« Sorbonne : Zone Libre » Jeu de rôle en public
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Plus que 50 secondes. On s’en fout, on avance. Je regarde si le son passe bien. J’enlève la musique du générique, là. Je fais des petits tests son en direct. Bonjour, bonjour tout le monde. Ne t’inquiète pas. Oui, Ah Ça, il est là. On est en live, là. Attention, là, tout le monde t’entend. Vas-y ! Pour se passer la main, à la main, on se regardera pour raconter des choses ensemble et ne pas se marcher sur les pieds. Très bien. Alors, c’est une grande première. Bonjour, salut Pimiko. Son OK. Salut Rolland, merci beaucoup. Regardez, c’est une grande première aujourd’hui, puisque nous allons faire, pour la première fois à Au Poste, un jeu de rôle : L’Insurrection. Où est le jeu ? Voilà, le jeu est là. Voilà, on va jouer à ça. C’est une première. Pour ma part, je n’ai pas joué à un jeu de rôle depuis au moins 30 ans. Casus Belli, Jeux et Stratégies. Et aussi, là, je suis super fier de la belle banderole. Voilà, Aurélien, qui voit tout. Une banderole qui a été fabriquée par les copains d’Alternative à Paris, qui sont à Césure. Merci à eux. Voilà, c’est une banderole, sur les conseils de Muriel, qui tient le stand Au Poste, comme toujours. Voilà, qui est là-bas, qui lève la main. Là-haut, il y a de l’espionnage industriel par les copains du Média, Le Moment. Ils sont là. Salut les copains ! Et puis il y a le bar, donc si vous êtes sur Paris, vous pouvez nous rejoindre, 13 rue de Santeuil. Il y a de quoi se sustenter et boire. Et à partir de maintenant, je passe le trac et la trouille à mes collègues de jeu qui vont se présenter. Melville, je sais que tu ne veux pas être meneuse de jeu, mais tu vas quand même l'être un petit peu, puisque c’est ta faute si on est là avec ton éditeur.
Bonsoir. Ce soir, on va faire du jeu de rôle. Alors, j’ai vu déjà dans le tchat des gens qui se demandaient si on aurait FibreTigre comme meneur. On n’aura pas FibreTigre et il n’y aura pas de meneur. Je suis vraiment désolé, mais c’est un jeu de rôle un peu anarchiste. C’est un jeu de rôle sans meneuse, mais ça reste du jeu de rôle. Donc on va raconter des histoires ensemble. On va raconter des histoires d’insurrection. C'était quand même le propos du jeu. Et puis, on va le faire d’une façon un peu différente. Souvent, en jeu de rôle, il y a un meneur qui est un peu le grand metteur en scène, et puis des joueurs qui jouent les personnages principaux de l’histoire. Voilà, c’est ça. Ici, il y a une partie des personnes qui jouent des institutions : donc l’ordre, le pouvoir, les médias, la population. Et il y a une partie des gens qui jouent des individus. C’est la table qui est là. Exactement, c’est l’autre table. Et ce sont des individus qui sont traversés par l’histoire et qui vont traverser l’Histoire, un peu à la manière de ce qu’on peut voir dans Les Misérables de Victor Hugo. C’est-à-dire qu'à la fois, il y a les grandes institutions qui font l’histoire à proprement parler. C'était une logique un peu de philosophie matérialiste, on va dire. Et puis, de l’autre côté, il y a ce côté romanesque d’individus qui, à travers ce moment, vivent des choses qui les touchent très fortement. Et tout ça interagit ensemble. Voilà ce que propose de jouer L’Insurrection.
Alors, à propos d’interagir, je rappelle au public qui est ici et qui a eu la gentillesse. Parce qu’il y a des millions de gens derrière la caméra, mais qui ne voulaient pas. Bon voilà, qui sont suspects. Mais eux, qui sont aussi suspects, sont courageux, ils sont devant la caméra. Si, à un moment donné, vous voulez intervenir, nous aider. Bonjour, bienvenue. Si vous voulez nous aider à intervenir.Melville, il ne sait pas trop. Elle ne sait pas trop comment faire. Moi, je dis : c’est l’anarchie. Donc si vous voulez intervenir dans le jeu et nous aider, il faut… Et il y a aussi le tchat.
On va présenter un peu le contexte dans lequel on va jouer, l’histoire qu’on va raconter, ou en tout cas les prémices de l’histoire qu’on va raconter, et puis qui est dedans.
Mais est-ce qu’on présente d’abord nos invités ? Voilà. Nora, de ce monde. Voilà. Ah bah, Nora, bien sûr. Les gens n’auront pas à manger…
Allez, faisons un tour de table. Nora va revenir, mais je vais commencer par le bout de table. Il y a Alexia Soyeux qui joue avec nous. Elle tient le podcast Présages, qui est un très chouette podcast qui parle d'écologie, qui fait de longues interviews de personnes passionnantes.
Pas que d'écologie.
J’ai eu le bonheur de passer à l’interrogatoire d’Alexia il y a trois ans maintenant, peut-être même un peu plus. Il y a trois, quatre ans, voilà, pour le podcast.
Voilà, à côté, nous avons la journaliste Nora Bouazzouni.
Bonjour. Mais j’ai pris à manger parce que, si je ne prends pas à manger, on ne me connaît pas.
Exactement.
Si je ne mange pas pendant un événement, on ne sait pas qui je suis.
Parce que Nora parle quand même souvent de nourriture, il faut le savoir. Elle a écrit plusieurs bouquins sur le sujet, qu’on vous recommande. Le dernier, je crois, s’appelle Manger les riches.
Manger les riches, la lutte des classes passe par l’assiette. Et plein de gens m’ont dit : « Vous ne trouvez pas que c’est violent comme titre ? » Évidemment, ces gens sont riches.
Donc je pense que c'était une invitée qui tombait un peu sous le sens pour une partie comme ça. À côté, nous avons Alexis, donc mon éditeur chez The Hoochie Coochie, que j’aime énormément.
J’ai été ? Oui, il me semblait bien. Non, il faut garder le micro quand on parle.
Voilà, donc Alexis, qui a de multiples casquettes, mais qui a notamment édité L’Insurrection et qui participe à cette partie. Et puis enfin, à côté de moi, Antoine, que vous avez peut-être déjà vu sur Blast notamment, ou sur Internet de façon plus générale, qui participe à Planète B et puis qui écrit, qui fait plein de choses. T’as écrit un bouquin sur La Horde du Contrevent aussi, il me semble, non ?
Oui, c’est ça, bonsoir. Donc oui, sur Blast avec une émission spécialisée sur la science-fiction qui s’appelle Planète B, puis après un peu partout sur Internet, sur différents médias qui parlent de SF, qui acceptent de faire une petite place à l’imaginaire et à la SF pour en parler sous un angle un peu analyse et critique.
Et puis moi, je m’appelle Melville. Je suis une conceptrice de jeux, en particulier de jeux de rôle, et j’aime bien les choses un peu expérimentales, on va dire. Avec L’Insurrection, l’idée, c'était donc de parler de récits d’insurrection, qu’on puisse les placer dans un univers contemporain, historique ou même imaginaire, mais en tout cas d’essayer de construire des récits avec toutes ces parties prenantes : les institutions, les individus, et comment il se passe plein de choses. Il y a beaucoup d'ébullition dans ces moments-là. Moi, j’ai écrit ce jeu début 2021. J’avais encore fraîchement en tête toute la séquence des Gilets jaunes. Je m'étais nourrie de récits, à la fois de ce qui se passait au niveau institutionnel et, en même temps, de plein de récits individuels. J’ai vu un film qui s’appelle Un pays qui se tient sage, qui avait aussi nourri mes réflexions. Donc évidemment, quand j’avais fini d'écrire le jeu, on t’a envoyé un exemplaire en se disant : peut-être que ça pourrait intéresser David.
Et notamment, ce qui m’a beaucoup plu dans les règles du jeu, enfin dans le jeu, c’est que tous les pluriels sont au féminin. Tout est écrit « les joueuses », ce ne sont pas « les joueurs ». Et ça m’a bien plu, donc je me suis dit : tiens, ils sont malins, ceux-là. Et donc voilà. Puis après, j’ai lu les règles. Juste pour qu’on comprenne bien, enfin les règles : il y a L’Insurrection, le jeu que nous représente, voilà, et puis aujourd’hui, ce soir, on va jouer à un scénario que tu as écrit spécialement pour… Oh là là, les photographes ! C’est du délire !
Tout à fait. Ce soir, on va jouer Sorbonne Zone libre. L’Insurrection, comme je le racontais, on peut y jouer dans plein de cadres, on peut donner plein de contextes narratifs pour proposer plein d’histoires différentes. En l’occurrence, quand on en a parlé avec David, il m’a dit : « Oui, alors on va jouer à Césure, c’est dans une fac, c’est dans le quartier universitaire. Est-ce qu’on pourrait faire quelque chose qui résonne un peu avec Mai 68 ? » Bon, Mai 68, je n’avais pas envie de faire nécessairement Mai 68, mais je me suis dit : et si on imaginait Mai 68 en 2028 ? Qu’est-ce qui se passerait ? Et en 2028, on pourrait imaginer que, par exemple, la présidente est effectivement une présidente et que la présidence est nettement plus à droite qu’elle ne l’est aujourd’hui. Que peut-être les universités sont encore plus vendues…
Et les ministres ne sont même pas acquittés, ils ne sont pas jugés du tout.
Exactement. Que peut-être les universités sont vendues à la découpe au secteur privé, encore plus qu’elles ne le sont aujourd’hui. Que les grandes villes continuent à être plutôt des bastions de gauche écolo et que, par exemple, la mairie de Paris est une mairie avec une majorité d'élus verts. Après tout, c’est arrivé dans d’autres grandes villes. Et qu’au bout d’un moment, les étudiants, les chercheurs, les personnels universitaires, ils en ont marre, et ils disent : « En fait, on va transformer la fac en ZAD, à défaut de l’Assemblée. » Et si on part de ce postulat-là, il y a quelques années, on a un récit où, effectivement, dans une ville qui est un peu prise entre deux feux, entre les appuis du pouvoir et puis les insurgés, on a des universités qui se réunissent, qui essayent de fonctionner ensemble avec des individus qui construisent une espèce de grand ensemble qu’on appellerait l'École sauvage de Paris. Et dedans essayent, à l’instar de ce qui a pu exister dans d’autres lieux, les enseignants, les personnels, les étudiants, d’essayer de construire quelque chose, avec évidemment une répression policière qu’on peut imaginer pas négligeable puisque, si le pays est très à droite, autant dire que les préfectures sont très armées. Et la préfecture, c’est moi. Et la préfecture, tu es. Effectivement, on va jouer à six. J’ai vu des gens qui trouvaient que c'était nombreux. Et oui, c’est nombreux. C’est comme ça parce qu’il y a plein de gens, il se passe plein de choses. Donc, à cette table, c’est plutôt les institutions. Et à l’autre table, c’est plutôt des individus. On va faire un petit tour de présentation. On va commencer par les institutions. Nous avons donc la préfecture de Paris. David a tenu à jouer les flics. Vous en retiendrez ce que vous voulez. Ça étonne tout le monde. Voilà. Moi, je vais réincarner les Parisiens de façon générale. Alors, comme les mairies écolos sont ce qu’elles sont, il y a un encadrement des loyers, ce qui fait baisser les prix de l’immobilier. Les Parisiens historiques et propriétaires ne sont pas très contents, mais il y en a plein de nouveaux Parisiens qui arrivent parce que, d’un coup, l’immobilier est en train de chuter et ça fait des logements pas chers. Donc ça fait un truc un peu ambigu avec un renouvellement de population et tout le monde n’est pas d’accord. À côté de moi, Antoine, vous le reconnaîtrez à son écharpe, joue la municipalité verte de Paris. Les élus, de façon générale, qui font un peu ce qu’ils peuvent, et puis probablement quelques autres élus aussi, mais globalement plutôt de l’opposition au niveau national, en tout cas.
Plus ou moins une chemise et une veste, globalement.
Et encore, on a évité la cravate de peau, si j’ai bien compris.
Alexis, à côté, va jouer Françoise Esteville. Françoise Esteville, elle fait partie du conseil d’administration de l’Université de Paris. Elle est donc vraiment à la fois en position de pouvoir au sein de l’université, mais en même temps très proche des insurgés. Il se trouve que Françoise, en plus, son mari travaille pour la préfecture. Et donc, elle a des infos. Elle a tendance à faire fuiter des infos pour aider les insurgés, mais si elle se fait pincer, elle va avoir de gros, gros problèmes. À côté, nous avons Noor. Noor est étudiante en journalisme et elle a monté un stream où elle donne des informations en direct sur ce qui se passe, parce que cette insurrection, ça fait quelques semaines qu’elle a vraiment démarré. Et Noor est vraiment devenue la source d’information, au niveau de la rue, pour beaucoup de gens, la source fiable qui ne va pas relayer un discours médiatique plus étatique, on dira.
Je suis un peu la StreetPress.
Exactement ! Et voilà. Donc Noor, par ailleurs, connaît bien le milieu politique, elle a de la famille dedans, mais elle est très en contact avec ce qui se passe au niveau de cette insurrection. Mais en même temps, comme elle a beaucoup de viewers, il y a les médias qui commencent à s’intéresser à elle en se disant : peut-être qu’on pourrait la recruter. Il va falloir faire des choix. Et enfin, en dernier, nous avons Léopoldine, Léo. Alors Léo, elle est jardinière à la base, elle travaille pour les espaces verts des universités de Paris. Léo est assez militante aussi. Elle a monté un collectif en mixité choisie avec des collègues et des amis à elle pour construire des jardins potagers viables et durables au sein des universités. Et puis elle s’est un peu fritée avec les flics aussi. Sa compagne a fini à l’hôpital et on la sait dans un sale état.
C’est pas de notre faute, hein. Je tiens tout de suite à le dire.
Léo, elle est assez vénère. Elle n’a pas peur d’aller à la castagne s’il le faut parce que, mine de rien, on a des idéaux de paix et de jardinage, mais il paraît que le jardinage sans politique… Enfin, sans lutte des classes, ça manque. J’apprends dans le mauvais ordre cette expression. Bref, l'écologie ne se résume pas au jardinage dans le cas de Léo, et il y a aussi de l’action directe. Voilà pour le casting de tous les gens qui sont là. Et en plus, on a manifestement des super modérateurs qui font un résumé de tout ça. Merveilleux.
C’est la modératrice en chef.
Merci beaucoup, Euryale. Donc voilà pour le contexte général. Est-ce qu’on commence à jouer, du coup ? Il serait temps !
Est-ce que le public connaît le jeu ? Vous avez déjà joué au jeu ou pas ? Il y a des gens qui connaissent et d’autres qui ne connaissent pas.
Alors, ça fait quelques semaines que les universités de Paris ont déclaré qu’elles étaient l'École sauvage de Paris. Les élus, au niveau national, ne sont pas tous très contents. La mairie fait un peu ce qu’elle peut. Et puis il y a Damien Dufresne. Damien Dufresne, c’est le président du conseil d’administration de Paris Université. Il a été là pendant quelques semaines. Il est rapidement devenu vraiment l’interlocuteur principal pour tout le monde, que ce soit la police, les insurgés, les élus. Bref, c'était vraiment le monsieur contact et celui qui pouvait un petit peu servir d’huile dans les rouages. Sauf que l’information est tombée dans la nuit. On n’a pas tous les détails, mais on a appris le décès de Damien Dufresne. On ne sait pas trop pourquoi. Sauf que, du coup, les rouages vont sérieusement manquer d’huile et ça risque de poser des problèmes. Qu’est-ce qui se passe du côté de la mairie quand on apprend ça ?
Je pense qu’il y a une conférence de presse qui est organisée immédiatement, peut-être au milieu de la nuit, avec les quelques journalistes qui acceptent de se déplacer. Et puis, je ne sais pas s’il y a des gens parmi vous qui êtes là à la conférence de presse, par exemple. Même si c’est à 3 heures du matin.
Ah bah, bien sûr.
OK. Je ne sais pas pour les autres. Est-ce qu’on est combien dans la salle ? On n’est que deux ?
Non, il y a un peu plus de monde. Il y a des Parisiens qui sont venus, des gens qui suivent un peu, mais pas énormément non plus. C’est quand même assez dispersé. Principalement des insomniaques.
Vous faites aussi partie du public ou pas, à la conférence de presse ?
