Abattages, Mercosur, FNSEA : la révolte paysanne s’organise avec Thomas Gibert (Confédération paysanne)
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Bienvenus sur France Déter, la matinale d’auposte, c’est l’heure, il est 7h04, debout les humains Il y aura-t-il une matinale le lundi 20 décembre ? Eh bien c’est fort possible, nous verrons bien, nous verrons bien, comme chaque lundi matin au poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. France Déter accueille des invités tient, des revues de presse particulières. Donne le temps des nuages, des oiseaux et des luttes, ce matin dans Paris, les oiseaux étaient les rois. France Déter explore le passé, c’est fait maison, préparez le café ! Bonjour bonjour à tous et à toutes, bonjour aux camarades de toujours et tout spécialement à Euryale et à Dadadoc et bonjour aussi à Figouli, bonjour à Trognon. Bonjour à Rolland qui est toujours là, à Ramonazarate toujours là. A 7h30, on reçoit Sophie Lemaître pour son enquête « Réduire au silence comment le droit est perverti pour bâillonner Médias et ONG » aux éditions Rue de l'Échiquier. Elle a reçu la semaine dernière le prix Renaud Van Ruymbeke organisé par l’ONG Transparency International France. Elle sera avec nous à 7h 30. Et à 8h, Thomas Gibert sera avec nous, c’est un maraîcher de la Haute-Vienne, et c' est la voix de la révolte paysanne, enfin du bon côté de la Révolte, puisqu' il est le porte-parole de la Confédération paysanne. Dermatose nodulaire, abattage, mobilisation, le porte-parole en première ligne contre la politique sanitaire du gouvernement sera parmi nous. Venez entendre ses solutions, ses combats et ses appels à la résistance en France. Il est 7h07 sur France Déter et on a beaucoup de chance que Thomas ait accepté de venir parce que figurez-vous qu’en fait il y a aussi BFM qui le convie. Donc évidemment on s’est adapté, il devait venir à 8h30 mais comme il a un duplex avec BFM on n’est pas con bien sûr il faut que la bonne parole elle passe là-bas aussi. Donc Thomas sera là à 8 heures au lieu de 8h et demi, météo des luttes, revue de presse antifa, retour sur les lieux du crime, convocation de la semaine, Radiopolice et bien tout ça c’est dans auposte.media Comment allez-vous les uns et les autres avant que je démarre la petite météo du jour ? Parce qu’il faut bien céder à ce truc-là, la météo. Comment allez -vous, les uns les autres ? Voici la météo. Bon, je pense que la météo est complètement détraquée. Eh ben non, exactement, valeur anarchiste. En fait, c’est censé être orange. Mais c' est vrai que le calibrage de la caméra le rend jaune. Donc je me demande si je ne vais pas l' enlever. Est-ce que ce n’est pas mieux sans ? ?Il peut y avoir des plops. Donc 8 degrés à Paris, 13 degrés à Nice, 15 à Bordeaux, 15 à Biarritz. 13 à Brest, à Cherbourg, Octeville, 10 degrés, à Lille, 7 degrés, à Strasbourg, 4 degrés, et à Gassiot, 15 degrés. Alors, oui, la météo du tchat, je l’ai décalé, on la fera un peu plus tard,Donc vous vous en foutez en fait de la couleur du truc. Ah bah oui, non, mais attends, je suis bête. Attends, je vais vous mettre ça en plus grand. Je vais vous mettre ça en plus grand. Mon cher valeur anarchiste, si ce n’est pas ton magnifique néon qui est derrière moi, c’est que nous sommes dans un local qui s’appelle Césure, qui est un tiers lieu à Paris. C’est sur l’ancien campus de Censier. C' est bourré d’amiante et c' est la raison pour laquelle quelques médias indépendants, quelques saltimbanques, quelques artisans peuvent s’installer ici et malheureusement, sur ce mur-là, je n’ai pas le droit de planter quoi que ce soit. Donc VA je ne pouvais pas mettre ton néon. C’est pour ça que j’ai mis ce joli néon qui avait été confectionné par les copains de Bordeaux. Bon, alors, voilà, avec ou sans plop ça veut dire que là vous entendez mes plops, il faut que je remette le truc, c’est parti, donc la météo, la voici. Quant aux jolis oiseaux, et bien, voici la carte. Alors, j’ai décalé la météo du tchat, puisque effectivement, comme le soleil se lève de plus en plus tard, ça n’a pas de sens, donc on fera plutôt la météo du tchat un peu avant, après huit heures et demie, Et voici les jolis chants d’oiseaux qui se lèvent avec le soleil. Je vous rappelle que c’est un magnifique petit site, Birdweather, qui est un système libre et distribué, qui permet à n’importe qui d’installer un système de détection basé sur la reconnaissance des chants d’oiseaux, vous mettez ça et dès que votre appareil détecte le chant d’oiseau, il apparaît ici, vous voyez, ça n’arrête pas. Et c’est absolument magnifique, malheureusement, je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à vous faire entendre ces petits chants d’oiseaux, le jingle, la météo des luttes, s’il vous plaît.
La météo des luttes, tendance, procès politique, antiraciste, écologie, structure notre semaine, forte densité d’initiative locale hors de l'île de France avec un pic le 18 décembre à Lorient. Aujourd’hui même le procès, donc Lorient pour ceux qui ne le savent pas, c’est ici, c’est dans la magnifique Bretagne. Procès dit des 12 contre l’agro-industrie bretonne au tribunal de Lorient alors que Euryale va comme chaque lundi et pour chaque émission va vous mettre dans le tchat les bonnes adresses qu’il faut et toutes ces adresses vous les retrouvez sur le site de auposte.media J’en profite pour vous dire que ça bosse dur sur le nouveau site il va être splendide hyper rapide.
