4 668 € récoltés sur 16 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Je soutiens Au Poste !
Sans montage ni formatage
Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage

Aurélie Garand : le combat d’une sœur

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
J’oubliais l’essentiel Abonnez vous auposte.media Voilà. Alors je vois que Aurélie est là. Quel plaisir ! Même si c’est pour parler d’une histoire terrible, tragique, que tu narre et que tu écris si dans ton livre. Mais quand même, c’est un plaisir renouvelé à chaque fois de converser avec toi parce que tu es une leçon de courage. Ça y est, tu es connecté ?
Aurélie Garand
Ça y est, je suis là.
David Dufresne
Alors derrière toi tu es. Tu as mis des affiches pendant la présentation. Quelles sont ces affiches ? Qui voit-on sur ses affiches ?
Aurélie Garand
C’est Angelo. Angelo, C’est mon frère.
David Dufresne
Vas-y, raconte-nous. Si tu as de la force, je puise dans ton livre. Mais pour commencer, peut-être qu’il faut raconter son histoire. Je vais quand même faire une petite présentation. Parce que là, il va falloir écouter Aurélie. Ton frère en cavale a été abattu par le GIGN en 2017. On verra que tu n’es pas d’accord avec le terme « en cavale ». Il s’appelait Angelo. Il est derrière toi sur les affiches du voyage, comme on dit chez les Voyageurs. Depuis la mort d’Angelo Garand, tu portes le combat de la vérité avec des mots forts, avec des mots justes, terribles dans Depuis qu’ils nous ont fait ça. Tu parles de ta colère, de ta confiance, de tes méfiances, de ce qui se joue au niveau judiciaire, médiatique, politique et militant. Il y a une part très intéressante dans ton livre sur le militantisme autour des questions de police et de justice. On n’est pas des chiens, on n’est pas des chiens, on n’est pas des merdes, on n’est pas des merdes, répètes-tu souvent. On prend enfin le café ensemble et ça me fait bien plaisir. Est-ce que tu as la force de raconter une nouvelle fois à ceux qui nous écoutent ce qui t’est arrivé le 30 mars 2017 ou pas ?
Aurélie Garand
Le 30 mars 2017. Mon frère Angelo passe. Il ne vivait pas chez nous. Angelo vivait dans sa voiture parce que six mois auparavant, il était incarcéré. C’est pour ça que je ne suis pas d’accord avec le terme évadé en cavale. Six mois auparavant, la prison lui donnait une journée de permission à mon frère et une journée, il décide de ne pas rentrer. Et pendant six mois, Angelo vit dans sa voiture et il passe voir sa famille de temps en temps. Et le 30 mars, il vient déjeuner avec mes parents. Et vers 13 h, c’est une antenne du GIGN qui joue les tours. Ils interviennent et Angelo a juste le temps de se cacher dans une petite remise à sa portée. Comme ça va, comme un instinct de survie, on va dire, oui, et se cacher et un commando revient quand même, cagoulé et armé. Il y a même un membre de ma famille qui avait les mains en l’air, qui a cru à une attaque terroriste ce jour-là. « Vous êtes quoi ? Vous êtes des terroristes ? » crie toute ma famille. Il y avait mon fils de trois ans. Ils ont mis toute ma famille à terre, menottée dans le dos, mitraillette sur la tempe. Et ils ont fouillé les caravanes. On habite un corps de ferme. La maison. Et il était prêt à repartir. Mais pendant la fouille, ils ont été violents avec ma famille. Ça a été : « Fermez-la. »
David Dufresne
Bouleversé par ce que tu racontes, Aurélie, je sais que tu ne le fais pas du tout pour nous tirer les larmes, mais c’est ce qui survient toujours quand on écoute. Tu écris page 79 de ton livre : ce sont les antennes régionales du GIGN. Ils les ont mises en place en 2016, c’est-à-dire l’année qui précède la mort de ton frère, juste après la tuerie du Bataclan, soi-disant pour mieux réagir en cas d’attaque terroriste. Le chef te demande : qu’est-ce qui justifie, comment le GIGN justifie qu’ils sont venus armés jusqu’aux dents pour arrêter un gars qui n’est pas retourné en prison ? Bon, Angelo, ce n’est pas forcément un ange. D’accord, il a fait de la prison, mais ce n’était pas un terroriste. Ce n’est pas… Voilà. Il y a une disproportion dans le fait que ce soient ces hommes-là du GIGN, unité spécialisée. Comment ils vous ont expliqué que c'était eux qui étaient venus et non pas, par exemple, les gendarmes du coin ?
