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« 100 000 fermes perdues en 10 ans : on va nourrir la France comment ? »

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Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Bonjour et bienvenue à tous dans ce sixième épisode de Bouffe de là. Je suis Nora Bouazzouni toujours, j 'ai pas changé de nom. Bonjour à tous les gens qui nous suivent sur le tchat. Bonjour aupostiens, aupostiennes. N 'hésitez pas à réagir comme d 'habitude et à poser vos questions. Et n 'oubliez pas non plus, évidemment, qu 'est ce qu 'on n 'oublie pas ? On n 'oublie pas de s 'adonner, adonnez -vous au post pour qu 'on puisse continuer à vous proposer des interviews et des vidéos de qualité. Parce que, comme je le dis à chaque fois, l 'indépendance, contrairement à la gentillesse, ça n 'est pas gratuit. Alors aujourd 'hui, on profite de la grand -messe à Noël où les politiques viennent tapoter le cul d 'être vivants qui n 'ont rien demandé à personne. Et non, je ne parle pas du Noël de l 'Élysée, mais du salon de l 'agriculture. On va donc discuter de celles et ceux qui nous nourrissent, mais sans parvenir à joindre les deux bouts, les paysans et paysannes. Je reçois pour l 'occasion Thomas Gibert, bonjour.
Thomas Gibert
Bonjour.
Nora Bouazzouni
Ça va ? Pas trop fatigué ?
Thomas Gibert
Non, ça va, ça va.
Nora Bouazzouni
Je demande ça pas trop facile parce que Thomas, t 'as déjà été convoqué au poste, on a encore des questions à te poser, mais tu es maraîcher, l 'un des gérants de la ferme collective de la Tournerie à Coussac -Bonneval en Haute -Vienne. Qu 'est -ce que tu cultives d 'ailleurs là -bas ?
Thomas Gibert
On est en maraîchage diversifié, donc on a une trentaine de légumes différents pour avoir un peu de diversité tout au long de l 'année.
Nora Bouazzouni
Ok, c 'est quoi ton légume préféré ?
Thomas Gibert
La carotte.
Nora Bouazzouni
Ah, c 'est bon la carotte, c 'est versatile la carotte. Et tu es, et d 'où la question sur la fatigue, tu es aussi secrétaire national de la Confédération Paysanne, donc là ton agenda ces derniers jours il était…
Thomas Gibert
C 'est archi blindé ouais
Nora Bouazzouni
C 'est le moment
Thomas Gibert
C 'est un moment un peu rencontre politique -art, etc. pendant le Salon de l 'Agriculture où on enchaîne un peu les rendez -vous et tout. Donc ouais, c 'était costaud, mais c 'est bien d 'y être.
Nora Bouazzouni
Écoute merci de donner un peu de ton énergie au poste, on va parler évidemment de la Conf Paysanne qui est un des trois syndicats agricoles en France et je reçois aussi Jacques Caplat, bonjour Jacques.
Nora Bouazzouni
Voilà, comme ça les gens voient. C 'est bon, tout le monde a vu. Jacques, merci beaucoup d 'être venu
Jacques Caplat
De Bretagne du nord de l’Ille et Vilaine
Nora Bouazzouni
Ok, très bien. Donc vous êtes agronome et ethnologue, fils de paysans, vous êtes coordinateur agriculture et alimentation pour l 'Asso Agère pour l 'Environnement, vous avez aussi été conseiller agricole en chambre d 'agriculture, on parlera des chambres d 'agriculture puisque c 'est aussi l 'actu du moment, vous avez participé à la création du réseau Semence Paysanne et vous avez écrit de nombreux livres sur le système agricole et l 'agroécologie et le dernier vient tout juste de paraître, haute édition rue des Chéquiers, je le montre. Il s 'appelle agriculture industrielle. On arrête tout et on réfléchit. Et je vous le recommande chaudement. Voilà un livre petit dans sa forme, mais dense dans son contenu. Voilà. Alors, à part si vous venez d 'être décryogénisés, vous n 'êtes pas sans savoir que les agriculteuristes sont en colère et il y a de quoi. Difficultés d 'installation, précarité, subvention inéquitable, libre échange, spéculation, mainmise des syndicats pro, agriculture intensive. On va donc commencer avec des chiffres. Vous savez, j 'aime bien commencer avec un peu une avalanche de chiffres. Mais là, c 'est pour avoir un petit panorama de la situation qui est à peu près catastrophique. D 'après le recensement de 2020, la superficie agricole utile occupe la moitié du territoire hexagonal. Les grandes cultures et l 'élevage bovin comptent pour les deux tiers. La France a perdu plus de 100 000 exploitations agricoles en 10 ans. Je sais que vous n 'avez même pas trop le terme « exploitation ». On en parlera aussi de ce terme qui est intéressant, vous en verrez dans votre bouquin. Donc la France compte aujourd 'hui à peu près donc je ne parle pas qu 'à la France hexagonale, je parle France entière avec les Outre -mer, à peu près 416 000 exploitations agricoles. C 'est 4 fois moins qu 'en 1970. Les grandes exploitations s 'agrandissent et les petites rapetissent. La taille moyenne en France, c 'est 69 hectares. Pour comparer, le maraîchage, c 'est 11 hectares en moyenne, 18 pour les fruits, 83 pour les grandes cultures et 93 pour les bovins. Oui, ça prend de la place, beaucoup de place. 5 % des plus grandes exploitations donc supérieures à 200 hectares occupent un quart de la surface agricole utile, donc c 'est quand même squatté par des grands, grandes exploitations. L 'agriculture française emploie en 2020 813 000 permanents et c 'est un recul de 11 % en 10 ans. L 'agriculture en France c 'est 2,7 % de l 'emploi total. Pour comparer, en 2000, il y avait un million de travailleurs permanents dans le secteur. Concernant l 'âge, les exploitants agricoles ont en moyenne 51,7 ans et la moitié à 55 ans et plus. Est -ce que vous voyez où je veux en venir ? Il n 'y a que 14 % de moins de 40 ans, donc d 'ici 10 ans, un agriculteur sur 3 partira à la retraite. Et on va voir au début de cette émission pourquoi c 'est compliqué justement d 'avoir des personnes qui s 'installent et qui reprennent les endroits où on cultive des choses. Côté sous. Gros morceau aussi, en 2020, 16 % des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14 % dans l 'ensemble de la population sont principalement touchés les maraîchers, les éleveurs ovins, caprins et de beaux vins à viande, sachant que seul un tiers du revenu disponible des paysans, paysannes, provient de leur activité, et oui, le reste c 'est des subventions, activités annexes et revenus du conjoint, s 'il y a conjoint ou conjointe, et puis un avant dernier chiffre dramatique, un agriculteur se suicident tous les deux jours en France. Et pour finir avec cette avalanche de chiffres qui ne donnent pas du tout le moral, vraiment bon vendredi soir, on rappelle que notre pays est le premier producteur agricole européen avec une valeur de production de 88,2 milliards d 'euros en 2022. Mais vous devez être super riche, dit Thomas, avec tout cet argent. Est -ce qu 'il n 'est pas dans votre poche ? Non, je sais très bien que non. Alors, bonjour, bonjour Glycine, bonjour Dadao, bonjour tout le monde, n 'hésitez pas à réagir et poser vos questions. On va parler, on va commencer en parlant du foncier. Évidemment, parce que sans terre, il n 'y a pas d 'agriculture ou il n 'y a pas d 'élevage possible. Et c 'est chaque année plus difficile de trouver du foncier ou de s 'installer. Pour quelle raison ? C 'est de plus en plus compliqué.
Thomas Gibert
La question du foncier est assez complexe mais effectivement il y a de plus en plus de difficultés pour trouver du foncier parce que tout simplement aussi il y a les aides publiques qui sont extrêmement liées à la surface notamment les aides PAC qui sont vraiment beaucoup liées à la surface. Donc, politique, agricole, commune. à la politique. Et du coup, beaucoup de paysans, en fait, quand une ferme s 'arrête, souvent il y a des arrangements qui se font avec les voisins et du coup c 'est difficile d 'avoir accès aussi aux informations parce que beaucoup de choses se passent en sous -main. Mais après, ça c 'est un des premiers volets, mais peut -être le volet le plus important c 'est plus une question d 'outils de régulation du foncier. Il faut quand même savoir qu’aujourd’hui en France, on est quand même l 'un des pays en Europe qui a les meilleurs outils de régulation du foncier. Et c 'est grâce à ça qu 'on a pu freiner un peu l 'accaparement du foncier et aussi les phénomènes de spéculation foncière par rapport au reste des autres pays en Europe.
Nora Bouazzouni
C 'est quoi ces outils ?
Thomas Gibert
C 'est ce qu 'on appelle le contrôle des structures, il y a notamment l 'outil SAFER qui va régir un peu à qui va aller le terrain qui se vend et aussi toute la question de la CDOA avec les autorisations d 'exploiter qui gère plutôt la location du foncier et qui va s 'appuyer sur des schémas régionaux directeurs qui vont permettre de normalement favoriser l 'installation.
Nora Bouazzouni
Donc par exemple, la SAFER, elle est mise au courant qu 'un terrain est en vente, par exemple, et c 'est elle qui décide à qui ce terrain va aller.
Thomas Gibert
Alors, dans les faits, il y a des outils de régulation qui permettent un peu ça, sauf qu 'il y a beaucoup de moyens de les contourner. Notamment, il y a le phénomène sociétaire qu 'on appelle le phénomène sociétaire avec… Certains agrimanagers qui ont trouvé bien des solutions de contourner ces règles communes d 'attribution du foncier et qui font en fait des montages sociétaires un peu obscurs qui leur permettent d 'éviter ces règles. Et c 'est notamment le cas de M. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, qui a la tête de 700 hectares, une ferme de 700 hectares aujourd 'hui.
Nora Bouazzouni
C 'est le syndicat majoritaire en France aujourd 'hui, la FNSEA.
Thomas Gibert
Oui et qui, lui, a utilisé ces montages sociétaires pour outrepasser ces règles communes d 'attribution du foncier et donc est passé devant des projets d 'installation. Donc il faut se dire aussi que les dirigeants du syndicat majoritaire ne sont pas vraiment dans une optique de vraie volonté de réguler le foncier et permettre de favoriser l 'installation plutôt que l 'agrandissement. Et je pense que sur le foncier, il y a vraiment besoin d 'améliorer ces outils de régulation et aussi protéger le foncier de l 'artificialisation. D 'ailleurs, j 'en profite pour parler un peu d 'une petite victoire qu 'on a obtenue avec pas mal d 'organisations. sur l 'arrêt des travaux de l 'A69, qui est arrivé hier. Et du coup, il y a vraiment ce phénomène de préservation du foncier et aussi vraiment mettre en lumière ce phénomène d 'accaparement et de renforcement des outils de régulation. Et je voulais dire quand même aussi une chose, c 'est qu 'à la Conf, à la Confédération Paysanne, Nous, notre objectif, c 'est vraiment de séparer la propriété foncière de son usage. Aujourd’hui, il y a encore la possibilité aux propriétaires de vraiment choisir à qui ils vont louer les terres. Et ça, pour nous, c 'est quelque chose de problématique et qui comporte vraiment un frein parce que c 'est à ce moment -là qu 'en fait… le terrain va plutôt aller aux voisins qui sont déjà en lien avec le propriétaire, etc. Et donc nous, on est extrêmement attachés à la possibilité de louer au statut du fermage, qui a été une grande victoire du CNR à l 'heure de l 'après -guerre, qui est un statut qui permet vraiment de protéger les fermiers qui sont en location de la propriété, des propriétaires, mais il faut pouvoir renforcer ce statut -là pour vraiment déconnecter l 'usage de la propriété. pour être plus équitable.
Jacques Caplat
Oui, ce que tu disais à la fin va dans le sens de ce que je voulais faire remarquer, c 'est qu 'en fait, la SAFER ne gère qu 'une petitepartie Donc SAFER, solidarité d 'aménagement fondamentale.
Nora Bouazzouni
Donc ça fait sous état d 'aménagement foncier et d 'établissement rural.
Jacques Caplat
Voilà, qui dans l 'imaginaire collectif est la structure qui gère l 'attribution des terres. En fait, la SAFER gère les ventes. Mais l 'essentiel des transferts de fermes se fait par des, comme tu viens de le dire, par des baux, par des locations. Et les propriétaires ne changent pas forcément.
Nora Bouazzouni
Ah donc si on le loue, la Safer n 'a rien à.dire
Jacques Caplat
Et là, par contre, c 'est là qu 'intervient la CDOA, la Commission Départementale d 'Orientation de l 'Agriculture, qui va décider de donner des autorisations d 'exploiter, c 'est -à -dire que le propriétaire peut louer à qui il veut, à condition que cette personne ait obtenu le feu vert de la structure, de cette commission, qui va donner l 'autorisation d 'exploiter. Et c 'est très intéressant parce qu' à la fois, le fonctionnement de la SAFER et le fonctionnement de la CDOA montrent bien le problème, c 'est que oui, on a un système contre les structures en France qui pourrait être pas mal. mais il y a un très très grave problème de gouvernance qui fait que derrière, il est complètement dévoyé. Moi, j 'ai connu quand je travaillais en chambre d 'agriculture et ensuite quand je travaillais dans un groupe en bio, en fait, surtout. C 'est à cette époque là que j 'ai siégé à la CDOA du département de la Nièvre et j 'ai pu voir comment les choses se passaient. C 'est concernant, c 'est -à -dire qu 'en fait, il y a des règles normalement de priorité. Un jeune va avoir priorité sur… Enfin, une installation va avoir priorité sur un agrandissement. Une installation en bio va avoir priorité sur une installation conventionnelle. Enfin, il y a un certain nombre de règles comme ça. Mais en réalité, quand il y a quelques gros potentats locaux qui lorgnent sur cette ferme qui s 'en va, sur les terres de cette ferme, l 'ACDOA va donner autorisation d 'exploiter à deux ou trois personnes. Donc après, les propriétaires choisissent. Au lieu de dire on le donne uniquement à celui ou à celle qui a priorité dans l 'ordre théorique, ils le donnent à deux ou trois personnes. Ils respectent leur priorité. Mais ils donnent la possibilité à ce que celui qui arrive en troisième dans l 'ordre de priorité, soit privilégié par la communauté.
