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10 septembre en France, gronde sur la planète : on fait quoi ?

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Transcription de l’émission

David Dufresne
18H, nous sommes le 28 août 2025 et on démarre en fait non,on a déjà démarré la saison avec notamment trois jours en immersion au sein de LFI, LFI qui dans les discours de Père Jean-Luc et autres parlait de révolution citoyenne, ils se considèrent comme des citoyens révolutionnaires. Bon, nous avons à voir dans le tchat de véritables révolutionnaire, en tout cas des gens qui font tout pour que la révolution advienne, révolutions de notre temps, révolutions au pluriel, ça a son importance, manifeste internationaliste, ça paraît chez Zone, ils sont là les camarades, ah mais j’ai tout perdu là, qu’est ce qui se passe, ah tout allait bien, attention ils sont la, 3, 4, ! Est ce que vous m’entendez ? Est ce qu’on vous entend ? J’ai pas l’impression qu’ils vous entendent, est ce qu' on vous entend ? Le tchat, est-ce que vous entendez nos amis ? Alors, c’est bizarre, les garçons sont en haut, les filles sont en bas, je ne sais pas pourquoi, c’est comme ça, c’est la technique, oui, vous les avez entendus ? Salutations révolutionnaires à toutes et à tous, nous dit Rannik, bonjour ! Oh ça a l’air fort intéressant,oui Gorbass, tu vas voir c’est fort, fort intéressant c’est ce petit ouvrage que je vais présenter, alors, en bas à gauche nous avons Rindala, bonjour ! Il faut décliner un petit peu votre identité, vous savez vous êtes au poste, c’est-à- dire où est ce que vous êtes exactement, d’où vous venez, qu’est ce qu’on peut vous reprocher tout ça quoi ?
Rindala
Je suis syrienne, exilée en France, ça marche, alors je m’appelle Rindala, depuis un peu plus de 10 ans, donc je fais partie de l'équipe des Peuples Veulent et j’ai participé à écrire l’ouvrage, et merci beaucoup pour l’invitation.
David Dufresne
Je vous en prie ça fait plaisir, est ce qu’on peut vous savoir d’où vous nous appelez ou pas ?
Rindala
Oui, je suis dans la région parisienne.
David Dufresne
Très bien, très bien, dans la région parisienne, à droite de l'écran il y a Soma, bonjour Soma !
Soma
Bonjour !
David Dufresne
Vous êtes kurde-iranienne, c’est bien ça ?
Soma
Oui, c’est bien ça c’est Soma, je suis kurde-iranienne, comme Rindala, je suis exilée en France depuis 10 ans à peu près et je fais partie aussi de l'équipe des Peuples Veulent et aussi je participe à l'écriture du manifeste et je fais partie aussi d’un collectif kurde iranien afghan qui s’appelle Roja qui travaille à Paris depuis Femme Vie Liberté en Iran en 2022.
David Dufresne
Impeccable, impeccable. En haut à gauche, Lucas, qui en fait a maintenu la pression sur Au poste pour que cette émission ait lieu, je vais en parler dans quelques instants. Lucas, on t'écoute.
Lucas
Salut à tous et à toutes, merci beaucoup David pour l’invitation. Moi c’est Lucas, je suis français, un membre français du réseau, j’habite en banlieue parisienne depuis toujours et je suis aussi actif dans un lieu qui est en banlieue parisienne, qui s’appelle Darna, qui est un lieu qu’on présente comme une maison des peuples et de l’exil et qui est à la fois une cantine populaire et à la foi un lieu de discussion et de rencontres internationales et internationalistes. Voilà et je suis aussi dans le réseau des Peuples Veulent depuis ses débuts et j’ai participé avec les gens qui sont là à écrire ce bouquin aussi.
David Dufresne
Voilà, bouquin que je vais présenter mais d’abord, nous terminons le tour de table avec un dénommé Benjamin.
Benjamin
Salut tout le monde, salut David, donc moi c’est Benjamin, je vis dans le Limousin et je fais partie d’un syndicat d’habitants qui s’appelle Syndicat de la Montagne Limousine et je suis dans le groupe international de ce syndicat de la montagne Limousine et ça fait maintenant quelques années que je participe aux rencontres des Peuples Veulent qui a eu lieu à Montreuil jusque là j’ai participé au cercle d'écriture aussi du manifeste.
David Dufresne
Mon cher Benjamin, est-ce que je peux en dire un petit peu plus sur le fait qu’on se connaisse un petit peu ou pas, ou ça te dérange par le fait que ces auteurs ne sont pas tout à fait visibles ? On peut dire en deux mots, on se connaît, voilà.
Benjamin
Fais comme chez toi.
David Dufresne
Voilà, très bien, donc Benjamin, ça m'émeut que tu sois là, Benjamin, on s’est connu il y a quelques années autour d’une affaire dite de Tarnac, Benjamin était un des dix ou douze, je ne sais plus inculpés, Benjamin est devant nous libre et totalement innocenté de tout ce qui lui était reproché, voilà, et Benjamin vit dans la forêt limousine, vous avez compris où, et donc ça me fait très plaisir et j’ignorais totalement en fait que tu avais participé à cet ouvrage, cet ouvrage dont on va parler pendant deux heures. C’est un manifeste internationaliste sorti avant l'été, passé, hélas, plutôt sous les radars, un texte patchwork stimulant, venu du vacarme des rues, de l'écho des slogans traduits, répétés, criés d’un continent à l’autre. On verra tout à l’heure pourquoi c’est si important de parler de traduction. À force de défaites et de colère, mais aussi d’espoir et d’obstination, les auteurs, donc les quatre qui sont là, mais bien d’autres, on va en parler, cherchent l’union coûte que coûte, puisque l’ennemi est organisé à l'échelle mondiale, nous n’avons aucune chance seul. De place occupée en rond-point, de grève féministe en forêt rebelle, révolution de notre temps, qui paraît à la découverte, raconte le tissage mondial d’une génération planétaire. Au départ, il devait y avoir parmi les invités des gens qui devaient être très très loin à l’autre bout du monde, parce que là finalement vous êtes quatre personnes en France, donc ça commence mal pour une révolution mondiale !
Rindala
C’est important d’expliquer en fait comment ça fonctionne, donc du coup, le réseau Les Peuples Veulent, c’est un réseau transnational, internationaliste, qui a un centre de gravité qui est en France, donc d’où notre présence en France. Mais où il y a aussi d’autres ancrages de par le monde, donc il y a un ancrage assez important au Liban par exemple, un ancrage assez important aussi au Chili, et du coup, la camarade qui était censée être présente, justement, avec huit heures de décalage horaire entre le Chili et le Mexique, elle n’a pas pu nous rejoindre. Mais ça fait partie de la difficulté de la tâche d'être éparpillé un peu partout dans le monde, et justement, essayer malgré ça, de se parler, de s’organiser, de.s’embrouiller, déjà, on a réussi au moins à écrire un truc ensemble, et pour le reste, on va voir.
David Dufresne
Alors, le truc écrit ensemble, il est écrit avec une soixantaine de personnes réparties sur les cinq continents, dites-vous, en introduction, et ce manifeste a été rédigé simultanément en arabe, en espagnol, en anglais, en français, et quelque part dans le bouquin, vous expliquez que la traduction est révolutionnaire. En quoi c’est révolutionner de traduire et de se parler en différentes langues, d’interpréter.
Lucas
Ben, ouais, non, mais t’as bien fait de rappeler le processus d'écriture, parce que c’est une façon de répondre à ta question. Nous, la première étape, si on veut, des vols, ça a été d’organiser des rencontres internationales en banlieue parisienne, à Montreuil. Du coup, on a organisé pendant quatre années de suite des rencontre.depuis 2019, en fait, depuis cette année où il y en a peut-être qui se souviennent, il y a eu énormément de révoltes et de révolutions dans le monde, dans 2019, au Irak, au Soudan, en Chili, en Équateur, en Colombie, je vais pas faire toute la liste, on a eu les Gilets jaunes en 2018 en France, et à partir de ce moment-là, on à commencé à organiser des rencontres pour faire venir et pour faire parler des gens de tous ces pays-là. Et du coup, à ce moment-là, on a réuni tout un tas d’enseignements, de réflexions, de discussions pour voir ce qu’on pouvait apprendre de cette période-là. Et à cette époque, jusqu'à maintenant, la question de la traduction était hyper importante pour nous. Parce qu’il n’y avait pas l’idée juste de… Bon, déjà, il y avait le fait tout simplement qu’on parlait des langues différentes, évidemment, et que si on veut se comprendre, il faut avant tout trouver des moyens de traduire nos langues, différentes. Donc, depuis le début du réseau, des équipes de traducteurs, de traductrices, des différents moyens sont mis en place pour essayer de se comprendre avec des langues différentes. Ça, c’est la base qui est hyper importante pour nous. Mais la question de la traduction, ce n’est pas que ça pour nous. C’est aussi l’idée que comment on fait pour se comprendre quand on n’utilise pas les mêmes références, quand on utilise pas les mêmes codes, les mêmes drapeaux, les mêmes symboles, mais qu’on partage quand même des choses, des principes, des façons de faire. Et nous, c'était un peu ça qu’on essaye de dire aussi par la question de la traduction. C’est qu’aujourd’hui, où il y a tout un tas de référents qui étaient là au XXe siècle, qui ne sont plus là, et pour une partie, c’est bien d’après nous, et bien là, justement, comment on fait pour reconnaître ce qui est révolutionnaire, reconnaître de ce qui subversif, de ce qu’il est en train d’essayer de changer les choses et d’améliorer les choses, malgré toute cette différence ? Et je dirais que c’est avant ça aussi que la question de la traduction est très importante pour nous. Mais s’il y a quelqu’un d’autre qui veut vous compléter, n’hésitez pas.
David Dufresne
N’hésitez pas, vous êtes chez vous, vous aussi, je veux dire, allez-y, répondez-vous, n’attendez pas que je vous. ici, il n’y a pas de bâton de parole, il y a pas comme ça, on y va, direct. Donc si vous voulez…
Soma
Dans ce cas-là, peut-être, je peux ajouter deux, trois mots, parce que sur la traduction, en fait, non seulement c'était important, mais c’est une nécessité de notre point de vue, parce qu’il y a beaucoup de choses, en faite, il y a un échange, on peut dire, un peu paternaliste entre les idées révolutionnaires, les pratiques révolutionnaire des pays du Nord vers les pays du Sud, souvent. Et on n’apprend pas beaucoup des pratiques, des méthodes et des idées et des imaginaires révolutionnaires des pays du Sud, ici dans les pays du Nord, par exemple en Occident. Du coup, pour nous, l’idée de traduction, c'était aussi une nécessité d'échanger plus et de casser un peu ce rapport paternaliste entre deux, de voir que les pays du Sud, non seulement ils ont des idées intéressantes, ils ont des pratiques inspirantes pour les révolutionnaires. De monde entier, et ce n’est pas que les gens qu’ils ont pris par le conflit, qu’il ont pris les tragédies, c’est des gens qui savent aussi trouver des solutions dans ce genre de situation, qui ont vraiment des propositions révolutionnaires pour des autres militants dans le monde entiers et leur capacité, leur imaginaire, leur pratique révolutionnaire est souvent sous-estimée, et nous, à travers de la traduction. On voulait changer un peu ce rapport paternaliste, et de l’autre côté, c'était aussi la question de donner la parole aux personnes concernées, aux gens qui sont sur place, qui participent aux révoltes, qui sont vraiment incarnés dans la quotidien des changements politiques, sociales qui sont dans plusieurs luttes. Et plutôt d’avoir des échos directs, réels et pluriels sur place des personnes concernées à travers de la traduction, au lieu d’en avoir deuxième, troisième main pour arriver sur un sujet assez complexe, par exemple sur la géopolitique.
David Dufresne
Page 8, vous écrivez qu’au départ, vous étiez 9 personnes provenant de différentes géographies nommées Liban, France, Syrie, Tunisie, Chili, Grande-Bretagne, Kurdistan, Russie, Iran, 9 personnes qui chacune à leur façon participent au soulèvement de notre temps. Ensuite, vous expliquez que le texte a circulé, bon très bien, mais je voudrais vous poser comme vraiment première question, maintenant qu’on a fait un peu l’introduction, c’est, racontez-nous vos révoltes. À quelle révolte avez-vous participé ? Sauf si ça vous met dans la sauce. Voilà, on va dire à vos voisins. À quoi vos voisins ont participé ? Voilà, est-ce que vous pouvez nous dire ? Alors, est ce que Lucas, par exemple, ton expérience révolutionnaire vient par exemple des Gilets jaunes ou est- ce que ça vient d’ailleurs ? Soma, pareil, quelle est votre révolte à l’un et à l’autre ?
Lucas
Ben ouais, je peux commencer si vous voulez, moi j’ai deux, on a participé à des mouvements différents, à des expériences différentes, et parfois, de mon point de vue personnel, aussi comme tu parfois, ensemble à aussi d’autres moments. Moi, je pense que le moment charnière et le moment de révolte qu’on peut vraiment appeler comme ça, qui a compté pour moi, évidemment c’est des Gilets jaunes. C’est quand même un moment, alors moi j'étais déjà un petit peu politisé avant, j’avais déjà j’ai commencé à participer à quelques mouvements en France qui étaient forts aussi, comme la loi travail, comme d’autres moments comme ça, mais les Gilets jaunes c'était quand même de l’ordre vraiment du soulèvement, du truc qui explose et qui part dans tous les sens et qui a une forme d’intelligence et d’inventivité aussi qu’on avait peu vu avant. Rien que ce soit les ronds-points, rien que ce soient plus que des manifestations. Tous ces affrontements, toutes ces manifestations non déclarées. Là c'était vraiment de l’ordre de la révolte. Après l’autre expérience, la personnelle que j’ai, c’est pas une expérience spécialement en situation, à part au Liban où j’avais aussi participé, j’allais aussi aller pendant la réforme au Liban en 2019. C’est plus une expérience post-récolte et post-soulèvement, et qui je crois pour nous est assez important dans notre démarche aussi. C’est celle d’aller voir, c’est celles d’aller rencontrer ou de faire venir aussi dans l’après de la révolte. Donc qu’est-ce qui se passe après le soulèvement. Et ça, du coup, j’ai essayé à mon échelle de faire ça aussi bien au Chili, au Kurdistan, Tunisie, voilà, dans différentes expériences, tu avais connu des révoltes et des soulèvements, C’est tout ça.
David Dufresne
Rindala.
Rindala
Moi je vais prendre la question un peu par le milieu.
David Dufresne
Vous voulez dire que vous n’allez pas répondre ? Attention !
Rindala
Disons, moi en France, là, comme je disais, ça fait 10 ans que j’y habite et que j’ai milite. Et concrètement, moi, c'était jusqu'à, jusqu’à pendant les Gilets jaunes, j'étais vraiment habitée par la révolution syrienne, donc du coup qui a fait vraiment ma politisation, mon entrée en politique, enfin, même pas l’entrée en politique mais juste en fait qui a changé complètement mon rapport au monde, parce que d’un, la conséquence directe, c'était l’exil, c’est-à-dire que j’ai dû quitter mon pays. Et ensuite, en fait, entre le temps où j’aie dû quitté la Syrie et le moment où j'étais en France, jusqu'à 2019, il y avait vraiment… Oui, il avait des mouvements sociaux en France. Il y avait des luttes. Il y a avait tout un tas de choses très très intéressantes. Mais c’est vrai, il n’y avait pas grand-chose qui me touchait ou qui me parlait de manière, de manière fort, de manière sensible, de manier intime. Et après, il y avait les Gilets jaunes. Et je me rappelle, avec les Gilet jaunes, avec plusieurs camarades syriens-syriennes, on a failli perdre nos têtes. On était un peu en mode, mais là, il ya quelque chose qui est en train de se passer, qui ressemble en fait à ce que nous, on a connu. Et j’en rappelle très bien qu’en parlant avec d’autres camarades français-française, eux et elles, ils étaient un peu hésitantes. Ils étaient un peut en mode, ah, mais en fait, on ne sait pas trop. Ça n’a pas l’air clean. Il a l’air d’avoir des fachos, mais ces gens-là, peut-être, sont racistes. Et nous, on était en mode mais des amis, il faut y aller. C’est n’importe quoi, en fait. Un vrai soulèvement, ça ressemble exactement à ça. Ça ne ressemble pas, enfin voilà, il n’y aura pas. En fait, tout le monde ne va pas chanter l’international et avoir les drapeaux rouges, quoi. En fait un vrai soulèvement. Dans le sens, un soulèvements populaire, un soulèvement massif, un soulèvement qui ne sort pas des canons de la gauche, quoi, traditionnels. En fait ça ressemble un peu à ça. C’est confus, c’est impur, etc. Et du coup, moi, je crois que c'était à partir de ce moment-là. Du coup, de la participation aux Gilets jaunes, à la fois de manière locale, mais aussi dans les samedis à Paris, quoi. Je crois que même mon rapport à la France a changé, quoi, parce que là, il y avait quelque chose qui a pu l’ancrer politiquement, que par ailleurs… Ouais, qu' avant, je n’avais pas. En fait, avant, l’expérience révolutionnaire, pour moi, c'était la Syrie. Et bon, ça reste la Syrie. Mais dans les Gilets jaunes, un peu de la familiarité, quoi. À la fin, j’ai vu une forme politique, un terrain politique, à la fin un niveau de conflictualité quand même pas comparable avec la Syrie, fort heureusement. Mais en même temps, il y a quelque chose, justement, qui sortait, en fait, disons, du militantisme classique. Et à partir de ce moment-là,, avec le 10 septembre on est beaucoup à regarder, à presque, ouais, espérer un espèce de revival des Gilets jaunes. Bon, on va voir, on peut peut-être en parler.
David Dufresne
Alors, je propose que le 10 septembre, on en parle un petit peu après, parce que, et notamment, à la fin de l’ouvrage, il y a des phrases qui résonnent volontairement et involontairement avec le 10 septembre. Mais on va d’abord se consacrer à votre ouvrage, à ce que vous avez écrit, et à vos expériences. Quand je dis vos expériences, c’est évidemment vos expériences personnelles, mais en fait, on l’a dit dès le début. Ce livre est l’objet d’un collectif, d’une communauté, très mouvement, sur cinq continents. Fait pan sur le bec en disant qu’il y a sept continents. Bon, alors, peut-être. D’ailleurs,peut-être. Enfin, vous, ces cinq continents, c’est quand même pas mal. Alors, maintenant, Soma et Ben, je vous n’avais pas répondu. Quelle révolution avez-vous fait, camarades ? S’il vous plaît.