Nous allons passer à la suite du programme, alors que j’essaie de voir si Sophie Lemaître arrive. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, mais ce n’est pas grave, tout va très bien. Sophie Lemaître, autrice de Réduire au silence comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG. Elle sera là normalement à 7h30 pour nous parler de ce livre qui a reçu le prix Van Ruymbeke la semaine dernière. Au poste toujours dans l’actu, très bien ! Écho terroriste, je voulais absolument vous montrer ceci. Regardez-moi ce chef-d'œuvre. Attention, chef d'œuvre. Il s’agit d’une photo de l’AFP. Nous y sommes pour rien. Mais tout de même, mais tout de même, ce orange place de l' étoile. Tellement aupostien. Il fallait quand même qu’on marque le coup. C'était vendredi, vendredi 12 décembre, en fin de matinée, des militants des ONG Greenpeace, actions non violentes Cop 21 et actions justice climat, ont repeint en orange les pavés de la Place de l'Étoile. Une action symbolique visant à dénoncer le manque d’actions ambitieuses sur le climat depuis les accords de Paris signés il y a 10 ans, le 11 décembre 2015. C’est une photographie de l’AFP. Greenpeace, dans son communiqué, nous dit, dix ans après la signature de l’accord de Paris, le constat est amer, la désinformation progresse, la criminalisation des défenseurs et des défenseuses de l’environnement augmente, les reculs écologiques se multiplient. Alors que l’urgence climatique est là, la France ne respecte toujours pas ses objectifs climatiques. Plus que jamais, la mobilisation citoyenne reste essentielle. Pour résister à l’inaction et porter des alternatives concrètes. Il y a 10 ans, l’accord de Paris était signé lors de la COP 21 avec un objectif clair, limiter le réchauffement planétaire à plus 1,5°C pour éviter les conséquences les plus graves du changement climatique. Pour la première fois, 190 États s’engagent à agir ensemble face à l’urgence climatique Bilan après 10 ans. Un échec organisé. Sabotage politique et économique, malgré les engagements, les forces politiques et économiques ont organisé le sabotage de l’accord, aggravant la crise climatique. Désinformation et répressions. Le climat progresse, la criminalisation des défenseurs de l’environnement augmente, les reculs écologiques se multiplient. Une action française. La France, pays hôte de la COP21, ne respecte toujours pas ses propres objectifs climatiques. Ses émissions ne baissent que de moins de 1 % par an, soit quatre fois moins vite que la moyenne européenne. Bonjour, c’est France des Terre, vous entendez bien ? Quatre fois moins rapide que la moyenne européenne. Conséquences climatiques, les sécheresses, vagues de chaleur, inondations, incendies s’intensifient avec des records de températures et des événements extrêmes de plus en plus fréquents. Je vous relis à travers ce petit communiqué de Greenpeace. Leur photo était moins jolie je peux vous en montrer d’autres quand même. Là, on a une vue aérienne. Rôles des majors fossiles, les profits cumulés, écoutez bien parce que c’est absolument renversant, les profits accumulés d’Exxon Mobil, Chevron, Shell, BP et Total Energies depuis 2015 s'élèvent à près de 800 milliards de dollars, ça c'était les profits, pas le chiffre d’affaires, c'étaient les profits 800 milliards $ en 10 ans, tandis que leurs émissions sont responsable de plus de 5000 milliards de dollars de dommages économiques.
Bonjour tout le monde, est-ce que vous m’entendez bien ?
Génial ! Fantastique, fantastique ! Le truc technique, c’est toujours compliqué là. Bravo, bravo Sophie, bravo pour ton prix Van Ruymbeke, Oh bah toi t’as le bandeau !
Si en avant-première j’ai eu la chance d’avoir un petit bandeau pour le livre et que ce soit imprimé, ça devrait bientôt arriver en librairie.
Bon, fantastique. Le son est nickel, l’image est parfaite. Merci beaucoup à toi de nous avoir rejoints pour cette petite interview. Tu es docteur en droit, tu as travaillé par l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome, c’est bien ça ?
C’est ça.
Tu es membre de l’association Sherpa à Paris.
J’ai travaillé pour Sherpa, j'étais responsable du programme flux financier d’ici, donc à Sherpa je travaillais sur les questions de corruption, d'évasion fiscale, mais ça c'était encore un poste précédent.
C’est ça. Tu travailles sur la corruption, l’anti-corruption depuis plus de 15 ans. Tu es déjà venue au poste pour ce magnifique atlas des multinationales. C'était bien ça.
Oui c’est ça, c'était une belle expérience et du coup j’ai été ravie d'être de nouveau convoquée au poste.
Alors dans ton livre, celui-ci, tu te focalises sur la manière dont le droit peut servir et sert de plus en plus à réduire au silence, d’où le titre, la société civile. Alors association, chercheurs, lanceurs d’alertes, défenseurs des droits humains et évidemment la presse. Le bouquin est épais, il fait 240 pages, ce qui veut dire que le danger il est énorme
Alors on a l’habitude, on voit de plus en plus que les journalistes sont agressés, on voit aussi qu’il y a des bombes qui peuvent être placées sous la voiture de journalistes, on peut déboulonner les roues des voitures de journalistes, donc ce sont des choses qui sont extrêmement visibles. Mais par contre, l’arme du droit, pour réduire au silence la presse, la société civile, eh bien c' est quelque chose qui est moins visible. Et donc pour moi, c'était vraiment important d’informer d’alerter en fait sur ce phénomène qu’est l’eau-faire, c’est une contraction entre low fair, la guerre par le droit et comment le droit devient un outil de répression et d’intimidation contre celle des ceux qui nous informe sur des sujets d’intérêts publics comme la corruption, mais aussi l’environnement et dans plein d’autres domaines.
Alors, le low fair, est-ce que c’est la même chose que les procédures bâillon ou est- ce que les procédures bâillon qu’on connaît maintenant de plus en plus toutes et tous font simplement partie de l’arsenal de cette arme secrète des puissants qui est le droit pour réduire au silence leurs contestataires ?
C’est exactement ça, c’est vraiment une des tactiques, les poursuites bâillon c’est vraiment une des tactiques du « lawfare ». Donc, voilà, vous l’avez dit, ça va être des entreprises, mais des personnalités du milieu des affaires ou des personnalités politiques qui vont poursuivre en justice, qui vont utiliser le système judiciaire de manière abusive pour s’attaquer à un journaliste qui a publié un article qui dérange ou bien une association qui a publié un rapport qui dérange. Mais ce n' est pas que la seule dimension du « lawfare ». Ce qu’on voit aussi, c’est la manière dont, par exemple, les États vont utiliser les législations qui existent à l’heure actuelle pour s’attaquer aux journalistes ou aux défenseurs des droits humains. Par exemple, on va utiliser les lois sur la cybercriminalité, les lois fakes news, ou bien même, souvent, on trouve les lois sur le blanchiment d’argent, la lutte contre le terrorisme ou bien sur la sécurité nationale, qui vont être détournées de leur objet initial pour s’attaquer à des journalistes, par exemple, qui ont publié des articles sur des faits de corruption ou d'évasion fiscale. Donc, on a cet arsenal-là. Et puis, si les États le veulent, ils peuvent aussi adopter de nouvelles lois. Et en France, par exemple, on voit que le contrat d’engagement républicain qui est prévu dans la loi séparatisme de 2021, et bien ce contrat d’engagement républicain qui en fait toute association ou tout organisme qui souhaite une subvention publique doit signer ce contrat d’engagement républicain, il va être utilisé pour s’attaquer aux associations comme un acte de représailles lorsqu’elles prennent des positions publiques qui dérangent les pouvoirs publics. Donc il y a vraiment plein de techniques différentes.
