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Soudan, guerre oubliée

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Transcription de l’émission

00:00:00Michael Pauron
Bonjour à toutes et à tous, merci d'être là, nous sommes le mardi 23 juin, je suis Michael Pauron, je suis journaliste à Afrique 21 et je suis très heureux de vous retrouver pour ce nouveau numéro d’Horizon 21, le dernier numéro de la saison d’ailleurs, on se retrouvera ensuite en septembre, donc cette carte blanche mensuelle proposée par au poste et animée par les deux médias indépendants, Afrique 21 et Orient 21. Bonjour à toute l'équipe d’auposte, bonjour, salut David si tu nous entends, Euryale, je crois Nayan, qui est derrière la console, et puis tout le monde qui nous suit en direct. Alors je rappelle pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore, Afrique 21 et Orient 21 sont des médias 100 % indépendants. Parmi les seuls qui traitent exclusivement des questions liées à l’Afrique et aux mondes arabes et musulmans. Si vous ne connaissez pas encore, je vous invite à aller voir nos sites. Tous nos contenus sont en accès libre. Seuls les dons d'électeurs et d' électrices nous font vivre. D’ailleurs on est en plein appel de dons, donc n’hésitez pas à faire tourner les liens et à faire connaître Orient 21, si vous appréciez ce qu’on fait. Et éventuellement à nous trouver des petits donateurs ou des grands donateurs, ce serait super. Aujourd’hui, nous allons parler du Soudan, le titre Soudan guerre oubliée, vous l’avez compris. C’est un pays qu’on connaît peu, dont on parle peu dans la presse mainstream. Et malheureusement, la guerre vient d’entrer dans sa troisième année. Très peu traitée, donc, comme je le disais, le conflit a jeté sur les routes des millions de déplacés et a généré la pire crise humanitaire au monde, je crois qu' on peut le dire. Alors sur Afrique 21, Orient 21, on essaye de publier le plus régulièrement possible sur cette crise. Vous pouvez d’ailleurs lire la dernière série qu’on a fait sur Afrique 21 pour les trois ans. C'était Guerre civile au Soudan, trois ans d’impasse. Mais il nous a semblé important de mettre en lumière celles et ceux qui sont au cœur de cette actualité, avec le collectif Sudfa. Donc je suis très heureux d’accueillir, alors désolé pour l’accent, pour les noms et prénoms,Zahra Suliman tout d’abord. Bonjour, merci d'être avec nous et Youssef Abdelrahman. Merci d'être avec nous ! C’est vrai. Donc je vais commencer par présenter Zahra, donc vous êtes, tu es soudanaise, on a dit qu’on allait se tutoyer, tu es soudanaise ?
00:02:37Zahra Suliman
Oui.
00:02:38Michael Pauron
Étudiante en sciences politiques et sociales. Jusque-là, j’ai tout bon et tu es particulièrement engagée sur les droits des femmes.
00:02:45Zahra Suliman
Oui, c’est ça.
00:02:45Michael Pauron
Et on va pas mal en parler durant cette émission et Youssef, tu es avocat franco-soudanais, basé en région parisienne, j’ai repris la bio sur Sudfa.
00:02:55Youssef Abdelrahman
Elle est très précise, donc c’est très bien.
00:03:00Michael Pauron
Et ma question, tu es bien co-fondateur de Sudfa.
00:03:04Youssef Abdelrahman
Je suis pas co-fondateur.
00:03:06Michael Pauron
D’accord. Membre de Sudfa que je vais présenter en quelques mots. Donc déjà, le site internet sudfa-media.com. Alors, c’est un collectif qui est né de la révolution soudanaise. J’ai noté 2018. C’est ça ? Oui, c’est ça, 2018-2019. 2019. D’abord, un blog chez Mediapart, je crois. Si je ne me trompe pas, c' est devenu un site, un média à part entière maintenant. Et je vais citer ce que j’ai pris, ce que j’ai piqué sur le site aussi. Donc un média à part entière afin de faire entendre la voix des luttes soudanaises en français et de traduire en langue française les mobilisations au Soudan, visibiliser les enjeux politiques et sociaux, faire connaître l’histoire et la culture soudanaise, ainsi que la communauté soudanaise en France.
00:03:52Youssef Abdelrahman
C’est bon ? Oui, c’est ça. Ok. C’est exactement ça.
00:03:57Michael Pauron
Alors pour les internautes qui connaissent pas bien la crise actuelle au Soudan ou qui connaisse tout simplement pas bien ce pays, on en parlait juste avant l'émission Jus, c’est un très grand pays d’Afrique de l’Est près de 2 millions de kilomètres carrés pour ceux qui se rendent pas compte c'était à peu près 4 fois la France j’ai fait mes petits calculs et plus de 50 millions d’habitants alors peut-être moins aujourd’hui dans le Soudain parce qu’il y a beaucoup de déplacés alors je propose de revenir un peu assez vite sur la chronologie, une petite chronologie on va dire sur l’histoire contemporaine du Soudan. Youssef, Zahra je compte sur vous pour donner un petit peu de fond à ce que je veux dire parce que j’ai fait ça un peu une chronologie un peu rapide. Donc déjà l’indépendance c’est 1956 donc alors sous domination égyptienne et britannique c'était ça ?
00:04:45Youssef Abdelrahman
C'était un condominium égypto-britannique.
00:04:49Michael Pauron
Et dès 58, en fait, il y a un premier coup d'État militaire. Je ne me trompe pas ?
00:04:54Youssef Abdelrahman
Exactement.
00:04:54Michael Pauron
Voilà, alors cette période, elle dure 10 ans à peu près, donc c’est le même régime en fait qui tient..
00:05:03Youssef Abdelrahman
Il y a une succession de systèmes politiques pendant très longtemps, jusqu'à l'époque contemporaine. Il y fait beaucoup de révolutions, donc on ira le rappeler un peu plus tard, mais il y a vraiment une histoire révolutionnaire.
00:05:17Michael Pauron
Mais pendant 10 ans, ça reste un régime militaire jusqu'à 69 ?
00:05:21Youssef Abdelrahman
Non, c’est pas un régime militaire.
00:05:22Michael Pauron
Ah non, c’est pas un régime militaire, pardon. C’est après. Oui, donc 69, c’est ça. Voilà pardon. 69, nouveau coup d'État. Et là, on parle d’une république socialiste.
00:05:34Youssef Abdelrahman
C’est ça, c’est une république socialiste, Oui, c’est ça, république socialiste.
00:05:43Michael Pauron
Donc c’est un pouvoir civil, c’est ce que je veux dire. Exactement, c’est ça. J’ai mis cette date parce que c’est important, je pense, dans l’histoire du Soudan. En fait, en 1978, on découvre du pétrole au Sud-Soudan, alors c'était une région où on reviendra après sur le Soudan du Sud. Mais déjà, en fait, à l'époque, j’ai découvert ça en travaillant un petit peu sur la chronologie. Il y avait déjà des velléités d’autonomie du Sud-Soudan.
00:06:12Youssef Abdelrahman
Il y a eu beaucoup de tensions un peu sur la répartition des richesses, notamment le pétrole, aussi sur la représentation politique de différentes ethnies, dont les ethnies sud-soudanaises. Donc c’est un élément assez important dans l’histoire du Soudan, qui a mené à un conflit, à une guerre civile Nord-Sud pendant des années, marqué par deux temps de périodes de guerre, avec un terme via un traité de paix, un référendum et ensuite.
