12 070 € récoltés sur 16 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Je soutiens Au Poste !
Sans montage ni formatage
Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage

Alain Deneault : en guerre contre la médiocratie

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis, amis du café, amis de la police, amis de l’Amérique du blues, amis de la haute philosophie. Nous sommes dans un studio qui est un peu grand pour moi. Un petit essai de voix, mon cher Alain.
Deneault Alain
Bonjour.Je suis très ému d'être ici. D’abord pour te revoir, mais aussi parce que j’aime beaucoup ce qui me rappelle les années 70, mes enfants, parce que j’ai étudié ici, mais d’abord et avant tout parce que je peux trahir le fait que les studios sont dans l’ancien pavillon de la Sorbonne Nouvelle.
David Dufresne
Exactement à Censier Daubenton.
Deneault Alain
Dont j’ai étudié quand j’avais 20 ans pendant quelques années.
David Dufresne
C’est pour ça que tu es si heureux. C’est la cure de jouvence.
Deneault Alain
Ça m'émeut de retrouver ces lieux quand on voyage à Paris et qu’on y a vécu, mais qu’on est maintenant à l'étranger, il y a comme des petites boîtes noires qui nous éclatent au visage parce que les murs recèlent des souvenirs.
David Dufresne
Absolument, absolument.
Deneault Alain
Et moi, je voulais commencer sur notre santé mentale pour que tu puisses régler le son
David Dufresne
Alors je pense que le son est bon Bonjour, bel accent. Bon alors ne dites pas ça, s’il vous plait à un Québécois, Mon cher Alain, puisque tu parles des seventies, je vais faire le québécois qui montre ici cette télévision pure années 70, Marque Sharp qui vient de Chicoutimi d’une brocante. Peux-tu dire où est Chicoutimi ?
Deneault Alain
C’est une région qui est dans le Nord-est de la zone habitée du Québec, parce qu’on sait que le Québec est habité essentiellement au Sud. Oui, si, si on parle des euros descendants et par des communautés autochtones parsemées dans le Grand Nord, dans l’immense Nord. Mais quand on regarde le Québec, faut savoir que c’est comme le Canada. En fait, il faut savoir que. Il s’agit en fait d’une bombe démographique qui longe la frontière américaine et le fleuve Saint-Laurent Donc quand on considère ça pour le Chicoutimi, un endroit où on a exploité, c’est une région que je connais très peu, qui est aux antipodes de celle où je suis né, mais où on a exploité le bois et je crois, la bauxite. Les Chicoutimi ne me reprendront pas.
David Dufresne
Alors Monsieur Alain Deneault est le premier invité à avoir exigé un micro-cravate, Pourquoi ? Parce que, comme vous venez de le voir, il fait des gestes. Aujourd’hui, ça va être plutôt long, pour avoir toute la vitalité de l'économie. Mais il ne faut pas que tu fasses la brasse parce que moi, je ne peux pas répondre à la sempiternelle question que faire ? Le philosophe répond le philosophe, c’est toi. Faire que faire mal, mal faire les choses, ne pas suivre. Les conseils officiels sont Faire queue est une proposition à penser l’agir politique à une ère où tout nous semble accablant, notamment autour des enjeux écologiques et démocratiques. Dans une autre vie, je pense que vous l’avez compris, sur un autre continent, j’avais eu le bonheur de côtoyer Alain Deneault depuis Montréal, bataillait contre l’industrie extractiviste. Alain nous revient donc avec cet ouvrage lucide où tu nous invite à explorer un nouveau monde dans un nouveau mode d’engagement politique la bio région. Je te remercie de me soutenir dans ma lecture.Tu nous sommes de sortir de la sidération et de l'écho anxiété que tu appelles autrement On va en parler longuement pour mieux partir au combat intellectuel. Vous allez voir, ça va être absolument passionnant parce que le livre, il est topissime l’engagement politique à l'ère de l’inouï. Alors une petite a peu de sémantique puisque tu en fais beaucoup,, En français de France, comme on dit par rapport au Québec, on associe inouïe, beaucoup à la télévision on associe inouïe à violence, une violence inouïe. C’est vrai, et ici, tout n’est que violence inouïe. Or, toi, tu nous dis l’inouï, l’inouï, c’est pas, c’est pas ça, c’est une forme de violence, mais ce n’est pas la violence au coin de la rue, c’est une autre violence, autrement plus terrible.
Deneault Alain
Oui, les médias nous ont habitués à ses tics de langage. Dans les médias, tout est historique aussi. Et même un match de foot va être historique parce que je ne sais quoi et on l’a oublié le lendemain, mon honneur. Et si quelque chose est inouï d’une manière récurrente qui ne l’est pas du tout, par définition, ça peut arriver qui est inouï, c’est ce qui n’a pas été, oui, ce qui n’a pas été entendu. Donc il y a une chaîne de scène qu’on peut faire avec les Inouïs, inédits, indicibles, inaudibles et ainsi de suite. Et au fond, ce que j’insiste là dessus, parce que lorsque quelque chose c’est inouï, la chose est impensable, elle est à peine dicible. Donc on ne peut pas la radoter comme ça dans les médias, précisément parce qu’elle échappe pratiquement au langage, et c’est d’où son caractère angoissant. Quelque chose est inouï, quelque chose d’inouï et par conséquent soit anxiogène, soit angoissant selon les contextes. Et, est ce que j’appelle inouï, là, c’est une, je ne dirais même pas une crise. Le mot est devenu faible. Une rupture sans pareil dans l’histoire, sans pareil dans l’histoire. Et c’est là où l’inouï, la question de l’inouï se pose. Et il suffit de reprendre les expressions que des scientifiques du GIEC, de l’IPBES, de la revue Nature et les océanographes et les climatologues répètent qu’on a jamais vu ça depuis des millions d’années, une telle extinction de masse des espèces. On n’a pas vu une variation climatique du genre depuis 10 001 et une variation climatique aussi rapide depuis des millions d’années. Et là, comment on pense à quelque chose qu’on a jamais vu ? Par exemple, si on sort et on voit des policiers malmener un pauvre citoyen. Bon, ça nous rappelle quelque chose, on a des antécédents, je sais que je parle à quelqu’un qui s’y connaît. Donc voilà, on est capable de faire un rapprochement. Mais lorsque vous êtes devant une situation inouïe, comment vous la penser ? Et c’est là que l’angoisse embarque. Parce que l’angoisse, c’est un affect qui n’a pas d’objet. Et je pense que tout le problème est là.
David Dufresne
Tu vas, tu vas beaucoup trop vite, tu sais qu’ici on a le temps. Je sais que t’as fait des émissions longues, mais ici c’est toujours plus long. Ce n’est pas le record, mais on aime prendre le temps. Comme on achève bien les chauffards aux carrefours. C’est ça ? On achève bien les philosophes ici Au poste.
Deneault Alain
C’est le divan.
David Dufresne
C’est ça qui lui même vient du Canada, du Québec. Donc, c’est vrai, là, tu es, tu as de l’air québécois autour de toi Pour préciser, tu es également enseignant en France et au Québec, c’est ça ?
Deneault Alain
Non, en fait, j’ai eu un mandat et je ne me souviens plus de cinq ou six. Un directeur de programme au Collège international de philosophie, c’est-à-dire un programme de recherche. Donc, je n'étais pas directeur du collège, j'étais directeur d’un programme de recherche qui était le mien sur la notion d'économie, pour y revenir éventuellement et. Mais bon, j’ai terminé mon mandat qui était de six ans comme pour tout directeur de recherche et maintenant je suis professeur en Acadie. Les Acadiens étant l’autre peuple francophone d’Amérique dans la péninsule acadienne, j’y enseigne la philosophie.
David Dufresne
Très bien. Donc ton bilan carbone, ça va à peu près ?
Deneault Alain
Euh non, c’est-à-dire. J’ai honte d’avoir pris l’avion pour venir ici. J’essaie de compenser non pas par des programmes débiles, mais sur un plan culturel et intellectuel. Mais je ne le ferai pas souvent. Je considère obsolète le fait de prendre l’avion. C’est je ne comprends même pas tout à fait ce qui m’a amené à le faire parce que je m'étais dit que je ne le ferais plus. Et avant, je venais ici à l'époque où j'étais insouciant à chaque année. Et ça faisait cinq ans que je n'étais pas venue. J’en profite, je profite de chaque seconde.
David Dufresne
En tout cas, merci beaucoup d'être, d'être, d'être au poste. On va sacrifier quelques secondes ton livre qui est une pensée profonde de l’inouï. On va y revenir très longuement pour parler un tout petit peu d’actualité. Et il se trouve que page 75, tu parles de Trump. L’actualité étant évidemment ce qui va se passer cette nuit aux États-Unis. On sera d’ailleurs en direct de 18h à 7h du matin. Je ne sais pas comment on va faire après son remède de cheval soulagé par ablation. C’est le nihilisme libertarien que tu décris page 75. Son remède de cheval soulagé par ablation. Nous chasserons les mondialistes, nous chasserons les communistes, les marxistes et les fascistes et nous rejetterons la classe politique malade qui déteste notre pays ! S'égosille le tyran huppé d’Amérique Donald Trump. Il est reçu un peu plus tard dans le livre, tu cites quelqu’un qui le cite Je voudrais juste avoir ton point de vue sur ce qui va se passer ce soir. Est ce qu’on est dans l’ennui ou pas du tout ?
Deneault Alain
On est dans quelque chose de singulier, inouï ? Je ne sais pas, parce qu’on peut toujours comparer Trump à Mussolini. Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les anathèmes ou les épithètes, mais de voir pourquoi certains personnages nous font penser à des anathèmes ou à des épithètes. Dire bon, Trump est un fasciste. Ce qui est intéressant, c’est de voir à quel point vous dire oui, vous dire je suis prêt à le dire. Mais l’intérêt c’est de voir ce qui nous fait penser à ça.
Deneault Alain
Et ce sont surtout ces discours. Ces discours qui sont stupides. C’est à dire que vous avez quelqu’un qui se donne la vie extrêmement facile en réduisant tout à des superlatifs et à des catastrophes. Et Jean-Marie Le Pen faisait ça plus que sa fille. C’est-à-dire c’est un Tchernobyl social. C'était toujours l’emphase et du coup, on se surprend. Lorsqu’on a un minimum de culture, de voir que cela. Frappe les esprits et pas chez les plus bêtes. Il n’y a pas de rapport, là à l'éducation, contrairement à ce qu’on peut dire un peu précipitamment. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont dire cet homme est stupide, il est vulgaire. Et les voyous, je ne le voudrais pas comme collègues. Je ne voudrais pas que mon voisin, je ne voudrais pas qu’il enseigne à mes enfants, Je ne voudrais pas l’avoir comme médecin. Mais le système est tellement pourri. Je suis tellement ulcéré par lui que je vais lui envoyer quelqu’un qu’il ne veut pas. Et je vais assister au spectacle de ce vandalisme institutionnel qui sera cathartique, qui me fera du bien. Parce que je vais voir comme un clown au fond, assumer que tout ça est une clownerie plutôt que d’envoyer des gens qui se la joue distinguée alors qu’ils ne sont eux aussi que des clowns. Mais au moins on va révéler à faire. Si c’est si c’est pour avoir un spectacle permanent. Et c’est la politique, surtout aux états unis et éminemment spectaculaire au sens de Guy Débord. C’est ça crève les yeux, ce n’est que du spectacle tout le temps. Hier, c'était Harrison Ford qui faisait son coming out pro Harris. Et vous imaginez, vous avez un acteur qui dit pour la première fois de ma vie, voilà, je vais prendre position et je vais dire aux gens que je ne connais pas comment voter. Et il le fait sur fond de musique, comme si on était dans un film. Lui dire c’est archi joué. Et là on se dit mais est ce qu’il joue son propre rôle ou c’est lui qui parle ? On est toujours dans le spectacle, même quand on prétend le dire. Il n’y a pas de moment où on commence à être dans les coulisses. Donc juste pour revenir sur Trump. Lui.est pour beaucoup de gens et c’est la même chose pour Le Pen. Ici, on a raison. Il y a des gens intelligents qui disent que ce système là a besoin d’un poison. Pour en quelque sorte générer des anticorps. Qui vont l’amener à changer. C’est extrêmement hasardeux de penser ainsi. Mais c’est ce qu’on fait. Mais c’est surtout paresseux, parce qu’au fond, pour ceux qui adhèrent un peu plus, là, je parlais des gens qui se la jouent deuxième degré, on me l’a fait pas, j’ai tout compris. Il y a beaucoup de gens comme ça aussi.
David Dufresne
Mais justement, ces gens là dont tu parles. Est ce qu’il n’y a pas. Est ce qu’ils n’appartiennent pas à une forme de bourgeoisie ? C’est-à-dire que pour eux, pour eux, ce spectacle, quand il deviendra mauvais au sens désastreux, ils seront moins touchés que les plus pauvres, etc. Est ce que cette idée là, tu penses, tu joues avec le feu parce que tu sais que tu as de quoi te protéger alors que le voisin.
Deneault Alain
Oui, mais je tique sur le mot bourgeois. Non pas que je m’inscrive en faux. Tout à fait. Il y a des bourgeois, mais des bourgeois. Est ce qu’on entend par bourgeois quelqu’un qui a l'éducation et qui est à même de mener une réflexion ? Si c’est le cas, le plombier est capable aussi. N’importe qui n’est pas un grand bourgeois est capable de réflexion. Il écoute la radio, lit les journaux un petit peu, il voit des choses passées et se fait une idée sur le moment. Qui peut se dire Oh là, c’est non !
David Dufresne
Quelqu’un qui est à l’abri, ou pas.
Deneault Alain
Ou pas, mais qui se dit c’est de toute façon, ce système là m’a jamais rien donné, rien à moi, Je suis le dernier à venir. Peut être à tort, parce que quand on est malade, on se fait soigner, à tort peut être, à certains égards, la personne de se dire ce système là ne me donne rien, il enrichit une caste qui est à la solde des grands pouvoirs de toute façon les multinationales, les banques, ainsi de suite, l’Europe. Et puis moi je vais envoyer un clown ou un clown qui va juste si on me passe le foutre le bordel en mettant tout sens dessus dessous. Et je vais m’amuser au moins de voir cette classe là être avoir maille à partir avec quelque chose que je lui ai envoyé, Ça va au moins. M’amuser parce que de toute façon, c’est un cirque, une façon. C’est un manège, c’est ça qu’on peut se dire Mais ceux qui en ont un petit peu plus convaincus, je dirais les militants pas seulement les électeurs, mais les militants, eux. Me semblent pécher par paresse intellectuelle. Et je pense que c’est chez ceux qui sont, je dirais, des militants conformistes, des militants de la deuxième vague, des militants qui se sont mis à y croire. Du moment qu’il y a eu dédiabolisation, du moment où on. Avait posé beaucoup de courage, mettons, pour militer au Front national, alors que dans les années 80-90, si on s’affichait Front National, on subissait tout de suite en fait, l’opprobre par tout un tissu social. Bon, là, c’est les premiers militants. Moi je les qualifierais quand même franchement de racistes. Eux, ils y croient dur comme fer au pied de la lettre. Les deuxième, je dirais qu’ils sont paresseux intellectuellement. Si je schématise, on va vite, mais dans le sens où pourquoi on va, on tend vers cette direction-là plutôt que vers la gauche. C’est la droite extrême ou l’extrême droite qui ne sont pas exigeantes intellectuellement. Qu’est ce en quoi consiste le discours ? C'était ça. Le style de passage que tu citais bien consiste à dire qu’au fond tout va bien, tout va très bien. Le corps social serait en santé s’il n'était pas parasité. Par un élément étranger qui le contamine. Alors on va procéder par ablation. La seule question qui va se poser, c’est qu’est ce qu’on fout dehors ? Et il y a une citation de Trump que j’ai retenue qui dit on va mettre les communistes dehors, les faciles pour lui dans son écurie lamentable, c’est pareil. Fascistes, communistes, marxistes, c’est tout pareil, on va tout mettre le monde dehors, on va mettre les dirigeants corrompus dehors, on va mettre évidemment les wok. Dehors, on va tout mettre dehors. Ce qui nuit à quoi ? À ce qui permet de. Vivre finalement la pulsion de mort. Est ce que c’est pour ça que je dis il n’y a pas de que faire à l’extrême droite ? Il y a seulement un. Faire un par un avec le monde, faire un avec soi, se vautrer dans le formol, la pulsion de mort et d'être dans une espèce d'état absolu de soi qui ne n'évoluera jamais de son moment
David Dufresne
Ils apparaissent, si je t’ai bien lu, mais on va peut être y revenir dans le dans le bouquin, là, la paresse consiste à voir, à ne pas voir l’inouï, la violence inouïe, c’est à dire les enjeux climatiques et autres, et aller chercher des boucs émissaires. Donc c’est l'étranger, c’est le musulman, c’est le c’est le l’homosexuel. Donc on va aller chercher des détails finalement pour faire en détail, mais pour éviter de voir le seul et unique danger.