Justement, est-ce que tu pourrais nous donner des exemples concrets qui t’ont particulièrement révoltée, soit marquée, ou qui symbolisent cette tendance qui est plus que fâcheuse ?
Je vais rester peut-être en France parce que c’est ça qui m’a marquée en fait en commençant mes recherches. Moi je m’attendais, enfin j’ai commencé à m’intéresser au sujet il y a à peu près 3-4 ans, mais je pensais faire plutôt un panorama européen et international, et en fait quand j’avais vraiment fait ce travail de recherche, je me suis rendu compte à quel point en France la situation était grave. Moi en fait qui m’a particulièrement marqué, c'était l’arrestation. Pas l’arrestation, mais la perquisition de la journaliste Ariane Lavrilleux. Puis après qu’elle a été placée en garde à vue pendant 39 heures, parce qu’on cherchait Ariane Lavrilleux, qui est journaliste et qui travaille pour le Média Disclose. Elle avait publié des articles d’investigation sur la possible utilisation d’armes françaises par l’Égypte contre des civils. Et bien après ça, il y a une enquête qui a été lancée et donc on est venu la perquisitionner. Elle a passé 39 heures en garde-à-vue. Et l’idée, c'était quoi en fait, l’objectif c’est de découvrir ces sources. Et ça, ça m’a particulièrement choquée qu’en France, on puisse placer des journalistes en garde à vue pour essayer de trouver leurs sources. Donc ça, c’est une chose. Ce qui me choque aussi, c´est qu’on ait cette idée que les associations, lorsqu’elles reçoivent des subventions publiques, eh bien elles devraient être, si je puis dire, aux ordres et suivre ce que les pouvoirs publics attendent d’elles. Alors que pas du tout. Il n’y a pas de contrepartie. Quand on a une subvention publique, il n' y a aucune contrepartie. L’association est là pour faire son travail et donc on a des associations qui ont, et elles sont assez nombreuses, qui ont perdu leur subvention parce qu’on leur reproche d’avoir pris position notamment contre les violences policières pendant les manifestations contre les méga bassines à Sainte-Soline. Donc elles perdent leur subventions. Et ça, ça m’a choquée qu’il y ait des associations qui sont menacées comme ça. La Ligue des Droits de l’Homme l’a été également. Après, au niveau français, ce sont toutes les poursuites bâillons qui vont exister. StreetPress qui fait actuellement l’objet de 13 poursuivis en justice, notamment par des personnalités liées à l’extrême droite. Mais ça va être l’association Bloom, une association de protection de l’océan qui est actuellement poursuivie en dénigrement par un comité. À part 13 plaignants des comités nationaux, régionaux et départementaux des pêches et qu’on demande 646 000 euros de dommages à intérêt. 646 mille euros. Voilà, donc imaginez qui peut payer si jamais l’association a été condamnée pour dénigrement, qui peut payer ces montants-là, c’est énorme.Voilà, on voit l’effet dissuasif en fait de ce type de procédure bâillon.
Question de Rannick dans le tchat, les frais de justice relatifs aux personnalités politiques ayant initié une procédure baillon sont-ils les frais donc, sont-il payés par le parti et donc par les adhérents et les adhérentes ?
Ça a priori non, après on n’est jamais à l’abri, par contre on peut voir que des élus peuvent faire voter ce qu’on appelle la protection fonctionnelle et donc ils leur permettent de couvrir leurs frais de justice lorsqu’ils poursuivent un média. Ça peut poser ça. C’est normal qu’ils puissent bénéficier de la protection fonctionnelle quand ils font l’objet de menaces, mais on voit aussi que c’est demandé dans des cas où il y a des poursuites contre des médias.
Est-ce que tu peux nous dire comment les lois contre le terrorisme ou le blanchiment d’argent sont détournées pour museler des militants ?
Alors en France, ce qu’on voit, c’est que ça vise particulièrement, j’utilise le terme de défenseur de l’environnement plutôt que de militant, parce que je trouve que malheureusement ce mot militant écologiste, il a été dévoyé par des personnalités politiques pour s’attaquer, en fait utiliser une rhétorique agressive en parlant de talibans verts de Khmers verts d'écoterroristes. Moi j’utilise le terme de défenseurs de l’environnement parce que c’est ce qu’ils sont, ils défendent l' environnement. Ces défenseurs de l’environnement vont lorsqu’ils mènent des actions de désobéissance civile, par la suite faire l’objet d’enquête, être poursuivis en justice et on va voir pour certains des moyens de l’antiterrorisme qui vont être utilisés contre eux. Et je pense notamment à des défenseurs de l’environnement qui ont mené des des actions dans deux cimenteries de Lafarge et notamment du côté de Rouen. Et bien là, les 17 personnes qui avaient été placées en garde à vue, ont été placées en garde-à-vue par la sous-direction antiterroriste. C'était des moyens vraiment disproportionnés qui ont été utilisés contre eux. Ensuite, on a utilisé l’infraction d’association de malfaiteurs. Je crois que maintenant, tout le monde a entendu parler de l’association des malfaiteurs depuis le procès, en première instance, de Nicolas Sarkozy. Voilà, donc on a ces moyens disproportionnés qui ne sont pas faits en fait pour, qui n'étaient pas pensés à l’origine pour cibler les défenseurs de l’environnement et qui là sont ciblés, qui vraiment sont utilisés, détournés pour les intimider et puis dissuader en fait les gens de faire des actions de désobéissance civile.
Alors, justement, sur les militants, donc, comment tu as dit, les défenseurs ?
De l’environnement.
Voilà, les défenseurs de l’environnement, tu listes, enfin tu donnes le chiffre de 2 106 militants écologistes qui ont été assassinés entre 2012 et 2023 dans le monde entier, surtout en Amérique latine, en France, pour l’instant, il n’y a pas eu d’assassinat.
