Ariane Lavrilleux, journaliste en garde-à-vue : « Comment en est-on arrivés là ? » #DGSI #SecretDesSources
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Je ne peux pas vous filmer. Attendez, j’ai filmé pour vous remercier. Mais d’abord, je prends mes affaires. Oh là là, j’en ai partout. Oh quel bazar ! Mais quel bazar ! Oh, ça va ! Oh ! Merci, monsieur. À bientôt. Bon courage, ça va, bonjour, c’est bien Reporters sans frontières. J’arrive, on est en direct.
Bonjour je suis de Reporters sans Frontières et soulagé comme les amis et les proches d’Ariane Lavrilleux, après des heures inquiétantes pour tous et éprouvante pour Ariane hier soir, il fallait voir place de la République quand le téléphone a sonné, que le nom d’Ariane était inscrit sur les téléphones. Voir le sourire de ses collègues, les yeux de ses amis. Je crois que tout le monde était particulièrement inquiet. Je vais laisser la parole dans cette conférence de presse à Matthias Salle qui est le rédacteur en chef et cofondateur de Disclose. Il reviendra sur le contexte dans lequel s’inscrit cette garde à vue. Les différents actes de procédure ont été posés contre Disclose dans le cadre des ans, par la suite des révélations qui ont été entreprises par la publication. Ariane, ensuite, reviendra sur les circonstances, le déroulement de cette garde à vue, la perquisition à son domicile et je crois que son témoignage est particulièrement saisissant de ce point de vue.
Toutes les organisations de journalistes, aux organisations internationales, aux rapporteurs de l’ONU. Et j’aurais un mot particulier pour les Égyptiens, les Égyptiennes qui sont des défenseurs des droits de l’homme qui, alors qu’ils sont eux mêmes qu’ils risquent eux mêmes leur vie en défendant les droits humains, ont pris le temps d’animer, d’appeler, de passer des coups de fil pour me soutenir, pour alerter la communauté internationale alors que eux mêmes risquent leur vie. Et donc ça me touche énormément. Ils se sont mobilisés pour moi. Merci aussi à l’organisation des femmes journalistes et mon collectif de journalistes indépendants à Marseille qui ont organisé le rassemblement devant l’hôtel de police où j'étais gardée à vue. Et leur petite manif sous les fenêtres m’a fait beaucoup de bien. Ça m’a permis de tenir. Et c’est pour ça que les manifestations, on se dit toujours ça n’a pas vraiment d’intérêt, c’est un truc un peu, euh voilà qui n’a pas beaucoup d’effet en fait, si, quand on est de l’autre côté, derrière les barreaux, c’est très important, ça nous aide à tenir. Parce que comme le disait Maria Rosa, une attaque contre l’une d’entre nous, c’est une attaque contre tous. Est ce qui m’est arrivé à moi peut vous arriver à vous demain. Alors je vais vous raconter ce qui s’est passé dans ma garde à vue, comment ça a commencé à 6 h 05 du matin, neuf agents de renseignement et des magistrats qui sont d’ordinaire en charge de la lutte antiterroriste, vous avez bien entendu parlé de la lutte antiterroriste.
Bonjour : je suis responsable Europe Ariane c’est un vrai bonheur. À côté des journalistes, je suis excellente, intègre et déterminée. On se tiendra à tes côtés durant cette prochaine bataille et on se battra pour une meilleure protection des sources des journalistes en France. De ma part aussi, un grand merci pour la mobilisation de la profession qui était à la hauteur de l’enjeu, c’est-à dire une menace grave au principe du secret des sources.
Tous les journalistes qui veulent prendre la parole peuvent me le dire et je vous passe le micro. Des questions ?