00:06:53Michael Pauron
En revenant un petit peu en arrière, du coup, mais parfait. Mais c’est vrai que c' est important pour comprendre un petit peu, donc 85, je continue le général Nimeiry, est renversé. Et puis il y a aussi une terrible famine cette année-là. 86 des élections ont lieu et on assiste à une brève période de démocratie parlementaire. Jusque là, c’est juste. C’est ça, exactement. Donc 86 jusqu’au coup d'État d’Omar el-Bechir. Et là, je pense que les gens qui sont un peu plus contemporains ont forcément entendu parler d’ Omar el-Bechir pour ceux qui connaissent un petit peu le Soudan, puisqu’il va rester 30 ans au pouvoir en fait. Donc ça va être une dictature assez dure si tu veux en dire deux mots Zahra peut-être, je sais pas.
00:07:33Zahra Suliman
Oui c’est vrai. Après le Coup d'État, ils sont arrivés comme groupes de gouvernements avec de l’idéologie islamique. Et après ça restait 30 ans. Pendant 30 ans, il y a la guerre de Soudan, guerre au Darfour les jeunesses de 2023-2025 et jusqu'à la révolution de 2013. Elle avait une révolution, et après 2018
00:08:07Michael Pauron
Avec le renversement d’Omar el-Bechir. Juste une question sur cette période sous Omar El- Béchir puisqu’on va parler de beaucoup ou pas mal, enfin une bonne partie des femmes aussi, quelle était la situation justement pour les femmes sous le régime d’Omar El Béchir ?
00:08:22Zahra Suliman
C'était un peu dur, c'était comme j’ai dit c’est un peu à l’idéologie islamique. Ils ont commencé à contrôler les femmes dans l'école et après à l’université. Et après il y a de la rue en général, il y avait de la police pour gérer comment les femmes portent les vêtements.
00:08:47Michael Pauron
Un peu comme des polices des mœurs, c’est ça ?
00:08:48Zahra Suliman
Oui c’est ça, c'était très dur pour les femmes en général.
00:08:55Michael Pauron
Oui, on comprend. Et donc 2018, la date exacte, quand commence le soulèvement exactement au Soudan, contre Omar el-Bechir ?
00:09:06Zahra Suliman
Ah, c'était 2018.
00:09:08Michael Pauron
À quel mois, c'était genre fin d’année ?
00:09:12Zahra Suliman
C'était fin d’année, octobre.
00:09:15Michael Pauron
Voilà, ce qui fait que ça dure, et donc c’est bien en 2019 que Omar el-Bechir est renversé.
00:09:21Zahra Suliman
Oui, c’est ça.
00:09:22Michael Pauron
Donc une grande mobilisation populaire, j’ai encore vu, il n’y a pas si longtemps, j’avais oublié le nom du film, je ne l’ai pas noté, mais bref, on voit vraiment les rues de Khartoum, qui est la capitale, je l’avais pas dit, mais qui est la capital du Soudan, avec beaucoup de jeunes qui se soulèvent, qui font vraiment un élan d’espoir. J’ai presque pleuré devant les images, tellement c'était beau, on ne le rappelle pas assez, c’est vraiment un moment courageux, vraiment pour le peuple soudanais, si tu veux en dire deux mots…
00:09:52Youssef Abdelrahman
Je pense que tu fais référence au film “Soudan, souviens-toi” de Hind Meddeb ?
00:09:54Michael Pauron
Oui, c’est ça. Exactement. Merci.
00:09:57Youssef Abdelrahman
En effet, c’est un soulèvement révolutionnaire qui a emporté tout un peuple, sa jeunesse en particulier, mais pas seulement. Et ça a couvert beaucoup de classes sociales, ça a été très inclusif. Dans ce segment-là, révolutionnaire, il y a eu autant les hommes que les femmes, peut-être plus de femmes.
00:10:22Zahra Suliman
En plus, oui. Oui, c’est vraiment moi, j'étais là parce qu’il y avait beaucoup de femmes, vraiment, on a été dans le premier rang de la manifestation tout le temps. Et après, ça commence dans l' université d’abord, après dans les écoles et dans la rue, et après on a commencé dans les médias et vraiment la plupart des gens étaient des femmes dans la rue, c’est ça.
00:10:56Michael Pauron
Et comment on peut expliquer justement alors j’ai peut-être une idée, tu le disais juste avant sous Omar el-Bechir, les femmes étaient très contrôlées, très ostracisées, est-ce que ça explique du coup le fait qu’il y ait autant de femmes qui se soient mobilisées ?
00:11:11Zahra Suliman
Oui, c’est vrai parce qu’on a été vraiment très, il n’y a pas de liberté pour les femmes, ni dans l' université, ni dans la rue en général, et quand la révolution a commencé, les femmes étaient les plus, je ne sais pas comment on dit ça, mais on était juste mobilisées. Oui, on a voulu la liberté et tout ça parce que c'était très dur. Moi, quand je rentre à l’université, c’est interdit de porter des pantalons ou de porter des foulards. Et j’ai toujours l’entrée de l’Université. Ils menacent les filles qui ne portent pas le voile demain vous venez ici comme ça et toutes les choses. Après, c'était vraiment, oui, je pense que c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de femmes dans la révolution.
00:12:11Michael Pauron
Et puis il y avait un autre élément, du coup j’ai encore ces images de ce film, c’est l’art qui s’est déployé pendant cette période, si tu veux en dire deux mots Youssef, moi j'étais très impressionné, beaucoup de poèmes, beaucoup de fresques, de dessins, de chansons
00:12:27Youssef Abdelrahman
Historiquement, cela toujours été accompagné de poésies, de grands poètes, de grands chanteurs et d’une grosse improvisation poétique populaire. Si on reprend, il y a un grand chanteur Mohammed Wardi connu pour être très à gauche, dont ses chansons ont été utilisées pour gonfler beaucoup de moments révolutionnaires. Et donc, en effet, il y a toujours eu cette poésie qui rentre dans l’ADN révolutionnaire soudanais qu’on voit dans le film Soudan Souviens-toi. Voilà, ça fait partie de l'âme révolutionnaire, de l’expression révolutionnaire dans les rues depuis très très longtemps.
00:13:14Michael Pauron
Et des slogans mythiques, j’espère que je ne me trompe pas, mais vous pourrez nous tuer mais pas nos idées ou quelque chose comme ça, qui est quand même un sacré slogan.
00:13:25Youssef Abdelrahman
C’est ça, il y a plusieurs slogans, peut-être le plus principal c’est Salaam Khoury Al Adala La volonté était d’avoir paix, justice et liberté C'était vraiment ça, c'était l'épuisement d’un régime de 30 ans qui met un système qui met la population dans un état très très difficile d’une point de vue économique, de service public très très difficile donc c’est vraiment là une expression très majoritaire et très très forte et très très belle et très joyeuse
00:14:03Michael Pauron
C'était vraiment incroyable.
00:14:05Zahra Suliman
Oui, et aussi on a chanté les chansons qui étaient interdites pendant l’abandon du régime. Et tous les chanteurs qui étaient obligés de quitter le Soudan, ils sont contre le régime, ils ont été obligés de quitter le Soudan. Comme ça pendant la révolution, on a chanté les chansons, la poésie et toutes les choses qui étaient interrogées. Comme on a dit que c’est fini.
00:14:27Michael Pauron
Alors après la chute d’Omar el-Bechir, donc on vient de parler de cette parenthèse un peu enchantée, l’espoir du retour de la démocratie, et puis donc un gouvernement de transition civil jusqu'à ce que ça craque et là on rentre dans une période de répression. On est en 2021.
00:14:48Youssef Abdelrahman
C’est un gouvernement de transition politico-militaire, donc c’est une transition hybride qu’on vocation à amener à des élections et en effet dès ce moment-là, donc il y a cet espoir-là C’est associé à une inquiétude populaire, d’avoir un appareil militaire qui accompagne cette composante civile de la transition, et donc ça a toujours été un peu instable et voilà il y a eu plusieurs manœuvres de déstabilisation qui sont arrivés à leur apogée au moment du coup d'état en 2021.
