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Alain Damasio :« le cyberpunk a été trahi »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Mon cher Alain, je crois que je crois qu’on nous attend mais vas-y.
David Dufresne
Ha ben oui, c’est ça. Il y a les vedettes américaines et puis après il y a les vraies vedettes Il y a aussi la voix, n’est ce pas ? Et comme ce monsieur a une belle voix, je vais le faire participer. Évidemment, il va lire certains passages parce que ça vaut quand même le coup. Bon, au démarrage, j’ai dit qu’on avait 2 h. Alors ici tu as le tchat. Voilà, ici le public, ici les petites caméras. Voilà, il y a ces caméras qui nous filment. Alors il y a ton éditrice qui n’entend pas, ton éditrice avec Avenir Tu entendras Alain Ne t’inquiète pas Mireille.
Alain Damasio
Elle ne t’entend pas.
David Dufresne
Tu sais, moi non. Mais moi j’ai une petite voix comme ça,
Alain Damasio
Tu entends ?
David Dufresne
Ton micro est beaucoup plus fort que le mien.
Alain Damasio
Ah ouais, c’est bien.
David Dufresne
L’ami Alain enfin, je le croyais jusqu'à quelques instants déjà convoqué au poste, a accepté de revenir, mais cette fois dans sa peau d’essayiste, de voyageur au long court et aux belles lettres. Avec lui, on va causer de son dernier opus en provenance directe de San Francisco Vallée du Silicium aux éditions Albertine Le Seuil. On va parler de nos machines qui nous possèdent bien plus que nous les possédons. Là, je te paraphrase de l’IA qui nous grignote et nous anticipe de ta pensée technocratique, toi le romancier d’anticipation et avec tes désirs de changer d’axe et d’avis. On parlera aussi et on va même démarrer avec ça de cette phrase tonitruante lancée par un développeur dans une pizzeria de San Francisco que tu as rencontré, je crois, de mémoire, un dénommé Greg qui t’a dit " On est jamais le contemporain de son temps" avec une phrase comme ça. Damasio Alain fait 20 pages. Nous sommes contemporains de la dissolution. Est ce que nous sommes contemporains de notre temps ou est ce un mirage ?
Alain Damasio
Ouais, on va voir ce qu’on arrive à dissoudre et j’espère qu’on arrivera à dissoudre l’extrême droite. Dans trois semaines. Mais c’est tellement court et tellement dingue. Encore un coup de poker de Macron. Donc moi je ne sais plus quoi dire sur ce sur lui. Je l’ai traité d’IA d’ailleurs, d’intelligence artificielle. Macron je l’ai traité de connard aussi, mais là on ne sait plus quoi dire quand il ouvre. Pour moi, il déroule un tapis rouge depuis maintenant sept ans au Front National. Tu demandes presque si c’est si ce n’est pas voulu tellement ça sonnait absurde dans la construction politique. Voilà. Mais on sait que c’est quelqu’un qui ne consulte personne. On sait que c’est quelqu’un qui a pris cette décision à huit personnes et ça en concerne 68 millions.
David Dufresne
Il vient de Radio France à Radio France, qu’on lui a dit non, mais en fait, il y avait que huit personnes qui étaient au courant, c’est ça ?
Alain Damasio
Voilà, c’est le Monde qu’il a dit. Ouais, c’est le monde qu’il a dit, donc on va le croire. Non, non, on parle de ça. Si vous voulez, on répondra à ces questions si vous voulez, bien sûr. Mais en vrai, je suis plutôt optimiste. En fait, je pense qu’on peut être le premier parti de France. Je parle du Front populaire évidemment dans trois semaines. Voilà, moi j’y crois.
David Dufresne
Alors cette phrase, qu’est ce qu’elle signifie exactement ? Qu’est ce qu’elle signifie exactement ? Je la connais par cœur, mais je la redonne. Pour ceux qui n’auraient pas lu ton livre, LaBelline dans le tchat a lu ton livre et elle dit être tout à fait impressionnée par la fin du livre. Au début du livre, il joue au journaliste très vite au philosophe et puis à la fin y redevient le romancier qu’il est. Voilà. Donc je pense qu’elle a été très impressionnée par la nouvelle qui est à la fin
Alain Damasio
Je peux répondre à tes questions si tu veux. Il y a cette phrase et elle est très forte. On n’est jamais le contemporain de son temps parce qu’on est dans des systèmes d’accélération temporels très rapides. On le sait, les vagues technologiques arrivent à un rythme incroyablement soutenu, ce qui fait que la plupart des gens sont juste en retard, en retard, complètement sur ce qui se passe. Donc, quand je suis arrivé aux États-Unis, je me disais Bon, on est roquets. Je sais à peu près ce qui se passe à la Silicon Valley. Je suis à peu près l'état de la technologie. Est ce qu’on vit en réalité ? On a à peu près, je dirais, dix ans de retard sur ce qui sont en train de faire là bas. Moi, ce fameux gars, j’ai rencontré Arnaud Augé. Qui avait à la fois la montre et évidemment l’Apple Watch qui vous donne vos notes de sommeil le matin quand vous vous levez. Parce que cette Apple Watch, elle mesure le temps de sommeil profond, le temps de sommeil léger, le temps de sommeil paradoxal, le temps d'éveil, etc. Et elle vous met une note sur 100. Le gars y vit avec ça en permanence. Il a. Il a une bague comme dans les Furtifs, une bague qui donne son pouls, son rythme cardiaque, les variations du rythme cardiaque, sa fièvre. Il a des sondes dans l’estomac qui lui donnent aussi son récent BIOS en quelque sorte. Donc des gens comme ça, pour vous, là bas, c’est relativement commun, c’est relativement classique. Moi je n’en connais pas en France qui soit à ce degré là. Il a une levure personnelle à son nom qui est fabriquée par une entreprise medtech qui boit chaque jour, chaque jour. Il est dans un monde de santé connecté, individualisé, personnalisé, optimisé, dans lequel je ne crois pas qu’ici où que vous soyez. Donc c’est super intéressant de voir que voilà, le futur est partout mais il est inégalement réparti comme disait William Gibson. Et là bas, il est un peu un peu dense, un peu un peu intense et c'était important de le voir. Donc on n’est pas le contemporain de ce qui se passe. Je suis arrivé à San Francisco, j’ai commencé à avoir ces voitures avec capteur, avec parabole, avec lidar sur le mur, avec cette caméra intégrée et je ne comprenais pas ce que c'était et je voyais un zombie au volant tourné comme ça dans la ville et je ne comprenais pas ce que ça signifiait. Et j’ai compris que c'était juste là pour prélever les datas, pour fabriquer évidemment, et faire tourner les voitures autonomes dans un Francisco qui tourne maintenant depuis 2023. Et tu ne comprends pas, t’es encore à l'ère de la voiture énergie, t’es encore dans les road movie américains et encore dans Christine Carpenter, t’es encore dedans dans cette logique là où c’est mythologie là et eux, ils sont déjà à l'ère de l’information, quoi. Ils sont passés de l'ère de l'énergie, de l’information à la voiture. Elle est juste là pour prélever de la data et créer les futures assurances automobile et surtout faire circuler les voitures autonomes qui vont bien sûr flinguer des milliers d’emplois, mais surtout aboutir à aller à l’hyper circulation individualisée qui va encore être écologiquement catastrophique. Donc ouais, c’est intéressant de voir qu’on est largué quoi. On est, on est tranquillement largué
David Dufresne
Donc là je suis emmerdé parce que tu viens de. J’avais trois passages qui parlaient des trois choses dont tu viens de parler, donc je vais les enlever. Ce n’est pas grave, mais je crois que tu parlais d’Arnaud le Gitan là. Voilà. Arnaud. Il faut préciser. Tu es donc invité par la Fondation, C’est ça une fondation Albertine ?
Alain Damasio
Oui, c’est la Villa Albertine. C’est une sorte de Villa Médicis aux États-Unis qu’ils ont créé il y a de cela trois ans. Et ils m’invitent à San Francisco parce qu’ils se disent tiens, un auteur de science fiction français. Si on le lâche au milieu de la Silicon Valley, ça peut donner des choses intéressantes. Et moi, je leur ai dit OK, ça m’intéresse beaucoup de te voir et de rencontrer le maximum de gens là-bas. Je pense que ça peut alimenter un roman même, ou en tout cas une réflexion. Et effectivement, je n’ai pas été déçu.
David Dufresne
Alors tu vois, quand il y a un petit bonhomme, ça veut dire ça, c’est l’invité qui dit d’accord
Alain Damasio
Ah là j’ai essayé, je vais le mettre loin pour y arriver. Au fil de ces chroniques californiennes, j’ai tenté de conjecturer la société qui se trace en filigrane sur les circuits imprimés de cette vallée fade. J’ai essayé de décoder ce que la technologie qui vient nous fait déjà et va nous faire. Il ne s’est jamais agi pour moi de simplement décrire et restituer, fût- ce avec ironie, de simplement gémir ou s’enthousiasmer. Tout est encore entre nos mains. Rien ne nous oblige à devenir les sapiens de la Silicon Valley, le plus souvent sans même le conscientiser produit à partir de nos soifs. Mammifère de confort et de facilité. Il est toujours possible et souhaitable non seulement de résister, mais d’insister et de persister dans nos propres voies vitalistes. Lorsqu’on écrit, on se figure couramment que résister revient à argumenter. Ça n’a jamais suffi. Résister n’est pas davantage émouvoir, alerter ou faire peur. Résister consiste à ressusciter le désir.
David Dufresne
Moi je vous j’applaudirais. Mais bon, il y a toujours un truc qui m’a étonné. Ce n’est pas la première fois qu’on fait un petit numéro de duettistes qui m'étonne, c’est quand tu prends tu quand tu lis et quand tu te lis. J’ai l’impression que ce n’est pas du tout comme ça que tu écris.
Alain Damasio
Ah c’est marrant si, Globalement, c’est vraiment ça quoi. C’est l’argument. Je n’écris pas forcément lentement, mais mes mots, le déroulé, la syntaxe, la façon de. J’ai du mal à lire parce que je suis vieux. Pour moi, il y a une dimension fondamentale dans l'écriture, c’est l'écoulement, la syntaxe. Je dis toujours la syntaxe, c’est un flux. La syntaxe, c’est le plus proche, c’est un torrent qui déboule, c’est une rivière qui coule. Et toi tu es là pour, pour, pour travailler cet écoulement. C’est vraiment ton travail d'écrivain, le premier avant même le choix du mot exact, le choix du mot juste et toutes ces conneries qu’on raconte sur son exactitude qui sont très fausses. En fait, quand t'écris, tu as un mouvement, juste un écoulement juste de la phrase. C’est pour ça que pour moi, ce n’est pas difficile de me lire parce que je sais, je sais le mouvement et comme la syntaxe c’est une rivière, toi tu es là juste pour soit élargir les berges, soit les resserrer. Quand tu ressens l’hébergement, le débit devient plus puissant, il vient plus rapide, il est plus soutenu, plus tendu. Tu joues avec le creux, la profondeur aussi de la rivière. Tu joues sur la ligne de pente. C’est à dire que tu penches un peu plus la phrase, tu fais même des cascades, tu fais des contre-courants, tu fais des bouillonnements, des marmites. Tu travailles vraiment là dessus. Et du coup, quand tu as écrit la phrase, c’est beaucoup plus facile de la lire pour moi que si je lisais un autre auteur. Ce que je dois comprendre de la façon dont il a enroulé la phrase dont il faut, il l’enveloppe. Alors quand c’est mon propre texte, je sais exactement sur les ruptures, ce sont les accélérations, là où je dois au contraire ralentir, posé là où je dois speeder, là où je dois donner le maximum de débit. Ce que le débit, ce n’est pas simplement la vitesse, c’est plus la tension de la phrase et ce qu’elle charrie à ce moment-là. Donc c’est Deleuze qui disait magnifiquement. Il disait voilà le lot. En philosophie, le style c’est le mouvement du concept et c’est le cas pour les essais. Quand tu es en littérature, c’est le mouvement, la sensation, c’est le mouvement de l'émotion, c’est le mouvement différent. Si tu écris un passage de grande colère ou de grande nervosité, tu vas forcément hacher énormément la phrase. Tu vas virgule et très court, tu vas, tu vas dis, tu vas réduire même les masses des mots, tu vas, tu vas chercher les mots à monosyllabes, beaucoup plus courts, beaucoup plus staccato. Et quand tu veux, au contraire, et dans la mélancolie, tu vas, tu vas étirer les mots, tu vas, tu vas, tu vas créer des masses qui sont beaucoup plus, plus longues, et tu vas aussi faire osciller la période d’une façon plus, plus harmonique. Donc tout ça, c’est des choses qui à l’oral pour moi, sont assez évidentes à refaire puisque c’est vraiment le Et c’est marrant, C’est intéressant par contre que toi tu utilises, tu penses que je l'écris différemment ? Je crois que j'écris plus vite que ça. Ouais bah des fois c’est plus rapide, mais là j’ai envie que vous entendiez ou compreniez le truc. Des fois on va trop vite alors.
David Dufresne
Et tous ces tous ces mots que tu inventes, que ce soit dans tes romans que évidemment, ici tout le monde a lu ou dans cet essai, tous ces néologismes, ils arrivent soudainement, c’est des torrents.
Alain Damasio
Ouais, c’est généralement en fait un néologisme, C’est un moment donné où j’ai le sentiment qu’il y a une idée neuve, ou en tout cas différente, ou qui n’a pas été réellement exprimée comme comment il fallait l’exprimer. Et je cherche le mot qui va permettre de la concaténer quoi, vraiment ? Qui va permettre de la catalyser sur un segment ? Tu vois comment j’utilise un universel par exemple, qui est de dire bah, les pratiques numériques qu’on a, le fait de swapper, de scroller et d’utiliser une appli comme Insta ou Facebook ou je ne sais pas quoi. Tout le monde. Je veux dire que tu sois Kirghiz, que tu sois une Malaisienne, que tu sois un Américain, que tu sois français, etc. Tout le monde va avoir les mêmes pratiques, les mêmes usages, la même gestuelle autour de ces applis. Donc il y a une espèce de caractère universel des pratiques numériques et de dire ça, il y a un caractère universel des pratiques numériques, tu vois ? Déjà, la phrase elle est lourde, elle a été si tu disais universelle, tout à coup tu synthétises un truc, c’est le caractère universel des choses et ce n’est pas le meilleur jeu de mots. Souvent en l’occurrence, mais voilà, un mot comme techno cocon par exemple, que j’aime beaucoup, Techno cocon. Moi je trouve parfait ce mot d’abord dans ce qu’il l’indique, c’est à dire qu’on est, on est dans un cocon qui nous choie, un cocon de fibre optique comme ça, avec des tas d’applications, des tas de d’interfaces qui dans lesquelles on est, on est enveloppé, cajolé et on a une chenille à l’intérieur de ce cocon même. Je dis des fois que des fils de soie, mais soit, c’est plutôt que des souillures. Et ça je trouve que le terme est très juste. Et surtout parce que ta question de techno cocon, tu vois un une voyelle très sombre, très en arrière de gorge qui te ferme déjà, et le rond c’est la voyelle parce que le O est une voyelle. En fait, oralement, c’est la voyelle la plus sombre du français, c’est la plus à l’arrière, la plus abritée, la plus protégée. Alors que tu fais techno cocon, tu sens que l’onde, il vient tout envelopper et donc le mot il est juste au niveau du phonème et il est juste dans le sens. Voilà, ça c’est un bon néologisme, mais il y en a d’autres qui ne le sont pas.
