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5 années de résistance face à la guerre sociale de Macron (2017/2021)

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café. Bonjour amis de la Macronie. Salutations. Vous allez souffrir.
David Chauvel
Bonjour à vous, monsieur.
David Dufresne
Très bien, voilà, soyons précis. Voilà, ça c’est bien.
David Chauvel
Commençons dans la précision.
David Dufresne
Macron et son projet néolibéral de citoyens racontent cinq années de guerre sociale aux éditions Delcourt.
David Chauvel
C’est un documentaire dessiné.
David Dufresne
Absolument.
David Chauvel
Chronologique, mais qui démarre un peu avant l'élection d’Emmanuel Macron, qui se termine un peu avant sa réélection. Oups pardon, je ne l’ai pas dit ou pas ? On verra bien.
David Dufresne
Il est en cinq actes, je crois. Le premier est évident, c’est l’accession du pouvoir par Macron à Amiens, puis très vite à un lycée chic de Paris, puis les banques et les cabinets ministériels. Cette vidéo de théâtre qui, semble-t-il, est connue, qui sert de gimmick à votre bande dessinée. Ce geste-là, qu’on va retrouver très très souvent, c’est pour vous remettre Patte et le dessinateur. Et c’est là qu’il y a le regard aveugle et muet.
David Chauvel
Qu’au moment où j’ai vu cette vidéo, donc Emmanuel Macron, lycéen et énorme, aussitôt je me suis dit épouvantail formidable mais, mais merci, merci, merci, merci tellement ! Je prends, je prends et je garde. Et après ça va me servir de fil conducteur de figure.
David Dufresne
C’est ça.
David Chauvel
Tout au long du livre.
David Dufresne
Ce qui est particulièrement cinglant, je trouve, dans les premières pages, c’est qu’on voit que Macron ne naît pas forcément de sa petite bourgeoisie, mais va devenir riche et va évoluer très vite dans un monde de très riches et va s’entourer de gens très riches. Et ça commence par la banque. Et alors il y a cette phrase : On est comme une sorte de prostituée. Le job, c’est de séduire. Qui dit ça ? Tu te souviens ?
David Chauvel
Ah bah oui. Emmanuel Macron lui-même, ça lui arrive souvent d'être débordé par ses propres paroles. Mais là, je pense qu’il a d’autant moins mesuré que, si ma mémoire est bonne, il parlait à un journaliste étranger, tu sais.
David Dufresne
Le Wall Street Journal.
David Chauvel
Voilà, c'était ça. Donc je pense qu’il a fait moins de filtres.
David Dufresne
Alors, il y a une enquête dans le sens où je sais où c’est archi-documenté. Là, on sent que tu es allé regarder toutes les vidéos, chercher des passages, des articles, des enquêtes, etc. Mais je dis presque, parce qu’en fait c’est une mise en image de cinq années de pouvoir, au fond, et donc il n’y a pas de révélation. Voilà, c’est pas, c’est pas de l’investigation, mais c’est, c’est un élan, c’est un souffle.
David Chauvel
On peut parler de l’origine du bouquin, si tu veux, hein, c’est pas assez précis. Je ne sais pas si tu te souviens. Début 2019, il y a eu une émission qui s’appelle Arrêt sur images et il y avait un journaliste qui s’appelle David quelque chose et qui a versé quelques larmes en direct. C’est quand même rarissime de voir un homme pleurer sur un écran, pendant et dans une fiction. C’est rarissime à un moment comme ça, assez fort, assez poignant et épouvantable. Inconcevable. Est-ce que j’aurais jamais pu imaginer ? Et moi, j’ai pleuré aussi. Tu vois des gens avec la main arrachée, l'œil en face, tu te dis mais qu’est-ce qui se passe dans mon pays ? Quoi ? C’est le début du bouquin, c’est ça ?
David Dufresne
Toutes ces images, si je les prends en pleine figure. Et puis là, tout d’un coup, elles me reviennent. Je vais reprendre mes esprits, sur le pas de mes esprits. C’est la première fois que ces images vous provoquent cette réaction. Vous les prenez pendant que vous les tirez. Pourquoi je suis triste quand je suis tout seul ?
David Chauvel
C’est marrant. Excusez-moi, je me transforme en intervieweur. Mais quand tu dis d’un seul coup de les avoir vues en grand écran, ça m’a fait ça. Ça n’a pas été un point de départ de ton film ?
David Dufresne
C’est au moment où je te le dis dans la forêt, au moment où j’ai une association d’idées.
David Dufresne
Où je te le dis, je me dis : Ah oui, tiens, c’est marrant, deux ans plus tard. Mais bon. Alors David, contre David.
David Chauvel
Alors, puisque c’est moi qui suis là pour vendre ma camelote.
