Violences policières quand l’ordre déborde - Fête de l’Huma 2023
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Le mouvement contestataire est de plus en plus prégnant. On a pu le constater lors des mouvements sociaux et aussi de ceux pour la défense de l’environnement et de la biodiversité. On assiste aussi à une remise en cause de la liberté de manifester, de la liberté d’expression, du droit de grève et ce choix du tout sécuritaire et du surarmement de la police favorise le risque de mort ou de blessés graves. C’est cette logique répressive qui affecte aussi, bien sûr, de longue date les quartiers populaires, notamment avec le contrôle aux faciès, la mise en place récente des amendes forfaitaires délictuelles, avec un bilan, si on veut parler des événements récents qui ont suivi la mort du jeune Nahel, un bilan qui est quand même assez accablant puisqu’on a un autre mort tué à Marseille dans la nuit du 1er au 2 juillet. On compte au moins cinq jeunes hommes éborgnés et deux autres avec des lésions irréversibles. Et donc parallèlement, la répression de ceux qu’on qualifie le plus souvent d ' émeutiers, quand les syndicats de police, en tout cas certains, les traitent de nuisibles, a été rapide et sévère avec des peines de prison de neuf mois en moyenne. On va reparler de tout ça, on va reparler de ce triste épisode qui a marqué le début du mois de juillet dernier, mais on va aussi tenter de rechercher les causes structurelles. Et d'évoquer des solutions possibles face à cet ordre qui déborde et qui tue. On va le faire avec Joëlle Bordet, bonjour, vous êtes membre du comité national de la Ligue des droits de l’homme et surtout psychosociologue et vos recherches portent notamment sur les quartiers populaires. Nathalie Tehio, vous êtes aussi membre de la LDH, avocate, membre des syndicats des avocats de France et coordinatrice nationale de l’Observatoire des libertés publiques et des pratiques policières. Anthony Caillé bonjour vous êtes secrétaire général de la CGT Police, et vous avez des fans. Et Thibaut Spriet vous êtes magistrat et vous êtes membre du secrétaire national pardon du syndicat de la magistrature va nous rejoindre il a un tout petit peu de retard David Dufresne journaliste réalisateur écrivain qui a notamment dont les travaux d’observation de renforcement des violences policières ont été extrêmement précieuses durant les manifestations mais pas que, voilà on va commencer donc tout de suite en attendant David Dufresne il va nous rejoindre mais on on a de temps donc on va commencer et je vais me tourner vers vous, Joëlle Bordet. On va évoquer les événements les plus récents, en l’occurrence des révoltes urbaines du mois de juillet dernier. Vous, vous avez analysé de longue date la situation des quartiers populaires et notamment les rapports entre les jeunes et la police dans ces quartiers. Vous étiez déjà sur le terrain en 2005 donc, qu’est ce qui a changé entre 2005 et 2023 ? Quels sont les rapprochements qu’on peut faire et quelles sont également les divergences dans ce qui s’est passé ?
Merci d’abord de votre invitation. Je pense qu’effectivement, il y a à la fois une filiation avec les événements de 2005 et il y aussi beaucoup de différences. La filiation, elle est qu’on ne peut pas oublier que les évènements de 2005, c’est quand même nettoyer au car chair. C’est les choix qui ont été faits à l'époque par M. Sarkozy et le gouvernement sur la transformation de la police, dont la fin de la Police de proximité, mais pas seulement la fin de la police de proximité. C'était aussi l’affaiblissement des maisons de justice et du droit. C’est aussi l’affaiblissement de l’accès aux droits et c' est l' affaiblissement d’une politique de dissuasion. Donc, ce n’est pas que la fin de la police de proximité, c’est toute une chaîne de vision, en fait, de ce que c' est que le rapport entre l’intervention, la dissuasion et l'éducation. Donc, on est dans cette spirale, dans ce choix-là, en fait, depuis des années, et ce qui s’est passé là est dans la suite, dans la filiation de la violence qui a entraîné ces choix d’interventions permanents. Est permanente dans une confrontation avec les jeunes dans les quartiers populaires et parfois sans discernement. C’est-à-dire que là on voit bien que on en est arrivé à parler des nuisibles, donc de l’ennemi intérieur. Et là je pense qu’effectivement il faut le regarder dans une filiation parce que progressivement les rapports aussi se sont beaucoup détériorés. Puis vous avez aussi des jeunes aujourd’hui qui n’ont connu que ça, c’est-à -dire qu’ils n’ont connu la confrontation et c’est devenu aussi une culture des jeunes des quartiers populaires. De toute façon, la culture de la confrontation avec la police, elle ne date pas non plus d’ailleurs de 2005. Donc, je dirais, il y a une histoire de cette confrontation. Mais aujourd’hui, on est arrivé à un point très, très grave. Et par ailleurs, je crois qu’il faut parler de la fragilisation sociale des quartiers populaires. On sort quand même le Covid là, je viens d'écrire un bouquin qui s’appelle Résistance active en temps de Covid dans les quartiers populaire, parce qu’on n’a pas du tout valorisé les solidarités, les résistances du Covid, mais le Covid a marqué vraiment et a fait très peur et a aussi fait beaucoup de retrait par rapport au collectif. Donc il y a un affaiblissement des capacités collectives à faire face à des événements violents parce que tout le monde est en fait en retrait. Là, j’ai fait un débat cette semaine à Armentières. Quand les gens reparlent du Covid, il faut mesurer la peur, le retrait, la défiance vis-à-vis des institutions et en même temps l’importance qu’ils donnent aux collectivités territoriales. Alors moi, je voudrais aussi saluer… Parce que j’ai la chance, effectivement, d’y participer, mais enfin, un petit peu, c’est le travail des municipalités. Là, j’ai eu la chance de travailler avec le CIDEF sur comment écrire le récit politique, justement, des événements. CIDAF, il faut peut-être dire c’est l’organisme de formation du Parti communiste. Et franchement, il y avait 40 villes dans la salle. C'était passionnant, et c'était vrai que, bravo, moi, je trouve que les mobilisations des élus, les mobilisation des techniciens… Si on n’avait pas ça dans les villes aujourd’hui, d’ailleurs les villas où les commissariats ont brûlé, les mairies ont brûlé, je peux dire qu’il y a un certain nombre, c’est des mairies où il n’y a pas ce travail de fait, c'était des maires de droite et il y a une grande différence dans la façon dont les événements se sont déroulés au mois de juin, en fonction de cette présence et de cette capacité à être présents dans une confiance avec les habitants. Et je vous assure que c' est difficile, j'étais à Corbeil avant-hier. Entre les meurtres de jeunes, le Covid, la fragilisation économique, la ville qui est pauvre, et comment on fait avec tout ça ? Donc il y a un courage actuellement des élus, de ne pas que les élus de l’ensemble des habitants mobilisés, des techniciens, et j’ai envie de dire ça, c’est très, très important pour la France et pour la gauche. C’est-à-dire la question locale est extrêmement importante. Je ne sais pas ce qu’on en fait dans un projet gouvernemental, mais en tout cas, s’il n’y avait pas ça, je peux vous dire que ça aurait été 100 fois plus violent et on le voit. Alors, l’autre chose qui est pour moi un changement très important, c’est que là, si je peux dire, les jeunes, ils ont passé le périph. C’est-à-dire que vraiment, il y a pas mal d’endroits où il y à eu des rencontres entre jeunes. C’est-à-dire, ce n’est pas que les jeunes des quartiers populaires qui sont les protagonistes des derniers événements. C' est très clair qu’il y a des jeunes qui se sont aussi beaucoup mobilisés dans le lien avec les manifestations des retraites. Il y a aussi une forme de détermination de la jeunesse qui est très, très loin d’une confiance avec les institutions, et que là, ça change tout. C’est-à-dire qu’il y a eu aussi beaucoup de jeunes, d’ailleurs, qui ont été arrêtés, qui n'étaient pas des jeunes impliqués dans les quartiers et pas du tout impliquées dans les trafics, mais qui, par contre, sont dans une immense colère et dans une révolte par rapport à leurs conditions et par rapport aussi à la discrimination, au racisme, mais aussi la discrimination sociale. Donc là, c’est un phénomène nouveau. 