Moi, je ne pense pas. Non, j’ai d’autres trucs à faire.
Je vois que la municipalité ne demande pas à la préfecture si elle est présente. Ça en dit long sur nos rapports. Il est évident que les renseignements territoriaux sont là, tapis dans l’ombre, au fond de la salle de cette conférence de presse, qui ne nous plaît qu'à moitié parce que nous savons, nous, à la préfecture, que les circonstances de la mort de ce monsieur, cette belle âme, monsieur Dufresne… Ces circonstances sont plus que suspectes. Je ne peux pas en dire plus en l'état, car une information judiciaire est ouverte, mais ça ne nous plaît pas du tout.
Bon, du coup, en l’occurrence, on a Marie-Louise Rossignol, qui est la maire écologiste de Paris, tirée de son lit après avoir appris la mort du président du conseil d’administration de Paris Université. Elle a eu le temps de travailler quelques éléments de langage, puis elle arrive avec sa fiche et l’air un peu fatigué parce qu’il est 3 heures du matin, mais aussi l’air concerné et un petit peu émue, avec les larmes pas loin des yeux. Elle s’adresse aux journalistes présents, enfin aux vrais journalistes et puis aux autres, et leur dit à quel point, bien sûr, elle est choquée d’avoir appris le drame qui endeuille Paris Université, mais à travers Paris Université, la ville de Paris, à travers la ville de Paris, la France, et à travers la France, le monde entier, d’avoir appris la mort de M. Dufresne dans des circonstances suspectes. Moi, maire de Paris, j’ai écrit immédiatement une lettre à Mme la préfète Marjorie Mailleux, dont je m'étonne qu’elle n’ait pas souhaité se déplacer à cette conférence de presse, par ailleurs, mais bon, c’est un autre problème, pour lui demander de s’emparer rapidement de cette affaire et de diligenter une enquête rapide auprès de tout élément potentiellement violent, actif, dans les universités de Paris, parce qu’on sait qu’il n’y a pas que du jardinage qui se trame dans la nouvellement créée « École sauvage de Paris ». Et voilà. C’est bien sûr un jour de deuil qui va être déclaré, et viendra le moment de la justice après le moment du deuil. En tout cas, pour l’heure, je vais faire une action réglementaire parmi celles que je peux faire en tant que mairie de Paris, c’est-à-dire interdire, jusqu'à la fin de l’enquête, tout rassemblement de plus d’une personne de moins de 25 ans, étant entendu que les rassemblements de personnes de moins de 25 ans sont, l’enquête le dira, très probablement liés à l'événement qui nous endeuille aujourd’hui. Voilà, merci. Vous êtes levé ? Oui, je veux qu’il y ait des questions dans la salle.
Bonjour, Marie à Qui qu’en parle. Bonjour. M. Dufresne avait, depuis plusieurs semaines, demandé une protection policière car il recevait des menaces de mort à prendre très au sérieux. Apparemment, ça n’a pas été suivi des faits.
Je n’ai pas forcément tous les éléments du dossier en tête. En tout cas, je vous remercie pour votre question.
Ah, intéressant. Vous n’avez pas d'éléments du dossier qui vous ont été fournis.
J’ai les éléments, bien sûr, mais la plupart sont, pour l’instant, sous les scellés de l’enquête. Et je vous remercie pour votre question.
Sous les scellés de l’enquête, c’est-à-dire ? Parce que moi, j’ai les mails envoyés, j’ai les courriers d’avocat. M. Dufresne avait pris un conseil. Vous ne sentez pas quelqu’un responsable de cette mort, à part les gens qui, effectivement, l’ont sans doute tué ?
Bien sûr. Et je pense que la justice fera son office et que la préfecture ne tardera pas à révéler toute la vérité sur cette sombre affaire.
Est-ce que la préfecture pourrait prendre la parole pour nous expliquer pourquoi cette protection policière a été refusée à M. Dufresne malgré les nombreuses menaces de mort répétées qu’il a reçues ?
La préfète n’a pas souhaité se déplacer, mais peut-être qu’elle arrive en retard à la réunion, je ne sais pas.
Non, la préfète Marjorie Mailleux est dans la salle de commandement. Elle est en relation étroite avec Olivier Ly, officier de liaison, qui est en train d'écouter cette conférence de presse, qui est une pantalonnade, puisqu’on voit bien que la mairie de Paris s’octroie des droits que même l’extrême droite la plus extrême n’oserait pas avoir. Ce n’est pas à la mairie de diligenter des enquêtes, mais bien à nos services. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas voulu participer à cette mascarade. Mais il est très intéressant de voir qu’en effet, cette presse que nous avons à l'œil, cette presse de street reporters sans carte de presse, enfin, on ne sait pas trop qui sont ces gens, est quand même alimentée par des avocats qui jouent l’agitation. Et en effet, d’après ce qu’Olivier Ly, notre officier de liaison, dit, il semblerait que certains soient très bien informés sur ce qui a pu se passer autour de M. Dufresne.
Alors, selon toute probabilité, les débats se poursuivent assez tard dans la nuit. Le lendemain, malgré l’interdiction promulguée par la mairie, évidemment, sur les réseaux circule un appel de tous les Parisiens à une grande marche blanche en hommage au président du conseil d’administration de Sorbonne Université, qui est récemment décédé. Une marche que l’on veut pacifique et digne, où tous les individus sont les bienvenus, y compris les étudiants, y compris les moins de 25 ans, parce qu’on ne peut pas utiliser la mort d’un homme qui œuvrait pour le bien collectif au nom d’un agenda politique. En tout cas, c’est ce que disent les messages qui sont publiés sur les différents réseaux sociaux, avec un appel à une marche blanche qui aura lieu le soir même et qui reliera République au parvis de la Sorbonne.
Ça, c’est ce que les gens voudraient, mais je rappelle que, quand il s’agit de manifestations, la moindre des choses, c’est de déposer le parcours du cortège. Nos services n’ont rien reçu.
Il n’y a rien de déposé.
En l'état de la situation, cette manifestation est parfaitement illégale. Nos super-drones 8-12 sont en place, tout le monde est sous surveillance et je peux vous dire qu’il n’y aura pas de marche blanche ce soir. C’est beaucoup trop tôt.
Alors, la préfecture de police a beau envoyer la Pat' Patrouille, on sera dans la rue. Sur le site de mon média, donc Haki Katan, je publie les différentes demandes de M. Dufresne pour bénéficier d’une protection policière, ainsi que les captures d'écran des textos de menace qu’il avait reçus et des mails de menace qu’il a reçus, ainsi que du doxing. Donc il a vu ses informations personnelles fuiter sur Internet, sur plusieurs forums et sur des comptes Discord d’extrême droite. Et je demande simplement : à qui la faute ?
Bon, la marche blanche a lieu le soir. Il y a évidemment plein de gens qui se réunissent. En tout cas, les gens se réunissent. Je ne sais pas à quel point la police tente de les en empêcher.
Pas de problème : 135 euros. Vous êtes nombreux, ça fait du pognon. Non, mais on ne les chargera pas. Nasses mobiles, les drones, mais on laissera la marche blanche, étant donné qu’effectivement, la situation est un peu tendue.
Il y a quand même un bon 50 000 ou 60 000 personnes qui se sont réunies dans le silence. Oui, évidemment, dans le silence. Il y a quelques slogans qui fusent malgré le silence général. Il y a des « Vérité et liberté ! » qui fusent à l’approche, notamment, des pelotons de gendarmes.
Moi, pendant cette marche blanche, je trouve que c’est assez opportun de foutre le zbeul, en fait, et de casser des trucs, de type mobilier urbain. Donc, avec mes amis jardiniers et jardinières, on a façonné des petites réserves de désherbant explosif et on a décidé que, devant la Sorbonne, on allait foutre le feu.
Comme quoi, on avait raison d’interdire. Donc, si je comprends bien, tout est de la faute de la préfecture. Nous endossons bien entendu tout ça. Il se trouve que… Vous savez comment on éteint des feux ? Vous savez, les feux, c’est très simple. J’ai envoyé Christophe Talensac, éditorialiste de France 3 Île-de-France, qui n’est pas votre ami, n’est-ce pas ?
Attendez, les éditorialistes de France 3 Île-de-France, ils travaillent pour la préfecture ?
On appelle ça le journalisme de préfecture, je vous expliquerai ça. Et donc, Christophe Talensac a la bonté de ne pas filmer en direct les poubelles. Nous avons fermé les signaux de CNews, de BFM. Donc il n’y a pas de poubelles en feu devant la Sorbonne pour les gens qui regardent la télévision. Autrement dit, il n’y a pas de feu de poubelle. Ce qui compte, c’est l’opinion publique. Il n’y a pas de feu de poubelle, ça n’a aucune espèce d’importance.
Alors, vu que je suis en train de streamer en direct le feu devant la Sorbonne, il y a donc évidemment un feu. J’ai 7 000 personnes en direct qui regardent mon stream.
Normalement, les brouilleurs sont en place. Je ne comprends pas ce que foutent mes drones. Mais ça n’a pas duré longtemps.
Après une nuit d'émeutes, une nuit de légers échauffourées, ça dépend de quel côté de la description on se place, j’imagine que, le lendemain, le calme est à peu près revenu, malgré quelques traces noires sur le parvis de Sorbonne Université. Comment réagit la préfecture ? Parce qu’il y a quand même un mort dans cette histoire.
Il y a un mort ? Vous parlez de M. Dufresne ou de…
Tout à fait.
Très bien, parce qu’il y a des rumeurs malveillantes colportées par les street reporters qui parleraient d’un manifestant qui serait mort au 20, rue Monsieur-le-Prince. C’est absolument impossible, non loin de la Sorbonne. Nous, c’est très simple : nous enquêtons, nous travaillons. Nous remettons… Nous remettons la responsabilité sur la ville de Paris, qui a, en sous-main, je dis bien en sous-main, organisé cette marche blanche avec Les Graines de liberté, collectif de jardinières féministes avec lesquelles… J’entends des rires dans la salle, mais avec lesquelles nous avons, en fait, de très bons rapports. Je vous expliquerai un petit peu plus tard. Mais là, je ne peux pas publiquement en dire plus, mais ce sont des relations que nous avons avec ces gens-là. En attendant, nous savons que ce sont elles qui ont mis le feu à des géraniums séchés, qui ont donc déclenché ces feux de poubelle. Mais surtout, là, je tiens à être très sérieux : la faute incombe à la mairie de Paris et j’aimerais qu’elle rende des comptes le plus vite possible.
Dans les marchés parisiens et dans les cafés parisiens, ça débat très fermement. Les opinions sont extrêmement tranchées entre les personnes qui défendent la mairie, les personnes qui défendent l'État et l’ordre, les personnes aussi qui défendent les insurgés et qui disent que tout ça ressemble à de la manipulation, avec beaucoup de grosses ficelles, pour essayer de discréditer des gens qui essayent d’inventer un autre avenir. Les familles sont très, très divisées sur le sujet. Il y a évidemment un fossé générationnel, mais pas seulement. Et dans toute la ville, et incidemment dans tout le pays, c’est un sujet de discorde et de débat qui prend une place très, très conséquente.
En parallèle de tout ça, moi, je pose des questions à mon mari, qui travaille à la préfecture. J’aimerais en savoir un petit peu plus sur le dossier, puisqu’il semblerait que les gens ne s’intéressent pas tant que ça à la cause de la mort de M. Dufresne. Moi, je voudrais savoir… Enfin, je lui demande où ça en est. Est-ce qu’on a des pistes ? Est-ce que l’enquête avance ?
Je reconnais bien là ce couple étrange constitué de Vincent Esteville, votre mari, Françoise, haut fonctionnaire placé à la préfecture auprès de moi. Et je lui fais confiance. Il a toute ma confiance. C’est quelqu’un qui a, pendant plus de dix ans, comment dirais-je, commandé les BRM. C’est quelqu’un de sérieux, de solide. Et donc, si, voilà, je lui fais confiance. Maintenant, attendez, je reviens au texte, au Code pénal, au code, parce que j’ai complètement oublié ça. En fait, on a des règles, il y a des actions fortes, régulières, faibles. Bon, eh bien là, je vais faire une action qui ne me coûte rien, parce que je n’ai pas encore bien compris l’histoire des jetons, mais ça va venir. Je vais arrêter des innocents, parce que j’ai très envie d’arrêter.
Vous ne voulez pas dire des trucs à Françoise, monsieur le mari de Françoise ?
Oui, parce qu’il y a une discussion de couple, quand même, et on vous invite à incarner temporairement le mari de Françoise pour discuter avec Françoise. Ah, vous voulez…
Ben oui, ta femme t’a posé des questions, elle t’a dit, euh…
Pardon, pardon, je suis tellement dans le rôle du préfet et de la préfète, excusez-moi. Une vocation est née ce soir. Bon, chéri, je te sens un peu tendu. Assieds-toi dans ce fauteuil. Françoise raconte-moi tout. Françoise, je ne vais pas rentrer ce soir. C’est chaud, c’est chaud, mais je ne peux rien te dire. Les photos de M. Dufresne doxées sur Internet sont des montages faits par David Rachline, maire de Fréjus. Ça n’a aucun rapport avec sa mort, mais je ne peux pas t’en dire plus.
Mais mon chéri, c'était quand même un collègue et un ami. Sur le plan personnel, j’aimerais en savoir un petit peu plus.
Ma chérie, je ne peux pas. Justement, pour sauver ce qui nous reste de notre amour, je dois t'épargner. Je ne peux pas tout te dire.
Je vais utiliser un de mes jetons, enfin mon jeton, pour une action qui consiste à trouver des informations compromettantes.
Et du coup, qu’est-ce qui se passe ? Tu fouilles, genre, le téléphone de ton mari ou.. ?
Voilà. En fait, j’ai depuis longtemps le code d’accès à son ordinateur personnel, qu’il utilise parfois pour se connecter au bureau depuis chez nous. Et du coup, je vais regarder dans ses e-mails, ses dossiers.
Tu trouves quoi comme information ?
Ah, c’est moi qui décide ? Très bien. Je trouve que des dossiers ont disparu. Toutes ces demandes de mise sous protection ont été supprimées.
Est-ce que tu me les envoies ?
Que tu me les envoies à moi.
Oui, je te contacte pour un rendez-vous. Je ne te les envoie pas directement, j’essaie qu’on se retrouve quelque part.
On est sur Discord.
Non, je préfère qu’on se voie en vrai, c’est plus sûr.
Tu veux qu’on se voie où ? Dans un café ? Oui, à quelle heure ? OK.
De toute façon, mon mari, il ne rentre pas ce soir.
D’accord, moi, je sais que ton couple va mal, Françoise !
Mais non, mais il travaille. C’est chaud en ce moment, tu ne te rends pas compte ?
Je me rends très bien compte. Tu sais très bien qu’on se connaît quand même depuis longtemps, toi et moi, on parle depuis longtemps. Je sais que tu prends des risques, tu sais que j’en prends beaucoup aussi, et je te remercie de nous aider. Avec un mari pareil, ce n’est pas facile tous les jours, surtout ces jeux de rôle de la BRAV-M dans la chambre conjugale. C'était devenu un petit peu pénible au bout d’un moment. En tout cas, moi, j’y suis dans 30 minutes, ça te va ? Il faut que tu trouves une excuse si ton mari… Si tu pars avant lui, je ne sais pas, mais il faut que…
Mais il est à la préfecture en ce moment.
Il est reparti, déjà ? C’est bon. Écoute, 30 minutes. On se dit le café. On va vraiment loin de chez nous pour ne pas qu’on nous voie ensemble. Très bien. Moi, il y a un café qui est à trois stations de métro de chez moi, tu vois duquel je veux parler. Bien sûr. On rentre par la porte dans la rue à côté. Je rentre avant toi, je t’envoie un message sur Discord, tu rentres 20 minutes après. D’accord ?
Oui, j’aime bien, on dirait un roman d’espionnage.
Très bien, Françoise, tu me les transmets comment, les documents ? Tu veux que j’amène une clé un peu sécurisée ?
Non, j’ai fait des photocopies.
Je suis allée à La Poste, j’ai fait des photocopies. Moi, je passe devant ce café et je vous vois. Et je vous connais, car Françoise, je crois qu’on a une petite histoire ensemble.
On s’est connues, oui.