Deneault Alain
C’est si on voulait faire. J’ai jamais trop réfléchi à ça dans les termes que je vais élaborer, mais improvisons là où on voudrait. Il y avait trois grandes catégories d'électeurs d’extrême droite. Ça vaut aux États-Unis, en France, mettons, je schématise, on élabore quelque chose, là, il y aurait des militants qui sont d’authentiques fascistes ou racistes, ou. Nostalgiques de Pétain chez les nostalgiques de l’Algérie française chez les autres. Ces deux vecteurs qui distinguent peut-être Zemmour et Le Pen. Si on veut faire la deuxième. Catégorie, qui seraient les conformistes et comment entendez on est incompatible avec ce genre d 'idées en même temps qu’on était chevènementiste ou qu’on était je ne sais quoi communistes. Mais on était quand même combatifs. Et là, quand on voit que ça prend comme une sorte de légitimation, que. C’est moins la honte qu’avant, eh bien on peut se conformer. Donc il y a assez de place des mots si on veut, qui sont en fait des girouettes un peu. Et il y aurait troisièmement, les cyniques dont je parlais tout à l’heure, ceux qui ont tout compris, qui le font au deuxième degré chez les seconds. Ce qui m’intéresse le plus, il y va d’une sorte de paresse justement parce qu’on vaut ce qu’on a. C’est un discours au rabais et après on n’exige rien de soi. On ne dit pas faut changer le monde, faut changer ses pratiques, il faut changer ses habitudes, il faut prendre la mesure des problèmes de l'époque.Et au fond, qu’est ce que ce qu’offre. Sur un plan électoral l’extrême droite ? Hein ? C’est un objet de substitution par rapport à l’angoisse tiers. C’est-à-dire que quand on est dans un monde. Qui s'écroule du point de vue de son fonctionnement écologique, et quand on est dans un monde où les espèces disparaissent par centaines de milliers, quand on est un monde où la fameuse expression des économistes, toutes choses étant égales par ailleurs, rien n’est égal. Par ailleurs, y a rien de stable, même l’existence des abeilles, même l’existence des poissons dans les eaux. Mais l’existence des côtes comme on les connaît. Rien n’est fixe, tout bouge bien. Il est rassurant de se faire dire que tout va bien, si ce n’est que. Cette figure voilée qui, allant faire ses courses, menace la civilisation. La civilisation va bien et elle est menacée de l’extérieur. Et on va refouler une entreprise de refoulement dans tous les sens du terme et surtout psychanalytique. On va refouler les problèmes en faisant ce que Freud appelle par rapport au rêve. Mais là on rêve éveillé et c’est un cauchemar du déplacement et de la condensation. C’est à dire qu’on va prendre une figure, on va tout déplacer les problèmes et on est concentré sur elle. Et comme ça, vous le disiez, si vous vous débarrassez. De ce problème là, vous allez avoir l’illusion, par cet acte symbolique de vous débarrasser de tous les problèmes. Et c’est ce moment substitutif se produit quand on est incapable de se donner un objet politique conforme à l’envergure des problèmes. On est face à quelque chose d’inouï qui nous angoisse. Une angoisse, qu’est ce que c’est ? Ce sont des affects sans objet. C’est ça l’angoisse. Parce que je ne parle pas d’anxiété. L’anxiété, c’est autre chose, l’angoisse, c’est quand on est assailli par des affects.
David Dufresne
Affects, tu vas trop vite parce que je ne sais pas comment après je vais attraper le coup avec plaisir, mais pas le moins possible, si tant est qu’on a envie d’entendre ton livre et chapitré en trois, en trois parties. La première partie, c’est l’angoisse, l’angoisse inouïe pourrait-on dire, on va dire la deuxième et la troisième sur la bio région. Je dis ça parce que dans un premier temps, on va évoquer la situation actuelle. On est plus proche du constat et alors que les deux autres partis sont plus proches, non pas des solutions mais des décisions on va dire. Page treize, tu commences ton livre. Ainsi, les perturbations climatiques n’annonce pas seulement une série de maux terribles et multiples fonte des glaciers, montée des ouragans, tornades, inondations, érosion des côtes, canicules meurtrières, pertes agricoles, incendies de forêts, migrations d’insectes redoutables, guerres civiles, famines, exodes. Mais plus encore une aggravation de ces ruptures sur un mode autonome et exponentiel, autonome. Ce ne sont plus les ordres du sujet humain qui saccagent tout, mais le système Terre qui se détraque durablement, car par lui-même qu’il se saborde, c’est par lui-même qu’il se saborde désormais.
Deneault Alain
Oui, c’est ce qu’il faut comprendre lorsqu’on entend parler du réchauffement climatique ou des perturbations climatiques ou du bouleversement climatique. Il ne s’agit pas simplement de phénomènes provoqués par ce qu’on appelle pudiquement appelle pudiquement l’activité humaine. Non parce qu’on ne veut pas sociologiquement trop ventiler pour être trop précis sur les responsables réels. L’humain est la Sénégalaise qui marche deux kilomètres par jour pour aller chercher de l’eau pour ses gosses. Il. C’est par son activité humaine qui provoque les problèmes climatiques et l’activité humaine de certaines couches sociales, les décideurs occidentaux qui détiennent des capitaux. Enfin bref, ce ne sont pas seulement aujourd’hui, maintenant les activités humaines qui sont en cause, au sens où si nous changions nos habitudes, tout irait mieux. C’est ce que nous avons provoqué. Ce que j’appellerai un détraqué. On a désorganisé le fonctionnement. Du système Terre et ce n’est pas parce qu’on a été capable de cet acte vandale. On est capable de le réparer. Et il n’est pas vrai qu’il y a parmi nous des gestionnaires de l’environnement. C’est faux. C’est. C’est un abus de langage terrible et on voit ce qu’on a provoqué là. C’est un nouvel agencement. Et le système Terre, lui, va s’adapter. Il va simplement évoluer, mais à notre détriment et au détriment de centaines de milliers d’espèces. Bon, qu’est ce que ça veut dire concrètement ? Ça veut dire par exemple bon, filer les surfaces de albédo, c’est-à-dire les surfaces glaciaires qui réfléchissent, les rayons solaires qui les renvoient au-delà. Eh bien, si ces surfaces là fondent l’espace, c’est une étendue océanique foncée. Ils captent la chaleur des rayons solaires. C’est comme être habillé en blanc ou en noir un jour de juillet en plein soleil, qu’on voit la différence. C’est ce qui se passe et qu’on est en train de dire en noir la planète alors qu’avant elle était vêtue plutôt de blanc. Bon, elle capte par elle-même la chaleur des rayons solaires et elle contribue donc de ce fait au réchauffement climatique sur un mode autonome. Et donc, plus l’eau se réchauffe parce que plus l'étendue océanique n’est grande et plus. Il y a captation de la chaleur des rayons solaires. Bien plus, les glaciers fondent et rebelote. A Il y a un fonctionnement synergique et exponentiel jusqu'à ce que le pergélisol se craquelle, libère du méthane qui est naturellement enfoui depuis toujours. Et le méthane est un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, plus redoutable et que là, vous avez par dessus cela des espaces forestiers qui se réduisent à raison d’une Autriche par année. Qu’est ce qui veut dire forcément, on aurait beau se taire et manger de la luzerne, avoir une empreinte écologique presque nulle, ça continuerait quand même. Les tonnes de CO2 qu’on envoie dans l’atmosphère, ça prend dix ans avant qu’ils produisent leur effet pour nous. Donc là, on voit les effets de ce qu’on a émis en 2014. Donc vous voyez que même si on a arrêté net, ça continue et il y a un emballement. Et tout le monde, tous ceux qui s’y connaissent nous le disent. Donc ça, comment vous pensez ça ? Ce n’est pas de dire : Voilà, la Russie envahit l’Ukraine, on va réfléchir. Ce qui se passe, ce n’est pas de dire voilà, il y a une maladie qui circule, on va Réfléchir à ce que c’est, parce que ça, on a des précédents pour le penser, on a des modèles. D’ailleurs, très souvent le passé vient coloniser le présent. On arrive mal à penser le présent parce qu’on a tellement de schèmes du passé que c’est eux qui prédominent, parce que c’est ce qui est arrivé avec la qu’Ovide notamment. On est tellement passé par rapport à des schémas aussi où on n’arrivait pas à voir de la spécificité de ce qui se produisait. Mais bon, j’ai cité l’historien Paul Veyne, j’aurais pu citer d’autres personnes, mais qui le dit de manière assez juste et très juste. On ne peut pas penser. L’historien ne peut pas penser une situation s’il n’a pas en tête d’autres situations analogues. Mais comment pensez-vous penser quand y a pas de situation analogue ? Et c’est la raison pour laquelle je termine un peu plus tard en disant Bien, il nous faut l’apport des artistes qui nous donnent des pendants intellectuels qui sont fictifs, fictionnels, pour qu’on puisse au moins faire, par comparaison, un aller retour du concept au réel.
David Dufresne
On se délecte à te lire parce qu’en fait on a aussi une sorte de recension de tous les. Que faire alors ? Il y a évidemment ce que fait Lénine, mais il y en a tout un tas et on va les comprendre les uns à la suite des autres. Il y a des. Il y a des que faire d’extrême droite que d’expédier assez vite mais qui existent, il y a des que faire de gauche. Hier il y avait une probabilité. La transition énergétique, écris-tu page 29, est en réalité une addition énergétique et nous paierons la note. C’est exactement ce que tu viens de dire à l’instant. C’est à dire que ce qui se produit aujourd’hui, c’est le résultat d’il y a dix ans.
Transition Gabon.
Maintenant, j’ajouterai que c’est la phase d’après qui. Consiste à dénoncer l’illusion qu’on va procéder par Il suffit. Si on entend les tenants et les technocrates, les détenteurs de capitaux, la géo ingénierie et ainsi de suite, il suffirait de changer de source. D’approvisionnement pour que tout puisse continuer comme avant. N’utilisons plus le pétrole, tournons nous vers l'éolien, mais développons la filière électrique plutôt que de continuer à exploiter le charbon. Et Jean Baptiste Source montre bien que plus on développe pas, plus on élabore des infrastructures énergétiques. Quant à de nouvelles filières plus on exploite les anciennes. Donc tout ça d’ici un an, ce n’est pas une transition, c’est une supercherie. De parler de transition que transition tout le monde en temps qu’on passe d’une chose à une autre, on ne passé pas, on additionne parce que la demande augmente. C’est Patrick. Puis Yannick n’arrête pas d’en parler parce que la demande, c’est son dieu. C’est le PDG de Total, bon Il peut toujours se justifier en disant " Eh bien, c’est la demande, comme si Total et les multinationales n’y étaient pour rien pour favoriser cette demande. Enfin bref, on connait la demande et nous on fait simplement la demande. Et comme la demande augmente bien, il faut diversifier les sources d'énergie puisque le pétrole ne suffira pas, le charbon ne suffira pas, l’uranium ne suffira pas. Et là je parle pour toutes les multinationales. Donc effectivement. Mais en fait ce qu’il faut comprendre, c’est que la demande en minerais est inouïe et polluante. Et c’est même. Stratégiquement fou de Vider la terre de ces. Métaux rares pour continuer, pour entretenir ce mode de vie extractiviste, productiviste, consumériste, capitaliste. Donc il faut faire le procès, donc il faut aussi faire le deuil aussi à certains égards.
David Dufresne
Il y a un procès que tu que tu fais, c’est celui des mots, des euphémismes. Est ce que tu peux nous parler de tout et de tous ces termes, de tous ces oxymores qui nous polluent intellectuellement ?
Deneault Alain
Donc je suis content d’en parler sur un canapé parce que je passe beaucoup par la psychanalyse et c’est pour ça que déjà est ce que je regrette. D’ailleurs, quand on parle d’ailleurs d'écologie politique, on a laissé la pensée écologique longtemps à des scientifiques des sciences exactes, y compris en ce qui concerne les sciences sociales et les humanités. Là, vous avez tout d’un coup des paléontologues où un médecin se met à parler de psychologie, d’histoire, de politique, d'éthique. Et c’est assez récemment que dans ces disciplines là, on sait que Bourdieu a existé, on sait que Spinoza a existé et qu’on se met à parler d'écologie en rattrapant un retard. Mais on a laissé ce champ là, pour le meilleur et surtout pour le pire. A des gens des sciences exactes. Et d’où l’expression éco anxiété qui s’est imposée de la part de gens qui ne connaissaient rien, je crois la psychanalyse. C'était important de revenir sur ça. Et ce qui m’a intéressé, c’est de voir au fond comment on peut penser des objets. Substitutifs. Et ça, je me suis dit c’est qu’est ce que c’est ? C’est ce sur quoi on se rabat, ce sur quoi on jette son dévolu quand on vit un moment d’angoisse et on ne sait pas à quoi associer. Son malaise. Et plus parce qu’on n’arrive pas à nommer ces enjeux Inouïs qui nous happent et qui nous emportent. Eh bien on cherche des objets de substitution et là, il y a toutes sortes de modalités psychiques pour le faire. Il y a la modalité faire anal qui consiste à toujours tenir bon pour le pauvre, ça sera le survivalisme qui est une avenue de survie, qui n’a pas beaucoup d’avenir pour le riche ce sera le fantasme d’une île lointaine comme ça, où des serviteurs nous attendent parce que c’est en cas d’effondrement, évidemment, tout, puis tout ira bien. Ça, c’est un fantasme aussi. Ça reste chez soi, ça monte dans ce monde insulaire. Sinon, ce serait le rapport hystérique qui consiste au fond à trouver des adversaires, des ennemis à déplacer. C’est l’homme aux loups, le Freud, à voir en le loup un objet de menace plutôt que le père. En ce qui concerne cette structure là. Mais bon, si on transpose avec toute sorte d’adaptation, on pourrait se dire que avant, effectivement, le bouc émissaire de l’extrême droite, on les connaît ces figures devient le mal. Il y aurait l’hystérie de conversion qui consiste à se dire ah bah c’est formidable, Starbucks maintenant a aboli ces pailles en plastique. Tout va bien, c’est formidable. Il y a le développement durable Qu’est ce que c’est ? C’est que les autres. Maintenant deviennent écologistes. Et j’ajoute un filtre et compense pense. Voilà le développement durable, c’est aussi un objet de substitution. Mais les entreprises ont compris, elles ont mis un petit arbre sur leurs emballages. Ça montre. Qu’elles ont un engagement pour le développement durable. C’est un objet substitutif de conversion. Mais la géo ingénierie, c’est encore pire. Bon, et puis sinon, on aura la névrose obsessionnelle, la prochaine névrotique, qui consiste à haïr les écologistes, à haïr les messagers, à tout transformer, à tout mettre à l’envers, à s’enfermer comme ça dans une structure perdue. A voir les soulèvements de la terre comme des terroristes. Bon, il y a un grand névrosé à la tête de l’Etat ici. Donc ça serait comme une espèce de panorama que je ferais. Et le développement durable qui est la pire des supercheries dans tout ça, c’est un oxymore insupportable, on en est témoin.
David Dufresne
Dans ton livre, j’ai retrouvé quelques accents de l’insurrection qui vient. Je me souviens d’un passage qui disait que la croissance verte, ça reste de la croissance.C’est sensé. Mais le pire. De ces oxymores là, si on les lit. Bien, c’est que le terme qui est proposé ici, oxymore, c’est des termes contradictoires qui sont associés dans un même syntagme.
Deneault Alain
Le terme qui renvoie au productivisme, à l’extractivisme, au consumérisme, au capitalisme, à l’oxymore vert aujourd’hui. Et a toujours la fonction nominale et toujours le substantif, c’est le développement durable, c’est la croissance verte. Et c’est ces termes là qui sont donc centraux parce que le nom est toujours plus important que l'épithète, son adjectivé en tête, cultivé pour se verdir, se bonifier, se laver. Bon, mais c’est toujours l’adjectif au fond qui saute. Et là, l’agent qui au fond est acteur, et toujours le capital, il y a le tour de passé Passe insupportable du développement durable. Ce n’est même pas dans le choix des mots, On pourrait y revenir du choix des mots aussi. Problématique aussi. Mais c’est dans le déplacement du statut, parce que jusqu’alors on réfléchissait. Jusqu’en 1987, quand on a lancé cet horrible oxymore du développement durable Jusqu’alors, le développement était l’objet de la pensée et l’objet de la critique. C’est à dire que le Club de Rome, le rapport Meadows en 1972, limite à la croissance, qui s’intéressait à une société, Sustainable Society. Pas de Sustainable development. Mais ça donnait une belle société à cette époque là, faisait du développement l’objet de la critique. C’est ce dont il fallait se détacher, se démarquer, quitter cet ordre-là pour un autre. Et le développement est passé par cette expression de développement durable et la terrible commission Brundtland du statut d’objet au statut de sujet. Et le développement est devenu le moteur de l'écologie. Mais vous n'êtes pas plus orwellien ? Non, là, le développement c’est l'écologie, c’est la guerre, c’est la paix. Et le développement devenait vert Durable après avoir été humain, après avoir été social. Il y a Serge Latouche qui fait la dénonciation de tous ces adjectifs. Absolument. Voilà donc.