David Dufresne
Camelote, alors votre camelote, c’est la trahison !
David Chauvel
Ha ha ha ha ! Allez, je m’en vais !
David Dufresne
Votre camelote, la trahison de Macron vis-à-vis de Hollande qui a cette très belle phrase, Hollande à son bureau ou à son piano, je ne sais quoi, qui dit : il m’a trahi avec méthode. Avec méthode, ce qui est quand même une belle phrase.
David Chauvel
Ah, c’est une épitaphe ça.
David Dufresne
Pour vous, c’est ça ? C’est une phrase.
David Chauvel
Terrible, ça dit beaucoup de choses du bonhomme, je dirais. Et la trahison, la méthode, et les mots. Mais quand tu es dans les sphères du pouvoir, quand tu aspires à le devenir… Parce qu'à un moment, je pense que, assez rapidement, l’ambition, elle s’est faite jour en lui. Et je ne vais pas commencer à raconter la psychologie d’Emmanuel Macron. Je ne suis pas compétent et je m’en fous. Mais je pense qu'à un moment, est-ce que tu peux devenir président ? Ce n’est pas comme ça. Oui ?
David Dufresne
Non ? Si, si, on doit retenir la trouvaille du bouquin, c’est celle-ci : Macron candidat et Macron ado, le même geste. Voilà, parce que c’est notre projet. Voilà, ça c’est l'épouvantail.
David Chauvel
Je ne pouvais pas ne pas le faire en face. C’est vraiment… Il y a des choses, des évidences qui me tendent les bras.
David Dufresne
Vous revenez beaucoup sur les chiffres de l'élection et notamment sur le premier tour. 13 % des Français ont clairement exprimé leur volonté qu’il devienne président de la République. Et ça, ça revient plusieurs fois dans le bouquin. C’est quoi ? C’est une façon de dire qu’il n’est pas légitime ? C’est une façon de dire qu’il y a un problème avec la Cinquième République, c’est quoi les deux ? ?
David Chauvel
Les deux. Il y a 3 000 000 Français qui ont voté en toute connaissance de cause et en toute volonté pour, pour et pas contre quelque chose ou pour éviter autre chose et qui ont voté pour le programme d’Emmanuel Macron. Il y a 8 600 000 personnes qui votent pour lui au premier tour. Ensuite, il y a 25 % d’abstention. Au deuxième tour, il y a 20 000 000 de personnes qui votent pour Macron. Il y en a presque la moitié qui votent uniquement pour faire barrage au Front national. Donc ça lui en reste la moitié, il y a un sondage qui nous dit que là-dessus, il y en avait 16 % qui ont voté par conviction pour son projet, donc à la fin, une fois que tu descends tes chiffres, tu arrives à 3 millions de personnes. Le bloc bourgeois, qui est principalement la pierre angulaire, le socle sur lequel s’appuie Emmanuel Macron, c’est quelques millions de personnes. C’est eux qui sont en pleine adhésion. Les autres, soit sont mollement un peu attirés, soit par son côté un peu jeune, de son côté, c’est le Valéry Giscard d’Estaing des années 2020 qui parle startup nation, blabla, qui part ? Ah ben tiens, je vais pas, je vais plus payer de taxe d’habitation, c’est super, mais les gens qui sont vraiment dans la conviction que c’est, que c’est formidable et qui ont flairé, il est surtout du côté de l’argent, de l'économie. Les chiffres, je trouve que c’est important, alors ça ne peut pas suffire, mais c’est vachement important une tirelire qui se vide, c’est tous les cadeaux faits. Oui, c’est ça.
David Dufresne
C’est là la grande force de ta BD. Il y a la question de la légitimité, il y a la question de la richesse de ces gens qui ont quand même un patrimoine dingue.
David Chauvel
Macron, c’est l’entreprise au gouvernement, c’est le gouvernement qui devient une entreprise et les entrepreneurs deviennent des gouvernants. Quand tu as X millionnaires dans ton gouvernement et c’est pour ça que je fais du jeu, j’en reviens à ce que disait Muriel Pénicaud. On fait un portrait, on la met de dos et puis on met l’ensemble de tout ce qu’elle a fait dans sa carrière, de tous les mandats, de tous les postes qu’elle a occupés et qui l’ont fait aboutir à un patrimoine de 10 millions d’euros.
David Dufresne
Et vous le faites avec plusieurs protagonistes.