Tu te souviens, ce soir d’après les municipales ? Ce n'était pas moi qui inventais. La situation avait un petit peu dérapé, comme on dit. Bref, je vous vois. Qu’est-ce que vous faites ? Mais qu’est-ce que vous faites ici ?
Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ?
Ben moi, je gère dans la ville, à la recherche d’un truc qui a brûlé. Des géraniums séchés. Non, mais je me dis que ça doit être le destin de vous voir. Peut-être qu’on peut manigancer quelque chose ensemble. Et avec mon crew de jardinières, on peut peut-être faire diversion pour que tu puisses passer…
Écoute, là, pour l’instant, on est en train de parler des circonstances de la mort de David Dufresne, parce que, du coup,
Damien, c’est Damien Dufresne.
Non, mais voyez le niveau des street reporters ! Non, mais voyez !
La décrédibilisation de Damien Dufresne, de M. Dufresne. Et Françoise a des documents qu’elle a subtilisés à son mari, qui montrent qu’il y a eu une tentative de suppression, d’effacement des archives, en tout cas du dossier concernant les demandes de protection policière. Et que toutes les pièces que j’ai mises sur le site dont je m’occupe ont été effacées. Heureusement que je les ai postées avant. On ne pourra pas croire qu’elles n’existaient pas. Je ne sais pas ce qu’on va pouvoir faire avec parce qu’effectivement, moi, j’y ai mis tout ce que j’avais. Je pense qu’on peut contacter un confrère ou une consœur d’un média officiel, on va dire, d’un gros média. Je ne sais pas quel média. Partes ! Peut-être Monnaie l’enquête ! Écoute, je te reparle bientôt. Je reviens vers toi ASAP. Je te dis tout de suite ce qu’il en est, dès qu’on peut monter quelque chose, mais Françoise sera dans la boucle.
Je te transmets les preuves.
OK, mais vous n'êtes pas super vénère, en fait.
Si, mais tu sais, je ne le montre pas beaucoup, moi. Mes sentiments, je les garde un peu à l’intérieur.
Ah ouais ?
Parce que sinon, on me décrédibilise. Sinon, je passe pour une hystérique, tu sais. Sinon, je suis trop sensible, je ne suis pas rationnelle, tu vois. C’est pour ça. Et Françoise, elle n’a pas envie d'être en porte-à-faux avec son mari. Enfin, sans parler pour Françoise, mais je crois que ça ne se passe pas très bien en ce moment chez elle, donc…
Moi, j’ai entendu une rumeur dans la rue comme quoi Damien voulait prendre le pouvoir sur tout Paris Université et en faire une méga zone libre. Ça a du sens ? Je ne sais pas, mais je vous laisse avec cette rumeur. Est-ce que tes sources voudraient bien me parler ?
OK, tu leur donnes mon adresse protégée, cryptée, sur Proton Mail. Ça existe vraiment, je le dis pour les gens qui ne savent pas. Bisous. À plus.
À plus. T’es sûre que l’accès est secure ? Parce que je n’ai pas envie qu’il t’arrive des problèmes, en fait.
L’accès aux photocopies ?
Toi, quand tu as photocopié, quand tu as accédé à l’ordinateur, tu as bien effacé comme je t’ai appris ? Tu as effacé l’historique, tu as effacé les cookies ?
Parce que je sais que tu passes par Chrome et ce n’est pas une bonne idée, je trouve.
Oui, mais c'était l’ordinateur de Vincent.
Oui, mais bon, s’il voit que quelqu’un s’est connecté à son taf… Il est quelle heure ? Il est 22 h 45 ?
Je vais y retourner.
Ah oui, s’il te plaît.
Très bien. Tu sauras avant, je saurai après.
Par contre, juste, si tu pouvais éviter de trop m’impliquer dans tes discussions avec d’autres gens. On se souvient de toi, j’ai un pseudonyme…
Je sais !
Je sais, mais je la connais très, très bien, et comme vous avez couché ensemble…
C'était il y a longtemps.
Vous vous connaissez bibliquement, si je puis me permettre. Mais bon, oui, très bien. Je suis désolée. J’aurais dû te demander ton avis avant de lui en parler. Tu as raison.
Les sources sont très disponibles pour confirmer qu’effectivement Damien était en train de structurer des choses politiquement pour trouver un équilibre, en particulier avec la mairie, qui aurait permis à l'École sauvage de Paris d'être un établissement et un projet pérenne. Ah ! Il semblerait que les élus parisiens y voyaient la possibilité de marquer des points politiquement et de se démarquer de leurs confrères au niveau national et, quelque part, de faire de la résistance, comme savent le faire les Verts, c’est-à-dire de façon très institutionnelle et en utilisant vraiment les objets du pouvoir eux-mêmes. De ce point de vue-là, soutenir Damien, qui était un personnage au-dessus de tout soupçon, quelqu’un vu comme raisonnable mais qui, en même temps, défendait l’indépendance et l’autonomie de plusieurs établissements d’enseignement supérieur, était bien dans les clous. Les sources peuvent dire des choses, mais, par contre, il n’y a pas vraiment de documents. C'étaient des discussions très informelles de fin de réunion, des choses qui se mettaient en place. Peut-être que discuter avec des élus permettrait d’avoir plus d’informations, mais, en tout cas, au niveau des gens qui ont été là, c'étaient des petites mains qui étaient présentes, qui ont entendu des choses, qui ont discuté de ci, de là, qui ont vu circuler des documents sans pouvoir forcément les récupérer, mais qui te confirment sans aucun doute qu’il y avait des discussions en ce sens et que c'était la sortie de crise la plus réaliste qui existait jusqu'à il y a deux jours.
Je sollicite un rendez-vous avec la mairie de Paris.
Oui.
Bonjour !
Tu as rendez-vous avec le sous-délégué aux médias, aux associations, à la jeunesse, au jardinage et au tri sélectif. Je vous en prie, asseyez-vous. Vous voulez un café ?
Je ne bois pas de café. On m’avait promis un rendez-vous avec un… Alors, je ne vais pas dire un vrai élu parce que je vous respecte. Enfin bon, ça reste à…
Ben, ça ne commence pas terrible, franchement.
Non, alors… Non, je vous confirme, ça commence mal parce que là, vraiment, on se fout de moi, en fait. Alors, je sais… Non, mais vraiment, je ne sais pas si vous êtes au courant…
Écoutez, je suis nul pour m’insulter. Moi, c’est bon, enfin…
Alors moi, je me suis aussi insultée, monsieur, et j’ai vraiment autre chose à faire. Donc, en fait, c’est simple. Non, mais attendez, parce qu’on va être très, très clairs tout de suite. Si vous continuez à me balader, vous savez très bien ce qui va se passer. Par le passé, on a déjà eu Maïa Partir. Moi, je suis dans le camp des justes et vous savez très bien de quoi je parle.
Bon, écoutez…
Non, non, non ! Je n’ai pas fini, en fait. Ne m’interrompez pas. Oui, ma pause était longue, mais je ne savais pas ce que j’allais dire après. Ne m’interrompez pas. J’invente ! J’aimerais bien, s’il vous plaît, que vous alliez voir votre supérieur ou vos supérieurs et que vous leur disiez qu’en fait, moi, je voulais discuter parce que j’ai des sources, j’ai des choses à publier, mais je n’ai pas envie de le faire immédiatement parce que je préfère dialoguer. Donc vous allez les voir et vous leur dites que la prochaine fois qu’on me balade de cette manière, il y aura des conséquences. Et je sens qu’on peut avoir des solidarités qui peuvent se créer entre nous. Donc je ne sais pas si on me voit comme une ennemie, mais il faut que ça s’arrête. Voilà. Bonne journée, monsieur, et bon café.
Mais je peux encore te parler ou tu es partie ?
Ben non, je suis assise. J’ai fait comme ça. Bon café.
Attendez, restez là. En vérité, c’est moi qui ai demandé à vous recevoir parce que la mairie ne voulait pas vous recevoir du tout au départ. Donc je suis plutôt un allié dans cette histoire. N’essayez pas de me faire passer pour ce que je ne suis pas. Je sais bien que mon poste n’est pas particulièrement ronflant, mais, en attendant, j’ai quand même l’oreille de madame la maire. Je peux peut-être lui faire passer deux ou trois idées. On a un point hebdomadaire ensemble où je peux quand même lui dire les choses qui importent. Et donc, si vous avez des trucs à dire, on peut en parler pour de vrai.
Est-ce qu’on peut en parler ailleurs ?
Ben pourquoi ? Il n’est pas bien, mon bureau ?
Alors, moi, je n’ai pas beaucoup confiance dans les bureaux des mairies, au niveau des écoutes, par exemple.
Si c’est pour être complotiste, franchement…
Je ne suis pas complotiste, je suis juste prudente, monsieur.
Bon, il y a un café en face, si vous voulez, on y va.
Alors, on ne va pas aller dans un café en face. Vous avez une application comme Signal ou…
Oui, oui, j’ai WhatsApp.
Oui, alors, est-ce que vous pouvez prendre votre téléphone et installer Signal ? Montrez-moi le téléphone. C’est compliqué, quand même. Tup, tup, tup, tuup. Bruitage des années 80. Tup. Tup, tup. Parce que c’est une personne âgée, donc il a mis le son sur ses touches. Tup, tup, tup. C’est bon, c’est reconfiguré. Je vous contacterai sur Signal ce soir, d’accord ? Merci beaucoup pour votre aide.
Avec plaisir. Dans les heures qui suivent, de façon à peu près certaine, on a l’information à la préfecture. Je pense que Noor, tu as l’information aussi, possiblement à la mairie. Il y a peut-être Françoise qui n’a pas eu l’info, mais ça doit être à peu près tout, en fait. Il y avait un concert organisé en mémoire de Damien Dufresne, au sein d’un des bâtiments de l'École sauvage de Paris, par des étudiants résidents. Et le concert a subi un raid d’une milice qui n’est pas particulièrement proche idéologiquement de ce qui se passe dans les universités, qui s’appelle la Compagnie Lutèce, et qui a débarqué en disant : « Dehors, les hippies ! », avec des gants coqués, des matraques, et qui a foutu un bazar sans nom. Évidemment, l’information n’a pas encore beaucoup circulé. Ça s’est passé il y a entre quelques minutes et une heure, suivant quand vous avez l’information les uns et les autres. Est-ce que quelqu’un, quelqu’une, était présente parmi vous ? Je pense particulièrement à Léo.
J'étais bien sûr présente.
C'était chaud. On s’est vraiment fait tabasser. Ils étaient super nombreux et j’ai réussi à protéger certains de mes amis et à les planquer dans une impasse avant que les choses dégénèrent trop fortement. Et là, on est planqués avec mes amis et on attend que la vague passe. Et on voit plein de flics qui arrivent.
Il y a plein de flics qui arrivent ?
On se cache parce qu’on ne sait pas… Comme on n’aime pas trop les flics et qu’on n’aime pas trop les milices non plus, on reste dans le coin. Mais il va nous falloir du soutien médical, à un moment.
Oui, enfin, les flics, on ne les aime pas tant qu’on n’en a pas besoin. Et dès qu’on en a besoin, c’est un bricolage. Bref, on commence à les apprécier. Alors, je voudrais faire un petit peu la synthèse, car c’est notre travail, à la préfecture, de faire des synthèses. J’aimerais dire à Malorie Sansaise, qui est dans le tchat, qui est une informatrice très bien informée, qu’elle a raison quand elle dit : « Damien Dufresne n'était pas un ange. » Je mets ça sur la table, c’est important. C'était dans le tchat, je tiens à confirmer cette information. Alors, concernant la Compagnie Lutèce, bande de miliciens anti-ESP… Alors d’abord, contrairement à ce que l’on a pu dire ici ou là, ce sont des gens très bien. M. Frédéric Chatillon, qui est à la tête de la Compagnie Lutèce, avait été dissous à l'époque de ce gouvernement gauchiste de Macron par Gérald Darmanin, qui pensait gagner les élections l’année dernière en faisant quelques dissolutions de quelques groupes d’extrême droite. Fort heureusement, ces gens se sont remis en ordre de bataille et, en effet, la Compagnie Lutèce, qui n’a aucun rapport officiel avec nous, je tiens absolument à le dire, fait un travail de sape assez intéressant. Car, comme vous le savez, les finances de la préfecture de police de Paris, notamment à cause de cette mairie verte qui ne veut pas voir de bleu, mais seulement du vert dans les rues, nous ont empêchés d’avoir les moyens nécessaires. Bref, nous sommes obligés de passer par des miliciens, dont la Compagnie Lutèce. Alors, concernant les quelques blessés…
Attendez, je ne comprends pas : vous passez par des miliciens ou ils n’ont aucun rapport avec vous ?
Nous n’avons aucun rapport officiel. Et alors là, je vais vous dire : vous pouvez nous envoyer vos street reporters qui confondent les prénoms, les dates et les faits, ça ne nous fait absolument ni chaud ni froid. Par ailleurs, les rendez-vous discrets dans les estaminets parisiens, qui sont évidemment tous sur écoute, ça nous fait bien rigoler. Je suis au courant de ce que la Compagnie…
S’il vous plaît, pardon, allez-y.
En fait, j'étais en train d’essayer de soigner, avec des bouts de géranium frais, mes amis qui étaient très blessés, et il y a un énorme groupe, enfin un groupe de gens, d’hommes, je pense, qui ont déboulé dans l’impasse. Donc on pensait évidemment que c'étaient les membres de la Compagnie Lutèce. Et quand ils sont arrivés très près de nous, on a vu que c'était la BRAV-M.
Alors, il y a une confusion, et d’ailleurs le tchat entretient cette confusion. Je tiens absolument, tout de suite, à démentir. S’il y a des policiers qui, dans leur temps de loisir, utilisaient des outils de la préfecture de police, nous lancerions immédiatement une enquête à l’IGPN. Jules Jupinet, c’est la petite sœur de l’autre, avec le résultat qu’on connaît. Mais je le redis fermement : nous n’avons aucun lien. Alors, ce que vous appelez la BRAV-M, ce n’est pas parce que c'étaient des gens avec des motos de la préfecture de police de Paris qu’ils sont envoyés sur nos ordres. C’est tout à fait différent. Vous comprenez ?
Ce sont des motos de loisir, c’est ça ?
Ce sont des motos de loisir, c’est ça. Ce sont les mêmes motos, ce sont nos motos, mais qui n’ont pas été utilisées sous nos ordres. Ça n’a rien à voir. Une enquête interne est menée. Vous n’en aurez jamais le résultat, mais sachez qu’une enquête est menée.
Il semblerait que la mairie va y réagir.
Mme la maire, Marie-Louise Rossignol, a pris connaissance des déclarations de la préfecture pendant qu’elle était en train d’inaugurer le musée Nicolas-Sarkozy dans le 16e arrondissement. Elle a voulu réagir immédiatement auprès des caméras qui se trouvaient là.
Madame la maire, madame la maire ! Pouvez-vous commenter ce qui vient de se passer ?
De l'École sauvage de Paris ? Écoutez, je me refuse à tout commentaire. Néanmoins, je trouve qu’il est absolument infâme de la part de la préfecture et de quelconques de ses porte-paroles ou agents de donner leur avis sur la politique municipale, premièrement, comme ça a pu être le cas par le passé, et également de ne pas tout simplement faire leur travail. Où est la police quand des ratonnades sont organisées par des milices d’extrême droite dans une université qui, certes, ne respecte pas l’interdiction que, j’ai l’impression, peu de monde respecte, de ne pas se réunir à plus d’une personne de moins de 25 ans ? D’après mes informations très fiables, il y avait des personnes de moins de 25 ans à ce concert. Néanmoins, où est la police quand il s’agit de protéger nos concitoyens et nos concitoyennes qui, après tout, étaient là pour écouter de la musique et qui ne méritaient certainement pas de se faire tabasser de la sorte ?
Madame la maire, que répondez-vous aux allégations qui vous reprochent d’avoir passé des accords avec Damien Dufresne avant son probable assassinat et, en même temps, de ne pas avoir poussé pour lui faire bénéficier d’une protection policière ?
Alors, ce sont deux choses parfaitement différentes. Néanmoins, j’ai bien conscience que les Français veulent savoir, qu’un discours absolument clair doit être tenu, et je suis là aujourd’hui, dans l’enceinte du musée nouvellement fondé, pour tenir un discours absolument clair avec vous. Néanmoins, sachez que, pour finir l’idée que j’avais tout à l’heure, et ensuite je vous répondrai quelque chose d’une clarté absolument limpide, sachez que le tribunal administratif va être saisi concernant les déclarations de la préfecture et, pire encore, les agissements de la préfecture, qui nous donnent tout lieu de penser qu’ils ne sont pas tout à fait ce qu’ils semblent être. Voilà, je vous remercie. Maintenant, j’ai un musée à inaugurer. Merci bien.