Aurélie Garand
Bah en fait ça on nous a rien expliqué à nous. En fait, la justice ne nous a rien expliqué. On n’a même pas eu de procès, on n’a jamais eu de réponse à telle ou telle question. Ce qui justifie la critique des gens du voyage. Parce que, en regardant dans le dossier de mon frère, même les tueurs viennent. En fait, ils ont été mis pour moi, ils ont laissé le GIGN, il a été mis en condition. Si le GIGN venait chez les gens du voyage. Il vient pour interpeller Angelo. Avant, elle vend mon frère aux tueurs, aux indigènes en disant déjà à 100 gars du voyage Attention, il est potentiellement armé. Potentiellement dangereux sous l’emprise de drogues dures. En fait, il faut des gros moyens pour pouvoir l’interpeller. Euh, mais en fait y ont donné une permission de sortie quoi. C’est pour ça dès le départ, ce n’est pas possible qu’on qualifie mon frère d’un type hyper dangereux pour tout le monde. Et que ça finisse comme ça, ce n’est pas possible. Mais pourtant ils le font. J’explique aussi dans Livre et je raconte quand j’avais dix ans, l’interpellation de mon père.
David Dufresne
Je raconte pour voir. Je voulais faire comme dans ton livre, c’est-à dire attendre, attendre 70 pages pour parler de ça. Vas-y, fais-le. Parce qu’effectivement, c’est ça. J’ai découvert dans ton livre ce qui est, ce qui t’est arrivé. Quand j’avais dix ans avec ton propre père. Vas-y, tu peux nous raconter
Aurélie Garand
. Pareil pour un cambriolage. J’avais dix ans et y a un jour où je reste, je vois tout le monde qui part, rentre, personne revient, sont hyper impliqués. Je suis une enfant, je me promène. Sur le bord d’un chemin. Mon père vient me rejoindre. J'étais toute seule avec mon père, on vivait aussi à la campagne et là, dans un champ, c’est une armée noire d’hommes cagoulés, armés jusqu’aux dents Et ces hommes là, en fait, ils reviennent et ils se lèvent et les mains en l’air. Ou alors mon père a été interpellé. C' est un le gitan, pour le GIGN, c’est quand même l'élite. Le hit en fait des forces de l’ordre. Et je me dis en fait que j’ai jamais fait un truc spécifique et avec l'étiquette de gens du voyage, ils nous voient comme vraiment des gens dangereux. Dangereux qu’en fait il y a aucune dangerosité Voilà ce qui s’est passé en fait. Et il n’y a pas que. Il y a aussi Henri, l’enfant qui a été tué en 2018, en septembre 2018. Il y a 20 ans, c'était le GIGN, mais il y a eu les antennes créées en 2016. Angelot a été tué par une antenne du GIGN en 2017. En 2018, une autre antenne du GIGN qui a pris l’enfant d’une balle dans la nuque. C’est un jeune de 23 ans, un père de famille de deux petites filles appartenant aussi à la communauté des gens du voyage. Le 28 septembre 2018, Henri, l’enfant, meurt d’une balle dans la nuque.
David Dufresne
A propos de ton père, tu as cette phrase où tu expliques. Quand il me l’avait enlevé pour le foutre en taule. Page 76, ça avait été terrible. Je n’ai plus confiance à personne depuis qu’ils me l’ont pris. Ça remonte peut être à ça que je sois si peu sociable. Je savais bien qu’il avait fait une vraie bêtise, mais j’avais beaucoup de mal à supporter qu’il l’enferme si longtemps pour ça. J’ai grandi dans son absence et c’est tout. Le livre, tout le livre est comme ça. C’est très pur, très dresse, très simple, d’une efficacité redoutable. Alors il y a quand même une petite chose d’ailleurs la couverture le montre si c’est l’amour du couteau dans ta famille, si tu peux en parler. En tout cas, tu en parles très bien dans le bouquin. Ton frère Angelo aimait aussi les couteaux. Il avait différents couteaux selon les périodes. Si j’ai bien lu, un coup c’est un Opinel, un coup c’est autre chose, etc. Et évidemment, ce que les gendarmes vont vous dire, c’est qu’ils auraient été armés d’un couteau et menaçant auprès du GIGN quand il est intervenu, ce que toi et ta famille vous contestez.