David Chauvel
On fait avec quelques-uns. On ne pouvait pas le faire avec tous, mais il y en avait beaucoup en fait, dans le gouvernement. J’ai envie de dire, c’est tombé sur elle parce qu’elle avait un poste central quand même, la ministre du Travail. Mais je veux dire, à un moment, quand les millionnaires, ça conditionne ta manière de penser, c’est pas possible autrement. Eh bien tu parles. Ils parlaient de vous. Tu penses qu’un millionnaire chasse l’autre et voilà, quand le cancer macroniste s’en va, ils en mettent un autre à la place. Il n’y a pas de souci. Ce ne sont pas des questions, encore une fois, ce n’est pas une question de personne.
David Dufresne
J’ai vu quelqu’un dans le tchat dire oh, ça a l’air verbeux la BD.
David Chauvel
C’est loquace et c’est pas Boule et Bill. Avec tout le respect que je dois…
David Dufresne
Comme il y a un art de la mise en scène, ça passe très bien et il y a vraiment très régulièrement des trouvailles esthétiques qui résument.
David Chauvel
À chaque fois que je ressortais de ma documentation et que je revenais à l'écriture de l’album, j'étais toujours en train de me dire : dramaturgie, dramaturgie, sois pas chiant. La mise en scène, le dessin de Malo, le découpage qui dynamise, qui voilà, qui permet de respirer.
David Dufresne
Et là, ça se passe comment justement, entre le scénariste et le dessinateur ?
David Chauvel
C’est des suggestions. Moi je donne le texte, la case et je lui suggère des images, il m’envoie la page et il a mis autre chose et là, on fait la bagarre ou pas.
David Dufresne
C’est un voyage dans le temps. C’est-à-dire que c’est drôle parce qu’on tourne surtout dans les premières pages, parce que c'était il y a cinq ans et parfois ça paraît très long. Il y a des trucs qu’on a oubliés et… Et qui reviennent. Ça, c’est l’art du scénariste, c’est-à-dire qui, en fait, va éclairer ce qui va se passer deux ou trois ans plus tard. Par exemple, il y a des débats qu’on lit.
David Chauvel
Cette conversation qui ressort entre des conseillers d’Emmanuel Macron, qui disent, qui, qui cherchent la manière de faire financer et, pour le dire brièvement, de faire financer la transition écologique par les pauvres. Parce qu’au final, le déclencheur ou en tout cas le catalyseur, à un moment, des gilets jaunes, c’est ça, c’est ça qui s’est passé. Et les conversations entre des gens qui sont au gouvernement et qui ne disent pas de manière cynique, ils le disent de manière… C’est presque plus, c’est presque plus grave. Ils le disent de manière technique : on va faire comme ça et puis voilà, et puis on aura transvasé ça dans ça et puis ça passera bien, c’est pas passé.
David Dufresne
Une bombe à retardement qui attend patiemment son heure. Les Macron Leaks révèlent-ils que la taxe carbone visait à financer des baisses de cotisations patronales ?
David Chauvel
Eh oui !
David Dufresne
Tu rappelles, vous vous rappelez tous les deux. En France, comme partout dans le monde, les plus riches émettent 40 fois plus de carbone que les plus pauvres. Mais ces derniers paient 4 à 5 fois plus de taxe carbone en pourcentage de leur faible revenu.
David Chauvel
Si tu veux, il y a assez peu de chances qu’on accepte d’accueillir Julian Assange, si tu veux. Après, est-ce que les Macron Leaks, ça leur a quand même coûté cher ?
David Dufresne
Ça leur a coûté cher. Bien sûr, il y a Benalla, l’affaire Benalla. Rapidement, rapidement. Les faits eux-mêmes, c’est-à-dire la place de la Contrescarpe, c’est évacué, on va dire, en une page qui est ici à gauche. Mais moi, ce qui m’a plu, c’est qu’en fait il y a une page sur ce qui se passe après, c’est-à-dire comment l'Élysée récupère des images. Et je trouve que ça décrit très bien votre travail. C’est-à-dire qu’il y a à la fois les faits majeurs : Benalla, place de la Contrescarpe, tout ça, et puis des choses qu’on a peut-être un peu oubliées de part et d’autre. Et là, par exemple, c’est le cas.
David Chauvel
On sait ce qui s’est passé depuis le début. On est à peu près au milieu, début 2020. Vu du quinquennat, du quinquennat, on sait ce qui s’est passé pendant deux ans et on ne sait pas ce qui va se passer après. Mais tant pis. Allez, on attaque le livre, on va partir du principe qu’il ne va pas ne rien se passer pendant deux ans. Et je t’avouerais que quand le Covid est arrivé, j’ai été saisi, j’ai vu ça, j’ai vu le pays se pétrifier. Si ça se trouve, on n’a plus rien à raconter pendant les deux dernières années, pour… Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça.
David Dufresne
Et est-ce que ce n’est pas particulièrement excitant ?
David Chauvel
Ouais, en direct. C'était vachement intéressant, mais c'était super stressant aussi.
