnel des violences urbaines ? Eh bien, c’était l’idée qu’on va encore faire moins de retenue. C’est ça, l’idée. Mais comme c’est très flou, très impalpable, le Conseil d’État nous a retoqués. Mais on en voit les conséquences, là, aujourd’hui. Je rappelle qu’il s’agit de jeunes et de jeunes mineurs. Ça signifie que la CIDE, la Convention des droits de l’enfant de l’ONU, devrait s’appliquer, et qui réclame une protection particulière. Là, c’est tout l’inverse qui est en train de se passer et le ministre ne cesse de parler de violences urbaines. Donc là, on est sur le fait qu’on a vu sortir des armes de guerre, mais au sens pas traditionnel du maintien de l’ordre, au sens des armes à feu. On a vu des armes à feu pointées, et ça ne signifie pas que forcément on les utilise, mais normalement, les armes à feu sont interdites lorsqu’il s’agit de maintien de l’ordre. Donc là, on voit qu’il y a toute une dérive vers encore moins de retenue, et le fait qu’il y ait autant de gaz lacrymogènes utilisés… Quand on songe que lorsqu’on est en guerre, eh bien, on reproche aux soldats d’utiliser des gaz lacrymogènes, on leur reproche parce que c’est interdit par les conventions internationales.
Alors, tu l’as dit fort honnêtement, le Conseil d’État vous a retoqués. Je crois que c’était le 7 juillet, c’était cet été, a retoqué votre requête. Sur quelle base ? Qu’est-ce qu’il vous a dit, le Conseil d’État ?
C’est le problème de ce qu’on attaquait, c’est-à-dire que la notion de violence était floue et que, du coup, ça permettait de s’affranchir du Schéma national du maintien de l’ordre, qui est quand même plus restrictif dans l’emploi des armes, puisque, comme je le disais, il y a aussi cette question de quel type d’armes on utilise, mais aussi des unités qui peuvent être déployées. Et moi, ça me fait peur aussi. Ce n’est pas encore le cas, mais il est question, dans ce GOVU, de pouvoir utiliser le RAID, etc. Mais on le voit, qu’il y a toute une dérive. Et c’est là le problème aussi de l’État de droit. L’État de droit, c’est le fait que l’État se soumet lui-même au droit. Et là, tout ce qu’on voit, c’est que l’État ne se soumet plus au droit, ou en tout cas pas de façon stricte, alors même qu’il réclame des jeunes qu’ils respectent l’autorité, qu’ils respectent l’ordre, mais lui-même, il ne le respecte plus. Et c’est le fait que ce ne soit pas parfaitement défini, la violence, etc. Le Conseil d’État, lui, n’y a pas vu de problème en disant que, finalement, ça s’articule avec le SNMO.
Le Schéma national du maintien de l’ordre.
Oui, c’est ça. Lorsqu’il y a beaucoup de violence, il faut parfois passer sur autre chose. C’est là tout le problème, c’est de se dire qu’on va cibler les jeunes comme si c’étaient des ennemis. Et donc les ennemis, normalement, on parle de ça quand on est en guerre contre un autre État, et donc vis-à-vis également, pas de la population de l’autre État, mais vis-à-vis de ceux qui sont armés, des soldats. Et là, on voit qu’on est en train de basculer. C’est du concret, mais lorsqu’on le fait de façon abstraite devant le Conseil d’ État, ce n’est pas démontrable. C’est ça, le problème. Et quand je dis qu’on bascule aussi sur le fait que… Là, on voit bien, les instructions qui sont données, c’est un peu un chèque en gris. C’est-à-dire, on ne dit pas aux policiers : « On vous couvre à tout prix », mais on leur dit : « Bon, vous pouvez y aller, on va pas être trop regardants. » Et ça, c’est un chèque en gris. C’est contraire à l’État de droit, qui doit, au contraire, vraiment être très, très précis dans l’emploi des armes. Mais c’est également certains établissements qui ont déclenché la procédure d’alerte attentat, c’est-à-dire en mettant en confinement les élèves dans le lycée et en fermant les classes, et parfois même dans le noir. On est sur une procédure qui ne doit être normalement utilisée qu’en matière de terrorisme et qu’on utilise maintenant simplement parce qu’il y a des manifestations.
Je rappelle que, avant d’être la présidente de la LDH, je t’ai connue en tant que patronne des observatoires. Oui, la boss, référente, c’est ça, la référente des observatoires, comment vous les appelez ? Des violences policières ? Non, des pratiques policières. Et donc, tu es devenue présidente. Est-ce que ça veut dire, si c’est le cas, ça en dirait long sur l’époque, que pour la Ligue des droits de l’Homme, la question des violences policières, des pratiques policières est devenue centrale dans la panoplie d’actions que vous avez menées depuis l’affaire Dreyfus, puisque vous êtes nés, je le rappelle toujours, dans le sillage de l’affaire Dreyfus ?
Oui, mais dans l’affaire Dreyfus, c’était déjà la lutte contre l’arbitraire de l’État. Et donc là, à l’époque, c’était l’arbitraire lié à la justice. Mais c’est toujours le cas quand on voit que nombre d’interpellations sont souvent faites avec des dossiers vides. Ça, c’est la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté qui l’avait dit en 2023, lors des retraites, des manifestations retraites, parce qu’elle était allée dans des commissariats parisiens et elle a fini son rapport en disant qu’elle concluait au fait que c’était surtout pour empêcher c’était certainement pour empêcher de manifester, en fait. Et donc là, on se dit que le nombre d’interpellations, on ne sait pas, mais il est fort probable que ce soit avec des dossiers vides, en réalité. Et ça, c’est extrêmement grave, de priver quelqu’un de liberté alors qu’on n’a pas d’élément à démontrer contre lui. Et donc, c’est cette lutte contre l’arbitraire de l’État qui nous guide, qui continue à nous guider. Et dans la panoplie de l’arbitraire, il y a évidemment la question des violences qui sont faites sans cadre suffisamment strict, mais c’est l’ensemble des choses. Tout à l’heure, j’ai entendu Sebastian Roché parler de l’action devant le Conseil d’État sur le port du RIO. Eh bien, c’est nous qui avons agi avec l’association ACAT-France. Et nous avons gagné en octobre 2023. On a agi en exécution de cet arrêt puisqu’il n’est toujours pas appliqué. Ce n’est pas seulement que le RIO, le matricule, doit être porté de façon beaucoup plus visible parce qu’il s’écrit tellement petit. Il faut que ce soit porté de façon visible, que ce soit sur des gilets tactiques, etc. Tout ça, on a gagné. Et également que ça soit porté de façon effective, le ministre doit le faire. Il est de moins en moins porté, en réalité. Et on a vu ces derniers temps-là qu’il n’y a même plus de port du brassard ou de la chasuble. Donc on ne sait même plus qu’il s’agit de policiers. Sans compter la dissimulation du visage, qui est également interdite. On a agi en exécution de cet arrêt, et là, le Conseil d’État nous a encore donné raison, mais a donné encore un an au ministre parce qu’il a dit : « Oui, j’ai fait un appel d’offres, il me faut encore un an. » Il y a encore un an à attendre, ça fait trois ans déjà.
Nathalie, je vois qu’Ayoub du Blanc-Mesnil vient d’arriver en régie. J’ai deux questions rapides pour toi pour terminer. Et puis, de toute façon, toi, tu as une conférence de presse à préparer, à préparer le café et les croissants pour les amis journalistes qui auront donc l’exclusivité mondiale de vos annonces. Non, je te taquine, évidemment. Le projet de loi « casseur-payeur », qu’en dit l’avocate que tu es ? Je rappelle que c’est un texte qui prévoit de rendre les participants à un attroupement collectivement responsables des dégradations qui sont commises, dans la limite de 10 000 euros, sans avoir à prouver qu’ils en sont personnellement les auteurs. En gros, vous restez dans un endroit où il y a une vitrine qui tombe, qui est cassée, vous pouvez être poursuivi si cette loi est adoptée, la loi casseur-payeur. Avec, je le précise, la saisie des prestations, notamment allocations familiales, pour indemniser les victimes, c’est-à-dire […] dans le respect d’un reste à vivre. C’est charmant. Quand on a le RSA, on a encore un reste à vivre. On peut encore vous prendre un petit peu et t’auras quand même un reste à vivre. Bon bref, qu’en dit l’avocate que tu es ?