Nora Bouazzouni
Mais c 'est pas illégal ça ? Ils ont pas juste à désigner une personne, ah oui d 'accord. Pas juste à désigner une personne, ah oui, d 'accord. Je vais y retourner.
Jacques Caplat
Et les affaires, pareil, les affaires vont donner leur avis. Moi, j 'ai connu à l 'époque où je travaillais dans la Nièvre un canton où en fait le comité cantonal s 'affaire avait pris à l 'unanimité moins une voie position pour que les terres aillent à une installation nouvelle. Et le comité départemental a décidé de l 'attribuer à une pseudo -installation en forme sociétaire avec son père, fils du président de la section bovine de la FDSEA du département. Et évidemment, c 'est lui qui a eu la terre.
Nora Bouazzouni
Bah oui, parce que pourquoi pas. Alors bon, là, ce jour -là..Le népotisme agricole…
Jacques Caplat
Alors bon, là ce jour -là, tous les membres du comité cantonal ont démissionné de la FNSEA ce jour -là, donc il y a quand même parfois des paysans qui disent « il y en a marre », mais voilà comment ça se passe.
Nora Bouazzouni
On va parler de la gouvernance juste après, mais j 'ai encore deux questions pour vous. Comment est -ce que justement on protège l 'accès au foncier et comment est -ce qu 'on favorise justement l 'installation et la succession Thomas ?
Thomas Gibert
Il faut protéger l 'accès au foncier, clairement, c 'est renforcer les outils de régulation d 'un peu tout ce qu 'on a dit par rapport à la SAFER et par rapport à la CDOA pour l 'allocation. Après, favoriser l 'installation, pour nous, c 'est clair que ça ne se fera pas sans un revenu décent. Aujourd 'hui, qui a envie de travailler 60, 70, 80 heures semaine pour quelques centaines d 'euros ? En fait, c 'est ça le nœud du problème et c 'est ça qu 'on porte à la conf depuis bien longtemps maintenant, mais notamment pendant la crise agricole. On essaie vraiment de remettre les choses au clair sur notre revendication principale, qui est la question du revenu, puisqu 'il n 'y aura pas d 'installation sans revenu, il n 'y aura pas de transition agricole sans revenu, puisque la question des normes environnementales, etc, elle est sur le devant de la scène, puisqu 'en fait, ça s 'ajoute à une précarité qui est déjà extrêmement compliquée sur les fermes. C 'est pour ça que nous, on bataille pour un prix rémunérateur de nos productions. Et la question de l 'installation ne se fera pas sans revenu. Et bien sûr, après, il y a toutes les questions de formation, etc. Mais je pense que, aussi, l 'envie de s 'installer, elle est présente chez énormément de jeunes, parce que, mine de rien, on a un métier qui a énormément de sens et qui est extrêmement important dans la société. C 'est essentiel.
Nora Bouazzouni
C 'est essentiel, on peut le dire.
Thomas Gibert
Et aujourd 'hui, je pense que la nouvelle génération est en quête de sens aussi dans son travail, etc. Et que c 'est, mine de rien, un travail qui nous permet d 'avoir un cadre de vie qui est super agréable, etc. Sauf qu’aujourd’hui, la rémunération est tellement terrifiante que personne ne veut s 'installer. Il faut quand même se rendre compte qu 'on est… presque dans des situations parfois d 'esclavagisme sur des fermes. On est un peu esclave de ce boulot qui nous tue à petit feu. Alors que même si l 'on a quand même une importance capitale dans la société, c 'est vrai que ça pose un peu sur ce qu 'est -ce qu 'est notre société qui rémunère si mal en fait ceux qui nourrissent tout le monde.
Nora Bouazzouni
Oui, c 'est toute la question aussi de la rémunération du travail, de ceux et celles qui sont indispensables à la société et qui sont en fait les métiers souvent les moins bien rémunérés, les plus pénibles, etc. Sur l 'installation, la succession, la formation, l 'accompagnement, il y a des solutions qui pourraient être envisageables, qui pourraient être davantage développées ou qui existent déjà, Jacques.
Jacques Caplat
Oui pour moi, il pourrait y en avoir si la loi d 'orientation agricole est devenue la loi pour la souveraineté alimentaire, il y a un an à rallonge. C 'est un inventeur, ouais. complètement fumeux, qui dévoile les termes d 'ailleurs, mais au départ, c 'était une loi qui était censée travailler au renouvellement des générations, puisqu 'il y a une urgence avec, vous l 'avez dit, l 'envoi à l 'âge des… C 'est pas obligé, mais ouais. des agriculteurs, on a un besoin de renouvellement urgent et en fait, cette loi ne prévoit rien du tout là -dessus. Et alors qu 'il y aurait beaucoup de choses à faire par exemple, enfin il y a des réseaux d 'ailleurs qui incluent des structures proches de la confédération paysanne comme les ADA, les associations pour la défense de l 'emploi agricole et rurale qui sont quelque sorte des organisations de formation et d 'accompagnement qui sont dans la lignée de la confédération paysanne et donc il y a des vivres, des projets. Parce qu 'en fait, il y a une chose qui est importante à noter, c 'est qu 'il n 'y a pas de crise d 'évocation en France. Pour chaque agriculteur ou agricultrice qui part à la retraite, il y a plus d 'une personne qui est prête à reprendre. Le problème, c 'est que d 'une part, beaucoup n 'arrivent pas au bout pour des raisons de qualification, pour des raisons d 'accès aux aides, pour des actions surtout d 'accès aux prêts, d 'accès aux moyens financiers, aux moyens de production, d 'accès au foncier, évidemment, qui est le premier plan, le premier… point de blocage, mais il y a aussi des projets qui n 'aboutissent pas parce que les projets des personnes qui veulent s 'installer ne correspondent pas forcément aux fermes qui sont à reprendre. Justement parce que les fermes qui sont à reprendre, elles sont dans une histoire patrimoniale où on travaillait tous les weekend et on ne prenait jamais de vacances et dans un contexte économique dont je pense qu 'il faudrait qu 'on reparle ensuite parce que pour moi il ne suffit pas de dire qu 'il faut mieux payer les agriculteurs il faut comprendre, c 'est un peu ce que je fais dans mon bouquin, comprendre. pourquoi structurellement tout est fait pour qu 'il ne soit pas rémunéré. Et donc, tant qu 'on ne s 'attaque pas à ça, beaucoup de projets ne pourront pas arriver à être viables dans l 'état actuel des choses. Et donc il faut arriver à aider les cédants, quand on dit, c 'est -à -dire ceux qui s 'en vont à la retraite, à lâcher un peu prise quand ils veulent transmettre leur ferme, parce que c 'est parfois pas si simple, à accepter qu 'elle soit complètement transformée, et puis aux gens qui ont des projets, à mieux construire un projet par rapport à la réalité d 'une ferme. Et tout ce travail -là, en fait, aujourd 'hui, ne peut être fait que dans la diversité, que dans l 'innovation, que dans un foisonnement créatif. Et ça, j 'ai travaillé en chambre d 'agriculture, je peux le dire, la logique chambre d 'agriculture qui est logique, de modèle unique, de pensée unique de l 'agriculture.
Nora Bouazzouni
Oui, qui est très dogmatique, il n 'y a qu 'une agriculture possible, viable et souhaitable et désirable et le reste.
Jacques Caplat
Malgré toute la bonne volonté de plein de gens qui y travaillent, ils n 'ont pas les moyens créatifs, les moyens intellectuels, les moyens humains aussi de mise en réseau des savoirs paysans pour accompagner ces projets -là.
Nora Bouazzouni
Oui, et puis alors on parlait aussi de l 'agrandissement des exploitations, donc c 'est de plus en plus cher. J 'imagine parce qu 'il y a de moins en moins de petits d 'exploitation. Donc, en fait, déjà, pour s 'installer, il y a un énorme frein en termes pécuniaires.
Jacques Caplat
C 'est un truc qui est très intéressant, c 'est quand j 'étais en école d 'agronomie il y a plus de 30 ans maintenant, on nous disait, et ça a mis du temps à arriver en fait, on nous disait déjà à l 'époque, bientôt, les fermes seront, les exploitations comme on dit, seront tellement grosses, tellement importantes, enfin à un poids de capital tellement important, que des particuliers ne pourront plus les racheter et ça sera racheté par des banques, des multinationales etc.
Jacques Caplat
Ça a pris un peu plus de temps que ce qu 'on pensait, mais c 'est en train d 'arriver. C 'est -à -dire qu 'aujourd 'hui, les plus petites fermes n 'existent quasiment plus. Donc les gens qui partent à traiter aujourd 'hui, même s 'ils ne gagnent pas bien leur vie, etc., ils ont un capital d 'exploitation qui est énorme. Et à moins d 'être fils unique ou fille unique et d 'avoir aucune part à racheter à des frères et sœurs, aujourd 'hui, c 'est quasiment impossible de reprendre ces fermes.
Thomas Gibert
Ce qu 'il faut bien comprendre, c 'est qu 'il y a un projet politique en face d 'une autre qui porte une agriculture sans paysans, sans paysannes, et du coup, en fait, ils mettent un peu près à tout en œuvre pour pouvoir que ça puisse advenir. Et donc, nous à la Conf, c 'est pour ça qu 'on nous cible vraiment sur l 'installation, sur les réseaux sociaux et sur les réseaux sociaux. Notre slogan « Pour des paysans et des paysannes nombreuses », c 'est vraiment notre cœur de métier, puisque les gens pensent que l 'agriculture paysanne ne peut se faire que avec des paysans et des paysannes nombreuses, et qu 'on est la seule réponse crédible aussi aux problématiques sociales et environnementales de notre société actuelle. Donc aujourd 'hui, il y a vraiment cette bataille aussi. pour aussi mettre en lumière ce projet que le syndicat majoritaire main dans main de la main avec la Gros Industrie qui ont en fait des intérêts, enfin voilà, les dirigeants de la FNSEA, ils ont clairement des intérêts à ce que cette industrialisation continue et on le voit bien puisque, par exemple, là on a fêté les un an de… de l 'annonce de Macron sur les prix planchers lors du dernier salon de l 'agriculture. Les fameux. C 'était une proposition qu 'on avait fortement portée avec la conf et du coup, lors du dernier salon de l 'agriculture, Macron a dit « Allez Banco, on va sur un prix minimum pour les productions en dessous duquel on ne peut pas descendre parce que voilà, ça suffit la vente à perte, on est le seul secteur en France, l 'agriculture est le seul secteur en France où c 'est possible de faire de la vente à perte, etc. » Il faut savoir que les dirigeants de la FNSEA ont freiné des 4 fers. par rapport à cette proposition, et notre analyse qu 'on a, c 'est que clairement, ceux qui sont à la tête de la FNSEA, ils ont des intérêts dans la spéculation des matières premières agricoles, pour faire du trading sur le marché international.
Nora Bouazzouni
Oui, parce qu 'on rappelle que les grandes cultures, c 'est principalement le fond de commerce, les céréales, etc. les céréales, etc.
Thomas Gibert
Il y a d'énormes intérêts à exporter tout un tas de céréales. Et donc si on met un prix minimum, ça veut dire qu 'on peut plus se battre sur le marché international à ce moment -là. Donc évidemment, la FNSEA fait tout pour empêcher que ce prix minimum advienne, alors même que c 'est clairement la solution qui pourrait permettre d 'arrêter cette précarité qui est complètement absurde des paysannes et des paysans.
Nora Bouazzouni
On va en reparler après de justement de cet aspect économique, revenus paysans et revenus prix planchers. Mais je voudrais qu 'on revienne d 'abord parce qu 'on en parlait sur les élections des chambres d 'agriculture. Alors on a un petit peu parlé juste avant. Donc en janvier dernier, il y a eu les élections des chambres, c 'est tous les 6 ans, c 'est ça, donc départemental et régional. Elles ont un budget annuel de 800 millions d 'euros, dont deux tiers d 'argent public. Alors c 'est quoi déjà le rôle d 'une chambre d 'agriculture ? pas qui veut répondre en premier, peut -être vous Jacques puisque vous avez été en chambre d 'agriculture. Qu 'est -ce que c 'est le rôle grosso -modo quoi ?
Jacques Caplat
Je pense que les paysans le connaissent de façon encore plus directe, mais c 'est en fait la structure qui est au cœur de ce qu 'on appelle la co -gestion de l 'agriculture en France. C 'est quelque chose qui est très mal connu du grand public. C 'est la seule profession en la connaissance qui est une véritable co -gestion. Les chambres consulaires classiques n 'ont pas un rôle aussi important dans la décision et dans l 'accompagnement de l 'ensemble des politiques sur le terrain. Et en fait, cette co -gestion par les chambres d 'agriculture, ça veut dire que… Le syndicat qui gagne majoritairement, enfin qui gagne la chambre d 'agriculture, les notions de majorité peuvent parfois être à la limite avec le système d 'élections qui est adopté. va décider comment vont être les priorités de développement dans le département. Donc on va orienter les politiques locales, régionales, etc. Ça peut être très technique, ça peut être parfois, alors il y a tout un tas de services publics on va dire qui rendent les champs d 'agriculture qui sont relativement transversales. Donc on va orienter les politiques locales, régionales, etc. est relativement neutre, mais c 'est jamais complètement neutre. Et donc ils vont évidemment fixer un cap pour le département, pour la région. Donc forcément c 'est très politique quand même. Ils vont décider d 'allouer des moyens sur tel ou tel type de production, telle ou telle évolution de la production, etc. Et puis ils gèrent aussi énormément de dispositifs d 'aide, que ce soit quand il y a des catastrophes naturelles, que ce soit même certaines aides publiques classiques de subvention, les installations, etc. Et donc à ce niveau -là, ils ont un pouvoir extrêmement puissant d 'orienter, de décider vous on donne, vous on donne pas.
