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Arié Alimi : « Le monopole de la violence légitime, ça n’existe pas en droit »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Voilà, on démarre, on démarre. Je demande juste à Robin si vous m’entendez, si vous entendez tout bien. Et après on démarre. Ouais, eh modo, c’est là, Micro. Est ce que le chat peut me dire Si vous entendez bien, ça sera parce que vous entendez bien ? Bonjour tout le monde ! Or, il y a plein d’amis. Alors je. Petite précaution, je vais vous présenter les petites précautions d’usage. Donc il y a une caméra qui ne filme que l’avocat parce que c’est comme ça et une autre caméra qui vous filme de dos, donc uniquement la nuque. Ah non, monsieur, vous venez de vous retourner voilà, il ne faut pas vous retourner, vous pouvez vous retourner, mais si vous retournez, vous êtes filmé. C’est super propre ! Bonjour, Maître.
Arié Alimi
Bonjour Monsieur Dufresne, Merci à tous. Merci d'être aussi nombreux ce soir.
David Dufresne
Alors on attend, on démarre. Mais la famille de Cédric Chouviat est en train d’arriver et je vais donc commencer par un grand soulagement pour moi. Depuis à peu près quatre mois, Maître Alimi me demande qu’est ce que je pense de mon livre ?
Arié Alimi
C’est bien résumé et c’est un peu plus complexe que ça, mais c’est très bien résumé. Mais effectivement, quand on parle de violences policières, il ne faut pas parler de bavure. On ne peut plus parler de bavure. Je pense qu’on aurait jamais dû parler uniquement de bavure. Violence et pouvoir vont de pair et depuis trop longtemps. Ça ne veut pas dire que violence et pouvoir vont forcément de pair. C’est un peu différent. Mais effectivement, aujourd’hui, ce qu’on constate, ce que tout le monde constate, et pour ceux qui sont là aujourd’hui, je pense que vous avez pu le voir en manifestation dans les quartiers populaires. À la télévision, dans et dans les journaux, on est envahi par les violences policières. On a l’impression même de vivre en permanence avec des personnes qui meurent ou qui sont blessées ou qui sont mutilées et depuis un certain nombre d’années. Alors après, la question qu’on pose toujours et qui se pose, c’est de savoir s' il y a eu une augmentation manifeste des violences policières depuis et depuis quand et pourquoi donc changer ? Moi je suis avocat. Sur les violences policières, je défends un certain nombre de personnes, plus de plusieurs centaines de cas et depuis plus de 20 ans. Et donc à un moment, on se dit que ça ne suffit pas simplement d'être avocat. C’est important de défendre les victimes de violences policières, d’essayer de batailler dans les juges. Y compris devant la police, pour essayer d’obtenir justice et qu’elle obtienne justice. Mais le phénomène est tellement massif, devient tellement massif qu’on est obligé de faire autre chose que d'être un simple avocat. Et donc on essaie d’abord de militer. Donc je suis devenu militant, notamment à la Ligue des droits de l’homme et ailleurs. Et enfin on se dit qu’il faut arriver à essayer de comprendre un peu plus le phénomène que la violence politique. La violence d'État de manière générale a été très, très, très peu étudiée à travers l’histoire de la pensée. Il n’y a pas beaucoup, beaucoup de bouquins.
David Dufresne
Non, mais on est là pour t'écouter. Mais enfin, ce n’est pas une plaidoirie non plus. Il faudrait quand même un peu se calmer. Alors je suis très emmerdée. Voyez, j’ai les doigts. Parce qu’en fait, tu as à peu près déroulé tout ton livre. Et donc l’idée, évidemment, c’est de vous donner la parole et d'échanger avec avec l’auteur qui est à côté de qui à côté de moi. Je voudrais juste préciser page 58 que tu écris bien. L’analyse et la théorisation des violences policières touchent au cœur de la conception moderne de l'État. Donc c’est bien ce que j’avais dit tout à l’heure. Bien. Alors, concernant la violence légitime dans la violence légitime, page 31, tu tues, tu écris ce que tu viens de dire. Il n’existe pas de violence légitime et encore moins de monopole de la violence légitime puisqu’on a oublié de le dire. Mais tu en fais. Ta plaidoirie le montre. Le livre est un savant mélange de réflexions philosophiques, de récits du barreau, de rencontres humaines, notamment avec la famille de Cédric et d’autres, d’autres victimes et de réflexions personnelles puisqu’on apprend par exemple que le grand père de ce monsieur a été policier.