Pour moi, c’est totalement inconstitutionnel, parce que le principe, c’est la responsabilité personnelle. C’est-à-dire qu’il faut démontrer que telle personne a commis telle action pour qu’on puisse rechercher envers cette personne la responsabilité et la réparation. Alors que là, on aboutit à une responsabilité collective. Mais la société tout entière s’était déjà mobilisée, il y a fort longtemps, contre la loi anti-casseurs dans les années 70. Et oui, mais tu as vu que là, maintenant, il y a une sorte d’accoutumance à ce que, finalement, on accepte des choses qui sont complètement inconstitutionnelles et, en fait, également anti conventionnelles. Mais ça fait très peur parce qu’il y a aussi de moins en moins de freins vis-à-vis des juges, qui finissent par accepter des choses inacceptables. Donc ça fait peur, effectivement.
Ultime question : comment transformer tout ce dont on vient de parler, tous les deux, et puis depuis 7 heures du matin, en question, j’allais dire politicienne, au sens… en questions, en enjeux politiques de la campagne électorale ?
Il faut surtout qu’il y ait une mobilisation de la société civile. Et c’est aussi pour ça qu’on réunit nos […] organisations, pour montrer que la société civile, elle réagit et qu’elle n’est pas d’accord avec ce qui est en train de se passer. Et nous allons lutter. Ça n’est pas un missile. Vous vous rendez compte ? C’est des jeunes dont on parle. Et au sens de la CIDE, ce sont des enfants. Donc on ne peut pas admettre qu’on martyrise comme ça les enfants. Il y a d’autres lois qui sont passées, par exemple sur la loi riposte contre les teufeurs, contre les free parties, mais là aussi, c’est la haine des enfants. Lorsqu’ils font la fête, c’est pareil, on leur envoie la police avec ce type d’armes. C’est le même genre de raisonnement. C’est vis-à-vis de la jeunesse, on amène des classes défense, on fait de l’armée qui intervient dans les classes et on disciplinarise, et puis, de l’autre, on leur envoie ce type de réponses quand ils s’expriment de façon citoyenne. C’est délirant !
Merci beaucoup, Nathalie. On va suivre de près la conférence de presse. C’était un plaisir renouvelé, avec toujours ce tapis derrière toi, dont tu nous avais donné le nom.
Oui, c’est ça. Redis le terme. C’est un tapa, c’est océanien.
C’est ça, c’est ça. Merci beaucoup, bonne journée, tenez bon, on est avec vous et à très, très vite. Merci, merci beaucoup. Camarade Ayoub, êtes-vous prêt ? Attention, vous allez être à l’antenne.
Bonjour.
Je vous entends très bien. Merci beaucoup. Vous êtes au Blanc-Mesnil.
Oui, c’est ça, au lycée Mozart plus précisément.
Au lycée Mozart du Blanc-Mesnil. Alors, le lycée Mozart, je me suis renseigné. Vous avez une classe d’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants, destinée à accompagner les élèves nouvellement arrivés en France dans l’apprentissage du français et leur intégration dans le système scolaire. Vous avez également une classe Nouvelle Chance, dispositif relais dédié aux jeunes de plus de 16 ans souhaitant renouer avec la scolarité et construire un nouveau projet de formation. En disant tout ça, j’ai un peu situé l’établissement.
Bon, là…
Alors racontez-moi, quelles sont vos revendications ?
Donc nous, nos revendications, elles sont concrètes. C’est une amélioration des conditions de travail, pour commencer, un allègement des emplois du temps ou une meilleure répartition des emplois du temps. Parce qu’en fait, on fait des journées trop chargées, on n’a plus de temps libre, on n’a plus de temps pour soi.
Voilà. Oui, je vous entends.
Ah, c’est ma caméra.
Votre caméra a un petit souci, mais le son est bon. Alors, peut-être que vous pouvez… Voulez-vous vous reconnecter ?
Oui, peut-être.
Voilà, on est en direct du Blanc-Mesnil et je remercie infiniment Théophile Massat, qui est allé hier à Saint-Denis. Je vais montrer d’ailleurs des images à Saint-Denis, dans le 93, où il y avait une réunion de différents lycéens. Voilà. Et c’est là où Théophile a rencontré Ayoub. Voilà, on vous entend, on vous voit, vous êtes parfait.
Bon bah…
Alors, les revendications.
Donc les revendications, c’est du coup, comme je disais, une amélioration des conditions de travail. Par exemple, comme une rénovation des salles, parce qu’on a des salles avec des trous dans les murs. On veut plus de moyens thermiques, comme le chauffage, la climatisation, parce qu’en fonction des saisons, ça devient très désagréable de faire cours. Ce qu’on veut également, c’est avoir des emplois du temps plus légers ou mieux répartis pour avoir plus de temps pour nous. Parce qu’en fait, on ne peut plus pratiquer d’activités extrascolaires et, au niveau santé mentale, c’est compliqué. On veut également que les profs soient remplacés plus rapidement parce que parfois, on se retrouve avec des profs absents pendant plus de trois à quatre mois, ce qui nous désavantage pour le bac, par exemple. Ce qu’on veut aussi, c’est plus de matériel, donc par exemple plus de chaises, plus de matériel informatique parce que, franchement, c’est vraiment du matériel bas de gamme et qui fonctionne une fois sur deux, donc c’est plus possible. Et ce qu’on veut également… C’est à peu près tout.
Dans votre lycée, si j’ai bien compris, vous pouvez être jusqu’à 35, voire 40 par classe ?
Moi-même, dans ma classe, on est 36 et c’est devenu la normalité dans le 93 d’être autant dans des classes, ce qui n’est pas du tout normal, je rappelle. Et on n’en peut plus parce que c’est ingérable quand on a deux, voire trois élèves par cours qui viennent toquer à nos classes pour demander une chaise, une table. C’est insupportable.
Je suis absolument sans voix sur la question des rénovations thermiques et autres. Qu’est-ce que vous pouvez nous en dire ? C’est quoi, vos revendications ? C’est quoi, l’état de votre établissement ?
Par exemple, nous, on a des salles préfabriquées qui ne disposent pas de moyens thermiques, donc, en fait, pas de chauffage, pas de climatisation. Par exemple, en hiver, on meurt de froid et parfois les profs nous demandent même de retirer nos manteaux par respect, sauf qu’en fait, on ne peut juste pas. Et en été, pareil, on a trop chaud, c’est impossible de se concentrer.
Les profs, vous avez dit… Les profs, on manque de profs. Pouvez-vous nous donner des détails concrets ?
Par exemple, moi-même, l’année dernière, je n’ai pas eu de prof de maths pendant plusieurs mois. Ils mettaient énormément de temps à trouver une remplaçante, ce qui nous a énormément retardés pour le bac de maths. Moi, personnellement, j’ai dû prendre des cours particuliers pour rattraper mon retard. Certains n’ont pas les moyens, n’ont pas pu faire ça et ils ont été fortement pénalisés. Dans d’autres classes, il y en a qui n’ont pas eu de prof de français quasiment toute l’année, ce qui les a énormément pénalisés pour le bac de français également. Et en fait, on n’en peut plus de ça. On […] toujours dans les lycées parisiens et nous, on est mis à l’écart.