Nora Bouazzouni
C 'est même plus qu 'un pouvoir puissant, j 'ai l 'impression que tout se décide là et que si on n 'y est pas, bon courage.
Thomas Gibert
Nous, on parle plutôt d 'élections professionnelles parce que justement, on pense que ça dépasse bien, ça va bien au -delà du simple outil chambre d 'agriculture, ces élections professionnelles. Ça permet quand même de comptabiliser aussi combien notre projet politique rassemble de paysans et du coup, c 'est le fait que quand on va négocier avec les institutions, c 'est sûr que si on fait 20 ou 30 %, on a plus ou moins de poids. Ensuite, il y a la question des financements des syndicats aussi, qui sont liés à ces élections. Et donc, effectivement, l 'outil chambre est intéressant. Et d 'ailleurs, à la Confédération Paysanne, on a gagné trois nouvelles chambres, donc on est à quatre chambres sur ces dernières élections. C 'est un outil important, mais il faut quand même rappeler qu' il y a quand même des questions d 'économie systémique qui… qui sont plus de l 'ordre d 'une orientation gouvernementale qui régisse vraiment la politique agricole.
Nora Bouazzouni
Et de manière plus globale, plus nationale aussi.
Thomas Gibert
Ouais ouais.
Nora Bouazzouni
Je dis juste bonjour, il y a plein de gens qui viennent d 'arriver, bonjour, bonjour, bonjour tout le monde. Ah oui alors tout à l 'heure quelqu 'un disait que l 'Etat a fait appel pour la 69, oui évidemment. Et évidemment la ministre de l 'Environnement est complètement pour cet appel et pour cette autoroute parce que c 'est vraiment super et l 'Environnement, pourquoi en parler ? Olaven dit, les chambres sont orientées aussi par les monocultures de la zone géographique. Que pensez -vous de cette réflexion ?
Jacques Caplat
Disons que les chambres sont au service du modèle dominant de leur département, donc forcément elles sont en fait, ça n 'a plus évolué de peu en époque, mais à mon époque les chambres avaient en général 50 salariés. Parfois un peu plus avec des systèmes de contrats qui contournent les limitations. Ça veut dire quand même une masse de personnes qui peuvent travailler sur, donc pour chaque département, donc décidé de mettre évidemment dans une région de grande culture, ils vont avoir plusieurs salariés chargés des grandes cultures. Dans une région d 'élevage, ils auront plusieurs salariés chargés du porc, de la volaille. Voilà, ils s 'adaptent effectivement au terrain.
Nora Bouazzouni
Oui, j 'imagine que dans les régions avec beaucoup de viticulture, c 'est pas la même chose qu 'en Bretagne.
Thomas Gibert
Après, le gros problème, c 'est le souci de la gouvernance. On sait que ça dépend de la volonté aussi du syndicat de vouloir écouter la parole de telle ou telle production. Je sais qu 'il y a beaucoup de départements qui ont du mal à faire entendre aussi les problématiques de certaines productions parce qu 'elles ne sont tout simplement pas écoutées et pas représentées au sein des chambres. Et ça, c 'est vraiment… La question de la gouvernance et de ce mode de scrutin avec la prime majoritaire qui est extrêmement.Oui, c 'est justement, on va en parler.
Nora Bouazzouni
C 'est justement, on va en parler juste après, comme ça vous pourrez continuer là -dessus. Euryale qui nous demande pourquoi les paysans, paysannes votent il et elle contre leurs intérêts, et bien on va parler justement maintenant parce que cette élection, ces élections de janvier dernier, il y a eu un gros changement, il y a eu l 'arrivée d 'un syndicat qui était jusqu 'à présent quand même assez minoritaire et qui a gagné justement pas mal de voix, mais alors juste… Avant d 'en parler, très rapidement, donc, il y a trois syndicats principaux agricoles. Est -ce que vous pouvez me dire, grosso modo, vraiment, très rapidement, quelle est leur couleur politique et quelle agriculture défend ces syndicats, grosso modo, et leur point de vue sur le Mercosur et compagnie ? Alors, déjà, la FNSEA, donc, majoritaire, comment est -ce qu 'on peut les décrire en quelques mots ? Quelqu 'un va se lancer.
Jacques Caplat
C 'est le syndicat de l 'agro -industrie. Ça a été longtemps le syndicat unique, qui s 'est basé sur l 'idée qu 'il y avait une classe paysanne unique, que tous les paysans étaient réunis par une communauté d 'intérêts. Et en fait, depuis les années 60, avec Michel Debattis, il y a eu un compromis entre Debattis et son groupe, qui étaient plutôt des éleveurs, et les deux gros syndicats internes, parce qu 'il y a plein de syndicats internes, qui sont la GPB et la GPM, donc les producteurs de blé et producteurs de maïs. En gros c 'est les producteurs de grandes cultures, donc céréales, protéagineux, ont le pouvoir et on donne la présidence à un éleveur pour faire évision. Et voilà, la FNSEA c 'est un affichage d 'un syndicat qui représente tous les paysans, avec en arrière -plan, mais tout le monde le sait, un projet qui est un projet industriel. Il faut savoir que dans les années 70, la FNSEA avait déjà prévu dans ses discussions internes qu 'il fallait, selon eux, que le nombre de paysans en France descendent à 300 000. Je me souviens quand j 'étais gamin, dans les années 80, quand mon père, qui était syndicaliste, qui a été un des fondateurs de la Conf, d 'ailleurs qui a été rapporteur du congrès fondateur de la Conf, donc je fais partie aussi un peu de cette histoire -là. C 'est beau ! Je me souviens quand j 'étais… Mon père disait, mais on sait que la FNSEA vise 300 000 paysans, etc. Je me souviens très très bien. Et quand je parlais de ça avec mes copains, je me faisais insulter, ils disaient, mais non, c 'est pas vrai. Parce qu 'ils ne le reconnaissaient pas. Et c 'est très récemment que des documents déclassifiés, enfin, qu 'ils ont rendu public des archives qui ont permis de démontrer que ce qu 'on disait était vrai. Ça fait 50 ans qu 'ils disent ça. Alors qu 'ils ont prétendu défendre les paysans.
Nora Bouazzouni
Alors qu 'ils ont prétendu défendre les paysans. Mais on remplace par quoi ? Par la mécanisation en fait, c 'est ça ? C 'est une grande ferme, moins de gens, et on technologie.
Jacques Caplat
C 'est une grande ferme, moins de gens et on technologise. Prétendument plus d 'aliments, plus de richesses avec moins de travailleurs.
Nora Bouazzouni
agriculture intensive plutôt marquée à droite du coup un libéral allons -y gaiement la confédération paysanne donc
Thomas Gibert
À l 'opposé !
Nora Bouazzouni
À l 'opposé !
Thomas Gibert
Oui, nous on est un syndicat qui porte un projet politique qui est l 'agriculture paysanne et la défense de ses travailleurs et travailleuses. L 'agriculture paysanne c 'est un projet politique transversal qui a pour but de produire une alimentation de qualité accessible pour tous et toutes sur des fermes nombreuses à taille humaine en faisant attention à la ressource. et qui se calque sur le grand principe de la souveraineté alimentaire, mais le principe de la souveraineté alimentaire de la Via Campesina qui est originale. Oui, originale, oui. qui est en fait le droit des peuples à décider de leurs politiques agricoles sans dumping vis -à -vis des pays tiers. C 'est -à -dire qu 'on ne va pas s 'amuser à dire qu 'on va aller nourrir le monde en exportant massivement des productions agricoles sur subventionnées qui vont détruire les agriculteurs des pays du Sud. Et donc on a une vision assez internationaliste aussi de la politique agricole, en solidarité avec les paysans et les paysannes du monde entier, ce qui nous diffère quand même pas mal. Et donc on s 'est opposé depuis extrêmement longtemps aux politiques libérales, notamment avec la bataille contre l 'OMC, etc. Et donc aujourd 'hui, clairement, on s 'oppose à l 'ensemble des traités de libre -échange et on est pour l 'instauration d 'outils de régulation du marché. drastiques pour protéger nos agriculteurs, que ce soit des pays importateurs ou exportateurs.
Nora Bouazzouni
J 'imagine que la FNSEA est aussi contre les accords de libre -échange.
Jacques Caplat
Pas vraiment, pas vraiment.
Nora Bouazzouni
On se pose quand même c 'est quoi ?
Jacques Caplat
Non, non, pour eux, l 'agriculture est un outil économique puissant pour la France, et donc on a besoin d' accords de libre -échange pour exporter notre vin, nos céréales…
Nora Bouazzouni
Voilà l 'impression médiatiquement. C 'est ça ? que pour ne pas attiser la colère déjà paysanne, la FNSEA évite de dire trop fort « c 'est super les libre -échange, hop là, allons -y, on tape dans la main quoi ». Donc c 'est quand même leur politique globale qui va dans ce sens -là, mais le dire c 'est quand même un peu trop dangereux. Donc c 'est quand même…
Jacques Caplat
Ils l 'ont dit clairement à une époque, ils se sentent effectivement beaucoup plus sur le recul aujourd 'hui parce qu 'ils savent bien que c 'est pas populaire et parce qu 'ils ont été sous la pression de la coordination rurale. Et là, pour vous présenter peut -être rapidement, tu pourras compléter ce qu 'est la coordination rurale.
Nora Bouazzouni
Alors justement là, j 'ai juste Olaven qui dit Marcel Delplace en entrant à la radio après -guerre, en gros, on virait tous les paysans à l 'ancienne, c 'est fait, eh ben oui, on est en train de faire ça, le projet est là. Donc le troisième syndicat
Jacques Caplat
Et donc la coordination rurale, c 'est issu plus ou moins d 'une scission de la FNSEA, enfin tous les syndicats sont issus, même il y a une partie de la conf qui était issue d 'une scission de la FNSEA dans les années 70. Mais la coordination rurale, c 'est un peu la dérive encore plus extrême droitière de la FNSEA, avec un côté très Poujadiste, ce qui implique derrière beaucoup de flou. Ça existe depuis 15 ans maintenant à peu près. Au départ, il y avait des gens, il y en avait au moins… Non, que je ne raconte pas. C 'était le 92… Oui, le 30… Il y avait au moins un an que ça comptait, pas quatre ans à l 'époque. C 'était 92. je me perds dans les calculs de date 35 ans, pardon. Au départ, excusez -moi, il y a 25 ans, j 'ai connu des gens de la coordination rurale qui étaient plutôt bio, qui n 'étaient pas forcément dans la ligne qui domine actuellement. Bon, ils ne sont pas restés non plus. Donc, il y a toujours eu ce petit flou au sein de la coordination rurale, mais globalement, ils sont encore, enfin, autant que la FNSEA pour un ultralibéralisme, pour une vision complètement ultralibérale de l 'agriculture, c 'est -à -dire… on doit s 'aligner sur les conditions que le marché mondial nous impose et donc pour s 'aligner sur ces conditions, la seule façon pour être rentable et encore pire dans le contexte de dérèglement climatique et donc d 'insécurité de production, il faut abattre les normes. Et derrière il y a toute une vision aussi très qui plaît, je pense qu 'il y a beaucoup plus de repli sur soi, très identitaire. C 'est pas pour rien si dans certains départements les viseurs de la coordination rurale c’est les identitaires, donc encore plus à droite, encore plus à l 'extrême droite
Nora Bouazzouni
C 'est quand même un syndicat qui est proche de l 'extrême droite.
Jacques Caplat
Et donc, il joue sur ce côté, sur ce côté traditionaliste, identitaire.
Nora Bouazzouni
Terroristes, régionalisés.
Jacques Caplat
Et tout en s 'adaptant parfaitement, en gros, ils râlent contre le système industriel qui s 'impose à eux, mais ils font tout pour s 'y adapter, ils ne font rien pour le changer.
Nora Bouazzouni
En fait, c 'est l 'extrême droite globale, c 'est -à -dire qu 'ils se disent anti -système, mais ils sont parfaitement intégrés et imbriqués dans un système productiviste, et ils ont un discours quand même anti -écolo qui est aussi violent que celui de l 'extrême droite et de la droite, maintenant, française. aussi violent. Et de la droite, maintenant, française.
Jacques Caplat
Il y a une vraie continuité, mais ce qui est… Pour autant, ça ne va pas de soi, forcément, qu 'il y ait tant de paysans qui s 'y retrouvent. Je pense que le score de la coordination européenne, je ne pensais pas qu 'il faisait quand même autant. Alors, oui, c 'est bon. Alors, oui, c 'est bon. Alors, oui, c 'est bon. la définition de la CRF. Il a des motivations complexes, il y a beaucoup d 'irrationnels là -dedans. Vous allez vous laisser attendre. C 'est assez attristant de voir ce qu 'ont donné les élections chambres parce que je ne pense pas que 30 % des paysans en France se reconnaissent réellement dans la coordination de l 'Etat.
Nora Bouazzouni
On va parler juste après Thomas avant, tu voulais donner ta division de l 'ACR.
