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Vichy Anatomie, folle causerie avec Swann Arlaud et Emmanuel Marre

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Emmanuel Marre, bonjour. On va démarrer tout de suite parce que c’est le bordel. Cette émission, c' est le bordel. Et voilà ce que c’est que d’inviter un réalisateur dont l’acteur principal dit qu’il fait des films d’auteur façon punk. Est-ce exact ?
00:00:21Emmanuel Marre
Ça dépend ce qu’on définit par punk, mais oui on essaye de nous aussi de ne pas cacher, de ne pas enlever le bordel sur le plateau.
00:00:31David Dufresne
Alors ce matin, bien évidemment, ça tombe sur vous, j’ai vu votre film d’hier qui est vraiment super, on va avoir une petite heure pour en parler, et ça tomber sur vous c’est le bordel. Le nouveau studio est magnifique, mais on a des problèmes en régie. Bon, comment ça va, Swann Arlaud ?
00:00:51Swann Arlaud
Ça va bien, ouais.
00:00:52David Dufresne
De retour de Limoges, de Vichy, vous êtes… Ouais, ça va ! Notre Salut, un film d’Emmanuel Marre, c’est vous, Swann Arlaud c’est vous, avec Sandrine Blancke et Jean-Baptiste Marre. Septembre 1940, un ingénieur de 49 ans débarque à Vichy sans un sou, sans réseau, avec sous le bras un traité pétainiste édité à compte d’auteur, Notre Salut. Je vérifie, tout va bien dans l'œuvre. Alors, Notre Salut que j’ai essayé de trouver sur Gallica, que je n’ai pas trouvé, vous allez nous en parler, C’est un livre qui existe vraiment, mais bon bref. Ce gars il s’appelle Henri Marre, c’est vous Swann Arlaud dans le film, c’est votre arrière grand-père. C’est bien ça ? Les fiches sont à jour ? Dans votre premier long-métrage solo, prix du scénario à Cannes et j’ai compris hier pourquoi vous filmez la collaboration comme personne dans les bureaux, vous filmez les notes de frais, les notes des pailles, les notes de pot de chambre, le calcul le volume d’essence nécessaire à un convoi de juifs partant pour on sait où. Swann, vous y incarnez donc le fonctionnaire ordinaire, celui du deuxième plan sur la photo, prêt à tout pour exister. Vous n'êtes pas un monstre, vous êtes un homme qui veut gagner en efficacité. Est-ce que ça vous convient ?
00:02:14Emmanuel Marre
Oui, et après c’est aussi toute la vie qu’il y a autour, c’est- à-dire qu’on a beau toujours faire des tableurs Excel. En fait, la vie elle ne rentre jamais dans les tableaux Excel et c’est aussi ce que montre le film en fait. C’est un film sur la rationalisation et comment de toute manière la rationalisation est un mirage et un dangereux mirage.
00:02:40David Dufresne
Swann vous n’avez pas dit un mot.
00:02:42Swann Arlaud
Jusqu’ici, je n’en dirai pas un. J’ai pris une nouvelle décision, là c’est au poste, je me méfie. On sait que les mots peuvent se retourner contre nous.
00:02:55David Dufresne
Absolument, hier je vous ai vu dans un rôle magnifique de placier parce que la salle était bondée et vous êtes devenu ouvreur du cinéma.
00:03:07Swann Arlaud
Pendant un petit temps, mais un moment de grande joie et de partage.
00:03:12David Dufresne
C’est dire combien vous êtes sympathiques. Alors pas tout à fait dans le film, pas tout à fait dans le film, mais dans la vie de tous les jours ça a l’air d'être pas mal. Je vous propose qu’on regarde la bande-annonce que vous connaissez par cœur, qui dure deux minutes. Je crois bien qu’on voit dans la bande annonce le livre Notre Salut. Je disais tout ce qui donne le titre au film, je voudrais juste avant qu’on regarde la bande annonce, donc je disais cette nuit j’ai cherché, après la projo, j’ai cherché le livre. Figurez-vous que je l’ai trouvé sur Amazon d’occasion, mais daté de 1956. Je suis allé sur Gallica, le truc de la BNF, et je ne l’ai pas trouvé. Ce livre, en fait, de votre arrière-grand-père, qui est la base du film, a été édité à compte d’auteur, c’est bien ça ?
00:03:57Emmanuel Marre
Alors, c’est un peu normal que vous le trouviez pas parce que vous cherchez pas au bon endroit. Ah ! C’est-à-dire qu’il faut aller sur les bonnes librairies d’extrême droite. Si vous allez par exemple aux nouvelles éditions latines, là vous le trouverait sans problème. Non, en fait c’est assez particulier parce que le livre a été édité en 40. C’est un livre qui a été écrit juste après la défaite par quelqu’un qui n’avait jamais fait de théorie politique, qui s’est découvert théoricien politique. Après la défaite, on en reparlera, qui est quand même quelque chose, et en fait il a été, il a fait partie de toutes ces racines dormantes de l’extrême droite, voilà, donc il avait été réédité en 54 chez Fernand Sorlot. Alors c’est assez rigolo parce que Fernand Sorlot, c'était le premier éditeur de Mein Kampf.
00:04:47David Dufresne
C’est vrai que c’est rigolo.
00:04:49Emmanuel Marre
Faut faire gaffe, en tout cas, c’est assez parlant. Parlant. Mais que, finalement, mon arrière-grand-père, pour être édité, avait dû quand même s’abaisser un deal, moitié-moitié, avec l'éditeur qui n’y croyait qu'à moitié aussi. Ça résume assez bien le film. Et voilà, c’est symbolique qu’il ait continué d'être micro-édité. Alors qu’il n'était pas beaucoup lu, et en fait, il y a eu toute une mémoire fantôme de la collaboration en France, je pense, dans les familles, mais aussi, théoriquement, voilà, il y a eu toute cette pensée dormante de Vichy qui a continué d’exister de manière un peu souterraine, et on en reparlera peut-être, aujourd’hui, les racines reprennent.
00:05:48David Dufresne
Absolument, absolument. Nayan, je te propose qu’on lance la bande-annonce.
00:05:57Bande Annonce
Toute ma vie a abouti ici. Nous sommes à la croisée des chemins. J’ai tenté d’apporter ma pierre à l'édifice. S’il y a quoi que ce soit, n’importe quelle tâche, je suis prêt à s’affronter. N’importe quelles tâches. Vous voulez vraiment en servir la France ? Absolument On a besoin d’organiser le travail. Collaboration au fond, comment est-ce qu’on peut dire coopération ? Alors, penchez-le. Voilà. C’est bon ? Oui c’est bien. Les pétainistes sincères comme vous sont une denrée rare. T’es contente ? Oui. On passe à la photo s’il vous plaît ? Parfait. Il y a des boches partout, vous avez vu ? Vous savez, l’administration française, nous, c’est fait compliquer. Tout, tout, tout ! Il y a les femmes et les enfants qui sont concernés par l’opération. C’est des wagons à bestiaux. Les enfants, c’est plus petit qu’un adulte. Donc s’ils se serrent un peu.
