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Si vis pacem, educa juventutem ! Emission spéciale !

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Bonjour, trois, quatre, il est 7 h 01, nous sommes le 12 octobre 2026. Théophile vous a préparé une matinale de dingue. Salut les déters ! Amis du café, amis de la police, bonjour, bienvenue sur France Déter, la matinale d’Au Poste, c’est l’heure ! Comme chaque lundi, Au Poste va tenter de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. France Déter accueille des invités, tient des revues de presse particulières, donne la parole aux nuages, étrille le présent, explore le passé. C’est en direct, c’est fait maison, préparez le café ! Je vous donne dans un instant le programme, vous allez voir, c’est du lourd ! Bam, bam ! Dans quatre minutes, si tout va bien, nous serons avec Emma, Emma, lycéenne de Balzac à Tours. Nous étions déjà avec elle la semaine dernière. Elle nous donnera des nouvelles du blocus tourangeau. À 7 h 20, Jihane, du lycée Rosa-Parks à Saint-Denis, qui nous donnera également des nouvelles du blocus. On a fait en sorte, avec Théophile, avec qui nous avons concocté tous les deux la matinale, de donner d’abord la parole aux lycéens et aux lycéennes. À 7 h 40, Valentin Hénault, écrivain, réalisateur. Il a lancé une pétition afin d’exiger la transparence du ministère de l’Intérieur sur la gravité et les causes des blessures des forces de l’ordre lors des manifestations. C’est à 7 h 40. À 8 h, Julie Ferrua, co-secrétaire générale de Solidaires, sur le rôle des syndicats et de la convergence. À 8 h 20, Justine Probst, du Syndicat de la magistrature, un peu dans la sauce à cause d’un très bon communiqué qu’ils avaient publié la semaine dernière. Et ils ont dû s’en expliquer, et on va venir voir pourquoi ils se sont expliqués de leurs explications. On voit ça avec Justine à 8 h 20. Dix secondes ! Et à 8 h 40, Anthony Smith, eurodéputé LFI, viendra avec nous. Vous l’aviez peut-être vu, il avait, si je puis dire, interpellé un policier en civil, anonyme, sans brassard ni quoi que ce soit, lançant une grenade du côté de Reims. C’était la semaine dernière, et là aussi, nous verrons avec Anthony Smith comment ça s’est passé pour lui. Donc aujourd’hui, on va parler quasi exclusivement des revendications lycéennes. Comment allez-vous les uns et les autres ? Bonjour Rolland, bonjour Ramonazarate, bonjour ma chère Euryale, bonjour Manco, bonjour Superman Man, bonjour aux Youtubeurs, bonjour aux Twitcheurs et surtout bonjour aux Aupostiennes et aux Aupostiens. Je vous le rappelle, Au Poste est un média à part entière. YouTube et Twitch ne sont que des canaux de diffusion, et si vous voulez voir notre travail et le soutenir, ça se passe sur le site auposte.media. Depuis cinq ans, nous avons.. mon cher Théophile qui me donne des nouvelles dans le tchat : « C’est uniquement les invités, camarade pour les titres, vois avec Euryale. » Alors, cinq ans qu’on existe, depuis cinq ans, et ça, c’est grâce à vous, à ceux qui sont abonnés à la chaîne. Quand je dis abonnés, ce n’est pas uniquement followers, c’est ceux qui s’abonnent. Ça démarre à deux euros par mois, ou des donateurs, donatrices qui nous aident depuis des années et des années. Alors, nous allons aller dans quelques instants à Tours. J’attends donc des nouvelles d’Emma. Ben voilà ! Oh là là là, extraordinaire ! Emma, elle est extraordinaire, elle est pile à l’heure. Alors attends, tac, tac, invité, régie, voilà. Emma, bonjour, est-ce que vous m’entendez, Emma ? Emma, m’entendez-vous ? Emma, Emma, m’entendez-vous ? Est-ce que vous m’entendez ? Allô, allô, allô, allô, allô ? Emma, vous êtes à Tours, nous, on vous entend et on vous voit. Ah bon, alors attendez, je vais faire en sorte que Théo puisse convenir de la ligne avec Emma, qui nous a envoyé des photos de la mobilisation de son lycée à Tours. Je vais essayer de vous en montrer quelques-unes en attendant qu’elle puisse nous rejoindre. Voilà, par exemple, cette image-là. Allô, allô, Emma, est-ce que vous m’entendez ? Emma, est-ce que vous m’entendez ? Normalement, vous devriez m’entendre. Allô, allô, allô ? Ah, elle a disparu. Elle a disparu des ondes. Que se passe-t-il ? Elle revient. Merci beaucoup. Elle se reconnecte. Merci beaucoup, Théo, c’est top. À Tours, lycée Balzac, c’est de ce lycée qu’est membre cet élève qui a perdu son œil, qui a été éborgné il y a une petite dizaine de jours aujourd’hui, camarade d’établissement, on pourrait dire, d’Emma. Et donc l’idée avec Emma, c’est de voir où ça en est. Comment ça marche chez vous ? Allô, allô, allô ? Emma, moi je vous entends, est-ce que vous m’entendez ? Dès qu’Emma m’entend, je la mettrai en ligne. Là, manifestement, elle ne m’entend pas. Oui, dans le tchat, dites-moi comment ça se passe par chez vous. Comment ça se passe par chez vous ? Est-ce qu’il y a des enseignants parmi vous ? Est-ce que vous soutenez les élèves ? Comment ça se passe dans les établissements alentour ? Je me prends un petit peu de café. Normalement, elle devrait nous entendre, là. Elle devrait… Moi, je l’entends.
00:07:30Emma
Bonjour tout le monde, bonjour Au Poste.
00:07:32David Dufresne
Alors, comment ça se passe par chez vous, les uns et les autres ? Allô, Emma ? Emma, Emma, Emma ? Ah super ! Bonjour Emma, comment ça va ?
00:07:57Emma
Ça va, et vous ?
00:07:59David Dufresne
Ça va très bien, très content de vous revoir. Alors là, vous êtes dans la nuit tourangelle.
00:08:02Emma
Oui, je suis devant le blocus de la fac des Tanneurs.
00:08:08David Dufresne
Alors, c’est quoi, la fac des Tanneurs ? Racontez-nous, c’est quoi ?
00:08:12Emma
C’est le gros site de l’université de Tours qui est bloqué depuis deux semaines maintenant.
00:08:22David Dufresne
Très bien. Et donc là, vous vous rendez au blocus, c’est bien ça ?
00:08:27Emma
Je suis devant, là.
00:08:29David Dufresne
Vous êtes devant, impeccable. Alors, comment ça se passe depuis qu’on s’est parlé la semaine dernière ? Vous nous aviez enchantés. Alors, j’ai dit à Théo : il faudrait réinviter Emma. Comment s’est passée la semaine depuis lundi dernier pour vous ? Pendant que je mets des photos que vous nous avez confiées de la mobilisation à Tours.
00:08:55Emma
C’était relativement calme, parce que les lycées étaient fermés en début de semaine, donc attendez…
00:09:08David Dufresne
Alors ça, ça, je le reconnais, ce ne sont pas les voltigeurs, ce n’est pas la BRAV-M, ça, c’est une mobylette.
00:09:17Emma
Non, non, on a fait des blocus sur les lycées qui étaient rouverts, on a réussi à bloquer d’autres sites de la fac qui n’étaient pas bloqués encore la première semaine, et voilà, c’était plus tranquille.
00:09:37David Dufresne
Alors donc, plus tranquille, donc vous vous êtes rabattus sur la fac, c’est bien ça ?
00:09:45Emma
Oui.
00:09:46David Dufresne
OK. Est-ce que vous avez participé, ma chère Emma, à la consultation en ligne du gouvernement ?
00:09:51Emma
Pas du tout, non.
00:09:53David Dufresne
Et pourquoi ?
00:09:56Emma
Parce que j’estime que ça ne sert à rien d’investir de mon temps dans du foutage de gueule.
00:10:04David Dufresne
En quoi c’est du foutage de gueule ?
00:10:07Emma
En fait, cette histoire de plateforme en ligne, pour moi, c’est un peu mépriser les élèves et les lycéens mobilisés, parce qu’on sait pertinemment que ça ne va servir à rien, qu’on ne sait même pas s’ils vont vraiment lire ce qu’on dit et ce qu’on écrit. Et c’est un peu de la poudre aux yeux pour essayer de dire : regardez, on a fait quelque chose, on écoute les lycéens. Mais on sait pertinemment que c’est nul.
00:10:33David Dufresne
Hop, hop, hop, hop ! De la poudre aux yeux ? Attendez quand même, le ministre Édouard Geffray a annoncé avoir sorti 3 000 enseignants de son chapeau. Alors, poudre aux yeux ou magie noire ?
00:10:48Emma
Non mais ridicule ! En fait, cette histoire d’enseignants, c’est pire que du foutage de gueule. C’est-à-dire qu’ils nous annoncent 3 000 enseignants, mais on ne sait pas d’où sortent ces enseignants, on ne sait pas ce qu’ils vont faire. Enfin, ils les sortent du jour au lendemain. Ça sous-entend aussi que ces enseignants, ils étaient depuis le début de l’année payés à rien foutre et que maintenant, on va pouvoir les mettre quelque part. Donc ça décrédibilise la profession. Et surtout, on a vu en banlieue parisienne, par exemple, il y a une professeure de maths qui a été affectée en lettres modernes. Enfin, en fait, j’ai même plus les mots, on se moque du monde !
00:11:41David Dufresne
Je voudrais revenir sur les revendications. Est-ce qu’elles ont changé par rapport à la semaine dernière ? Est-ce que vous avez durci vos positions ? Au contraire, arrondi les angles ? Est-ce que vous avez de nouvelles revendications ? Comment ça se passe ?
00:12:02Emma
En fait, pour moi, les revendications, elles n’ont pas changé, elles se sont peut-être étoffées. On a plus de revendications parce que c’est un mouvement qui prend beaucoup plus d’ampleur. On a vu la manifestation de mardi, elle était énorme, on était beaucoup, beaucoup. Et en fait, maintenant, il n’y a plus que les lycéens et les étudiants. On a les profs qui sont avec nous, les syndicats qui sont avec nous. En fait, on est beaucoup plus nombreux, on est plus forts. Et pour moi, on ne peut plus s’arrêter à des revendications purement lycéennes, mais parler des services publics, de l’impact du capitalisme sur nos vies à tous, puisque c’est quand même ça, la base de toutes les luttes et la base de la convergence des luttes, c’est la bataille contre le capitalisme en soi.
00:13:00David Dufresne
Il y a eu samedi une assemblée générale nationale. Est-ce que vous étiez présente ou est-ce que des camarades à vous y étaient ?
00:13:10Emma
Euh, non, non, enfin oui, camarades, c’est un bien grand mot, mais oui, il y a des gens que je connais qui y étaient. Moi, j’ai pas pu participer.
00:13:17David Dufresne
Qu’est-ce que vous en pensez ? Je vais dire rapidement les propositions de cette organisation. C’est de poursuivre les semaines noires, blocage continu, y compris pendant les vacances, créer des caisses de solidarité, étendre les blocages aux gares, routes, ronds-points, places de mairie, voire lieux de travail, chercher, là vous venez d’en parler, la convergence avec les cheminots, les étudiants, les pompiers, les agriculteurs, et rejoindre la mobilisation européenne du 20 novembre contre la militarisation des budgets.
00:13:49Emma
Ça me paraît honnête, j’aime bien. Non mais c’est pas mal, c’est très bien. Voilà, il y a tout, il y a tout ce qu’on revendique vraiment. Et pour moi, l’unité du 20 novembre, c’est hyper important. Alors, peut-être que le 20 novembre, c’est une date un peu trop lointaine, mais si ça nous permet d’avoir un horizon plus large que le 17 octobre pour cette mobilisation, c’est bien. Mais non, pour moi, ce sont des revendications qui sont pas mal et basées.
00:14:27David Dufresne
Demain, c’est une grosse journée de mobilisation. Comment ça va se passer à Tours, par exemple ?
00:14:32Emma
À Tours, comme d’habitude, le matin, on bloque ce qui est ouvert et on déboule en manifestation et on crame la ville.
00:14:43David Dufresne
C’est-à-dire ?
00:14:45Emma
Bah non, mais on fait des tours, on fait courir la police et puis voilà, c’est rigolo.
00:14:53David Dufresne
À propos de police, on voit bien que les choses se tendent, comme de juste, à chaque fois qu’il y a des mouvements de cette ampleur. Est-ce que vous, vous découvrez la brutalité policière ? Est-ce que c’est la première fois que vous en êtes victime ? Vous, quand je dis vous, c’est vous et vos camarades. Ou est-ce que vous saviez déjà ? Comment vous envisagez les choses par rapport à ça ?
00:15:20Emma
Alors, pour moi, je découvre rien du tout. Je n’y avais jamais été confrontée, mais je ne découvre rien dans le sens où, quand même, avec les Gilets jaunes, toutes les manifestations, on sait que la police tue et que la police est violente, que c’est le bras armé de l’État. Ça, on le sait, donc on ne découvre rien en soi. Par contre, je n’avais jamais été confrontée à de la violence comme ce qui est arrivé à Maëlle, dont on a parlé la semaine dernière. Mais surtout, lundi, juste après notre interview, on a été avec un groupe où on était une quinzaine, on s’est fait contrôler par la police de manière assez brutale. Et ça, par exemple, ça ne m’était jamais arrivé.
00:16:08David Dufresne
Assez brutal ? Est-ce que vous pouvez rentrer dans les détails ?
00:16:11Emma
Ils nous ont plaqués contre le mur, ils nous ont fouillés très agressivement. On a un policier homme qui a fouillé une de mes camarades en étant très insistant sur les parties intimes. On a une camarade qui a été interpellée parce qu’elle avait du jus de citron. Elle a été insultée, on a été menacés, la classique, quoi.
00:16:43David Dufresne
Qu’est-ce que vous retenez de la couverture médiatique ?
00:16:47Emma
Qu’on se concentre sur les feux de poubelle et pas sur les revendications, qu’on parle plus de notre soi-disant aliénation par LFI, mais on ne parle pas des violences policières et de la répression hyper violente que subissent les jeunes.
00:17:10David Dufresne
Samo, dans le tchat, vous demande : est-ce que le 17 octobre vous semble mobilisateur ?
00:17:16Emma
Oui, oui, oui. Pour moi, le 17 octobre, la vraie date, pour moi, le 17 octobre, le mouvement ne fera que commencer. On sera nombreux, travailleurs, lycéens, étudiants, syndicats, tout le monde sera avec nous. Et pour moi, ça va être quelque chose. Mais le 17, comme mardi, là. Mardi aussi, je pense que ça va être une grosse mobilisation et ça va être très, très important.
00:17:46David Dufresne
On va, toute la matinée, montrer des pancartes. Il y a une imagination absolument débordante et magnifique. Est-ce que c’est discuté, ces choses-là ? Comment ça se passe, l’élaboration des pancartes, ou est-ce que c’est totalement spontané ?
00:18:07Emma
Nos jeunes ont du talent, on est très bons, on a de l’inspiration. Et puis non, les gens trouvent de l’inspiration sur les réseaux sociaux, mais cette inspiration sur les réseaux, il y a quelqu’un qui y a pensé en amont. Derrière, après, il y a des pancartes qui reviennent souvent. Et puis non, généralement, nos pancartes sont absurdes parce qu’on se moque d’une politique et d’une situation qui est en elle-même absurde. En fait, c’est les politiques et c’est le gouvernement qui nous donnent de quoi être très rigolos. Donc c’est eux qui nous donnent du grain à moudre.
00:18:45David Dufresne
Alors, vous nous avez envoyé un certain nombre de photos, dont une que je mets à l’écran : « Ils veulent nous la mettre, on leur met 68. » Alors, très, très, très bon jeu de mots, là, je dois dire. On apprécie à sa juste valeur le jeu de mots. Mais pourquoi faire une référence à vos grands-parents ?
00:19:06Emma
Parce qu’il y a des similitudes dans ce mouvement. C’est un mouvement qui part des jeunes et qui, globalement, militaient en 68 pour de meilleures conditions d’enseignement, contre les guerres dans le monde, notamment au Vietnam, il me semble. Et nous, on a les mêmes choses. On veut plus de moyens pour nos lycées, il y a énormément de gens qui sont sensibles au génocide en Palestine. En fait, ce sont des revendications qui sont les mêmes dans un contexte qui est différent. Depuis 68, les inégalités se sont creusées et la situation est peut-être un peu plus critique. Ce ne sont pas exactement les mêmes mouvements, mais pour moi, c’est très superposable. Et aussi, la répression policière qu’ont subie ces jeunes en 68, on subit la même aujourd’hui.
00:20:09David Dufresne
Mais on pourrait aussi dire qu’il y a, tous les vingt ans, à chaque génération, 68, 86, 2006 avec le CPE, aujourd’hui la vôtre, il y a comme un reset de la société et une jeunesse qui descend. Donc vous ne faites pas référence, par exemple, ce n’est pas un reproche, c’est juste pour essayer de comprendre, vous ne faites pas référence au CPE, 2006. Donc ça, c’est plutôt vos parents, ou 86, vos parents, on va dire, donc la loi Devaquet, Mai 68.
00:20:45Emma
Ben parce que c’est… Honnêtement, c’était là où on s’en est arrêtés dans les programmes d’histoire, c’est Mai 68. Mais non, non, mais ce sont des mobilisations qui sont importantes, mais moins… Je veux dire, moins grosses, moins médiatisées. Les médias ne parlent que de Mai 68, les médias aussi font le parallèle avec Mai 68. C’est vrai que c’était… Alors, j’y étais pas, mais il me semble que 2006, en tout cas, c’était moins important et sur moins de temps que ce qu’on fait aujourd’hui.