Alors moi, je fais deux choses. Je poste une photo, dans un square, d’enfants, donc de moins de 25 ans, réunis, juste parce que ça me fait rire, en disant : « Que fait la mairie et que fait la police dans les crèches et dans les squares de Paris ? » Et je fais un truc qui me fait moins rire, mais qui me fait un peu ricaner quand même. On m’a envoyé des photos de miliciens, de cette milice Lutèce, aux côtés de la préfète de Paris. Et j’ai aussi la preuve que certains de ces miliciens ont participé à la cagnotte Leetchi des 50 ans de la préfète pour lui offrir un massage. Donc j’ai l’identité de ces miliciens qui ont un lien légèrement de proximité, disons-le, avec la préfecture de police. Et donc je redemande : que fait la police ? Elle se fait masser avec l’argent de l’extrême droite.
J’ai une question complémentaire : tu as accès aux informations concernant ces miliciens ? Ils ont quel âge ?
Alors, ils sont de tous âges. Il y en a de moins de 25 ans qui se sont donc réunis, évidemment, ensemble. Et il y a des gens… Il y a des mineurs aussi. Ça va de 16 à une cinquantaine d’années, on va dire. Et ce sont tous des hommes cisgenres, évidemment.
Alors, je suis navré, mais je constate que tout le monde prend tellement ce jeu au sérieux que personne n’applique les règles, personne ne fait aucune action. Alors, moi, je passe mon temps à lire les actions possibles que je pourrais faire.
Mais si, j’ai fait une annonce surprenante, regarde.
Ah, c’est une annonce surprenante.
On n’a pas les mêmes actions.
On n’a pas les mêmes règles.
Ça, j’avais compris.
Moi, j'étais menacée d’un procès aussi.
Ah, d’accord. Ah bah oui. OK, d’accord. Alors, moi, j’aimerais aller voir Noor. D’abord, je tiens à dire que je connais bien son père, Mehdi Mejri, qui est député de l’opposition, un homme bien. J’aimerais lui demander, non pas comment je peux l’acheter, parce qu’on connaît un petit peu ses exigences de l' iPhone, mais quand même, j’aimerais savoir comment je pourrais la mettre en confiance, est-ce que je pourrais l’aider afin que, peut-être, elle détourne un peu son regard. Et je lui demande d'être extrêmement sincère, dans la mesure où Mehdi, son père, qu’elle aime, qu’elle aime d’amour depuis toujours, même s’il l’a un peu abandonnée… Enfin bon, c’est une sombre histoire sur laquelle, publiquement, il serait désobligeant de revenir, mais je sais que, pour elle, c'était une faille. Comment la préfecture pourrait vous mettre un peu en confiance et vous amener un peu à vous calmer sur vos interrogations, qui sont totalement surfaites ?
Je me permets une précision technique. Comme vous l’avez vu sur vos fiches, on doit répondre sincèrement à ce genre de questions. C’est un usage technique.
Alors, je vais répondre sincèrement, très sincèrement : je ne collabore pas avec la police. Il n’y a aucun moyen que la préfecture de police m’achète ou me donne envie de détourner le regard. Et je ne suis pas fan de la manière dont la préfecture de police utilise ma vie personnelle pour essayer, peut-être, de m’intimider, au mieux, on va dire, au pire, de me menacer. Je n’aime pas entendre le nom et le prénom de mon père dans la bouche de la préfecture de police. Donc sincèrement, la police, la préfecture, ne peut rien faire pour que je détourne le regard.
Je trouve intéressant qu’une prétendue journaliste en carton considère qu’il s’agit de la manipuler dès lors qu’on donne des informations qui seraient normalement au cœur de son métier. J’ai sous les yeux le dossier la concernant, rédigé… Enfin, situé dans le… Bref, ce sont nos techniques à nous, sur l’ordinateur de son père. Je n’en dirai pas plus, mais sachez que Christophe Talensac, l'éditorialiste de France 3 dont nous avons déjà un peu parlé, est destinataire du dossier. Et je pense que, tôt ou tard, France 3 saura rappeler ce qu’est le service public et pourra raconter quelques informations concernant Noor et sa bande.
Il s’est passé quelque chose. Ma compagne Déborah, qui était dans le coma depuis deux mois, vient de décéder. Et en fait, Déborah s'était retrouvée dans le coma après une baston, encore une fois à cause de miliciens proches de la police. Et c'était en marge d’une manifestation qui avait pour but de mettre en œuvre une politique écologique vraiment radicale, et pas simplement d'éteindre les lumières comme la mairie de Paris et l'État nous y enjoignent depuis trop d’années. Alors que bon, actuellement, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il fait 53 degrés. Donc voilà. Tout ça me met très en colère. Et je pense… Donc là, je me le dis à moi-même et peut-être que je vais en parler à Noor. Non, ce serait bizarre, en fait. Peut-être que je vais essayer, avec mes amies de mon collectif de jardinières, d’organiser une action violente contre la préfecture.
Alors, tu es suivie par énormément de monde, parce qu’il y a énormément de monde, notamment au sein de l'École sauvage de Paris, qui est très en colère. C’est-à-dire que, ça y est, on commence à compter les morts. On ne joue plus, on ne rigole plus. Il y a plein de gens qui sont… Alors, sur la question de l’action violente, il y a évidemment des débats, mais tu arrives à embarquer très facilement avec toi une assez large frange des insurgés, qui disent : « En fait, ça devient de l’autodéfense, à ce niveau-là, et on n’a pas le choix. Ils laissent des miliciens venir nous casser la gueule au sein des universités. On ne va pas se laisser faire et on ne peut pas se contenter de se défendre. » Ça fait évidemment polémique et il y a de vraies frictions idéologiques au sein des insurgés, puis aussi au sein de la population parisienne, en tout cas des gens qui peuvent en avoir entendu parler. Mais effectivement, une partie de la population vous soutient en disant : « En fait, là, on est dans un début de guerre civile et il y a l’un des camps qui ne se gêne pas pour taper sur l’autre. Donc on va s’interposer très, très fort. » Vous trouvez beaucoup de résonance, notamment chez un certain nombre de mouvements ouvriers issus de mouvements politiques qui ont pu avoir lieu dans la dizaine d’années précédente, avec un certain nombre de reculs des droits, qui ne s’identifiaient pas tellement à des étudiants ou à des universitaires. Mais effectivement, ce tournant-là, ce décès-là, déclenche quelque chose. Et des appels à manifester et à agir à la préfecture de Paris, mais aussi dans les autres préfectures françaises, se forment de façon très élargie.
Apprenant qu’il y a des mots d’ordre qui circulent sur les réseaux, dans les milieux étudiants, la maire de Paris prend carrément son portable et, à titre personnel, elle t'écrit un texto, parce qu’elle a ton numéro depuis longtemps. Donc elle t'écrit un texto parce qu’elle voit bien que…
Je suis à la fois dévastée et je n’ai plus rien à perdre, car j’ai perdu l’amour de ma vie.
Et oui. Donc, du coup, le message en lui-même est un peu lapidaire, mais elle te dit : « Bien sûr, je vous présente mes condoléances. Je vous prie de croire que l'équipe municipale se tient à vos côtés. Mais sachons rester non violents et dignes dans un moment comme celui que vous traversez. Et peut-être pouvons-nous nous voir dès aujourd’hui, avant que les choses n’empirent, parce que j’ai eu une réunion avec les personnes de la préfecture cet après-midi et, franchement, ça ne promet rien de très, très net. N’empirez pas les choses, voyons-nous. »
Déjà, respectez mon deuil. Ne me dites pas… Voilà. Et moi, je n’ai plus rien à perdre. De toute façon, là, avec mon collectif, on a bien vu qu’il n’y avait pas d’avenir. Donc on va juste essayer de survivre et, peut-être, de laisser une trace ou une empreinte sur cette époque dégueulasse. Et là, notre cible, c’est la préfecture. En fait, on est déterminées.
Alors, d’abord, il faut savoir qu’on envoie directement Olivier Ly, l’officier de liaison, qui vient vous annoncer que votre compagne, Léo, n’est pas tout à fait morte.
Non, c’est elle, Léo.
Non, c’est moi, Léo. Elle, c’est Déborah.
Non, pardon, excuse-moi. Déborah, votre compagne, Déborah, elle n’est pas tout à fait morte. Elle est dans un état étrange…
Non merci, elle est morte.
Comment ? Elle est morte ? Non, elle n’est pas morte. Ce sont les street reporters qui disent qu’elle est morte. Moi, je vous dis qu’elle est dans un état de mort cérébrale. Ce n’est pas tout à fait la mort. Madame la Présidente…
Merci pour votre goût de la précision, mais c’est un peu malvenu.
Écoutez, moi, je ne suis pas au service d’une idéologie, mais je réponds à des faits. Donc une mort qui n’est pas tout à fait constatée par l’Institut médico-légal n’est pas une mort. Donc, nous avons entendu qu’il y a des attroupements dans Paris. Je vais en parler dans quelques secondes. Tout à l’heure, il a été question du musée Nicolas-Sarkozy, grand homme, petit par la taille, mais bon. Je vous rappelle, en 2005, sa phrase extraordinaire, extraordinaire pour nous, services de police, concernant une grenade lacrymogène qui entre dans une mosquée à Clichy-sous-Bois. Il a cette phrase. Il dit que la grenade lacrymogène est une arme en dotation de la police, mais qu’on ne sait pas si c’est la police qui a tiré. C’est la même chose concernant Déborah. Nous ne savons pas si ce sont les escouades de la gendarmerie du 15e arrondissement qui ont, par leur déplacement, provoqué une bousculade qui aurait mis Déborah dans un état de mort cérébrale, mais la mort n’est pas tout à fait constatée. Je tiens à vous dire que cette phrase de Nicolas Sarkozy est absolument véridique. Nous ne savons pas, à l’heure qu’il est, si ce sont bien nos armes qui ont.. Enfin, pour le dire autrement, nous savons très bien que cette arme a été subtilisée par un forcené qui a tiré contre Déborah. Donc nous sommes désolés, mais ce n’est pas nous qui avons tiré. Il faudrait quand même être assez clair là-dessus. Alors, par ailleurs, puisque jusqu’ici personne n’a sorti un seul jeton, je vais le faire. Moi, j’ai la possibilité d’obtenir une intervention militaire et j’en ai ma claque de ce jeu. Je voudrais une intervention militaire, immédiatement.
Je le remets dans la pioche, comme j’ai fait tout à l’heure.
Ah, c’est ça !
Ah, c’est ça. Alors, je le remets là et j’obtiens une intervention militaire, car toucher à la préfecture, c’est toucher à l’ordre. C’est donc toucher à votre liberté. C’est votre liberté qui est en jeu, c’est pour votre bien. Rappelez-vous les Jeux olympiques de 2024, quand il a fallu, ça a été annoncé aujourd’hui, des QR codes pour se balader dans Paris. Si vous habitez en banlieue, les Jeux olympiques, ce n’est pas pour vous. Non, non, je vous assure, ça a été annoncé. Il y aura des… On va refaire des attestations pendant les Jeux olympiques. Rappelez-vous, en 2024, il ne faisait que 36 ou 37 degrés. Il a fallu des QR codes. Nous allons faire une intervention militaire à base de QR codes… Euh… Voilà.
L’intervention militaire à base de QR codes…
Voilà, c’est ça. C’est-à-dire que nous allons tatouer tout le monde d’un QR code.
Alors, tatouer tout le monde, ça n’a jamais été une bonne idée, hein. Ça rappelle quand même des choses, non ?
Des « queer codes », oui, absolument. Elle a passé du temps sur Facebook, madame la préfète, ou ça se passe comment, là ?
On remercie la préfecture pour son intervention. Bon, moi, les textos redoublent. Là, il est passé sur BFM en direct. Moi, il ne m’avait pas du tout concerté avant. Donc déjà, je tombe des nues et je t’envoie vraiment : « Parlons-nous ! » en majuscules, avec dix points d’exclamation. Parce qu’il va tatouer des QR codes sur les gens et envoyer l’armée. Ils envoient l’armée, de rien.
J’accepte de vous parler.
Très bien. Je donne rendez-vous dans une heure à la mairie, dans mon bureau.
Sous les ordres de la République ?
Non, je vais à la mairie.
Moi, je ne vais pas à la mairie.
Oui, ben je suis la maire, donc à la mairie.
Qu’est-ce qu’ils ont tous…
Qu’est-ce qu’ils ont tous à ne pas vouloir venir à la mairie ?
Non, je suis en deuil, je ne peux pas me déplacer.
Bon, en ce cas, je me déplace, d’accord.
J’essaie aussi d’avoir un rendez-vous avec la maire et je suis prêt à aller à la mairie s’il le faut.
Mais vous n'êtes pas en deuil !
Vous n'êtes pas en deuil. Je suis désolé, c’est mentir aux Français que de dire que vous êtes en deuil. Que vous ayez de la peine, c’est possible, mais vous n'êtes pas en deuil.
Je me sens surveillée par la préfecture. En tout cas, je me déplace jusqu'à l’endroit où tu m’indiques que tu veux pour le rendez-vous. Et OK, Françoise, rendez-vous après.
OK. Tu veux me dire quoi, du coup ?
Mais c’est où, cet endroit, déjà ? Parce que je ne sais pas où je mets les pieds, moi.
Ce n’est pas au Père-Lachaise que vous vous retrouvez ?
Ce n’est pas au Père-Lachaise que vous vous retrouvez ?
Où j’aurais pu le faire.
Si on pouvait éviter la mise en scène glauque, mais bon, d’accord, OK. Donc, il y a Marie-Louise Rossignol qui arrive. Il y a quand même quelques policiers municipaux qui sont présents, mais qui restent discrets. Et puis elle se porte jusqu'à toi et elle te dit qu’elle veut vraiment te faire part de toutes ses condoléances et que le temps du deuil arrivera après le temps de l’action et que, pour l’instant, là, il faut quand même faire quelque chose parce que…
Parce que là, c'était un peu l'étincelle qui met le feu à la poudrière, comme on dit.
Oui, oui, mais…
Et là, moi, les gens ne m’obéissent pas, en fait. Je suis juste une insurgée parmi les insurgés.
Oui, mais j’ai l’idée que vous avez quand même l’oreille des étudiants et des étudiantes et qu’ils vont peut-être se reconcentrer sur votre histoire de jardinerie féministe. Moi, je crois beaucoup à ce projet et je trouve que c’est un projet qui est plus porteur d’avenir, peut-être, que de monter à l’assaut de la préfecture, en tout cas dans les médias, et qu’on pourra vraiment accompagner, au niveau municipal, ce projet, dédier des espaces, par exemple, pourquoi pas dans les parcs.
Écoutez, je pense que nous n’avons rien à nous dire et je vous laisse.
Franchement, que vous le preniez comme ça, moi, je trouve ça vraiment extrémiste.
De toute façon, moi, ce que j’ai compris, c’est que des actions se préparent à de multiples endroits de la capitale et il semblerait que des actions coordonnées soient en train d'être organisées pour prendre la préfecture. Et sans QR code. Mais, en fait, on pense même que, s’il y avait un dérapage et que le préfet était malencontreusement blessé, eh bien, ça serait finalement un juste prix à payer pour… Voilà.
Avant que tu t’en ailles en claquant la porte métallique du Père-Lachaise, avec des anges sculptés et des gargouilles, je dépense quand même mon jeton pour te demander sincèrement – et j’attends une réponse sincère parce que je dépense mon jeton – en quoi est-ce que tu peux avoir besoin de nous ?
En quoi je peux avoir besoin de vous ? Écoutez, si les choses tournent mal et que la préfecture nous mène dans un combat très violent, on aura peut-être besoin d’un refuge, d’un bâtiment de la mairie qui pourrait être sécurisé pour moi et mes camarades. Il faut que vous preniez parti, madame… monsieur… madame.
Madame Marie-Louise Rossignol.
OK, madame.
OK, le rendez-vous s’arrête là pour moi.
Alors, il y avait un enchaînement de rendez-vous, mais j’imagine que la presse a des choses à dire dans l’intervalle.