David Dufresne
Alors ce qui m’a particulièrement plu, c’est comment vous racontez la genèse des gilets jaunes. C’est-à-dire que tu arrives à retrouver une des personnes qui a été la première à prendre le gilet jaune comme un symbole, etc. Là, t’as comment ?
David Chauvel
Il s’appelle ? Juste là, un coup ?
David Dufresne
Voilà, c’est ça…
David Chauvel
J’aimerais bien le retrouver pour lui envoyer son livre, si quelqu’un le connaît ici ou a son contact.
David Dufresne
Il est ici. C’est lui qui, en tout cas, fait une vidéo dont on dit qu’il est l’un des tout premiers.
David Chauvel
Alors il n’y a pas qu’on ne peut pas lui envoyer. Par contre, si ça dérange personne…
David Dufresne
Voilà qui est, qui elle est maintenant chez Zemmour, il y a aussi notre ami Olivier qui est venu nous parler de Facebook.
David Chauvel
Il l’a reçu et l’a salué apparemment.
David Dufresne
Il a fait un petit tweet : regardez sur la BD et tout.
David Chauvel
Et il y a un mail très sympathique. Moi, péquin moyen, quand je vois arriver le premier jour des gilets jaunes, je ne suis pas spécialement enthousiaste. Pourquoi vous ne descendez pas dans la rue pour vous mobiliser pour autre chose que l’essence ? Mais en tout cas, vous avez vu ce qui s’est passé dans le pays ces 30 dernières années. C’est ça qui vous fait descendre dans la rue ? Je suis comme ça, comme un con et je lis ce texte de Denis qui dit : voilà les prolos, c’est ça le peuple, c’est ça. Moi, c’est mes origines et c’est les miennes aussi que ma grand-mère regardait les vaches. Mon père, il n’a pas le bac. Voilà, je suis un prolo, c’est un truc que je ne vois pas, quoi, et les faits vont lui donner raison. Et il faut dire quand même que dans l’espace public, à l'époque, quasiment personne ne voit ça. Tout le monde pense que c’est un épiphénomène de gens un peu con.
David Dufresne
Vous reprenez les quelques éditorialistes de l'époque, c’est tordant. Je parle de Christophe Barbier où les mecs sont complètement à côté de la plaque, sont totalement déconnectés. Moi, ce qui m’a touché dans votre démarche, c’est que tu prennes autant de soin à expliquer les débuts.
David Chauvel
Et le cœur du bouquin, c’est de raconter la résistance des gens. Je vais raconter l’ascension de Macron, je vais raconter ses mesures anti-pauvres. J’ai raconté la manière dont il fait une politique pour les riches, donc la manière dont il va assécher le portefeuille des gens. Mais je vais le raconter vite parce que mon cœur de bouquin c’est, c’est la résistance. Je ne veux pas faire des citations à deux balles, mais bon, on sait bien que l’histoire est racontée par les vainqueurs et en l’occurrence, pour l’instant, les vaincus, les vainqueurs. Pour l’instant, on sait qui c’est, quoi !
David Dufresne
Là c’est les débuts, c’est l’acte avant l’acte deux, etc. Très vite, la question de la violence va arriver dans le débat public et dans la rue, dans la bédé. Mais d’abord, et je voudrais parler de ce petit dessin, que représente-t-il ? Les fachos ?
David Chauvel
Le déshonneur par association, c’est ce que la bourgeoisie a essayé d’appliquer aux gilets jaunes. C’est-à-dire que parmi vous, il y a des fascistes. Dénoncez-les, sinon vous êtes tous fascistes. Parmi vous, il y a des antisémites, dénoncez-les et exfiltrez-les, sinon vous êtes comme des racistes, etc. C’est un procédé vieux comme le monde. Tu te dis merde, le journaliste, il a passé 6 h dans une manif, il a trouvé deux mecs avec une pancarte antisémite. C’est la photo qu’il a ramenée. Je ne veux pas accabler tous les journalistes, on sait très bien. Après, ce sont les rédactions, après c’est les gens qui trient, qui font le montage, etc. Mais il n’empêche que c'était ça qu’ils voulaient retenir. Et le mouvement a été frappé de déshonneur par l’association de manière durable. C’est comme ça que ça se passe. Il faut prendre des leaders, il faut les amener à la table de la discussion et après on peut les éteindre. Ce moment incroyable où Éric Drouet va au ministère discuter avec De Rugy et des conseillers et où il filme. C’est grandiose. Et après tu peux entendre la discussion et là tu te dis : c’est ça la réalité.
David Dufresne
Dans tes recherches pour raconter cette histoire, est-ce qu’il y a des surprises qui te sont parvenues ? Est-ce qu’il y a des choses que tu avais complètement oubliées ?