Bonjour, bonjour Ariane,
Non les ayant surprises Ils ont plaisanté sur le soutien dont je faisais l’objet. Moi j’avais connaissance uniquement des clap clap clap à la sortie de l’hôtel de police à Marseille, donc je me disais qu’il était bon, un petit quelque dix m. Je ne connaissais pas tout le soutien derrière, même si je pouvais l’imaginer. Donc oui, on plaisantait là dessus en herbe. Ah voilà, vous allez devenir célèbre. Voilà les choses comme ça, toujours, je pense, pour instaurer ce climat de sympathie. Voyez, on sert votre carrière, finalement.
I Bonjour, merci pour cette conférence de presse. J’ai vu passer dans une dépêche que les militaires avaient été arrêtés. Est ce que vous avez des éléments là dessus ? Est ce que vous craignez que votre source ait été découverte, identifiée Arrêtée ?
Comme je l’ai dit, le secret des sources, c’est la chose la plus absolue pour les journalistes. Donc surtout sur toutes ces questions là, j’invoque mon droit au silence et on verra par la suite. Mais pour toutes les questions judiciaires, faudra plutôt se tourner vers des salles. Et l’avocate Virginie Marquet, qui est dans. Qui est dans les parages ? Toujours calme.
Comment ils ont pu justifier le fait de vous arrêter vous et de pas mettre en examen ou devoir rendre compte avec le directeur de publication ou le média directement ?
Alors le problème, quand on est en garde à vue, on vous pose beaucoup de questions, mais on n’a pas le droit de poser de questions. J’ai beaucoup joué, j’ai essayé de poser des questions aussi. Loin de Paris, loin des grands médias. Et donc il y a potentiellement aussi une volonté de taper la journaliste qui a l’air la plus faible. Bah c’est raté. Mais en tout cas je pense que c'était ça joue aussi dans l'équation. Tous les journalistes qui prennent la parole pour se présenter et dire pour quel média ils travaillent, s’il vous plaît.
Vous aviez dit que les enquêteurs, au cours de la perquisition chez vous, vous avaient annoncé que vous étiez sous surveillance depuis plusieurs temps. Est-ce que vous avez un peu plus de précisions sur la nature de cette surveillance ou pas ? Vous savez à quoi vous avez eu affaire.
Je me souviens plus exactement des termes, mais je sais que j'étais placé sous surveillance. Donc, avec tous les moyens dont peut disposer un service de renseignement, on peut imaginer. Quelqu’un, enfin, voudrait prendre la parole.
En rendant le verdict d’amnistie ? Depuis combien de temps.
Est ce qu’ils ont précisé ? La réponse ? La réponse est non.
Bonjour j ai 40 ans, France-Culture. Vous parlez d’un détournement de la lutte anti-terroriste. Est ce que les magistrats qui se sont rendus à votre domicile ont précisé qu’ils étaient des magistrats en général dans la lutte antiterroriste ? Comment est-ce que vous vous identifiez à qualifier les policiers, les agents de la DG, si les magistrats. Auxquels vous avez eu affaire ?
Je leur ai posé la question et effectivement, ils n’ont pas infirmé qu’ils étaient chargés de la lutte antiterroriste. Et on sait que l’enquête qui a été ouverte était assez ouverte. Je n’ai pas les bons termes juridiques, mais elle a été ouverte sous l'égide du Parquet national anti terroriste, et tous les agents qui étaient là avaient un lien avec le service antiterroriste. La juge d’instruction qui est chargée de cette affaire a une identité protégée parce qu’elle travaille sur des affaires sensibles, sur des questions antiterroristes.
Rebonjour, du coup, je vous présente ma candidature historique aux médias. Je me permets. De vous poser la question est ce que vous allez faire des recours des Actes Juridiques, vous dans votre sens par rapport à la trahison du secret des sources ou encore le détournement. Du fait qui vous arrêtez vous et non pas le directeur de publication ?
