Ukraine, aide de la France, #DirectAN : un oui massif à l'«économie de guerre »
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1, 2, 1, 2, 1, 2… Ça devrait marcher, ça devrait marcher. Oui, bonjour, bonjour tout le monde. 16 h 30, ça va démarrer d’une minute à l’autre. Suspension de séance. Déclaration du gouvernement sur la situation en Ukraine. 16 h 30, prise de parole de Gabriel Attal, Premier ministre. Est-ce que c’est bon, le son ? Voilà, alors on n’a pas le son de l’Assemblée parce que ça n’a pas encore commencé. Voilà, bonjour, bonjour, coucou. Le son est bon ? Super, ça y est, on entend. Super, super, super, merci beaucoup. Donc, à 16 h 30, Gabriel Attal va prendre la parole. Ce sera suivi des prises de parole des députés. Alors, a priori, LFI a annoncé qu’elle voterait contre la déclaration du gouvernement sur la situation en Ukraine. Le Rassemblement national a annoncé qu’il s’abstiendrait, et les autres groupes, a priori, devraient voter pour. La question est de savoir quels seront les arguments des uns et des autres.
La séance est reprise. Déclaration du Gouvernement relative au débat sur l’accord de sécurité franco-ukrainien et la situation en Ukraine, suivie d’un débat et d’un vote en application de l’article 50-1 de la Constitution. La parole est à Monsieur le Premier ministre. Allez, s’il vous plaît. J’observe que votre groupe n’est pas franchement au complet non plus, Monsieur Lecoq.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, il y a un peu plus de deux ans, dans une offensive cynique, brutale et destructrice, la Russie a attaqué l’Ukraine. Seule responsable du conflit, la Russie a attaqué froidement une nation libre et démocratique qui ne la menaçait pas, qui ne l’attaquait pas, et ce, en violation de toutes les règles du droit international et de la Charte des Nations unies. Ces constats, ces faits, puisqu’il s’agit de faits objectifs, l’écrasante majorité d’entre nous les partage. Ces constats, ces faits, comme toutes les évolutions, nous les avons partagés avec le Parlement et avec les forces politiques régulièrement, dans la plus grande transparence possible depuis le début du conflit. Par deux fois, des débats sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution se sont tenus dans cet hémicycle. Deux comités de liaison se sont réunis depuis le début du deuxième quinquennat du président de la République, et la semaine dernière encore, le président de la République a une nouvelle fois reçu les chefs de partis politiques pour échanger sur la situation et sur nos positions. Aujourd’hui, conformément à l’engagement du président de la République, notre débat illustre cette volonté de transparence et d’association de la représentation nationale. Une transparence que nous vous devons, car c’est un impératif démocratique. Une transparence qui passe par l’affirmation claire des positions de l’exécutif je vais m’y employer cet après-midi avec mes ministres une transparence qui passe par le vote. Nous le devons à tous nos concitoyens français, qui doivent savoir, sans ambiguïté possible, la position de chacun sur le soutien à l’Ukraine et la condamnation de la Russie. Mesdames et Messieurs les députés, si la Russie a lancé une offensive massive et coordonnée sur l’Ukraine le 24 février 2022, je crois qu’il est utile, pour la comprendre, de revenir aux origines du conflit. Certains, en Russie, nostalgiques de l’Empire ou de l’hégémonie soviétique sur l’Europe de l’Est, n’ont jamais accepté l’éclatement de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine. Menés par Vladimir Poutine, ces impérialistes ne supportent pas que d’anciennes républiques soviétiques, et l’Ukraine en particulier, puissent prendre leur destin en main, puissent choisir souverainement leurs alliances, puissent faire le choix de la démocratie. Il y a dix ans, en février 2014, un vent de liberté part de la place Maïdan, souffle sur l’Ukraine, et elle tourne son regard vers l’Europe. Il ne s’agissait pas alors pour l’Ukraine de se rapprocher de l’OTAN, mais de signer un accord d’association avec l’Union européenne. La Russie ne l’accepte pas. Et dès le 28 février 2014, des troupes russes entrent en Crimée, l’occupent et l’annexent en violation de toutes les règles internationales. Certains, y compris dans cet hémicycle, avaient alors nié cette annexion et accepté la parodie de référendum organisée par le Kremlin. Huit ans plus tard, le 24 février 2022, malgré les efforts sans précédent déployés par le président de la République pour éviter la guerre, le Kremlin lance son autoproclamée « opération spéciale » contre l’Ukraine. Moscou misait sur une guerre éclair et pensait faire tomber Kiev en quelques jours. Il n’en a rien été. La résistance du peuple ukrainien a été et reste exceptionnelle.
J’en profite pour vous indiquer qu’il y a notamment l’ambassadeur d’Ukraine qui assiste à nos débats cet après-midi.
La résistance du peuple ukrainien, je le disais, a été et reste exceptionnelle. La détermination des armées ukrainiennes impressionne. Ils n’ont pas cédé. Ils se sont battus et se battent pour chaque village, pour chaque maison, pour chaque mètre de leur territoire. Ils ont refusé de céder à la loi du plus fort, refusé de plier face à la brutalité et au cynisme. Avec vous, avec vous tous, je l’espère, je veux leur rendre hommage. Avec vous, je veux rendre hommage au peuple ukrainien et à sa résistance exceptionnelle depuis plus de deux ans contre l’agresseur russe. Elle nous oblige ! Face à la résistance ukrainienne, la Russie n’a reculé devant rien. Aucune exaction, aucune violence, aucun crime. Depuis deux ans, les civils ukrainiens sont ciblés par des frappes russes. Encore ces dernières semaines, à Kiev ou à Kharkiv, des drones et des bombardements russes ciblent délibérément des quartiers résidentiels, tuent familles et enfants, sans état d’âme et sans distinction. La liste des exemples est longue, elle est glaçante. Et il y a dix jours encore, c’est à Odessa qu’un drone russe a frappé un immeuble, faisant douze morts et, parmi eux, cinq enfants. Depuis le début du conflit, on estime que 10 000 civils sont morts sous les frappes de la Russie. Depuis deux ans, la Russie pratique une politique de la terre brûlée, qu’elle avait pratiquée précédemment en Syrie et en Tchétchénie. Des quartiers et des villes entières sont rasés : Marioupol, Marinka, entièrement rasées en mars 2023, et aujourd’hui Bakhmout ou Avdiïvka. Depuis deux ans, les découvertes macabres se sont multipliées. À Boutcha, à Izioum, des massacres innommables se sont tenus. La Russie a commis des crimes de guerre barbares et laissé derrière elle des charniers monstrueux. Elle devra en répondre, nous en prenons l’engagement. Depuis deux ans, les exactions insoutenables se multiplient, des exactions qui visent les plus jeunes. Et l’on sait que plusieurs milliers d’enfants ukrainiens ont été enlevés et conduits dans des camps militaires pour, je cite, « les rééduquer ». Je vous l’ai dit, en Ukraine, la Russie a franchi toutes les limites. Pas une horreur ne l’arrête, pas un massacre ne la rebute. Mesdames et Messieurs les députés, Vladimir Poutine a attaqué l’Ukraine, mais c’est bien plus largement à toutes nos valeurs qu’il a déclaré la guerre. Par cette attaque, il a voulu changer l’ordre du monde pour imposer sa loi, pour imposer la loi du plus fort, où n’importe quelle puissance en quête d’affirmation pourrait soumettre une nation libre, soit par le chantage, soit par les armes. Par cette attaque, le Kremlin a voulu ébranler nos valeurs, montrer la faiblesse des démocraties. Ne nous y trompons pas. C’est bien la liberté et le pluralisme qu’il remet en cause. Ce sont bien nos modes de vie et nos valeurs qu’il agresse et qu’il veut faire tomber. Pour nous, tourner le dos à l’Ukraine, ce serait tourner le dos à nos valeurs, ce serait trahir la confiance de nos alliés et faire acte de faiblesse. Ce ne serait certainement pas la paix, mais la porte, au contraire, la porte ouverte à de nouveaux conflits, de nouvelles blessures et de nouvelles guerres. Alors, depuis la première seconde, aux côtés du président de la République, nous le disons clairement et fermement : nous sommes aux côtés de l’Ukraine, nous l’aiderons autant qu’il le faudra. En lançant cette offensive, Vladimir Poutine pensait diviser l’Europe. Il avait tort. Dès les premières heures du conflit, notamment sous l’impulsion du président de la République, l’Europe a réagi. L’Europe a fait front et a pris des sanctions fortes en un temps record. Depuis, malgré nos différences, malgré le chantage russe à l’énergie, à la sécurité alimentaire, malgré la désinformation et les menaces, le Kremlin n’est pas parvenu à faire plier l’Union européenne. Il n’est pas parvenu à diviser l’Europe. Le contraire est arrivé. À l’épreuve de cette guerre, l’Europe s’est transformée, elle s’est renforcée. Elle a fait comprendre à chacun que notre destin collectif pouvait vaciller d’un instant à l’autre, que nous devions compter sur nous-mêmes et que nous ne pouvions pas nous en remettre au bon vouloir d’autres puissances. En deux ans, sur la base de l’agenda de Versailles, la souveraineté de l’Europe a fait des pas de géant. Souveraineté industrielle, avec un engagement sans précédent de l’Union européenne à sortir de toutes ses vulnérabilités stratégiques je pense aux semi-conducteurs, aux matières premières critiques ; souveraineté énergétique, avec la fin de la dépendance de certains pays d’Europe au gaz russe ; souveraineté stratégique, avec l’adoption d’une boussole commune qui constitue le premier livre blanc de la défense européenne. Le résultat est clair : nous sommes plus unis qu’avant, plus forts qu’avant, plus indépendants qu’avant. L’Europe puissance se construit, avance et protège la France et les Français. Vladimir Poutine n’y croyait pas, nous lui apportons la démonstration du contraire. En lançant sa guerre, Vladimir Poutine pensait aussi diviser l’OTAN. Une fois de plus, il avait tort. L’OTAN s’est renforcée et des pays dont l’adhésion était impensable il y a deux ans encore, la Suède et la Finlande, ont aujourd’hui rejoint l’Alliance. Mesdames et Messieurs les députés, sous l’impulsion du président de la République, nous avons apporté un soutien massif, infaillible et déterminé à l’Ukraine. Un soutien politique, d’abord. La France est, depuis les premiers jours, aux avant-postes de la communauté internationale pour organiser et mobiliser le soutien à l’Ukraine. Elle se tient à l’écoute de son allié et de ses demandes, et nous tentons d’y répondre au mieux. Ces dernières semaines encore, c’est d’ailleurs à Paris et à l’initiative du président de la République que s’est tenue une conférence de soutien à l’Ukraine qui a réuni 27 chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants. Notre soutien est humanitaire, ensuite. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères aura l’occasion d’y revenir plus en détail. Nous avons fourni plus de 210 tonnes de matériel et de médicaments, mené plus de 50 opérations d’urgence répondant aux priorités fixées par Kiev : envois médicaux et évacuations sanitaires, appui à la sécurité civile ukrainienne, envoi de semences agricoles et de produits alimentaires. Sous la coordination de la cellule interministérielle de crise, nous avons pu accueillir en France 100 000 réfugiés ukrainiens et scolariser près de 18 000 enfants. Nous n’aurions pas pu réussir, je le dis, nous n’aurions pas pu réussir cet accueil sans la mobilisation et la solidarité des Français, dont la réaction a été à la hauteur de l’Histoire. Nous n’aurions pas pu le réussir non plus — et je veux les remercier et leur rendre hommage — sans l’engagement exceptionnel des collectivités locales, qui ont multiplié les initiatives, collecté des dons et rendu possible l’accueil des réfugiés ukrainiens. Notre soutien, bien sûr, est également un soutien militaire. Nous avons répondu présent. Les faits et les chiffres sont là, les faits et les chiffres le prouvent. Nous avons livré des équipements à l’Ukraine en respectant toujours les trois mêmes critères : livrer ce dont l’Ukraine a besoin, sans fragiliser nos propres armées et en faisant tout pour éviter l’escalade. Depuis le début du conflit, nous avons livré pour plus de 2,6 milliards d’euros d’équipements militaires à l’Ukraine. Toujours avec la même perspective : répondre avant tout aux besoins opérationnels des Ukrainiens sur le terrain, en proposant des équipements complets, en permettant aux Ukrainiens de se former à leur emploi et en veillant à leur maintien en condition opérationnelle. J’ajoute que la France n’a qu’une parole et que ce que nous nous sommes engagés à livrer aux Ukrainiens, nous l’avons effectivement livré. Nous avons participé de manière particulièrement active aux mécanismes européens mis en place pour fournir des équipements à l’Ukraine. Nous sommes ainsi le deuxième contributeur à la Facilité européenne pour la paix, avec plus de 1,2 milliard d’euros engagés entre le début de la guerre et la fin de l’année 2023. Au total, en 2022 et 2023, de manière bilatérale et à travers l’Europe, la France a donc apporté une aide militaire à l’Ukraine à hauteur de 3,8 milliards d’euros. Concrètement, dès les premières heures de l’offensive, nous avons livré des matériels déterminants pour permettre à l’Ukraine de se défendre et de résister : des missiles antichars, des missiles antiaériens, des équipements de protection et de l’armement individuel. Nous avons ensuite livré des équipements décisifs, plus lourds et plus complexes, pour renforcer la défense aérienne ukrainienne avec les systèmes de missiles sol-air Crotale. Nous avons aussi contribué à renforcer son artillerie avec des canons Caesar et des lance-roquettes unitaires. Nous avons fourni aussi les armements à l’Ukraine pour reprendre les territoires perdus, comme des VAB, des blindés légers, comme les missiles SCALP, déterminants pour des frappes dans la profondeur. Nous allons poursuivre ces livraisons, qui sont indispensables à l’Ukraine. Le président de la République a demandé aux industriels d’accélérer leur passage dans une économie de guerre et d’augmenter leurs capacités à produire. Dans les prochains mois, nous livrerons à l’Ukraine 150 drones, 100 munitions téléopérées et 6 canons Caesar, et 12 autres seront financés par la France. Nous produirons jusqu’à 3 000 obus par mois au profit de l’Ukraine. Nous allons livrer près de 600 bombes A2SM, à raison d’une cinquantaine par mois, ainsi qu’une quarantaine de missiles SCALP. Enfin, comme l’a confirmé le président de la République lors de sa visite en République…
C’est très, très en dessous de ce que la Corée du Nord produit pour la Russie.
Proposé par nos alliés tchèques. Je veux enfin dire un mot de ceux qui diffusent de fausses informations sur nos livraisons d’armes. Une vente de porte-hélicoptères Mistral avait été annulée par le président François Hollande en 2015. Une décision d’ailleurs dénoncée à l’époque par l’extrême droite, mais une décision confirmée par le président de la République. Dire l’inverse, c’est un mensonge éhonté, c’est de la désinformation, c’est une diversion grossière qui en dit long sur les intentions de ses auteurs. Mesdames et Messieurs les députés, j’ai évoqué notre soutien politique, humanitaire et militaire, mais notre soutien s’est également incarné au niveau européen. Je le disais, la réaction de l’Europe a été immédiate et puissante. Nous avons d’abord agi pour sanctionner la Russie. Nous en sommes à 13 paquets de sanctions, tous adoptés à l’unanimité des États, qui frappent l’économie russe au cœur et l’affaiblissent de manière profonde et structurelle. Nous avons dans le même temps décidé d’actions fortes pour soutenir l’Ukraine. Une aide qui concerne tous les domaines : protection temporaire octroyée aux réfugiés ukrainiens, aide économique, aide humanitaire, aide militaire. Ce sont au total plus de 85 milliards d’euros d’aide que les 27 ont apportés à l’Ukraine jusqu’à présent. Ce soutien, je veux le dire, il se poursuit résolument. Le mois dernier, le Conseil européen a décidé d’une nouvelle aide pour l’Ukraine à hauteur de 50 milliards d’euros, une aide essentielle qui permettra au pays de tenir pour son fonctionnement quotidien, mais aussi de mener les investissements et les réformes nécessaires pour son redressement. Nous voulons également aller plus loin dans le soutien militaire de l’Union à l’Ukraine. En acceptant de livrer des armes, l’Europe a procédé à une véritable révolution copernicienne. Jamais nous n’aurions pu l’envisager il y a quelques années. Et les ennemis de l’Europe comptaient là-dessus, ils y voyaient une preuve de son impuissance. Les choses ont changé. Et grâce à la Facilité européenne pour la paix, ce sont d’ores et déjà pour 7,1 milliards d’euros d’armements qui ont été engagés pour l’Ukraine. Nous voulons maintenant franchir une nouvelle étape : réformer cet instrument pour en faire un véritable outil de production militaire européen. C’est l’objet des négociations en cours, qui doivent aboutir à l’occasion du Conseil européen des 21 et 22 mars prochains. Enfin, le soutien à l’Ukraine, c’est reconnaître qu’elle se bat tous les jours pour nos valeurs et qu’elle fait partie de la famille européenne. Mesdames et Messieurs les députés, si nous avons tenu à ce que ce débat et ce vote puissent se tenir aujourd’hui, c’est parce que nous sommes à un moment de bascule dans ce conflit. Nous le savons, cette guerre s’inscrit dans la durée. Une guerre de position se joue désormais et, pour la Russie, le temps est désormais un allié. Elle compte sur la lassitude des alliés de l’Ukraine, elle compte sur des échéances électorales prochaines aux États-Unis comme en Europe. Elle compte sur l’efficacité, à long terme, de son travail de sape et de désinformation. Dans le même temps, la Russie durcit sa position. Elle la durcit sur son territoire national, en renforçant plus encore la chape de plomb qui pèse sur la société russe. Alors que nous sommes à quelques jours de l’élection présidentielle en Russie, si je peux parler d’élection, je voudrais avoir ici une pensée pour Alexeï Navalny.
Dont nous avions reçu l’avocat à Au Poste, William Bourdon, il y a quelques jours. Bienvenue à tous ceux qui nous rejoignent. Nous sommes en direct du Palais-Bourbon. Déclaration du Gouvernement sur la situation en Ukraine et le pacte de sécurité signé avec Kiev il y a quelques jours.
La mort tragique en prison de cet opposant porte la marque de la responsabilité du Kremlin. Avec l’interdiction de tout candidat des oppositions de participer à la prochaine élection présidentielle, je crois que le message est clair et qu’il s’impose à tous. Le régime russe est un régime autoritaire, déterminé à combattre nos valeurs et nos intérêts. Sur le terrain, en Ukraine, la Russie durcit également sa position, multipliant ses attaques et les exactions. Parce que les forces russes ont repris la ville d’Avdiïvka, à un coût exorbitant pour elles, elles veulent faire croire qu’elles ont repris l’initiative. La Russie durcit également sa position en devenant un acteur méthodique de la déstabilisation du monde. En Syrie, dans le Caucase, en Asie centrale ou en Afrique, notamment grâce à ses proxies et ses mercenaires, nous ne l’avons que trop vu au Sahel. Elle durcit aussi ses attaques dans le champ de l’information, n’hésitant pas à propager de fausses nouvelles, à tenter de diviser les peuples. La France n’y fait pas exception. Elle est une cible de choix pour la Russie, qui n’hésite pas à intervenir dans notre pays pour tenter de semer la discorde. La Russie durcit sa position dans le cyberespace en multipliant les cyberattaques. Elle durcit sa position en se lançant dans une militarisation de l’espace, pouvant mettre en danger nos satellites, en dépit de toutes les règles et de toutes nos conventions internationales. Nous sommes donc dans un moment décisif. La Russie est une menace, non seulement pour l’Ukraine, mais aussi directement pour nous, pour l’Europe, pour la France, pour le peuple français. Face à une puissance impérialiste, révisionniste, qui menace et qui ne croit qu’à la force, il n’y a pas de raccourci. Il n’y a que la détermination politique et la posture stratégique qui comptent pour la tenir en respect. Et la première ligne de défense, c’est en Ukraine qu’elle se situe. Le reste, ce sont des mots. Les mots légers de ceux qui ne veulent pas voir leur responsabilité et croient que les choses rentreront dans l’ordre toutes seules, sans effort. Les mots coupables de ceux qu’aveuglent des affinités anciennes avec une Russie agressive et régressive. Je le répète, la Russie ne peut ni ne doit gagner. Que voudrait dire concrètement pour les Français une victoire de la Russie ? Je ne parle pas ici seulement d’arguments moraux, de l’abandon d’une démocratie, de la trahison de nos valeurs. Je parle de conséquences concrètes qui pèseraient sur la vie des Français. Une victoire de la Russie, je le dis clairement, c’est la fin d’un ordre international fondé sur le droit et un blanc-seing donné à toutes les puissances animées d’instincts révisionnistes. Une victoire de la Russie, c’est le signal qu’attendent les régimes autoritaires pour sonner la fin de l’histoire des démocraties libérales. Une victoire de la Russie, c’est le danger constant des appétits insatiables, une sécurité européenne affaiblie, des cyberattaques qui se multiplient encore davantage jusqu’à pouvoir empêcher nos services publics de fonctionner. Une victoire de la Russie, c’est le risque de nouveaux conflits, plus proches encore, plus menaçants encore, et de la prolifération à quelques centaines de kilomètres de nos frontières. Une victoire de la Russie, c’est la plus grande vague migratoire de l’histoire sur le continent européen. Des millions de réfugiés ukrainiens et des pays voisins qui craindraient désormais pour leur propre sécurité, qui se déplaceraient sur le continent européen. Une victoire de la Russie, c’est un danger direct pour notre sécurité alimentaire. La Russie et l’Ukraine, ce sont les deux plus grands producteurs de céréales au monde. Si la Russie prenait le contrôle des céréales ukrainiennes, elle serait libre de faire monter les prix comme bon lui semble en réponse à nos sanctions, menaçant directement nos agriculteurs et le pouvoir d’achat des Français. Une victoire de la Russie, c’est aussi le risque de la panne énergétique généralisée. Nous avons réussi à tenir face au chantage gazier de la Russie, mais si elle se trouvait en position de force après l’avoir emporté sur l’Ukraine, elle serait en mesure de déstabiliser davantage encore le marché, avec à la clé des factures d’énergie et des prix à la pompe qui exploseraient plus encore pour les Français. Je le dis clairement : la guerre a évidemment un impact dans la vie quotidienne des Français, mais une victoire de la Russie, ce serait un cataclysme pour le pouvoir d’achat des Français. Une inflation alimentaire puissance 10, une explosion des prix de l’énergie puissance 10. La liste est encore longue. Je pourrais continuer longtemps à énumérer un à un les risques concrets, tangibles, directs d’une victoire de la Russie pour la vie quotidienne des Français. Dans un monde où la Russie gagnerait, les Français vivraient moins bien, avec des aliments plus chers, de l’énergie plus coûteuse, une insécurité croissante. À nouveau, évidemment que cette guerre a un coût dans la vie quotidienne, mais ce coût serait décuplé, sans commune mesure, si la Russie l’emportait sur l’Ukraine. Le succès de l’Ukraine, c’est aussi l’intérêt des Français. Alors, Mesdames et Messieurs les députés, nous devons réagir. C’est pourquoi le président de la République a appelé ces dernières semaines à un sursaut, un sursaut collectif pour aider l’Ukraine et pour éviter le scénario du pire. La Russie ne peut ni ne doit gagner la guerre. Alors, dans cet esprit de lucidité, en veillant à refuser toute escalade, nous prenons nos responsabilités. C’est le sens de l’accord de sécurité conclu entre le président de la République et le président Zelensky à Paris, le 16 février dernier. Cet accord bilatéral sur lequel nous vous demandons de vous prononcer…
C’est deux, voilà.
… mutuelle entre la France et l’Ukraine. C’est bien sur cela que vous vous prononcerez aujourd’hui.
C’est un vote symbolique.
… très fort de la France à renforcer structurellement et sur le long terme les capacités de l’Ukraine sur tous les plans : militaire, économique, également pour la reconstruction du pays. L’objectif, c’est d’accroître la capacité de l’Ukraine à résister, accroître sa capacité de résilience et décourager tout acte d’agression à l’avenir. Cet accord, il fait suite aux engagements pris par les pays du G7 dans une déclaration adoptée le 12 juillet 2023, en marge du sommet de l’OTAN de Vilnius. Il s’inscrit donc dans une logique collective. En plus des pays du G7, 25 pays ont adhéré à cette démarche. Avec la France, ce sont déjà sept pays qui ont conclu des accords similaires : l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Italie, les Pays-Bas et le Danemark. C’est donc bien sur un élan de solidarité internationale que nous vous demandons de vous prononcer. Quel est l’engagement des pays signataires d’un accord de ce type ? En cas de nouvelle agression russe contre l’Ukraine, il s’agit de lui fournir une assistance rapide, notamment en matière de sécurité, d’équipement militaire et d’assistance économique. En matière d’aide militaire, cet accord prévoit pour l’année 2024 jusqu’à 3 milliards d’euros de soutien militaire additionnel. C’est pratiquement une fois et demie ce que nous avons fourni en 2023 et près de deux fois plus qu’en 2022. Par votre vote, nous vous demanderons d’affirmer que la France est un partenaire militaire fiable de l’Ukraine. Un partenaire capable de créer l’initiative, je pense notamment à la livraison de chars légers. Un partenaire capable de livrer des capacités qui font la différence sur le terrain. Je pense notamment aux canons Caesar ou aux missiles longue portée SCALP. En contrepartie de ces engagements financiers importants, l’Ukraine s’engage, pour sa part, à poursuivre sa trajectoire ambitieuse de réformes. Cela implique la poursuite des efforts importants initiés par les autorités ukrainiennes en matière de lutte anticorruption, de réformes judiciaires, de consolidation de l’État de droit, de décentralisation, de modernisation de son secteur de la défense ou encore de transformation de son agriculture vers les standards européens. Cet accord est un acte fort. Il réaffirme le soutien de la France à l’Ukraine dans la durée. Et s’il n’est juridiquement pas soumis à la ratification du Parlement, le président de la République a souhaité qu’il vous soit présenté, que vous puissiez en débattre et que vous puissiez voter. Car derrière cet accord, ce n’est pas seulement l’avenir de l’Ukraine, c’est aussi la défense de nos intérêts et de notre sécurité qui est en jeu. Cet accord les défend, cet accord les protège, et j’appelle à l’esprit de responsabilité de chacun au moment de voter. Mesdames et Messieurs les députés, au-delà de cet accord qui fera l’objet de votre vote, la France prend ses responsabilités aussi en mobilisant la communauté internationale. Lors de la réunion qui s’est tenue à Paris le 26 février avec les chefs d’État et de gouvernement des 27 États, ou leurs représentants, de nouveaux engagements ont été pris. Collectivement unis, nous avons décidé de continuer à renforcer notre soutien à l’Ukraine. Collectivement unis, nous avons choisi de renforcer nos efforts pour fournir à l’armée ukrainienne les munitions dont elle a besoin. Collectivement unis, nous avons décidé de renforcer la défense antiaérienne et les capacités de frappe dans la profondeur des forces ukrainiennes. Une neuvième coalition internationale sera créée en ce sens. Enfin, de nouveaux axes d’efforts ont été identifiés et proposés, sur lesquels chacun pourra s’engager comme il le souhaite et autant qu’il le souhaite. Il s’agit de renforcer la défense cyber et les capacités de déminage ukrainiennes, d’être en mesure de coproduire de l’armement en Ukraine, d’assurer la défense des pays directement menacés par l’offensive russe, comme la Moldavie, et d’être en capacité de soutenir l’Ukraine pour qu’elle puisse continuer de sécuriser sa frontière avec la Biélorussie. Ces engagements ont porté leurs fruits. Loin des caricatures des partisans de la défaite permanente et du déclin, la France a donné un élan nouveau au soutien à l’Ukraine. Lors de la conférence ministérielle de suivi organisée la semaine dernière sous l’égide du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministre des Armées, des dizaines d’États partenaires ont accepté de se saisir de nos réflexions, de s’engager et même de prendre la tête sur certains chantiers.