00:08:05David Dufresne
Nous voilà dans le je reviens sur le bouquin parce que par exemple hier sur grand écran j’ai trouvé ça absolument magnifique quand Henri marre dépose les livres je crois sur un lit ou une table sur un sur un lit il y a donc des reproductions de ce bouquin avec ce papier qui n’est pas ouvert là qui est à l’ancienne qu’il fallait soit même découper comment on fabrique un truc comme ça ?
00:08:32Emmanuel Marre
Comment on le fabrique, la chef déco, Anna Falguière, on en avait encore des exemplaires. Elle a trouvé un imprimeur qui a refait ça à l’identique. Et non, mais c’est intéressant que tu notes que les pages n'étaient pas ouvertes. À l'époque, il fallait des coupes papier pour ouvrir les livres. Et c'était marrant parce que moi, d’une certaine manière, une image importante, c’est que dans ma famille, il y a toujours eu ce livre qui traînait sur les étagères familiales, Pas partout, mais dans un coin. Et en fait, je me rappelle, ado, très souvent, ça m’est arrivé de le prendre. Déjà, de pas bien comprendre pourquoi il y avait une ligne de démarcation. Il y a la France sur la couverture. De pas bien comprendre pourquoi il y a une ligne des démarcation et pourquoi il avait un soleil un peu au milieu en bas, qui est un soleil au niveau de Vichy. Et déjà, je ne comprenais pas. Et en faite, aucun des exemplaires que j’ai vus n’a jamais été ouvert. Donc le film est aussi d’une certaine manière. Le geste du film c’est presque le geste du coup de papier pour rouvrir et dire mais en fait qu’est-ce qu’il y a là-dedans de quoi ça parle et en quoi ça nous parle
00:09:39David Dufresne
Swann, Emmanuel vient de te poser la question de quoi ça parle et en quoi ça nous parle ?
00:09:48Swann Arlaud
De quoi ? Le livre ? Notre salut ?
00:09:50David Dufresne
Le livre, le film.
00:09:53Swann Arlaud
De quoi ça nous parle ?
00:09:59David Dufresne
Tu répètes au début du film deux fois une phrase qui me semble résonner énormément aujourd’hui. Je me demande si c’est pas de ça dont parle principalement le film, tu dis, tu arrives à Vichy, tu veux réussir, tu vas faire ton trou, tu es un technicien du management, on va en parler, et tu dis le temps est idéal pour se repenser à deux reprises à ton personnage. Et j’ai l’impression que le film, c’est un peu cette question-là qu’il nous pose. Je suis à côté de la plaque ?
00:10:34Swann Arlaud
Non, non, j’essaie de rassembler mon cerveau. Oui, en tout cas, à travers la défaite, lui, il voit l’occasion de reconstruire le pays et en fait de se reconstruire lui-même aussi. Et comme l’opportunité d’avoir enfin une place, en fait, d’exister, c’est une sorte de raté très ambitieux. Et là, à l’intérieur de ce régime-là, qui est quand même un projet politique particulier, là, il se voit enfin avoir une place.
00:11:12Emmanuel Marre
Ce que dit Swann est super important sur cette question d’avoir une place. Et aujourd’hui, c’est quand même assez intéressant, en tout cas en rapport à la question politique qui est posée, c’est qu’en fait, il y a plein de citoyens, de personnes qui se disent, j’ai plus de place. Et d’une certaine manière, le film essaie de montrer aussi comment les régimes autoritaires essaient de créer des failles, des espaces dans lesquels viennent s’engouffrer les blessures narcissiques, les ressentiments et comment ils s’appuient sur nos névroses intimes et comment il crée une confusion. Ils arrivent à créer un espace de confusion entre finalement les blessures humaines et les blessures politiques, les dysfonctionnements politiques et le but c’est d’utiliser ça pour que les gens se retournent contre d’autres.
00:12:17David Dufresne
Que les gens se retournent contre d’autres, et quand on regarde le film, ton personnage, là encore, peut-être que je me suis trompé, mais je n’ai pas essayé de penser aujourd’hui en fait. Et je trouve que ton personnage est à la fois extrêmement attiré par l’ordre, par le maréchal, par Pétain, par Vichy, par tout ça, évidemment, mais qui a une forme d’incompréhension et il n’est pas tout à fait sûr. À certains moments.
00:12:51Swann Arlaud
Ah, ça c’est intéressant. Je pense que c'était une vraie question. Est-ce qu’il est absolument sûr, est-ce que c’est un fervent pétainiste ? Est- ce que c´est un arriviste, un opportuniste ? Je ne crois pas avoir tout à fait la réponse, en tout cas je pense que c’est peut-être un peu un mélange de tout ça. Mais la question, je pense qu’on se la pose, mais nous on se les posait aussi en fait tous les jours de savoir qui était Henri.
00:13:20David Dufresne
Et à la fin vous savez ou pas ?
00:13:22Emmanuel Marre
Toi oui ? Non mais après c’est aussi une invitation à aussi déplacer le problème en fait. C’est pas forcément juste la question morale ou la question des intentions et des convictions, c’est à dire qu’en fait, si les êtres humains agissaient exactement selon leurs convictions, un combat politique serait plus simple à mener puisque voilà, il y aurait des choses ça serait clair et là au contraire, c’est aussi un moment où on dit mais qu’est ce qui est humain, on est un matériau humain. Donc en fait, vous allez avoir des gens qui vont avoir des grandes convictions, mais qui n’auront pas forcément le courage de dire non, par exemple. Vous aurez des gens, et ça on le voit dans le film, qui ont des convictions qui nous paraissent horribles et qui vont agir, au contraire, qui vont eux arriveront à dire non à un moment. C’est aussi ça, c’est de toujours penser qu’il y a la responsabilité individuelle, mais il y a aussi la question systémique, mais on ne peut pas penser l’un juste l’une ou l’autre. Ce n’est pas où le système qui écrase les gens, et ce n’es pas que les individus qui sont responsables de la société.
00:14:42David Dufresne
Mais je me demande si ce n’est pas parce que vous avez pris la liberté de faire un film de deux heures et demi que l’on peut rentrer dans ces nuances, dans ces ambivalences. On n’est du tout dans quelque chose de noir et blanc, c’est gris.
00:15:02Emmanuel Marre
Ouais c’est gris et en même temps il y a aussi plein de couleurs, en tout cas c'était hyper important de sortir de l’idée juste déjà du principe de collaboration, c’est un film de collaboration au bout d’une heure et demie parce qu’il montre aussi pendant une heure avant comment l'état français, le régime de Vichy ont fait les choses tout seuls sans qu’on leur demande. Et aussi la question de, en fait, des nuances. Et par exemple, il y a une chose qui est importante, c’est aussi de voir ce qui nous intéressait, c'était comment ceux qui ne sont pas convaincus à la base, ceux qui n’adhèrent pas pleinement, au final, par des mécanismes qui de concession, qui d’intérêt, qui en disant qu’il faut bien se rendre à la réalité, Finalement… Franchissent des paliers, et palier après palier, on est dans un engrenage où on ne peut pas se retourner. Et aussi de, pareil, de sortir de cette vision du vichy nationaliste ou du Vichy antisémites, qui est le cas, mais aussi de voir qu'à Vichy il y a aussi avant tout une vraie pensée économique et une vraies pensées sociales. Et d’ailleurs ce qui est très intéressant, là c’est hors du film, c’est que ceux qui ont payé l'épuration n'étaient pas ceux qui était le plus aux commandes ? Qui n'étaient d’ailleurs pas les plus antisémites et les plus convaincus, mais voilà, ceux qui ont payé, c’est ceux qui l’ouvrent très fort en créant Travail Famille Patrie ou qui étaient dans Je suis partout, mais voilà.