Arié Alimi
Oui, fonctionnel et volontaire aussi délibéré. C’est vrai qu’il peut y avoir une aporie, une contradiction absolue entre l’idée de parler de l'État et le fait qu’un État puisse être hors la loi, alors même que la loi émane du législateur et donc du pouvoir législatif qui fait lui-même partie de l'État. Et donc on pourrait se dire au premier abord que l'État ne peut pas être hors la loi puisque c’est lui qui fait la loi. Et en fait. C’est pas si simple. D’abord parce que toute l’humanisme, toute la philosophie des Lumières consiste à dire l'État, en tout cas à l'époque, la monarchie. Et peut-être hors la loi. Et que l’idée d’une évolution d’un régime serait celui de contraindre les dirigeants, ceux qui représentent le pouvoir politique, ceux qui sont au pouvoir de les contraindre à obéir, à respecter leurs propres lois. Et c’est ce qui a amené à la Révolution française à créer la démocratie, à créer des garanties fondamentales pour les citoyens contre les abus de l’autorité, c’est-à -dire à partir du moment où l'État décide de se sortir de sa propre loi et de ne pas la respecter. Et en fait, ce à quoi l’on assiste depuis quelques années.
David Dufresne
Donc, en effet, tu passes de ces réflexions, de ces analyses à des témoignages de ton travail et du travail d’autres parce que tu rends hommage à fait à d’autres, à d’autres avocats. Et il y a notamment une à plusieurs reprises, il y a un travail quasiment à l’américaine de contre-enquête. Tu parles notamment de Cédric Chauvin. Comment ? Comment vous faites un appel aux vidéos et que les vidéos mettent 48h à arriver ? Que sur les vidéos tu repères le nom d’un camion, tu appelles l’entreprise, le type n’est pas là, il sera là le lendemain, tu le rappelles, ce qui va vous permettre de déjouer la communication préfectorale et de la presse. Même chose à Marseille est ce que ce travail là, par exemple, en tant qu’avocat, c’est quelque chose de classique ou est ce que c’est parce que vous faites face à une impunité, pas à un mensonge complice ?
Arié Alimi
Oui, c’est très particulier les violences policières. Pourquoi ? Parce qu’effectivement, s’agissant du traitement judiciaire, à partir du moment où il y a un mort, où il y a un blessé, comment est ce qu’on obtient la vérité ? Normalement, quand il y a un délit ou un crime de droit commun, la police arrive, les juges arrivent et on peut. On est censé faire confiance au fonctionnement de la justice. On se dit bon, on peut se reposer sur la justice française. Et en plus, contrairement à la justice américaine, ce n’est pas à nous de payer, c’est pris en charge par l'État. Donc il y a quand même quelque chose d’important en France, c’est que la justice, en principe, est la même pour tous et on n’a pas besoin d'être riche en possible du bien pour avoir une justice normale. Il y a eu des exemples contraires s’agissant des violences faites aux femmes, et il y a parce que la justice été et est toujours d’ailleurs dans une justice patriarcale, avec un droit qui a été fait par et pour les hommes pour protéger les hommes. Et donc lorsqu’on avait des affaires de viol, lorsqu’on a des affaires de viols, d’agressions sexuelles, de violences conjugales, évidemment, la justice avait du mal à s’extraire d’elle même et à rendre une justice équitable pour les femmes. C’est pour ça qu' aujourd’hui encore, on. Une difficulté terrible, même s’il y a une évolution importante pour obtenir justice pour les femmes victimes des violences policières. Il y a aussi cette difficulté, mais pas parce que la justice est patriarcale, mais parce que la justice travaille avec les policiers et parce que la justice et l’autorité judiciaire dépendent de l’État et que l’État, les pouvoirs exécutifs, le ministère de l’Intérieur fonctionnent avec la police et que la police est à la fois le bras armé de l’État en matière de répression ou en matière d’intervention, mais c’est également le bras armé de la justice, notamment en matière de police judiciaire, pour interpeller les gens, pour faire les investigations.