David Dufresne
Et alors tu pourrais continuer parce que manifestement tu passionnes Émile Chevalley et des centaines de personnes qui participent au tchat. Il y a quand même quelqu’un qui c’est Ricola le gredin qui dit sans m’y connaître tant que ça, j’ai du mal à comprendre cet angle freudien, ça me semble un peu forcé, voire daté. je vais dire Freud sans âge je dire mais. Mais ce que je dirais c’est que ce terme d'éco Anxiété peut allonger. Cette question.
Deneault Alain
Et l’auto analyse, non ? Et le terme d'éco anxiété, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, je le reçois et me dit que c’est un terme qui appartient à la psychanalyse. Il dit clairement. Non. Et donc du coup, il y a des gens par la psychanalyse à percoler et les très actuels au sens où sans le savoir, tout le monde aujourd’hui cite Freud tous les jours. On est toujours en train d'évoquer un concept. Je disais parano était mal de dire. Tout ça découle. Du succès inouï, formidable de je ne veux pas abuser du terme moi même, mais formidable de la psychanalyse au XXᵉ siècle et ça a percolé dans le discours. Et donc vous avez des gens qui ne s’y connaissent pas, qui sont formés à dire qu’il y a de l’anxiété parce que les gens se sentent mal et ainsi de suite en utilisant un mot comme si c'était le mot valise qui voulait dire des choses imprécises. Et moi, je veux simplement corriger le tir. Mais, mais je veux dire, l’actualité de la psychanalyse, on la vérifie sur l’appréciation des concepts en tant qu’ils s’appliquent ou pas.
David Dufresne
Alors justement, faisons un petit arrêt. Tu commences par anxiété pour dire non, ce n’est pas de l’anxiété, c’est de l’angoisse.
Deneault Alain
Ça peut être de l’anxiété, mais faut savoir de quoi on parle.
David Dufresne
Donc pour nos Lecteurs, l’anxiété est une notion qui renvoie à un investissement très important des objets de méfiance ou de danger à l’agoraphobie, par exemple. On est dans une forme d’anxiété, on craint la foule ou le public et ainsi de suite. Donc il y a de l’anxiété.
lorsqu’on craint quelque chose de spécifique d’une manière très investie. Voire surinvestie, exagérément investie ou en tout cas investie de telle façon que cela nous trouble. Bon, donc, il peut y avoir anxiété. Si vous êtes agriculteur et que vous craignez les sécheresses et que vous n’en dormais plus la nuit. Et que vous en êtes malade, vous êtes anxieux parce que vous craignez quelque chose de spécifique. Vous habitez en bord de mer, puis vous voyez que vous perdez à chaque tempête un demi-mètre de terre. Mais vous vous dites qu'à un moment donné, ma maison va être emportée par les eaux. Vous êtes éco anxieuse. Mais l’angoisse, elle, dénote autre chose. Elle dénote un affect qui n’a pas d’objet. C’est quand même ça de pris.. C’est à dire que lorsqu’on pense le problème écologique dans sa globalité, dans son ampleur, dans son essence, on est face à quelque chose qu’on arrive mal à nommer. Et là, vous allez Timothy Martin qui parle d’un hyper objet et d’Anna qui parle du trouble de Baptiste Morizot qui tâtonne là dedans en disant on est dans un monde de chimères, faut se donner des objets tout à fait nouveaux. On est, on est dans quelque chose d’indicible. Et le malaise que cela produit. Cette situation là où on n’a Pas d’objet, L’objet, c’est ce sur quoi porte la pensée, c’est ce qui structure la pensée, c’est structure l’action. Au Moyen Âge, l’objet, c'était la chrétienté, au XVIIIᵉ siècle, l’objet, c'était la raison, la science au XIXᵉ siècle, objet pour beaucoup de gens, ça a été le socialisme, c’est un objet, c’est Il n’y a pas d’objet en écologie politique, il n’y a que des notions substitutives comme le développement durable, le capitalisme, des trucs qui ne marchent pas, dont on voit que c’est des miroirs. Aux alouettes, que c’est pour gagner du temps, que c’est du marketing et comme ça ne fonctionne pas, on reste angoissé. Et donc notre travail, ne nous, ce n’est pas de refouler l’angoisse ou l’anxiété quand elle s’oppose, c’est au contraire d’y voir un signe de santé mentale. Être anxieux, être angoissé, c’est un signe de santé mentale. Ce qui est inquiétant, c’est que si on est dans ce monde là et qu’on considère que tout, on a envie d’y aller, on s'éclate. Bon, on sert au buffet tant qu’il y en a. Non ? Mais l’idée en même temps consiste à se dire qu’il ne faut pas stationner là son esprit parce qu’il ne faut pas se complaire dans l’angoisse. Il ne faut pas en faire un trait identitaire. On ne va pas dire je suis angoissé et ça c’est ma persona et c’est ce qui me définit. Il faut passer à travers. Passer à travers. Qu’est ce que c’est ? C’est convertir Cette énergie là. En une énergie agissante. Du moment qu’on a trouvé un objet, qu’on en a élaboré un qui est à la fois lucide et joyeux, La lucidité toute seule, elle est accablante. Aujourd’hui, on ne fait plus rien, on broie du noir. La gaieté sans la lucidité, c’est être un imbécile heureux. Peut être pas intéressant. Mais comment être à la fois lucide mais joyeux, c’est-à-dire trouver un objet qui donne à cette énergie là une raison, une structure, un mouvement, une direction. Et j’insisterais pour dire un dessin, évidemment, un dessin, une. Une organisation, de son action, de sa pensée dans le temps, dans une projection. Est ce que ce que j’essaie. De faire, je vais vendre la mèche ? On va en parler plus tard, mais avec la bio Région, bien sûr. Là, on a un objet qui dit bien, il est lucide parce qu’il ne nie pas, il n’est pas en train de nous dire signez, une pétition, tout ira bien. Mais il n’est pas accablant dans le sens où il n’est pas composé ou que, craintif il est. Il est de nature de faire agir.
David Dufresne
, Tes mains font bouger la caméra et puis tout va bien. Non, ne bouge pas, bouge pas, mais comment apprendre on revient au bouquin. Ça va être long ce matin.
Deneault Alain
J’ai annulé le rendez vous que j’avais ce 12 h.
David Dufresne
Je me dis tu as bien fait, t’as bien fait, Il y a beaucoup de questions, je les reprendrai. Mais vous voyez, c’est déjà difficile de tenir l’entretien, mais je les prendrai au débotté. Ou sinon à la fin de l’entretien, n’hésitez pas, Pauline en a déjà mis dix de côté. Je reste là dessus sur ce que tu viens de dire, sur la gaieté, le gai savoir, sur la gaieté, sur comment, gens de gauche que nous sommes, on peut affirmer qu’on peut être joyeux. C’est pas toujours très bien vu ici même au poste, on aime bien déconner et il y a eu quelques critiques qui ont pu être faites.
Deneault Alain
Oui voilà une gueule d’enterrement.
David Dufresne
Il faudrait accabler à longueur d’entretiens. La joie, c’est Nietzsche.
Deneault Alain
Mais c’est aussi Spinoza. Et la joie, ce n’est surtout pas être un imbécile heureux, j’y reviens, mais la joie c’est simplement entretenir des bonnes relations avec des objets adéquats. La joie, c’est l’adéquation. Est ce que notre pensée et notre action sont en adéquation avec une situation ? Mais autant je vous parlerais de joie ou de joie dans ce sens, autant je m'éloigne de l’optimisme. Et la difficulté. C’est tout le travail de chaque élu son plan avec l’espérance. C’est d’arriver à être mû par quelque objet un peu virtuel qui est un objet de pensée, une projection sans garantie. Et ce qui est le contraire de l’optimisme. Il y a quelque chose de très voisin étymologiquement avec l’optimal, c’est à dire l’optimiste, c’est le comptable, c’est le mesquin. Mais je ne vais quand même pas m’engager dans quelque chose et jeter mon dévolu sur quelque chose, y investir mes ennemis. Mes précieuses énergies. Si je ne suis pas certain du résultat. Si le résultat escompté n’est pas optimal. Je veux dire bon, à qui ici ? Et au fond, l’enjeu. C’est de se donner une structure, de penser et d’agir qui ne soit pas hors sol, mais qui soit lucide par rapport à l’envergure des problèmes. Et je pense qu’on se frotte aux problèmes, vraiment. Euh, mais c’est à dire aussi dans des espaces adéquats qui ne sont peut être pas en ville. Peut-être pas toujours pour voir comment. En tous les cas. Et en plus se découvrir des forces talents compétences Des dispositions qui dans l’adversité sont plus significatives. Peu d’aller dans un supermarché consommer comme d’habitude des choses qui dans le processus nous blase. Pour ce qui est des emails.
David Dufresne
Dans ton livre, Je ne pensais pas aborder ça mais c’est l’occasion. Tu dis refuser la bataille. Optimisme vs Pessimisme.
Deneault Alain
Je n’ai pas le temps. On n’a pas le temps. Je n’ai même pas le temps d’en parler. C’est stérile. Alors c’est surtout les valeurs.
David Dufresne
Pour ceux qui ne comprennent pas cette séquence. Cette séquence, elle est exactement dans ce fameux film de Yannick Kergoat, camarade de jeu. Et à la fin du film, on entend dire ça nous, Le capitalisme prend notre temps. D’ailleurs, j’ai pris du temps, je vous ai pris du temps, etc. Dans ton livre, tu dis ça, tu dis ça, c’est une bataille que je ne veux pas mener. Donc voilà, c'était juste pour dire que tu n'étais pas impoli tout d’un coup.
Deneault Alain
Mais c’est les vases communicants qui sont insupportables. C’est-à dire c’est l’idée. On est sommé d'être optimiste ici, on est sommé d'être optimiste, on est sommé d’enfermer sa pensée dans les clous de ce qu’on estime possible. Ceux qui disaient dans ces quartiers. Ici il y a une époque joyeuse, soyons réalistes.
David Dufresne
Demandons l’impossible.
Deneault Alain
Demandons l’impossible étaient des gens qui étaient au fond de moi. J’aimerais avoir le talent de Nietzsche, mais écrire un livre qui s’intitulerait par delà l’optimisme et le pessimisme, de la même manière qu’elle a écrit par delà le bien et le. Mal, parce que c’est un peu la même problématique, c’est agir en fonction qui nous apparaît juste adéquat, faisons le advenir, faisons advenir dans des échelles qui restent quand même réalistes et agissons là où nous sommes et renouons aussi avec des enjeux écologiques qui rendent. Humbles. Ils donnent, confèrent du sens. Et voyons, observons ce que cela provoque. En cela, j’apprécie beaucoup Le roman de Gaspard Koenig, Humus qui va en ce sens.
David Dufresne
Est ce que je peux te faire lire un petit passage page 31 ? Tu vois, quand il y a un petit visage, ça veut dire Oh, ce serait bien que ce soit l’invité qui lise deux pages
Deneault Alain
. Ah oui, oui, auprès de l’interlocuteur distrait. Prédire l’effondrement du capitalisme lorsqu’on est marxiste revient à tendre un bout de bâton pour se faire battre. Ah, encore vous nous prédisez la fin du capitalisme depuis 150 ans. Mais regardez devant l’origine. N’est jamais aussi bien, ne s’est jamais aussi bien porté. Il est robuste, flexible, inventif. Et on y est tous attachés ou au moins dépendant. Comment voulez-vous qu’on accepte qu’il meure ? Alors ça, ça vient d’une entrevue que j’avais donnée à Europe 1 et j'étais assis à côté d’un film que je devinais gaulliste, vraiment très vieille France. Et il m’avait dit Mais monsieur, oubliez ça, cette histoire de capitalisme, les Français n’accepteront jamais qu’ils cessent. Mais on ne vote pas là dessus. Je lui ai Dit il y a un moment où ce n’est pas la délibération humaine qui prévaut, Enfin bref Mais que le dirigeant me tape sur l’existence de 3,5 planètes Terre alors qu’il n’y en a qu’une, qu’il use l’atmosphère comme d’un dépotoir, qu’elles épuisent l’eau douce et pondent des pesticides dans le sol et répandent les hormones de croissance dans la viande, saccage les fragiles. Mes indispensables coraux des mers, colonise de ces produits chimiques. Le vivant nous encombre d’un continent de déchets en plastique qui est là, qu’il brasse en l’air les cocktails de minéraux toxiques naturellement enfouis. Ils génèrent des va nu pieds par milliards et tout autant de révoltés. Tout cela témoigne de ce que ces animateurs et bénéficiaires ne savent compter qu'à court terme. Est-ce que je l’ai bien lu ?
David Dufresne
Tu l’as lu à ta façon et c’est très bien. Mais moi je ne l’ai pas lu comme ça ton livre je fait donc j’ai la vanité de dire moi, que je l’ai bien lu.Parce que moi je l’ai lu avec beaucoup plus de nervosité que tu ne l’as lu là. Je fais trop style comédie française. Il y a un certain nombre de phrases sans verbe, très rythmées.
Deneault Alain
Mais en fait, ce qui m’intéresse, c’est ce qui vient après. En fait, c’est en fait ce qui m’intéresse quand je fais ça. C’est quand même une sorte de préambule. Pour mémoire, on est d’accord. Alors je disais c’est un peu ça L’esprit, on est d’accord, il n’y a rien de très original, là, c’est une synthèse Mais ce qui m’intéresse, c’est lorsque Vous dites à quelqu’un le capitalisme va s'écrouler, vous pouvez être certain que neuf fois sur dix, les gens vont dire non, ce n’est pas possible, Le système est robuste. Vous le prédisez depuis tant d’années. Mais en fait, il faut savoir de quel point de vue on parle. Parce qu'évidemment, quand on craint l’effondrement du capitalisme, c’est qu’on en bénéficie relativement. Et donc, ne nous cachons pas, nous sommes des bénéficiaires relative du capitalisme. Il suffit d’avoir bu du café ce matin pour être bénéficiaire relatif du capitalisme. C’est qu’on a un café, mais de l’essence dans sa voiture, on achète des bananes, on fait même un voyage à Cuba et ainsi de suite. Mais en fait, pour 80 % des gens sur la planète, ce capitalisme B, relativement bénéficiaire, n’a jamais commencé et n’a jamais commencé à parler un. Congolais du Congo Brazzaville. Parlez, je dirais à une sénégalaise qui ne peut même plus faire ses plats traditionnels à base de poisson. Parler aux gens qui récoltent le café en Amérique centrale et qui soit n’y ont pas accès ou soit sacrifient leurs terres agricoles pour produire en masse les volumes de capitaux. Et vous verrez que ces gens là ne voient le Capitalisme que comme un accablement. C’est un régime colonialiste, impérialiste, violent, brutal, spoliateur, corrompu, corruptible, qui n’a rien de bon, rien de bon pour 80 % des gens. Et puis là, il y a une sorte de 1 % qui lui tue et nous concerne. Je ne sais pas si je dois dire, les bénéficiaires absolus, mais en tout cas les décideurs, les détenteurs de pouvoir, les détenteurs de capitaux. C’est pour ça que le capitalisme ne peut pas être démocratique parce qu’il est toujours l’affaire du 1 %. Et entre les deux On en a si je faisais mes calculs sont bons 19 % de bénéficiaires relatifs. Et ça, c’est la classe moyenne qui est constituée de prolétaires avec de l’argent qui sont toujours susceptibles de basculer. C’est Sheldrake, le sociologue américain, si bien que susceptibles de retomber dans leur statut de prolétaire. Et c’est ça qui nous menace. Parce qu’ici, il y a des problèmes avec le canal de Panama ou le canal de Suez. S’il y a un problème d’approvisionnement en eau à Taïwan qui empêche le renouvellement du parc informatique. Ici, le capital contracté, il cessera d’exister. Mais il va au moins se contracter et ne concerne plus les 19 % de la population mondiale qui en bénéficie relativement que nous sommes. peut être 17 %, quinze 12 %. Et peut être que les techniques qui sont appliquées par Nestlé en Côte d’ Ivoire le seront encore plus clairement en France en ce qui Concerne l’eau douce au Québec.