00:16:38David Dufresne
C'était l’un des journaux de la collaboration, de l’action française.
00:16:42Emmanuel Marre
Voilà, il y a plein de gens, on prend l’exemple de Maurice Papon, Maurice Papon n’est pas du tout d’extrême droite, mais juste, voilà, finalement il est un Maurice Papon ou un Bousquet, voilà qui sont de centre, qui sont au centre, finalement ont été des bien meilleurs chevilles que des excités maurrassiens quoi.
00:17:03David Dufresne
Absolument. Alors, on est d’accord, c’est un film sur la collaboration, mais ça n’est pas un film sur ce que les historiens appellent les ultra-collaborationnistes ou les extrémistes de la collaboration. C’est-à-dire les Doriot et compagnie, même si quelques-uns apparaissent, voilà, on ne va pas dire quand dans le film, mais voilà. Là on est vraiment, quand je parlais de gris, je ne parlais pas des images qui sont magnifiques, on va parler des images, ne t’inquiète pas, évidemment c’est un film en couleur. Je parlais la zone grise dans laquelle évolue Swann Arlaud. Alors question pour Swann justement, quels ont été vos inspirations, lecture, film pour entrer dans le personnage ? C’est Sorcière qui pose cette question.
00:17:48Swann Arlaud
Alors, comme d’habitude, je pense que je vais en oublier, mais il y a déjà le conformiste.
00:17:55David Dufresne
1970, c’est ça ?
00:17:57Emmanuel Marre
Je sais plus bien, mais oui, c’est dans les années 70, ouais.
00:18:00David Dufresne
Oui, tu n'étais pas né. Ben oui. Moi non plus. Et toi non plus, non. Avec Trintignant c’est comme ça ?
00:18:09Swann Arlaud
Alors qu’il n’est pas exactement la même chose puisque lui, il devient fasciste juste pour être comme tout le monde, c’est un peu simple de le dire comme ça mais voilà. Le conformiste. Et donc c'était, enfin Emmanuel m’a dit, ce n’est pas pour faire la même chose et tout mais simplement voilà c'était une matière à discussion. Et ensuite, c’est devenu, on avait des petits codes comme ça de direction. On me disait, on va faire une prise conformiste. Parfois on avait des prises macronistes. C’est quoi une prise macroniste ? On remonte ses manches et on explique un peu à tout le monde comment on va… Enfin on a des solutions, puis on comprend très bien leurs problèmes. Mais tout va très très très… Enfin on a des solutions. Après c’est au bon vouloir de chacun. Exactement ça !
00:18:56David Dufresne
Donc macroniste, conformiste, qu’est-ce qu’il y avait d’autre comme style de scène, de tempo ?
00:19:03Emmanuel Marre
Je sais qu’on en avait une troisième, mais après ce n’était pas tout le temps. Et il y en avait un qui était, en résumé, c’est paumé. Une prise paumée.
00:19:19Swann Arlaud
Alors ça, c’est des moments où il n’y avait pas besoin d’indications. Voilà, c’est de fait. Je le sens dans l’entretien, oui, c’est bon, c’est bien.
00:19:34Emmanuel Marre
Mais c’est important cette idée d'être paumé, c'était quand même pour moi, c’est marrant, on parle de conformisme, de macronisme, ces deux façons de penser qui en fait refusent le fait d'être perdu, refusant le fait que les choses, on ne peut pas les mettre dans… On ne peux pas tout organiser, on peut pas tout résoudre, on peux pas… Pour moi la question du fascisme et de l’ordre, c´est la peur de la vie en fait, parce que la vie c’est du désordre. Et en fait on ne le supporte pas et il faut exercer une violence en particulier envers les autres pour au final se rassurer et ne pas avoir affronté son propre désordre intérieur, sa propre fragilité, sa propres voilà de sa propre humanité en fait.
00:20:24David Dufresne
Donc, Henri Marre arrive à Vichy, il cherche un poste, bon, on lui propose pas forcément ce qu’il voulait au départ, il va partir ailleurs, peut-être pas obligé de dire où pour laisser un peu le suspense et tout ça, mais par contre, il va se révéler un manager. On dirait aujourd’hui manager, dans le film, dans les scénarios, dans le dialogue, il y a un terme de l'époque.
00:20:58Emmanuel Marre
Alors, on a fait un jeu de mots qui est le terme « management », mais qui est en fait, le vrai terme de l'époque, c'était « science de gestion ». C’est ça. Mais les sciences de gestions ne correspondent pas à ce qu’on appelle « sciences de gestion » aujourd’hui. Les sciences de gestions, c’est vraiment le proto-management actuel, c’est l’organisation du travail, tout ça. Alors que si le spectateur, aujourd’hui, entend « sciences de gestation », il va penser que le personnage est comptable. Et c’est un petit problème.
00:21:26David Dufresne
Alors, comment on joue ça et comment on se différencie de l’autre rôle que tu avais eu il n’y a pas très longtemps dans L’inconnu de la Grande Arche où tu es aussi un technicien, un technocrate d’une certaine manière et là tu joues tout à fait différemment, c’est un tout autre personnage, il se trouve que je te suis à la trace donc voilà, je repère, mais comment on jouait ça par exemple, parce que c'était a priori, c’est gris comme personnage pour le coup.
00:21:57Swann Arlaud
Après, c’est vraiment le dispositif de tournage qui est très particulier parce qu’on a passé quand même beaucoup de temps avant à discuter. Moi, j’ai eu le droit à plein de papiers qui résumaient un peu comment ça fonctionne, le commissariat à la lutte contre le chômage, les camps de groupes de travailleurs étrangers, donc ça, il fallait que j’intègre un peu ces choses-là pour comprendre la logique. Mais par contre ensuite Toujours Emmanuel, il cherche une matière documentaire donc on joue les scènes mais sans apprendre de texte. Donc on a des rendez-vous, on connaît une situation mais c’est plutôt de voir qu’est-ce qui va se produire. C’est à dire, on nous donne une situation ici à tous les trois et on nous donne chacun un rôle. Et on lance la caméra et on voit ce qu’il se passe pour partir de là. Pour dire bon alors, voilà, là, à un moment, t’as ressenti ça, là, tu ne savais pas quoi répondre, là machin et on construit comme ça. Donc, ce que ça produit dans le jeu est forcément très, très différent de choses qui sont qui sont plus cadrées dans le sens où on connaît. C’est ça qui est assez drôle, c’est qu’Emmanuel, il veut faire un film sur un moment de l’histoire, mais il veut le faire au présent. C’est-à-dire à travers des personnages qui ne connaissent pas la fin. Et nous, à notre place de comédien, on ne connaît pas la fin, mais même la fin de la scène. Puisqu’on ne sait pas ce que va dire l’autre. Donc voilà, ce que ça produit est une chose beaucoup plus à la fois fragile, mais plus organique. Et magique, mais avec aussi son lot de surprises Enfin, je veux dire, parfois ça ne marche pas, et c’est ça qu’il y a pas de problème. Mais parfois, on peut passer deux heures à faire la scène et il se passe rien. Et puis à un moment, il va se passer quelque chose.