David Dufresne
Et parfois, ça, ça démarre par des petits détails comme Page 49 Geneviève Legay Vous vous rappelez des gilets jaunes bousculés à Nice ? Tué, appelé par ses proches ? Tu arrives sur place pour la rencontrer après son réveil et tu écris J’apprends par les. Ces fils et filles de Geneviève Legay. J’apprends par ces filles que des agents de sécurité de l’hôpital gardent l’entrée de sa chambre et disposent sur leurs téléphones portables des photos des personnes qui ne peuvent accéder à sa chambre. On me dit que je figure sur leur téléphone, c’est-à -dire qu’on a des auxiliaires de police qui viennent empêcher un avocat de faire son travail. Et le mur commence là.
Arié Alimi
Oui, puisque l’avocat est le premier recours pour la victime. Mais c’est pire que ça. Geneviève On va venir la voir à son réveil, alors qu’elle était en urgence vitale, qu’elle avait pris, qu’elle avait eu les traumatismes terribles dont elle souffre encore. Pendant cette période, Emmanuel Macron lui avait demandé, alors qu’elle était sur son lit d’hôpital, l’avait rappelé à une à plus de sagesse, à ne pas venir dans les manifestations. Emmanuel Macron lui-même et après le procureur de la République qui a.
David Dufresne
On a rappelé les phrases de Pandraud.
Arié Alimi
Exactement “J'étais le père de famille”. Mais il y a un ADN en matière de violences policières. Il y a toujours pratiquement les mêmes langages, les mêmes méthodes. Et donc, pour revenir sur ce que tu disais, oui, il y a une machine qui se met en place, il y a une dissimulation systématique dans les affaires de violences policières, surtout lorsqu’elles deviennent médiatiques. Le but, c’est d’empêcher le scandale de se faire. Le but, c’est d’empêcher le public de savoir. Vous prenez l’exemple de Rémi Fraisse. On parle d’un corps sur la zone de silence. C’est un communiqué de presse de la préfecture, histoire de dire que c’est peut être un junkie à Dread à dreads qui est mort comme ça, sans expliquer pourquoi, alors que dès les premières heures, j’ai le dossier. Je sais. Dès les premières, dès les premiers moments, on sait que c’est un bon signe. Quel gendarme a tiré la grenade et que c’est la grenade qui lui a explosé le dos ? On le sait depuis le départ et on dissimule. Bon, j’aime bien bloguer, c’est pareil. Évidemment, on va dire que ce ne sont pas que les policiers ne l’ont pas touché alors qu’on a dès le départ les vidéos pour. Cédric se souvient de lui. Chaque famille va venir en parler. On sait qu’il a été étranglé, qu’il est mort d’une crise cardiaque. Qu’est ce qu’on va dire ?c’est un homme qui, au cours d’un contrôle, a eu un simple malaise cardiaque. Les éléments de langage sont toujours les mêmes. On va essayer de dissimuler la chose et après évidemment, la justice, ce dont tu parlais tout à l’heure. Eh bien là, si la justice se met en œuvre pour essayer de protéger les policiers, les actes ne sont pas mal faits. Il y a des femmes pratiquement systématiquement dans tous les dossiers, y compris de la part des enquêteurs de l’IGPN. Les juges vont faire en sorte de ne pas bien traiter l’affaire. Les policiers qui enquêtent ne vont pas interroger les bonnes personnes, vont laisser les vidéos périmées. En gros, tu as toute la machine judiciaire et policière qui se met en œuvre au même moment avec un seul objectif : sauver le policier.