Aurélie Garand
Ouais bah en fait, le couteau qui est sur la couverture, c’est le couteau qu’il avait à l'époque. Non, on n’a jamais nié qu’on joue là bas un couteau dans les poches, mais en fait tout le dossier. La légitime défense. En fait, elle repose uniquement sur le couteau.
David Dufresne
Elle repose uniquement sur le couteau.
Aurélie Garand
Puisque eux disent qu’il y a eu des sommations, Angelo les a attaqué. Mon frère a attaqué cinq hommes du GIGN avec un couteau. Donc ils auraient attaqué ça. Comme disait Yann, ils auraient pris deux coups. Une balle, deux balles. Il était toujours debout et il serait tombé au bout de la cinquième balle et en fait, rien que ça, ça, ça valait un procès puisque Angelo en fait, maintenant, où on en est ? La justice ? C’est. Oui, le jeune, votre frère. Et c’est légal par légitime défense.
Aurélie Garand
Si c’est légal par légitime défense. Moi le combat que je mène depuis bientôt six ans, ce n’était pas pour faire de mon frère un ange ou j’ai jamais dit mon frère il a jamais volé, il a jamais fait cela. Mon frère est en prison pour des faits minimes. Beaucoup de gens ont des couteaux. Il n’y a pas que les gens du voyage, y a pas que chez nous. Et ça je vais dire, et il n’y a pas de soucis à le dire, mais en rien. En rien en fait. Il y a preuve que Angelo a brandi son couteau ou les a attaqués au couteau. Ça, c'était un procès public. C'était ça en fait avoir un procès public, c'était débattre de ça, du couteau, justement.
David Dufresne
Le couteau.
Aurélie Garand
En fait, ils ont leur version et ils ont tué Angelo parce que Angelo les a attaqués au couteau. Mais après on a vu aussi dans le dossier. Alors il y a l’ADN de mon frère, ce couteau, mais n’a pas ses empreintes. Pourtant c’est son couteau. On sait qu’il y a une modification de la scène de crime. Il y a eu, il y a eu plein de choses. Mais le couteau, oui. C’est pour ça que c’est la couverture du livre. Ce couteau, c’est un truc qui nous est renvoyé.. Parce qu’on a tous un couteau. Et le couteau en fait, veut faire croire à la société. Mon frère est mort parce qu’il les a attaqués au couteau. Mais nous, la famille, tout ce qu’on en dit. C'était ça. C'était la vérité. Et la vérité, on la connaît, jamais, défendu avec un couteau. Angelo il a été exécuté comme un chien dans une remise tout seul, à cinq mètres de mon père. Mais ça, c’est un truc que jamais on ne va pardonner. On n’a pas eu justice, mais la vérité, on la connaît. Et en fait, pourquoi j’ai écrit ce livre là ? Parce que je ne lâcherai pas. Et je n’ai pas envie d'être un perroquet. Et il y a plein de points à aborder
David Dufresne
En fait. Voilà l’histoire du couteau Le dossier judiciaire est repose uniquement sur le fait qu’Angelo ait attaqué Alors je cite les deux personnes qui t’ont qui t’ont aidé à écrire ce livre, c’est Manu Baud et Christa Riot. Je ne les connais pas que tu as rencontré quelques temps après la mort de ton frère et avec qui tu as fait des entretiens. Et ces entretiens ont été, si j’ai bien compris, la matière première du livre qui est qui est vraiment très bien écrit. Page 103 On est sur la fin à chaque marche pour Angelo, écrit tu, on fait un lâcher de ballons dessus, on écrit le nom de personnes tuées par les Schmitt et les matons, les Schmitz. Les flics c’est notre manière de leur cracher tout leur crime à la figure. Il faudra bien que la vérité leur perce la gorge. Ils tuent les nôtres pour faire peur à tous les autres. C’est du terrorisme d'État. Voilà, voilà l'état d’esprit de ton livre. Et quand je dis que c’est un c’est un livre fort, c’est qu’il est. Dans sa rédaction, dans son écriture, il est, il est, il est subtil. Par exemple, tu dis que tu ne démarres pas par sa mort, mais tu démarres par son enterrement. Le chapitre est intitulé Un monde fou. Est ce que tu peux nous dire comment ? Comment se sont passées les obsèques de torons de ton frère ?