David Dufresne
Super, il y en a des supers dont on parlera dans le temps, dans le autour du corps. Mais est ce que ça veut dire que tu écris à voix haute ?
Alain Damasio
Non, pas forcément. Il y a des moments où je ou je dis à voix haute, je vous redis la phrase surtout quand c’est le moment où tu rame et t’as besoin de t’encourager. Donc tu redis et parfois j’enregistre et je réécoute pour me donner la pêche. Mais je ne jugerai pas forcément en écrivant
David Dufresne
Début du livre. Les cinq premières lignes.
Alain Damasio
Okay, en Target le mec je mens. Nous sommes un dimanche d’avril et puisqu’il n’y a rien à visiter dans la Silicon Valley le jour du Seigneur, il va bien falloir aller à l'église. Oui, mais laquelle ? Et pour célébrer quelle religion ? J’entends ? Quelle marque ?
David Dufresne
Et là, après cette production extraordinaire, tu me déçois. La marque, c’est Apple. Je veux dire non, là il fait le journaliste, là c’est triste, ça manque d’imagination. Et le premier chapitre, c’est sur Apple et on comprend au bout de quelques pages pourquoi tu vas dans ce que tu appelles la Mecque du Mac. Mais en quelques mots, qu’est ce que tu pourrais nous dire ? Qu’on ne saurait pas d’Apple que tu as vu dans la Silicon Valley ? Dans la loupe.
Alain Damasio
Je pense rien que vous que vous ne sachiez pas. Mais moi ce qui m’a frappé, c'était le. C'était l’envie très européenne de dire je suis, je vais au centre du monde puisque eux, ils se définissent pour le savoir. Il n’y a que les Américains pour parler comme ça et pour avoir cette espèce de prétention absurde. Mais peut-être Macron, on ne sait pas. Mais les Américains, ils se disent nous on est la Silicon Valley, on est le centre du monde, Qu’est ce que ça veut dire ? Et moi en plus, je leur sais gré de me le dire parce que je pense que c’est vrai. Ils sont au centre du monde parce que c’est eux qui fabriquent les technologies quotidiennes qu’on utilise tous les gens. Vous êtes tous cela, il n’y en a pas. Une personne, je pense, qui n’a pas dans sa poche ou près de lui un outil qui a été forgé par la Silicon Valley ou une appli que vous utilisez qui est forgée par ici. Donc effectivement, ils construisent, ils ont le centre du monde numérique qui est construit pour nous. Donc ça, c’est déjà assez fou. Et moi, quand je vais là-bas, je me dis je vais trouver l'épicentre, je vais chercher l'épicentre. C’est comme un Européen, tu sais, tu vas à des églises. Puis on dit "Cette église, elle a été construite où ? " Au XVᵉ siècle. Mais avant il y avait un temple, mais avant il y avait un cimetière. Mais avant toi, t’as toute une couche géologique, culturelle très forte et très verticale, qui normalement surdétermine un lieu et il est presque tellurique. Il y a presque une puissance que le lieu va porter. Et là tu arrives et tu cherches un lieu. Il n’existe pas, t’es sur des voilà tu circules comme une électricité lente qui ressort des circuits imprimés et tu arrives et tu trouves rien. Donc il y a les sièges sociaux, il y a le campus de Google, il y a les campus des métas, etc. Et là c'était un dimanche, il y avait une seule chose qui était ouverte, c'était l’Apple Center. De Cupertino. Et tu arrives là dedans. Et il y a quand même un choc architectural et design qui est que le bâtiment est entièrement vitré et le bâtiment, il reproduit exactement la grammaire de forme d’Apple. Et là, tu le comprends vraiment parce que tu te la prends dans la gueule. C’est ce fameux rectangle aux bords arrondis. C’est pas un rectangle anguleux, c’est pas un rectangle qui va te percer, ce n’est pas un rectangle qui va télécharger. Le design a été pacifié et. Et ce rectangle, tu le retrouves à tous les niveaux, sur les écrans, sur les iPhone, sur les iPad, sur les vitres, sur les portes, sur les tables, etc. Partout le rectangle à bords arrondis. Et là, tu commences à te dire : il y a un côté qui est quand même très extrême, limite fascisant du design, le design extrêmement épuré. Vous connaissez tous Apple et le design y refuse la texture, y refuse de chamarré, y refuse de métisser. C’est des couleurs pleines uniques. Et là tu dis moins quand même. Il y a un truc contre l’hybridation, contre le métissage, contre la rencontre. Tout est extrêmement épuré et il y a des choses que tu vois que tu aurais peut-être pas vu à la peut le store à la Défense. En tout cas je n’irais pas, je n’aurais pas investi de la même façon. Donc du coup ça, ça m’a vraiment intéressé. Puis après t’as le balcon et tu vois le ring, ce fameux ring 1600 mètres de circonférence, ce fameux siège social créé par Steve Jobs dans lequel tu ne peux pas entrer parce que c’est une sorte de forteresse médiévale maîtresse et qui est belle que de que vu d’avion ou de drones quoi, puisqu’elle tu ne peux pas l’approprier quand et au niveau de l'être humain au sol. Et c’est là que tu te dis c’est fait pour l’image, c’est fait pour les autres, c’est fait pour. Si c’est comme la Croatie, vu du vu d’avion et vu maintenant le tourisme c’est pareil. On vous montre toutes les villes vues de drones ou en vue aérienne. Bien sûr, vous ne pourrez jamais les voir comme ça, vous, quand vous vous baladez. La Croatie, vous le verrez au niveau de la plage et vous ne la verrez pas avec toutes les vidéos, mais c’est ce qu’on vous vend. Et là, on voit un peu la même façon.
David Dufresne
Alors tu dis je suis comme un petit français qui va là bas, tu en parle d’ailleurs dans le dans le livre est à guide. Jean Baudrillard qui revient très souvent au point qu’on sent que ton éditrice est sur ma gauche là bas et tu en parles à un moment donné, elle est un peu énervée parce que tu fais beaucoup de citations. Alors est ce que c’est parce qu’il faut payer les ayants droit de Baudrillard, puisque j’ai eu une expérience avec cette éditrice avec Jacques Brel, ou ça a été l’enfer avec les ayants droit ? Ou est ce que c'était simplement elle voulait du tabac ou du tabac, du tabac et ne me fait pas chier. Jean Baudrillard C’est quoi la vérité ?
Alain Damasio
Ouais, je crois que les éditeurs n’y comprennent pas des choses clés à des moments. C’est-à-dire que c’est fait exprès parce qu’elle est là du coup.
David Dufresne
Bonjour madame.
Alain Damasio
Mireille Babinet. Merci, Je sais qu’il y a des degrés de génie.. Un Deleuze, c’est un génie, un Nietzsche est un génie, un Baudrillard et aussi un génie. Et tu es, tu le comprends en relisant ce tout petit bouquin de 120 pages qui s’appelle Amérique de Jean Baudrillard, qu’il a écrit en 1986 en se baladant en bagnole, notamment dans les déserts américains et. Jean Baudrillard y voit des choses que même moi. En 2024, je n’avais pas vu, que je n’avais pas perçu ou je n’avais pas compris. Et le voir avec une espèce d’anticipation de degré deux de prophétique qui est quand même assez d’accord, notamment sur le rapport au corps par exemple. Déjà, tout goûte le caractère exhaustif du corps qu’on voit aujourd’hui sur des phénomènes comme l’ultra trail. Je ne sais pas si vous connaissez ça, les gens qui courent 160 kilomètres en montagne et qui font des épreuves de plus de 100 kilomètres à la course à pied.
David Dufresne
Et qu’est ce que t’as contre eux ?
Alain Damasio
Je n’ai rien, je n’ai rien contre eux,
David Dufresne
Moi je ne suis pas loin de ça.
Alain Damasio
Un symptôme ou un syndrome du fait pour moi que le corps, il est plus assez habité de façon sensuelle, charnelle, vive. Et on a besoin d’atteindre un degré d'épuisement ou d’exemptions incroyables pour recommencer à sentir que le corps existe. On a l’impression que sans l'épuisement et c’est pareil pour le fitness il faut soulever de la fonte, de courir sur des tapis roulants, etc. C’est tous des rapports qui sont très machiniques au porc et au corps qui sont des porcs. Et qui pour moi témoignent du fait qu’en réalité le corps, il se désincarne lentement. Le corps, c’est devenu quelque chose qu’on pose sur des sofas, qu’on pose sur des fauteuils comme je suis là, qui est toujours climatisé devant 20 100 degrés. Je ne sais pas si vous remarquez à quel point les gens ne supportent plus d’avoir chaud de sueur. Toutes les bagnoles sont climatisées, tous les bâtiments, les trams, les métros sont climatisés maintenant. C’est à dire qu’on supporte plus, que le corps est froid en support, plus il est chaud haut et on est dans une sorte de rapport qui a été pour moi Machine disait et Baudrillard y voit ça dès 86, ils voient ça chez les joggeurs. Ici vous arrêtez un joggeur qui est en train de courir. Vous pouvez faire la même chose avec des cyclistes. Il dit qu’il pourrait vous tuer. Et il regarde le joggeur courir sur la plage comme ça à Santa Monica. Il le voit faire les retours jusqu'à épuisement et il en tire quelque chose qui, vraiment pour moi, intellectuellement et sur le rapport au corps est et parfaitement juste. Mais il y a plein d’autres choses dans le rapport de bouclage de stade vidéo, toutes ces choses là qui reboucle le selfie avant l’heure, qui reboucle nos modes de vie avant l’heure, ça c’est fabuleux.
David Dufresne
Et donc pourquoi as-tu été frustré sur tes citations de Marx ?
Alain Damasio
Parce qu’il y a des choses qu’il dit dix fois mieux que moi, en mieux écrit et que je me suis interdit de recopier. Alors que parfois l’auteur, je considère que mon boulot, parfois c’est d’amener la pensée de Deleuze, d’amener la pensée de Nietzsche dans la pensée de Foucault ou d’amener la pensée de Bergson au delà de Baudrillard, à des gens qui n’ont pas forcément connaissance. Baudrillard qui dans la jeunesse, ça serait intéressant de prendre les moins de 30 ans. Qui lit Baudrillard aujourd’hui ? Quoi ? Allez, on y va, on va rigoler. Killy, Baudrillard, Kelly, Baudrillard dans la dernière année qui s’est passée. Zéro. Ok. Ou alors je n’ai pas vu une main levée ? Si, peut-être là, d’accord. Donc Baudrillard, extraordinaire penseur de la modernité, plus personne ne le lit. Donc si toi tu sers au moins à faire lire Baudrillard parce que tu l’as cité. Moi je trouve que j’ai fait mon taf.
David Dufresne
Alors le tchat lève la main. Voilà, on n’est pas chez les cons. Tu parles de Deleuze. Et justement, page 81, tu dis : Je me souviens de cette conférence mythique de Deleuze à la FEMIS où il analysait l’information et la communication comme un ensemble de mots d’ordre. Et le philosophe suggérait que l’information était ce que chacun était censé croire ou même pas, de faire comme si l’on croyait. On ne nous demande pas de croire, on nous demande de nous comporter comme si nous le croyons. Et il ajoutait Heureusement et là, ça va t’inspirer des très belles pages 82, 83, 84 pour ceux qui voudraient la source. Et il ajoutait Heureusement, il y a des mots de passe sous les mots d’ordre. Il a eu, dit-on, en Californie, à 100 ans face à cette phrase là, effectivement, c’est bien. Cette allocution de Deleuze, vous la trouvez sur YouTube à la FEMIS. C’est assez court, c’est effectivement éblouissant. Et toi, ça te tarabuste quand tu es sur place ?
Alain Damasio
Ouais mais tu vois, quand tu lis une citation comme ça, elle est. Elle est tellement à la fois dense, simple et puissante que moi je ne sais pas quoi dire après à après là dessus. Simplement rappelé que très souvent, quand on entend justement le gouvernement Macron, les ministres, etc. C’est qu’ils savent parfaitement qu’on n’est pas, qu’ils ne sont pas crédibles. Ils savent parfaitement qu’on ne croit pas à ce qu’ils disent, Ils nous demandent juste de faire croire, pas d’agir comme si nous croyions, Tu vois ? Et ça, c’est quand même un truc absolument génial. Tous les journalistes sont au courant, tout le monde est au courant, tout le monde comprend, mais on va agir comme si on y croyait et c’est tout ce qu’on nous demande. Ça, je trouve que par rapport au régime de vérité, de complot et toutes ces choses là de conspiration, moi ça me fait marrer le complot de la conspiration parce que tout est là, comme disait Foucault, tout est là, y a pas, tout est lisible, tout est évidente et transparent. Mais simplement agissez comme il vous demande de le faire et agissez comme si vous y croyiez. Tu vois donc ça c’est très fort. Après, sur les mots de passe et les mots d’ordre, ben oui, il y a l’ensemble des mots d’ordre. Nous on bosse, moi je suis écrivain, tout mon boulot c’est juste ça. C’est créer les mots de passe sous les mots d’ordre, les mots d’ordre. C’est à dire que eux, ils ont la capacité de manier la langue et de répéter indéfiniment à longueur d’année dans des médias qui sont à leur botte, tout un ensemble de mots clés, de nous les marteler, de nous les imposer, de leur donner le sens qu’ils ont envie de leur donner. Nous, on a moins la possibilité de le faire. Donc quand on a la possibilité de s’exprimer ou en tout cas d'écrire, eh bien il faut créer des mots de passe qui permettent de passer sous ces mots d’ordre et d’ouvrir des pistes, d’ouvrir des champs, d’ouvrir des possibles. Je dis toujours que l'écrivain de cesse est celui qui amène du possible au réel. Voilà notre boulot, il est là, en haut. On est par rapport à ce réel qui nous est imposé, qui nous est considéré comme naturel, qui considéré comme indépassable. On doit amener du possible, on doit créer du possible, on va amener du possible et faire circuler ce possible dans le réel pour montrer que d’autres façons de vivre, de penser, de vivre dans gratuit, de vivre dans le contre don, de vivre dans une économie différente, de vivre dans un imaginaire différent est possible. Donc ce boulot là, c’est ça les mots de passe, c’est créer du possible au cœur même du réel qui nous, qui nous impose et qui est et qui nous impose comme soi disant indépassable.
David Dufresne
Il y a un chapitre qui concerne un quartier très particulier. Je ne sais pas comment on prononce.