David Dufresne
Je voudrais dire un dernier extrait, puis après on donnera peut être la parole à qui veut de la famille de Cédric. Mais justement, je vais dire un passage qui concerne. Votre fils, votre père, votre mari. Se mettre à la place, c’est toi qui écrit. Se mettre à la place d’un homme pour reproduire le moment de sa mort est probablement l’acte le plus extrême et le plus douloureux que j’ai été amené à réaliser. Cela laisse des traces, des traces qui façonnent votre vision de la justice et de la police. J’ai pu m’approcher de ce qu’a pu ressentir Cédric. Cédric Chauvière, mais je n’y parviens pas toujours. Mais je ne parviens toujours pas à comprendre ce que ces policiers ont éprouvé, pensé en commettant ces actes. Je ne sais même pas si j’ai envie de m’approcher de ce lieu de la pensée où la pensée s’arrête. Tuer un homme doit sans doute traumatiser durablement, tout au moins je l’espère, pour ne pas perdre ma foi en l’humanité. Je trouve que ce. Je voulais dire ce passage parce qu’il te ressemble. Voilà, je voulais juste le dire. Il y a derrière le fanfaron que vous connaissez parfois se cache Ouais ouais, un bon gars quoi. Vous voulez prendre la parole ?
Doria Chouviat
Bonsoir, Je me présente Doria Chouviat. Je suis l'épouse de Cédric Chouviat. Paix à son âme. Donc je suis mère de cinq enfants. Il a laissé cinq beaux enfants. Derrière lui, qui sont dans une totale incompréhension et dans tout ce qui nous a choqué, dans tout ce qui nous a meurtri. Le dernier événement, ça a été une reconstitution pour laquelle on a dû attendre pas loin de trois ans et c'était un moment important parce que ça nous permettait, ça nous permettait de se retrouver face à face au meurtrier qui l’ont, qui l’ont tué et. Et comme Arié, on était curieux de voir s’il y avait une culpabilité, un regret, une gêne. Et en fin de compte, ce qui m’a le plus choqué, c’est quand on se retrouve nez à nez avec eux sans rentrer dans les détails et qu’ils ont été amenés à devoir refaire les gestes qu’ils ont fait. Ils se sont même permis de refuser clairement. Quand le juge, par exemple, a demandé au policier qui l’a étranglé,
Arié Alimi
Moi je dirais maintenant aujourd’hui, ce qui est. Ce qui est plus grave, c’est que on va prendre Darmanin qui est le gentil. Bon alors on va prendre le gentil Darmanin qui est Monsieur Propre, Mr. Je sais tout. Je fais régner la loi qui cautionne tout. Il cautionne tout il y a un mort, il s’en fout de ces violences policières. Il est là même à emprunter quelques jours avant. La presse dévoile que Cédric a dit 7 fois, j'étouffe et il se permet, dans une conférence de presse ou je ne sais plus dans quelles circonstances il dit : Moi je supporte pas qu’on dise que les violences policières, moi j'étouffe. C’est une reprise, c’est une insulte, c’est une insulte à la famille Chouviat, c’est une insulte à ses enfants, c’est une insulte. Aujourd’hui, ils sont tous couverts, les policiers, ils sont tous couverts. On peut avoir les meilleurs avocats. Aujourd’hui, il y a un vrai problème, c’est les syndicats, les syndicats et pour rien arriver aux policiers parce que les syndicats sont derrière eux et que dans l’instant qu’un syndicat, un policier est condamné, le syndicat fera tout pour le faire sortir, pour le condamner si ça existe comme vocabulaire. Donc aujourd’hui, nous on mène un combat de toutes les manières, avec nos avocats, on espère avoir gain de cause, mais on sait que c’est un combat qui va être vraiment très très compliqué. Parce que comme dit Arié les violences policières, aujourd’hui, il y en a tous les jours. Et le droit de tuer ? La peine de mort, on l’a arrêté il y a 41 ans ou 42 ans. Elle a été abolie par Mitterrand aujourd’hui, je pense que Macron et Darmanin, c’est de redonner le permis de tuer avec les pouvoirs qu’ils ont. Donc je pense qu’on évoluera pas beaucoup dans ce sens là, sauf si nos avocats arrivent à faire tomber cette barrière.