Soma
Je dirais ça comme ça. Je pense que j’avais la chance de suivre de près, de, on peut dire, espaces politiques importants. Du coup, le Kurdistan, qui est déporté dans plusieurs pays du Moyen-Orient, du coup, de Turquie, de Syrie, de l’Iran et de l’Irak. Du coup, depuis notre politisation de l'âge de 18 ans, on a suivi la situation politique, révolutionnaire, les conflits, tout ça dans les quatre pays. Et moi, j’ai grandi en Iran, du coup, tout ce qui est des mouvements révolutionnaires en Iran et des révoltes, ça me concerne aussi. Du coup je les ai suivis de près. Mais, par exemple, il y avait des moments qui m’ont marquée. Par exemple, en 2014, quand il y a eu l’arrivée de Daech, l'État islamique contre les Kurdes en Syrie et au Rojava. Du coup, je suis partie avec une délégation ici de Paris, là-bas. Et c'était au moment du siège de Kobané par Daech. Et j’avais la possibilité de voir toutes les organisations féministes du Kurdistan et de la Turquie sur place, très proche de la frontière, très proches du conflit, etc. Et du coup, ça m’amène dans une situation où toutes mes questions politiques autour de révolutions, autour de la guerre, autour de conflits, autour du rôle des révolutionnaires dans les confites dans la région, tout ça, ça a été concrétisé à travers le placard pour moi et ça m’a beaucoup nourri depuis des ans pour ces enjeux qui existent autour de l’anti-impérialisme, autour de de la révolution, autour de tout ce qu’on a écrit comme mot d’or dans ce livre. Mais après, en Iran, non seulement le mouvement féministe et le mouvement kurde, mais aussi le mouvement de gauche, il y avait trois révoltes 2017, 2019 et 2022, Femme de liberté, c'était trois révoltes nationales presque révolutionnaires, surtout la troisième. Et là, encore une fois, c'était un moment pour renouveler toutes ses pensées, ses réflexions, ses échanges avec mes camarades sur les moments révolutionnaires. En plus, en fait nous, il y a des espaces qui sont croisés dans notre, on peut dire, expérience de militantisme, et c’est, par exemple, au Pire-de-Saint, et aussi en Iran, il a toujours un croisement entre la rue, entre la prison, et parfois la montagne, il m’a dit, où il y avait la lutte armée, et aussi des espace un peu civils, on peut le dire. C’est-à-dire toutes ces luttes, civils syndicalistes, étudiantes, profs, travailleurs, je sais pas si c’est les gens qui sont mobilisés, mais après, c’est un peu un contexte écumant par rapport à la France. Mais on a aussi participé en tant qu' exilés à tous ces changements et mouvements en France. Du coup, ça nous fait vraiment plaisir, en matériel, et aussi on peut faire l’aller-retour entre ces expériences et voir un peu les choses de manière plurielle et aussi de voir tout ce qui se ressemble, tout ce qu’il se diffère, et aussi des contradictions, parce que parfois, si on est très incarné dans une seule cause de luttes peut-être c’est difficile, c'était plus difficile au moins de voir les contradictions qui sont derrière. Une lutte qui est révolutionnaire quelque part, qui peut être contre-révolutionnaire pour d' autres, et comment ces genres de choses peuvent se croiser, du coup on l’appelle l’internationalisme. La méthode qui nous a réuni pour ce croisement, mais voilà, les gens peuvent l’appeler autrement, mais de toute façon ce sont ces genres de questions qui sont évoquées dans le manifeste, qui sont très liées de nos expériences politiques, les gens qui ont participé à l'écriture.
David Dufresne
Et toi Benjamin ?
Benjamin
Parce qu’il est fait marquer que le directeur m’avait coupé le micro.
David Dufresne
Je t’explique pourquoi je te coupe le micro, c’est parce que ton retour est trop élevé, ce qui fait que ça larsen un tout petit peu, parce que le haut-parleur de ton ordinateur est trop élevé.
Benjamin
Il est trop sensible.
David Dufresne
Ah voilà ! Commence pas ! Alors, à quoi tu as eu ?
Benjamin
Alors pour essayer de répondre à ta question de biais, moi je crois que j’ai longtemps fait partie des aspirants révolutionnaires sans révolution, et j'étais parti de ces gens qui, à l’hiver 2010, sont restés scotchés sur leur écran en voyant ce qui se passait en Tunisie, en Egypte en Syrie, et qui ont d’un coup reconnu que quelque chose se passait là, qui débordait simplement, quelque chose qui serait exotique ou qui serait de l’ordre des printemps arabes, mais que quelque-chose était en train de se jouer, qui allait sûrement déborder bien au-delà de ça. Et on a été quelques-uns à l'époque, alors moi je suis un peu plus vieux forcément, ma politisation vient plutôt du mouvement anti-globalisation, de ce qu’une partie de la jeunesse a fait dans les années… 90-2000 autour des contre-sommets aux institutions financières internationales. Et quand on a vu ça, on s’est dit, ben voilà, là il se passe quelque-chose qui déborde enfin ce qu'étaient les petits cercles militants et révolutionnaires et qui nous adressent un message, un appel… Et donc on a été un certain nombre à essayer de relayer, dès qu’on a pu, ce qui se passait sur place. Un certain nombre d’amis sont partis, en Libye, en Syrie, en Tunisie, pour essayer de faire des ponts et de relier ici ce qui passait sur le terrain et pas simplement aller au-delà de la parole médiatique qu’il y avait à cet endroit-là. Et très vite, ce qui nous a saisi, c'était que on ne pouvait pas, après ce qui s'était passé là, continuer à parler de la révolution en faisant référence à la Russie de 1917, à l’Espagne de 1936, ou à la commune de 1871, même si ces exemples sont toujours, bien sûr, ont toujours leur validité, mais qu’en tout cas, il y avait quelque-chose qui s'était déroulé sous nos yeux, qui était une expérience folle, générationnelle, d’hypothèses révolutionnaires, de formes d’organisations populaires de scénarios contre-révolutionnaires qui s'étaient déroulés là, et que toute cette expérience-là, elle était contemporaine, elle était essentielle à comprendre le présent et comment on pouvait continuer à y agir et retrouver une forme d’espoir alors même que beaucoup de choses ne nous poussaient pas vers là jusque là. Et donc là, c’est vraiment la rencontre avec des exilés de Syrie, d'Égypte, du Soudan aussi, qui a été vraiment majeur pour un certain nombre d’entre nous pour se dire qu’en fait, il y a quelque-chose qui se joue là, qui dépasse largement les frontières et qui mérite d'être… Non seulement qu’on le diffuse, qu’on lui donne de l'écho et qu’une expérience naisse de là, une expérience commune.
David Dufresne
Alors, tu parlais de la Révolution Russe et justement, page 13, vous écrivez « Si les avant-gardes d’un autre temps prétendaient marcher un pas en avant des masses, nous savons, nous savons donc vous, les auteurs, les peuples veulent, manifeste internationaliste, révolution de notre temps, l’ouvrage dont nous parlons » parce que là, il y a du monde qui arrive, donc voilà, je fais un petit peu la sauce. « Nous savons que nous marchons un pas en arrière des soulèvements populaires des dernières décennies » Alors ça c’est page 13, alors je me dis bah merde, ils vont m’expliquer la Révolution, mais là, ça y est, ils se tirer une balle dans le pied, ils me disent bah non, en fait, ils sont derrière. Donc, il n’y a plus d’avant-gardes, c'était ça ? Il n’y a plus de grand soir, il n’a plus d’avant-gardes, la Révolution s’opère par le bas, si j’ai bien compris votre ouvrage. C’est comme ça que vous voyez les choses ?
Rindala
Ce n’est pas parce qu’on souhaite qu’il n’y a pas d’avant-garde, qu’y aura toujours des aspirants à occuper cette place d’avant garde, j’ai l’impression, c’est juste que nous, on ne prétend pas le faire. Mais Lucas, vas-y, t’avais l’air de vouloir s’attaquer à cette question.
Lucas
Non, bah j’allais commencer par le même truc.
Rindala
Ah, bon ?
Lucas
Là, les avant-garde, on en aura toujours. Mais tu voulais continuer ou pas ?
Rindala
Oui, mais en fait, quand on dit qu’il y a en disant que nous, on marche un pas derrière les soulèvements populaires Enfin, l’idée tout simple, c’et dire qu’en fait, on vient de vivre à une époque complètement folle, où il y avait le plus grand nombre de soulèvement populaire dans l’histoire de l’humanité. Et on a l’impression, ce qu’il manquait, en fait, après cette époque-là, c’est justement, en fait un retour, une autocritique et un apprentissage, en fait de ce qu on a bien fait et de ce que l’on n’a pas trop réussi à faire. Et donc, du coup, c'était plus dans ce sens-là où on dit que les soulèvements, ils étaient notre école, et c’eut de là, en faite, qu’on va apprendre. Cela ne veut pas dire qu’on n’a rien à proposer pour la suite. Mais c’est qu’au lieu de… Est-ce que certains. Enfin, je ne sais pas, beaucoup On voit aujourd’hui un retour, en gros, d’une gauche traditionnelle, institutionnelle, qui a essayé d’occuper de la place, qui a été laissée, en faite, après la défaite des soulèvements. Et là, on a l’impression que, il y a peu d’interaction, en fait, avec cette époque, et avec les enseignants qu’on peut en tirer, il y avait eu des défaites. Oui, il y a eu de la contre-insurrection. Et j’ai l’impression que nous, on essaie de dire, mais, en faite, contre-insurrection, voire la contre-révolution, qui, dans plein d’endroits, a amené à des situations, parfois, certes pires, mais, on ne peut pas, en fait, passer à autre chose, comme ça. Il faut s’arrêter, il faut essayer de voir, en faîte, quels ont été notre ligne de force, quelles ont été nos faiblesses, quels ont été notre point aveugle, ou ongle mort. Pour pouvoir, justement, continuer. Et donc, du coup, en faîte, marcher un pas derrière les soulèvements populaires ne veut pas dire qu’on perd, en faite, l’initiative, ou qu’en renonce, en gros, à prendre l’initiative. Qu’on renonce à faire des propositions, qu’un renonce a faire des interventions. Seulement, on le fait, en fait, oui, par le bas, c’est-à -dire, à partir de ce qui est déjà, enfin, ce qui a déjà été en cours, c' est-à -dire un mouvement. Des mouvements populaires massifs partout dans le monde. Et qui ont eu, justement, et qui n’ont pas eu besoin, ni des partis, ni des leaders, ni des avant-garde pour les représenter. En tout cas, pour les guider à cette époque-là. Et du coup, voilà, nous, en tout cas de cette époque des soulèvements, c’est que, en fait, ça a été une force. Une des apprentissages, c’est que ça a été une force, des soulèvements, qui étaient populaires, c’est-à -dire organisés par la base. Bon, après, on peut aller plus dans les détails. Ça a aussi été une de leurs limites. Ça, on en parle beaucoup. Absolument. Mais bon, je laisserai la parole
David Dufresne
Non,c’est bien que les filles prennent la parole. C’est bien que, pour une fois, ce sont les filles qui parlent le plus. C'était très bien.
Rindala
Oui, mais c’est… Comment dire ? Chez nous, c'était notre équipe est en grande partie féminine, donc du coup, on n’a pas trop ce problème, j’avoue. Voilà.
David Dufresne
Ça fait du bien. Néanmoins, je passe la parole à Lucas, qui voulait rebondir.
Lucas
Euh…
David Dufresne
Non, sur l’histoire des…
Lucas
Je peux juste donner un exemple ? Effectivement, par rapport à ce que disait Rin. Je pense que, effectivement, nous, il y a le truc. Il y a un exemple très concret qui a vraiment été hyper marquant pour nous dans cette décennie de révolte et révolution. C’est l’organisation des révoltes par la base au niveau des territoires. Et on a plusieurs exemples très concrets. En Syrie, il y a quelque chose qui s’appelle les conseils locaux. On parlait tout à l’heure de traduction. Ça, c’est un truc qui n’a pas du tout été traduit depuis d’autres pays. C’est-à-dire depuis la France ou depuis d’autres pays, on n’as pas du tout compris qu’il se passait en Syrie des phénomènes d’auto-organisation, voire d’autogestion, à des échelles absolument gigantesques dans les premières années de la Révolution.
David Dufresne
Notamment ce qu’on appelle les tech-mines là, c’est ça ? On revient sur ce qui a été fait ? Non, c’est pas ça ? Ah non, je me trompe. Ah oui, c’est un mouvement Kurde. Pardon, pardon.
Lucas
Non, là, c’est un exemple d’organisation d’auto-administration de villes entières au moment où le régime était parti. Au Soudan, on a eu un phénomène qui s’en approche qui s’appelle les comités de résistance. Pareil, l’organisation locale, territoriale, dans des quartiers, à la fois pour maintenir la révolte et pour menacer le régiment. En France, on a évidemment l’exemple des ronds-points de gilets jaunes, qui étaient des espaces d’organisation territoriaux, où les gens se rencontraient, s’organisaient, proposaient des choses pour la suite du mouvement, etc. Et ça, par exemple, pour nous, c’est un exemple. Là, il y a un apprentissage que les révolutionnaires ou les militants, ou tout ce qu’on veut d’avant cette période, n’avaient pas dans leur répertoire, dans leur mode d’action, ils pouvaient le désirer à la limite, mais ils n’y avaient pas. Et là, encore une fois, il y a énormément. à apprendre. Voilà. On pourra revenir là-dessus.
David Dufresne
Soma, tu..vous voulez dire quelque chose, non ?
Soma
Je voulais juste dire, quand on l’appelle, du coup, on le nomme dans le manifeste, et ça s’appelle le pouvoir populaire. On le parle de cette façon. Et c'était aussi pour dire que finalement, en fait, nous, on voulait un peu comprendre les échecs, les défaites, et les raisons de ces échecs dans certaines tentatives révolutionnaires qui nous semblaient plus familières, et du coup on voulait dire que ce n’est pas juste parce qu’il n’y avait pas des avant-garde qu’ils ont connu l'échec. Il y a d' autres raisons aussi à reconnaître, il y a d’autres raisons qu' il faut vraiment voir. Et ces raisons-là, on les cherchait par le bas. On les a cherché depuis le point de vue des révolutionnaires qui faisaient la révolution. Qu’est-ce qu’eux, ils cherchaient à travers leur colère, leur rage, leur fatigue, tout le monde épuisé de la situation. Du coup, pour eux,pourquoi, de leur point de vue, ils faisaient la révolution ? Quelles étaient leurs méthodes ? Et comment ils voyaient la prise de pouvoir ? Et nous, ce qui nous intéressait c'était de voir vraiment la révolution et les mouvements révolutionnaires de ce point de vu-là parce qu’on pense que c’est plus simple de voir du point de vie des avant-garde, mais c’est pas la sociologie qui explique toutes les choses.
David Dufresne
Alors, page 19, j’avance dans votre ouvrage, vous faites un distinguo entre les marges et les centres. Alors, je vais lire un petit passage et on va rentrer dans les détails et en attendant pendant ma lecture, vous pouvez réfléchir à la question de M.T.P.S. Qui vous demande quand est-ce qu’on arrête d’apprendre et qu' on passe à l’action ? Je vous lis. Dans les soulèvements, les rencontres, comment ?
Lucas
J’ai dit le 10 septembre, il faut juste attendre une dizaine de jours
David Dufresne
On y vient plus tard, le dix septembre. Dans les soulèvements, écrivez-vous, les rencontres entre combattants et combattantes des marges et dissidents des centres firent émerger des brèches aux possibilités tranchantes où ambiguïtés et contradictions ont cohabité. Aux Etats-Unis, le soulèvement déclenché par l’assassinat de George Floyd fut massivement rejoint par des manifestants-manifestantes blancs-blanches. Après les premières journées insurrectionnelles, nous avons vu certains, certaines de ces personnes blanches solidaires essayer de protéger des insurgés noirs de la police en s’interposant. Sans même s’en rendre compte, ils et elles contribuaient ainsi à neutraliser la colère légitime des insurgés et à désigner les frontières raciales que le mouvement insurrectionnel avait rendu momentanément moins rigide. Et là, j’en viens à la phrase à laquelle je voulais vous faire réagir, bien ! Rien n’est évident dans la rencontre entre les dissidents des centres et les combattants des marges, entre les segments des marges non plus, mais les moments de soulèvement furent des occasions uniques de déplacer les lignes au-delà des milieux compartimentés. Qu’est-ce que vous entendez exactement par centre, marge, et comment la révolution ne peut, si je vous comprends bien, s’opérer que quand il y a à un moment donné une alliance ou à tout le moins une rencontre entre ces deux-là ?
Rindala
J’ai envie de s’attaquer à ça.
David Dufresne
Ils sont pas communs les révolutionnaires, ils répondent à rien !
Rindala
Oui ! Alors, les Marges et les Centres, c’est pas quelque chose que nous on a inventé, c'était quelque chose par exemple qui existe et qui circule beaucoup, qui a été beaucoup utilisé par exemple dans la révolution soudanaise comme chez les afroféministes aux Etats-Unis. Bref, en fait, ce qu’on a remarqué, ce qu on a observé, et ce qu l’on écrit dans le livre, c’est que dans plein d’endroits, on voit… Enfin, dans certains mouvements, révoltes et soulèvements, parfois on voit certains segments de la population qui se soulèvent, mais qui n’est pas rejoint par d’autres fragments ou d’autre segment du peuple. Et ça a été le cas au Chili, ça a était le cas en Iran, il y a des… Soma pourra mieux parler, mais où on a eu plusieurs mouvements à la fois..Parfois, c’est la classe moyenne, une autre fois, c'était plus les prolétaires, et, bon, là, dans le soulèvement récent, c'était un soulèvements qui a réuni plusieurs segments du peuple derrière les femmes. Et du coup, nous, notre analyse, c’est de dire qu’en fait, il n’y a que comme ça, c’est que dans la rencontre et l’unité, quand il y a plusieurs segments du peuple qui se rassemblent, qu’on peut espérer vraiment faire réveiller le Chili. Parce que sinon, en fait, on reste dans la division, et bien sûr, diviser pour mieux régner, c’est toujours la tactique, la stratégie préférée du pouvoir. Et donc, du coup, nous, les marges, ceux qui ont de la marge de pouvoir, ceux qui ne bénéficient pas, disons, du pouvoir, mais qui sont à leur service, donc du coup en France, par exemple, on peut penser aux quartiers populaires, on peut penser aux personnes sans papier, etc. Et les centres, ben les centres c’est les postes de pouvoir, en fait, c’est là où on centralise le capital, à la fois culturel, social, économique, politique, etc. Et donc, du coup, pour nous, en fait une alliance uniquement entre… Enfin déjà, une alliance entre les marges, on dirait ah ben tout le monde subit. La domination des centres, ben du coup, en fait, c’est facile, il faut juste que les différents marges s’unissent et ben, et comme ça, on peut les centres, mais en fait on se rencontre justement dans l’exemple que tu évoques que, ben, parfois, en fait c’est pas si simple, la rencontre entre les marges, et c' est encore parfois plus difficile, peut être la rencontres entre les marches et entre des dissidents des centres. Des dissidents des centres c’est- à -dire, en fait des personnes qui profitent. Des pouvoirs des centres, mais qui veulent déserter ce pouvoir-là, qui veulent trahir ce pouvoir-là, qui ne veulent pas rester en fait à, enfin voilà, qui veulent révéler, enfin se révolter, contre l’ordre qui leur est bénéfique. Donc, pour nous, ça c’est, enfin, c' est ce qu’on appelle les dissidents des centres. Et une exemple, par exemple, aujourd’hui qui est assez parlant, ben, justement, en fait, tout le mouvement pour la Palestine, au sein même de l’Occident, c’est à dire, en fait, tout un tas de populations qui habitent en Occident, qui en profitent, en fait de ce privilège qui est d’habiter en Occident. Et justement, ce privilège, ce pouvoir et ce confort qui a été, qui est possible à cause de siècles et siècles de colonisation et d’impérialisme. En fait, quand ces populations-là décident de dire non, en fait, quand il y a un génocide en Palestine, quand on peut en fait se soulever pour mettre à terme en fait cet ordre colonial, cet ordre impérialiste, cet ordre extractiviste qui nous est bénéfique, mais qui est pourrisse la vie de toutes les autres peuples sur la planète. Ben, là, en fait, on peut parler de dissidents des centres. Et encore une fois, l’exemple de la Palestine est assez… Le mouvement par la Palestine est assez parlant aujourd’hui, c’est que en fait, pour pouvoir justement peser, pour pouvoir faire en sorte que le rapport de force dans les centres mêmes soit important, ben, on a besoin… À la fois qu’il y a différents segments du peuple, du coup, enfin, on peut dire, sur les marches qui se rencontrent, qui se réunissent, mais aussi on a besoin, disons, du brèche depuis l’intérieur, quoi. Donc, voilà, ça, ça a été un peu notre conception, et après, pour dire pourquoi, en fait, le mouvement. le moment, pardon, des soulèvements est assez important. Est-ce que, en fait, disons, dans la normalité, dans la quotidienneté, en faite, on a tout pour nous séparer, il y a tout pour nous diviser. Bien sûr, il y a les stratégies d'État, mais en faîte, au-delà de ça, en fait, on a des formes de vie particuliers. On a parfois… Enfin, encore une fois, en fête, quand on pense en France, ben, oui, en faites, les gens, enfin, je sais pas, les exils. En fait même entre les exilés, disons. Comme moi, comme Sonia, qui vient d’arriver il n’y a pas très longtemps. Et, par exemple, l’immigration post-coloniale de troisième, quatrième génération des personnes, en faîte, pas françaises, mais qui sont arrivées, enfin, voilà, depuis très, très longtemps, en fait, qui sont devenues françaises. Même, en fête, la rencontre entre ces deux catégories, disons, des habitants, c’est-à-dire, le même territoire en France, n’est pas toujours évident. Pourquoi ? Parce que, en faites, de faîtes, on a des expériences et des rapports, des parcours de vie qui sont différents. Et pour nous, en fac, le moment des soulèvements, en fait, c’est ça qui permet… De briser un peu ces séparations, de brise un peu, en fait, ces divisions. Pourquoi ? Parce qu’il y a l’intensité de… De la révolte, il y a la rage qu’on voit. Mais, voilà, en fait il n’y a pas.Ça ne suffit pas. On le dit dans le livre, ça suffit. Quand ça arrive, quand ça arrive dans des moments insurrectionnels assez forts, c’est magnifique, c' est génial, c est magique, c' est hyper beau. Mais malheureusement, en fait, ces rencontres-là, la plupart de temps, en fait, ils ont du mal à se maintenir au-delà de la révolte, au- delà de l’acmé, disons, des insurrections.