00:24:01Emmanuel Marre
Oui, mais en t'écoutant c’est hyper intéressant parce que je me dis que comment penser sur le tournage, vraiment, comment ça marche. Et moi j’ai toujours la question de, en tout cas, cette idée, je dirais, managériale et cette idée d’efficacité, d’organisation, d’optimisation. C’est toujours important de rappeler que, en fait, déjà les gens qui le font ne sont pas à l’image de ce qu’ils professent. Et que le management produit du désordre, en fait, c’est ça qui est intéressant. Alors qu’ils veulent tout caler, mais ils produisent très souvent du désordre. En fait, toute l’optimisation. Moi, j’ai toujours un truc, je vais vous donner un exemple très bête. C’est que, par exemple, quand vous prenez le train aujourd’hui, donc ça a été optimisé, vous avez votre Smartphone, vous avez notre QR code, tout ça. Ils ont mis des portiques. Et en fait c'était un bordel monstrueux parce que ça ne marche jamais. C'était que tout le monde souffrait. C’est-à-dire le contrôleur, il est obligé d'être assailli par des gens et il doit le faire à la main. En fait, c’est aussi de voir concrètement comment le management qui prétend, et cette pensée de l’optimisation qui prétend fluidifier, qui prétend organiser, qui prétends optimiser, produit à plein d’endroits du désordre, de la souffrance, et en fait ce intéressant c’est que la violence qui s’exerce, elle n’est pas froide, comme on voudrait l’imaginer, froide précise mais au contraire elle est redoublée par l’inefficacité même de cette pensée, on le voit, on est ici au poste, les doctrines de maintien de l’ordre par exemple, qui sont des choses pensées et ça, on a vu ce que ça donne, c’est à dire qu’en fait la violence, elle vient par un excès de en fait, c’est ça qui est fou.
00:25:57David Dufresne
À propos de chaos et d’organisation. Donc on a parlé de gestion du management, etc. Il y a évidemment plusieurs scènes qui s’appuient là-dessus. Il y une première scène d’installation de banderoles où là on pourrait dire que c’est le chefaillon, c’est le chefaillon assez désagréable, etc., mais là, par exemple, cette scène… Tous les gens qui vont aller voir le film auront en tête, vont comprendre quand tu dis que c’est improvisé. Tout est improvisé ? Parce que t’as parlé de rendez-vous, où est-ce qu’il y a quand même, il doit y avoir dans la discussion, telle information on va dire, qui doit passer. C’est ça l’idée.
00:26:48Swann Arlaud
Ouais alors, tu parles du moment où il me montre le bonheur avant la tournée de Pétain ?
00:26:54David Dufresne
Avant l’arrivée de Pétain dans la ville.
00:26:56Swann Arlaud
Alors, précisément je me souviens pas, parce que aussi c’est pas un système, c'était pas toujours pareil, suivant les scènes, suivants les jours, mais là, tu m’arrêtes si je me trompe, voilà, je dirais qu’il va dire bon, vous lui amenez la bande rôle, voilà toi tu vérifies la bande-rôle tu regardes si tout va bien etc, et puis derrière vous allez parler de ça, et en effet, bah vous la mettez entre le boulevard des italiens et la rue Carnot, enfin voilà. Donc on sait, on a les informations et puis après, d’accord, ça se déroule. Par exemple, dans cette scène, donc ils tendent la banderole, puis ils attendent, et puis ça dure, il ne se passe rien. Et au bout d’un moment, monsieur Henri, c’est bon ? Ah oui, oui, bien sûr. Alors que voilà, ça, en fait, c’est simplement que moi, je ne leur ai jamais dit, OK, c’est bon, on replié, qu’ils sont restés là comme des couillons pendant. C’est beau, en fait, on peut le replier. Donc ça, par exemple, c´est quelque chose qui n’est pas du tout prévu. Et que si on avait voulu le faire, voulu faire cette petite blague, ou ça aurait peut-être moins bien marché, c’est toujours pareil.
00:28:05Emmanuel Marre
D’un moment des chevilles ou des points d’accroche qui nous servent que je peux donner qui ont soit été donnés que vous connaissez aussi par le scénario parce que vous l’avez lu et que vous savez quand même mais en fait chaque scène peut être interprété et surtout on déploie aussi ce qui se poursuit après la scène c’est qu’en fait par rapport à ce que vous avez lu l’idée de la scène, souvent on déploie plus loin et c’est parfois ce qui est après. Et c’est pareil, vous n'êtes pas obligé de passer. Voilà, ce n’est pas un circuit, quoi. C’est qu’il y a des endroits où vous vous démerdez. J’ai besoin de ce que vous passez. Le film a besoin que vous passiez par certains endroits. Parfois, vous n’y passez pas et ça devient aussi intéressant. Mais l’idée, ce n’est pas une descente de ski où il faut avoir tous les je ne sais pas comment s’appelle les plots, par tous les plots bien, quoi ?
00:29:00David Dufresne
Une heure plus tard dans le film, quelques mois plus tard, dans la réalité, le chefaillon devient un monstre de papier froid avec des discussions absolument incroyables de vocabulaire avec sa sténo, sa secrétaire, la dénommée Corinne, je crois, où tout d’un coup, là, on voit le fascisme de bureau à l'œuvre. Je ne vais pas dire les termes parce qu’il faut les découvrir en regardant le film pour avoir le plaisir d’eux. Par exemple ces trois mots là sont une façon de diluer les responsabilités de Vichy on va dire. Ces trois mots-là sont inventés par les comédiens, par les acteurs.
00:29:51Emmanuel Marre
Si vous voulez, ce n’est pas la roue libre, l’impro, ils ont tous leur sac avec des outils qu’ils peuvent réutiliser et après on a discuté ensemble de ces points de passage. Après, sur la question du langage et des termes, même ceux qui n’ont pas vu le film, il y a une chose qui est très intéressante, c’est quand on va aux archives et qu’on l'étudient les télégrammes. Voilà en particulier pour la rafle ou pour les questions et c’est que dans les télégrammes il y a un truc qui est particulier c'était une technologie qu’on connaît pas c' est qu’en fait quand vous corrigez vous pouviez pas effacer donc j’ai vu parfois le travail même de déni et de dénégation de la réalité par le langage tout simplement parce que vous avez le mot qui est barré parce que sur le moment le ruban en fait le ruban c’et ça il s’est barré et ensuite dit Non mais en fait, là on ne peut pas dire ça aussi franchement, et après la correction. Donc c'était ça aussi, c’est-à-dire aussi de voir comment un système autoritaire essaie de détruire la démocratie et l'égalité entre les êtres humains par les termes et comment on les twist, on les tord, et ça je pense que c'était important.