David Chauvel
Je me suis senti humainement très enrichi quand je me suis penché sur les..et si j’ai appris des choses quand même sur le traitement médiatique, quand je me suis penché sur leurs, entre guillemets, faits divers qui émaillent le bouquin, il fait tragique. Donc quand Christophe dérangeait toutes ces affaires et là je me suis plongé dedans, je me suis senti enrichi et je me suis aperçu de ce que c'était qu’une manipulation médiatique gouvernementale bien orchestrée. Le 1ᵉʳ mai, les gens qui se réfugient à la Pitié-Salpêtrière parce qu’ils sont terrifiés et Castaner qui dit : l’hôpital a été attaqué. Et là tu dis wow.
David Dufresne
Très mis en avant dans votre BD. Vous aimez bien ?
David Chauvel
Ah oui, oui, bien sûr, mais pas autant que Gérald Darmanin
David Dufresne
Il n’apparaît pas.
David Chauvel
Il n’apparaît plus parce que c’est lui qui était aux manettes. Eh ben ouais, qu’est-ce que tu veux ? Il incarne l’histoire des gilets jaunes. Au bout d’un moment, c’est une histoire politique et j’ai essayé de toujours le rappeler dans le bouquin, y compris leurs propositions, etc. Le travail qu’ils ont fait parce qu’ils n’ont fait que dans la rue, etc. Ils ont beaucoup travaillé et ils ont beaucoup fait de propositions politiques. Mais il n’empêche que c'était quand même beaucoup. Au bout d’un moment, c’est devenu avant tout une histoire de répression et de violences policières. Et voilà, là, c'était lui qui s'était mis en costume capital.
David Dufresne
Il y a cette idée assez simple, mais hyper efficace. On a une allocution de Macron, bon, elle démarre tranquillement, etc. Et puis on va commencer à voir l’interprète en langue des signes et en fait il devient vraiment interprète. Il traduit ce que ça veut dire.
David Chauvel
Il y a eu l’idée de la mise en scène, c’est la revanche du pauvre, c’est la revanche du perdant. Tu vois, c’est Branco qui disait… Je me souviens, ça m’avait frappé. Il disait, il disait : Comment est-ce que Macron a réagi à la crise des gilets jaunes ? Par la corruption.
David Dufresne
Vanessa. Pour ceux qui ont vu Un pays qui se tient sage, c’est elle qui perd son œil pas loin de l’Arc de Triomphe.
David Chauvel
Moi je voulais raconter des parcours de gens du peuple, dans le bon sens du terme, économiquement parfois difficiles, avec des parcours fragmentés. C’est des gens qui ont un parcours de vie classique qui est celui de millions de Français et qui d’un seul coup se retrouvent face à la violence gouvernementale la plus, la plus totale, la plus absolue. On tire, on leur tire dessus. Il faut dire les choses comme elles sont.
David Dufresne
Vanessa est décoratrice. Elle ne peut plus être décoratrice.
David Chauvel
J’espère qu’elle ira mieux un jour.
David Dufresne
Oui, mais disons que c’est difficile. Elle a perdu un œil.
David Chauvel
C’est difficile alors qu’elle ne faisait absolument rien. Mais rien. Et ce qui sauve aujourd’hui beaucoup de gens qui ont été blessés, c’est leur collectif, les mutilés pour l’exemple, qui leur permet de s’entraider, de soutenir, d'être ensemble et ça les sauve et ça leur permet de se tenir debout. Je ne suis pas sûr que si ce collectif, qui est très actif et qui fait des trucs formidables, n’existait pas, je ne sais pas s’ils seraient encore tous avec nous aujourd’hui, à la limite de la limite. Je veux bien qu’on dise que l'État dise : bon, eh bah écoutez, on est désolés, mais on était en situation de crise, il s’est passé ça, c’est regrettable, il va… et la justice va passer. Mais que voulez-vous qu’on vous dise ? Mais à un moment, réparer ce que vous avez fait, quoi ? Or, aujourd’hui, rien, pas 0,01 €, pas la moindre reconnaissance de ça. Des gens qui sont… Et il n’y a pas qu’eux. Ils sont pleins. Ils sont obligés de se battre pour faire reconnaître leurs droits.Ils y vont avoir des allocations, des personnes handicapées, enfin quand même des choses auxquelles aurait droit n’importe quel citoyen. Et puis quand… Et je parle même pas de la justice où on voit Mélanie, il n’y a pas longtemps, qui est passée, le coup de matraque sur la Halde, sur les cervicales, non-lieu.