Aurélie Garand
La. C'était dur, c’est abrupt. On n’est pas préparé à ça. Il y a les obsèques et il y a tout le monde. Mais y a que l'État après m’avoir pris, mon père après m’avoir pris. Mais j’en. Ben à cause de l'état. Non, on met mon frère en terre. Et ça. C’est pas, c’est pas possible, ce n’est pas, c’est pas pardonnable. En fait, ce jour-là, c’est. Non, ce n’est pas. C’est une chose qu’on n’a pas le droit. Ils n’ont pas le droit de faire ça. Après l’injustice après. Après le massacre des vies. Par la prison aussi, faut dire. Le 5 avril 2017. Nous, la famille Garand, on met Angelo en terre parce qu’une équipe terroriste d'état est venue devant ma famille et a mis cinq balles dans le torse de mon frère. Ce jour-là, il y a la famille. Il y a aussi des gens que je ne connais pas. Il y a aussi des gens que je ne connais pas parce que beaucoup savent en fait qui aurait pu être à la place d’Angelo.
David Dufresne
Je lis et je lis des passages cites si tu veux bien.
Aurélie Garand
Oui.
David Dufresne
Je n’ai jamais autant prié Dieu que ce jour-là. Mais comme normalement il est amoureux, je sais qu’on ne peut pas vraiment compter sur lui pour faire payer ceux qui ont arraché la vie d’Angelo. Alors le bon Dieu, le Bon Dieu, il fera bien ce qu’il veut, mais ils le payeront d’une manière ou d’une autre. Et pour venger Angelo de la plus belle des manières, on ira là où il ne croyait pas nous trouver. Ça, c’est ce que tu sais, ce que tu penses, ce que tu ressens. Ce jour là, le jour de l’enterrement. C’est quasiment une promesse et on comprend bien que tu t’es faite à toi-même. Ça veut dire quoi ? On ira là où ils ne croyaient pas nous trouver.
Aurélie Garand
. Être solidaire avec les autres. Tuer. Dire la vérité. Aller bien. Aller dire la vérité à la société qu’on fait. Allez dire la vérité à la société que c’est qu’une exécution, c’est rien de plus que c’est par. Parce qu’en fait, où ils nous attendent. Sans pendant. Pendant les obsèques, on ressent la douleur de la mort en duo pendant quelques semaines. On sent où il nous attend et où nous attendent les débordements. C’est à. A cette vengeance légitime d’ailleurs. Quand ça arrive, les débordements, c’est légitime parce que ce jour-là, c’est pareil. Le jour des obsèques d’Angelo, il faut, je me dis va falloir apprendre. Apprendre à gérer sa colère, apprendre à gérer tout ça. Et puisque pour eux on n’est rien que des chiens appartenant à ceci ou cela, à machin, on sait trop où ils nous attendent et en fait on ira où on ne nous attend pas. C’est-à dire avec tout le monde ensemble et est encore là cinq ans après aussi à dire la vérité, même sans justice. Peu importe. Peu importe. Ce qui compte c’est la vérité. Mais en même temps, c’est un peu partout à la fois, mais pour la vérité. Et surtout pour que ça arrive. Maintenant, moi, la sœur d’Angelo maintenant. J’ai jamais rien eu à gagner. Et puis en fait, je n’ai rien à perdre non plus. Allez, on ne nous attend pas et allons écrire un livre le jour comme ils sont venus tuer Angelo. Jamais il n’aurait cru qu’on aurait marché. Jamais il n’aurait cru qu’on aurait fait des communiqués. Jamais il aurait cru que cinq ans après, on serait toujours là. Jamais il n’aurait cru qu’il aurait écrit. Jamais il n’aurait cru que Didier Fassin, le sociologue, aurait fait un livre de Bernard, voyageur ! Jamais il n’aurait imaginé ça. Et en fait, c’est dans la lutte. Il ne l’attendait pas. C’est ça la vengeance.