00:15:25Michael Pauron
Et 2021, donc c’est les militaires qui renversent ce gouvernement de transition et qui prennent le pouvoir. Et donc, justement, est-ce qu’on sait pourquoi, en fait, ils ont voulu récupérer tout le pouvoir des militaires ? Est-ce que il y a une raison très particulière ou si simplement ils ont laissé un peu de liberté ? Enfin, je sais pas, c'était presque incompréhensible, on se dit, vu que c'était une très grande volonté populaire, en fait.
00:15:50Zahra Suliman
Je pense que parce qu’il y avait beaucoup de partis militaires, politiques, dans la période de transition, et c’est vraiment, c'était très dur parce qu on a été là, Capitale, et on a senti qu' il y a quelque chose, parce que vraiment il y avait des partis qui n’arrivent pas à être d’accord sur quelque chose. Et c’est tout. On a un peu pour, mais ça arrive, on a dit ça va arriver parce qu’il y a beaucoup de partis. Oui, oui, c’est ça.
00:16:28Michael Pauron
Parlons en deux mots de la répression du coup qui s’abat sur les manifestants. Est-ce qu’on a des chiffres officiels aujourd’hui du nombre de victimes suite à cette répression parce que vraiment c’est violent en fait.
00:16:40Youssef Abdelrahman
Des chiffres officiels, je ne sais pas, mais en tout cas, ça a été assez violent et assez manifeste et aux yeux de tous et toutes, surtout des jeunes étudiants qui manifestent. Peut-être juste pour préciser sur le coup d'état, on arrive à un duo militaire et c’est ce qu’il expliquera la suite, à ce moment-là, c'était le coup d'état, c’est à la fois l’armée régulière, Al-Burhan, est une milice qui est associée à cet appareil militaire, Mohamed Hamdan Dogolo a nommé Hemedti, et donc voilà, ils sont associés ensemble à ce coup d'état et à la répression.
00:17:30Michael Pauron
On y reviendra mais donc ce fameux Hemedti est déjà soupçonné de crime contre l’humanité sous Omar el-Bechir parce qu’il était à la manœuvre, notamment pendant les guerres au Darfour, si je me trompe pas, voilà, avec des ministres qui s’appellent les Jeannes Jawid et d’ailleurs qu’on retrouvera pendant la répression, vous me dites.
00:17:51Zahra Suliman
Oui, c’est ça,
00:17:54Michael Pauron
Et donc ces deux factions, comme tu l’expliquais Youssef, cohabite, donc je vais juste redonner quelques mots, histoire que nos internautes puissent suivre ensuite, donc d’un côté les forces armées du Soudan, d’autre côté les forces de soutien rapide, FSR l’entente ne tient plus et en 2023 ils se déchirent et ils commencent à s’affronter et voilà voilà où on en est en fait aujourd’hui trois ans après et on voit pas vraiment de perspectives pour l’instant de paix une première question avant d’entamer notre vraiment une autre partie c’est qu on a l’impression même que le pays est en train de se diviser de se partager en deux est-ce que vous partagez cette analyse c'était un chercheur chez nous qui avait qui avait dit ça ?
00:18:52Youssef Abdelrahman
Plus pour revenir sur la raison pour laquelle ces deux groupes.
00:18:58Michael Pauron
Ah oui, la scission des deux, entre les deux.
00:18:59Youssef Abdelrahman
La cession, il y avait comme un accord, une charte qui avait été approuvée par l’ensemble des partis prenantes au moment de la transition démocratique et avec un certain nombre de points parmi lesquels il y avait l’intégration de la milice dans l’armée régulière et aussi l’arrêt de détention direct de certaines sociétés d'État par la malice qui ont vocation à exploiter beaucoup de richesses soudanaises. Et ça devait être fait en quelque temps, la milice a souhaité que ce délai soit allongé. L’armée régulière refusait. Et voilà, on arrivait à un moment de crispation où ça a éclaté en pleine capitale. Personne ne s’attendait à ce que cette guerre commence et dure aussi longtemps à ce moment-là. Toute ma famille au Soudan, personne ne pouvait s’attendre à ce que ça s’explose de cette manière-là en pleine capitale.
00:20:09Michael Pauron
Oui, on rappelle, donc trois ans, des déplacés, donc je ne suis pas sûr du chiffre en fait, si c’est 12 ou 14 millions de déplacées, alors internes, mais également à l’extérieur. 15 millions. 15 millions même de déplacer, ce qui en fait en fait le premier pays en termes de déplacement aujourd’hui dans le monde, il faut bien insister, et une situation également humanitaire, on va y revenir, qui est relativement dramatique. Donc juste pour faire un point aujourd’hui sur le point sur le conflit en lui-même, c’est parfait, tu m’amènes là-dessus. Est-ce qu’on peut se situer dans le Soudan où se trouve aujourd’hui l’armée et la milice de Hemedti ? Est- ce qu’ils ont des positions très claires aujourd’hui ou est-ce que ça bouge tout le temps ?
00:21:03Zahra Suliman
L’armée de soutien rapide de Hemedti est une zone du Darfour.
00:21:12Michael Pauron
Alors, le Darfour, il faut peut-être expliquer où est-ce que c’est dans le Soudan. Si c’est au nord, sud, est, ouest, c'était juste pour que les gens…
00:21:18Youssef Abdelrahman
C’est au nord-ouest du Soudan, c’est une région assez grande, assez importante qui en est fait maintenant aux mains des FSR après la prise d’une grande ville en octobre 2025, la prise de El Fasher
00:21:40Michael Pauron
Et l’armée, du coup, est-elle cantonnée sur le reste du pays ? Comment ça se passe ?
00:21:45Youssef Abdelrahman
Khartoum.
00:21:47Michael Pauron
Khartoum, bon, la capitale, effectivement.
00:21:49Youssef Abdelrahman
En fait, il y a un élément à avoir en tête, c’est que les choses restent très mouvantes. Donc là, typiquement, aujourd’hui, et depuis quelque temps, il y a aussi le Nord, qui fait l’objet de beaucoup de luttes entre les belligérants. Et donc il y avait une inquiétude, parce que ce qui s’est passé à El Fasher ne se reproduise.
00:22:13Michael Pauron
On parle de Hell Obeyed, la ville, pour les internautes qui nous suivent. Ils ont peut-être entendu parler ces derniers jours. Ça fera partie d’ailleurs d’une question quand on parlera de la médiatisation. Alors El Fasher peut-être que les internautes ont entendu parler. Donc il y a eu des massacres extrêmement violents. Et là, à ce moment-là, on en a pas mal parlé dans les journaux, ce qu’on dit mainstream, les grands journaux, on va dire, dominants. Et là, rebelote, on reparle de la Obeid, on a peur qu’il y ait un nouvel El Fasher en fait, il y a eu pas mal d’expression. Donc ça c’est dans le Nord-Kordofan. J’invite aussi, sur Afrique 21, on à publié un reportage sur le Cordofan du Sud. Le Sud-Corde Fans, je sais pas si il commence aussi à y avoir des combats, et en tout cas beaucoup de réfugiés aussi qui arrivent, des blessés en fait. Donc sur Afrique 21. Donc très mouvant, comme tu disais, Youcef, comme disait Zahra on utilise beaucoup les drones dans cette guerre, on en parle beaucoup.
00:23:17Youssef Abdelrahman
Beaucoup, il y a une grosse proportion, j’ai lu un article qui parlait de 80 % des victimes par drone, d’un côté comme de l’autre. Il y a vraiment une question du drone qui est très étendu dans ce conflit au Soudan.