Non, ce chiffre-là, ce renforcement-là est fait par l’ONG Global Witness, qui est une ONG britannique. Et donc nous effectivement en France, heureusement, fort heureusement on n’a pas de journalistes et on n’a pas des défenseurs de l’environnement qui ont été assassinés. Après, on ne peut pas prédire l’avenir, mais quand on voit qu’on a un journaliste en Italie qui a vu sa voiture exploser, on a la journaliste Maltese qui en 2017 a été assassinée. Le journaliste Sovac et sa compagne qui ont été assassinés en 2018, un journaliste grec qui a été assassiné, pareil, aux Pays-Bas. La situation se dégrade, les conditions sont très difficiles pour les journalistes, surtout quand on travaille sur des sujets très sensibles comme la corruption, ou l'évasion fiscale, ou le crime organisé. Donc malheureusement, le contexte, j’espère que ça n’arrivera jamais, la situation se dégrade vraiment très sérieusement en France. Et pour juste donner un autre chiffre qui est sorti là au mois de décembre, c’est une ONG qui s’appelle Civicus et qui analyse en fait l'état de l’espace civique à travers le monde et la France a été rétrogradée, donc l’espace il est ouvert, obscure, réprimé, fermé, c'était ouvert, rétrécit, obstrué, réprimé, fermé et nous on est passé de rétréci à obstrué cette année. Donc ça donne aussi des contextes extrêmement spécifiques, c’est la liberté de manifester, la liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit de réunion. Et on voit que les critères sont de plus en plus de plus en plus au rouge.
Oui, alors le tchat évoque évidemment ce qui était arrivé à Morgane Large qu’on avait reçu au poste en son temps, puisqu’elle avait vu les pneus de sa voiture déboulonnés. Donc, on est dans une tentative d’assassinat, c’est à dire que ça se rapproche, quoi.
Après je ne sais pas si c'était l’attention, l’intention mais en tout cas c’est vraiment de lui faire peur, ça c' est sûr. Et donc derrière qu’elle l’a prête, elle ne fait plus son métier. Et c’est ça moi qui m’inquiète vraiment, c' est qu' à force de toutes ces intimidations, de toute cette répression, on est des journalistes qui décident de changer de métier ou qui en fait, vont peut-être plus couvrir, on va dire entre guillemets, des faits divers, et n’ont plus faire de l’investigation et donc nous citoyens en fait on va être impacté parce que ça veut dire qu’on ne saura pas si qui est corrompu, qui pollue nos rivières, qui ne respecte pas la législation environnementale, qui fait de l’esclavage de, etc., et donc on pourra pas, nous, prendre des décisions en toute connaissance de cause. Donc oui, je suis très inquiète de terminer dans un monde du silence où on n’aura plus aucune information et du coup on ne sera plus en mesure d’agir, de demander des comptes et de prendre des décisions en connaissance.
Alors ici comme ailleurs, les femmes, qu’elles soient journalistes ou militantes, sont frappées d’une double peine puisqu’elles ont en plus des indignations ou des menaces qu’elle peuvent subir, des violences spécifiques dont tu parles dans ton livre qu’il faut quand même rappeler je pense.
Oui, en fait, c’est un peu la double peine si on est journaliste, chercheur, membre de la société civile, lanceuse d’alerte, défenseuse des droits humains. Et qu’on est une femme, et bien, les intimidations sont doubles. On est intimidées à la fois par le métier, la fonction qu' on occupe et par notre genre parce qu’en est une femme et donc là, on a des violences qui sont vraiment spécifiques aux femmes. Donc ça passe par le harcèlement sexuel. L’envoi d’images pornographiques, ça va être la pratique du doxxing, donc divulguer des informations personnelles, par exemple l’adresse, le nom des enfants. Donc on fait plus facilement ça pour des femmes journalistes que pour des hommes journalistes. Et puis après, si on rajoute la religion, l’ethnicité,, la manière dont les personnes vont s’identifier, par exemple, je suis une journaliste femme identifiant comme noire ou comme faisant partie des populations autochtones, eh bien là, les agressions, les attaques, elles sont encore plus courantes. Et puis, quand on est une femme, si on est arrêtée, par exemple, placée en garde à vue, les violences sexistes et sexuelles, elles vont être beaucoup plus importantes que si on a un homme journaliste placé en garde-à-vue. Donc oui, c’est un vrai problème. Déjà, on n’entend pas forcément la voix des femmes, peu importe leur fonction. On peut rajouter ces actes d’intimidation, c’est vraiment de les faire taire et qu’on les entend encore moins qu’au moment actuel.
Oui, bien sûr, bien sûr. Alors, il y a un truc bien dans ton bouquin, parce que… Non, bien sûr tu vas venir me voir. Là, là, tu viens de faire un constat qui, à 7h49, évidemment, donne le sourire à tout le monde. C’est la patate, c’est super, c’est pour un lundi matin, c’est génial. Et en fait, t’as des mauvaises nouvelles pour les gens qui nous en veulent. C' est que tu as une boîte à outils. Tu as des outils pour combattre tout ça, c est ce que c’est la bonne idée, je veux dire, tout le bouquin est super, bien sûr. D’ailleurs, tu as reçu le prix Van Ruymbeke. Attends, là, je parle de ça. C’est quoi, le prix de von Ruymbeke ? Je te cache pas que, c’est la première fois que j’entends parler de ça, c' est quoi, bon, le juge Renaud Van Ruymbeke on se souvient de qui il était. Ah, attends, il y a d’autres invités qui m’appellent maintenant. Je te laisse nous expliquer ce que c’est.
Oui, le prix Renaud Van Ruymbeke c’est un prix littéraire qui est remis par Transparency International France, et cette année en partenariat avec le Nouvel Obs, c'était la grande reporter Caroline Michel Aguirre, qui était présidente du jury. Transparency International remet un prix littéraire sur des livres qui parlent de corruption, de lutte contre la corruption, depuis plusieurs années. Mais suite à la mort du juge Renaud Van Ruymbeke Transparency a voulu renommer en hommage au juge ce prix, donc le prix Renaud van Ruymbeke donc j’ai eu l’honneur de recevoir le prix samedi 6 décembre. J'étais particulièrement touchée, notamment parce que l’un des membres du jury est en fait Caroline Van Ruymbeke donc l’une des enfants, l' une de la fille du juge..Voilà, ce prix est vraiment très important pour mettre en lumière ce sujet qui me tient à cœur et qu’on soit plus nombreux à se mobiliser pour défendre la liberté de la presse, la liberté d’association, mais aussi ce que David n’a pas dit, c’est qu’il y a une partie du livre qui est consacrée aux attaques qui vont cibler les avocats qui défendent les journalistes et les défenseurs des droits humains. Mais aussi les procureurs et les magistrats anti-corruption. Donc ça, ça me paraît important de le dire parce que la justice, c’est notre rempart aussi contre l’impunité quand il y a des faits de corruption. Et si les magistrats anti-corruption sont visés, on l’a vu malheureusement là en France avec des magistrats qui ont dû être placés sous protection policière suite aux menaces qu’ils ont reçues après le verdict du premier procès de Nicolas Sarkozy dans l’Affaire Libyenne. Si les magistrats après ne sont plus en mesure de faire leur métier parce qu’ils sont intimidés, parce qu’ils n’osent pas, c’est nous aussi qui vont payer le prix.