David Dufresne
Et là, j’ai reçu un petit email de Serge Dignazio. C’est un photographe qui documente absolument toutes les manifestations des gilets jaunes et autres, que nous avons reçus ici, qui avait sorti un livre de photos, qui dit que le livre est super. Il a lu votre bouquin, il dit par exemple : Les pages sur Christophe des dangers sont d’une criante vérité. J’y ai été aussi, les chapitres consacrés aux gilets jaunes. Petite précision, l’incendie de la tenture du Fouquet’s a été provoqué par un tir de lacrymos la grenade a atterri sur la tenture.
David Chauvel
Mal travaillée.
David Dufresne
C’est un détail.
David Chauvel
Mais la raison, ils n’arrêtent pas.
David Dufresne
C’est un détail qui compte. Il faut reconnaître que le quinquennat de Macron est un peu mouvementé.
David Chauvel
Alors j’ai envie de dire, il n’a pas été épargné, mais si prometteur, c’est de sa faute. Il y a quand même… là, tu passes entre les gilets jaunes et le Covid, il y a, il y a les retraites. Bon ben les retraites, personne ne lui a demandé en 2018 à la caisse, les caisses sont à l'équilibre. Personne ne lui a demandé de mettre son nez là-dedans. Donc il y en a qui lui ont demandé, mais ce n’est pas nous. Donc tant pis pour lui. Tout ce qui lui est arrivé, il l’a cherché, quoi ?
David Dufresne
Oh, je vois un dénommé Non. Il a mis un M ou un N ou… Attends vrai. Est-ce qu’on peut poser une question dont tu es sûr de la réponse pour être sûr que c’est bien la bonne personne ? Si c’est le cas, je le désigne VIP, sinon c’est…
David Chauvel
Pour ne pas écouter. Dis-lui de mettre le titre de la première BD qu’on a faite ensemble.
David Dufresne
Top cinq secondes. Un, deux.
David Chauvel
C’ n’est pas très long, donc il va réussir à le taper.
David Dufresne
Aïe il ne répond pas !
David Chauvel
C’est ça ? C’est lui.
David Dufresne
C’est lui alors attends, attends, je le mets en VIP. Ça veut dire que s’il veut mettre des liens, des trucs et des machins, il pourra faire ce qu’il veut.
David Chauvel
Moi, dans ce bouquin, qu’est le citoyen, le gauchiste indigné. Et puis il y a la part de moi qui est le scénariste qui voit se dérouler une dramaturgie de folie. Pendant ce temps-là, les gilets jaunes, les retraites un peu moins, encore que les manifs de pompiers. Entre-temps, comme à un moment aussi irréel où tu vois qu’ils maltraitent les gens, qui sont quand même les gens préférés des Français, là je me dis : mais ils sont sans limites, c’est pas possible. Si j’avais un tant soit peu d’empathie pour lui, je dirais même : prends des vacances ! Comment est-ce que tu peux avoir envie de rempiler ?
David Dufresne
C’est super que ton complice en dessin surgisse dans le chat, parce que justement, moi je voulais m’arrêter sur cette double page pour te parler de travail. À quel moment ça se décide de dire tout d’un coup : on va faire une page avec un dessin qui est magnifique, une seringue avec des pièces. À quel moment, dans la fabrication d’une œuvre comme celle-ci, c’est toi ou c’est le dessinateur ? C’est ensemble.
David Chauvel
Ensemble. C’est chacun son tour. Je crois que c’est là. C’est moi qui ai dû la suggérer. En fait, je me dis… je suis en train de faire, moi j’avance. Malo, il me court derrière avec des pages, tu vois, lui il est rendu, on va dire, à la page 50, moi je suis à la page 125 et au fur et à mesure, je vois le livre se faire et je commence à apporter un regard dessus et je me dis : Ah là là il y a beaucoup, beaucoup de texte il y a quelqu’un qui a dit tout à l’heure : Ouais, ça parle beaucoup et ça parlait encore plus avant. J’ai coupé dans mes textes partout, à toutes les pages, parce que c'était vraiment imbitable à part de mettre et c'était vraiment trop dense. Et puis il y a des moments où je me dis : il faut respirer. Et il faut respirer dans le texte, bien sûr, si je peux, mais il faut aussi respirer graphiquement. Et ça, c’est ce qu’on appelle une respiration graphique.
David Dufresne
Est-ce que toi, ces questions-là, ces questions policières, euh, importées autant qu’elles prennent de la place dans la BD ?
David Chauvel
Ouais, moi j’ai fait des bouquins avec des policiers, donc c’est pour te dire, comme je suis animé par un mouvement anti-flics, j’ai fait une bédé qui s’appelle Flag il y a plus de 20 ans, où j’avais rencontré des gens de la bagarre à Rennes. À l'époque, une bande dessinée qui s’appelle 22 avec un policier qui est sous pseudo donc je peux ne pas dire son nom. Voilà, qui travaille dans un service, un service très actif et qui fait des choses un peu musclées. C’est un copain, je ne sais pas, je n’ai pas de souci avec ça. Donc j’avais déjà une petite légère connaissance. En tout cas, tu vois, je ne sais pas, je ne suis pas anti-flics ni complètement à côté.