Thomas Gibert
Oui, parce qu 'en réalité, c 'est assez complexe. Déjà, ils se sont fondés au moment de la réforme de la Pac de 1992, où on a arrêté de subventionner par les prix, et on s 'est mis à faire des subventions découplées. Et c 'est à un moment où il y a eu une révolte un peu large, que la Confédération Paysanne a participé à ce mouvement un peu large de paysans. Et pour moi, la coordination rurale, elle dit un peu tout et son contraire. Et c 'est ça qui est extrêmement compliqué. c 'est qu 'il peut très bien y avoir des positions qui sont tenues par le national et qu 'un représentant départemental va dire clairement son opposé, que ce soit sur les questions de régulation de marché, de libre -échange, mais même sur les questions environnementales, etc. Et du coup, c 'est extrêmement confus et en fait, on peut entendre à peu près ce qu 'on a envie d 'entendre dans ce syndicat. Et pour nous… C 'est un syndicat qui défend surtout la résultante d 'une crispation identitaire aussi, liée à des positionnements qui sont compliqués par rapport à la ruralité des gouvernements successifs et aussi du fait qu 'on n 'arrête pas de critiquer la manière de produire. Et en plus de ça, ils galèrent à fond, ils sont dans une précarité extrême. C 'est une réaction identitaire à ces attaques -là et il faut aussi comprendre pourquoi nous, je dis un espèce de grand nous, toutes les forces progressistes, nous n 'arrivons pas à répondre et à être audibles.
Nora Bouazzouni
Alors justement, ça on va en parler, on va rentrer dans le cœur du sujet. Quelqu 'un dit le vote, Desbois dit que le vote pour la Coordination rurale est pour beaucoup un toit électoral. D 'ailleurs, on parle de la dynamique de la CR depuis moins de deux ans. C 'est ce que vous disiez tous les deux, une forme aussi de ras -le -bol, d 'antisystème, etc. et de crispation identitaire. Je vois qu 'il y a des questions. D 'abord, je vais poser la question de la chambre d 'agriculture, comme ça on pourra revenir tout de suite aux élections. Ante Arche qui dit merci au poste de mettre en lumière les idées que défend la conf et son travail cœur. Bah cœur sur toi, Question, quand un nouveau syndicat arrive à la tête d 'une chambre d 'agriculture, qu 'advient -il de l 'équipe salariée en place qui travaille pour un syndicat dont les objectifs étaient très différents ? Quel est le poids de cette équipe salariée ? Est -ce Alain Bramco le disait ? Alors Bramco le disait oui, on l 'a bien vu. Mais du coup, qu 'est -ce qui arrive à l 'équipe ? Tout le monde dégage.
Jacques Caplat
Non, non, pas forcément. Alors ça, tu vas peut -être mieux voir comment ça s 'est passé quand la Conf a récupéré des chambres. Mais non, c 'est pas forcément un bras armé politisé. Il ne faut pas exagérer. C 'est -à -dire que moi, quand je travaillais dans la chambre…
Nora Bouazzouni
Moi j 'étais à fond, je me suis dit allez c 'est ça
Jacques Caplat
Quand je travaillais en chambre d 'agriculture, j 'étais pas forcément d 'accord avec la politique de la FNSEA et pourtant j 'y étais et je pouvais faire ce que je voulais faire. Je n 'étais pas un brave, mais Jacques. Il y a quand même une marge de manœuvre, il y a quand même au sein des équipes des Chambres d 'Agriculture, des gens qui font un super boulot, et donc c 'est du coup par coup. Je pense qu 'il y a forcément quelques cadres dirigeants de la Chambre d 'Agriculture qui vont changer quand le syndicat change parce qu 'ils sont là pour donner l 'orientation politique, mais l 'essentiel de l 'équipe va pas changer du jour au lendemain, et l 'essentiel de l 'équipe va se plier à ce qui est demandé. C 'est bien et pas bien, c 'est -à -dire qu 'une bonne partie des de l 'agriculture ne sont en fait pas vraiment politisés. Donc c 'est un peu décevant sur le fond, mais l 'avantage c 'est qu 'ils peuvent aussi s 'adapter à ce qu 'on leur demande.
Nora Bouazzouni
Qu 'est -ce qui arrive du coup ? Pardon, j 'ai juste une question. Parce qu 'il y a Soma Yawase qui a posé une question, mais on y a répondu tout à l 'heure, donc je la note. Thomas, qu 'est -ce qui arrive quand la conf paysanne décroche des sièges, décroche une chambre en fait ? Qu 'est -ce qui arrive à l 'équipe partante, sortante ?
Thomas Gibert
L 'équipe salariée, ben déjà, on ne vire personne. Et non, ben l 'idée c 'est de changer les orientations politiques de cet outil Chambre pour qu 'il permette en fait de… de répondre aux enjeux du plus grand nombre de paysans et de paysannes et de tout faire aussi pour que tout le monde se sente représenté, que les formations collent aussi aux besoins de l 'ensemble des productions et qu 'il n 'y ait pas de problématiques, de préférences par rapport à telle ou telle production. Il y a une possibilité de pouvoir développer des projets importants que ce soit l 'appui de filières qui pourrait être beaucoup plus cohérent sur le territoire et mettre en lien les différents acteurs pour y arriver.
Jacques Caplat
C 'est pas comme quand Trump et Musk arrivent au pouvoir.
Nora Bouazzouni
Oui c 'est ça,
Jacques Caplat
Quand il y a un changement de couleur politique dans un pays ou dans une sorte d 'agriculture, les fonctionnaires qui sont en place restent en place normalement dans une démocratie qui fonctionne.
Nora Bouazzouni
Vous avez parlé tout à l 'heure du mode de scrutin et c 'est vrai qu 'on n 'a pas parlé du mode de scrutin avant de parler du tremblement de terre, coordination rurale qui vient d 'avoir lieu. Le mode de scrutin est très discuté, alors les détails, sinon on va passer une émission entière à en parler, mais je vous conseille, il y a Basta qui a fait une super FAQ. Il y a le lien qui va être dans le tchat, il y a Nayan qui va nous mettre le lien. dedans, un des problèmes c 'est que ça limite le pluralisme parce que le syndicat qui est arrivé en tête se voit attribuer d 'office la moitié des sièges et l 'autre moitié c 'est en fonction du nombre de voix. Donc déjà on peut remettre en question ce mode de scrutin. Donc jusqu 'à présent c 'était l 'alliance FNSEA et jeunes agriculteurs, parce qu 'en fait c 'est les deux mains dans la main, qui contrôlait plus de 95 % des chambres. Pour les deux autres syndicats, ça veut dire qu 'il y avait beaucoup moins de représentation, mais donc on le sait aussi, dans certaines régions, il y avait vraiment une mainmise de la FNSEA. Et alors, tremblement de terre, qu 'est -ce qui s 'est passé lors des dernières élections ? Thomas, la CR est arrivée en force, c 'est ça ?
Thomas Gibert
Oui, toute proportion gardée, quand même, la FNSEA reste extrêmement majoritaire et donc la coordination orale a quand même augmenté de 8 ou 9 points, il me semble. et a été premier sur le collège 1 dans 14 départements, contre 3 lors des précédentes élections. Cependant, le fait qu 'il y ait un jeu de différents sièges dans la chambre d 'agriculture, il se trouve que le jeu n 'est pas gagné pour qu 'il gagne la direction des chambres. Dans quelques départements, notamment dans la Gironde et dans je sais plus dans quel autre département de Sivens, il y a la FNSEA qui n 'avait pourtant que 3 sièges en tant que représentant paysan. on réussit à collaborer avec les banques, les assurances, les coopératives et sont arrivés en tête lors de la session d 'installation de la chambre d 'agriculture et on réussit à choper quand même la présidence de la chambre et un bureau complètement FNSEA et donc en fait, passent au -dessus du résultat des élections professionnelles.
Nora Bouazzouni
Ah oui, mais ça ne veut pas dire que…
Jacques Caplat
Dans le problème de gouvernance, c 'est vrai que j 'ai souvent entendu ces derniers temps cette histoire de moitié, d 'entrée, etc. Mais pour moi, c 'est presque secondaire. Le plus grave, c 'est ce que vient d 'expliquer Thomas, c 'est le fait qu 'il n 'y a que 18 sièges sur 32 qui viennent du collège 1 agriculteur. Dans les autres collèges, on a un phénomène d 'amplification majoritaire. et de représentation, c 'est un système de grands électeurs en quelque sorte, c 'est un système indirect. On a des collèges, des coopératives, un collège des organisations de finances, des organisations de mutualité sociale agricole, un collège des salariés, alors celui -là pourrait éventuellement basculer autrement, mais on a un collège des anciens agriculteurs à la retraite, etc. Et tous ces collèges -là sont tous quasiment gagnés d 'avance par la FNSEA, même quand elle ne fait plus que 50 % au niveau national, parce que l 'inertie du système fait que le représentant de la mutualité sociale agricole, c 'est toujours quelqu 'un du Venezuela, le représentant du crédit agricole, c 'est toujours un agriculteur du Venezuela, etc.
Nora Bouazzouni
Ils n 'ont pas besoin d 'être uniquement en un instant qu 'ils sont un peu partout.
Jacques Caplat
comme ils noyotent depuis très longtemps toutes les instances indirectes de représentation et qu 'elles ont elles ensuite leur propre collège d 'élections aux chambres. En fait, ils gardent les chambres.
Nora Bouazzouni
Oui, c 'est une stratégie gagnante de toute manière, ils ne vont jamais vraiment disparaître.
Jacques Caplat
Il y a une diversité très très lourde.
Nora Bouazzouni
Ce qu 'on disait donc, c 'est au niveau national, l 'alliance s 'est passée sous la barre symbolique des 50 % pour la première fois. La coordination royale obtient 29 %, la conf paysanne 19 %.
Thomas Gibert
Alors non.
Nora Bouazzouni
C 'est pas les chiffres officiels là, j 'ai pas les nouveaux chiffres.
Thomas Gibert
Ben non, en fait on se bat beaucoup par rapport à ces chiffres parce que justement ils oublient les Outre -mer, ils oublient la Corse, ils oublient…
Nora Bouazzouni
D 'accord.
Thomas Gibert
Donc, on est plutôt à 20,9 % et c 'est extrêmement important pour des questions de financement, etc. Et aussi que, notamment, souvent, le premier chiffre annoncé, il reste dans la tête des gens et du coup, on se retrouve avec… Bon, ça paraît peu comme différence, mais c 'est important. On est plutôt autour de 20,9 % et du coup, ça réduit aussi l 'écart. Oui, avec le nombre de voix. Une petite progression et non pas une petite régression. Voilà, c 'est ça, oui. quand il n 'y a que nombre de voix.
Nora Bouazzouni
Oui, on peut quand même se féliciter pour la Conf Paysanne d 'avoir gagné des nouvelles chambres à ce moment -là et de pouvoir rivaliser un peu plus maintenant en termes de poids. Quelqu 'un demandait… Où est -ce qu 'elle est ? Ah, je n 'ai plus la… Je ne sais plus. C 'était quoi ? C 'était quoi ? Je ne sais plus. Bon, on prend la question de Vanessa. Ah oui, merci Nayan de faire remonter un peu, parce qu 'il y avait une question qui m 'intéressait. En tout cas, c 'était quelqu 'un qui… Ah oui, c 'était ça, juste au -dessus, encore un petit peu. Pourquoi les paysans, les paysannes… J 'aimerais qu 'on réponde à cette question maintenant. Pourquoi les paysans, paysannes votent -ils contre leurs intérêts ? Vu qu 'on parlait de la coordination rurale et de la FNSEA, que le modèle productiviste intensif, et libéral visiblement dysfonctionne et fait que les paysans, paysannes ne gagnent pas suffisamment et correctement leur vie, on se dit que c 'est un peu comme l 'extrême droite aujourd’hui en France. En tout cas, c 'était… qui refusent les augmentations de salaire et pourtant les gens votent massivement contre un niveau de vie qui pourrait être meilleur. C 'est la même chose, pourquoi est -ce que dans la pédagogie c 'est pareil ?
Jacques Caplat
Si on avait la réponse, on pourrait éviter que ça se produise et donc pour moi, il y a une part de mystère là -dedans. Même si je suis aussi anthropologue, donc j 'ai aussi des outils pour analyser les dynamiques sociales, mais aussi à un niveau politique français qu’au niveau élection chambre, il y a une partie qui m 'échappe. Après, je pense quand même, j 'ai quand même un élément de réponse, c 'est le poids culturel de ce modèle industriel. Globalement, pour résumer, la situation actuelle de l 'agriculture française est, selon moi, l 'élément crucial, c 'est d 'être conscient qu 'il y a effectivement une vraie crise agricole, mais qui est liée essentiellement au dérèglement climatique, en fait. Enfin, qui est lié. Non, le déclencheur, c 'est le dérèglement climatique. C 'est -à -dire que le mode de production qui a été mis en place depuis le XIXe siècle, et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, est basé sur le fait d 'artificialiser le vivant, pour avoir des variétés qu 'on présente comme étant un très haut rendement. non de très haut rendement, qu 'à la condition qu 'on reproduise dans les champs, les conditions théoriques de sélection.
Nora Bouazzouni
Oui, elles sont adaptées pour des conditions X et Y.