Bravo, bravo Sophie, merci, merci tu es géniale. Alors je t’explique, l’invité d’après Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération Paysanne, en fait il est calé par BFM, mais le taxi de BFM est en retard, donc on fera l’interview de Thomas juste après toi, depuis le taxi qui va l’emmener dans le studio de BFM et voilà, et merci infiniment d’avoir tenu et d' avoir expliqué, je t'écoutais ce que je n’ai pas dit du contenu de ton livre, et du prix. Oui, je voulais revenir pour terminer sur ta boîte à actions, ta boîte à idées, parce qu’on est tous bien conscients qu’au-delà du désastre que nous documentons, il faut qu’on trouve les armes pour le combattre. Et toi, tu as des propositions concernant le sujet qui t’importe, c’est-à-dire la guerre par le droit, la guerre aux bonnes volontés par le Droit. Quelles sont les actions, les idées que tu nous conseillerais de mettre en place dès demain ? Ou même dès ce soir, le grand soir, alors vas-y, annonce-nous le grand soir, comment on fait ?
Déjà plusieurs choses, il y a une boîte à outils qui donne des conseils pour essayer de limiter le risque de poursuites bâillons parce qu’on s’exprime tout, on ne se publie pas en travers des réseaux sociaux et parfois on peut se laisser emporter par les mots et on l’a vu notamment sur des questions de violences sexistes et sexuelles où des femmes ont été poursuivies à la suite de posts Facebook, Instagram, etc. Donc je donne des conseils sur la manière de s’exprimer. Si on rédige un article, si on communique, bien vérifier ses sources, être dans la nuance et la mesure dans les propos qu’on utilise. Bien sûr, contacter la personne qui est visée par l’article,, mais aussi, ce qui est très important, c’est de s’entourer de collectifs. Si on est un journaliste freelance ou si on est chercheur seul, on s’entoure, on contacte d’autres collectifs de médias, de collectifs d’associations pour le cas où. Comme ça, si jamais on est ciblé, on n’est pas seul. Et puis préparer un plan d’action, c’est-à-dire si je suis poursuivie, qu’est ce que je fais ? Quel avocat je peux contacter ? Quelle association je peux voir ? Et donc dans le livre, il y a aussi une boîte à outils qui liste toutes les organisations qui accompagnent les journalistes, les associations, les chercheurs, les avocats, les lanceurs d’alertes,. Donc comme ça, je sais vers qui me tourner si je suis attaquée et je suis ciblée. Et puis, ça, c’est déjà une première chose. Mais moi, ça c'était vous si vous êtes attaqués. Mais ce qui est pour moi aussi important, c’est comment est-ce qu’on peut soutenir et comment on peut accompagner, en fait.
Absolument.
La presse, les ONG, les lanceurs d’alertes, donc j’ai fait une boîte à action, une boîtes à idées, et là c’est de suggérer une première chose, c'était si vous voyez qu’un journaliste est poursuivi, relayez-le sur les réseaux, mais aussi il faut en parler en son entourage. Moi je me suis rendu compte quand je parlais de mon livre ou que j'étais en train d'écrire, qu’en fait autour de moi les gens ne savaient pas que tel journaliste avait été placé en garde à vue ou que telle organisation était poursuivie en justice. C’est important d’en parler à son entourage parce que ça circule, que l’information circule. Si vous le pouvez, abonnez-vous à des médias indépendants, faites un don à AuPoste par exemple pour l’aider, donc ça c’est aussi essentiel. Signer des pétitions, et on a vu avec cette pétition contre la loi Du Plomb, deux millions de signatures en quelques semaines, c' est énorme, donc en fait on n’est pas seul. Dans le mouvement et si vous pouvez rejoindre des collectifs au niveau local, ça aussi c’est hyper important. Mais la liste est longue, je ne vais pas tout dire comme ça, en lisant le livre.
Absolument. Merci beaucoup, Sophie, d'être venue. Tu as un tchat qui te remercie. Merci, Sophie pour votre travail. Ça, c’est la belle Hélène. Dada Dogdada qui qui te dit bravo. Non seulement merci, mais qui te dis aussi bravo, il y a Raniq qui te disent merci pour vos travaux salutaires et sanitaires. Il y a Nicolas qui nous demande si nous avons parlé de la maison des lanceurs et des lanceuses d’alerte. Merci Sophie Le Maître, nous dit Euryale Trognon, merci Sophie. Une bien belle interview nous dit Mojo Jojo, merci pour l’entretien. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose Sophie ?
Merci à vous et si vous cherchez une idée de cadeau, vous l’avez, elle est toute trouvée. Merci beaucoup David de m’avoir reçue ce matin.
Eh ben je t’en prie, écoute regarde, je vais ajouter, là c’est comme si on était sur BFM, c'était à dire que l’autre invité arrive, Thomas Gibert qui est juste à côté de toi, merci infiniment Sophie, j’adore la France déter qui est là, merci beaucoup Sophie, au revoir, mon cher Thomas, est-ce que tu nous entends ?
Ouais carrément, je vous entends et vous, vous m’entendez ?
Oui, magnifiquement. Comment vas-tu Thomas Gibert ?
Ça va bien, c’est un peu le rush. Là, je suis vraiment navré de ne pas avoir de conditions mieux que ça. Je suis en direction du plateau BFM avec Apolline de Malherbe, donc ça ne me fait pas non plus super plaisir. On va tenter de défendre ce qu’on a à défendre.
Ah, t’es à Paris, d’accord. Et donc là, c’est le taxi BFM qui nous offre donc ce duplex. Merci beaucoup à la Maison BFM, quel confrère. Bon, Thomas, soyons précis, tu es donc, tu es toujours porte-parole de la Confédération paysanne ou pas ?
Oui, c’est ça, je suis porte-parole national et je suis paysan au sud de la Haute-Vienne sur une ferme en polyculture élevage.
Voilà, c’est ça. Alors, qu’est-ce qui se passe en ce moment dans le monde agricole ? Est-ce que tu peux nous expliquer les tenants et les aboutissants du combat que vous êtes en train de mener les uns et les autres, non pas contre la dermatose nodulaire, mais contre les manœuvres gouvernementales ? D’abord, quel est ce mal ? Qu’est ce que c’est que cette dermatose nodulaire ?