David Dufresne
, Soma, Benjamin, Lucas, allez-y. Voulez-vous rebondir, sinon, j’ai d’autres questions.
Soma
Peut-être très pour moi, je veux dire que parce qu' on voulait dire que le moment insurrectionnel, c' est aussi la question de la rue. Du coup, il ne faut pas laisser la rue, parce que c’est, voilà, c' c'… C' es aussi un médiateur important entre les révolutionnaires. Du coup, c' est à cette possibilité au marge de se retrouver, de se rencontrer dans la rue et aussi de dépasser un peu la division imposée souvent par les États, mais aussi par les différents oligarques de pouvoir. Mais aussi c’est aussi pour insister sur la radicalité, c' est à dire c' est le moment où on insiste sur la radicalité des mouvements, c' est cette radicalité qui nous réunit dans la rue, qui donne cette possibilité de se rencontrer les marches. Et juste, peut-être un dernier mot sur les marchés, c' est vrai qu' en parlant des marches, on parle des peuples aussi, parce que les peuples veulent, c’est le slogan de la révolution syrienne, H.A. Violet, R.L.A, et du coup, les peuple veulent souvent, c’est le slogan de la révolution syrienne. Ça se complète souvent comme ça, mais les peuples veulent beaucoup de choses, et du coup, pour nous, les peuples, ça peut être n’importe qui, ça peut être les peuples qui sont racistes, qui sont sexistes, qui sont fascistes, mais le peuple révolutionnaire aussi. Du coup, c est ces marches, ces marches qui se retrouvent, qui se rencontrent, et c est souvent à travers de la rue, de radicalité, de révolte, et après il faut voir comment tenir, comme il a dit R.L.A, comment tenir ce moment de radicalité aussi au-delà de la révolution.
David Dufresne
Je vais aller, page 28, à propos des origines de la révolution, nous sommes… Alors attendez, page 28, j’ai perdu mes lunettes, je suis un peu dans la mouise. Page 28, attends c’est ça ou pas ? Attends. Non, c' est 25, attendez excusez-moi, j' ai un petit souci dans mes notes, que se passe-t-il ? Ah oui, si si, c' est bien. Page 25, naissance de notre force, c’est le chapitre. Vous écrivez, quelle est notre réponse à l’incertitude ? L'époque où le socialisme était sur la table, de tous les soulèvements est terminée. Donc là on prolonge un petit peu ce qu’on disait tout à l' heure. Sans carte ni boussole, les révoltes se sont jetées dans les bras du disponible. Les réactionnaires avaient un plan, les libéraux avaient un plan, les militaires avaient un plan, et celles et ceux d’entre nous qui avaient déclenché et fait vivre les révoltés sont restés à contempler, à commenter, à critiquer, du moins celles et ceux qui étaient encore en vie et en liberté. Donc là, on parle d’un moment très précis, c’est ces dix dernières années, c' est les soulèvements qui vont se passer. À travers le monde, ce que votre livre rappelle formidablement c’est que, contrairement à ce que l’on croit, il n’y a pas que la réaction qui est en marche, il n y a pas le fascisme qui se répand dans le monde entier, il y a aussi des révoltes, des frondes, etc. Et pour ça, le manifeste est formidable. Est-ce qu’aujourd’hui, en août 2025, quelques mois après la sortie du bouquin, vous continueriez à vraiment dire qu' il y a encore des gens qui sont là pour contempler, commenter, critiquer et pas forcément agir ? Et est-ce que vous entendez les ramener à vous ?
Lucas
Bon, je te le réponds dans le live. Vas-y, vas-y. Sur le contempler, en fait, typiquement en France, là, si on parle de la France, non. Les uns après les autres, contre le pouvoir qui. bouge sur rien, quoi. Ça, c’est sûr. Et pour donner des exemples très concrets, bon, je ne sais pas, il y a évidemment tous les mouvements sociaux un peu classiques qu’on connaît en France tous les deux ou trois ans, la loi travail, les mouvement contre la réforme des retraites, contre les privatisations. Ça, il en a en 2016, en 2018, en 2023, il y en a très régulièrement. Après, on peut parler des moments un peu d’explosion, quoi, qui, là, touchent des segments différents. Il y a eu les gilets jaunes, bien sûr, mais il y a aussi eu les révoltes des quartiers populaires en 2025 et en 2023, bien sûr pour… Après l’assassinat de Naël. Qui sont aussi des moments de révolte, sans aucun doute. Il y a eu des explosions populaires dans des territoires colonisés par la France, que ce soit la Kanaky, que ce soient la Martinique, dans les dernières années. Il y y a des mouvements des agriculteurs très forts, récupérés immédiatement, mais très forts dans ces premiers jours aussi. Donc, voilà, en fait, en France, on voit qu' il n’y a pas énormément de gens qui sont en train de commenter passivement. Il y a sur plutôt énormément de gens, qui sont entrain de se bouger pour essayer de changer les choses. Et j’ai pas parlé du mouvement féministe, j’y ai pas parlé du mouvement écologiste, mais voilà, c’est encore d’autres couches de la société qui se mobilise. La question, plutôt, aujourd’hui, c' est comment on fait… Là, ça va être le 10 septembre..Non, j' en parle pas, je n’en parle pas. Comment on fait, dans un moment… Non, on va en parler. OK. Comment on fait dans un moments de révolte, et dans les prochains moments de révolte, qui arrive en France ? De un, pour que ces différentes catégories de la population se rencontrent ensemble, dans un moment commun de contestation de l’ordre injuste, qui est quelque chose qu’on partage un peu tous dans ces catégorie-là, on pense que l’Ordre, il est totalement injuste et totalement inégalitaire, quoi. Ça, c’est un truc qu' on a quand même en commun avec beaucoup de ces mouvements-là. Donc, comment on fait pour se rencontrer ? Et ensuite, comment on fait ? Et là, c' est la question de comment… Enfin, la citation dont tu parles dans le bouquin. Comment on fait pour que le moment où on déstabilise le pouvoir… Voire on le fait un jour chuter. Et ça, moi, je maintiens cette croyance et cet espoir, comme c' est arrivé dans d’autres pays. Le jour où un pouvoir saurait, comment fait-on pour ne pas être dépossédé de notre propre pouvoir ? Et c' est ça pour moi, la question fondamentale, et la question du plan, quoi. Tu vois, on prend les exemples des militaires, je sais pas, des militaires en Egypte, des militants en Soudant, des partis politiques de gauche traditionnelle. En France, en Grèce, au Chili, etc. À chaque fois, il y a une force qui arrive, qui a participé ou pas à la révolte, ça dépend, mais qui arrive et qui dit, nous, on a une réponse pour la suite. Ça peut être que nous, on soit au pouvoir ou ça peut être qu’en fait, les militaires, ils reprennent le contrôle pour empêcher les islamistes. Ça dépend selon les pays. Mais depuis, les révoltés eux-mêmes, ceux qui ont tenu les ronds-points, ceux qui ont tenu les comités locaux, ceux qui ont des camarades qui sont morts, ceux qui vont en prison, depuis ce point-là, il y a peu de propositions, quoi. Il y a effectivement, ou de plans, quoi, et quand il y en a un, il n’est pas audible et il est balayé par les plus forts, quoi et du coup, c’est un peu ça la question auquel on est encore bloqué, mais dans laquelle on est en recherche par les expériences qui ont eu lieu de comment on fait pour le moment fatidique. La question, on a parlé du pouvoir populaire tout à l’heure, la question du pouvoir populaire s’impose. Et que ce ne soit pas juste une prise du pouvoir central par je ne sais quel avant-garde, mais la construction et l’imposition d’un pouvoir populaire sur tout le territoire.
David Dufresne
Alors vous écrivez, page 29, nous partons au-delà de tous ces endroits où le pouvoir populaire, Soma en a parlé à plusieurs reprises, toi Lucas, tu viens de le faire à nouveau, où le pouvoir populaire a fait retour, parfois de manière éphémère, parfois de manière tenace, pour nous rappeler notre force. C’est quoi le pouvoir populaire ? Quelle est votre définition du pouvoir populaire ? Qui décide qui a le pouvoir, qui décide qui est populaire ? Eh oui ! Je vous avais dit, ça va durer l'émission.
Soma
J’ai des choses à dire, je pense.
Benjamin
Alors pour la définition, il n’y a pas à y avoir une définition standardisée, la question c’est qu’il nous a semblé que c'était quelque chose qui revenait, qui se faisait écho que dans toute cette séquence dont on parle là, de cette expérience générationnelle qui on va dire commencé fin 2010 jusqu'à aujourd’hui, en fait ce qui s’est joué au cœur des soulèvements, c’et cette question là. Alors avec ces mots là ou pas selon les endroits, c' est la question de comment quelque chose comme le peuple consiste dans un moment révolutionnaire. Le peuple qui soit autre chose que le peuple national tel qu’il est convoqué par les états, par les constitutions, mais qui est vraiment le peuple révolutionnaire. Et au cœur de la question du peuple révolutionnaire, il y a la question de son pouvoir par rapport à l’institution, c’est-à -dire de sa capacité à faire tomber le régime et à instituer un autre régime de pouvoir qui soit par le bas et qui ne soit pas confisqué. Toute la question. Pour le peuple révolutionnaire, c’est comment il ne se fait pas confisquer le pouvoir et comment le plus longtemps possible il conserve cette puissance qui est née du soulèvement. Il nous a semblé que c'était ça qui était en jeu très fort, notamment dans les soulèvements du monde arabe que ça a été très fort dans la révolution syrienne qui a quand même il faut quand même le rappeler que les révolutionnaires syriens ont tenu et auto-administré quasiment 70 % du territoire avant l’intervention de forces étrangères, des forces russes. Que dans le cas de la révolution soudanaise, il y a la construction sur plusieurs années avec un processus vraiment édifiant de construction d’un pouvoir populaire depuis la base dans chaque village, dans chaque quartier qui a pu tenir tête à l’ensemble des partis politiques à la fois aux militaires et aux partis politiques qui tentaient de restituer un pouvoir plus traditionnel pendant des années jusqu'à ce qu’on déclenche une guerre totale contre eux. Que c’est revenu aussi dans les soulèvements en Amérique latine et en Amériques du Sud où c'était une notion plus populaire, en tout cas plus répandue depuis plus longtemps à la question du pouvoir populaire. Que c’est revenu au moment des explosions sociales du début des années 2020. Et il nous a semblé que c'étais la question transversale à tous ces soulèvement, qu’elle s'était beaucoup posée à l’endroit des gilets jaunes. Alors, pour certains, ça avait pris la forme de la prémédication. Du référendum d’initiative citoyenne. Mais c'était la question qui était au cœur du mouvement. C'était cette question du pouvoir populaire. Et il nous semble que c’est encore celle-là qui a aujourd’hui, tout particulièrement. Si on reprend l’exemple français après poste dissolution où on a quelques partis qui ne représentent plus que même. Je ne sais pas s’il y a un problème, je ne vois plus que moi dans l'écran.
David Dufresne
Ah non, non, ne t’inquiète pas. Non, ça marche. Oui, on t’entend très bien.
Benjamin
Oui, d’accord. Voilà, qui ne représentent plus que même au pouvoir et où on a une espèce de disjonction totale entre la représentation politique et ce qui serait l’expression populaire. La question pour nous, c’est celle-là. C’est comment on habite cette question du pouvoir populaire ? Et alors, si on voulait… Enfin, on donne quelques pistes de ça dans le livre, notamment très inspiré de ces expériences qui nous ont été amenées ici par… Des camarades qui ont fait la révolution dans leur pays. Mais il nous semble qu’elle est d’une actualité brûlante, y compris ici. C’est une notion ouverte mais qui demande à se concrétiser et à trouver son contenu effectif. J’ai l’impression que la question qui va nous occuper dans les prochaines semaines et les prochains mois, c' est celle-là. Qu’est-ce que veut dire le pouvoir populaire ?
Rindala
Si je permets de rajouter, en fait, je crois pour nous, c'était très important justement par rapport à ce qu' était en train de dire Lucas aussi, c' est que qu’on se retrouve après les chutes du régime, dans le moment un peu après les soulèvements, un peu dépossédés. On voit qu’en fait, il y a d’autres forces et parmi ces forces, des forces réactionnaires, des forces contre-révolutionnaires qui ont des plans. Nous, en fait justement, il nous manque parfois cette force de proposition. Et même dans certaines traditions libertaires, d'être anarchiste, il y a parfois même un refus de l’idée du pouvoir, de la prise de pouvoir central, etc. Donc du coup, un refus de l’avant-gardiste, etc. J’ai l’impression que nous, justement par le pouvoir populaire, on essaie de dire, on essaies de dessiner en fait un horizon où on n’est pas on ne sera pas condamné à la prise de pouvoir central par un parti d’avant-garde, pour qu’on puisse sécuriser la victoire de la révolution. Mais en même temps, on n’est pas non plus dans le laisser-faire et le refus du coup de pouvoir, qui nous, en fait, si on refuse toujours d’intervenir, de prendre la place. En fait, ça suffit pas, il y aura toujours des gens qui vont remplir cette place et ils vont occuper et créer un nouvel ordre, un nouveau pouvoir. Donc du coup, la question de pouvoir est assez cruciale. C’est ça ce qu’on a vu, des limites majeures, disons, dès l’expérience de l’auto-organisation. C'était ça, c’est qu’en fait, tous ces comités de base ne sont pas arrivés à s’imposer comme véritable pouvoir. C’est-à-dire qu’ils prennent la place, qu’il puisse décider, qu’on puisse créer un rapport de force. Et du coup, en fait, par la notion de populaire, c’est de dire qu’en fait, au lieu de centraliser, pour qu' il y a un poignet de gens qui disent, ben allez, c' est ça le chemin à faire, on va tracer, c’est comme ça que c' es efficace et c’est comme ça qu' on y arrive. En fait, populaire c' était plus un truc qui est décentralisé, qui est diffus et qui est partout. Et sa force, du coup, si on dit que l' avant-garde c’est plus efficace, ça trace vite, etc. C’est que ça déborde, le pouvoir populaire c' est quelque chose qui déborde. Mais après, voilà, c’est pas spontané, c’est pas magique, il faut y travailler pour y arriver. Mais en tout cas, je voulais juste dire que pour nous, il y avait une erreur peut-être à abandonner la question de pouvoir chez, dans certains cercles courants révolutionnaires parfois libertaires, autoritaires ou anarchistes.
David Dufresne
Lévesque vous dit dans le tchat mais c’est le chat YouTube alors vous le voyez peut-être pas à l'écran, parce que c' est le chat Twitch qu’on voit à l' écran il vous dit, je vais me faire l’avocat du diable, mais tous les exemples que l’on vient de citer semblent un peu un constat d'échec.
Lucas
Ouais, on voit mal…
David Dufresne
Moi j’aime beaucoup vos silences, j’avoue j’apprécie beaucoup votre silence. Vas-y !
Lucas
On voit pas très bien le chat, juste pour te prévenir, d’accord.
David Dufresne
Ah d’accord, ok. La question d'échec.
Lucas
Bah c’est un peu le double constat depuis lequel on part. Nous on part du constat de dire, en fait on vient d’un cycle de révolte et de révolution, ça dépend des pays, qui ont été en grande partie, qui en grande partie n’ont pas réussi à amener quelque chose de mieux, voire ont amené parfois des situations qui ressemblent là à quelque chose d' pire même. Dans certains cas, on est d’accord avec ça. Par contre, il y a deux trucs, deux mouvements qui sont importants à faire selon nous, c’est déjà de prendre un recul historique. En fait, les révoltes et les révolutions, ça se joue pas sur 5 ans, ça se joue pas sur 3 mois, ça joue sur des temps longs. Bon, là on peut parler de l’exemple de la révolution française, qui est l’un des plus connus, qui est quelque chose qui a des effets et des suites sur des dizaines et des dizaine d’années, voire d’un siècle entier. Après, on peut prendre un autre exemple qui me semble important, parce que parfois il fait écho aussi aux révolutions arabes, même si pas toujours de la meilleure façon. C’est ce qu’on appelle le printemps des pop.
David Dufresne
Attends Lucas, on va parler du printemps des pop, mais justement à propos de la révolution française, parce que vous y reveniez plusieurs fois, dans un premier temps pour la saluer, puis peu à peu, au fil des pages, alors là je fais un saut de 50 pages, page 77, vous écrivez l’universalisme libéral et le rival apolitique de l’internationalisme. Il prêche que les droits humains, issus de la Révolution française… Il prêche que les droits humains sont inaliénables, mais il les refuse au plus grand nombre. Vous rappelez que la déclaration universelle des droits de l’homme a été proclamée en grande pompe par les Nations unies, écrivez-vous, la même année que la nakba en Palestine, et en fait, vous n'êtes pas très sympathique avec la Révolution française. Et je trouve qu’en ce moment, il y a quand même un courant pas très sympathique avec la Révolution française, au prétexte que certains, au nom de l’Empire, ont fait des saloperies en disant que c'était ça les droits d’hommes, et non, je ne sais pas, vous n’avez pas envie de réhabiliter la Révolution française vous, ça ne vous branche pas.
Lucas
Ça dépend de qui tu demandes. Moi, je peux dire un aimant de réponse, les autres, ils vont commenter depuis un point de vue différent. Moi, je pense que dans la Révolution française, il y a tout un tas de trucs absolument incroyables et qui sont hyper fondateurs dans l’histoire de la France et qui sont hyper importants dans sa dimension de révolte, plus que révoltés, révolution populaire. Depuis il bat, qui s’organise dans tout le pays, qui brûle les châteaux, qui crée des clubs pour réfléchir la suite du pays partout, qui remet en question, qui part tous ces moyens-là, du coup, se posent des questions qui n'étaient pas posées avant. Donc ça, c’est la dimension hyper puissante. Après, de fait, tous ces trucs-là sont quand même peu restés. Ils ont été quand même capturés à bien des endroits par la bourgeoisie, libérale, etc. Sous ces différentes formes et qui amènent à ce chapitre dont tu parles, et je vais laisser la parole là-dessus, mais qui amène quand même à un universalisme blanc et totalement franco-français qui a quand même causé un sacré nombre de catastrophes. Mais je vais peut-être laisser la parole s' il y en a qui veulent plus parler de cette conception-là, de l’universalisme dont on parle dans ces pages-là qui vient de la Révolution française.