Alors aussi, on avait rendez-vous, vous vous rappelez, avec quelqu’un de la mairie ? Parce que Dufresne voulait faire des choses avec la maire. Il y avait quand même des choses à savoir, quoi.
Ah bah oui, la maire, elle a du taf. On ne la paye pas à rien faire, les fonctionnaires, là !
Un agenda de conseiller municipal. T’as un agenda de conseiller municipal.
Situation pas facile.
Et donc, vu que Léo a des adresses de planques sûres et qu’on sait qu’il est suivi… Écoutez, vu le dernier rendez-vous, je vais dans une planque sûre. Je donne l’adresse à une personne qui vient de la mairie de Paris et à qui il y aurait donc les informations des sources que, tout à l’heure, Léo m’avait évoquées en disant qu’il y a des sources sûres selon lesquelles M. Dufresne comptait faire une zone libre avec toutes les universités parisiennes, et pas seulement la Sorbonne. Est-ce que ces sources ont des choses à me raconter, des choses assez béton que je peux utiliser ou transmettre à la presse ?
Il y a l’adjoint aux relations universitaires, qui était le collègue direct de Damien Dufresne, président du conseil d’administration de Paris Université. Donc ils étaient quotidiennement en contact à travailler ensemble. Il se rend, avec un sweat noir, une capuche, etc., dans le lieu que tu lui indiques et il te dit qu’il a très peu de temps à y accorder, mais qu’effectivement les informations qu’il a fait transiter jusqu'à toi devraient sortir. Parce qu’il a de bonnes raisons de croire, sans une absolue certitude, mais quand même, que ce serait la préfecture qui aurait descendu Dufresne, carrément. Après qu’ils aient parlé trop ouvertement de ce projet d’autonomisation, etc., ils se seraient frités avec des gens dans un bar, après une soirée un peu alcoolisée, dans un café pas très loin de Paris Université. Et non, ce n’est pas la préfecture qui aurait directement mandaté le meurtre, mais des membres de la police qui auraient été couverts par la préfecture.
Peut-être des miliciens.
En tout cas, on a des raisons de le croire, mais voilà. Moi, ce que j’ai de manière certaine, c’est des échanges de mails, parce que la préfecture… Il y a des membres des relations institutionnelles. La préfecture s’est gourée parce que j’ai un nom qui est proche. Mon adresse e-mail est proche, enfin bref, et donc elle s’est trompée. J’ai reçu un mail que je n’aurais pas dû recevoir, que je te donne, dans lequel ils se demandent comment faire disparaître l’affaire. Je te donne un jeton vert qui est la preuve de ma bonne foi, avec les documents que je te donne.
Merci. Je voudrais juste prendre un rendez-vous avec Françoise.
Vous êtes très civilisés. Tout le monde prend des rendez-vous, c’est super.
Ben oui, j’envoie un message à Françoise et je lui dis : « Est-ce qu’on peut se parler ? »
On peut, mais je suis en route vers la mairie. On peut se voir après.
On peut se voir après, tout à fait.
Alors, j’aimerais faire un petit point de la situation. Je suis en ce moment même dans une réunion publique avec le comité Quartier latin, association de riverains, dont vous voyez quand même que, par son calme, il est proche de l’ordre. Oui, à part peut-être quelques agités à casquette dans le fond, mais le comité Quartier latin est avec nous. Alors, je tiens à dire que nous avons obtenu une intervention militaire. Vous faites comme si de rien n'était. Qu’est-ce qui s’est passé, en effet, au pied de la préfecture, dans les appartements du préfet qui se trouvent en face, pour ceux qui seraient intéressés, au deuxième étage, en face de l’ancien palais de justice ? C’est là même où Didier Lallement, un de mes prédécesseurs, avait installé sa salle de jeux vidéo où il jouait à Counter-Strike. Tout ça est absolument véridique. Bien, le soir, parce que la journée, il jouait à Counter-Strike, mais différemment. Donc, nous avons fait une intervention militaire. Cette intervention militaire nous a permis de relever tous les QR codes, et « queer codes » les deux. Nous savons absolument qui est là, qui est avec qui, etc. Il n’y a aucun problème. Nous restons stoïques face à la foule. Il n’est pas question de faire sonner, à l’heure qu’il est, les canons. Concernant les allégations de la mairie de Paris, dont on voit bien que les racines gauchistes des Verts reviennent de temps en temps à la surface, ces racines des années 70 avec des élucubrations absolument incroyables, je n’en reviens pas que la maire de Paris puisse colporter de tels ragots. Là, je dois évidemment prendre une décision. Je n’ai plus de jetons. Je décide de sortir mon atout puisque, tout à l’heure, on n’a pas voulu m'écouter. Mais, pour plaire à M. Talensac, je vais lui donner des faits. Je vais donner quelque chose pour faire diversion : je vais arrêter cinq innocents, tout de suite. Toi, toi, vous là-bas qui avez sifflé, et vous deux. Voilà, cinq innocents. Et là, la presse s’empare de ces arrestations, en effet.
À quel titre, du coup ?
Je laisse la petite presse trouver les raisons pour lesquelles nous arrêtons ces gens. Je demanderai aux gens qui bâillent au fond d’arrêter de bâiller, car ils pourraient être eux aussi arrêtés, n’est-ce pas, madame ?
Pas de chef d’inculpation du tout ?
Contrôle d’identité, c’est ça. On a le temps, pour l’instant. Ces gens… 48 heures ? Vous êtes en 2023. Non, non, non. C’est 220 heures de garde à vue avant la présence d’un avocat.
Alors, moi, j’apprends juste la raison pour laquelle ces innocentes et innocents ont été arrêtés.
Pour faire diversion.
Oui. Alors, ça a été aussi parce qu’on leur a reproché de porter ce que nous, on appelle des « queer codes ». Donc, on a distribué des « queer codes » à appliquer par-dessus les QR codes obligatoires pour brouiller les machines, les drones et la reconnaissance des QR codes. Donc ce sont les « queer codes » qui…
C’est des QR codes à paillettes ?
À paillettes, parce qu’avec les paillettes, on fait de la diffraction de la lumière, en plus. Comme ça, ça peut éblouir aussi la BRAV-M dans la rue. Donc ça a été interdit par la préfecture. Ces innocentes et innocents font diversion, évidemment. Mais voilà, je tiens juste à préciser qu’on a appris la raison de l’arrestation.
Est-ce que ce sont des dispositifs réfractants lumineux ? C’est comme ça qu’on le dit dans les circulaires.
Oui, c’est ça. Des dispositifs réfractaires aussi, pour se moquer de nous, parce que nous sommes réfractaires.
Oui, il y avait des rendez-vous. Françoise, j’ai assez peu de temps, je suis assez occupé, là. Mais oui, dites-moi.
Oui. Alors, dans la salle d’attente de la mairie, j’en profite pour envoyer un texto à Léo, comme le faisait fort justement remarquer le tchat, pour présenter mes condoléances et proposer qu’on prenne un verre pour en parler.
Je pense que c’est un peu tôt pour moi.
Je comprends. C’est juste si tu as besoin de quelqu’un à qui parler, d’une épaule sur laquelle pleurer.
Ouais, peut-être d’ici six mois.
D’accord.
Donc…
Bonjour. Alors, je venais par rapport à cette situation qui devient ingérable. Je sais que Damien avait des plans pour transformer les universités de Paris en zone libre. Je sais que ça se faisait en accord avec la mairie. Maintenant qu’il a tragiquement disparu, j’ai l’impression que la préfecture en profite pour essayer de prendre le contrôle sur tout. Et je me disais qu’il fallait une nouvelle personne en charge de ce projet. Je venais pour en parler.
Oui. L’assaut sur la préfecture, qui a été commandité sur les réseaux, aura lieu dans 20 minutes. Je ne suis pas sûr que le moment soit tout à fait bien choisi pour parler de votre poste. Mais si vous pouvez faire quoi que ce soit pour nous aider à éviter que cette histoire finisse très, très mal…
C’est ça. J’ai quand même des contacts parmi les étudiants. Je pense que je suis apprécié et je voudrais essayer de calmer le jeu pour éviter que tout soit détruit, sauf la préfecture.
Écoutez, je sors justement d’un brainstorming de l'équipe municipale et, si vous pouvez peut-être nous aider à trouver une solution pour calmer le jeu, on serait tout à fait partants. On avait pensé, par exemple, pourquoi pas… On sait que le pouvoir d’achat des étudiants est un vrai sujet. Pourquoi ne pas leur proposer un chèque-cadeau auprès de Biocoop, qui est notre partenaire public-privé ? On sait que ça pourrait calmer un peu la foule…
Je ne suis pas sûr, mais ça fait toujours plaisir.
Dans ce cas-là, je suis à court d’idées. Qu’est-ce que vous proposez ?
Je pense qu’il faut leur donner des territoires en plus. La mairie doit sûrement posséder des bâtiments qui pourraient être réaffectés.
On peut toujours trouver des bâtiments réaffectables, mais leur donner du territoire en plus, la préfecture va considérer que c’est antirépublicain. D’ailleurs, c'était un peu vrai, parce que je suis quand même élu au conseil municipal. L’autonomie des universités, moi je disais ça, mais c'était pour me faire élire. Ce n'était pas à ce point-là non plus.
Imposez-vous quand même à la préfecture.
Je m’impose ? Je ne fais que ça ! Donc oui, on peut leur donner l’ancien bâtiment de Tolbiac, qui n’est plus utilisé depuis dix ans. Vous croyez que ça suffira ?
OK.
Bon, eh bien on va peut-être faire ça, alors. Si j’annonce ça avant les 20 minutes, ça empêche qu’ils attaquent ?
Je vais essayer de voir ce que je peux faire en coulisses, si j’ai une promesse de votre part, peut-être.
Franchement, je vous promets, Françoise, que votre poste, je vous le file sur un plateau d’argent si vous empêchez tout ça. Et puis, si vous voyez la petite journaliste, dites-lui que ce n’est pas constructif, franchement.
Je suis bien d’accord.
Voilà, calmons le jeu. C’est mon but. Merci, Françoise.
Juste, en fait, on était au cinéma parce que, du coup, je la réconfortais, et donc on n’a pas du tout suivi ce qui vient de se passer. Est-ce qu’on peut nous faire un petit récap' ?
C’est la cata. Il semblerait que les insurgés, s’ils renonçaient à lancer un assaut sur la préfecture, pourraient bénéficier, en don de la mairie de Paris, de tous les bâtiments de Tolbiac, de façon pérenne, pour pouvoir continuer à construire et consolider l'École sauvage de Paris. Mais il semblerait que, par ailleurs, Françoise se propose pour prendre le relais du mouvement qui était enclenché par Damien Dufresne afin de pérenniser ce projet. Mais j’imagine que, évidemment, l'État, par l’entremise de ses représentants, aura quelque chose à dire.
Qu’est-ce que c’est que cette histoire de cinéma, là ?
Rires.
Alors, d’abord, c’est Vincent qui parle, le mari de Françoise. Vincent, il pète les plombs. Il pète les plombs parce que ça me rapporte un jeton noir, c’est écrit là : « Subir un craquage nerveux de vos agents. » Voilà. Vincent, j’appelle Françoise. Ma chérie ! Ma chérie ! Réponds-moi ! Réponds-moi !
Qu’est-ce qu’il y a, mon chou ?
C’est la merde ! Tu sais ce qu’a fait la préfecture ?
Non, dis-moi, mon poulet.
Bon, les « mon chou », les « mon poulet », j’aime bien. Écoute, ce qu’elle a fait, c’est qu’elle a arrêté des innocents. Parmi ces innocents, il y en avait un qui n'était pas innocent. Plutôt une, à casquette. Non, c’est complètement dingue ce qui s’est passé. Tu sais ce qu’elle nous a dit à propos de Damien Dufresne ?
Non, dis-moi.
Tu m'écoutes bien ?
Ah ben oui.
Il était opposé aux espaces verts imposés par la COP 72.
Ça alors !
Fais pas la conne, c’est important ce que je te dis. T’as pas compris ?
Si.
Non, t’as pas compris. Détends-toi, mon poulet.
Je me détendrai quand je serai mort. Là, je dois m’occuper de l’ordre. Donc Damien Dufresne est retrouvé mort au moment où il y a cette espèce d' ESP, je ne sais pas quoi, là, et il est retrouvé mort alors qu’il était opposé aux espaces verts dans l’enceinte de Paris Université. Or, parmi tes amis, t’as pas une jardinière ?
Si.
Le lien est quand même un peu lointain, tu ne penses pas, mon poulet ?
Et l’affaire Ben Barka, tu crois que ça commençait comment ? C’est toujours des petits liens. Tu devrais enquêter auprès de Léo…
Léo, Léo ! Mon chou, je suis historienne, je n’enquête pas. Moi, c’est ton métier !
Est-ce que tu pourrais m’avoir un rendez-vous auprès d’elle, discret, sans la presse alternative ?
Alors, ça ne va pas être possible. Elle ne va pas vouloir. Elle ne veut pas me parler en ce moment.
Alors moi, j’ai changé d’avis et, en fait, je réponds aux SMS de Françoise qui me proposait de prendre un café.
Une minute, mon poulet.
Françoise, OK pour le café. RDV angle Sorbonne-Sentier.
Je te laisse, c’est une urgence. J’ai une urgence, je dois te laisser. Ça va aller, mais je prends note. Je t'écoute et je compte sur toi.
Françoise, écoute-moi bien, tu n’as pas bien compris. Tu te souviens des Soulèvements de la Terre, ou quelque chose comme ça ? Les éco-terroristes ? Tu es entourée d'éco-terroristes. Ces gens-là… Fais attention à tes fréquentations.
Mais heureusement, tu es là pour nous protéger, mon chou. Et où vas-tu, poulette ? Pardon ? Où vas-tu, poulette ? Ah, je ne t’entends plus !
Bon, Françoise, tu voulais m’apporter ton soutien et je te remercie de ta sollicitude. C’est terrible. Je suis effondrée. J’aimerais savoir ce que tu penses, de ton point de vue, de la mort de Damien Dufresne. Est-ce que tu n’aurais pas des… Tu vois, tu ne pourrais pas nous aider un peu à trouver des infos qui éclaircissent un peu ce mystère ?
Alors justement, je voulais t’en parler parce que Vincent m’a dit, sous le coup de la colère, qu’il y avait des suspicions qui portaient sur Les Graines de la liberté. Du coup, j’aurais voulu savoir ce que tu en pensais.
Ah non, mais ce ne sont pas du tout Les Graines de la liberté qui ont agi. Nous, on sait, on est convaincus que c’est au sein de la préfecture qu’il y a eu un micmac. Et on se demande si tu peux nous aider à prouver ça.
Écoute, je dois t’avouer que j’ai peut-être des documents qui montrent que des demandes de mise sous protection auraient peut-être été effacées.
OK, mais ce ne sont pas des documents assez solides.
Je sais bien.
Qu’est-ce que tu peux avoir de plus ?
Je manque de jetons.
Tu manques de jetons ? Attends, je peux te donner un jeton, non ?
Bah, pas pour ça, je pense. Je peux faire une crise d’insomnie, mais c’est un peu bizarre.
OK, euh…
Mais si je divorce, c’est bon, donc j’essaie d’avoir des jetons.
Euuuh…
Je pense qu’on devrait en parler avec Noor aussi, qu’il y a peut-être des documents plus sérieux.
Ben non. Moi, je suis assez sûre que Noor a justement besoin d’avoir des documents plus solides et, en fait, toi, t’es la meilleure personne. Et tu sais que j’ai une affection toute particulière pour toi. Tu vois, je m’en souviendrai si tu pouvais nous aider, aider finalement l’avenir. Tu réfléchis ?
Je réfléchis.
OK.
Bon, bah, à plus. Je viens de recevoir un message de quelqu’un qui se présente comme un milicien de la milice Lutès et qui me dit qu’il a des remords, qu’il n’en dort plus et qu’il a besoin d’en parler.
Non, mais moi, je pensais qu’on allait juste se castagner un peu avec des gauchos, là. Mais là, ça allait beaucoup trop loin. On était cinq, la gamine était toute seule, ce n’est pas normal. Nous, on est là pour aller taper sur des redskins. Ce n’est pas pour ça que je me suis engagé, moi.
Est-ce que vous aimeriez me donner des documents ? Est-ce qu’il y a des discussions qui pourraient prouver ce que vous avancez ? Évidemment, vous serez anonyme, je protégerai votre identité.