David Dufresne
J’espère qu’avec cette demande a-t-on vraiment conscience de notre dépendance au capitalisme ? Et j’ajouterai en te lisant, j’ai eu l’impression que tu nous disais ce n’est pas très utile de dire Ah bas le capitalisme, ce n’est pas avec ça qu’on va le mettre à bat.
Deneault Alain
Il faut bien, je pense que c’est un système qui a le cancer, une étoile morte, un géant aux pieds d’argile. Le capitaliste, il n’a pas conscience des limites, donc forcément, à un moment donné, il va s’y heurter puis il va nous emporter dans sa chute, il va S’y fracasser, mais il va S’y fracasser de façon non, puisqu’il est résilient à se contracter et à probablement concerner une frange encore plus petite de la population mondiale. Bon et bon, effectivement, moi je dirais, pour reprendre une expression de Pierre Bourdieu, que il y a une et une infra conscience de notre dépendance capitaliste dès que personne se lève le matin, qui écoute BFM et qui bon pris dans son taf, personne dira heureusement le capitalisme est là pour me fournir mes biscuits Lu. Mais dites à quelqu’un que le capitalisme s’effondre, vous verrez les anticorps tout de suite surgir. Et donc cela témoigne de quelque chose qui est infra conscient. Et je m’intéresse beaucoup à cette strate là. Par exemple, sur les paradis fiscaux avec Alexandre Gingras au Québec, j’avais fait c’est lui qui avait fait, mais avec ma collaboration, un petit film. Où je montrais à quel point, dans le cinéma d’Hollywood, on parle des paradis fiscaux. Depuis des décennies et des décennies, des décennies avant même que des militants en parlent, je me disais mais il y a une conscience du phénomène parce que si vous voulez montrer un voyou ou un banquier, un politicien corrompu ou un gestion aux multinationales, et si vous voulez être sérieux dans un film, il faut vous le montriez avoir des comptes aux Bahamas. Et sinon on ne le croit pas. Mais c'était vrai dans les années 70, avant même qu’on parle des paradis fiscaux. Là je me sens bien où il y a une conscience des gens qui est trahie par ce cinéma là. C’est seulement un exemple que je donne pour montrer qu’il y a cet entre conscient inconscient sur Le plan simplement de la pensée. On n’est pas dans Freud, là, c’est d’une conscience pas plus rationnelle. Il y a une sorte de strate intermédiaire où tout et avant que Freud parle d’inconscient. D’ailleurs, ce qu’on entendait par inconscient en philosophie, c'était ça, cette espèce de magasin d' idées où on peut toujours au fond aller se servir une sorte d’entrepôt et qui témoigne beaucoup plus du degré de conscience que ce que les gens disent effectivement dans leur quotidien. D’ailleurs, les gens disent très peu de choses dans leur quotidien parce qu’ils sont formatés.
David Dufresne
On survole, évidemment, on lit là dedans. À la fin de la première partie, et c’est du plus du constat, tu es, tu es très dur, tel Victor Hugo que tu as, que tu cites, tu dis que la vérité est sans complaisance. Tu n’es donc pas complaisant avec ce qu’on appelle l'écologie politique. C’est à dire que tu considères que la seule qui vaille, et je schématise, c’est celle qui fait peur en réalité, et que l’autre, c’est une accommodation. Les accommodements raisonnables, comme on dirait au Québec, avec finalement le désastre.
Deneault Alain
L'écologie politique, je le dis indulgente. On cherche à produire des objets et des objets structurants. Des dessins, encore une fois. Des. Des. Des objets au sens de l’objet, c’est ce sur quoi la pensée porte et qui structure l’action. Ça prend du temps. Dans un monde en mutation comme le nôtre, impossible à suivre, où les opérations se font en nano seconde, où la destruction d’espèces est sans pareil dans l’histoire et où on dirait que dans les années 70. Comment voulez-vous qu’un insecte s’adapte alors qu’il fait face à 500 nouveaux produits chimiques par an, c’est-à-dire les années 60 ? Vous voyez ? Et nous aussi nous peinons à nous adapter à cet univers, à la Dr Frankenstein que nous nous donnons. Bon, il faudrait là dedans nous mêmes créer cette espèce d’humus de la pensée, c’est-à-dire produire des objets qui ont un ascendant sur nous et qui ont une autorité sur nous alors qu’ils proviennent de nous. Ça, ça prend du temps. Ça veut dire nous aussi nous avons besoin de temps. Nous sommes une espèce vivante Avec ses contraintes et ses contingences. Mais néanmoins, oui, il y a un travail à faire pour créer des objets qui sont en adéquation avec le réel. Je cite à titre d’exemple Baptiste Morizot Sur le plan de la pensée du vivant où l’on pense que des chimères se déduisent des espèces nouvelles recoupées étant donné les conséquences du réchauffement climatique. Et j’enjambe, j’embraye avec de nouveaux exemples de mon cru. Vargas l’ours brun. Chez nous, il monte vers le nord parce qu’il fait chaud, où il y a des incendies de forêt par exemple.Et l’ours blanc qui descend parce qu’il a de la flotte, il se rend compte et crée une nouvelle espèce. Bon, vous avez une assez bonne cause assez. Et la politique aussi est à penser ainsi. Antoine va courageusement, n’ayant pas froid aux yeux Penser les velléités bios régionales de personnes féministes qui doivent tout à coup apprendre à s’organiser dans une rupture annoncée. On peut penser qu’il faudra y faire face tôt ou tard et donc vous avez là des objets et je pourrais même aller jusqu'à être un peu plus Sobre, jusqu'à notre barde Gilles Vigneault chez nous, qui va recréer le personnage de Gaïa, qui est une fille qui fait des remontrances à son grand père en comprenant mieux qu’elle en a. Les dynamiques du vivant et des bassins versants dans son territoire. Donc là, vous avez des objets qui doivent prendre le temps. Gaïa n’est pas une déesse, c’est une petite fille qui doit croître, qui doit grandir. Donc nous nous donnons des objets et malheureusement on est dans une course contre la montre, dans une saturation Discursive qui renvoie à ce qu’Annie Lebrun a appelé le trou de réalité. Il faut là- dedans essayer de percer et trouver un objet qui soit structurant. Eh bien, je pense que ça se fera à petite échelle.Ça sera pas sur le mode de l’Etat-Nation avec la grande, avec une résurgence à la De Gaulle, il n’y aura pas d’appel du 18 juin. Ce n’est pas de cet ordre là.
David Dufresne
On va y. Venir, ce sera la région. Mais d’abord il y a la deuxième partie du bouquin "la transition. Et là on a, il y a le volant, le volet historien de Alain Deneault qui a qui apparaît puisque tu nous racontes d’où vient cette fameuse question qui est que faire ? Qui était d’ailleurs pendant un temps une question rituelle au mais maintenant, que faire ? Alors tu nous dis en page 77 c’est en réponse à la question que faire ? Qui se pose au temps de la Révolution ? Front Révolution française que Gracchus Babeuf imaginait une réforme fiscale en France pour défendre la cause du pauvre contre l’injustice et la dureté de l’opulence ? Il s’agissait d’en finir avec cette triste nomenclature de toutes les calamités qui a accablé sensiblement le peuple. Fermez la citation. Cette question, il faudra se la poser et se reposer. Écriture Comment se défendre contre la violence instituée des opulents ?
Deneault Alain
Oui, mais il y a quelque chose d’un Peu oulipien dans l’exercice du deuxième chapitre. C’est à dire que je me suis tapé tous les livres qui avait pour titre Que faire
David Dufresne
Et on a la surprise de découvrir cette liste en fin de bouquin. Elle tient sur trois pages.
Deneault Alain
Et elle n’est pas tout à fait exhaustive parce qu’il y a aussi des chapitres du livre qui ne sont pas dans la liste. Il y a des évocations audiovisuelles, ainsi de suite. Mais effectivement, ce sont là vraiment les monographies. Ce qui est retenu dans cette liste finale. On en a parlé tout à l’heure, L’initiative surtout de ce chapitre de transition vient d’une discussion que j’ai eue avec Yannick Kergoat, qui m’a reçu pour son documentaire La Très grande évasion, écrit avec Denis Robert et on a gardé contact ensuite en ayant pour discussion initiale un constat Commun, à savoir que lui, lorsqu’il présentait son documentaire en l’accompagnant, il se trouvait confronté à une question récurrente du public à laquelle moi aussi, avec laquelle moi aussi je ferraillé lorsque je présentais mes essais sur la question des paradis fiscaux en l’occurrence, à savoir Qu’est ce que je peux faire, moi ? Qu’est ce que je peux faire, moi, petite chose ? Et moi j’en ai rajouté, puis j’ai un peu traité cela dans la médiocratie. Qu’est ce que je peux faire, moi ? Petite chose qui. Bon, ils sont plats, surgelés, Picard en regardant TF1 dans son studio tout seul comme ça, presque rien. Évidemment, lorsqu’on se représente comme ça. Mais ce qui m’a surtout étonné et puis on en a parlé avec et avec Yannick. C’est l'évolution historique spectaculaire de la question que faire depuis le XIXᵉ siècle ? Au début du 20ᵉ ? Jusqu'à aujourd’hui. Il y a 150 ans Lorsque Turing Skies ou Lénine se demandaient que faire ? Et oublions le côté soviétique du dénouement.
David Dufresne
Qui a son importance.
Deneault Alain
Tout questionné. Mais j’expliquais pourquoi je loue et je L’oublie à dessein. Parce qu'à force de ne penser qu'à une chose, c’est la culture qui nous amène à oublier tout le reste. Donc je prends les choses à rebours, mettons, on compare. C’est précisément lorsqu’on se posait la question. Que faire Avant de savoir qu’on créerait l’Empire soviétique ? On faisait une Révolution La question était galvanisante. Elle était roborative, se demandait que faire ? Comme dit Jean-Luc Nancy dans un pays qui s’intitule Que faire. Si c'était déjà le fait de poser la question, c'était presque tautologique. C'était presque même un frein au faire. On était déjà en train de faire des efforts, ce qui est dit me passant une autre question. Bon, et il fait partie de ceux qui m’ont amené à faire une transition vers l’expression faire que. Mais que faire ? Et là, on est passé du que faire ? Galvanisant, révolutionnaire, mobilisateur, roboratif ? Oui, mais qu’est ce que je peux faire, moi ? Et la question que faire est devenue accablante 550 ans plus tard ? Et pourquoi ? Et c’est ce mouvement là. J’ai voulu suivre en constatant en m’intéressant au livre de Lénine et de Nicolas, technicien husky qu’il a fait pléthore de titres de livres, s’intitulait Que faire Althusser. Cohn-Bendit, Jane Fonda.
David Dufresne
Ludivine Bantigny que tu cites, Ludivine que je salue, qu’il y en a d’autres que tu veux, que tu t’habilles pour l’hiver ?
Deneault Alain
Il y a des libéraux dans les années 90 qui étaient à la mode. On récupère les références soviétiques pour en rire. Donc on étudie un livre. On dit Que faire un livre sur le libéralisme économique. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir au fond pourquoi je me suis demandé mais pourquoi on revient à ce titre ? Parce que c’est toujours un clin d'œil à Lénine, évidemment. Bon, j’ai mis de côté toutes les expressions qui étaient un petit peu plus banales où on se demande que faire. Ah oui, les liens j’ai toujours gardé font les types qui me semblaient quand même s’en remettre à ce titre d’origine. Ainsi que du moment qu’on lit Que faire de Lénine en ajoutant des points d’interrogation à toutes les affirmations, le livre devient passionnant. Le problème, c’est si on s’en tient à un programme. Il y a ce programme qui, comme son nom l’indique, est programmatique, donc qui exige une obéissance au parti autorisé. Mais du moment que vous formulez toutes les assertions sous une forme interrogative, le livre devient absolument passionnant. Parce que toutes les questions de l’organisation politique sont assez exhaustives et je les ai résumées.
David Dufresne
Oui résumées. Bien sûr, je t'écoute. Mais effectivement, tu les as résumées, ça tient sur deux pages, mais je vais essayer d’en retrouver une ou deux parce que c’est moderne.
Deneault Alain
Mais c’est ça en fait, Lénine lui même, quelques années après avoir écrit son livre, après qu’il eut été taillé En charpie par le Luxembourg et Trotski parce que, en 1904, on se permettait de s’opposer à Lénine, ce qu’on faisait plus en 1917, Quoi dire ? C'était ce Lénine là qui était encore pris dans des discussions et des polémiques. Tout de suite, Dieu sait qu’il y en avait lui-même fini par dire que ce livre-là n'était intéressant que l’année où il a été écrit. Parce que c’est un livre au fond de combat. Et au fond, il faut toujours ce qu’il faut, comment il faut toujours le réécrire. Il est toujours à réécrire et c’est pour ça qu’on le réécrit continuellement.
David Dufresne
Et que tu le réécris toi.
Deneault Alain
Même pas tout à fait justement là dedans, oui, on le réécrit, mais par décalage. Tu disais oui, parce que des gens effectivement, comme Des gens très différents les uns des autres à une autre date de Victor. C'était grâce à cette suite où on dire ben moi ben poser moi pas la question que faire ?
David Dufresne
Par exemple page 98 quand tu résumes le que faire à la fin ? Il y a quel média se donner pour échanger, se concerter, s’unir ? Cette question est posée.
Deneault Alain
oui, parce que lui, il veut créer un journal des ouvriers pour qu’on puisse communiquer, pour mieux s’organiser, pour qu’on puisse se concerter sur des concepts, des notions, des pratiques, des choses à ne pas faire, les choses à faire, qu’on soit effectivement. Le média est fondamental. Donc que faire ? Bon, évidemment, on est à l'époque de l’imprimerie, mais c’est fondamental. Mais aussi, ce qui est intéressant, c’est qu’on a chez lui toute la pensée d’Aristote sur le rapport entre éthique et politique. C’est à dire que chez les gens, que faire repose sur les mœurs, par les mœurs ou changer tout. Il suffit de changer l’homme qui en fait dans son roman plutôt une femme qui porte sur l’homme et étonnamment l’homme nouveau. Mais l’homme nouveau, c’est une femme, c’est une femme qui transforme complètement les mœurs, d’abord sur un plan matrimonial, ensuite sur le plan de la coopérative, la guilde et qui crée comme ça une corporation de travailleuses qui sont à l’origine d’une révolution. Qui passe sans combat, sans parti, sans militantisme. Chez Lénine, il y a une conversion complète, mais là, ça le coup, c’est un homme qui parle mais qui aussi arrive avec son une vision qui est toute organisationnelle. Mais pourquoi y a ce passage là ? C’est ce que c’est en fait, l'éthique à un moment donné, pour exister, il y a pour s’exécuter doit passer au plan des règles, doit passer au plan de la médiation, la place au plan de l’organisation. On doit pouvoir au fond au delà des rapports quotidiens comme ça immédiat, des bons sentiments, des principes ça va les structurer les incarner Minimalement. Et c’est ce qui pense, c’est ce passage là qui pense qu’est ce qu’on fait des gens qui seront toujours opposés à des principes qui doivent s’appliquer pour tous, si on veut qu’ils réussissent et si on dit. Voilà, il y a des principes qui s’appliquent, mais c’est juste ceux qui y croient qui obéissent. Ça, à coup sûr, parce que lorsqu’on se restreint, on se dit je suis le dernier des imbéciles à me restreindre alors que tout le monde se sert à côté parce qu’on me demande d’agir sur un plan individuel. Et c’est là où l'éthique arrive à sa limite et doit passer au plan de la politique. Et c’est ce passage là qui l’intéresse ce sont ces questions là qu’il pose bien avant d’affirmer en fait, dans ce que j’appelais mon approche oulipienne, en fait, c’est que le parti pris, je me suis donné. C’est de passer à travers tout ce que faire là, d’essayer de les citer tous ? Il y en a quelques-uns que je n’ai pas cités du tout, qui existent et qui ne sont même pas dans ma liste parce qu’ils sont tous trop mauvais. Bon, c’est des écrivains du dimanche là, qui est bon, mais malheureusement, malgré leur générosité, c’est surtout incompatible. Mais en fait. Bref, j’ai tout cité, j’ai essayé d’en extraire quelque chose d’utile. Ça, ça sert à rien de faire une étude du cas faire de Lénine en disant il fait de la merde puis c’est bon, on me dira Si c’est Pas un livre qui a une portée immédiate pertinente, mais. Mais une fois qu’on s’est dit ça, on peut aller quand même voir ce qu’il y a à en tirer Et donc tous les livres que j’ai cité Sinon que certains par la négative, il n’y avait en rien à en prendre, mais simplement pour marquer en quoi par la négative, ils ont une pertinence consiste consistant à répondre d’un exercice qui consiste à essayer d’en tirer quelque chose de pertinent. Bon, et c’est pour ça que j’en cite une ribambelle, mais c’est aussi pour faire le point sur cette question que faire ? Et j’en conclus que l’expression faire qu’eux est plus féconde des parlementaires fidèles ont tenu à leurs principes les principes du Que faire ? Marginaux d’arrière ban, un brin nostalgiques, sinon pathétiques, passant entre guillemets radicaux et extrémistes dans l’incurie du temps, ils se sont vus devenir la caricature que l’oligarchie libérale faisait d’eux à force de houspiller le pouvoir sans y mettre plus de moyens dans l’espoir de récupérer ces électeurs égarés, la gauche est allée jusqu'à imiter l’extrême droite, couinant tel un cuivre mal embouché, maquillant ses échecs cuisants en victoires morales pour reprendre au Parlement ses piétinements quinquennaux d’un blocage d’opposition à l’autre. Elle a été aspirée dans le cirque politicien au point d'épuiser ses spectateurs. Beaucoup de monde et c’est peut être un passage obligé que j’ai. Trouvé le plus difficile à calibrer, c’est les gens de passage qu’on travaille 30 fois. On n’est jamais satisfait parce qu’on veut dire quelque chose en restant Nuancé. Bon, déjà sur le rapport à l’extrême droite, il passe comme à plein au cinéma. Il ne nous a pas quittés dans la décennie 2010, ce qui a d’abord été le Front de gauche était une réplique. Là, on pourra penser la réplique de toutes sortes de façons. Au front, à l’autre front, front contre front. Le Front de Gauche est dans une réplique. Réplique qui ne concernait pas les idées, évidemment, mais l’expression d’une colère. On s’est dit voilà, la colère trouve son paratonnerre à l’extrême droite. Nous allons créer un nouveau paratonnerre en espérant attirer la foudre de ce côté-là. Et donc il y a eu dans les manières, dans le rapport aux médias, dans certaines tactiques, quelque chose d’une réplique. Le mur était qu’il est très intéressant parce qu’il fait partie de ces termes qui intéressent Roland Barthes, qui disent une chose et son contraire comme le mot haute. C’est à dire que la réplique, c’est à dire autre chose, mais Une réplique, c’est aussi la reprise. Parce que pour parler à l’autre fond, un peu à être dans le champ de la communication Donc il y a quelque chose d’une réplique. Là, dans une sorte de pharmakon, terme ambigu de remède et poison. Oui, c’est ça, c’est qu’on a bon.