Benjamin
Peut-être juste pour compléter, j’ai l’impression que ce qui est souligné par ce passage-là, c’est justement la capacité du régime de domination, enfin de ce qu’on appelle l’empire, à récupérer les aspirations des révoltes pour en faire un nouveau vecteur d’ordre. En France, c'était particulièrement manifeste comment les franges les plus réactionnaires de la République se sont réappropriés les mots d’ordre de la république pour en faire un… Pour se refonder dessus, et pour imposer la prolongation de systèmes de domination, notamment la prolongation à l’infini de la colonisation, de la mise en coupe réglée du monde. Et comment c’est encore convoqué aujourd’hui régulièrement par les politiques, notamment… Du centre à l’extrême-droite pour répondre aux colonisés à partir des principes de la République. Il y a quelque chose de totalement indécent à ça et qui se poursuit sans cesse. Et il nous semble que dans la dernière période, alors c'était parti avant le manifeste au moment de la Révolution syrienne et de sa répression, la convocation qu’il y avait de la communauté internationale, des principes de droit humain… L’indignation un peu proprette des États occidentaux par rapport à ce qui se passait en Syrie, et en même temps la totale incapacité de voir absence de volonté d’y faire quoi que ce soit, n’a cessé d’agrandir cet écart-là, quoi. Et donc ça, c’est pas… Dire ça, ce n’est pas une objection à la Révolution française, c' est une objection de sa récupération, quoi, ors l’exemple français est particulièrement probant pour ça. Mais on pourrait dire la même chose de comment l’ordre algérien actuel a récupéré les aspirations de l'émancipation algérienne de 1962, comment au Mexique aujourd’hui, le gouvernement mexicain, même dans ses fractions de droite, quand la droite était au pouvoir, se réclamaient de la Révolution mexicaine, tout en la trahissant chaque jour. Ce n’est pas une objection à la Révolution que de dire qu’elle a été récupérée, c’est éviter son contenu.
David Dufresne
Soma, tu ne parles plus. Que se passe-t-il ?
Soma
C’est là, peut-être, juste pour rappeler que les féministes étaient parmi les premières à rappeler les enjeux dangereux de l’universalisme. Ils écrivent beaucoup, ils en parlent beaucoup, et surtout les féministes décoloniales, on peut dire, décoloniaux. Et là, du coup, il y a vraiment une intersection entre les deux. C' est de point de vue de qui on voit cette révolution universaliste, etc. Parce que ça peut amener vers le colonialisme. Si on a une idée civilisatrice, civilisatrice, dont on veut que ce soit partout pareil, il y a les enjeux de guerre impérialiste. En fait, la guerre en Irak 2003, la Guerre en Afghane Histoire, ils ont fait au nombre de la libération universelle des femmes. Et on connaît très bien ces enjeux dans la région. Les féministes de la région ont des très méfiances sur tous ces mots, tous ces mondes d’ordre universels. Parce que c’est au nombre des ces mots. Dans les bombes, ils sont tombés sur les gens. Et aujourd’hui, c’est la même chose. Il y a tant d’amours quand l’Espagne a attaqué l’Iran. Malheureusement, Nathania Will a utilisé les femmes de liberté dans sa déclaration visuelle pour dire, voilà, on fait cette attaque, pour libérer vous, les femmes, les peuples en Iran. Du coup, allez dans la rue depuis notre bombe. Et vous voyez, du coup, tout ça, c' est au nom. Des enjeux, on peut dire, universels. Et les gens, au bout de moments, ils sont conscients de ça. Je veux dire qu’en apprenant, comment garder un peu le noyau radical de la révolution française, de toutes ces expériences qui ont existé dans le monde, je pense qu’il y a beaucoup d’inspiration dans les pays de sous-dossiers de la Révolution française. Même si ça a été récupéré par les bourgeois, par, après plus tard, les colonisateurs et les impérialistes. Mais je pense qu’au bout de moments, les gens, les révolutionnaires, ont très bien appris comment s’opposer aussi au universalisme civilisatrice, qui ne connaît que la guerre, en fait. Qui ne connaît que l’impérialisme pour répondre aux enjeux révolutionnaires, à la colère, à la rage de la population. Du coup, la population qui n’a pas trouvé d’autres réponses pour sa colère. Qui n’apparaît aussi de… De vraiment finaliser ces tentatives dans la rue, ces tentatives révolutionnaires pour changer la vie quotidienne et la vie politique. Oui, je pense juste, je voulais dire que c’est très important, et surtout en France, vraiment, de parler de cet universalisme, sans parler de colonialisme, on sent très grave besoin.
David Dufresne
Un autre point important de votre ouvrage, de votre manifeste, il est intitulé « Trouver le frein d’urgence » et vous expliquez que l’urgence, c’est devenu le coup politique universel. Et je voudrais citer un passage, nous sommes page 40, « Répondre à l’urgence sociale ». L’urgence sociale, entre guillemets. « Appeler de ses vœux à, ouvrez l'église, état d’urgences écologiques ». « Courir d’une cause à l’autre, d’une lutte contre un projet écocide à une mobilisation ». « Contre une réforme étatique, d’une mobilisation humanitaire à une campagne anti-fasciste ». « Chacun de ces combats, aussi importants qu’ils puissent être, nous pompe toute l'énergie disponible et dépourvue de stratégies d’ensemble, nous courons comme des poulets sans tête ». Alors bon, j’aime beaucoup l’expression « poulet sans tête », voilà, personnellement, mais j’ai été étonné par ce passage, parce que là, pour le coup, il donne une vision, me semble-t-il, un peu, je vous provoque, maximaliste de la Révolution, alors qu’au contraire, tout votre travail est d’expliquer la Révolution par le bas. Et là, tout d’un coup, vous nous dites, bon, c’est bien gentil de se mobiliser contre un projet écocide, mais enfin, bon, camarades, il faut aller là où c' est important, c’est-à-dire la Révolution ou rien. Est-ce que j’ai mal lu le passage ? Il a mal lu le passage ? Non, je comble vos silences, je vous laisse réfléchir, allez-y, répondez.
Rindala
Si tu veux y aller Lucas, je sais pas. Vas-y, vas-y. Oui, je crois que l’idée, c’est pas de dire, justement, ah, c' est pas important, ou genre, ah, ça joue pas là. Je crois, tout ce qu’il faut souligner dans le passage que tu as lu, c’est la manque de stratégie d’ensemble. C’est tout, en fait. C' est en fait les luttes locaux. Territoriaux, sur des thématiques précises, etc. De un, en fait, c’est hyper important, et c' est ça ce qui fait la base, la base disons, de ce qui pourrait après constituer une stratégie révolutionnaire ou un plan. Donc de un et de deux, en fait, ce est là aussi où on acquiert de l' expérience, de la compétence. Qu' on apprend, en fait, à faire face à la répression. Enfin, bref, c’est en fait des terrains d’expérimentation et d’apprentissage énormes, quoi, et on n' a pas besoin d’attendre justement le moment de soulèvement pour apprendre à faire la politique ou apprendre la révolution. Donc voilà, c est juste, il n' y a pas de dénigrement de ces luttes-là. Le constat seulement, c’est de dire que, en fait, si on ne fait que ça, si on n’est que la tête un peu dans une espèce de entonnoir, et en fait ça, ça arrive tout le temps, enfin, ça n’arrive tout le temps, je ne sais pas, quand on organise localement, quand on a des lieux à tenir, quand on n a des menaces existentielles comme justement un projet écocide. En fait, c est des trucs vitaux, on ne dit pas le contraire. Le problème, c’est que si on n’est que dans ça, si on est pris que dans ça et on n a pas des liens, des échos, des articulations, en fait, avec ce qui se passe par ailleurs, ben oui, on pourra peut-être gagner sur une lutte, mais nous, on a du mal à voir comment ça en soi peut chambouler tout le reste, quoi. Et du coup, quand on dit il manque une stratégie ensemble. C’est vraiment l’idée que, en fait, comment on peut s’inscrire chacun de ces initiatives, mouvements, luttes, dans quelque chose qui les dépasse, dans quelque chose qui est un peu plus grand, quoi, quelque part que c’est pas parce que le grand est mieux, c' est que, en fait justement, l’articulation de tous ces différents endroits, de tous ces différents ancrages, en fait c est ça qui peut nous permettre de construire un rapport de force qui où, en fait, on est plus ténu ou moins tenu, en tout cas, par la question de l’asymétrie, quoi, parce que oui, effectivement, nos ressources, on en a moins. On a moins de ressources que l’adversaire. On a moins le temps. On a vachement plus de contraintes, etc, etc. Donc, du coup, en fait, la stratégie d’ensemble est vraiment une réponse à une question d'échelle, quoi, à comment on peut monter en échelle sans forcément devenir. Bon, il faut trouver les milliardaires qui vont nous soutenir, mais en tout cas, en attendant les milliards et les grandes puissances qui vont vous soumettre, on a besoin de faire autrement.
David Dufresne
C’est marrant que tu dis ça. Après, peut être que vous voulez rebondir, mais de mémoire, je cite le tchat, tu parlais de milliardaires, qui dit on a tellement chacun tellement quelque chose à perdre qu’il ne peut pas y avoir de révolution dans un pays comme la France, parce qu' il y a une forme de confort auquel une grande partie de la population a accédé, même si les inégalités se creusent, évidemment. Et donc, il y aurait cette idée qu’on serait, on s’auto-bloquerait. Est-ce que vous pensez que ça, Donc, donc les milliardaires, évidemment, qui ne vont pas aider les révolutionnaires, ça, on comprend très bien, mais même ceux qui pourraient faire la révolution, pourraient se poser la question à trois fois, en se disant je vais peut être perdre le peu que j’ai, mais ils ont peut être plus qu’il y a un siècle.
Lucas
Nous, c’est aussi pour ça qu’on dit que c'était avant tout les marges qui se soulèvent. Et c' est le cas en France, mais c’est le cas ailleurs. C’est vrai. Ceux qui vont se soulever de la façon la plus radicale et subversive qui veulent vraiment. Soit faire tomber le pouvoir, soit une révolution, c’est avant tout ceux qui ont le plus besoin d’une révolution. Et en France, quand on voit la violence des révoltes dans le quartier populaire ou même des Gilets jaunes, l’offensivité, c' est relatif à l’humiliation. C’est propre. C' est même pas, non, c’est beaucoup moins fort que toute l' humiliation et que toutes les injustices subies. Mais c’est oui, c' est pour ça qu’on pense que c’est avant tout par les marges que ça vient. Ensuite, on l' a dit avant, on pense qu’il faut, il faut et qu' il y a quand même de plus en plus. Dans le pays, depuis d’autres catégories de la population qui sont pas les plus opprimées, que ce soit les classes moyennes, que ce ce soit, il y a une dégradation générale et du coup, il y a une colère qui monte et qui monte et qui montre, qui donne un contexte quand même assez explosif ici, ici en France. Mais en tout cas, moi, je crois que ça restera effectivement les gens qui ont le plus besoin, qui ont plus besoin que la situation change radicalement, qui resteront souvent à la pointe des révoltes.
Benjamin
Je peux ajouter un petit truc. Je suis évidemment d’accord avec ce que tu viens de dire, mais j’ai l’impression qu’il y a un truc qui s’est dit notamment au moment des soulèvements dans le monde arabe. Et je ne sais plus, je crois que c’est en Egypte qu' il y avait un sujet qui disait ça que alors oui, bien sûr, il y a les conditions matérielles. Il y a le déclencheur. Alors c'était, je pense, c’était aussi vrai des Gilets jaunes. Il y à le déclencheur qui est à un moment, voilà, c' est la goutte qui fait déborder sur une situation qui est déjà très problématique. Mais je ne pense pas qu’on puisse dire des gilets jaunes, que c’est des gens qui n’avaient rien à perdre. Au contraire, je pense que c est beaucoup une catégorie de population qui avait beaucoup à perdre, c'était des gens qui avaient des emprunts, c' était des gens qui avaient d’autres prises, enfin qui étaient des, qui qui avaient gros à jouer et qui l’ont fait vraiment dans un depuis un ras-le-bol qui était moins peut-être un ras le bol de enfin moins un cri de survie que vraiment le cri de dignité de dire en fait, ça suffit de nous humilier. Et c'était quelque chose, alors je ne me souviendrai plus de la citation exacte, mais d’un insurgé égyptien qui disait en fait, on n’est pas sorti dans la rue parce qu’on avait faim, on est sorti dans la rue parce qu on n en pouvait plus d'être humilié, d’avoir vécu 40 ans dans l’humiliation. Et que la dignité, c’est quelque chose qui est revenu à plusieurs reprises et qui n’a pas strictement à voir avec une condition matérielle, qui a à voir avec le fait d’y avoir une existence tronquée. Et je pense qu’aujourd’hui, enfin, quand on voit, je ne sais pas, quand on vit au jour le jour dans ce pays, quand on vie au jour le jour, le flot de nouvelles sur ce qui se passe à Gaza, sur le, quand il y a cette espèce d’impuissance organisée tous les jours, quand on voie les espèces de pitres qu’on a au gouvernement, en fait, ce qui vibre comme corde, ce qui monte en chacun, c’est ce sentiment d’humiliation. Et que c' est ça qui déterminera ce qui va se passer.
David Dufresne
Arap Topaz vous propose, comme pour les groupes des oiseaux migrateurs, c’est les oiseaux en périphérie du groupe qui donne la direction. Belle image, belle image. Mais non, attendez, parce que quand même, vous même, vous même vous posez quand même des questions, puisque page 65, vous vous demandez, vous dites, vous êtes honnête. Il y a une forme de tendresse, d’ailleurs, vous vous appelez à la tendresse révolutionnaire. Il y un truc assez tendre dans votre. Démarche, je trouve, et moi, ça me plaît. Vous écrivez, on nous demandera sûrement de prendre les guillemets. Il y a déjà tellement de choses pour et contre quoi lutter ici. Pourquoi rajouter des fronts à l’international ? N’est ce pas ? N' est ce pas une nouvelle manière de céder à la dispersion et à l'épuisement ? C’est vous qui avez écrit ça. Pouvez-vous répondre ? Alors, vous y répondez un petit peu, évidemment, après, mais. Et là, ça fait écho à la question d’avant, qui étaient ceux qui pensent qu’il faut agir localement. Voilà, vous vous dites, il faut. Est ce que tu disais, Rindala ? Il faut, il faut une stratégie globale, etc. Mais vous même, vous dites peut être que peut être qu’on embrasse trop.
Rindala
Mais j’ai l’impression que je saute toujours un peu sur le truc. Peut-être ai-je peur du silence ou quoi. Bref, le oui, en fait, c’est disons de si on est si on pense de manière rationnelle, si on passe de manière logique, on dit concrètement qu’est ce qu’on a à foutre de ce qui se passe à l’autre bout du monde ? Mais même qu’est ce qu’on a à foutre de ce qu' il se passe juste dans la ville à côté, quoi ? Bon. Et en vrai, c’est pas enfin, c normal, quoi. C’est ça, ça fait, ce n' est pas quelque chose d'étrange. C' est pas quelque chose de bizarre, quoi, en fait, on est plus pris par ce qui nous entoure, par notre environnement direct, etc. Après, il y a justement des choses qui, sans qu’on le demande et sans qu' on le qu' on le souhaite et sans parfois même de le comprendre, qui nous traversent et qui nous affectent. Bon, là, en tout cas, en Europe, dans le contexte européen. C’est sûr que la guerre en Ukraine, l’invasion russe de Poutine de l’Ukraine, à partir de 2000, qui a été intensifié à partir de 2022. Bah là, ça a eu une influence sur tout le monde, tout le monde en France, mais jusqu’au Mexique, quoi, parce que, c’est-à-dire.
David Dufresne
C’est-à-dire ? Quelle influence ?
Rindala
Bah, déjà de l’inflation. En termes d'énergie, en termes de denrées alimentaires, etc. Et donc, du coup, en fait, quand on a un pragmatisme, par manque de temps de dire, en fait on n’a rien à foutre de ce qui se passe. On peut choisir pas rien à foutre de ce qui se passe dans le reste du monde. Mais en fait parfois, on n a pas le choix. Et là, par exemple, ce qui s’est passé en Ukraine, c’est que ça a été présent dans la cuisine, donc. Le foyer, quoi, de tous les Français. Et cela partout dans le monde, encore une fois, au Mexique, au Brésil, à l’Argentine, etc. Donc ça, c’est un exemple. L’autre exemple, évidemment, aujourd’hui, c’est la Palestine, quoi. On peut dire ce qu’on veut, on peut dire, ouais, c’est des terroristes, on s’en fout, etc. Mais en fait, quand on a, là, c’est au-delà de notre foyer ou je sais pas quoi, quand en fait on se balade quotidiennement avec un téléphone portable ou en fait on ne peut pas éviter de voir des corps, des enfants déchiquetés, des massacres, de la famine. Ben oui, là, il y a quand même quelque chose, en fait qui nous affecte, qui nous traverse. Après, c’est une autre question. Et justement, c’est là ce qu’on essaie de développer, de réfléchir, d’explorer dans le livre, c',est qu’est-ce qu' on fait avec ça, en fait ? Qu’est ce qu’on fait avec ces sentiments, ces liens, ces contraintes, ce truc en fait qui nous prend sans qu’ont le veuille, parfois, parce que, je sais pas, on n’est pas militant, on n’a pas lu Marx ou j’en sais rien. Qu’est ce qu’on fait avec ça ? Donc, du coup, en fait, parfois, on n’a pas le choix. Parfois, c’est quelque chose qui nous tombe dessus. Et voilà, il faut nous toute la recherche. C’est qu’est-ce qu' on fait, en fait, à partir de cet endroit-là ?
David Dufresne
Et voilà Lucas, on a perdu un camarade. Ça y est, ça y est. On a perdu le camarade ! Benjamin ou Soma, vous voulez ajouter quelque chose ?
Benjamin
Bien, sur la question de l’internationalisme, alors, j’ai un exemple en tête qui est un peu frappant. Je trouve, c’est, si on parle de la révolution au Soudan, donc, il y a eu ce processus révolutionnaire de 2019 à 2023 qui a mené à la chute du régime, puis à une guerre civile entre des factions du pouvoir. Il y avait un centre de mouvement révolutionnaire le plus puissant qui est connu. Et on a 11 millions de déplacés. Dans tous les pays limitrophes d’Afrique, ce siècle, enfin, le siècle commençant, pays limitrophe d’Afrique centrale et de l’Est et en Europe, aux États-Unis. Et il y a quelque chose, il y à une espèce d'évidence chez les révolutionnaires soudanais, soudanaise de poursuivre que la révolution est quelque chose qui, enfin que, voilà, que la Révolution ne s’arrêtera pas et qu’elle se poursuit de toutes sortes de manières, qu’elles se poursuivent dans les camps de réfugiés en Ouganda, qu' elles se poursuite dans les camp de réfugiés au Rwanda. Qu’elle se poursuit pour ceux qui sont en France aujourd’hui et qu’elle se prolonge, y compris dans les rencontres qui se font avec d’autres exilés et dans les pays dans lesquels ils arrivent. Et je trouve qu’il y a une vraie leçon d’internationalisme là, mais qui n’est pas une leçon morale, qui est une leçon de comment on s’organise face à la nécessité et de comment on ne se laisse pas faire. Enfermé dans le cadre national quand celui-ci est capté par des appareils militaires. Et c’est aussi pour répondre à ce qui a été soulevé par la personne qui parlait tout à l’heure des échecs, des situations dont on parle. L'échec, il est il est toujours un peu relatif, c'était dire que si on regarde je sais pas, pour prendre juste cet exemple et le poursuivre, l'état soudanais. On pourrait dire, oui, il y a un échec à la prise du pouvoir. Il y a des échecs au changement de régime au Soudan. Mais il y a eu un mouvement populaire massif. Il y avait une une génération entière qui s’est politisée, qui aujourd’hui a traversé, pour beaucoup, ont traversé la Méditerranée, ont circulé dans toute l’Afrique centrale et de l’Est et produit des effets. Il y à quelque chose qui est en cours de lors d’une révolution générationnelle qui qui dépasse très largement les carcans étatiques. Je pense que c’est à ça qu’on a voulu rendre hommage et c'était ça qu' on voulait rendre visible et à ça qu' on voulait qu' on voudrait participer à renforcer et à prolonger. Et pour nous, je pense que c' est là un peu le cœur de l’internationalisme. C’est-à-dire c' comment c' est moins une injonction que de se dire, en fait, ce qui est à l'œuvre là, c’est quelque chose d’un mouvement ralenti ère mondial et que voilà, il y a des défaites, mais qu’elles ne sont que des étapes sur un chemin qui n’a pas commencé.