00:21:22David Dufresne
Pas tout à fait, mais pas tout à fait. En réalité, c’était comparable et je pense que les médias, justement, ont la mémoire courte. Mais nous, on y reviendra tout à l’heure. Chère Emma, je ne vais pas vous embêter plus parce que vous avez du travail. Vous avez un blocus à tenir. Juste deux ultimes questions. Justement, à propos du blocus, il y a J Bonnet, que je salue, qui vous demande : est-ce que ce sont des blocages totaux ou filtrants ? Est-ce qu’il y a des lycéens et des profs qui demandent à entrer ? Dans quelles proportions, à votre avis ?
00:21:56Emma
Alors, ça dépend des lycées. En ce qui concerne mon lycée et les autres lycées où j’ai fait des blocus, on essaie de faire un blocus total parce que le blocus filtrant, pour moi, ça sert pas à grand-chose, dans le sens où si on bloque, on bloque. On ne bloque pas une fois sur deux ou une fois sur trois, enfin je ne sais pas. Le but, c’est d’interdire l’accès au lycée pour qu’à la place, ils écoutent ce qu’on a à dire et que peut-être ils ouvrent les yeux sur une situation et qu’ils rejoignent le mouvement. Nous, à Balzac, on a des BTS. La consigne qu’on a, c’était de laisser passer les professeurs et les BTS. Mais sinon, sur tout le reste des élèves, c’est bloqué. Et pour finir, je pense qu’il y a des élèves qui veulent aller étudier, mais c’est une très, très faible proportion, dans le sens où ils sont très contents de rester chez eux et d’avoir des cours en visio un jour sur trois.
00:22:57David Dufresne
Merci beaucoup. Ultime question, c’est à propos de Maël, votre camarade d’établissement qui a donc été éborgné par un tir de policier il y a quelques jours. Avez-vous de ses nouvelles ? Est-ce qu’il y a une organisation autour de lui pour trouver de l’argent, pour les soins médicaux, pour les poursuites judiciaires ? Est-ce que vous pouvez nous en toucher deux mots ? Et après, je vous laisse.
00:23:26Emma
Alors, la famille essaie d’éviter le plus possible les contacts avec les militants parce que, déjà, elle a très, très mal vécu la diffusion des vidéos de Maël, donc de la blessure de Maël. Et il y a eu une fausse cagnotte qui a circulé, par quelqu’un qui n’avait rien à voir avec ce jeune et qui a gagné énormément d’argent. Donc la supercherie a été découverte. Et maintenant, il y a une autre cagnotte qui circule, faite par la vraie famille de Maël, et qui vise à couvrir les frais médicaux et les frais de poursuites.
00:24:09David Dufresne
Merci beaucoup, Emma. Je vais mettre à l’écran votre camarade que vous ne connaissez pas, Jihane, avec qui on va discuter, qui vient de Saint-Denis et du lycée Rosa-Parks. Mais ça me plaît d’avoir cette jeunesse-là à l’écran. Merci beaucoup, Emma, bon courage à vous et à lundi prochain, alors ?
00:24:29Emma
Oui, à lundi, au revoir.
00:24:32David Dufresne
Merci beaucoup. Au revoir, merci beaucoup. Bonjour, vous m’entendez ?
00:24:39Jihane
Je vous entends, mais je ne vous vois pas.
00:24:41David Dufresne
Vous ne perdez rien, nous, on vous voit et c’est parfait. Vous êtes élève au lycée Rosa-Parks à Saint-Denis, 1 150 élèves en voie générale, technologique et professionnelle. Est-ce que, avant de parler longuement de votre lutte, est-ce que vous pouvez nous parler de votre établissement, du lycée ?
00:25:05Jihane
Alors, au niveau des blocus ou au niveau de quoi ?
00:25:08David Dufresne
Non, d’une manière générale, comment… C’est quoi ?
00:25:13Jihane
C’est un lycée, d’abord, qui est très récent, et je crois qu’il a été construit en 2016. Oui. Et c’est polyvalent, donc en fait il y a plein de filières, il y en a des générales, des pros, des BTS. Il accueille beaucoup d’élèves.
00:25:28David Dufresne
Voilà, voilà. Les articles qui le concernent disent qu’il accueille des élèves dits défavorisés. Qu’est-ce que vous pensez de cette expression et est-ce qu’elle est exacte ?
00:25:44Jihane
Je pense qu’en fait, du coup, le lycée accueille des élèves qui viennent des quartiers, notamment de la Plaine, mais il y a aussi des gens du centre-ville, de partout. Mais je pense que oui, ça peut être considéré comme un lycée qui accueille des gens… Enfin, un lycée qui accueille… C’est quoi votre phrase ? Désolée.
00:26:05David Dufresne
Défavorisés.
00:26:08Jihane
C’est un lycée défavorisé parce qu’en fait, on n’a pas forcément le même traitement que les lycées qui sont à Paris ou ailleurs en termes de budget. Et en plus, il n’y a que des élèves qui viennent des quartiers populaires, donc oui, forcément, il y a moins d’argent parce qu’on est dans les banlieues, et voilà.
00:26:29David Dufresne
Merci beaucoup. Quand vous parlez de la Plaine ou du centre-ville, vous parlez de la Plaine-Saint-Denis et du centre-ville de Saint-Denis. Mais tout va bien, oh là là, tout va bien ! Pendant que vous parlez, puisque vous ne voyez pas l’écran, vous ne me voyez pas, mais ce n’est pas grave, je mets également à l’écran des photographies de notre camarade Serge d’Ignazio, qu’il a prises lors de la dernière manifestation à Paris, avec un florilège de pancartes. Alors, concernant la mobilisation, d’abord, qu’est-ce qui se passe à Rosa-Parks ?
00:27:03Jihane
Alors nous, dans notre lycée, il y a eu plusieurs blocus, mais en fait, ça n’a pas pris une grande ampleur, on va dire. Ça n’a pas très bien marché parce qu’on n’était pas forcément organisés. Mais bon, il y avait quand même des revendications. Et finalement, au fil des semaines, on s’est organisés, on a pu discuter avec le proviseur. Donc ça s’était plutôt bien passé. Par contre, il y a une présence systématique de la police devant l’établissement. C’est vrai que dès 7 h du matin, ils sont là et ça fait un peu peur.
00:27:35David Dufresne
Alors justement, il y a eu vendredi une réunion au lycée, tenue à l’initiative de votre proviseur, dénommé Erwan Moran, qui a voulu comprendre. Donc c’était dans l’agora, dans l’amphithéâtre, je crois, du lycée. Vous y étiez ? Est-ce que vous pouvez nous raconter ?
00:27:57Jihane
En fait, j’y étais pas parce que nous, on avait reçu l’information que c’était seulement les délégués de classe qui pouvaient aller à cette réunion. Et finalement, on a appris plus tard qu’il y avait des journalistes et qu’en fait, tout le monde était bienvenu. Donc je n’y étais pas.
00:28:12David Dufresne
Bon, vous êtes au courant de ce qui s’est dit, de comment ça s’est passé ou pas ?
00:28:16Jihane
En fait, vaguement, je n’ai pas eu de retour.
00:28:21David Dufresne
Alors, quelles sont vos revendications ? Est-ce qu’elles sont particulières parce que vous êtes en Seine-Saint-Denis ? Vous l’avez dit à l’instant, il y a un traitement de défaveur, finalement, selon le côté du périph’ dans lequel on est. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
00:28:39Jihane
Alors nous, par rapport à notre lycée, on a quelques revendications, notamment la chaleur, en fait, dans les classes, et le fait qu’il fasse froid en hiver. C’est vraiment problématique parce que là encore, en septembre, on arrivait dans le lycée, il pouvait faire 35 degrés dans les classes. Je ne sais pas si c’était bien illustré, mais il fait vraiment très chaud. Et donc c’est assez compliqué. Il y a des ventilateurs qui ont été mis en place, mais en fait, ça ne suffit pas, un ventilateur pour une salle avec 35 élèves. Et ensuite… On me demande aussi, on me pose la question du matériel qui est vraiment défaillant. Les chaises se cassent, il n’y a pas assez de matériel. Et sinon, c’est aussi… Comment ?
00:29:22David Dufresne
Non, non, je vous en prie, je vous écoute.
00:29:25Jihane
Une dernière chose concernant notre lycée, c’est qu’on n’a pas de réel lieu de vie, de foyer, de… voilà. Donc on demande à ce que ça soit mis en place. Sinon, je pense que ça, c’est plus général, mais au niveau de… Je pense qu’en fait, c’est national. On demande à ce que les emplois du temps soient moins chargés parce qu’il y a beaucoup d’heures de cours et c’est assez compliqué de rentrer tard le soir et de se lever tôt le matin. Enfin, c’est comme ça normalement, c’est comme ça le travail, mais bon, là, pour l’instant, c’est un peu compliqué. Sinon, on demande à ce que le système de Parcoursup soit révisé ou soit supprimé, et les profs non remplacés… Et surtout la question du budget, parce qu’il n’y a vraiment pas assez d’argent qui est mis à ce niveau.
00:30:13David Dufresne
Alors, sur les horaires, est-ce que vous pouvez nous donner votre agenda à vous, par exemple ? L’emploi du temps ? Oui, l’emploi du temps, oui, c’est ça.
00:30:22Jihane
Le lundi, je commence à 10 h et je finis à 18 h. Le mardi, je commence à 8 h et je finis à 18 h. Le mercredi, je commence à 8 h et je finis à 17 h. Le jeudi, je commence à 9 h et je finis à 18 h, et le vendredi, je commence à 8 h et je finis à 18 h.
00:30:42David Dufresne
Voilà, ouais, ce n’est pas terrible. C’est vrai que ce n’est pas terrible. Et vous avez des trous dans cet emploi du temps ?
00:30:52Jihane
Alors moi, pour ma part, je n’ai pas beaucoup de trous. Mais après, je vous avoue, j’ai aussi option latin, donc ça, peut-être que ça joue un peu. Ça rajoute trois heures dans la semaine.
00:31:01David Dufresne
Oh, vous avez option latin ! Figurez-vous que le titre de notre matinale ce matin, c’est « Si vis pacem, educa juventutem ». Oh ! Ça vous dit quelque chose ? C’est une pancarte, en fait, j’ai vu ça sur une pancarte. « Si tu veux la paix, éduque ta jeunesse. » C’est-à-dire, apporte de quoi éduquer ta jeunesse, quoi, voilà. Évidemment, c’est un détournement de « Si vis pacem, para bellum », « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Si tu veux la paix, prépare ta jeunesse, quoi. Voilà. Pas mal, hein, c’est pas mal. Vous avez parlé de chaises cassées, de salles avec une chaleur épouvantable, le manque de matériel. Or, votre lycée, vous l’avez dit, il a juste dix ans, c’est ça ?
00:31:58Jihane
Ouais, il est récent, mais bon, là, ça commence à se faire remarquer. Rien que la dernière fois, il y a un élève qui s’est assis et la chaise s’était cassée en dessous, du coup. Enfin, il est tombé.
00:32:09David Dufresne
Ah ouais, mais comment on explique ça ? Vous avez pu discuter avec le personnel de la fac ? Du lycée.
00:32:23Jihane
Au blocus, on était un petit groupe d’élèves, en fait, à demander les revendications un peu à tout le monde et à aller voir le proviseur. Enfin, dans ce cas-là, c’était l’adjoint, pour avoir des réponses. Et par rapport aux chaises, il nous a dit qu’il y avait du stock qui était disponible et donc on pouvait lui demander si besoin.
00:32:43David Dufresne
Il y a demain une grosse journée de mobilisation. D’abord, je ne vous ai pas demandé, mais le lycée actuellement, Rosa-Parks, il est bloqué ou il ne l’est pas ?
00:32:53Jihane
Aujourd’hui, normalement, on devait bloquer. Mais, nous quand on bloque, c’est pas un blocage total. En fait, tout le monde peut rentrer s’il a envie, puisque le proviseur, il en a décidé comme ça. Donc voilà.
00:33:04David Dufresne
C’est ça.
00:33:05Jihane
Oui, c’est censé être bloqué, mais on ne sait pas si ça va marcher parce qu’il n’y a pas grand monde qui est motivé.
00:33:11David Dufresne
J’ai vu sur les pancartes, là, j’en montre une, un certain nombre d’allusions aux violences sexistes et sexuelles, en disant : « Occupez-vous du viol, pas du voile. » Beaucoup de pancartes, disons, sur la pédocriminalité, etc. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui traverse votre génération autour de ça ?
00:33:40Jihane
Je pense qu’en fait, par rapport à ça, c’est que les jeunes utilisent aussi cette mobilisation, cette lutte, pour revendiquer des choses plus politiques, au-delà des revendications lycéennes. Et donc c’est un ras-le-bol général. Il faut savoir que c’est un sujet qui revient beaucoup parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont concernées. Et ce n’est pas bien pris en charge par la justice, donc je pense que voilà.
00:34:20David Dufresne
Et dans les préoccupations qui vont au-delà de celles de votre qualité de lycéen, lycéenne, étudiant, étudiante, il y a quoi ?
00:34:31Jihane
Alors, ce qui revient souvent, c’est la guerre, en fait, qui gangrène un peu le monde, un peu partout. Donc, comme vous l’avez dit, les violences sexistes et sexuelles. Et sinon, voilà, enfin, je ne me rappelle pas des autres, mais en tout cas, je sais que la guerre, ça revient.
00:34:52David Dufresne
Alors demain, est-ce que vous allez être mobilisée ou pas ? Il y a une grande journée.
00:34:59Jihane
Demain, oui, on compte se mobiliser. Donc on veut essayer de se mobiliser déjà devant le lycée dans la matinée et ensuite partir tous ensemble à la manifestation. Donc on espère que ça va pouvoir se faire, mais voilà.
00:35:14David Dufresne
Laquelle de manifestation ? Vous allez vous rendre à Paris ou vous allez rester à Saint-Denis ?
00:35:18Jihane
Oui, à Paris. Je pense qu’il y a des infos qui ont circulé. Je crois qu’on part de l’Hôtel de Ville, je me rappelle.
00:35:28David Dufresne
Il y a une fédération, on va dire. Ah, on vous appelle à vos devoirs, là, c’est ça ? Il y a quelqu’un qui vous parle, là ? C’est ça ? Non ? Non, non ? Ah, j’ai cru, pardon, pardon. Oui. Qu’est-ce que vous pensez de vos représentants syndicaux lycéens ?
00:35:47Jihane
Alors nous, en fait, déjà dans notre lycée, on n’a pas de syndicat lycéen et on n’a pas été en contact avec un certain syndicat.
00:36:01David Dufresne
Il y a un syndicat qui est en train de se monter, un syndicat de lycées de quartier, justement, en disant : les représentants nationaux ne nous représentent pas vraiment, ils représentent les centres-villes et pas les quartiers. Est-ce que vous avez le même ressenti ?
00:36:22Jihane
Alors vraiment, je vous avoue, je ne sais pas du tout. Je ne suis pas l’histoire des syndicats, tout ça. Je n’ai jamais été dans un syndicat, et pareil pour mes camarades.
00:36:35David Dufresne
Ce n’est pas fastoche, alors. Mais par exemple, sur le ressenti, vous, vous êtes Dionysienne, de Saint-Denis. Comment vous ressentez le regard du ministère, le regard des médias, le regard de la société sur vous ?
00:36:58Jihane
Alors forcément, on fait une différence, une différence de traitement, et aussi d’ailleurs de traitement médiatique. Enfin, ce n’est forcément pas les mêmes images qui sont données à voir ici et ailleurs. Et oui, même en fait à l’école, dans l’école publique, ça a toujours été comme ça et il y a moins de moyens qui sont mis en place, tout simplement.
00:37:21David Dufresne
Sur Parcoursup, quel est le fond de vos revendications ? Puisque ça aussi, ça revient énormément dans vos assemblées. Ça revient.
00:37:34Jihane
Le problème, je pense, c’est que Parcoursup, c’est un système où on va tout de suite pouvoir voir d’où on vient, alors qu’il me semble qu’avant, on ne pouvait pas voir. Donc là, systématiquement, quand on va voir qu’on vient du 93, il n’y aura pas les mêmes chances que les autres dans les écoles et les facs auxquelles on va postuler, les filières…
00:38:01David Dufresne
Est-ce que le 17 octobre, qui est un autre jour, c’est le tchat qui vous le demande, est-ce que le 17 octobre, le lycée Rosa-Parks a décidé de se mobiliser ou c’était encore une date trop lointaine pour vous ?
00:38:18Jihane
Il me semble qu’on n’a rien prévu, en fait, tous entre nous, mais il y a sûrement des gens qui vont y aller, mais on ne va pas partir en groupe.
00:38:29David Dufresne
Jihane, vous ne m’avez pas dit, avez-vous participé à la consultation en ligne du gouvernement ?
00:38:36Jihane
Ah, euh, non.
00:38:40David Dufresne
Et pourquoi ?
00:38:43Jihane
Je ne sais pas, j’ai entendu parler, mais je me suis pas penchée sur la question.
00:38:55David Dufresne
Ce sera ma dernière question. Qu’est-ce que ce mouvement vous fait, à vous et à vos camarades ? Est-ce qu’il vous transforme ? Est-ce qu’il vous transcende ? Est-ce qu’il est l’objet de mille discussions ? Comment ça se passe entre vous ?