David Dufresne
Alors justement, la justice, il faut dire ce qu’elle a, ce qu’elle a fait, ou plus exactement en disant ce qu’elle a fait, ce qu’elle n’a pas fait. En septembre 2017, deux tireurs présumés sont mis en examen pour violences volontaires avec armes ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ils prétendent que mon frère a écrit Tu les aurais attaqués avec son couteau. C’est ce qu’on a entendu à l’instant. Le 10 octobre 2018, la juge d’instruction de Blois. Puisqu’on est dans la région de Blois, cela rend un non-lieu en faveur des accusés. L’avocate de notre famille fait appel. Le 7 février 2019, le non-lieu est confirmé par la cour d’appel d’Orléans le 26 juin 2020. Notre pourvoi est rejeté par la Cour de cassation, c’est-à-dire que la justice française a refusé d'étudier réellement. Les événements, on va appeler ça comme ça. Et de manière et de manière très rapide par ailleurs, on va y venir. Donc aujourd’hui, vous avez épuisé toutes les voies, tous les recours judiciaires possibles. En France, en revanche, vous êtes allé évidemment devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui est une institution qui prend beaucoup de temps. Là, on n’a pas de nouvelles depuis la sortie du bouquin, par exemple, là.
Aurélie Garand
Non. On sait que notre dossier est recevable depuis décembre 2020.
David Dufresne
Oui.
Aurélie Garand
Et c’est tout. On attend. Mais de réclamer justice à la base. Jamais j’aurais voulu en arriver là quand réclamer justice était réclamé déjà un procès. Déjà le premier non-lieu en 2018. Le premier non lieu. En fait, il a été signé. Par la juge d’instruction, mais ç'a été une nouvelle juge d’instruction qui a été nommée courant l'été, le. En fait, le premier non lieu. Il est signé du juge. Quand même pas quand même Pas fluide aussi en fait. Le premier non-lieu suit les réquisitions du procureur. Après on appelle. Mais en fait, chaque année, chaque année, la justice a enterré un peu plus le dossier d’Angelo. Pour qu’on n’ait pas de procès. Après en appel, ils ont appliqué pour la première fois l’article de loi et 435 un et après en cassation. Ils n’ont pas examiné notre pourvoi. Ils ont fait pourvoi, rejeté comme saison. La justice n’a pas eu à motiver. Le rejet. En fait, le pourvoi en cassation n’a pas été examiné, il a été balayé. Et maintenant, il aurait vraiment attaqué les gendarmes du GIGN avec son couteau. Je suis persuadé que ça aurait fait tout un tapage médiatique. Je suis persuadé que le procès n’aurait pas traîné pour qu’on l’ait. Et tout ce qui va avec quoi. Mais finalement, mon frère, il n’a même pas été digne d’une pièce de théâtre. Pourquoi ? Qui s’appelle les tribunaux français ? Mais on a la vérité, on continue pour la vérité. Il n’y a rien à faire simplement, chaque année, l’on massacre un peu plus.
David Dufresne
Il n’y avait vraiment rien naturel, écris-tu pour nous demander justice entre guillemets, demander justice. Moins on la voit lors justice et mieux on se porte. Mais on était déterminé à les battre sur leur propre terrain. Nous aussi on est censé y avoir droit, après tout, on n’est pas des merdes. Mais est ce que tu vas comprendre ? C’est que judiciairement, c’est comme ça qu’on vous considère en fait. Vous n’avez pas droit à la justice. Quand on s’est lancé dans la lutte pour un procès équitable, je ne pensais pas qu’ils allaient nous balayer si vite. Et ça, je trouve, c’est important bien souvent l'état ici d’avoir les proches à l’usure, avec la longueur des procédures, l’argent que ça coûte, le besoin de reprendre sa vie normale. Ils comptent sur notre découragement. Je m'étais préparée à ça, mais pour Angelo, ils l’ont joué autrement. Tout a été bâclé en l’espace de trois ans. En effet, c’est très surprenant quand on quand on lit l’ouvrage, la rapidité avec laquelle en fait tout ça est classé et enterré. Est ce que ça a été un peu expliqué ? Est ce que ton avocate a eu des dissidents, des informations par rapport à ça ou est ce que vous en avez parlé de cette rapidité d’exécution ?