David Dufresne
Là, je voudrais. Vas-y, bien sûr.
Soma
Il y avait aussi, en fait, il y a tous ces constats, mais il y avait aussi la question de. Il y a la question de Palestine qui le rend visible. Il y à la question de l’Ukraine, il y à la question des migrations, des émigrés qui arrivent. Il y a la question des guerres partout. Mais il y a aussi la question de la responsabilité. En fait, je voulais juste dire que pour, je pense, les militants des pays du Sud. C’est plus évident d' être internationaliste parce qu’on est directement impacté par la politique internationale des empires, des impérialistes, etc. Mais alors que les militants et les gens ici sont moins impliqués, ils sont plutôt responsables de ces politiques, ce qui est en jeu de Palestine aujourd’hui. Du coup, il y a une sorte de responsabilité pour moi. Je ne sais pas vraiment comment on peut faire la révolution en France sans dénoncer, par exemple, tout ce qui est contre les Canaques. Toutes ces colonisations, tous ces pouvoirs qui sont complices de génocide à Gaza. Du coup, la question, c’est aussi la responsabilité révolutionnaire où on est et la question locale, globale dont on s’oppose dans le manifeste pour parler de internationalisme. C’est pour parler de ces responsabilités, mais aussi pour aller au-delà de la politique, aller au- delà des enjeux géopolitiques. D’avoir une stratégie politique, d’avoir une stratégie d’organiser les luttes au moment, après, avant la révolution. Du coup, si on est enfermé dans notre cause locale, notre cause locale, il peut être légitime dans la localité, mais il peut renforcer certains enjeux de pouvoir et les forces d’empire, etc. Au niveau régional et au niveau global. Du coup qu’est-ce qu’on fait avec les contradictions ? En fait, on a écrit ce livre. Parler des contradictions géopolitiques, de dire comment, en tant que révolutionnaire, on peut avoir des réponses pour ces contradictions. S’il n’y a pas de contradictions, tout est simple. Il n’a qu’aux Etat-Unis, il n' y a qu’Israël, du coup il y a le Code de Combre, on est contre et c’est bon, on est toutes amies, camarades et on fait la révolution ensemble, mais on sait très bien dans la réalité, ce n’est pas le cas. Notre cause, il peut s’opposer, même si on a des ennemis plus puissants parfois. Du coup, qu’est-ce qu’on fait avec ces contradictions ? Et là, pour ça, clairement, il faut sortir du pragmatisme et de la politique locale et il faut avoir une vision plus large des faits et de notre politique. Et là, c’est l’internationalisme qui fait vivre cette vision et qui fait vivre les révolutions au-delà de ces frontières locales. Et nous, du coup, il faut insister sur le manifeste. On insiste beaucoup dans ce livre du coup sur l’exil. Et c'était aussi une réponse de l’Exil au internationalisme et les internationalistes, ils ont beaucoup participé, contribué les exilés révolutionnaires à l’internationalisme. Et du coup, pour nous, l’idée, c'était aussi de voir que de toute façon, ce n’est pas un choix pour les exils. On ne peut pas être exilé révolutionnaire et on ne peut être internationaliste. Pour d' autres, peut-être qu’il y a plus de choix, il y a des choses à réflexion. Mais voilà, on est dans cette situation, la plupart des exilés.
David Dufresne
Alors, Soma, je vais vous donner la parole dans quelques instants, parce que de part votre parcours, vos origines, etc. Je pense que le chapitre sur l’exil, ainsi qu'à Rindala, est non pas dédié, puisque je pense qu’on l’avait coécrit. Mais là, je dois faire un petit breaking news, parce que figurez-vous que sur Twitch, vous ne devez pas être familier. Mais enfin, on a un raid, un raid amical de je ne sais qui, qui a envoyé beaucoup, beaucoup de gens tout d’un coup. C’est-à-dire qu’il a arrêté son émission et il a dit tiens, il a arrêté son cortège, il a dit on va rejoindre l’autre cortège. Donc là, il y a beaucoup de gens, donc je voudrais juste vous représenter. Nous sommes avec quatre des soixante auteurs du manifeste internationaliste intitulé Révolution de notre temps, qui paraît chez Zone, la collection Zone chez la Découverte. La Découverte qui fut possédée par Bolloré, mais ça n’est plus le cas aujourd’hui. Bon, bref. Et le collectif s’appelle Les Peuples veulent. Et donc, ça fait un peu plus d’une heure ou presque une heure et demi que nous discutons des révolutions, des soulèvements de ces dix dernières années à travers le monde. Vous voyez ici la une partie de la de la carte avec un certain nombre de soulèvement qui ont pu avoir lieu auxquels certains d’entre vous ont participé. Et on va petit à petit cheminer vers le 10 septembre. Voilà, je voulais juste faire ce petit cette petite présentation pour les 300 personnes qui viennent d’arriver d’un coup et qui sont les bienvenus. Alors, Rindala ou Soma, l’une ou l’autre, peut être pouvez vous me parler de ce chapitre sur l’exil ou vous dites que l’Exil. Alors, il faudra rappeler d’où vous venez, mais que l’Exil est une vous voulez en faire une position d’attaque. Est ce que vous pouvez nous dire quel est l’intérêt pour les révolutionnaires d'être des exilés ? En attendant votre réponse, je vais aller chercher la phrase exacte. Nous sommes page 45, si je ne suis pas gouré. Voilà, non, c’est pas ça. D’ici ici, faire de l’Exil une position d’attaque. Ça, c’est le titre de votre chapitre.
Soma
Je commence parce que je vais compléter tout ce que je viens de dire. Absolument.
David Dufresne
En rappelant que tu es Kurde iranienne, c’est bien ça ?
Soma
Oui, et je suis exilée en France depuis 10 ans.
David Dufresne
Depuis 10 ans, voilà.
Soma
Oui, c’est vrai que moi et Rindala, on a peut-être croisé notre militantisme dans plusieurs endroits il y a quelques années. On était très frustrés, les deux, de tenter de parler d’internationalisme, de la révolution syrienne, de ce qui se passe en Iran, au Kurdistan, etc. C'était un peu un échec pour nous. On était un peu frustrés. Je dis, c'était très difficile, on peut dire comme ça. C'était très difficile. Ce n'était pas évident. Les gens, ils nous regardaient bizarrement. Du coup, parce qu’en fait, il y a cette vision. De victimisant, de filer des émigrés, comme quoi, on n’est que des victimes de notre situation locale. On arrive ici, on devient vraiment des précaires administratifs, des précaires du monde du travail. On devient des gens qui n’ont pas de logement, à quoi nourrir, etc. Et surtout pas, on n’est pas considéré comme des gens qui ont des idées, des pratiques, des imaginaires révolutionnaires à proposer, à partager, à contribuer. Du coup, c'était très difficile de dire qu’on est exilé. On est victime de certaines situations, dont l’autoritarisme de notre pays, dont la guerre, dont les conflits, et les dictatures. Mais pas que. On est aussi les révolutionnaires. On a aussi envie de changer des choses depuis où on est. Et on a aussi envie de faire vivre la révolution à laquelle on a participé, de faire vivre aux causes pour lesquelles on est exilé depuis les pays d’accueil. Avec les révolutionnaires, avec les marges de ces pays, avec nos camarades depuis ici. Du coup, comment peut-on faire ce pont ? C'était très difficile de faire ce point. Et nous, on voulait dire à travers de ce titre, du coup, l’exil comme vraiment la position d’attaque, de dire que, finalement, non seulement les exilés, ils ne sont pas que des victimes, ils peuvent être, ils peuvent contribuer. Il faut, du coup accepter leur contribution parce que leur contribution est nécessaire. Comment peut-on parler de fascisme aujourd’hui en France sans avoir le point de vue du coup des émigrés qui sont les premières victimes de fascistes d’extrême droite en France, par exemple ? Comment peut-on ignorer toutes ces expériences riches des révolutionnaires dans le monde entier, du coup, auxquels ils ont participé, pour lesquels ils sont exilés et qui se trouvent ici avec désordre ? Il y a énormément de choses à apprendre dans le réseau de peuple vol. On en est consciente parce qu’on a appris beaucoup des camarades soudanais, nous. On a appris beaucoup de camarades d’Asie-Dessus, par exemple. On ne connaissait vraiment pas assez à travers nos réseaux. On a fait beaucoup de choses et on pense que c’est même au corps le fait d'être révolutionnaire, de donner l’espace, la parole et aussi le temps de créer la confiance entre les exilés, comme la position de Altaïque plutôt que victime et les autres pour faire vraiment une imaginaire plus plurielle de la révolution.
Rindala
Bon, je ne sais pas si ce n’est pas… J’espère que ce n’est pas très border ce que je vais dire, mais…
David Dufresne
Si on espère.
Rindala
Oui.
David Dufresne
Comme ça, ça. Vas-y, vas-y.
Rindala
J’ai un peu cette image, en fait, de parfois, de dire, en fait il faut… Quand les fascistes et les gens d’extrême droite ici partent, enfin pas que ici d’ailleurs, partent du grand remplacement, parfois il faut dire, bah ouais, d’une manière un peu à dire, bah en fait oui, on va venir et on va faire la révolution dans ce pays, on va changer ce que c’est la France. Ça, c'était un peu la partie, disons, surréaliste de la réponse. Mais disons qu’il y a quelque chose, oui, en disant qu’en fait, je ne vais pas réviser ce que Soma a dit, mais oui, en fait, en tant qu’exilé, c’est sûr que concrètement, on a des problèmes matériels que la plupart des citoyens n’ont pas. Et donc voilà. Mais ça enlève pas, en gros, enfin, ça, c’est un fait. Et je trouve tout le, justement, tout le travail, en fait, qui va dans le soutien à des personnes exilées en termes de papiers, en terme d'éducation, en termes d’accès au logement, en termes d’accès au droit, mais aussi en fait à la solitude, à la convivialité, à la culture, etc. C’est extrêmement important. Mais ce qu’on a aussi, mais ce qu' on a rencontré dans certains. Mouvement, initiative, tentative de, justement, de soutien aux exilés ou aux personnes migrantes, c’est que, en fait, on reste à ça. L’interaction, quoi, entre la personne soutien et la personne exilée, ben oui, c' est quelque chose de l’ordre de on vient vous aider, on peut même devenir un peu pote et faire des repas sympa ensemble, etc. Mais je ne sais pas pourquoi, en fait, il y a comme une espèce de mur ou une blocage à aller voir, en fait ces personnes là, comme des agents politiques, avec des personnes qui sont capables d’avoir des avis sur le monde, sur la France, pas juste sur leur propre pays, etc, etc. Et du coup, en fait la question de position d’attaque, c’est de dire que, en fait. Il ne s’agit pas seulement de, après, devenir, je sais pas, des citoyens, enfin, au bout d’un processus d’intégration, d’assimilation et au bout de certains moments en France, on va devenir un peu comme tout le monde, des bons citoyens français précaires, qui galèrent, comme les citoyens. Non, en fait, au contraire, l’idée, c’est de dire que, en fait on a des bagages, on a des expériences, on a de points de vue et d’autres imaginaires qui peuvent non seulement contribuer, en fait qui sont, qui pourraient être utiles à des révolutionnaires et des militants en France, mais qui puissent même, en fait, contribuer à changer certaines dynamiques de lutte et des révoltes ici. Pour donner un exemple, c’est vraiment, il faut revenir à ce moment de gilet jaune avec les camarades syriens et les camarade français. En fait, je trouve que c’est exactement, enfin, en gros, on a, je crois, nous, on a au bout de deuxième semaine, on a écrit un texte d’appel pour dire tout le monde descendait dans la rue pour participer au gilet jaune. Et du coup, je crois que l’idée de cette histoire de position d’attaque, c' est qu’en fait, avec d’autres expériences, avec d’autres bagages, la révolte ici peut être plus forte. Et donc, du coup en fait, je ne sais pas si vous voyez, de petit à petit, en fait, on quitte le truc de on se fait assister pauvres exilés qui souffrent des guerres civiles dans leur pays que je sais plus, comme si en fait il n’y avait pas des révoltes ou des révolutions qui ont amené vers ça et que c'était en fait notre propre agentivité. Encore une fois, c’est notre propre action qui a mené à la répression. Bref, en fait. On part de là jusqu'à ce qu' on arrive à savoir comment il peut y avoir, par exemple, un pôle. Internationale, internationaliste, des personnes migrantes, des personnes exilées, des personnes étrangères au sein même de soulèvements en France, ce qui est effectivement toujours en fait le paranoïa et le cauchemar des gouvernements. Je me rappelle même aux Gilets jaunes, il y avait il y avaient certains communiqués du gouvernement disent oui, en fait, il y a des infiltrés depuis l'étranger qui sont parmi nous bon partout en fait dans le monde, les gouvernements essaient toujours de dire ça. Et je crois, il y à bon, moi, personnellement, il y a un peu. Ce truc de si on prenait ça vraiment sérieusement et si en fait, bah oui, en fait on vient et on arrive et on construit un pôle révolutionnaire international qui peut et d’ailleurs, en fait, c’est vraiment c'était rien de d’original quoi, ce n’est pas du tout novateur en fait dans toutes les expériences révolutionnaires et dans l’histoire, la commune y compris. Il y avait en fait des présences des personnes étrangères non françaises qui ont participé et qui ont et qui ont inspiré en fait les pratiques. Donc, du coup, voilà, j’ai l’impression qu’il y a un peu le parcours de l’autre expérience, mais pour moi, il y a aussi un peu ce truc. Oui, peut être de sarcasme de dire qu’on va prendre au sérieux cette idée de grand remplacement quoi, cette idée de en fait, oui, il y à des infiltrés étrangers dans les soulèvements en France.
David Dufresne
Alors, cette question soulève pas mal de remarques dans le chat. Certains vous disent mais là, il faut y aller à fond. Bien sûr qu' il va y avoir un grand remplacement et la révolution va avoir lieu par ce biais là. D’autres qui disent bon, là, c’est un petit peu mélangé des choses ceux qui traversent la Méditerranée, c'était pas pour faire la révolution en Europe, mais si pour essayer de s’intégrer et de gagner 3 francs, 3 franc 6 sous et il y a un troll qui ça arrive. Dans le chat qui a trouvé comme question si le livre était gratuit, sous-entendu, vous êtes révolutionnaire, mais oui, figurez-vous, les livres de Zone sont tous disponibles en PDF sur le site de Zone, voilà, comme ça c’est réglé. Est-ce que vous voulez rajouter deux trois points sur les exilés, est-ce qu’on voulait répondre aux remarques du chat, ou on passe à la gauche française et on s’approche du dix septembre
Lucas
Sur les exilés, je voulais juste dire un truc très rapidement sur le dernier qui parlait justement des questions économiques. Bon, il faut lire le bouquin qui aborde cette question-là, la question justement de l’exil politique, économique, les distinctions qu’on en fait, etc. Mais nous, il y a quand même un truc qu’on repère, et en fait ce sont des trucs qui sont déjà arrivés, enfin qui arrivent tout le temps, c’est qu’en fait il y a quand-même des gens qui partent de leur pays. À la fois pour des raisons économiques, à la fois pour des questions de répression politique, et que souvent c’est les mêmes pays. Et il faut vraiment qu’en France, on ne reproduise pas une erreur qui s’est déjà passée et qui nous a coûté vraiment cher, je crois, du point de vue du camp des révolutionnaires. C’est qu’en fait dans les années 50, 60, 70, en fait il y a des centaines de milliers de personnes, des millions de personnes qui sont arrivés des pays anciennement colonisés, que ce soit l’Algérie, que ça soit le Congo, que se soit le Mali, enfin voilà, on connaît cette histoire. Et en fait, il y à plein de gens qui venaient de ces pays-là, qui eux-mêmes, déjà à l'époque, avaient connu, comme par hasard dans tous ces pays-là, des guerres de libération, des mouvements décoloniaux, des luttes extrêmement longues, etc. Alors tout le monde. Dans les gens qui arrivaient en France, évidemment, ne venaient pas pour des questions de répression, pour des questions de guerre, ou je ne sais quoi. Mais de fait, c’est dans les mêmes pays. Et c'était dans les mêmes pays. Pourquoi ? À cause de, évidemment le colonialisme et l’impérialisme, qui soit français ou qui soit occidental, qui causent tellement de dégâts dans ces pays-là que oui, et qui se lie, coopte ou qui fait que du fait qu’il arrive des régimes corrompus. Qui fait qu’il y a des situations particulièrement compliquées. Et là, ce qui se passe en France, c’est une nouvelle arrivée, des nouvelles arrivées depuis 15 ans, 20 ans, même plus, de personnes qui encore arrivent à la fois pour des raisons économiques et à la fois pour des raisons politiques. On a parlé du Soudan, on a parlé de la Syrie, on a parlé de l’Iran, on a parlé de tout ça. Et donc, il ne faut surtout pas qu’on refasse la même erreur. Il faut absolument, cette fois-ci, être capable, non pas comme l’a fait la gauche à l'époque, qui n’a pas du tout été capable d’intégrer, d'écouter. De s’inspirer des gens qui venaient de tous ces pays-là. Aujourd’hui, il ne faut surtout pas faire cette même erreur et il faut essayer d’apprendre, c’est ce que l’on dit Soma et Rindala, il faut essayer d’apprendre depuis cette position-là des gens qui ont connu la révolution et les révoltes ailleurs.
David Dufresne
Alors, justement, la gauche, alors le tchat vous demande si vous avez eu des contacts en tant que collectif Les Peuples Veulent. Est-ce que vous avez eu des contacts avec la gauche ou l’extrême gauche française ? Et si oui, ça donne quoi ? Je vois que ça sourit, dis donc, oh là, ça se marre même ! Ça donne quoi ? Même Rindala ne répond pas. Même Rindala ne répond pas, c’est dire que la question est grave. Très bien, non, mais votre réponse est bonne. Le lien pour le PDF, c’est sur le site des éditions Zone. Oui, excuse-moi.
Rindala
Sur notre site, sur notre site thepeopleswant.com, qui est en quatre langues, il y a aussi le texte en PDF, en arabe, en espagnol, en français et en anglais gratuit, vous pouvez télécharger.
David Dufresne
Super, donc sur la gauche, l’extrême gauche, c’est moins rapide. Alors justement, page 58, page 38. Évidemment, vous vous dites de la gauche qu’il n’y a pas grand chose à en attendre et d’ailleurs, vous n’en dites pas grand-chose parce que c'était tellement tendu que c’est pas la peine de s’appesantir, mais vous avez parce que vous êtes tendre, vous donnez presque une raison à la gauche d'être ce qu’elle est, c’est à dire dans la mouise. Quand les parties traditionnelles de la gauche, écrivez-vous, page 39 tente de nous ré-enchanter avec des programmes politiques dépoussiérés et de nouvelles promesses de changement, ce n’est désormais plus que sous le coup de l’urgence cyclique à empêcher l’accession programmée de l’extrême droite au poste du pouvoir. Donc ça, c’est une nouvelle donne, si je puis dire, qui fait qu’on ne peut rien attendre de la gauche, même la plus dépoussiérée. Donc, on va dire si on francise le débat, elle est fille. C’est comme ça que je lis votre passage, je me trompe.
Lucas
Bon, je sais que personne ne prend la parole.
David Dufresne
C’est pas un passage.
Lucas
Non, bah oui, effectivement, en France, ça pose une question hyper actuelle. Bon, la première chose pour répondre à la question qui a été posée dans le tchat et à la tienne, David, c’est évidemment qu’on veut avoir des canaux de communication et continuer à maintenir des discussions avec toutes les forces qui veulent sincèrement s’opposer à la fascisation du monde, aux guerres. Et aux différentes formes d’inégalités qu’il y a. Du coup, bien sûr, on aura et on a et on est certains parmi nous dans le réseau des gens qui se revendiquent de gauche, d’extrême gauche, etc. Peut-être que la spécificité, c’est que nous, ce n’est pas que ça non plus. C’est qu’en fait, les politisations des gens dans le réseau, elles n’ont pas toujours été à travers la gauche ou avec des mots d’ordre de gauche et d’extrême gauche et que ça, justement, pour nous, ce n’est ça qui compte, si les gens se disent de gauche ou pas. Mais quels sont leurs principes, quelles sont leurs pratiques, quelles sont leurs valeurs ? Et est-ce qu’elle se ressemble, est-elle connectée avec les nôtres ? Est-ce que l’on peut se comprendre.