00:31:18David Dufresne
Alors, c’est prodigieux, parce qu'à la fois on est dans un film d'époque, on est en une époque et le film est extrêmement moderne dans son filmage, dans son tournage. Alors là, je comprends maintenant sur le jeu des acteurs, mais il y a aussi le filmage et ça j’aimerais qu’on y vienne. Vous utilisez donc une caméra Bolex, caméra Suisse. Qui est d’ailleurs étudié à l’aide à Genève, je dis ça en passant comme ça, voilà, mais sauf que c’est une Bolex digitale. Alors là, il faut faire un tout petit peu de technique, non mais c’est génial.
00:31:54Emmanuel Marre
Mais en fait, à la base, on voulait tourner en 16 millimètres donc en pellicule. En pellicules, parce que le grain de la pellicule faisait quand même de grosses économies sur les décors, puisque le grain finalement crée une atmosphère où s’il y a une prise dans le champ ou une gaine d'électricité, on ne va pas la percevoir. On n’avait pas l’argent pour tourner en 16 mm et le chef opérateur Olivier Boonjing m’a proposé, dit voilà, il y a une caméra qui a été faite il y à 10 ans, qui reprend toutes les caractéristiques techniques de la Bolex, mais un peu comme aujourd’hui, elle n’est pas… Parfois elle déconne un peu, donc il m’a dit, je te le propose..
00:32:34David Dufresne
Tu me diras peu comme aujourd’hui au poste.
00:32:35Emmanuel Marre
Oui, c’est ça, comme aujourd’hui au poste. Et c’est ça qui est intéressant, elle a parfois, elle déconne un peu, par exemple il faut la chauffer. Comme une vieille voiture, en fait il faut il faut, il faut l’affaire chauffer pendant dix minutes parce que sinon, donc ils avaient, sur le tournage pour qu’on puisse tourner vraiment de manière instantanée, on avait trois caméras qui et les autres, elles chauffaient en permanence pour qu’on puisse les utiliser et voilà et après on s’est dit…
00:33:01David Dufresne
Alors, c’est des reproductions modernes ?
00:33:03Emmanuel Marre
Elle reprend les caractéristiques modernes de vieilles caméras et en fait au départ c’est assez génial c'était un projet participatif c'était des passionnés qui ont voulu recréer cette caméra et mais c’a première fois que je la vois sur utilisée dans un dans un long métrage J’ai utilisé parfois mais c’est vrai que pour nous comme elle correspondait à une idée presque politique de comment faire le cinéma et voilà et après le la question c'était qu’il n’y a pas d'éclairage, le film n’est pas éclairé, c’est en lumière naturelle le film est en lumière naturelle avec et en fait on s’est dit en fait si on était une équipe d’actualité quel serait le kit matériel qu’on aurait ? Et donc, on aurait une caméra légère avec deux objectifs, un zoom. Et on s’est rendu compte qu’ils avaient aussi très souvent un projecteur d’appoint qui pouvait mettre une torche. Et on c’est dit, ça va être la base et on va rester dans cette approche documentaire, là, pour tourner le film. Et qu’il y avait l’idée En fait, moi, je crois toujours que ce n’est pas possible la reconstitution. C’est une illusion de croire qu’on peut reconstituer. Chaque film qui prétend reconstruire parle de son époque. Et donc, nous, autant y aller. Franchement, et de dire en fait, nous ce qu’ont vous montre, c'était on rejoue les choses pour les comprendre. Mais on ne fait pas semblant que ce que vous avez à l’image, c’est exact. Mais par contre, on a toujours essayé que ça soit juste.
00:34:42David Dufresne
Swann, le tournage, donc c’est une caméra légère, ça fait moins cinéma grand moyen, et pour un acteur, c’est comment de ne pas avoir un magnifique éclairage, de ne plus avoir tout le truc extrêmement léché tout d’un coup de se retrouver dans une économie de moyens, on va dire. Est-ce que ça influe sur le jeu, par exemple ?
00:35:07Swann Arlaud
Oui, en fait, ça va avec cette idée qu’il n’y a pas de sacralisation de ce qu’on va filmer, quoi. On va filer un peu tout. Au moment où on se demande si ça a commencé, en faite, ça a déjà commencé. Enfin voilà, il n’a pas tout ce truc, en effet, toute cette installation autour. Et ce moment où l’on dit, c’est maintenant. Voilà, le moment où, on dit, « C’est quand ? » On dit, oh putain de merde, ça commence, c’est d’accord. Voilà, le matin on arrive, on discute, Emmanuel parfois, et au bout d’un moment je le savais mais souvent il attendait que je prenne position quelque part et il me disait ok, on va commencer là. Ou alors si je finissais par quitter cette position pour aller me chercher un café quand je revenais il me dit, alors tu vas te mettre là ? Il observait d’abord tout le monde. Comment est-ce que les gens vont se mettre dans l’espace, comment est ce qu’ils vont, et voilà. Et si on arrivait sur des nouveaux décors où on allait passer juste une journée ou quoi, parfois c’est simplement, il nous dit, là vous dites rien, vous baladez dans ce décor, vous faites connaissance avec l’endroit, mais vous avez interdiction de vous parler, et nous on vous filme. Et parfois ça pouvait durer 10 minutes, 10 minutes à deux dans une pièce, ça peut être très long, avec l’interdiction se parler. Et puis à un moment il dit, on y va. Voilà on dit ça enfin voilà et donc oui il n’y a pas ce gros dispositif lourd autour qui fait qu’en fait on gagne un temps fou et à la fois la caméra même si elle est quand même présente mais elle se fait aussi plus discrète parfois on sait pas exactement où elle est…
00:36:54David Dufresne
Chauffée ou pas chauffée quoi.
00:36:55Swann Arlaud
Voilà, parfois on pense que ça tourne, mais ce n’est que de la chauffe. C’est de la chauffe !
00:37:01David Dufresne
Dans la scène de la banderole dont je parlais tout à l’heure, cette bande- rôles, en fait, on la retrouve dans une image d’archive. À quel moment c’est l’image d’archive' qui indique au scénariste que tu es prix du meilleur scénario à Cannes ? Bah tiens, il faudrait que cette banderole, elle existe dans les scènes reconstituées, on va dire, mais on elle a une force particulière parce que tout d’un coup on la revoit lors d’une visite de Pétain dans une ville de France.
00:37:36Emmanuel Marre
Ben c’est un bon exemple en fait de dire que voilà nous on a pris le prix du scénario comme on a prit l'écriture cinématographique. Donc l'écriture cinématographique c'était les sons, les images, les corps et en fait c'était pas du tout écrit au scénarios mais par contre à un moment on discute avec la chef déco, on discute avec Julie Lecouste avec qui j’ai fait rien à foutre qui est la dramaturge de film, elle dit mais en fait il faudrait qu’il y ait un ancrage qu’en fait il y ait à un moments où le film dit ok on rejoue tout ça, mais il y a quelque chose qui a vraiment existé. Il y a quelque chose qu’a été là et donc la chef déco m’a dit mais en fait peut-être qu’elle a dit j’ai repéré une banderole dans les archives, est-ce qu’en fait on va la reproduire pour que justement au montage vous puissiez avoir cette accroche où le film justement fait vraiment dialoguer le présent. Le passé et justement le fait de, comme on dit, de rejouer les choses plutôt que, et là on passe, ce n’est pas la reconstitution.