Cette dermatose nodulaire contagieuse, c’est une maladie virale qui s’est développée il y a quelques mois maintenant et qui du coup contamine les bovins à travers d’insectes piqueurs qui vont transmettre la maladie. Et donc face à ça, il y à le gouvernement qui utilise une politique sanitaire vraiment très stricte. Et assez inhumaine, c’est-à-dire qu’on utilise l’abattage total des troupeaux, le premier cas détecté. Et pour des raisons notamment commerciales, l'État refuse d'étendre la vaccination sur l’ensemble du territoire. Donc en gros, alors même qu’il y a des études scientifiques, notamment des études de l’EFSA, mais aussi des vétérinaires européens, prouvent que lorsque la couverture vaccinale est complète sur un territoire donné, il n’y a aucune différence entre le fait d’abattre totalement les troupeaux ou de faire des abattages ciblés. Donc clairement c’est incompréhensible pour la profession puisqu’on voit bien que dans la balance, la boussole en tout cas qui a dirigé les politiques sanitaires ces derniers est uniquement basé sur le commerce. Nous, ce qu’on est en train de dire, et la colère aussi qui est partout en France, c’est de dire qu’en fait, il n’y a pas que le commerce, il y a aussi la vie qui est en jeu. Nos animaux, il faut bien comprendre que c'était bien plus que notre outil de travail, nos animaux c'étaient nos vies. C’est souvent le travail de générations de paysans et de paysannes qui sélectionnent ces animaux. Et donc, on n’imagine pas la souffrance que peut avoir un éleveur quand on abat son troupeau et en plus de ça l'État va rajouter à cette souffrance énormément de violence. Quand on voit des éleveurs qui se soulèvent pour s’opposer à cette politique sanitaire inhumaine, ils envoient des LBD, ils envoient des gaz lacrymaux et clairement ce que l’on dit c’est qu’on ne peut pas faire de politique sanitaires à coups de LBD et de gaz lacrymogène.Une dernière chose, enfin pas une dernière chose mais quelque chose qu’il faut comprendre c’est qu’en plus de ça cette politique sanitaire elle est inefficace on le voit puisque clairement la maladie continue de se développer il y a encore eu un nouveau cas dans l’Aude qui va faire qu’on va encore élargir la zone de vaccination mais toujours sans l’ouvrir à l’ensemble du territoire Clairement, ça n’a aucun sens et aujourd’hui, on le voit bien. Cette colère qui est un peu partout sur le territoire, elle est aussi sur fond de colère agricole qu’on a connue il y a deux ans maintenant. Clairement, on a cette semaine le Mercosur qui est censé être signé au Conseil de l’Europe. En réalité, c’est la même histoire.
Alors Thomas, Thomas, c’est formidable parce que comme ça, ça te fait comme un petit entraînement pour Apolline de Malherbe, tu vois. Alors, par exemple, par exemple, le tchat te demande, et je pense que j’allais le faire aussi, et c'était important que tu précises, il te demande. Mais je ne comprends pas pourquoi il, toi, tu dis que la solution choisie par le gouvernement est orientée vers le commerce, ce que tu as oublié d’expliquer pourquoi, parce que par exemple le t chat dit mais les vaches ont abattu et leur viande vendue est mangée ou quoi ? Non, c’est pour des raisons d’exportation, c’est ça ?
Oui, c’est ça. En fait, la crainte qui est mise en avant, c’est que si on vaccine à l’ensemble du territoire français, on perd le statut d’indemne et du coup, ça bloque les exportations de bovins. Sauf que nous, ce que l’on sait, c´est que, si la vaccination est rapidement prise en charge sur l’intérieur du territoire, le frein économique ne se fera que sur deux ou trois mois, le temps qu’il y ait une vaccination, que la vaccination soit totale et que l’immunité soit complète sur le territoire. Il n’y aurait que deux ou trois mois de frein à l’exportation. Et en plus de ça, on pourrait très bien négocier avec l’Italie et l’Espagne pour continuer d’exporter dans ces deux pays-là qui en plus ont des cas de dermatose nodulaire contagieuse. Donc le frein économique est assez minime en réalité. Et donc en fait on met dans la balance un frein économique assez minime avec la souffrance énorme que subissent des éleveurs et des éleveuses. Et en fait, on est vraiment encore une fois dans une impasse démocratique, une impasse politique où le gouvernement Macron ne veut pas lâcher uniquement pour des raisons dogmatiques. Sauf que, cette fois-ci, la détermination des paysans et des paysannes est telle que je ne pense pas qu’ils puissent en sortir sans qu’il y ait une réelle crise qui parte sur tout le territoire.
Alors, actuellement, en tout cas, hier soir, il y avait 110 foyers détectés dans 9 départements, Savoie 1, Rhône, Jura, Pyrénées-Orientale, Doubs, Ariège, Ariège d’où tout est parti, Hautes-Pyrénées, 75 élevages touchés, 3000 bovins euthanasiés sur un cheptel de 15 millions de vaches. Donc, la mesure prônée par le gouvernement. Et par la FNSEA, c’est l’abattage systématique. En quoi l’abattage systématique, en dehors de ce que tu viens de nous dire, est un problème pour vous ? Il y a Olivier Debert, qui est le directeur de crise au sein du ministère de l’Agriculture, qui, hier sur France Info, a dit que c'était une mesure terrible mais nécessaire. Bloquer les abattages, vous dit-il, c’est risquer que la maladie se répande dans toute la France. Qu’est-ce que tu réponds à ça ? C’est un vétérinaire, Christophe Brard, qui disait ça.
Tu as souligné quelque chose d’important, c’est que les premiers responsables de cette crise sanitaire sont les dirigeants de la FNSEA, Arnaud Rousseau en tête. On l’a bien vu déjà la semaine dernière, dès qu’il a passé un coup de fil à la ministre pour demander l'élargissement de la vaccination dans le Sud-Ouest, la ministre s’est exécutée dans la minute. Donc il faut aussi qu’on réussisse à pointer du doigt la responsabilité des dirigeants de la FNSEA qui qui ne défendent que les intérêts des gros exportateurs et qui se foutent clairement de leur base, qui en plus est présente sur les points de blocage. On voit beaucoup d’adhérents et adhérentes de la FNSEA sur les points de blocage, en opposition avec cette position nationale. Et clairement sur l’abattage total, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’on a déjà eu un cas de DNC sur le territoire français. C'était en 1992, c'était à La Réunion. Et en gros, le protocole sanitaire qui a été appliqué à ce moment-là, c'était le protocole que l’on prône aujourd’hui, à savoir une couverture vaccinale pour l’ensemble du territoire, la mise en quarantaine des points de contamination. Et même à l'époque, on envoyait les animaux malades à l’abattoir pour consommer la viande. Et les paysans recevaient une indemnisation de 1800 euros. Quand on demande aux paysans réunionnais, cette crise-là n’a pas du tout été un traumatisme. Ça s’est réglé en quelques mois. À l'époque, les militaires et l’ensemble des mairies se sont motivés, se sont bougés pour que la vaccination se fasse le plus rapidement possible. On ne comprend pas pourquoi ce n’est pas possible de faire ça à la métropole. Donc aujourd’hui, il faut arrêter les mensonges. Moi, j’ai l’impression que, vu que le président de la FNSEA a tenu cette position, maintenant, il la garde pour ne pas perdre la face. Et aujourd’hui, clairement, je pense que le bras de fer qu’on a commencé à entamer, nous est clairement favorable. Il faut que maintenant, on étende aussi la responsabilité du libre-échange dans tout ça, puisque ce que je disais tout à l’heure, c’est que le Mercosur, il va être signé cette semaine ! Par le Conseil de l’Europe, mais si il y a cette signature, ça va être le feu partout en France. Parce que clairement, le Mercosur et la DNC, c’est le même combat, c' est la même boussole idéologique. C’est qu’on va tuer les éleveurs sur l’autel du libre-échange. Justement, le Mercosur, c' est pareil. On va nous mettre en compétition sur le marché international avec les pays d’Amérique du Sud. Il va y avoir un effondrement des prix de la viande bovine sur le marché européen et c’est encore nous qui allons trinquer.