David Dufresne
C’est-à-dire, excuse-moi, Lucas, juste, excuse moi, je te fais préciser, tu veux dire que à partir des exemples de ces dix dernières années à travers le monde, c’est ça que tu veux, c'était que la question gauche-droite ne se posait pas forcément de la même manière qu’elle se pose ici. Puisque c’est la fameuse révolution française qui a fait gauche- droite directe, enfin, bon, bref, nous, on a ça dans le sang, quoi.
Lucas
Ça dépend des endroits. Tu vois, par exemple au Chili ici, au Chili, la question de la gauche, elle est hyper présente. La gauche, elle est dans la rue, elle dans la révolte, elle se mobilise dans toutes ses nuances, etc. Et là, la gauche qu’elle soit parlementaire ou extraparlementaire. Après, dans d’autres contextes, non, dans d’autre contexte, la la question gauche-droite. A été plus un truc de perte de boussole, plutôt qu’autre chose. Je te donne deux exemples très concrets. Bon, on en a déjà parlé, on va en parler les gilets jaunes. Dans les premiers jours, la gauche n’est pas là. La gauche n’est pas là, le peuple de gauche n’est pas là, les gens qui étaient dans la loi de travail, ils sont pas là dans les premiers jours et dans les premières semaines. Et d’après moi, ça coûte très cher au mouvement. S’il avait eu un appel massif des syndicats, des partis, de tout ce qu’on veut et que les gens avaient été dans la rue, non pas pour imposer leur agenda. Mais pour soutenir la mobilisation et lui permettre de passer un cap, voire de faire chuter Macron. Ben oui, je pense qu’on aurait passé un saut. Et le deuxième exemple que je veux te donner, c’est que le problème parfois qu' on a avec la gauche aujourd’hui dans la réflexion qu’On peut avoir, c' est qu’en fait, c' n’est pas toujours un repère pour nous et peut être que d’autres en parleront mieux après. Ce n' est pas toujours un repère pour nous. Pour un exemple très précis, c' est que nous, on a des camarades de gauche, de gauche radicales qui vont soutenir des régimes. Ou des puissances qui sont pour nous fascisantes. Et évidemment, le régime iranien, c’est un super bon exemple. Je vais peut -être laisser Soma en parler plus après, mais oui.
David Dufresne
Je te remercie de faire mon boulot, parce que j’avais posé cette question à Soma, et évidemment, Ah oui, vas-y !
Soma
Oui, il y a deux choses peut-être au lieu de dire plutôt de la gauche, c’est qu’on est en contact avec les révolutionnaires, parce que les gens, ils peuvent se dire révolutionnaire, mais tout le monde ne se dit pas la gauche et surtout pas de la même façon dont on entend ici en France. Il y a vraiment des définitions très variées de la gauche dans le monde entier chez les révolutionnaires et dans un pays à l’autre. Et du coup, oui, en Iran, on a des révolutionnaires de la France qui sont pour le régime iranien. Et on a des camarades révolutionnaires en Iran qui sont dans la prison de ce même régime autoritaire, militaire, pour moi fasciste. C'était le slogan des Kurdes depuis la révolution 1979 en Iran. Le Kurdistan, c’est le cimetière des fascistes. C’est-à-dire, on l’appelle, il y a deux noms importants de la République islamique d’Iran. Au Kurdistan on l’appelle rarement la République Islamique, on l’appelle la République d' exécution, c’est très connu. Et on l’appelle aussi la République fasciste. Du coup, vous voyez, on est dans cette définition pour la population. Ça, c’est du point de vue des Kurdes qui considèrent le régime comme le colonialisme interne, etc. Mais du point des femmes qui le considèrrent comme d’apartheid de genre, etc., qui est vrai. Depuis la révolution iranienne et du point de vue des minorités religieuses, du point des ouvrières qui sont en prison aujourd’hui parce qu’ils ont organisé des grèves dans ce pays. Et même, on a des camarades qui sont pro-palestiniens, qui ont pris cher pour ça en Iran. Parce que c’est juste le régime qui peut être à sa façon pro-Palestinien. Du coup, nos camarades de gauche, ils n’ont pas le droit d'être pro-Palestiniens. Du coup dans cette situation-là, on appelle ça le campisme. C’est-à-dire les gens qui voient le camp dans le monde entier, États-Unis, Israël d’un côté et le reste de l’autre côté. Du coup, ils pensent que le régime iranien est contre Israël. Surtout dans ce contexte du 7 octobre. Du coup ça suffit d' être contre Israël pour être pro-iraniens, pro-régime iraniens. Du coup vous voyez les contradictions dont j’en parle.
David Dufresne
Mais qui ?
Soma
C’est les gens qu’on appelle les campistes, c’est-à-dire les gens pour qui, du coup…
David Dufresne
Non, je sais bien, mais quelle organisation…
Soma
De la gauche et la gauche extrême-gauche, non seulement en France, dans le monde entier, mais aussi en France.
David Dufresne
Qui soutient le régime iranien.
Soma
C’est ce qu’elles appellent l’axe de résistance. Pour l’Iran et avant Assad, avant la chute de régime d' Assad en Syrie, l' Iran, Assad, tout ça, ça fait partie de l' axe de résistances face aux impérialistes. Du coup, c’est les gens anti-impérialiste. Pour qui impérialisme, c’est que États-Unis, Israël. Du coup l’anti-impérialisme, ça s’interprète à travers de l’Iran, de Assad, etc. Donc nous, on fait une déposition sur laquelle on insiste. Et bien sûr que ce n’est pas partagé par tout le monde, pas par toute la gauche en France et l’extrême-gauche en France. C’est que, bien sûr, on est ni pour les impérialistes, ni pour le dictateur et les pays autoritaires. Et on reconnaît aussi l assimétrie de l’Israël, qui est soutenue par l’Occident, par les États-Unis, c’est par rapport à l’Iran. On reconnaît l’assimétrie, mais cela ne veut pas dire que voilà, on n’a pas le régime iranien, on ne choisit pas entre deux. Tous ces genres de contradictions, ils nous amènent aussi sur la définition de la gauche, extrême-gauche, révolutionnaire, parce qu’on n’a pas une seule définition singulière de ces mondes. C’est à travers le contexte, c’est a travers des enjeux géopolitiques, parfois, et aussi stratégiques, qu’il faut voir ces genres-de-choses. Et c' est exactement au cœur de ce qu’ont fait comme le travail internationaliste. De se rencontrer, de dire pourquoi on ne peut pas soutenir que simplement le régime iranien ou le régimes de Assad, quelles sont nos raisons, et on partage ça avec des camarades qui n’ont pas, peut-être pour différentes raisons la même position, c’est aussi une position un peu eurocentrée. On voit tout ce qui se passe dans le monde entier à travers de l’Europe. Je vous donne un autre exemple. Fin de vie et liberté. Tout le monde dit, ah ouais, c était une révolution en Iran contre les môles là. Pour moi, c est ridicule de dire que c'était une révolution contre les Mollahs, parce que c'était une révolution. Contre tout, un système complet, et ce n’est pas que contre les Môles-là, parce que ici, c’est que la question de l’Islam, c est les musulmans, c' est juste la question du voile qui nous intéresse. Du coup, on pense que la vie et la liberté c'était que contre le voile, alors c' était contre le vol obligatoire. Ce n'était pas contre le voile, premièrement. Et deuxièmement, ce n' était pas contre les mollahs. C'était contre tout, un système de pouvoir. Et là, des visages religieux comme des mollahs Mais il y a aussi des gens qui sont au pouvoir. Qui ne sont pas mollahs, mais qui sont aussi précieux que les Môle-là. On est contre les monarchies qui nous ont été proposées comme alternatives, par exemple en Iran, qui n’ont pas du tout un tenue de mollah On est d’accord ? Du coup, je veux dire que toutes ces contradictions, c’est au corps de ce qu’on fait au sein du corps du vol. De dire, et aussi dans le manifeste, de dire comment on peut, en tant qu ' internationaliste, parler de ces enjeux, parce que ce ne sont que nos enjeux. C’est aussi l' enjeu de la révolution en France. Comment elle interprète la liberté ici, depuis la France. Donc ça a été vraiment récupéré, instrumentalisé par le féminisme libéral, les féministes pro-sionistes, pro-génocide, l'État au pouvoir, etc. Ça devient aujourd’hui même plus difficile, à cause de ça, pour nous les révolutionnaires, les féministes en Iran, de parler de femme et liberté. C’est-à-dire, il faut retravailler ça de notre part, pour dire que femme et liberté est légitime. Parce que ça a été récupéré ici, en Occident. Du coup, l’Occident, avec cette récupération, nous impose une autre tâche en plus. Pour valoriser un mouvement pour lequel les gens ont donné leur vie. Nos camarades, ils sont en prison depuis toujours, femme vie liberté. On a perdu des amis dans la rue pour ça. Et là, ça a été délégitimisé depuis ici, parce que ça a était récupéré par les gens pro-génocide, par exemple. Vous voyez, du coup, c’est ça l’enjeu d’internationalisme, de dire tout ce qui se passe dans notre local est lié de situations globales. Surtout tout ce qu’il se passe dans les pays occidentaux qui sont au centre. L’empire a un impact direct, vraiment sur la vie et sur la politique des révolutionnaires dans les pays du Sud.
David Dufresne
De par vous. Oui, vas-y.
Rindala
Non, mais juste parce que voilà, tu as mentionné la France Insoumise et les exemples des forces en France qui ont ce genre de positionnement. Bah oui, en fait, c’est Mélenchon. Là, tout le monde est hyper content dans la gauche que, ah, enfin, Mélenchon et une force de gauche en France tiennent des positions fortes sur l’antiracisme, sur la Palestine, sur la violence policière, etc. Est-ce que c' est vrai ? Est- ce que c' est très bien ? Mais en fait… Du point de vue de la Syrie, du coup, pour ceux qui viennent nous rejoindre, moi, je suis syrienne, exilée en France depuis 10 ans. Et en fait, disons dans la sphère de la révolution syrienne, que ce soit en Syrie ou que ce soit en exil, en fait le mot gauche est devenu une insulte. Pourquoi ? Parce que la révolution syrienne a été décrédibilisée, voire niée, que, par les forces de gauche. Et les forces des gauches, pas juste en France, mais dans le monde arabe, en Amérique latine. Pourquoi ? Parce que, bon, ça ne correspondait pas à leur doxa, quoi. Et parce qu’il y avait aussi l’analyse, dont vient de parler Soma, que le régime d' Assad serait un régime anti-impérialiste. Donc, du coup, on se tient à la Palestine. Et donc, du cou, depuis l’Europe, depuis l' Occident, nous, on est contre l’impérialisme occidental. Donc, on ne peut pas soutenir les révolutionnaires syriens. Mais donc, ça, en fait, cet abandon du coup de révolutionnaire en Syrie. Un fait que la gauche a été complètement décrédibilisée. r
David Dufresne
Mais quand tu dis décrédibilisée, ça veut dire qu’elle est, elle était une insulte.
Rindala
Oui, mais c’est pas parce que, genre, a été pour, en fait, des gens en Syrie. La gauche a été… Ah, ils sont wokistes ou je sais pas quoi. Parce qu’en fait, la gauche, en Syrie, la gauche a été ceux et celles qui ont justifié, par exemple, les interventions russes, les bombardements russes en Syrie. C’est ceux et celle qui ont justifiés les interventions du régime iranien en Syrie. Donc, du coup, comme force contre-révolutionnaire, contre-interactionnelle, qu’ils ont massacré des milliers de personnes. Donc, dans la tête de pas mal de gens en Syrie, voilà, la gauche, c’est ça. C’est des gens, en fait, qui… Et du coup, comme Mélenchon Et bon, il a des… Là, il essaye, j’ai l’impression, depuis quelques années, au moins depuis l’Ukraine, il essayait un peu de corriger les tirs et de moins raconter n’importe quoi. Mais il avait plein de sorties, en fait, pour justifier, blanchir, en fait, des massacres de l’armée russe, par exemple, en Syrie, voir des massacres du régime d' Assad, sous, je ne sais pas, c’est tellement.Enfin, bref, il y a parfois vraiment juste du bon sens. On est tellement loin du bon sens que, parfois, je perds l'énergie de expliquer ce discours antiimperialiste. Bref, mais en tout cas, quand je parle avec des camarades syriens aujourd’hui, par exemple, ils disent, bah oui, en fait, nous, et surtout ceux, par exemple, qui a été naturalisé, qui a voté, etc. Ils disent, bah en fait, oui, nous, normalement, on vaudra la France en soumise, mais après, qu’est ce qui nous garantit, et ça c'était avant la chute du régime, qu est ce qui nous garantit qu’ici on vote la France en soumises, en fait il n’y aura pas une normalisation entre la France et le régime d' Assad. En fait, on n’a pas de garantie. La gauche, c’est ça, en France, en tout cas, et bon, ça ne veut pas, enfin, ce n’est pas pour dire, en fait, la France insoumise à la poubelle, Mélenchon, c’est de la merde, etc. Mais c'était pour, et encore une fois, je m’en tiens et je rappelle, c' était très important et c’est très bien, en fait, le mouvement qu’ils ont fait au sein de la France insoumise pour tenir des discours assez fortes et des positions assez fort sur la Palestine, sur les violences policières, surtout après Naël, etc. Mais ça ne résout pas tout, en fait, voilà, pour certaines personnes comme les Ukrainiens, parce qu’encore, il a fait une sortie récemment, Mélenchon pour dire que. Bon, Zelensky, ce n’est pas un président légitime, en gros, il faut juste faire la paix avec la Russie et faire la diplomatie. C’est difficile de considérer ça comme, avec Poutine, etc. Oui, en fait, pour les Ukrainiens, on dirait ça comme des positions de gauche, quoi. Mais oui, sur la Palestine, il est de gauche et c’est très bien, mais sur d’autres choses, ce ne sont pas le cas. Et ça, c'était un de nos problèmes. Avec la gauche, c’est que, en fait, parfois, ça ne veut strictement rien dire.
David Dufresne
À travers votre réseau…
Lucas
Pour répondre juste au tac au tac, il y a deux questions qui étaient importantes, mais vraiment très rapidement. Sur le NPA, par exemple, le NPA dont nous, il n’y a personne qui fait partie du Internationaliste par exemple que Mélenchon et ils défendent des lignes très proches des nôtres sur les questions internationalistes qui font du bien à entendre dans un climat qui n’est pas souvent le cas et du tac au tac aussi sur la question de les bombardements d' Assad, il faut juste regarder les déclarations de Mélenchon à l'époque qui avait fait beaucoup parler sur la Russie qui allait résoudre le problème en Syrie. Voilà, des déclarations de Mélenchon à l'époque qui, à ce sujet là, ont quand même changé.
David Dufresne
On arrive au 10 septembre, mais oui, allez, vas-y.
Benjamin
Juste pour continuer là-dessus, c'était que c’est moins un truc de épingler la gauche ou de rajouter une couche sur le LFI bashing ambiant, c’est pas du tout l’idée, c’est qu’en fait il nous semble que dans les dernières années, justement le positionnement vis-à-vis des révoltes populaires a été un truc déterminant et qu’aujourd’hui il y a une ligne de fracture qui traverse la gauche, qui s’est reconfigurée suite à ça, entre ceux qui restent sur des schèmes géopolitiques qui sont issus grosso modo des années 70-80, de l'époque où on pouvait encore prétendre qu’il y avait deux blocs dont un était du côté du socialisme et l’autre était du côté de l’impérialisme et du capitalisme, et qu’en fait il y a tout un tas de gens, y compris des gens qui par ailleurs disent des choses très intéressantes, qui semblent s’accrocher à cette bouée dans une époque qui échappe systématiquement à cette grille de lecture là. Et des gens qui considèrent qu’on peut s’aligner aujourd’hui, qu’il y aurait des axes étatiques sur lesquels on peut souligner, qu’il serait un moindre mal que l’Occident, et que c’est vraiment cette vision là qui est pour nous nuisible, elle n’est pas simplement fausse, elle est nuisible, et qu' il faut la combattre, il faut la combattre au sein de la gauche, au sein des révolutionnaires, et on espère qu’y aura aussi un jour suffisamment de gens pour la combattre au sein d´la LFI, et pour nous c´est une ligne de fracture qui traverse la gauche il s´agit pas de dire en fait c’est la faute à la gauche, vous voyez ça ironiquement dans le chat, en fait c’est une ligne de fracture qui contribue pour nous à reconfigurer quelle intelligence politique on veut pour les temps qui viennent.
David Dufresne
Alors on en vient au 10 septembre, d’ailleurs le chat vous pose la question, vous faites quoi le 10 septembre ? Alors peut-être pas les uns et les autres, mais les peuples veulent, vous n'êtes pas une organe non plus, alors bon c’est compliqué, mais le 10 septembre, comment vous appréhendez ça par rapport à votre ouvrage, Révolution de notre temps, à vos visées révolutionnaires ? Est-ce que, donc j’ai bien compris que vous appeliez, enfin vous en seriez, mais avec qui, pour faire quoi, comment ?
Lucas
Ben je peux commencer là-dessus, la première chose, t’as raison de le dire, c’est le cas pour le 10 septembre, mais ça va être le cas dans plein d’endroits ailleurs où les révoltés vont revenir. Déjà le truc c´est qu’il faut réagir vite quoi, il faut réagir vite à ce qui se passe, il ne faut pas commettre à nouveau l’erreur des Gilets jaunes de plein de gens qui ont été très tardifs à s’organiser dans cette situation là. Et du coup, ben nous voilà, je ne sais pas spécialement les peuples veulent en tant que peuple veulent, parce que comme tu dis, on est un réseau, on n’a pas spécialement vocation à signer des tonnes d’appels ou des tonnes de, je sais pas, de co-organisation ou je ne sait pas quoi, mais par contre c’est sûr que l’idée est de faire ce qui se passera d’une façon ou d’un autre, il y aura je ne sais quoi, qui vont participer à ce qui va se passer, et qui ne vont pas des membres des peuples veulent, que ce soit par leur collectif, leur encrasser, et qu’ils vont participer depuis effectivement le point de vue qu’on essaye de développer, qui est un point de vu à la fois révolutionnaire, donc qui pousse pour une ligne dont on a beaucoup parlé avant, qui est celle de dire la réponse à ce qu’est en train de se passer. Ce ne sont pas des nouvelles élections, c’est un nouveau chantage à je ne sais quel parti pour éviter le fascisme, etc, etc. La réponse, c’est le pouvoir populaire. C' est le pouvoir depuis la base, et une situation révolutionnaire qui nous permettrait de redessiner clairement ce qu’on veut faire de ce territoire qu' on a pris l’habitude d’appeler la France, comme dirait l’autre. Et du coup nous, c’est ça qu’on va faire. On va essayer d'être présent le plus possible. Et présent, encore une fois, depuis la spécificité des peuples veulent, qui n’est pas un réseau franco-français, qui est un réseaux dans lequel il y a des collectifs exilés soudanais, il y des médias franco soudaniens, il y à des collectif exilé dans ce sommet iranien, kurde, afghan, il ya des lieux comme celui dont je suis actuellement qui s’appelle Darna, c’est un lieu où il y a à la fois des Libanais, des Syriens, des Soudanais des Brésiliennes. Nous, on va essayer d’intervenir dans ce moment-là à partir de cette spécificité qui est aussi la spécificité de la France, en vérité, et notamment de ces grandes villes mais pas seulement, qui est un endroit où il y a des gens qui viennent de plein de pays différents, qui ont des expériences très différentes, des références différentes, et qui ont, du coup on a beaucoup parlé, qui on des connaissances et des pratiques à aussi un sujet dans le moment de révolte, là tu vois par exemple, on va prendre l’exemple de Darna, l’endroit où je suis là, là le 31 au soir, là on va diffuser, se préparer, sur différentes révoltes qui a eu lieu dans différents pays, tout un tas de courts-métrages différents pays. Et dans ce genre de moment-là, nous on pense qu’il y a une dimension, l’idée c’est pas… D’arriver partout en disant, je ne sais pas, le 15e natal je ne peux plus, mais c’est d’insuffler si tu veux un esprit qui soit dix septembre, il faut qu’il soit internationaliste à fond, un esprits qui ne soit pas juste franco-français. Et en vérité, de pousser par exemple cette ligne.Ce n’est pas que la pousser, c’est essayer de l’incarner concrètement. La question du pouvoir populaire par exemple, rien que ça, nous en vérité d’une certaine façon, c’est quelque chose qui est déjà internationaliste en soi, parce que nous cette idée du pouvoir populaire, on en a parlé tout à l’heure, elle a été construite dans le texte, elle a été pensée dans le test à partir des enseignements de ce qui avait eu lieu dans plein d’autres pays, que ce soit en Amérique Latine, ou que ce soit au Soudan ou ailleurs. Début de réponse, ce n’est pas du tout complet, ce serait un peu celui-ci.