Alain Damasio
Tel thème de longue date d’Halloween
David Dufresne
Est ce que tu peux décrire ce quartier ? Et en sachant qu’il y a le QG de Twitter dans le quartier
Alain Damasio
Où est ce qu’il est vraiment de bloc et vraiment, vraiment de ce qui est ? Ce qui est dingue dans ce quartier, c’est qu’il au plein cœur de San Francisco. Il est. Il n’est pas séparé, il n’y a pas de coupure urbaine. Il fait partie d’un ensemble de rues qui est connecté à des rues très circulantes comme Market Street et. Et moi j’avais demandé ça aux dès le départ. Je voulais voir ça en premier en réalité. C’est à dire que je savais que j’allais voir des gens très riches et j’ai été les voir dans leur village. Je savais que j’allais voir des gens qui savent que le salaire moyen ici, c’est 15 000 € par mois. Donc Et les gens que j’ai vus, ils sont ils sont évidemment à plus d’un million d’euros annuels. Et. Et du coup, je voulais voir cet autre versant, parce qu’il faut, il faut évidemment savoir qu’aux États-Unis, il y a une pauvreté absolument colossale et des inégalités absolument fabuleuses. Et donc j’ai été voir ce quartier qui est bouffé par le par le deal, donc une drogue ultra puissante qui est un antidouleur. Au départ, c’est une drogue très peu chère et il faut moins d’un gramme pour avoir une overdose. Et tu vois donc vraiment des zombies. C’est à dire que nous on a baladé à Paris, bien sur il y a des il y a des SDF, des clochards, etc. Mais tu ne vois absolument pas la même chose. Là, tu vois des gens brisés vraiment par la drogue, qui ont un angle complètement à l'équerre entre la tête et le corps. Tu vois des gens sur des tentes à même le trottoir, qui se font, qui fument leurs crackers, tu me dis tu vas avoir ça à Stalingrad, etc. Mais c’est surtout l’absolue puissance de solitude que tu ressens. Là, j’avais une vieille en fauteuil roulant. Je me rappelle encore, elle avait trois sacs à dos qui étaient posés sur la chaise roulante. Elle avait un pied bot et elle poussait avec l’autre pied et un bras, sa chaise roulante, sans qu'évidemment personne l’aide et en étant totalement en autonomie dans le. Et donc tu vois un degré quand même de destruction par la drogue que tu ne vois pas ici. Tu ne vas pas dans une ville et tout ça à 200 mètres bien sûr de Twitter où un mec qui vient de racheter Twitter pour 44 milliards de dollars à l'époque, c'était juste au moment où il avait racheté un masque. Donc tu dis le mec vient de lâcher 44 milliards et là t’es à côté, tu vois. Donc il de poser la question très brutale, très simple de dire pourquoi c’est possible, comment c’est possible, comment moi je peux passer, tu vois là.
David Dufresne
Page deux pages 102, tu donnes une explication, tu dis que ce qui nous manque, c’est une aptitude désormais largement perdue, laissée en jachère ou en friche par nos modes de vie numériques. Et là, en italiques, à pouvoir nous confronter à l’altérité.
Alain Damasio
Ouais, moi c’est vraiment une des clés de ma critique de la technologie. Je ne juge pas technophobe ou vous comprendrez bien sûr, puisque l’auteur de SF, il est toujours fasciné et il en fascination répulsion avec la techno. Donc il y a plein de choses que j’adore, j’utilise et que je trouve absolument fabuleux et en puisant tant dans la technologie. Mais il y a une chose que cette technologie numérique nous amène. Et là on pourrait parler du Front National et de et à quel point les réseaux sociaux, pour moi, servent le Front National et à quel point même l’univers numérique est favorable à aux logiques identitaires. C’est que je considère que la techno et parle techno cocon notamment. Elle conjugue l’altérité. Elle a fait de l’altérité quelque chose à conjurer, quelque chose à éviter, quelque chose à esquiver et à favoriser. Le règne de l’identique, le règne du même, les communautés affines, les communautés dans lesquelles tu es bien et communauté. Filtrer les informations que tu aimes bien et qui correspondent à tes idées et la confrontation en réalité à l’altérité. Elle devient de plus en plus faible et plus elle devient faible, moins tu te confrontes à l’autre, à l'étranger, aux migrants, à celui qui ne pense pas comme toi, etc. Plus tu renforce tes logiques identitaires et plus ça devient difficile effectivement d’accepter l’autre et de te confronter à l’autre. Et je pense que le numérique a un rôle vraiment important et compte et qu’on souligne passer du tout pour moi, c’est-à-dire qu’on parle de la montée du Front national en parlant sur l’immigration, etc. Il faut le savoir et vous le savez. Je pense ici que tout le baratin de Bardella et autres sur la submersion migratoire, sur les vagues migratoires est un fantasme, mais absolu. Certes, les flux migratoires sont parfaitement maîtrisés et bas en France depuis déjà une dizaine d’années. Donc c’est du fantasme total martelé, etc. C’est vraiment une mythologie de l’envahisseur qui est porté par pas par le FN. Mais ce truc là fonctionne parce que les gens sont de plus en plus fermés, clos, cajolé, choyé à l’intérieur, leur petit cocon à l’intérieur des choses qu’ils veulent voir et filtrer et cette confrontation à l’extériorité, au dehors, à l’altérité, elle est. Elle diminue pour moi, elle diminue, elle, elle devient moins évidente, moins. Et ça explique que le rapport aux migrants, par exemple, qui s’est totalement dégradé, c’est à dire le fait qu’on ne supporte même plus que 30 migrants viennent débarquer à Marseille et qu’il y ait très peu de gens qui se battent pour SOS Méditerranée et pour les gens qui les sauve en mer. Je pense que c’est lié à une espèce de repliement identitaire que le numérique favorise. En tout cas, c’est mon intuition là dessus.
David Dufresne
Alors tu, tu précises, page 102 La Tech, ontologiquement conjure l’altérité, Tu viens de le dire, elle la repousse, la neutralise, elle la contrôle, elle la métabolise pour en faire de même. Elle réplique d’abord l’identique ça, tu l’as à peu près dit, là, mais tu ajoutes Et quand l’altérité insiste, elle l’affectionne. Tu penses à quoi quand tu dis ça ?
Alain Damasio
C’est à dire que on est dans un monde de consommation culturelle qui est majeur et on l’a vu dans qu’Ovide dans le qu’Ovide. Ce qui était génial, c’est que quand t’es assigné chez toi la seule chose qui peut être en mouvement ou le seul rapport à l’altérité que tu peux avoir, c’est consommer de la série télé. C’est considérer les bédés des mangas en ligne, de la série télé, des longs métrages, de la vie. Et des petites vidéos aussi. Et quand tu fais ça, qu’est ce que ça veut dire ? C’est que l’altérité, c’est devenu simplement une fiction. C’est devenu un récit, c’est devenu quelque chose que tu regardes, c’est quelque chose dans lequel tu es inséré. Donc tu peux regarder des séries qui sont fabuleuses, mais ton rapport à l’autre, ta rencontre de l’autre, ta rencontre face à face, ta rencontre de chair et d’os, la rencontre incarnée de l’autre. Elle a disparu, tu vois, et elle est médiée, elle est interface. Et moi je dis toujours c’est l’interface face à face, tu vois. Donc c’est interfacer. Et donc à ce moment-là, pour moi, le rapport à l’altérité, il part et disparaît où il est fictionner et fictionner, c’est une très bonne façon d’échapper aux choses. C’est pareil, vous pouvez faire une série télé ou un documentaire magnifique sur les SDF sous Fentanyl à San Francisco, vous pouvez lire mon livre qui est une médiation de ça. Bah vous n’êtes pas confrontés, vous ne rencontrez pas, vous n’êtes pas percuté et ça ne change pas votre vie quoi. Enfin tu vois, tu sais, l’altérité a été fictionnée et c’est tout. Le paradoxe, c’est que moi j’essaie. Quand t'écris est un temps de langue, C'était le lieu pour moi la chronique la plus difficile. Pourquoi ? Parce que je sais que je vais médié quelque chose que je vais interfacer par le médium de l'écriture. Un choc qui pour moi a été très puissant et très important quand j'étais à Francisco. Donc, et aux défis et au défi. Il faut que ton écriture soit suffisamment puissante pour percer la faille, percer la faille pour faire passer des affects que les gens doivent comprendre alors même qu’ils n’ont jamais rencontré la personne. Ça, c’est très difficile à faire. Des fois tu réussis, des fois tu rates. Il y a quelques passages dont je suis content et d’autres où j’ai raté. Je n’ai pas restitué ce que j’ai et ce que j’ai voulu. Mais si tu fais un documentaire de toute façon à l'écran. Toute façon, étais tu face à une vie de toute façon ? Tes clés de sens, l’audio, le et le et le visuel TT.L'être humain, c’est bien plus que ça. C’est de l’olfaction, c’est du toucher, c’est du thermique, c’est la chaleur du froid, C’est du poids, c’est de la fatigue, C’est une atmosphère. C’est. C’est tout ça que tu sens dans la rue quand tu te balades. Et ça, tu peux ne pas rester par un film, par une série télé. Mais les mots, c’est compliqué aussi de faire voilà. Donc moi j’essaie toujours de recourir à l’expérience directe autant que possible, puisque c’est ça qui te sort un peu.
David Dufresne
En partant de là, qu’est ce qui distingue la fiction de la fiction ? la Tech ?
Alain Damasio
Il n’y a pas toutes les fictions passe par la Tech pour nous. A part si tu parles du spectacle vivant et on pourrait parler de spectacle vivant comme heureusement reliquat ou reliquat du vieux monde ou Tal le. Vous allez me dire ouais où ça ? C’est à dire que par exemple, vous allez me dire bon, puisque je vais me faire chier à me déplacer, voir Damasio dans une cour à l’hôtel de ville, à quoi ça sert ? Tu vois, je n’en ai rien à foutre. Il a été filmé, j’ai regardé ça sur Switch. Et bien moi je pense que c’est différent. Je pense qu’il se passe autre chose. Je pense que vous sentez l'énergie différemment. Vous voyez bouger, ce n’est pas juste de l’audiovisuel. Vous sentez une présence, vous sentez un peu être un magnétisme. Vous sentez mes peurs, mes doutes, les choses où je ne suis un peu pas à l’aise, les choses où je suis très à l’aise, très convaincu, etc. Et cette présence là de corps, elle est à mon avis fondamentale et elle fait les choses différemment, elle porte les choses différemment. Donc ça oui, c’est très différent. La Tech, il faut bien se dire ça. La Tech, c’est un vecteur de dématérialisation des matériaux, de la musique, des matériaux, des images en dématérialise évidemment la vibration des matériaux, l’olfaction des matériaux, la chaleur des matériaux, c’est tout quoi. Voilà. Et on le reconstitue et on le redonne autrement. Tu vois, quand j'étais là bas, par exemple, le métal vert, c'était l’idée. La grande idée du Québec, c’est de dire on va vivre les concerts, on va les vivre dans le métal. C’est à dire que vous avez dans votre chambre ou mettez le casque de réalité virtuelle, vous mettez le casque spatialisé en binaural, tu vas avec un son spatialisé super fort. Et puis là, vous, vous rentrez et vous êtes en concert avec Taylor Swift qui vous voulez, Tu vas et tu te dis mais un concert, toi tu joues, tu sais de quoi je parle. Un concert, c’est ses épaules, c’est l’odeur de la sueur, c’est la chaleur des gens, c’est sous la coupe. Tu crèves de chaud, tu tues, tu gueules ensemble. C’est la vibration qui traverse tout le monde en même temps.Tu vois, ce sont ces lignes de base qui nous défoncent tous et c’est les acouphènes. C’est tout ça à un concert, Si ne t’as pas ça, qu’est ce que ça veut dire ? Eh bien pour eux, le reconstituer, c’est aussi bien le son, le bien spatialisé. T’es pas emmerdé, Personne te bouscule tu ? Voilà. Tu vois, tu vois. Et ça, c’est super intéressant. C’est-à -dire que le corps, si tu peux l'éliminer, pour eux, c’est bien. Et moi je le dis, c’est vraiment une chose que j’ai constaté là bas aussi. Ils ont un problème vraiment net avec le corps. Alors ces anglo-saxons, il y a plein de choses liées à ça et il y a plein de choses liées au puritanisme. Faut toujours se rappeler que c’est des puritains qui sont arrivés, ça remet Flower aux États-Unis avec cette idée que voilà la lumière, la proximité. Dieu, elle est dans. Elle est dans le ciel et dans la lumière, elle n’est pas du tout dans le corps et c’est vraiment une religion de la matière lumière le numérique. Ça, ça va, Je le dis à un moment donné, mais je pense que c’est vrai. La fibre optique toute circule par la lumière, c’est comme ça que ça a, ça, ça existe et il est. Et ce fameux et d’ailleurs sociologue Fred Turner me l’a dit super bien. Il m’a dit on est dans un monde déjà qui est masculin à 80 % dans la Silicon Valley, c’est le cas, 90 % des gens sont des asiates ou des ou des Européens. C’est à dire que tous les Latinos, les Blacks, les Arabes sont les premiers, ce qu’on appelle nous les premiers de cordée, c’est à dire qu 'ils sont vigiles, ils sont un technicien de surface, agent d’entretien, etc. Ils vivent dans des campings car dans les contrées Allez la Silicon Valley parce que les loyers sont tellement chers que même avec un loyer va, même avec un salaire mensuel normal et régulier, tu ne peux pas vivre dans les villas. Ils disent bah en fait à l’homme blanc en premier, c’est lui qui est le plus près de la lumière de Dieu. Tu vois, c’est le plus désincarné, c’est le plus dématérialisé. Il est blanc, il est près de la lumière. Il dit de façon latente La femme, elle est déjà au deuxième niveau. C’est la femme et l’enfant quand même, tu vois ? Et l’enfant, elle est dans la chair. Il faut sortir le bébé, il y a, il y a du, il y a du sang et du placenta, etc. Donc elle est, elle est moins proche de cette immatérialité, de cette pureté, de cette noblesse de la lumière. Tu vas aller un peu derrière et puis après t’as les blacks, t’as les machins. Enfin tout ça c’est ici, c’est de la matière, c’est du corps, c’est de la viande et on est plus loin. Et toi, il me le disait comme ça. Je parle d’un grand sociologue, ils ne me racontent pas ça comme ça. C’est un sociologue qui travaille à Stanford d’externe et il me disait que c’est ici.
David Dufresne
Par ailleurs, on a un chauffeur, Monsieur n’a pas de permis, Monsieur va aux États-Unis sans permis.
Alain Damasio
Là déjà on voit le bordel. Déjà c’est le bordel. Il n’y avait pas de Smartphones, On m’a prêté un Smartphone, sinon je ne m’en sortais pas non plus. Et du coup, il te sort ça et il te dit voilà, il y a un sexisme et un racisme latent dans la Silicon Valley qui est jamais exprimée mais qui vient du spiritualisme.