David Dufresne
On est à la fois les deux.
Deneault Alain
Oui, c’est ça le faire.
Mais bon La réplique, ça c’est juste pour ce bout là, pour Que ce soit très clair, pour pas que je pense que je suis en train de dire autre chose. Politiquement, j’essaie de devenir polyglotte. Ce n’est pas facile, c’est-à-dire polyglotte, en ayant une langue principale non maternelle. Et on va y revenir plus tard. Mais pour l’instant, ma langue maternelle, c’est l’approche bio régionale qui est inspirée et largement libérale de municipalisme libertaire et du retour à la terre et de quelque chose de spécifique à lui et ainsi de suite. Oui, oui, on va y venir, mais c’est l’axe qui m’intéresse, c’est ma langue actuellement et c’est dans cette mer. Mais on peut être polyglotte. On n’a pas à choisir son camp. On n’a pas à être opposé à ce qui n’est pas soi. On peut quand même se dire qu’il y a un État. Qui conserve. Une part de souveraineté, qui a un impact sur nos vies que non, ça ne sera pas tout à fait Pareil si Trump ou Harris gagne, même si à plein d'égards, oui, ce sera pareil. Mais on peut quand même se dire en plus, sans se renier, que sur ce plan là, il y a peut être quelque chose à suivre. Et se dire qu’il y a des parlementaires qui s’intéressent à la chose publique, au vivant, à l'écologie, à l’enjeu du climat, à la justice sociale, à la justice fiscale. Ce n’est pas plus mal. On ne va pas les accabler, non pas en disant bande de naïfs. Ces gens vaillants sauvent l’honneur et on ne l’a jamais autant vu que par rapport à la question des gens massacrés à Gaza. Et là on se dit ouf, une chance qu’ils sont là, on va dire une chance qu’ils sont là, ils sauvent l’honneur au moins ça. Bon, et je lis moi, très souvent, je les admire d’aller se mettre le nez là où le cynisme prévaut, mais un point athlétique. Bon, et je l’ai et en même temps force. Et on peut être philosophe. En même temps, on voit bien que. Le combat ne se mènera pas là en tout cas. Surtout pas. Seulement, on pouvait le penser dans les années 70, quand il y avait la gauche unie, et on pensait que, en prenant le pouvoir par l’Etat, tout allait. On allait changer la vie, comme disait l’autre. Mais aujourd’hui on est revenu de tout ça. Mais il ne faut pas trop en revenir. C’est qu’on peut être polyglotte et continuer à se dire que, de toute façon, l’action Politique se passe en mode autonome, sur un mode résolu Originale, créative, régionale. Il y a tout à faire. Mais ne perdons pas de vue que ce pouvoir là quand même, il a, il a l’armée, il a les CRS, il a les médias, il a bon. Et ce pouvoir là, c’est une sorte d’oligarchie qui comprend un certain état et des multinationales et des banques. Bon, ceci dit, tout ce beau monde se parle et se promeut d’ailleurs à l’Élysée. Bon, il y a quelque chose qui va continuer à analyser, c’est simplement être dans une sorte de rupture totale avec. Et c’est là où les parlementaires à la fois m’intéressent parce qu’ils sont courageux. Je pense évidemment aux écologistes et à la France insoumise en particulier, mais pas seulement, et ça dépend qui à l’intérieur de ces mouvements-là. Je pense que le dégagisme va se poser là aussi. Bon, mais en même temps qu’on maintienne que c’est Inutile de jeter son dévolu sur ces seules figures là, qu’on ait dit aux quatre ans en espérant qu’ils soient un petit peu plus nombreux à chaque fois.
David Dufresne
Cela dit, je relis quand même. La gauche est allée jusqu'à imiter l’extrême droite, couinant tel un cuivre mal embouché.
Deneault Alain
Mais c’est ça, Je me suis expliqué là dessus. Du moment que vous vous présentez comme étant le front, le front de l’autre front et que vous pensez à Jean-Luc Mélenchon dans ces moments là, que vous vous sentiez comme ça, les médias. Et il y a une foule du reste, c’est simplement tactique parce que je suis d’accord avec lui sur tout. Mais on voit que tactiquement dire je ne sais pas si c'était la bonne, c’est facile de jouer ensuite au gérant d’estrade. Mais bon, tout ce que je vais dire, c’est que là, il y a eu là une volonté d'être un paratonnerre de la colère comme l’a été la droite, en espérant que la colère entre dans des hommes, dans une réflexion de type social, de type solidaire et ainsi de suite. Et l'énigme que j’essaie de résoudre péniblement à savoir pourquoi les gens continuent de préférer le paratonnerre d’extrême droite plutôt que celui d’une gauche qui est bien modérée, qui n’est pas du tout extrême. Je pense que se pose l’analyse subséquente portant sur la paresse intellectuelle et l’année, le besoin qu’on éprouve dans des objets substitutifs rassurants. Si vous vous faites dire par des gens qu’il faudra changer, il faudra s’engager, il faudra développer l'économie de la mer, il faudra revoir notre rapport à l’Europe. Il faudra à ce moment-là, vous dites Oh là, je m’engage dans un contrat qui va exiger de moi. Il va falloir que je lise des documents compliqués, que je parle à mes voisins avec des termes qui ne comprendront pas tout. Je préfère simplement me dire que franchement, cette catégorie sociale là, les boucs émissaires sont de trop, qu’on les chasse et tout ira bien. C’est plus facile et je pense que la paresse Intellectuelle l’a emporté. Ça, c’est mon analyse. Voilà. Évidemment, dans un texte un peu succinct
David Dufresne
On est, on est dans la partie ou tu t’interroges sur les forces en présence, notamment de gauche, et sur les choses qu’est ce qu’elles font, ce qu’elles peuvent faire ? tu as une page très dure sur l’extrême gauche américaine page 90 pour ceux qui vont se procurer le livre. Est ce que tu peux nous dire en quoi l’extrême gauche américaine est une notion, si j’ai bien compris, plus morale que politique ? Et pourquoi ça te désespère ?
Deneault Alain
J’en ai parlé dans un livre, que j’ai écrit à contre cœur et qui a été très difficile à faire. Oui, et je vais essayer de faire court. Ce qui. La chose extraordinaire qui se produit aux États-Unis. On sait que le. On appelle ça l’extrême gauche, mais c’est qu’il y a une ventilation sociologique de la notion de peuple. Ce qui est un apport extraordinaire. Il passe par la théorie intersectionnelle où on a quitté les grands totems de la gauche, le peuple démos, la citoyenneté, tout ce qui pouvait représenter l’unité commune. Le commun s’est découvert composite. Non, l’histoire des Noirs américains n’est pas tout à fait comparable à celle des cols bleus blancs des grands centres, qui n’est pas tout à fait comparable à celle de catégories d’immigrants aux femmes. Et ensuite, vous avez des croisements entre les femmes noires et les minorités sexuelles Et ainsi de suite. Et il n’y a pas de Raison qu’on réfléchisse au commun en oblitérant ces distinctions. Est ce que j’essaie de faire par conte ? C’est aussi de dire l’inverse. Il n’y a pas de raison qu’on oublie le commun au nom des distinctions et qu’on se ramifie de telle façon que tout devient incommunicable dans des spécificités qui peuvent faire l’objet d’une surenchère. Aussi dans un autre livre, mais je n’y reviens pas plus que ça, je me suis méfié des tartufferies qui peuvent dériver de ces combats absolument nécessaires et qui. Les caricatures, c’est-à-dire des gens qui tout d’un coup se découvrent un petit pouvoir. Tiens, si je brandis cette référence sociétale nouvelle, je me découvre un pouvoir sur autrui, une sorte de pouvoir immédiat qui peut tellement faire mal paraître le mouvement qu’il sert de repoussoir vers l’extrême droite. Là, tout d’un coup, des gens moyens, on dit si c’est ça la gauche, ne plus utiliser ce mot, se faire dire cela, ou dès lors qu’on a commis un tel faux pas discursif. A ce moment-là, je dois être de droite. Et là, on a vu dans son texte de sa dérive caricaturale le mouvement sociétal qui estTout à fait fondé historiquement à devenir un repoussoir vers l’extrême droite. Et ça, je trouve ça très inquiétant. Et c’est l’alerte que je me suis permis de faire. Bon, et aux États-Unis, je trouve. Je m’inquiète De ces possible Dérives là, quitte à dire que la gauche ne soit plus que un enjeu lié à son orientation sexuelle, la couleur de sa peau et ainsi de suite, et ne sont plus du tout liés aux enjeux communs. Et parce que si ce n’est si on en est, que dans les ramifications, on dit éminemment récupérable. Et la référence qui pour moi vaut 1000 mots, c’est le fait que l’acquis de Martine, le plus grand marchand d’armes qui avant a été un peu représenté par les Sylvester Stallone de ce monde là, par les virils et les couillus. Tout d’un coup fait suivre à ses cadres des formations où on abjure sa croyance à la suprématie blanche dès lors qu’on est un homme et où on préfère finalement vendre des armes en étant représenté par une commerciale qui est, je ne sais pas, une Sénégalaise quoi. Bon, Mais on continue de vendre des armes à Israël et on continue de vendre des armes aux plus puissants. Et on continue au fond à faire souffrir au bout du compte, des femmes de toutes les catégories sociales à l'échelle mondiale qui sont défavorisées. Et on risque de ne pas voir, de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Si on n’associe pas toujours essayer le défi de notre temps, faire en sorte qu’il y ait une dialectique qui fasse que les grands enjeux Communs Oblitèrent pas les histoires relatives Des Communautés, des catégories qui forment ce commun, mais que la prise de conscience de ses ramifications là n’empêche pas les luttes communes. Et c’est laissé pour conduire. Vous voyez que quand Harris, qui passe pour une extrémiste parce qu’elle est femme, elle est noire, elle est bon autochtone, et ainsi de suite, si on veut, il faut fouiller loin. Bon, en même temps, elle en dit très peu sur les travailleurs. Elle veut faire plafonner les prix. Elle a un rapport plus au consommateur, mais elle a pas un rapport à la production, au travail. Elle est en plein dans le capitalisme de plus en plus libéral, néolibéral, voire ultra libéral.
David Dufresne
Un raid vient d’arriver : c’est un peu comme si t’arrêtais en cours et tu disais à ton amphi Allez à côté, il y a Jacques Rancière qui vient d’arriver. Bon bah là c’est la même chose Donc on est avec Alain Deneault, philosophe pour son livre qui sort ces jours ci l’engagement politique à l'ère de l’inouï, l’inouï étant la dévastation de la terre par tout ce que l’on sait de la pollution Alors juste sur ce point, parce que c’est quelque chose qui à mon avis va intéresser beaucoup de monde et qui va sans doute en chagriner certains. Page 90 Dans cette culture politique, celle que tu viens de décrire, la question du qui domine fatalement, celle du quoi ? Et là, tu es donc, par exemple qui ? Au bas de la phrase, il ne reste qu'à identifier qui parle pour solder platement les comptes de la conversation. Ainsi l’emporte dans une gauche sociétale exacerbée des réflexes d’extrême droite. Réduire l’autre à quelques caractéristiques fondamentales. Blanc homme occidental vieux, sans aucune chance de rémission de sa part, l’instrumentaliser par des tartuffes ou embrasser par des fanatiques. La théorie de l’intersectionnalité ainsi dopée fournit en toute heure le trousseau de clés fétiches, donnant l’impression de savoir déculotter tous dominants potentiels. Pourquoi je m’arrête là dessus ? Parce que quelqu’un est venu dire à peu près la même chose il y a quelques jours sur À ta place, sur ce Mannoni, le traducteur d’Adolf Hitler et qui s’intéresse à la syntaxe et à la grammaire actuelle, et comment l’extrême droite ronge nôtre notre imaginaire, Il était opposé à l’intersectionnalité, ça nous a valu Au poste des critiques en disant c’est dommage, c’est des gens bien, mais ils ne comprennent pas qu’il suffit d'être, qu’il ne suffit pas d'être antifasciste pour être antiraciste.