Jacques Caplat
C 'est une exposition idéale, en plus une construction d 'agronomes. partout, il y a des conditions illicites pour ça. Et donc, on va mettre des pesticides pour qu 'il n 'y ait pas de maladies, parce que sinon, elles ne feraient pas leur super rendement. Pas d 'insectes, pas rien. On va mettre des engrais pour caser tout le temps les éléments minéraux qu 'on veut. On va irriguer, etc. Et donc, ce modèle -là qui ne fonctionne qu 'à la condition d 'artificialiser le monde, donc de lutter contre le vivant, finalement, il ne peut plus fonctionner quand le climat s 'effondre. Et donc, on n 'arrive plus à reproduire les conditions théoriques de la sélection des plantes. Et donc ce modèle est en train de s 'effondrer en fait. Et les paysans, alors ils n 'ont pas forcément analysé ça, mais ils sentent bien au quotidien qu 'ils sont tous à se demander, mais dans 3 ans, dans 5 ans, comment je vais produire avec des conditions qui changent totalement. Et en fait leur repli, c 'est de se dire, toute chose étant égale par ailleurs, c 'est -à -dire le modèle industriel qui nous impose que pour être rentable, il faut produire des très grands volumes au prix le plus bas possible, eh bien pour continuer à produire de très grands volumes au prix le plus bas possible dans des conditions dégradées, Il faut qu 'on élimine tout ce qui nous empêche de produire plus, moins cher.
Nora Bouazzouni
T 'as dit ?
Jacques Caplat
Donc l 'environnement. Je n 'aime pas dire normes, disons des règles.
Nora Bouazzouni
J 'allais dire, il faut dire le mot, c 'est quand même le mot.
Jacques Caplat
Non, au moins ce n 'est pas des normes, c 'est des règles élémentaires de bien commun pour que la planète soit encore vivable demain.
Nora Bouazzouni
Mais c 'est vrai que justement ce discours anti -norme et qui est un discours anti -écolo, il est quand même. Mais c 'est vrai que juste très virulents dans la bouse de la coordination il y a eu des actions quand même très violentes, il y a vraiment des phrases très violentes, notamment sur les pesticides, notamment sur les méga bassines, sur les ressources en eau. D 'abord, j 'ai d 'abord posé ma question précédente, je voulais quand même garder le fil sur ça. On a répondu plus ou moins pourquoi donc la coordination a progressé de cette manière. Pourquoi, en fait, la fronde anti -FNSEA, elle n 'a pas favorisé la conf paysanne ? Justement, à cause de ce que Jacques vient d 'expliquer.
Thomas Gibert
Moi je pense qu 'il faut se poser la question d 'effectivement pourquoi c 'est le discours entier écolo qui résonne le plus dans le monde paysan et je pense qu 'il faut qu 'on se pose la question de comment faire pour être audible auprès du maximum du monde paysan et je pense qu 'il faut partir de quelque chose de très simple. En gros, nous ne changerons pas de modèle sans celles et ceux qui travaillent la terre aujourd 'hui. Et donc, nous devons éviter d 'avoir aussi des discours qui sont beaucoup trop frontales, enfin pas frontales mais en tout cas qui visent la responsabilité individuelle des paysans et des paysannes sur leur mode de production alors même qu 'ils sont… Il y a un visuel qui vise l 'adresse. victime de ce système -là et ça, c 'est extrêmement important de le mettre en avant parce que je pense qu 'il faut qu 'on réfléchisse au discours de manière générale mais aussi aux cibles de qui est responsable de ce mode d 'agriculture. Pour nous par exemple, on a toujours un discours qu 'on appelle le discours systémique sur la question des pesticides. Jamais, on va dire, voilà, c 'est la faute des paysans qui veulent juste polluer le pesticide. Pour nous, c 'est une arme de concurrence sur le marché international, parce que si les paysans décident d 'arrêter ce pesticide dangereux, ils vont augmenter leur coût de production et ils vont se retrouver en concurrence sur le marché international. Et donc, ils vont baisser leur marge et ils vont se retrouver dans une précarité encore pire que celle dans laquelle ils sont.
Nora Bouazzouni
justement il y avait Medbell qui demandait avec le Mercosur pas peur de la concurrence, surtout avec les pesticides interdits.
Thomas Gibert
Par exemple, pour nous la question n 'est pas uniquement sur les pesticides parce que justement la position de la FNSEA, après c 'est un peu compliqué, elle était non au Mercosur, sauf si on arrive à avoir des closes miroirs qui permettent d 'avoir les mêmes normes de part et d 'autre des pays. Mais ce qui ne compte pas là -dedans, c 'est qu 'il y a une immense partie de la compétitivité qui se fait aussi sur le coût du travail, sur la rémunération des paysans.
Nora Bouazzouni
Et le dumping social, en fait, aussi et le dumping social
Jacques Caplat
Puis que c 'est des fermes gigantesques en Amérique du Sud, on a des CD -Ranch, c 'est pas des petites fermes quoi. Et des avantages comparatifs énormes en gros. On peut baisser le coût du travail et le coût de production très facilement. et des avantages comparatifs énormes. Mais en fait, ça rejoint complètement ce que je disais, c 'est une autre façon de dire ce que je disais, c 'est -à -dire la cause, elle est le modèle agro-industriel dans lequel les agriculteurs croient être piégés. Enfin, ils ne le remettent pas en cause parce que pour eux, c 'est comme ça qu 'il faut produire. Et s 'il faut produire dans ce modèle -là, leur obsession, c 'est logique, c 'est de baisser les prix, enfin, de baisser les charges, le coût de production, en fait, de baisser le coût de production. Et donc, c 'est le système qu 'il faut changer. C 'est clairement le système qu 'il faut abattre. Je finis parce que c 'est important.
Thomas Gibert
C 'est important pour moi, c 'est par exemple, je prends l 'exemple d 'un projet de porcherie qui s 'est monté à côté de chez moi, qui était une porcherie de 1000 porcs et du coup il y a des assos environnementalistes qui se sont montés et contre ce projet, alors même que la moyenne des porcheries nationales c 'est 2000 porcs. Et il y a eu une pétition qui a été mise en ligne, 15 000 signatures, les associations antispécistes, Vend -de -Bout, etc. Et en réalité, il n 'y a pas eu plus contre -productif que cette action -là. Il y a juste eu une crispation identitaire absolue autour de cette question et nous à la confédération paysanne localement on a soutenu ce projet d 'installation parce qu 'en réalité il faut se rendre compte de la situation actuelle de l 'agriculture quoi parce qu 'en fait il y a des réactions du mouvement écolo etc. qui est complètement déconnecté des réalités du terrain et aujourd 'hui si on commence à s 'opposer à ce type de fermes etc. en fait, on s 'oppose à toutes les installations possibles en port, parce qu 'en réalité, c 'est la seule manière de se rémunérer en production porcine aujourd 'hui. La filière porc bio est en train de s 'effondrer, etc. Donc aujourd 'hui, il faut aussi avoir en tête la réalité du terrain et donc quand on s 'oppose à un projet, il faut vraiment que ce soit un projet emblématique ou en termes d 'accélération de l 'industrialisation ou alors un projet qui va plus dans la financiarisation de l 'agriculture. Et donc, il y a un autre projet aussi en Haute Vienne qui est en train de se monter, qui est un centre d 'engraissement à Périac, qui lui est une immense ferme de 600 hectares qui va être rachetée par un agro -industriel. Mais l 'important, c 'est que dans cette ferme -là, il n 'y aura pas de paysans. C 'est un agro -industriel qui gère de la boucherie, qui a plusieurs abattoirs, qui est français, et qui va racheter cette ferme -là pour maîtriser l 'ensemble de la chaîne. Et pour nous, ça, c 'est intéressant de montrer du doigt, parce que là, il y a vraiment quelque chose pour remplacer les paysans par de la financiarisation et des salariés sur précarisés quoi et ça pour nous c 'est… Ensemble de la chaîne. beaucoup plus logique de montrer du doigt et toujours avoir en tête de… Quand on porte une revendication environnementale, il faut toujours l 'avoir sous un axe social, quoi. Il faut toujours l 'avoir, parce que si on arrive, voilà, militants, citadins avec des bonnes volontés de dire, en réalité, il faudrait arrêter l 'élevage, parce que moi, je trouve ça, franchement, dégueulasse, etc., il faut s 'imaginer la violence que c 'est. Oui, aucune chance.
Nora Bouazzouni
Aucune chance que ça prenne, de toute façon que ça ouvre une brèche de réflexion indispensable.
Thomas Gibert
Non et la violence que c 'est un discours antispéciste pour des éleveurs et des éleveurs mais même pour l 'ensemble de la ruralité en fait c 'est pour l 'ensemble de la ruralité et donc il y a une responsabilité des politiques aussi à mettre en avant des politiques qui prônent l 'antispécisme parce que ça ça va clairement cliver et crisper une large part de la ruralité quoi.
Nora Bouazzouni
En fait, c 'est la même manière que tu voulais dire ajouter un truc Thomas ?
Thomas Gibert
Parce que je parle de l 'antispécisme, enfin après, parce que c 'est quelque chose, en plus tu as invité des associations animalistes, etc. Et je pense que c 'est important d 'avoir un mot là -dessus parce que malheureusement dans nos rangs, souvent les associations antispécistes, elles sont mises en avant et sans jamais avoir de discours contradictoires en face sans jamais avoir d 'éleveur
Nora Bouazzouni
C 'est souvent justement comme ça qu 'on les invite à la télé, c 'est qu 'on met deux personnes en face pour qu 'il y ait un grand clash.
Thomas Gibert
Non mais sans avoir notamment des éleveurs qui ont réfléchi à la question. Et donc nous à la Confédération Paysanne ça fait longtemps qu 'on travaille sur le rapport humain -animal, sur notre rapport au vivant, sur notre rapport à la mort et je pense que on a beaucoup de choses à dire sur la question et que je pense que les forces progressistes ont intérêt à nous écouter sur ces questions là. On est d 'accord que sinon ça fait moins classe.
Nora Bouazzouni
Sure juste.
Jacques Caplat
Oui, vous êtes sûre, c 'est le sujet.
Nora Bouazzouni
Il y a beaucoup de questions, je pourrai prendre dans le tchat après.
Jacques Caplat
Mais à la fois, je suis d 'accord et j 'ai des points de désaccord, c 'est -à -dire que forcément je suis d 'accord parce que c 'est ce que je défend globalement de le fait qu 'on doit regarder la question de l 'élevage sous l 'angle de ce qui est écologiquement et agronomiquement cohérent, donc d 'un point de vue paysan effectivement, et qui a, le sujet est parfois traité de façon un peu, enfin comment dire, beaucoup aiment bien mettre en scène une opposition finalement. Mais pour autant, et puis je suis forcément d 'accord aussi sur la lutte contre la ferme des 3 000 bovins en Limousin puisque je fais partie de ceux qui sont très impliqués dans ce combat et avec Agir pour l 'environnement, on a mobilisé très largement dans les deux enquêtes publiques de l 'an dernier, puis celles qui viennent se terminer. Et donc je connais bien ce dossier -là, donc là -dessus on est d 'accord, il n 'y a pas de problème. En revanche sur les fermes hors sol, là moi j 'ai un désaccord. Je pense que j 'entends bien qu 'aller s 'opposer à un projet… et maladroits, donc qu 'il vaut mieux éviter, mais je n 'abdiquerai pas mon propos qui est que l 'élevage hors sol n 'est pas tolérable. Et donc, ça n 'est pas une solution, ça n 'est pas normal. Si le système aujourd 'hui fait que pour être rémunéré, il faut avoir 1000 ports, eh bien, je ne suis pas d 'accord pour dire je m 'entre dans le système. Et de toute façon, c 'est ce que font la plupart des paysans de la conf, d 'essayer de casser ça. Après, il y a une inertie, c 'est -à -dire que les paysans sont pris dans cette inertie et il faut voir comment on peut les accompagner pour en sortir. Mais moi j 'ai envie d 'accompagner pour qu 'il y ait des petits ateliers de porc plein air sur paille qui vont valoriser des déchets alimentaires que ne peuvent pas consommer les humains. Mais moi j 'ai envie de… Ça je veux bien accompagner, par contre accompagner un élevage hors sol qui détourne des ressources qui pourraient aller aux humains et qui élève les ports dans des conditions qui ne sont pas acceptables, parce que 1000 ports ça reste quand même beaucoup, je ne suis pas favorable. Après c 'est pas ces projets là effectivement contre lesquels j 'irais prioritairement me battre. Je suis bien d 'accord.
Thomas Gibert
Mais nous, tout ce qu 'on veut, c 'est que ce soit possible de faire de l 'élevage avec moins de porcs et d 'être régulièrement rémunéré. C 'est ce système qu 'il faut changer. Bien sûr, sauf qu 'en fait, il y a la réalité du terrain, c 'est toujours ça la problématique. Et que du coup, en fait, il faut juste dire qu 'hui, la moyenne nationale, c 'est 2000 porcs par porcherie. Oui vous dites la même chose hein, c 'est ce système qu 'il faut changer. Qu 'est -ce que tu fais stratégiquement, quoi, face à ça ? C 'est pas tolérable, comme. Oui, mais en fait ce que tu fais stratégiquement quoi face à ça c 'est pas c 'est pas tolérable Oui, mais en fait, il faut aussi se dire qu 'on ne va pas transformer le système agricole sans les paysans et les paysannes qui travaillent aujourd 'hui, puisqu 'on est déjà très peu nombreux, et que c 'est eux qui ont le savoir aussi de comment produire, etc., et que ce serait clairement pas enviable de grand remplacer l 'ensemble des paysans et des paysannes par des néo -ruraux qui, eux, auraient la juste manière de produire, etc. Donc il faut aussi réfléchir à quelle stratégie on adopte pour que nos propositions politiques puissent être audibles auprès du maximum de paysans et de paysannes.