David Dufresne
Mais est-ce que ton regard a changé depuis 20 ans ? Et aujourd’hui ?
David Chauvel
Ah ouais, complètement, complètement. Le monde a changé, tout a changé. Et puis je ne sais pas. C’est difficile de faire des grandes phrases et tout, mais le gène hop, tu tues là, tu l’as adapté à travailler dessus et tu l’as analysé bien mieux que moi. Mais entre le manque de moyens, entre le manque de formation, il y a quand même un rapport qui est sorti qui disait que les policiers, principalement parisiens, gardiens de la paix, étaient extrêmement mal formés. Enfin, tu vois, il y a une haine, au-delà des personnes hein, et une utilisation politique de pas tellement de la police, mais de l’idéologie qui prévaut dans la police. Quand tu vois aujourd’hui ce que je te montre dans le bouquin : qui sont ces gens ? Comment ils parlent ? Qu’est-ce qu’ils te disent quand ils insultent un pédé gauchiste pouilleux ? Donc du virilisme, des gens de notre parti de droite, voire extrême droite et anti-pauvres. Donc c’est en quoi on a transformé la police et c’est une espèce de milice au service des bourgeois, et donc il faut l’adresser. Donc il faut qu’elle soit extrêmement sur la force, sur le rapport de force, extrêmement dans l’hyper-virilité, l’hyper-masculinité. Il faut qu’elle déteste tout ce qui est autre. Donc les gens d’origine étrangère, les gens, toutes les minorités, on va dire, on va battre toutes les minorités et puis… et ça c’est obligatoire, si tu veux avoir une police qui défend la bourgeoisie, il faut qu’elle haïsse les pauvres, même si elle en vient elle-même des milieux populaires. Donc il faut la conditionner pour détester les pauvres. Donc il faut pratiquer un discours et ça, ça rejoint ce que tu disais tout à l’heure sur les éditocrates. Je veux dire, faire un discours anti-pauvres, c’est aussi, c’est aussi rassembler les troupes, et c’est ce qui s’est passé et c’est ce que je dénonce dans le bouquin Aider et je montre aussi.Enfin moi j’ai essayé d'être relativement juste, tu vois, des extraits de documentaires de deux policiers qui disent, qui disent, qui disent : mais c’est nos voisins qui nous jettent des pierres, on comprend plus. Et le mec qui dit… il y a un mec qui dit, c’est dans un documentaire vachement bien, qui dit : Chez les CRS, il n’y a pas de notables. Mais qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? J'écoutais l’autre fois Mélenchon qui disait que les gens peuvent s’indigner anti violence, mais quand la police fait une répression de manifestation, elle n’est pas dans le détail des faits, des tirs, etc. Mais globalement, ils disent : bien fait leur travail de police républicaine et c’est, et ce n’est pas faux. En même temps, je ne sais pas si c’est compliqué. Mon point de vue a changé en ce sens que je pense vraiment qu’on a affaire à des gens qui sont aujourd’hui sous la coupe d’une idéologie haineuse. Je pense qu’ils se vivent aujourd’hui pour beaucoup d’entre eux, seuls contre la société, et donc c’est hyper dangereux.
David Dufresne
C’est hyper dangereux. Est-ce que ce policier, tu l’as rappelé là récemment pour la BD ?