Alors ça, c’est un point crucial. Le mouvement a démarré dans votre académie, l’académie de Créteil, puisque Le Blanc-Mesnil est dans l’académie. Et là, il faut dire les choses, vous venez de l’esquisser, il y a une forme de ségrégation éducative. Et selon les spécialistes de l’éducation, votre mouvement est en partie inédit parce qu’il n’est pas parti, justement, de Paris-centre, mais de l’autre côté du périphérique. Et là, j’aimerais vraiment vous entendre sur ce point.
En fait, on constate que la répartition des budgets n’est pas équitable. Donc, en fait, on va toujours prioriser les lycées parisiens, que ce soit dans le remplacement des profs, dans le budget donné au lycée, dans l’accès à l’éducation et dans le matériel en général.
On vous voit à l’écran sur les images de Théo. C’était hier, vous étiez à Saint-Denis. Oui, vous pouvez sourire, vous étiez grands et combatifs. Mais allons-y plus sur la question du 93, des quartiers, etc. Parce que j’ai cru comprendre que, justement, hier à Saint-Denis, vous avez discuté, voilà, là vous êtes applaudi, vous avez discuté de la création éventuelle d’un syndicat de lycéens de quartiers, de banlieue. Vous considérez que les autres syndicats ne vous représentent pas ou pas assez ?
Non, ce n’est pas ça. Mais en fait, je pense que créer un syndicat de banlieusards, ce serait mieux, parce qu’il n’y a personne de mieux que nous qui connaît ce qu’on vit, en fait. Et ça permettrait d’avoir de meilleurs témoignages, des témoignages réels. Et voilà, je pense que ce serait vraiment parfait d’avoir un syndicat de banlieusards entre nous, élèves du 93 et de banlieue.
Le blocus a commencé comment, au Blanc-Mesnil, chez vous ?
Alors, ça a commencé jeudi de la semaine dernière parce qu’on n’en pouvait vraiment plus. On était obligés de faire un blocus. On a bloqué les entrées et, après, de là, vendredi, ça s’est enchaîné pareil. Aujourd’hui, là, il y a blocus également, donc je me suis écarté parce qu’il y avait du bruit, mais il y a bien blocus aujourd’hui aussi.
Vous pouvez nous montrer, ou pas, le blocus ?
Alors, je ne sais pas si… Nous avons un souci.
Et là, vous êtes devant Mozart, c’est ça ?
Oui, je suis juste un peu à côté.
Je crois qu’il y a trois lycées au Blanc-Mesnil et trois sont fermés aujourd’hui.
Ah non, Mozart, c’est ouvert.
OK.
Donc il y a trois lycées, effectivement. Il y en a le lycée Jean-Moulin, qui est un lycée professionnel…
Ah, ça a coupé, ça a coupé. Ce sont les joies du direct. Peut-être que… On va espérer qu’Ayoub puisse revenir. Voilà, là, ça a coupé. Je pense qu’il va revenir. Avez-vous des questions pour Ayoub ? N’oubliez pas le petit raccourci secret, le petit Q pour interrogation, qui me permet de remonter vos questions directement. Voilà, vous êtes de retour, ça avait un peu coupé.
Oui, je vais vous remontrer ça, du coup.
Voilà. Alors, pas trop près, ce n’est peut-être pas la peine d’identifier tout le monde.
Voilà, à peu près, c’est ça.
D’accord. Ben là, on voit surtout des bagnoles, hein, mais bon… Comment ça se passe avec la police ? Comment ça s’est passé jeudi, vendredi et ce matin ? Voilà, peut-être pas plus près.
Alors jeudi, ça a commencé calmement, donc c’était très pacifique, c’était calme. Ensuite, la police a commencé à arriver en masse. De là, c’est là que ça a commencé à prendre une tournure violente. Donc la police commençait à sortir les lacrymogènes, à contrôler les gens, à fouiller vraiment les gens au faciès, d’ailleurs, je tiens à préciser ça aussi. Et vendredi, c’est là que ça a été le pire parce qu’en fait, à 9 h 30, il y a eu une bavure de la part de la police. Donc, en fait, ils ont percuté un élève et, de là, c’est parti en courant, on va dire, entre les lycéens et la police parce que c’était vraiment grave, ce qu’ils ont fait. Et de là, la police, ils se sont lâchés. On nous a envoyé les CRS, la BRAV-M, la police municipale et des BAC en civil, sans matricule, sans rien.
Peut-être peux-tu retourner la caméra vers toi ? Je crois que t’es en train de le faire.
Percuté par une moto. On a les vidéos, on a tout. Et sur la vidéo, ce qui est choquant, c’est qu’on entend vraiment le policier accélérer, percuter l’élève, et on voit tout. L’élève, il a fait un salto arrière, il a fini à l’hôpital. Et c’est de là que les violences, elles sont parties. Et c’est ça aussi, en fait, les médias qui montrent que nous, on est violents, mais en réalité, c’est la police qui commence en général et qui profite de ça pour se défouler.
Est-ce que vous entendez des insultes, et notamment des insultes racistes, de la part des policiers ?
Personnellement, j’en ai pas entendu, mais je sais qu’il y a des gens autour de moi qui se font menacer par des CRS, comme par exemple : « Toi, on te retrouvera, t’inquiète pas. Toi, on te ratera tôt ou tard. » Et c’est ça, en fait. Ça montre vraiment leur haine envers nous, les banlieusards, envers nous, les enfants d’immigrés. Et voilà, en fait, ils se cachent derrière leurs costumes pour vraiment se défouler sur nous et défouler leur haine.
Est-ce que la question des violences policières, est-ce que vous craignez qu’elle prenne trop d’importance par rapport à vos revendications et à la nécessité que les choses changent pour vous ? Ou est-ce que vous comptez mener de front ces deux questions-là ?
Je pense que oui, elles prennent énormément de place. Parfois, ça fait que nos revendications, elles passent sous les radars. Mais on compte mener ces deux combats-là quoi qu’il arrive, parce qu’on dénoncera toujours les violences policières en même temps que de revendiquer nos…
Alors justement, Ayoub, si tu as encore un petit peu de temps, j’imagine que tu es pressé d’aller retrouver tes camarades. Question du tchat sur vos revendications, c’est Wasward qui te demande : question sur les emplois du temps, combien d’heures, par exemple ?
Rien que mardi, par exemple, j’ai deux heures de trou. Moi, personnellement, dans la semaine, j’ai plusieurs trous. Mais il y en a qui, vraiment, ont énormément de trous, qui ont parfois deux heures par jour minimum. Moi, l’année dernière, j’avais énormément de trous. En seconde, le lundi, je faisais une journée de neuf heures de cours. Comme vous imaginez, pour un élève de seconde, faire neuf heures de cours en un seul jour, c’est vraiment, je trouve ça vraiment invivable. Parce qu’en fait, on rentre, on a encore du travail, on n’a plus de vie sociale, on n’a plus d’extrascolaire, on ne peut plus avoir de loisirs, en fait.
Question de Guttural : quel soutien de la part des personnels enseignants et administratifs, éventuellement, dans ton établissement, et quelle forme cela peut prendre ? Qu’est-ce que vous, lycéens, vous aimeriez obtenir comme soutien de la part du personnel enseignant et administratif ?
Alors nous, on a eu un soutien de certains professeurs qui n’hésitaient pas à se mettre entre nous et la police, justement, pour nous protéger. Mais c’est vrai, il y avait vraiment très peu de professeurs. Et moi, je pense que tous les professeurs, peu importe professeurs de quoi, peu importe professeure ou […], devraient se mobiliser avec nous parce qu’en fait, ça nous touche, nous, mais ça les touche eux aussi. Je fais référence, par exemple, aux suppressions d’emplois, ce qui fait qu’ils suppriment des classes, ils suppriment les emplois, et c’est ça aussi qui crée des classes de 35 élèves. Donc, en fait, ils sont autant touchés que nous et ils devraient plus être dehors avec nous pour manifester.
Est-ce que tu peux nous dire un mot, puisqu’on parle de personnel, des AESH ? J’ai toujours du mal à le dire, je suis désolé. Comment ça se passe pour eux, avec eux ?