00:23:35Michael Pauron
Drone qu’on retrouve de plus en plus dans les conflits mondiaux, mais en Afrique en tout cas. C’est quelque chose depuis quelques années qu' on a remarqué. Je vais faire encore de la pub, mais sur Afrique 21 on a fait une série sur les drones en Afrique. Mais c’est vrai que là on en parlait encore, pour Hello Bail on en parlait encore, et c'était pour ça que je me permets d’insister. Sur les armes, on y reviendra. Parce que dans ce conflit, hélas, il y a aussi des manipulations extérieures. Ce sera important de le préciser. Ce qui fait d’ailleurs peut-être de ce conflit aussi par rapport au public, parfois qu’ils n’arrivent pas à comprendre vraiment les complexités. Ce n’est pas si simple, en fait, il y a pas mal d’enjeux. Et d’un point de vue humanitaire, est-ce qu’on peut faire un petit bilan aujourd’hui, où est- ce qu' on en est ? On parlait de, je parlais de famine tout à l’heure. Est-ce que on est déjà rentré dans une période de famine ou est- ce que c’est encore, enfin voilà, où est ce qu' on en est de ce point de vu là ?
00:24:32Youssef Abdelrahman
Oui, clairement, c’est l’une des pires crises humanitaires au monde, avec une dégradation progressive depuis le début du conflit en avril 2023. Donc, comme tu le disais, 15 millions de déplacés, plus de 150 000 morts, un accès aux soins qui est très difficile, voire quasi impossible dans certaines régions, un accès à l’eau, un accès à la nourriture qui est très limitée. Donc on assiste vraiment à une famine très dure qui affecte des centaines de milliers de personnes dans différents camps de réfugiés un peu partout au Soudan. C’est vraiment une crise humanitaire d’une très grosse envergure. On parle de la plus grave crise humanitaire avec des couloirs humanitaires.
00:25:36Michael Pauron
J’avais posé la question au niveau de l’aide humanitaire en fait, ils n’arrivent pas à passer c’est ça ?
00:25:41Youssef Abdelrahman
Il y en a une, ensuite, il y a peut-être un manque de soutien par d’autres organisations internationales, des subventions pas assez importantes, en tout cas, donc voilà. Il y a un appel à ouvrir des couleurs humanitaires de plus grande ampleur.
00:26:00Michael Pauron
Est-ce que le fait qu’on n’en parle pas assez de cette crise joue aussi sur la mobilisation de l’aide humanitaire, en tout cas des grandes ONG, ou est-ce c’est vraiment une situation juste de terrain difficile ? C’est ça que je me pose comme question aussi.
00:26:17Youssef Abdelrahman
C’est un peu des deux, mais en effet, le fait que le conflit soit si peu médiatisé et avec un degré d’importance à l'échelle internationale assez bas, aussi tant à pas considérer ce conflit comme étant suffisamment grave, sérieux, alors que factuellement beaucoup d'éléments et beaucoup de données disponibles permettent d'établir la gravité sans nom de ce conflits. Un ensemble de paramètres, mais aussi un aspect régional très fort, il y a certainement plusieurs parties qui n’ont pas intérêt à ce que des couloirs humanitaires se mettent en place. Parmi les belligérants, le FSR et leurs sponsors également. Donc il y aussi un jeu comme ça qui peut permettre de comprendre pourquoi il n’y a pas assez d’aide humanitaire au Soudan.
00:27:14Michael Pauron
Justement, il y avait une question qui est passée, mais je l’ai retenue normalement, ça nous permet de faire une petite parenthèse. Il y avait une question où on demandait quelle est la place de la diaspora soudanaise dans le monde et a-t-elle des soutiens internationaux ? Est-ce qu’on a une estimation est-elle organisée ? Comment ça se passe ?
00:27:46Youssef Abdelrahman
La diaspora nationale joue un grand rôle dans l’aide humanitaire, c’est-à-dire que dans chaque famille, la diaspora envoie de l’argent, aide, donc elle a été obligée de s’organiser justement par manque d’aide humaine d’institutions internationales. Donc ça a été une obligation de la diaspora soudanaise un peu partout dans le monde, qui s’est constituée en différents collectifs, associations soudanaises en Europe et partout ailleurs.
00:28:34Michael Pauron
Et sur l’aide est-ce que justement les gens qui s’organisent, comme vous, Sudfa, etc., est- ce que, une fois que vous êtes organisé, est ce que vous arrivez à trouver des soutiens, en fait, pour vous aider ?
00:28:44Youssef Abdelrahman
On arrive à trouver des soutiens politiques ou d’autres médias pour organiser des événements collectés des fonds. Il y a d’autres associations, il y a l’association 1 €.
00:28:58Michael Pauron
Oui, un euro.
00:28:59Youssef Abdelrahman
Une association soudanaise, on arrive avec plusieurs collectifs à organiser des événements et à collecter des fonds pour aider.
00:29:12Michael Pauron
Ok, merci pour la question, j’ai pas retenu qui l’avait posée, bah voilà, c’est RGZR7. Merci pour la question, j’espère qu’il y a répondu. Alors tout à l’heure, pendant, quand on s’est un peu arrêté sur la révolution, on a beaucoup parlé des femmes, de la mobilisation des étudiantes, des femmes. On a compris pourquoi, en tout cas, ce qu’elle vivait sous la dictature d' el Bechir. Et vous dites également, enfin tu dis Zahra, il me semble qu’on a échangé un petit peu qui avait que du coup les femmes sont particulièrement visées par la répression et j’ai lu un pas mal de rapports on parle de viol on parle d’esclavage sexuel pardon c’est violent mais faut dire les mots est-ce que tu peux nous nous dresser un tableau si possible de la situation aujourd’hui des femmes dans ce conflit
00:30:04Zahra Suliman
On ne peut pas parler de Soudan sans parler de la rôle de femme pendant la révolution, même pendant la guerre d’aujourd’hui. Ils ont toujours participé à toutes les demandes, de la mobilisation du quartier, de la solidarité, l’abandon, le dévot de la guerre.
00:30:40Michael Pauron
En tout temps, il n’y a pas de problème.
00:30:43Zahra Suliman
Ils ont été obligés, beaucoup, beaucoup de femmes, de quitter Soudan ou même de déplacer l’intérieur du Soudan et vraiment la situation pour la femme particulièrement c’est vraiment très dur, très grave parce que, comme on a dit, quand l’armée de soutien rapide, quand ils ont pris une ville, la première chose qu’ils ont fait c'était de voler la femme.
00:31:12Michael Pauron
Ce que tu dis, c’est que la milice de Métis, la première chose qu’elle fait quand elle arrive dans une ville, c’est s’attaquer aux femmes en fait.
00:31:18Zahra Suliman
Ça attaque les femmes.
00:31:19Michael Pauron
C’est une arme en fait.
00:31:20Zahra Suliman
Oui c’est ça, il y a beaucoup de documentaires par organisation droite de humains internationaux qui parlaient de ça. Mais je crois qu’il y a des cas qui n'étaient pas documentaires parce que c'était vraiment dur au Soudan de parler de la violence sexuelle pour les femmes s’ils ont pas de sécurité.
00:31:51Michael Pauron
Donc ce que tu dis, c’est que c'était probablement sous-documenté les violences, notamment les VSS, ce qu’on appelle les violences sexistes et sexuelles, dans le conflit, parce que les femmes ont peur aussi de parler, ou en tout cas c' est difficile pour elles de raconter ce qu' elles ont vécu.
00:32:05Zahra Suliman
Et après, aujourd’hui, on a beaucoup de femmes qui sont dans la camp de Hadrè, à côté de Khat, ou des femmes en Libye, ou des femme en Egypte, même au Soudan. C’est vraiment très dur pour toutes les femmes soudanaises aujourd’hui. Oui, mais aussi, il y a, au même temps, on est victime de la guerre, acteurs de résistance partout, si ici en Europe ou en États-Unis ou même au Soudan, toujours c’est la femme qui organise des cuisines solidaires.