00:39:12Jihane
Oui, c’est sûr qu’en ce moment, on en parle beaucoup. Ça prend une place, en fait, dans nos échanges au quotidien, et on trouve que c’est quelque chose de très beau de voir que tout le monde se mobilise, que tout le monde a quelque chose à dire. Et en fait, ça donne de l’espoir pour la suite. Mais après, les mobilisations sont souvent ternies par les violences policières, en vérité.
00:39:38David Dufresne
Justement, on va parler de violences policières dans quelques instants. Jihane, merci beaucoup d’avoir pris le temps et de vous être levée tôt et d’avoir encore plus allongé votre agenda pour nous. Je peux vous dire que les gens dans le tchat trouvent vos horaires hardcore. Vous remercient pour votre témoignage, vous souhaitent une bonne lutte. « Merci à notre jeunesse de nous redonner de l’espoir en ces temps sombres », nous dit Nahéry. « Merci beaucoup », nous dit Le Paysan Sandwich. « Merci », vous dit Euryale. « Merci », vous dit Lirus. « Merci beaucoup », vous dit Crapulover.
00:40:19Jihane
Merci à vous de nous soutenir, c’est important aussi d’avoir le soutien des adultes dans tout ça.
00:40:26David Dufresne
Eh ben merci beaucoup, on prendra de vos nouvelles. Et si, ultime question : qu’est-ce que Rosa Parks penserait de votre mouvement, d’après vous ? Oh, monsieur ! Ah ben ouais, c’est une dissertation surprise. OK, on y va !
00:40:44Jihane
Je pense que ce n’est pas seulement de la fierté qui ressort, parce que la lutte, c’est beau et c’est important, en fait.
00:40:54David Dufresne
Merci beaucoup, bonne journée à vous, prenez des forces et puis à très, très bientôt. Merci encore. Au revoir, merci beaucoup. Voilà, chers amis, nous allons maintenant parler de la police, de violences policières. Je vais donner la parole à Valentin Hénault, mais d’abord, un petit point météo, parce que c’est une matinale, n’est-ce pas ? Et si on ne fait pas de météo, on se fait taper sur les doigts. Alors, la météo, non pas la météo des luttes, comme vous le savez sans doute, en règle générale, on a une météo des luttes dans France Déter. Mais là, en ce moment, on fait tout… Tiens, comment ça se fait ? Bon, ce n’est pas grave, hop ! Voilà la petite météo du jour. Je vous laisse regarder. D’habitude, on fait la météo des luttes, mais là, on est à fond sur les luttes lycéennes. Et par ailleurs, vous le savez peut-être, tous les lundis à midi, Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci, fait le journal des luttes depuis son grenier. C’est dans l’émission Six mois ferme, puisqu’il est assigné à résidence depuis maintenant quelques jours, il est muni d’un bracelet électronique, il ne peut pas sortir de chez lui. Eh bien, nous lui avons donné la possibilité de s’exprimer depuis son grenier et d’inviter tout un tas de gens qui luttent partout en France. Et Julien nous donne également la météo des luttes. Alors, Valentin, ça va être à vous dans quelques instants. Ne bougez pas, ne bougez pas. Invité, plus le tchat, c’est ça. Invité, plus régie, là. Bonjour Valentin, est-ce que vous m’entendez ?
00:42:53Valentin Hénault
Oui, je vous entends, je ne vous vois pas, mais je vous entends.
00:42:55David Dufresne
Vous ne perdez rien, ce n’est pas grave, on essaiera d’arranger ça pour les prochains jours. Vous êtes écrivain, vous êtes réalisateur, d’ailleurs vous avez la tête de ça, vous êtes également journaliste, vous avez également la tête. Vendredi, vous m’avez envoyé un e-mail en me disant : « J’ai lancé une pétition afin d’exiger la transparence du ministère de l’Intérieur sur la gravité et les causes des blessures des forces de l’ordre lors des manifestations. » Et je vous ai dit : « Valentin, vous êtes convoqué Au Poste lundi matin. »
00:43:26Valentin Hénault
Alors oui, j’ai lancé cette pétition vendredi. Elle a recueilli 5 000 signatures en deux jours. Je l’ai accompagnée de vidéos sur les réseaux sociaux qui ont été extrêmement vues, plus d’un million de vues en très peu de temps. Et mon problème, c’est les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur sur le nombre de policiers blessés. Alors là, on en est à 750, je crois, contre 200 lycéens blessés. C’est des forces de police qui sont attaquées, subissent une violence très importante, et c’est des chiffres qui, d’ailleurs, reviennent à toutes les mobilisations. Pendant les Gilets jaunes, il y a des milliers et des milliers de policiers blessés. Sauf que je me suis rendu compte qu’on n’a aucune indication sur ces chiffres, ni en termes de gravité, on ne sait pas si c’était un bleu, une ecchymose ou un policier hospitalisé, ni en termes de causalité. C’est-à-dire qu’on ne sait pas si c’est provoqué par un jet de cocktail Molotov sur un policier ou si c’est un policier qui s’est foulé la cheville en chargeant, par exemple, ou par ses propres armes. Et il n’y a pas de justificatif non plus. Or, ces chiffres, ils sont vraiment repris par tous les médias. Je les vois constamment dans les comptes rendus du Monde, dans les chaînes d’info. Je les vois aussi sur Mediapart et ils ne sont jamais interrogés. Pour moi, ces chiffres, ils font partie d’une communication policière, d’une communication du ministère de l’Intérieur qui a deux versants. Le premier versant, c’est de dire : « Les policiers ne blessent pas, il n’y a pas de violences policières. » Et ça, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont énormément travaillé là-dessus, vous en faites partie avec Allo Place Beauvau, de fournir des images, de montrer qu’on a des éléments attestant d’un certain nombre de violences commises par la police. Mais un deuxième versant de la communication, c’était de dire : « Les policiers sont pris pour cible. » Et moi, ce versant-là, j’ai dit : où sont les images ? Quelle est la gravité des blessures ? Est-ce que les policiers sont réellement mis en danger dans les manifestations ? Ou est-ce que c’est juste un élément de langage ?
00:45:29David Dufresne
Alors, le ministère de l’Intérieur, relayé par Matignon, a donné, c’était le 7 octobre, près de 800 policiers et gendarmes blessés. Donc ça, c’est ce chiffre-là. Vous, vous parlez donc de narratifs à déconstruire. Depuis que vous avez lancé la pétition, est-ce que vous avez été contacté par différents médias, par différentes ONG et associations qui se disent : « Ah bah ouais, tiens, il y a peut-être une idée à creuser » ?
00:46:01Valentin Hénault
Non, pas encore. C’est moi qui vais pousser la démarche en cherchant des relais politiques. Je compte faire une demande au ministère de l’Intérieur et possiblement passer par la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, mais j’ai été contacté par aucun média. Par contre, j’ai été contacté par un nombre incalculable de gens qui me disent qu’ils pensaient la même chose depuis des semaines. On voit ces chiffres s’afficher, on les trouve improbables parce qu’ils sont contre-intuitifs. Donc vous avez des forces de police qui sont entraînées, dont tout le monde voit l’armement. Vous avez des élèves qui sont très jeunes, qui sont désarmés. Comment il peut y avoir une telle disproportion dans les blessés ? Je pense que c’est quelque chose qui sollicite beaucoup les gens. Ils se disent qu’il y a anguille sous roche ici, c’est quelque chose qu’il faut interroger. Donc je n’ai pas été contacté par les médias, mais j’ai senti un fort désir que je partage, moi. Moi, ce sont des chiffres qui m’estomaquent, en fait, depuis dix ans. Quand je revenais de manifestations des Gilets jaunes, où j’avais vu déferler une violence de la police que moi, je trouvais hallucinante, où j’avais vu des gens embarqués sur civière, j’ai déjà vu des personnes perdre un œil devant moi, et j’ai jamais vu un policier blessé. Et je rentrais chez moi, j’allais lire Le Monde, j’allais lire la presse classique et je voyais des décomptes de policiers blessés et rien sur les manifestants. Donc je pense qu’il y a une forte demande de transparence.
00:47:28David Dufresne
Alors, la méthode de comptage, vous savez, que ce soit côté manifestants, il a fallu des années et des années pour que la police donne des chiffres. Et encore, ils sont, pour le coup, évalués à la baisse. Et puis, il y a donc ces chiffres de policiers blessés. J’ai retrouvé une question à l’Assemblée qui date de la période 2002-2006, c’est-à-dire qu’elle a plus de vingt ans, qui posait exactement la même question que vous. Et la réponse ministérielle de l’époque, qui est donc ancienne, de plus de vingt ans, précisait que les statistiques de la maison police incluaient toutes blessures entraînant au moins un jour d’ ITT, y compris sur le trajet. C’est-à-dire qu’un policier qui se blesse, par exemple, dans un panier à salade parce que trop secoué, eh bien, il fait partie du comptage. Donc c’était il y a déjà plus de vingt ans.
00:48:29Valentin Hénault
Je suis intimement persuadé que ce n’est plus le cas, que des blessures n’entraînant pas d’ ITT sont également comptées. Le seul article, j’ai fait une recherche documentaire, que j’avais trouvée dans la presse sur le sujet, ça date du JDD, en 2019, sur le mouvement des Gilets jaunes. Et eux citent, en contexte, une source policière bien informée qui affirme que trois quarts de ces blessures ne feraient l’objet d’aucun jour d’ ITT. Donc ça pourrait aller beaucoup plus loin et ça pose aussi un autre sujet. Si vous regardez les faits circonstanciés, qu’est-ce qui est sorti ? Quels faits on a sur des policiers blessés ? Les seuls faits qu’on a de circonstanciés… Bon, on a des vidéos de policiers tabassés, ça ne dit pas forcément qu’ils sont blessés, il y en a deux, des vidéos comme ça. Les seuls faits que l’on a sur des policiers hospitalisés, ce que j’ai trouvé, ça vient du Progrès, le journal Le Progrès, c’est dans un lycée près de Givors, où deux policiers ont été blessés gravement par l’explosion de leurs propres grenades. Ça, c’est les seuls faits circonstanciés qu’on a. Pendant le mouvement des Gilets jaunes, la blessure la plus grave sur un policier, un membre du GIPN à La Réunion, c’était une main arrachée à cause de l’explosion d’une grenade dans sa propre voiture. Donc on peut aussi se dire qu’une grande partie de ces blessures seraient causées par les armes mêmes de la police. Et en fait, ça inverse complètement le narratif du ministère de l’Intérieur parce que le danger, il ne vient plus d’une foule de manifestants à réprimer, mais il viendrait des forces de l’ordre elles-mêmes et de leur manque de formation ou de leur manque de sérieux. Enfin, ça pose une tout autre question, quoi.
00:50:05David Dufresne
Alors, à propos des policiers de Givors, il y a donc, c’était avant-hier, c’était, oui, samedi, le média Contre Attaque, que nous saluons, de Nantes, qui a noté que les deux seuls agents, selon lui, hospitalisés, connus de ces deux dernières semaines, se sont brûlés avec leur propre grenade, qui est une grenade qui a éclaté dans leur voiture. Deux policiers brûlés en marge des manifestations lycéennes. Voici donc l’article de Contre Attaque que vous citiez probablement aussi. Alors là, il y a un petit effet d’image quasiment inversé. Vous savez que les chaînes d’info, quand elles invitent un lycéen, elles mettent derrière des images de violence, de feux de poubelle, et ce qui fait que ce que l’invité dit est contredit par l’image. Et là, ce que je fais, moi, mais voilà, on a des petits voyages. Je fais ça tout seul, je pars de photos de Serge d’Ignazio, camarade s’il en est, et j’avais fait une petite sélection de pancartes contre la police. Et donc, d’une certaine manière, là, je fais un contre BFM, un contre LCI. Et donc, comme nous ne sommes ni BFM ni LCI, je me dois d’être un petit peu honnête intellectuellement. Il se trouve qu’il y a des affrontements avec les policiers. La question n’est pas de savoir qui les déclenche, dans ma question, mais il y a là des corps-à-corps, quasiment. Et ça, je ne dirais pas que c’est nouveau, mais il y a quelque chose d’assez fort. Donc on peut penser qu’il y a effectivement des policiers qui sont blessés, mais pas par centaines, ça, c’est sûr. Mais est-ce que vous prenez en compte le fait qu’il y a quand même un durcissement dans le corps-à-corps, qui est quand même assez singulier ?
00:52:11Valentin Hénault
Franchement, on a vu effectivement quelques images de manifestants qui vont au contact. On l’avait déjà vu dans d’autres manifestations. Après, quand on en est témoin, physiquement, ça reste des gens à mains nues contre des boucliers, des armures. Moi, je ne trouve personnellement pas ça si impressionnant, en tout cas du côté du risque auquel font face les forces de l’ordre. Une autre chose que je voulais rajouter, c’est qu’on parle dans tous les médias de tirs de mortier sur les policiers. « Ils ont subi des tirs de mortier, ils ont subi des tirs de mortier, ils ont subi des tirs de mortier. » Un mortier, c’est une pièce d’artillerie qui sert à lancer des obus. Donc ce que reçoivent les policiers, ce ne sont pas des mortiers. C’est des mortiers d’artifice, mais c’est un abus de langage sur des feux d’artifice qui sont disponibles dans le commerce. Donc si on commence à dire : « Ils ont reçu des tirs de feux d’artifice », et pas des tirs de mortier, déjà, on n’est plus sur ce terrain d’une guerre à laquelle les policiers feraient face. Mais moi, j’ai discuté très souvent avec des policiers, j’ai déjà été arrêté dans des manifestations aussi. Et très souvent, un discours qui vient même du sein de l’institution policière, c’est de dire : « Oui, vous n’avez pas vu tel collègue qui a été brûlé, tel autre… » Ils ont vraiment le sentiment de faire face à des menaces importantes. Mais je me demande à quel niveau c’est des menaces réelles. Parce que si vous regardez aussi les policiers morts en service, on en a eu douze l’année dernière, douze policiers morts en service. Il y a une association qui s’appelle Memorial Police, qui fait la liste de ces policiers morts au devoir, avec les circonstances. Moi, je suis allé regarder sur les années 2026-2025 et j’encourage les gens à le faire. Il n’y a presque que des policiers morts dans des accidents de circulation ou de crise cardiaque. Et encore, dans les accidents de circulation, ce n’est pas dans des courses-poursuites, c’est souvent en se rendant sur leur lieu de travail ou en en revenant. Donc on pourrait aussi faire un mémorial des infirmiers, des aides-soignants morts pour le devoir en se rendant à l’hôpital. Ce n’était pas pour dire qu’il n’y a aucun risque dans le métier de policier, je ne veux pas dire ça, mais c’était pour dire qu’il y a aussi une auto-intoxication au sein de l’institution policière, de cette croyance qu’ils font face à des dangers. Et qui, pour moi, se marie aussi à une culture de la virilité. On est viril, on est des gens attaqués, on riposte. Et je pense que c’est beaucoup plus aisé pour eux de se voir ainsi que de se voir comme ce qu’ils sont, c’est-à-dire des gens lourdement armés, avec des armes très dangereuses, qui, dans les manifestations de voie publique, font face à des gens complètement désarmés. Et je pense que c’est beaucoup plus facile aussi d’accepter leur propre position en se voyant comme ça. Tout ça pour dire que je pense qu’il y a un narratif à déconstruire aussi de leur propre point de vue.
00:55:02David Dufresne
À propos de narratifs à déconstruire, j’aimerais, là, m’adresser au réalisateur que vous êtes. Comment vous expliquez qu’un feu de poubelle soit plus télégénique qu’un éborgnement ?
00:55:19Valentin Hénault
Il y a quelque chose peut-être dans le feu qui suggère le chaos, je ne sais pas, mais c’est complètement irrationnel. C’est comme le mot « violence », c’est un mot fourre-tout où on peut mettre effectivement une poubelle qui brûle, un « putain » quand on se fait bousculer dans la rue, ou quelqu’un qui tabasse à mort quelqu’un d’autre. C’est des violences de nature complètement différente et qu’il ne faudrait pas regrouper sous le même mot. Mais oui, on le voit tous, il y a un aveuglement total des médias mainstream et des chaînes d’information, qui vont aller se terrifier pour ces destructions matérielles et qui ne vont même pas montrer les images de violences policières, qui ne vont même pas ressentir d’empathie. Donc ils ont un filtre en eux qui les fait voir quelque chose et qui les empêche de voir quelque chose d’autre. Et moi, sur les feux de poubelle, la phrase que je trouve très drôle, qu’on peut décliner, et qu’on a dans les manifestations depuis dix ans, c’était : « Soutien aux familles des vitrines » ou « Soutien aux familles des poubelles ». C’est-à-dire qu’il n’y a pas de famille derrière une poubelle, il n’y a pas de souffrance humaine. Donc je pense que dans une échelle de valeurs…
00:56:27David Dufresne
C’est parce que vous ne travaillez pas chez Jean-Claude Decaux que vous dites ça ?
00:56:31Valentin Hénault
Oui, c’est vrai, je comprends ça, il faut racheter la douleur des éboueurs.
00:56:39David Dufresne
Non, ça, c’est vrai que pour les éboueurs, moi, j’ai l’habitude de terminer les lives en les filmant parce que, malgré tout, c’est ceux qui passent en dernier et c’est vrai qu’ils ont un boulot de dingue. Mais bon, voilà, ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas manifester, n’est-ce pas ? Mais non, pour eux, c’est compliqué. C’est du boulot, il n’y a pas à dire. Il y a des gens dans le tchat qui me disent que votre pétition est bloquée. Alors, je ne sais pas pourquoi on me dit ça.