2005, ce n'était pas la rencontre, j’allais dire, des jeunesses. Là, c’est la rencontre des jeunesses. Et ça veut dire autre chose. Donc ça, c’est très important pour nous, à le travailler. Moi, je travaille tout le temps avec les éducateurs, les animateurs. Ce que je perçois, c’est un affaiblissement aujourd’hui des médiations sociales parce que tout le monde est crevé, tout le monde est épuisé, c’est compliqué d’avoir… Et on a en face effectivement une politique gouvernementale extrêmement violente contre toutes les médiations sociales. Il faut parler du contrat républicain, il faut parler de la loi sur le séparatisme, il faut parler de la défiance permanente à l'éducation populaire. Et les transformations avec le service national universel. Donc réellement, là, on a un projet en face du gouvernement qui n’est pas seulement un projet autoritaire, qui est vraiment un projet de dressage de la jeunesse. C’est-à-dire qu’il y a une volonté d’uniformisation pour dresser la jeunesse. Donc on est très, très loin de l'éducation populaire, on est loin de l' émancipation. Et là, aujourd’hui, l’opposition, elle est frontale et elle est extrêmement difficile. Donc ça veut dire que c’est ressenti par tous les animateurs de quartier et que quand on est animateur, qu’on vit dans un quartier populaire. Qu’on a affaire à voir la voiture qui risque de brûler et qu' on ne peut pas sortir parce que c’est trop violent et parce que d’ailleurs la police n'était pas là dans un paquet de quartiers. En fait, ils ne sont pas rentrés dans beaucoup de quartier et les gens ont été tout seuls dans beaucoup de quartiers en tout cas où je travaille. Donc ça aussi, ça dit quelque chose. La police, elle n’a pas été au même endroit partout et ça, je trouve que ça mériterait d'être travaillée. Où est-ce qu’elle est intervenue ? Comment est-elle intervenue ? Et qu’est-ce que ça veut dire pour les habitants qui se sont retrouvés tout seuls ? Souvent sans personne de l’action publique. Et ça, moi, je crois que les effets de ça vont être considérables sur le rapport de confiance avec les institutions, parce qu’on ne peut pas sortir indemne de s'être retrouvés tout seuls dans le feu à ce moment-là dans les quartiers populaires.
Merci, Joëlle merci beaucoup. Effectivement, ce que vous décrivez, c’est aussi un rapport avec la police qui change. David Dufresne, je vais vous donner un parole maintenant. Vous aussi, de longue date, vous étudiez les rapports entre la police et la population, et notamment les conséquences physiques sur les personnes de l’intervention de la police. Est-ce que l’intervention de police a vraiment changé ? On a l’impression que dans les quartiers populaires, quelque chose qui était connu de longue date – le harcèlement, la violence elle s’est diffusée dans les manifestations et c’est vraiment arrivé à partir des gilets jaunes en fait.
Oui, merci beaucoup pour l’invitation et désolé pour le petit retard. Alors, comme je parle du contrôle d’un policier, il faut que je fasse un peu attention quand même à ce que je vais raconter. Mais en effet, le maintien de l’ordre dans les quartiers depuis une quarantaine d’années, en fait, certaines techniques, certaines doctrines, certains armements se sont diffusés, en fait dans le reste de la société et notamment dans ce qu’on appelle le maintien de l’ordre dit social, c’est-à-dire l’encadrement ou la répression, selon si ça se passe bien ou mal, des manifestations revendicatives. Le maintien de l’ordre, c’est aussi le maintien de l’ordre festif, c´est- à-dire la fête de la musique. Ça veut dire aussi Steve à Nantes, Steve Maia Caniço et ce n’est pas pour rien que je le dis, parce que ce jour-là, en juin 2019 à Nantes, ce sont des policiers de quartier. Ce sont des policiers de maintien de l’ordre qui ont agi et qui ont agi sans commune mesure et le sans communes mesures en fait il est il est beaucoup beaucoup aujourd’hui d’actualité or le principe même de la police dans son usage des armes c’est la stricte nécessité et la proportionnalité or on le voit bien quand par exemple survient le drame de à Nahel. Là, on voit bien que ces deux piliers explosent. Et face à ça, il y a un élément déclencheur, qui est la mort souvent d’un jeune homme, et régulièrement, des émeutes suivent. Pas toujours, c’est pas aussi systématique. En revanche, les émeutes naissent toujours dans les quartiers quand il y a eu un problème avec la police. Ça, c’est très très clair. Ça veut pas dire qu'à chaque fois qu’il y a un problème, il y à des émeutes, mais en revanche, l’inverse est vrai. En 2005, la police française fait sa publicité, sa promotion en disant nous, on fait un maintien de l’ordre différent, le maintien d’ordre dit à la française. Et grosso modo, pour aller très très vite et pas pour vous assommer, L’idée c'était de montrer sa force pour ne pas s’en servir. C'était ça, en gros, pour agrandir, pour résumer. Aujourd’hui c’est montrer sa Force pour s’en servir. En 2023, on a vu des services de police qui n’ont strictement rien à faire dans le maintien de l’ordre. Je pense à la BRI, je pense au GIGN et je pense au RAID. Il se trouve que le RAID, notamment à Marseille et ailleurs, est impliqué dans la mort. Ou la mutilation de plusieurs personnes qui se sont retrouvées lors de ces émeutes. Alors d’ailleurs, c’est important le choix des termes. Moi, je parlerai plutôt de soulèvement ou de colère qu'à forcerie de violences urbaines ou d'émeutes, que ce soit délictuels, on est d’accord. Mais que ce soit délictuel, là, on n’est pas d’accord. Il y a une connotation, ça vient d'être expliqué par Joël, il y a une connotation politique et sociale qu’il faut percevoir, qu' il faut traduire, et après, on discute. Je veux dire, on n’est pas obligé d'être d’accord, mais dévitaliser le problème, le dépolitiser, c’est absolument malhonnête, et c' est surtout se garantir alors, on va laisser tomber. C’est surtout se garantir que ça va se renouveler, c’est-à-dire qu’on ne veut pas régler la racine du problème. Or, en effet, les policiers, aujourd’hui, se vivent, vous l’entendez toute la journée, comme le dernier rempart de la République. Si c' est vrai, alors ça veut dire que la République a totalement failli, parce que ça ne devrait pas être le dernier rempart, et les policiers se vivent comme tels. Si c' est ça, le seul service public qui reste dans les quartiers, c’est qu’il y a un vrai problème de politique de la ville, de politique en général. Donc on envoie des policiers qui ne sont pas formés, qui ne sont pas équipés. Ou qui sont, même certains le disent, on est suréquipé, sur formé pour investir les quartiers. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on habite la population à une militarisation du maintien de l’ordre, aux déplacements de véhicules légers blindés dans les rues. On l’avait vu lors de l’acte 4 des Gilets jaunes, rappelez-vous, c'était le 8 décembre, après l’Arc de Triomphe, qui était le premier. On avait vu des blindés de la gendarmerie arriver, défiler sur les Champs-Élysées pour un effet de sidération. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en tout cas, sur le moment, c’est vraiment un effet de communication, de sidérations pour dire voilà, les choses sont très graves, on envoie des véhicules qui rappellent le Kosovo, qui avait été utilisé au Kosovo, etc. Mais aujourd’hui, on n’en est plus là. C’est-à-dire qu’on les prend pas uniquement pour figer, mais pour intervenir avec une disproportion absolument folle. Et en effet, on voit de plus en plus du maintien de l’ordre non plus encadré, mais faire ce qu' on appelle du saut de dessus, de l’interpellation. C’est-à-dire, c’est la bacisation de la police. Et la BAC, il faut toujours le rappeler, elle naît de l’autre côté de Paris. Elle naît à la fin des années 60 en Seine-Saint-Denis. C'était la première fois que c'était utilisé. C'était une police qu’on va tester et qui, en fait, s’est totalement généralisée et qui est à la base d'énormément de problèmes.
Merci, on viendra vers vous tout à l’heure. Je voudrais donner la parole maintenant à Anthony Caillé qui représente un syndicat CGT minoritaire dans la police. Ce n’est pas vous qui gérez la police, très clairement, Anthony. Mais la question que j’ai envie de vous poser, c’est que, au sein de cette institution, les dysfonctionnements ont l’air assez manifestes. Vous qui les voyez un petit peu de l’intérieur. C’est quoi ? C’est un problème de formation. On a l’impression qu’il y a aussi un gros problème de peur des policiers qui considèrent chaque personne comme un ennemi et qui vont tirer sur les gens. Il y a eu beaucoup de cas récemment de gens qui se sont fait tirer dessus juste parce qu’ils étaient là. Et on leur dit d’ailleurs vous êtes là au mauvais endroit, au mauvais moment. Donc comment ça se passe au niveau des donneurs d’ordre ? Comment ça se passe au niveau de la formation ? Comment ça se passe au niveau des armes ? Où est le problème ?
Le problème, c' est que le contrat social qui devait être mis en œuvre, c’est-à-dire une police au service des citoyens, en fait aujourd’hui il n’existe pas. On peut estimer qu’il est au service de l'État, mais moi je pense qu' il est surtout au service du gouvernement. Et donc il y a quand même aujourd’hui une manipulation des forces de police à l’endroit, notamment des quartiers, des manifestants, de la vie associative, qui, à mon avis, ne souffre d’aucune interprétation. Et on a plusieurs difficultés là-dessus. Déjà, on a un choix sémantique du politique qui est fait depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy, avec des termes très guerriers, un profil très martial, un changement de doctrine, la fin de la police de proximité, la mise en place du nouvel uniforme qui est très militaire, l’arrêt d’invocables, enquêteurs, gardiens de la paix. On vous parle de force de l’ordre, on ne parle plus de gardien de la Paix, c’est quelque chose qui n’existe plus. Et effectivement, c’est ce que disait Madame Bordet, et là-dessus, je la rejoins, c’est qu’il y a un discours à longueur de journée sur toutes les antennes de chaînes de télé des médias mainstream qui est le fameux ennemi de l’intérieur. Et c'était de nouveau, ça s’est super cristallisé après les attentats de 2015. Et donc la police nationale, elle n'échappe pas non plus aux politiques publiques. Elle se paupérise de plus en plus. Des formations de plus en plus courtes, on embauche de moins en moins, on fait partir en retraite de plus de monde le plus rapidement possible et donc on a un tuilage déjà qui est mal fait. On a une formation qui a été extrêmement raccourcie, qui est passée de 12 mois à 8 mois, qui est de nouveau revenue à 12 mois mais qui n’est en tout cas absolument pas ce qu’elle devrait être puisque d’autres pays européens comme l’Allemagne c’est 24 mois de formation. Et puis surtout ces formations, elles sont quand même très fragiles. Elles sont dispensées exclusivement par des policiers à l’attention de policiers. Donc, on va refaire en fait le schéma. C’est des policiers qui ont vécu ça, qui ont travaillé 20 ans dans les commissariats et qui vont, eux, dispenser des cours avec leur avis, leur sentiment, leur jugement. Et ça, c’est aussi quelque chose que nous, on met en lumière, c' est à dire que nous on dit la formation, elle doit aussi être dispensée par des gens qui viennent de l’extérieur. Il faut aussi, dans ces écoles, qu’on fasse rentrer des magistrats, des avocats. On a bien vu, même si je sais qu' on ne va pas en parler, mais sur la réforme de la police judiciaire et notamment l’incarcération d’un policier dans le cadre de l’affaire de Marseille ou de l’affaire de Nanterre où on a remis en cause, certains syndicats, le directeur général de la Police nationale a remis en cause une décision de justice. C’est aussi parce que une grosse majorité de policiers méconnaissent le travail des magistrats et méconnaissent l’institution judiciaire et puis il y a aussi le fait qu’aujourd’hui il y a aussi la vente à la découpe de la police nationale clairement on ne professionnalise on professionnalisme de moins en moins les services par exemple spécialisés dans le maintien de l’ordre les CRS et les gardes mobiles on les remplace par des équipes pluridisciplinaires les BAC les BRAV M, la BRI, le RAID qui n’ont absolument rien à faire dans un de l’ordre. D’ailleurs les CRS, les professionnels s’en plaignent énormément pour eux c’est une contrainte supplémentaire à avoir à gérer ces équipes-là au milieu des manifestants. On paupérise la police nationale de plus en plus là où vous disiez madame Bordet qu’effectivement il y a des endroits plein d’endroits où les policiers ne sont pas rentrés parce qu’en fait il n’y a plus de commissariat parce que là où on ouvre un commissariat de police municipal on ferme un poste un commissariat de police nationale et donc on n’est plus là en fait on est Pendant 10 ans, on a dit qu’on était le dernier service public. Dans la cité, aujourd’hui, on ne l’est même plus. Si vous avez la chance d’habiter dans une commune riche, vous aurez votre police. Si vous n’avez pas la chance d'être dans cette commune-là, vous n’avez plus de service public. Pour la prise de plainte, il faudra vous déplacer à 30 km, il faudra faire la queue, il faut avoir la chance de prendre un rendez-vous sur Internet. Si vous êtes dans une zone blanche, le service public n’est plus rendu. Et tout ça, ça distingue les liens entre la police et sa population. Et ça, aujourd’hui, ce n’est plus possible. Il faut recréer du lien. Il faut remettre en place une police de proximité. La police doit être au service des citoyens. Il est consacré dans la Constitution. C’est ainsi. C' est un service au service de l’Etat et pas d’un gouvernement, ce qui n' est quand même pas tout à fait la même chose. Et il faut redonner du sens à nos missions. Il faut arrêter les missions punitives, les missions répressives. Il faut aller sur de la mission préventive, ce qui ne veut pas dire qu’on ne fera plus de répression. C’est notre boulot. Moi, je ne suis pas infirmière, je ne suis pas pompier. Ça, je l’ai compris quand je suis rentré dans la police, je le l’avais compris même avant. On sait qu’on ne sera pas invités au mariage, ça fait partie de notre métier. On est là pour ça, on l’assume complètement, mais on n’est pas là que pour ça. Il faut aussi qu' on redonne du sens aux missions de la police.