Ces questions là d’intersectionnalité sont prépondérantes dans mes cours au campus de Shippagan de l’Université de Moncton où j’enseigne l’intersectionnalité. Oui, c’est extrêmement important, surtout par exemple par rapport à l'écologie. On remarque que chez Yann par exemple, ou Catherine Larrère, on écrit des livres importants sur les inégalités environnementales et. Et bien entendu que cette approche intersectionnelle est éminente. Simplement, je m’intéresse aussi à Ce que j’ai fini par dire, c’est que la radicalité exige l’exactitude au fond puisque penser c’est comparer, et là, y a rien d’inouï Je ne peux pas m’empêcher de penser aux dérives qui ont marqué le marxisme dans les années 70 on peut faire les mêmes critiques. On pouvait être marxiste et dire arrêtez de déconner parce que c’est pas vrai que si tu éternues, tu es bourgeois. Ce n’est pas vrai que si t’aimes une femme, tu es bourgeois Et là, ça devenait n’importe quoi. Ça devenait en fait une sorte de fanatisme ou une sorte de ce que j’appelle de la tartufferie, c’est à dire qui soyons, on va dire autocritique, et je peux même dire être passé par là parce qu’on va dire c’est voilà, moi je suis antiraciste, mais c’est l’Afrique. J’ai donné des leçons à tout le monde et ça peut devenir pour l’occasion à la Foucault d’un petit pouvoir horizontal et mobilisant nos propres critiques. Parce que la critique, c’est d’abord l’auto critique. Et ça, c’est Horkheimer qui en parle. Être critique, qu’est ce que c’est ? C’est toujours affirmer en doutant. Je reprends la phrase de Jacques Rigaud que cite Roland Barthes dans Les Essais Critiques Et même lorsque j’affirme J’interroge encore et même lorsque j’affirme, j’interroge encore C’est ça la critique. Ce n’est jamais tout à fait sûr de son coup et parce qu’on n’est pas sûr, on avance. Et c’est parce qu’on n’est pas sûr qu’on continue d’affirmer, mais dans l’ajustement permanent, dans la recherche d’adéquation, et c’est là dedans que je suis, donc c’est de dire Oui, absolument. Je n’ai encore vu personne dire que Ternisien qui a écrit un livre féministe quand il a écrit Que faire ? Mais ça me paraissait évident, il fallait le dire. Mais c’est grâce à ces grilles là L’intersectionnalité, le féminisme Et ainsi de suite qu’on peut le lire est t aussi un monde Ma conclusion est de dire qu’est ce que ces concepts là ont un potentiel fédérateur. Par exemple, moi je me félicite du féminisme À chaque jour, étant donné la façon qui m’a permis de vivre. Mais je vais être un peu personne là, même ma paternité parce que s’il n’y avait pas eu le féminisme, je serais sans doute engoncé dans un rôle un peu froid, un peu distant. Je verrais en ma fille la voir pas parce que je serais. J’attendrais qu’elle soit un peu vieille pour m’occuper de son éducation et peut être de son mariage Même grâce au féminisme, les hommes vivent un rapport avec leur enfant formidable. Même chose pour l’anti impérialisme. C’est une perte que les gens de Port au Prince ou de Kinshasa ne puissent pas avoir des conditions de vie suffisantes pour produire des artistes, des scientifiques, des politiques et des gens tout simplement, qui apportent à l’humanité. L’Humanité souffre que Port au Prince et Kinshasa vivent des problèmes matériels graves étant donné le colonialisme et du moment qu’on tourne les choses ainsi, on crée cette espèce de connexion entre le commun le sociétal Les ramifications Et c’est cette digue. J’en appelle à cette dialectique là. Et qu’on ne se méprenne pas, il s’agit simplement de craindre que des dérives comme dans Les années 70 avec le marxisme Ça a été fatal Comme dans ces années là Que les mouvements subversifs au fond, fournissent les repoussoirs Dont a besoin l’extrême droite pour croître Et ça, on peut dire qu’on l’a observé si on reste dans cette espèce de vigilance autocritique
David Dufresne
J’aimerais tellement continuer cette conversation avec toi. Mais il faut revenir, il faut revenir aux livres. Alors que faire, dis tu ? Page 139 ? Alors je m'étais pas rendu compte que c'était repris en quatrième de couverture. J'étais hyper content. Je veux dire, dans cette phrase elle, elle est géniale. Je pense qu’il l’a oublié dans l'éditeur. Elle n’a pas oublié, elle est géniale. Alors que faire ? Demandes-tu. Faire mal. Mal faire les choses. Ne pas suivre les conseils officiels. Alors là, perso, l’anarchiste qui est en toi, est ce que je me trompe ? Le Libertaire Est ce que je me trompe ? On sent que tu nous dis, Feher si c’est s’opposer et s’opposer réellement, puisque l'écologie politique dont on parlait tout à l’heure, pour l’instant, c’est de l’accommodement, c’est pas ça. Il faut, il faut, il faut, il faut aller plus loin que ça, faire mal, mal faire des choses, ça veut dire quoi ? T’as pas mal fait des choses, là.
Deneault Alain
C’est en lien avec la médiocratie qui est un régime qui consiste à nous rendre moyens. C’est difficile à être médiocre. La médiocrité, ce n’est pas l’infériorité, ce n’est pas l’incompétence, la bêtise, la médiocrité, c’est ça, c’est faire une bonne émission à TF1 Mais c’est du boulot. Faire une mauvaise émission à TF1. Il y a celui qui s’occupe des éclairages, il travaille dur pour faire la mauvaise émission et le concepteur et les recherchistes. Mais tout le monde, c’est-à-dire à la fin de la journée, c’est dit. Ouf, j’ai bossé, j’ai mérité ma paie. Et c’est vrai dans le sens où on a travaillé dur et donc être médiocre, c’est exigeant, mais être médiocre, c’est aussi prescripteur. C’est à dire qu’il y a des choses qu’on ne fait pas, on se met pas à filmer d’une manière spécifique une personne par rapport à une autre, on se met pas à penser un décor qui ne soit pas clinquant, il faut rester au fond dans des paramètres extrêmement serrés. C’est ça la médiocrité. Et faire mal, au fond, c’est ne pas faire comme ce que la médiocratie prescrit, c’est à dire juste obéir à des règles souvent tacites, souvent tacites. Parce qu’effectivement on va essayer de vendre un piano à quelqu’un qui ne sait pas jouer, mais qui a des problèmes de démence parce qu’il a 75 ans et qu’il n’y a pas pris ses médicaments ce jour-là on va essayer. C’est assez de tout ça. On ne le dira pas, ça sera pas dans un formulaire. On parle de responsabilité sociale des entreprises et tout, du baratin. Et donc l’idée malveillante. Et pourquoi mal faire ? Parce que de toute façon Il faudra se donner des Objets et ces objets là se poseront d'être créatifs et créatifs, précisément de ne Pas tout à fait savoir où on va mal faire, c’est aussi par faire et c’est faire faire, c’est par faire, c’est mal faire. C’est dans ce. Faire là qu’il peut y avoir un geste qui va dans le sens de ce qui est nécessaire historiquement. Lorsqu’on fera face à un impératif qui est la contraction de la géopolitique à l'échelle régionale. Et à ce moment-là, il faudra inventer des formes politiques nouvelles, anarchistes. Heu oui et non. C’est à dire que je présente aussi l’anarchie comme une sorte de seconde où on est dans un vide, mais y a pas plus structuré qu’un anarchiste. L’anarchie, c’est fait partie de ces termes que j’essaie quand même.
David Dufresne
D'éviter et c’est un passage que j’adore. Où tu expliques qu’on est dans l’anti gauche ? Oui.
Deneault Alain
On veut dire on est anarchiste, décroissant, autiste Anticapitaliste, insoumis ou même dire par exemple racisé. C’est se définir par rapport à ce qu’on essaie de soit bon et c’est correct veut dire oui, il y a un sens à cela et je ne suis pas en train de mettre ce mot à L’index. Mais cette approche là mène à coup sûr au ressentiment, parce qu’on laisse le pouvoir à l’autre de définir quelque chose et dans un deuxième temps, on s’inscrit en faux et on en reste là. En tout cas dans la sémantique, on sait. Moi je ne comprends pas comment on peut vouloir le pouvoir quand on est insoumis il y a quelques jours. Et je vois très bien aussi que ce terme là est aisément récupérable. Je veux dire pas cette fois-ci, mais en 2017. Marine Le Pen n’a aucune difficulté à se dire insoumise. On a qu'à ne pas être quelque chose à prétendre ne pas l'être Alors qu’affirmer quelque chose de spécifique est beaucoup plus structurant. Mais il y a quelque chose là, qui est effectivement…
David Dufresne
C’est-à-dire être une proposition plutôt qu’une la Bio région, le socialisme à une époque
Deneault Alain
C'était dire quelque chose et le communisme aussi à certaines époques, il y a des moments pour dire les choses, mais effectivement on disait quelque chose. Mais là, quand on est dans. L’opposition. Ou quand on se définit, on s’inscrit en faux par rapport à quelque chose que quelqu’un d’autre définit. On est quand même dans une position de subordination quand même.
David Dufresne
Et donc le léninisme, c’est quoi ?
Deneault Alain
Et au fond, j’aime bien, moi l’auteur qui a pensé l’anarchie qui m’intéresse le plus, ça reste encore Jacques Rancière. Parce que dans La haine de la démocratie, il montre effectivement qu’il y a une sorte de dialectique, une nécessaire dialectique entre l’anarchie politique et le rapport à un pouvoir institué. Par définition, l’anarchie ne peut pas exister sans l’archi. Il passe à Larqué et aussi nécessairement quand elle s’organise, elle crée des assemblées, des tribunaux, des excommunications. C’est vrai, il y a une structure, il y a de toute façon une autorité. Nous sommes des animaux sociaux et donc forcément, nous nous organisons par rapport à des règles et nous faisons valant une autorité. D’où toutes les questions relevant du Café de Lénine, parce que c’est de ça qu’il est question. Comment s’organise-t-on ? Oui, vivre le moment de l’apnée suppose de passer à quelque chose d’autre, mais tout de suite le créer parce que sinon on sera dans un vide permanent, ça n’a aucun sens. Il faudra au moins minimalement s’organiser, ne serait-ce que pour penser la démocratie directe. Elle s’organise aussi, et Peut être pas comme ça, spontanément on va dire ce n’est pas vrai, mais il faut quand même un cadre, des règles, une bonne entente et une surveillance. Parce que si on se dit voilà, chacun prend deux sacs de patates, il y en a un. Qui en prend quatre. Qu’est ce qu’on fait ? Bon, je dis les bons. Et c’est là où il y a, il y a un passage à la politique. Qui est nécessaire et qui suppose de la structure. Oui, une rigueur et peut être une autorité. Mais l’important de l’autorité, c’est qu’on y adhère.
David Dufresne
Tu as fait ce que Jacques Rancière avait dit Au poste puisque Jacques Rancière était venu ici, il avait dit on met un peu de trouble dans l’ordre dominant. Eh bien déjà, péter le micro, c’est une bonne base.
Deneault Alain
Je ne l’ai pas encore piétinée.
David Dufresne
Non, bien sûr. Et donc justement, là, on arrive à ta proposition, qui n’est pas ton idée au départ, que tu expliques d’où vient ce concept de bio région. En quelques mots donc, c’est la troisième partie du livre. La bio région, tu la résumerais à quoi si ce n’est pas le terroir, dis tu, mais c’est l’engagement sur son territoire.
Deneault Alain
Oui, c’est beaucoup de choses, c’est difficile. Je suis content qu’on y arrive dans cet ordre là. Parce que si on avait commencé en disant bon, on vous dit, c’est quoi la bio région ? Il faudrait des préalables parce que il s’agit surtout pas de gadget et encore moins d’une option électorale où nous aurions en quelque sorte là une option. La bio région, ce n’est pas encore une option au sens où dans le restaurant électoral, on peut se demander ce qu’on va nous servir pendant quatre ans en disant voilà, je suis plus ceci, je suis plus cela.
David Dufresne
Voilà cette expression de la carte du restaurant électoral, elle est de toi. Oui, elle est géniale à l’usage. La carte du restaurant électoral. Là, ce soir, c’est le fast-food. Plutôt du poulet frit du Kentucky, comme on dit au Québec ou dans l’air qui vient.
Deneault Alain
Il faut savoir que quand qu’on commande, on en a pour quatre ans. Oui, c’est la même chose. C’est ça Pour être Averti. Mais en fait c’est pas c’est pas ça, c’est pas de cet ordre là. Il n’y aura pas un parti bio régional qui œuvre comme ça Étonnant, C’est qu’il faut Voir la bio région comme une réponse escomptée à un impératif historique et on ne comprend pas que ça, on passe à côté. L’impératif historique en quoi consiste-t-il ? En la contraction imposée par la force des choses, de la géopolitique, passant de la mondialisation à la région ? Et ce sera soudain ? Vous voulez un exemple ? Regardez ce qui se passe dans les côtes espagnoles dans la région de Valence. On en a une bio région,
David Dufresne
Barcelone cette nuit …
Deneault Alain
Pourquoi à Valence, on était tellement outrés de la prise de la visite spectaculaire marchande Incroyable ! Mais aussi et surtout, il ne faudrait pas passer à côté du Premier ministre Pedro Sanchez. C’est parce qu’on nous a abandonnés. Même quand on crève, vous nous laissez à nous mêmes, donc nous sommes laissés à nous mêmes. Donc nous avons intérêt à nous organiser parce que même quand on crève. Il n’y a personne qui vient, hein ? Et donc il y a. Et ça, ce sera le lot des communautés de plus en plus précitées. Un autre exemple qui est ici, qui est au Québec, à Clove, ça a été la même chose, il y a eu des incendies de forêt. Le premier ministre du Québec a dit. Je concède que l’eau va aux flammes cramer. On vous donne la directive de vous en aller. Mais il y a des gens qui ont dit non, non, pas nous. Et ils se sont organisés en mode autonome pour faire face au feu. Ils l’ont vaincu et de manière hypocrite. Le gouvernement leur a donné une médaille. Après, ils avaient d’abord Cramé. Et ça, ça sera légion parce qu’il y aura de plus en plus d’incendies de forêts, Il y aura plus en plus de Tempêtes météorologiques, il y aura de plus en plus de phénomènes d'érosion, des canicules Meurtrières, des sécheresses et ainsi de suite les États en ont plein les bras. Bon, c’est une sorte d'évidence annoncée.
David Dufresne
Bio, justement, est ce que moi, je vais t’aider ? Il faudra répondre à la question de Fulmar. N’est ce pas un concept qui peut facilement être repris par la droite terroir notamment ?
Deneault Alain
Oui, mais j’en parle aussi.
David Dufresne
Tu en parles. Mais est ce que page 170 pour t’aider l'élan qui porte, si tant est que l'élan qui porte le bio régionalisme provient du mouvement de route du retour à la terre des années 60, du municipalisme libertaire à la moribonde Chine et de l’autonomisme politique de type sécessionniste. Et là, c’est très. Et pourquoi je pense à ça maintenant ? Parce que je viens de parler de Valence et c’est vrai qu’il y a quelques scènes où tu te dis là on n’est pas loin de la sécession.
Deneault Alain
Mais c’est le pouvoir central qui fait sécession, en plus des mouvements indépendantistes justement. Et c’est là où il y a une inversion, et je parle plutôt d’une situation de déréliction où là, d’une manière générale et commune, on sent qu’on est abandonné. La notion de déréliction a été empruntée à la théologie. On sait que c’est quand on se sent abandonné par Dieu. Mais comme on est au régime de l'État providence qui est une sorte de religiosité laïque. Mais là, on se sent complètement abandonné, on se découvre les siennes. Mais c’est aussi vrai pour les chaînes d’approvisionnement à Paris, on ne s’en rend pas trop compte, mais quand on est éloigné des grands centres, on voit bien que l’approvisionnement ne se fait pas nécessairement de manière aussi fiable que jadis. Mais les magasins sont encore pleins de biens de consommation. Mais on voit bien néanmoins qu’il y a des bris et depuis cinq ans, on sait pourquoi. C’est de plus en plus fréquent et ce sera de plus en plus fréquent. Où on comprendra qu’il faut bien, là où on en est à prendre conscience de la réalité territoriale qui est la sienne et s’enquérir de la réalité des bassins versants, du climat, de la faune, la flore. Parce qu’on sera dépendant de ce Territoire là à moyen terme, on va le comprendre. Et la bio région, qu’est ce que c’est ? Un projet qui se veut précis ? Solidaire, juste, démocratique, écologique, pour prévenir des velléités de type autoritaire, violente et raciste et nostalgique. Il s’agit au fond d’un mouvement d’avant-garde. C’est à dire quand il sera clair pour le commun que ça va mal, comme à Valence, il faudra que des gens soient prêts intellectuellement à parler et à agir pour qu’on ne laisse pas aux fonds dominés par ces petits chefs violents qui pullulent en situation de panique. Et le terreau est fertile pour ce type de domination. Il faut aussi comprendre que tout d’un coup, si on est dans un coin de terre qui doit apprendre à s’auto suffire. Pratiquement, en tout cas en partie, en partie à tout le moins, il est peut être bon d’avoir en son sein des gens qui ont continué de vivre tout ce temps là sans le capitalisme. Des Haïtiens, des Africains, des gens d’ailleurs qui même s’ils ne connaissent pas ce climat là et cette terre en particulier, savent s’y prendre et ont beaucoup à nous apprendre.On est là, je pense, à titre formidable du livre d’Anne Cécile Robert, l’Afrique au secours de l’Occident, l’Afrique est au secours de l’Occident. On fait des tontines. Voilà comment on répartit, voilà comment on cultive, voilà comment on s’organise on comment on règle les différents. Ce sera un des modèles, de la même manière que les Autochtones chez nous seront un modèle. Pourquoi ? Quant à ce qu’on sait de leur mode de vie traditionnel. Parce qu’il faudra en partie réapprendre à s’organiser lorsque nous serons laissés à nous mêmes et nous le serons, nous le serons. Et la notion de biologique, elle est en quelque sorte immunitaire. Et quand j’en parle, j’estime m’adresser à mes contemporains. Quand un temps qui n’est pas encore tout à fait contemporain, il n’y a pas de bio Région dans le monde. Il y a eu quelques expériences en Californie qui sont intéressantes. Mais il n’y a pas encore de bio région. La bio région suppose ce contexte historique là, mais pour qu’elle advienne, il faut d’ores et déjà la penser sans en faire un objet.
David Dufresne
S’engager ainsi sur son territoire, page 155 Écriture, c’est résister aux forces du capital qui souhaitent exploiter ce qu’il en reste. C’est bloquer l’accès au trust de agro-industrie que le soumettent aux logiques de l’exploitation intensive et de la monoculture. C’est gêner les forces policières d'État à leur solde, c’est entraver l’accès aux sites que convoitent les propriétaires de foreuses aspirant au sous-sol.