00:38:47David Dufresne
Oui, parce que voilà, c’est là où c’est malin, c est à dire qu’Henry Marre, il est devant la banderole qu’on va voir dans les archives, mais pas dans la foule, reconstitution de foule etc., non, non, il est en train de…
00:39:04Emmanuel Marre
Et c’est aussi le pouvoir du cinéma, la fiction, on voit une bande-rôles sur un truc, le pouvoir de la fiction c'était de dire, mais au fond, elle vient d’où cette banderole ? Qui l’a accrochée ? Qui l a pensée ? Comment ils l’ont fait ? Et là, c’est aussi intéressant de penser d' où viennent les choses, quoi.
00:39:20David Dufresne
Alors, on a parlé du filmage, tu as parlé du son. La première fois qu’on entend le maréchal Pétain, d’ailleurs justement, j’allais dire, en fait, on ne le voit pas, on l’entend, c’est d’abord sa voix. Là, j’ai pensé à la Zone d’intérêt où on entendait les bruits du camp sans jamais voir le camp, etc. Je me dis, bon, Pétain va peut-être être comme ça, comme un fantôme dans ce film-là. On le voit un petit peu plus, mais on ne le voit pas vraiment, on voit un képi à longueur de temps. Pourquoi ce choix-là ? Qu’est-ce qu’il signifie ?
00:40:03Emmanuel Marre
C’est que, pour moi, la question, ce n’est pas Pétain. C'était à dire qu’en fait, c’est plus large. C’est pourquoi il y a un système qui a besoin de tenir sur un grand chef à casquettes. Non, mais c'était ça la question avec Pétain, la question de savoir s’il était, s’il était antisémite ou pas. Pour moi, là, de l’extérieur, en tout cas, aujourd’hui, c’est une fausse question. La question, c’est pourquoi ? On a besoin d’un grand chef à casquettes et de sortir du mythe du chef. Voilà, même aujourd’hui, quand on voit les grands autocrates qu’on a tout autour de nous, la question, ce n’est pas pour moi, la question ce n’était pas que Poutine, ce n’était pas que Trump, c est pas que Erdogan, c’est en fait pourquoi ils existent et aussi qu’est-ce qu’ils font tenir ? C’est-à-dire qu’ils ne sont pas tout seul. Yeah, c’est aussi deux. Et pour moi, le Pétain, ce qui est important, c’est cette figure du chef. C’est la casquette, c’est de l’homme providentiel, plus que la personnalité de Pétain. Et si on voyait son visage, on rentre dans des problématiques justement de ressemblance, d’exactitude, de reconstitution qui nous donnent, franchement, on n’a rien à foutre.
00:41:28David Dufresne
Dans le film, il y a une séquence à Paris, au Trocadéro, et c'était trop drôle hier l’anecdote, je suis désolé, il faut la refaire, mais là nous sommes 8 millions à t'écouter. Donc vous êtes en tournage, place du Trocadéro à Paris et que se passe-t-il ?
00:41:49Swann Arlaud
Donc il nous faut, en fait, il faut qu’on comprenne qu' on est à Paris et donc il nous faut un bout de Tour Eiffel, donc on va tourner au Trocadéro mais on n’a pas d’autorisation et c’est très réglementé là-bas, on n a vraiment pas le droit de tourner, donc on est, je ne sais pas, on est cinq, il y a Jean-Baptiste qui joue Henri Maude dans le film, qui est le frère d’Emmanuel, qui pousse un peu les gens qui ont des doudounes roses ou jaunes parce que bon, c'était pas très couru à l'époque et puis Olivier Boonjing, le chef-op, qui filme en contre-plongée pour qu’on échappe à tout ce 2025 qui est autour de nous et puis on reste un moment, on fait quelques plans et tout, on a trois personnes, trois quatre personnes qui sont venues là aussi en costume et tout pour pouvoir les croiser et il y a quelqu’un qui s’occupe de la sécurité, une espèce de vigile et tout parce que c’est totalement interdit de filmer et qui vient nous dire bon là vous n’avez pas le droit, qu’est ce que vous faites et tout. Et sans se concerter parce que vraiment on n’en avait pas parlé mais on est plusieurs à dire non mais on fait on est étudiant dans une école cinéma on fait un film et là le mec d’un regard entendu dit oui bah oui ça se voit bon allez je vous laisse tranquille
00:42:55Emmanuel Marre
C’est marrant parce qu’il y a toujours ce doute sur le fait que c’est totalement interdit et c' est assez marrant parce que c est encore une fois là sur la législation, en fait on a tout à fait le droit de tourner Si on est à moins de 3, il y a un nombre où on a le droit Et le pied ? Et on n a pas le droit d'être sur pied Voilà, la caméra ne peut pas être sur pied Ça c’était super intéressant par rapport à la liberté du cinéma C’est de dire en fait il faut pas oublier, les gens qui font du cinéma ont parfois tendance à oublier qu’en fait, on a des libertés. Alors, la question, c’est toujours où commence l’espace public ou l’espace privé. Tu vois de ce que je veux dire, ça, je ne sais pas, ou autre cas, ou ça. Voilà, la Tour Eiffel, en fait, c’est l'éclairage qu’on doit payer ou pas. En fait, dans ce film, on a aussi vécu un truc qui était où est la politique, mais dans la fabrication concrète. C’est à dire qu’est ce qu’on fait ? Voilà, nous on a travaillé pour les gens qui verront le film avec la Maison du Peuple et la CGT qui nous ont accueillis pour le tournage. Donc voilà, ce qui est fou, c’est que, en fait, c’est les seuls qui ne nous ont pas demandé d’argent. Parce qu’ils ne pouvaient pas. Alors nous, le film a fait un don important à la CGT parce que pour nous, ça ne semblait pas logique de faire autrement. Mais c'était aussi intéressant qu'à un moment, le filmage lui-même deviennent, questionnent aussi la politique, en fait. Et c’est vraiment marrant parce que voilà, nous, on aime bien jouer avec les limites. Moi, j’ai fait un film qui s’appelait D’un Château, l’autre. Voilà, je suis allé tourner dans des meetings de Le Pen, je suis tourné dans des meeting de Macron. Et encore une fois, c'était en fait l’image, mettre une caméra qui accepte de se définir comme caméra de cinéma dans la rue, c’est aussi des enjeux. De contrôle, par exemple les marques, il y a des marques partout, aujourd’hui on peut plus tourner parce qu’il faut soi-disant pas montrer les marqués mais c’est pas vrai et en fait c'était aussi voir comment avec une caméra on peut voir comment il y à des phénomènes de privatisation de l’espace public et que le cinéma permet aussi à un moment de dire non en fait il faut arrêter et c' est toujours il y a une bataille à avoir pour dire mais en si vous avez MacDo dans votre cadre. En fait, vous avez le droit. C’est juste que légalement, c’est si votre plan, si vous avez, par exemple, un mec qui dit fuck MacDo et qui a MacDo, là, MacDo peut vous attaquer. Mais quelqu’un a le droit de passer devant un insigne MacDo. Ce n’est pas l’insigne MacDo ou même l’Insigne Leclerc, ou l’insigne LVMH, qui va s’approprier la rue et surtout la mémoire, en fait.