Oui, sur certains chantiers, mais enfin, en règle générale, tout le monde appelait Macron…
… pousser nos partenaires à se poser les bonnes questions, à prendre la mesure de la menace, à avancer ensemble. Nous avons posé toutes les options sur la table, sans logique d’escalade mais sans faux-semblant. Cela a permis un électrochoc salutaire, a donné un coup d’accélérateur à la réaction internationale. Nous avons assumé notre rôle. Les travaux sont lancés. Nous proposons et nos partenaires sont libres de participer, d’avancer et de contribuer. Enfin, je veux le dire clairement ici, dans un moment aussi grave, dans une situation aussi complexe, il n’y a pas de place pour l’instrumentalisation. Le message du président de la République a été très clair : nous n’abandonnerons pas l’Ukraine et nous n’excluons par principe aucune option. Nous nous inscrivons dans un cadre réfléchi pour réaffirmer notre soutien à l’Ukraine, mais sans faire la guerre à la Russie et en refusant toute logique d’escalade. Nous ne nous fixons pas de limites face à une Russie qui, elle, n’en fixe aucune. Nous continuerons, comme nous le faisons depuis le début du conflit, à faire évoluer notre soutien, à l’adapter aux besoins des Ukrainiens. En deux ans, beaucoup d’évolutions que l’on croyait impensables ont eu lieu. La Suède et la Finlande qui rejoignent l’ OTAN : impensable, et pourtant c’est fait. L’Europe capable de prendre des sanctions fortes en quelques heures : impensable, et pourtant c’est fait. L’Europe qui se mobilise, qui fournit des armes : impensable, et pourtant c’est fait. Il y a une différence entre le soutien militaire et la cobelligérance. Nous pratiquons cette différence tous les jours avec nos partenaires et nos alliés. Une dynamique est en train de se lancer sur les chantiers ouverts à Paris afin de faire plus, mieux et, si besoin, différemment pour soutenir l’Ukraine dans la durée. Mesdames et Messieurs les députés, ces propos sont fermes.
Je le sais, mais je veux rassurer : il n’est pas question d’envoi de troupes.
… avec la Russie, n’a œuvré pour ramener ses dirigeants à la raison, que ce soit dans les négociations du format dit Normandie avec l’Allemagne dès 2014, sous l’égide du président François Hollande et reprises par le président de la République ; que ce soit par toutes les initiatives françaises de ces dernières années, lors des rencontres entre le président de la République et le président Poutine à Versailles, à Saint-Pétersbourg, à Osaka ou à Brégançon ; que ce soit dans l’organisation, à l’initiative du président de la République, de ce qui s’est avéré être la seule rencontre entre les présidents Zelensky et Poutine en décembre 2019 : c’était en France, à l’Élysée ; que ce soit dans les mois, les semaines, les jours qui ont précédé l’éclatement du conflit, où le président de la République a tout tenté, jusqu’à se rendre à Moscou, pour éviter la guerre. À toutes les étapes, notre engagement pour l’Ukraine a été constant, en faveur de sa souveraineté et du respect de son intégrité territoriale, sans volonté d’ostraciser la Russie. C’est la raison pour laquelle la position de la France en faveur de la paix est inchangée. Notre objectif reste celui d’une solution négociée qui respecte les droits de l’Ukraine et nos intérêts de sécurité. C’est la seule solution qui permette d’obtenir des garanties crédibles de la part de la Russie pour s’assurer qu’elle ne retournera à l’assaut ni de l’Ukraine ni d’un autre pays européen. Mesdames et Messieurs les députés, dans quelques instants, vous voterez. Vous voterez sur notre accord de sécurité bilatéral avec l’Ukraine. Vous voterez sur notre soutien à l’Ukraine. Vous voterez sur votre capacité à défendre nos intérêts et nos valeurs. C’est bien cela, l’objet de ce vote : l’accord bilatéral de sécurité entre la France et l’Ukraine. Comme sept pays ont déjà conclu un accord bilatéral de sécurité j’ai rappelé lesquels il y a un instant, sept pays qui ont déjà conclu cet accord, et c’est sur cet accord que vous êtes amenés à vous prononcer. Au moment de ce vote, les Français nous regardent. Des Français qui s’inquiètent de la situation. […] Elle qui veut mettre à bas nos principes et nos valeurs. Alors ce vote est important.
Et nos valeurs. Il y a un problème avec son phrasé, quand même, parce que, pour le coup, c’est pas crédible.
… chacune et de chacun ici. C’est pour cela que nous soumettons cet accord au vote. Mais je vais vous dire la conviction qui est la mienne. Je vous dis ma conviction. Voter contre, c’est remettre en cause le travail et les efforts accomplis par la France et ses alliés depuis deux ans. Voter contre, c’est donner à Vladimir Poutine tous les arguments et un signal qu’il espère et qu’il attend. Voter contre, c’est affirmer que les règles internationales peuvent être bafouées sans conséquences ou réponses claires de notre part. Voter contre, c’est signifier à nos alliés que la France tourne le dos à son engagement et à son histoire. Je le dis également : s’abstenir, c’est fuir. Fuir ses responsabilités devant l’Histoire. Trahir ce qui nous est le plus cher depuis le 10 juin…
Ceux qui vont voter contre, c’est La France insoumise, et ceux qui s’abstiennent, c’est le RN.
Soutenons l’Ukraine sans naïveté et avec détermination. Si l’Ukraine perd, nous perdons nous aussi. Nous ne laisserons pas la Russie gagner. La France ne peut s’effacer devant ses responsabilités. Je le dis ici, en tant que Premier ministre de la France, au nom du Gouvernement de la France, à la tribune de l’Assemblée nationale de la France. Je le dis au plus profond de mon cœur, qui résonne et qui bat pour la valeur de liberté des peuples. Je le dis du plus profond de mes tripes, qui se nouent autour de l’intérêt des Français : Slava Ukraini !
Je pense que « Slava Ukraini », ça veut dire « Vive l’Ukraine », j’imagine. Alors, le vote est attendu vers 20 heures, donc on a trois heures de débat.
La parole est à M. Boris Vallaud pour une durée de dix minutes.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, nous ne cesserons jamais de croire la grande paix humaine de Jaurès possible. Nous ne cesserons jamais d’espérer en une humanité organisée, maîtresse d’elle-même, pour pouvoir résoudre par la raison, la négociation, le droit, les conflits qui l’affligent. Depuis plus d’un siècle, nous la croyons possible, nous l’espérons prochaine. Nous œuvrons sans relâche à ce grand dessein tant de fois contrarié pourtant, tant de fois démenti dans le sang et dans les larmes, dans la trahison parfois. Nous ne nous résignons pas. Mais nous savons aussi de l’histoire de notre pays.
Regardez, nous avons les petits synthés d’Au Poste, Nulle part ailleurs, vous aurez ça.
« C’est beaucoup de se battre en méprisant la guerre », écrivait Camus à un ami allemand. Aujourd’hui, l’ami pourrait être russe et Camus parlerait ukrainien. Il y a dix ans, en 2014, alors que le peuple ukrainien déjà portait son regard à l’ouest et rêvait d’un destin européen dans ces journées folles de courage et d’espoir de la révolution de Maïdan, la Russie commençait son invasion méthodique et cruelle de l’Ukraine dans le Donbass et en Crimée, et rien n’arrêterait plus jusqu’à ce jour l’impétuosité de ses désirs de conquête. Aucune négociation, aucune solution diplomatique, aucun accord, aucun traité, ni la Charte des Nations unies, ni l’Acte final d’Helsinki, ni le Mémorandum de Budapest, ni les accords de Minsk. C’était l’époque où d’aucuns, à l’extrême droite, sur ces bancs, cultivaient la compromission en se faisant photographier avec leur bailleur de fonds, Poutine. Voilà le vrai visage du Rassemblement national et il n’a pas changé. De notre côté, c’est l’époque où les socialistes annulaient la livraison des Mistral à la Russie. La communauté internationale pensait sauver la paix. La Russie préparait la guerre. Nous ne serons plus dupes des pauses tactiques sous prétexte de cessez-le-feu. Le retour de la guerre qui s’abat sur l’Ukraine au matin du 24 février 2022 : 350 000 hommes fondant sur un pays souverain, sur l’Europe, dans un déluge de feu. Des dizaines de milliers de victimes civiles et militaires, des millions de déplacés et autant d’exilés, des conditions de vie redoutables au premier jour de l’hiver de la guerre, qui le fit baptiser du terrible nom d’Holodomor, d’innombrables actes de torture, d’exécutions extrajudiciaires, de crimes de masse, de viols, l’anéantissement de la culture et de la langue ukrainiennes, la déportation de 2 000 enfants en Russie. Voilà la guerre de Poutine à l’Ukraine et à la liberté. C’est la guerre ! Et le visage sanglant de la guerre lancée par Vladimir Poutine à l’Europe. C’est le plus brutal visage d’un régime qui porte en lui les nuées de l’impérialisme tsariste et du totalitarisme soviétique contre le modèle de société que nous, Européens, avons construit. Les Françaises et les Français doivent se rappeler chaque jour que le pouvoir du Kremlin cherche à abattre nos institutions, nos libertés, notre sécurité. Les prochaines élections européennes sont déjà sa nouvelle cible. Français, nous sommes les alliés des Ukrainiens qui, dans cette guerre, ne défendent pas seulement leur patrie, mais la possibilité de la paix et l’avenir de l’Europe. Voilà pourquoi, depuis le premier jour, nous avons condamné l’invasion et réclamé des sanctions exemplaires contre la Russie. Voilà pourquoi nous soutenons, depuis la première journée, le rétablissement de la souveraineté de l’Ukraine dans ses frontières de 1991. Voilà pourquoi nous soutiendrons, pour eux, pour nous, son effort de guerre et l’envoi des armes nécessaires à sa défense jusqu’à la victoire. Chacun le sait aujourd’hui. La paix durable entre les nations, la paix définitive en Europe nous échapperait dans la défaite de l’Ukraine et la victoire de Poutine. Mais aujourd’hui, force est de constater que l’Ukraine peut perdre la guerre. Son offensive de l’été n’a pas été le succès escompté et la situation est extrêmement difficile sur plusieurs points de la ligne de front. Les armes sont insuffisantes et les munitions, désormais, viennent à manquer pour faire face aux bombardements russes, dont la puissance de feu est infiniment supérieure. Les canons Caesar sont là. Mais ils sont silencieux. Les retards de l’aide occidentale aident la Russie à lancer des opérations offensives, et l’Ukraine ne tiendra pas sans notre aide. Celle des États-Unis est bloquée au Congrès par les soutiens de Trump. Celle des Européens est insuffisante. Celle de la France est insuffisante. Le président de la République appelle au sursaut, fort bien. Mais constatons, en vérité, qu’au-delà des mots, les actes ont manqué et la France n’est que le 14e contributeur à l’effort de soutien à l’Ukraine, bien loin de l’Allemagne, de la Pologne, des États baltes. L’heure est à l’unité et à l’efficacité, pas à la discorde chez les alliés. Je le dis avec gravité, la situation ne saurait s’accommoder d’équipées solitaires, des effets de manche et des tergiversations dont le président Macron est coutumier. Évoquer il y a quelques mois le souci de ne pas humilier la Russie, puis aujourd’hui la possibilité d’engager des forces combattantes que les Ukrainiens eux-mêmes ne nous demandent pas, ce n’est pas de l’ambiguïté. C’est être inconstant, pour ne pas dire inconséquent. Et cela est grave et désinvolte. Le président, en définitive, a moins inquiété Vladimir Poutine que nos alliés eux-mêmes, qui se sont désolidarisés de ses propos, et les Français, qui les ont largement réprouvés. Je crois nécessaire, Monsieur le Premier ministre, que vous ayez aujourd’hui, devant la représentation nationale, la clarté de dire que cet accord ne prévoit en aucune manière l’envoi de troupes combattantes. Je le dis encore : il ne faut offrir aucune victoire à Vladimir Poutine, et surtout pas celle de la division des alliés européens. C’est ensemble et unis que nous sommes forts. Et à cet égard, il nous faudra plus encore demain, si Donald Trump venait à être élu en novembre, imaginer la possibilité de l’isolationnisme américain et ses conséquences sur notre sécurité collective en Europe. Dans ce contexte, cet accord, qui ne saurait tenir en lui-même d’acquiescement à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et nous réclamerons, le moment venu, le débat parlementaire, comme pour la Suède et la Finlande, pour nous prononcer souverainement, participe néanmoins d’évidence au nécessaire renforcement de la normalisation et de l’interopérabilité des équipements de défense en Europe. Quant à l’adhésion à l’Union européenne, perspective à laquelle nous avons déjà apporté notre soutien, elle suppose et exige des critères de convergence économique, sociale, démocratique de l’Ukraine, autant qu’une réforme en profondeur de l’Union européenne, qui ne saurait être un espace de concurrence sans règles entre ses membres. Nous proposerons un traité permettant d’aborder simultanément l’élargissement de l’Union européenne à l’Ukraine et la révision de nos règles européennes. Je pense en particulier à la question agricole, au fond structurelle, et à la nécessité d’une nouvelle PAC. Mais il est, dans ce moment tragique et existentiel, important de dire aux Ukrainiens qui souffrent et qui se battent avec un courage inouï pour leur liberté, pour la nôtre : vous êtes de la famille. Nous partageons, Monsieur le Premier ministre, l’idée qu’il faut aider l’Ukraine à tenir aujourd’hui et à gagner la guerre demain. Et pour cela, il faut faire plus, plus vite, et la somme de nos hésitations, de nos tergiversations, de notre retard sont aujourd’hui la cause première de la situation extrêmement délicate dans laquelle se trouve l’armée ukrainienne. Il faut faire plus et plus vite dans les livraisons d’armes, notamment de défense aérienne et d’artillerie, dans la protection des infrastructures critiques, dans la lutte contre l’ingérence russe, dans la coopération en matière de renseignement et de contre-espionnage, en matière de coopération industrielle aussi. Les 3 milliards annoncés, de ce point de vue-là, pourvu qu’ils trouvent une concrétisation rapide et ne viennent pas s’imputer sur la LPM, c’est-à-dire sur notre capacité propre, vont dans le bon sens. Mais ils nous alertent aussi sur nos propres capacités de production, ainsi que sur l’état de nos stocks, alors que les Forges de Tarbes, par exemple, sont à l’arrêt. Il y a quelques mois, nous vous demandions : « Où sont les masques ? » Nous vous demandons aujourd’hui : « Où est la poudre ? » Il faut investir, produire, livrer. Et en se prononçant en faveur de cet accord, les députés socialistes et apparentés disent à nouveau leur soutien à l’Ukraine, à la démocratie ukrainienne, au respect du droit international, à la paix. Mais ils ne donnent quitus de rien au Gouvernement et ne signent aucun chèque en blanc. Nous voulons que la représentation nationale soit régulièrement informée et associée aux décisions qui concernent l’Ukraine. Nous voulons connaître régulièrement la réalité de la situation sur le terrain, suivre l’exécution de cet accord, les progrès accomplis dans nos capacités de production. Et nous souhaitons, je le dis à mes collègues, pour cela, que la commission de la Défense se dote de façon permanente des prérogatives d’une commission d’enquête pour pouvoir suivre la bonne exécution de cet accord. Il faut dire à nos concitoyens que cet accord ne peut pas être, de quelque manière que ce soit, une entrée en guerre contre la Russie ; qu’il est, au contraire, par le soutien qu’il apporte à l’Ukraine, à sa résistance, la meilleure des garanties pour notre sécurité et pour la paix, et probablement la plus grande des assurances que nous n’aurons jamais à engager nos troupes. Ainsi que l’a déclaré ce matin le président Zelensky, nos enfants ne mourront pas en Ukraine si nous sommes au rendez-vous. Pour conclure, je veux dire aux Françaises et aux Français que cette situation inquiète très légitimement, que les députés socialistes partagent cette extrême inquiétude. Qui serions-nous, qui croirions-nous être pour ne pas voir les périls du moment ? La seule chose que nous voulons, à travers cet accord que nous soutenons, c’est que tout soit entrepris, sans que nous-mêmes n’entrions en guerre, pour qu’en Ukraine, en Europe, en Russie même, où le courage et l’espoir ont pour toujours le visage d’ Alexeï Navalny, la paix ait le dernier mot. Je vous remercie.
Merci beaucoup, Monsieur le Président. Je vous remercie. La parole est à Monsieur le Président Laurent Marcangeli, pour le groupe Horizons.
Alors, président, c’est président de groupe.
Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, l’heure est grave. La stabilité de notre monde est remise en cause. L’Europe affronte un défi inédit. La paix, telle que nous la connaissons, est menacée. Notre modèle de société, d’inspiration démocratique et libérale, est attaqué. Nos certitudes, valables encore il y a deux ans, sont désormais bouleversées. Ce sont là de simples rappels à la réalité, mais qu’il faut réaffirmer sans cesse, alors que beaucoup s’interrogent et que le soutien de l’opinion publique internationale sur l’aide à l’Ukraine semble malheureusement marquer le pas. Pour rester fidèles à nos valeurs et nous hisser à la hauteur de l’événement, nous devons nous tenir prêts et dire la vérité à nos concitoyens. C’est dans cet esprit que, le 16 février dernier, la France et l’Ukraine ont signé un accord politique de sécurité et de défense. Cet accord, vous l’avez rappelé, Monsieur le Premier ministre, n’entraîne pas de conséquences financières, pas plus qu’il ne comporte de dispositions juridiquement contraignantes. Il réaffirme notre engagement aux côtés du peuple ukrainien. Le groupe Horizons et apparentés salue le choix qui a été fait de débattre de ce sujet, aujourd’hui, devant la représentation nationale. C’est pour nous l’occasion à la fois de dresser le bilan de l’action de la France et de la communauté internationale en faveur de l’Ukraine, mais aussi de rappeler l’importance et l’absolue nécessité de l’engagement de notre pays sous l’impulsion du président de la République. Je parlais il y a quelques instants de l’exigence de vérité. La vérité, c’est que nous ne savons pas quelle sera la prochaine étape. La Russie de Vladimir Poutine ne reconnaît aucune frontière et n’a que mépris pour le droit international. Elle n’a aucune limite et ne donne aucune garantie. La vérité, c’est qu’il nous faut renforcer davantage, dans les mois et les années à venir, notre soutien militaire à l’Ukraine. Le conflit durera encore et rien, aujourd’hui, n’indique qu’il pourrait trouver une issue à court terme. La vérité, c’est que la guerre est en Europe et qu’il est de notre devoir, en tant que nation, de nous y préparer. À rebours du désarmement financier et moral qui prévalait pendant des décennies, aujourd’hui, nous le faisons. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre. Notre devoir est donc d’être prêts. Une question légitime se pose aujourd’hui, celle de savoir si nous avons suffisamment agi au cours des dernières années pour nous préparer à ce nouveau paradigme. Je veux répondre que nous avons pris la bonne direction, mais qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Avec nos partenaires européens, nous avons su faire front commun. Chacun peut constater que le soutien militaire des pays européens pour l’Ukraine dépasse aujourd’hui le montant des dépenses américaines bloquées par le Congrès. Mais nous devrons faire plus et mieux coordonner nos actions. L’Union européenne a réagi rapidement. Elle y est parvenue en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles russes dès le début du conflit, afin de priver Moscou d’une manne financière importante ; en offrant ensuite la perspective d’un avenir commun avec l’Ukraine comme nouveau membre de notre Union ; en imposant des sanctions et en gelant les avoirs russes en Europe. La question se pose d’ailleurs désormais de l’utilisation de ces avoirs gelés en faveur de la résistance ukrainienne. Notre groupe y est favorable et j’espère que nous aurons l’occasion d’en débattre sur ces bancs dans les semaines à venir. Le Parlement européen s’est aussi prononcé à plusieurs reprises en faveur de l’aide à l’Ukraine et pour condamner les actions de la Russie. Sur l’octroi d’une assistance financière à l’Ukraine, sur la protection accordée par l’Union européenne aux enfants et aux jeunes qui fuient la guerre, sur les violations des droits de l’homme commises par le groupe Wagner, les députés européens ont voté. Inutile de lister ici et aujourd’hui l’ensemble des positions prises par les uns et par les autres, l’Histoire les jugera. La France est au rendez-vous. Nous fournissons à l’Ukraine le matériel nécessaire en matière militaire pour sa défense : les canons Caesar pour rivaliser avec l’artillerie russe, les véhicules blindés de reconnaissance et des munitions. Nous apportons une aide humanitaire aux populations menacées. Nous avons aussi, nous députés, participé à cet effort en votant à plusieurs reprises pour abonder un fonds spécial de soutien à l’Ukraine. L’accord signé il y a quasiment un mois est une preuve supplémentaire de cet engagement. Il couvre un large champ de coopérations possibles dans le domaine de la sécurité, de l’industrie militaire et de défense et dans les domaines civils. Il offre des perspectives pour une paix durable, pour la reconstruction de l’Ukraine. Il inscrit dans le marbre la promesse de la France de venir en aide à ce pays ami jusqu’à ce qu’il soit pleinement intégré dans l’Alliance atlantique. La France et l’Union européenne ont fait beaucoup, mais rien de tout cela n’aurait été possible sans le courage et la résistance du peuple ukrainien. Je souhaite à mon tour rendre hommage à ces femmes et ces hommes, à ceux qui ont combattu vaillamment en repoussant les troupes russes au front, à ceux qui, à l’arrière, ont su faire preuve de résilience. Ils ont réalisé l’exploit de tenir tête à une puissance nucléaire, à une des plus grandes armées du monde, et ce malgré les menaces constantes des drones, des mines et des bombes, qui font toujours plus de victimes civiles. M’étant personnellement rendu sur place il y a de cela plus d’un an, j’ai vu de mes yeux, avec admiration, le courage d’un peuple qui ne veut pas capituler. Alors oui, ce drame qui se perpétue chaque jour, au fur et à mesure que le conflit s’enlise, peut questionner, décourager et rendre d’autant plus légitime le débat qui a lieu aujourd’hui dans notre hémicycle. D’aucuns voudraient que tout s’arrête le plus vite possible et restaurer le faux-semblant d’une tranquillité dans nos relations avec la Russie. Ils ne proposent rien d’autre que l’amnésie collective. Oubliez les ingérences ! Oubliez les cyberattaques continues sur nos infrastructures stratégiques, le dédain pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de ses voisins. Ils voudraient laisser le champ libre aux désinformateurs et autres trolls, au groupe Wagner et à tous ceux qui entretiennent un sentiment anti-français à travers le monde. À ceux qui voudraient aujourd’hui faire preuve de souplesse, voire de mollesse, nous ne pouvons que rappeler la réponse du général de Gaulle le lendemain de la crise de Berlin, en 1961 : « À un certain point de menace de la part d’un impérialisme ambitieux, tout recul a pour effet de surexciter l’agresseur, de le pousser à redoubler sa pression et, finalement, facilite et hâte son assaut. Au total, actuellement, les puissances occidentales n’ont pas de meilleur moyen de servir la paix du monde que de rester droites et fermes. » Certains appellent de leurs vœux une conférence pour la paix. Nul ne sait pour quoi faire, pour parler de quoi, alors que ni l’Ukraine ni la Russie ne sont prêtes à discuter. Une chose est sûre cependant : dans ce conflit, il y a un agresseur et un agressé. Et on ne peut pas se satisfaire d’une paix au prix de la disparition de l’État souverain du peuple ukrainien. Le groupe Horizons et apparentés ne veut pas d’un ordre international qui impose la loi du plus fort. Nous voulons que s’imposent la justice et le droit international. La seule paix possible est celle issue de la volonté de l’Ukraine et négociée sous ses conditions. Elle veut continuer à se défendre. Nous restons, nous serons à ses côtés. Faut-il pour autant le faire comme aujourd’hui, par un soutien militaire, matériel ou financier ? Que pourrions-nous faire de plus ? Entre l’indifférence et la cobelligérance, il y a un large spectre d’actions que nous pouvons envisager. La formation de soldats ukrainiens sur leur territoire en fait partie. La chute de l’Ukraine serait un drame à l’échelle du continent européen tout entier. Rien ne doit donc être écarté. Nous ne prônons pas l’escalade. Nous ne sommes pas en guerre avec le peuple russe, mais la Russie ne doit pas gagner cette guerre. De l’issue de ce conflit découlera notre capacité à bâtir l’Europe, une Europe plus forte, qui garantit une paix stable sur le continent pour les décennies qui viennent et pour nos enfants. Vous l’aurez compris, le groupe Horizons et apparentés votera pour approuver l’action du Gouvernement en faveur de l’Ukraine et en faveur de l’accord de sécurité signé en février dernier. Je vous remercie.
Oui, merci monsieur. Donc ça fait deux prises de parole, pour l’instant, favorables.
Madame la Présidente Chatelain.
Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, chers collègues, le 16 février 2024, le président de la République signait l’accord de coopération en matière de sécurité entre la France et l’Ukraine. Il aura fallu un mois pour que le Parlement soit amené à débattre et à se positionner sur cet accord. Soyons clairs : ce vote n’est pas un vote de ratification de l’accord et nous regrettons que le Parlement n’ait pas été saisi en amont de la signature. Ce vote est encore moins un blanc-seing au président de la République, à sa rhétorique belliciste et à sa logique d’escalade. Ce vote, pour les écologistes, est un vote d’affirmation de notre soutien à l’Ukraine. Le positionnement des écologistes depuis février 2022 est clair et n’a jamais varié. Nous soutenons l’Ukraine, son peuple et son armée. Nous soutenons le combat ukrainien pour préserver son intégrité territoriale. Par conséquent, nous soutenons l’envoi d’armes, d’équipements et de munitions. Nous soutenons la coopération en termes de formation et nous partageons la nécessité d’engager des moyens pour protéger nos espaces cyber et contrer la désinformation à grande échelle organisée par la Russie. Nous, écologistes, ne transigeons pas avec la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Lorsqu’il s’agit de faire face à une agression militaire et à des crimes de guerre, à l’attaque d’un autocrate contre nos valeurs et contre tout un peuple, nous prenons nos responsabilités. La paix ne peut jamais être la soumission au tyran. Rappelons que cette attaque succède à l’annexion de la Crimée et à la guerre du Donbass. Durant huit années, inquiets du déséquilibre économique et politique que représente un conflit avec la Russie, tout a été mis en œuvre pour privilégier une solution diplomatique et préserver la paix. Force est de constater, malheureusement, que c’est un échec. Depuis deux années, la guerre est une réalité en Ukraine. Près de 31 000 soldats ont perdu la vie et on compte trois à quatre fois plus de soldats blessés, dont un nombre considérable de personnes amputées. Nous n’oublions pas les exactions, qu’elles aient été commises il y a deux ans ou aujourd’hui : les bombardements de la maternité de Marioupol, les destructions systématiques des infrastructures vitales pour priver les Ukrainiens d’eau et de chauffage, la torture et les massacres des civils à Boutcha, et les bombardements des foyers à Odessa et à Kiev. L’agression de la Russie a fait basculer le monde et l’Europe. La paix mondiale n’a jamais paru aussi fragile. Et dans ce monde en recomposition, un engagement militaire de l’Occident pourrait accélérer les fractures et faire de la Russie un pôle d’attraction pour les pays souhaitant s’opposer à la domination occidentale. En cela, la stratégie choisie par le président de la République d’affirmer que rien n’est exclu concernant l’envoi de troupes au sol en Ukraine et l’accumulation de postures guerrières sans concertation avec nos partenaires est une erreur, une faute et une prise de risque inconsidérée. Après avoir, dans les premiers mois du conflit, plaidé pour ne pas humilier la Russie, Emmanuel Macron semble aveuglé par le désir d’adopter le même langage que Vladimir Poutine, de répondre à ses élucubrations guerrières par une rhétorique belliciste, de répondre à un dirigeant qui se veut imprévisible et cruel par une mise en scène d’un chef de guerre prêt à tout, de répondre à sa violence sans limite par une faute et une prise de risque inconsidérée. C’est un engrenage dangereux et surtout inefficace. On ne fait pas peur aux tyrans en provoquant notre isolement sur la scène internationale. On ne vient pas en aide à l’Ukraine en montrant au monde les désaccords au sein de ses soutiens. On ne construit pas une force d’opposition solide à la Russie en obligeant nos partenaires à dédire les propos du président de la République. Au contraire, nous, écologistes, sommes persuadés que, pour répondre à cette attaque, nous devons renforcer nos liens avec nos partenaires et faire naître une défense européenne. Le 9 mai 1950, Robert Schuman déclarait : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. » Je pense qu’il est temps de faire de nouveaux efforts créateurs et que l’Europe est cet espace dans lequel ils peuvent exister. Nous pouvons faire une définition d’autonomie stratégique européenne, une formation commune de nos troupes, l’harmonisation et la construction d’une base industrielle et technologique de défense partagée. Et bien sûr, nous devons aller vers la définition d’une politique étrangère européenne au service de la sécurité humaine. L’Europe doit se doter d’une capacité à se défendre, de coopérer militairement contre toute forme d’agression et de maintenir la paix, sans dépendre des États-Unis et de leurs fluctuations politiques. Un outil de défense commune doit aussi être, et avant tout, au service d’une diplomatie qui promeut les instruments de protection, d’aide, de secours, du soin et du droit. Au final, de l’humanisme dans son sens le plus profond. Des valeurs que l’Europe et la France doivent défendre partout et à chaque instant. Ainsi, la position en soutien à l’Ukraine et à l’autodétermination des peuples est d’autant plus solide que nous appliquons la même ténacité à arrêter les crimes de guerre commis à Gaza, à condamner l’utilisation de la famine comme arme de guerre et à défendre le droit des Palestiniens à un État souverain. Il ne peut y avoir de double standard. Le droit international doit s’imposer à tous et doit protéger tous les peuples. La coopération avec nos partenaires et la cohérence sont notre première protection. Une politique diplomatique affaiblie est une politique fragile et fragilisée. Les écologistes font part de leur plus grande inquiétude quand ils s’aperçoivent d’une baisse de 900 millions d’euros qui vient encore une nouvelle fois détricoter les capacités du ministère des Affaires étrangères, qui est pourtant si utile dans un monde en proie aux fractures et aux conflits armés. Il y a quelques jours, Bruno […] : « Le ministère de la Défense et non pas par le ministère des Affaires étrangères. » Ces propos sont extrêmement inquiétants et nous affirmons notre plus profond désaccord. La diplomatie française est un outil précieux et indispensable pour répondre aux crises et nous espérons, Monsieur le Premier ministre, que vous saurez vous désolidariser de ces propos. Notre seconde protection est notre souveraineté énergétique. J’ai entendu de nombreuses félicitations.
C’est une cyberattaque du Kremlin sur Au Poste, mais Robin est là, on ne risque rien.
Dans les 100 premiers jours suivant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cette dernière a généré 80 milliards d’euros de revenus grâce à ses exportations d’énergies fossiles, avec l’Union européenne en tant que principal importateur. Les importations européennes représentent 61 % des revenus de la Russie sur le gaz. En janvier 2024, le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur, think tank finlandais, a souligné que l’UE était le plus grand acheteur de gaz naturel liquéfié russe et représentait 50 % des exportations russes. Et la France est très loin d’être exemplaire. En novembre 2023, la France a importé pour 316 millions d’euros de GNL russe. Une augmentation notable. Pourquoi ? Parce qu’en fait, il faisait froid et qu’on a augmenté notre consommation d’énergie. La Russie est le deuxième fournisseur de GNL de la France, derrière les États-Unis, le Qatar et la Libye.
Là, vous voyez les rangs du RN.
Sur la seule année 2022, la France a réglé une facture de près de 5,4 milliards d’euros à Moscou. Le premier soutien à l’Ukraine est d’arrêter de financer l’effort de guerre russe. Nous devons arrêter les importations de gaz russe, nous devons renforcer l’application des sanctions et des embargos. Aujourd’hui, ils sont largement contournés. Ainsi, l’Inde raffine du pétrole russe et, a priori, la Russie va blanchir son argent à Dubaï. Ce n’est pas comme ça que nous arrêterons le financement de la guerre. La dépendance énergétique à la Russie doit cesser. Seule une transition énergétique ambitieuse, rapide, nous permettra de garantir l’indépendance de la France. Si nous ne mettons pas un terme à cette consommation record, sans cesse grandissante, d’énergies fossiles, nous n’arriverons pas à être pleinement souverains. La recherche de nouveaux moyens financiers pour l’effort de guerre est possible et ne doit en aucun cas ralentir la transition écologique et la solidarité. C’est pourquoi nous avons proposé que les avoirs russes soient mobilisés pour financer l’effort de guerre. La recherche de nouveaux moyens financiers pour l’effort de guerre est possible et notre capacité financière pour réaliser une forte transformation afin d’être réellement indépendants. La dépendance énergétique ne peut pas être transformée par une dépendance aux engrais russes ou aux produits agricoles russes. Les importations de l’Union européenne d’engrais russes ont augmenté et les importations de produits agricoles sont passées de 4,9 millions de tonnes en 2022 à 5,1 millions de tonnes au cours des 11 premiers mois de 2023. Pour moi, le paysage est extrêmement clair. Le projet écologiste de sobriété énergétique, d’autonomie alimentaire, est le seul projet de paix. Car les tyrans ne sont jamais aussi puissants que lorsqu’on dépend d’eux pour répondre à nos besoins vitaux. Alors oui, soutenons l’Ukraine, mais engageons l’ensemble des transitions indispensables pour ne plus jamais, plus jamais être dépendants de la Russie.
Je vous remercie, Madame la Présidente. La parole est à M. Fabien Roussel, pour le groupe Gauche démocrate et républicaine, pour une durée de dix minutes.
Alors, je crois que le temps de parole est indexé sur la taille du groupe.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Messieurs les ministres, Madame la ministre et mes chers collègues.
Il y a deux ans… Mon cher collègue…
Aujourd’hui, ici même devant vous, je dénonçais, au nom de mon groupe et des députés communistes, l’offensive criminelle lancée par le nationaliste Poutine en violation de toutes les règles du droit international. Dans cette guerre, il y a bien un agresseur, Vladimir Poutine, et un pays en état de légitime défense, l’Ukraine, qu’il faut soutenir. C’est pourquoi nous avons voté, en novembre 2022, la résolution de soutien à l’Ukraine et la condamnation de la guerre lancée par la Russie. Notre position n’a pas changé depuis. Oui, la Russie ne doit pas gagner la guerre. Oui, il faut donner les moyens à l’Ukraine de se défendre, comme nous l’avons fait jusqu’à maintenant. Et je le dis ici au nom de mon groupe, ce soutien doit se faire dans le cadre de ce que la France a défini il y a deux ans, c’est-à-dire avec des lignes rouges à ne pas franchir, pour que la France n’entre pas en guerre directe avec la Russie et ses alliés. Les déclarations va-t-en-guerre du président de la République sur l’envoi de troupes françaises en Ukraine, ne mettant aucune limite à notre soutien à ce pays en guerre, et confirmées lors de notre réunion à l’Élysée, ont fortement choqué nos compatriotes. La perspective de la guerre et son cortège de souffrances sont entrés brutalement en France, dans chaque foyer, dans chaque famille. La France, je le dis ici avec gravité, a une autre voie à porter que celle de la guerre, quand celle-ci a déjà provoqué la mort d’un demi-million de personnes et semé le chaos aux portes de l’Europe. C’est une véritable boucherie. Au nom de l’humanité, nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle s’arrête, et au plus vite. Dans quelques semaines, nous allons célébrer le 80e anniversaire du Débarquement. Notre pays, avec d’autres, a subi dans sa chair le martyre de deux conflits mondiaux, soldés par des dizaines de millions de morts. Notre responsabilité vis-à-vis des jeunes générations est plus lourde que jamais. Pendant des décennies, nous leur avons promis haut et fort : « Plus jamais ça. » Faisons respecter cet engagement, celui sur lequel précisément est née l’Union européenne. Rien ne justifie que nous lancions notre jeunesse dans une nouvelle folie meurtrière, placée de surcroît sous la menace du feu nucléaire. Voulons-nous la destruction de notre civilisation ? Car c’est bien de cela dont il s’agit quand nous entrons dans une escalade guerrière dont nul ne peut prétendre maîtriser tous les ressorts. Tout doit être fait pour éviter une telle escalade. Et ce n’est pas l’accord que vous venez de signer le 16 février avec l’Ukraine qui peut nous conduire vers l’apaisement. Au contraire, il risque de nous entraîner encore plus dans le conflit. Il prévoit en effet l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne et dans l’ OTAN. Nous y sommes opposés, d’autant que cette question figurera en tête des négociations à venir entre les belligérants. J’ajoute que l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne va mettre à mal notre agriculture, notre industrie, en provoquant un dumping social que les Français rejettent massivement. Et comme eux, nous rejetons aussi cette idée. Tout aussi préoccupant est le volet « coopération militaire de défense » dans cet accord, qui est qualifié de « non exhaustif », c’est-à-dire « sans limite », comme l’a dit le président. Comment peut-on signer ainsi un chèque en blanc avec un État en guerre ? Mes chers collègues, nous le savons tous ici, un jour, nécessairement, des négociations auront lieu. Le président de la République nous l’a dit lui-même lors de notre échange jeudi dernier. Mais alors, ne perdons pas une minute, car chaque heure, chaque jour, chaque semaine apporte son lot de morts et de destructions. Puisque l’issue est connue, pourquoi attendre des centaines de milliers de morts supplémentaires avant de mettre un terme à ce conflit ? Notre seule obsession devrait être de tout mettre en œuvre pour trouver les chemins d’un cessez-le-feu, d’une négociation garantissant la sécurité collective des pays d’Europe, de l’Atlantique à l’Oural. Toutes les voies diplomatiques n’ont pas été exploitées. Loin de là. Le Brésil, l’Inde, la Chine ou encore l’Afrique du Sud ont déjà fait des propositions. Vendredi, le président Erdoğan indiquait que la Turquie était prête à accueillir un sommet Russie-Ukraine. La Russie elle-même s’est dite prête à un cessez-le-feu, comme nous l’indiquait le président de la République. La diplomatie, ce n’est pas de savoir discuter uniquement avec ses amis, Messieurs les ministres. C’est aussi avoir le courage de chercher des solutions politiques, plutôt que de bomber le torse et d’endosser ses habits militaires. Enfin, œuvrer à une issue diplomatique et rapide à la guerre n’est pas faire injure à l’Ukraine. Le peuple ukrainien, lui aussi, aspire à la paix, à la sécurité. C’est un peuple courageux, résistant. Garantissons-lui d’être à ses côtés, de faire respecter sa souveraineté, comme les résolutions de l’ONU, sous l’égide de l’ONU et, si besoin, des Casques bleus, comme l’Histoire l’a déjà fait. Pour y travailler, nous appelons à la mise en place d’une conférence sur la sécurité collective des pays européens. Ce n’est bien sûr pas à nous de proposer des solutions précises, elles émergeront dans le cadre d’une négociation durant laquelle tous les éléments devront être mis sur la table. Oui, la France a une voix forte à porter. Vous me permettrez de dire que la crédibilité de la France, comme de l’UE, est aussi liée à nos actes concernant d’autres conflits, comme celui qui se déroule en Palestine. Car il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures en matière de droit international, de respect des résolutions de l’ONU et dans la dénonciation des crimes comme ceux subis par le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie. Que la France reconnaisse la Palestine dans ses frontières de 67, comme me l’a encore demandé le Premier ministre palestinien rencontré mardi dernier à Ramallah, ce serait un acte politique fort qui entraînerait d’autres pays dans ce choix. Concernant l’aide à l’Ukraine, oui, la France doit encore aider l’Ukraine, mais pas seulement en lui donnant des armes. Bien sûr, je pense à la solidarité concrète et je salue l’accueil des familles ukrainiennes en France, auquel d’ailleurs les maires et les élus communistes ont pleinement participé, et nous en sommes fiers. Mais je pense aussi à l’aide financière que l’Union européenne apporte. Et là, permettez-moi de dénoncer l’hypocrisie de l’UE. L’aide d’un montant de 18 milliards d’euros annoncée par l’UE en novembre 2022 est en réalité un cadeau empoisonné, puisqu’elle est versée sous forme de prêts à rembourser avec intérêts bancaires. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’être libéraux et de vouloir gagner de l’argent sur leur dos. Vous devriez avoir honte. Pour nous, aider l’Ukraine, c’est prêter à taux zéro. Et ce n’est pas contribuer à leur endettement ravageur ! Au bout du compte, ce seront les travailleurs ukrainiens qui paieront l’addition, avec des salaires en baisse, une précarisation des conditions de travail et des services publics démantelés. Le peuple est toujours en première ligne lorsque gronde le fracas de la guerre, et c’est pourquoi nous devons tout faire pour l’éteindre. Et c’est encore possible. Et nous, députés GDR et communistes, ne cesserons jamais d’œuvrer pour empêcher la guerre totale et généralisée. Le XXIe siècle ne doit pas être celui d’une troisième guerre mondiale. Jusqu’à la dernière minute, nous nous y engagerons. Dans le dernier discours de sa vie, prononcé le 25 juillet 1914 à Lyon, cinq jours avant d’être assassiné, quelques jours avant le déclenchement de cette Première Guerre mondiale, Jean Jaurès y croyait encore. Il disait : « J’espère encore, malgré tout, qu’en raison de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne. » Ne tuez pas une deuxième fois Jean Jaurès et, comme lui, nous appelons le Gouvernement à se ressaisir. Voilà pourquoi, voilà pourquoi nous nous prononçons à l’unanimité de notre groupe contre cet accord qui nous engage pour dix ans, avec des objectifs imprécis et dans des termes flous. Un accord qui ne trace aucune ligne rouge, aucune perspective de paix et participe à l’escalade militaire. Le vote d’aujourd’hui sera inscrit dans l’Histoire, car il peut précipiter notre pays dans la guerre. Encore une fois… Malheureusement, une grande majorité dans cette Assemblée s’apprête à voter pour une telle déclaration, un tel accord, un tel traité. Vous vous apprêtez à voter très majoritairement pour, alors que les Français sont très majoritairement contre. Alors, encore une fois, les communistes, fidèles à leurs convictions et comme ils l’ont toujours fait dans l’histoire de notre pays, seront ceux qui, ici encore, voteront contre la guerre et pour la paix, pour une solution politique, pour une solution diplomatique. Encore une fois, nous serons fidèles à nos convictions et nous resterons aux côtés des Français qui, aujourd’hui, ne sont pas pour entrer en guerre contre la Russie. Je vous remercie.
Je vous remercie, mon cher collègue. La parole est à présent au président Bertrand Pancher.
Donc, on a deux groupes pour : le PS et Horizons et apparentés ; un groupe, on n’est pas bien sûrs, les écolos ; et un groupe contre : les communistes.
Mesdames, Messieurs les ministres, chers collègues, depuis plus de deux ans, la Russie tente d’imposer par…
Ils démarrent tous pareil !
… la force ce qu’elle ne détient pas par le droit, c’est-à-dire la souveraineté sur l’Ukraine. Elle massacre hommes, femmes et enfants avec une brutalité inouïe. Mais les Ukrainiens résistent et nous donnent sans cesse des leçons de courage. L’Ukraine est un pays libre. Ses frontières ne sauraient être modifiées par la violence des chars et les mensonges des discours. Rappelons qu’il y a un agresseur, la Russie, et un agressé, l’Ukraine. Parce que le gouvernement de Kiev est démocratiquement élu, parce que l’Ukraine est européenne, parce que la Charte des Nations unies reconnaît le droit naturel à la légitime défense, parce que le peuple français souhaite avant tout le maintien de la paix et de la sécurité internationale, la France soutient l’Ukraine depuis deux ans. Ce soutien ne se tarira pas, notre attention ne sera pas détournée, notre position ne changera pas. Le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires soutiendra toujours le peuple ukrainien face à l’agression du régime autoritaire de Poutine. Nous nous joindrons à toute action politique qui permettra à l’Ukraine de retrouver sa pleine souveraineté dans ses frontières internationalement reconnues. Sans bellicisme, mais sans naïveté, nous savons que Poutine ne représente pas les aspirations du peuple russe et que sa fuite en avant, comme tout autocrate, est un moyen de maintenir son joug sur le pays. C’est pourquoi mon groupe salue l’accord de coopération signé le 16 février dernier et soutient l’engagement financier et diplomatique qui l’accompagne. Nous saluons également l’organisation de la conférence du 26 février dernier à Paris, réunissant près de 30 dirigeants européens et nord-américains pour coordonner les aides ukrainiennes. Nous allons donc de nouveau apporter, par notre vote aujourd’hui, le soutien de la France à l’Ukraine. Face à la menace qui pèse sur les libertés en Europe et sur la remise en cause de l’ordre international, nous considérons, en âme et conscience, que ce n’est pas le moment d’afficher ici de quelconques divergences ou de donner le spectacle d’une rare hypocrisie sur certains bancs de cet hémicycle, clamant la bouche en cœur : « Nous aimons tous l’Ukraine, mais nous ne voulons pas l’aider à se défendre. » Il serait fallacieux d’interpréter notre vote autrement, en soulignant que le président de la République aura tout de même tardé à assumer sa fermeté après avoir tenté jusqu’au bout de négocier avec Poutine, parfois même à la limite de l’humiliation. En ce sens, sa position est clarifiée, tant mieux. Alors que guette une possible réélection de Donald Trump, il s’agit plus que jamais de mettre en forme, et enfin, l’autonomie stratégique européenne. En soulignant aussi que dire, c’est bien, mais que faire, c’est mieux. Nous pensons à nos engagements trop réduits en matière d’armement : 3,8 milliards pour le moment, contre 18 en Allemagne, même s’il est vrai que nous livrons réellement tout ce que nous promettons. Mettons aussi en garde le président de la République sur les dangers de s’isoler, non pas que l’on conteste l’utilité de l’ambiguïté stratégique en matière d’utilisation de nos forces armées. C’est par définition ce qui nous rend crédibles. Mais les réserves de nos partenaires n’ont fait que démontrer que tout le monde n’était pas sur la même longueur d’onde. Nous pensons donc qu’il faut faire attention à des initiatives isolées. Puisque la France assure actuellement la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, mettons aussi ce mandat éphémère à profit pour remobiliser la communauté internationale et nos alliés. Renforçons les autres actions communes des Européens. Je pense ici à l’utilisation des revenus générés par les avoirs de la Banque centrale russe, gelés par l’Union européenne : 300 milliards d’euros. Je pense aussi à la protection temporaire accordée aux réfugiés ukrainiens. Soutenons toutes les initiatives françaises qui participeront à faire reconnaître devant la Cour pénale internationale les crimes de guerre odieux commis par l’armée russe en Ukraine. Je pense notamment à l’envoi de magistrats et d’enquêteurs. Les massacres de civils, l’utilisation du viol comme arme de guerre, la destruction des hôpitaux ou les frappes contre les convois humanitaires ne resteront pas sans réponse. La Russie perdra la guerre. Nous devons préparer la suite. Mais ne nous leurrons pas : Poutine a commencé ses basses œuvres en Tchétchénie, en Géorgie, en Syrie, en Crimée, puis dans le Donbass. Il menace nos intérêts en outre-mer et en Afrique. Il est à l’origine des cyberattaques dont nous sommes victimes. Si nous ne l’arrêtons pas, il continuera. Après l’Ukraine, il dépècera la Moldavie et s’attaquera aux pays baltes. Et à ceux qui s’interrogent encore sur la nécessité ou non de nous mobiliser totalement pour l’Ukraine, qu’ils relisent tous les enseignements de l’Histoire : en faisant preuve de faiblesse ou en reculant, nous nous préparons devant le fait accompli. Loin de préserver la paix, nous ne faisons qu’amplifier le bruit des bottes. Vive l’Ukraine, vive l’Ukraine éternelle, vive l’Ukraine libre !
Merci beaucoup, Président. La parole est à présent au président Sylvain Maillard, pour le groupe Renaissance, pour une durée de cinq minutes.
C’est Arnaud Le Gall qui parlera pour LFI. Sylvain Maillard, Renaissance.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames les ministres, Messieurs les ministres, mes chers collègues, depuis deux ans, l’Ukraine est le théâtre d’une guerre sanglante d’une intensité jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale, où les morts se comptent par centaines de milliers et qui a déjà engendré plus de six millions de réfugiés. Oui, depuis deux ans, la guerre est en Europe, aux frontières de l’Union européenne. Et tout cela par la faute d’un seul homme, unique agresseur : la Russie de Vladimir Poutine. Ce régime qui traque et assassine toute contestation ou libre expression. Et j’ai une pensée pour le courage d’ Alexeï Navalny.
Je rappelle, si vous débarquez, que nous avions, à Au Poste, l’avocat de Navalny il y a quelques jours, William Bourdon. Je vous invite vraiment à aller réécouter l’interview. Elle est sur auposte.fr, et notre QG, c’est notre abri. C’est là que vous pouvez retrouver tous les directs et surtout toutes les rediffusions, ainsi que nos enquêtes.
Depuis le premier jour de la guerre, notre majorité n’a jamais varié dans son soutien au peuple ukrainien. Dès 2022, nous avons doublé le fonds de soutien à l’Ukraine en faveur de son effort de guerre. En 2023, nous y avons ajouté 200 millions d’euros supplémentaires. Nous avons aussi condamné, par plusieurs résolutions ici, aussi bien les crimes passés envers l’Ukraine, telle que la terrible famine de l’Holodomor, que les crimes actuels commis à son encontre par les troupes russes. Ai-je encore besoin de les énumérer ici ? Car désormais, les noms de Boutcha et de Marioupol nous sont aussi tristement célèbres que ceux de Sarajevo ou de Srebrenica. Pourtant, malgré tout cela, certains, dans cet hémicycle, choisissent de renvoyer dos à dos les deux pays et prônent même la sortie de l’OTAN pour « donner des garanties de sécurité à la Russie ». Nous en donne-t-elle lorsqu’elle viole la souveraineté des États et des peuples, lorsqu’elle provoque une crise alimentaire en retenant les bateaux en mer Noire, lorsqu’elle entretient une crise énergétique au niveau mondial, lorsqu’elle nous cible à coups de campagnes de désinformation et d’attaques cyber ? Collègues d’extrême gauche, votre pacifisme de façade conduirait à se soumettre aux pires dictatures qui, certes, vous fascinent depuis si longtemps. Et vous, à l’extrême droite…
Oh, eh, oh, oh ! Je t’entends avec mon casque sans fil, toi, Maillard !
… la conciliation à tout prix avec la Russie.
À propos de Marioupol, l’Oscar du documentaire a été décerné à un documentaire sur Marioupol.
Et je repense aux mots du général de Gaulle lorsqu’il affirmait déjà en 1961…
Mais arrêtez avec vos souvenirs des généraux et des trucs et des machins, c’est bidon, tout ça.
… « n’ont pas de meilleur moyen de servir la paix du monde que de rester droites et fermes ». Lui savait, mieux que quiconque, le prix pour les peuples de la capitulation et du déshonneur. Voter pour cet accord de sécurité signé entre le président de la République et le président ukrainien, ce n’est pas acter une escalade de la guerre. C’est réaffirmer notre engagement constant aux côtés du peuple ukrainien. Et c’est dire à la Russie que l’Europe ne cédera plus jamais aux menaces ou à la peur. Chers collègues, le courage ne se contrefait pas, c’est une vertu qui échappe à l’hypocrisie. Par ce vote, vous démontrerez que votre soutien à l’Ukraine va au-delà de belles paroles. Parce que nous ne nous résignerons jamais à ce que les démocraties plient devant les dictatures. Parce que nous serons toujours du côté des peuples qui veulent vivre et demeurer libres. Le groupe Renaissance votera à l’unanimité pour cet accord de sécurité. Je vous remercie.
Je vous remercie, Monsieur le Président. La parole est à Mme la présidente Marine Le Pen, pour le Rassemblement national, pour une durée de quinze minutes.
En envahissant l’Ukraine le 24 février 2022, la Russie a déclenché une guerre aux portes de l’Union européenne et une crise géopolitique qui est sans doute la plus dramatique de ces vingt dernières années. Aux centaines de milliers de morts et de blessés causés par cette épouvantable guerre, aux millions de déplacés, aux populations civiles qui la subissent encore chaque jour, à la nation ukrainienne agressée, nous devons notre respect et notre soutien. En effet, c’est d’abord grâce à la résistance héroïque du peuple ukrainien que la Russie s’est retrouvée en échec. La France a bien sûr pris toute sa place dans le juste soutien à cet héroïsme. Je pense tout d’abord à ces villes et villages qui ont accueilli des milliers de réfugiés, comme l’a fait Louis Aliot à Perpignan ou Steeve Briois à Hénin-Beaumont.