Non, mais ils vont me retrouver, les autres. Franchement, moi, si je balance, pas que ce soit derrière… J’aurai de gros problèmes, hein ! Après, des conversations, des vocaux, on en a un paquet, hein ! Et puis ce n’est pas jojo. Ce n’est pas jojo non plus pour moi, hein !
Mais moi, je vous promets une protection. En plus, j’ai des gens qui peuvent vous protéger. On a des planques sûres aussi, si vous voulez passer quelques jours, si vous avez peur. Enfin, en tout cas, moi, je vous dirais de continuer vos habitudes, de ne rien changer. Mais ça pourrait vraiment nous servir, parce que je sens que vous avez envie de quitter cette milice et que, peut-être, il y a une pression qui s’exerce sur vous aussi.
Et là, le gars déballe tout. Il t’envoie des vocaux, des extraits de conversations. Il y a manifestement des groupes Telegram avec un long historique, beaucoup de photos de ce que tu peux voir. Il y a des membres de la police qui sont impliqués et qui font partie du groupe, toujours sous pseudo, mais on les retrouve, avec les lieux de rendez-vous, avec un certain nombre d’informations. Les recoupements sont assez évidents. Pour certains, ce sont même des types qui entraînent les miliciens, qui les forment à proprement parler, mais toujours sous une espèce de couverture, d’anonymat. Ils forment vraiment une espèce de… Comment dire… C’est évidemment une milice, mais ce sont des auxiliaires officieux de la police qui vont taper là où la police n’oserait pas. Ils les mettent aussi en relation avec des criminels, enfin… ouais, avec des personnes qui sont dans le trafic d’armes, notamment, que ce soit pour assurer des revenus aux milices. Ce sont nécessairement des gens fichés, parce qu’on est plutôt dans du droit commun. Mais en tout cas, des gens qui vont leur permettre d’accéder à de l’armement, à du fric… Enfin, il y a un lien assez fort entre les milieux gangsters, mafieux, ces milices-là et la police qui supervise, en tout cas. C’est vraiment ce que tu vois dans toutes les captures.
Juste, pour l’instant, je garde ces documents pour moi. Mais je remarque que, dans ces échanges qu’on m’a envoyés, il y a un nom qui n’a pas l’air d'être un vrai nom et qui revient souvent. On parle de conneries, on parle de bavures, d’aller trop loin, et c’est écrit « Le Chêne ». Alors moi, je pense que je sais qui c’est, mais bon.Donc je garde pour l’instant ces échanges pour moi. Merci.
Dans l’ensemble des notifications que tu reçois pendant que tu échanges avec lui, il y en a une qui arrive et qui te fait revenir en tête un truc que tu avais complètement zappé. C’est un message de ton père qui te dit : « Ben alors, tu es où ? » Parce qu’en fait, c’est votre dîner mensuel où vous vous retrouvez dans le restaurant où il t’invite tous les mois, comme ça, pour discuter. Et là, tu as dix minutes de retard, mais heureusement, c’est au bout de la rue.
Alors, merci papa de me l’avoir rappelé. Toujours les années 80 dans mon téléphone. Parce que, évidemment, je n’ai pas qu’un smartphone, j’ai un smartphone et un burner, c’est une évidence. Donc là, mon père m’envoie un SMS sur son smartphone. Lui, il n’a pas Telegram ni rien. Alors, il est évident que je ne vais pas au restaurant. Je lui dis : « Papa, c’est trop dangereux pour moi et c’est trop dangereux pour toi. Je suis désolée, il faut qu’on reporte notre dîner. Bisous. »
C’est dommage quand même parce que, bon, déjà, j’ai déjà commandé, donc ça va arriver et tout. Mais en plus, je voulais te parler d’un truc important, là, en plus de tout ce qui se passe en ce moment. C’est un vocal qu’il t’envoie sur WhatsApp.
Donc je laisse un vocal. Ah, ça ne marche pas. Ça ne marche jamais du premier coup, les vocaux. T’es là, tu t’es… Ouais, c’est ça, attends, attends. Ah, j’ai déjà mis pause. Alors je lui laisse un vocal et je lui dis : « Mon père sait faire des vocaux ? Waouh ! »
Je lui ai dit ! Hé, on est en 2030, hein !
Oui, mais ça… Oui, mais bon.
Non, toujours pas, OK.
Il est toujours vieux, quoi. Non, non, mais bon. En tout cas, je lui demande si ce qu’il a à me dire est confidentiel ou si c’est quelque chose… Parce que mon père, il est quand même un peu drama king. Donc il est toujours en train de dire : « Ah, j’ai un truc à te dire. » Et finalement, c'était parce que Mme Michu avait cassé un œuf à Intermarché. Donc bon, papa, est-ce que c’est hyper important ou ça peut attendre ?
Il y a cinq grosses minutes qui se passent où t’es un peu dehors. Il fait un peu froid, il y a une petite bruine, donc t’attends. Et puis, finalement, il y a un vocal qui arrive, assez long, dans lequel il te dit : « Allez, je ne résiste pas, je te le dis maintenant parce que je sens que tu vas encore avoir trop de travail pour venir, comme le mois dernier, manger avec moi ce soir. Mais bon, du coup, je te le dis. Tu sais, je suis député de l’opposition et j’ai eu, dans le cadre de nos discussions, un rendez-vous super intéressant avec quelqu’un qui t’intéresserait beaucoup : la présidente de Radio France, Léa Salamé, qui… »
J’allais le dire !
Et qui admire ton travail. Il me sort en autodidacte. Elle m’a dit qu’elle trouvait ça incroyable, cette jeunesse, cette fougue et tout. Et donc elle voudrait te rencontrer. Elle voudrait te proposer un vrai métier, tu vois. Sans doute… Enfin, moi, je me dis que ce serait super pour toi : CDI, Radio France… Enfin, pour toi, c’est le Graal, quoi. Donc bon, si tu as le temps de prendre un dessert, passe. Moi, je suis là jusqu'à, je ne sais pas, 22 heures, 23 heures. Je vais bosser parce que, moi aussi, j’ai plein de travail. Il n’y a pas que toi. Et donc voilà. Bisous, bisous.
Alors je laisse un vocal : « Je te remercie beaucoup, papa, d’avoir pensé à moi. Tu sais très bien ce que je pense du service public. Moi, le CDI, ce n’est pas pour moi, je préfère ma liberté. Tu sais ce que je pense de Léa Salamé, qui, du coup, doit être très, très vieille maintenant. Ça ne m'étonne pas, dans le service public. De toute façon, il y a des journalistes de 94 ans qui reprennent l’antenne… »
Bah, elle a dix ans de plus, hein.
Comment ?
Elle a dix ans de plus !
On est en 2030 seulement ! Ah, il fait déjà 52 degrés. Dans ma tête, j’avais oublié que c'était vraiment maintenant. C’est là, c’est maintenant, la fonte des glaces. Écoute, je te rejoins pour le dessert, papa. Mais bon, tu vois, je sais que je te déçois peut-être, mais qu'à la fois tu es fier de moi. Je ne vais pas aller à Radio France. Je suis désolée, papa.
OK, je t’attends.
Point de suspension, comme le font les personnes un peu plus…
Tu sais bien qu’il n’a pas calculé du tout ce que tu as dit sur le service public et sur Léa Salamé.
Alors, de notre côté, l’enquête avance et…
C’est une enquête sur les gens qui ont été arrêtés complètement par hasard.
Voilà. Donc la personne qui est en train de nous raconter beaucoup, beaucoup de choses, sous couvert d’un témoignage sous X évidemment… Damien Dufresne était, je le rappelle, opposé aux espaces verts imposés par la COP 72. Et notre informatrice nous dit donc de nous pencher plus sérieusement sur Les Graines de la liberté. Nous avons profité que Léo aille à un rendez-vous, je ne sais lequel, bref, pour aller inspecter sa cave. Et nous avons trouvé du désherbant. Du désherbant qui est en vente libre, c’est vrai, mais quand même dans des quantités qui ne sont pas tout à fait classiques. Et ce désherbant, nous en avons retrouvé des traces dans le corps de Déborah, dont je dois vous annoncer… Bon, maintenant, c’est quelques jours plus tard, donc tout le monde s’en fout, la presse ne s’y intéresse plus. Son décès est en effet constaté. Voilà, Déborah est bien morte, mais tout le monde s’en fout. Rien qu’avant, on a réussi à tenir les gens éloignés de ça. Bref, je ne m'écarte pas, c’est très important ce que je vais vous dire. Il y a des traces de désherbant dans le corps de Déborah. Et là, je vais essayer de joindre Noor. Elle nous enquiquine, c’est clair, mais on peut peut-être se servir d’elle. On a une information, Noor, une information capitale concernant la mort de M. Dufresne. Est-ce que… Je vous donne un jeton. Est-ce qu’il y aurait un moyen de faire en sorte que vous vous teniez tranquille, c’est-à-dire éloignée de cette affaire ?
Quel serait le moyen ? Il y en a forcément un, mais quel serait-il ?
Alors, de quelle affaire ? Parce qu’il y en a beaucoup, là !
Attendez, attendez, non, non. Il y a la mort de Déborah, il y a la mort de Dufresne… Non, non, non, je ne vous donne pas l’information. C’est trop facile. Je vous apprends un peu le métier. Avant de vous donner une information, j’aimerais d’abord voir si on peut s’entendre. Par exemple, est-ce que la présidence de CNews, ça vous intéresserait ?
Sa tête ou prendre son poste ?
Le poste, puisque vous refusez de travailler pour le service public, ce que je comprends vu son état. Mais est-ce que CNews, ça vous intéresserait ? Bolloré, tout ça…
J’ai réfléchi à une stratégie. Il ne pensait pas que je réfléchirais à prendre la tête de CNews.
Dépêchez-vous, parce qu’il y a Talensac qui est sur le coup, lui aussi. Je vous rappelle que vous êtes dans un monde très concurrentiel. Ça vous permet de réfléchir, parce que je vois qu'évidemment, des propositions comme ça, vous n’en avez pas tous les quatre matins, c’est très clair.
Euh… J’aimerais bien qu’on se voie pour en parler.
Eh oui, encore un rendez-vous !
Non. À prendre ou à laisser. Pour vous, pour une fois, vous pouvez avoir une information juste, vérifiée, recoupée, qui aurait fait de vous une star ! Réfléchissez bien.
C’est là, parce que mon prénom veut dire « lumière », que je veux être une étoile, monsieur.
Très bien, très bien, ça vous amuse. Tout passe, tout lasse. Allez-y.
Est-ce que l’assaut de la préfecture a eu lieu, au final, ou pas ?
Les forces de police étaient quand même bien informées. Donc il y a eu des contrôles préalables par QR code, manifestement très nombreux, qui ont permis d’arrêter des gens. Déjà, ils ont été arrêtés parce qu’il y avait un certain nombre de blindés et des troupes très nombreuses qui empêchaient les citoyens d’accéder à la préfecture. Mais en plus, il y en a plein qui ont été arrêtés sur le chemin du retour ou chez eux, plusieurs jours plus tard, parce qu’ils avaient été identifiés et localisés à cause des QR codes dont ils étaient porteurs pour d’autres raisons, mais qui, manifestement, ont aussi servi à ça. Ce qui a provoqué de grosses vagues d’arrestations. Effectivement, un certain nombre d’innocents, aussi des gens qui étaient là mais qui, pour autant, ne seraient a priori responsables d’aucun crime. Après, il y a sûrement des moins de 25 ans dans le lot, et ça dépend à quel point la mairie décide d’appuyer la préfecture sur le sujet. Mais il semblerait qu’en région, ça chauffe un peu plus du côté de Toulouse, Rennes, Nantes, enfin les endroits habituels, quoi. En revanche, à Paris, ça a été très, très bien encadré par la préfecture, qui a réussi à être à la fois très ferme et étonnamment peu violente. Les Parisiens sont assez découragés. Pour le coup, il y a un sentiment de : quoi qu’on fasse, on ne peut rien faire. Quoi qu’il se passe, les gens rentrent chez eux en se disant : tout ça va finir par retomber. Ce sont des idéologies qui se cognent les unes aux autres, mais nous, à un moment, il faut qu’on mange et qu’on se protège de la chaleur.
D’autant que, par rapport à ces événements autour de la préfecture, je crois qu’il y a une information qui est sortie aussi. Ce n’est pas toi qui l’as sortie. Il n’y a pas que toi qui sors des infos. Il y a aussi Élise Lucet. Et elle, en fait, elle a fait un Complément d’enquête. Oui, Complément d’enquête, son émission. Enfin bon, une émission spéciale sur la mairie de Paris et, à cette occasion, sur sa collaboration étroite avec la préfecture. Elle a révélé que les moyens de surveillance mis en œuvre, notamment les caméras, etc., avaient été largement financés par la mairie écologiste de Paris.
Ah !
Ce qui est un petit peu embarrassant.
Légèrement.
C’est sorti avant-hier à la télé. Il y a eu un gros scandale autour de ça.
Oui, mais enfin, ce sont des caméras photovoltaïques. Je veux dire, ce sont des caméras écologiques. Exactement. Alors Élise Lucet, elle va toujours chercher des trucs et des machins, mais elle ne dit toujours que la moitié. Toujours, toujours. Vous pouvez répondre. Si elle avait pris rendez-vous, j’aurais pu lui dire : c’est un marché qui a été passé, effectivement, pour des caméras photovoltaïques algorithmiques avancées qui sont très… Ciao ! Qui marchent très, très bien, contrairement à nos caméras-piétons de policiers qui, elles, sont sur batterie. Mais je ne vois vraiment pas le scandale. Alors, si vous voulez savoir si ces caméras ont filmé la mort de Débora, non. Ont-elles filmé la mort de M. Dufresne ? Il n’en est pas question, car je le rappelle, nous ne pouvons pas filmer, sauf autorisation du Premier ministre, à l’intérieur des domiciles.
Voilà donc ma ligne de défense, qui est un peu balbutiante, pour expliquer qu’en plus elles avaient été installées sans aucun rapport avec les événements en cours, mais bien à la suite des dégradations de mobilier urbain qui avaient eu lieu précédemment. En tout cas, ça entame ma légitimité et donc je prends un jeton noir pour essayer de refaire un peu mon stock.
Alors moi, je suis absolument hors de moi qu’on essaye de faire porter le chapeau de la mort de Déborah parce qu’on a trouvé, soi-disant, du désherbant dans son corps. Je n’ai pas eu les résultats de l’autopsie, je n’ai rien reçu. Pourtant, j’ai des contacts à l’hôpital Nadine-Morano où le corps a été déposé. Je n’ai pas eu le rapport d’autopsie. Un des meilleurs du pays, monsieur. Et je suis hors de moi. Donc j’interviewe… Elle a accepté que je l’interviewe. On fait un stream, Léo et moi. Et je crois qu’elle est très, très, très en colère, elle aussi. Oui, tout à fait. Léo, tu as entendu comme moi ce que la préfecture de police, et l'État finalement, essaient de te reprocher : d’avoir carrément tué ta compagne, quoi.
Je ne suis pas super étonnée de cette nouvelle mascarade parce qu’ils n’ont plus rien à dire. Donc les campagnes de diffamation n’ont plus de sens. Il faut toujours inventer des histoires plus farfelues les unes que les autres. Ce que je peux dire, c’est que Déborah fréquentait du désherbant puisqu’elle était jardinière, mais en tout cas elle n’en a pas ingéré. De toute façon, je ne sais même pas si c'était… Bon, bref. Donc voilà. Écoutez, qu’est-ce que vous voulez savoir de nous ?
Toi et moi, on sait que la mort de Dufresne, c’est aussi quelque chose qu’on essaie de rallier aux Graines de la liberté, en disant qu’il était contre les espaces verts décidés lors de la COP 72, qui s’est tenue donc à Abou Dhabi, qui n’est plus habitable depuis longtemps, dans une bulle climatisée. J’ai l’impression qu’on te fait porter le chapeau sur beaucoup de choses, non ? Est-ce que tu déranges à ce point ?
Probablement. En tout cas, moi, je me tiens du côté de la liberté et la liberté devient extrêmement complexe dans cet environnement. Je suis à peu près persuadée que la mort de Damien Dufresne a été orchestrée par la préfecture. Et là, tout ce qu’il nous faut, c’est une preuve un peu solide. Et ça risque d’embraser cette fois-ci, vraiment, réellement. On ne parlera plus de violence symbolique ou de violence sur des biens matériels, mais ça risque d’embraser bien sérieusement le pays.