00:57:22Valentin Hénault
Je vais regarder, je viens de me lever ce matin, mais hier, elle n’était pas bloquée.
00:57:28David Dufresne
Bon, qu’est-ce que vous envisagez comme suite ?
00:57:36Valentin Hénault
Comme je vous dis, je cherche des relais politiques et médiatiques. Alors, je me disais d’écrire aux médias pour leur demander de s’emparer du sujet. Et moi, je vais faire une demande en tant que simple citoyen. Vous m’entendez ?
00:57:49David Dufresne
Oui, oui, tout à fait.
00:57:51Valentin Hénault
Je vais faire une demande en tant que simple citoyen au ministère de l’Intérieur. Si cette demande n’a pas reçu de réponse sous un mois, ce qui me semble le plus probable, saisir la Commission d’accès aux documents administratifs. Mais j’encourage vraiment les médias qui utilisent ces chiffres à s’unir à cette demande et à interroger leur utilisation de ces chiffres, parce que c’est une utilisation qui est absolument constante et qui n’est pas neutre, qui a un sens, qui envoie un message. Et ce message, c’est que les policiers ont subi des violences nombreuses, or il n’y a rien qui permet de l’attester.
00:58:32David Dufresne
Je vais vous rassurer, en tout cas c’est le tchat qui va le faire. Vérobe dit que non : « Je viens de signer la pétition sans problème. » Donc, Aupostiens et Aupostiennes, vous pouvez vous rendre sur le site Change.org. Euryale vous a mis le lien dans le tchat et on le remettra sur le site auposte.media, comme elle le fait à chaque fois, tous les liens, y compris celui-ci. Merci beaucoup de nous avoir accordé un petit peu de temps, Valentin. Est-ce que vous serez dans les rues demain ? Est-ce que vous serez dans les rues le 17 ?
00:59:09Valentin Hénault
Moi, je me réserve dans les prochains jours parce que je suis en Bretagne, mais je reviens à Paris et le 17, je serai là.
00:59:15David Dufresne
Ah ouais, il y a de l’entraînement sportif, là, chez vous, quoi. On se repose, on repose le corps pour mieux repartir, c’est ça ?
00:59:26Valentin Hénault
Parfois, il y a un épuisement de la manifestation et de la violence qu’on absorbe malgré soi. Je pense qu’il faut se ménager et pouvoir revenir aux grosses dates.
00:59:37David Dufresne
Merci à vous, vous dit Plume d’oie. Merci, vous dit Vérobe, qui vient donc de signer : « Je n’avais pas vu passer cette pétition. » Courgette Cosmic vous dit que c’est signé. Samo vous dit : « Vive la Bretagne ! » Père Oxyde vous dit merci. Il y a aussi tout un tas de considérations concernant les médias dans le tchat. Votre initiative fait jaser et c’est tant mieux, et on est bien contents d’avoir apporté notre petit éclairage dessus. Je trouve que, comme vous le disiez en introduction, c’est le deuxième versant d’un narratif médiatique, qui est entre celui des interpellations de manifestants, celui des blessés de policiers. C’est quelque chose qui est arrivé à peu près avec les Gilets jaunes, en réalité. Quand les chiffres de manifestants blessés sortaient, qu’ils étaient considérables, l’Intérieur, et surtout les syndicats de police au départ, essayaient d’allumer une sorte de contre-feu médiatique en disant : « Non mais attendez ! » Et ce qui amène à quelque chose de terrible, qui est de l’ordre de la loi du talion, quoi. C’est œil pour œil, blessé pour blessé. Et vous, vous dites : le caractère des blessures n’est pas le même. Mais on peut aussi ajouter que, justement, la République, ce n’était pas la loi du talion, c’était pour empêcher la loi du talion. Mais bon, voilà. Merci, merci beaucoup Valentin, bonne Bretagne à vous et puis faites-nous signe quand vous êtes à un million de signatures ou à 500 000, pour que ça devienne un débat à l’Assemblée.
01:01:24Valentin Hénault
D’accord, je ne doute pas qu’on y arrivera et que ce sera débattu dans l’hémicycle, ça me semble une évidence.
01:01:30David Dufresne
Une évidence, bien sûr. Et on sera là. Merci beaucoup, Valentin. Merci, à très bientôt. Les amis, je n’ai même pas le temps de boire mon café tellement nous avons d’invités. Merci à Théo qui nous a aidés. Je vois qu’il y a beaucoup de monde. Vous êtes en direct sur France Déter. Il est 8 h 02, l’heure d’aller voir Julie Ferrua, de Solidaires, qui, je crois, est là. Voilà. Alors attends, est-ce que ? J’ai un petit trou. Comment je fais ? Invité plus tchat, invité plus régie. Voilà. Bonjour, bonjour, bonjour. Vous m’entendez ? On vous entend très bien. Merci beaucoup de votre patience. Je vous voyais dans les loges, on pourrait dire en régie, vous étiez à l’heure. Bravo. Comment allez-vous ?
01:02:24Julie Ferrua
Ça va, ça va. C’est bien quand il y a un mouvement, ça donne de la pêche.
01:02:30David Dufresne
Vous êtes co-secrétaire générale de Solidaires, c’est bien ça ?
01:02:34Julie Ferrua
Co-déléguée générale, oui.
01:02:36David Dufresne
Oh la vache, c’est compliqué, vos trucs ! C’est quoi, la déléguée générale ? C’est au-dessus du secrétaire général ou en dessous ?
01:02:43Julie Ferrua
C’est plutôt les co-porte-parole.
01:02:46David Dufresne
Ah, voilà. Alors attendez, je vais baisser un peu votre son, parce qu’en termes de parole, vous y allez. Bon, alors, votre comité national a donc fait une déclaration les 7 et 8 octobre, disant que vous souteniez évidemment la mobilisation des lycéens. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire de votre soutien ?
01:03:16Julie Ferrua
Alors déjà, ce qui a été beaucoup discuté au comité national, c’est que les revendications lycéennes, ce sont des revendications que l’on porte depuis longtemps, que ce soit en termes de matériel pour les écoles, mais pas que, que ce soit en termes de services publics. Et puis, après l’été caniculaire qu’on a passé, on a vu que, voilà, ça a été dit par les lycéens ce matin, des classes où il faisait 35 degrés, c’est impossible d’étudier. Voilà, de véritables passoires thermiques dans les écoles, ça fait partie des choses que l’on condamne au sein de l’Union syndicale Solidaires et pour lesquelles on veut un véritable changement. Donc du coup, quand on a eu la conversation en comité national, effectivement, ça paraissait évident qu’on rejoindrait le mouvement en cours et qu’on allait appeler à la grève. Et cet appel à la grève, alors on l’a fait au niveau national, mais on voit qu’il y a aussi plusieurs structures qui appellent à la grève demain, qui ne sont pas forcément des structures de l’éducation. C’est notamment nos camarades de Solidaires Finances publiques ou SUD Rail, parce qu’en fait, les revendications lycéennes rejoignent les revendications du monde du travail.
01:04:28David Dufresne
Alors, je vais vous laisser deux minutes, le temps que mon café coule, parce que j’ai coupé mon micro et là, vous allez pouvoir dérouler, faites-vous plaisir, les revendications du monde du travail qui rejoignent celles de l’éducation. Et je commencerai peut-être par une petite question, c’est : est-ce que Solidaires Éducation, est-ce que vous aviez déjà eu des frémissements, des retours de vos adhérents, de vos membres sur ces questions-là avant l’explosion, depuis maintenant une dizaine de jours, du mouvement lycéen ? Je coupe mon micro, je me fais un café. Régalez-vous !
01:05:12Julie Ferrua
Alors en fait, effectivement, nos camarades de SUD Éducation se sont mobilisés juste avant l’été par rapport à leurs conditions de travail, et notamment, comme je l’ai dit tout à l’heure dans l’introduction, par rapport aux passoires thermiques de certains établissements, avec aucun moyen qui était mis en place pour faire face à la canicule. Donc des salles où il faisait 35, 38, 39 degrés. Beaucoup de professeurs ont eu à acheter sur leurs fonds propres des ventilateurs pour pouvoir faire cours dans des conditions… Alors, je vais dire correctes, non, ce n’est pas des conditions correctes quand on fait cours avec un ventilateur, quand il fait 32 degrés dans une salle. Ce n’était pas des conditions correctes, mais pouvoir faire cours, voilà, tout simplement. Donc il y a toute cette mobilisation-là juste avant l’été, et puis bien sûr les manques de moyens qui sont criants dans l’éducation depuis maintenant plusieurs années, les suppressions de postes qui continuent, des établissements qui ne sont pas entretenus. La colère était là et elle montait, ça, même depuis plusieurs mois, voire années. Et là, effectivement, ça a explosé à la rentrée parce que, voilà, c’était caniculaire et c’est toujours aussi chaud. Enfin, je ne sais pas si on réalise que les mobilisations de la semaine dernière, en fait, on avait encore extrêmement chaud pour un début octobre, tout comme la mobilisation du 29 septembre qui avait rassemblé beaucoup de personnels des services publics. Voilà, et du coup, toute cette grogne qu’il y a eu durant l’été, en fait, nous, on sentait qu’elle était toujours à la rentrée. Il y a aussi, à la rentrée, des mobilisations qui ont eu lieu pour le climat, pour dénoncer aussi ce qui s’est passé. Voilà, nous, c’était : « On ne tournera pas la page. » Et là, ce qu’on s’était aperçu, c’est qu’il y a d’abord la mobilisation des pompiers les 27 et 28 septembre, puis le 29 septembre, la mobilisation de la fonction publique, et sur laquelle se sont enchaînées les mobilisations des lycéens. Là, on subit une répression comme il y a longtemps qu’on ne l’avait pas vue, même qu’on ne l’avait jamais vue, qui était plus violente. Dans les chiffres qu’il y a, ça montre que cette répression est plus violente que lors des Gilets jaunes.
01:07:41David Dufresne
En termes de violences, peut-être pas, mais par contre, en termes de répression judiciaire, d’interpellations, d’arrestations, pas encore tout à fait de comparaison immédiate. Mais ça, on en parlera tout à l’heure, à 8 h 20, avec le Syndicat de la magistrature. Comme vous l’avez remarqué, mon café est prêt, donc j’ai repris le micro. Donc là, on parlait des revendications. Dans votre texte, vous parlez d’un mouvement d’une ampleur historique. Sur quoi vous basez-vous pour employer ce terme d’ampleur historique ?
01:08:27Julie Ferrua
Sur ce point, on se base sur le fait que c’est vraiment un mouvement qui a pris de l’ampleur sur tous les territoires. C’est-à-dire qu’il s’est étendu dans tous les lycées aujourd’hui, quasiment. Il s’étend aux facs. C’est un mouvement qui a surpris clairement le gouvernement, qui ne s’attendait pas à ça. Et d’ailleurs, on voit que de suite, le gouvernement a essayé de le réprimer pour l’étouffer. Et en fait, ça a fait l’effet totalement inverse. Alors après, je ne comparerai pas à Mai 68, parce que je n’étais pas née, d’une part, mais surtout, ça part des facs en Mai 68, et là, ça part vraiment des lycées. Et puis ça part de cette jeunesse qui se dit qu’elle n’a plus d’avenir. Donc il y a aussi cette angoisse de l’avenir, de la jeunesse, qui s’est gagnée partout.
01:09:22David Dufresne
Alors, j’ai regardé les chiffres pour être bien sûr. Donc la mobilisation de 2026, d’abord, et non pas dix jours, comme j’ai dit par erreur il y a quelques instants, mais ça va faire presque un mois puisqu’elle a démarré le 17 septembre. Pour le CPE, ça a duré de février à avril, c’est-à-dire deux mois. Donc pour l’instant, c’est moins que le CPE. En revanche, les lycées touchés : 1 027 le 2 octobre, soit environ presque 30 %, exactement 28 % des 3 700 lycées. Alors que 1 027 lycées touchés en 2026, c’est presque le double du CPE. Alors là, ça vous donne tout à fait raison, puisqu’il y avait 600 lycées qui étaient à l’époque mobilisés. Et pour les universités, c’est kif-kif : 57 sites bloqués selon l’Union étudiante en 2026, 60 en 2006 pour le CPE. Donc soit on est à peu près au même niveau, soit vous avez raison, l’ampleur est historique.
01:10:34Julie Ferrua
C’est surtout que ces mouvements, en fait, ils débutent tout juste, c’est ça aussi. Il a débuté de suite et très fort. Alors, il y a des mouvements, des fois, qui montent en graduation. Là, ça a vraiment monté. Voilà, il a commencé très vite.
01:10:50David Dufresne
Est-ce que pour vous, syndicats, il n’y a pas une leçon aussi qui est à prendre par le fait que cette mobilisation, que nous, nous considérons comme spontanée, on parlera tout à l’heure évidemment des tartes à la crème de récupération politique, etc., mais là, il y a quelque chose qui part d’un lycée, d’une lycéenne de Seine-Saint-Denis, en dehors de toute organisation, et qui met le feu au pays. Est-ce que ça ne dit pas aussi quelque chose du rôle des syndicats, de la façon dont les choses peuvent être, dont les gens peuvent se mobiliser ?
01:11:32Julie Ferrua
Nous, ce qu’on dit toujours à ce sujet-là, c’est qu’on est un outil au service des travailleurs et des travailleuses. On veut bien sûr que le monde s’arrête dans le cadre des revendications que l’on porte. Et du coup, le fait que ça vienne vraiment être dépassé… C’est un peu péjoratif de dire comme ça, mais dépassé par la base, c’est le propre d’un syndicat. C’est bien, ça montre qu’il y a une vraie volonté de changement de la part de la jeunesse. Ça fait des années qu’on revendique la transformation de la société, la transformation sociale. C’est un syndicat de lutte. Et le fait de voir effectivement toute cette jeunesse en lutte pour un véritable changement de société, parce qu’il faut écouter les revendications qu’ils portent… Parce que les médias mainstream, on entend parler : « Oui, c’est les horaires de travail, c’est les horaires de travail. » Non, en fait, vous n’écoutez pas la jeunesse. Nous, on a vu les pancartes. Il y a des pancartes qui dénoncent le dérèglement climatique. Il y a des pancartes qui dénoncent l’extrême droite. Cette jeunesse, elle est mobilisée, elle est antifasciste et elle est écologiste. C’est ça, l’avenir.
01:12:51David Dufresne
Alors attendez, parce que pendant que vous parlez, je cherche justement des photos de Serge d’Ignazio, qui a immortalisé les manifs. Voilà, on n’aime pas trop, trop les fachos, par exemple. Je montre quelques images de pancartes. « La jeunesse emmerde le Front national. » Oh, ça, vous avez dû le scander !
01:13:10Julie Ferrua
Oui !
01:13:12David Dufresne
Bien, bien, bien. Donc, alors, le tchat vous remercie. Oui, oui, la base, c’est la base d’un syndicat d’être dépassé par sa base. Dans votre communiqué de revendications, vous parlez évidemment des élèves mineurs qui ont été frappés, agressés, gazés, mutilés. La question est d’une gravité sans nom. Qu’est-ce qu’un syndicat comme Solidaires peut faire sur cette question-là ?
01:13:51Julie Ferrua
Alors déjà, nous, là, on a remis en avant sur notre site le guide des manifestants et manifestantes, qui est un guide pour justement se protéger. Alors pas que, mais qui est : comment organiser une manifestation, mais aussi un guide sur comment se protéger. Voilà, ça me paraît assez important. Nous, en tout cas, on a dénoncé toutes ces violences-là, qui sont au-delà du… Je ne sais pas si vous vous rappelez l’humiliation qu’avaient subie plusieurs lycéens à Mantes-la-Jolie il y a quelques années, je crois que c’était juste avant le Covid. Moi, cette image avait beaucoup marqué, tous ces jeunes à genoux. Et là, on a vraiment passé un cap.
01:14:40David Dufresne
Alors, vous parlez de décembre 2018 à Mantes-la-Jolie, avec cette fameuse phrase du policier qui filme ces élèves agenouillés dans la boue pendant trois ou quatre heures pour certains, avec cette phrase : « Ah, voilà une classe qui se tient sage. » Je pense que vous faites allusion à ça. Et c’était en fait un mouvement lycéen qui était parallèle au mouvement des Gilets jaunes et qui a été absorbé ensuite par l’étendue des Gilets jaunes. Mais je pense que c’était à ça que vous faisiez allusion.
01:15:20Julie Ferrua
Exactement, c’est exactement ce mouvement-là. Et là, on a vraiment subi… Il y a un cap qui a été franchi. On est au-delà de l’humiliation. Et puis je pense qu’il y a des actes, et nous, on espère qu’il y ait des forces de l’ordre qui seront condamnées pour les actes. On parle de mains arrachées et les médias mainstream, on parle de poubelles brûlées. L’intervenant juste avant moi en parlait. Enfin, nous, on parle de dégradation d’un côté, une dégradation de matériel. Ce n’est pas une violence physique. Enfin, la violence, elle est envers les personnes. Et là, ce qu’on voit, c’est vraiment de la véritable violence envers des jeunes qui, pour certains, sont mineurs. C’est hyper choquant, révoltant. Nous, on appelle vraiment à ce que tout le monde se mobilise, à la fois pas pour protéger, mais pour accompagner et aussi se mettre en protection de la jeunesse. C’est aussi comme ça que nous, on fournit aussi, pour les mobilisations à venir, comme on l’a fait, des services de sécurité. Et quand on parle de sécurité, c’est la sécurité de la manif, et on protège les manifestants et les manifestantes.