David Dufresne
Sur ce chapitre, tu parlais de médiation. Il y a quelque chose de surprenant en te lisant, c’est que, au début, tu ne fais pas tout à fait l’exercice attendu d’une certaine va dire si ce qu’on attend de toi ce ne soit pas attendu. C’est à dire qu’en fait il y a quasiment pas de guillemets, il y a quasiment pas de citation. Et puis peu à peu, tu laisses parler un peu plus les gens que tu rencontres. Si c’est complètement voulu, c’est qu’elle dit
Alain Damasio
C’est intéressant ça, C’est de vraies questions de journalistes de reporter
David Dufresne
Bref, ce n’est pas grave.
Alain Damasio
Ouais, c’est pas du tout conscient, mais je pense qu’on a j’ai respecté en fait. Et je pense que là, pour le coup, les. Ça a été un très bon conseil. Yes ! C’est-à -dire qu’on a démarré, parlé, parlé par les chroniques les plus simples et les plus distanciés des chroniques d'écrivains. J’ai envie de dire qui analyse qui, qui regarde qui, qui ? Voilà qui aborde les choses avec son regard, son intuition, etc. Et après je suis plus dans la rencontre, je suis plus dans des rencontres qui vraiment me bousculent, me bouleverse, me renverse même. Cette fameuse rencontre avec Arnaud G. Et ce gamin, ce gitan français de 30 ans et qui parfaitement dans les bijoux connectés et dans la technologie du corps. Et ce super programmeur qui s’appelle Grégory Renard, qui est un programmeur des machines de langage des IA, quelqu’un de très haut niveau dans le truc. Et les deux, ils m’ont vraiment dans le cerveau. Ils m’ont vraiment, ils m’ont vraiment apporté des choses et ça a été de vraies rencontres humaines. Et du coup là, forcément, j’ai envie de respecter ce qu’ils ont dit, j’ai envie de les respecter, même si je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais de respecter vraiment leur intelligence et leur et la générosité qu’ils ont eue aussi en parlant et. Et moi dans tout ça ? Et du coup, effectivement, on rentre plus dans le portrait, on en passe de là, on rentre dans le portrait
David Dufresne
J’ai eu l’impression, peut être fausse qu’au début tu es à la fois subjugué, intrigué, tu es là pour ça. La Tech, c’est quoi ? Et puis finalement abandonner le repli humain. Le retour humain prend le dessus Et on les voit un peu plus vivre ceux que tu rencontres.
Alain Damasio
Ouais, ouais, c’est très vrai. Et à la fin, il y a une espèce de backlash où je reviens aussi à ma pensée technocratique. Je prends du recul par rapport à ce que j’ai vécu. Il y a trois mouvements. Je pense qu’il y a un mouvement de découverte et d’exploration assez distante où je rentre dans une culture très étrangère. Moi, on dit toujours les Etats-Unis, c’est un peu comme l’Europe Moi j’ai trouvé ça radicalement, franchement différent. Il y a vraiment des ruptures culturelles qui sont très fortes. Je trouve pas du tout qu’on m’avait dit tu verras, San-Francisco c’est une ville européenne, etc. Mais ça n’a rien à voir. Tu vois les degrés d’individualisme, tu sors dans la rue, le degré la l’idéalise, tu n’y as pas du tout le même à Paris. Et Paris pourtant est une ville très froide pour moi. Donc tu sors à des degrés comme ça, d’hyper dualisme et de solitude beaucoup plus forts. Ce n’est pas des pays latins, c’est là, tu vois des groupes, c’est des trucs super intéressants dans les sorties, un peu dans quelques bars, de grandes et tout. Tu dis il va se passer des trucs, y’a de la séduction, il va y avoir des Baudrillard. On parle beaucoup de cette absence de séduction et de ce côté pas du tout italien ou français. Tu vois des groupes de filles, il y a huit filles qui vont être ensemble un soir de groupe mais qui sortent ensemble, vraiment. Et t’as un groupe de dix mecs qui eux mêmes sortent aussi ensemble. Et il y a absolument aucun entrelacements, aucun, aucune mixité, ou en tout cas aucune hybridation entre les deux groupes. Et ils ressortent chacun sans qu’il soit passé près du tout. Et je demande à Arnaud, je lui dis mais toi, quand tu veux séduire, comment ça se passe la séduction aux États-Unis ? Est ce que tu vois une lueur ? Tu dis un truc plus banal que ça, tu fais pas, je te dis voilà, tu vois, tu vois une jolie fille au bar machin qui est en train de lire un livre, Qu’est ce que tu fais ? Il dit Je ne vais pas la voir. Le gars est vraiment un beau gosse. C’est un très beau gosse. C' est une sociabilité tout à fait intense et il dit je ne vais pas l’avoir. Je lui dis mais pourquoi il y a pas là bas ? Je trouve que c’est intrusif. Ouais, je trouve que c’est du harcèlement. Tu dis que tu peux aller au bar, tu te poses au bar, tu regardes, est là, en train de lire. Est ce qu’elle lève la tête vers toi ? Tu peux sourire, Soit elle te répond, soit répond pas et voilà, ce n’est juste pas assez. Je ne considère pas que c’est intrusif de faire ça. 26 Intrusive. Je dis donc comment tu fais si jamais cette fille te plaît que tu veux ? Dis je regarde si elle est sur Bumble. J’ai fait. Ah bon ? C’est-à -dire ? Tu sais, moi je n’ai pas de Smartphone, donc tu vois, j’apprenais. Eh bien il me dit bah voilà, c’est tout moi Maintenant, tu peux déterminer, tu peux faire un opt in et tu es visible sur un cercle de chez plus de 100 ou 500 mètres autour du point où tu es. Et tous les gens qui ont l’appli savent que tu es là et que tu es disponible.
David Dufresne
Quelqu’un appelle ?
Alain Damasio
Vous avez dix ans de retard, mais vous avez dix ans de retard. Tu ne peux pas avoir de séduction directe. Tu dois passer par la médiation de l’appli et par la disponibilité sur l’appli pour entrer en contact ou pas avec la personne. Et ça, j’ai trouvé ça super révélateur aussi.
David Dufresne
Je te fais dire encore un petit passage
Alain Damasio
Ok, alors ok. Le geek n’est plus, à mon sens, l’avenir de Sapiens. Il a été, disons, 50 ans, entre 1970 et 2020. Il portait en lui la promesse propre au cyberpunk, celle d’une émancipation de nos corps et de nos esprits par la technologie. Nous sommes les six bercés par la douceur de cette illusion. Sinon ça ne marche pas. Je peux développer ça aujourd’hui ?
David Dufresne
Vas-y, fais toi plaisir.
Alain Damasio
Ouais, ça c’est un des gros enjeux en science fiction. On sait que bon, voilà, on le sait, les élans de masse que les Jeff Bezos, les Zuckerberg, etc. Sont des gros lecteurs de science fiction. Et globalement, les Mogul un peu de la Silicon Valley sont des gros lecteurs de SF. Sauf qu’ils ont été nourris à la SF des années 70. C'était un peu leur âge quand. Quand il était jeune. Et le cyberpunk, il a porté une promesse. En tout cas, c’est ma conviction pour savoir que l’ordinateur individuel et l'éclosion des technologies qui vont et des technologies personnelles commencent à émerger. Dans les années 70 et en même temps que le mouvement hippie, en même temps que les drogues, en même temps que plein de processus de libération individuelle, et notamment le rock évidemment, et ensuite le punk. Donc tout ça se produit à peu près en même temps dans les années 70. Mais le cyberpunk a porte pour moi une promesse aussi importante que les drogues ou que le rock. C’est à dire c’est une promesse de libération, c’est une promesse d'émancipation. Et cette promesse d'émancipation, elle est liée à cette idée que, en se couplant avec la technologie, en s’y bridant avec la technologie, on va un est plus vaste, on va avoir des expériences plus riches, plus intenses, on va s’ouvrir au monde et ça va être quelque chose de prodigieux pour l'évolution de l’espèce humaine. Sauf que dans le cyberpunk, ce qui est génial, c’est qu’il y a tout de suite le punk. C’est à dire il y a tout de suite l’idée que ce truc là va merder quand même et qu’on est sous techno capitalisme, et que donc le capitalisme va induire des effets pervers absolument dingues sur cette promesse d'émancipation. Malgré tout, les boites comme Apple, les boîtes comme Google, les boîtes des GAFAM et toutes les boîtes technologiques ont continué à maintenir cette promesse, cette illusion et continuer à la vendre. Aujourd’hui nous vendent le pouvoir que nous apporte la technologie. Mais ils nous vendent aussi cette espèce de promesse de libération. Moi, je considère et c’est tout mon monde et j’ai bien trollé les autres auteurs de ces plateformes. Je considère que cette promesse a été trahie. Elle a été trahie, elle a été trahie par les plateformes, elle a été trahie par les applis, elle a été trahie par les GAFAM parce que qu’est ce qu’ils ont fait ? Ils ont essayé de maximiser le temps que vous passez sur la plateforme. Et ça, c’est une espèce de tropisme propre au capitalisme. Pour maximiser les profits, il faut que vous maximisez le temps que vous passez sur votre outil. Et pour ça, et bien il a fallu faire quoi ? Il a fallu travailler sur un design de la dépendance, donc ils ont mis en place des milliers, ils ont mis en place, utilisé et exploité et surtout payé des billets vieux, riches, des comportementalistes, des psychologues et psychiatres, des sociologues, anthropologues, etc. Pour travailler sur cette dépendance et pour utiliser tous les biais cognitifs que nous avons, nous êtres humains, afin qu’on maximise le temps passé sur la plateforme. Et ça, on le sait, on le sait sans le savoir, on ne mesure pas à quel point c’est important, on ne mesure pas à quel point ils ont fabriqué des machines d’auto addiction ou d’auto aliénation et sur lequel on est tous piégés aujourd’hui. C’est ce qui fait que c’est très difficile de se débarrasser d’un Smartphone, de se déconnecter, de se débarrasser d’un réseau social une fois qu’on est dessus et de se débarrasser de beaucoup de jeux vidéo qui sont extraordinairement addictifs. Donc quand tu as conscience de ça, tu t’es dit c’est dommage parce que Cyberpunk l’a promis en tout cas. Et là, elle a été trahie, elle a été retournée contre elle-même. Juste une petite question là, est ce qu’ici, il y a des gens qui connaissent la boîte de Skinner ? Ça vous dit quelque chose cette technique de la boîte de Skinner ? Ouais. Oui, il y en a qui à trois ou quatre, heureusement. Par exemple, c’est une technique incroyable d’addiction qui est utilisée dans quasiment toutes les plateformes, qui viennent d’un comportementaliste américain des années 20 qui s’appelait Skinner et qui travaillait sur les pigeons. Je vous dis juste le truc en deux mots : je ne vais pas vous faire d’idées là-dessus, mais c’est pour mesurer à quel point on n’est pas au courant ni conscient de la façon dont ça fonctionne. Lui travaille sur les pigeons, d’accord. Donc il y avait, il y avait une espèce de tirette de pigeon en cage tirette et le pigeon appuyait et il avait trois bâtons de nourriture. D’accord, USA Le pigeon appuie trois bâtons, le pigeon appuie trois bâtons. Poggia. Skinner se dit mais là il a une idée de génie. Mais cette idée de génie pervers. Il dit on va faire un truc, on va modifier la machine pour que quand le pigeon il appuie, y ait tout d’un coup pas de nourriture, puis tout d’un coup cinq bâtons, puis tout d’un coup dix bâtons, puis douze bâtons, puis tout d’un coup un bâton, puis tout à coup, pas de nourriture, pas de nourriture, pas nourriture, pas de trois bâtons, etc. C’est-à -dire qui transforme la machine pour qu’elle apporte une rétribution aléatoire, une récompense aléatoire, et regarde comment le pigeon réagit. Et là, il y a un truc dingue qui se passe, c’est-à -dire que le pigeon se met à appuyer frénétiquement. Sur la tirette. Il appuie, il appuie l’appui. Il est plus capable de se réguler. Il part en vrille, il appuie tout le temps de façon complètement hystérique. D’accord. Et ça, c’est le premier truc qu’ils ont appliqué. Ils l’ont appliqué aux machines à sous Las Vegas. T’arrives à rien, t’as rien à rien. Dix fois, hop, à trois piastres et en fait toutes vos applis, toutes les applis des réseaux sociaux Le mur Facebook, les systèmes de notifications que vous avez, fonctionnent exactement sur le même principe, c’est à dire vous allez déification, inintéressante, passionnant, inintéressant, passionnant, etc. Et ça tourne comme ça. Il y a rien de plus addictif que ça pour apparemment des espèces animales. Peut être que c’est lié à la cueillette, à la recherche de nourriture, à la chasse. Il y en a qui disent que ça a des fondements dans le. Dans le principe de la chasse où tu viens bredouille et pitié. En tout cas, ça a une puissance d’addiction sur nos biais cognitifs qui est colossale. Tout est construit comme ça. Il y a quasiment pas une appli qu’utilise pas ça. Vous utilisez. C’est exactement la même chose. Tu as à met en joue le fait en mode hétérosexuel boomer que je suis machin, tu regardes, t’as une bombasse, c’est génial, tu trouves.
David Dufresne
Bombasse quoi ?
Alain Damasio
Et tu fais ça ? Et en fait on te met des bombasses régulièrement à intervalles irréguliers, etc pour que tu restes sur la plage et que tu continues à regarder, à regarder jusqu'à temps que tu fasses des matchs et machin. Voilà, ça Tinder super simple, c’est la boîte de Skinner. C’est une application directe de la voix de Skinner. C’est ce qu’on appelle le design de la dépendance et c’est là dessus qu’on vit tous dans le numérique.
David Dufresne
Et alors, si on suit le transhumanisme, en fait pour toi il. Il commence avec le téléphone et tu dis bien sûr, le stade d’après, ce serait la puce incorporée. Voilà. Mais en réalité, tu dis le on est déjà à cet âge là.
Alain Damasio
Ouais, l’hybridation a eu lieu. C’est à dire que d’abord la technologie s’est énormément rapprochée de nous. Maintenant, vous êtes là, quasiment tout le monde. Il a soit le Smartphone, là au milieu, sur le banc, la plupart du temps dans la veste, dans la poche, sur vous, à la main, etc. Donc ça veut dire que la techno greffe, elle est là, elle n’est juste pas intégré, elle est juste pas fondue dans notre avant bras, tu vois, ou dans votre main. Mais en réalité avec les Michu connectés, c’est ce qui va se passer et je crois que la bague va être le prochain vrai bijou connecté. Moi je vous dis à l’avenir. Après vous me direz dans dix ans si je m'étais gouré quoi. Mais en gros on aura juste un piercing ici. Pour le micro, d’accord, quand on parle. Donc il y aura un tout petit piercing super discret, super fin et tout élégant et quand on parlera, y prendra le truc et là on aura deux oreilles hein, tu vois, C’est à dire juste des petites boucles d’oreilles, mais très classe aussi. On aura même plus d’espèces de trucs qu’on a les yeux sans s’enfiler tout ça, ce sera beaucoup plus fin et discret que ça. Et. Et on parlera en flux continu avec nos tria personnalisés quoi. On discutera comme ça, on lui demandera plus rien. Besoin de taper, tout sera en langage naturel, l’interfaçage sera le plus fluide possible parce que c’est ce qu’il vise, une ergonomie maximale. Et il y a. Et là. Et donc il y aura une espèce de Wade techno, bref beaucoup plus proche de nous et donc y aura plus besoin du Smartphone, ce sera un peu un truc.