Deneault Alain
Oui, c’est la bio région. Non seulement est- elle nécessaire mais c' est une réponse à une situation impérative. Mais elle est agonistique, c’est-à-dire qu’elle et elle s’inscrit dans un combat. Et c’est là où j’essaierai de poursuivre la réflexion bio régionale qui a été entamée par les auteurs publiés par Wild Project, la maison d'édition qui a le mieux servi ce concept.C’est l’idée, c’est de voir un appui aux régions, le dessein par lequel mobiliser des citoyennes et des citoyens face à des menaces que représentent les foreuses voir l’industrie minière, l’industrie pétrolière, la monoculture dans l’agro Industrie, ainsi de suite. Et ce n’est pas seulement être contre, j’y reviens pas seulement être anti à des ex. Et quel que soit le préfixe devant quelque chose à quoi on s’oppose. Mais se battre par rapport à un dessein plus grand, une perspective, une volonté. Et je crois que les énergies seront mieux Mobilisées en disant mais là vous empiéter sur notre pays ou régions, et désormais nous en sommes dépendants parce que ce n’est pas vrai qu’on aura toujours des bananes et des ananas et je ne sais quoi du supermarché qui ont voyagé des milliers de kilomètres pour être chez nous. Il y a un moment où on sera en grande partie autonome. Et si vous foutez n’importe quoi dans notre terre ou si vous la mettez sans dessus dessous, si vous la creusez, vous pouvez la brasser, vous allez la couper à blanc. Eh bien vous nous détruisez, nous, parce que cette terre là, c’est nous. Et là on va comprendre que la terre devient une sorte de sujet consubstantiel, faisant état en lien à sa personne, et qu’on y est lié en tous les cas, et qu’on la comprend et qu’on la connaît. Les Occidentaux ne comprennent pas ça que quand vous allez dans les Andes et vous dynamiter comme ça une montagne parce qu’il y aurait quelque chose à creuser dedans que vous terrorisiez les gens, que vous les aimez eux mêmes. Bon, bien oui, on reviendra à ce rapport où l'émotion est dans la terre. L'émotion est dans le climat, le climat, l’atmosphère, tous ces mots là, ce sont des mots aussi psychologiques pour le climat, l’atmosphère. Et pourquoi ? C’est parce qu’ils sont porteurs d’une émotion aussi. Et nous reconnaîtrons cette émotion dans d’autres lieux, parce que ce sera la Seule chose que nous avons.
David Dufresne
Mais la région commence Où, quand commence-t-elle ? Comment faire ? Que faire, Monsieur ?
Deneault Alain
Avec la question de la frontière, la bio régionale est sciemment floue mais floue ne veut pas dire inexistante. Mais parce qu’une frontière est floue de toute façon. Sortons de ces paramètres géopolitiques à l’occidentale ou d’une manière arbitraire. On met une ligne ici et là. L’Espagne commence ici c’est la France..
David Dufresne
Car c’est d’autant plus vrai en Amérique du Nord où les États sont découpés.
Deneault Alain
Où en Afrique. Que dire du Togo, du Bénin qui sont séparés de manière tout à fait arbitraire. Bien sûr, il y a des connards sur une carte, Ils ont décidé de mettre une ligne parce qu’ils se partagent le gâteau comme disait Léopold II. Bon mélange bien sûr les moments, mais c’est l’esprit bon les biens en fait l’idée de la frontière.
David Dufresne
Et là ça commence. La religion, c'était ça comment pour te ramener ?
Deneault Alain
Oui, c’est la question de la frontière. En fait, ils s’observent. Au lieu de d’abord tracer cette carte. Dans l’optique bi régionale, le. La géopolitique qui est en cause suppose que le préfixe géo soit aussi important que la racine politique. Ce n’est pas de la politique sur la géographie, c’est de la politique dans la géographie et de la politique à même les dynamiques territoriales ce qui inclut aussi les bassins Versants, la faune, la flore, les poches climatiques et toute une série de contraintes qui fait que, au fond. On marche, on connaît ses frontières. Il y a un cours d’eau, il y a une chaîne de montagnes ici, un plateau. C’est ça. Une bio région, c’est un découpage qui se fait à même le vivant et le sol. Et là, on comprend que par rapport à ce que l’on fait, le territoire peut un petit peu varier, un peu à la manière d’un accordéon. Mais on sait que quand on est dans la région de Lille, en même temps, on n’est pas à Marseille, à un moment donné, il y a des coupures. On n’a pas besoin d’une carte pour s’en convaincre. Mais on comprend que si on crée un commun autour d’un four à pain qui est Mettons, partagé, bon, eh bien on sait qu’il dessert un rayon de personnes. Si on pense par exemple au bois de chauffage, on peut penser à un rayon plus grand. Ça dépend de ce qui est en cause. Mais la bio région suppose quand même une organisation territoriale conséquente avec le lieu. Et ce qui est intéressant, c’est que quand on regarde.Ce que Andy Gold ou Arly a fait comme un grand artiste du Land art.C’est avec lui la ligne qu’il trace dans le territoire. Ce n’est pas la ligne du pourtour, c’est la ligne synergique et c’est la colonne vertébrale qui est en son centre. C’est cette ligne là qui l’intéresse. C’est la ligne qui fédère, c’est la ligne qui organise, c’est la ligne du cours d’eau, c’est l’axe qui structure un territoire. Elle est là La ligne bi régionale, elle n’est pas dans l’espace.Elle n’est pas dans les douanes, elle est dans la vie. On est dans la force vitale d’un lieu. Et c’est là qu’une ligne se trace autour de cette ligne là qu’on s’organise en sachant qu'à un moment donné il y a une territorialité qui s’annonce en tant qu’elle appartient à une dynamique autre. Et ça, on peut le faire en marchant. Et effectivement, la bio région va se développer de cette façon là si on est bio. Il y a une liste, ça se fera sur un mode démocratique, appelons le comme ça, faute de mieux et si on est taré, mais ça se fera sur un mode violent et ça on n’y peut rien. Mais tout ce qu’on peut faire, c’est essayer de jouer ces pièces le plus rapidement possible pour faire en sorte que le territoire fasse l’objet d’une politique du genre qui est une politique de partage avec les éléments vivants, comme Bruno Latour nous invite à le faire en intégrant le vivant dans la politique.
David Dufresne
Superman te demande la bio région, un combat pour la vie motivé par la survie au destruction capitalistique. Doit-on avoir un pied au-dessus du précipice pour tenter de s’extraire de l’extractivisme ?
Deneault Alain
Est ce là le dessin original, le projet original et peut être bientôt la réalité originale ? Par la force des choses, parce qu’on aura compris que le Darty n’est plus approvisionné et le monopole, le monopole et les étagères sont vides. Bon, ainsi de suite et on comprend que ça ne marche plus comme avant. Il y a une crise énergétique, puis une guerre. Et quoi encore ? La région deviendra ce que l’on chérit, ce que l’on soigne et le dessin bio régional nous aidera psychiquement à résister à des formes invasives comme la construction d’un aéroport, comme un projet minier, comme ah bon ? Et davantage comme maintenant ? On ne sait pas qu’on y résiste. Pas maintenant qu’il faut attendre ce jour là.Mais davantage quand à l’avenir. Parce que dès lors qu’on a un dessein, un concept, un principe, un objet aussi clair, aussi roboratif, aussi structurant, et bien notre détermination n’en sort que renforcée Et c’est pour Consolide ce rapport à la résistance que j’en traite.
David Dufresne
Alors le chat étant en effervescence, il y a qui disent on redécouvre le communalisme, d’autres qui parlent du régionalisme, d’autres qui disent qu’en fait, il est en train de nous installer des frontières tous les 20 kilomètres. Certains craignent la violence. Comment on se mêle.
Deneault Alain
Dans l’approche bi Régionale que je tends à développer maintenant, et c’est embryonnaire. Il y a évidemment une diplomatie inter bio régionale. On n’est pas tout seul sur sa planète. C’est ce qui distinguait peut-être l’extrême droite. Mais en fait, l’idée, c’est de partir des circuits courts. Oui, c’est l’idée, c’est de se dire non, c’est pas vrai qu’on va manger des amandes qui viennent de la Californie alors qu’il y a des feux, des incendies de forêt et il manque d’eau là bas. Bon, la logique veut qu’on occupe un territoire. Et Emile Durkheim nous dit que c’est dans ces moments là qu’on se suicide le moins. Alors c’est quand on occupe un territoire où notre présence fait sens, à une échelle aussi, où on peut. On ne va pas embrasser du regard en quelque sorte le lieu qu’on habite, mais ça ne veut pas dire qu’on a des douaniers partout. J’aime la phrase de Jean-Luc Godard qui dit j’aime les frontières, je n’aime pas les douaniers. Donc on peut Savoir qu’on passe d’un espace aux autres sur un plan simplement géographique. On comprend que là-bas, il y a une dynamique, il y a des bassins versants, il y a, il y a une terre particulière, il y a une faune particulière, une forêt et ainsi de suite. Et que là on est dans une plaine et c’est autre chose, c’est autre chose sur le plan du vivant, c’est autre chose sur le plan du territoire, c’est ça qu’on concède. C’est ça qu’on aime, qu’on comprend. Mais une fois qu’on a compris ça, les passages sont admissibles, ils sont même sous le sens. Il faut simplement comprendre que là, on sera ancré davantage dans son territoire, sur le plan de la production, sur le plan de l’appartenance, sur le plan du partage. Et ça, cela concerne aussi tout le vivant. Et on se souciera de la grenouille, on se souciera des oiseaux parce qu’ils sont nécessaires. Si vous faites un jardin, vous n’avez pas d’oiseaux, vous avez un problème, vous avez vous ou vous manquez d’abeilles ? Vous avez un problème ? Donc là, on se souciera des conditions du verbe faire qu’il appelle un subjonctif. Le qu’est. Qu’est ce qui change quand on dit que faire ou faire que c’est le que Parce que dans que faire ? C’est un pronom interrogatif qui appelle une réponse tout de suite c’est un complément d’objet direct Aller faire ceci, ceci, cela que faire ? Qu’est ce que c’est ? C’est une conjonction de subordination qui appelle un subjonctif vers une perspective per. Que la conjoncture permette le vivre, faire que et là le faire implique un très grand nombre d’acteurs, y compris Dans le genre animal Et le vivant le Végétal. Et la question du climat. Et bon, et là c’est ça qu’on pense, on pense ce que j’appelle dans un autre livre l'économie de la nature en particulier. Et donc c’est ça qu’on réfléchit évidemment que l’histoire permet la violence. C’est ce que Jacques Derrida a appelé la justice. Paradoxalement Le mal, évidemment que c’est possible. L’idée, c’est d’essayer de prévenir cela le plus possible. Je ne suis pas naïf, je sais très bien qu’il peut y avoir. Et c’est ce contre quoi je lutte à l’avance. J’essaie de nous prémunir contre ça, nous immuniser contre cela. En parlant de pays ou régions, en contre les tendances à la droitisation, au terroir. À la violence ou modalité rance, à la symbolique rétrograde. C’est ça qu’il s’agit de prévenir parce que c’est ça spontanément, qui risque de surgir en situation de panique et de détresse, il faut voir et venir proposer autre chose et être actif en cela.
David Dufresne
Les gens cherchent à comprendre est ce que le Chiapas est une région ?
Deneault Alain
On pourrait le penser en ces termes. Oui. Ils l'étudient en ces termes. Effectivement, tout à fait. c’est un bon exemple.
David Dufresne
Quand tu as abordé la question de Valence, s’est posée celle ci est ce que, en prenant l’exemple sur Valence, est ce que la bio région ne pourrait naître que lorsque la violence des limites mondialistes se manifeste ?
Deneault Alain
Je ne le souhaite pas mais j’admets que par les conversations qu’on a, par ce qu’on observe, par la façon dont on vote, par la façon dont les gens consomment, c’est difficile d’imaginer autrement. Mais il faut dire que moi, je viens d’un pays où je crois, je ne crois pas me tromper en disant que 80 % des gens vivent selon le modèle de la banlieue. La banlieue américaine, vous la voyez au cinéma, Elle est à peu près présentée de manière conforme au cinéma qu’elle ne l’est en réalité. Et là, vous avez au fond ces immenses cités pavillonnaires où aucune conscience politique spontanée ne peut naître, où tout est fait pour conditionner le sujet à consommer, travailler, travailler dur pour un salaire ou être partenaire sous la forme de la sous traitance d’une multinationale. S’endetter et consommer et considérer que la droite nous émancipe et le problème, pour l’immense majorité des gens qui vivent dans cette sociologie là et que l'émancipation passe par la droite, passe par la consommation, par la possession, par la distinction. Et quand vous avez 80 % des gens qui, au fond, s’organisent autour de grands centres commerciaux et se définissent par Rapport à leur consommation strictement, ils ne veulent rien entendre. Du reste, ils sont même hostiles à tout discours. On s’y perd. Il faudra une débâcle. Et il faudra savoir, non pas juger, mais savoir parler et se faire entendre le jour où il y aura de l'écoute et le jour où il y aura de l'écoute, ce sera le jour où les étals deviendront vides et où on comprendra dans sa chair le concept marxien de fétichisme de la marchandise. On comprendra tout ce temps là que non, les biens ne poussaient pas sur les étagères, mais qu’elle est produite dans un champ invisible à la conscience par un système qui lui-même était sûr, hypothéqué.
David Dufresne
Je ne sais pas comment c'était du temps du confinement du Covid au Québec, mais en France, dans les grandes villes, tout d’un coup, on a vu apparaître des fruits, des légumes de saison produits juste à côté et qui avaient du goût. Enfin, je veux dire, c'était le carrefour du coin, c’est à dire le vraiment le ou le Auchan. Tout d’un coup, c'était rabattu sur plus près, c'était bien meilleur. Et là, il y avait un espoir de bio régionalisme d’une certaine manière, mais qui va être balayé d’un coup. Pourquoi c’est balayé d’un coup ?
Deneault Alain
C’est une énorme occasion manquée. Il y avait des slogans chez nous, j’imagine. On les a entendus ici qui sévissait et qu’on souhaitait d’une part le retour à la normale, mais moi, la normale, je l'écris et l’apostrophe anormale. Bon, on voulait revenir à cette anomalie historique qui est la surconsommation et le productivisme. D’ailleurs, aujourd’hui, on n’a jamais autant pris l’avion de l’histoire. On a atteint des sommets on se rattrape privé pendant trois ans, Donc du coup, j’y ai droit maintenant et en double et en triple. Et il y avait aussi cette histoire que ça va aller au fond, on a tout fait pour nous faire croire qu’il y avait là une parenthèse plutôt qu’un moment de réflexion sur ce que j’ai appelé guerre vie. Son moment mis tout ça. Dire qu’il y avait là cette occasion de réfléchir à tout ce qu’on fait subir aux animaux, à la terre.
David Dufresne
Et pourquoi on n’a pas gagné là ?
Deneault Alain
Parce que le marketing est extrêmement puissant et que la parole publique, surtout en situation de crise, régnait de manière Cléricale, où là, tout d’un coup, les présidents, les premiers ministres, les ministres de la Santé, les Responsables de la santé publique parmi les hauts fonctionnaires Avaient une sorte de parole d'évangile et où vous aviez une réduction de la techno science. La science est devenue un oracle. La science ne se discutait plus, ne se posait alors que de n’importe qui a vécu un petit peu dans une université sait que les scientifiques débattent tout le temps. La science suppose de débattre, surtout quand on crée quelque chose de nouveau. Mais là, c'était la science comme un oracle. C'était la vérité. Et quiconque réfléchissait d’une manière un tantinet critique quant à cette vérité là se faisait ostraciser par l’extrême centre. Et donc cette machine propagandiste qui est l’extrême Centre, qui arrive à se hisser elle-même comme l’objet de sa propagande en se présentant comme rationnel, pondéré, équilibré. L’autre taré disait normal. Bon, voilà cette espèce d’idiot laisses d’autopromotion au stade de la neutralité, de la norme et du centre A Eu un ascendant sur les esprits De manière majoritaire ou de sorte qu’on a pu dire enfin ouais, c’est une parenthèse, c’est une guerre, c’est surtout pas quelque chose de social, c’est une guerre des militaires. On ne va surtout pas se salir la bouche en parlant de justice sociale et de service public.
David Dufresne
Tu as parlé d'écoute tout à l’heure ? Et justement PerplexeKaspar, nous demande : est ce que la première question, ce serait d'écouter et regarder comment les peuples autochtones font ou ont fait avant leur destruction ?