01:16:38David Dufresne
Alors, vous appelez à construire la grève à partir du 13 octobre, c’est-à-dire à partir de demain. Qui sera concrètement en grève ? Avec quel préavis, éventuellement ? Est-ce que l’intersyndicale a répondu à votre proposition ?
01:16:58Julie Ferrua
Nous, on a fait un appel national au nom de l’Union syndicale Solidaires, qui couvre l’ensemble des personnes qui voudront se mettre en grève. Voilà, c’est un appel à la grève nationale. On a aussi des appels de divers secteurs. Il y a aussi l’appel de l’intersyndicale de l’éducation. Et il n’y a pas, effectivement, à ce jour, d’appel intersyndical large à la grève. Il y a beaucoup d’appels à soutien de la part d’autres syndicats. L’appel à la grève n’est pas encore très clair pour certains.
01:17:36David Dufresne
Il y a aussi le 17 octobre.
01:17:38Julie Ferrua
Il y a aussi le 17 octobre, où là aussi, comme je l’ai redit tout à l’heure, nous nous mettrons au service des travailleurs et des travailleuses. On verra comment déjà se passe le 13 octobre. C’est ce qu’on a mis dans nos déclarations, on évolue pas à pas. Voilà, on espère que demain, ce sera une mobilisation massive. Et puis bien sûr, on a aussi déposé le préavis de grève pour la fonction publique, qui couvre tout le mois d’octobre. Donc s’il y a des personnes aussi qui veulent se mettre en grève le 17 octobre, elles pourront le faire et être couvertes par ce préavis de grève. Donc on tient aussi à le rappeler parce que le 17 octobre est un samedi, mais il y a aussi beaucoup de personnes qui travaillent le samedi. Moi, je suis infirmière et effectivement, j’ai des collègues qui vont travailler le samedi. Donc il faut des préavis de grève pour couvrir les personnes qui voudraient participer à cette mobilisation qui a l’air de se monter, et être couvertes.
01:18:36David Dufresne
Pour terminer, je voudrais revenir sur la question du cadre politique, finalement, tandis que je passe des photos de Serge d’Ignazio, de pancartes anti-Rassemblement national, anti-Front national. D’abord, la tarte à la crème, comme je disais, de la récupération. Donc on dit : « Les lycéens sont récupérés par LFI », et tout le tintouin. On va bientôt dire que les syndicats récupèrent la mobilisation. Qu’est-ce qu’un syndicat digne de ce nom, c’est votre cas, peut répondre à ce genre d’accusation ?
01:19:15Julie Ferrua
Nous, ce qu’on répond, c’est qu’on accompagne, en fait. On est là pour accompagner, protéger à la fois les salariés par les préavis de grève et aussi accompagner dans les manifestations. On ne récupère pas un mouvement, on s’y joint. C’est très clair. Mais en tout cas, voilà, on s’y joint parce que ça nous paraît important, parce que c’est dans nos valeurs de transformation de la société.
01:19:41David Dufresne
Le tchat me tape sur les doigts et le tchat dit : « Non, non, les médias vont dire : des syndicats proxys de LFI. »
01:19:49Julie Ferrua
Oui ! Bah ça, on l’a déjà vu passer sur les réseaux sociaux, en tout cas !
01:19:52David Dufresne
C’est vrai. Voilà.
01:19:55Julie Ferrua
Je pense que les médias qui disent ça, ils n’ont pas discuté avec les lycéens, clairement, de leurs revendications. J’ai envie de dire à tous ces médias : mais allez les écouter ! Allez vivre ce qu’ils vivent une journée dans une salle où il fait 36 degrés, dans un lycée où il n’y a pas d’eau potable, dans des toilettes qui sont vétustes au possible, où des lycéens se retiennent toute la journée d’aller aux toilettes. Allez voir ces jeunes pour voir ce que ça fait vraiment.
01:20:27David Dufresne
Merci beaucoup d’avoir pris le temps, Julie. Comment on dit votre nom ?
01:20:34Julie Ferrua
Ferrua. Je voudrais juste rappeler aussi qu’on sera mobilisés le 24 octobre contre le congrès du RN à Orléans.
01:20:40David Dufresne
C’est incroyable, parce que j’allais vous faire ma question "Columbo". « Ah, attendez, une dernière question », etc. Et c’était là-dessus. Donc allez-y. Alors allez-y, parce que là, vous l’avez dit très vite, comme si vous étiez sur LCI. Non, vous avez le temps. Alors, le 24 octobre, c’est donc le prochain congrès du Rassemblement national. Ça va se passer sur deux jours. Il y a tout un tas de mobilisations qui sont parfois un peu divergentes. Certains veulent manifester le samedi, d’autres veulent manifester le samedi et le dimanche aux abords du congrès. Vous, vous parlez, si j’ai bien compris, de la manifestation du samedi de protestation contre la tenue à Orléans du congrès du Rassemblement national. Est-ce que c’est exact ?
01:21:24Julie Ferrua
C’est exact. Et il y a plusieurs villes qui ont mis à disposition des cars. Donc allez voir vos syndicats départementaux pour voir s’il y a un car qui part pas loin de chez vous pour rejoindre cette mobilisation-là, qui nous semble assez importante. Voilà, et que vous pouvez retrouver donc sur le site de l’Union, mais aussi sur VISA, Vigilance et initiatives syndicales antifascistes. Donc n’hésitez pas à aller voir pour prendre justement ces bus et se mobiliser contre l’extrême droite. Ça nous paraît important dans cette période-là et c’est aussi une des revendications qui est portée dans les rues en ce moment par la jeunesse.
01:22:01David Dufresne
Absolument. Et ça fait partie des bonnes nouvelles. Non, non, non, monsieur Bolloré, la France ne vous ressemble pas tout à fait. Eh non, eh non, il y a deux France et on est de la deuxième. Voilà, on va dire ça comme ça. Merci beaucoup, Julie. Bon courage à vous. Et je vous dis à très bientôt. À très bientôt. Merci beaucoup, merci beaucoup, merci beaucoup. Et nous allons passer d’un syndicat à l’autre. Mais alors là, attention, c’est plus du tout la même histoire. C’est plus du tout de la même sauce. Là, on va parler du Syndicat de la magistrature. Est-ce que Justine, vous êtes avec moi ? Est-ce que vous m’entendez ?
01:22:42Justine Probst
Oui, je vous entends. Bonjour, vous m’entendez ?
01:22:45David Dufresne
Oh là là, je vous entends, impeccable, impeccable. Bonjour. Vous êtes chez vous ou vous êtes à votre bureau ?
01:22:52Justine Probst
Je suis chez moi.
01:22:54David Dufresne
Ah, très bien. Donc il n’y a pas les dossiers, les dossiers sur lesquels vous travaillez en tant que substitut au tribunal judiciaire de Lille, c’est bien ça ?
01:23:02Justine Probst
Non, non, non.
01:23:04David Dufresne
Non quoi ? Non, il n’y a pas de dossiers ou non, vous n’êtes pas substitut ?
01:23:06Justine Probst
Je n’ai pas les dossiers. Et par contre, j’ai un peu changé. Je suis maintenant vice-procureure à Paris, mais je passe tout mon temps au syndicat. J’ai une décharge à 100 % et donc j’ai un mandat syndical qui m’occupe tout mon temps.
01:23:22David Dufresne
Oh la vache, c’est pire encore que ce que je pensais ! C’est-à-dire que vous êtes vraiment du côté de la répression, vous, quoi. Vice-procureure, aïe, aïe, aïe !
01:23:31Justine Probst
Oui, côté parquet.
01:23:33David Dufresne
Côté parquet, très bien. Mais vous êtes aussi trésorière et secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature.
01:23:39Justine Probst
Oui, tout à fait.
01:23:41David Dufresne
Classé à gauche.
01:23:43Justine Probst
Effectivement.
01:23:45David Dufresne
On peut être procureur à gauche ?
01:23:47Justine Probst
On peut, on peut tenter de l’être.
01:23:49David Dufresne
On peut tenter de l’être. Vous êtes nés, pas vous, pas du tout, mais votre syndicat, en 1968. Alors évidemment, là, ce qui se passe depuis un mois, ça vous ravit.
01:24:06Justine Probst
Ça rappelle effectivement d’autres événements, j’avoue que…
01:24:10David Dufresne
C’est une cure de jouvence pour vous. On va parler de la loi « casseur-payeur », qui sera en discussion à la fin du mois. Mais d’abord, j’aimerais vous faire commenter les chiffres qui sont donnés avec délectation, mais d’ailleurs qui viennent un peu de chez vous, un peu du parquet, quoi. Donc, alors, selon le ministère de la Justice, dont vous dépendez, entre le début du mouvement lycéen, le 21 septembre, et le jeudi 8 octobre, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs. Parmi elles, il y avait également 453 majeurs et 1 923 mineurs qui ont fait l’objet de poursuites. D’abord, que vous inspirent ces chiffres ?
01:25:04Justine Probst
Ils reflètent ce qu’a demandé le gouvernement. C’est-à-dire que nous, on a tout de suite réagi à la dépêche qui avait été émise par le ministère dès le 29 septembre, de dire qu’il fallait des réponses systématiques. Donc là, ce n’est pas exactement ce qu’on voit. On y reviendra sur les réponses systématiques, puisque la grande majorité des personnes interpellées n’ont pas fait l’objet de poursuites. Mais par contre, ce que l’on voit, c’est qu’il y a une réponse extrêmement forte et des parquets qui ont été saisis d’un énorme nombre de dossiers, comme on voit maintenant lors de tous les mouvements sociaux. Quand on a vu la dépêche arriver le 29 septembre, qui parlait de réponses fermes et systématiques, on savait qu’on allait vers des interpellations massives et que les schémas habituels allaient se reproduire, même avec des mineurs.
01:25:51David Dufresne
Ce que vous appelez « dépêche », expliquez-nous ce que c’est exactement.
01:25:55Justine Probst
Une dépêche, on va dire que c’est une initiative, c’est un courrier qui est pris par le ministère et qui est envoyé à l’ensemble des procureurs, également des juges pour information, et qui donne un certain nombre de directives aux magistrats, aux magistrates. Et donc il y a eu deux documents. Il y avait ce premier document, le 29 septembre, qui venait d’une sous-directrice du ministère. Et le 2 octobre, on a eu vraiment une circulaire, donc un deuxième courrier envoyé à tous les procureurs, qui émanait cette fois-ci de Gérald Darmanin lui-même et qui demandait également de faire preuve de fermeté.
01:26:33David Dufresne
Alors, quel est l’objectif d’un ministère de la Justice, là, pour le coup, au service de l’Intérieur, de faire autant d’interpellations ? Pouvez-vous nous expliquer les raisons d’une telle politique ?
01:26:51Justine Probst
Bon bah, nous, on analyse que le but, c’est de tuer la manifestation. Il n’y a pas d’autre raison. Parce que si on voit du prisme magistrat, ce n’est pas des gardes à vue qu’on demande, nous. Parce qu’il y a des cas où les magistrats vont programmer des placements en garde à vue dans des dossiers particuliers. Là, on n’est pas du tout là-dessus. On est sur des gardes à vue qui sont décidées par le ministère de l’Intérieur et dont est saisi, dans un deuxième temps, le parquet, les parquets. Donc on n’est pas sur une stratégie, on est effectivement, comme vous le dites, sur une stratégie du ministère de l’Intérieur qui, derrière, va impacter les parquets, qui après sont responsables des réponses qu’ils vont faire. Mais en tout cas, on n’est pas sur une décision qui est impulsée par les personnes qui, normalement, sont les premières à devoir prendre ces décisions de placement en garde à vue, qui sont les procureurs. Mais bon, c’est bon, voilà.
01:27:45David Dufresne
Alors, il y a, comme le dit le tchat, donc l’idée de discréditer le mouvement, de décourager. Est-ce qu’il y a aussi l’idée, pour le parquet, de renouveler ses fichiers, par exemple ? Ou pour l’Intérieur ?
01:28:00Justine Probst
Ce n’est pas quelque chose qu’on voit. Tout est possible, mais en tout cas, de mon expérience, de l’expérience qu’on a et des retours de terrain, il n’y a pas cette volonté-là côté parquet. Par contre, ça arrive clairement, les placements en garde à vue mènent à des signalisations, et donc oui, il y a des renouvellements de fichiers, et oui, on nous demande du côté des parquets de remonter des informations au ministère de la Justice. Il y a une constitution, clairement, de fichiers renouvelés. Mais par contre, nous, en tout cas, on n’a pas vu, on ne dénonce pas une volonté qui serait propre au parquet de créer ou de renouveler ces fichiers.
01:28:44David Dufresne
Trognon vous demande : « Est-ce que ça grogne chez les procureurs ? »
01:28:50Justine Probst
Ça grogne contre le Syndicat de la magistrature.
01:28:53David Dufresne
On va y venir, bien sûr, oui.
01:28:54Justine Probst
Voilà, mais en tout cas, on n’a pas vu de réactions… Alors, il y a des réactions différentes des parquets et donc des procureurs. Il y a les procureurs qui vont poursuivre plus que d’autres, qui vont avoir des réponses pénales plus dures que d’autres. Mais globalement, il n’y a pas de réaction du corps des procureurs pour venir dénoncer cet afflux de gardes à vue qui sont très difficilement contrôlables, en fait. Parce que quand on a des… Vous le savez déjà, mais quand il y a énormément de gardes à vue qui sont prises, c’est beaucoup plus difficile de vérifier en temps réel la proportionnalité du placement en garde à vue, l’opportunité du placement en garde à vue. Et donc, du côté parquet, on a cette mission qu’on oublie souvent quand on parle du parquet, mais de protection des libertés individuelles. Et on est dans un système d’embolie, d’engorgement. Et normalement, effectivement, les procureurs devraient réagir, mais ne réagissent jamais.
01:29:49David Dufresne
On est d’accord, ça se passe par téléphone, tout ça ? Le commissariat vous appelle : « On a le petit qu’on a arrêté, il est à côté d’une poubelle en feu, on pense que c’est lui. On le garde ou on ne le garde pas ? » Et là, vous devez décider, c’est ça ?
01:30:04Justine Probst
C’est moins direct que ça. C’est-à-dire qu’on reçoit une fiche, un document qui nous avertit du placement en garde à vue de telle ou telle personne pour telle ou telle infraction, avec l’heure du début de garde à vue et le commissariat ou la brigade de gendarmerie en charge. Et en fait, on va réellement parler à l’officier de police judiciaire au moment où il va vouloir renouveler, ou d’initiative, le parquetier va appeler le policier. Mais globalement, il n’y a pas de vérification en temps réel lors du placement.
01:30:40David Dufresne
Alors, votre syndicat, Syndicat de la magistrature, a commis un communiqué tout à fait convenable, de mon point de vue, le 2 octobre. Un peu dans la lignée de ce que vous avez l’habitude d’écrire, intitulé « Cessons de réprimer la jeunesse pour la faire taire », communiqué qui rappelle notamment l’usage d’armes sublétales mutilantes, LBD, grenades explosives, le gazage des élèves, les interpellations brutales. Vous parlez bien de ces usages manifestement disproportionnés de la force publique qui touchent d’abord et avant tout les jeunes racisés issus des quartiers populaires. Voilà, vous tirez la sonnette d’alarme et alors là l’alarme a été totale, ça a été la panique. Alors déjà, monsieur Laurent Nuñez vous répond deux jours plus tard en dénonçant des accusations graves et sans fondement. Madame la vice-procureure de Paris, vous avez deux minutes pour vous défendre.
01:31:55Justine Probst
Non, on a bien vu qu’il y avait, dès qu’on a sorti ce communiqué, un contre-discours qui s’est construit. On a rarement monsieur Nuñez qui nous répond, d’habitude, c’est monsieur Darmanin. Donc déjà, on a vu qu’on avait changé, on n’avait pas vexé la même personne. Oui, donc on a une réponse du ministère de l’Intérieur, mais qui était, pour nous, clairement un mensonge qui était porté par le ministre en disant qu’ils ne réprimaient pas la jeunesse. Qu’effectivement, ce qu’il dit partout, ces éléments de langage d’usage proportionné de la force et donc en fait, clairement, il suffit de regarder les vidéos pour comprendre qu’on a raison. Et derrière, en fait, il y a eu un changement aussi, une bascule médiatique en fin de week-end, avec une prise, en tout cas une acceptation dans le débat public du fait qu’il y avait des violences policières et qu’elles venaient complètement être raccord avec le communiqué qu’on a pris. Mais la petite subtilité, c’est qu’on a eu aussi une attaque assez rare de ce qu’on appelle la Conférence des procureurs généraux, qui également…
01:32:57David Dufresne
Pardon, pardon, pardon. Soyons précis, pas de vice de procédure, s’il vous plaît. La Conférence nationale, oui, des procureurs généraux. Attention !
01:33:07Justine Probst
Ah oui, j’ai dit conférence ! La Conférence nationale des procureurs généraux, c’est une instance qui représente la grande majorité des procureurs généraux, qui sont les chefs des procureurs, et qui est venue également nous dire qu’on portait le discrédit sur la justice, qu’on sortait de notre office, et qui venait en fait rappeler à l’ordre un syndicat. Ce qui est quelque chose de complètement inquiétant, de venir essayer de mettre au silence une voix syndicale. Mais en tout cas, on voit qu’un communiqué qu’on pensait assez soft, il faut le dire, a créé beaucoup d’irritations du côté de l’exécutif.