David Dufresne
Et dire et dire que ton premier ami, véritable ami, était quand tu étais adolescent programmeur peut il dire jusqu’ici ?
Alain Damasio
Ah là ok, c’est la soirée électro adolescent, Mon premier véritable ami était un programmeur. Il crée en 1982 de petits jeux sur une calculatrice Texas Instruments. Il avait en lui cette fascination qui ne s'éteint jamais, même adulte, pour la faculté de confier à une machine des tâches qu’elle va faire plus vite et mieux qu’un humain tout en étant programmé par l’humain initié par lui. L'éclatement de cet art en trois termes m’a toujours désarçonné et intrigué aussi. Ceux qui font ça sont parfois appelés des codeurs, parfois des développeurs, parfois des programmeurs, terme qui semble un peu désuet aujourd’hui, mais que pour ma part, je privilégie. Parce qu’il suggère qu’on écrit d’abord pro et que le gramma la lettre a été finement gravée dans notre cortex en amont, en vue de libérer une série de calculs et d'étapes qui ne lui appartiennent plus vraiment. Le développeur, terme que j’aime beaucoup aussi, nous souffle qu’une complexité a été d’entrée enveloppée, comme repliée sur elle-même et qu’il va bien falloir la défroisser dans sa clarté. En programmation, tout est affaire de langage.
David Dufresne
Alors, c’est un passage qui m’a particulièrement touché parce que je me suis dit que c'était ta part d’utopie, c’est à dire de croire encore en la lettre, même si ce sont des chiffres, des zéro et des un. Est-ce que je me suis trompé là ou pas ?
Alain Damasio
Oui, et non au sens où ce qui me paraît passionnant, et c’est le cas pour Izia dont Alésia musical, désir d’image, etc. Mais, mais les J.A qui vont être le plus, le plus important, les génératives les plus importantes, sont des machines de langage. Et tu vois, un des chocs que j’ai eus en rencontrant Grégory Renard, c’est Il me dit C’est très drôle ce que fait l’Admin. Est ce qu’avec Elon Musk il essaie de connecter des synapses et des neurones à des câbles électriques ? Tu vois ? Donc il essaie de faire cette jonction très brutale, très basique entre eux, on va dire le silicium et le carbone, en tout cas entre l’organique et l’informatique. Et lui, il dit. C’est parfaitement stupide ou en tout cas c’est parfaitement inadéquat. Parce que, en réalité, la meilleure façon d’accéder à un cerveau humain est d'échanger avec un cerveau humain. C’est le langage. Tu vois, je n’avais pas vu comme ça. Et dis donc, un chatbot, une machine de langage, même un chatbot primitif, etc. Permet une connexion entre le silicium et l'être humain, beaucoup plus intense, beaucoup plus riche et avec beaucoup plus de jeu de jeu dans la structure que si tu faisais que tu siffler avec sa mère de cinéma. Et j’ai trouvé ça fabuleux. Je me suis dit mais en fait, moi je suis écrivain et je n’ai pas compris que, en fait, le meilleur interfaçage avec l’IA, avec le monde le plus machinique qui soit, avec les bots, etc passait par ce vecteur du langage, avec toutes les approximations du langage, avec tout le jeu, l’interprétation, le langage. Et c’est parce que c’est pas précis et c’est parce que nous, on a une capacité d’interpréter ce que Scott Chatbot nous dit et d’y ajouter du sens que le lien, il est intéressant, il reste pensif, il est, il est riche et nourrissant. Donc un peu d’espoir. C’est ça aussi, c’est de se dire il y génératif de langage, elles viennent vers nous sur quelque chose qui nous est naturel et qui peut produire une interaction qui est intéressante. Cela, c’est l’espoir.
David Dufresne
Je citerai un dernier passage. Après on passera aux questions du public et du chat, mais pas des chatons dégénérés.
Alain Damasio
Le vrai tchat, le chat vrai avec des êtres humains derrière.
David Dufresne
Le chat qui résiste. Oui, tu parles ! Je ne sais plus lequel des deux parce que je crois que c’est Arnault, Arnault le gitan. Tu dis quand tu dis une rencontre. J’ai cherché pendant des années un homme qui descendrait du futur pour me parler et il est devant moi, en chair et en capteurs, en chiffres et en os. Est ce qu’il existe vraiment cet Arnaud ?
Alain Damasio
Ah oui, il existe vraiment
David Dufresne
Non, non, c’est Arnaud. Tu l’as inventé ? Parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a des moments, Monsieur, il y a des retours de flamme, il part dans des trucs du type, c’est vrai ou ce n’est pas vrai ? Et lui je suis dit je suis. Il est trop parfait, il est trop dans les furtifs.
Alain Damasio
Alors super ! Non, non, c’est vrai, Un même métier, il a rencontré, il est venu en France, là, il y a dix jours. Il est incroyablement et génialement et tristement vrai. Voilà. Parce que ouais, c’est tout ça à la fois pour moi, parce que justement, il faut que je le raconte juste là, justement, la rencontre avec lui qui était, qui était dingue, On était, on l'était au consulat de France à San Francisco. Donc ils font toujours un peu des tirages avec des petits fours etc. Et. Et la responsable, c’est qui m’a invitée. Sabine Émotion me dit qu’il faut absolument que je te fasse rencontrer quelqu’un. On dit tout le temps ça dans les soirées, donc déjà ok. Et le type arrive. Et le gars a une trentaine d’années et il avait des raies, bah il avait des lunettes quasiment comme moi et. Et je regarde les lunettes et me dit. Il me regarde et là, sur les deux angles, il y avait des caméras. Tu vois, toute petite, minuscule comme ça. Et il fait comme ça et il dit "Là, je t’ai pris en photo. Alors là, si tu étais auteur de SF, déjà tu te réveilles un peu et il me montre ses lunettes, il m’explique comment ça marchait, donc il a. Il avait des branches à conduction osseuse, donc lui, il aimait beaucoup courir et jouer au foot aussi. Et quand il court, il écoute des podcasts, il écoute des podcasts sur la technologie. J’aime bien l’effet de boucle. Et il n’a même plus besoin des d'écouteurs puisque les lunettes font absolument tout. Donc il peut filmer, il peut prendre en photo Ça pose des questions, je pense, sur l’avenir qui peuvent être tragiques, de violation de l’intimité et de violation. Mais ok, on va imaginer que la personne, elle est elle et elle est de bonne foi et qu’elle est et qu’elle est saine. Mais quand même, t’avais ce truc là et après il sort sa bague. Il avait effectivement une bague, mais là pour le coup vraiment comme aller furtif. Donc je me dis putain ce n’est pas possible, ils ont toutes les capteurs à l’intérieur de la bague quand il a sorti voiture et skateur et c’est comme je vous ai dit, il avait tous ces capteurs de pouls, de tension, de respiration, etc. Et après il avait un patch du glucose. J’ai dit Mais pourquoi tu un patch du coup ? C’est pour les diabétiques. Il me dit que c’est pour savoir quand manger la banane. J’ai dit quoi ? J’ai la balle. Il dit oui. Quand je cours, j’ai vu les fluctuations de glycémie et pour optimiser ma course, je sais qu'à ce moment-là, je dois manger la banane pour remonter le taux de glycémie et faire une meilleure, une meilleure performance que ça. Et donc le gars, il avait vraiment tout. Et je vous l’ai dit, il avait mangé cette sonde pendant un mois. Ce sont des sondes qui analysent toute la flore intestinale. Il avait demandé à une entreprise de lui envoyer exactement la levure qui correspondait à sa flore intestinale pour être le plus en forme possible. Il n’a pas de médecin, il a un cabinet médical, mais ce cabinet médical, c’est des dates analysées en fait, puisque toutes ces données sont envoyées au cabinet. Et quand il va au cabinet, le gars y regarde juste les données et lui dit voilà, ça va et tout. Et pour lui, c’est de la prévention. C’est à dire qu’il est comme les chinois, il considère qu’il ne doit pas être malade, c’est pas possible d'être malade, il faut qu’il soit performant etc. Et pour ne pas être malade il faut pour anticiper, donc il faut. Donc il était hyper fier d’un truc, c’est qu’il avait su qu’il avait le KO vite deux jours avant parce qu’il s'était levé le matin. Il était à 38 degrés, il ne le sentait pas intérieurement. Je ne suis pas bien, je le sens. Mais bon apparemment ce n’est pas ainsi. Je ne sais pas plus dans coup quoi. Il a eu ce monitoring pour avoir. Et ça, ça m’a beaucoup, vraiment beaucoup intéressé. Après je vous parle pas les conditions de médecine qui sont absolument plus socialisées aux États-Unis ou où quand tu vas savoir que le tiens je raconte un truc, mais sur le quid ici, tu sais, t’arrives et tu dis putain, il y a plus de morts, de sous Fentanyl que de morts du qu’Ovide à San Francisco. Pourquoi ? Tu vois, il y a 700 morts. Fentanyl et beaucoup moins de comique. Et je vous dis ouais, c’est l’hygiénisme anglo-saxon. J’arrive avec mes pensées et mes préjugés et en fait c’est tout simple. Il y a eu un premier cas de vide à ce moment Cisco, Le mec, ça lui a coûté 100 000 €. Parce que pas de mutuelle, parce que c’est le système de santé américain. Donc si t’es pas dans une super boîte qui te propose une super mutuelle, t’es pas protégé, t’as pas l’assurance maladie, donc c’est 100 000 €, un cancer 600 000 €, cancer de la prostate, 100 000 € donc t’es totalement ruiné si t’as le kiwi dont plus personne est sorti et ça a été géré. Ils n’ont même pas eu besoin de Macron et de toutes les lois liberticides, ça s’est fait tout seul avec. Donc ça c’est vraiment intéressant aussi. Donc c’est un système de santé vraiment pas dégueulasse, complètement ultra capitaliste, ultra libéral et sur lequel et ben voilà,
David Dufresne
Mais on te sent comme fasciné. Parce que si c’est bien à lui que tu demandes, mais alors si ta qualité de sommeil est à 26 sur 100, qu’est ce que tu fais ? Donc je sens que t’es quand même.
Alain Damasio
Ah non mais moi je trouve ça complètement super fascinant dans le fond,
David Dufresne
Mal dormir quoi.
Alain Damasio
Ah mais quand il me dit je sais si bien dormir, mais ça me permet de vérifier. Tu vois, j’adore ces trucs, ça permet de vérifier et vérifier quoi. Enfin tu vois, t’as mal dormi, t’as mal dormi et la tête dans le cul, il y a des dents, tu vois, tu te dis ce n’est pas ta note qui va te vérifier quoi que ce soit. Donc j’ai trouvé ça passionnant et ça m’a fait réfléchir sur ce problème à quatre corps. Et de dire ben oui, on est tellement désinvesti de nos corps les tellement dans une sorte de dévitalisation de ces corps qu’on a besoin que la technologie nous dise où nous indique comment on doit manger, qui l’on doit se coucher. Donc là, il a progressé. Je l’ai vu en vrai, c'était génial, il avait un bracelet là, maintenant ça va, toi c’est à toi, Mais là c’est les bracelets. Et en fait, il a un coaching personnalisé sur le temps de sommeil, c’est-à -dire qui rentre ce qu’il a bu comme alcool et y rentre ce qu’il a mangé, etc. Y rentre les efforts, mais les efforts il sait parce que déjà les capteurs lui ont dit combien de kilomètres il a cru que c'était ça. Et le bracelet lui dit tu dois te coucher à telle heure à 20 et 1 h 39 et demain matin te lever à 8 h 12. Si tu veux bien, tu y vas. Mais comme ta maman le ferait à une époque de ta vie. Enfin tu vois, il y a un truc comme ça ou comme ta copine qui est crevé. Tu ferais mieux d'être couché là. Tu étais râleur ce soir, tu nous fais chier, va te coucher, tu vois ? Non, là c’est là, c’est vraiment. Et donc c’est réglé. Et il sait qu’il doit se lever à telle heure. Et donc, c’est ce d’auto monitoring, espèce de boucle extrêmement égocentré et égocentré sur son corps qui est vraiment ainsi, quand même flippante. Assez inquiétante quoi. Mais lui le vit très bien, le vit de façon heureuse et. Ouais, ça, ça m’a quand même perturbé.
David Dufresne
Alors je vais vous donner la parole puisque nous allons profiter du plaisir de la rencontre. Je vais avoir un petit micro qui est là. Je vais l’allumer. Ce qui serait bien, c’est que ce soit avec une fille, un garçon, que ne se soient pas que des garçons qui prennent la parole.
Auditeur
Bonsoir, Merci beaucoup. Une question sur le genre SF et votre ou ton rapport ? Je peux te tutoyer ? Ton rapport à la SF après cet essai là ? Est ce que ça te ramène au cyberpunk, à la dystopie, à Gibson, etc. Ou est ce que dans la suite des Furtifs, t’as toujours la conviction qu’il faut aller vers le biologique, le vivant et peut être hybridé la SF avec, avec d’autres genres, avec le fantastique, la fantasy, la mythologie, etc. Et moi je me faisais la réflexion, le dernier gros bouquin de SF qui m’a mis une claque, ce n’est pas un bouquin de SF, c’est Alan Moore à Jérusalem qui a écrit un bouquin qui pour moi est incroyable et qui brille de plein de genres. Voilà donc comment cet essai l’a fait évoluer. tes envies.