Merci, Nathalie, vous, justement, vous coordonnez des gens qui observent les pratiques policières dans les manifestations. Peut-être que vous pouvez justement donner un petit peu vos observations et surtout sur les missions de ces observateurs. Et quel est leur rôle et pourquoi ça a été assez récent à la création de ces missions d’observation ? Ça correspondait à ce besoin.
Oui, parce que nous sommes en démocratie, donc en principe, l'État doit protéger les libertés et doit être encadré et l’exercice, les fonctions de la police doivent être encadrées pour que, justement, nous puissions exercer nos libertés. Et ça, ça fait partie de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, mais c’est aussi la Convention européenne des droits de l’homme. Et la Cour européenne dit sans cesse que l’État a une obligation de protéger les libertés, ne serait-ce que la liberté de manifester. Et à partir de là, dès lors que l’État est censé nous protéger, vous voyez le paradoxe, eh bien de ce fait, les militants se sont rendus compte sur le terrain que, à partir surtout de la loi Travail, qu’il y avait un problème, qu’on n'était plus du tout dans une dynamique où on pouvait plus librement manifester. D’ailleurs, le 1er mai, on y allait avec les poussettes et regardez, maintenant, on n’ose plus y aller et on dit même qu’on réfléchit à y aller à deux fois avant d’aller manifester parce qu' on a peur. On a peur non seulement des… On a peur non seulement des violences qui pourraient être commises, et surtout des armements qui projettent à l’aveugle, comme le LBD 40 ou les grenades, où c’est n’importe qui finalement qui peut être touché, ce n’est pas une personne en particulier, c'était n' importe qui. Mais on a aussi peur des nasses, parce que quand vous vous dites, bon, je manifeste là, mais après, je dois aller au travail ou je dois faire ci, vous risquez en réalité d'être retenu et de ne pas pouvoir y aller, et puis vous avez le problème aussi des arrestations qui sont arbitraires. Donc tout ça fait qu’il y a des entraves, et à partir de 2016, les militants sur place de la Ligue des droits de l’Homme se sont dit, il faut qu’on fasse quelque chose, et la pratique militante d’observation a paru une bonne idée. Donc ça a déjà d’abord été à Toulouse, puis ça a décimé dans la ligue. Et en général, notamment parce que je suis comme coordinatrice des observatoires et que je fais partie du syndicat des avocats de France, mais du coup, j’ai fait rentrer à chaque fois le syndicat des avocats de France et donc nous luttons ensemble avec d’autres associations localement. Ça peut être le MRAP, ça peut être ça peut être le Attaque. Ça dépend, c’est les liens locaux. Mais nous luttons pour essayer d'être un contre pouvoir et de pouvoir. Donner une autre appréciation de ce qui se passe sur le terrain que le discours gouvernemental. Et vous avez dû le voir avec le rapport Sainte Soline. Si les observateurs n’avaient pas dit ce qui passait, finalement, c’est uniquement le discours gouvernemental qui est comme un rouleau compresseur. Donc ça sert à ça, à rendre visibles. Rendre visibles les atteintes aux libertés. Et c' est de cela dont je veux vous parler, c’est qu’en fait, en ce moment, nous avons des politiques gouvernementales qui sont menées. Et ce n’est pas d’aujourd’hui, c’est déjà ancien, mais pour la liberté de manifester, c’est un peu plus récent, mais pour les autres, c’est déjà ancien, comme par exemple sur les contrôles d’identité. Là, il va passer. M. Darmanin veut faire passer une loi immigration. Il faut bien se rendre compte que c'était en lien avec les contrôles d’identité aux faciès S. Et voilà. Et donc ce sont des politiques qui sont menées et qui ont d’autres visées, en réalité, que le simple fait de faire des contrôles d’identité. Bien sûr, ça va rencontrer aussi la volonté de certains policiers. Évidemment, ça fait conjonction et ça va s’amplifier. Mais il faut bien comprendre qu’il y a aussi derrière une politique gouvernementale. Alors même que le Conseil constitutionnel dit que c’est la liberté d’aller et de venir et qu’elle doit être protégée et que par conséquent, il ne doit pas y avoir des centraux d’identité. Systématiques, etc. Et pour autant, vous voyez bien que ce sont certains qui sont visés. Le problème, c’est que comme toute la population n’est pas visée, ça n’a pas rendu visible. Et c'était de cela qu’il faut faire. C’est pour ça qu’on témoigne aujourd’hui. C'était pour rendre visible ce genre de politique. Et aujourd’hui, vous avez pire, vous avez les amendes forfaitaires. Et ça, j’imagine qu’un certain nombre d’entre sur les manifs, parce que maintenant, ça touche aussi la question des manifestants qui reçoivent leur avis lorsqu’il y a une interdiction de manifestation, et là aussi c’est un problème quand vous avez plein d’arrêtés, vous en avez de plus en plus, des arrêtés d’interdiction de manifestation. Nous attaquons et nous gagnons en général, ce qui prouve bien qu’ils sont illégaux. C’est de là qu’il s’agit d’arrestations illégales. Et donc vous avez des personnes qui reçoivent des avis de contravention, d’ailleurs, j’en ai contesté aussi, on a mis sur le site de la Ligue et du SAF Paris pour aider à contester, parce qu’il y avait même des gens qui étaient en dehors du périmètre interdit qui recevaient des avis. Mais qui revoit le plus ces amendes ? Ce sont les jeunes de certains quartiers populaires, notamment, prenez à Paris, ce sont certains quartier où il y a la gentrification en cours, et où on veut pousser ces gens-là en se disant, ces gens, on n’en veut pas. Donc ces jeunes, on ne veut pas les voir dans l’espace public. Alors ils vont recevoir par volet de trois c’est-à-dire, c’est des versements liquides insalubres, c’est des jets d’ordures et c' est atteint à la tranquillité publique. Et maintenant, on va même plus loin. Vous avez les nouvelles lois qui sortent sur l’amende forfaitaire délictuelles. Et ça, ça permet, par