00:45:45David Dufresne
Mais là, est-ce un paradoxe ou est- ce que c’est la volonté de l’auteur, du réalisateur ? En fait, tu fais un film sur le fascisme, sur la collaboration, sur Vichy, et là, ça fait 45 minutes que tous les deux vous nous parlez de liberté.
00:46:05Emmanuel Marre
Ah bah ça serait quand même emmerdant, si on veut dénoncer le, si on veut d'énoncer un système politique, que le tournage applique les principes qui courent. C’est vraiment un problème. Après il ne faut pas être plus pure que la pureté, c’est à dire qu’en fait on ne peut pas, voilà on ne va pas être, je n’arrête pas de parler de collégialité, tout ça, je suis quand même le chef d’orchestre, mais quand même il y a cette idée de, en tout cas de questionner. Je le dis différemment.
00:46:30David Dufresne
Je le dis différemment, est-ce qu’on n’est pas meilleur dans l’adversité ? Est-ce que l’on n’est pas meilleur ? Parce que le film est vraiment une réussite, et le fait de filmer quelque chose qui nous révulse tous et toutes, ça ne vous a pas donné…
00:46:50Emmanuel Marre
Assez concrètement, je sais pas si tu te souviens de la pire journée de tournage, et d’ailleurs on a acheté, c’est le jour où on a voulu jouer au film historique à Vichy, tu vois, avec les barrages. Avec les barrages. Et les images sont d’une pauvreté. Alors là, on a tout bien fait. Vraiment, les figurants, ils savent où ils vont. Il y a des voitures, il y a les costumes, Voilà, on n’a joué au film historique et je crois que c'était le seul jour où je t’ai vu vraiment t'énerver, quoi. Ah ouais, ça va. Mais parce qu’en fait, c’est la seule fois où il y avait vraiment clairement du texte à apprendre, il n’aime pas ça. Ah non, non, mais c'était en fait, ça en dit long sur la reconstitution. On avait tout bien reconstitué, donc on avait créé une séparation entre la vie et le plateau. Et voilà, c'était quand même une petite scène de théâtre. Et en fait tout autour, il y avait genre des centaines de gens de Vichy qui était là ah super le spectacle du tournage et qui filmaient et qui ça et tout Et toi, à un moment, t’as gueulé en disant aux gens d’arrêter de filmer et tout ça. Et ce qui est marrant, c’est que vraiment, ces images-là dans le film, elles dévoilent quand on les a vues avec le monteur. Le monteur a regardé et il a dit, mais en fait, là, je n’y crois pas du tout.
00:48:09David Dufresne
Tout est faux. Mais ça, souvent les monteurs disent ça, ça je n’y crois pas parce qu’ils ne veulent pas monter la scène quoi !
00:48:16Emmanuel Marre
Alors lui il expliquait, il était très clair, il dit dans tout le film, on sent que les gens qui traversent l'écran, ils ont une histoire avant, une histoire après, qu’ils ont une existence, et là il dit, moi je vois le chef de file, j’ai l’impression d’un balai mécanique de, placez-vous là, il faut que vous soyez là, oui ça, et le… Et c'était ça, ça ne marchait pas.
00:48:55David Dufresne
A propos de marcher ou pas marcher, d’après mes sources je balance Stanislas qui est le commissaire politique, le ministre de la propagande du film, l’attaché de presse, qui a été super pour me trouver une place hier et faire en sorte que vous soyez là, c’est fantastique, il m’a balancé. Il m' a dit par exemple que le gars du poteau télégraphique, c n’est pas vraiment un acteur, qui jouent formidablement, en fait ils travaillent chez Enedis.
00:49:26Emmanuel Marre
Ouais, en fait il n’y a pas de professionnels et de non professionnels, il y a des interprètes à l'écran et ils sont tous au même niveau. Alors il y en a dont c’est le métier, il y a des gens qui ont un métier à côté et qui viennent d’ailleurs donner du temps et participer et effectivement Bruno, Bruno Lampre, voilà lui il s’occupe des réseaux chez Enedis et on a passé un petit peu de temps à discuter, déjà parce que moi j’avais besoin de savoir, un chantier téléphonique, enfin lui il fait de l'électricité, mais un chantiers de poteaux, comment ça marche, tout simplement d’avoir quelqu’un qui peut vraiment être finalement un chef d’orchestre à l’image en fait, et en même temps on a discuté vraiment, et puis je lui parlais du film, et c'était intéressant parce qu’il nous parlait aussi de quelles sont les conditions de travail aujourd’hui, quelles sont les pressions qu’il a, comment il vit le management de l’entreprise avec ses nécessités d’objectifs chiffrés, le fait d’avoir des rapports à faire. Il y a plein d’endroits de gens, la visite médico-sociale, c’est un médecin qui l’a fait. Il n’est pas acteur tout ça et c’est aussi pour que le plateau lui-même soit un lieu de réflexion pour les gens qui le font qu’on on n’ait pas juste là en train d’illustrer un scénario on est en train de réfléchir tous ensemble Voilà à ce que veut dire le film quoi.
00:51:11Swann Arlaud
La scène avec les petits patrons, on parle du chômage partiel et tout ça. Là, en effet, c'était donc des patrons de TPE, PME, à qui juste, tout simplement dans la réalité. A qui Emmanuel a simplement dit voilà, la situation c’est ça, donc vous avez des stocks, plus de commandes, il y a un problème, on n’arrive pas avec la ligne de démarcation à travailler avec l’autre côté, enfin juste quelques données. Et ce jour-là c'était extraordinaire parce qu’en fait à un moment on est parti dans la scène et ce qui s’est produit c’est vraiment produit quoi c’a à dire que oui c'était là non mais moi je parle de ça et moi j’ai ce problème là etc et chacun avait quelque chose à défendre et là il n’y avait pas du tout d’acteurs ou de non acteurs c’est à dire moi j’étais là à essayer de me démerder alors vendre un truc un peu invendable et eux ils lâchaient pas le C’est incroyable. Et ça ne se serait pas passé de la même manière s’il y avait eu que des comédiens.
00:52:14Emmanuel Marre
Ce qui est marrant c’est qu’on a été plus juste historiquement que ce que le scénario avait prévu. A la base il y avait une petite scène comme ça où on le voyait qui flattait les petits patrons et il y en avait un côté….
00:52:26David Dufresne
C'était une scène macroniste.
00:52:28Emmanuel Marre
Oui non mais lui il devait présenter son programme et les petits patrons devaient avoir l’air super contents. Et là ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Parce que eux ils disent non mais en fait les grands groupes sont en train de tout nous shooter. En fait on a une conscience avec les salariés et tout. Et en fait en rediscutant avec des historiens et en regardant au moment du montage, je me disais est-ce que c'était juste ou pas, et en fait le Vichy a donné énormément de pouvoir aux organisations du grand patronat. Elle leur a dit mais c’est vous qui savez et ils ont délégué énormément de l'économie au grand patronat. Et il y avait des gros problèmes pour les petites entreprises qui avaient l’impression que le maréchal qui avait dit la défense de la terre, il y en a marre du cosmopolitisme, du capitalisme, il dit ils sont en train de vraiment nous la faire à l’envers, c'était encore pire qu’avant en fait. Et c'était ça qui était fou, c’est de d’avoir sa propre intelligence de la scène, j’ai l’impression qu’on a été plus juste.