Placement de produits. Ah, on les aime bien, les immigrés blancs.
Sur ce point, la France n’a pas à rougir de l’effort consenti, effort d’autant plus louable que notre appareil de défense commence tout juste à se remettre des terribles politiques de vos prédécesseurs. Le troisième volet de ce soutien, les sanctions, a, lui, montré ses limites. Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler les propos de votre ministre de l’Économie, mais manifestement l’économie russe n’est, hélas, pas à genoux. En revanche, certaines sanctions ont passablement affaibli nos économies et ont touché de plein fouet les ménages français. On ne mène pas une guerre énergétique quand on n’a pas ou peu d’énergie. On aurait, au contraire, pu mener une guerre agricole. Quand on a une agriculture, c’est plus cohérent. Nous soutenons d’ailleurs l’interdiction des importations de céréales russes dans l’Union européenne, importations qui restent à un niveau élevé et qui ont même augmenté depuis deux ans. Mais au-delà de nos devoirs vis-à-vis du peuple ukrainien martyrisé, nous avons des devoirs envers le peuple français. Et à ce titre, c’est à lui, Monsieur le Premier ministre, que nous devons la transparence démocratique et la vérité qu’exigent de nous ces terribles circonstances. Cette vérité, nous la devons d’autant plus à nos compatriotes que c’est bien de la vie de nos jeunes soldats qu’il sera question si, par malheur, les annonces guerrières d’Emmanuel Macron se révélaient être mises en œuvre. Heureusement, elles ont été unanimement rejetées par la communauté internationale, de Washington à Berlin, d’Oslo à Madrid. J’en profite, à ce titre, pour rappeler à toutes fins utiles à ceux de nos responsables qui confondent verbiage et fermeté que la meilleure ambiguïté stratégique, c’est le silence, qui plonge l’adversaire dans l’incertitude. Cette sage ligne de conduite semble malheureusement avoir été oubliée. En suscitant les dénégations de nombreuses capitales quant à l’envoi de troupes au sol, Emmanuel Macron a finalement et malheureusement rassuré Vladimir Poutine. En reprenant la théorie du « sans limite », votre déclaration, Monsieur le Premier ministre, ne m’a pas rassurée, pas plus qu’elle n’a, je crois, rassuré les millions de Français inquiets depuis les déclarations guerrières du président de la République. Paradoxalement, les propos d’hier du président Zelensky paraissent plus rassurants aux Français que ceux de leur propre président. L’accord que vous avez signé, Monsieur le Premier ministre, ne remplit pas deux conditions essentielles : d’une part, son caractère nécessaire et, d’autre part, son caractère proportionné. Si j’en conteste la nécessité, c’est parce que la France, depuis deux ans, soutient l’Ukraine dans des proportions majeures que nul, dans cet hémicycle, n’a contestées ou n’envisage de remettre en cause. Pour prodiguer ce soutien, la France n’a pas eu besoin, jusqu’ici, de conclure d’accords spécifiques. En renforçant sa posture militaire sur le flanc oriental de l’ OTAN, elle n’a fait que respecter les engagements pris dans le cadre du traité de l’Atlantique Nord. En envoyant des équipements, du carburant et des moyens financiers à l’Ukraine, le Gouvernement a exploité les marges dont il disposait en de telles circonstances pour porter assistance à un État agressé. Depuis deux ans, l’aide apportée à l’Ukraine donne lieu à une information et à des votes réguliers, en tout cas quant à son coût budgétaire, du Parlement. Cet effort de transparence est indispensable, parce que les Français, pour qui la guerre en Ukraine a aggravé un choc inflationniste sans équivalent depuis des décennies, comprennent le sens de vos décisions et en valident, par leurs représentants élus, le contenu et le montant. Il n’existe aucun besoin, sauf à affaiblir ce nécessaire et régulier contrôle démocratique de votre action, d’inscrire en une seule fois et pour plusieurs années l’ensemble de ces mesures dans un traité bilatéral. En outre, ce contrôle périodique est d’autant plus indispensable que les mesures de soutien à l’Ukraine, lorsqu’elles passent par des cessions de matériel militaire, se font inévitablement au détriment du potentiel de nos propres forces armées. Alors que les rapports parlementaires soulignent depuis des années le caractère échantillonnaire de nos forces et l’insuffisance…
Petit rappel historique dans le tchat.
… à inscrire la possibilité d’un droit de tirage opaque sur les armes dont nos soldats disposent aujourd’hui. Que ferez-vous demain si nos troupes se trouvaient incapables, faute de moyens adéquats, de répondre à une crise de haute intensité, crise dont vous semblez précisément juger la survenue plausible dans les années à venir ? La preuve de ce que j’avance est l’incapacité déjà visible du ministère des Armées et de la DGA à maintenir nos industries de défense et à payer les programmes de la LPM qui, à peine votée, apparaît déjà tragiquement sous-financée et menacée de toutes parts. Le financement du successeur du Charles-de-Gaulle ne serait même pas assuré, la DGA demandant aux industriels de le financer en partie. Plusieurs commandes, vedettes de protection ou remorqueurs côtiers, peinent à être financées, voire risquent d’être annulées. De ce devoir de remonter en puissance de notre outil militaire, vous vous apprêtez, par ce projet de traité, à vous exonérer.
Permettez-moi, Monsieur le Premier ministre, d’estimer que la poursuite de nos différents objectifs — le soutien à l’Ukraine, la préservation de la vie de nos soldats et l’organisation de la défense nationale — vaut sans doute qu’un contrôle parlementaire soit exercé à intervalles réguliers sur les cessions de matériel militaire. Ensuite, je conteste la proportionnalité de cet accord. Car il inclut également des dispositions qui constituent des lignes rouges pour le Rassemblement national et pour des millions de Français, en tant qu’elles font courir le risque d’une aggravation du conflit. En soutenant l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’ OTAN, vous déstabiliseriez gravement non seulement l’intégralité des politiques communautaires, agricoles en premier lieu, mais aussi la sécurité de l’Europe, puisque l’adhésion à l’ OTAN entretiendrait un état de guerre permanent aux frontières des deux pays, avec le risque d’un conflit mondial entre une Russie nucléaire et une Alliance atlantique également nucléaire.
Ça fait deux appels du pied aux agriculteurs.
En évoquant dans l’accord une dissuasion active, vous semblez être prêts à mettre en œuvre la dissuasion nucléaire française elle-même. Qu’entendez-vous donc par cet engagement ? Est-ce le prépositionnement de Rafale armés de missiles nucléaires sur le territoire d’un pays balte de l’ OTAN ? Si tel est le cas, alors vous brisez la doctrine française selon laquelle l’arme nucléaire n’est pas une arme tactique mais stratégique, utilisée en cas de violation flagrante, caractérisée, de nos intérêts vitaux. Sinon, n’est-ce pas galvauder le terme même de dissuasion que de l’utiliser à tout bout de champ, alors que l’intention n’y est pas ? Monsieur le Premier ministre, manifestement, ce terme de « dissuasion active » est déraisonnable et il devrait être retiré de cet accord. Le catalogue des promesses de cet accord de défense apparaît intenable militairement, financièrement et industriellement et n’apporte aucune garantie à une amélioration de la situation de l’Ukraine. On ne peut que déplorer que vous y ayez intégré des éléments qui empêchent — et vous le saviez — un vote unanime sur votre déclaration. Mais peut-être, Monsieur le Premier ministre, est-ce l’objectif ? Vous vous parez du lin blanc du camp du bien et rejetez l’ensemble des oppositions, et donc des millions de Français qu’elles représentent, dans le camp du mal, dans un choix indigne que vous semblez vouloir imposer : soit on est pro-Macron, soit on est accusé d’être pro-Poutine. Cette attitude, je vous le dis tranquillement mais solennellement, est abjecte, tant les souffrances de l’Ukraine sur lesquelles vous cherchez à surfer sont vives. Vous avez, sans même vous en cacher, détourné, exploité, instrumentalisé une crise internationale majeure pour la mettre au service d’un agenda électoraliste de court terme. Ce genre de pratique porte en français un nom : la basse politique politicienne, celle-là même qui provoque chez nos concitoyens désintérêt, résignation et souvent abstention. J’en suis convaincue, les Français n’en sont pas dupes. Ce faisant, et c’est sans doute en réalité le plus grave, vous avez instillé l’idée qu’en défendant l’intérêt de la France, en défendant le respect de nos engagements internationaux, en étant fidèles à la tradition gaullienne qui a fait de nous une puissance d’équilibre écoutée et respectée dans le monde entier, vous avez instillé l’idée qu’en défendant ces principes constitutifs de notre nation et de notre peuple, et qui font à juste titre sa fierté et son honneur, on serait les relais d’intérêts étrangers. Pour cela aussi, Monsieur le Premier ministre, et en disant cela, je m’adresse également au président de la République, vous serez sévèrement jugés par nos compatriotes.
Donc là, un clin d’œil aux européennes.
Monsieur le Premier ministre, puisque vous êtes si enclins à dénoncer notre soi-disant incapacité à proposer des solutions, nos propositions, car elles sont plus que jamais d’actualité. Mobiliser les intérêts des avoirs russes à l’étranger, aujourd’hui gelés, pour financer l’effort de guerre ukrainien. Tiens, j’avoue ne toujours pas comprendre votre refus et nous n’avons, à cette heure, toujours aucune explication. Il devrait d’ailleurs en être de même des frais facturés par les banques ou du lancement d’une estimation des gains des profiteurs de guerre qui, depuis 2022, devraient être reversés aux États membres pour financer l’effort commun et indispensable de soutien à l’Ukraine. Et surtout, surtout… loin des déclarations bellicistes d’Emmanuel Macron, il faut réfléchir dès à présent au moyen de mettre autour de la table des négociations les acteurs de cet épouvantable conflit devenu le Verdun du XXIe siècle, qui n’a que trop duré. La défaite de la Russie dans cette guerre entreprise en violation flagrante du droit international, de la liberté du peuple ukrainien à choisir son destin et du plus élémentaire sens moral ne serait que justice. Mais, à votre différence, nous sommes guidés dans le froid royaume du possible, et non à travers les seules nuées du souhaitable, par le réalisme. Cette guerre se terminera inévitablement par une négociation, et vous le savez. Et l’objectif de la France et de ses alliés doit être, quand l’heure de celle-ci sera venue, que l’Ukraine s’y présente dans la situation la plus favorable afin de restaurer son intégrité territoriale. C’est à cela, et non à un bellicisme verbal dépourvu de tout dessein stratégique clair, que notre soutien à l’Ukraine, dont la poursuite est légitime et nécessaire, doit servir. Au lieu d’une politique chaotique, je plaide pour une politique réaliste. Pour rendre la paix possible, il faut d’abord définir les conditions d’un cessez-le-feu et garantir la sécurité de la région grâce à une France médiatrice. Évidemment, pour des motifs à la fois humains, stratégiques et politiques, la paix paraît inatteignable à court terme. Humainement, il est illusoire de croire que les Ukrainiens vont oublier ces deux années d’agression, les morts au combat, les civils tués et leur pays occupé, détruit. Stratégiquement et politiquement, il est illusoire de croire que la Russie va retirer ses troupes dans ce qui serait alors pour elle une défaite cinglante, défaite que nous ne pourrions d’ailleurs obtenir sans l’entrée en guerre de l’ OTAN et donc une mondialisation du conflit. Comme je l’avais déjà souligné ici même, lors du débat du 23 octobre sur le conflit israélo-palestinien, la paix semble donc aujourd’hui un rêve irréalisable. Faut-il pour autant y renoncer ? Je ne le crois pas. Emmanuel Macron semblait, il y a deux ans, en être convaincu. Il a changé d’avis une fois de plus. Et d’autres que la France, aujourd’hui…
Le RN, vous êtes pas mal aussi pour ça !
Vous nous dites que c’est sur l’accord que nous votons. Il nous semblait, nous, que c’était sur votre discours, dans lequel il n’y avait rien de précis ni rien de structuré. Alors, pour la sécurité des Français, nous ne pouvons adhérer aux conditions que vous posez dans cet accord, mais pour manifester notre soutien à l’Ukraine, et uniquement pour cela, nous nous contenterons d’une abstention.
Je vous remercie, Madame la Présidente. La parole est à Monsieur Arnaud Le Gall, pour le groupe La France insoumise.
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs les ministres, chers collègues, ce débat est un simulacre. Vous avez choisi le débat de l’article 50-1, suivi d’un vote indicatif qui ne vous engage à rien. Ce n’est pas à la hauteur de la situation. Non, nous ne décidons pas aujourd’hui réellement d’un accord de sécurité avec l’Ukraine. Vous l’avez déjà signé, sans rien demander à personne. Vous nous demandez de signer un chèque en blanc, après les déclarations va-t-en-guerre irresponsables du chef de l’État, chef des armées. Nous ne pouvons l’accepter. Les escalades militaires sont toujours précédées d’escalades verbales. À cet égard, le mois écoulé donne le vertige. Le 5 février, le chef de l’État a jugé utile de s’exprimer sur la dissuasion nucléaire française. Il a proposé d’ouvrir le parapluie nucléaire français à l’Union européenne. Une absurdité. Dans un domaine où le laconisme est la règle, il a créé, au pire moment, la confusion. Puis, le 16 février, l’accord de sécurité entre la France et l’Ukraine a été signé sans débat parlementaire ni information préalable. Ayant condamné dès le premier jour l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, nous avons approuvé à ce titre les initiatives de soutien au peuple ukrainien, et notamment les cessions d’armement, pour autant qu’elles n’affaiblissent pas nos propres capacités de défense, qu’elles n’entraînent pas un risque d’escalade en permettant de frapper en territoire russe et que le Parlement soit saisi. Une telle aide peut parfaitement perdurer sans besoin de signer quoi que ce soit, car je signale que signer un accord avec un pays déjà en guerre est une nouveauté dans notre histoire. Et s’il s’agissait seulement de défense et de sécurité, le débat aurait lieu sur d’autres bases. Or, l’accord assume le soutien de principe à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union sans vote ni du peuple ni de ses représentants. Nous ne sommes pas d’accord. En l’absence d’harmonisation fiscale, sociale et écologique préalable, cette adhésion aurait des conséquences dévastatrices pour notre économie. Notre agriculture est déjà écrasée par cette concurrence. Le texte se prononce aussi pour le soutien de principe à l’entrée de l’Ukraine dans l’ OTAN. Ce genre d’annonce ferme d’emblée toute discussion en vue d’un règlement durable du conflit. Nous votons contre. Mais à quoi bon ce vote ? Je l’ai dit, ce débat est un simulacre. Le texte de l’accord lui-même n’a plus de sens depuis que le président de la République a évoqué la possibilité d’envoyer des troupes au sol en Ukraine. Il nous a alors fait passer dans une autre dimension. Ce n’est pas un hasard si vous avez annoncé ce débat, non pas après la signature de l’accord, mais bien après les propos du président de la République le 26 février. Oui ou non, acceptons-nous que la France, puissance nucléaire, se place en situation de guerre face à la Russie, puissance nucléaire ? Voilà la question qui nous est posée aujourd’hui. La déclaration irresponsable du président de la République a ouvert la voie à une escalade que nous ne pouvons cautionner. Comment croire qu’il a créé une ambiguïté stratégique ? Au contraire, la succession humiliante de communiqués des principaux alliés de la France, se désolidarisant de cette déclaration, a amené tout le monde à afficher ses limites. Poutine n’en demandait pas tant. L’ambiguïté stratégique est incompatible avec l’agitation verbale. Le chef de l’État a depuis persisté et signé. À Prague, le 5 mars, il a assimilé la prudence des dirigeants à la lâcheté, aggravant encore l’isolement de la France. Puis, aux responsables des partis politiques reçus à l’Élysée, le 7 mars, il a déclaré qu’il n’y avait aucune limite, aucune ligne rouge au soutien de la France à l’Ukraine. Aucune limite ! Vous êtes sérieux ? La parole de la France est encore affaiblie. Ce n’est pas la première fois, puisque auparavant, de sommet UE-Ukraine en sommet de l’ OTAN, vous aviez, de concert avec les autres partis, fixé des objectifs que vous avez été ensuite incapables de tenir, même pour les fournitures militaires. Vous parlez désormais de passer en économie de guerre, sans avouer aux Français les graves implications sociales et militaires d’un tel choix. Notre devoir est de lui dire stop. Stop à cette agitation verbale incompatible avec une action concrète dans une stratégie cohérente. Stop à l’idée même d’entrer en guerre face à une puissance nucléaire dès lors que nos intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Il est urgent de revenir aux principes de responsabilité. Il faut affirmer qu’il n’y aura pas d’issue militaire acceptable à ce conflit. Il est important de redonner une chance à la diplomatie. Il ne nous appartient pas, à nous Français, de définir maintenant les termes d’une négociation acceptable. Mais nous devons œuvrer, agir, pour que le processus s’enclenche et progresse. Quel que soit le cadre retenu, l’ONU, gardienne du droit international, doit en être garante. Le retour à la paix exigera, c’est certain, l’établissement de garanties concrètes de sécurité pour les deux parties, comme le président lui-même le disait en décembre 2022, et comme il l’a redit lors de sa rencontre avec les chefs de parti. Pour commencer, prenons en main des problèmes concrets de sécurité concernant toute la région, voire le monde, pour conduire les belligérants autour de la table. Dès 2022, quand les combats se rapprochaient de la centrale nucléaire de Zaporijjia, nous proposions, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, que l’ONU s’empare du sujet. Nous avons reçu railleries et moqueries. Quelques mois plus tard, l’Agence internationale de l’énergie atomique le faisait et l’expertise française était mobilisée. Le Parlement ukrainien émettait la même demande. La question se pose à nouveau, car maintenir sous cloche les installations nucléaires au-delà du délai de sécurité indiqué par les experts représente un grand danger. Le calendrier diplomatique doit partir des objectifs atteignables à horizon visible pour, de proche en proche, avancer sur les questions qui paraissent insurmontables aujourd’hui. Tout est possible encore pour la paix. Le cessez-le-feu serait demandé par la Russie, si l’on en croit les déclarations du président Macron aux chefs de parti. Et, toujours selon le Président, le vote sous stricte surveillance internationale des populations concernées pour décider de leur appartenance serait accepté par l’Ukraine. L’objectif doit être de mettre sur pied une architecture régionale de sécurité collective durable. Il faut le faire maintenant, puisque cela n’a pas été fait à la chute de l’empire soviétique. Il faut chercher ensemble des garanties pour l’intégrité des frontières. Il est inacceptable de régler les litiges par des invasions. Un cadre existe pour discuter, c’est l’ OSCE, créée dans un des pires moments de la guerre froide et à laquelle adhèrent 52 États, dont la Russie, l’Ukraine, les États-Unis et les nations de l’Union européenne. Et si l’on estime que ce cadre est paralysé, donnons-nous les moyens d’en réinventer un. Car c’est le principe même de la diplomatie que de rechercher la lumière au milieu du tunnel. La France doit être une puissance facilitatrice pour la paix, et non un boutefeu. Depuis deux ans, nous accueillons des opposants russes à la guerre de Poutine. Même eux nous disent que l’existence de partisans de la paix en Europe aide l’opposition russe. L’enfermement manichéen et la surenchère militaire ne sont conformes ni à l’histoire ni aux principes non alignés de notre patrie. De De Gaulle à Mitterrand et Chirac, la France a été une puissance non alignée, décidant souverainement de ses alliances et de ses combats. Au Conseil de sécurité, elle fut longtemps le membre permanent le plus à même de parler avec tout le monde, car il ne faut pas confondre diplomatie et posture morale. Le principe même d’une action internationale au service de la paix est de s’autoriser à parler à ceux qui ne sont pas nos amis. Capable de parler à tous, la France pouvait alors contribuer à produire des compromis dans l’ordre du droit. Que reste-t-il de tout cela ? Plus grand-chose, hélas, après des années de réalignement qui furent aussi, pour notre appareil diplomatique, des années de recul. Avez-vous vu que notre réseau diplomatique vient d’être déclassé ? Naguère deuxième, nous sommes maintenant relégués au cinquième rang derrière le Japon et la Turquie. Vous avez supprimé les corps diplomatiques au moment où nous en avions le plus besoin. Et les nouvelles coupes budgétaires annoncées par le ministre de l’Économie vont encore affaiblir l’action extérieure de la France. Mais peu importe, nous a-t-il répondu en commission, vous avez accru le budget de l’armée. Croyez-vous sérieusement que la force militaire, sans réseaux diplomatiques solides, sans stratégie internationale cohérente, suffise à produire une solution viable ? Dans le vide laissé par la France, d’autres pays s’engouffrent. Par exemple, quand il a fallu conclure un accord sur l’exportation du blé ukrainien, c’est la Turquie qui a été à la manœuvre. Quand il a appelé ce dimanche à une négociation, c’était la Turquie que le pape François a citée comme médiatrice possible. La Turquie, pas la France. Comment en sommes-nous arrivés là ? Voilà où nous ont conduits, en politique internationale, les déclarations à l’emporte-pièce, les prises de position incohérentes, les indignations à géométrie variable, l’usage du mégaphone quand il faut savoir se taire et le silence quand il faudrait dénoncer. La France n’a pas à s’enfermer dans un camp occidental, atlantiste ou autre. Cette attitude nous isole et ternit le rayonnement international de notre patrie. Dans la guerre en Ukraine, comme à Gaza, comme en République démocratique du Congo, comme au Liban, notre pays, présent sur tous les continents, doit au contraire être à la pointe du combat pour la paix. Il doit, avec d’autres, rechercher et proposer toujours des issues au lieu de se précipiter dans des impasses. Je vous remercie.
Je vous remercie.
C’était donc Arnaud Le Gall, de La France insoumise, groupe Nupes, et maintenant qui vote contre. Donc, si je fais le point… Attendez, attendez, qu’est-ce que j’ai noté ? Alors, là, on va écouter Les Républicains. Le PS va voter pour, Horizons et apparentés pour, les écolos, c’est pas clair, le PC contre, LIOT pour, Renaissance pour, le RN abstention et LFI contre.
Mes chers collègues, le 24 février 2022, au matin, a sonné pour ceux qui y croyaient encore la fin d’une illusion. La fin de cette fin de l’Histoire qu’on nous avait promise à la chute de l’Union soviétique. C’était le retour de la guerre sur le vieux continent, qui se réveillait de sa torpeur. Les Ukrainiens, eux, avaient de bonnes raisons de ne pas se fier à ces fables. La Russie de Poutine, humiliée, revancharde, cherchait, cela ne faisait aucun doute, à retrouver sa puissance perdue. C’est pourquoi, si l’Europe n’était pas prête, les forces ukrainiennes l’étaient. Le déferlement de violence de l’armée russe, supérieure en nombre, n’emporta pas la victoire rapide espérée. Et progressivement, le front devait se geler. Car si la Russie n’a pas gagné, elle n’a ni fléchi ni renoncé à ses ambitions stratégiques. Réaffirmons-le haut et fort, et prenons-en la mesure. Cette agression est inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est la négation la plus fondamentale du droit international, la remise en cause de toute l’architecture de sécurité des…
Bien sûr, il y a eu la guerre en Yougoslavie, mais c’était une guerre civile, une guerre entre voisins.
… mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, rasant des villages entiers et déportant des enfants ukrainiens. Une Russie qui envoie ses opposants au goulag. Dans ce contexte, notre responsabilité évidente est d’apporter un soutien sans faille au peuple ukrainien pour lui permettre de faire face à la machine de guerre russe. Le président ukrainien multiplie donc les initiatives pour sécuriser les alliances, redoublant d’efforts devant la possibilité d’un désengagement américain. Il en est ainsi de cet accord qu’il fallait naturellement signer. Car le Kremlin nous scrute, cherche les signaux de lassitude ou de discorde, tandis que ses services usent de toutes les armes de la guerre de l’information pour retourner les opinions publiques. Nous ne pouvons pas faire ce cadeau à M. Poutine du moindre hésitation dans le soutien à l’Ukraine. Mais ne nous racontons pas d’histoires, cet accord n’a de portée que symbolique. C’est un duplicata d’accords identiques, purement déclaratifs, qui seront signés à terme par une trentaine de pays. Contrairement à ce que disent certains, il ne s’agit pas, soyons très clairs, d’un traité international contraignant, mais d’une pure déclaration d’intention. Puisqu’il ne s’agit que d’intention, ne racontons pas non plus d’histoires à notre partenaire ukrainien. Si nous croyons à l’ancrage européen de l’Ukraine, son adhésion à l’Union européenne, évoquée dans cet accord comme un objectif, ne peut pas être à l’ordre du jour. Le président de la République lui-même l’a dit il y a quelques jours aux chefs de parti : il n’était pas favorable à l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne. Ceci dit, et puisqu’une occasion rare nous est donnée d’évoquer le conflit ukrainien dans cette Assemblée, je voudrais formuler quatre considérations. La première, vérité difficile…
Tu pourrais en parler tous les mardis, si tu veux, en questions au Gouvernement.
… de cette guerre. Nous n’avons pas été à la hauteur depuis les accords de Minsk II en 2015. La France et l’Allemagne étaient garantes de ces accords. Qu’a fait notre diplomatie entre 2015 et 2022 ? Qu’a fait M. Le Drian, sous la direction de M. Macron, pour éviter la tragédie actuelle et ses centaines de milliers de morts ? Aujourd’hui, l’Ukraine a besoin d’armes pour se défendre. Or, notre soutien militaire, de l’ordre de 2,6 milliards d’euros, est infime par rapport à l’aide matérielle américaine, qui a envoyé depuis le début de la guerre pour 2 milliards d’équipements par mois. Notre effort est aussi deux fois inférieur à celui de l’Angleterre ou du Danemark, huit fois inférieur à celui des Allemands et, en fait, au même niveau que la Norvège. Nous, Les Républicains, nous affirmons ici très clairement la nécessité d’envoyer plus de matériel au peuple ukrainien : des armes, oui ; des troupes au sol, non, évidemment. La réalité aujourd’hui, c’est que l’effort de guerre dont parle M. Macron ne se traduit pas par des commandes supplémentaires auprès de notre industrie de défense. Nos fabrications de bombes sont quasiment à l’arrêt, faute de commandes de l’État, Monsieur le ministre de la Défense. Ce dont l’Ukraine a besoin pour se défendre, ce ne sont pas des mots.
Les mauvaises langues, c’est parce qu’on fabrique des gaz lacrymogènes, mais ce sont des mauvaises langues.