Supermurgeman, justement dans le tchat, te demande si l’État ne serait-il pas en train d’aggraver la crise pour justifier justement les accords commerciaux avec l’Amérique latine dont tu viens de parler et notamment les importations de la viande bovine. Est-ce qu’on peut imaginer un billard à trois bandes ?
Moi je ne sais pas si je vais aller sur cette analyse-là, j’en sais rien en tout cas. Moi je trouve que c’est vraiment jeter de l’huile sur le feu et on l’avis puisqu’il y a une communication de l'État qui cherche à reporter le vote de cette semaine pour éviter de mettre l' huile sur-le-feu mais je pense que du coup l'État est fébrile et qu’il faut qu’on continue du coup. Et une chose qui est importante c' est que ce combat ce n’est pas qu’un combat agricolo-agricole, c’est un combat qui concerne l’ensemble de la société. Ce que l’on a dans nos assiettes, ça concerne tout le monde, tout le monde bouffe. Donc aujourd’hui, on fait un appel aussi à ce que l’ensemble des citoyens et des citoyennes rejoignent les points de blocage. C’est extrêmement important et qu’on élargisse cette colère-là, cette colère qui est légitime et qu’on a besoin de gagner ce bras de fer puisque si on le perd, derrière ça va être la merde pour plein d’autres situations.
Là, aujourd’hui, les mobilisations, elles sont où, il y en a combien, où est-ce que ça se passe ?
Il y a plus d’une quarantaine de mobilisations ce week-end, mais clairement, quand on est en contact avec les confédérations paysannes locales, le mouvement va clairement s’amplifier et s'étendre à l’ensemble du territoire. Donc aujourd’hui, la colère est telle que beaucoup, beaucoup de paysans vont se mobiliser. Et on l’a vu dans les images de cette nuit, la détermination est de plus en plus importante avec des gestes qui sont aussi de plus en plus imposants. Donc clairement, on ne lâchera rien et on espère gagner ce rapport de force.
L’argument principal qui vous est opposé, c’est de dire qu’une campagne de vaccination élargie ne serait pas efficace parce qu’il faut à peu près trois semaines après l’injection et que pour lutter contre la maladie, il faut abattre le troupeau. Qu’est-ce que tu réponds à ça ? Le temps de gestation, tu vois, trois semaines.
Par rapport au temps de gestation, nous ce que l’on prône, c’est le temps de la vaccination, que la vaccination soit effective sur l’ensemble du territoire. On fait des abattages ciblés des animaux malades, des euthanasies même des animaux malades pour abréger la souffrance de l’animal et en réalité, cette solution, ce protocole sanitaire, il a déjà été fait, je le répète encore une fois. À La Réunion mais dans d’autres pays aussi. Il y a une étude de l’EFSA qui prouve que ce protocole-là fonctionne très bien. Donc aujourd’hui, l'État doit réagir. Aujourd’hui on doit faire plier l'état pour qu’on cesse l’abattage total et ce protocole sanitaire inhumain, ça n’a plus aucun sens.
Alors, il y a évidemment un petit truc qui nous gêne, tu sais bien ici au poste, c’est le fait que les gars d’en face, de la coordination rurale, sont sur les mêmes positions que vous. Alors, comment on peut avoir les mêmes positions, donc je rappelle la coordination rurale classée à droite, voire à droite-droite-droite, et la confédération paysanne que tu représentes bien à gauche, comme on aime, comment tu défends le fait que vous ayez des positions communes et que vous vous retrouvez sur des barrages communs.
Clairement, il y a des fractures idéologiques qui sont extrêmement fortes entre la coordination rurale et la confédération paysanne. Ça, on tire à le souligner, il n’est pas question de faire une convergence absolue nationale, une chose est sûre, c’est qu’on a la même sensibilité à défendre les éleveurs et les éleveuses et à défendre l'élevage de manière générale. Donc oui, en fait, il se trouve qu' on se retrouve sur les points de blocage, même si ça peut être compliqué à certains moments, mais heureusement, on ne nous l’enlèvera pas. La sensibilités, on a le même métier, on à la même sensibilité avec nos animaux. Et aujourd’hui, ça crée aussi des discussions sur les points de blocage et aussi des diabolisations des deux côtés. Et ça, je pense que c’est extrêmement important puisque on a aussi besoin que la classe paysanne se rende compte de qui elle est et de qui sont ses représentants et que les grands perdants de la classe du libéralisme puissent porter aussi des propositions qui mettent un coin dans ce libéralisme qui écrasent l’ensemble des paysans à travers le monde.
Mais précisément, je ne connais pas les positions exactes de la coordination rurale, mais est-ce qu’elles sont alignées finalement sur une espèce d’ultralibéralisme qui sera encore plus libérale que la FNSEA ou pas ?
En réalité, c’est extrêmement divers comme position, ça varie énormément d’un département à l’autre. D’accord. C’est que, ils sont pour une exception agriculture, un protectionnisme économique, mais la grosse différence, c’est qu’ils sont sur un repris sur soi et qu’il sont pour l’exportation. Et donc, ils continuent à revendiquer aussi le libre-échange, alors même que la Confédération paysanne. Bien sûr, on est aussi en solidarité avec les paysans et les paysannes du monde entier. Et aussi, ce que l’on sait, c’est que tant qu’on ne sortira pas de ce libre-échange, nous serons les grands perdants de l’agriculture. Et donc, au lieu de prôner, enfin, et au final, la coordination rurale, elle a beaucoup porté l’abaissement des normes environnementales, l' abaissement des normes sociales. Donc en réalité, elle ne change pas vraiment de logiciel économique. Elle est toujours dans ce dogme de la compétition. Et donc, clairement, ça se rapproche effectivement énormément du projet économique de la FNSEA avec malheureusement des relents identitaires. Mais qui sont le fruit aussi d’une situation compliquée dans les campagnes. Moi, il faut aussi comprendre la situation que la ruralité a quand même été vachement abandonnée galère depuis des décennies et des décennies et que pour l’instant, il n’y a pas eu de réponse suffisamment claire aussi peut-être du mouvement progressiste et qu’on a un travail aussi à faire pour être plus audible auprès de cette classe paysanne puisque on ne changera pas de modèle agricole sans celle des ceux qui travaillent la terre. Et ça c’est extrêmement important pour nous de dire qu' on doit avoir des propositions politiques qui répondent aux enjeux de l’ensemble du monde paysan.