00:53:32David Dufresne
La scène dont vous parlez, c’est celle avec le café ? Oui. Oh putain. Non, bougez pas, bouchez pas ! C’est moi qui bouge ! Ce n’était pas prévu. Regardez ! Regardez, regardez cette cafetière que nous avons dans nos locaux depuis des années.
00:53:51Emmanuel Marre
Franchement, c’est la même que dans le film.
00:53:53David Dufresne
Sans déconner. Elles se ressemblent non ? Franchement. Alors je ne sais pas si Nayan t’arrive à filmer ? Non, c’est à peu près la même. C’est un peu près là même, on est d’accord. Quand j’ai vu ça hier, quand j’ai vu ça,, je me suis dit bon bah là, Veuve, Chyco, on va terminer parce que je sais que vous êtes évidemment très pris. Veuve Chyco nous dit que c’est génial, on n’est pas loin. Je ne parle pas de Veuve Chyco comme cafetière, je parle du film évidemment. Vraiment, moi j’ai pris une claque hier en regardant votre film, le film sort le 30 septembre, d’ici là qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’on peut venir vous voir ?
00:54:31Emmanuel Marre
Il y a des avant-premières, il y a pas mal d’avant-première, on essaye principalement d'être pas que à Paris, d’aller partout, on essaie de présenter le film dans un maximum aussi d’endroits où il y a des gens, des petites villes ou des plus petites villas, où il y a aussi des cinémas qui se battent pour que le cinéma existe. Voilà. Il y a aussi parfois des gens de l'équipe, ça c’est pour ceux que ça intéresse et moi je trouve que c'était plus intéressant d'écouter la chef d'écho que moi par exemple, il y a des acteurs, il y a Mathilde Abd-el-kader qui joue Corinne et je pense que c’est super de l'écouter sur le film. Voilà moi j’ai la chance d'être entouré de Swann, en fait de toute une équipe et en fait on continue, on essaie de continuer ce travail d'équipe. Même dans la promotion et dans les avant-premières, voilà, vous allez avoir le monteur, vous avez la costumière. Et je trouve que c’est tellement intéressant de rencontrer aussi pour les avant premières, de pas juste s’intéresser aux deux premiers noms de la liste, qui sont le réalisateur souvent et les acteurs principaux. Mais voilà, aussi, aller voir, c'était vraiment là pour le coup, c’est une discussion avec la chef déco ou le chef op, c est passionnant.
00:55:59David Dufresne
Swann, tu n’y seras pas, puisque ce n’est pas intéressant de vous écouter, en fait cette émission servait à éviter les déplacements ?
00:56:12Swann Arlaud
Exactement, donc vous pouvez revoir l'émission autant que vous voulez. Éventuellement, oui, c’est ça. Non, mais je pense que ça se trouve sur les réseaux sociaux. Si on va suivre Condor Films, les distributeurs, on trouve les dates. Il y a plein de villes en France jusqu'à la fin du mois. Et voilà, parfois on est là, les uns, les autres.
00:56:30David Dufresne
C’est vrai, il y a un petit mystique, je suis désolé, encore une petite minute. Je révolue qu’on aborde le choix de la musique qui peut surprendre. Alors, quand j’ai diffusé la bande-annonce lundi dans la matinale, je ne savais pas qui était la musique, les aupostiens et les aupostiennes se sont précipités, m’ont expliqué que c'était Alphaville etc. Alors, est-ce que tu as envie d’expliquer ce choix ou pas ?
00:56:53Emmanuel Marre
Oui, oui, je vais l’expliquer, c’est qu’encore une fois, la question, c’est de quand on dit on veut que le spectateur se mette dans la position du présent de l’histoire, c´est aussi de, en fait, si on avait mis du traînée, par exemple, il n’y aurait pas cette sensation de proximité émotionnelle qu’on a, quand des gens sont en train de danser dans le film, quand les gens sont à un grand événement, un meeting, si l’on met la musique de l´époque, il y a une espèce de vitre qui finalement assez confortable du passé et l’idée, c’est quand même de casser et de retrouver les sensations. C’est à dire qu’en fait, moi, je me dis, en fait, pour comprendre ce que les gens ressentaient, il faut utiliser une musique qui nous fasse ressentir la même chose. Et cette musique là, elle est plus elle est forcément plus moderne. Voilà, mais après, on pourrait en parler beaucoup de la musique. Mais avant tout, c’est de dire en fait projetons nous. Et c'était aussi casser cette question temporelle parce que les questions du film, Je crois qu’elles sont valables pour l’occupation, pour l'État français, pour le régime de Vichy, mais elles sont valable aujourd’hui, mais en fait, elles étaient valables il y a 4-5 ans. En fait, elle étaient valable il y à 20 ans, en fait. Bien sûr. Et c’est aussi ça, c'était de créer un endroit qui dépasse la ponctualité historique.
00:58:14David Dufresne
Mais je me suis demandé si, en parlant de musique contemporaine moderne, si c'était pas la musique qui t’a accompagné quand tu as découvert la correspondance familiale, l’histoire d’Henri Marre etc, qui est le point de départ, c’est-à-dire il y a une dizaine d’années, parce que c'était les musiques qui ont plutôt une… 10-15 ans. Ah non, en plus, Alphaville c’est 87. Ah oui, mais bon, c est une relation qui diffère au fil du temps.
00:58:40Emmanuel Marre
Il y a toujours cette idée de, un peu, de ces choses, enfin le commun en fait, aussi qu’est-ce qui est commun ? Et je pense qu’en fait, Alphaville voilà, on danse encore dessus. C’est à la fois le son, et en fait pour les amateurs, c’est un son très, qui est même reproduit par des groupes un peu pointus, et, en même temps, c’est vraiment une musique ultra populaire, même un peu kitsch. Et en tout cas, sur la musique, je dis toujours, il y avait aussi cette idée de dire en fait Vichy c’est hyper moderne, c'était aussi très ringard en fait. Et la musique des années 80, elle a cette ambiguïté.
00:59:27David Dufresne
Merci beaucoup à vous deux, j’ai une question rituelle et après c’est terminé. Emmanuel Marre, moi président, Swann Arlaud, moi Président ?
00:59:40Emmanuel Marre
Alors moi, je ne réponds pas à la question parce que je n’aime pas les chefs et l’idée même d'être un chef, ça m’est insupportable.
00:59:50David Dufresne
Swann, moi Président, quelle réforme tu voudrais ?
00:59:54Swann Arlaud
À peu près l’inverse de ce qu’on fait aujourd’hui, quoi.
00:59:58David Dufresne
Merci infiniment à tous les deux. Pardon pour le côté bordélique, mais enfin, ça fait partie du charme du truc. Nous, on aime bien là-dedans. Bravo pour le film merci beaucoup sincèrement. Et puis bravo pour tes prises de position sur Bolloré. Je ne t’en fais pas parler pour ne pas rajouter une pièce, mais je tenais à saluer publiquement le courage de Monsieur Swann Arlaud. Merci beaucoup, merci.

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