L’écart entre les mots et la réalité n’est pas à l’honneur de la France. Deuxième vérité : les prises de parole intempestives du président de la République ont considérablement affaibli et brouillé la voix de la France sur la scène internationale. J’aimerais mieux ne pas leur prêter une importance indue, mais ce sont elles, malheureusement, qui fixent la ligne pour notre pays. Récemment, Emmanuel Macron a évoqué de façon aventureuse l’envoi de troupes au sol sur le front. Le président de la République a subi un désaveu unanime des chefs d’État européens. Même le président Zelensky a été obligé de dire hier aux Français qu’il ne nous demandait pas de venir mourir en Ukraine. M. Macron nous a expliqué depuis qu’il voulait installer une ambiguïté stratégique vis-à-vis des Russes. Mais je crains qu’à force de vouloir maintenir le flou, il ne s’y noie. La seule chose susceptible d’impressionner M. Poutine, ce ne sont pas les mots de M. Macron, c’est la réalité de notre effort d’armement. Rappelons-le, comme l’a fait un ancien Premier ministre qui faisait autorité en matière de politique étrangère, qu’en quarante ans de guerre froide, jamais les forces de l’ OTAN ne se sont directement confrontées à celles du pacte de Varsovie. Un tel changement de paradigme, s’il ne saurait être exclu, ne peut évidemment pas s’improviser au cours d’une banale conférence de presse. Troisième vérité : une part importante de nos concitoyens n’adhère pas ou n’adhère plus à la position de la France et de ses alliés dans le conflit. À certains, l’enjeu paraît lointain, secondaire, même négligeable. Pour d’autres, il n’apparaît plus désormais que comme le prétexte de petites tactiques électorales du président Macron à la veille des élections européennes, et on ne peut pas leur donner tout à fait tort. L’adhésion, ça ne se décrète pas à coups de déclarations martiales, c’est même l’inverse qui se produit. Il est donc fondamental de parvenir à expliquer l’importance de notre engagement en Ukraine pour la sécurité du continent, mais aussi pour notre propre sécurité face à une Russie qui, en Afrique ou sur le Net, s’en prend directement à la France. D’autre part, il est impératif que le poids de la guerre ne soit pas assumé par des catégories professionnelles déjà fragilisées. Je pense, Monsieur le Premier ministre, aux agriculteurs…
Eh, fais un effort, Marleix !
La libéralisation complète des importations d’œufs, de poulets, de sucre, de maïs, de blé, sans quotas ni droits de douane, est insupportable pour nos propres filières. Pour le maïs et le sucre, il est inacceptable d’importer sans contrôler l’équivalence des réglementations phytosanitaires. Sur le blé, les volailles, le sucre, vous devez exiger de l’Europe des clauses de sauvegarde sur les volumes. L’Europe doit permettre à l’Ukraine d’accéder au marché mondial. Elle n’a pas vocation à accepter sans limite une concurrence déloyale et destructrice. Dernière vérité, tout aussi difficile à admettre : nous n’avons pas aujourd’hui de but de guerre clair et partagé en Europe. Quel but ? Quel cap ? Quelle stratégie ? Sommes-nous, par exemple, d’accord avec l’Allemagne, qui se refuse à livrer certains missiles susceptibles d’être utilisés pour frapper les infrastructures en Russie ? Quelle ligne défendrons-nous lors du prochain sommet de l’ OTAN en juillet ? Voilà qui devrait également inciter notre président à la pondération au moment de s’exprimer sur le sujet. La surenchère permanente n’est définitivement pas une option. Notre responsabilité, c’est de soutenir l’effort de guerre ukrainien sans hésitation. C’est d’empêcher la Russie de gagner cette guerre, mais ce n’est pas de susciter l’escalade. Qui peut croire que le tout-militaire est une fin en soi, alors que toute l’histoire récente montre le contraire ? Qui imagine que le conflit s’achèvera par une marche victorieuse sur Moscou ? Aujourd’hui, nous devons tout faire pour aider l’Ukraine à être en position de force quand le jour viendra — il faut l’espérer, il faut le susciter de trouver une issue à la guerre. Notre responsabilité devant l’Histoire est aussi de préparer demain. Mes chers collègues, il est grand temps que la France, qui, comme disait Dominique de Villepin en 2003, n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes, fasse entendre une voix forte, claire, dans le monde. Cela passe d’abord sans doute par moins parler, mais de manière plus claire, sans quoi nous deviendrons peu à peu une nation de commentateurs. Cela suppose également de reconstruire les moyens de notre propre puissance, Monsieur le Premier ministre : militaire, énergétique, industrielle, agricole, parce qu’il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités, comme le disait si justement le général de Gaulle. Si nous ne sommes pas entrés en économie de guerre, comme l’avait pourtant annoncé le chef de l’État il y a deux ans, c’est parce que l’argent manque. Voilà la vérité. C’est le mur de la dette qui vous empêche de passer les commandes dont nous aurions besoin pour aider l’Ukraine et renforcer notre propre défense. On ne peut pas en même temps faire 50 milliards d’euros d’économies et atteindre 5 % du PIB pour notre défense, comme le fait la Pologne, par exemple. Pour conclure, le vote de l’Assemblée nationale aujourd’hui sera regardé dans le monde comme le vote de la France dans l’affirmation de ce soutien à l’Ukraine. Alors oui, le Parlement se doit d’afficher ce soutien au peuple ukrainien. Quant à vous, Monsieur le Premier ministre, vous leur devez des actes.
Je vous remercie, Monsieur le Président. La parole est à Monsieur le président de la commission des Affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges, pour le groupe Démocrate, pour une durée de dix minutes.
Donc, si vous avez compris, là, ils votent pour. C’est pas hyper clair, hein !
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, ce débat n’est pas seulement utile et bienvenu, il est nécessaire, indispensable, urgent. Au-delà du texte de l’accord de coopération militaire passé entre l’Ukraine et la France, accord que vous venez, Monsieur le Premier ministre, de présenter…
Ouais, c’est ça, Rolland !
… qui ne peut que recueillir l’approbation des députés de mon groupe, un constat s’impose avec une cruelle évidence. Il y a aujourd’hui, en Ukraine, en Europe et dans l’Occident tout entier, péril en la demeure. Péril aux frontières de notre Europe, ce petit cap d’Asie, si vulnérable et si ténu que décrivait Valéry, qui subit la plus violente tentative de forcement et de débordement de l’après-guerre. Péril pour nos valeurs humanistes, universalistes et démocratiques, chahutées comme elles ne l’ont jamais été depuis l’effondrement des dictatures nazies et staliniennes. Péril, enfin, pour l’unité de l’Europe et des démocraties occidentales, travaillées de part et d’autre de l’Atlantique par des forces de fragmentation et de renoncement qui placent nos libres sociétés dans un état de déséquilibre et de fragilité intérieure et extérieure que nous n’avons jamais connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Oui, mes chers collègues, nos débats prennent place en un de ces rares et graves moments de notre histoire où tout se décide pour des décennies. 1947, c’était l’entrée dans la guerre froide. 1969, c’était l’émancipation des peuples. Et aujourd’hui, c’est le retour au cœur de l’Europe d’une barbarie que nous n’avons pas su voir venir et qui nous déconcerte. Mes chers collègues, je vous laisse imaginer les possibilités d’intervention des forces russes en Moldavie et dans les pays baltes, pour commencer, dans l’hypothèse où elles seraient enfin débarrassées, par la victoire, de la vaillante armée ukrainienne. De quel poids pèserait alors dans la balance une Europe déconsidérée, impuissante, humiliée et, de surcroît, divisée ? Je rappelle à cette Assemblée que la distance entre Kiev et Paris, ce n’est même pas un aller-retour Paris-Rome. Pour nous autres Européens, les Ukrainiens ne sont pas seulement nos amis, ce sont nos proches, nos voisins, une partie de nous-mêmes. Les déclarations du président de la République ont eu le mérite de donner à chacun conscience de la gravité des enjeux. Dans cette terrible épreuve, nous jouons l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Et nous avons le devoir de leur offrir autre chose que la hideuse grimace de l’ordre poutinien. Nous devons être lucides. Nous devons être vaillants. Nous devons être solidaires. La lucidité nous commande de voir que la situation militaire de l’Ukraine est devenue aujourd’hui dangereusement critique. Cette nation martyrisée ne peut, malgré son héroïsme, tenir le choc de l’agression russe sans un effort massif, structurel, continu de nos amis. Nous n’avons pas vis-à-vis des Ukrainiens une simple obligation de moyens : faire notre devoir, en somme, dans les limites trop vite atteintes de nos disponibilités existantes. Nous avons une obligation de résultat. Nous devons leur donner ce qu’il leur faut pour mener à bien la libération de leur territoire. Reconnaissons qu’au cours des deux dernières années, nous ne nous sommes pas mobilisés, nous autres Européens, au juste niveau et qu’il nous faut passer sans délai à la vitesse supérieure. L’accord de coopération bilatérale qui réunit Paris et Kiev est un premier pas. La décision d’acheter à l’étranger des matériels que nous n’en finissons pas d’être incapables de fournir en est un second. Il est temps, plus que temps, d’en user de la sorte. Cela suffira-t-il ? Je ne sais pas. Mais si ça ne suffit pas, il faudra remettre au pot, sans délai et quoi qu’il en coûte, car à la guerre, il n’y a qu’un juge des comptes : c’est la victoire. La lucidité commande la vaillance. « Celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend », avait dit Péguy, cité par Edmond Michelet dans les rues de Brive le 17 juin 1940. J’entends bien la petite chanson des trotte-menu du renoncement : « La vaillance, c’est la guerre. Il faut en finir avec cette horreur. Il faut négocier, pactiser, refuser la confrontation au risque de perdre l’honneur. » Et pourtant, rien ne peut nous autoriser à penser que le président russe ait la moindre intention d’obtenir en Ukraine autre chose que la réalisation de ses buts de guerre. Il poursuit trois objectifs, inlassablement répétés. D’abord, la partition du territoire ukrainien par l’intégration à la Fédération de Russie, non seulement du Donbass, mais aussi d’Odessa, clé de la mer Noire. Ensuite, ce qu’il appelle la dénazification. Entendez : la remise en cause de la révolution démocratique de Maïdan et l’instauration à Kiev d’un gouvernement soumis au Kremlin. Enfin, la destruction de la souveraineté de l’Ukraine, celle-ci se voyant à la fois interdite d’adhésion à l’Union européenne et à l’ OTAN et condamnée à une neutralité garantie par les forces armées russes. S’il n’atteint pas ses objectifs, Poutine perd la face aux yeux du monde et de son peuple. Donc il continue, il continuera, s’il en a les moyens, jusqu’à ce qu’il ait la capitulation de fait de l’Ukraine, de l’Union européenne et de la communauté atlantique. Vladimir Poutine poursuit un programme en trois temps, passant par une triple rupture : la rupture, dès que possible, du front de défense ukrainien — et elle peut intervenir à tout moment si nous n’y veillons pas — ; la rupture de l’engagement américain aux côtés de l’Ukraine et des Européens, qui résulterait de l’élection de Donald Trump ; et enfin, sachons voir la réalité, la rupture de l’Union européenne, qui résulterait de l’installation du Rassemblement national aux commandes de notre pays et du Frexit en pièces détachées qu’il porte en lui. Le maître du Kremlin n’a aucune raison de ne pas attendre son heure tant qu’il n’est pas gravement mis en échec. La patience est le privilège de ceux que la souffrance des peuples ne peut menacer. Il est impératif pour nous de faire échouer ce sinistre plan. La paix ne s’imposera que le jour où le président russe sera contraint de reconnaître que la guerre est une impasse, et il dépend des peuples et des États européens qu’il en soit ainsi, et peut-être demain même d’eux seuls, si les États-Unis venaient à nous manquer. Je rappellerai que les grandes forces politiques qui ont géré les affrontements de la guerre froide n’ont jamais envisagé de pactiser avec la Russie dès lors qu’elle nous menaçait, nous et nos alliés. François Mitterrand avait dit : « Le nationalisme, c’est la guerre. » Son attitude exemplaire pendant la dernière crise de la guerre froide aurait pu lui faire ajouter que le pacifisme aussi, c’était la guerre. Il savait que le national-pacifisme est à la fois un encouragement à l’agression et une promesse de défaite pour les agressés. Nous faisons nôtre, quant à nous, la sagesse du général de Gaulle, telle que l’évoquait le président Marcangeli. Oui, le meilleur moyen de servir la paix du monde, c’est de rester droit et ferme. Soyons fidèles à notre histoire, soyons fidèles à notre héritage, soyons fidèles à nos grands hommes. Nous voterons en faveur de votre déclaration, Monsieur le Premier ministre, parce que nous refusons ce que Jean-François Revel nommait la capitulation prophylactique. Nous voulons une Europe qui sache être forte, unie et consciente de ses responsabilités. Nous sommes et demeurons fermement aux côtés de l’Ukraine, parce qu’il est essentiel que la victoire appartienne à ceux qui n’ont pas voulu la guerre.
Merci beaucoup, Monsieur le Président. Merci beaucoup. La parole est à présent à M. Pierre Morel-À-L’Huissier, pour le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, pour une durée de cinq minutes.
Merci, Madame la Présidente. Monsieur le Premier ministre, Madame et Messieurs les ministres, mes chers collègues, depuis l’invasion russe de l’Ukraine, plus de 300 000 soldats et 10 000 civils auraient été tués, sans parler des 100 000 blessés. Plus de 4 millions d’Ukrainiens auraient fui leur pays d’origine, dont 70 000 pour trouver refuge en France. Ces chiffres ne sont pas de vulgaires statistiques, mais ils représentent bel et bien des milliers de vies humaines bouleversées, voire éteintes à jamais. La guerre en Ukraine n’est pas une guerre abstraite, c’est une guerre de grande échelle, telle que l’Europe n’en a pas connu depuis des décennies, aux enjeux humanitaires bien réels. Nous continuons, avec l’ensemble de notre groupe parlementaire, à apporter tout notre soutien à tous les réfugiés ukrainiens présents sur notre sol français, et bien au-delà. Avec mes collègues du groupe d’amitié France-Ukraine, nous avons mis en place un système de remontée d’informations et de donations sécurisées en lien avec les instances compétentes. Le retour de la guerre en Europe a remis en question le modèle actuel de nos armées et, plus largement, des industries de défense à l’échelle nationale et communautaire. En effet, étant donné que l’Union européenne est dépourvue de prérogatives en matière de défense et que les États-Unis ont la supériorité militaire au sein de l’ OTAN, nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux et des besoins des Ukrainiens. En 2022, la France a fourni à l’Ukraine une aide militaire d’une valeur totale de 1,7 milliard d’euros et de 2,1 milliards en 2023. En 2024, le soutien supplémentaire français représentera jusqu’à 3 milliards d’euros. La France se positionne ainsi seulement en quatorzième position parmi les fournisseurs d’aide militaire à l’Ukraine. Ainsi, dans la continuité des récentes annonces de la présidente de la Commission européenne sur le renforcement de l’industrie de la défense, nous demandons à l’Union européenne d’encourager ses États membres à investir dans le développement des filières nationales spécialisées dans la fabrication de matériel de guerre et dans l’ingénierie. Nous soutenons une vraie et immédiate Europe de la défense et l’autonomie stratégique de l’Union européenne en matière de défense au-delà de l’ OTAN. Au niveau national, cette guerre est par ailleurs révélatrice des atouts et des failles de nos armées et, plus globalement, de nos stratégies militaires. Notre soutien indéfectible envers l’Ukraine et l’impératif de faire développer notre économie militaire vont de pair. Il est essentiel de capitaliser sur l’offre et le savoir-faire français et sur notre industrie de défense. Je pense notamment à la formation des soldats ukrainiens par nos officiers en France et en Pologne et à la transmission des connaissances et compétences militaires dont notre pays dispose pour venir en aide aux soldats ukrainiens. Je pense aussi à la fourniture de matériel de guerre, comme les Mirage 2000, les obus et les missiles, dont la prospérité est conditionnée au soutien financier continuellement apporté ou non à la filière de la défense nationale et à notre capacité de production. Notre soutien à l’Ukraine ne pourra pas éternellement se baser sur l’envoi de matériel militaire français vieillissant. L’Ukraine a besoin de véhicules armés. Nous lui donnons nos vieux véhicules. L’Ukraine a besoin d’avions. Nous ne pouvons lui en fournir. L’Ukraine a besoin d’obus et de munitions. Nous n’avons pas suffisamment de fonds de stocks. L’Ukraine a besoin d’armes. Nous avons fermé certaines de nos usines. Nous devons aller au-delà, en fournissant des armes opérationnelles dont l’Ukraine a vraiment besoin. J’appelle ainsi à une montée en puissance de nos filières militaro-industrielles. Comme indiqué par notre président Bertrand Pancher, nous saluons la signature de l’accord de sécurité France-Ukraine le 16 février dernier ainsi que l’engagement financier et diplomatique qui liera ces deux pays pendant les dix années à venir. Malgré le fondement bienvenu de cette coopération, nous regrettons toutefois la méthode menée par l’exécutif, visant à contrecarrer la consultation nécessaire de notre Parlement sur les sujets liés à la défense et à la souveraineté. Bien que la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoie un budget en hausse pour nos armées, avec plus de 400 milliards d’euros de dépenses sur sept ans, les crédits dédiés à l’Ukraine se positionnent en dehors des circuits budgétaires. Ce contournement évident du contrôle du Parlement sur l’action gouvernementale rend illisible la traçabilité des données publiques. Je l’ai dit et je le redis au ministre de la Défense : il nous faut de la transparence. Je demande donc au nom de notre groupe de faire revenir la question du soutien français à l’Ukraine dans notre hémicycle. Enfin, je souhaite que le président de la République continue d’œuvrer en faveur de l’Ukraine avec tous nos alliés afin de trouver des positions communes. Notre groupe, au-delà de ces remarques, votera naturellement favorablement.
Je vous remercie, mon cher collègue. La parole est à présent à Mme Anne Genetet, pour le groupe Renaissance, pour une durée de cinq minutes.
Merci, Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, Messieurs les Ministres, Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues. Parce qu’il n’y a pas de temps à perdre, je vais aller droit au but. Soutenir la résistance ukrainienne, comme nous le faisons aujourd’hui, c’est faire respecter la souveraineté des nations et l’ordre international fondé sur le droit. Soutenir la résistance ukrainienne, c’est protéger nos intérêts économiques…
Non, tu n’es pas en Russie.
Soutenir la résistance ukrainienne, c’est dire stop à d’autres puissances autoritaires qui seraient tentées d’envahir un de leurs voisins. Soutenir la résistance ukrainienne, c’est empêcher le pays tout entier de tomber dans les escarcelles de Poutine et, après lui, la Moldavie, l’Estonie et, qui sait, la Finlande, la Pologne, car selon Poutine, les frontières de la Russie ne s’arrêtent nulle part. Ou, pour le dire à la façon d’un croque-mort : « Tout ce qui est à nous est à nous, tout ce qui est à vous est négociable. » Soutenir la résistance ukrainienne, c’est donc, comme toutes les têtes de liste européennes viennent de le faire, sauf les extrêmes de cet hémicycle, dans le dernier numéro du Point, défendre les intérêts de la France et des Français. Chers collègues, il est temps de parler de ce qui nous anime, de ce qui nous engage aujourd’hui : l’Ukraine et son héroïque résistance. Il est temps de se préoccuper de cette guerre à nos portes, faute de quoi c’est la guerre qui s’occupera de nous. Il est temps aussi de déconstruire les billevesées proférées par les extrêmes de cet hémicycle qui, au nom d’une détestation idéologique de l’ OTAN, des Américains, de l’Europe et même parfois de certains Européens, servent la soupe à Poutine. Lorsqu’en 2014 cet autocrate envahissait la Crimée et une partie du Donbass, Mme Le Pen validait les référendums factices, tandis que Jean-Luc Mélenchon claironnait, je le cite : « La Crimée perdue pour l’ OTAN, tant mieux. » Un an plus tard, l’un et l’autre critiquaient l’annulation de la vente de deux porte-hélicoptères à la Russie, jugeant, en bons petits télégraphistes du Kremlin, cette décision contraire à nos intérêts. Et ça continue en 2022 où, quelques semaines avant l’invasion à grande échelle, le RN proposait aux Français une alliance avec la Russie, malgré déjà huit années de guerre, malgré l’invasion de la Géorgie, malgré les ingérences, malgré la déstabilisation de nos armées et de nos intérêts au Sahel. Alors, tenter de se dédire aujourd’hui en soutenant mollement les Ukrainiens, tout en essayant de réécrire l’Histoire avec des artistes de la fake news, ça ne trompe personne. Et oui, Boutcha, Idlib, Tchétchénie, et j’en passe, à chaque fois…
Ah, on pourrait prendre le passage des artistes de la fake news comme son point de chaîne. Quelqu’un veut faire un clip ?
Alors laissez-moi en venir à la vérité, qu’il faut rappeler à ces athlètes de la mémoire qui flanche. Contrairement à vos interprétations farfelues de l’Histoire, la France de droite comme de gauche n’a jamais contesté son appartenance à l’alliance protectrice qu’est l’ OTAN. Le général de Gaulle, que certains font parler à tort et à travers aujourd’hui, n’a jamais eu la moindre ambiguïté sur le camp de la France, celui de la souveraineté des démocraties libérales et de l’Alliance atlantique. Autre vérité : pour de nombreux peuples de l’ancien bloc soviétique, l’Union européenne et l’ OTAN font rêver, y compris — et je veux les saluer — une partie de la population russe que le tyran s’applique à museler et dont les leaders sont assassinés. Ne vous en déplaise, nos valeurs, nos libertés, notre prospérité, notre sécurité collective les attirent bien davantage que la Russie cynique, belliciste, mortifère et profondément inégalitaire de Poutine. Chers collègues, alors que Poutine se déclare justement protecteur du Russki Mir, le monde russe, alors qu’il cherche à nous déstabiliser, alors qu’il agite la menace de frappes nucléaires, ouvrez les yeux sur son projet impérialiste et sur son économie de guerre qui est en marche. Le temps est à imposer la seule chose que le Kremlin comprenne : le rapport de force. Le temps n’est pas à la lassitude ni au pacifisme béat. Le temps est à soutenir l’héroïque résistance ukrainienne. Chers collègues, bien sûr que la France doit soutenir le camp de la paix. Mais cela ne s’entend qu’en modifiant le rapport de force sur le terrain en faveur des Ukrainiens, autrement dit en leur apportant l’aide militaire et civile qu’ils attendent. C’est pour cela que mon groupe politique votera cet accord de sécurité. Et c’est au nom des intérêts de notre nation que notre soutien ne doit avoir aucune ligne rouge. Et j’alerte ceux qui seraient tentés par un vote contre ou par une abstention sur cette déclaration : ce serait laisser la résistance ukrainienne seule face à la Russie. C’est un abandon lâche au pire moment. Le message de notre groupe est donc clair : à ceux qui cherchent à semer le chaos et à menacer la stabilité mondiale, nous ne reculerons pas, nous ne fléchirons pas. Nous resterons debout pour défendre ce en quoi nous croyons : une France et une Europe souveraines. Slava Ukraini ! Je vous remercie.
Je vous remercie, ma chère collègue.
Ah oui, d’accord, c’est un running gag.
Madame Sabine Thillaye, pour le groupe Démocrate, pour une durée de cinq minutes.
Alors, pour tout vous dire, pourquoi ils peuvent parler plusieurs fois, je ne le sais pas. On a entendu les présidents de groupe et là on entend des membres de groupe. Je ne sais pas ce qui détermine la prise de parole dans un cas comme celui-ci. Ce ne sont quand même pas tous les jours les déclarations du Gouvernement.
Nous sommes à une sorte de croisée des chemins, et selon la direction que nous prenons, l’issue sera bien différente. 1989 : il y a seulement trente-cinq ans, le mur de Berlin tombe, et avec le mur, l’emprise soviétique sur une grande partie de l’Europe. J’avais grandi dans l’idée que ce n’était guère possible. Or, le courage et la résistance des Allemands de l’Est, joints à l’affaiblissement de l’Union soviétique, ont rendu le miracle possible. Nous avons entendu des mots comme « la fin de l’Histoire ».
Si quelqu’un sait, je serais curieux de le lire dans le tchat.
Jamais rien n’est acquis, tout est encore et toujours à construire, et nous devons voir le monde tel qu’il est et non pas tel que nous voudrions qu’il soit. En février 2022, du 18 au 20 exactement, a lieu la Conférence de Munich sur la sécurité. Les troupes de la Fédération de Russie sont déjà massées à la frontière ukrainienne. Mais la plupart des dirigeants européens présents, comme nous par ailleurs, ne croient pas à l’invasion. Le 24 février, quatre jours après, l’impensable se produit : le rapport de force, l’emploi de la force armée sont redevenus un moyen de défendre des intérêts. C’est un wake-up call et les menaces sont hybrides et protéiformes. La France a réagi. La dernière LPM témoigne d’un effort considérable au profit de nos forces armées. L’Union européenne et les États membres ont réagi en soutenant, par différents instruments financiers, le courage incroyable du peuple ukrainien. Oui, notre sécurité a un prix. Oui, la défense européenne n’est plus un tabou. Mais ce réveil européen ne fut qu’un demi-réveil. Si nous avons rehaussé nos budgets militaires, nous avons aussi pris conscience de la faiblesse productive de notre base industrielle de défense européenne, de la fragmentation de ce marché qui a pour effet de limiter notre efficacité à apporter une aide militaire massive dans la durée à l’Ukraine. Alors que l’industrie militaire russe tourne à plein régime, l’aide militaire à l’Ukraine rencontre de multiples obstacles. Le Congrès américain bloque actuellement une aide de 60 milliards de dollars. L’Union européenne, quant à elle, éprouve des difficultés à fournir mieux, plus vite et plus européen, même si une première stratégie industrielle de défense a été présentée ce 5 mars. Le temps presse, la situation est critique. Ce mois de février 2024, encore à la Conférence de Munich sur la sécurité, et en présence de Ioulia Navalnaïa, son épouse, nous apprenons la mort d’ Alexeï Navalny. Surprenante coïncidence au moment de la plus importante conférence de sécurité du monde. Alors restons bien vigilants. Minimiser la menace russe, ce n’est pas vouloir répondre à la menace d’un Poutine qui ne respecte plus aucune règle, à la menace d’une victoire de Trump avec son risque d’affaiblissement de l’ OTAN. Soyons sans illusion : cette guerre n’est pas à nos portes, elle est déjà chez nous. Manipulation de l’information, désinformation massive, cyberattaques sur les infrastructures sensibles, civiles et militaires, ingérences : la guerre hybride n’est pas une chimère, mais une réalité et fait intégralement partie de la doctrine russe. Il est temps pour nous de faire un choix déterminant, de regarder la réalité en face. La Russie ne doit pas gagner cette guerre. Le groupe Démocrate a fait son choix en soutenant la signature de l’accord de coopération, accord politique entre la France et l’Ukraine. Cet accord politique, valable pour dix ans, ne fait que sceller et structurer dans le temps une logique que la France a adoptée dès le début du conflit : aider l’Ukraine à rétablir ses frontières internationalement reconnues depuis 1991. Je ne reviendrai pas sur les détails de l’accord, déjà maintes fois évoqués, mais j’aimerais souligner un aspect : la lutte contre les ingérences étrangères et la manipulation de l’information. Ces tentatives de manipulation de plus en plus massives de l’opinion publique, particulièrement avant des élections sensibles, mettent notre démocratie, nos États de droit, à rude épreuve. L’objectif : nous diviser. Nous diviser, c’est apporter une victoire au Kremlin. Mais ne plus nous confronter, c’est la fin de nos sociétés démocratiques et ouvertes. Alors je suis fière aujourd’hui, fière de vivre dans un pays tel que la France, où nous pouvons avoir ce débat, certes difficile, mais témoignant d’une démocratie bien vivante. Ce n’est pas la Fédération de Russie, où le pouvoir prime sur le droit, qui offre ces biens inestimables, biens pour lesquels les Ukrainiens se battent, biens pour lesquels nous devons tous nous battre. Slava Ukraini !