Aurélie Garand
Non, pas vraiment. Mais bon, je ne peux pas l’affirmer, mais c’est ma pensée à moi. Une pensée quand je vois qu’on applique pour la première fois le livre 435 sur la mort de mon frère, je me dis quoi de mieux que ce soit appliqué pour la première fois ? Cancérigène qui tue. Est ce que c’est quand même. Et il y avait besoin en fait que le 435 qui passe. Quand on voit les syndicats flics qui pleurent sur BFM, on n’a pas assez de si on n’a pas assez de ça, on n’est pas protégé par la justice. Ah en fait le 435 avec. De toute façon, qu’est ce qu’ils sont dits ? Qui va se soucier d’Angelo ? Moi c’est comme ça que je ressens en faite par rapport à la justice j’ai l’impression qui disent qui sont dit de départ qui va se soucier d’Angelo ? A un évadé. Selon leurs termes. Un évadé en cavale. Un agent de voyage armé. Macron Qui va se soucier d’Angelo Et la rapidité de la justice ? Je ne peux pas l’affirmer, mais moi, je l’ai ressenti comme le besoin de passer, d’appliquer cette loi en vigueur à la 435 Tirer un. Comme une nécessité absolue. C'était la nécessité absolue. Ce n'était pas se défendre face à Angelo qu’il n’avait rien fait le 30 mars. La nécessité absolue pour la justice et la police, c’est d’avoir de plus en plus de rois jusqu’au droit de tuer. Quoi ? Donc au niveau des noms, ce n’est pas car on m’a jamais dit pourquoi ça a été si vite que ça. Et moi comme un pur sang. C’est comme ça. Pas par nécessité de se protéger, protégé des tueurs assermentés par l'État. C’est tout. C’est comme ça que je me sens à l’intérieur de moi.
David Dufresne
Donc Aurore te demande : il n’y a donc jamais eu de procès ?
Aurélie Garand
Non. Jamais. Jamais un tribunal. Il a ouvert ses portes pour la mort de mon frère. Pourtant, il y a mort d’homme. Pourtant, il y a deux tireurs qui ont visé le cœur, les deux poumons, le foie et le rein de mon frère. Et non, il n’y a jamais eu de procès. Jamais. On nous a ouvert les portes du tribunal. La seule fois où on a pu rentrer dans une salle d’audience, c’est la Cour de cassation. Et exceptionnellement, la Cour de cassation m’a donné la parole. Je parlais de Minute, mais en fait. Ça m’a soulagé ?
David Dufresne
. Mais ça, rien. Tu n’as rien fait, tu crois alors qu’avant la Cour de cassation, il y a, il y a l’appel et page 82. Ce livre là, ton livre. Je me souviens du jour de l’appel à Orléans.
Aurélie Garand
On s’est pointées le matin avec ma mère pour retrouver nos avocates. C'était une grande salle. Il y avait toute la place pour assister aux débats entre guillemets. Mais on nous a répété que c'était réservé uniquement aux magistrats et aux avocats. Ils ont discuté entre eux pendant qu’on pourrait rester planté là toutes les deux, à se ronger le sang. D’un coup, on a vu sortir l’avocat des gendarmes avec un air confiant, content de lui. Il nous a regardés de haut. On était assis en rigolant. Nos avocates nous ont raconté qu’il a lu un tract de notre collectif à l’audience avant de lâcher Ce n’est pas possible ça, C’est les avocats qui vont la tête à la famille, comme pour dire qu’on n’était pas foutus de défendre nos morts et de réfléchir par nous mêmes. Ça te met une claque sur l’instant, mais tu retiens la leçon du haut de sa robe de mort, ils pensent qu’on ne vaut rien. Il a sorti un livre récemment, donc l’avocat en question, où il a l’air encore scandalisé que les tueurs d’Angelo aient été mis en examen. Pour lui, c'était simplement pour éviter que la communauté mette le feu à la région. Il n’a toujours pas compris qu’on a plus d’ambition que ça. La chose à brûler, c’est leur machine judiciaire qui méprise nos vies et fabrique de l’injustice. Oui, parce que eux, les tueurs, ils ont des avocats en fait et ils ne sont jamais contents. Et en fait là on voit aussi le mépris qu’on peut avoir envers Angelo, Ma famille pour dire ce n’est pas possible que la famille puisse faire ça, pourquoi que ce n’est pas possible ? Pourquoi que ce n’est pas possible que l’on dise simplement la vérité ? Parce que sur les tracts. C’est aussi lutter, c’est aller dans la rue. Comment son frère a été tué ?