Arié Alimi
Merci beaucoup.
David Dufresne
Est ce que quelqu’un veut poser une question à Arié ? Oui. Alors une question sur la clé de bras la clé d'étranglement.
Arié Alimi
La clé d'étranglement était autorisée. Elle était enseignée. Ce n’est pas vraiment la clé d'étranglement qui était enseignée qui a été pratiquée sur Cédric. C'était du n’importe quoi en fait, il lui a juste fracturé le larynx avec son bras en le mettant au sol directement dans un geste de colère. En revanche, depuis la mort de Cédric, le gouvernement a annoncé que la clé d'étranglement ne pourrait plus être enseignée ni pratiquée. Sauf que. Sauf que. Ils ont appelé ça autrement, tout simplement. Maintenant ils ont appelé ça amener au sol. Et quand on voit sur la documentation de formation qu’on y a accès à cette documentation de formation, le nouveau geste, c’est pratiquement la même chose que la clé d'étranglement. Et juste pour aller plus loin, à chaque fois qu’il y a eu un mort, le gouvernement a réagi dans l’immédiateté en disant Vous inquiétez pas, on va arrêter cette arme. Au moment de la mort de Rémi Fraisse, on va suspendre l’office de la grenade explosive avec 70 grammes de TNT qui l’a tué ? Qui a explosé son dos.
David Dufresne
Est ce qu’il y a une autre question remarque ?
Spectatrice
Je voulais parler de l’IGPN parce que donc il y a la question de l’indépendance de l’IGPN et souvent ramenée généralement pour être contestée. Mais il me semble. Est ce que c’est une spécificité française qu’il y ait l’organisme de contrôle de la police soit dans la police ? Parce qu’il me semble qu’il y a des États où l’autorité qui juge la police est indépendante. Si je ne me trompe pas ?
Arié Alimi
Alors évidemment, la question de l’IGPN est un problème fondamental. Ce n’est pas le seul. Bien sûr, mais si déjà on pouvait avoir un contrôle interne parce que c’est du contrôle interdit aussi un contrôle externe en France qui est le défenseur des droits, mais ses avis ne sont que consultatifs et le gouvernement s’en fout royalement. La plupart des avis qui consistent à poursuivre ne serait ce que disciplinairement, les policiers ne sont pas suivis par le gouvernement. L’Exécutif n’en a rien à cirer. Mais c’est important que le Défenseur des droits existe et qu’il soit qu’il ait un budget aussi. S’agissant de l’IGPN, l’IGPN n’est pas obligatoire quand il y a des violences policières. Il faut comprendre que l’inspection générale de la police nationale, quand c’est un policier qui commet une violence ou l’inspection générale de la gendarmerie nationale, quand c’est un gendarme qui commet une violence, on le parquet ne va pas forcément avoir appel à eux. Il peut avoir, il peut faire appel à n’importe quel policier, n’importe quel commissariat, n’importe quel service de police pour enquêter. Le problème, c’est que quand il a recours à l’IGPN parce que l’IGPN est considérée comme un organe spécialisé sur les délits et la criminalité commise par les policiers, eh bien on se rend compte que les fonctionnaires de l’IGPN sont aussi policiers.
David Dufresne
Non, non, ça n’a pas marché.
Arié Alimi
On y est encore, mais il y a des poursuites qui sont engagées. Il y a des plaintes qui sont engagées pour faux en écriture publique contre les inspecteurs de l’IGPN, parce que ce qu’on a pu constater dans un certain nombre de dossiers, par exemple le dossier de Lille Saint-Denis, on voit des fonctionnaires de police de l’IGPN qui couvrent objectivement en faisant des faux, et ça c’est dramatique. Et souvent c’est et c’est subtil, des fois beaucoup moins sur le dossier de surveiller le cas de Paris qui est mort, tué par la police d’un tir d’armes à feu à Marseille. C'était extrêmement grossier. Il y a des vidéos qui ont disparu. On s’en est rendu compte parce qu’on est allé dans le cœur du dossier. Et pour répondre à la question à laquelle j’avais mal répondu tout à l’heure. David Oui, on est obligé de faire preuve d’originalité, c’est à dire qu’on est obligé d’inventer et d'être détective privé, alors que les avocats en France, d’habitude, ne sont pas détectives privés. On est obligés de faire la police de la police, de la police.