Ben oui, oui, c’est un running gag. Donc je vous ai mis dans le chat un article de La Tribune. Enfin, c’est une dépêche : « France : des attaques informatiques d’une intensité inédite sur plusieurs services de l’État. » Plusieurs services de l’État ont été visés dimanche soir par des attaques informatiques, indiquait hier Matignon.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, je vous ai écoutés avec attention. C’est avec gravité et non sans une certaine colère rentrée que je m’adresse à vous.
Alors, il était Horizons avant, lui.
Il y a quelque chose de presque anachronique à tenir ce débat sur un accord de sécurité avec l’Ukraine en ce 12 mars 2024. Où étions-nous au début de l’invasion, en 2022 ? Où étions-nous au printemps 2014, alors que le régime mafieux de Moscou annexait le Donbass et la Crimée et que nous tergiversions encore sur le fait de lui céder des bâtiments de guerre de type Mistral ? Où étions-nous pendant l’ Euromaïdan, alors que la jeunesse ukrainienne scandait son envie d’Europe ? Où étions-nous pendant toutes ces années, de 2007 à 2012, alors que nous négociions un accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine ? Dès cette époque, les menaces de l’autocrate du Kremlin étaient claires. Si l’Ukraine persistait à se rapprocher, ce qui était son droit le plus souverain, de cet espace de liberté, de paix et de prospérité qu’est l’Union européenne, la Russie l’en empêcherait par tous les moyens. C’est pourquoi, dès cette époque, il eût fallu négocier des garanties de sécurité, sous forme d’accords bilatéraux, mais aussi avec l’Union européenne et l’ OTAN, parallèlement à l’accord de libre-échange avec l’Ukraine. C’est à ce moment que commence la politique de sanctuarisation agressive dirigée contre le petit frère ukrainien, et c’est donc là qu’aurait dû débuter la sanctuarisation défensive d’un État qui aspirait librement à un destin européen. La suite, vous la connaissez. Nous l’avons redit avec force à l’hiver 2021-2022, avec l’excellent collègue Charles de La Verpillière : la stratégie de la baïonnette du dictateur de Moscou ne s’arrêtera que quand on lui opposera une résistance suffisante. Tout le reste est littérature. Je ne peux donc que me réjouir de la conclusion de cet accord de sécurité. Je veux aussi, plus largement, saluer le fait que, brique après brique, la France construise une véritable politique de sécurité avec l’Europe centrale et orientale : mission Lynx avec l’Estonie et les pays baltes, mission Aigle avec la Roumanie, accord de coopération en matière de défense signé avec la Moldavie la semaine dernière, renforcement de nos relations avec la République tchèque et la Pologne. Mais nous ne devons pas nous bercer de mots, d’articles ou d’alinéas. La menace russe est immédiate, elle est brutale et globale : guerre totale et crimes de guerre en Ukraine, ingérences électorales tous azimuts, assassinats d’opposants, attaques cybernétiques, constitution en Afrique d’un réseau d’affidés qui ouvre la voie à un chantage migratoire à grande échelle, dont l’épisode biélorusse n’est qu’un avant-goût. Je tremble pour nos amis géorgiens, nos amis baltes, si nous ne faisons pas preuve, maintenant, de fermeté. Malgré les sanctions, l’économie de guerre russe tourne à plein régime et les armées du Kremlin, quoique sévèrement étrillées, sont plus aguerries que jamais. La clé de notre sécurité collective, c’est une industrie de défense capable de soutenir l’effort de guerre en Ukraine et de contraindre Poutine à s’asseoir à la table des négociations. C’est ensuite lui opposer une volonté et une force militaire de nature à contenir ce révisionnisme et sa haine viscérale des démocraties. Face à un dictateur impérialiste et à un criminel de guerre, pas d’architecture de sécurité sans résistance, pas de résistance sans arsenal des démocraties. Cet arsenal suppose un certain degré d’autonomie stratégique de la part de l’Europe. Nous ne savons pas quel sera le niveau de soutien de l’allié américain dans les années à venir. Et quand Washington donne la priorité à l’envoi de munitions à Israël pour anéantir Gaza, nous en voyons immédiatement les conséquences, qui se comptent en milliers de morts sur le front du Donbass. Dès lors, nous n’avons d’autre choix que de nous prendre en main et de nous respecter.
Et à Gaza aussi, sûrement. Et à Gaza, accessoirement.
Naïveté, aucune, et rendre ainsi plus crédible notre outil diplomatique. C’est la condition de la paix future sur notre continent, de la paix pour nos enfants. Vous l’avez compris, chers collègues, c’est donc avec un goût doux-amer au regard des occasions manquées de l’Histoire, mais sans la moindre hésitation, que je voterai en faveur d’un soutien renforcé à l’Ukraine, et que je vous invite à en faire de même. Pour la République, pour la paix. Vive l’Ukraine libre !
Je vous remercie, mon cher collègue. La parole est à présent à M. Benjamin Haddad, pour le groupe Renaissance, pour une durée de cinq minutes.
Merci. Merci, Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, chers collègues. La guerre est à nos frontières. Dans un contexte de divisions partisanes, les députés débattent de la réaction à avoir. Nous sommes le 31 juillet 1936, à la Chambre des députés, pour un débat sur la guerre d’Espagne. Faut-il armer la jeune République espagnole en proie à un putsch des militaires, soutenu par les régimes fascistes en Italie et en Allemagne ? Alors que la menace est à notre porte, les calculs politiciens court-termistes, les divisions et renoncements l’emportent. Déjà la lâcheté des uns, déjà la fascination pour les hommes forts étrangers des autres. Bernanos, témoin des massacres dont sont victimes les républicains espagnols, dénonce les bien-pensants et l’esprit de résignation qui domine à Paris. Cette guerre paraît loin, compliquée. Qui se rappelle aujourd’hui des combines tactiques au sein de la coalition du Front populaire ? La semaine suivante, Léon Blum propose un pacte de non-intervention, signé par les pays européens qui tous s’engagent…
Le vote est prévu à 20 heures.
Comme d’habitude, la non-intervention est seulement respectée par les démocraties, soucieuses du droit, mais violée par les régimes totalitaires.
Alors, il me semble que le Gouvernement prend la parole à la fin pour répondre aux différentes prises de parole et ensuite, il y a le vote.
« Les grandes manœuvres sanglantes du monde étaient commencées », écrit Malraux. La petite conquête des régimes…
Oh là ! Il fait beaucoup de citations, lui.
… puis Varsovie, et finalement Paris. Toutes les époques sont différentes, mais l’Histoire porte en elle toujours un avertissement : celui d’une nature humaine violente et dangereuse que les traités et les institutions ne domptent pas toujours ; celui du risque de l’effondrement quand on baisse la garde. Oui, l’Ukraine, c’est la guerre d’Espagne de notre génération, celle qui déterminera la guerre ou la paix de demain, celle où nous devons défaire l’agresseur dès aujourd’hui. La faiblesse et la lâcheté nourriront l’engrenage. Aujourd’hui, Guernica est à Bakhmout, les grands cimetières sous la lune de Bernanos sont à Boutcha, à Kherson et à Kharkiv. Certains nous disent aujourd’hui qu’il faut faire la paix. Mais avec qui ? Avec le régime de Poutine, qui a violé tous ses engagements ? Qui verrait la négociation comme une capitulation ? Qui utiliserait un cessez-le-feu pour réarmer et préparer la prochaine ? S’est-il arrêté après la Tchétchénie, la Géorgie, après la Crimée, la Syrie, le Sahel ? Comment mettre fin à la guerre si on ne crée pas les conditions d’un rapport de force, si on ne montre pas à Poutine que le temps joue contre lui et que sa défaite est inéluctable ? « Les peuples qui ne veulent pas périr et qui veulent la paix doivent comprendre que ni l’une ni l’autre de ces fins ne peuvent s’obtenir sans que le risque de la guerre soit clairement envisagé », disait Marc Bloch en constatant L’Étrange Défaite de 1940. Les pacifistes avaient tort alors, ils ont tort aujourd’hui. Les bons sentiments n’arrêteront pas les tanks. Abandonner l’Ukraine, c’est encourager les guerres de demain. C’est récompenser la Russie au moment où elle redouble de menaces et d’agressivité à notre égard, avec ses provocations, ses attaques cyber et ses ingérences. Et oui, c’est à la France de porter la voix de la résistance européenne. Il y va de notre intérêt et de notre responsabilité historique. La responsabilité de mener le réarmement moral d’une Europe qui sort de sa léthargie et assume de défendre sa sécurité, peut-être seule demain, sans les États-Unis. Une Europe qui s’engage aussi pour la sécurité de nos partenaires baltes, polonais, tchèques, suédois ou finlandais, menacés en première ligne par Moscou et que nous avons trop longtemps négligés. Ils seront les premiers menacés demain si l’Ukraine tombe. Chers collègues, la question qui se pose à nous aujourd’hui est très simple.
Voulons-nous continuer à se calmer ? Pas mal.
Nous répondons résolument : nous soutiendrons l’Ukraine jusqu’à la victoire. Jamais nous ne céderons à l’esprit de défaite. Et disons-le clairement : face à l’agression, il n’y a pas de dérobade possible, il n’y a pas d’abstention possible. L’abstention, c’est la soumission. Il n’y a pas d’abstention des braves. L’Histoire nous regarde. Les générations futures nous demanderont où nous étions alors que la guerre était de retour sur notre continent. Nous pourrons dire : nous étions du côté de la liberté, du côté du droit, du côté de la résistance héroïque des Ukrainiens, nous étions du côté de l’Europe.
Je vous remercie, Monsieur le député. La parole est à présent à M. Lionel Royer-Perreaut, pour le groupe Renaissance, pour une durée de cinq minutes.
On va pas tous les faire, quand même !
Merci, Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Messieurs les présidents de commission, mes chers collègues. Rappelez-vous : le pouvoir ukrainien devait tomber en quelques jours, tel un fruit qui, depuis 2014, avait eu le temps de mûrir. Il n’en fut pourtant rien. S’il n’en fut rien, c’est avant tout grâce à l’abnégation héroïque du peuple ukrainien. Il faut s’être rendu en Ukraine pour voir dans les yeux de ces femmes et de ces hommes le goût de la liberté. Il faut avoir échangé avec eux pour entendre la fierté qu’ils ont à résister. Il faut s’être incliné, enfin, devant le mur des héros de Kiev pour sentir le souffle de la mort et le vertige de la peur. Soldats de métier, volontaires, si l’Ukraine est toujours debout aujourd’hui, c’est avant toute chose grâce à eux. Dès le 24 février 2022, le président de la République a tenté de ménager une solution diplomatique. Nous avons entretenu le dialogue, rencontre après rencontre, sommet après sommet, rappelant ainsi les accords de Minsk. Nous nous sommes heurtés à un agresseur qui n’avait pour seule ambition que la capitulation et l’humiliation de son voisin. La Russie, et cela a été dit, ne veut aucune solution diplomatique. La Russie ne veut pas du droit international. Son dirigeant ne comprend que le rapport de force. Notre soutien à l’Ukraine est passé par la cession gratuite de matériel de guerre, par la mise en place d’une chaîne de maintien en condition opérationnelle et par des formations opérées sur notre sol comme en Pologne. Nous avons fourni une solution d’aide complète, complète, Monsieur le Premier ministre, comme presque aucun pays ne l’a fait. Nous avons consolidé notre effort de défense et d’armement. Et puis, mes chers collègues, il y a ce qui ne se mesure pas dans les classements internationaux : le rôle moteur de la France au niveau européen, dont témoigne la redéfinition de la Facilité européenne pour la paix, ou encore la livraison de chars AMX-10 RC, qui a permis de faire sauter un verrou cognitif, incitant l’Allemagne et l’Angleterre à faire de même. L’accord de coopération qui nous est soumis vise à aller plus loin, à densifier et à diversifier notre aide. Si nous n’aidons pas pleinement l’Ukraine à conserver sa liberté, quel autre chemin suivre, mes chers collègues ? Certains nous conjurent de négocier avec la Russie. Ce sont les mêmes qui nous reprochaient de le faire au début du conflit. D’autres, à gauche, établissent de grands plans de paix qui ressemblent étrangement aux accords bafoués d’hier. Les derniers appellent à faire respecter le droit international, en oubliant de rappeler que c’est la Russie qui ne le respecte pas. Pour exister, vous vous devez de vous opposer, peu importe si cela n’a guère de sens, peu importe si vous bradez en même temps l’unité nationale, peu importe si vous aviez défendu l’inverse hier. Alors, Mme Le Pen a beau affirmer depuis cette tribune qu’elle est désormais gaulliste, les héritiers de la poignée de main de Montoire n’ont en réalité jamais changé, jamais dévié. Ils peuvent se rendre, mes chers collègues, chaque année à Colombey, leur cœur préférera toujours l’île d’ Yeu. Pour comprendre la position du Rassemblement national vis-à-vis de la Russie, rien ne sert donc de lire les Mémoires de guerre. Il suffit simplement de se rendre au Parlement européen. La résolution de juillet 2019 condamnant la situation des militants écologistes et des prisonniers politiques ukrainiens en Russie ? Contre. La résolution condamnant les attroupements russes à la frontière ukrainienne en mars et décembre 2021 ? Encore contre. La résolution approuvant l’octroi d’un prêt de 1,2 milliard d’euros à l’Ukraine en février 2022 ? Toujours contre. Ce qui se joue, mes chers collègues, dépasse en réalité de très loin cet accord. La Russie est certes en guerre contre l’Ukraine, mais elle a surtout décidé de faire de ce conflit un cheval de Troie pour mieux déstabiliser le continent européen, nos démocraties occidentales et leurs valeurs. Pour le président Poutine, si l’Ukraine est avant tout le théâtre d’une guerre de territoire, l’Europe est celui d’une conquête de civilisation. Alors, mes chers collègues, au moment de voter, rappelez-vous ces mots d’Albert Camus : « Notre monde n’a pas besoin d’âmes tièdes. Il a besoin de cœurs brûlants. »
Rappelez-vous : Camus, de Gaulle, Paul Valéry ! La République, Jaurès !
Merci, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues. Dans la nuit du 23 au 24 février 2022, face à l’invasion d’une partie de l’Ukraine, le monde s’est réveillé avec effroi. Dès les premiers instants, la France a fermement condamné cette agression et a fait preuve de la solidarité la plus totale envers l’Ukraine. Elle n’en a jamais démordu : la Russie ne doit pas gagner la guerre et nous devons aider l’Ukraine dans la durée. Pourquoi cette position ? Parce que cette agression est une violation délibérée de l’intégrité territoriale d’un État souverain et que la France, forte de ses valeurs, agit avec conviction pour faire respecter le droit international. Parce que, si l’Ukraine venait à tomber aux mains du régime répressif de Vladimir Poutine, qui ne connaît pas de limites, il y a fort à parier que d’autres États du continent européen seraient tôt ou tard confrontés à ses velléités impérialistes. Parce que ce conflit nous déstabilise et met à mal notre sécurité et notre prospérité. Enfin, parce que les valeureux soldats ukrainiens ne pourront pas résister sur le long terme sans l’aide d’alliés solides. Après de longues tentatives de négociations, la France a fourni, en concertation avec ses alliés, une assistance significative à l’Ukraine, en veillant à maîtriser tout risque d’escalade. En 2022 et 2023, la France a déjà livré pour 3,8 milliards d’euros d’aide militaire, et ce sans fragiliser ses capacités de défense. L’accord de coopération bilatéral présenté aujourd’hui permettra d’engager jusqu’à 3 milliards d’euros de soutien supplémentaires en 2024. Nous devons plus que jamais maintenir notre aide ; l’accord permettra de concrétiser cette ambition. Nous, Européens, devons faire bloc et poursuivre le renforcement de notre autonomie stratégique afin d’assurer notre sécurité collective. En parallèle de l’aide apportée à l’Ukraine, il nous faut maintenir nos efforts et consolider notre outil de défense, comme le prévoit la dernière loi de programmation militaire. C’est pourquoi, sous l’impulsion du président de la République Emmanuel Macron, chef des armées, nous avons inscrit nos entreprises dans une logique d’économie de guerre et prévu de doubler le budget de la défense nationale, pilotée par Sébastien Lecornu, ministre des Armées, entre 2020 et 2030. Nous vivons un moment important de notre histoire. Il nous faut continuer à soutenir le peuple ukrainien avec efficacité, en réfléchissant à ce que nous pouvons faire autrement pour que l’Ukraine ne tombe pas. J’estime enfin, mes chers collègues, que la classe politique française doit prendre ses responsabilités.
Oui, mon cher collègue…
La République française doit prendre ses responsabilités. Vous, collègues siégeant sur les bancs de La France insoumise ou du Parti communiste, n’oubliez pas que négocier la paix avec Vladimir Poutine implique de pouvoir peser d’égal à égal et de lui montrer notre détermination à épauler l’Ukraine sans rien exclure. Il en va de notre crédibilité. Vous, collègues siégeant sur les bancs du Rassemblement national, nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. La majorité présidentielle fait preuve de courage et agit pour la sécurité des Français. Votre discours anxiogène et défaitiste pose question sur vos ambitions pour la France. Mes chers collègues, faisons tous preuve de courage et de responsabilité. Car seules la résistance acharnée de l’Ukraine et le soutien indéfectible de nos démocraties amèneront Vladimir Poutine à la table des négociations. Alors, vive l’Ukraine, vive l’Europe, vive la République et vive la France !
Merci beaucoup, mon cher collègue. Les interventions des différents groupes sont terminées. Nous allons maintenant passer aux interventions des présidents de commission.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, après m’être exprimé au nom de mon groupe, je reviens à cette tribune pour compléter mon propos en qualité de président de la commission des Affaires étrangères de notre Assemblée. Et je vais essayer… C’est fort aimable à vous. Je souhaite donc user de ces quelques minutes pour attirer votre attention…
Alors, s’il vous plaît, pas de remarques sur le physique.
… dans lequel prend place l’accord de coopération dont nous débattons. D’un strict point de vue juridique, le Gouvernement n’était pas tenu de consulter le Parlement sur ce texte qui, ne comportant pas de dispositions juridiquement opposables, ne constitue pas, à proprement parler, un accord international au sens de l’article 53 de la Constitution. Il s’agit davantage d’un engagement politique que d’un accord bilatéral appelé à être formellement ratifié ou approuvé. Le choix de l’exécutif de demander au Parlement de se prononcer par un vote montre cependant l’importance capitale qu’il y attache. C’est la représentation nationale qui, par un vote que je souhaite aussi large que possible, va s’engager avec le Gouvernement aux côtés de l’Ukraine. Le chef de l’État et le Premier ministre ont eu raison de nous associer à ce grand choix national. Cet accord comporte de nombreuses dimensions. Il porte sur la sécurité, et en particulier la cybersécurité et le renseignement, sur les consultations politiques en cas d’agression militaire d’un tiers, sur la coopération dans l’industrie militaire et de défense, portant l’effort de la France, injustement brocardée selon nous, à 3 milliards d’euros. Enfin, sur l’action humanitaire et la reconstruction de l’Ukraine. Cet accord a le mérite de nous engager politiquement aux côtés de Kiev, pour le présent et pour l’avenir. Au-delà d’une assistance globale à l’Ukraine pour la protection et le rétablissement de son intégrité territoriale dans ses frontières internationalement reconnues, il se donne pour mission de prévenir toute agression, de dissuader tout agresseur et d’aider l’Ukraine à réagir avec les moyens appropriés si cette agression devait survenir. C’est donc le premier pas d’un pacte de sécurité à long terme qui devra s’inscrire dans une démarche multilatérale de sécurité collective. L’intérêt de cet accord bilatéral, il est là aussi. Il est clair qu’en changeant de nature, en accédant à des domaines géopolitiques qui relèvent largement de la souveraineté des États et qui lui étaient relativement peu familiers, l’Union européenne doit aussi changer son logiciel, ses méthodes de travail et ses procédures de décision. Ce que nous voyons, c’est qu’elle le fait, comme elle avait d’ailleurs commencé de le faire en s’organisant contre le Covid, en tentant de combiner le meilleur de la tradition communautaire et de la coopération entre États souverains. Le soutien à l’Ukraine, sur lequel nous nous prononçons, s’inscrit dans une logique bilatérale. Mais la coordination des efforts de chacun, qui a commencé dans le cadre de la réunion organisée par le chef de l’État, est assumée dans le cadre du Conseil européen. Les États décident, mais, comme à l’heure de la grande lutte contre le Covid, la Commission est là, qui harmonise les volontés, contribue à la mutualisation des efforts et, en l’espèce, organise la solidarité budgétaire et industrielle de nos peuples. Il faut, Monsieur le Premier ministre, que votre Gouvernement avance rapidement dans cette voie et construise un modèle d’action qui assure à l’Union les moyens politiques, financiers et industriels de son accession aux responsabilités internationales majeures. C’est avec cette espérance en tête que, sans réserve, je voterai personnellement je ne suis pas sûr de représenter la totalité des membres de la commission des Affaires étrangères, mais je pense une bonne majorité d’entre eux, que je voterai pour l’accord dont nous argumentons ce soir.
Merci beaucoup, Monsieur le Président. La parole est à présent à Monsieur le président de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, M. Thomas Gassilloud, pour une durée de cinq minutes.
Merci, Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues. Deux ans d’ingérences, d’agressions, de crimes par la Russie ; deux ans de guerre, de souffrances et d’héroïsme pour l’Ukraine. En complément de ce qui a été dit précédemment, ce triste anniversaire nous oblige finalement à répondre à deux questions : que doit-on faire encore pour l’Ukraine et quelles leçons en tirer pour notre défense ? Débutons par ce que nous devons faire pour l’Ukraine. La Russie a choisi la guerre. Elle cherche aussi à intimider tous ceux qui soutiennent l’Ukraine et mobilise pour cela tous les leviers des stratégies indirectes : désinformation, pression énergétique et alimentaire, attaques cyber. En nous attaquant plus ou moins directement, en agitant le spectre de la cobelligérance et en essayant de se faire passer pour l’agressée, la Russie cherche à fragiliser le consentement de nos nations démocratiques. Y succomber serait irresponsable, tant le projet du régime russe dépasse les objectifs de conquête territoriale en Ukraine. Ce qui se joue aujourd’hui est bien la capacité des démocraties à assumer un rapport de force qui dessinera l’avenir des relations internationales et conditionnera notre sécurité de demain. C’est pourquoi nous devons aider l’Ukraine à ne pas céder au chantage russe. C’est le sens des engagements pris par les nations démocratiques qui signent, les unes après les autres, des accords politiques de solidarité pour faire plus et faire mieux. C’est le sens de l’accord signé par la France dès le 16 février : aider davantage l’Ukraine et signaler à la Russie que ses efforts pour nous décourager ont échoué. Précisons toutefois que la France n’est pas en guerre contre la Russie et que son soutien s’inscrit strictement dans le cadre de la Charte des Nations unies, n’en déplaise aux propagandistes du Kremlin, et que la recherche d’un rapport de force favorable à l’Ukraine est l’étape préalable nécessaire à la recherche d’un règlement politique du conflit, car la paix sans condition avec l’agresseur serait une capitulation dangereuse. Nous devons donc assumer aujourd’hui ce rapport de force. Après le nécessaire soutien à l’Ukraine, quelles leçons devons-nous en tirer pour notre défense ? L’Europe découvre tardivement que le monde est à la fois tragique, dangereux et parfois irrationnel, en tout cas au regard de nos logiques occidentales. Depuis trente ans, la France a moins baissé la garde que d’autres, en conservant des capacités militaires complètes et opérationnelles. Mais toutefois, elle n’a pas échappé aux illusions des dividendes de la paix. Les lois de programmation militaire engagées dès 2017 répondent au plus urgent en privilégiant la dissuasion, la cohérence et la réactivité de nos forces. Mais avec le monde qui se dessine sous nos yeux, nous ne pourrons pas durablement faire l’impasse sur la masse de nos moyens militaires si nous voulons une autonomie stratégique européenne. Gardons en tête, mes chers collègues, que si l’effort de défense consenti actuellement est massif au regard de notre contrainte budgétaire, il reste historiquement dans les eaux basses de notre effort militaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous devons donc impérativement poursuivre l’effort de réarmement engagé en 2017. Nous devons ensuite réapprendre ce que doit être une économie de combat, capable de soutenir de façon réactive et massive nos forces, mais aussi nos partenaires. Nous en sommes encore trop loin, reconnaissant collectivement que le temps stratégique que nous a accordé la résistance ukrainienne depuis 2014 n’a pas été suffisamment exploité. C’est pourquoi je salue le travail structurant du ministre des Armées, de la Direction générale de l’armement, de nos industriels, ingénieurs et ouvriers pour développer nos capacités industrielles de défense. Nous devons réinventer l’esprit de défense et renouer avec une défense globale adaptée à notre siècle, compte tenu de la nature et de l’intensité des menaces auxquelles nous sommes confrontés. L’Ukraine nous rappelle par ailleurs que, si les armées font les guerres, ce sont les nations qui les gagnent. Dans ce contexte où les démocraties ne doivent pas faiblir, la France sera forte si chaque citoyen est conscient qu’il est personnellement concerné par notre défense. Vous l’avez compris, mes chers collègues, j’ai finalement trois messages simples. Un : l’Ukraine…
Non, on n’a rien compris !
… nous devons la soutenir sans faiblir. Deux : nous devons poursuivre et même accélérer notre effort de réinvestissement dans notre défense. Trois : l’esprit de défense doit animer toute la nation. La route est encore longue, elle nous demande à tous des efforts, mais nous devrons expliquer à nos concitoyens que notre liberté a un prix. C’est pourquoi, mes chers collègues, en vous rappelant que vous pouvez compter sur le travail de la commission de la Défense, je vous appelle à approuver les orientations que vient de nous présenter le Gouvernement. Je vous remercie.
Merci beaucoup, Monsieur le Président.
L’esprit de défense.
Le président de la commission des Affaires européennes, M. Pieyre-Alexandre Anglade, pour une durée de cinq minutes également.
Le Gouvernement va répondre juste après ce monsieur. On va se réveiller.
Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, au terme de…
Et racontez-nous ce que vous faites à manger, là, les uns et les autres, dans vos chaumières… Ensuite, donc, on aura la réponse d’ Attal.