C’est encore à ce stade un peu tôt pour le dire et préciser exactement la nature des recours qu’on va engager. Mais effectivement, on y réfléchit activement et il y a plusieurs pistes dans la réflexion qui concernent notamment le cadre. De la garde à vue, d’argent qui peut, qui peuvent concerner un certain nombre d’autres éléments. Mais à ce stade, c’est trop tôt. Nous aussi. Nous avons fait, entre autres en français, c’est-à dire inclure les délais d’attente. Pour ce qui est des sources, pour les auteurs de cette pétition. Est ce qu’il y a d’autres questions ?
Il ne faut pas interroger une question technique. Vous avez parlé du logiciel de cybersurveillance qui ne vous inspire pas ?Vous avez posé un refus à qui que ce soit. Est ce que ça parce que ça a été dit juste vos données sont sous scellés actuellement.
Pour expliquer ça, ils n’ont pas pu les prendre.Comment ça s’est passé ? Au moins trois ans. Trois informaticiens spécialisés de la DG ici qui avaient des ordinateurs, une foultitude de clés USB, de logiciels. Ils ont branché à mon ordinateur ou téléphone. Certains ne s’ouvraient pas facilement. Les logiciels ont permis de contourner certaines barrières. Et certains logiciels servaient à analyser les données, d’autres servaient à les copier. Les inspirés. Ils m’ont assuré qu’il ne gardait rien. Un des agents de la DG aussi a supprimé devant moi les dossiers qu’il avait copiés sur son ordinateur. Il les a mis dans la corbeille à corbeille. Ici, voilà tous les spécialistes ou pas, les spécialistes du tout en fait. Sauf que ce n’est pas du tout une suppression du tout, ce n’est pas une suppression. Quand on le met à la poubelle, le fichier existe toujours, il est retrouvable.
Est ce que pour vous c’est un enjeu politique ? Vous êtes en train de vivre aujourd’hui ce qui vous est arrivé ?
Est ce que c’est parce qu’il a y une question politique qui est soulevée ? Grande politique, la petite et la grande politique, mais politique nationale et internationale. Est ce que là on peut étonner, qui n’est pas plus. D’homme politique en France, qui soit venu au rassemblement.
Par exemple hier, place de la. République à Paris ? Ou est ce que. Vous pensez qu’il y aurait dû avoir une autre réaction. De la part des représentants. Politiques en France à partir d’un livre ?
On laissera peut-être plus parler Leila, Cara ou Mathias pour organiser les rassemblements et parce que j’ai eu quand même des soutiens politiques. Il y en a eu à Marseille, il y a eu des députés à Marseille, il y a eu des élus locaux à Marseille, à Paris, des Insoumis et d’Europe Écologie les Verts. Donc il y a eu quelques personnalités qui se sont exprimées. Je crois que Pierre Laurent également, mais c’est très insuffisant par rapport à l’enjeu. Encore une fois, ce n’est pas une petite question personnelle d’une journaliste, là, dans une garde à vue. Ce qui m’est arrivé à moi, ça peut nous arriver à tous. C’est-à-dire que si on ne protège pas les sources, c’est la fin du journalisme.
Si certains veulent des interviews avec Ariane ou des copains de RSF, n’hésitez pas, c’est le moment.
Donc voilà, j’espère que vous avez entendu. Donc là, en gros, ce qui va se passer, c’est que toutes les télés, toutes les radios vont poser exactement les mêmes questions, mais en étant seul pour faire comme si ce n’était pas une conférence de presse mais comme s’ils avaient eu une interview. C’est toujours le même procédé. Écoutez, on a cavalé, c'était pas du tout prévu cette conférence de presse, elle a été annoncée pendant notre live de ce matin. Et puis je me suis dit et je me suis dit il faut y aller. Et nous y voilà, je vous laisse. Je pense qu’Ariane, on peut la laisser tranquille et puis on l’invitera Au Poste dans quelques temps.
On va passer aux interviews.