David Dufresne
Il y a une main qui se lève, mais juste avant, il y a une question du chat qui te demande sommes nous déjà dans un état policier ? Si ce n’est pas le cas, que manque-t -il pour que cela le devienne ?
Arié Alimi
Alors il n’y a pas de définition de l'État policier. On peut, on peut essayer d’expliquer ce qu’est qu’un État policier en l’opposant à l'État de droit. L'État de droit, c’est la possibilité pour d’abord que le pouvoir exécutif et la police soient habilités par le législateur et le législateur. Si c’est le pouvoir législatif qui découle de la souveraineté populaire, c’est à dire que c’est nous, par l’intermédiaire de la démocratie représentative, qui faisons les lois. Le peuple depuis la Révolution française et que le pouvoir exécutif et la police ne doit se contenter, sauf dans certains cas, que d’exécuter les lois qui sont votées par le peuple et qu’il s’agisse par et pour le peuple. Et à partir du moment où finalement, la police prend le pouvoir sur l’État, sur l’exécutif, sur le législatif, sur l’autorité judiciaire, en revenant à faire d’abord, en faisant des manifestations devant l’Assemblée nationale. Quand on a des partis politiques qui viennent soutenir des syndicats de police comme Alliance et je parle de tous les partis, pratiquement de tous les partis politiques, pas tous, mais presque tous, qui viennent soutenir un acte séditieux de venir faire peur aux législateurs devant l’Assemblée nationale au moment d’un vote d’une loi.
David Dufresne
Et là, tu nous renvoies à Carl Schmitt et compagnie, là ? Le politique est-il soumis au droit ou le droit est-il subordonné au politique ? Mais je sens que le taulier prend le micro. Je rappelle que le tract était cosigné par une salle. Il n’y a pas d’Alliance, c’est-à -dire que c'était le bloc syndical qui a écrasé les autres. Plus de 70 % des voix aux dernières élections professionnelles de la police. Ce n’est pas qu’un syndicat particulier.
Arié Alimi
Voilà, je reviens un petit peu sur la notion de violence d'État. Et au- delà des violences policières, est ce que l’institution judiciaire, et je pense surtout aux comparutions immédiates, relève pas aussi d’une forme de violence d'État finalement ? Alors moi, j’ai essayé justement dans ce bouquin de déchiffrer, de définir les termes qu’on utilise en permanence et y compris les politiques. Ils utilisent de manière générale les mots violence, puissance, autorité, légitimité. Donc j’ai essayé de rendre aux mots ce qu’ils signifient, soit d’un point de vue historique et étymologique, soit d’un point de vue juridique. Je définis le mot violence au regard du droit. Le mot violence correspond dans le code pénal qu’aux violences de nature physique qui portent atteinte à l’intégrité physique. Il y a d’autres mots pour les autres types de violence au sens plus générique, comme par exemple pour harcèlement. Pour les violences psychologiques et les violences judiciaires, ça n’existe pas. C’est défini notamment par Raphaël Kempf dans son super bouquin que je conseille vivement à tout le monde. Toujours aux éditions de la Découverte, mais ça répond à un phénomène. Ça répond à un dispositif judiciaire qui est là pour poursuivre la répression de l'État, évidemment, notamment lorsqu’ils poursuivent des manifestants de manière massive, lorsqu’ils appliquent des inégalités judiciaires, lorsqu’ils interpellent massivement. Et puis les violences judiciaires décrivent aussi ce phénomène quiconque qui consiste pour l’autorité judiciaire à favoriser les violences policières, c’est à dire ces violences physiques commises par les personnes dépositaire de l’autorité publique, notamment avec un ensemble de dispositifs dans l’intérieur de l’institution judiciaire, souvent par le procureur de la République, qui consiste à classer sans suite et massivement à chaque fois qu’il y a des plaintes qui consistent à empêcher les gens de déposer plainte. Par exemple, les personnes qui sont victimes de violences policières pratiquement jamais ne peuvent déposer plainte dans un commissariat traditionnel et ils pourront aller déposer plainte à la DGPN lorsqu’il y a cinquantaine.