David Dufresne
Bien sûr.
Aurélie Garand
C’est loin, mais pas on ne serait pas capable. Selon un avocat, un avocat de l'État, on ne serait pas capable de penser ça. Et ça, c'était important de le dire. C'était important de le dire et en même temps, ça prouve que du coup, on est là où ils nous attendent pas non plus puisque les tracts on les a écrits
David Dufresne
suffit de voir deux minutes pour comprendre qu’on n’a besoin de personne. C’est clair, ça c’est clair, bien sûr.
Aurélie Garand
Et Angelo était comme moi il était vachement ouvert d’esprit. Il aimait tout le monde, ça c'était parfait. Oui, il a commis des vols et je dirais jamais que mon frère, c’est un ange. Mais ce n’était pas un monstre mon frère. Il avait des enfants. Il avait une vie. Et voilà quoi. En fait, c’est quand on voit et j’espère qu’en fait il y aussi un en moi
David Dufresne
Alors c’est aussi évidemment un livre sur ta famille, sur. Tu as comme on pourrait dire ta culture. Tu cites a un moment donné les travaux de William Hacker qu’on avait reçu il y a deux ans au poste qui a fait ce travail extraordinaire de recension des déserts des gens du voyage qui sont réservés sous l’autoroute à côté de cimetière, à côté d’usines pétrochimiques, à côté de terrains de motocross, de choses comme ça. Je dis tout ça de mémoire et c’est aussi un livre sur votre vie et sur le regard des autres qui est porté sur vous. Puis tu remontes loin, C’est un livre court mais dense tu remontes aussi à l'école ou des gens qui, pensant bien faire, foutent la merde en fait et d’autres qui pensent pas bien faire. Quelle était ton idée derrière tout ça ?
Aurélie Garand
Derrière tout ?
David Dufresne
De raconter ça.
Aurélie Garand
L’adulte. L’idée c’est de déjà dire la vérité et donc de faire voir à la société. Le traitement qui est réservé aux gens du voyage qu’on fait d’ailleurs à William à Cannes. Le bouquin montre bien que. Quel est le traitement qu’ont subi Ce n’est pas nous qui le dit, c’est une trajectoire de vie. C’est comment ? Comment on traite ? Et voilà. Ça, sans pour autant le dire. Qu’est ce que je vais encore en revenir à la justice ? Mais vous savez quand ? Quand notre pourvoi en cassation a été non examiné. La justice a été rendue au nom du peuple français. Et ça, je refuse de croire ça. C’est hors de question. Il y a l’État et il y a le peuple français. Et parler de tout ça comme on nous traite à l'école, Comment ? En fait, ça fait partie aussi les cas comment l'état nous traite à ce moment là On doit le dire dans la société. Parce que quand on laisse l’impunité on crée des monstres, déjà à créer des tueurs en première ligne chez les flics. Et l’impunité a créé des monstres. Parce que nous, on aurait pu très bien rester chez nous et au contraire en vouloir à la terre entière, en vouloir au peuple français auquel, non, la justice a été rendue et. Et ça non, Je. Non, je refuse de croire ça. Et c’est pour ça qu’il fallait montrer que, en fait, comment l’État une traite, ce n’est pas d’aujourd’hui quoi. Ça a toujours été dur.