Et nous sommes donc dans les locaux de Reporters sans frontières. Ils sont pas mal et du monde. Je vous rappelle que demain matin, on va aussi parler de justice et de police antiterroriste avec Audrey Chalot, l’avocate, Clotilde. Pardon, Camille, pardon, pardon, Camille. Qui a été inculpé dans ce qu’on appelle l’affaire du 8 décembre 2020 et où il est reproché à cette personne d’avoir été en contact avec Étienne qui est revenue du Rojava cataloguée d’ultra gauche. Et ce n’est pas grave, pendant que France 24 a pété notre antenne en même temps, ce n’est pas grave, c’est que maintenant ça va aller jusqu’au bout.
Bonjour, je veux dire un truc en direct. Repose. Toi dans mon fauteuil, mets-toi dans mon fauteuil. Toi, je fais comme toi T’as vu ?
Vous avez vu le reportage ? Ah non ! Dites moi, vous avez diffusé, vous êtes sur Complément d’enquête, le travail derrière et monter au créneau à fond sur Twitter, etc. Depuis 48 h 13. Alors voilà, c’est passé de moins en moins inédit, mais on est habitué aux convocations. Il y a plusieurs jours que j’ai été convoqué en tant que témoin, puis il y a eu un précédent il y a deux ans. Et là on se retrouve en garde à vue à la suite à une enquête. Ce n'était jamais arrivé dans l’histoire du complément quatre, donc c’est sûr que c'était important de défendre. Et là je ne sais pas si tu l’a entendue, sans doute comment elle a expliqué qu’elle était sous surveillance depuis plusieurs mois, qu’ils ont saisi et qu’ils ont copié ses fichiers en les mettant dans la corbeille pour faire croire qu’il les avait supprimés, qu’il allait pas dupliquer, etc. Est ce que vous, dans votre équipe, vous avez ce genre de trucs ?Est ce que vous prenez des, je ne te demande pas lesquels, mais des précautions particulières quand vous enquêter sur des trucs un peu chauds. Toujours là, en l’occurrence le LOL enquête d’Ariane et de dix douze. On avait fait particulièrement attention parce qu’on savait que c'était le secret défense potentielle et donc oui, à tous les rendez vous, ça faisait en physique. Par exemple, à titre personnel, moi je ne les ai jamais eus et vu intégralement, il y a eu des reproductions qui ont été mises à l’antenne. Pour le coup, Ariane est hyper sérieuse et. Elle a pris des précautions qu’on aurait peut être prendre sur chaque enquête, mais je pense qu’elle l’a pris plus de précaution que la moyenne. Bon, je vais glisser parce que je sentais que t’avais besoin d’y aller. Et puis j’ai joué sur le mot complément d’enquête en tout cas. Non, vraiment, c’est important. Parce que bien sûr, je trouve, j’imagine que ça a déjà été dit 150 fois, mais normalement les journalistes sont soumis à la liberté de la presse à l’heure de 1881. Et c’est vrai qu’il y a de plus en plus de tentatives d’attaquer les journalistes pour d’autres motifs au tribunal de commerce. Absolument. Violation de l’instruction, violation de la vie privée. Il y en a même qui veulent attaquer les journalistes pour contestation de crimes contre l’humanité. Donc voilà, on essaie de détourner un petit peu le droit de la presse pour essayer de faire reculer la liberté d’informer. Et c’est pour ça que c’est hyper important de se rendre compte que ce qui se passe à l’arrière, c’est pas du tout là dedans. Bon, t’as des trucs dans le tchat, je soupçonne un certain nombre de mélenchonistes. Tu leur conseilles le prochain complément d’enquête sur le site en portant à cet 5 octobre et on a un blog mélenchoniste qui est alimenté en infos donc bon, ça va faire un peu de bruit je pense au sein de LFI. Lundi, à 20h, nous serons en direct de Césure avec Marion Seclin, la comédienne et youtubeuse, ainsi que Diane Richard de « Nous toutes » pour une soirée spéciale autour du film documentaire Je vous salue salopes qui concerne le harcèlement sexiste sur les réseaux, le harcèlement des filles et des femmes.Voilà, merci beaucoup et je vous dis à demain.