Nora Bouazzouni
En fait, ce qui est intéressant aussi au -delà de ce système que vous dénoncez tous les deux évidemment et qu 'il faut pouvoir changer à un moment, mais pas, ça va se faire en deux coups de cuillère à peau. C 'est ce mépris de classe, au fond, qu 'on sent, et qui est justement aussi la raison, une des raisons, avec la xénophobie par rapport à l 'extrême droite, qui fait qu 'il y a le vote RN qui est monté, et le vote euro -conquête et compagnie, qui est justement cette idée qu 'il y a ce d 'en haut, pour reprendre les mots de l 'ancien premier ministre, et ce d 'en bas, et qu 'en fait, c 'est ce d 'en haut qui dicte un peu le mode de vie de ce d 'en bas, leur disant, mais arrêtez de prendre votre bagnole, mais on l 'a via que les gilets jaunes. Arrêtez de prendre vous -même, faites du vélo. Et là, c 'est la même chose, on a l’impression justement de gens déconnectés de la réalité rurale et du monde paysan qui visent à d 'autres, on pourrait y faire autrement, faire de la bio ce n 'est pas si compliqué, puis faire ça ce n 'est pas si compliqué, puis changer de culture ce n 'est pas si compliqué. Donc effectivement, on va un peu avancer parce que sinon on va rester longtemps là -dessus, mais c 'est vraiment passionnant. Il y a eu pas mal de commentaires, est -ce que tu, Yann, tu peux remonter un petit peu les commentaires ? S 'il te plaît, merci beaucoup. Donc il y avait, alors, Akkarakir qui dit « Pour être du lot à Garonne, le rapport culturel à l 'exploitation raciste des travailleurs -travailleuses n 'expliquerait -il pas les raisons du vote massif pour les syndicats comme la CER et la FNSEA, une culture très ancienne de l 'exploitation et des êtres humains et anarchistes dont fascistes, deux affaires ne traitent des trucs dans le 47 en moins de 6 mois par exemple, etc. Les problèmes écolos viennent en second plan, clairement. Est -ce que vous pensez que justement ce rapport à l 'exploitation de personnes. » avec ou sans papiers de personnes migrantes, souvent mal rémunérées, dans des conditions de travail abominables et sorties d 'idées illégales, est -ce que ça peut être un ressort du vote CR ?
Jacques Caplat
Moi, je ne sais pas si c 'est un fond culturel paysan dans ce sens -là. Je pense que là, pour le coup, ça serait quand même très désobligeant vis -à -vis des paysans de dire ça. Après, il y a des régions où il y a quand même des habitudes de travail, que ce soit dans le monde paysan ou pas paysan. Et il y a effectivement en France, un certain nombre de patrons qui ont une habitude d 'exploitation des salariés. C 'est pas nouveau, hélas. Mais il y a quand même un vrai problème, je pense, dans le monde paysan en général. Et encore une fois, ce n 'est pas du tout pour critiquer les paysans eux -mêmes. À la limite, c 'est plus ceux qui réfléchissent sur le monde paysan que je mettrais en cause à ce sujet -là. C 'est un vécu culturel. c 'est qu 'il y a des sujets que, très bizarrement, on laisse toujours de côté. Par exemple, avec la meilleure volonté du monde, vous avez cité tout à l 'heure le fait qu 'il y a presque un suicide par jour d 'agriculteurs en France. Quand ce chiffre sort, pratiquement personne ne rajoute, et un suicide de salariés agricoles par jour également. Les salariés agricoles disparaissent quasiment totalement des débats. Quand il y a eu les manifs l 'an dernier, une des raisons aussi peut -être pour lesquelles on voyait moins les gens de la conf sur les ronds -points que les gens de la CR ou de la FNSEA, c 'est que pour que les fermes continuent à tourner pendant que les mecs étaient sur les ronds -points, c 'était les salariés agricoles qui faisaient les tafs et les confédérations paysannes, ils ont quand même pas mal d 'emplois salariés mais beaucoup plus dans des formes associées etc et donc c 'est moins dans une logique d 'exploitation. Et un autre élément qui est aussi souvent oublié c 'est quand on va dire que, oui, mais le modèle du petit paysan… qui possédaient ces terres au XIXe, parce que 75 % des paysans en français possédaient leurs terres au XIXe, il n 'était pas vraiment dans un… Marx lui -même disait, le paysan n 'est pas dans un vrai système capitaliste parce qu 'il est à la fois possesseur de ses moyens de production, et il apporte sa force de travail à ses propres moyens de production. Donc il n 'est pas dans une logique capitaliste, c 'est une classe en soi. Je m 'excuse, mais même au XIXe siècle, ceux qui possédaient les moyens de production, c 'était les maris. Et dans cette analyse, on oublie complètement les femmes. qui en fait apportait, qui était totalement exploité dans un rapport totalement capitaliste où elles enrichissent le capital de leur mari. qui était totalement exploité dans les années 80. au moyen de leurs forces de travail, sans aucune reconnaissance. Oui et puis à la fin, pas de retraite, pas de droits, bien sûr. Je pense qu 'effectivement, et ce n 'est pas les paysans que je mettrai en cause là -dessus, c 'est plutôt les sociologues, les économistes et les hommes politiques. et il n 'y aura pas de droit à n 'importe quoi. qui, quand ils parlent de l 'agriculture, sont restés dans une vision du monde qui est quand même profondément réac et profondément problématique. Les salariés agricoles et les femmes n 'existent pas dans leur modèle. T 'as des salariés avec toi ? Sûrement.
Thomas Gibert
Pour moi, dans les idées d 'extrême droite, elles font leur beurre sur la misère et sur un sentiment de déclassement. Et c 'est avant tout ça qui a fait que la coordination rurale a pu s 'implanter de manière extrêmement durable. Ils font 70 % aux élections professionnelles cette année dans le Lot Et -Garonne. Et je pense qu 'ils ont… d 'abord répondu aussi à ce sentiment de déclassement en permettant de retrouver une fierté à être paysan par l 'identitarisme. Et du coup, c 'est quelque chose qu 'on n 'a pas réussi à faire, nous. Et du coup, il faut qu 'on se pose la question de pourquoi on n 'a pas réussi à répondre à ce sentiment de déclassement, alors même qu 'on a l 'impression que nos propositions politiques sont bien plus cohérentes que celles qui avancent la coordination rurale.
Nora Bouazzouni
Oui, ce qui est difficile, c 'est peut -être les stratégies pour ne pas tomber dans une espèce de populisme, ce démagogisme et ce côté identitaire, mais plutôt dans le sens négatif du terme identitaire, c 'est comment… Mais c 'est la même chose pour les élections présidentielles, régionales, etc. C 'est aussi comment est -ce que… Alors la fierté d 'être français, bon moi j 'y touche pas, fierté d 'être français de quoi, je suis juste née là, je n 'ai pas à être fière. Mais effectivement sur des métiers comme ceux -là c 'est la même chose et l 'extrême droite joue évidemment sur le déclassement et sur les populations les plus précaires en disant qu 'il y a toujours des gens qui vont prendre votre travail à côté. Là le problème c 'est plutôt les plus riches qui vont prendre le travail. des paysans, la technologie qui prend ça, alors c 'est pour ça que la question était intéressante, est -ce qu 'ils votent contre leurs intérêts ? Il y a vraiment plein de gens qui disent des choses super intéressantes. Est -ce qu 'on peut remonter légèrement, parce qu 'il y avait deux questions qui se ressemblaient pas mal. Voilà, donc les deux questions un peu de sérieux qui disent, au quotidien, y a -t -il un risque ou un avantage d 'adhérer à un syndicat de gauche ou de droite, référence aux pressions dans l 'industrie quand on est adhérent CGT ? Est -ce que c 'est risqué d 'être à la conf paysanne aujourd’hui ?
Thomas Gibert
Par exemple, quand on va attaquer Lactalis, qui est le grand groupe.
Nora Bouazzouni
Un des plus grands groupes mondiaux d 'agroalimentaire.
Thomas Gibert
agroalimentaire, notamment sur le lait, effectivement, on ne met pas en avant des producteurs laitiers qui donnent leur lait au groupe. C 'est l 'intérêt du syndicalisme aussi, c 'est de pouvoir porter des revendications pour les collègues. Le système de représentativité des syndicats, ça permet de se protéger aussi. Alors du coup, oui, nous, on travaille en commission avec des paysans qui travaillent sur le lait, sur les fruits et légumes, sur la viande bovine, etc. Et c 'est vrai que quand on arrive à des moments un peu compliqués de rapport de force avec l 'agro-industrie, on essaye plutôt de mettre les porte -paroles,
Nora Bouazzouni
Le collectif versus l 'individuel. Faut qu 'on avance parce que je me rends compte qu 'il est 19h10, il nous reste une vingtaine, 25 minutes et j 'ai encore plein de questions. Il y a une question intéressante sur le prix, mais on pourra peut -être en parler après, mais la question entre Arches qui demandait, sans l 'aide de l 'Etat type sécurité sociale d 'alimentation. Et d 'ailleurs, ce sera le prochain épisode de Bouffe de l 'âge, je peux le dire. Augmenter les revenus des… Ah, il y a des astéries, donc peut -être que c 'est parce que le chat est censuré sur des mots un peu vulgaires. signifie -t -il nécessairement augmenter le prix de la nourriture ? Comment convaincre la population de payer plus pour manger ? Ah bah oui, mais alors là on est sur une… Comment convaincre les gens, mais on ne peut pas convaincre quelqu 'un de manger plus s 'ils n 'ont pas les moyens. C 'est sûr que c 'est augmentation des salaires. C 'est peut -être une question qu 'on abordera le mois prochain, justement. Et tard, je crois, le mois prochain, on en parlera avec la sécu de l 'alimentation. Je ne vais pas prendre des questions tout de suite parce qu 'en fait, j 'ai plein de questions encore à vous poser. On parlait du discours anti -écolo très virulent de la coordination rurale. Véronique Le Floch, sur la France Info, elle estimait, je cite, c 'est l 'écologisation de notre politique agricole qui nous tue, nous qu 'on retrouve tout ce discours d 'écologie punitive, que les droites extrêmes et droites classiques, on va dire aujourd 'hui, portent évidemment. Même à gauche, on entend ces voix -là aussi, et je voudrais donc qu 'on vienne à ce mot, le mot « norme », puisque c 'est ça le gros morceau aujourd 'hui dont on parle pas mal depuis les dernières manifestations. La petite musique, en fait, de la part des syndicats, notamment CR et FNSEA, et des politiques de droite qui se joignent au cœur des critiques, dénonce la complexité administrative, les normes environnementales et qui d 'ailleurs attaque aussi l 'office français de la biodiversité, qui a quand même rappelé que moins de 1 % des exploitations agricoles françaises sont contrôlées, une fois tous les 120 ans le risque, donc ça on va voilà. Est -ce que c 'est un vrai problème ces normes parce qu 'on entend là vraiment c 'est le discours dominant de justement ces défenseurs d 'un système agricole mortifère quoi. Est -ce qu 'il y a vraiment un problème administratif et de normes environnementales ?
Jacques Caplat
Pour moi, il y a deux questions différentes, administratives…
Nora Bouazzouni
Et après Thomas, je vous laisserai la parole.
Jacques Caplat
Il y a une vraie difficulté du monde paysan avec la lourdeur administrative. C 'est un lieu commun, c 'est en partie un truc qui est culturellement transmis de père en fils, il y a une sorte de petit jeu culturel aussi dans le monde paysan, dire les papiers on n 'en veut pas quoi. Mais c 'est vrai que c 'est un problème et qu 'il y a eu en fait une addition de règles qui s 'est faite souvent sans… sans mettre en cohérence toutes les politiques agricoles et notamment la politique agricole commune c 'est des millefeuilles où on a chance d 'arrêter à ajouter des couches sans enlever les autres enfin donc ça peut s 'entendre après le problème c 'est que ce discours est complètement hypocrite parce qu 'il est mis au service d 'une critique des régulations environnementales et en fait ça revient à ce que je disais tout à l 'heure et que je dirais toujours c 'est pour moi c 'est vraiment on ne pourra jamais avancer sur le sujet agricole si on ne pose pas ça clairement à plat c 'est à dire que tant qu 'on se laisse Et c 'est le problème, je pense, dans les débats qu 'on a aujourd 'hui, qu 'il y a dans les médias, y compris dans le monde syndical, on se laisse piéger par cette idée qu 'il y a un système économique, toutes choses étant égales par ailleurs. Et donc, est -ce qu 'il faut quand même se débrouiller pour que les normes environnementales soient là ou pas ? Mais on reste défensif si on dit ça. On reste dans l 'idée que les régulations environnementales seraient une entrave aux revenus. Alors que ça n 'est pas normal. Les régulations environnementales ne devraient pas, ne doivent pas être une entrave aux revenus. Si elles le sont, c 'est uniquement parce qu 'on a construit un modèle où le revenu n 'est possible qu 'à condition d 'avoir des grandes masses de production à coûts très bas. Et ça, c 'est impossible de s 'aligner dessus, sauf, enfin c 'est pas par hasard si ce modèle a été mis en place d 'abord en Amérique, enfin dans les colonies de façon globale, parce que les colons ont mis en place des grandes fermes hyper extensives, des grands ranches en Australie, en Afrique du Sud, en Amérique du Nord et du Sud. Et puis ensuite on a transposé ça, notamment avec les élevages hors sol qui sont à l 'opposé, mais qui sont une autre forme de la même chose. Et en fait, ce modèle -là, il ne peut pas fonctionner en France parce que la diversité des terroirs, le tissu rural paysan, ne pourra jamais s 'aligner sur ces conditions de production. Donc la logique totalement industrielle est la logique de vendre au cours mondial, qui est un cours à perte, puisque c 'est un cours de surplus, c 'est un cours de spéculation. De toute façon, ce modèle -là, c 'est ça qui ne peut pas fonctionner. Ça dysfonctionne structurellement. L 'environnement là -dedans, c 'est hors sujet. En fait, c 'est totalement hors sujet. Et j 'ajouterai qu' en termes de coûts de production à moyen et long terme, c 'est même l 'inverse. qui ne peut pas fonctionner. Aujourd’hui, si on intégrait les coûts de production, les coûts de dépollution de l 'eau et les coûts de santé, et si on injectait ça en aides à l 'hectare, les produits bio coûteraient beaucoup moins cher que les produits conventionnels.