Franchement, il n’y en a pas beaucoup. Il n’y a pas assez de postes qui sont donnés. Des fois, il y a des gens qui sont en situation de handicap dans leur classe, qui n’ont aucune aide de la part de l’État, qui n’ont rien. C’est déplorable, franchement.
Je vais faire le lien avec l’invité qui suit. L’invité qui suit, c’est François Piquemal, qui est député LFI de la région de Toulouse, de la Ville rose, pour te poser évidemment cette question. Que réponds-tu aux médias paresseux et dominants qui considèrent que vous n’êtes que les proxys, que les marionnettes de LFI, de Révolution permanente, du NPA ? En tout cas, c’est ce qu’a dit le Premier ministre, qui a dit que ce mouvement n’était pas spontané. Qu’est-ce que tu réponds à ces accusations ?
Moi, je pense que c’est évident, c’est de la récupération politique pour moi. Ils essayent de récupérer des électeurs en faisant passer LFI pour de mauvaises personnes qui nous influencent dans le mal. Sauf que moi, pour moi, en fait, tous les partis politiques devraient nous soutenir. Parce qu’en fait, c’est pas une question de parti. On est tous concernés par ça. Tous les enfants, tous les élèves, on est tous concernés par ce problème de l’Éducation nationale. Et moi, franchement, je pense que c’est vraiment de la récupération politique.
Mais comment vous le vivez sur le blocus, ça, par exemple ? Est-ce que c’est une question qui vous importe ou pas ? Ou vous vous en foutez, finalement, de ce qui peut être dit de vous ?
Les gens ne calculent pas. Nous, on fait nos blocus, on revendique nos droits et, de toute façon, on sait qu’il y a des médias qui viennent là, qui choisissent que ce qu’ils veulent, qui n’ont pas la réalité. Donc nous, ça ne nous atteint pas.
Je montre à nouveau des photos d’hier, alors que François Piquemal est en ligne et je vais lui donner la parole dans un instant. Je redonne des photos d’hier. Demain, vous avez une réunion, j’imagine que la réunion d’hier préparait celle de demain, une manifestation, un acte 3. Qu’est-ce que vous entendez faire ? Qu’est-ce que vous attendez de cet acte 3 de demain ?
Bah, revendiquer nos droits, comme on le fait aujourd’hui, mais tous ensemble, porter notre voix, surtout. C’est ça le plus important, qu’ils nous entendent. C’est pour ça aussi, la manifestation à Paris. Voilà, se rassembler.
Merci beaucoup, Ayoub, d’avoir eu la gentillesse de nous accorder un petit peu de temps. Est-ce que tu veux ajouter un mot ou c’est bon, on a fait le tour ?
Moi, ce que je vais ajouter, s’il y a des […] qui nous écoutent, c’est de continuer, lâchez pas. Je voudrais qu’ils fassent quelque chose pour nous, je voudrais qu’ils nous écoutent, qu’ils voient. Continuez.
Merci beaucoup, bonne journée et à très bientôt, je le sens. Merci beaucoup. Je vois que notre prochain invité… Mais c’est un marathon ! Merci beaucoup. Alors que François Piquemal a revêtu une cravate que je ne lui connaissais pas, mais moi, j’aime les cravates. Bonjour, bonjour François. Attends, attends, hop ! Bonjour François, comment ça va ? Pourquoi on ne t’entend pas ? Attends. Normalement, ça devrait être bon. As-tu éteint ton micro ou pas ? Non ?
Là, vous m’entendez ?
Là, on t’entend. Alors, cette cravate rouge, c’est un proxy pour apparaître respectable ou quoi ?
T’es rugby hein ?
Ah, c’est vrai, c’est vrai. Vous en êtes où, le Stade toulousain ?
Écoute, on suit notre route tranquillement et, à la fin, il y a de fortes chances que ce soit encore le Stade qui gagne, mais c’est tout ce que je nous souhaite.
Est-ce que c’est LFI qui va gagner en 2027, à la fin ?
Je pense. T’as intérêt à répondre ça.
Bonjour François, merci beaucoup de nous accorder un petit peu de temps ce matin. Tu es député à l’Assemblée nationale. Tu as été candidat malheureux à la mairie de Toulouse. Tu as d’ailleurs été victime d’ingérences étrangères. Tu étais venu en parler plusieurs fois ici, mais aujourd’hui, on fait une spéciale révolte lycéenne. Et il me semble que, dans un passé finalement proche, tu as été professeur de lettres et d’histoire à Toulouse et peut-être même à Cahors, ville qui nous plaît dans la régie. Donc c’est à ce double titre qu’on avait envie de discuter avec toi et je remercie Juliette Prados qui a fait le lien.
Ben oui, je vois que vous êtes très bien renseigné. J’étais professeur d’histoire-géo pendant 12 ans et, avant ça, j’ai même été syndicaliste étudiant et j’ai participé à des grèves lycéennes. Donc j’ai fait tout le process normal d’intégration à la République française en tant que jeune, parce que je pense que participer à des grèves lycéennes, en fait, c’est dire qu’on est français, tout simplement.
Alors, est-ce que tu peux rentrer dans les détails ? Ça va me permettre de faire un café. Ça veut dire quoi ? Manifester, finalement, c’est être un patriote, c’est être en résonance avec le 14 Juillet, fête à la fois de la Fédération, donc c’était terrible, mais célébration de la prise de la Bastille ? C’est ça que tu veux dire ?
En fait, il y a une phrase d’Éric Cantona qui m’a toujours plu comme phrase choc, un peu, même s’il faut aller plus loin. Un jour, on lui a demandé : « Qu’est-ce que c’est, être français ? » Et il a dit : « C’est être révolutionnaire. » Et moi, bon, ça me convient plutôt. Mais si on regarde dans l’histoire du temps, en 1229, par exemple, il y a eu une grande grève étudiante à Paris qui a été réprimée dans le sang, 300 étudiants jetés dans la Seine. Au XVe siècle, François Villon, qui est un célèbre poète de la langue française, participait à des grèves étudiantes. Et donc, je me suis un peu intéressé, là, dernièrement, et en fait, il y avait une grève étudiante en France quasiment tous les trois ans et qui durait parfois pendant deux ans. Ils ne rigolaient pas, à l’époque. Donc ils faisaient des grèves de longue durée. Et puis ça s’est perpétué, évidemment, jusqu’aux XIXe, XXe, avec les grèves qu’on a connues, XXIe. Mai 68, évidemment, parce que c’est la plus connue. Mais moi, j’ai participé, en tout cas, à celles en tant que lycéen. Il y a eu 2002 contre le Rassemblement national, contre le Front national de l’époque. Puis on avait eu des grèves auparavant sur des lycéennes. Et ensuite, il y a eu le CPE. Voilà, tout un tas de mouvements où, en fait, on apprend collectivement, quelque part, ce que c’est, justement, la mobilisation collective, la conflictualité sociale, comment ça s’exprime, comment ça s’organise et aussi comment ça se résout, ou pas. Voilà. Donc je pense que c’est un processus d’apprentissage citoyen, ni plus ni moins, et qui est assez dans l’ADN de la France. Donc finalement, la nouvelle France qu’on voit devant les lycées en ce moment est certainement plus française que celles et ceux qui s’offusquent ou débarquent en pensant que c’est normal.
Attends, excuse-moi. Voilà, là, ça devrait être bon, excuse-moi. Comment, concrètement, tu as ressenti les choses depuis une dizaine de jours ? Et depuis combien de jours Toulouse est gagnée par la fièvre patriote ?