exemple, l’usage de stupéfiants. Donc c’est la politique de drogue qui sont menées. Écoutez ce que dit M. Darmanin. C’est toujours, comme au temps de M. Sarkozy, c'était toujours tolérance zéro, c'était toujours, on ne laissera pas passer, il faut lutter. Mais regardez ce qui se passe. Actuellement, vous savez que la France est le pays le plus prohibitif en matière de drogues et où il y a le plus de jeunes qui consomment du cannabis. Cherchez l’erreur. Donc c’est une politique qui ne fonctionne pas, mais on va faire semblant d’agir. En touchant les jeunes de quartiers populaires, notamment par les amendes forfaitaires délictuelles. Délictuel, ça veut dire que ça reste un délit et ça veut que c’est au casier judiciaire. Ça veut dire qu’il va impacter derrière leur avenir parce qu’ils risquent d’avoir des problèmes pour certains métiers, la sécurité, par exemple. Et puis, ça va toucher les familles, parce que les familles le délictuel ce n’est pas encore les mineurs, mais M. Darmanin dit qu' il voulait le faire passer à partir de 16 ans. Et nous avons tout un procédé comme ça. Qui touchent toujours les mêmes et qui est donc dans la discrimination et raciale et sociale quelque chose qui est invisible vous n’en entendez pas parler mais pour autant ça a vraiment un impact
Merci merci Nathalie. Et on comprend bien qu’il y a une sorte de continuum de cette violence. C’est une violence policière et aussi, on va en parler avec Thibaut Spriet du syndicat de la magistrature, une violence judiciaire aussi. Vous, qu’est-ce que vous avez pu observer notamment ? On peut parler de la réponse pénale des jeunes qui ont participé aux manifestations et aux révoltes urbaines très récemment. Je crois que la peine moyenne, c’est neuf mois et c’est pour parfois des gens qui avaient des casiers judiciaires vierges et donc ça paraît beaucoup quand même.
Oui, c’est beaucoup. On peut élargir le constat du lien entre la justice et ce qu’il lui est demandé de faire quand il y a un trouble à l’ordre public tel que le gouvernement demande à la justice d'être particulièrement ferme, particulièrement répressive, rapide, etc. Ce que je veux dire avant de répondre à cette question, c’est que fait un juge toute la journée, un magistrat toute la journée, même un magistrat du syndicat de la magistrature, il lit des procès verbaux établis par des enquêteurs. Il est dépendant de la police, il lui demande à la police d’aller entendre telle personne, il demande à la police d’exécuter des décisions de justice. Il y a un lien énorme entre la police et la justice. Beaucoup de médias, de personnes, de syndicats nous ont fait le procès, syndicat de l’administration, de venir aujourd’hui à la fête de l’humanité pour parler de police notamment, en oubliant qu’on est fondamentalement lié à la police et que le rendre visible, rendre visible certains des dysfonctionnements, ça fait partie de notre travail du syndicat de magistrats. Donc oui, la répression, l’action judiciaire après les événements de cet été a été très ferme. Ça a été essentiellement des comparutions immédiates. Ça a des peines fermes pour des personnes qui étaient primes aux délinquantes. Il y a un rapport qui vient d'être établi par l’inspection générale de la justice qui est limpide sur ce point-là. Ça rappelle la situation pendant les Gilets jaunes. On demande à la justice d’assurer avec ces moyens judiciaires qui sont censés assurer autre chose. que le maintien de l’ordre, d’assurer le maintien de l’ordre. Et ce qu’on a observé, et il y a un glissement là-dessus, il y un glissement depuis les gilets jaunes, ce qui nous a fait nous réveiller aussi au syndicat pour justement essayer de prévenir ça pendant le mouvement retraite. Ce qui s’est passé, c’est que certains procureurs de la République ont estimé que c'était leur rôle, non seulement d’exercer l’action publique quand il y avait eu des dégradations, mais aussi de communiquer là- dessus, de montrer il y eu tant de mandats de dépôt, tant de garde à vue. Tant de peine ferme, comme si c'était une victoire pour la justice de punir et de montrer qu’on punit.
On a même entendu parler d’arrestation préventive.
On a parlé de ça. Alors là, pour le coup, il ne faut pas faire le procès des arrestations à la justice, puisque finalement, c’est pas elle qui a l’initiative du placement garde à vue. C’est elle qui lève la garde à vue et qui dit la suite à donner. Et on peut balayer devant notre porte, mais on ne peut pas non plus faire peser sur la justice l’ensemble des dysfonctionnements sur ce point. Mais vous avez complètement raison sur l’idée que la justice a joué un rôle qui, de l’extérieur, et surtout de la part des personnes qui étaient dans ces mouvements un rôle d’allié objectif du mouvement répressif et du rétablissement de l’ordre. Alors que la justice, son rôle constitutionnel, c’est de veiller à la garantie des libertés. Et c' est là-dessus que, quand on nous a proposé le thème du débat d’aujourd’hui, l’ordre qui déborde, on n' avait pas immédiatement pensé aux violences policières particulièrement. Ce qui est intéressant là-dedans, c' est que la question de l’ordre, la préoccupation sécuritaire, devient une préoccupation première pour beaucoup de nos collègues. Alors que leur mission constitutionnelle, c’est la garantie des libertés individuelles, de faire en sorte que justement, le maintien de l’ordre, l’action de la police, n’aille pas trop entravée sur la liberté et de faire cette balance-là. Est-ce qu’on a complètement glissé nous-mêmes dans ce travers ? Est- ce que cette préoccupation sécuritaire est venue à nous a complètement désormais complètement s’entraîner dans la justice, je ne pense pas, parce qu’on est encore là pour dire que pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas le cas et il faut qu’il puisse le rendre visible. D’ailleurs, on remercie énormément le Figaro CNews d’avoir rendu si visible notre présence ici et le message que l’on porte.