Nora Bouazzouni
On parlait après de l 'album aussi.
Jacques Caplat
Et donc, le problème de l 'environnement, enfin, la question de l 'environnement, ça ne devrait pas être un problème. Si elle était intégrée par les politiques publiques, l 'environnement devrait être un atout. Et respecter les règles environnementales devrait permettre aux agriculteurs d 'avoir plus de revenus. Mais aujourd’hui, ce n 'est pas le cas.
Thomas Gibert
Je souscris pas mal à ce qui vient d 'être dit. Effectivement, il y a un souci de normes qui s 'empilent les unes aux autres et qui fait qu 'on doit changer les chaussures à tel endroit, puis aller se changer… faire attention à nettoyer les mains là etc. et qui du coup au quotidien sont extrêmement lourdes et qui sont des normes notamment adaptées à des systèmes très industrialisés quoi. Et donc il faut qu 'on entende aussi ce raz le bol par rapport à ça. Et après, c 'est vrai que du coup, la FNSEA elle est plutôt derrière. profiter de ce ras -le -bol -là pour aussi faire passer des abaissements de normes qui ne profitent qu ' à l 'agro -industrie parce qu 'en réalité les paysans et les paysannes, c 'est quand même les premiers touchés, quand c 'est nous qui mettons les pesticides, et moi, je connais aucun paysan qui le fait par plaisir, quand se retrouver face au pulvérisateur, avec le bidon, avec Wattel, signe de mort, etc. En vrai, on se sent mal, quoi. Pour l 'avoir fait, etc. Donc, il y a aussi quand même la mort, qui, c 'est en bonne santé, on sait bien que ça apprécie la séquence. cette fausse idée que les paysans ont envie de bourriner en pesticides, etc. Il y a clairement un sujet, et c 'est vrai que nous on porte que l 'abaissement des normes, pour nous c 'est une question en priorité de santé des paysans et des paysannes, notamment sur l 'environnement. Et c 'est là qu 'on a notre classe en tant que syndicat. sur la reconnaissance des maladies professionnelles, on fait un gros bouleau, et notamment avec les syndicats de salariés.
Jacques Caplat
Et si je peux ajouter une petite chose, c 'est que la question, cette question -là se poserait complètement différemment si on posait aussi sur la table la gravité du dérèglement climatique. Parce qu 'en fait, abaisser les normes environnementales, c 'est rendre l 'agriculture encore plus fragile face au dérèglement climatique. Et ça, c 'est suicidaire. Si on veut que l 'agriculture française demain soit encore capable de produire, il faut changer les modes de production pour la rendre liée à l 'environnement et résiliente face au dérèglement climatique. Et ça, c 'est surtout pas en abaissant les normes environnementales.
Nora Bouazzouni
Oui, c 'est le cercle vicieux. Donc là on voit dans le projet d 'arrondissement agricole justement on a baissé certaines choses, notamment sur les pesticides et notamment le glyphosate aussi, un peu de recul justement des normes environnementales.
Jacques Caplat
Réintroduire des pesticides non discontinués, facilite l 'agrandissement des élevages. de faciliter la grande distribution
Nora Bouazzouni
Ce qui va à l 'encontre d 'une forme de bon sens pour justement avoir un système. pour justement avoir un système.
Jacques Caplat
L 'irrigation industrielle, l 'irrigation massive, ça ne profite qu 'à quelques gros accro -managers. Ce n 'est pas les petits paysans de la conf qui bénéficient des bassines d 'irrigation.
Nora Bouazzouni
Il ne nous reste pas beaucoup de temps, hélas, mais j 'ai tellement de questions à vous poser, alors je vais essayer de me concentrer Désolée pour les questions qui vont arriver, parce que là, il faut qu 'on parle de trucs. Donc le projet de loi agricole, l 'examen avait été interrompu en 2004 après la dissolution de l 'Assemblée nationale puis la censure du gouvernement Barnier. Ce projet de loi agricole fait, je cite, de la souveraineté alimentaire, un objectif structurant des politiques publiques. Sauf que, on le disait, c 'est assez catastrophique, pour aller de là, en termes environnementaux, justement au nom de cette souveraineté qui devient, je cite encore, un intérêt fondamental de la nation. C 'est quoi ? Thomas, tout à l 'heure, tu as défini la souveraineté alimentaire. Jacques, on parlait aussi du dévoiement de cette souveraineté alimentaire. Est -ce qu 'on est bien parti pour l 'atteindre, cette souveraineté ? J 'ai l 'impression que non. Et à quel prix, en fait ?
Jacques Caplat
En fait, pour répondre, pour atteindre la logique, pour respecter la logique de la souveraineté alimentaire telle qu 'elle est définie par la Via Campesina, qui est donc un syndicat, on ne l 'a peut -être pas précisé tout à l 'heure, c 'est un syndicat mondial dont la Confédération Paysanne est l 'adhérent français, c 'est à ma connaissance le plus grand syndicat en nombre d 'adhérents de l 'histoire de l 'humanité, c 'est pas rien quand même. Ça donne aussi de l’espoir en termes de dynamique du monde paysan à travers le monde. mais cette définition qui a été faite par la via Campesina a été reprise dans la déclaration des nations unies UNDROP Donc c 'est quelque chose qui est internationalement défini et la définition qu 'on trouve dans la loi de l 'alimentation agricole, c 'est pas du tout ça. Donc c 'est une trahison parce que c 'est une définition internationale. La France ne respecte pas cette définition. Ce que vise la France là, c 'est pas du tout d 'aller vers une autonomie à l 'échelle des sociétés, c 'est -à -dire le droit des sociétés à définir leur agriculture et leur relation à leur territoire. C 'est -à -dire en un peu démocratique finalement ? Voilà, ce qui a fait une logique de droit et d’alimentation. Droit et alimentation, exactement. Voilà, ce qui est en fait une logique de droits et d 'alimentation. Là, ce qui est dans la loi, c 'est uniquement un souverainisme agroalimentaire dans l 'intérêt de l 'économie agroalimentaire de la France. Donc on va continuer à importer et de l 'export, justement. du gaz russe ou kazakhe pour fabriquer des engrais azotés. Donc on va être complètement dépendant de l 'étranger. Donc ce n 'est pas du tout une souveraineté. On va être complètement dépendant de l 'étranger en engrais azotés. On va continuer à importer massivement du soja d 'Amérique du Sud pour alimenter nos bétails hors sol ou semi hors sol. Donc on n 'est pas du tout dans une logique de souveraineté alimentaire. Faire une souveraineté alimentaire, ça voudrait dire s 'émanciper des engrais azotés. Ça voudrait dire cultiver des légumineuses. Ça voudrait dire redessiner l 'élevage dans le territoire français. en le réduisant en nombre pour ne pas importer d 'aliments, etc. Donc il y a plein de choses qu 'on pourrait faire, mais que l 'AOE ne fait pas.
Nora Bouazzouni
Thomas, tu voulais réagir ?
Thomas Gibert
Oui, c 'est sûr que c 'était une bataille qu’il mène depuis longtemps avec le ministère qui a voulu à un moment inclure aussi l 'autonomie agro -énergie dans la définition et pour en, du coup, de ce fait -là, permettre le développement de la métallisation, de l 'agrivoltaïsme, donc le photovoltaïque sol avec deux, trois animaux pour faire joujou en dessous. Et donc, oui, forcément, en fait, vu que le mot est entré un peu dans le langage courant, il y a une bataille sémantique claire qui s 'est faite et qui n 'est clairement pas terminée. Et effectivement, la Via Campesina, qui est à l 'origine de ce terme -là, fait tout pour empêcher qu 'il soit dévoyé.
Nora Bouazzouni
Il y avait juste une question de Sonia Yawaska qui demandait comment arrivez -vous à intégrer les normes environnementales, les questions environnementales, pesticides, etc. Est -ce qu 'elles s 'opposent avec l 'idée d 'une juste rémunération ?
Thomas Gibert
Nous, clairement, il ne faut pas qu 'elles s 'opposent. Pour l 'instant, aujourd’hui, c 'est aujourd 'hui, disons qu 'on est un peu face à un plafond de verre en termes de développement d 'agricultures paysannes, enfin, voilà, bio et labellisés, etc., parce qu 'il y a cette question d 'accessibilité à l 'alimentation. Nous, on se rend bien compte que… nos clients et nos clientes dans nos magasins, sur le marché etc, c 'est plutôt des personnes de la classe moyenne et supérieure et malheureusement les pauvres n 'y ont pas accès à nos productions.
Nora Bouazzouni
Oui, des AMAP, c 'est la même, c 'est ça.
Thomas Gibert
Oui, oui, et du coup, on est face à une alimentation à deux vitesses. Et qu 'il faut bien comprendre que pour pouvoir se rémunérer en agriculture paysanne, on est un peu obligé, enfin beaucoup d 'entre nous, utilisons des niches économiques, quoi, qui est du coup les circuits courts, etc., et qui du coup cible une certaine population qui a de l 'argent et que par définition, cette niche économique, elle n 'est pas extensible à l 'infini. Et que du coup, si on veut déplacer ce plafond de verre en termes de développement de l 'agriculture paysanne, il va falloir réfléchir à une redistribution massive de la richesse et ce sera du coup l 'objet de ta prochaine émission sur la sécurité sociale de l 'alimentation qui est une revendication qui a été à l 'initiative de Paysan et de Paysanne de la Confédération Paysanne et du CIVAM, etc. Et qui, à notre sens, répond à énormément d 'enjeux que ce soit en termes d 'accessibilité à de l 'alimentation, mais aussi de solvabilité du marché permettant une juste rémunération des paysans et donc une installation massive, etc. émissions sur la sécurité sociale.
Nora Bouazzouni
En fait, oui.
Thomas Gibert
En fait, cette question -là.
Jacques Caplat
Moi, j 'aime bien me présenter sous l 'angle, pour arrêter de se faire piéger par les mots de nos adversaires, c 'est qu 'en fait, pourquoi ces productions paysannes, bio etc. sont plus chères ? C 'est tout simplement parce que les paysans qui font ça, qui ont ces pratiques -là, ne répondant pas aux attentes du modèle qui domine, subissent des distorsions de concurrence. C 'est d 'énormes distorsions de concurrence dans l 'accès aux aides, les prêts bonifiés, les aides de la politique agricole commune. Donc, sur plein de domaines, il y a des distinctions de concurrence et en fait ils compensent ces distinctions de concurrence en vendant plus cher. Évidemment, ça n 'est pas viable à long terme. Le but, ce n 'est pas de produire pour les riches.
Nora Bouazzouni
Il faut compenser les coûts de production, en fait.
Jacques Caplat
Donc la seule solution, c 'est de remettre à plat la réalité des coûts de production. Donc soit ça peut se faire par la puissance publique qui va organiser le système d 'aide pour qu 'elle soit réellement rémunérateur des services rendus, soit, c 'est aussi la logique qu 'on a à agir pour l 'environnement de travailler dans ce domaine -là maintenant, c 'est de dire à défaut d 'avoir des puissances publiques qui soient prêtes à agir à ce niveau -là, essayons d 'agir à l 'échelle des consommateurs pour rendre l 'alimentation de qualité paysanne, bio, accessible à tout le monde. C 'est si bien tout le monde ! Il faut travailler, enfin, aussi, j 'attends avec impatience la prochaine émission.
Nora Bouazzouni
Ah bah vous regarderez, vous regarderez avec plaisir. On parlait d 'argent, mais ma question, donc je vais rebondir sur ce que vous venez de dire tous les deux, ma question à un milliard, elle est pour Jacques, est -ce qu 'on peut nourrir le monde sans agriculture intensive, voire avec uniquement du bio ?
Jacques Caplat
La réponse est oui pour les deux, sans aucune hésitation. En fait, aujourd’hui, on a un corpus extrêmement robuste d 'études scientifiques qui le démontrent. À l 'échelle mondiale, pour la bio, ça fait très longtemps qu 'on le sait. Globalement, il faut savoir qu 'à l 'échelle mondiale, on produit 50 % de plus que la consommation nécessaire pour nourrir l 'humanité. Oui, on sait que ce n 'est pas la…
Nora Bouazzouni
C 'est pas la disponibilité de problème, mais l 'accessibilité.
Jacques Caplat
C 'est l 'accessibilité, la fin d 'un monde c 'est un problème de pauvreté et donc il n 'y a pas de problème de production si on prend le blé en France par exemple 60 % du blé va à l 'alimentation du bétail si on réorganise le bétail pour qu 'il soit à l 'herbe on n 'aura plus ça et 40 % dans les 40 % qui reste la moitié est exportée pour la spéculation internationale des plus grosses fermes à l 'international des plus grosses fermes et dans les 20 % qui restent il n 'y en a même pas la moitié qui va vraiment enfin à peu près la moitié qui va enfin… Sur toutes les productions, on peut faire ce genre de calcul. On a une énorme marge en termes de capacité de production. Il y a même des études aujourd 'hui, par exemple de Solagro à fin de 2050 ou de Lidri à l 'échelle européenne, l 'étude TIFA, T -Y -F -A, qui démontrent qu 'on peut sans problème nourrir l 'Europe, par exemple, en étant 100 % bio. Et en l 'occurrence, c 'est l 'Europe le plus dure, parce que pour le reste du monde, c 'est beaucoup plus facile de nourrir en bio, puisque dans le reste du monde, le modèle conventionnel qui a prétendu monde si gros rendement… n 'a pas de si haut rendement dans le reste du monde. Il n 'y a qu 'en Europe qu 'il a vraiment marché. Donc dans le reste du monde, passer du conventionnel à la bio, ça ne fait pas bouger les rendements en fait, voire ça les augmente dans plein de régions. Le programme des Nations Unies pour l 'environnement a montré qu 'en Afrique, le passage au bio double les rendements. Par contre, en Europe, ce n 'est pas vrai. Mais en Europe, même avec la particularité d 'un modèle conventionnel qui a des formidables rendements, tant que le climat ne s 'effondre pas, même avec cette idéal théorique qu 'on arrive encore à maintenir, on peut passer en bio et nourrir Europe. Donc ce n 'est pas un problème. Le problème est vraiment politique.