Bah, assez rapidement. Mais en fait, moi, ce que je trouve, ce qui m’étonne le plus, c’est les conditions de dégradation dans l’Éducation nationale et au vu des conditions que subit cette jeunesse. Donc moi, je suis très heureux qu’elle s’organise collectivement, qu’elle fasse cette expérience-là, qu’elle réclame ses droits, elle a bien raison. Et j’espère que, maintenant, il va y avoir une solution politique qui est apportée. Moi, ce qui me choque et me heurte, c’est la manière dont le pouvoir macroniste réagit. Alors, ça ne me surprend pas parce que, malheureusement, on a été habitués. Mais un tel dispositif répressif policier devant une contestation lycéenne, je n’avais jamais vu ça, enfin, en tout cas de mon expérience vécue. Et je pense que c’est complètement à côté de ce qu’il faut faire, tant en matière de doctrine de maintien de l’ordre qu’en matière de réponse politique à la grève qui a lieu. Donc moi, les lycéennes et les lycéens ont tout mon soutien pour des mobilisations organisées, structurées, disciplinées, pacifiques, pour obtenir leurs droits.
Est-ce que tu as des remontées dans ta permanence de député LFI de parents d’élèves qui sont venus toquer à la porte, et éventuellement des parents d’élèves qui ne sont pas forcément de gauche mais qui pourraient venir te parler parce que leur enfant leur raconte ce qui peut se passer par rapport, notamment, à la répression policière ? Est-ce qu’il y a ce dialogue-là qui s’est instauré ou pas encore ?
J’ai eu des messages de parents d’élèves qui m’ont interpellé parce qu’ils étaient choqués par la violence que subissait le mouvement lycéen auquel participent leurs enfants. Et il y a une mère d’élève, d’ailleurs, qui m’a dit quelque chose de très juste. Elle m’a dit : « Je ne comprends pas. On nous dit qu’il ne faut pas frapper nos enfants, pas leur donner de gifles, pas être violents avec eux. » Et OK, c’est très bien. « Mais comment j’explique à mes enfants que l’État et la police peuvent être violents avec des enfants, avec des mineurs ? » Et je pense que c’est toute la question qui nous vient. C’est comment on traite notre jeunesse, comment l’État français traite sa jeunesse en ce moment. Et ça en dit beaucoup sur le pouvoir macroniste et sur une certaine déliquescence morale de sa part, enfin, qui date pas d’aujourd’hui, mais qui montre que tout part. Franchement, c’est le bordel, quoi. Le bordel et le chaos sont organisés aujourd’hui par le pouvoir macroniste, clairement. Et moi, on le voit à travers les images, évidemment, de violences policières qu’on a pu voir. Mais j’étais sur un lycée à un moment de ces BRAV, j’ai même pas pu aller au bout parce qu’il y avait des gaz lacrymogènes partout. Et tout ce que ça provoque, c’est qu’au lieu de maintenir, on va dire, les lycéennes et les lycéens sur un point fixe, comme ça se faisait traditionnellement, c’est des petits groupes qui partent partout et, à partir de là, la situation est incontrôlable, mais pour tout le monde. Donc on voit qu’il y a véritablement une problématique et que beaucoup de gens, effectivement, sont choqués. Mais même pas que des parents d’élèves, d’autres gens, des commerçants, m’en ont fait état, sont choqués de la manière dont on traite le problème.
Quel est l’intérêt politique, selon toi…
…et dont on agit sur la jeunesse.
Qui est à l’œuvre, là, dans cette répression ?
En fait, je pense que c’est la continuité d’une manière de traiter le mouvement social depuis, j’ai envie de dire, une bascule qui, pour moi, date un peu de 2016, la loi Travail. C’est-à-dire qu’avant, classiquement, on demandait à un mouvement social, étudiant, de travailleurs, de prouver sa force. Il fallait être le plus nombreux possible, voilà, et après, par le nombre… Vous faisiez une manifestation, après, il y avait des négociations qui pouvaient s’engager en fonction du rapport de force numérique que vous aviez mis. D’ailleurs, moi, je me souviens, j’étais enfant, mais Alain Juppé se retrouve comme ça à devoir reculer par la force du nombre. Mais à l’époque, Alain Juppé, alors je vais pas faire les louanges d’Alain Juppé, c’est pas le propos, mais il reçoit les syndicats.
Attention à la stratégie de la cravate, il ne faut pas aller trop loin non plus.
Il y avait des négociations. C’est-à-dire qu’il y avait une considération des syndicats comme courroie de transmission et relais des revendications populaires. Ça, c’était quelque chose hérité de l’après-Seconde Guerre mondiale et qui permettait que les conflits sociaux, aussi durs soient-ils, aussi violents soient-ils, trouvent une traduction politique à la fin. Alors après, on pouvait critiquer cette traduction politique, évidemment, mais en tout cas, il y avait cette issue qui était possible et qui permettait de réguler socialement les conflits sociaux en France. Et puis, en 2016, pour moi, il y a un tournant. Alors peut-être un peu avant, avec le sarkozysme, mais 2016, c’est vraiment cinglant. C’est-à-dire qu’on a une mobilisation massive contre une loi impopulaire et il n’y a rien, à part de la répression, de la répression, de la répression. Et depuis, on a continué là-dessus. On a eu les Gilets jaunes. On a eu les manifestations contre les retraites, avec des sondages d’opinion qui montrent, en plus, un rejet total de la réforme des retraites, un Parlement qui n’est pas prêt à la voter. Enfin, rien ne va, rien ne va là-dedans. Et on arrive là avec, désormais, en fin de course de la Macronie, le fait établi que, quand des lycéennes et des lycéens bloquent leur lycée, eh bien, on leur envoie directement la police. Moi, je me souviens, quand je bloquais à la fac, on ne nous envoyait pas directement la police. Elle était là lors des manifestations, elle encadrait, ça se passait souvent pas très bien, mais voilà, c’était comme ça. Mais les blocages de lycée ou les blocages d’université étaient, d’une certaine manière, tolérés, acceptés, faisant partie de l’ordre classique des mobilisations sociales, tout simplement. Et aujourd’hui, il n’y a même plus cette approche-là de se dire : « Bon, ils bloquent, on va essayer de trouver une solution politique avec les syndicats, qu’ils leur disent, grosso modo, on a obtenu des revendications et puis vous pouvez rentrer dans vos lycées. » Bon, on n’en est même plus là. Donc, évidemment, on est dans une impasse totale et dans une dérive qui est très dangereuse parce qu’après, on voit bien comment la doctrine policière a, elle aussi, évolué, l’arrivée de nouvelles armes, les LBD et autres, qui sont utilisés alors qu’il n’y en a pas du tout besoin. Enfin, c’est totalement disproportionné. Donc voilà, je suis assez malheureux, inquiet de voir cette situation et, en même temps, plein de considération, d’admiration et d’espoir pour cette jeunesse.
Alors, je vais essayer de jouer un peu le talonneur. Oh, je ne sais pas ce que je dis sur le talonneur, enfin, ce n’est pas grave. Parle football, ça m’arrangerait. Mais bon, je vais essayer de te prendre par l’autre côté de la mêlée. Voilà, je vais dire ça comme ça. Est-ce que tout ce dont tu viens de parler, finalement, ça ne répond pas à ce que certains appellent un désir d’ordre de la société, en tout cas tel qu’il est véhiculé par les discours médiatiques, certains discours politiques ? Une autre musique sur ces questions-là. On voit bien, par exemple, hier, je ne sais pas si tu as eu le temps de regarder et l’envie de regarder le débat de la primaire, le dernier débat avant la primaire des socialistes. C’était extraordinaire de voir l’énervement du journaliste de BFM dès lors qu’il était question des casseurs il interprétait, je trouve, il représentait ce que j’appelle le désir d’ordre. Est-ce que, toi, tu ne sens pas ça et est-ce qu’il n’y a pas un souci pour vous ?