On va pas les rendre visibles à notre tour non plus voilà on va s’abstenir de ça mais c’est vrai que aussi la justice est dépendante des pièces que lui donne du coup la police et ces pièces ça peut être parfois des procès verbaux dont on s’aperçoit parfois un peu tard qu’ils ont été mensonger tout simplement
Alors, il y a le phénomène du faux, effectivement, contre lequel, malheureusement, parfois, il n’y a rien pour le démentir dans la procédure. Mais il y à autre chose, c’est-à-dire que dans toutes ces procédures qui ont eu lieu depuis les Gilets jaunes, finalement, quelque chose qui s’est vraiment institué, c'était les procès rabots de contexte où, en fait, les enquêteurs dressent un portrait de la scène globale, le même dans toutes les procédures, où on montre que la ville s’embrase ; la rue était incontrôlable, etc. Ou finalement, c’est quelque chose qui colore tellement la procédure que tout ce que pourra dire le prévenu, là-dessus, ce sera contrebalancé par ça, par un phénomène global. Et donc ça, on sort complètement, si on s’appuie sur ce genre de PV, de l’individualisation de la peine, de l’appréciation des faits au cas par cas, puisqu’on nous dit qu’il faut juger un phénomène global, un phénomène qui est le phénomène d’une émeute, qui est du phénomène d’une révolte, de la façon dont c’est décrit dans un procès verbal de contexte. On est complètement dépendant de cette description, que ce soit à l’initiative de l’enquête, au moment d’examiner un dossier, un juge correctionnel qui avant de se statuer, il lit les procès, il n’entend pas les policiers et les témoins. Ça va très vite pour ceux qui ont été confrontés à ça ou qui ont pu en être témoin. C’est impossible de faire autrement que de s’appuyer sur la police. Alors, comment sortir ? Je ne sais pas si ça fait partie des questions, mais.
Ça fera partie, mais avant, j’aimerais aussi, il y a l’autre au versant, c’est-à-dire qu’on a parlé de violence policière, le terme d’impunité quand on parle des violences policières est quelque chose qui revient très souvent et qui se vérifie qu’en dit la justice ?
Peut-être que ce qu’on décrit comme l’impunité des violences policières, c’est la manifestation d’une justice qui fonctionne. Pour certains, c'était un policier a le droit à ce qu l’on examine dans le détail son dossier, qui est une instruction qui soit ouverte, qui comprend de la distance par rapport au fait qu’il y ait énormément de preuves qui soient cherchées à des charges, mais à charge, mais surtout à des charge, qui voilà un contexte. Et puis une des enquêtes très approfondies et ça fait dire à beaucoup et ils ont raison qu’il y aurait une justice, deux justices, une pour les policiers qui sont mises en cause et une pour les non policiers, qui sont mise en cause. C’est une réalité, mais qui s’explique aussi par le fonctionnement institutionnel. Un policier, il se crée des loyautés entre les policiers et la justice, c’est un vrai problème, on peut parler de solution, justement de rattacher la police judiciaire au ministère de la Justice plutôt qu’au ministère l’Intérieur pour justement que cette laïcité ne pose pas de difficultés au quotidien. Mais finalement, est-ce qu’il y a une impunité ? Alors, c’est difficile à dire quand on voit le nombre de dossiers et il y a aussi un faible nombre de dossiers. Moi, ce que je constate depuis cette année, c' est que le terme de violence policière maintenant résonne. On ne peut plus l’ignorer. Même dans la justice, nos collègues voient bien qu’il y a un problème. Il y a des policiers qui sont retrouvés en détention provisoire cette année. C’est ce qui a conduit à ce mouvement de contestation et d’arrêt d’un certain nombre de policiers. Il y à quelque chose qui est en train de se jouer dans la prise de conscience. Alors peut-être que l’impunité a existé, mais il y a quelque chose qui est en train de changer aujourd’hui.
D’accord on va justement pour aller dans votre sens on va refaire un tour en fait des différents invités peut-être avec chacun dans son domaine chacun dans son champ quelques rapidement parce qu’il nous reste hélas peut-on le temps file mais quelques pistes de solutions Joëlle Bordet si dans votre champ d'étude si est-ce que vous avez quelques pistes à nous donner pour que les relations entre police et population s’améliorent notamment dans les champs d'études et d’engagement à la ligue des droits de l’homme
Je suis très fière d'être dans cette association parce que je pense qu’elle est très courageuse et que justement elle permet à des études de devenir aussi opérantes. Nous avons beaucoup travaillé avec Nathalie sur les amendes forfaitaires et je pense que là c’est très important ces complémentarités de travail. Trois pistes rapidement. Première piste c'était vraiment effectivement pas se faire avoir par la technicisation délictuelle. De ce qui se passe et que travailler sur la recontextualisation permanente est à la fois démontrant que c’est un projet politique et que c’est aussi, effectivement, pas possible d’isoler, en fait, les faits les uns des autres. Et pour ça, je pense qu’il faut aller travailler sur des thèmes très importants, par exemple, aujourd’hui, la punition des parents. Vous avez bien vu comment le gouvernement va vers la punition des parents jusqu'à faire pression sur les bailleurs sociaux pour sortir les habitants de leur habitat. C’est extrêmement grave. Donc les luttes à mener, qui sont en fait des luttes connexes entre cette stratégie de la force justice-police en lien avec des faits sociaux comme celui-là, c’est fondamental. C'était fondamental comme honte de choc dans les quartiers populaires. Vous imaginez ce que ça fait des gens sortis de leur logement dans un quartier populaire. Bien, ça, c’est une chose. Après, je pense qu’il y a une vraie question justice-polis, je ne m’en mêlerai pas, mais sur les politiques pénales. Et sur la prise en compte de la proximité des territoires. D’un territoire à l’autre, on n’est pas dans la même chose. Donc, cette question-là, elle est fondamentale dans le dialogue avec les élus. Comment un élu dialogue avec un commissaire, un préfet aujourd’hui, ça n’a pas… Et déjà, il s’est passé du tout la même chose sur les territoires, donc cette question du local au national, elle, est fondamentale. Deuxième idée, moi, je travaille tout le temps avec les jeunes, alors moi, je vais vous dire un truc, c’est qu’il faut pas du tout… Il faut les écouter, il faut travailler avec eux. Ils sont en danger. La première chose, c’est que les jeunes sont en danger. Ils sont en danger de protection. Et le risque qu’on connaît, d’ailleurs, moi je travaille au Brésil, je travaille au Sénégal, je travaille dans des contextes où vraiment l’autodestruction de la jeunesse, elle est présente. On est dans des processus d’autodestruction. Moi, je mène des recherches internationales sur comment passer de l’auto-destruction à la démocratie et l'émancipation. C’est extrêmement important de qualifier ce qui s’est passé. On n’est peut-être pas ni dans la colère de la révolte, mais dans de l’auto -destruction. En tout cas, il y a un lien entre les deux. Mais si on n’arrive pas à politiser l’autodestruction, alors on sera vraiment dans l’auto-destruction. Et donc la question de la pensée politique est pour tous les jeunes, et pour tous les jeunes, pas seulement ceux qui vont à la fac et tout ça, mais ceux qui sont réellement fixés dans le quartier. Et si cela, on les lâche, si cela on n' a plus d’interpellation avec eux, si les animateurs ne sont pas soutenus, si on ne peut pas travailler avec eux et bien là, on va dans l' auto-destruction des quartiers populaires. Donc ça, c’est vraiment grave. C’est vrai que vous parlez à une passionnée de la question parce que vraiment, là il y a des forces de vie, il y à des forces formidables pour inverser. J'étais avant-hier à Corbeil, meurtre de jeunes, mais les meurtres de jeunes aujourd’hui c’est le produit de cette autodestruction. Comment effectivement on fait le récit d'émeutes sur une ville comme Corbeil pour sortir Corbeil de chez Dassault ? Il y a un travail formidable qui est en train de se faire comme ailleurs hier. Patrice Leclerc, Gennevilliers, le gymnase qui brûle, qui est en première ligne ? Le maire avec les élus et 200 habitants. Donc c’est pas rien, quoi. Donc cette question de la mobilisation au quotidien pour ne pas accepter la destruction, est fondamentale. Dernière idée, ne pas abandonner la question du racisme et de l’ennemi intérieur. De fait, la France a un potentiel raciste. Nous avons affaire à une jeunesse post-coloniale post-ouvrière. Que devient la jeunesse post-coloniale post- ouvrière dans la France de 2023 ? Comment ça fait lien avec ce qui se passe au Maroc, avec la fermeture de visas, avec les politiques migratoires ? Oui, la France est en train de s’isoler des jeunesses de tous les pays. Voilà. Merci. Il y a du travail.