00:32:53Michael Pauron
Elles continuent d'être mobilisées en fait, de sous-mobiliser.
00:32:55Zahra Suliman
Mobilisées au Soudan ou dans le cas du médicament. Ils sont aujourd’hui engagés dans tous les domaines politiques.
00:33:09Michael Pauron
Et j’aimerais… J’ai lu un article que tu as écrit dans Sudfa, justement, où tu racontes un peu la situation des femmes. Et il y a un passage où tu parles aussi des femmes combattantes. Et je me souviens aussi qu’on avait écrit là-dessus. Est-ce qu' on peut en parler ? Parce que c’est quelque chose qui est probablement très méconnu. Ce sont des femmes, en fait, qui décident de prendre les armes. Alors, est-ce que c’est plus d’un côté que de l’autre ? Faut peut-être expliquer, plus dans l’armée ou est-ce qu’il y en a aussi du côté des FSR ? Est-ce que tu peux nous en parler de ça ?
00:33:45Zahra Suliman
C’est vraiment dans toutes les régions du Soudan. J’ai créé un exemple de Hanadi qui a été tué pendant la chute de l’el-Facher. Il a étudié médecin et après il refuse de quitter l’El-Facher ou Zamzam parce qu’il pense qu’ils doivent rester. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui ont besoin de médicaments et tout ça, il est obligé de rester et après il a été tué. Mais c’est au Darfour, même à Khartoum, il y a eu beaucoup d’examens de femmes qui ont travaillé pendant la guerre à l’hôpital, au Khartoum où on dormait. Et il y a beaucoup de femmes qui organisent de… L'éducation locale pour les enfants, juste pour ne pas laisser les enfants penser à la guerre et tout ça. Après, il y a beaucoup d’examens pour les femmes au Soudan. Même dans le camp de Habré, à côté du Kiat, il y avait des femmes qui n’avaient rien, mais elles ont essayé juste de résister.
00:35:19Michael Pauron
Je regarde, j’essaie de voir s’il y a des questions en même temps. Zara, alors peut-être que j’ai mal compris, mais il me semble qu’il y a aussi des femmes qui prennent les armes, on est d’accord ?
00:35:27Zahra Suliman
Oui oui oui oui
00:35:28Michael Pauron
Donc j’ai bien compris, en fait, elles sont obligées dans tous les secteurs, que ce soit pour le médical, l'école, elles essaient de maintenir l'école pour les enfants, mais aussi, du coup, elles prennent les armes.
00:35:39Zahra Suliman
Oui, il y a beaucoup beaucoup de femmes, on donne la chute de fâchés et on a millions de femmes qui sont obligées de prendre les armées pour défendre leur maison ou les enfants.
00:35:55Michael Pauron
Donc ce sont des femmes qui spontanément vont prendre les armes pour défendre leur famille ou défendent leur quartier, ce genre de chose, ce n’est pas forcément des femmes qui vont rejoindre un camp, c’est ça ?
00:36:09Zahra Suliman
Il y a des autres religions du Soudan, il y a des femmes qui rejoignent l’armée.
00:36:13Michael Pauron
D’accord, aussi donc, je vous invite évidemment à aller voir Sudfa, le média. Il y a plein, enfin en tout cas j’ai lu cet article de Zahra, je pense que voilà, allez-y, c’est passionnant, on apprend énormément de choses. Alors tout ça c’est bien beau, on a donc deux factions armées qui s’affrontent. Il y à des crimes qui sont commis, on l’a compris. El Fasher on en a beaucoup parlé dans la presse, là on est en train de donner l’alerte pour qu’elle obéisse. Et la justice dans tout ça, j’ai envie de dire, parce que je l’expliquais tout à l’heure, il y a déjà un homme qui était déjà pointé du doigt pour des crimes éventuels au Soudan, donc c’est Hemedti dont on parle depuis tout à-l’heure qui est à la tête de la milice, les forces de soutien rapide, comme on dit, FSR, et ces derniers temps j’avais l’impression Donc voilà, j’ai relevé notamment qu’au Kenya. Une plainte a été déposée contre dix responsables, justement, de la ministre, l’une des parties au conflit, comme je le disais. Qu’est-ce qu’on peut dire sur cette démarche spécifique ? Là, je m’adresse à l’avocat du coup.
00:37:23Youssef Abdelrahman
La démarche au Kenya ? C’est assez intéressant. D’ailleurs pourquoi le Kenya ? Le système juridique kényan permet à un procureur kényan de se saisir d’un sujet qui dépasse ses frontières. Donc déjà il y a une possibilité juridique de déposer une plainte au Kenya. Et par ailleurs, il y a aussi chez ces personnes-là, ces dix agents du FSR. Pour certains d’entre eux, il est fort probable qu’ils aient été résidents à un moment ou à un autre au Kenya, ce qui permet aussi d’avoir une compétence kényane sur ce sujet-là. Parce qu’il y a vraiment cette question de la compétence du juge à se saisir d’un sujet qui est soudanais. Donc il y a une question de souveraineté et de ce que j’ai compris, ce que je peux lire. Il y a une certaine possibilité qui est donnée au procureur Kényan. Qui, je crois, devrait statuer sur l’ouverture ou non de l’enquête dans un délai de 30 jours.
00:38:36Michael Pauron
Est-ce qu’on en sait plus sur ceux qui ont déposé plainte ou qui sont à l’origine de la démarche ?
00:38:40Youssef Abdelrahman
Ce que l’on sait c’est que ce sont plusieurs victimes présumées, donc de ces présumés coupables qui ont soit subi des tortures, des agressions sexuelles, des séquestrations de ces personnes-là. Donc ce sont des témoignages de personnes qui ont directement été affectées par les personnes nommées.
00:39:11Michael Pauron
Et qui, du coup, se retrouverait, serait réfugié au Kenya, c’est ça ? Exactement. Du coup, voilà. Et qui ont de… Voilà. Qui, certainement, accompagnés par un avocat ont pu… Donc ça, c’est un problème. Donc, on est d’ici quelques jours. Enfin, peut-être, on saura si la justice kényane donne suite. Quelles pourraient être les conséquences pour les 10 personnes visées, en fait ? Parce qu’elles ne sont certainement pas au Kenya actuellement.
00:39:36Youssef Abdelrahman
Il peut y avoir une condition de principe, ensuite sur la condamnation effective des personnes au Soudan, ça posera la question de dans quelle mesure le juge soudanais acceptera cette décision étrangère et la fera appliquer sur son sol, donc il y aura une question de l’opposabilité sur place au Soudan qui rend la possible condamnation. Peu réaliste, toutefois, sur la symbolique, ça pourrait être un élan de justice au moins sur le principe de la condamnation.
00:40:17Michael Pauron
Merci beaucoup. C’est très clair. J’aimerais, parce que je n’ai pas arrêté de le dire, mais peut-être qu’il faudrait aller un peu plus loin. Sur Hemedti, est-ce qu’on peut dire quelques mots ? Est-ce qu' il y a déjà des procédures dans le monde aujourd’hui contre lui ou contre ses milices ? J’ai les États-Unis en tête, mais je ne suis pas sûr qu’ils aient vraiment des marches en justice en fait.
00:40:41Youssef Abdelrahman
Il y a la CPI qui continue son analyse de la situation soudanaise davantage depuis la chute d’El Facher. Le problème c’est que c'était une démarche assez lente où on parle de qualifications aujourd’hui qui sont assez lourdes, donc crime contre l’humanité, crime de guerre qui sont, pour nous en tout cas, sous sous-de-faille média, établies. Ensuite, il y a, du côté de la juridiction internationale, tout un effort d’analyse des données et c’est d’ailleurs aussi une grosse question des données, quelles sont les données disponibles, fiables, etc.