Alain Damasio
Ouais, ça conforte une vision ou une intuition que j’ai moi sur la SF. Après, c’est ma vision vraiment qui est très discutable, mais. Mais c’est l’idée que le cyberpunk c’est mort, ou en tout cas qu’on l’a exploré pendant 50 ans dans tous les sens, avec toutes les toutes les dynamiques de promesses qu’on pouvait imaginer, avec toutes les dynamiques dystopiques aussi qu’on pouvait imaginer. Et même si la technologie et archi dominante et même a eu une acmé dans nos vies d’occidentaux aujourd’hui, moi j’ai l’impression que c’est que c’est mort. Et j’aime bien dire, c’est comme la mort de Dieu. Nietzsche tu sais les morts des décennies qui dit il faudra des siècles pour que la nouvelle arrive aux oreilles de tous. Donc la nouvelle n’est pas arrivée à beaucoup d’oreilles à mon avis. Mais. Mais moi je crois que cette idée, que ce couplage avec la technologie, cette hybridation avec la technologie allait nous rendre plus, plus, plus vaste, plus heureux, plus riche, plus intense, etc. Elle a été largement dévoyée, même si elle reste vraie sur plein de choses. Et il y a bien le logiciel de création, par exemple musical ou littéraire, ou pictural, etc qui sont extraordinaires. Avec les IA, tu peux créer plein de choses aussi, donc y a des couplages qui vont être, qui vont être émancipateurs et qui vont être riches. Mais globalement, moi, j’ai l’impression qu’on arrive à un moment où c’est le bio open qui va prendre le relais. C’est ce que je vois beaucoup aussi en littérature de genre justement, c’est à dire que c’est l’hybridation avec le vivant, c’est à dire que c’est le couplage de l'être humain qui est découpé, on le sait, par la modernité a été coupé la nature très fortement dit, complètement désolidarisé et séparé du monde naturel, des autres animaux, des autres, du végétal, des biotopes, de la rivière, du maquis, de la forêt, etc. Et en renouant avec ces forces du vivant et en créant des fictions qui montent, ce renouement qui monte, cette hybridation qu’on va retrouver une forme d'émancipation et de libération qu’on a perdu. On s’est encagé dans un monde humain trop humain, on s’est engagé dans un monde hyper techno et je pense que la libération et l’ouverture, elle vient de ce rapport au vivant. Donc moi, c’est dans ce que j’ai fait récemment. J’ai ouvert ce lieu, cette zone d’expérimentation dans les Hauts et dans les Alpes de Haute Provence qui s’appelle la Zest où on travaille. Là dessus, on travaille sur une école du vivant, on travaille sur l’idée de formation, d’une culture du vivant qui soit comme une culture du rock comme culture du foot, comme c’est à dire que des cultures qui sont aussi des pratiques sont aussi des usages, qui sont aussi des rituels collectifs, qui sont aussi bien sûr, des connaissances. Mais il n’y a pas que ça, il y a beaucoup de pratiques à beaucoup de choses. Donc moi je m’oriente vers le bio punk. Les Furtifs, c’est un bouquin bio punk, il y en a plein d’autres. Bien sûr, on croit aussi qu’il y a une torsion, que ce n’est pas si facile que ça, que le mot punk permet de dire c’est un peu fou, c’est un peu dingue, ça va être tordu, ça va être trahi, mais quand même, on va plus vers le vivant, on va vers le divin. Donc moi j’ai plus là dessus. En tout cas, c’est ça qui m’intéresse. La fin de la nouvelle fin, la nouvelle qui termine le recueil. Et là dessus, c’est une vraie nouvelle bio punk et qui démarre sur une nouvelle voie. Donc je fais la transition dans la nouvelle. C’est un peu le délire. Après, il suffit que tu dis ça pour que le genre reparte dans tous les sens et c’est très bien comme ça évidemment. J’espère que ce ne sera pas une tendance linéaire et stupide, mais je crois pas mal à ça. Ouais, je crois pas mal à ça.
Auditeur
Oui Bonjour, déjà merci beaucoup pour tout ça. Il se trouve que je suis ingénieur informaticien. Je suis marié avec un développeur. Et je travaille beaucoup sur l’empreinte environnementale du numérique. Et dans ce cadre là, je suis beaucoup face aux GAFAM et. On a un vrai problème de vision, là. Est ce que le bio punk, il faut qu’on arrive à le faire exister ? Et en fait, on arrive beaucoup à critiquer le système actuel, mais on n’arrive pas encore à se projeter vers quelque chose de différent. En même temps, il y a quelque chose de très organique avec notre. Le numérique, c’est qu’on peut aussi le regarder comme quelque chose avec lequel on tisse plein de liens, un peu comme les arbres, avec les mycorhizes. Quand on regarde les plans des réseaux internet par exemple, c’est sidérant. Donc il y a aussi quelque chose de très vivant dans notre façon de faire du numérique. Je trouve que c’est un paradoxe. Et voilà. Est ce que vous pouvez un petit peu élaborer un peu plus sur la vision parce qu’on est face à des forces marketing qui sont d’une puissance incroyable. C’est les plus grosses capitalisations du monde aujourd’hui. Donc il va y avoir énormément de moyens. Enfin, il y a déjà énormément d’investissements qui sont mis dans tout ça. Il va y avoir des monuments de moyens qui vont être déployés pour nous donner envie d’y aller. Et en fait, pour l’instant, on est un peu démunis.
Alain Damasio
Moi j’aimerais bien te donner les DNS, les solutions ou les pistes qui soient, qui soient hyper crédibles et puissantes. Je peux juste te dire au moins où j’en suis. Mais t’as raison de dire Apple, c’est quand même délirant. La capitalisation boursière d’Apple est équivalente au PIB du Brésil, du Canada ou de la Russie. Je ne sais pas si vous voyez quoi. C’est quand même délirant, ça fait partie de, je crois, c’est les huitième ou 10ᵉ PIB dans le monde pour vous dire la puissance quand même de ces entreprises qui sont des états en soi. En tout cas leur puissance financière c’est des puissances d'états avec énormément de bénéfices générés. Donc ils ont un pouvoir d’embarquement, un pouvoir d’achat absolument dingue face auquel on est, on est assez démunis. Donc pour moi, il y a plusieurs pistes et ces pistes, il faut les cumuler, il faut les empiler, il faut les hybrider, pour que quelque chose se passe. Ce n’est pas une piste qui va. Pour moi, la première piste, c’est toujours l'éducation. Ça reste une piste fondamentale qui a absolument été sacrifiée. Voilà, moi je le dis et je le redis, ça fait 30 ans depuis, allez on va dire 95 avec l’arrivée des réseaux d’internet, etc. Derrière, on sait que le Smartphone, enfin le portable arrive en 95 aussi, mes Smartphones en 2007, les réseaux sociaux à peu près pareil, 2005, 2006 et on a pris les vagues avec une intensité absolument prodigieuse. Qu’est ce qui s’est passé ? C’est qu’il y a eu aucune espèce d'éducation au numérique, aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo, à ces médias numériques, à rien. D’accord, on est des barbares des réseaux, on est des barbares du numérique. C’est à dire qu’on n’a pas été éduqués, nos parents nous ont pas pris ça dans la gueule nous mêmes, parents, on n'éduque pas nos enfants. Je ne sais pas s’il y a ici des gens, par exemple, qui éduquent leurs enfants aux jeux vidéos qui leur disent ça. Ce jeu vidéo est hyper intéressant. Il va développer ta spatialisation des connaissances, il va développer des capacités intéressantes pour toi celui-là. Attention, c’est des jeux complètement addictifs sont sous son bouclier et ne joue pas à ça, tu vois. C’est à dire que l'éducation qu’on donne à nos gosses, je vois, je ne suis pas rentré bobo etc autour de moi, je suis moi même un bobo, je considère que c’est un bobo vu mon niveau de richesse. Maintenant qu’est ce que je fais ? J’ai dit que mes gosses à quoi à dire tiens, tu auras telle série télé, tu auras tel long métrage, tu lis telle bédé, tu lis tel livre. Voilà, mon éducation s’arrête là. Je n’arrive même pas à faire une vidéo. Alors j’ai monté un studio de jeux vidéo que je devrais faire. Je ne fais même pas. Je n’ai pas le temps de le faire. J’ai du poids sur les réseaux sociaux. Je ne dis pas Smartphone, donc je ne dis pas à ce qui fait le quotidien le plus intense, le plus immédiat et le plus chargé de nos adolescents, tu vois. Donc l'éducation, elle n’est pas là. Maintenant on passe à l'éducation nationale, les connards de Gabriel Attal etc qui sont là à être sur la bête, toutes ces conneries, mais t’as envie de les tuer d’une balle dans la bouche. Pourquoi as-tu envie de te tuer dans la bouche ? Parce que le mec, il a une seule chose à faire. Si tu veux vraiment être ministre de l'éducation nationale, il fait son boulot, c’est de créer une matière qui s’appelle la techno, qui s’appelle le numérique, qui s’appelle l'éducation au numérique et qui soit aussi important que les maths, le français et qui éduque les gamins qui leur expliquent les systèmes de dépendances, le design de la dépendance, les biais cognitifs utilisés. Ils leur apprennent à utiliser les bons jeux vidéo, à jouer aux bons jeux vidéo, d’apprendre à se servir d’un réseau social, d’un moteur de recherche qui leur apprend aujourd’hui à utiliser l’IA générative pour créer, pour dialoguer et de façon intéressante, pas pour se faire manipuler par l’IA. Voilà, c’est ça le boulot de l'éducation nationale aujourd’hui. Et ça doit être aussi important que les maths et le français, parce que c’est ce qui fait la vie de nos gamins, c’est ce qui fait notre vie à nous. Je veux dire, combien de temps vous passez sur un Smartphone par jour ? Sur un écran par jour ? C’est beaucoup plus qu'à faire des maths ou du français ou je ne sais pas quelle autre matière. D’accord. Donc éducation numérique ça devrait être, on aura tout balancé dans les questions nationales. On fait 3h de cours dès le collège là dessus et pendant toute la scolarité. Tu vois, c’est quoi le but de l'éducation ? Si c’est d'émanciper les gens, c’est de faire des citoyens libérés, émancipés, intelligents, ouverts. Comment tu peux le faire si t’es pas éduqué au numérique, à l’utilisation numérique, tu ne peux pas le faire. Voilà donc la clé négative. Mais moi je ne reste pas éducation nationale parce que ça va être des millénaires qu’il va falloir pour qu’il se réveille. Mais éducation par les associations, peut être des classes bleues comme on dit, les classes vertes qui seraient des classes pour apprendre à utiliser ces technologies, à utiliser jeux vidéo. Encore une fois, c’est l’intérêt éducationnel, c’est l'éducation des parents envers les enfants, mais peut être des enfants envers les parents. Enfin voilà, c’est faux, Sincère, éduquer. Il faut s’entre éduquer. Mais il faut qu’on décide que ces usages là, on les reçoit pas tels que les GAFA nous les ont construits. Sinon on se fait bouffer, on se fait bouffer et on est dans les courbes d’auto addiction. Donc ça c’est une piste ultra importante à déployer. Après, il y a il y a plein d’autres choses comme aimer, mais ça c’est quand même, je trouve que c’est clé. Après, on pourrait parler de la création de mythe, la mythologie hier, les récits, les imaginaires, comment tu les bosses, comment tu les travailles quand t’es auteur SF, T’es auteur de fantastique ? Qu’est ce que tu fais avec ça ? Quel métier enviable ! Comment tu joues sur l'économie du désir ? Moi je le dis, voilà, dans ce qu’on fait, nous, dans les Hautes-Alpes. Et je pense qu’il y a deux désirs capables de faire pendant à la machinerie. Le désir du techno capitalisme, c’est les liens humains et c’est les liens au vivant. C’est les deux trucs. Je vois les gens, ils arrivent là où on est. On a mis 300 mètres, ils arrivent avec le Smartphone. Au bout de deux jours, ils ont posé le Smartphone. J’aurais rien dit. Pourquoi ils l’ont posé là ? Parce qu’ils sont là. Ils sont là créer. Ils sont là pour discuter avec des gens intéressants. Ils sont un cadre dingue où t’as des chamans partout, t’as des loups, t’as des chevreuils, tu vas te baigner dans la rivière, tu ramasses des champignons, tu bouffes super bien, tu bois des super vas, Tu es dans un épicurisme intelligent. Tu es donc tu te rends compte que le lien humain avec des gens intéressants, ça te libère. Les liens libèrent, c’est les liens qui libèrent. L’ultra libéralisme. Qu’est ce qui nous apprend et nous apprend ? Les liens se déchaînent. Les liens, c’est l’aliénation, les liens familiaux, les liens aux communautés, la société. Tout ça est néfaste et mauvais. On peut se libérer individuellement. Tu vas et là tu leur montre que le collectif, quand il est bien construit, quand il est géré en intelligence collective. Et bien il libère et tu ouvres, il agrandit et tu sors. Tu es plus riche, tu vas, tu fais des rencontres qui sont riches, tu vois ? Et bien ça c’est plus fort en termes de désir que d'être sur son Smartphone. Vous êtes sur le réseau social, mais putain, il faut un lieu pour ça, il faut du temps, il faut l’intensité de la présence, faut des gens intéressants, il faut plein de choses, mais c’est. Et puis après il y a un truc, c’est bien vivant. Et là, si on revient en bio, point. Mais si tu ne développes pas ces deux réseaux là, ces deux étoffes là, ces deux systèmes de liens, là, on ne dépassera jamais le capitalisme. Le capitalisme, faut le battre sur le terrain du désir. Moi je dis toujours ça va t on le sur le terrain du désir ? Mais pour le pas sur la terre du désir, il faut réfléchir à ce qui est aussi fort en termes de désir que le pouvoir que tu donnes une applique incroyable. Tu vois, ça nous donne du pouvoir ces putains d’outils. Donc rien que ça, ce n’est comique que de dire putain, j’ai du pouvoir, j’ai de la maîtrise, j’ai du contrôle grâce à une appli, grâce à un outil, vas y mettre quelque chose en face qui soit aussi léger, aussi fort que ça, tu vois. Et après, dans le bouquin, toutes les machineries désirs, toutes les économies de désir qui sont activées donnent la conjuration de la peur totale, la loi du moindre effort, tel l’antique désir des dieux Séraphins. J’en définis un certain nombre. Je dis en face de ça qu’est ce qu’on peut mettre ? Voilà, fonctionne. Mais déjà qu’on nous utilise que ça va mieux. Moi, là, je suis parti là-bas.
Auditeur
Je ne voulais pas vous couper, désolé. Merci. David Dufresne, d’organiser ces discussions martiales. Je voulais parler des vagues de techniques de techno qu’on s’est prises sans éducation. C’est un peu ce qui est en train d’arriver avec l’IA. On a on a très peu de contrôle, il n’y a pas de, il n’y a pas de comité de sûreté, d'éthique, il y a openers vient de casser complètement leur comité d'éthique. On a dit qu’il fallait 7 000 000 000 000 000 000 de dollars pour créer ce qu’il appellera l’intelligence artificielle générale. Il y en a d’autres qui pensent que sans son corps et ses réseaux de neurones ne pourront jamais expérimenter ce que c’est d'être humain et donc atteindre ce niveau là. Moi je fais de l’associatif, je fais des colos, j’ai un élève qui m’a dit en avril qu’il utilisait LGBT comme psy, qui lui demander des conseils au quotidien pour savoir comment gérer. Vous avez parlé de manière un petit peu optimiste tout à l’heure des images narratives. Donc voilà, j’aurais aimé vous élaborer un peu. Ce que vous y voyez d’intéressant, c’est que Nick Cave a dit Il a essayé de composer une chanson, que c'était de la merde. Donc voilà, j’aurais aimé votre avis sur la vague qui arrive et ce que vous en pensez.