J’ai envie d’insister à mon tour […] dans la durée, car cela a déjà été dit à maintes reprises, […] de l’Europe et donc de la France, et au-delà pour la défense d’un ordre international fondé sur le droit. Grâce à la résistance héroïque de ses soldats, à notre soutien et aux mesures qui ont été prises dès les premières heures du conflit pour contrer l’agression russe, l’Ukraine a réussi à mettre en échec […]
Les pâtes, nous dit Darmanin en sueur. Économie de guerre oblige.
[…] en dépit de grandes difficultés. […] est essentiel, car il doit nous permettre de dire aux Français la réalité : c’est que nous ne vivons plus tout à fait en paix sur le sol européen. […] Mais la guerre est là, sur notre sol, en Europe, et nous sommes ici la cible, chez nous, d’une guerre hybride menée par le régime de Poutine. Oui, nous ne vivons plus tout à fait en paix, car nous avons subi, de manière encore accrue ces derniers mois, des attaques informationnelles et cyber d’une intensité nouvelle. Nous l’avons encore vécu hier contre certains services de l’État. La lucidité et la responsabilité nous imposent donc de dire que notre sécurité, notre stabilité et notre prospérité sont aujourd’hui en jeu.
Bravo pour ces repas équilibrés, c’est du délire.
Chacun doit aujourd’hui prendre ses responsabilités. Il faut soutenir cet accord de sécurité et tout faire, aussi longtemps que nécessaire. Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour faire échec à la Russie : les accords bilatéraux, le déploiement de financements européens au travers d’un emprunt commun, le développement rapide et conséquent d’une économie de guerre permettant de fournir les munitions, les systèmes de défense sol-air et les missiles à moyenne et longue portée. Et s’il le faut, en trouver d’autres pour stopper l’impérialisme de Poutine, nous les trouverons sans rien exclure. Sans rien exclure, car nous ne pouvons pas accepter qu’un chef de gouvernement européen soit la cible des bombes russes, comme à Odessa la semaine passée avec le Premier ministre grec. Sans rien exclure, car nous ne pouvons pas accepter non plus qu’un mandat d’arrêt sans fondement soit émis contre la Première ministre estonienne par la Russie. Sans rien exclure, enfin, car on ne peut pas laisser Poutine décider à lui tout seul de redessiner toute l’architecture de sécurité en Europe, nous menacer et martyriser le peuple ukrainien et ses enfants. À cet égard, le président de la République a eu raison, au regard de la gravité de la situation en Ukraine et d’un conflit qui met en jeu le destin de nos nations, de l’Europe et du monde, d’affirmer que nous ne pouvons pas laisser faire, car il en va de la sécurité de nos concitoyens. Mais, mes chers collègues, compte tenu du moment singulier que nous vivons, de ce que le Premier ministre nous a dit des menaces pour l’avenir de la France, comment ne pas éprouver un sentiment de malaise, pour ne pas dire de honte, en voyant certains ne pas voter le soutien à un pays européen agressé ? Comment ne pas ressentir un sentiment de colère face à l’extrême droite qui a prêté allégeance à une puissance étrangère et qui se précipite pour fixer des lignes rouges à la France, dénoncer une pseudo-escalade du président de la République, sans jamais placer la moindre limite à Vladimir Poutine ? Qui, depuis maintenant deux ans, mène une guerre totale, brutale, massive contre l’Ukraine et son peuple ? Qui menace le monde d’un conflit nucléaire ? Qui attaque notre pays et les démocraties européennes ? Qui s’ingère dans nos élections depuis maintenant tant d’années ? Le régime du Kremlin et personne d’autre. Or, face à cela, le seul discours audible par les autorités russes est évidemment celui de la fermeté. Et je crois qu’on n’arrête pas un conflit en se couchant devant un dictateur, comme nous avons pu l’entendre cet après-midi. Aussi, quand j’entends les représentants du Rassemblement national venir à cette tribune en se présentant comme défendant la paix, il y a quelque chose de profondément révoltant. Car ne pas voter cet accord de sécurité, ce n’est pas favoriser la paix, c’est créer les conditions de l’effondrement de l’Ukraine et, demain, peut-être, le délitement de l’Union européenne. Enfin, mes chers collègues, il y a aussi quelque chose de dérangeant dans les interventions des représentants de certains groupes de gauche. Et je pense aux socialistes et aux écologistes qui se présentent devant nous en Européens et en soutien de l’Ukraine, et qui sont dans le même temps, depuis près de deux ans, dans une alliance politique avec La France insoumise, qui, encore aujourd’hui, refuse tout soutien à l’Ukraine en votant contre ce texte. On ne peut pas être pour Mélenchon à Paris et Glucksmann à Strasbourg. On ne peut pas être pour la Nupes aux législatives en 2022, en faisant alliance avec LFI, et pour l’Union européenne au moment des européennes. Il y a là une imposture qui n’autorise pas les leçons à cette tribune. Pour notre part, nous continuerons de soutenir l’Ukraine et nous voterons cet accord de sécurité.
Je vous remercie, Monsieur le Président. Mes chers collègues, la parole est à présent à M. Sébastien Lecornu, ministre des Armées… Dans l’ordre que vous souhaitez. Si vous préférez, M. Stéphane Séjourné, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.
Hé, il vient cool…
Mesdames et Messieurs les députés, je laisserai le ministre des Armées conclure. Cet accord bilatéral, c’est un accord pour l’unité européenne. Je vous le dis : à Berlin, à Vilnius, à Helsinki, à Varsovie, à Prague, pour ne citer que quelques-uns de nos partenaires, nous sommes attendus sur ce débat, nous sommes attendus sur ce vote. Presque tous les pays d’Europe, l’Allemagne et le Royaume-Uni en tête, et l’ensemble des partenaires européens, par-delà d’ailleurs leurs divisions partisanes, ont signé de tels engagements. C’est là, en réalité, dans cet engagement, dans cet accord bilatéral, qu’est l’unité européenne. Car, soyons clairs, cet accord de sécurité est un accord pour la paix. En soutenant l’Ukraine, nous sauvegardons ce que nous avons patiemment construit au niveau européen : des principes, des valeurs, un continent où les pays ont le droit de dénoncer l’agression d’un autre pays, de sauvegarder et de sécuriser le droit international et les frontières d’un pays souverain. La guerre, c’est la Russie qui la veut, pas nous. La paix, c’est l’Ukraine qui la demande, avec nous. Enfin, cet accord est un accord pour l’Histoire. Nous sommes à la croisée des chemins et l’agressivité inédite de la Russie ces dernières semaines l’atteste. Je vais revenir, pour ma part, sur les enjeux les plus internationaux qui ont été relevés lors de ce débat de discussion générale : menace sur la paix, risque d’escalade, agriculture — j’ai bien entendu les craintes et les doutes —, sanctions, élargissement également. Je veux d’abord répondre à ceux qui nous accusent de menacer la paix en aidant l’Ukraine à répondre à la guerre que lui fait la Russie. Je veux répondre à ceux qui disent qu’il suffit de lever uniquement le drapeau blanc pour arrêter la Russie. À ceux qui disent cela, je dois tout simplement leur dire d’écouter Moscou. Que nous demande aujourd’hui la Russie ? La soumission complète de l’Ukraine. C’est toujours son objectif stratégique aujourd’hui. Et notre faiblesse ne ferait que la conforter dans l’idée que cet objectif peut être encore atteint par Poutine. Poutine lui-même nous le dit. Il regrette que l’URSS et que la Russie n’aient plus de frontières. Et donc la stratégie de ce pays expansionniste, sans frontières, devient inquiétante. Écoutons-le, d’ailleurs, tirons-en également des conclusions et des conséquences. Seul le soutien à l’Ukraine peut amener la Russie à revoir ses objectifs stratégiques. Nous pouvons lui faire entendre, au niveau européen, nos objectifs d’une paix juste, donc durable. Cela aussi veut dire mettre l’Ukraine en position de force, mettre l’Ukraine en position de force. C’est soutenir l’Ukraine sur le terrain pour pouvoir également négocier le moment venu, mais à ces conditions. Mesdames et Messieurs les parlementaires, j’entends vos interrogations également sur le risque d’escalade. N’inversons pas les choses. La Russie, seule, est l’agresseur. La Russie, seule, agite les peurs, brandit la rhétorique nucléaire, mène des campagnes de désinformation pour déstabiliser nos sociétés. Ce que cet accord bilatéral de sécurité permet, c’est de reprendre la main. L’accord de sécurité signé par le président de la République et le président ukrainien le 16 février dernier est la suite logique de nos efforts pour accompagner l’Ukraine dans la durée. Pas une escalade ou une fantaisie, mais une réponse forte et claire aux défis d’une génération. Depuis le premier jour, notre soutien est d’ailleurs fort et continu. Il l’a toujours été dans beaucoup de domaines. Le soutien humanitaire : alors que la Russie vise délibérément les populations civiles et les infrastructures civiles et énergétiques, la France a mobilisé près de 300 millions d’euros via le soutien aux ONG partenaires et aux organisations internationales sur place, mais aussi par des opérations de solidarité menées par le Centre de crise et de soutien. Soutien également économique dans la perspective de la reconstruction. Un soutien politique pour que la communauté internationale continue à être derrière les Ukrainiens, comme elle l’est d’ailleurs majoritairement aujourd’hui. Soutien, enfin et c’est un sujet majeur dans la lutte contre l’impunité des crimes commis par la Russie, qu’il s’agisse d’appuyer les enquêtes ukrainiennes, comme à Boutcha, ou d’appuyer les enquêtes de la Cour pénale internationale, ou encore de contribuer à la formation de magistrats ukrainiens. Autant d’actions concrètes pour que justice soit faite et que la transparence soit faite dans cette guerre. Je veux maintenant répondre sur les questions agricoles. Je veux être très clair sur l’idée fausse qu’avec cet accord, nous accepterions de sacrifier nos filières agricoles. Cet argument ne relève d’aucun fait, même si ce n’est pas le débat aujourd’hui. Je veux le redire devant vous : oui, les productions agricoles ukrainiennes doivent respecter nos règles et nos normes européennes. Oui, l’équilibre européen doit être maintenu. Ce n’est évidemment pas aux agriculteurs français de supporter le prix du soutien à l’Ukraine. Et là-dessus, soyons très clairs, nous sommes très clairs. Les mesures de sauvegarde spéciales ont été précisées par la Commission européenne sur certains produits sensibles, la volaille, le sucre notamment. Ces mesures de sauvegarde proposées par la Commission vont dans le bon sens, et je remercie chacun ici de sa vigilance sur ce sujet existentiel, lui aussi, pour nos agriculteurs. S’agissant des sanctions, Madame Le Pen l’évoquait tout à l’heure, d’un point de vue de la fiabilité des statistiques publiées par la Russie, il faudrait peut-être faire d’abord un petit point. À bien des égards, l’économie russe est devenue une boîte noire, Madame Le Pen, avec des incohérences que nous relevons. Donc nous ne prenons pas, en tout cas, ces statistiques pour argent comptant. L’optimisme affiché par le Kremlin sur l’état de son économie est clairement douteux. Nous constatons également que les sanctions sont utiles parce qu’elles renchérissent d’ores et déjà le coût de la guerre pour la Russie. Mais, au-delà de leurs effets à court terme, les sanctions auront des conséquences significatives et durables sur le potentiel de la Russie à financer son économie de guerre, avec des ruptures d’approvisionnement dans des secteurs de haute technologie et des migrations de travailleurs qualifiés observées depuis le début du conflit. Nous sommes mobilisés, en Européens, pour lutter contre le contournement de ces sanctions, y compris en ciblant spécifiquement les individus et les entités qui participent à ce contournement. Mesdames et Messieurs les députés, l’accord bilatéral de sécurité que nous avons signé avec l’Ukraine n’est pas non plus un accord d’adhésion caché, comme vous semblez le signaler. Qu’il s’agisse de l’adhésion à l’Union européenne ou de l’adhésion à l’ OTAN, ces deux cheminements ont leur calendrier propre. Ils comportent des conditions et des exigences, et le Parlement ici aura d’ailleurs à s’exprimer. Mais ce n’est pas le débat aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour. Et dire le contraire, c’est faire croire à nos concitoyens qu’ils pourraient être privés d’une décision qui restera aux mains des parlementaires et des représentants du peuple français le moment venu, au moment où ce sujet-là viendra, y compris dans cet hémicycle, Madame Le Pen. Mesdames et Messieurs les parlementaires, vous allez vous prononcer aujourd’hui sur les modalités de la poursuite du soutien à l’Ukraine face à l’agression russe. Votre expression, celle du Parlement, est cruciale parce qu’elle intervient à un moment de bascule. Soyons au rendez-vous de nos responsabilités. Partout chez nos partenaires, au Royaume-Uni, en Allemagne, qui ont d’ailleurs signé ce même type d’accord, les mêmes questions, partout les mêmes débats, partout les mêmes opinions publiques à convaincre, mais partout, à la fin, la même constance de l’engagement. Oui, en Ukraine, c’est le défi d’une génération que nous avons à relever, le défi de la paix. Parce que notre soutien à l’Ukraine dépendra également de l’état de l’Europe, parce que notre soutien à l’Ukraine dépendra de la possibilité pour nos concitoyens de vivre en paix dans un monde où la violence échoue à faire valoir son diktat. Cet accord, il s’agit d’ailleurs de protéger les Françaises et les Français face à une menace russe qui ne disparaîtra pas. Mesdames et Messieurs les parlementaires, le risque du retour de la guerre n’est pas une lubie, c’est une réalité tangible. À Helsinki, à Riga, à Vilnius, à Varsovie, personne n’est dupe au sujet de la menace russe. Alors, ne le soyons pas nous-mêmes au prétexte que quelques centaines de kilomètres de plus nous séparent de la Russie. Ayons les yeux grands ouverts. Cela nous touche. Cela nous touche parce que nous avons une certaine idée de la paix en Europe. Cela nous touche parce que la guerre évoque chez les concitoyens français, chez chacun d’entre nous, dans nos familles, dans nos souvenirs, un récit, un traumatisme, un passé si lointain. Cela nous touche parce que nous avons aussi choisi de construire en Europe l’unité autour de grands principes. Ce que nous demandons aujourd’hui aux parlementaires, par ce vote, c’est de continuer à rendre tout cela possible. Merci beaucoup.
Merci beaucoup, Monsieur le ministre. La parole est à présent à M. Sébastien Lecornu, ministre des Armées.
Merci, Madame la Présidente. Je vais reprendre quelques éléments qui concernent évidemment vos interrogations ou interpellations en matière d’aide militaire depuis le début de ce conflit, et aussi, bien sûr, sur les perspectives pour la suite, telles que l’accord les prévoit et telles que j’ai déjà eu l’occasion de répondre à un certain nombre de vos interrogations, notamment lors des séances de la commission de la Défense. Juste pour rappeler — ce sera mon premier point — la nature même des armements et des fonctions militaires que remplissent nos équipements, les munitions et les formations qui vont avec. La formation a été peu évoquée, mais on sait qu’elle est centrale, puisque c’est la France qui, pratiquement, forme un tiers du flux de formation européen de soldats ukrainiens. Et évidemment, nous ne déconnectons pas l’effort de formation des équipements que nous donnons. La première fonction militaire, c’est évidemment la défense sol-air. La défense sol-air sur toutes les couches : la lutte anti-drones, la courte portée, la moyenne portée, la haute portée. Mistral, VL MICA, Crotale anciennement, évidemment SAMP/T avec les différents missiles Aster que nous avons pu donner à l’Ukraine, permettent à la fois de protéger le champ de bataille, mais permettent aussi de protéger les villes, les infrastructures civiles, énergétiques, les populations civiles. Et c’est évidemment l’axe d’effort majeur sur lequel nous devons avancer dans les mois qui vont venir, puisque la Russie dispose d’une maîtrise agressive du ciel particulièrement importante et on le sait, cette maîtrise du ciel est donc, en miroir, la défense sol-air qui permettra de faire la différence. La deuxième fonction militaire, c’est évidemment l’artillerie. Il n’y a pas de tenue de la ligne de front et, évidemment, de contre-offensive si on ne maîtrise pas les fonctions d’artillerie. C’est en cela que le canon Caesar, évidemment, est devenu le symbole de cette aide militaire efficace. Mais enfin, le canon Caesar ne suffit pas. Il faut les pièces détachées, évidemment, tout ce qu’on appelle le maintien en condition opérationnelle, les obus — j’y reviendrai dans un instant —, et puis aussi, bien sûr, l’ensemble de ce qui participe à la coalition globale, en tout cas à l’organisation globale des fonctions de l’artillerie. Troisième élément, et vous savez que cela nous différencie singulièrement avec nos amis britanniques, c’est la capacité à faire des frappes dans la profondeur, c’est-à-dire des frappes derrière la ligne de front. Les Britanniques avaient ouvert la voie à des cessions de Storm Shadow, produits par MBDA UK. Nous avons procédé aux mêmes décisions sur les missiles SCALP, qui sont le même type de missiles produits par MBDA France. C’est l’idée. Tout à l’heure, les cessions de bombes guidées dites AASM sont absolument centrales dans la capacité pour les Ukrainiens à tenir. On le voit bien depuis dix jours : vous avez une ligne de front qui avait commencé à s’éroder massivement. Cette érosion a été freinée grâce justement à ces bombes air-sol guidées de fabrication française, dont nous allons livrer plus de 600 cette année. C’est là aussi une petite prouesse technologique française, puisque ces bombes, évidemment, traditionnellement, sont emmenées par avions Rafale ou avions Mirage. Et nous avons réussi à les adapter sur des avions de classe soviétique, ce qui permet donc aux Ukrainiens de disposer de cette fonction. C’est ce que nous faisons depuis le début, évidemment, de la France dans la durée. Sur cette aide militaire, plusieurs choses. Le classement de Kiel, tel qu’il a été plusieurs fois commenté, je n’y reviens pas, est un classement qui est faux, puisqu’il prend en compte uniquement les éléments promis, déclarés publiquement, et non pas les matériels réellement livrés. Et comme vous le savez, nous avons fait une transparence totale sur l’ensemble des cessions d’armes depuis maintenant deux ans, il y a seulement dix jours. Et donc, par définition, ce classement non seulement sera remis à jour, il est par ailleurs largement adossé à un Land allemand, très bien. Je pense que d’autres think tanks seront en mesure de fournir un certain nombre de données. Mais je crois que quand j’entends un certain nombre de représentants ici de groupes politiques se référer de nouveau à ce classement, alors que ça fait de nombreuses fois et de nombreuses reprises que nous expliquons qu’il n’est pas fidèle à ce que nous avons réellement fait, et mieux que cela, Monsieur le Président…
C’est bien ce que j’ai pensé.
… précisément, place l’aide militaire à l’Ukraine à un autre niveau. J’ai été surpris de vous entendre tout à l’heure redonner des positions de classement de la France. Eh bien, je ne doute pas que vous me donneriez alors la source du classement que vous avez cité à la tribune de l’Assemblée nationale, car ce n’est pas le bon classement sur notre aide militaire. Alors, ensuite, ça pose la question, évidemment, de notre économie de guerre. Et le président Gassilloud en a fait… Moi, j’aimerais, je souhaite que cela soit unanime, en tout cas je forme ce vœu, et consensuel sur ces bancs : c’est rendre un hommage appuyé et particulier à l’ensemble des salariés de la base industrielle et technologique de défense française : ouvriers, techniciens, ingénieurs, agents de la Direction générale de l’armement…
Quel cynisme !
… qui ne ménagent pas leurs efforts depuis maintenant deux ans pour justement réussir cette économie de guerre. Alors, de grâce, et je vais vous en donner dans un instant, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, à nous tirer une balle dans le pied et à expliquer ici, à l’Assemblée nationale…
Les balles dans le pied des bébés, c’est pas bon.
… à tous nos clients à l’export que nous n’avons pas réussi cette économie de guerre. Vous avez des segments sur lesquels on est plus efficaces qu’il y a deux ans. Qui peut nier que nous avons réduit par deux le temps de production des missiles Mistral dont nous avons besoin pour l’Ukraine ? Divisé par deux, Monsieur Marleix, ne faites pas ce geste. Derrière, vous avez des ouvriers, des ingénieurs, des techniciens qui sont engagés et qui font ce travail dans les usines de Rohan. Ce geste, Monsieur le Président Marleix, ne le faites pas. Respectez ceux qui servent leur pays et qui travaillent dans nos industries de défense. Alors après, Monsieur le Président Marleix, est-ce qu’il reste un chemin encore à parcourir ? La réponse est oui. Et d’ailleurs, si jadis les crédits militaires n’avaient pas diminué, nous n’aurions pas perdu autant de temps et autant de capacités. Monsieur le Président, vous m’avez interpellé, nommez-moi, je vous réponds très directement. Nous avons perdu, en vingt ans, des capacités militaires importantes. Et donc, aujourd’hui, nous effectuons cette remontée en puissance. Elle prend du temps. Donc oui, sur certains segments, comme la poudre, qui malheureusement a été délocalisée — je crois que c’est le député Vallaud qui disait tout à l’heure « où sont les poudres ? » —, malheureusement, elles ont été délocalisées dans les années 1990, Monsieur le député Vallaud. Et aujourd’hui, nous sommes en train de les relocaliser en France, à Bergerac. Tout cela prend du temps. Tout cela prend du temps ! Et donc, j’invite, pour le coup, à ce que nous soyons les plus unis possible dans ce combat pour l’économie de guerre. Non, je suis désolé, Monsieur le Président Marleix, vous ne pouvez pas dire que les industriels français n’ont pas avancé. Mieux que ça, vous nous avez dit qu’il n’y avait pas de commandes. Plus de 200 missiles Aster ont été commandés à MBDA en janvier 2023. Ne dites pas qu’il n’y a pas de commandes. Vous avez des dizaines de milliers d’obus d’artillerie de 155 mm qui ont été demandés par le ministère des Armées, par la DGA. Ne dites pas qu’il n’y a pas de commandes ! Comment pouvez-vous dire qu’avec un budget des Armées qui va augmenter, qui va doubler, il n’y a pas de demandes ? Il y a des commandes pour nos industries de défense. Donc je pense, là aussi, qu’il nous faut être clairs sur ces sujets qui sont graves, tant pour l’aide à l’Ukraine que pour la livraison à nos propres armées, que pour la réussite de notre exportation d’armes. Et donc je serai toujours à votre disposition, puisque vous êtes commissaire à la Défense, Monsieur le Président Marleix, et qu’à chaque fois j’ai le plaisir d’aller à la commission de la Défense et de ne pas trop vous y voir, je dois bien l’avouer, mais je serai bien heureux de répondre à vos questions précisément et de ne pas laisser abîmer le bilan que nous devons à nos industriels et à celles et ceux qui s’engagent pour la réussite de cette économie de guerre.
Au moins, au moins, c’est dit. Bravo, génial.
Merci, Monsieur le Ministre. La parole est à Monsieur le Premier ministre.
Eh bien, donc ce n’est pas pour aider les Ukrainiens, c’est pour faire du service après-vente et de la promotion de l’armement français.
Madame la Présidente, avant que puissent s’ouvrir les opérations de vote, d’abord, simplement, pour remercier l’ensemble des oratrices et des orateurs qui se sont succédé à cette tribune. Preuve que nous pouvons, sur ce sujet, avoir un véritable débat, apaisé, je le crois, de points de vue et de positions. Les débats sont toujours nécessaires et utiles. Simplement pour insister sur trois éléments qui, à mon sens, ressortent de ce débat, trois conclusions que je tire de ce débat. La première conclusion, c’est qu’on peut tout à fait être dans l’opposition à ce Gouvernement, au président de la République, et assumer un soutien clair, net, sans remise en cause, sans remise en question, sans « mais » à l’Ukraine. Il y a eu une succession d’interventions qui ont fait, Madame Le Pen, l’exacte démonstration de l’inverse de ce que vous disiez tout à l’heure, quand vous avez estimé que, dans notre discours, être contre le président de la République, c’était être pro-Poutine. Ce qui s’est passé, et les prises de position qui ont été celles de plusieurs présidents de groupe de l’opposition cet après-midi, ont précisément montré qu’on pouvait être dans l’opposition à la majorité présidentielle, contre le président de la République, et en opposition à Poutine. Donc, être pro-Poutine, ce n’est pas être anti-Macron. Être pro-Poutine, c’est être pro-Poutine, comme vous l’avez été ces dernières années dans toutes les prises de position qui étaient les vôtres. Donc, la première conviction, c’est celle-là. Deuxième conviction qui est la mienne — non, c’est la réalité, Monsieur Tanguy, deuxième conviction qui est la mienne à l’issue de ces débats, c’est que j’ai le sentiment, après avoir écouté les interventions de celles et ceux qui sont les plus hostiles à cet accord bilatéral pour lequel nous vous demandons de vous prononcer, je n’ai pas senti une très grande fierté dans les positions qui étaient exprimées ici, et je n’ai pas perçu, dans les expressions qui ont été les vôtres, une véritable alternative à ce que nous proposons, c’est-à-dire le soutien à l’Ukraine, parce que j’ai entendu soit de la diversion, soit de faux arguments. J’ai entendu, par exemple, dans plusieurs interventions, que ce soit M. Roussel, l’orateur de La France insoumise ou Mme Le Pen, dire : « Mais nous, on n’est pas pour signer et pour donner un accord à ce traité, ou à cet accord bilatéral, parce que nous, on est pour la négociation et pour la paix. » Mais enfin, comment voulez-vous que les Ukrainiens puissent négocier leur sécurité si le message que leur envoient leurs alliés, c’est qu’on les désarme et qu’on arrête de les soutenir ? Aujourd’hui, il n’y a pas de négociation possible, puisque les Russes disent clairement, explicitement : pour nous, la seule négociation possible, c’est d’envahir l’intégralité de l’Ukraine et de lui retirer sa souveraineté. Si nous voulons qu’il puisse y avoir une négociation, Madame Le Pen, une solution et une sortie négociée par la diplomatie de cette guerre, il faut que les Ukrainiens soient en position de négocier et, pour cela, qu’ils soient soutenus par leurs alliés. Vous proposez exactement l’inverse. Je dis la même chose à M. Roussel. Vous vous êtes opposé à cet accord bilatéral. Vous avez tenu aussi un discours estimant qu’il faut arriver, par la négociation, à un accord qui permettrait aux Ukrainiens de s’en sortir, mais vous n’avez dégagé, M. Roussel, aucune proposition qui leur permettrait d’être en position de force pour le faire. Et vous avez dit cette phrase que j’ai retenue : « Il faut arrêter de bomber le torse. » Mais je le dis, M. Roussel, je préfère bomber le torse que rentrer le ventre devant la Russie dans son agression. Dans la série des faux arguments qui ont été évoqués, Mme Le Pen a également parlé de la question des avoirs russes, en estimant que nous refusions de nous emparer de cette question. Au moment même où nous sommes en train de parler, Madame Le Pen, l’Union européenne est en train d’arriver à un mécanisme pour capter les revenus générés par les avoirs russes : 3 milliards d’euros qui vont nous permettre de soutenir les Ukrainiens. Preuve que vous ne suivez pas beaucoup les dossiers qui se jouent au Parlement européen et à la Commission européenne, qui est en train d’avancer sur ce sujet-là. Je vous ai entendue, Madame Le Pen, vous réclamer du général de Gaulle et du gaullisme.