Est-ce que tu penses que cette crise, qui est importante, qui rappelle évidemment celle d’il y a deux ans pour laquelle tu étais venu au poste, est-ce-que tu pensais que cette prise peut être le moment de rivaliser avec la FNSEA, de faire tomber la FNSEA, qui depuis tant d’années, tant de décennies, en fait, bloqués toute la paysannerie ?
Tu as raison de lancer ce sujet là parce que ce que l’on dit c’est qu' au-delà d'être une crise sanitaire c' est clairement une crise politique et notamment une crise de gouvernance.
Ouais, je sais pas quand est-ce que ça a été coupé du coup.
Tu peux reprendre, oui c’est une crise politique, tu peux reprendre.
Du coup, c’est une crise politique parce que ce qu’on dit, ce n’est pas que la crise sanitaire, c' est aussi une crise de représentativité du monde agricole. Le ministère n’a l'écoute que de la FNSEA. Et donc là, clairement, c' est ce qu' on essaie de mettre en avant en ciblant la responsabilité d’Arnaud Rousseau, de dirigeant de la FNSEA. Et clairement, oui, il faut que cette crise-là permette de mettre hors jeu ce système mafieux que représentent les dirigeants de la FNSEA, qui ne défendent que leurs propres intérêts, qui sont toujours, qui sont extrêmement souvent à l’opposé de leurs bases, et leurs bases notamment, qui galèrent le plus. Donc aujourd’hui, oui il faut absolument qu’on fasse dans ce sens-là pour continuer la fracture de la citadelle de la FNSEA, comme on l’appelle, qu’on a commencé lors des dernières colères agricoles donc qui a été plutôt bénéfique pour la coordination rurale puisque pour les élections professionnelles, à la conf, on a stagné et la coordination, elle, a augmenté. Mais cette fois-ci, le genre est quand même assez différent puisque à la Confédération Paysanne, on est à l’initiative d'énormément de choses dans ce mouvement-là. Donc le mouvement a beaucoup plus de teintes progressistes que le dernier mouvement. Et clairement, on tient, on essaie de tenir la baraque au niveau communication. Donc on a besoin aussi de relais pour diffuser aussi nos positions le plus largement possible et que l’on puisse convaincre au maximum dans le monde rural.
Tu es arrivé là ou vous êtes encore en route ? Dans trois minutes, j’arrive. Dans trois minutes, tu arrives. Bon, il faut aussi que tu puisses reprendre un petit peu ton souffle. C’est à quelle heure, Apolline de Malherbe ?
C’est à 9 heures.
C’est à 9 heures. Bon, et bien écoute, on te demande d'être aussi radical devant Apolline de Malherbe. Merci Thomas. Voilà, tu vois, c’est une interview très, très chouette qu’on fait comme ça au débotté. Écoute, si ça peut te servir pour te mettre en jambe devant la France qui va t'écouter à 9 heures. En tout cas, merci beaucoup. C'était un plaisir de te revoir, de te réentendre. Bon courage pour la suite. Merci pour la clarté des propos. Merci Thomas. Ça va avec la terre et France Déter. Merci Thomas, courage à toi, courage aux tiens, merci d'être radical, tout va bien. Je te laisse tranquille respirer un petit peu et on se retrouve.À bientôt, Thomas. Merci beaucoup, merci beaucoup.
Ah mais laissez-moi me faire mon café ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Attends, je vais essayer de mettre un truc un petit peu plus long. Ah bah si, si, je sais. Je sais ce que je vais faire. Comme ça, je pourrais me faire un petit café. Bon, dites, qu’est ce que vous avez pensé de cet entretien ? Non mais, est- ce que vous vous rendez compte de ce que vous me faites faire ? Moi qui avais juré, il y a 15 ou 20 ans, terminé l’information, terminé le flux, terminé les news, et voilà que pour la matinale, j’essaie de vous trouver des invités dans l’actu et tout, mais j’avoue que c’est sympa. J’avoue que c’est sympa quand même. Non ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Qu’est-ce vous en pensez c’est du boulot. ça ? Kamel, attention. Je suis super content de donner 3 euros par mois, sûrement et surtout utile. Pourtant, tu dis et tu continues de dire que tu n’es plus journaliste. Tu vois, par exemple, quand je dis à Thomas, vas-y, sois bon devant Apolline et puis si on peut servir de camp d’entraînement, bah voilà une réflexion qui n’est pas du tout journalistique et même interdite, d’une certaine manière. Voilà. Donc c’est pour motoriser ces libertés-là, quoi. Parce qu’en réalité, c' est la même chose ailleurs. Tu as un carnet de contacts génial, c' est grâce à vous plus au poste est connu, plus c' est partagé, plus on peut appeler, voilà, et puis là on en est bientôt à 1000 émissions environ 800 invités. Donc forcément on commence effectivement à avoir un petit carnet pas mal quoi. Alors, la bande-annonce.
La bande annonce de nos agents subversifs de la semaine. Alors attends, le film de la semaine que nous allons vous conseiller dans un instant. Il s’agit de Animal Totem. Voici la bande annonce. C’est le film de Benoît Delépine qui sort ce mercredi.Bande annonce
Ah bah bravo, il est déjà sorti, c'était mercredi,, je croyais que c'était mercredi prochain. C’est pas grave Animal totem de Benoît Delépine, est-ce que certains d’entre vous l’auraient vu ? Samir Guesmi, acteur principal du extraordinaire acteur de l’Aéroport de Beauvais à la Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien et sans empreinte carbone une mystérieuse mission. Quelqu’un a-t-il déjà vu le film déjà et peut-il nous en parler ?
Mes chers amis, c’est l’heure de bientôt se quitter. Alors attendez, parce que là, je voudrais quand même voir un petit truc.On va regarder les débuts de Thomas et d’autres invités. Il va être 9h, on va regarder juste une seconde BFM. Merci à vous, j’espère que la lecture vous a enchanté. Voilà, c'était la France Déter, la matinale déter.