Je rappelle qu’on est à 350 000 viewers et qu’on a beaucoup de soutien. On a aussi une cagnotte, donc on a de l’argent et on sait qu’on peut faire venir beaucoup de gens de la France entière à Paris.
Oui, oui, bien sûr, on connaît ce discours hannounesque : « J’ai du public, j’ai du succès. » On le connaît. Alors, écoutez, on va faire deux actions en une. On va, un, arrêter une criminelle et, deux, subir les conséquences d’une bavure dans nos rangs, car l’heure commence à être grave, à être avancée. La bavure, c’est l’arrestation, je dirais virile, de Léo, chez elle. Il se trouve que nous l’arrêtons et que nous bousculons en même temps l’apprentie journaliste Noor, qui se trouve chez elle en train de recueillir des informations et surtout de lui annoncer des choses qui sont totalement fausses. Est-ce qu’une seule fois j’ai dit que Léo avait tué Déborah ? Ce que Noor vient de dire à l’instant, sous vos yeux, nous ne l’avons jamais dit. Nous avons dit qu’elle avait manipulé du désherbant qui servait à autre chose qu'à faire des parterres sans chiendent. Donc, en manipulant ces substances chimiques, nous avons retrouvé dans le corps de Déborah ces polluants. Nous voulons donc arrêter Léo pour une raison simple : non-assistance à personne en danger. Votre compagne, suffoquée, nous le savons grâce à nos fameuses caméras photovoltaïques… Puisqu'à ce moment-là, c'était dans le jardin. Ça, on peut filmer. Hé, hé ! Ce n'était pas chez vous. Là, vous vous êtes bien fait avoir. Donc, en effet, on a filmé ce qu’on peut appeler une agonie. Vous n’avez absolument pas réagi. Donc nous intervenons chez vous. Noor est là, on la bouscule, elle tombe, le crâne de Noor est fracassé. C’est une terrible bavure. Enfin, tout le monde s’en fout parce que c’est quand même une journaliste qui raconte n’importe quoi. Quant à vous, Léo, vous êtes arrêtée et vous allez voir pourquoi.
Est-ce que je suis morte ou pas ?
Alors, on ne peut pas tuer les personnages des gens comme ça…
Moi, je peux faire une action régulière et donc je réussis à mettre deux ou trois coups aux gens qui essayent de m’arrêter. Je m’enfuis et je vais me planquer, mais cette fois-ci vraiment loin parce que je pense que, là, les choses ont assez dégénéré. Il me semble que Noor, avant de trébucher, mais non de se fracasser le crâne, avait filmé, parce qu’elle avait une caméra aussi photovoltaïque, mais embarquée, très discrète, bien réelle, dans ses lunettes, peut-être.
Voilà.
Et elle a filmé tout ça et elle était toujours en train de streamer en direct. Et là…
C’est l’insurrection finale. Précisément, c’est ce que j’allais raconter. Hop, je vais rendre ce jeton qui circule.
Et je t’ai aussi transmis les documents que j’avais reçus du milicien.
Tout à fait. Il y a un certain nombre de documents qui ont circulé et puis, effectivement, cette arrestation en direct, en streaming, reprise quasiment instantanément non seulement sur les réseaux sociaux mais aussi très, très vite par les grands médias, provoque un scandale et…
Attendez, attendez, je vous arrête. James Rees, dans le tchat, a tout à fait raison. Nous, on a annoncé 350 000 viewers. Pour nous, selon la préfecture, il n’y en a que 105. Bah écoutez, tant mieux si, pour vous, il y en a 105. Donc, pour l’instant, l’insurrection qui vient…
Toujours est-il que, parce que moi j’ai une action, quand je dépense un jeton, qui me permet de provoquer temporairement la chute des institutions. Et je ne vais pas me gêner. En l’occurrence, effectivement, l’information circule très, très vite et est très fortement reprise. Et là où ça s’embrasait déjà un peu, ça chauffe très fort. Surtout, ça mobilise énormément les gens qui sont dans une colère, une lassitude, un dégoût profond. Et là, on voit vraiment, pour le coup, quasiment une préfète intervenir, essayer de retirer elle-même le micro des mains d’une journaliste, s’en prendre à une femme qui est manifestement endeuillée en l’accusant d’avoir tué sa propre compagne à demi-mot, ou en tout cas d'être responsable de sa mort, et en la menaçant d’aller l’arrêter. Bref, que ce soit surinterprété ou pas, toujours est-il que les gens réagissent de façon très épidermique, trouvant ça si injuste. Et pour le coup, notamment dans la jeune population mais aussi chez un certain nombre d’anciens militants, il y a beaucoup de gens qui disent : « En fait, ça y est, c’est trop. Ce n’est plus possible. Les forces de l’ordre peuvent rentrer chez nous à n’importe quel moment pour essayer de nous empêcher de communiquer. La liberté de la presse est manifestement effondrée jusque dans ses derniers retranchements. »
Enfin, c’est KERPRES, parlons-nous !
Et, pour le coup, de nombreuses personnes annoncent sur les réseaux sociaux, puis passent à l’acte, leur solidarité avec l'École sauvage de Paris, avec cette proposition de territoire libre. Et puis, surtout, elles viennent assiéger les résidences préfectorales partout en France et empêcher les préfets et les préfètes de pouvoir circuler, tout simplement. Pour être très sincère, il y a même un certain nombre de policiers, certes pas très nombreux, mais il y a des désertions, des changements de casquette, parce qu’il semblerait que le pouvoir, qui pendant ce temps-là, au sommet de l'État, est en train de hurler à la haute trahison, soit en train de perdre pied.
Je prends acte de cette action. Je vois que je suis destitué. Je vais rendre ma casquette. Mais j’aimerais quand même vous dire… En tout cas, c’est Vincent qui appelle Françoise. Ma poulette, bon, je t’explique ce qui se passe. Tu connais les médias alternatifs, et les autres c’est pareil de toute façon, c’est du court terme. Toi qui es historienne, tu es d’accord ? C’est du court terme. Ce sont des gens qui voient juste au premier niveau. Ce sur quoi la préfète et moi, nous travaillions était le plan suivant. Tu sais combien la mairie de Paris joue les trouble-fête. D’un côté, elle se dit écolo. De l’autre côté, elle travaille main dans la main avec la préfecture puisqu’elle nous a fourni des caméras photovoltaïques. Eh bien, la préfète est sûre d’une chose. Tu m'écoutes bien ?
Je t'écoute.
C’est la maire de Paris qui a fait assassiner Damien Dufresne.
Non !
Bien sûr. Elle fait porter le chapeau à ces pauvres zygotos anarchos jardiniers des Graines de la liberté. Mais en réalité, ce qui lui posait problème, c’est que Damien Dufresne était tout à fait opposé à une politique verte.
Mais mon poulet, es-tu prêt à dire ça aux journalistes ?
Comment ?
Es-tu prêt à dire ça aux journalistes ?
Non, c’est fini pour nous. Plus personne ne nous croit, nous sommes destitués. Mais toi qui as tellement d’amis, peut-être peux-tu mettre ces gens sur la voie, au moins qu’ils sachent pourquoi ils montent sur des barricades et qui donc ils sont en train de mettre au pouvoir : ces pauvres insurgés, petit peuple de Paris, manipulés par des écolos qui n’ont d'écolos que le nom.
Françoise, sauve le couple ! Donne-moi tes preuves, je les transmettrai. Je ferai de mon mieux.
Tu nous fais chier avec tes preuves !
Comment ça ?
Je te quitte ! Quand je te donne des preuves, tu fouilles dans mon ordinateur, tu modifies mes fichiers.
Mais si, je le sais ! Nos petits robots ont tout vu !
Je croyais qu’ils ne pouvaient pas filmer à l’intérieur.
Mais non ! Je n’ai pas effacé les traces. Si, la webcam. Non, non, les fonctionnaires de la préfecture de police ont quand même le droit de filmer chez eux. Faudrait quand même pas pousser, hein, les amis de la liberté !
Bon, alors, excusez-moi de gâcher ces émouvantes retrouvailles, mais en parallèle de votre discussion, la rue était pleine… Enfin, tu me trompes si je me trompe, mais…
Les rues étaient blindées.
Les rues étaient blindées, ça partait en manifs sauvages dans tous les coins, il y avait de l'émeute dans l’air. Et on a Mehdi Mejri, le député écologiste de l’opposition, qui se trouve être le père de Noor, qui apprend en direct à l’Assemblée nationale, par un titre un peu hâtif… Enfin, on ne sait pas exactement si c’est vrai ou pas, mais il apprend la mort de sa fille en direct, à l’Assemblée nationale.
Il est sorti sous les coups des policiers.
Sous les coups des policiers, bien sûr. Il a vu la vidéo, il a vu des tweets qui disaient : « Elle est morte, ça y est, c’est sûr », etc. Et il est sorti dans la rue, vraiment en larmes, dévasté. Il est monté sur une des barricades en formation et il a dit au peuple de Paris réuni devant lui… Il a supplié le président de la République, même si on pense ce qu’on veut de sa politique, mais ça reste un être humain. Et il a supplié d’arrêter la préfète, qu’on a vue filmée molestant une journaliste et provoquant sa mort. Donc je dépense un jeton noir pour obtenir l’arrestation de la préfète.
Et ce qui se passe par la suite, l’Histoire nous le dira. Mais il est 22 heures et je vous propose qu’on s’en tienne à ce morceau de récit, ce morceau d’insurrection, ces morceaux de vie, de débats, de beaucoup de réunions et de rendez-vous, parce que manifestement, c’est ça la politique.
On a pris la préfecture !
Voilà.
On a pris la préfecture !
David, tu vas être libéré de ton rôle de jouer la police. J’espère que ça n’a pas été trop traumatisant pour toi.
Je suis inquiet.
Franchement, les gens ont déjà été inquiets parce que ça avait l’air très naturel pour toi de faire la police.
Merci à vous tous. Bravo, bravo tout le monde ! Alors, c'était comment ? Non, non, non. Ça commençait à bailler, à regarder son téléphone. Non, dites la vérité. Règle de vérité. Dites : « Je le jure. » Attendez, je vous passe le micro.
Ah bah oui, bien sûr, on a un petit peu de temps. Alors je crois que… Vous, l'éditeur…
Mais en même temps, c’est toi l’animateur de ce stream, moi je parle, mais… Non, mais par rapport au… Alexia, t’as encore un peu de temps, là, il est 22 heures. Voilà, qu’on débriefe un peu.
Moi, j’ai trouvé ça très drôle. J’ai aussi trouvé ça un peu inquiétant parce que c'était beaucoup trop proche du monde réel, à mon goût. Du coup, voilà, je suis très mitigé, mais plutôt positif. Je ne sais pas si j’ai été bien clair.
Moi, j’ai trouvé ça super intéressant de pouvoir agir les uns avec les autres comme ça. Enfin, ça se répondait super bien.
Vous, vous êtes des joueurs et des joueuses de jeu, d’accord ?
De GN, de JDR, des trucs comme ça.
Un GN, le jeu de rôle grandeur nature, c’est quand on met des costumes. Grosso modo, je caricature un peu, mais c’est ça.
Les gosses !
Voilà, ce qu’on n’a pas fait ce soir. Des galons et tout ça ? Non, mais alors, je vois bien que je suggère un truc, là. Peut-être que je m’engage dans quelque chose. Autour de la table, je dis, pour les gens qui étaient dans la salle et pour les gens qui nous regardent en stream, on avait plusieurs personnes qui n’avaient pas ou très peu fait de jeu de rôle, ou pas depuis très, très, très longtemps. Moi, je suis aussi curieux de savoir quelle a été votre expérience. Alors je sais qu’Alexia, par exemple, tu n’avais jamais fait de jeu de rôle.
Moi, je n’avais jamais fait de jeu de rôle.
Ça y est, t’es convertie ?
Oui, ça a été. Mais je pense que c’est peut-être parce qu’il y a le stream. Je ne sais pas si ça s’est senti, mais je n'étais pas dans ma plus grande verve. En revanche, je trouve que l’histoire, le début du scénario, est super et ça me donne envie de rejouer avec mes amis.
Ah ah !
Moi, j’ai déjà joué au jeu de rôle. J’y joue de temps en temps avec des potes. J’y ai joué il y a longtemps et, récemment, on s’y est un peu remis, même si le Covid nous a fait nous éloigner. J’aime bien l’idée de ne pas avoir de béquilles, même si je me dis que c’est quand même super dur. En fait, vers la fin, c'était pour ça qu’on discutait, parce qu’il fallait qu’on y arrive. Nous, on s’est dit : « Il faut qu’on arrive à prendre la préfecture. Comment on fait ? » C’est pour ça que moi, il me faut des preuves, il faut que les gens soient vénères, qu’ils se disent : « Ah ouais, mais ils ont buté des gens ! » D’où la milice et tout ça. Et en fait, je me dis qu’il faut, à un moment de la partie, avoir la fin que nous, en tout cas, on souhaite chacun et chacune, et faire une espèce de rétroplanning de ce qu’on veut accomplir. Donc je prenais des notes : « Ça, il faut que je le fasse ; ça, il faut que je le fasse. » Et c’est vrai que la difficulté, pendant qu’on réfléchit un peu dans son coin à là où on veut aller, c’est qu’on perd le fil de ce que les autres font. D’où le cinéma. Le cinéma Gérald Darmanin du Havre, le Pathé Multiplexe. Du coup, on n’avait pas suivi. Mais c’est vrai qu’il y a vraiment ce truc de faire tout ça en même temps. Ça change vachement et j’aime bien l’idée d'être hyper libre, d'être hyper libre, en fait, de là où on veut aller, mais d’avoir quelqu’un qui recentre un peu le truc. Pas forcément un meneur ou une meneuse de jeu, mais quelqu’un qui nous remette un peu dans le droit chemin.
Oui, ça arrive qu’il y ait de la facilitation, comme ça, même sur des jeux sans meneur, pour aider à garder des échanges fluides. Je vois qu’il y a quelqu’un qui veut dire quelque chose dans la salle. J’ai complètement oublié le stream, je suis désolé, David.
Non, pas du tout. Mais après, il faudra rebondir sur ce que dit le stream. Voilà, il y a deux choses avant ça, parce qu’après on peut perdre les phrases. Les gens ont beaucoup ri. Alors, est-ce que c’est quelque chose que… On a une certaine idée de l’humour. Voilà. Alors, il y a Pimiko, qui est une joueuse, qui dit : « Le gameplay est beaucoup plus fluide sans MJ. » Et il y a Krapoujoux qui nous dit : « Peut-être avoir un maître du jeu qui drive un peu plus le truc. En dehors de ça, c'était trop bien. » Donc là, c’est à la créatrice, après vous aurez la parole, que je m’adresse. Le MJ, il n’y en a pas.
Oui, tout à fait. L’idée, là, c’est que ça provoque.. On agit vraiment suivant des choix, mais du coup, quand il nous arrive des bricoles, c’est parce qu’on l’a choisi. Et je trouve qu’on ne le pense pas différemment de quand on le subit. Comme on produit le récit, comme on le raconte ensemble, je trouve que ça a du sens. Il y a quand même un certain nombre Enfin, moi, je ne ferai pas secret que je suis plutôt proche de milieux militants à gauche et écolo. On parle souvent des enjeux des récits qu’on produit et du besoin de trouver du sens à travers des récits. Alors, je ne sais pas si celui-ci donne très envie, évidemment, il pose plein de questions. Néanmoins, je crois qu’au-delà de consommer les récits produits par les autres, produire soi-même des récits, y compris des récits dans lesquels on va se mettre dans la peau de ce qui est habituellement notre opposition, essayer de comprendre leur façon de penser, puis aussi jouer des moments de difficultés, d'échecs, mais qu’on a choisis et pas subis, ça produit quelque chose. Donc je crois que, là-dessus, c’est intéressant. Effectivement, les économies de jetons, les choix par rapport aux jets de dés, qui sont plus dans l’aléa et l’aventure..En tout cas, c’est comme ça que je le conçois. Et, par ailleurs, pour le rôle de MJ, moi je sais que j’ai un peu refilé la parole à droite à gauche de temps en temps, mais sans non plus être MJ. Moi, j’aime bien les deux formats. À nouveau, c’est aussi un enjeu de quels récits on produit. J’aime l’idée qu’on produise ensemble un récit puisque, souvent, dans les jeux avec un meneur de jeu, c’est lui qui va vraiment produire le scénario et demander aux personnes qui jouent : « Qu’est-ce que vous faites ? », les faire agir de temps en temps. Alors que là, on construit quelque chose ensemble. Et, à nouveau, c’est l’idée de produire des récits, mais on ne le fait pas de façon isolée. On le fait à six cerveaux, en mélangeant plein de points de vue, en essayant de ne pas se marcher sur les pieds, avec toute la délicatesse que ça implique aussi. Et moi, ça me parle dans ce que ça produit comme rapports humains autour de la table. Voilà, j’ai beaucoup parlé.