01:33:49David Dufresne
En effet, la Conférence nationale des procureurs désapprouve vos prises de position et dénonce une atteinte à l’impartialité et à la crédibilité de la justice. Elle conteste l’idée que les parquets obéiraient à un dessein répressif. Alors là, qui croire ? Parce que vous nous avez expliqué au tout début comment ça se passait. Bon, bref. Et rappelle les violences graves commises contre les policiers et les élèves, et indique que les parquets requièrent des réponses à visée éducative pour les mineurs. Vous avez eu également un syndicat concurrent, Unité Magistrats, qui a publié un communiqué vous demandant l’impartialité, puisque ce serait une exigence de la République. « La République exige l’impartialité, pas le militantisme. » Et là, vous avez fait un deuxième communiqué, un peu pour vous excuser, en disant : « Non, non, mais on n’est pas politiciens », etc. Bon, vous auriez pu l’éviter, ce communiqué. Mais enfin, c’est pas grave, je comprends que vous l’ayez fait, quoi, pour essayer de calmer. Mais trêve de plaisanterie, qu’est-ce que tout ça dit de l’époque dans laquelle on est ?
01:34:57Justine Probst
Pour nous, ce que ça dit, c’est qu’il y a un rétrécissement des libertés individuelles et qu’il devient de plus en plus admis que l’on porte atteinte à la liberté de manifester, à la liberté d’expression, à la liberté d’aller et venir, dans un calme qui est extrêmement inquiétant. Et que les voix qui s’élèvent, que ce soit nous, que ce soient les autres syndicats que vous interrogez ou des associations de droits humains, sont pour le coup discréditées et doivent prouver dix fois, on va dire, la réalité de ce qu’elles portent avant que ça commence à pouvoir être repris et qu’on y accorde du crédit dans la sphère médiatique. Donc c’est extrêmement inquiétant, ce mouvement de brutalisation des mouvements sociaux que vous connaissez bien. On le voit à l’œuvre depuis longtemps, mais là, on passe des caps, avec tous les pouvoirs de l’exécutif qui se mettent en œuvre pour empêcher de manifester. Parce qu’on n’a pas encore parlé des arrêtés qui autorisent les survols de drones, les interdictions de manifestations qu’on a aussi attaquées. Mais on voit qu’il y a tout un appareil répressif qui est maintenant bien en place et qu’il est très facile de mettre en œuvre du côté de l’exécutif. Et donc effectivement, nous, on a peur. Enfin, du coup, 2027 nous inquiète évidemment beaucoup, mais on voit que tout l’appareil répressif est déjà en place.
01:36:27David Dufresne
Et alors, donc, cette idée que vous seriez des juges rouges, enfin des magistrats rouges, que vous seriez inféodés à LFI, etc., est-ce que vous avez envie de répondre à ça ? Est-ce que ça vous semble important ou est-ce que vous répondez par l’indifférence ?
01:36:50Justine Probst
Mais on se sent obligés actuellement de répondre parce que beaucoup de chefs de partis politiques portent la dissolution du Syndicat de la magistrature. Et donc ça nous paraît important de faire de la pédagogie, on va dire, même à l’égard des personnes qui seraient plutôt en soutien de notre organisation, pour rappeler le droit de se syndiquer et le droit de porter une parole syndicale qui se distingue de ce que l’on est et de ce qu’on fait quand on retourne ensuite en juridiction. Et donc nous, on réaffirme et on défend en fait notre droit d’avoir une parole politique et de distinguer, de dire qu’une parole politique, c’est-à-dire d’avoir un avis critique, ça ne veut pas dire être affilié à un parti. Nous, on est aussi très, très fiers, mais aussi très attachés à notre indépendance. Et donc c’était ça qu’on a rappelé dans, effectivement, ce deuxième communiqué de presse, qui donne l’air, qui peut donner l’air d’un communiqué un peu d’excuse, mais c’était plus une réaffirmation du droit et du devoir qu’on a de s’exprimer face à des atteintes aux libertés fondamentales.
01:38:02David Dufresne
Sur les arrêtés d’interdiction de manifestation, sur l’usage des drones que vous évoquez à l’instant, qu’est-ce que vous aimeriez que nous sachions ?
01:38:15Justine Probst
Il y a une pratique qu’on connaît depuis des années, mais très généralisée, de prendre, par les préfectures, des arrêtés restrictifs de liberté à tout-va. C’est-à-dire que là, ce qu’on constate, c’est qu’on a des arrêtés d’interdiction de rassemblement, par exemple, dans cette séquence, qui sont pris et qui sont extrêmement larges, qui ne sont pas circonscrits dans le temps, qui ne sont pas vraiment motivés sur le fond, mais par contre qui vont être appliqués contre la population. Et du côté des personnes qui les attaquent, ça demande un travail extrêmement important d’arriver à les débusquer parce qu’il y en a énormément, que la préfecture a des stratégies d’annuler des arrêtés et d’en reprendre un directement après pour que les personnes, justement, qui les attaquent se trompent finalement et que ça mette en danger les personnes qui, derrière, vont manifester parce qu’elles n’auront pas vu que l’arrêté est toujours en place. Donc non, on alerte sur le fait que l’exécutif prend énormément d’arrêtés restrictifs de liberté et qu’on ne gagne pas tout le temps. On va dire qu’il y a un régime juridique qui permet de faire valoir certains arguments qui font gagner les préfets. Et donc on est vraiment aujourd’hui dans une époque où les libertés fondamentales sont vraiment réduites. Et malgré le travail, et c’est surtout la LDH et le SAF qui sont à l’œuvre, nous, on est vraiment en soutien.
01:39:47David Dufresne
LDH, tout le monde connaît. Le SAF, Syndicat des avocats de France.
01:39:49Justine Probst
Syndicat des avocats de France. Et il y a toute une coordination d’avocats et d’avocates qui attaquent un peu partout sur le territoire les arrêtés.
01:39:57David Dufresne
Je voudrais juste parler avec vous, et après je vous libère. Ça me plaît de libérer une vice-procureure, ça ! Bon, bref. La loi « casseur-payeur », qui va être discutée au Sénat à la fin du mois, avec cette idée que, parce que vous seriez resté justement dans un attroupement où il y aurait eu des dégâts, vous pourriez être condamné jusqu’à 10 000 euros. Et si vous n’avez pas d’argent, on pourrait aller le chercher dans les aides sociales, type RSA, aides au logement, etc. Qu’est-ce que le Syndicat de la magistrature répond à ce risque-là de loi dite « casseur-payeur » ?
01:40:48Justine Probst
Ce qu’on répond, c’est qu’on est encore une fois sur une loi qui vise à dissuader les personnes d’aller manifester, parce que cette loi, concrètement, elle rajoute un risque financier au risque policier et judiciaire qui existait déjà pour les personnes se rendant dans des lieux de manifestation. Et on est sur quelque chose qui va à l’encontre de nos principes aujourd’hui en droit pénal et en droit civil, où on doit identifier la personne responsable du dommage. Et là, on est vraiment sur un système où on se dit : on n’a plus besoin d’enquêter, finalement, on prendra ceux qu’on arrivera à attraper et on les rendra responsables. Et comme ça, on aura des personnes qui pourront payer les vitrines cassées, globalement, et les abribus brûlés, mais sans qu’on ait vraiment, en fait, on s’affranchit un peu d’un principe de base quand on est magistrat. Enfin, nous, on va nous imposer ça si cette loi est adoptée, c’est de dire : finalement, on s’en fiche un peu de l’auteur réel des faits. Donc ça, c’était une première chose. Et la deuxième chose, c’est qu’effectivement, une dérogation est mise là dans le texte de loi actuel pour dire : normalement, vous n’avez pas le droit de saisir les aides sociales. Pour ce type de faits, on se dit que ça va être les publics les plus précaires. Enfin, clairement, il y a une sorte de… On s’attaque encore une fois aux personnes pauvres. Donc c’est une loi qui est complètement injuste, qui vient encore une fois, pour nous… C’est encore un texte qui vise à dissuader les mouvements de mobilisation, et a fortiori les personnes les plus précaires, qui auraient encore plus à craindre.
01:42:35David Dufresne
Inconstitutionnelle ou pas ?
01:42:36Justine Probst
Cette loi, maintenant, c’est difficile de le savoir. Nous, on estime que oui, mais on ne sait pas si les arguments qu’on n’a pas encore complètement finalisés, comme vous pouvez l’imaginer, porteront au niveau du Conseil constitutionnel. Mais je pense qu’il y aura des arguments à faire valoir au niveau du Conseil constitutionnel. Et après, actuellement, on est plutôt perdants dans notre lecture de la Constitution et dans les décisions qui sont prises par le Conseil, donc on n’a pas de certitudes de ce côté-là.
01:43:10David Dufresne
L’heure peut être grave en 2027. Est-ce que les magistrats ont un droit de désobéissance ou pas ?
01:43:23Justine Probst
Je crois…enfin..
01:43:25David Dufresne
Bon, on a le temps de trouver la réponse, il nous reste 200 jours pour éviter…
01:43:32Justine Probst
On parle beaucoup de désobéissance civile de manière générale, mais je trouve que c’est important de rappeler qu’on a aussi un devoir d’obéissance aux droits fondamentaux, aux textes, aux textes les plus importants, qui sont des textes qui reconnaissent les droits de l’homme. Et en fait, les magistrats vont devoir se positionner, c’est sûr, mais tant qu’il y a quand même l’arme de la loi, qui peut être les conventions internationales, qui peut être la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen… Et on parle beaucoup avec nos collègues polonais qui ont eu affaire au passage au pouvoir d’un régime extrêmement autoritaire qui a voulu vraiment casser la magistrature. Et ces collègues-là nous disaient qu’ils se sont raccrochés aux textes internationaux, aux textes constitutionnels, et que ça les a aidés à résister au fait qu’on leur… on va dire, des textes injustes et non conventionnels, qui ne respectent pas nos principes fondamentaux. Donc voilà, il va y avoir une nécessité, on va le dire, de prendre du recul sur ce qu’on va nous demander de faire et de toujours agir en fonction des valeurs protégées qui supplantent la législation interne qui pourrait être prise.
01:44:49David Dufresne
Vous êtes très forte, parce qu’en réalité, ma question était inspirée d’une remarque du tchat que je vais citer, puisque votre réponse m’incite. C’est Cyber Octopie qui vous demandait : « Est-ce que les magistrats ont la responsabilité de respecter les droits des gens, même si une nouvelle loi contredit ces droits ? » Voilà, on n’est pas chez les cons, on est Au Poste. Merci beaucoup d’avoir participé, d’avoir pris le temps de me répondre. Merci à tous les gens du Syndicat de la magistrature qui ont tout fait pour trouver votre numéro de téléphone afin que je puisse vous contacter. Je vous dis probablement à très bientôt. Et le tchat résume, je prends J. Bonnet qui dit : « Ça fait du bien d’entendre une parole honnête intellectuellement et républicaine. » Voilà ce que vous pouvez répondre à vos amis censeurs et ministres. Merci à vous, à très bientôt, bon courage et vous revenez quand vous voulez.
01:45:49Justine Probst
Merci.
01:45:50David Dufresne
C’est toujours un plaisir de recevoir Oh là là, tu as vu le procureur ? Boum, allez hop, au revoir ! Bon alors, nous allons passer à notre sixième et dernier invité de la matinale. C’est quelque chose. Alors, j’ai l’impression qu’Anthony Smith est bien là, mais je ne suis pas sûr. Attends. Il faudrait, il faudrait… Il faudra se reconnecter, Anthony, puisque la caméra, attendez une petite seconde. Non, remove, add to scene. Il faudra, il faut que vous vous reconnectiez, Anthony, parce que là, la caméra ne marche plus. Allô, allô, allô ? Allô, allô ? Alors voilà. Voilà, on va attendre qu’Anthony Smith puisse se reconnecter. Anthony Smith est eurodéputé LFI. Il avait été connu pendant le confinement. Ben voilà, il est là, il apparaît. Bonjour, bonjour Anthony. J’allais faire votre fiche de police. Vous êtes né le 3 avril 1975. C’est un bon mois, je suis né la veille, mais pas la même année. À Reims, vous êtes inspecteur du travail, syndicaliste et homme politique français. Vous avez été sanctionné en 2020 pour avoir réclamé des mesures de protection pour des salariés d’une association d’aide à domicile pendant le confinement. Et c’est à ce moment-là que votre nom a jailli dans l’espace public. Vous avez même publié en 2023 un livre intitulé 918 jours, le combat d’un inspecteur du travail sur cette affaire. Et ne voilà-t-il pas que vous vous baladez à Reims avec votre écharpe, non pas tricolore, mais bleue, Europe, et que vous demandez des comptes aux forces de police. Est-ce que le résumé est correct ?
01:48:02Anthony Smith
Oui, oui, c’est largement fidèle, David, largement fidèle. Merci, c’est ça.
01:48:08David Dufresne
Merci, merci beaucoup. Alors, on a récupéré quelques vidéos de ce moment-là. Je vais peut-être les montrer. Alors, je ne pense pas que vous, vous ayez le retour, mais je vous décrirai les vidéos. Alors là, le problème, c’est que j’ai tellement de documents… Ça va prendre un petit peu de temps, malheureusement, ça va prendre un petit temps pour les récupérer. Mais grosso modo, beaucoup de gens l’ont vu. Vous êtes à Reims, c’était il y a quelques jours, et vous voyez un individu. Vous vous demandez ce qu’il fait, c’est bien ça ?
01:48:45Anthony Smith
Oui, oui, c’est une folle journée. Je vais à Reims vendredi 2 octobre parce que la veille, l’avant-veille, dans ma ville, à Châlons-en-Champagne, les manifestations lycéennes avaient été réprimées extrêmement violemment. J’avais fait le tour des commissariats de Chalons et de Reims et on voyait une très grande tension, outre des conditions ignobles de garde à vue. Et donc je vais à Reims le 2 au matin et la journée a été totalement surréaliste puisque, dès mon arrivée dans un lycée de Reims, le lycée Clemenceau, je constate que la troupe n’est là que pour faire du maintien de l’ordre, et parmi les plus violents, et qu’il n’y a absolument aucune gestion classique de manifestation ou de rassemblement. Vous savez, les policiers qu’on voit à gauche, à droite, qui font la circulation et qui permettent aux manifestations de se déplacer. Et on est uniquement dans une logique répressive extrêmement violente, de gaz, de courses-poursuites, et je vais constater ça :
01:49:47David Dufresne
Attendez, j’ai retrouvé les vidéos. Voici la première vidéo. Vous allez peut-être l’entendre, pas sûr. Vous vous approchez des policiers. On va voir le début, le contexte, comme ils disent.
01:50:06Anthony Smith
Où est-ce que vous les laissez sortir ? Parce que de l’autre côté, il y a vos collègues.
01:50:10David Dufresne
Donc là, vous demandez aux policiers…
01:50:12Anthony Smith
Monsieur !
01:50:13David Dufresne
Où peuvent sortir les lycéens ?
01:50:16Anthony Smith
Ça, c’est à Strasbourg un peu plus tard. Mais oui, je fais pareil à Reims, par ailleurs, face à un cordon de CRS devant ce lycée Clemenceau. Et d’habitude, lorsqu’un député va voir le cordon de gardes mobiles ou de CRS, il demande qui est l’autorité qui dirige les opérations et il peut échanger pour essayer de comprendre. Là, la seule réponse, qui n’est pas une réponse d’ailleurs, on ne me répond pas, et on me répond : « Dernière sommation, nous allons faire feu. » Et derrière moi, il y a 500, 1 000 jeunes qui étaient rassemblés. Donc c’était vraiment ce climat rémois qui était extrêmement particulier, d’un maintien de l’ordre face à des jeunes lycéens qui étaient ultra-festifs, mais considérés comme des émeutiers. Parce que moi, je veux quand même le dire, moi, j’ai vu pendant toute cette journée, à chaque fois que vous parlez de l’autre manifestation de Strasbourg, mais moi, j’ai vu des jeunes ultra-créatifs, ultra-positifs, avec des banderoles. Enfin, moi, j’en ai une en tête : « Lacrymocratie ». Beaucoup d’humour. Ils font face aux violences et je pense que les adultes ont énormément à apprendre d’eux. Après, je peux vous décrire ce qui se passe dans Reims à la suite.
01:51:18David Dufresne
Alors, Anthony, je vais montrer une autre vidéo, si vous voulez bien. Je vous la décris dans quelques instants. Vous me direz si c’est à Reims ou à Strasbourg. En tout cas, c’est vous. On y va, on y va. Alors, attends, où est-ce que c’est ? Oh là là, oui, voilà.
01:51:46Anthony Smith
Vous n’avez pas le droit !
01:51:50David Dufresne
Vous dites à un policier qui vient de tirer à bout portant une cartouche de LBD, vous lui dites qu’il n’a pas le droit, et il vous répond : « Un LBD… »
01:52:01Anthony Smith
« LBD, du con ! » Ah oui, oui, c’est une séquence qui est assez hallucinante. C’est-à-dire qu’il tire en tir tendu face à des jeunes, effectivement, une cartouche, et il m’explique que c’était son lanceur, enfin, globalement, c’était avec son lanceur de gaz lacrymogène. Et je lui dis que c’était interdit, le tir tendu, et il me répond que ce n’est pas un LBD, du con. Or, la réglementation dit bien que le tir tendu avec un lanceur est interdit, que ce soit un LBD ou pas. Ce qui m’a beaucoup interrogé sur les conditions de formation ou de compétence de ce policier. Mais ça a été à l’avenant toute la journée à Reims. On a assisté à ce type de violences policières qui ont été assez édifiantes, avec l’apogée qui a été ce policier cagoulé, caché, qui s’en prend aux jeunes lycéens qui étaient présents.
01:52:55David Dufresne
Alors justement, la voici.