David Dufresne, je voudrais aussi qu’on parle du contrepoids face aux violences policières. Vous avez pu observer notamment dans votre film, il montre des mutilés mais il montre aussi des gens qui se solidarisent, des gens visualisent ce qui leur arrive, ce qui n'était pas le cas auparavant. Il y a aussi cet espoir d’une grande solidarité et d’une réaction possible à la violence.
Oui, très certainement depuis une quarantaine d’années, par les quartiers, par les collectifs, par des familles, par leurs proches, par les avocats, par certains magistrats, puis par certains sociologues, des documentaristes, puis des journalistes, puis les citoyens. Cette question de la relation à la police, des violences policières, depuis au moins les années 80, voire 70, se pose de plus en plus et elle est marquée. C’est la question du contrôle de la police. Qui contrôle la police ? Est-ce que c’est à la police qui se contrôle elle-même ? Est- ce que ce sont les syndicats d’extrême droite qui veulent contrôler la police, est-ce le ministre ? Où est- ce le citoyen ? L’article 12 de la déclaration des droits de l’homme nous le rappelle. La nécessité des droites de l’homme nécessite l’instauration d’une force publique pour l’intérêt de tous et non de l' intérêt particulier de ceux qu’elle emploie. La force publique a du sens. Révolutionnaire, révolutionnaires du terme, c’est publicité. Ça veut dire, ça doit être au nom de tous et ça doit être à la vue de tous. C’est fini la police du roi, c’est fini la police surprotégée parce que Thibault était quand même assez aimable sur l’impunité. Elle est totale, elle est totale et c'était tout à fait accidentel ce qui est en train d’arriver. Pour avoir travaillé sur plus de 80 dossiers de l’IGPN, je pourrais vous raconter comment on fait pour ne pas savoir, comment l’IGPN fait pour ne pas savoir. Enfin, c’est absolument renversant. Et tant qu’il y aura cette impunité, cet aveuglement, cette surdité. Cette idée qu’on ne doit pas regarder ce qui se passe au sein de la police, on n’y arrivera pas. Mais là, on est nombreux, on en est nombreux. Et ta présence, celle du syndicat, montre bien les limites en face, parce que ce n’est pas anecdotique ce que le Figaro et CNews ont fait. Ça veut dire, c’est pour empêcher la moindre parole qui viendrait éventuellement heurter la doxa, qui serait de dire la police à champ libre, etc. Donc, pour moi, la solution c’est quelque chose qui est porteur d’espoir, c’est la prise de conscience, c’est documenter, c’est filmer, c´est raconter, c’est témoigner, c’est aller assister aux comparutions immédiates, c’est faire en sorte que le changement de régime dans lequel on veut nous envoyer, c’est à dire celui de la police préventive, c’est à dire, celui de, on va condamner un garçon, ça a été le cas, à neuf mois de prison parce qu’il possédait, pendant les émeutes, ils possédaient une canette, donc ils possédaient une arme par destination. Donc potentiellement, comme Minority Report, ils auraient pu faire quelque chose. Ce gars là, il est au trou aujourd’hui. Juste parce qu’il avait une canette de Red Bull. Donc, ce changement de régime, c’est-à-dire une justice et une police préventive, il faut qu’on fasse très, très attention à ce que ça signifie. C’est quelque chose de terrible. Qu’on soit là, qu’on sois concerné, que vous racontiez à vos copains, à vos proches, à vos voisins, ce que vous avez entendu, bon, cette idée d'être présent, de répondre présent, par exemple, quand il y a eu la loi sécurité globale, la manifestation monstre qu’il y a eue, il y à quelques semaines à huis clos mais c’est sur le site de l’Assemblée nationale je vous invite à aller lire la déposition de la directrice des renseignements généraux enfin du renseignement de la préfecture de police de Paris qui dit qu’elle a été surprise que ces services ont été surpris qu’il y ait autant de monde pour cette manifestation et c'était quoi c'était la défense des libertés donc on doit être absolument présent et ne rien céder là dessus parce que ce qui se passe dans les quartiers ça arrive partout après Donc ne nous croyons pas à l’abri parce qu'éventuellement la plupart d’entre nous nous habituons pas ou plus.
Voilà. Nathalie Tehio, rapidement. On va continuer le tour de table, juste pour quelques mots, s’il y a une ou deux mesures. Je pense par exemple au contrôle aux faciès, je pense à l’obligation pour les policiers d'être identifiés. La LDH a porté des choses comme ça, qu’elles pourraient être pas des solutions, mais des mesures qui nous permettraient de faire un pas en avant ?