Benjamin
C’est con, il y a ton micro qui se coupait à chaque fois que tu donnais les plans secrets.
David Dufresne
Qui veut poursuivre le début de réponse ? Qui veut faire le milieu de réponse, donc, des trois autres ? Vous voulez ajouter quelque chose ou pas ?
Soma
Oui, très court, je voulais dire que, de toute façon, on est dans le contexte de Palestine. Si on veut, si on ne veut pas, le 10 septembre, toutes les mobilisations, aussi bien en France qu’ailleurs, la question de Palestine elle est présente, et pour nous ça veut dire que la question d’internationalisme est présente. Parce que l’internalisme aujourd’hui ça peut être Palestine, hier c'était la Syrie, c’est l’Ukraine, le lendemain c’est un autre pays, malheureusement c' est toujours lié au contexte de la guerre, parce que les pays du Sud, ils sont souvent pas vus ou pas visibles, sauf s’il y a une tragédie, malheureusement, la visibilité c’est souvent à travers des tragédies et de la guerre. Mais, de toute façon, on est dans ce contexte mondial et vous avez vu aussi le bouquin, du coup, c' est clair que, en fait, de dire, un, le réseau de peuple volé, les révolutionnaires internationalistes, c est-à-dire. il y a un truc anti-capitaliste, il y a un truc antiraciste, un truc féministe, queer, etc. Ou il y a un truc pour l’intérêt des marges, on peut dire. Et là, bien sûr, que les gens de réseau, ils se trompent, c’est-à-dire c' est automatique, c' est là où ils trouvent le sens de leur militantisme, le sens de leur exil, le sens de leur vie, on peut dire. Et je pense que, ouais, c' est clair que le 10 septembre on sera présents et je pense que tous les collectifs qu’on connaît autour de nous, ils seront présents à leur façon. Ça, c' est important à dire. Tout le monde est présent, mais pas de la même manière, à leur façon, parce que les camarades de Soudan, avec tout ce qui se passe dans leur pays, par exemple, ils ne seront pas présents le 10 septembre que les camarades qui sont dans un village en France, qui sont très bien mobilisés, ou qui bloquent et qui occupent certains endroits pour leur propre cause, c’est un dossier local, à la fois national et global.
David Dufresne
Vous avez participé à des soulèvements, ou vous les avez étudiés, ou vous êtes en contact avec des gens qui se soulèvent ou qui se sont soulevés à travers le monde. Est-ce que, de donner une date, depuis déjà un certain nombre de semaines, en disant le 10 septembre, on bloque tout, est-ce-que c' est une habitude révolutionnaire ? Est- ce-que, c’est quelque chose qui existe ailleurs ? Le 10, j’ai révolution, je prends rendez-vous. Je déconne en disant ça, mais je vous pose vraiment la question. Est-ce-que ça s’annonce ? Ou alors, le fait d’annoncer montre bien que ça ne sera pas une révolution. C’est autre chose, ça s’inscrit dans un calendrier politique, de bonne à loi, comme dirait François Bayrou.
Benjamin
Je veux bien tenter une chose, je pense que le fait qu’il y ait des rendez-vous annoncés à l’avance, ça s’est vu à plein d’endroits. Dans le cours de réaction syrienne, il y avait des rendez vous tous les vendredis à la sortie des mosquées, chaque vendredi avait un nouveau thème. Au Soudan, il y a eu des appels à la grève générale qui ont scandé un peu le soulèvement populaire. Par contre, effectivement, il ne suffit pas de dire tel jour que ça va être la révolution pour que ce soit la révolution, on est d’accord ? Il y a un risque là, dans la séquence dans laquelle on est, qui effectivement, on est deux ans après une dissolution avec un gouvernement qui tient un fil, et on est à deux ans des élections présidentielles, il y a le risque de récupération ou de tenter de faire de ça un tremplin pour la prochaine élection, et qu’en fait finalement, assez vite, ce soient les enjeux électoraux qui prennent le pas sur l’expression d’un pouvoir populaire justement, et que c’est ce risque là qu’il s’agit de battre en brèche. Ouais, c’est parce que à la fois, il n’y a que risque, et de l’autre, le risque, c’est que s’il ne se passe rien, en fait, le scénario écrit est tissé depuis des mois par les médias et la fascosphère, va se dérouler sans accro, effectivement, la seule possibilité pour éviter l’arrivée du fascisme réel, c’est un mouvement populaire, et en même temps, ce mouvement populaire s’expose toujours à un risque de récupération. Et voilà ce qu’il s’agit. Pour nous, c’est comment, quoi qu’il arrive, le 10, en fait, on continue à alimenter, faire exister, alimenter aussi par les différentes sources de l’inspiration dont on vient de parler, cette question du pouvoir populaire, et qu’y aura de toute façon pas de front populaire sans pouvoir populaire.
David Dufresne
Nous avons un chat qui défile devant, annonce-t-il quelque chose, il n’est pas noir, donc il n’est pas anarchiste, mais annonce t-il la révolution ? Que fait ce chat ?
Soma
Ils sont deux, il y a une noire et une blanche.
Rindala
Je voulais rajouter quelque chose par rapport à cette histoire d' événements, de dates, et c'était quelque chose que tu disais au tout début, tu disais, est-ce qu’on en finit avec cette idée de grand soir ? Et j’ai l’impression, on en parle pas mal dans le manifeste
David Dufresne
Attends, page 93, je suis dessus. Aucun événement ne peut à lui seul mettre fin à toutes les dominations. Les grands soirs furent pendant longtemps l’image par excellence de la révolution, écrivez-vous. Mais les échecs répétés ont provoqué des changements profonds et durables par la prise du pouvoir central, ainsi que les éternels appels de vieilles organisations à attendre que les conditions soient réunies. Alors là, y a des guillemets, mais vous les connaissez, vous savez où les placer, les conditions sont réunies, voilà ça c’est un guillemet par exemple. Ils ont poussé nombre d’entre nous à abandonner la chute du régime comme horizon stratégique et à chercher d’autres perspectives de libération.
Lucas
Mais on critique ça, on critique aussi les gens qui ont tenu cette ligne. En fait, c’est là le geste qu’on fait, et oui, il y a beaucoup de gens qui le disent comme tu dis, mais nous on critique les deux postures. On critique la posture qui dit : faites-vous des gauchistes ? Oui, mais de plusieurs personnes. Parce qu’il y a aussi la tendance, oui, gauchiste à attendre le grand soir et à dire qu' il a pris le pouvoir, etc. Mais il y a une tendance libertaire, et pas que libertaires, une tendance plus large qui a aussi… Tendance à penser qu’en fait, il n’y a pas d'événement, il y a pas de chute du régime, il y a pas de moment décisif de bascule qui sont extrêmement importants. Et bon, c’est ça qui fait rater l’occasion à certains moments. Et du coup, nous on essaye de dire que c'était deux conceptions de la révolution. Il faut croire absolument, il faut croire une construction lente et de processus de la révolution qui se joue tous les jours à son lieu de travail, dans les lieux qu’on construit, dans les amitiés qu’on construit. Dans les moyens de solidarité qu' on essaye d’avoir ensemble. Mais il faut aussi se préparer pour le moment comme le 10 septembre. Et c’est ça qu’il faut faire croire. Je pense qu’il n’y a jamais personne qui a cru qu’un grand soir allait totalement changer la face du monde et faire devenir le paradis. Je pense que les gens convoquent déjà à l'époque le grand soir comme quelque chose qui est un moment décisif. Et nous, on maintient et on l’a vu dans tout un tas de révoltes de la dernière décennie qu' il y a eu des moments décisifs. Est-ce qu’on les a saisis et est-ce qu' ils ont amené un monde meilleur en quelques jours ? Non, il n’en a aucun, ça c’est sûr. Je pense que c'était un peu ça qu' on essaye de dire par là.
David Dufresne
Benjamin ?
Benjamin
Non, je réfléchissais parce qu’il y a un truc qui me trotte dans la tête tout à l’heure. Parce qu' il y a plein de questions dans le tchat sur le rapport au marxisme. On a cité la révolution et l'état en disant que si vous voulez faire la révolution, il faut lire Lénine. Et je pense qu’est-ce qu’on essaye de tracer comme ligne dans le manifeste et à partir du croisement des expériences de toutes ces personnes qui se sont rencontrées ces 20 dernières années. C’est ce pari qu’en fait on peut parler de stratégie sans être léniniste et que la stratégie peut devenir un art populaire. Et c’est à ça qu’on veut travailler et ce qu' on veut dire par pouvoir populaire, c' est-à-dire qu' il ne s’agit pas de créer des avant-gardes, il ne tente pas d’attendre de grands leaders ou de grands tribuns, mais que par contre il ne faut pas négliger la question de la stratégies et que cette stratégie-là elle peut se tisser
David Dufresne
Attends Benjamin, tu viens de dire que la stratégie peut être un art populaire.
Lucas
C’est bien dit.
David Dufresne
Oh, mais on dirait une baseline de poste pour la saison 10. Oh la vache, j’adore, je te reconnais bien là. Et donc, vas-y, continue, excuse-moi, je t’ai coupé.
Benjamin
Merci.
David Dufresne
Et voilà, non, non c'était très joli.
Benjamin
En tout cas, je pense que si c’est un des paris du manifeste, c' est de se dire que justement ce qui se passe pour nous, depuis quelques années, dans les moments de rencontre qu’on a eu la chance de pouvoir co-organiser avec des personnes qui avaient participé à tous ces moments décisifs un peu partout dans le monde, c' était justement de tisser une nouvelle. Enfin, on a été bouleversé par ça, ça a transformé notre manière de voir les choses, de penser les événements, de penser comment ils commencent à tenir aussi. Et que ça, c’est quelque chose qu' on a envie de partager et qui est partageable. Et c' est très différent de penser qu' il y aurait quelques personnes qui pourraient définir la stratégie pour un ensemble, pour un mouvement. Et que par contre, que le mouvement reste, que la stratégie soit au cœur des intentions du mouvement, ça nous semble important. Et que c’est ça qu' il faudrait que dès les premiers jours qui viennent, on s’attache à faire. De penser la stratégie à ceux qui vont tâcher de nous renvoyer chez nous.
Soma
Peut-être qu’on le dit aussi dans le manifeste, qu' on ne commence pas de zéro. Toutes les stratégies ne sont pas obligées d'être l’unanimité, mais elles sont des sources. Ces leçons historiques de la gauche, que ce soit le marxisme, la liberté, etc. Ce sont des sources d’inspiration pour nous. Je pense que pour beaucoup de révolutionnaires dans le monde entier. Mais on sait très bien que les choses ont été renouvelées. Les stratégies politiques aussi. Et les révolutionnaires voient aussi la nécessité de renouveler les choses. Les écologistes, les féministes, les queers, ils nous apprennent des choses. Du coup, on ne peut pas faire semblant que le monde n’a pas bougé depuis 100 ans. Le monde a beaucoup bougé. Les réflexions politiques, aussi les propositions stratégiques, organisationnelles. On en était aussi en bougé, du coup. Au-delà de ça, tu ne peux pas ignorer tous ces renouvellements dans la politique. Comme il s’agit d’une raison internationaliste, on ne le voit plus clairement. Parce que vraiment, les interprétations de l'énigme, ça peut changer de la Turquie jusqu'à l’Afrique. Ce ne sont pas les mêmes interprètes des stratégies politiques dans la rue, dans la politique, dans la façon dont on organise des gens, etc. Nous, c'était un peu de voir tout ça ensemble.
David Dufresne
Dans votre ouvrage, le dernier passage que je vais citer, je pense page 95. Vous écrivez, alors là, quand je l’ai lu, évidemment, j’ai pensé au 10 septembre. Il n’y a pas de soulèvement pur, entre guillemets, pour, écrivait-vous. Il n’y a de soulèvement pour idéologiquement. Les moments de révolte populaire sont des occasions uniques de décupler nos forces et de changer l'échelle. Nos expériences restent isolées, désarmées, captives de niches alternatives, entre guillemets, et au bout du compte, facilement intégrées à la gestion capitaliste ou étatique. Est-ce que vous êtes en train de dire que la révolution, ça se fait en se salissant ?
Rindala
C’est-à-dire quoi, en se salissant ? C'était juste en rencontrer le peuple dans sa diversité ? C’est vrai, tu es sûr ? En tout cas, si c’est ça, non, ce n’est pas ça. C’est juste rencontrer des gens différents. C'était justement la gauche, les militants, ça serait bien. Ils sortent un peu de leur petit Disneyland gauchiste et juste, ouais, voir ce qui est différent. Mais du coup, quand on dit pas pure idéologiquement, c’est que je ne sais pas, oui, la plupart des gens dans la rue, en fait, n’ont pas lu Lénine, quoi. Ils n’ont pas lu Marx. Et parfois, on peut dire presque tant mieux, parfois tant pis, parfois tant mieux. Mais du coup, et aussi en fait, comme partout, en fait on est influencé par ce qui est disponible, par ce qu’il y a présent. Et bien aujourd’hui, oui, il y a un fond d’air brun, de fascisation un peu ambiante. Donc en fait ça ne sera pas étonnant ou anormal ou étrange que le 10 septembre, comme quand il y avait les gilets jaunes, il y aura des gens qui vont dire des dingueries et qui vont, je ne sais pas, avoir des sorties racistes, des comportements pas tout à fait respectueux, ni des femmes, ni des exilés. Enfin bref, ça, c’est pas étrange, en fait. C’est quelque chose qui est malheureux, mais bon, c’est comme ça. Après, j’ai l’impression participer dans ça, ce n’est pas ça de lire, c’est justement en fait essayer de prendre place pour empêcher en fait ce genre de discours et ce genre positionnement de répandre. Parce que, en fait, si on laisse la place, ce genre de discours et ce genres de comportements et d’idées vont se répandent. En fait, on ne peut pas, tout en restant à l’extérieur, en dire ah non, on ne veut pas, en tout cas, c’est pas convenable, ça ne correspond pas à nos idées, en gros, ce mouvement-là. En fait, on ne fait que le critiquer depuis l’extérieur. Le critiquer depuis l’extérieur va strictement avoir zéro influence sur le mouvement. La seule chance, justement, de changer la sensibilité ou les lignes politiques et les expressions politiques qui existent, c’est d’intervenir depuis l’intérieur. Mais vraiment, il ne faut pas voir ça comme un truc de salir. Quand on dit pur, il y a aussi un truc de confusion. En fait, aussi, on vit dans un moment hyper confus, quoi. Où Trump, en fait, se présente comme quelqu’un qui est anti-système, qui récupère et réutilise des slogans anarchistes comme soyez ingouvernable. Donc du coup, enfin oui, en fait. Tout en disant soyez ingouvernable, il va dire déportation de masse maintenant. Donc du coup, on est dans la question de la formation, on n' a plus accès, quoi. Je ne sais quand même, il y a quelque chose à dire où, à une époque, le PS ou le Parti communiste avait des comités locaux absolument partout dans les villages, où il y avait des rencontres, où il y avait des formations, où tout ça. Là, en fait, j’ai l’impression, la seule chose qu’on peut faire à l’extérieur des mouvements, c’est essayer de recréer une tissue territoriale, où on peut au-delà des médias et au- delà des réseaux sociaux, essayer de entrer dans des processus d'échange, de formation, d’apprentissage, qui neutralise la concentration de ces discours et de ces idées fascistes et conspi autoritaires et réacs, qui sont quand même une grande partie. Lorsque l’on est un réseau internationaliste, on dit que la rencontre physique, j’en parlais vraiment sérieusement avec les gens, prendre un café, un thé, etc. Ça, mine de rien, c’est quand même très important.
David Dufresne
Bien sûr, mais quand je disais ce salaire, je parlais pas personnellement, je veux dire, c’est le discours qu’on a notamment entendu au début des Gilets jaunes, qui était de dire, les gens se pinçaient le nez, les gens de gauche pensaient en disant, c'était plutôt un mouvement poujadiste, qui veut qu' on pouvoir rouler vite et moins payer de taxes. C'était comme ça que c'était perçu. Et justement, les cahiers de doléances, qui commencent à sortir, des années plus tard, donnent une image des Gilets jaunes, qui serait plus proche, alors peut-être que pour Soma, ça va te faire sourire, mais qui serait plus proches d’une idée de gauche française, où il y a plutôt une question de justice sociale, d'équité fiscale, a priori, pas de trace de racisme. Pas de trace d’exigence sécuritaire dans les cahiers de doléance des Gilets jaunes. Est-ce que ça voudrait dire que la gauche qui s’est tordue le nez les premières semaines, les premiers actes, qui finalement y est allée, a eu gain de cause des esprits, ou c’est pas ça, ou encore, on s’en fout ?
Lucas
Moi je viens de répondre sur le truc de la justice sociale. En fait, pendant les Gilets jaunes, là ce que tu viens de dire, tu vois, on n’avait pas besoin d’attendre les cahiers de doléances ou les analyses de socios..Il fallait venir, et tu le sais bien, il fallait venir les premiers jours sur les ronds-points, et on le savait, les premiers jours sur ronds points, oui, la justice sociale était omniprésente. Ensuite, il y a des discours racistes, des discours problématiques, évidemment, mais dans plein de ronds point, ça veut pas dire tous, mais dans pleins de rond-points dès que t’avais ce genre de réflexion, t’avait 10 personnes qui te tombent dessus, l’avaient des débats enflammés, t’avais tout ça, donc bon, ça pour revenir là, ça je pense qu’on va le partager. Et qu’on appelle pas ça, effectivement, nous on appelle pas à salir les mains, on appelle ça, oui, être là où ça se passe, à rencontrer des gens, à se laisser transformer mutuellement. J’en ai oublié la fin de ta question.
David Dufresne
Non, la question c’est de se demander s’il est même encore pertinent d’essayer d'étiqueter tel ou tel mouvement.