En fait, oui et non. C’est-à-dire qu’on a un traitement médiatique, ça a été dit là, qui est vraiment particulier. C’est-à-dire qu’on a une poubelle qui brûle, tout de suite, c’est un événement. Je regarde BFM, là, en même temps. En fait, je ne sais pas combien de poubelles sont parties au ciel et combien de poubelles ont rendu hommage à BFM depuis le début du mouvement, mais c’était assez impressionnant. Dès qu’il y a une flamme, il y a quelque chose qui se passe. Il y aurait quelque chose à interroger, d’ailleurs, du rapport des humains, et là, en l’occurrence, des journalistes médiatiques, au feu. Bon, parce que, visiblement, c’est quelque chose qui les subjugue. Mais il y a toujours eu des feux. C’était quelque chose d’assez traditionnel dans les mouvements sociaux. Il y a vraiment un prisme. Je prends le cas des poubelles, mais après, je ne nie pas aussi qu’il y a eu des faits plus graves et plus importants qui sont condamnables, etc. Il n’y a pas de sujet là-dessus. Mais prendre la question de ce mouvement social par le seul angle répressif, les casseurs, les ceci, les poubelles qui brûlent, les… Bon, en fait, c’est passer complètement à côté de la plaque du truc. Mais c’est reconnaître en creux que la doctrine de maintien de l’ordre ne fonctionne pas. Donc vous nous parlez tout le temps de gens qui casseraient, qui brûleraient, qui ceci, mais ça veut dire que, déjà, ils arrivent à casser et brûler. Et ensuite, c’est constant dans tous les mouvements sociaux. Donc c’est que votre doctrine ne marche pas. La doctrine du maintien de l’ordre, depuis des années, ne fonctionne pas. Sinon, il n’y aurait pas tous ces cas.
Là-dessus, François, on est entièrement d’accord. Mais ce que je veux dire, c’est : comment vous pouvez retourner la vapeur ? C’est-à-dire que ne nous mettons pas nous-mêmes à ne parler que de ça. Mais comment faire qu’on ne parle pas que de cela et qu’on en revienne quand même aux revendications de départ ? On a entendu des lycéens de Tours et du Blanc-Mesnil ce matin dans la matinale. Est-ce que là, finalement, votre stratégie ne risque pas de cogner contre ce désir d’ordre médiatique ?
Non, parce que, quelque part, notre stratégie, c’est la seule qui peut ramener de l’ordre. C’est-à-dire, il n’y a que la solution politique aujourd’hui. Quand je dis solution politique, c’est discussion et négociation avec les syndicats lycéens et enseignants, et des mesures concrètes pour répondre à leurs aspirations, qui peuvent ramener l’ordre et faire que le mouvement en cours, eh ben, il cesse parce que les revendications aboutissent. Donc, en fait, les seuls qui proposent une solution concrète et un chemin d’ordre, c’est nous. Donc, à partir de là, le reste, je ne sais pas quelle solution proposent à l’heure actuelle le ministre de l’Éducation ou celui de l’Intérieur.
Je suis en train de montrer des photos que j’ai pillées sur ton compte Instagram hier soir pour préparer cette émission. Donc là, tu es dans un établissement toulousain. Je ne sais pas si tu as l’œil rivé que sur BFM ou si tu le vois un petit peu.
C’est le lycée polyvalent.
C’est le lycée polyvalent.
Et alors, j’étais à Limayrac, et je les salue d’ailleurs. C’est mon ancien lycée.
C’est ton ancien lycée, où tu enseignais. Alors, il y a une photo qui est à la fois très belle, mais qui… qui donne un peu raison à Lecornu. Donc tu es avec un lycéen, ce lycéen porte ce maillot. Alors là, coup de génie chez vous, « Mélenchon 27 ». Je ne sais pas où est en vente ce maillot de l’équipe de France de football détourné, mais j’en vois partout, c’est très fort. Mais voilà, là, est-ce que tu n’es pas en train de dire à Lecornu : « Ben ouais, tu as raison, en fait, on manipule le mouvement, c’est nous les proxys », et ainsi de suite ?
De toute façon, ils ont décidé d’être dans ce délire. Donc, je ne vais pas leur enlever leur délirium à moi tout seul. Là, c’est vraiment le fait du hasard. C’est sur un blocage. Alors là, c’est un maillot collector, à mon avis, qui vaut Pierre-de-Fermat, où ils m’accueillent, et il vaudra très cher dans quelques années. Mais je pense que c’était assez basique et logique. C’est que les jeunes votent plutôt à gauche, traditionnellement, et aujourd’hui, la gauche est incarnée par La France insoumise. Donc il y a une sorte de connivence idéologique qui est assez traditionnelle. Ensuite, non, on n’est pas des proxys du mouvement social, comme ils disent. Moi, je pense que, par exemple, je me souviens, quand je faisais grève en 2006, à l’époque, on disait : « Oui, c’est l’ UNEF et le Parti socialiste qui sont derrière. » C’était pareil des décennies auparavant, alors que ce n’était pas… Moi, je vois, dans mon université, ce n’était pas l’ UNEF qui était le syndicat qui organisait la grève, qui mobilisait, c’est à l’université du Mirail. Donc il y a toujours eu ces fantasmes du fait que ce soient des partis politiques qui lancent le mouvement. Moi, c’est toujours faux. Parce qu’en fait, pour lancer un mouvement, il faut qu’il y ait un effet boule de neige, une étincelle dans la plaine, que tu peux espérer en tant que mouvement politique ou en tant que syndicat, mais qui se joue à beaucoup de paramètres que tu ne maîtrises pas. Et après, que dans ces mouvements-là, tu aies des syndicats, des organisations politiques qui viennent soutenir, qui se greffent, qui font la communication de leurs mouvements et de leurs partis, ça a toujours existé. Donc ensuite, on est aux côtés aussi des salariés qui se mobilisent à l’hôpital, dans d’autres secteurs de la société, et on ne les accuse pas d’être manipulés par La France insoumise. Donc je pense que c’est un débat hors sujet. Ceux qui disent ça, c’est qu’ils ne comprennent rien au fond de l’affaire et qu’ils ne veulent pas traiter le fond de l’affaire.
Le fond de l’affaire, c’est quoi ? Pendant qu’Euryale a trouvé sur le site L’Action populaire, je crois que c’est un site de chez vous, le fameux maillot dont, je répète, je trouve que c’est assez génial d’avoir fait ce truc-là. Voilà, maillot Coupe du monde Mélenchon 27. Bon, on enquêtera sur les conditions de fabrication de ce maillot. Mais enfin bon, bref, il est là. Bref, c’est quoi, le fond ?
Il est fait en Europe. Alors, je ne sais plus dans quel pays, mais il est fait en Europe. Il n’est pas made in France, mais on a essayé de le faire le plus proche possible.
Très bien. Donc dis-moi, le fond, c’est quoi ?
Le fond, c’est les conditions d’éducation que connaissent nos jeunes. C’est-à-dire un établissement sur deux où des profs sont non remplacés. C’était 15 millions d’heures non remplacées l’année dernière. C’est un manque de personnels de toutes sortes : assistants d’éducation, infirmières scolaires, AED, AESH, profs, les locaux qui sont vétustes. Je pense que la liste est longue. Parcoursup, qu’il serait temps d’abroger, le rythme scolaire. Bref, il y a une refonte de l’Éducation nationale à faire, étant donné la casse qu’elle a subie. Sous Macron, on est à 9 000 postes d’enseignants supprimés. Là, dans le prochain budget, c’est 1 500 postes supplémentaires. Donc c’est ça, le fond de l’affaire, c’est les conditions d’éducation. Et moi, quand je vais voir les élèves, ce n’est pas des revendications fantaisistes qu’ils ont. Tout ce qu’ils réclament, c’est d’aller en cours et de pouvoir avoir la qualité de l’enseignement, et que chacune et chacun puisse espérer pouvoir s’émanciper par l’école, individuellement et collectivement. Donc c’est ça, l’histoire qu’il y a à régler. Et quand je vois le gouvernement qui revient avec une loi répressive casseur-payeur, qui bouleverse l’agenda parlementaire exprès pour ça, il aurait été plus inspiré de dire : « On va faire une proposition de loi sur la question de l’éducation, d’urgence éducative, pour répondre aux attentes des enseignants et des lycéens. »
La loi casseur-payeur, on peut peut-être faire quelque chose avec ça. Elle doit être examinée quand ?