Je vais peut-être m’adresser à vous. Parce que d’abord, je suis au titre de la LDH, je suis membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui fait un rapport chaque année sur le racisme. Le racisme recule en France, en réalité. Mais le problème, c’est qu’on ne l’entend pas. Quand on regarde les grandes chaînes de télévision, on a l’impression que c' est le raciste qui, au contraire, à travers l’extrême-droite notamment, mais pas que. Comme je vous ai parlé de la loi immigration, c’est qu’il y a quand même, il faut lutter contre, bien sûr, un projet qui est finalement, quand on voit le projet de l’extrême droite, c’est un projet de préférence identitaire. Donc il faut lutter contre ça. Et donc pour cela, moi, je vais m’adresser à vous. D’abord, soyons là, soyons présents. Le 23 septembre, un peu partout en France vous êtes au courant. Ensuite, je vous dirais, il faut apprendre nous-mêmes quels sont nos droits. Parce que c’est pour pouvoir les défendre, il faut les connaître. C’est pour ça qu'à la Ligue, nous avons fait des fiches, que vous connaissez sûrement, nos droits en manifestation, et donc, je vous invite d’ailleurs à aller les chercher, si vous voulez, sur le stand de la Ligue, qui est juste à côté, là, au village des territoires solidaires. Et nous avons des nouvelles fichés, ça va être sur le site prochainement, cette semaine, normalement, sur qu’est-ce qu’il faut faire en cas de violence policière, parce qu' il faut connaître, au moment même où on subit dans les 24 heures et 48 heures, il faut savoir exactement ce qu’on doit faire, parce qu’il y a le problème de la preuve derrière. Et ça, l’impunité policière, elle vient aussi du problème de preuve. Donc c’est pour ça qu' il faut se savoir ce qu’il faut faire. Donc connaître ses droits, et puis exercer ses droits, et je vous dirais, mais filmer, filmer quand vous voyez un contrôle d’identité, vous avez cette possibilité-là. Rappelez-vous, nous nous sommes battus ensemble au moment de la loi sécurité globale contre ce fameux article 24 qui voulait nous empêcher de filmer, ça aurait dû être un délit. Nous avons gagné parce que nous avons été mobilisés ensemble. Soyons ensemble, agissons.
Anthony Caillé ça va pas être facile, mais à l’intérieur de la police, qu’est-ce qu’on peut faire pour que ça s’arrange, pour que ce soit plus forcément le syndicat majoritaire qui réclame toujours plus d’armes et toujours plus de d’impunité ?
Ça va pas être facile que je réponde après ça ou ça va pas être facile la mise en œuvre de ce que je vais proposer ?
Et je vous dirai les deux.
Non, très simplement, mais c’est ce que j’ai déjà dit tout à l’heure. C’est la modification de la formation qui est inéluctable et à mon avis, ça ne peut passer que par ça. C'était l’embauche de policiers. Je rappelle 144 000 policiers sous Sarkozy, 111 000 aujourd’hui. Donc quand le gouvernement nous vend qu’il y a plus de policiers, c’est absolument faux. C'était débancariser complètement la police nationale, ne pas laisser l’institution se recroqueviller sur elle-même, c’est-à-dire l’ouvrir au monde et à la société civile, c’est en arrêter avec la politique du chiffre, qui est quelque chose d’ailleurs qui est très corrélé avec le contrôle d’identité, puisque le contrôle permet très facilement de faire du chiffres et de rendre de la statistique, ce qui donne à notre gouvernement le temps de parole dont il a besoin à l’antenne chaque jour. C’est démilitariser la police. Il y a un aspect missionnaire, c'était ce qu’on disait tout à l’heure, c’est remettre en place une police de proximité, peu importe comment on l’appelle, mais réhabilitons en tout cas des missions de proximité et des missions de service public. C’est hyper important. Peut-être aussi quelque chose qu' on pourrait faire là tout de suite maintenant qui ne serait pas très compliqué, c' est rendre un peu de transparence à cette institution en réformant l’IGPN. Donnons une indépendance complète à cet organisme. Mettons un organe de contrôle extérieur à la police nationale qui ne soit pas composé exclusivement de ses pères, qui soit composé au contraire de magistrats, d’avocats, de gens de la société civile par le truchement des associations, d' avocats de sociologues, de chercheurs. Et mettons un organisme de contrôle complètement transparent qui rende des avis publics chaque année avec des publications et je pense que déjà on aura fait un grand pas.
Et quid de la démocratie à l’intérieur de l’institution. Parce que des policiers qui veulent parler, qui veulent dénoncer certains dysfonctionnements, souvent, avant même que la justice puisse s’en mêler, ils se font évacuer de l’institution, donc est-ce qu’il y a une possibilité, quand on veut faire son métier correctement de policier, de le faire ?
Il faut renforcer le statut de lanceur d’alerte et pour ça il faut mettre un sas de sécurité. Il faut que systématiquement, quand le policier dénonce quelque chose à sa hiérarchie, de la violence, du racisme au sein des services de police, il faut que le statut du lanceur de l’alerte soit mis en place et il faut protéger par un sas de sécurité ce policier. Voilà, c’est une obligation, sinon la parole ne sera jamais délivrée.
On va conclure avec la justice, c’est à vous Thibault Spriet que revient le mot de la fin. Alors dites-nous ce que fait le syndicat de la magistrature pour une justice qui prenne mieux en compte ces problèmes de violences policières ?
Ça va déjà dans le prolongement de ce qui a été dit sur le fait de rendre visible l'État quand il déborde et quand il désobéit à la loi et aux contrats sociaux. Le rendre visible, il y avait l’idée de filmer. Il y a aussi le forme de succès qu’on a eu cet été et puis même pendant le premier semestre de contester tous les arrêtés anti-manifestation où à chaque fois on peut gagner pour montrer que les préfets violent la loi en faisant des arrêté illégaux et sur lesquels les contraventions sont fondées et donc que la justice joue son rôle. On l’a fait comme syndicat évidemment. Mais que la justice joue son rôle quand le contrat social et quand les lois fondamentales qui font de notre société sont violées, et joue son rôle, c’est-à-dire refuse de faire un rôle de maintien de l’ordre, refuse de fait un rôle de communicant du gouvernement, mais joue son rôle judiciaire, c' est-à dire de protecteur des libertés. Donc ça passera par des réformes institutionnelles et personnelles.
Un dernier mot pour Nathalie, on a vraiment deux minutes.
Oui, j’ai juste oublié de vous dire qu’il y a une pétition stop à l’escalade répressive sur le site de La Ligue, merci de la signer.
Voilà, et merci, merci à vous tous, donc merci Joëlle Bordet, merci pour le travail que vous faites, j’en ai autant pour vous David Dufresne, pour ce travail de recension que vous faîtes qui a permis de visibiliser les violences policières et que chacun puisse en prendre conscience. Merci bien sûr à la Ligue des Droits de l’Homme et à ses observateurs. À vous, Anthony Caillé, qui est minoritaire dans la police mais tellement utile, et enfin au syndicat de la magistrature, qui, comme l’a dit Fabien Gay lors de l’inauguration, est ici, chez lui. Merci à vous tous.
Merci Eugénie.
