
«Ça nous rend fous » : les jeunes de Belleville face aux OQTF
Après l’expulsion violente de la Gaîté Lyrique (Paris) le 18 mars dernier,les jeunes exilés du parc de Belleville, soutenus par des syndicats de l'Éducation, réclament l’annulation des OQTF infligées à vingt-quatre d’entre eux. Ensemble, ils dénoncent une politique raciste menée à l’encontre des jeunes, au mépris de leurs droits et, à l’approche des jugements, appellent à une mobilisation citoyenne.
« On a été traités comme des animaux ». Hier, le Collectif des jeunes du parc de Belleville, à l’origine de la médiatique occupation de la Gaîté Lyrique du 10 décembre 2024 au 18 mars 2025, tenait une conférence de presse. À leurs côtés : la LDH, la CGT, SUD, la FSU, Adèle Haenel et quelques élus locaux. Au Centre international de la lutte populaire à Paris, l’assemblée réunie demande publiquement au préfet et au tribunal administratif de Paris l’annulation des OQTF (obligations de quitter le territoire français) qui visent vingt-quatre mineurs du collectif.
Le groupe est choqué, révolté. Alpha, l’un des concernés, n’avait jamais entendu parler d’OQTF avant de recevoir la sienne: « Je me suis dit, c’est quoi ça ? ». Un autre témoigne, il n’arrive pas à digérer la nouvelle: « Depuis que je suis né, je n’avais jamais eu affaire à la police ». Certains des jeunes visés disposent de papiers d’identité valides, mais leur authenticité est niée. Pour les mineurs isolés, déjà confrontés à des violences extrêmes, les effets sont immédiats : « Ça nous rend malades, ça nous rend fous, on n’arrive pas à manger, on a peur. » Un délégué du collectif veut malgré tout garder espoir: « Les OQTF seront toutes annulées (...), on en a la certitude. »
« Imaginez : quelqu’un vient de traverser un désert ou la Méditerranée, cherche refuge dans un pays de droit. Il est mineur, il erre dehors, confronté à toutes sortes de dangers. Ce jeune réclame seulement un toit en attendant la décision du juge. Il se retrouve avec une OQTF. C’est très difficile. »
La réunion débute par une minute de silence pour Aboubakar Cissé, mort le 25 avril dernier dans une mosquée à la suite d’une attaque raciste. Un événement qui s’ajoute à une politique raciste, que certains vivent dans leur chair, jusque dans l’accès à l’éducation. Pour ceux qui parviennent à accéder aux études, mieux vaut ne pas avoir faim: « Dans les lycées, ce sont les professeurs qui se cotisent pour qu’ils puissent se nourrir », témoigne une enseignante de FO.
« C’est quoi, si ce n’est pas du racisme institutionnel, des jeunes qui peuvent passer huit ans sur le territoire sans accès à l’éducation ? »
Tous tiennent à rappeler la brutalité de l’expulsion de la Gaîté Lyrique, le 18 mars. Une représentante du syndicat Sud présente sur les lieux pour soutenir les jeunes fait le bilan de sa soirée: deux côtes cassées. Des mineurs, embarqués au comico avec elle, ressortiront avec une OQTF.
Une opération légitimée le jour même par Anne Hidalgo, maire de Paris, qui déclarait que « à ce stade, c’est ce qu’il fallait faire. » L’élue convoite désormais le poste de haut-commissaire aux Nations Unies pour les réfugiés…
Adèle Haenel a fait le déplacement pour soutenir la lutte. Elle fustige la mairie, l’État et au final les citoyens, qui se renvoient la balle sans jamais agir: « C’est une honte ». À la demande des jeunes, qui vivent dans l’attente de la décision du tribunal sur la validité de leurs OQTF, elle appelle à venir en masse lors des audiences prévues le 23 mai à 15h, puis les 3, 10, 17 et 24 juin, au tribunal
Photos : Félix Jeanniard
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