Je rappelle que cette loi, c’est cueillir dans un attroupement une personne qui n’a pas commis le délit pour la faire condamner parce qu’elle est juste autour de la personne qui l’aurait commis. Donc c’est plutôt la loi « non-casseur payeur ». Alors, je ne sais pas quand elle va arriver, du coup, là, mais je sais qu’ils l’ont accélérée dans le calendrier du Sénat et je ne sais pas, à l’Assemblée, quand est-ce qu’elle arriverait. Mais c’est un mauvais signal envoyé, ça, c’est certain.
Voilà, projet de loi casseur-payeur qui prévoit de rendre les participants à un attroupement collectivement responsables des dégradations qui y sont commises, dans la limite de 10 000 euros, sans avoir à prouver qu’ils en sont personnellement les auteurs. C’est-à-dire, vous restez pendant qu’un abribus est mis à terre, vous pouvez être poursuivi. Casseur-payeur. C’est un vieux, vieux fantasme de la droite des années 70, qui avait dû reculer dans les années 70 après Mai 68. C’est une espèce de serpent de mer qui revient constamment. Mais là, il y a en plus, quand même, cette attaque sociale sidérante sur les gens qui pourraient être saisis sur leurs allocations familiales ou les aides au logement, dans le respect, entre guillemets, d’un reste à vivre. Donc là, c’est vraiment l’idée de « classes laborieuses, classes dangereuses », vieille idée du XIXe siècle, qui revient.
Oui, tout à fait. Je n’ai rien de plus à dire, je suis d’accord avec toi. Et en plus, c’est une proposition de loi qui est déjà dénoncée par le Conseil d’État parce qu’elle contrevient à l’État de droit, justement. Et je trouve que c’est une proposition de loi très dans la ligne de ce que veut faire le RN. On le voit aussi sur le logement. Moi, là, je suis beaucoup sur les textes logement, c’est-à-dire la punition collective avant la responsabilité individuelle, et punir collectivement une famille, un groupe de personnes pour le délit d’un tel ou d’un autre.
Voilà, puisque la Constitution veut qu’une peine soit individualisée, individuelle. On ne peut pas être condamné pour les faits commis par d’autres, normalement. Et là, ce serait le cas. C’est complicité par destination.
On peut imaginer que, par exemple, on a vu que vous avez quatre lycéens devant une poubelle qui brûle. Il y en a un qui a mis le feu à la poubelle. Deux autres lui ont dit non, sont à côté de lui, ils lui disent : « Non, mets pas le feu à la poubelle », essayent d’engager une discussion. Ils font partie quand même de l’attroupement et ils peuvent être, s’ils sont identifiés, condamnés pour celui qui a mis le feu à la poubelle. Je prends cet exemple-là, qui est un petit exemple, mais vous voyez un peu le genre. Ou alors, vous êtes à côté de quelqu’un qui fait n’importe quoi, eh bien, vous allez être jugé comme responsable parce que proche de la scène, ou qui est violent avec une autre personne, pour peu que vous soyez à côté et comme participant à l’attroupement.
Merci beaucoup, François. Je vois que les gens s’agitent autour de toi. Non ? Ou alors tu tournes la tête ?
C’est que j’ai une réunion après, donc on me fait signe.
Bon, alors je vais en profiter. C’est quoi le petit truc qu’il y a juste derrière toi, là, sous verre ?
Celui-là, là ?
Ouais, celui-là. On ne le voit pas bien.
Ça, c’est un autocollant que j’ai ramené de Grèce, d’où je suis parti pour la flottille pour Gaza. Et c’était un autocollant de solidarité avec le peuple palestinien. Voilà, donc c’est un souvenir de la Grèce et de la flottille humanitaire pour Gaza.
Merci beaucoup d’être venu nous voir ce matin. Bonne réunion, à très bientôt François. Merci encore, merci encore. Voilà, chers amis, il est 9 h… Oh, trois, quatre. Vous écoutez France Déter, la matinale d’Au Poste. Aujourd’hui, on a cassé l’antenne, comme on l’a dit. On a fait une émission comme on n’en fait pas d’habitude, avec que des entretiens. On n’avait pas nos petites rubriques. Je vais quand même vous raconter les convocations de la semaine et puis on va un peu discuter entre nous, si vous le voulez bien. Il est 9 heures. Comment ça, Renan, ça va trop vite ? T’es dingue ! Voilà, on aurait voulu aussi vous parler de cette initiative de food truck et de medical truck dans le 93. C’est Théophile qui a rencontré Sarah, qui a donc un camion. Un camion dont l’objectif est de pouvoir se déplacer entre les blocus, principalement dans le 93, et d’apporter un soutien matériel aux lycéens et aux étudiants. Donc on n’aura pas Sarah en ligne, mais par contre, vous avez le lien Instagram qui doit vous être donné par Euryale à l’instant même. Est-ce que ça va ? « Format de matinale très cool, bravo toute l’équipe d’Au Poste », merci Wizzward. Merci. Alors, c’est un boulot… Oh la vache, c’est un boulot ! Et puis alors, c’est un boulot de préparation pour caler tous ces invités, et c’est un boulot en régie, je ne vous dis pas le bazar, parce que là, j’espère que ça vous a plu. C’est le tac-au-tac d’Au Poste. Voilà. Alors, je voulais vous parler de la météo des luttes rapidement, puisqu’on ne fait pas la météo des luttes le temps que le camarade voilà, c’est là, notre camarade Julien Le Guet anime cette émission, Six mois ferme. C’est à midi tous les lundis sur Au Poste. Et aujourd’hui, 5 octobre, Julien va recevoir, depuis son grenier, je vous rappelle que Julien Le Guet est donc porte-parole, un des porte-parole de Bassines Non Merci. Il est assigné à résidence. On lui a mis son bijou, comme il l’appelle, son bracelet électronique, qu’il va nous montrer, je pense, tout à l’heure, à midi. Et plutôt que d’être réduits au silence, Julien Le Guet et ses camarades ont décidé de monter cette émission que nous retransmettons en direct. C’est tous les lundis à midi. Et dans cette émission, Julien fait la part belle aux luttes et, d’une certaine manière, fait la météo des luttes du lundi matin que nous faisions jusqu’ici dans la matinale. Donc, si vous voulez le journal des luttes, eh bien, c’est à midi, dans Six mois ferme. Et aujourd’hui, Julien reçoit Grishkou, du collectif d’habitants et d’habitantes du bocage préservé de Notre-Dame-des-Landes contre le centre de rétention administrative, et Roméo, zadiste contre l’A69 et membre du comité Défaites, qui organise un grand banquet de résistance contre l’inauguration de l’A69, non loin de Toulouse, justement. Lili Borat nous dit : « Oui, très belle matinale, pleine d’énergie et on en a bien besoin. Bravo, chef d’orchestre à la régie, joli travail de préparation en tout cas, bravo. » Merci Kava, ça, c’est pour Théophile en grande partie. « Quel journal ? », nous dit Renan. Voilà. Allez, il est 9 h 05. La météo du tchat, quel temps fait-il chez vous ? Ouvrez la fenêtre, un petit peu de poésie, faites-nous rêver, faites-nous voyager aux quatre coins de France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, au Québec, en Afrique, en Asie, où vous nous écoutez. Voilà, quel temps fait-il ? Racontez-nous ça, ça nous fera super plaisir. Ensuite, on passe aux convocations de la semaine et après, c’est terminé.
Parce que votre histoire de merde, bah plus euh… La fatigue, c’est pour ça que j’ai besoin d’un petit remontant. Je vais demander un petit café, c’est pour cela.