Deneault Alain
Tout à fait parce que c'était surtout chez nous C'était un peuple qui vivait de manière consubstantielle au territoire. Et moi j’ai fait un livre par ailleurs sur le Canada, mais qui vaut pratiquement pour l’Occident, à savoir que bon, un des problèmes que nous avons, en ayant intégré la dialectique qu’elle permet de proposer entre colonisateur et colonisé, c’est que nous avons perdu au fond de vue une tierce figure, une tierce figure qui est le colon. Et au fond le colon. Qu’est ce que c’est ? C’est celui qui n’habite pas son territoire, mais qui est au service de ceux qui l’exploitent. On paye pour une paire de tickets, un match de football du lendemain pour un petit avantage pour un petit pavillon en banlieue. Et au fond de nous, nous nous sommes inscrits sur le territoire nord américain et nous collons comme des gens qui n’habitent pas vraiment le lieu mais qui l’exploitent. Ils ont pour au fond Le destin ou mission de l’exploiter au profit de marchés extérieurs. Et donc Nous exploitons notre propre Territoire en le saccageant comme si c'était de cela qu’il s’agissait lorsqu’on habite un lieu d’où le concept central, la lubie originale qui consiste à ré habiter. Réapprendre à habiter une contraction, c’est réapprendre à habiter ou apprendre à habiter une première fois parce qu’on n’a jamais habité, On a exploité, on est arrivé là, il y avait la pelle, puis ensuite les céréales, puis les mines, puis le pétrole, puis l’eau. Et on a simplement appris à coloniser un lieu alors qu’on n’en n’a plus d’autres parce que le colon a fait souche, mais il a fait souche. On entend qu’il exploite un territoire qu’il ne considère jamais tout à fait le sien. Et même chez nous d’ailleurs, dans les villes surtout, l’hiver est quelque chose de scandaleux. On tasse la neige, il ne faut pas qu’il y en ait, il faut qu’on soit en concurrence avec les Californiens. il faut faire comme si il n’y avait pas de territoire. I
David Dufresne
On dit le balai des déneigeuses à Montréal. C’est quelque chose quand même ces camions toute la nuit.
Deneault Alain
Mais c’est une occasion pour réduire l’hiver, le refouler, quoi, Pour qu’on puisse fonctionner comme si on n’avait pas de climat, on nie la réalité le projet de vie qui consiste à réhabiliter. Et puis j’insisterai sur une Chose Pour dire que le projet bi régional et n’est pas hégélien, si je concluais là dessus, je pensais laisserait un petit peu perplexe, mais n’est pas écolier en ce sens où il ne s’agit pas d’absorber les formes politiques anciennes pour en créer une nouvelle absolue qui va s’imposer. Elle est une sorte de millefeuille des paliers politiques. Il s’agit de développer une strate autonome, une strate politique autonome qui nous apprend à résister contre celles supérieures et éloignées. Souvent, lorsqu’on est dans les régions périphériques qui ne voient le territoire que comme un site d’exploitation. Et trop créer ce palier politique là, informel mais tangible, est appelé à devenir souverain à sa manière, à peser dans le cours historique des choses pour tenir tête contre des pouvoirs extérieurs qui risqueraient de voir simplement spoiler. Les gens qui habitent en détruisant et saccageant le lieu.
David Dufresne
Et cette question de palier politique, elle est posée par quel mystère dans le dans le tchat qui dit il reste la nécessité d’un. Ne reste t il pas la nécessité d’un pouvoir de haut niveau pour organiser ses buts régionaux, pour éviter justement les dérives comme l’oppression d’une population par une autre ? C’est à dire est ce que il faut opposer les régions aux états, aux états nations, aux multinationales ? Qui dit qui régule comme on le sait le monde ? Comment on fait le mieux ?
Deneault Alain
Résister va déjà apparaître dans une situation de déréliction où les services publics manquent, où même quand on crève, on ne voit pas la trace d’un secours et ainsi de suite. Il y a une situation, des aléas, mais aussi du point de vue de la chaîne d’approvisionnement. Quand les magasins sont vides ou ils tendent à le devenir ou le sont épisodiquement. Donc à ce moment là, oui, il y a, je pense, il y a un élément déclencheur si on est un peu réaliste et on comprend un peu les mutations historiques qui nous amènera à bien s’organiser entre ceux qui sont là, même le voisin que tu ne peux pas piffer, tu lui parles un petit peu parce qu’on va se découvrez interdépendants. Ça peut créer des nouveaux liens, peut-être d’hostilité malheureusement, mais aussi d’entraide. On peut souhaiter et il risque fort, dans une perspective de voir les pouvoirs extérieurs privés ou publics, apparaître sous une forme intrusive. On vient chercher ceci, on prend fait main basse sur cela. Et à ce moment-là, il faudra apprendre à défendre l’intégrité, la bio région, parce qu’il risque d’y avoir des rapports ainsi. Mais peut être pourra t’il y avoir aussi une forme de collaboration. On dira du moment que l'État abdique sur sa mission sociale parce qu’il n’y en a plus les moyens ou la volonté. Bien il pourra y avoir peut être aussi des rapports diplomatiques, mais ça se fera sur la base d’une autonomie bi régionale. L’important étant d’abord et avant tout d’en avoir en tête le principe et le concept.
David Dufresne
Excrétion critique. Est ce que tu ne redécouvres pas la pensée des années 60 qui disait penser global, agir local ?
Deneault Alain
oui, c’est ça. Mais ce qui m’intéresse, c’est le caractère impératif de la chose. C’est ça et pas simplement le caractère optionnel ou romantique. Il n’y aura pas de Romantisme, on s’entend. On va passer un sale quart d’heure universel, il n’y aura pas de romantisme, ça sera dur, mais nous serons plus forts si nous avons en tête les modalités D’organisation Potentielles que si nous ne les avons pas, parce que si nous ne les avons pas à coup sûr, c’est la panique. C’est la loi du plus fort et c’est le règne du conflit. Et j’essaie par ce travail là, avec plein d’autres, de nous immuniser politiquement pour ce moment au travers de ces crises ?
David Dufresne
Alors là, il y a des questions en rafales. On n’est pas des hippies ici, on dirait plutôt des punks. Mais si je te suis bien, on passe d’une utopie comme ça, qui serait plutôt hippie, plutôt faite quant à une réalité réelle.
Deneault Alain
Impérieuse, oui, mais je ne veux pas me moquer pour autant. Ces expériences dans les années 70, avant-gardistes, sans elles, on en viendrait peut être pas à ces réflexions là, mais nous les vivons sous Un jour dramatique, c’est ça ? C'était marrant de dire qu’il est interdit d’interdire dans les années 60. Aujourd’hui, quand on regarde, c’est la devise des paradis fiscaux, on rit un peu moins. Bon, il y a, on voit qu’on les a juste vues. C’est un exemple qui n’est pas tout à fait analogue à ce que j’essaie d’exposer. On voit que les choses dans l’histoire peuvent revenir. Mais contrairement à ce que disait Marx, c’est pas nécessairement sous La forme de la comédie. On peut commencer par la comédie, puis finir par la tragédie et en l’occurrence, on serait dans une reprise comme ça dans l’histoire où tout se passe sous un jour franchement autre.
David Dufresne
Alors je prends encore d’autres questions si t’as le temps. Valeur anarchie, ce que je salue. Qui est l’homme qui a fait ce néon ? Malheureusement, le néon est en folie depuis hier.. Il te demande, Valeurs Anarchistes, Bruno de son prénom. Quelle est la différence entre la bio région et le municipalisme libertaire ? Je ne sais jamais comment on dit Bookchin.
Deneault Alain
Tu sais, ce n’est pas étranger l’un à l’autre. Un bouquin était un peu critique de dérive bio régionale. Qu’est ce que tu racontes dans ton livre ? Parce qu’il craignait une sorte de Créon confère à la nature. Une sorte de pouvoir autoritaire sur nous. Et qu’on ait qu’on fasse ce que fait que Patrick Sels, malheureusement, c’est-à-dire faire de Gaïa une sorte de figure religieuse, affective, pour qui on installe un autel, y compris, et c’est tout, ça l’inquiétait beaucoup. Et aussi je reviendrai surtout sur le caractère arbitraire du municipalisme et la municipalité, elle n’a pas été pensée en fonction des dynamiques écologiques et territoriales. Elle est aussi arbitraire. Et Alain, celui qui a élaboré cette notion de Dieu en 1975, le premier à qui on la doit surtout insister sur le caractère arbitraire de la géopolitique contre laquelle il s’agissait de. S’inscrire en faux. Le Municipalisme aussi est une entité qui peut être fragile dans les différentes législations. Par exemple, il y a aujourd’hui ici la municipalité qui est confisquée par les grands partis. Moi je trouve ça absolument formidable comme étranger. Quand je débarque ici, un parti, par exemple, a des maires, des députés, des ministres, un président, puis des gens en Europe. C’est truster les postes municipaux. Et le plus fou ensuite, c’est quand les gens votent aux municipales et ils sont fâchés contre le gouvernement. Eh bien ils débarquent leur maire parce qu’ils savent que ça va avoir un effet sur le parti au pouvoir à Paris. C’est complètement dingue. Donc là, on voit que la Municipalité fonctionne très mal. Il faut être pour voir se lever de bonne heure aussi de renverser un tel système alors que chez nous il n’y a pas ça.
David Dufresne
Il n’y a pas ça ?
Deneault Alain
Mais la municipalité n’a aucun fondement constitutionnel, elle est créée par le gouvernement dit provincial, l'équivalent des Lander en Allemagne si vous voulez. Et n’importe quand. Un gouvernement peut faire disparaître une ville et la gérer directement, elle n’a pas de pouvoir. Donc n’importe quand, si une municipalité vit un peu trop puissante, un peu trop gênante, le gouvernement peut dire cette prérogative là, tu ne l’as plus. Donc c’est une structure qui appartient déjà au pouvoir et qui nous a tellement déçus et qui est tellement à la solde des grandes souverainetés financières et industrielles que l’heure est venue de penser donc d’abord le territoire en fonction de ces dynamiques propres et ensuite des institutions ou des organisations ou des instances. Appelons-les, comme on veut, des assemblées qui sourdent de la population plutôt que de dépendre de structures coloniales en partie.
David Dufresne
Gersois, te demande Est ce que le Rojava kurde est Une tentative de bio région en finalité surtout l’aspect de la nature.
Deneault Alain
Le Rojava je ne connais pas. Je n’aurais rien de spécifique à en dire
David Dufresne
Morfulskamp que je salue, qui est un des musiciens d’Au poste Est ce que la densité de population n’est pas un obstacle pour retrouver un mode de vie tel que celui des autochtones dont on parlait ?
Deneault Alain
C’est une question qui se pose effectivement en France plus que chez nous. Est ce que le territoire est comme chez nous ? Et c’est une. C’est une question qui est éminente et qui renvoie au caractère singulier des bios. Il n’y a pas de bio région pour les nuls. Il n’y a pas de manuel. Il y a des principes. Il y a un paramétrage Savoir quand on s’inscrit dans le vivant. Le vivant a des droits politiques. Mais ces droits politiques ne se traduisent pas dans notre droit civil ou civique. Il faut le penser autrement. Il y a bon, il y a une des dynamiques propres aux espaces. Ainsi de suite. Mais il y a une façon toujours spécifique de la vivre. Je sais que même ici Yves Cochet, par exemple, ont pensé le projet bi régional à l'échelle de l’Ile de France, On en vient à une partie des gens qui vont quitter les villes. Ce sera plus viable. Ceux qui vont rester vont faire un peu d’agriculture urbaine. Il va rester aussi des terres autour, comme on peut imaginer le potentiel bio régional d’une vaste région qui serait l'Île de France. Là, on pense un petit peu la biologie à l’italienne où on inscrit rapports, villes, campagne encore bon. Il y a matière à penser, c’est un concept jeune et ce concept est jeune. Ce qui est intéressant, c’est que du moment qu’on comprend, c’est les paramètres qui lui confèrent sa rigueur. On pourrait dire n’importe quoi donne aussi lieu à beaucoup de créativité, de la souplesse.
David Dufresne
Je divulguache ?
Deneault Alain
Oui.
David Dufresne
Le livre, la dernière phrase Alors l’avenir est à nous. On a commencé il y a deux heures avec un constat accablant, avec du dynamisme tout de même pour en parler, pour ne pas être nous-mêmes accablés, et tu termines là dessus. L’avenir est à nous.
Deneault Alain
En fait, le livre se termine quand même sur un happy end.
David Dufresne
C’est le côté nord américain
Deneault Alain
Je ne pouvais pas. Non, en fait, ce n’est pas souvent le cas. J’aime bien habituellement les fins abruptes ? Oui et oui, absolument. Et là, par contre, c'était le constat que nous adressions et Annie Kergoat et moi même, à savoir que lorsque nous parlions de multinationales, les banques, les paradis fiscaux, les pétrolières, que c’est accablantes. Et moi, en faisant mon autocritique, je me suis dit étant donné que si les retours que j’avais étaient déprimés, c’est que je devais être déprimant. Et c’est à partir de là. Il y a eu une sorte de passage dans mon travail où je me suis intéressé à des concepts stimulants. J’ai fait une série de livres sur la notion d'économie. Je veux ne pas y revenir ici. Mais je suis convaincu que ce terme là est stimulant, structurant. Il est bon et il nous grandit. Le terme de bio région est bon, il est stimulant, il nous grandit et je travaille sur ces notions là Parce qu’il était nécessaire, après une décennie de capitalisme triomphant. Au moment de L’année 2000, de faire la Critique des banques, de faire la critique des multinationales, de faire la critique de ces ripoux à cravate.Oui, il fallait le faire, mais là, la cour est pleine Ce n’est pas une étude de plus. Un livre de plus un Une enquête accablante lue qui va nous convaincre. Si on avait à l'être du caractère vicié du système en général, on comprend qu’il y a une industrie de l'évitement fiscal. On comprend que la loi est rédigée par des lobbyistes, on comprend le pouvoir des multinationales sur les États, on comprend la veulerie des politiques au sein des appareils Et ainsi de suite. Alors on peut, on peut continuer À le démontrer et à suivre qui ? Très bien et fort bien. Mais il arrive un moment où il faut passer à une autre étape. On me dit maintenant que faire ? Que faire ? Comment faire ? Que les choses s’agencent d’une manière féconde, structurée, stimulante ?
David Dufresne
Ultime question, Mon cher Alain, c’est une question rituelle d 'Au poste : Qu’avons nous fait pendant 2 h 15 ?
Deneault Alain
Oh, je ne l’attendais pas, Je n’ai jamais regardé une émission jusqu’au bout.
David Dufresne
Non mais m’attends Alors, qu’est ce que c’est ces invités ? C’est drôle, c’est trop long.
Deneault Alain
Et je ne sais comment s’appelle le déficit d’attention, mais c’est ça. Qu’avons nous fait c’est drôle, je devrais être un spécialiste de la question. Je ne devrais pas. Euh. Eh bien, je dirais " Sommet des concepts. On ne se doute pas à quel point nous sommes philosophes. Et Gramsci, des gens qui en parlaient. Nous sommes de piètres philosophes à la naissance, mais nous sommes philosophes quand même C’est une sorte de prédisposition. Nous sommes appelés à penser par concepts. Il n’y a personne qui s’est levé ce matin sans être mu par des concepts. C’est le concept qui fait agir. Or, c’est de justice de voir des Sujets De temps nous sommes travaillés à flux tendu par les concepts. Mais nous ne les soignons pas. Nous laissons des idéologues nous placer dans le ciboulot Éternel dont nous devrions nous méfier parce qu’ils nous font agir. Et le travail de la critique est toujours associé à une praxis. C’est de faire subir une halte à ces notions qu’on nous met dans le ciboulot pour les soigner, pour les parfaire, pour comprendre leur caractère idéologique, c’est à dire les intentions du pouvoir qui y sont contenus, et aussi pour élaborer des notions qui sont plus adéquates à ce que nous vivons. Pour quitter le régime de la fausse conscience. J’espère que c’est ce que nous avons fait depuis le début.
David Dufresne
Extraordinaire réponse.
Deneault Alain
Je n'étais pas prêt.
David Dufresne
Je n’y avais pas pensé. Écoute, c'était passionnant, c'était génial.
Deneault Alain
En dernière instance, lorsqu’on fait quelque chose sans savoir exactement si ça a porté ses fruits sur un plan politique. Mais au moins psychologiquement, on s’entraide et ce n’est pas rien.
David Dufresne
C’est ça je pense que c’est ce qui va se passer dans le chat. C’est à dire que plutôt que d'être, on va créer une région virtuelle d’esprit pour essayer de tenir le choc, merci, merci beaucoup Alain

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.