00:41:33Michael Pauron
Donc c’est un pays court pénal international, juste j’espère vous rappeler. Et plus récemment encore, donc plusieurs victimes ont déposé une requête auprès de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, pour l’ouverture d’une enquête sur les liens, alors attention, entre les émirats arabes unis ayant fait entrer un nouvel acteur dans le conflit, et les mêmes FSR, force de soutien rapide, dont on vient de parler, de Hemedti Est-ce que vous n'étiez pas, ou tu n'étais pas, entendu justement à l’Union Européenne récemment ? Oui c’est ça, c'était ça. Et c'était dans ce cadre là ?
00:42:12Youssef Abdelrahman
Hier, c'était au Parlement Européen à Bruxelles, Sudfa et d’autres associations soudanaises, des experts, journalistes et certaines organisations internationales et l’idée c’est de discuter ensemble des leviers au niveau européen qui pourraient être mis en place pour cesser ce conflit et en particulier cesser l’alimentation. Des émirats, du conflit en termes de financement pure et de fourniture d’armes. Ça fait partie des principaux axes qui ont été discutés hier et qui continueront d'être discutés lors des prochaines sessions.
00:42:57Michael Pauron
Donc du coup, on revient deux minutes sur les émirats arabes unis pour expliquer aux gens qui nous écoutent quel est le rôle, enfin que c’est-on du rôle exact aujourd’hui des émirat arabes uni dans le conflit soudanais et pourquoi sont-ils impliqués ? Quels intérêts ont-ils à s’impliquer dans ce conflit ? Qui veut prendre la parole ? Zahra, tu veux ?
00:43:22Zahra Suliman
Je pense que l’Arabie, c’est l’acteur principal de la campagne au Soudan. Il y a beaucoup d’intérêt, mais particulièrement, les ressources du Soudain. Et après, avec d' autres pays voisins ou d' autres pays internationaux. Mais je laisse ça pour eux, s’il vous plaît.
00:43:51Michael Pauron
Alors juste sur les ressources, on n’a pas dit en fait, le Soudan est un pays extrêmement riche. On ne s’en rend pas compte, on a parlé du pétrole tout à l’heure, gros producteur de pétrole, mais il y a beaucoup d’autres ressources de l’or.
00:44:03Youssef Abdelrahman
Oui, exactement. L’or, il faut savoir que les caméras arabes unis sont les premiers exportateurs d’or alors qu’ils n’ont pas d’or. Donc cet or vient bien de quelque part et vient en grande majorité du Soudan. Et c’est là où se fait le marché entre les FSR qui fournissent l’or à marché noir contre des financements et la fourniture d’armes. Donc, c’est vraiment une guerre par procuration sur cet aspect-là extra-activiste, très lié à l’or. Ensuite, sur le Soudan, à côté de l’or, il y a aussi beaucoup de terres agricoles, il y à la gomme arabique qui est très importante et qui attire beaucoup d'états.
00:44:58Michael Pauron
Gomme arabique qu’on retrouve dans toute l’industrie agroalimentaire. Exactement. Donc je le dis ici partout, ici en France aussi, enfin voilà.
00:45:06Youssef Abdelrahman
Exactement. D’ailleurs, les principaux acheteurs de gomme arabique soudanaise sont deux sociétés françaises, je crois que c’est ça.
00:45:15Michael Pauron
On peut les citer hein.
00:45:16Youssef Abdelrahman
Plus de 80 %, donc ça pose aussi la question à l'échelle nationale, peut-être ce serait utile de questionner ces sociétés-là sur leurs liens et sur la chaîne d’approvisionnement de la gomme arabique jusqu’ici.
00:45:37Michael Pauron
C’est parfait, on arrive sur la France dans cette partie consacrée aux Émirats Arabes Unis. Donc c’est parfait qu’il y avait des intérêts de business déjà, des sociétés qui achètent la gomme arabique. Et puis il y a aussi un marché d’armement. Parce que les Émirats Arabes Unis sont un des premiers clients des armes françaises. Au point qu’on peut se poser une question. Alors, la France commence, enfin l’Union européenne, ils demandent timidement aux Émirats arabes unis d’arrêter de soutenir le conflit, je ne me trompe pas, mais c’est vraiment très timide. Ça ne va pas très loin, et puis ça ne va plus loin. C’est-à-dire qu’il pourrait y avoir des sanctions, il pourrait juste arrêter de leur vendre des armes. Comment justement est-ce qu’ils pourraient, un jour, la France pourrait être accusée de complicité, de crime contre l’humanité, ça me turlupine.
00:46:34Youssef Abdelrahman
Ce qui est certain c’est que les rapports s’accumulent qui confirment et attestent la présence d’armes françaises sur les terrains de conflit au Soudan. Il faut savoir que les Émirats c'était le principal client de la France en vente d’armes. Je crois que sur les années précédentes c'était 31 milliards d’armement.
00:47:01Michael Pauron
Il est qualifié par l’Élysée de partenaire stratégique
00:47:05Youssef Abdelrahman
Exactement et d’ailleurs, à l'échelle même européenne, il y a aussi une inquiétude, il y à une contorsion assez étrange entre à la fois cette solidarité avec les Émirats. Voilà, ce sont les mêmes termes, coopération, stratégie commune, qui s’est davantage renforcée après les premières attaques iraniennes aux Émirats. Donc voilà, il y a une solidarité renforcée. Et au même moment, l’Union Européenne condamne les agissements de la milice au Soudan alors que l’un nourrit l’autre. Donc il y a cette ambivalence qui est très problématique et qui a d’ailleurs été discutée hier au Parlement européen, avec certains parlementaires européens.
00:47:56Michael Pauron
Est-ce que, justement, tu étais hier au Parlement européen, est-ce tu dis avec certains parlementaires européens est- ce que tu sens que c’est un sujet qui est partagé ou qui est minoritaire ? Très gauche.
00:48:08Youssef Abdelrahman
Voilà.
00:48:09Michael Pauron
Ah, désolé. Pas à droite, l’extrême droite, c’est étonnant.
00:48:16Youssef Abdelrahman
Donc très, voilà, se voir le groupe gauche qui était représenté.
00:48:21Michael Pauron
Et quelles seraient les options, les leviers ? Tu parlais tout à l’heure justement que l’idée était de discuter des leviers pour faire pression en fait sur les Émirats arabes unis. Quels seraient ces leviers ?
00:48:32Youssef Abdelrahman
En France, il y a plusieurs questions qui ont été posées au ministère de l’Intérieur et des Affaires étrangères là-dessus, sur ce point-là, sur la présence d’armes françaises au Soudan. Et le retour a été qu’il n’y avait pas suffisamment d'éléments, probablement pour vraiment être certain que ce sont bien des armes françaises vendues aux Émirats qui se retrouvent utilisées au Soudan. l’un des axes proposés a été de mettre en place ou de financer une enquête sur ce sujet-là. Et voilà, un moratoire, qu’on puisse avoir des éléments solides et confirmés, qui permettrait justement d’avoir un élément non contestable sur cette responsabilité-là.
00:49:34Michael Pauron
Mais ce que tu dis, c’est que le simple fait de savoir, de manière certaine, quand même ça c' est documenté, que les émirats arabes unis soutiennent une partie au Soudan, à savoir les FSR qui sont probablement coupables de crimes contre l’humanité dans ce conflit, ne suffit pas à la France et à l’Union européenne simplement pour au moins mettre la pression d’une manière ou d’un autre. Suspendre ne serait-ce que les partenariats, ce genre de choses, ils attendent une enquête.