David Chauvel
Donc en fait, on ne s’est pas vus à cause du Covid, mais je vais te dire, j’ai très peur. Je ne sais pas s’il était dans la rue à ce moment-là et je n’ai pas super envie qu’il me dise qu’il y était. C’est-à-dire qu’il ne dit pas qu’il a tiré sur des gens ou quoi, ou un blessé, probablement. Probablement que non, statistiquement parlant, mais j’ai très peur de ce qu’on va être obligé de se dire. Mais moi, je suis pris dans des conflits d’intérêts et d'émotions, comme tout le monde en fait. Je pense qu'à part les gens qui sont pro-police sans réfléchir ou anti-police sans réfléchir, on est tous pris dans des conflits terribles. Quand tu vois la police réprimer des manifestants et que tu penses que la cause des gens est légitime, tu es pris d’effroi et tu as envie de leur dire : mais non les amis, ce n’est pas possible, vous êtes avec nous, vous êtes le peuple et c’est ce que les gens leur ont répété à longueur de samedi. Mais si demain elle réprime une manifestation violente de militants d'Éric Zemmour. Qu’est-ce que je vais penser moi ? Tu sais, c’est compliqué cette question. Qui est coupable ? Parce qu’il a regardé les gens pour l’armée, la police, les gens qui ont donné les ordres ou les policiers qui ont tiré, ou les deux. Tout le monde se dit : bon bah voilà, Macron était au pouvoir, il a pris, il a pris des mesures anti-pro. On peut le dire comme ça pour les riches. Au bout d’un moment, les gens ont été trop. Entre ça et les petites phrases, on n’en a pas parlé. Voilà le mot : le mépris de classe. Ils en sont sortis dans la rue. Qu’est-ce que c'était les gilets jaunes ? Est-ce que c'était une révolution ? Est-ce que c'était une révolte ? Est-ce que c’est ça ? En l’occurrence, moi, je pensais à une révolte. Ce n'était pas une révolution puisqu’ils n’avaient pas de projet politique. En tout cas, au départ derrière, c'était une révolte. Qu’est-ce qu’a fait le pouvoir ? Il s’est défendu pour rester en place et jusqu'à la violence la plus extrême et la question que personne ne pose jamais, c’est : est-ce qu’il y avait un scénario bis ? Est-ce qu’il y avait une autre possibilité ? Est-ce que les choses pouvaient se passer autrement ? Tout le monde se souvient de l’hélicoptère sur l'Élysée de Macron qu’il y a là, qui tremble après l’acte deux, l’acte trois et qui dit : mais voilà, je ne sais pas si je suis encore là samedi prochain, qu’est-ce qui va nous arriver ? Donc violence extrême quand vous êtes aussi mal élu, avec si peu de gens qui vous soutiennent et qui soutiennent votre projet. Quand des centaines de milliers de gens viennent, y compris au péril de leur santé, voire de leur vie, dans la rue, vous dites que votre politique ne peut pas continuer. Quand ils sont soutenus par 80 % de la population française dans les sondages d’opinion. Dans la vie, même si les gens ne sont pas dans la rue pour des raisons qui les regardent, vous avez deux choix possibles : soit vous, vous allez rentrer chez vous et y compris, et vous rentrerez de gré ou de force et en l’occurrence de force. Soit vous reconnaissez l’illégitimité de votre exercice de pouvoir, soit vous reconnaissez que vous n’avez été élu que parce que les gens ne voulaient pas, parce que les gens ont voulu faire les castors et ont voulu faire barrage au Rassemblement national. Que vous êtes illégitime Je ne peux pas complètement ne pas imaginer un scénario dans lequel il rend le pouvoir. Moi, ça me semblait humainement et politiquement juste. Ça me semblait être la chose à faire dans des circonstances comme ça, et personne n’en parle jamais. Tout le monde se dit toujours : mais les gens étaient violents, ils voulaient prendre l'Élysée. Ah bah oui, ils auront tiré dessus. Mais non, en fait, je ne comprends pas en quoi c’est un scénario qui est incontestable. Moi, je le trouve contestable. Après ça dépend, ça dépend qui en est. Et ça, c’est la question qui m’a occupé Je ne comprends pas que personne, à un moment donné, dans les débats, ne parle de ça, ne dise : mais il y avait une autre solution, il y avait une autre manière de voir. Alors évidemment, ça exige une autre idéologie, ça exige une autre manière de voir et de penser le monde. Mais il n’empêche qu’il y en avait une autre, ce n'était pas moi. Je ne vois pas de fatalité là-dedans, au fait d’avoir raison envers et contre tout, contre la rue, contre les Français, contre l'évidence. Parce que c’est quand même ce qu’ils font en permanence. Enfin, on a tous vu les derniers chiffres de l’enrichissement des plus riches, de ce qui est en train de se passer dans la répartition. Ils sont en train de créer les conditions de la révolution. Moi, moi j’agis. Pour moi, c’est une certitude absolue. Quand on en arrive à ce niveau-là d’enrichissement des riches et d’inégalité de répartition, on est rentré… Ils sont en train de poser des bâtons de dynamite les uns après les autres. Ça sautera parce que c’est ça, c’est presque les lois physiques qui font que ça ne peut que sauter. Ça, ce sont les pyromanes. Ils sont vieux. Je me questionne. Je vois bien l’idéologie qui est la leur et à quel point ils sont isolés du monde et tout. Mais je tique. Tu questionnes leur santé mentale quand tu te dis : si vous ne voyez pas où est le problème. Quand quelques centaines de personnes vont détenir la moitié de la richesse nationale, si vous ne voyez pas le problème. Le problème, à un moment, vous allez le voir et ça va vous rendre tout drôle.
David Dufresne
Mon cher David, c'était peut-être la meilleure conclusion possible. Bonne journée à toi. Bravo et à bientôt.

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