Lucas
En tout cas, là il y a un danger quand même, là il y a une réaction qui est bien meilleure, c’est indéniable sur le 10 septembre. Après on sait pas ce que ça va être le 10-septembre, ça va peut-être être un flop, du coup, là il a une réaction, oui, de la gauche dans son ensemble, un peu mieux, et on dit la gauche, mais en fait, je sais pas si les anarchistes ou les libertaires, ils se disent tous de gauche, mais c'était pareil, les anarchiste et les libertaire. C’est vraiment le champ très large des militants qui sont plutôt pour l'émancipation, on va dire, qui ont un peu raté le coche à l'époque. Pas tous, mais une grande partie. Là on sent que c’est quand même un peu différent, mais moi quand même, je vois dans beaucoup de trucs auxquels j’ai participé, moi je vois quand même une frilosité et une peur des gens de se retrouver avec des personnes qui ont pas exactement les mêmes idées, qui moi je trouve un petit peu dangereuse et qui je pense peut jouer contre le mouvement plutôt que de l’aider. Et la gauche, je crois que c’est pareil, il faut pas arriver à une situation où effectivement pour être sûr d'être dans un mouvement bien comme il faut, on va essayer de coller tous nos mots qu’on a déjà préparé, tous nos tracts qu’on sait déjà très bien écrire, tous nos drapeaux qui montrent qu’ils n’est pas des confusionnistes. À vouloir trop faire ça, moi j’ai un petit peu peur quand même de aussi un réflexe de la part d’autres personnes qui sont pas craintives je suis désolé, mais qui va se dire si c’est encore le blabla de la gauche, si c’est encore ce truc là qui n’a rien donné dans tant de mouvements, des gens qui vont pas suivre. Moi je préfère que des gens qui sont un peu confus sur certaines choses viennent et plutôt que les gens se disent tout de suite c’est un truc gauchiste, par la rencontre on discute et on arrive à ce gauchisme, donc on vient pas. Donc ça c’est un peu une des craintes. Ensuite, il faut qualifier les révoltes ou les mouvements de gauche ou de droite. A priori ou à posteriori, non, je pense qu’il faut quand même un peu sortir de ça et qu’il faut quand même essayer de rechercher plus. Encore une fois, les principes, les pratiques et ce qui est défendu sur le terrain. Si les gens défendent la chute de marchand et la construction d’un pays plus égalitaire, plus juste où le peuple a plus de pouvoirs, si on se retrouve là-dessus, déjà c’est pas mal.
David Dufresne
Les trois autres, vous voulez ajouter quelque chose ? Sinon, j’ai une dernière question puisque vous avez dit tout le monde n’a pas lu Marx, etc. Moi, je n’ai pas lu Marx. J’ai lu des extraits. Et il y en a un qui est fort connu, évidemment, c’est cette phrase, la première fois l’histoire se répète comme tragédie, la seconde fois comme farce. Est-ce que le 10 mars peut être une farce ? Vous avez deux heures. Le 10 septembre. Qu’est-ce-que j’ai dit ? 10 septembre. Je redis la phrase," La première fois l’histoire se répète comme tragédie, la seconde fois comme farce."
Benjamin
C’est le risque majeur, en tout cas. La question, j’ai l’impression que là, effectivement, il y a un espèce d’effet d’anticipation et de précipitation qui est de se dire la dernière fois, on a raté le train, cette fois-ci, on sera tous sur le quai avant que le train arrive. Et probablement que le terrain n’arrivera pas à l’endroit où on l’attend. Et donc, il y à un risque. Pour autant, j’ai l’impression que si on regarde le temps moyen long, il y a quelque chose qui progresse et qui se distille d’une période à l’autre sur les vingt dernières années en France et qui fait que les mouvements communiquent souterrainement les uns avec les autres et qu’il y a quelque chose, il y à quelque chose qui progresse, il ya des gestes, des radicalités qui se diffusent. Il y a une intelligence qui se construit. Probablement que cette intelligence ne répondra pas juste parce qu’on l’appelle à être là le 10 septembre. Et au fond, peu importe, l’espoir, si on doit en avoir un, c’est qu’il trouve le moment de se manifester. Alors, on sera là le 10 Septembre, comme beaucoup, pour tâcher d'… En se disant, on est pas à l’abri d’une bonne surprise. Peut-être que ça se passera à ce moment-là, peut-être que ce sera un peu plus tard. En tout cas, il y a quelque chose. Il y a beaucoup de gens qui y travaillent, je pense. Pour que l’espace des mois qui viennent ne soit pas celui qu’on nous promet, quoi.
David Dufresne
Est-ce que dans votre réseau international et internationaliste, on vous parle du 10 Septembre ? Ou est -ce vraiment franco-français ?
Lucas
encore trop, non.
Soma
Non, franco-français, je pense plutôt.
Rindala
Oui, mais je me permets de rapporter des petits trucs qui ont été dit dans certains réunions en disant que en fait, je crois, parce que il y a vraiment un côté où on a parfois un peu du mal, où un peu c’est difficile d’expliquer en fait concrètement ce réseau, et qu’est-ce qu’on fait concrètement. Mais là, pour donner un petit exemple liée justement au 10 Septembre. Je crois qu'à un moment donné, dans une des réunions, il y avait justement un peu la question de qu’est-ce qu’on fait ? Anticipation, bon, je ne peux pas entrer dans tous les détails, etc. Et à un moment donné, dans la question un peu d’anticipation de spéculation, ça a été mentionné de dire que si le mouvement prend et si on voit que les yeux sont un peu tournés autour de la France parce que le mouvement prend, ben oui, il faut qu' on y réfléchisse à partager. en gros, à partager ce moment, ces réflexions, et même les analyses avec nos camarades dans le réseau qui ne sont pas en France. À la fois dans un truc de transmission, de partage, de l’actualité, de ce qui est en train de se passer, ce qu’on fait souvent. Mais aussi dans un perspective aussi de se dire bah… Voilà, qu’est-ce que… Est-ce qu’il y a des possibilités que ça soit contagieux ailleurs ou inversement, qu' est-ce que le ailleurs peut nous apporter ici pour sortir de certains, débloquer certaines choses, certaines limites, certaines situations. Mais bon, tout ça c'était de l’ordre de la spéculation. Mais c’est pour dire que en fait c’est ça pour nous l’interaction. Entre l'échelle nationale et la question internationale. C’est-à-dire que si on est dans un réseau international ou internationaliste, ça ne veut pas dire que le territoire national, le national ne nous intéresse plus d’investir. Parce que ce serait en contradiction. Ce n’est pas un espace qu’on peut en contradiction avec l’international et à bas tous les frontières. En fait, non. Je crois que la question justement, pour sortir de ce qui est nationaliste et enfermant dans la nation, pour nous la solution c’est de se rapporter à plusieurs ailleurs qui puissent faire en sorte qu’on ne reste pas bloqué dans un entonnoir qui s’appelle la France que les libéraux de gauche comme Macron, comme l’extrême droite essayent de nous enfermer. Du coup, voilà, je crois que si le mouvement prend, peut-être, je ne sais pas, mais c’est possible…
David Dufresne
Quelle est pour vous la limite à ne pas franchir dans un mouvement comme ça ?
Lucas
Quelle type de limite tu veux dire ?
David Dufresne
Bah…
Lucas
C’est fini.
David Dufresne
Par exemple, la question du fascisme. C’est-à-dire jusqu’où tu discutes avec un facho ?
Lucas
Je crois que pour nous, depuis le début, déjà à l'époque des Gilets jaunes, il y a une grande différence entre un militant fasciste organisé, qui était présent en partie dans les Gilets Jaunes, qui sont là, qui sont prêts, et quelqu’un qui est un électeur de le PEN, ou quelqu’un qui a des idées racistes par exemple. Déjà, il y a une différence entre les deux. Ça ne veut pas dire que le deuxième est totalement OK, c’est bon, on ne fait rien, non pas du tout, mais c' est quand même très différent. Un militant fasciste organisé. Et un ennemi politique. Ça, c’est absolument indéniable. bon, les Gilets jaunes, il y a plein de des camarades, voilà, antifas, antifascistes, ou Gilets Jaunes, pas spécialement antifascistes, qui ont, oui, expulsé manu militari, les militants fascistes organisés. Moi, personnellement, ça me semble une bonne chose. Ensuite, ce n’est pas exactement la même façon avec la deuxième catégorie dont je parlais. Là, il y a plus un truc de tentative de discussion et de voir si le mouvement transforme ces personnes-là. S’ils ne les transforment pas au bout d’un certain moment. Nous, on a eu l’expérience, par exemple, dans les groupes locaux où j’ai été. Oui, au bout d’un moment, après deux, trois réflexions racistes par exemple sur lesquelles on n’arrive pas à faire bouger la personne, oui, des fois, ça veut dire qu’on ne peut pas continuer à se réunir ensemble. Mais voilà, c’est quand même très marrant. Il y a peut-être d’autres opinions.
David Dufresne
Il est déjà 20h37. Ça fait 2h46 qu’on discute. Je vais quand même vous libérer. Alors, on a deux questions rituelles, mais il y en a une, ce n’est pas à peine que je vous la pose. C’est la question de Lénine. Que faire ? Parce que ça fait 2 heures 45. Vous y avez déjà répondu. Donc, celle-là, on l’enlève. Simplement, auriez-vous les uns et les autres Je vois qu’il se frotte les yeux la fatigue. Il va falloir prendre des forces pour le 10. Avez-vous des recommandations de lecture, de films, de disques, ça peut être un vieux machin, ça peut-être un truc tout frais, qu’importe, quelque chose en lien ou pas du tout avec ce qui vient d'être dit. Voilà, juste pour nous faire ouvrir un peu nos imaginaires et nos envies. Voilà, vous êtes 4 et un chacun, une recommandation chacun. Parce que si la stratégie est un art populaire, la culture aussi, s’il vous plaît.
Lucas
La suggestion, ce serait un film sur la révolution soudanaise qui s’appelle "Souviens-toi", qui est fait par une Tunisienne et qui est un super beau film et qui donnerait beaucoup de force avant le 10 septembre, je pense, de regarder un film comme celui-ci Soudan, souviens-toi Hind Meddeb 2025 
David Dufresne
Souviens-toi, donc, un film sur la révolution soudanaise. Ah oui, Sentier Battant nous dit, ça peut être une recette de cuisine. Vous pouvez lui donner une recette de cuisine, si vous voulez.
Lucas
Si je peux terminer là-dessus, justement, parce que ça fait écho à la question de la recette de cuisine.
David Dufresne
Et oui, parce qu’au départ, c’est des cantines. Parmi les peuples veulent, il y a les cantines syriennes, au tout départ. Il y a quand même un truc culinaire.
Lucas
Tout a commencé par un côté culinaire. C’est ça ? Juste le truc sur la recette et sur ce film sur le Soudan dont je parlais. Je pense que ça répond aussi un tout petit peu à ce film et à la façon dont on parle. Il y a quand même cette question dont on n’a pas totalement répondu tout à l’heure. C'était la question de la défaite. Tous les mouvements qui ont été des défaites. Je crois quand même que ce qu’on défend, nous, c’est de dire que ce qui s’est passé n'était pas à une fin, mais ce qui c'était passé était au début de quelque chose. Nous, on parle de début d’un cycle révolutionnaire. C’est un cycle naissant et dans lequel on est encore, parce que c’est des questions de temps long. Ce film, je pense qu’il a un côté comme ça qui, par la poésie révolutionnaire d’ailleurs, rappelle la question du temps long et de la révolution et qui me semble important.
David Dufresne
Les trois autres, vous avez eu le temps de gamberger pendant que Lucas le faisait gentiment prendre la parole. Il y a plein de livres derrière toi, tu n’as qu'à en prendre un, n’importe lequel.
Soma
Moi, je pense plutôt au livre de Frantz Fanon. C’est vrai que c’est un peu classique, mais là, il y a un livre qui vient de sortir où il y à un nouveau texte de Frantz Fanon qui est publié pour la première fois. Du coup, Frantz Fanon parle des textes de l'époque. Je pense que je serais plutôt pour ce genre de choses et sinon, il y plein de livres super de féministes des pays du Sud. Je les suggère aussi Frantz Fanon par les textes de l’époque préfacé par Mireille Fanon-Mendès-France 2025 
David Dufresne
Super Rinala ou Benjamin ?
Rindala
Merci.
Benjamin
Moi je propose ça.
David Dufresne
Voilà, bouge pas. Country Burning. Voilà, parfait. Monsieur Pineau, allez-y, on vous écoute. Burning country, au cœur de la révolution syrienne de Leila al-Shami et Robin Yassin-Kassab 2019
Benjamin
C’est un livre qui date un peu, ça date de 2015, mais ça décrit de manière assez exhaustive et très incarnée ce que ça pouvait être un mouvement révolutionnaire de masse en Syrie de 2011 à 2015 et les contradictions auxquelles ils se sont trouvés, les hypothèses qui ont été faites et à la fois les échecs et les réussites de ce mouvement.
Rindala
Généralement, ça va être un peu bizarre qu’on propose ici. C’est un roman qui s’appelle L'œil de Carafa qui est par une espèce de collectif italien chelou, Wuming, mais je ne sais pas si à l'époque s’appelait Wuming ou Luther Blissett, mais en tout cas, ça s’appelle L’oeil de Carafa
David Dufresne
Wuming, c’est ceux qui avaient fait Q qui va être repris QAnon Oui, c’est ça ! Non, non, non ! C’est des gens très bien mais malheureusement leur potacherie a été prise au sérieux. Parlez fou ! Non, nous avons fait un débat avec l’un d’eux. Oui, oui, c’est ci. Bien sûr. Et donc, le roman ?
Rindala
La révolte des paysans contre l’ordre religieux et autoritaire qui était en place, c’est un prolongement, mais c'était Par ailleurs, elle a certains problèmes comme pas mal de romans écrits par des mecs. Mais, malgré tout, je trouve qu’il y a un fil de je sais pas si c’est un fil de désir et de nécessité révolutionnaire qui parcourt en fait les… 1000 pages dans le roman et qui me rappelle d’un mot que nos camarades au Chili utilisent beaucoup, c’est l’entêtement. Et j’ai l’impression, c' est surtout dans un temps comme aujourd’hui, c’est à dire un temps de génocide, de massacre et de fascisation montante, en fait, j' ai l' impression il faut qu’on soit d’autant plus entêté, quoi. Et je crois que c’est une bonne lecture pour un peu être contaminé par cette énergie et cette détermination révolutionnaire qui nous a pré-existé et qui va continuer après nous.
David Dufresne
Voilà une très belle fin, merci infiniment à tous les quatre, bravo Lucas d’avoir tenu tout cet été la fréquence des émissions. Et puis il y a eu l’argument massue mi-août. Hé, 10 septembre ! Ah ouais, t’as raison. Voilà, en tout cas, je conseille vraiment à tout le monde de lire votre ouvrage Révolution de notre temps, quand je dis votre ouvrage vous êtes 4 parmi les 60, écrit donc à 120 mains à travers le monde, autour des soulèvements, avec des analyses, des perspectives pour le temps présent.
Lucas
S’il vous plaît.
David Dufresne
Parce que les fards, ça peut être bien aussi quoi. Bon, à très bientôt, merci beaucoup, merci beaucoup. Bonne soirée à vous. Merci beaucoup, ciao ciao. Et voilà camarades, tac à tac, je coupe le micro des invités, voilà. Merci à vous tous, vous étiez très nombreux à suivre l'émission, c'était super. Je voudrais quand même vous en annoncer une… … C’est lundi matin, quand je dis lundis matin je ne parle pas du site, je parle de ce que nous on va faire. je vais vous montrer un truc, bougez pas,J’adore notre titre, France Déter ce sera donc le nom de notre matinale, le temps qu’on pourra l’appeler comme ça France Déter matinale alternative, c’est lundi, de 7h à 9h, on en fera une par semaine le lundis, et puis plus si jamais ça marchouille, voilà France Déter, matinale alternative, chaque lundi de 7h à 9h, alors j’ai un petit problème, figurez-vous que le 1er septembre c’est la rentrée scolaire et toutes les invitées femmes politiques que j’appelle me disent, je viendrai volontiers, mais c’est la rentrée scolaire alors évidemment, on peut pas lutter contre une rentrée, respect, voilà, on va voir si les garçons s’occupent moins des enfants Bon bref, en tout cas, pour lundi, compliqué d’avoir des invités mais par contre, j’ai commencé le conducteur, on va faire la météo, la météo des nuages, mais la météo des luttes, on fait une revue de presse anti-fa, on faire des invités en visio comme aujourd’hui on va en faire plein de trucs, ça va durer 2h, je vais vous donner les infos, les news, les trucs, les machins, l’idée c’est de faire une matinale alternative on va d’essayer avec nos tout petits moyens et notre grand cœur ça commence lundi, si vous voulez être au courant, n’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux, mais surtout sur la mailing list, la newsletter Très bon, c’est ça, très bon, France Déter merci beaucoup, il va falloir de la musique Voilà, c est quel jour,justement, on fait ça de lundi parce que Ost C’est du mardi au jeudi, donc comme ça, pour ceux qui ont des matinales avec Ost qui ont l’habitude, normalement on vous propose un truc en plus et pas à la place Voilà, donc ça fait la blague, merci beaucoup à Alexis notre graphiste qui a fait la vignette exprès pour que je puisse vous présenter ça Je suis hyper excité avec cette idée de matinale, l’idée c’est d’essayer On est tous orphelin des matinales de radio, donc on va essayer d’en faire une, voilà, j’espère que vous serez là Il va y avoir un moment, alors pour la météo, il y aura la météo du chat, on aura besoin d’un moment, on va sortir les archives, on vas explorer le passé Annoncer, donc ça c’est l’agenda des luttes, on en a une petite carte de France dès lutte à venir dans la semaine Les infos, une revue de presse spéciale Maison Poulaga, une review de presses spéciale Facho, une de presse et les news, voilà Est-ce qu’il y aura des humoristes ? non Il y aura pas d’humoristes, voilà Voilà, Emry Cabrac, merci beaucoup, complètement, moi je serais là, du boulot, le son en fou Ben figurez-vous que… Alors je sais pas, peut-être vous pouvez aller vérifier dès maintenant sur le site Si vous allez sur la version, vous savez qu’on diffuse en direct sur YouTube, sur Twitch et sur Peertube, qui est notre propre serveur autonome indépendant etc Et là je viens de proposer le live en audio, c’est-à-dire sans image donc Et notamment en vue de cette matinale, si jamais vous baladez, je sais pas quoi etc Donc là vous pouvez peut-être déjà aller sur le site,allez voir si le live est proposé en Peertube, je veux dire Et si vous voulez le suivre uniquement en audio Voilà, donc on va essayer de se marrer, c’est à partir de lundi Je vous dis pas tout, mais il y aura des bonnes surprises, des bonnes surprises, mode podcast mais en direct C’est ça l’idée, voilà Attends, qu’est-ce que moi aussi je peux vous dire ? Donc ça c’est la revue de presse de la Maison Poulaga, la météo des luttes, la météo du tchat, les mains courantes, c'était les news Un ou deux ou trois entretiens de 10-15 minutes Retour sur la scène du crime, ici Londres, les aupostiens parlent aux aupostiens Voilà, vous verrez, tout ça c’est pour lundi Lundi, comment dirais-je ? Lundi à 7h, de 7h à 9h Voilà, d’ici là, on attend vos retours sur le Discord de l'émission Si vous avez envie, vous pouvez vous inscrire à nos newsletters Ah, je vois qu’il y a Robin qui vient d’arriver dans le tchat. Et n’oubliez pas que si vous voulez nous aider, si vous considérez qu’au poste fait du bien Si vous considérez qu’au Poste doit exister, il faut nous soutenir Et pour cela… Il y a le meilleur des moyens, c’est le don Le don qui par ailleurs est défiscalisable à hauteur de 66 % si vous êtes imposable Au nom du pluralisme des médias Donc si vous faites un don de 10 € par mois par exemple, poste, il vous coûte 3,40 € Vous pouvez faire des dons tous les mois, vous pouvez faire de temps en temps Vous pouvez les faire par carte bancaire, par virement, par chèque Par tous les moyens Il y a sinon les subs sur Twitch ou les abonnements sur YouTube Mais enfin là, vous nourrissez plus la bête que les bêtes Et puis sinon vous pouvez venir sur le Discord pour discuter avec nous Nous suggérer des invités, nous tirer l’oreille si on a oublié quelque chose ou dit une connerie Il y aussi Lilo en effet, mais de moins en moins Qu’est-ce qui est pour toi qu’est ce que je pourrais vous dire d’autre ? Non bah c’est tout, voilà On a besoin de vos soutiens Merci beaucoup à vous toutes, à vous tous C'était un plaisir de passer beaucoup de temps avec vous Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait une émission aussi longue Je vous dis donc à lundi matin 7h00 en direct du studio pour France Déter La matinale alternative.

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