00:50:05Youssef Abdelrahman
L’intérêt économique que je comprends pour l’UE et la France en fait partie et je pense très très important et bien au-dessus d’une possible condamnation ou d’un arrêt des relations diplomatiques avec les émirats. On sent qu’il y a cette volonté de garder ce lien-là et d’ailleurs il y a quelques résolutions qu’on est à adopter au niveau de l’Union européenne et rend le point difficile. Qui n’a pas pu être mis dans la révolution, c’est l’implication des Émirats dans ce conflit. Donc il y a vraiment quelque chose de très étrange mais en même temps qui s’explique par les relations bilatérales, économiques fortes.
00:50:50Michael Pauron
Est-ce qu’on peut dire qu’il y a un fort lobby aussi des Émirats Arabes Unis au sein même de l’Union Européenne ? Je crois l’avoir lu, je veux pas dire de bêtises.
00:50:58Youssef Abdelrahman
Oui, c’est ce que j’ai lu aussi et c'était ce qu’on a entendu, au moment de cette révolution-là, il y a eu un fort lobby émirati pour mettre sous silence toute implication des émirats dans la guerre au Soudan.
00:51:17Michael Pauron
Zahra, tu veux ajouter quelque chose sur les Émirats arabes unis, l’implication ou sur la non réaction de la France et de l’Union européenne ?
00:51:26Zahra Suliman
Oui, moi je comprends parce que les Émirats c’est un partenariat très important pour la France et pour beaucoup de pays en Europe, même aux États-Unis. C’est pour ça, c’est vraiment la guerre au Soudan ou la situation en général, c’est absent dans les médias internationaux. Même les grands médias, ils n’en parlaient pas, ils ont juste regardé la chute. C’est vrai que c'était quelque chose de très grave dans le monde aujourd’hui. Mais quand même les gens parlaient un peu et après c’est fini.
00:52:11Michael Pauron
Et très peu des humains arabes.
00:52:13Zahra Suliman
Oui, très beau. Et il n’y a pas que des documents ou des choses parmi les Émirats arabes et tout ça. Et c’est vraiment compliqué. C’est compliqué parce que les médias ont l’absence. Et ce qui se passe au Soudan, c'était très grave, mais en même temps, personne ne parlait.
00:52:39Michael Pauron
Et oui Et tu penses que si les médias, on est en France, on va parler au moins des médias français, mais européens globalement, par les plus, là on va juste encore une minute presser sur les Émirats Arabes Unis, mais documenter, parler plus de l’implication des Émirat Arabes unis, tu pensais que ça pourrait permettre au moins de faire un peu plus de pression sur les États ou sur l’Union Européenne ? Ce manque d’informations, tu penses que c’est clé ? C’est quelque chose d’important ?
00:53:13Youssef Abdelrahman
C’est pour moi.
00:53:14Michael Pauron
Non, parce qu’il ne faut pas être naïf des fois, enfin voila on a compris qu’il y avait des forts enjeux économiques. Mais du coup, la question, c’est ça, c' est effectivement, on a vu très peu d’articles documentés, en tout cas, sur l’implication des Émirats. Donc, Youssef, tu veux rebondir ?
00:53:26Youssef Abdelrahman
Il y a quelques rapports qui ne sont pas nombreux sur la présence d’armes données par les Émiratis aux miliciens. Finalement, les médias relayent ces efforts de quelques rappeurs sans pouvoir aller au-delà. Sans vraiment avoir les moyens de pouvoir faire leurs propres investigations, etc. Donc là, je pense qu’il y a un effort de différents États aux échelles nationales, mais aussi au niveau de l’Union Européenne d’aller vers une enquête.
00:54:11Michael Pauron
Une enquête internationale qui pourrait déterminer quel est exactement le degré d’implication des Émirats arabes unis, comme tu le disais, tout le business, voilà, et éventuellement la présence des armes, quelles armes sont présentes sur place. C’est parfait comme transition puisqu’on va parler un peu justement de médiatisation, et donc là on l’a dit pour les Émirats arabes unis mais globalement je le disais en introduction, ce conflit au Soudan qui a 3 ans maintenant on en parle trop peu sur les grandes chaînes de télé, je pense que c’est quasiment jamais, enfin c'était même jamais, soyons clairs. On parle beaucoup plus de la canicule, n’est-ce pas ? Mais je voudrais citer des mots à toi Youssef dans une tribune que tu as écrite en février où tu dis, je te cite, le traitement médiatique de la guerre au Soudan reflète la hiérarchisation des conflits contemporains dans les pays occidentaux. Normalisé et invisibilisé la violence envers les populations racisées. J’aimerais qu’on revienne sur ce point qui me semble important. Je fais une petite parenthèse pour celles et ceux qui nous écoutent, pour le terme racisé, qui n’est pas toujours très bien compris. On a fait une émission juste après les élections municipales au poste, Horizon 21, avec une chercheuse qui s’appelle Marie-Hélène Bacqué, qui explique très bien d’où vient ce mot racisé. Donc n’hésitez pas à les réécouter, c’est dès le début de l'émission, on explique d’où vient le terme racisé. Donc Youssef, qu’est-ce que tu peux expliquer, ce que tu veux dire par là ?
00:55:48Youssef Abdelrahman
En fait, nous, Soudanais, un peu partout dans le monde, en tout cas nous chez Sudfa média, on a été très étonnés de la couverture médiatique du conflit par rapport à d’autres conflits, plus ou moins proches d’ailleurs, et voilà, on s’est interrogé sur le pourquoi de cette différence d’importance donnée à un conflit plus qu'à un autre. Et voilà, on s’est rendu compte qu’il y avait des similitudes entre le traitement médiatique de conflits africains, Soudan, Congo et d’autres, par rapport à d’autres conflits. Et aussi sur le narratif qu’ils utilisaient. C’est-à-dire que sur le Soudan, ça a été très utilisé, ce terme de guerre civile, d’essayer de donner l’impression que cette guerre-là est uniquement liée à une instabilité inhérente aux soudanais et au soudanaises à l’aspect très ethnique, à une instable quasi endémique, alors qu’on comprend ce conflit-là uniquement par son aspect régional. C’est en zoomant qu' on comprend pourquoi ça a commencé, comment ça a commencé et qu’est-ce qui fait que ça dure ? Et on donne aussi une certaine dignité comme ça. Au peuple soudanais, à sa révolution, à son histoire, etc. Donc on a vu qu’il y avait un traitement assez particulier qui est peut-être nourri par des biais post-coloniaux qui demeurent sur l’analyse politique de tel ou tel conflit. On peut dire le moins des biais racistes. Des biais racistes qui sont conscients ou inconscients lorsqu’il s’agit de lire un conflit qui permet aussi de l’isoler dans une case qui est uniquement remplie d’un nombre de déplacés, d’une nombre de morts et assez déshumanisés. Voilà, ça devient uniquement des alertes qu’on voit ici et là sans vraiment saisir l’importance et le caractère très impérialiste et aussi le lien que beaucoup de pays avec le Soudan sur ce conflit-là.
00:58:19Michael Pauron
Ce que tu dis, c’est que, je ne sais pas si on prend un conflit comme Ukraine-Russie ou même aujourd’hui USA-Iran, dans les médias, dans les grands médias français, en tout cas audiovisuels, on va dézoomer assez facilement, on va parler de géopolitique, on a parlé de ce genre de choses. On ne va pas hésiter à complexifier finalement les causes du conflit, ce qui n’est jamais fait pour les conflits en Afrique, en particulier au Soudan, c’est ça.