01:53:01Anthony Smith
Qui est cette personne ? Qu’est-ce que vous faites, monsieur ? Monsieur ! Monsieur ! Mais monsieur ! Mais monsieur, qu’est-ce que vous faites ? Je suis député européen. Mais pourquoi vous avez fait ça ?
01:53:15David Dufresne
Alors là, il y a beaucoup de choses, Anthony. Donc je viens de montrer la fameuse vidéo qui a été relayée, qui a fait en sorte qu’il y ait eu une sorte de passe d’armes entre vous et le procureur. Il y avait des doutes au départ : qui était cette personne ? C’est ce que vous demandez. D’abord, je voudrais que vous nous racontiez votre ressenti. Comment vous avez vécu ce moment-là ?
01:53:41Anthony Smith
Donc je vous donne les éléments de contexte de cette journée complètement folle qui montre ces violences. Et là, on se trouve en fait entre le centre-ville de Reims, la place d’Erlon et la gare SNCF, à l’arrière de la manifestation. Moi, je suis là avec des syndicalistes du SNES, de la CGT, il y a quelques adultes qui sont présents. C’est un endroit qui est plutôt reculé. Il y a eu quelques gaz, mais vraiment pas non plus énormément, au-devant de la manifestation qui est plus bas vers le commissariat. C’est important, l’endroit où on est, l’endroit où stationnent les bus. Et d’un seul coup, il y a cette vidéo. On regarde ce qui se passe et il y a quelqu’un qui sort de derrière l’abribus. Et moi, j’ai vraiment eu peur. J’avais vraiment cru que c’était quelqu’un qui voulait faire du mal. D’ailleurs, c’est quelqu’un qui fait du mal, très concrètement. Mais donc je me dirige vers lui, tout simplement comme député, comme élu, mais aussi comme citoyen. Je vois quelqu’un lancer quelque chose de ses jeunes. Et cette personne, lorsque je l’interpelle, retourne se cacher derrière l’abribus. Et donc je comprends après, parce que derrière, il y a des collègues à elle, que j’ai affaire à un policier, ce que je n’avais pas du tout compris, en fait, au moment, parce qu’elle est cagoulée, elle est habillée tout en noir, elle n’a aucun élément distinctif, ni brassard. Voilà, moi, je n’avais pas vu qu’elle portait une caméra autour de la poitrine. Donc je ne sais pas si c’est une caméra réglementaire ou pas. Mais donc je vais au contact de cette personne parce qu’elle vient de jeter sur des gens qui étaient totalement pacifiques, je veux dire. Il n’y avait aucune situation de tension à l’endroit où on se trouvait. Et je comprends en fait que je suis face à une bavure, à une provocation policière. Mais ce qui va être assez hallucinant, c’est la lecture de la puissance publique de cet événement, puisque dès le jour même, le procureur explique que…
01:55:30David Dufresne
Anthony, le tchat vous demande : mais qu’est-ce qu’il lance ?
01:55:35Anthony Smith
Alors, il lance… Au début, je ne comprends pas ce qu’il lance, je ne vois pas ce qu’il lance. Je vois surtout quelqu’un qui lance quelque chose. Par contre, je pense qu’il s’agit d’une lacrymogène parce qu’à un moment, je tourne la tête, mais tout va très vite. Moi, ma vue, c’est cette personne-là, je n’ai pas vu l’environnement. Et d’ailleurs, a priori, il n’y a pas de vidéo des éléments vers où il tire. Mais ce que je sais, c’est qu’il y a des jeunes. Et quand je tourne la tête, à un moment donné, je vois une fumée lacrymogène qui sort au pied de jeunes lycéens. Donc on déduit que c’est ce qu’il a lancé. Mais encore une fois, je ne peux pas être absolument affirmatif puisque moi, mon action, ce n’est pas d’aller vers ce qu’il a lancé, c’est d’aller vers la personne qui a lancé pour comprendre qui elle est.
01:56:17David Dufresne
Alors, l’interprétation de la force publique, c’est-à-dire du parquet. Alors justement, on a eu une représentante, mais côté Syndicat de la magistrature, du parquet. Mais là, vous avez eu un parquet parquetier, quoi, on va dire. Quelles ont été les réponses qui vous ont été faites ?
01:56:35Anthony Smith
Écoutez, alors, c’était une communication en direction de la presse. Le 2 octobre, donc le jour où se passe cet événement, le parquet indique à la presse qu’il serait très étonné que ça ne peut pas être un policier, cette personne, et que le parquet constate de plus en plus de non-lycéens dans les manifestations. Donc, on en déduit qu’on est face à…
01:56:55David Dufresne
Munis de dotations d’armes de police, bien sûr.
01:57:01Anthony Smith
Quand vous regardez la vidéo, on ne voit pas très bien ce qui se passe.
01:57:04David Dufresne
Oui, absolument.
01:57:05Anthony Smith
Et deux jours plus tard, c’est un dimanche, le parquet convoque la presse pour expliquer qu’en fait, il s’agit bien d’un policier et qu’il a agi dans un cadre complètement légal, et que d’ailleurs le parquetier, le procureur, conclut en faisant soutien aux forces de police. Donc vous avez une situation qui, alors, n’est pas conforme. Moi, je ne suis pas professeur de droit pénal, mais j’ai vu plusieurs sommités s’exprimer sur le sujet et qui disent qu’à partir du moment où la BAC, puisque le procureur indique qu’il s’agit d’effectifs de la BAC, effectue du maintien de l’ordre, elle doit être revêtue des attributs de ce maintien de l’ordre, notamment du RIO, notamment du brassard qui l’identifie. Et c’est bien logique, parce que là, en fait, ça fait peur. Cette situation fait extrêmement peur et c’est par ailleurs une vraie provocation policière, comme on les voit rarement et comme elles sont rarement documentées, je veux dire, jusqu’au bout, puisque le parquet sera obligé de confirmer qu’il s’agit de policiers.
01:58:00David Dufresne
Alors là, on a parlé de cette histoire-là. On va élargir dans quelques instants, d’une manière plus générale, sur le maintien de l’ordre et sur la mobilisation. Mais je voudrais rester sur cette séquence deux secondes. Est-ce qu’il n’y a pas un plaisir caché d’aller voir les flics avec sa ceinture, comment on appelle ça, le truc bleu, là, que l’on vous appelle… L’écharpe, l’écharpe ! Est-ce qu’il n’y a pas un petit plaisir quand même à faire ça ?
01:58:40Anthony Smith
Moi, vous savez, je suis un syndicaliste, un militant depuis très, très longtemps. Donc les manifestations à Reims, en plus, c’est vraiment un marqueur. Donc aller dans les manifestations et défendre mes droits, c’est extrêmement important. L’intérêt d’être député, pour moi, et d’être député européen de La France insoumise, c’était justement d’être aux côtés des luttes et des mobilisations sociales pour justement, en tant qu’élu aussi, pouvoir déporter le regard à un moment donné. Et ça a été très utile, je pense, dans cette manifestation-là, où j’étais à ma place. C’est-à-dire, d’ailleurs, je pense qu’il n’y avait pas assez d’adultes. Ça sera corrigé dans les jours qui vont suivre. Et d’ailleurs, plus de syndicalistes aussi, et c’est le cas aujourd’hui. Mais les jeunes étaient vraiment totalement seuls face à des policiers totalement en roue libre, en fait, ce jour-là dans la ville, et qui se sont fait plaisir. Je pense que le plaisir, il était là. Moi, j’étais plutôt très inquiet de ce que j’étais en train de voir. J’ai énormément discuté avec ces jeunes et j’ai été là parce que j’avais une grande inquiétude au vu du traitement policier que j’avais vu les jours précédents dans mon département, la Marne, et dans les villes de Reims, de Chalons et d’Épernay, et qui m’inquiétait énormément.
01:59:44David Dufresne
Le tchat vous suggère finalement : l’écharpe et votre interpellation, c’est un moyen supplémentaire de lutte.
01:59:54Anthony Smith
Oui, alors il n’y a que les Français qui ont l’écharpe, parce que c’est une tradition très française de tirer une écharpe contre lui. Ça n’existe nulle part ailleurs, il n’y a qu’en France où on a une écharpe. Mais oui, oui, je pense que c’est un moyen au moins de se situer, d’être identifié. Moi, je n’ai pas la prétention d’être une autorité, je suis juste un élu de la République, j’ai été élu par les citoyens, et je considère que quand j’assiste à des bavures policières et à des violences policières, il est de mon devoir de m’interposer, parce que ma légitimité, elle est populaire et elle est issue du suffrage universel. Et donc, je pense que cette légitimité, elle doit prendre place dans la vie publique, à la place qui est la sienne, pas à la place des manifestants et de leurs revendications, bien au contraire, mais ici en sécurisation et en interpellation. D’ailleurs, c’est pour ça que j’exerce, je l’ai fait trois fois la semaine dernière, mon droit de visite des lieux de privation de liberté et de garde à vue pour aller vérifier les conditions de garde à vue dans les commissariats. On sait que vous en avez parlé, mais plus de 6 800 jeunes ont été interpellés, dont les deux tiers sans aucune poursuite. Donc avec une garde à vue qui est aujourd’hui utilisée à des fins clairement de répression policière.
02:01:02David Dufresne
Sur une des vidéos, on entend un policier vous demander de le laisser faire son travail. Évidemment, il est excédé par votre interposition, on pourrait dire. Il y a des images qui ont fait presque le tour du monde de Bally Bakayoko s’interposant encore plus physiquement que vous, d’une certaine manière, mais déjà vous, c’est pas mal. Mais qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent : au fond, c’est le législatif qui vient cogner, si je puis dire, l’exécutif ?
02:01:43Anthony Smith
Non, je pense que ce n’est pas du tout ça. D’abord, je pense que dans cette séquence-là, c’était complètement illicite. Donc vous aviez des jeunes avec qui je discutais, qui étaient complètement paisibles, et je vois arriver en courant deux policiers, cette fois-ci avec des brassards, mais complètement masqués et cagoulés, la matraque sortie. Et je venais de discuter avec ces jeunes-là. Il était impossible que je ne temporise pas, c’est-à-dire que je n’explique pas aux policiers ce qui est en train de… Je dois leur dire : « Écoutez, messieurs, calmez-vous. » Il y a une tension qui est extrêmement importante et je pense qu’au même titre que tout citoyen, en fait, il faut rappeler à la police que ce sont nos enfants, ce sont les enfants du pays, de France, et qu’il est hors de question d’être dans un rapport, mais qui était celui préconisé par Lecornu, le gouvernement, dès le début de la mobilisation, c’était un rapport de violence, c’est-à-dire de traitement comme des émeutiers de jeunes lycéens. Et moi, je pense qu’au contraire, il est de la responsabilité évidemment d’un parlementaire, mais aussi d’un adulte, aussi d’un parent que je suis, de m’interposer, ou du moins de rappeler aux personnes qui sont censées assumer et mettre en œuvre une autorité, une contrainte, comme ils l’appellent, légitime, qu’elle est parfois totalement illégitime. Et en tout cas, à Reims, c’était le cas ce jour-là, et ça l’a été ailleurs. Je suis à Strasbourg quelques jours plus tard et c’est là aussi terrible, un rapport au maintien de l’ordre qui n’était fait que de violence. Et donc non, je pense que j’étais à ma place. Je vais empêcher le policier de courir, de lui juste demander de se calmer, parce qu’effectivement, on ne peut pas répondre à la jeunesse de ce pays par la violence. Malheureusement, c’est le choix qui a été fait par le gouvernement, on l’a vu avec tous ces blessés et ces mutilés.
02:03:17David Dufresne
Vous venez de parler de Strasbourg. De Strasbourg à Bruxelles, il n’y a qu’un pas. Et Fabienne, dit Martinaud, dans le tchat, vous demande : « Est-ce que vous rapportez tout cela au niveau de l’Europe ? » Et j’ajouterai : est-ce que vos collègues députés européens vous parlent de la situation en France ? Comment les choses sont rapportées, sont dites ?
02:03:40Anthony Smith
Oui, d’abord, ce qui est constaté, c’est que la police française est la plus violente d’Europe, est une des plus violentes d’Europe, qu’elle utilise des moyens de maintien de l’ordre, ou du désordre, qui sont parmi les plus violents et les plus mutilants en Europe. Ça, c’est une constante, ça, c’est connu. Et puis justement, on était en session plénière la semaine dernière à Strasbourg et il y a eu un débat imposé par l’extrême droite et la droite européenne pour parler des violences d’extrême gauche en France, entendez la mobilisation lycéenne. Et j’y ai pris la parole avec Manon Aubry, avec Emma Fourreau notamment, pour justement dénoncer la réponse policière face à l’extrême droite française, à Marion Maréchal, à Mathieu Valet, qui nous accusaient d’inciter aux troubles et de participer et d’organiser ces violences, pour parler de la jeunesse et de ses revendications. Parce que c’est ça qu’il faut dire. Ce que veulent aujourd’hui les jeunes, c’est bien étudier. Et moi, je pense que c’est bien, quand on est jeune, de vouloir bien étudier aujourd’hui pour bien travailler demain. Parce qu’on a trop de conditions, et c’est l’inspecteur du travail qui parle, mais des conditions dans les entreprises qui sont désastreuses en termes d’accidents du travail, de morts au travail, notamment chez les jeunes en formation professionnelle, pour ne pas vouloir avoir de bonnes conditions d’étude et de travail aujourd’hui. Donc je pense qu’au contraire, c’est salvateur, cette mobilisation-là, que de poser ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas à l’école quand on apprend, et ensuite au travail quand on doit y passer le reste de sa vie.
02:05:02David Dufresne
Quand vous vous présentez aux policiers sur les différentes vidéos que vous nous avez remises, enfin votre collaborateur, que je salue, il a fait ça hier après-midi, un dimanche ! En tant qu’inspecteur du travail, vous devriez faire un peu attention quand même. Vous faites travailler vos collaborateurs le dimanche ! Enfin bon, voilà, je passe !
02:05:20Anthony Smith
C’est moi qui vous les ai envoyées hier, les vidéos. Je vous les ai envoyées, je ne sais plus quel est son prénom. Ouais, ouais, je vous ai envoyé ça hier. Bon, ce n’est pas grave.
02:05:32David Dufresne
Je voulais faire une blague. D’ailleurs, à propos de blague, il y en a une très bonne dans le tchat à propos des écharpes : d’où le mot « s’écharper ». C’est bon, c’est très bon, c’est très bon. Donc oui, vous venez d’en parler. LFI, bande de récupérateurs, bande de manipulateurs ! Qu’est-ce que vous répondez à ces accusations et faut-il répondre à ces questions-là ?
02:05:57Anthony Smith
On peut toujours répondre. Je pense que la vérité des prix est donnée. La présence de La France insoumise, et vous parliez de Bally et d’autres militants, d’autres camarades, c’est évidemment une présence aux côtés de la jeunesse. Et encore une fois, je pensais que c’était là où les élus de la République devraient être. Moi, je suis dans un département où, lors des manifestations où je me suis rendu à Chalons et à Reims, je n’ai vu aucun élu de la République. Aucun élu, pas même le maire, aucun adulte, n’en fait, face à cette jeunesse, à part les élus de La France insoumise. Moi, je suis le seul élu du département, mais les autres élus de gauche n’étaient pas là non plus, il n’y avait personne. C’est bien ça, le problème, c’est de ne pas être au contact, de ne pas entendre les revendications, de ne pas comprendre ce qui se passe dans le pays. Et moi, je pense que c’était au contraire tout à notre honneur que d’y être. Après, le mouvement va se construire ses revendications. Mais si un politique n’est pas là où il se passe quelque chose, alors je ne vois pas à quoi il sert.
02:06:48David Dufresne
Je disais ça parce que sur vos vidéos, vous vous présentez régulièrement en disant : « Député européen, La France insoumise. » Donc vous déclinez votre identité, mais c’est pour provoquer ?
02:07:02Anthony Smith
Non, non, non ! C’est juste pour identifier face à l’interlocuteur d’où je parle, qui je suis, en fait. Simplement pour que le policier comprenne qu’il y a, dans cette mobilisation, dans cette manifestation, des élus qui sont présents et qui vont être des observateurs aussi, des casques blancs des réalités des violences policières qui s’exercent. Je pense que c’est important.
02:07:23David Dufresne
Je reviens, et pour terminer, sur ce qui se dit dans les couloirs du Parlement européen. Le danger fasciste en France, il est discuté ?
02:07:34Anthony Smith
Eh ben écoutez, le problème, c’est que de plus en plus, l’alliance fasciste, elle est en Europe, vous savez. Même si Orbán n’est plus dirigeant de la Hongrie, l’alliance entre les trois groupes d’extrême droite du Parlement, de Marion Maréchal, de Sarah Knafo et de Jordan Bardella, avec la droite européenne, est désormais une constante. Le débat de la semaine dernière dont je vous parlais n’a pu être voté que parce que cette alliance s’est mise en œuvre. Donc vous avez aujourd’hui une extrême droite qui est en voie de diriger le Parlement européen de plus en plus lors des votes et des alliances pour casser toutes les règles sociales, toutes les règles environnementales notamment, qui peuvent exister. Donc ce n’est pas du côté de l’Europe qu’on a aujourd’hui un mouvement progressiste qui serait de nature à être une digue et une barrière face à ce que nous vivons en France.
02:08:25David Dufresne
Merci beaucoup, Anthony, d’avoir pris le temps de bon matin pour venir nous parler. Et je dois dire que ça fait des années que je vous avais dit : « Mais ouais, je vais vous inviter. » Ben ouais, je vous invite !