Oui, c’était drôle.
En réponse à cela, toutes les positions que vous avez tenues sur la Russie depuis maintenant une dizaine d’années, ce sont à chaque fois des appels du 18 Juin inversés. Quand la Russie envahit la Crimée, qu’il y a un prétendu référendum qui est organisé, référendum avec un pistolet sur la tempe, vous êtes là pour légitimer l’invasion de la Crimée et légitimer un pseudo-référendum.
Oui, ils vont bientôt voter.
À l’époque de ce pseudo-référendum, dont nous allons commémorer les dix ans dans quelques jours, ce pseudo-référendum pour lequel il n’y avait que des observateurs envoyés par Moscou. Il n’y avait que ces observateurs, mais dans ces observateurs, il y avait quelques Européens : c’étaient les eurodéputés du Rassemblement national, qui, à chaque fois, sont mandatés par le Kremlin pour observer des pseudo-référendums et des pseudo-votes. Et si, Madame Le Pen, M. Chauprade, M. Mariani ont toujours fait partie de ces observateurs mandatés par Moscou. C’est ça, la réalité. Enfin, pour ne pas être beaucoup plus long, la troisième conviction et la troisième leçon que je tire de ces débats, c’est qu’aucun des intervenants, y compris ceux qui s’opposent à cet accord bilatéral, n’a remis en cause le fait que la victoire de la Russie sur l’Ukraine signifierait un cataclysme de pouvoir d’achat pour les Français, avec une explosion supplémentaire des prix des céréales, dont le contrôle serait intégralement celui de la Russie, une explosion des prix de l’énergie, avec des vagues migratoires massives sur le continent européen. C’est donc — et je déduis du fait que personne n’ait remis cela en cause — le meilleur moyen de protéger les Français : aider les Ukrainiens à tenir face à cette guerre. Nous en avons fait la démonstration sans l’assumer. C’est la ligne de ce Gouvernement, c’est la ligne du président de la République, c’est la ligne de cette majorité, et c’est une très grande fierté pour les Français et pour nos concitoyens.
Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre. Le débat est à présent clos. Nous allons procéder au scrutin. Je vous indique que j’ai fait annoncer le scrutin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Il est ouvert et sera clos à 20 h 30. Les résultats seront annoncés à 20 h 30 et la séance d’après est reportée à 22 heures pour vous laisser un peu de temps entre les deux. La séance est suspendue.
Il y a une demi-heure à attendre ! Je n’avais pas prévu ça, là ! Bon, attends, je me refais un petit café. Oh ! Je n’avais pas prévu ça, les amis ! Alors, je vais en profiter. Débriefing ! On mange, on souffle ! Bon appétit à tous et à toutes ! Alors, le débriefing, c’est quoi ? PS va voter pour, Horizons et apparentés pour, les écolos, ce n’est pas clair, le PC contre, LIOT pour, Renaissance pour, le Rassemblement national, abstention, LFI contre, Les Républicains pour. On en est là, c’est ça ? Bonsoir les raiders, je ne sais pas d’où vous venez. Bonjour, bonjour à tous et à toutes. À l’instant même, suspension de séance à l’Assemblée nationale, où les députés sont appelés à voter la déclaration du Gouvernement sur la situation en Ukraine, et notamment sur l’accord de sécurité signé avec Kiev il y a quelques jours. Voilà, c’est Satrape qui fait le raid. Ça, c’est super. Salut Satrappe Donc, j’étais en train de faire un petit point. Nous avons écouté depuis maintenant deux, trois heures, trois heures et demie même, un certain nombre de députés, de présidents de groupe, de présidents de commission, la Défense, les Affaires étrangères, etc. PS, ils vont voter pour, Horizons et apparentés pour. Les écolos, j’ai cru comprendre que ce n’était pas très clair. Le PC contre, LIOT pour, Renaissance pour, Le Pen et ses sbires, abstention. LFI contre, Les Républicains pour, le Modem pour et LIOT, je l’ai dit, ce sera pour. Voilà. À l’instant, Attal a répondu à Marine Le Pen. LFI a été un peu mise sur la touche et on a plutôt assisté, en ce qui concerne les échanges nationaux, à une lutte entre le Rassemblement national et le Gouvernement. Donc, c’est un vote de pure forme. Alors, qu’est-ce que j’ai noté ? Donc, à la fin, on a eu une prestation, pour le dire comme ça, une prestation de VRP par le ministre de la Défense, qui a expliqué combien l’économie de guerre était florissante en France. Il n’a pas employé le terme de « florissante », enfin, il a quand même dit que vraiment ça marchait fort et que donc, d’une certaine manière, la guerre en Ukraine, c’était une possibilité pour la France de faire la démonstration de son génie en termes d’armement, qu’il ne fallait absolument pas se moquer des ouvriers, des ingénieurs, de l’industrie de l’armement, que ces gens-là travaillaient pour la France et qu’il ne fallait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est l’expression. Alors… Et voilà, il a parlé de commandes dans tous les sens. On a eu un moment de catalogue Call of Duty absolument incroyable, avec les types de missiles, de machins dans tous les sens. « Merci beaucoup, il faut vraiment que j’aime votre taf pour m’infliger ça », nous dit le tchat. Alors, attendez, parce que moi, je vois que ma machine, ma cafetière, ne veut pas se lancer parce qu’il y a trop de marques de café. Donc, le vote a lieu en ce moment même dans l’enceinte de l’Assemblée. Je vais profiter de ce moment pour vous dire quels sont les rendez-vous que nous avons à Au Poste. Alors, pour ceux qui découvrent, est-ce que là vous êtes 2 000 sur Twitter à regarder ? Vous êtes aussi sur YouTube, Facebook, on va arrêter, il n’y a personne qui regarde, donc on va arrêter. Donc, depuis maintenant une semaine, on multistream, c’est-à-dire que nous sommes toujours sur auposte.fr, qui est le lieu où il faut aller. Si vous voulez nous soutenir, déjà, inscrivez-vous, laissez votre e-mail et, comme ça, on peut vous envoyer de temps en temps des nouvelles d’Au Poste. Au Poste, c’est l’endroit où il y a absolument… Je vais vous montrer. Ou alors non, je vais rester comme ça. Oui, je vais rester comme ça. Alors, qu’est-ce qui se passe, là ? Je voulais vous parler des rendez-vous à venir, il y a plein de choses. Alors déjà, samedi, on sera au festival de Mediapart. Mediapart nous a invités pour tenir une petite table. On va tenir une petite table et on va faire un petit live sur place. Alors, on sera donc en direct avec un petit stand Au Poste. Donc, si vous voulez des autocollants, des flyers, des conneries et discuter avec l’équipe, Pauline sera là, Ramonazarate sera là, je serai là. C’est toute la journée de samedi. Ça démarre, enfin, ça démarrera exactement à 11 heures jusqu’à 19 heures. Moi, je vais faire un live de 11 heures à 15 heures. Il y a plusieurs débats qu’on va suivre et puis on va se balader dans les allées du festival. Donc, n’hésitez pas, venez, c’est au 104. Vous avez le lien qui vous est donné par Euryale dans le tchat. Ça, c’était samedi. Lundi, nous avons Guillaume Meurice et Dans l’oreille du cyclone. Attention, avis de tempête. Je suis en train de lire son livre, qui sort dans quelques jours. Je vous lis la convocation : « C’est l’histoire d’une blague lancée sur France Inter qui rebondit sur CNews, bifurque à l’Assemblée nationale et se fracasse dans les locaux de la police judiciaire. C’est un carnet de bord, Dans l’oreille du cyclone, Le Seuil, au cœur d’une tourmente nationale, d’une polémique stérile et d’un évier bouché. Puisqu’on ne peut plus, ou pas, rire de tout avec n’importe qui, soyons désinvoltes et lucides. Du cyclone politico-médiatique, Meurice nous révèle certaines petites bassesses de certains collègues, des audaces funambules de la hiérarchie de Radio France, des gars du Figaro qui, en loucedé, lui apportent leur soutien, comme un mystérieux ministre. » C’est un petit livre drôle, sans cesse, mélancolique, fondamentalement. Joie de recevoir son auteur. Ce sera lundi, Guillaume Meurice. Le lendemain, Johann Chapoutot, avec qui on parlera peut-être de ce débat auquel on a assisté à l’instant, pour voir si on a raison de parler de l’esprit munichois comme un sale parfum brun. Causerie avec l’historien Johann Chapoutot, le 19 mars. Gramsci nous avait prévenus : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur, surgissent les monstres. » Avec l’historien Johann Chapoutot, nous allons tenter, justement, de voir clair dans notre temps obscur. Où sont les monstres ? Le cadavre du vieux monde est-il déjà froid ou encore chaud ? La France à l’envers, Manouchian panthéonisé sous le sourire de Le Pen et ses lieutenants, la Macronie, machine à com’ d’extrême droite au service des élites. On va écouter le maître. Ce sera mardi, on avait dû repousser l’émission. Ce sera en direct. Si vous voulez lui poser des questions, vous venez sur auposte.fr ou sur Twitch ou sur YouTube. Et voilà. Et sur Twitter, vous pourrez aussi le suivre. Le lendemain, c’est tombé pendant l’émission, le 20 mars, nous serons avec un dénommé Ruffin, François. Pour son livre sur le mal-travail, pour ses ambitions politiques et pour la joie de méditer de la joie dans la politique. On parlera de ça avec lui, c’est le 20. C’est donc Au Poste, auposte.fr. Toutes ces émissions, pour les organiser, pour les monter, pour les produire, pour les post-produire, pour les animer, pour préparer, on a besoin d’aide. Cette aide, c’est partager les articles d’auposte.fr, c’est faire connaître Au Poste en disant que maintenant c’est disponible sur YouTube. Si les gens veulent regarder Au Poste sur YouTube parce qu’ils ne savent pas comment ça marche, Twitch, ils vont sur YouTube. Et évidemment, c’est aussi les dons, voilà. Non, Ruffin, l’interview se fera en studio, elle ne sera pas dans sa cuisine. Le lundi qui suit, la fête à Total ! Les 100 ans de TotalEnergies, pour les 100 ans de la boîte, ce mois-ci. Au Poste retransmet en direct la grande fête à Total. Ce sera le 25 mars, c’est en public, c’est aux Arches Citoyennes, dans le 4e arrondissement, à côté de l’Hôtel de Ville. C’est entrée libre, vous pouvez venir. C’est organisé par les copains d’Extinction Rébellion dans le cadre de leur campagne Carnage Total. Au programme, des tables rondes animées par Au Poste, des ateliers thématiques pour revenir sur 100 ans de pratiques criminelles de TotalEnergies, penser la lutte contre la multinationale et rêver à un avenir débarrassé des énergies fossiles. En bonus, des stands d’organisations trop cool, dont Au Poste, et du fun. Merci de participer aux frais techniques du live en faisant des dons. OK, OK, OK. Ensuite, le 2 avril, Pierre Douillard-Lefèvre viendra pour son livre Dissoudre. Depuis quelques années, nous avons vu l’État s’attaquer au mouvement écologiste après avoir démantelé des associations antiracistes, musulmanes et contestataires. Nous avons vu les manifestations interdites. Nous avons vu l’antiterrorisme maintenir l’ordre. Nous avons vu un ministre menacer la plus ancienne organisation de défense des droits de l’homme. L’ami Pierre Douillard-Lefèvre, un habitué d’Au Poste, revient avec Dissoudre, aux éditions Grevis, sur l’objectif du régime Macron : non susciter l’adhésion, mais la soumission ; dissoudre ce qui fait commun. Alors que l’horizon se rétrécit, son livre d’intervention propose une histoire des procédures de dissolution et de la manière dont elles incarnent désormais la gouvernementalité contemporaine. Mais surtout, Douillard-Lefèvre se demande comment faire face. Tout ça, c’est au programme. Merci à vous tous de faire en sorte qu’on puisse tenir, qu’on puisse s’organiser, qu’on puisse se professionnaliser. La Commission de la carte de presse m’a appelé l’autre jour pour avoir quelques informations, justement, sur nos revenus, s’ils étaient stables, etc., etc., pour accorder les premières cartes de presse, et j’espère que Pauline aura bientôt la sienne. Je ne sais pas encore ce que va faire le reste de l’équipe, s’ils vont demander une carte de presse, mais tout ça, c’est grâce à vous, les donatrices, à vous, les donateurs, au travail des uns et des autres depuis maintenant trois ans. C’était parti comme une blague et voilà que ça roule. Voilà. Et il y a aussi Bonjour colère qui va revenir, l’émission féministe de Pauline Todesco. Et non, DonneLaPapatte, parce que toi, tu es payé en factures, tu ne fais pas un travail de journaliste, tu n’es pas payé au salaire. Voyons, voyons. Donnelapapatte, qui est en train de reprendre une partie du site, il a déjà travaillé d’arrache-pied pour la partie des profils, voilà. Une émission sur le foot, un de ces quatre ? On en a déjà fait une ou deux, mais pourquoi pas, pourquoi pas. Un peu de politique-fiction, penses-tu : quand l’état des forces politiques en présence se concrétise-t-il pour les déclarations de guerre, si le chef de l’État le souhaitait ? Je n’en sais rien, je n’en sais rien. Alors, pour faire des propositions d’invités, rendez-vous sur le Discord d’Au Poste. On l’a rouvert parce que, figurez-vous que le Comico alors ça, c’est les habitués d’Au Poste, le Comico, c’était… Je vais parler au passé parce que je l’ai fermé. C’était la partie communautaire qui devait remplacer le Discord. Malheureusement, ça a créé beaucoup de bugs. J’ai passé quatre mois dessus, j’ai pris la décision d’arrêter parce que ça ne fonctionnait pas. Donc, on a rouvert le Discord si vous voulez participer à l’organisation de l’émission, si vous voulez… Qu’est-ce que je voulais dire ? J’avais un truc qui me fait bip, là, qu’est-ce que c’est ? Justement, c’est Discord. C’est le Discord. Ah bah tiens, c’est Rolland. Voilà, qu’est-ce que je voulais dire ? Donc, le Discord d’Au Poste, si vous voulez discuter des émissions qui ont eu lieu, si vous voulez discuter de l’actualité, si vous voulez discuter des liens, des rencontres entre nous, vous pouvez y aller. Il y a aussi deux canaux, l’un antifa sur les fachos et l’autre, Parlement sur écoute, pour parler justement des débats qu’on peut suivre à l’Assemblée comme celui d’aujourd’hui. N’hésitez pas, et puis aussi à partager le lien, voilà. Le Discord est ouvert. Absolument. Vous pouvez y retourner et j’ai mis en place deux bots. L’un s’appelle Gégé Darmanin. Vous pourrez l’interpeller, sans mauvais jeu de mots, et l’autre, Louise Michel, que vous pouvez saluer. Voilà, voilà. Donc, à mon grand désarroi… Non, en fait, ça faisait bugger pas mal le site, le Comico. En termes d’ergonomie, ce n’était pas ça. Donc là, Donnelapapatte a repris les choses en main. Désormais, dans vos comptes, vous pouvez ajuster votre profil aux couleurs d’Au Poste. On mettra peut-être en place plus tard des groupes de discussion, mais voilà, pour l’instant, c’est le Discord. Donc, on attend 20 h 30, il est 20 h 19. Je voulais aussi vous dire que les podcasts sont régulièrement produits par Glaudioman. Vous pouvez les retrouver sur le site. Si vous écoutez l’émission en podcast, n’hésitez pas à nous soutenir en commentant le podcast sur votre plateforme, en disant tout le bien que vous pensez de l’émission, ça nous aide sacrément. Alors, Xaron Cito, je vais te redire à peu près ce qui s’est passé pendant trois heures. Le PS va voter pour, Horizons et apparentés va voter pour, les écologistes, on ne sait pas exactement, le PC contre, LIOT pour, Renaissance pour, le Rassemblement national, ex-Front national, abstention, LFI contre, LR pour, MoDem pour, voilà. C’est à peu près ça. Donc, les podcasts, vous pouvez les retrouver sur le site auposte.fr. Je ne sais pas là où vous regardez, si vous regardez sur Twitter, si vous regardez sur YouTube, si vous regardez sur Twitch, mais sachez que vraiment le point de rendez-vous, c’est auposte.fr, c’est là. Alors, j’ai rouvert aussi les commentaires aux articles. Vous pouvez commenter. D’ailleurs, ces commentaires, vous les retrouvez dans votre profil. Si vous allez voir les profils des uns et des autres, vous retrouvez les commentaires qui ont été publiés par les uns et les autres et les réponses qui ont été faites à leurs commentaires. Voilà. Et donc, vraiment, c’est très, très important. On travaille aussi d’arrache-pied avec les copains de PeerTube pour essayer de multiplier les lives sur PeerTube, pour essayer d’améliorer le tchat. Quand je dis améliorer, c’est-à-dire lui donner à peu près les mêmes fonctionnalités que celles dont nous avons l’habitude ici, et notamment de multiplier les commandes, etc.
Ça a commencé ? Oui, ça a commencé. L’émission a commencé ! On est à l’antenne depuis cinq minutes.
Voilà, alors on attend donc le vote d’une minute à l’autre. Un peu plus de cinq minutes. C’est ça, un peu plus que cinq minutes. Donc là, vous êtes 2 500 sur Twitter, donc c’est pas mal. Donc l’idée, pourquoi ? Pourquoi on a fait ça ? Parce qu’on est largement shadow banned sur Twitch, dans la mesure où on préconise les dons plutôt que les subs, on n’est pas rentables pour Twitch. Voilà. Et puis, par ailleurs, l’économie de Twitch, Donc, au bout de trois ans d’abord, au bout de deux ans, on a créé le site, le site sur lequel vous allez retrouver absolument tous les replays en accès libre grâce aux dons des uns et des autres. Et on a décidé aussi de tester le multistream, c’est-à-dire de diffuser en même temps sur Twitch, sur Twitter, sur YouTube, sur Facebook, mais je pense que Facebook, je vais annuler. Merci Sangote, et merci pour ton don de tout à l’heure. Je crois que tu es le dernier dont le pseudo apparaît juste en dessous de moi. Voilà, voilà, voilà. Je vous rappelle que les dons mensuels, c’est comme des abonnements. Si vous avez envie de donner 3 euros par mois à Au Poste, vous pouvez. Si vous voulez donner 10, si vous voulez donner plus, vous pouvez faire autant que vous voulez, évidemment. Et sachez que vous pouvez déduire ça de vos impôts si vous êtes imposables. En effet, nous sommes reconnus d’utilité publique… enfin, plus exactement d’intérêt général, ce qui veut dire que quand vous faites un don à Au Poste, si vous êtes imposables, 66 % de votre don n’ira pas à l’industrie de l’armement, mais ici même. Puisque… Bienvenue les raiders, vous avez raison d’arriver maintenant, car dans six minutes, on devrait avoir le résultat du vote à l’Assemblée nationale. Donc voilà, si vous faites un don de 10 balles, par exemple, à Au Poste, en fait, il vous coûte 3,40 euros. Alors, pour PeerTube, c’est vraiment l’horizon, c’est là où on veut aller. Si on pouvait faire tout en PeerTube, on ferait tout en PeerTube. Pour l’instant, ce que nous faisons, tous les lives sont sur PeerTube. À part ce soir, visiblement, il y a un petit problème dans le serveur. Mais sachez que toutes nos émissions sont disponibles sur notre serveur. C’est quoi ? C’est un YouTube alternatif. C’est français, puisque c’est développé en partie à Lyon par les copains de Framasoft. Merci Lysure. Sommes-nous vraiment humains ? Oui, oui, oui. Il n’y a que des humains pour raconter autant de conneries que ce qu’on a entendu cet après-midi. Donc non, il n’y a aucun doute là-dessus. Alors ? C’est quoi, ça ? Tiens, je vais mettre ça. Hop, hop, hop. Tenez : auposte.fr. C’est écrit là-haut, là. Voilà, c’est là qu’il faut aller.
Abonnez-vous à Au Poste ! Merde ! Il faut s’adonner, on m’a dit, à Au Poste, il faut donner des sous. Il y a des endroits où on va entrer dans les pieds et ce n’est pas le cas ici. Adonnez-vous ! Adonnez-vous à Au Poste ! J’aime Au Poste, je suis les lives et le site, et puis je m’adonne. Abonnez-vous à Au Poste ! Chères gens, je vous invite cordialement à vous adonner à auposte.fr. David Dufresne, Dav Duf, Au Poste, il dit la vérité.
Ils se battent comme des chiffonniers. À qui aura l’image de Marine Le Pen ? De ce côté personne ne veut se montrer. Le scrutin public est pourtant annoncé. Il s’agit de voter pour ou contre, symboliquement, car ce vote n’a aucune valeur contraignante, pour ou contre la déclaration du Gouvernement sur la situation en Ukraine. Article 50-1 de la Constitution. Nous attendons. Nous sommes 300 sur Twitch, 2 000 sur Twitter, une trentaine peut-être sur YouTube. On démarre sur YouTube à 26. C’est les youtubeurs et youtubeuses. Sur le Discord, vous êtes plus de 1 000. Est-ce la présidente de séance qui s’approche ? Que font les huissiers ? L’un danse avec sa chaîne. Oui, Aéphino, la tension est à son comble. Euryale, la meilleure modo du monde, nous précise l’article 50-1 : « Devant l’une ou l’autre des assemblées, le Gouvernement peut, de sa propre initiative ou à la demande d’un groupe parlementaire au sens de l’article 51-1, faire, sur un sujet déterminé, une déclaration qui donne lieu à débat et peut, s’il le décide, faire l’objet d’un vote. » C’est à cela que nous assistons. Il est 20 h 32, ces gens sont cruels. Ça fait quatre heures qu’on fait un live. J’ai faim. Merci, Imparfait inconnu, voilà un geste qui t’honore. Certains écoutent La Souris Déglinguée, d’autres vont à la Bibliothèque nationale de France voir l’exposition Bérurier Noir. À propos des Béruriers Noirs, le 28 mars, nous aurons les auteurs de la bande dessinée qui raconte l’histoire insensée des Béruriers Noirs. Ce sera le 28. Que se passe-t-il ? L’horloge de l’Assemblée nationale indique 20 h 32. Attention, la séance reprend.
Mes chers collègues, la séance est reprise. Voici le résultat du scrutin sur la déclaration du Gouvernement relative au débat sur l’accord de sécurité franco-ukrainien et la situation en Ukraine. Nombre de votants : 572. Nombre de suffrages exprimés : 471. Majorité absolue : 236. Pour l’adoption : 372. Contre : 99. Donc, l’Assemblée nationale a approuvé la déclaration du Gouvernement. Je vous indique donc que la prochaine séance aura lieu ce soir à 22 heures : suite du projet de loi relatif à l’organisation de la gouvernance de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. La séance est levée.
J’aimerais bien que quelqu’un vienne me tirer mon fauteuil comme ça. Voilà, peu de contre, en effet. Non, on ne reste pas jusqu’à 22 heures. Alors, attendez, je vais essayer de retrouver… Je vais pas noter. Vous avez noté, vous, exactement les votes ou pas ? Avez-vous noté les votes ? Ouais, vous pouvez suivre la chaîne sur YouTube. Je pense qu’on va garder Twitter et YouTube, et Twitch, et PeerTube, voilà. Pas noté, non. Quoi ? Il y a Papy qui vient de faire un don ? Qu’est-ce qu’il fait ? Merci Papy, merci beaucoup. Merci beaucoup, Papy Gandalf, pour ton don suspect de 259 balles. Merci beaucoup. Sur plus de 570, il y a 471 exprimés, que 99 contre et 372 pour. Alors, ceux qui ne se sont pas exprimés… Ouais, je pense que c’est le RN. Papy G s’est fait hacker sa carte bancaire par le Kremlin. Vous êtes à peu près 300 dans ce cas, votre carte bancaire va être siphonnée dans la nuit. Merci, respect ! Une attaque si belle ! Une centaine de non-exprimés. Ouais, donc t’as déjà les 89 du RN. Attendez, j’essaie de retrouver ça quelque part. Attendez. Oh, je ne trouve pas, je ne trouve pas. Je vais vous donner ça. Ce sera publié, oui, bien sûr, oui. Alors voilà, merci Un Parfait Inconnu. Donc, l’accord de soutien à l’Ukraine débattu cet après-midi à l’Assemblée nationale est soutenu par une large majorité de députés : 372 voix pour, 99 contre. Et le reste, alors, je ne sais pas si c’est…Oui, je pense que c’était non exprimé, en fait, hein. Source France Info. Nous, là, ils vont court. Bon, de toute façon, on l’a. Bon, les amis ! C’est qu’il y a des émissions à préparer. On se retrouve samedi en direct de la fiesta de Mediapart. Si vous voulez venir voir une partie de l’équipe d’Au Poste samedi… Lundi, on sera aussi, donc, en public du côté des Arches Citoyennes, qui sont un tiers-lieu en face de l’Hôtel de Ville. Ça, ce sera pour le débat sur Total que j’aurai le plaisir d’animer, et il va falloir qu’on prépare tout ça avec Pauline. Donc, vous pourrez rencontrer Pauline Todesco. Vous allez voir, elle est impressionnante. Samedi et lundi aussi. Voilà. Merci à vous tous et à vous toutes d’avoir suivi ce live. C’était un plaisir, nous avons appris des choses. On ne peut pas dire que c’était de haute volée, on ne peut pas dire ça. Merci à Papy Gandalf, merci à Sainte-Gaute, merci aux un, deux, trois, quatre donateurs anonymes, merci à KODR, merci à Supermanagement et merci à Vert-Crystal pour leurs dons. Merci à vous tous. Je vous le rappelle, s’adonner à Au Poste, c’est comme s’abonner. Et c’est faire en sorte que l’émission puisse tenir et s’organiser au mieux techniquement, en termes de production, etc. Merci à vous tous. Le nom des donateurs s’affiche maintenant. Ah tiens, c’est marrant, ça ! Pourquoi il marche pas, moi ? Voilà. Merci beaucoup. Merci Catcall, merci Anonyme, merci Euryale, qui a réussi de main de maître à maîtriser ces quatre heures de live. Merci à Jeanne, merci… Attends, de quoi parle-t-il ? OK, OK. Je pensais plutôt à Kassandré, non ? Mateus ? JX ? C’est qui, ça, JX ? Vous ne voulez pas, moi, JX ? Allez, bye-bye ! À samedi, en direct du 104 et du festival de Mediapart pour ses 15 ans. Merci beaucoup. N’hésitez pas à vous abonner à la newsletter d’Au Poste ou à vous inscrire sur le site auposte.fr. Merci beaucoup !