David Dufresne
pose une question sur la gauche qui sera peut être l’avant dernière, Mathilde.
Mathilde Larrère
Oui, donc merci Arié, j’ai lu le bouquin et vraiment je vous le conseille si vous ne l’avez pas lu parce qu’il est juste absolument implacable. Moi j’ai compris plein de trucs parce qu’en. Fait là, la loi. Les les subtilités du code pénal et de tout ce qui régit la possibilité de tirer et de tuer des policiers, je connaissais pas du tout ça, donc j’ai trouvé ça absolument passionnant. Après c’est hyper dur. Enfin voilà, c’est extrêmement. Et il y a un truc qui m’a marqué. Ça ne veut pas dire que j’ai raison, mais je trouve qu’il y a une fin quand on l’approche en termes de genre, c’est quand même beaucoup des mecs qui mutilent et qui tuent des mecs parce qu’il y a. J’aime bien blaguer, mais la plupart des meurtriers ou des blessés, je sais pas comment on dit là, c’est des hommes flics et les victimes c’est beaucoup des hommes et ça ne veut pas dire face alors qu’il y a autant d’hommes que femmes dans les manifs et dans plein de trucs, ça m’a questionné, Voilà. Je n’ai pas de réponse à ça, mais ça m’a questionné.
Arié Alimi
Alors premièrement, oui, il y a quelque chose quand même de l’ordre du virilisme et du masculinisme dans les violences policières, plus que de l’ordre, il n’y a pas, il y a. Il y a de plus en plus de femmes qui en sont victimes. Il y a Geneviève Legay mais il n’y a pas que Geneviève Le Gay. Vous avez, vous avez par exemple une femme enceinte que j’ai défendu, qui a été victime de violences à Aulnay, qui a été retournée. Et donc la brutalisation est de plus en plus importante, qu’il y a de moins en moins. On a pu voir des policiers qui prenaient en considération le genre en face pour dire Bon, là c’est un homme, j’y vais là, c’est une femme, j’y vais pas. Et bien maintenant, ça n’arrête plus et ça n’arrête même pas à l'égard des enfants. Je relate l'épisode de Mantes la Jolie de 751 enfants qui sont à genoux, les mains sur la tête. On voit de plus en plus d’enfants qui sont victimes de violences graves.
David Dufresne
Ce serait tout à fait exact. Il y a 110 marches, il y en a une à Paris, mais il y en a 109 ailleurs.
Arié Alimi
Ça, ça avance dans les consciences. Dans le militantisme, il y a une unité syndicale, presque politique. Aujourd’hui, le Parti socialiste vient de dire on n’y va pas. Il y a déjà, il y est déjà allé pendant la loi Sécurité globale après l’affaire Zecler Comme quoi, c’est en train de se transformer pour le Parti socialiste, tout simplement. Pourquoi il n’y va pas ? Parce que ça a été un parti de gouvernement et que pour remettre en cause le fonctionnement de la police, c’est remettre en cause son propre fonctionnement. Au sein du Parti socialiste, il y a encore Cazeneuve, il y a François Hollande, il y en a d’autres qui ont exercé ou donné des instructions de violence et qui considèrent que l’État, dans leur vision, ne peut fonctionner sans une police forte qui dispose que eux pensent exister, à savoir le monopole de la violence légitime pour le PC et pour le PC. Je pense que c’est un peu plus complexe.
David Dufresne
Merci, Maître. Je crois qu’il est l’heure de passer aux signatures. C’est bien ça ? Et puis à l’apéro.
Arié Alimi
Et à l’apéro.
Arié Alimi
Bon, merci à vous tous d'être venus. Merci à vous tous d’avoir écouté ou regardé au poste. Donne au poste, donnez de l’argent auposte,
David Dufresne
Merci à tous.

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