02:08:36Anthony Smith
On s’était dit ça, David, exactement.
02:08:39David Dufresne
On s’était dit ça il y a des années et c’est un plaisir d’avoir pu tenir parole un peu tard, mais c’est fait.
02:08:50Anthony Smith
Voilà.
02:08:51David Dufresne
Génial, bonne journée et merci. Bravo pour ce que vous faites.
02:08:54Anthony Smith
Merci à tous et toutes.
02:08:55David Dufresne
Merci beaucoup, merci à vous. Voilà, camarades, ça n’est pas terminé, on va continuer un tout petit peu la matinale. J’espère que ça vous fait du bien, comme dit Plume Doigt. Attendez deux secondes. Parce que votre histoire de merde, plus la fatigue, c’est pour ça que je crois que j’ai besoin d’un petit remontant. Je vais demander un petit café, c’est pour cela qu’il est temps. Il est temps, je vais prendre un petit café, voilà, il faudrait un petit café. Qu’est-ce que je veux dire ? Vous voulez quoi ? Vous voulez « Ici Londres, Laurent Nuñez lance la dissolution d’Égalité et Réconciliation », c’est un scoop de Libération d’hier, ou vous voulez Radiopolice ? Ça, on ne peut pas faire les deux, moi, je suis claqué. Sur les dangereuses manœuvres des voitures de police dans les cortèges. Vous voulez quoi, les amis ? Vous voulez quoi ? Dites-moi vite. Moi, j’ai un petit faible pour vous lire les mésaventures qui s’annoncent pour monsieur Soral Alain, avec la dissolution annoncée d’Égalité et Réconciliation. Radio Londres ou Radiopolice ? Radio Londres ou Radiopolice ? Et j’en profite pour remercier chaleureusement Théo, qui doit se reposer et se dire : « Waouh, ça y est, les six duplex sont terminés, on peut se reposer. » Voilà, sachez qu’une matinale comme celle-ci, c’est tout un week-end pour la préparer. Ça nous plaît de la préparer, ça nous plaît de la faire. Vous êtes nombreux et nombreuses, donc c’est top, mais c’est du boulot, quoi. Voilà. « Lequel tu préfères, avec perfection », nous dit Euryale. « Après, si Soral, c’est ton petit plaisir, vas-y. » Libération, Radio Londres. Il y a un petit peu de Radiopolice. Radio Londres. Allez, Ici Londres, et je sais pourquoi. C’est parce que vous adorez le générique. Les aupostiens parlent aux aupostiennes, les aupostiennes parlent aux aupostiens.
02:11:22Audio
Ici Londres. Les Français parlent aux Français. Vous allez écouter tout d’abord quelques messages personnels. Les sanglots longs des violons de l’automne.
02:11:41David Dufresne
Ah, je n’ai même pas eu le temps de me faire un petit café. Ah, je peux enlever le casque. Oh la vache ! Alors, où est-ce qu’il est, le petit Firefox ? Le petit Firefox, il est là, il est là. Impeccable. Info Libération : « Laurent Nuñez lance la dissolution d’Égalité et Réconciliation, l’association de l’antisémite Alain Soral. » Article signé Maxime Macé, Pierre Plottu. Publié hier à 13 h 21. Le directeur me dit, Théophile me dit à l’instant : « Ici la régie, je rends mon tablier, je me bois un café en te regardant terminer le stream. » Merci Théo ! Donc, mieux vaut tard que jamais. En pleine affaire Bardella, dans laquelle Mediapart accuse le président du RN d’avoir eu des propos antisémites et d’avoir été influencé par la pensée d’Alain Soral, v’là-t’y pas, c’est moi qui rajoute le « v’là-t’y pas », le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a pris la décision de dissoudre Égalité et Réconciliation, l’association du penseur antisémite. Contactée par Libé, une source à Beauvau confirme qu’une mesure de dissolution est bien envisagée à cette fin. Un contradictoire est en cours, à l’issue duquel la dissolution pourra intervenir. Fondée en 2007… Alors, pourquoi on parle de ça ? Pourquoi il faut parler de ça ? Parce que, vous savez, ici, on a fait plusieurs émissions sur les dissolutions. C’est pas… À titre personnel, là, je n’engage que moi, je ne veux pas engager toute l’équipe, mais à titre personnel, je suis pas favorable aux dissolutions. On sait qu’elles renforcent souvent les fachos, alors qu’elles ont plutôt tendance à désorganiser de l’autre côté. Mais là, ce qui m’intéresse, c’est que la pensée d’Alain Soral, elle a quand même pas mal ruisselé. On est dans quelque chose d’assez majeur. Donc c’est important de lire ce qui se passe. « Il ne l’utilise pas cette fois pour dissoudre un groupe antifa », nous dit Ilaria Duguay. « Dix-neuf ans de retard. » Je continue, je reprends, et je vous mets le tchat. Alors, fondée en 2007 par Alain Soral, à l’époque membre du Front national, et oui, il faut toujours le rappeler, et deux anciens militants du GUD, le groupuscule violent d’extrême droite, à savoir Philippe Péninque et Gildas Mahé O’Chinal, Égalité et Réconciliation prétendait œuvrer pour une réconciliation nationale entre « Français de souche », le « de souche » étant entre guillemets, et d’origine étrangère, afin d’amener ces derniers au patriotisme et au combat contre les ennemis réels, soit les sionistes, les LGBT et les féministes. Derrière ces avatars de ce qu’Alain Soral appelle les « élites mondialistes » figurent systématiquement les Juifs, à qui il voue une haine maladive. Intimement liée à l’image de son fondateur, E&R, donc Égalité et Réconciliation, sert de canal de diffusion de la pensée d’Alain Soral. Ce dernier est l’un des premiers à l’extrême droite à investir la plateforme vidéo YouTube pour y développer sa logorrhée haineuse agrémentée de punchlines, tranquillement installé dans un canapé rouge devenu iconique. Oh, le mot « iconique », les gars, bon, bref. Sans la moindre contradiction à ses propos complotistes et antisémites. Mais l’association sert aussi à financer le train de vie luxueux de l’écrivain antisémite, comme Libération l’avait démontré en décembre 2024. Dans le courrier, long d’une dizaine de pages, que Libé a pu consulter, annonçant la procédure de dissolution et envoyé à Alain Soral le 9 octobre, le ministère de l’Intérieur souligne que l’association, sous couvert de combattre le racisme ou d’assister les victimes de discriminations fondées sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse, reprend en réalité le courant de votre pensée national-socialiste, référence directe au nazisme, et que l’association propage des idées tendant à justifier ou encourager un discours discriminatoire, haineux et appelant à la violence envers les personnes juives, immigrées, les femmes et la communauté LGBT. L’Intérieur produit de nombreux exemples de l’antisémitisme et du complotisme, rappelant par exemple qu’Alain Soral a affirmé le 4 janvier 2025, ah, Euryale m’a dit que je lisais trop vite. Je lis trop vite ? Je lis trop vite. Dites-moi si je dois lire plus lentement. Non, non, ça va. Tu vois, Euryale, non, ça va. Bon allez, je reprends. Affirmé le 4 janvier 2025, dans une interview partagée sur le site Internet de l’association, qu’« il n’y a pas d’universel dans le judaïsme. C’est un projet de domination universelle ». Petit rappel, le verbe « dominer » apparaît dans les messages de Bardella Junior. Ou encore qu’il attribue, dans une vidéo également publiée sur Égalité et Réconciliation le 17 janvier 2025, ouvrez les guillemets, les attentats de Charlie Hebdo, dont il dénie la réalité, à une opération de […] organisée par la communauté organisée, à savoir la communauté juive. Ici Paris. Radio Paris. Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. De même que le courrier développe de nombreuses remarques sur la LGBT phobie promulguée, comme avec ce tweet en date du 23 mars 2025 diffusant une vidéo d’Alain Escada, rediffusion de 2016, président de Civitas, association intégriste dissoute en octobre 2023, déclarant à propos du programme scolaire d’éducation à la sexualité : « C’est banaliser l’homosexualité, puis demain quoi ? Puis demain, puisque tout s’en va, la zoophilie, la pédophilie. En somme, le pédophile est le représentant d’une orientation sexuelle parmi d’autres pour ces gens-là. » Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite, mais également et surtout pilier de notre émission Extrémorama, que vous pouvez visionner sur notre site auposte.media.
02:11:41David Dufresne
Je rajoute ça, ce n’est pas dans les notes de la claviste de Libération, c’est dommage, ils n’auraient Nicolas Lebourg souligne à Libé que, par rapport aux 23 précédents, et ça, c’est capital, par rapport aux 23 précédents mouvements d’extrême droite interdits sous le mandat d’Emmanuel Macron, rappelons qu’Emmanuel Macron détient le record absolu de dissolutions de groupes de gauche comme de droite, ce qui en dit long aussi sur sa conception de la liberté d’expression, mais bon. Par rapport aux 23 précédents mouvements d’extrême droite interdits sous le mandat d’Emmanuel Macron, c’est la première fois, nous dit Nicolas Lebourg, que l’Intérieur s’en remet au seul motif d’incitation à la haine, sans référence à des pratiques déviantes. Autrement dit, l’Intérieur sort du dogme de « l’ultradroite », pointé à un risque de violence de la radicalité de droite, fermez la parenthèse, pour revenir à la désignation d’un risque pour la paix civile de la propagande altérophobe des extrêmes droites, en signalant qu’elles font système. Antisémitisme, homophobie, sexisme et racisme sont désignés. Et ça, c’est ce qu’il faut retenir de ce qui est en train de se passer. On revient à la logique, poursuit le chercheur, républicaine de 1944, quand la propagande antisémite est désignée comme ayant porté préjudice à la liberté des Français et à l’égalité entre eux, constituant donc une atteinte à l’unité de la nation. Ce décret de dissolution paraît toutefois intervenir bien tard, écrit Libération. Cela fait quasiment vingt ans que cette association diffuse sans relâche sa haine antisémite et raciste sur Internet, notamment par le biais de vidéos, d’écrits ou d’audios, qui en font l’un des principaux sites de la fachosphère, présentant à titre d’exemple plus de 2,3 millions de visiteurs uniques en mars 2020. Le courrier du ministère de l’Intérieur n’évoque d’ailleurs pas les associations parallèles montées par Alain Soral pour faire de la vente en ligne, comme Au Bon Sens, qui prétend proposer des produits sains et enracinés. Pas plus qu’il ne s’attaque à la maison d’édition Kontre Kulture, qui propose à la vente de nombreux ouvrages antisémites, négationnistes ou faisant l’apologie du Troisième Reich. Les sections locales d’Égalité et Réconciliation ne semblent pas non plus visées par la procédure, ouvrant ainsi la porte à une continuation des activités délétères de ce mouvement.
02:21:33Audio
T’es en train de me parler ? Tu parles de moi ? T’es en train de parler à moi ? Mais à qui est-ce que tu parles ? Tu parles de moi ? Je suis le seul ici. À qui tu dis que tu parles ?
02:21:57David Dufresne
Voilà, chers amis, ainsi se termine ce stream, cette matinale. Il est 9 h 23, normalement on est censés arrêter à 9 h. Ce n’est quand même pas fastoche. Bon, je vous donne les convocations de la semaine, le calendrier de la semaine. Alors, vous allez voir qu’on ne va pas chômer encore cette semaine. On ne va pas chômer. Aujourd’hui, aujourd’hui à midi, le camarade, le copain Julie Le Guet présentera la troisième édition de son émission Six mois ferme. Je vous rappelle qu’elle est assignée à résidence avec un bracelet électronique et que nous avons décidé de relayer l’émission qu’elle a montée avec ses copains écolos, antifas, etc. Ça s’appelle Six mois ferme, c’est en direct depuis son grenier. Et elle sera donc avec nous de midi à 13 h parce qu’aujourd’hui, il y a en plus un invité canapé. Donc il y a deux invités en visio, un invité sur canapé chez elle, un député LFI, je crois, Loïc Prud’homme. Et en première partie, de mémoire, il sera question des luttes à Bure contre le méga canal. Ça, c’est à midi, de midi à 14 h. Aujourd’hui, à 18 h, « L’écologie, a-t-on besoin d’État ? » C’est à suivre à 19 h, c’est présenté par Hélène Assekour. J’essaie de retrouver, mais là, je suis désolé, j’ai mon ordinateur qui chauffe trop, je ne peux pas accéder à tout ce que je voulais. Attendez, je vais quand même vous retrouver les invités. C’est Alessandro Pignocchi et Juliette Duquesne qui seront là à 19 h tout à l’heure. Demain à 9 h, j’aurai l’immense plaisir de recevoir trois invités vraiment en pointe sur la question de l’IA, de la surveillance, de la Silicon Valley, du technofascisme. Trois ouvrages, l’un paru il y a déjà un an, mais il fait référence, il est à plus de 15 000 ventes, je crois, et il est cosigné par Nastasia Hadjadji, qui sera donc là demain à 9 h, ainsi que Thibault Prévost et Irénée Régnauld, qui tous les deux publient en ce moment même des ouvrages sur ces questions-là. Donc c’est une émission conversation, une émission causerie, une émission débat, une émission confrontation, comme on essaye d’en monter dorénavant pour ne pas faire que des entretiens au long cours avec une seule personne. On va essayer de développer ces entretiens-là à plusieurs, avec des points de convergence et des points de divergence. À 15 h, Euryale sera en direct depuis l’Assemblée nationale pour Au nom de la loi, questions au gouvernement. Elle remet ça mercredi à 14 h pour les questions au gouvernement, de la même manière. Et jeudi 15 à 19 h, Mathilde Larrère recevra deux historiennes autour de l’IVG. « L’IVG menacée », retracer l’histoire de l’IVG en France et ailleurs. Ce sera jeudi 15 sur Au Poste et nulle part ailleurs. J’espère que cette matinale vous a plu. « Merci à toutes et à tous », nous dit Arotopaz. « Merci pour la matinale et bon courage à tous », nous dit le petit Vapophile. Je vais… Attendez, je vais chercher un petit truc sur mon téléphone. J’ai promis aux copains de L’Envolée d’annoncer quelque chose, quand bien même nous ne faisons pas la météo des luttes. Ne bougez pas ! Attention, attention, attention, attention. Hop, hop, hop. Qu’est-ce que je fais là ? Alors, c’était où ? Voilà, petit rappel pour l’événement qu’on coorganise à La Parole errante, c’est à Montreuil, le week-end prochain. On maintient les 16 et 17 octobre pour parler de la torture carcérale, en faisant bien évidemment résonner l’événement avec l’actuelle répression. Alors, vendredi soir à 20 h, sortie et présentation par l’autrice… Attendez, bougez pas. Attends, qu’est-ce que c’est que ça ? Oh là là, c’était large, hein ? Marie Laigle, du livre Crever le silence, une histoire subjective à travers les textes du Comité d’action des prisonniers, 1972-1981, aux éditions du Bout de la ville, avec projection et écoute d’archives. Samedi 17 octobre, deux tables rondes. À 14 h : « De quoi la guerre au narcotrafic est-elle le nom ? » Guerre aux quartiers, figure du narco, extension du filet pénal. Ce sera avec L’Envolée, avec Libre Flot, avec Fabrice Olivet et une correspondante italienne. À 16 h 30 : « Un an de QLCO, un an de bagarre », témoignages, récits, analyses sur ces nouveaux quartiers, avec L’Envolée, avec Julien Brel du Syndicat des avocats de France, Gaëlle Auro, coautrice avec Momen de Manchette à peine, qu’on avait présenté ici, Khaled Miloudi, ex-braqueur poète, des témoignages de nombreux prisonniers et de leurs proches. Le soir à 21 h, Dans l’ombre la lumière, avec Khaled Miloudi et Raphaël Goldman. C’est un spectacle à 21 h et ce sera donc le samedi 17 octobre. Vous pouvez retrouver toutes ces informations sur lenvolee.net. À propos d’envolée, je vais me casser, je m’envole. On a notre réunion de conférence de rédaction à 10 h. Ça va chier, hein ? Non, je déconne. Voilà. Et puis il faut préparer le live de midi. Voilà. Je vous le rappelle, si vous voulez plus de matinales, si vous voulez qu’on continue, et bien, il faut nous soutenir, il faut nous aider. Vous allez sur auposte.media, vous allez dans la page « Je soutiens Au Poste ». Vous pouvez faire un don défiscalisé à hauteur de 66 % si vous êtes imposable, ou sinon vous pouvez vous abonner à partir de 2 euros par mois. Il y a tout un catalogue d’abonnements possibles. On a besoin de renflouer non pas nos dettes, mais nos investissements, parce que là, on dépense beaucoup de pognon dans le graphisme, dans le développement, dans les piges, dans les salaires, dans les cotisations, dans les assurances, dans les frais de toutes sortes pour pouvoir réaliser ça. Donc voilà, si vous pouvez nous aider et vous aider par la même occasion, n’hésitez pas à le faire, c’est important. Voilà, tac, tac. Qu’est-ce que j’ai à faire ? Je crois que c’est tout. Je vais envoyer les crédits. Bonne semaine à tous. On se revoit, si vous le voulez, demain matin en ce qui me concerne à 9 h, et sinon lundi ? Lundi prochain, non, non, lundi prochain, impossible, car lundi prochain je serai loin, je serai à Rome pour l’avant-première mondiale, c’est comme ça que ça s’appelle, Plus de bruit, Mano Negra, mon nouveau film. Voilà, donc je ne peux pas être partout. Il n’y aura pas de matinale lundi prochain. Celle d’après, oui. Voilà, je vous embrasse, merci beaucoup. Je vous ai lâché une petite info comme ça. À bientôt, merci.

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