Il est temps. « Grand ciel bleu à Grenoble », nous dit Francis. « En Val-d’Oise, il fait beau et frais », nous dit Nonamaïa. Euryale annonce les émissions, je suis bête. « Il fait beau et frais à Langres », nous le dit Henri. Langres, c’est un des endroits où il fait le plus froid en France, c’est ça ? « Parfaitement splendide », nous dit Graval. Émile Cheval, dans la Drôme : « Frais mais beau dans l’atelier, chaud car j’ai mis un four hier soir. » Je vous rappelle qu’Émile, Émile Cheval, c’est elle qui fait ces fameuses tasses Au Poste. « Doux et gris à Toulouse », nous dit Ramonazarate, que j’embrasse. Comment vas-tu ? « Itou Haren », nous dit Aneker. Sénesta, Central Zas : « Ciel bleu, air frais. » Kava nous dit : « Joli ciel bleu sans nuages en Picardie. » « Lever de soleil dans la brume sur les montagnes », c’est Vénal. « Il fait frais », nous dit Mammston. « Toujours pas de pluie en Franche-Comté », nous dit Baouloute. « Il fait gris à Bordeaux », nous dit Brighol Spoh. « Temps gris automnal dans le nord de l’Europe, au sud de la Scandinavie. » Génial ! Merci Tara Marrax de nous donner des nouvelles du sud de la Scandinavie. Il fait gris à Bordeaux. Alors, « soleil, ciel bleu, secteur Charles-de-Gaulle », c’est télégraphique. « Ciel bleu et beau soleil à Lyon », nous dit Sepster. Eh ben écoutez, c’est bon, c’est bon tout ça. Alors là, les convocations de la semaine. Attention, une fois encore, Au Poste est aux avant-postes. Petite équipe, grand cœur. Il y aura donc à midi Julien Le Guet pour son deuxième épisode de Six mois ferme. Je vous en ai parlé à l’instant. Demain, demain, demain, grande première pour Euryale, la modératrice en chef, rédactrice en cheffe adjointe d’Au Poste et tout le tralala, qui va animer Au nom de la loi, nouveau rendez-vous où, entre aupostiens, aupostiennes, nous allons pouvoir suivre certains débats, et notamment les questions au gouvernement. Ça démarre demain à 15 h sur Au Poste et c’est demain de main de maître mené par Euryale. À 19 h, Extrémorama. Extrémorama, c’est le retour de notre mensuel, depuis plus de deux ans maintenant, où nous allons interroger, avec le camarade Nicolas Lebourg, Baptiste Roger-Lacan et Maria Malagardis, autour de l’histoire de l’extrême droite et de comment l’extrême droite instrumentalise l’Histoire. Ce sont deux pavés que je suis en train de lire et qui sont absolument passionnants. C’est demain à 19 h. Et mercredi, mercredi, mercredi, à 19 h également, Olivier Mannoni, qui est déjà venu à Au Poste. Vous savez, c’est ce traducteur d’Hitler, linguiste s’il en est, homme de gauche s’il en est, qui nous revient avec son nouvel ouvrage, cette fois-ci sur l’extrême droite qui écrase la culture. Donc vous êtes les bienvenus demain, à midi, demain, après-demain, Au Poste et toujours aux avant-postes. Qu’est-ce que je voulais vous dire d’autre ? Non, je pense qu’on a fait à peu près le tour. Pas de questions particulières. Moi, je suis rincé. Ben si, il va falloir qu’on fasse notre jeu, notre jeu. On va voir. Je vais le faire maintenant, je vais le faire maintenant, on va le faire maintenant. Allez, hop, hop, le jeu, le jeu, le voici. Hi-fi-fi. Le jeu du jour, les règles du Rififi : trois questions, quinze secondes. Si tu as faux, tu as cinq secondes en plus. Le jeu démarre à minuit et se termine à 20 h. Pas de répétition. Il s’agit donc d’un jeu, d’un quiz musical. Attention, pas le temps de niaiser. Attention, je suis prêt. Alors, je vous rappelle que nous sommes quasi bons derniers, on est très, très, très mauvais. Je suis prêt, c’est parti. Trois, deux, un, go ! Quel groupe a publié gratuitement un album dont le titre était écrit au feutre sur le pénis en érection d’un batteur ? Je n’en sais rien. Allez hop, je dis ça. Oh bah, j’ai de la chance ! Quelle star a évité à Miami une condamnation pour conduite sous influence mais dû suivre des cours de gestion de la colère ? Tiens, on va dire lui, là. Oh là là, carrément ! Je suis super… Oh là là, vraiment, je vous le dis, c’est du bol, c’est de la chance. Quel groupe électro a inventé la rumeur que Kylie Minogue lui avait proposé une chanson, ensuite refusée car jugée mauvaise ? Je ne sais pas. C’est faux. Voici le verdict. Aujourd’hui, le mur provisoire des rapides, où est-ce qu’on est ? On est huitièmes ? Bah, on a fait un bond… Ah non, ça c’est… Ah oui, c’est provisoire. On a fait un bond, c’est absolument incroyable ! Voilà, voilà, voilà, chers amis.
Antoine, parce que ce qui me retient de lui foutre la bécane dans la gueule… Mais le règlement, Belmont, tout simplement le règlement.
Merci beaucoup à vous tous. Tout à l’heure, à midi, Julien Le Guet. Permettez-moi de vous rappeler que si vous voulez plus de matinales, si vous voulez plus d’émissions, si vous voulez nous aider à faire en sorte qu’on consolide l’équipe, les préparations, la technique et ainsi de suite, qu’on augmente un peu les salaires, qu’on s’équipe, etc., ben, on a besoin de soutien. Le meilleur soutien, c’est l’abonnement. L’abonnement sur le site Au Poste. Vous pouvez vous abonner à partir de deux euros par mois. Quand vous êtes abonné, vous n’avez pas de contenu exclusif puisque le principe, c’est qu’on soit dans la mutualisation, c’est-à-dire ceux qui peuvent donner un peu de pognon donnent pour ceux qui ne peuvent pas. Donc tout le monde a accès à nos émissions, à notre travail. En revanche, vous pouvez avoir des choses un petit peu en plus, comme le choix de votre lecteur, si vous préférez PeerTube, YouTube, Twitch, etc., la possibilité de voter pour vos émissions. Et voter pour les émissions, ça permet de mettre en avant les émissions en une du site. Et d’autres choses, comme la newsletter réservée aux abonnés. À propos de newsletter, sachez qu’il en existe une qui est opérationnelle depuis quelques jours, que j’adore, c’est la newsletter Hardcore. Vous recevez, dix minutes avant chaque live, un email qui vous dit : « Hop, hop, hop, ça démarre ! » Voilà, c’est quand même extraordinaire. Bref, allez sur le site auposte.media. Si vous le pouvez, soutenez-nous. Ça nous permettra de tenir, et notamment de tenir l’année qui vient. Vous me voyez venir, jusqu’au mois de juin et au-delà, bien sûr, mais voilà, de renforcer l’équipe principalement avant le mois de mai 2027. Je crois qu’on est bon. Je crois qu’on est bon. Quand je dis qu’on est bon, on a fait le tour. Je crois que ça va. Les convoques, c’est passé. Il reste les crédits. Merci à vous tous. Je vous retrouve demain à 19 h, en ce qui me concerne, pour Extrémorama. Euryale à 15 h. Un grand merci à Théophile pour la préparation de cette matinale. Voilà, concrètement, vos dons, vos abonnements nous ont permis d’embaucher Théophile. Et au départ, il s’occupait des réseaux sociaux, ce qu’il fait toujours, mais maintenant, il est à plein temps et bien voilà, ça permet de préparer ensemble, lui et moi, la matinale, par exemple, et d’autres émissions. Donc vous voyez, l’effet est direct. Merci à vous tous. Je vous embrasse, je vous dis à demain.