00:58:47Youssef Abdelrahman
C’est exactement ça et donc ça pose la question. Nous, on a essayé de comprendre le pourquoi de cette sous-couverture médiatique. Après, c’est une question aussi à poser aux médias institutionnels. Nous, les médias indépendants avons fait un peu le travail pour beaucoup d’entre eux, mais sur les médias institutionnels assez importants, là il y a une très maigre couverture parle d’une grande complexité du Soudan. Ça n’a jamais été quelque chose qui empêche un journaliste d’aller plus loin. Justement, l’idée c’est de décortiquer, c'était de rendre le complexe plus simple et de permettre à ce que tel fait social soit lisible aux yeux de tous. Donc il y a vraiment cette excuse de la complexité qu’on a eue sur le Soudan, alors qu' on a trouvé assez paradoxale. Parce que c’est justement, l’idée c' est de rendre le complexe, moins complexe et voilà, c' est l’effort journalistique. Qu’on n’a pas su identifier, en tout cas sur le conflit solaire.
00:59:56Michael Pauron
En disant que c’est un conflit complexe, ça nous excuse d’aller chercher les vraies causes, comme tu disais, dézoomer, de voir les implications régionales. On n’a pas beaucoup parlé parce que, encore une fois, on ne va pas embrouiller tout le monde, mais ça vaut le coup de se pencher là-dessus, d' aller lire les médias indépendants sur par exemple le Tchad aussi, qui joue un rôle, notamment pour faire venir des armes, puisque les armes passent par le Tchat. Il y a aussi beaucoup beaucoup de réfugiés aujourd’hui dans les camps au Tchad. Est-ce qu’il y a d’autres pays du golf qui sont impliqués d’une manière ou d’une autre dans ce conflit à part les émirats arabes unis d’ailleurs ?
01:00:37Youssef Abdelrahman
Il y a l’Arabie Saoudite.
01:00:38Michael Pauron
Saoudite
01:00:38Youssef Abdelrahman
Si j’avais ça en tête, mais je… L’insolite, surtout côté armée régulière.
01:00:44Zahra Suliman
Égypte.
01:00:47Michael Pauron
Donc voilà, on ne peut pas expliquer chaque chose, mais je sais que dans les médias indépendants, Orion 21, Afrique 21, pour faire la pub pour nous, mais chez Sudfa, il faut aller lire. Il y a des papiers sur tout ça, en tout cas sur beaucoup de ces choses, pour celles et ceux qui s’intéressent à ce conflit vous dites, il y avait cette question, quels sont les soutiens de l’autre partie versus les UAE ? Donc on l’a dit un petit peu l’Arabie saoudite notamment pour RG ZR qui avait déjà posé une question tout à l’heure. Donc n’hésitez pas à lire les médias indépendants, n’hésitez pas à les soutenir, n’hésitez pas à aller voir. Donc Sudfa, je rappelle le site internet sutfa-media.org je sais plus, je sais plus. Attends, attends, c’est dans mes notes. Je les ai retrouvées. On donne la bonne adresse pour que les gens ne se trompent pas Sudfa-media.com Voilà, on ne peut pas faire plus international. Et Zahra, tu veux ajouter quelque chose ?
01:01:52Zahra Suliman
Oui, j'étais juste sur l’absence des médias internationaux. Beaucoup de fois, ils ont justifié que c'était une guerre civile. Ça fait très longtemps que le Soudan est en guerre. Mais depuis 2003 jusqu'à aujourd’hui, c’est la même acteur de guerre. C’est le même régime.
01:02:17Michael Pauron
On retrouve les mêmes acteurs depuis 23 ans.
01:02:23Zahra Suliman
De 2003 jusqu'à aujourd’hui.
01:02:25Michael Pauron
Jusqu'à aujourd’hui.
01:02:25Zahra Suliman
Oui, c’est le même acteur.
01:02:28Michael Pauron
Donc ce que tu veux dire par là, alors peut-être qu’on peut expliquer, le mot guerre civile qui est employé régulièrement, pourquoi il ne faut pas l’employer dans ce conflit justement ?
01:02:39Zahra Suliman
Parce que c’est un conflit qui est dirigé par des intervenants internationaux et régionaux. Et vraiment, ce n’est pas compliqué c’est très clair.
01:02:50Michael Pauron
Pas uniquement des soudanais qui se battent.
01:02:51Zahra Suliman
C’est ça qu’il faut expliquer.
01:02:54Youssef Abdelrahman
C’est surtout une guerre contre les civils, c’est-à-dire deux représentants de pouvoirs qui se battent pour le pouvoir, mais ce n’est pas l’image qu’on a d’une guerre civile, donc deux groupes civils qui s’opposeraient et qui s’entretueront. Le terme guerre civil n’a pas été adapté à ce conflit-là et ne permet pas de le comprendre du tout, et en effet, c’est uniquement par la présence C’est une guerre par procuration. Beaucoup d'états sont impliqués et ont des intérêts, que ce soit la gomme arabique, l’or, les terres agricoles, aussi l’eau, le Nil. Donc tous ces éléments-là nourrissent des conflits qui se déroulent au Soudan, mais pour des intérêts non soudanais.
01:03:48Michael Pauron
Alors je dis peut-être une connerie mais je sais pas si on peut se passer de gomme arabique mais en tout cas on peut peut-il regarder dans tout ce qu’on achète où est-ce qu’il y a de la gomme arabique et peut-être commencer à se dire tiens on pourrait peut- être boycotter je sais pas si ça ferait quelque chose mais en tous cas on le fait sur d’autres choses donc soyons curieux arrêtons de parler de guerre civile et puis allons lire les médias Sudfa
01:04:09Youssef Abdelrahman
Exactement Sudfa media, il y a un super travail qui est fait par tout le monde, tous les membres de Sudfa voilà, seul média francophone qui arrive à donner de manière assez simple des éléments très factuels de manière très régulière. Donc des formats assez simples, courts, accessibles à toutes et tous. Et aussi la publication d’articles sur le site internet. On est très actifs sur Instagram. C’est peut-être là où on est le plus visible. Et ensuite voilà, suivez la page Instagram, il y a beaucoup d'événements qu’on organise en collaboration avec d’autres collectifs soudanais, KUSH, Sanahou Soudan, il y a aussi des moments très sympas avec des artistes soudanais, des chanteurs, des chanteuses et voilà, l’idée c’est de parler du Soudan et promouvoir la culture soudanaise.
01:05:00Michael Pauron
Et comme on l’a dit au début, c’est vrai que l’art soudanais, enfin, pour ceux qui ne connaissent pas, et moi, je suis très humble là-dessus, j’ai découvert que très récemment comment ça foisonne et il faut surveiller, c'était vrai qu’il y a tout le temps des événements, enfin, il y a quand même assez souvent des évènements à Paris, mais ils sont peu médiatisés. Bon, en tout cas, on essaiera de faire notre part chez Afrique 21 et sur Orient 21, de continuer à faire notre part Youssef, merci beaucoup d'être venu au poste par grande canicule dans le studio orange d’auposte. Merci Zahra également d'être venue, je crois qu’on a passé un moment, je pense qu' on a pu expliquer, en tout cas reprendre un petit peu, on a même pu faire un petit peu d’histoire, mais sans embrouiller personne, mais si vous voulez ajouter quelque chose.
01:05:48Youssef Abdelrahman
Merci beaucoup, merci beaucoup de l’invitation, merci à Orient 21, Afrique 21 et au Poste, et merci beaucoup.
01:05:57Michael Pauron
Merci à tous, on se retrouve donc a priori à la rentrée en septembre. Encore merci aux équipes d’auposte, merci Nayan derrière, David, si tu es là pour la réalisation, Euryale pour la modération et les liens, tous les liens, voilà. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis. On est super contents d’avoir fait cette nouvelle saison et on revient en forme en septembre il fera peut-être un peu moins chaud, on verra. À très bientôt, ciao ciao.

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