Alain Damasio
Ouais, c’est extrêmement difficile et central comme problème. Bon, pour moi, c’est la troisième grosse révolution. La première révolution, c’est l’arrivée d’Internet à l'ère du fait qu’on a des réseaux et qu’on est constamment connecté à ces réseaux où qu’on soit. Donc ça, c’est une première évolution. Certitude tu rentres dans la méga machine qui rentre à l’intérieur de la machine. Si tu n’as pas une machine extérieure, tu es à l’interne, la machine est tuée. La deuxième, ça a été vraiment le Smartphone. C’est un objet nomade, totalitaire au sens totalitaire, où il totalise l’ensemble, L’intégralité de nos vies, c’est à dire c’est notre mémoire, c’est l’ensemble de nos liens affectifs. C’est la chose avec laquelle on joue, c’est quelque chose avec laquelle on travaille, c’est la chose avec laquelle on séduit et c’est tout à la fois. Donc cet objet nomade, totalitaire qu’on a à chaque instant et à chaque moment de nos vies, c’est le deuxième os révolution. C’est totalement modifié, même la gestuelle des gens, même l’anthropologie de Sapiens, je considère que c’est un reboot de sapiens, le Smartphone. Il suffit de raser les gens comme ils sont et a compris que c’est plus du tout la même espèce. Et le troisième c’est l’IA générative, ça c’est clair pour moi. Et la vague, elle va être d’une puissance que vraiment je pense qu’on sous -estime complètement. On voit dans le haut niveau du monde du travail que c’est des millions d’emplois qui vont, qui vont sauter au point que ça. Altmann lui-même. Et il parle de revenu universel. Et il y a beaucoup de gens dans la Silicon Valley qui, tout à coup font popper cette grande idée de gauche au départ, qui est le revenu universel, revenu de base pour tous, parce qu’ils savent qu’il y a tellement de jobs qui vont être tués que si tu devais prendre un universel, tu peux créer une révolution assez vite je pense. Ouais bon. Mais en dehors de tous les boulots qui vont te remplacer parce que c’est des boulots, du tertiaire, c’est des boulots, tout boulots qui utilisent le langage peut être à terme remplacé par les IA génératives parce que c’est des machines de langage et comme nous c’est notre fonctionnement humain, ça va remplacer énormément de postes. Moi je crois plusieurs choses. Alors la version positive, c' est que nos créations sont devenues des créatures. On a on a créé quelque chose qui est responsive comme on dit maintenant, c’est à dire quelque chose qui nous, qui nous répond, quelque chose qui est capable de dialoguer, de discuter avec nous de façon intéressante, aussi intéressante que plein d’autres êtres humains. Quelque chose qui synthétise et malaxe la totalité des données humaines, puisque c’est comme si toutes les bibliothèques avaient été synthétisées, catalysées dans ces machines. Et donc on a accès à l’ensemble évidemment du savoir et d’une façon qui est, qui est structurée et qui est très bien rédigée, en tout cas rédigée en langage moyen efficace. Donc, ça veut dire que ça va être nos premiers psys, ça va être quelque chose de gravissime sur la portée, sur le positif et le négatif, je pense. Moi, le plus difficile, je vais vous dire, l’anticipation ce n’est pas d’imaginer les technologies du futur parce que tu le sais assez vite avec les prototypes, c’est d’imaginer les usages de ces technologies, c’est-à -dire la culture que ça va générer. Moi, ce que je crois depuis les Furtifs et bien avant, donc depuis 2005, c’est que la clé et le point de fuite de la techno, c’est à dire l’endroit vers où on va, c’est l’IA personnalisée, c’est l’IA personnelle à soi. Voilà, j’appelle Maya. Donc on va appeler Maya si tu veux, ça fait un prénom, c’est MIA,MIA, ça va être quoi ? Donc ça va être une intelligence artificielle qui sera entièrement paramétrée autour de nous, qui aura toutes nos traces, qui auront toutes nos pratiques, tous nos achats, qui sera exactement le temps qu’on passe en ligne sur tel ou tel truc, nos centres d’intérêt, etc. Bien mieux que n’importe quel copain, n’importe quelle copie, n’importe quelle sœur ou frère ou n’importe quel parent, parce qu’elle aura la vérité de ce qu’on fait en permanence et de la géo localisation et des déplacements et tout ça, et avec laquelle on dialogue en permanence et on dialogue en langage naturel. Parce que le matin, la reconnaissance vocale suffisante et la capacité vocale de deep fake de ces outils sont donc tu choisiras avec qui tu discutes, tu feras la voix, Marion Cotillard, la voix de Sarah Johnson, la voix de qui tu veux et tu discuteras avec eux. Ça va produire quoi ? Le techno cocon, il va se renforcer à une puissance 1000 et que le premier interlocuteur, le premier point de passage que tu auras vis à vis du monde et vis à vis des autres, ce sera ton lien. C’est à elle que tu parleras le plus souvent, celle que tu discuteras le plus souvent, celle à qui tu confies les choses les plus intimes. C’est avec elle que tu feras des exercices de psy en quelque sorte. Tu vois comme moi je vois mon ado aussi qui commence à faire ça. Voilà. Donc ça c’est une révolution anthropologique. C’est à dire que ton premier rapport au monde, c’est un rapport avec une machine de langage. Ça, je suis convaincu que ça va être ça. Voilà, ça va dynamiter complètement les rapports humains, ça va créer un truc qui est massif. Je ne sais pas du tout ce que ça va produire, une société, mais je ne crois pas que ça soit forcément une bonne chose. Pourquoi ? Parce que quand je parlais du rapport à l’altérité, s’il y a une IA qui est bienveillante parce qu’elle sera bienveillante, elle te parlera bien, te parlera avec le ton de voix que tu veux, elle sera toujours à ton écoute 24h sur 24, ce que ne fera jamais la meilleure copine ou ton meilleur copain. Ça veut dire quoi ? C’est à dire que tous les autres autour, ta mère, ton frère machin, ils vont te paraître pas assez attentif à toi. Tu vas passer à l'écoute, ne te comprenant pas assez, ne sachant pas que quand tu iras dans un resto, toi tu prends toujours entrée plat et pas plat dessert, tu vas. Et qu’en musique, ben ouais, tu aimes les Pixies mais t’aimes pas la c’est beau, tu vas. C’est ça qu’il faut. Donc ça, moi c’est quand même assez dingue et ça va vraiment modifier beaucoup de choses. Maintenant, tu es le Je reviens en positif, c’est -à -dire que comme ces machines sont extrêmement bien programmées, de plus en plus fines. Ça peut créer des pingpong et ça peut apprendre des choses très drôles. C’est à dire que tu peux progresser et apprendre beaucoup de la machine comme tu peux lui apprendre toi-même, la former et la structurer selon ton envie. Donc si tu le fais avec suffisamment d’intelligence, de recul, sans mettre des tonnes d’affect à l’intérieur de ton rapport avec cette machine, il peut se passer des choses intéressantes. Et comme c’est une simulation de sujet, comme c’est une simulation parfaite de sujet de plus en plus parfaite de sujet. Nous, on est des animistes, on est une espèce animale, c’est-à -dire qu’on anime la machine, on projette en elle des affects, des sentiments, des idées, etc. On ne peut pas s’empêcher de faire ça, mais c’est ce qui s’empêche de toujours se rappeler que c’est une simulation. Quand elle parle, c’est une simulation de dialogue. Quand elle crée quelque chose de simulation, d’intelligence, quand elle crée un texte et simulation décrivant, c’est toujours de la simulation. Mais non, on va le prendre comme une vérité, on va le prendre comme quelque chose de vrai, comme quelque chose de crédit et c’est animé. Ça va être très difficile de lutter contre cela. Donc c’est super, super chaud. Mais ce qui est certain, c’est que si on ne fait pas extrêmement vite une éducation à l’IA, ça va tout laminer. Et ce qui va se passer, c’est que t’as 5 % des gens qui vont être suffisamment intelligents, malin, compréhensif, etc pour utiliser l’IA à leur bénéfice. Et puis t’as 95 % des gens qui vont subir l’IA, mais dans tous les domaines, dans le rapport à l’institution, dans la parole, l’organisation des genres, à toutes les IA, quand on appelle, quand on crée un service de maintenance, quand tu vois. Donc on va subir tout ça. Voilà. Donc si on l’aborde, moi je. Moi, c’est plus anthropologiquement que je suis terrifié de ce que ça va produire que. Parce qu’en soi, c’est un outil absolument prodigieux. Comme moi je me suis amusé et j’ai fait un truc, j’ai dit voilà. Si tu étais Alain Damasio, si tu fais un roman sur l’eau, tu vois, j’ai envie de faire un roman sur l’eau. Mon quatrième, Qu’est ce que tu ferais, toi ? Elle m’a renvoyé des idées. J’ai fait Refresh, Refresh, refresh toi. Et c'était hyper intéressant. Elle m’a renvoyé tous mes clichés. J’ai pris tous mes clichés dans la gueule. Alors je peux vous dire mes clichés. C’est un monde dystopique au départ qui va se transformer en utopie. Tu vois, dans ce monde dystopique, dans un mouvement révolutionnaire, dans ce monde révolutionnaire, t’as deux personnages qui sont vraiment forts et tout ça. Et à la fin, ça part sur de la philo, de la métaphysique, la cosmogonie de matière, etc. C’est boum boum, J’ai tout pris dans la gueule. J’ai dit ok, ce n’est pas ça que je vais faire, tu sais. Mais voilà, c’est un imbécile. Moi j’ai lu beaucoup d’articles sur les guerres pour te dire, j’ai lu des tas de trucs pour faire un axiome sur les IA, il n’y a rien qui m’a convaincu, c’est à dire que je n’arrive pas à avoir une pensée d’un niveau, d’un Deleuze, d’un Foucault, d’un Baudrillard qui permettrait de me dire putain il a vu un truc, c’est vert, ça va, c’est ça dont il faut se méfier, c’est ça qui est important, même les critères d’analyse de l’IA. Donc moi je bidouille comme tout le monde, j’ai des intuitions, je vais mettre des trucs, je lis des articles de plein de philosophes, de penseurs. Mais je trouve qu’on n’a pas de penseurs d’un niveau qu’on avait dans les années 70 et il nous manque un penseur de l’IA à nous sortir des trucs vraiment intelligents et qui le rendrait attentif à ce qu’il faut faire. Dans les trucs les plus intéressants que j’ai lu, c’est que ce serait une nouvelle forme de vie. Tu simulée évidemment, mais c’est tellement actif, tellement responsives, il y a tellement d’interactions possibles qu’il faut le traiter comme on traiterait les animaux. Comment traiterait les espèces vivantes ? Comment traiterait un autre être humain ? Il y a vraiment comme une créature, tu vois, il y a ce côté là de dire il faut arrêter de penser que les formes de vie, tu vois, tu parlais des réseaux comme des formes de vie. Je pense que l’IA peut la considérer comme une forme de vie et en tout cas la traiter, même si on sait que c’est une simulation comme une forme de vie et avec tous les problèmes que ça pose d’avoir un rapport avec une forme de vie. Donc tu vois, la SF est construite sur l’idée du rapport à l’animal et du rapport aux robots. Je sais pas si t’as vu en SF, c’est ça le rapport à l’altérité animal qui devient monstre alien machin sur le rapport aux robots qui devient IA ou la version abstraite du robot ciliaire, tu vois ? Et la SF est construite autour de cette confrontation à ces deux formes de vie avec. Et la question centrale qui est qu’est ce que l'être humain ? Qu’est ce que l'être humain par rapport à l’animal ? Qu’est ce que l'être humain par rapport à la machine ? Tu vois, on est toujours entre ces deux trucs là et peut être qu’il faut en arriver à l’idée que la machine est aussi un animal. Et quand il va falloir l’animal intelligent, il va falloir travailler là-dessus.
David Dufresne
Alors Alain, nous avons peut-être le Deleuze de l’IA. En tout cas, Gérald travaille dans l'état de guerre. Qu’est ce que tu dis ?
Auditeur
ça serait bien de la SF, j’en serais ravi. Bonsoir Alain, merci de toute cette intervention. Alors il y a une question qui me taraude quand même on parle beaucoup de l’intervention, donc du privé et des GAFAM dans notre sphère et dans notre vie publique ou privée en tout cas. Mais quid du public, c’est-à -dire de l’IA qui serait utilisée par le gouvernement ? Alors les Jeux Olympiques arrivent. La cyber surveillance ça existe Et dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui ? Et au lendemain d’une élection qui s’achève, qui s’annonce un peu compliquée. En fait, j’aimerais avoir un peu ton sentiment sur le sujet. C’est à dire que, à quel moment, quand le gouvernement ou des institutions s’empare d’une IA ou d’un algorithme pour faire du tri social, comme ça peut se passer à la CAF ou amener des, comment dirais je, peux être exercer une forme de discrimination à certains endroits. Comment ? Comment on voit ça d’un point de vue d'écrivain, de science fiction ? Est ce qu’on est encore dans la science fiction ou est ce qu’on est autonome ?
Alain Damasio
C’est ça, c’est déjà là. Et effectivement, la biométrie, elle est, elle est, elle est opérationnelle avec les IA. Ce qu’on va avoir, moi c’est des gens, des flics avec des lunettes comme moi et qui seront exactement tous les noms ici. Je regarderais et puis vous serez de toute façon banque de données déjà, et je saurai les noms de chacun d’entre vous. Et au début, ça sera utilisé dans le civil pour reconnaître des amis ou des ou des gens. Mais bon, c’est ce qui arrivera. Je pense qu’on aura bientôt en biométrie et la quasi totalité des visages et peut être même les empreintes vocales si on travaille, je pense à terme ses empreintes vocales. Donc là dessus, moi j’ai depuis la zone du dehors, depuis mon premier bouquin, donc si j’avais déjà 30 ans, je travaillais là dessus. Ça vient tranquillement, lentement. C’est freiné uniquement par les mouvements civiques, par l’action politique, la militance, et heureusement. Mais quand on a des pouvoirs aussi prodigieux amenés par les technos à un moment ou un autre, que ce soit officiel, officieux, ils utilisent aussi. Donc ça c’est de toute façon quand on voit ce qu’ils ont fait depuis Snowden. Tu vois dans ce monde, quand on sait ce qui est capable de n’importe quel hippie, tu peux savoir la totalité des navigations dans tous les sens, tous les sites, tu peux entrer par les sites d’entrée, par le mail, tu peux rentrer par. Par plein de choses, tu ne peux pas tout faire. Tu vois ceci ? Non. Oui, ils vont généraliser sur la biométrie, ils vont encore aller plus loin. Il y avait dit Ah ! Ce qui est génial, c’est que quand tu vois, j’adore revoir les films, tu vois sur l’Allemagne de l’Est, puis ils surveillent par exemple un metteur en scène comme dans c’est quoi le look ? Ce n’est pas le goût des autres. Comment s’appelle ce film ? La vie des autres, tu vois ? Et d’un metteur en scène un peu ambigu. Et donc ils mettent une personne ou deux personnes juste sur une t’imagine ? L’absence de productivité du contrôle, tu vois, si c’est vraiment à la moulinette quand il s’agit de mettre un humain pour un humain, etc. Avec l’arrivée du numérique, c’est fantastique, c’est du contrôle des millions de personnes avec juste les yeux tu auras donc tu tu fais ce boulot avec une économie de moyens, une économie d'échelle prodigieuse. Mais tu vois, si le FN passe, il passe bien voir que le RN, il utilise beaucoup les bots, il utilise beaucoup les bots sur le réseau. Moi, le gars que j’ai vu crever là dont je vous parle, il attaque du Capitole. Il expliquait qu’il a été préparé par les bots de Trump, c’est-à -dire qu’il utilisait énormément de machines de langage et de petits robots, etc. Génère, génère du flux sur les réseaux sociaux pour créer l’atmosphère, pour créer un climat insurrectionnel qui ensuite a débouché sur le Capitole. Ils ont redémontré ça et ils ont montré à quel point ça a joué. Et généralement, les fachos, le RN, etc. Il. J’utilise ça beaucoup plus directement et plus ils vont utiliser les failles qui vont, tu vois, C’est à dire qu’eux, ils y sentent la ressource de pouvoir que ça donne. Alors que nous on est toujours là à y aller doucement puisque plus à gauche, plus techno critique, etc. Eux, ils prennent le truc, ils disent ok, c’est un pouvoir. Donc ouais, ça va aller très loin, ça c’est sûr, ça va être immense et il faudra créer des IA pour contrer les IA a tout un boulot et c’est pour ça que moi je fais appel aux hackers aussi. Je me dis putain, je trouve que les hackers on les voit plus beaucoup, les white hat, on les voit plus beaucoup et je pense qu’il y a un boulot colossal à faire de la part de ceux qui savent coder et qui savent pour saboter, pour brouiller, pour empêcher que ça, pour anonymiser, pour empêcher que ces outils se déploient ou soient efficaces. Mais putain, ça fait peur. Vraiment. Les J.O. Et puis en plus, chaque événement est un laboratoire.