Vous vouliez dire quelque chose ?
Oui. Déjà, merci beaucoup, c'était super plaisant à suivre. C'était, comme Aurélien l’a dit, à la fois drôle et inquiétant. J’avais une question pour Melville sur la mécanique de jeu parce qu’effectivement il n’y a pas de jets de dés, c’est très fluide à suivre. Mais je voulais que tu nous en dises un petit peu plus sur le système de jetons pour qu’on comprenne un peu mieux comment est-ce qu’on pouvait justement décider d’une action ou l’imposer à quelqu’un.
Tout à fait. Alors, en fait, il y a deux mécaniques de jeu à proprement parler dans ce jeu-là. La première, où on utilisait des jetons noirs, c’est qu’en gros, chaque personne qui jouait avait son rôle, avec une fiche et des actions un peu typiques de sa faction ou de son personnage, avec trois types d’actions : des actions fortes, qui coûtent des jetons et qui permettent à notre faction ou à notre personnage de réussir de façon marquée ; des actions régulières, qui ne coûtent pas de jetons et n’en rapportent pas non plus, et qui permettent de caractériser qui on est. Typiquement, la police a tendance à arrêter des innocents, elle a tendance à arrêter des criminels. En tout cas, c'était vraiment dans les actions régulières. Les deux étaient disponibles dans les actions régulières et ça montre ce truc un peu compliqué. Puis il y a les actions faibles qui, pour le coup, mettent vraiment notre personnage en difficulté, le poussent dans ses retranchements et rapportent un jeton. Ce qui fait qu’on ne peut pas tout le temps réussir des trucs super cool. On est obligé d’avoir des galères de temps en temps et ça produit un équilibre dans le récit et entre les différentes parties prenantes.Puis après, il y a les jetons de couleur qui sont, en gros, des enjeux. Je ne vais pas rentrer trop dans le détail. Ce sont les promesses d’entraide qu’on peut tenir ou ne pas tenir et qui, pour moi, fonctionnent bien dans ce genre de récit où tout le monde est un peu en train de se regarder en chiens de faïence, à essayer de nouer des alliances, de les trahir ou de les tenir. Il y a un truc un peu compliqué là-dedans : tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu, mais on ne peut pas le faire seul. On est obligé de trouver des alliances, sans savoir si elles seront fiables sur le long terme. Les jetons de couleur fonctionnent sur cette idée-là, pour schématiser. Alexia ?
Parce que là, en fait, c'était une partie que toi tu avais écrite. Mais si on se procure le jeu, chacun, chacune doit écrire son scénario de départ, écrire ses personnages. Donc il y a quand même tout un gros boulot à faire avant de jouer.
Alors, il y a des outils pour créer ensemble, autour de la table. Dire : « OK, on va jouer un élément historique. On va jouer en Angleterre dans les années 1950, dans les banlieues londoniennes. Voilà, on a envie de jouer ce contexte-là. Qu’est-ce qui se passe ? Quelles sont les forces en présence ? Qu’est-ce qui dérape ? Comment ça chauffe ? » Ou alors on peut aussi jouer dans un cadre plus proche des cultures de l’imaginaire en disant : « On va jouer dans un univers médiéval fantastique. » Moi, j’ai fait jouer, dans un autre stream il y a quelques mois, un mouvement social dans une mine naine. Mais ça fonctionne aussi parce que, derrière, ce sont les dynamiques : quelles sont les forces en présence ? Comment elles interagissent ? Et comment, dans ce moment de bouillonnement social, les différentes institutions et certains individus s’entrecroisent, se répondent et réagissent.
Juste, je vous laisse. Au revoir. Merci beaucoup.
Merci beaucoup.
Oui, écoutez, Présage, c’est super. En plus, c’est un podcast indépendant. Bravo !
Merci, bravo !
Par rapport à ce que tu disais, sur l’exemple que tu donnais, l’Angleterre des années 1950, faire ce qu’on veut avec ça, moi je trouve que c’est un super outil pour des profs d’histoire, par exemple, de géographie, avec des élèves qui peuvent, à partir d'éléments réels, d'événements réels, mettre en scène des choses pour réviser, apprendre, se demander : « Et vous, vous auriez fait quoi ? » Je trouve ça intéressant aussi, au niveau pédagogique, pour décrire un scénario.
Oui l'école de police ! Moi, je ne suis ni historienne ni géographe, je n’en ai pas la prétention. Donc je crois que c’est difficile parce que ça revient toujours alors attention, je vais utiliser des termes compliqués. Ça revient à réécrire l’histoire, tu vois, de jouer dans un contexte historique et de faire une espèce d’uchronie : « OK, et s’il s'était passé ça différemment, comment ça interagirait ? » C’est intéressant pour explorer, c’est intéressant pour imaginer ce que les choses pourraient être. Mais, pour autant, je ne pense pas qu’on apprenne l’histoire à part entière de cette façon.
Je pense que ça dépend de la manière dont tu le tournes.
Moi, je trouve que, notamment dans des cadres d'éducation civique, ça permet de penser les choses. Je me suis déjà fait un peu attraper par la manche par des gens qui disaient : « Non mais attends, tu proposes de jouer la police, c’est quoi ton positionnement ? » Et pour moi, dedans, la police a un positionnement très simple : « Nous, on veut protéger les gens, mais on ne les protégera bien que s’ils font exactement ce qu’on leur dit. » Ce qui est à la fois plein de bonnes intentions et, en même temps, dès la prémisse, il y a un truc qui ne va pas. Et je trouve que c’est intéressant de comprendre ce mécanisme de pensée. Et, par ailleurs, le pouvoir dit : « Nous, on a de bonnes idées, on voudrait que les gens croient en ce qu’on veut faire, et il va falloir un peu les séduire pour qu’ils nous donnent les moyens de faire ce qu’on veut faire. » Il y a toujours des points de vue compliqués. Et je ne voulais pas, quand j’ai conçu le jeu, faire un jeu où il y avait les gentils et les méchants, mais des gens qui ont de bonnes ou de mauvaises raisons de faire ce qu’ils font, en tout cas avec une certaine sincérité.
Mais c’est pour ça que je trouve intéressant, dans un cadre historique aussi, comme tu dis, de réécrire un événement avec d’autres gens, et ça peut être des élèves, pour leur faire comprendre aussi que ce n’est pas une volonté individuelle de telle institution, de tel État, dans des conquêtes historiques ou dans des guerres. Justement, faire comprendre que tu peux dire : « Non, on ne fera pas la guerre », mais que derrière tu as quelqu’un qui te dit : « Hé, tu veux du pétrole ? » Tu es gentil, il y a un lobby, tu es gentil. Et un autre gouvernement. Je pense que c’est intéressant aussi de ce point de vue-là pour montrer, comme tu viens justement de l’expliquer, que ce ne sont pas des prérogatives individuelles qui font l’histoire. C’est justement ce qu’on a montré ce soir : on a chacun et chacune des raisons d’agir, de dire, de faire. Et je pense que ça peut être hyper pratique, d’un point de vue de l’Histoire avec un grand H, justement pour montrer que l’histoire, ce n’est pas une personne. C’est aussi des complicités, des rapports de force, des choses qu’on ne nous dit pas forcément facilement. Je trouve que c’est chouette de ce point de vue-là aussi. Voilà, donc merci.
Merci. Au final, personne ne maîtrise ce qui se passe. Tout le monde essaye de faire ce qu’il peut, de tenir un peu son objectif, etc. Moi, le conseil municipal, j'étais vraiment pris entre deux feux. C'était le but du jeu : ne pas savoir où me mettre, entre la préfecture et le peuple, etc. Et en même temps, pour moi, c’est la qualité du jeu. C’est la troisième fois que j’y jouais. En fait, tu es obligé de te mettre dans la peau du personnage ou de l’institution que tu récupères. Et, en faisant ça, tu te dis : « Comment je fais ? C’est quoi mon objectif ? Qu’est-ce que je veux vraiment atteindre ? Et est-ce que ce que je fais pour l’atteindre est moral ou pas ? » Moi, j’essayais de te corrompre par tous les moyens possibles. Bon, tu as une probité exemplaire, bravo. Mais, en même temps, tu aurais aussi pu te dire : « Je peux changer les choses depuis l’intérieur de Radio France. » Ça pose des questions intéressantes, qui ne sont justement ni gentilles ni méchantes. Pour moi, c’est la qualité principale du jeu.
Réactions dans le public.
Oui. Alors moi, déjà, pour situer, je suis joueur. J’ai déjà joué à L’Insurrection dans un cadre féerique, lors d’une révolution absurde. Je jouais le personnage qui a été joué par Léo Boiline, par Alexia Soyeux. Pour revenir sur la proposition pédagogique autour des jeux de rôle, il y a un format dont je parlais avec d’autres personnes juste avant l'émission, qui s’appelle le théâtre-forum. Il a été popularisé..Alors j’ai mangé le nom du metteur en scène qui a créé ça. C’est un Brésilien, il me semble. En tout cas, c'était un Sud-Américain, et popularisé par sa troupe qui s’appelait le Théâtre de l’Opprimé. C’est un format qui propose un petit peu ce genre de choses, notamment dans des cadres scolaires, mais pas seulement. En fait, le but de ce théâtre-là, c’est aussi de permettre aux gens de vivre, ou en tout cas de ressentir, des situations et de proposer des solutions. On joue des situations et on propose au public de venir prendre la place des acteurs pour rejouer la situation d’une autre façon, selon la manière dont eux auraient pensé vouloir ou pouvoir réagir. Et je pense que la fiction, par rapport à des faits historiques, a cet intérêt de mettre une petite distance et de permettre aux gens de s’approprier les situations. Parce que si on leur fait jouer stricto sensu des situations historiques, il n’y a pas de marge de manœuvre, il n’y a pas d’appropriation et il n’y a pas de mise en situation. Voilà. Et le théâtre-forum, c’est vraiment très intéressant. Augusto Boal, merci.
Alors, il y a quelqu’un qui essaie, dans le public, de hacker l'émission. C’est Anticor, c’est ça ? Ouais. Alors venez, venez, parce que là on ne voit rien du tout. Votre affiche, on ne voit rien du tout. Mettez-vous devant cette caméra-là. Voilà. Attendez, là je vais vous dire si c’est bon. Voilà, le jeu est terminé, mais la vie reprend son cours. Donc nous sommes hackés par Anticor. Aujourd’hui, c'était une bonne journée pour vous.
Aujourd’hui, c'était une journée un petit peu malheureuse puisque le ministre de la Justice a été relaxé dans une procédure où la justice a considéré que le délit était constitué, mais que le ministre n’avait pas compris que c'était illégal. Un avocat qui l’est depuis trente ans et qui est maintenant ministre de la Justice. En tout cas, Anticor, ici à Césure, vous invite le 9 décembre. Le 9 décembre, c’est la Journée internationale de la lutte contre la corruption. Et on vous invite ici au premier festival d’Anticor sur le cinéma et les films consacrés à la corruption. Venez tous ! Il y aura, à l’issue de cette journée, deux films, deux débats et un petit concert avec les Goguettes le soir. C’est ici, à Césure. Venez nombreux.
Merci à vous !
Et si je peux me permettre, est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi soutenir Anticor, particulièrement en ce moment, est important ?
Ah, voilà enfin une question de journaliste !
Soutenir Anticor en ce moment, c’est important puisque, dans le gouvernement, on a donc Éric Dupond-Moretti qui a été relaxé aujourd’hui, à la grande surprise de tous les juristes du pays. On a un ministre des Armées qui est passé devant les juridictions il n’y a pas très longtemps et qui a été relaxé simplement parce qu’il a proposé de rembourser ce qu’il avait détourné, ce qui n’arrive jamais aux citoyens normaux, bien sûr. Et puis, aujourd’hui, peut-être une nouvelle plus positive : Olivier Dussopt, le ministre du Travail, est passé, lui aussi, devant le tribunal, et dix mois de prison avec sursis ont été requis par le procureur de la République. Voilà, on s’aperçoit que, même en ce moment, au sein du gouvernement, on a des gens qui ont une vision très légère de la façon dont la Constitution et les lois doivent être respectées. Anticor se bat justement contre la corruption et pour la transparence dans la vie politique. Venez nous rejoindre parce que c’est très important. Ce sont vos droits, ce sont les nôtres, ce sont vos impôts, ce sont les nôtres qui sont dépensés, qui sont détournés.
Mais en fait, vous ne voulez pas que les ministres jouent à des jeux de rôle ?
Ah, sûrement !
Parce que c’est ce qu’ils font un peu, non ?
Alors moi, je n’ai pris de l’argent à personne, sauf aux gens qui ont payé volontairement le jeu, par contre.
Bah oui, d’agrément !
Une chose importante. Alors oui, effectivement, dans un moment aussi délicat où on s’aperçoit qu’il y a des ministres du gouvernement qui sont finalement un petit peu légers avec les lois et la Constitution, eh bien Anticor, qui se bat de toutes ses forces sur tout le territoire pour la transparence de la vie politique et contre la corruption, vient de perdre son agrément. Il faut le savoir : dans ce pays, pour pouvoir lutter contre la corruption au sein d’une association il y en a trois en France il faut avoir un agrément qui est donné par le ministre de la Justice. Celui-là même contre lequel nous avons porté plainte en 2020 et qui passait devant les juridictions ces derniers jours. C’est compliqué. Donc nous avons demandé un nouvel agrément et nous espérons que madame Borne.
C’est un scénario pour L’Insurrection, ça. En fait, c’est le début d’un scénario à faire.
C’est un roman noir et on espère que la fin sera beaucoup plus positive que le début de cette année. En tout cas, c’est pour ça qu’on vous demande de venir nous rejoindre. Venez au festival le 9 décembre à Césure, vous ne le regretterez pas.
Bravo, bravo. Dupond-Moretti viendra faire l’allocution inaugurale ! Voilà. Alors là, il va falloir rendre l’antenne. Pour ceux qui sont ici, on va aller boire un petit coup. Vous pouvez acheter, ou je ne sais pas quoi, ou voler des jeux. Voilà, il y a une petite table très joliment préparée avec un petit tissu en velours rouge de très bon goût. Et sachez que demain, eh bien… Nora et moi, nous allons jouer aux journalistes devant 700, voire 1 000 personnes. Mais aux vrais journalistes !
Oui, on sent des blagues, mais pas que.
Voilà, nous allons présenter demain les États généraux de la presse indépendante. Et en fait, ce soir, nous nous voyons pour la première fois.
C’est vrai. Tous les journalistes ne se connaissent pas et ne vont pas danser le sabbat nus dans des apéros du 11ᵉ arrondissement ou ailleurs.
Donc demain, il y a un nouveau stream Au Poste avec Nora et moi, mais dans un tout autre rôle. Merci infiniment à vous tous. J’espère que l’expérience vous a plu.
Merci à toi et j’espère que ça t’a plu aussi.
Merci pour l’invitation. Merci beaucoup. Merci le tchat. Il y a Romaric Briand qui vend Jouer avec l’histoire chez Lapin-Marcon.
Très bon bouquin, c’est une bonne référence, il a raison.
Bravo aux joueurs. Il y a un petit peu de latence. Merci beaucoup. Merci les amis. Vous avez froid, vous ? Depuis le début, je vous vois avec votre manteau, votre bonnet, votre écharpe, votre valise prête à partir ou quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Bon, super, super sympa, nous dit Paul Bismuth. Anticor ? On est sur écoute ! Merci à toutes et à tous. Merci à Muriel qui tient le stand Au Poste avec les stickers Au Poste et un QR code au dos. Merci à Pauline, merci Alexandre pour le son. Et je vais couper. Merci aux donatrices et aux donateurs. Et bravo Melville, bravo à tous. Il est sympa, Denis Robert. Allez, je coupe. Merci beaucoup.