Nora Bouazzouni
Il me reste quelques questions, je vais essayer de faire rapidement. Et vous aussi, malheureusement, on n 'a plus beaucoup de temps, parce que Jacques, il a un train à prendre. Il retourne en Ille -et -Vilaine, donc on ne va pas lui faire rater son train à Montparnasse. Une question sur… La loi Egalim sur la bio, on est d 'accord que c 'est du grand n 'importe quoi. Les objectifs ne sont absolument pas atteints. Sur les prix minimum garantis aux agriculteurs, c 'est pareil. On n 'y est pas du tout.
Thomas Gibert
Il n 'y a rien sur le revenu !
Nora Bouazzouni
Il n 'y a rien là -dessus. La conf paysanne milite pour un revenu paysan. Thomas, ça consiste en quoi ? Un revenu paysan. Qu 'est -ce que ça veut dire concrètement ?
Thomas Gibert
Pour nous, le revenu est intimement lié au prix de nos productions. Et donc, la bataille se fait sur comment obtenir ce prix minimum garanti. Nous, on se bat pour un prix minimum garanti qui doit comporter plusieurs choses. C 'est nos charges liées à la production, notre rémunération, que nous, on souhaite que ce soit au minimum un SMIC, mais pour que ce soit vraiment l 'idée d 'un prix minimum et dans l 'idée que ce soit possible d 'avoir plus. Et la troisième chose qui est extrêmement importante, c 'est notre couverture sociale. On doit être capable de payer des cotisations sociales, parce qu 'en réalité, ce n 'est pas possible de continuer à avoir des retraites de misère comme aujourd 'hui. En cas d 'accident du travail, il faut savoir qu 'on a des indemnités de 21 euros par jour. Donc ça correspond à peu près au quart de ce que pourrait nous payer, voire au cinquième de ce que pourrait nous coûter un salarié ou une salariée pour nous remplacer. Donc aujourd 'hui, il y a cette question qui est hyper importante pour la protection sociale. Donc il y a cette revendication du prix minimum garanti qui doit être liée à des outils de régulation du marché international pour éviter d 'être en concurrence sur le marché international et nous, on a des propositions de prix minimum d 'entrée qui sont des propositions plutôt internationalistes en solidarité avec les travailleurs et travailleuses des pays exportateurs. Et ensuite, il faut aussi une répartition des volumes de production. C 'est -à -dire ? Si on pose un prix minimum garanti, rien n 'empêchera quelques gros agro -industriels de s 'emparer des marchés et du coup de s 'accaparer l 'ensemble des outils de production. D 'ailleurs, c 'est l 'un des premiers principes de l 'agriculture paysanne, c 'est la juste répartition des volumes de production dans l 'optique. d 'être des paysans et des paysannes nombreuses sur les territoires.
Nora Bouazzouni
Une forme de plafonnement, quoi.
Thomas Gibert
Oui, exactement comme ce qui se passait avec les quotas à laitier il y a encore quelques années, c 'était il n 'y a pas si longtemps, on ne pouvait pas produire au -delà d 'un certain quota et ça permettait du coup de maintenir des éleveurs et des éleveuses nombreux. Et du coup, aujourd 'hui, depuis que ces quotas ont disparu… Il faut voir à quelle vitesse le nombre d 'éleveurs a chuté. C 'est quelque chose d 'absolument effrayant et donc nous évidemment on se dit qu 'il y a une urgence à remettre aussi ces outils de régulation et de redistribution des volumes de production.
Nora Bouazzouni
Et on pourrait aussi, alors on n 'a pas le temps, mais parler d 'une refonte de la PAC, la politique agricole commune qui est inefficace et qui profite effectivement parce que c 'est payé à l 'hectare, subventionné à l 'hectare, aux énormes exploitations. Et justement, celle qui emploie le moins de gens et le moins de salariés et le moins de paysans, donc qui tue ce nombre de paysans finalement. Les paysans dont on sait qu 'ils sont très subventionnés malgré tout, ne gagnent pas correctement leur vie. On a aussi des écarts de revenus énormes dans cette profession, qui est parmi les plus grands écarts en France en termes de comparaison. le surendettement des agriculteurs et agricultrices aussi, on pourra en parler. Je vous conseille de lire le livre Silence dans les champs de Nicolas Legendre qui a été pris en 2023 en tout cas pour, il parle beaucoup de la Bretagne mais pour comprendre aussi ce surendettement et puis le remembrement, enfin c 'est très intéressant pour parler justement systémique et de voir où est -ce qu 'on en est aujourd 'hui, à cause de quoi on en est aujourd 'hui. Pour finir ma dernière question, Jacques, si vous aviez une baguette magique pour faire passer trois lois, et vous aussi Thomas, vous changeriez quoi ? Ce serait quoi ? Très rapidement ? Trois lois.
Jacques Caplat
D 'abord, la sélection paysanne adaptative et évolutive. Donc on parle des semences ? Voilà, sortir d 'une sélection centralisée pour des logiques industrielles standardisées et massifier et aller vers une sélection adaptative au terroir. On n 'utilise pas les variétés anciennes parce qu 'on a une nostalgie de l 'ancien. On utilise les variétés anciennes parce que c 'est celles qui ont encore une capacité d 'évoluer et une diversité génétique. Mais après, on les fait évoluer avec le monde d’aujourd’hui évidemment et le monde de demain.
Nora Bouazzouni
Oui, on fait comme on le faisait bien avant, c 'est -à -dire que les paysans sélectionnent eux -mêmes et ont le droit de réutiliser leurs semences qu 'ils sélectionnent.
Jacques Caplat
Ça, c 'est la meilleure façon de s 'adapter au dérèglement climatique et à plein de choses aussi. Ensuite, c 'est déspécialiser les territoires. Par exemple, en matière d 'élevage, il y a beaucoup trop d 'élevage en Bretagne et il n 'y en a pas assez en fait dans les zones de culture si on veut pouvoir se passer d 'engrais et de pesticides. Donc on a besoin de redessiner le paysage, il y a des lois, on peut passer des lois sur l 'autonomie. D 'ailleurs il y a des projets qui existent aujourd’hui de lois en matière d 'autonomie en légumineuse, réduire donc la quantité de viande qu 'on va manger, enfin voilà. C 'est une loi sur la question de l 'autonomie du territoire en matière de… Et je n 'ai pas forcément de troisième loi, c 'est de là déjà, j 'aurais beaucoup. Moi, si je pouvais, c 'est pas tellement une loi, mais la troisième que je mettrais en avant. C 'est déjà pas mal. c 'est, en termes d 'accompagnement technique, c 'est de mettre des gros moyens pour toute la recherche sur les cultures associées, c 'est -à -dire pouvoir mélanger plusieurs cultures en même temps dans la même parcelle, parce qu 'à la base, c 'est vraiment ça qui permet la plus grosse production de biomasse quelles que soient les conditions climatiques changeantes et donc qui permet de nourrir bien le monde et c 'est beaucoup plus respectueux de l 'environnement.
Nora Bouazzouni
Et sur la bio, vous feriez une loi parce qu 'alors c 'est la crise là.
Jacques Caplat
Oui alors, oui vous avez raison, j 'aurais pu mettre en troisième loi une loi de soutien à la bio Deux mots sur la crise du bio d 'ailleurs ? Alors sur la crise du bio en fait c 'est une crise qui est due à la fois à un problème de fond, c 'est -à -dire qu 'il n 'y a plus de soutien public à l 'agriculture bio depuis plusieurs années. sur la caisse bio d 'ailleurs. Depuis Macron, il faut le dire, c 'est très clair, il a arrêté le soutien à la bio, et ça crée deux phénomènes terribles. C 'est un, évidemment, la rentabilité des fermes bio a baissé, mais ça crée aussi un effet d 'insécurité terrible pour les paysans. Les paysans qui envisageaient de passer en bio ou ceux qui venaient de passer en bio, comment font-ils font ? Et même quelqu 'un qui n 'est pas encore passé en bio mais qui pouvait penser le faire, il a envie de savoir où il va. S 'il voit que c 'est abandonné par les pouvoirs publics, il ne va pas essayer.
Nora Bouazzouni
Oui, il y a une forme de précarité même dans la vie quotidienne. c 'est -à -dire dans la vie quotidienne. de tous les jours.
Jacques Caplat
Et puis il y a une cause, alors en fait il y a trois grands domaines de cause, parce qu 'il y en a plein, mais un deuxième grand domaine qui a eu un travail de SAP, de l 'agroindustrie, d 'éditorialiste, etc. pour saper l 'image de la bio. Et c 'est très clair, la profession bio -européenne est unanime là -dessus. La bio a atteint 10 % en Europe aujourd’hui, elle fait peur. Elle fait peur à l 'agro-industrie. Tant qu 'elle était en dessous, c 'était une niche, comme tu disais, c 'était côté, elle sortait pas de sa niche, donc ça allait. A partir du moment où elle commence à en sortir, il faut la battre. Et puis, il y a un troisième élément, c 'est les grandes surfaces qui ont massivement déréférencé leurs produits bio, enfin baissé le nombre d 'offres de produits bio au magasin en 2021. Et c 'est ça qui a provoqué en fait la baisse de consommation d 'abord dans les grandes surfaces, puis ensuite par un effet de panique et d 'entraînement, parce que les médias ont fait comme si c 'était partout, alors que c 'était au départ que dans les grandes surfaces. Ça a créé aussi un effet de panique. Après, il y a l’inflation, il y a plein de problèmes, mais ça, c 'est des problèmes conjoncturels que normalement on devrait pouvoir résoudre. Et donc, si je pouvais agir sur la bio aujourd’hui à très court terme, ça serait faire appliquer la loi EGalim pour qu 'il y ait 20 % de produits bio dans les cantines, mais d 'ensemble des cantines, y compris les EHPAD, les hôpitaux, les transports en commun, etc. Et notamment les lieux où il est important de bien manger, je pense, aux EHPAD et aux hôpitaux, et des écoles bien sûr, mais ça c 'est prévu, et puis en re… toutes les restaurations collectives, les prisons, les transports en commun, etc. Vous n 'avez pas d' hôpitaux ? en attribuant enfin à nouveau des aides pour rémunérer les services rendus par les agriculteurs bio. Et en fait, l 'autre élément qui est pour moi très important, mais je ne vais pas en parler puisque c 'est le sujet de la prochaine mission, c 'est la sécurité sociale de l 'alimentation, qui pour moi doit être une sécurité sociale de l 'alimentation bio.
Nora Bouazzouni
C 'est parfait, vous me faites des transitions magnifiques pour l 'an prochain. Très rapidement Thomas, vous avez trois lois, trois vœux, trois souhaits. J 'ai oublié.
Thomas Gibert
Bah, je les ai déjà un peu dit, évidemment, il faut commencer par la question du revenu, donc le prix minimum garanti qui soit absolument protégé, qui est une juste rémunération et répartition des volumes de production. Ben oui, c 'est ce que vous portez… Ensuite, en deux, je pense qu 'il y a la question du foncier qu 'on a déjà aussi, donc du coup, instaurer une nouvelle loi foncière qui priorise également l 'installation et le partage de notre outil de production principal parce que notre outil de production, c 'est la terre. et en trois, bien sûr, la sécurité sociale de l 'alimentation. Mais en revanche, je ne parlerai pas de diriger vers la bio, etc., mais je mettrai plutôt en avant l 'aspect démocratie alimentaire que cette proposition amène et que, qui est selon nous la force aussi de cette proposition, c 'est de dire qu 'on va permettre aux citoyens, aux citoyennes de choisir leur alimentation en connaissance de cause de reprendre le pouvoir sur notre alimentation et sur le système, justement. Justement. qu 'on dénonce et puis on a bien compris. Pour que ça change, il faut accompagner les paysans et les paysannes, c 'est le plus important. J 'ai juste deux recommandations à faire, j 'ai déjà fait la première silence dans les champs, édition Artaud. J 'ai aussi un documentaire de L214 sur la FNSEA, qui est très bien. Alors même si vous n 'êtes pas antispéciste, le documentaire est super, c 'est vraiment sur l 'agriculture intensive. Il s 'appelle d 'ailleurs FNSEA Syndicat de l 'agriculture intensive, je vous conseille vraiment de le voir, il est super ce docu.
Nora Bouazzouni
Et je le rappelle donc Jacques Caplat, votre livre qui vient de sortir vraiment il y a genre une semaine, quelque chose comme ça. Agriculture industrielle, on arrête tout et on réfléchit, édition Rue des Chéquiers, édité avec Agir pour l 'environnement, le voici, vous pouvez vous le procurer un peu partout. Je vous remercie beaucoup Thomas Gibert, secrétaire à la Conf Paysanne, Jacques Caplat, agronome, anthropologue et auteur. Vraiment, c 'était super. Merci à tout le monde dans le tchat, merci pour vos questions. Je suis désolée de ne pas avoir pu en prendre plus que ça, mais on ne peut pas allonger, sinon le train de Jacques va partir sans lui Mais je vous dis merci, vous êtes vraiment nombreux et nombreuses. Je suis toujours très contente d 'animer cette émission. Vous êtes au rendez -vous, Auposte et donc on se voit le mois prochain pour parler de sécurité sociale, de l 'alimentation.

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