Auditeur
Bonjour, merci beaucoup pour votre intervention. Alors doctorant en math appliquées et je suis fasciné par toutes les IA, tout ce qui se passe en ce moment et je voulais avoir votre avis sur notamment Microsoft qui a qu’il y a deux ou trois semaines a développé Alpha a mis en place un nouveau process avec une IA pour détecter les molécules qui pouvaient être remplacer dans nos batteries pour les pour l'électrolyte des batteries et donc identifier les nouveaux candidats qui pouvaient être pertinents pour notre usage des batteries qui sont omniprésentes aujourd’hui et notamment ce qui je trouve intéressant, n’est pas nécessairement la finalité qui est d’améliorer les performances des batteries, mais plutôt la méthode qu’ils ont utilisée qui était d'être capable d’identifier au delà de 10 millions de molécules possibles, la molécule candidate qui serait la plus pertinente pour répondre à nos besoins. Ainsi, on peut supposer que cette méthode puisse être utilisée dans d’autres domaines tels que la médecine, où nous savons qu’aujourd’hui nous ne sommes pas capables numériquement de simuler les molécules qui pourraient potentiellement être candidates pour des remèdes pour des virus tels que le SIDA et etc. Donc personnellement, de ce point de vue là, je trouve sa fabuleuse qu’on arrive à créer avec l’AD, mais j’aimerais bien vous entendre là dessus.
Alain Damasio
Ouais, moi sur le domaine médical, c’est sûr que ça va accélérer un paquet de découvertes parce qu’ils peuvent tester effectivement il y a peu, les chercher où trouver la molécule qui serait adéquate, et puis faire des tests à vitesse incroyable, fulgurante par rapport au temps que mettrait la recherche pour. Donc il y a certains domaines de la recherche, mais ce n’est pas dans les medtech. Ils vont d’il y a certains domaines de recherche où on va trouver en trois mois ce qu’on aura mis trois ans ou six ans à trouver. Et ça fait partie des apports de l’outil, c’est l’outil peut amener ça un peu, peut déployer des choses, mais après c’est toujours la même chose. C’est à dire que si tu n’es pas attentif à, c’est toujours du pouvoir. La technologie sur la base de la technologie, c’est que ça nous permet de faire faire des choses à une machine, de ne pas faire directement et de faire faire. Je défends la puissance et je défends l’idée de faire directement le maximum de choses parce que je trouve que c’est ça la puissance humaine. Mais de faire faire ça donne des effets d'échelle absolument délirants quoi, tu vois ? Donc tu dis tu prends souvent les amène SAV soit par les handicapés, soit par la médecine, soit toi dans un cas comme ça. Donc c’est typiquement le cas où on te dit mais regarde, c’est incroyable, on a trouvé en trois mois un antidote au sida alors qu’on a mis 30 ans à essayer de le trouver machin toi. Et puis on ne te dit pas tout le reste, on te dit pas. C’est-à -dire que personne ne veut surtout parler des effets, notamment sociologiques, psychologiques, anthropologiques, directs que ça va avoir sur la vie des gens. Tu vas dire si on améliore, tu peux dire l’IA générative, c’est absolument génial. Enfin moi je lis, je regarde, c’est fabuleux, Mais je veux dire. Tous les boulots vont disparaître. Qu’est ce que ça produit socialement, politiquement ? Quel monde ça fait ? Qu’est ce que ça va générer ? Qu’est ce que tu vas ? Et ça, c’est de l’impact direct, mais c’est de l’impact social. Tu vois, ce n’est pas Dieu. Donc toujours se méfier. Je trouve deux de ces exemples où on te dit mais regardez, c’est génial ! Ben ouais, mais un exemple suffit pas à justifier, il faut essayer d’avoir une vision globale de ce que ça induit sur la société quoi. Et quand on parlait d’IA personnalisée, moi je pense que c’est le premier effet anthropologique dramatique que ça va produire. C’est nous permet aussi de personnaliser qui parle de ça. Tu vois, faut des auteurs de SF à la con qui vont te raconter ça. Mais tu vois, on va dire qu’il est gentil Damasio, il va lui faire une fiction sur l’IA personnalisée. Ben ouais quoi, tu vois. Mais pourtant c’est ce qu’il y a de plus dangereux dans ce que l’IA va amener demain. Je ne les empêcherai pas que par ailleurs elle va sauver plein de vies et qu’elle va améliorer plein de choses.
David Dufresne
Une dernière question du public.
Auditeur
Bonjour Alain. Merci pour revenir à Paris et une question sur la low- Tech Je ne sais pas si tu connais ce concept. Est ce que tu saurais aussi le traduire en français ? Parce que moi j’essaie de traduire dans ma tête, mais Low Tech, donc un peu en opposition, en High Tech ou en complément. Et est ce que ça ne pourrait pas être une alternative ? Est ce qu’il y a pas des gens qui sont des auteurs de SF aussi, qui ont exploré un peu ce concept qui émerge un peu en open source et un peu en alternative justement aux Tech ?
Alain Damasio
Tu sais, si tu m’as lu, tu sais que je suis à fond pour. Pour les low Tech, c’est la merde, c’est la merde à trouver un terme meilleur que ça. Parce qu’en français ça donne technologie émancipatrice ou ça donne technologie conviviale. Donc tu vas avoir huit syllabes quand l’anglais et le fait en deux et en plus avec une plausible finale l’autre tech, tu vois qui est super speed. Donc l’ergonomie de la langue fait que tu vas aller sur une bi syllabe. Moi ben voilà, je le fais dans le bouquin, je reprends l’idée de Illich de technologie conviviale et technologie convient C’est quoi cette technologie que tu peux maîtriser ? Qui veut contrôler ? Tu peux bricoler, tu peux réparer, qui demande peu d’intrants en amont, qui demande peu en sortie, qui crée peu de déchets, qui écologiquement est sobre, qui écologiquement est frugale, bref, tout ce que la loi Tech amène. Et surtout ça amène un travail collectif, un travail d’atelier, c’est des choses que tu peux faire ensemble, mais rien que le fait de pouvoir réparer ou bricoler une machine ou une technologie, c’est fondamental pour l’appropriation. C’est fondamental pour la liberté, c’est fondamental pour être émancipé vis-à -vis de la techno. Donc c’est ce qui nous manque profondément. Toutes les techno on là, c’est du High Tech. Une tablette Apple, c’est typiquement du High Tech. Tu n’as aucune autonomie sur l’outil, tu dois utiliser l’outil tel qu’il a été conçu. Point à la ligne. C’est ce qu’il appelait l’hétéronomie. C’est l’inverse de l’autonomie. L’hétéronomie, c’est que tu es totalement dépendant de la façon dont l’outil a été conçu. Donc là, le texte, c’est sortir enfin de ça à quoi ? D’où le fait de l’importance de savoir coder, de pouvoir bricoler, etc. Illich donnait cet exemple tout con du vélo, Tu vois, c’est un vélo. Je ne parle pas du vélo électrique, je triche, il amène de l’hétéronomie. Le vélo normal, ta chaîne, elle saute, tu mets les mains dans le cambouis, tu remets la chaîne, tu comprends que t’as besoin d’une chaîne sur le son, sur la grosse roue pour que ça roule. Quoi de crève ? Tu es avec des rustines, tu t’en sors, tu vois, tu peux démonter une roue c’est à dire que tu as une autonomie sur l’outil, Tu comprends intégralement comment marche un vélo, comment il freine, comment il pédale, comment toi tu comprends tout et donc tu es dans le texte et du coup, et en plus c’est la force musculaire, donc tu dépense une énergie à minimale et c’est recyclable etc. Donc moi je suis à fond pour le Low Tech et je pense que l’avenir est au Low Tech. Mais d’abord parce que sinon les ressources de la planète ont été exhaustivement pillées et quand on aura plus rare, plus rien. Et voilà. Donc la Low Tech, c’est l’avenir, tout simplement, c’est l’avenir. Et j’espère que pas moi dans mon prochain bouquin, ça va être le cœur du niveau technologique. Je vais tout mettre en Low Tech quoi. Tu vois, si ça paraît évident.
David Dufresne
Alors le chat m’engueule, mais vraiment, je n’y suis pour rien. Pirate Capuche nous dit Donnez le micro aux filles please ! J’ai tenté mais les filles n’ont pas pris le micro. Il y a une question de Charles Vanel sur le langage. Vous faites souvent un parallèle entre contexte, environnement social et langage dans vos histoires futuristes, vous qui connaissez bien la nature guide je crois. Quel regard portez-vous sur l’histoire et les patois ?
Alain Damasio
Je n’ai pas d’avis particulier sur les sur les patois comme sur les écrivains. Je. Je considère que plus il y a de langue que je peux utiliser, mobiliser et mettre au service des fictions Miossec Dans La Horde, j’ai utilisé le parler percheron et le parler du Perche. J’avais un trésor du parler percheron qui faisait combien de pages et j’utilisais plein de mots de deux. Donc c’est un langage du XVIIIᵉ siècle essentiellement, et des paysans du 18ᵉ. Et j’utilisais pour Golgoth beaucoup du parler percheron, donc bon, des fois dans le patois, des fois je pompe dans le dans québécois, des fois dans le registre argotique dans. Moi je trouve que plus t’as de registre mobilisable, mieux c’est et plus ça te permet d’incarner des personnages différenciés dans un patois. Très bien, mais voilà, il faut apprendre quoi ? Je sais, c’est encore du taf.
David Dufresne
Alors je donne la parole aux voix féminines Ce n’est pas une question, c’est un témoignage peut être. Ça va t’inspirer. En tant que fille d’ouvriers, dit-elle, je n’ai jamais cru à la promesse de la libération par les machines.
Alain Damasio
Mais à pas mal ça, c’est bien, ça a eu lieu, dit-il. Édith dès l’origine. Ouais, c’est pas mal. Mais c’est sûr que si tu travailles à la chaîne, je pense que le principe de libération par les machines, ça devait te paraît un peu à peu un peu lointain et contre intuitif quoi. C’est sûr, mais en tout cas sur la technologique quotidienne et numérique, très fluide, très facile, très commode d’accès, on peut avoir ce sentiment que ça libère et ça ouvre et ça ouvre plein de choses. J’ai dit sur l’exemple de la musique parce que je trouve ça dingue. Il y a encore quelque chose qui me fascine. Il y a deux choses qui me fascinent. Ils sont très simples, c’est Google Maps, je le dis, c’est-à -dire la possibilité que t’achète et tu zoome sur n’importe quel endroit. En deux secondes, on accède à n’importe quel point du globe avec tout là évidemment tout, toute la, le paysage, la vision satellitaire, etc. Tu te déplaces sur le globe comme ça. Ça, je trouve que c’est absolument fascinant. Ça reste quelque chose de totalement fascinant pour moi. Et puis simplement d’avoir accès à la totalité des musiques du monde quoi. Tu vois, c’est si extraordinaire. Tu veux explorer un genre, tu peux explorer un genre hyper pointu, ça c’est fabuleux, grandiose et un truc de dingue. Donc ça oui, c’est émancipateur. Pour moi, c’est libérateur d’accéder à toutes les musiques du monde. Si ce n’est pas une machine construite chez moi,
David Dufresne
Une autre voix féminine qui dit alors je pense qu’une petite méprise dans ces conversations vous faites vraiment comme si la planète alors en fait, ce n’est pas toi. Ainsi, les gens que tu as rencontrés mais qui font comme si la planète est inépuisable, quid des ressources nécessaires à ces technologies ? Il en est question dans ton bouquin.
Alain Damasio
Ce qui m’a sidéré là bas, c’est que personne ne m’a parlé de ça. Enfin, tu me parles de discussion en France sans qu’il y ait quelqu’un qui te parle des notions des ressources et ressources minières, des terres rares, de la possibilité que le pétrole dure indéfiniment, etc. Et là, bah ça reste une société énergivore. Savoir qu’un américain moyen, il consomme deux fois plus d'énergie par habitant que tu es français. Donc tu dis alors qu’on a un niveau de développement à peu près comparable, il dépense deux fois plus d'énergie, donc c’est quand même assez dingo. Donc du coup ils ont une perception beaucoup moins écologiquement gens d’irresponsables ou centrés que nous. Et c’est catastrophique parce que l’IA, il faut savoir qu’il y a 20 ans, elle a multiplié sur un facteur exponentiel la consommation d'énergie par les IA pour qu’elle tourne et mobilise énormément d'énergie. Donc ça ne va pas arranger la note des ressources naturelles.
David Dufresne
Et enfin, dernière question, c’est la question conseil, non pas de lecture mais de jeu vidéo puisque tu peux expliquer que tu disais à tes enfants regarde tel film, regarde, on te demande quel est ton jeu vidéo préféré ?.
Alain Damasio
Alors moi je sais, c’est super banal ce que je vis et je réponds à celui que j’ai offert à ma fille chez elle. Donc je la fais jouer à Zelda parce que je trouve que c’est ouvert au point de vue de l’imaginaire, un point de vue des idées, du gameplay, un peu de la variété du gameplay, des déplacements, la spatialisation et la beauté. Donc bon, ce n’est pas original. Archi désolé,
David Dufresne
Merci beaucoup. Merci à vous toutes, à vous tous.

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