David Dufresne
Il y a deux jours je crois, ou hier, je ne sais plus. Il y a un homme politique en je ne sais plus de quel truc qui a comparé les débats à l’Assemblée nationale à un camp de gitans, quelque chose comme ça.
Aurélie Garand
Ce que j’aimerais bien. Qu’est ce que j’aimerais bien qu’on soit nous, à l’Assemblée nationale ? Qu’est ce que j’aimerais bien. Ça ne se passerait sûrement pas comme ça en train de se passer là. C’est vrai. En fait, à l’Assemblée nationale, en ce moment, ils font les singes et savent que nous, on n’est pas des singes. C’est ça qu’il n’a pas compris. Parce que si on était à l’Assemblée nationale, la légende écoutait les gens pour commencer, on serait sûrement moins sauvages que nos politiciens. En fait, je rigole.
David Dufresne
Mais bien sûr, quand J’ai vu ça, j’ai rigolé.
Aurélie Garand
. Mais n’empêche en dit long sur le politique. Comment le politique qui voit la communauté des gens du voyage ou les gitans faire ça en disant ça et là, on en revient encore de ce que je parle dans le livre, l'étiquette, l'étiquette, parce que ça serait que des gitans qui seraient à l’assemblée. Ça ressemblerait à ce que ça ressemble. Attendons déjà, ça serait beaucoup plus civilisé que ça.. Dans un premier temps, ça a fait sourire, mais deux secondes après on sourit plus.
David Dufresne
Bien sûr
Aurélie Garand
Voilà ce que le politicien commande l'étiquette comment ?
David Dufresne
Voilà comment. C’est mon élu. Et puis Mychoup dans le chat nous dit que c’est Hervé Marseille qui l’a dit à Christophe Barbier sur Radio J. Oui, je crois que ça devait être quelque chose. Mais on note quand même qu’il y a des gens qui montent au créneau pour dire non, attendez, ici, du racisme, c’est du racisme et puis voilà. Alors je reviens à Angelo, je reviens à la justice. Il y a quelqu’un qui a qui tous tes honneurs, c’est le procureur de la République de Blois. Tu écris à plusieurs moments sur lui et notamment sur quinze pages. Tu parles de lui Après nos dépositions, le procureur est revenu nous voir tout, tout début de l’affaire. Il nous tape dans les mains. Il vous adresse toutes mes condoléances. Je vous annonce le décès de Garand Angelo. Par ailleurs, j’espère qu’il n’y aura pas de débordements.
Aurélie Garand
Ben moi j'étais et je n’étais pas là. C’est à mes parents qu’il a osé faire ça à mes parents. Oh ça, mes parents. Et déjà, dès que je retrouve mes parents vers 17 h dit ça. Et 2010. En fait, 2010, on sait ce que c’est 2018. J’en connais qui abattus par un gendarme aussi et il y avait eu ce qu’ils appellent des débordements. Et. Et là, en même temps, on voit aussi les véhicules de gendarmerie, on voit, on voit en fait que c’est là qui nous attend et. Et là, déjà, ça a un mépris envers Luigi, c’est un mépris envers la communauté de dire j’espère que ça ne fera pas comme en 2010, en 2010, Faut pas oublier qu’un gendarme, il a tué un jeune. Voilà ce que c’est de 1010. Ce n’est pas les débordements à saint Aignan machin, c’est qu’il y a un homme qui est mort par un gendarme et. Et déjà là on s’enferme déjà à mes parents et bon sang où la justice veut aller ? Et on sent que. On sent où ils nous attendent quand. Voilà le procureur, il n’a tout de suite pas été dans son rôle de procureur.
David Dufresne
Il y a une phrase dont tu dis une phrase du procureur dont tu dis qu’elle est restée gravée dans ta mémoire. C’est laquelle ?
Aurélie Garand
Quand il dit toutes mes condoléances, quand il dit à mes parents Toutes mes condoléances, nous annonce l’un des cigares d’Angelo, j’espère que ça ne fera pas comme en 2010. Et c’est aussi quand je vois sur France trois en train de dire que nous ferons en sorte que la vérité judiciaire éclate. Ça fait partie du 19. C’est soit il y a une idée, c’est soit la vérité ou pourquoi la vérité judiciaire et du coup il a fait ce qu’il a dit. La vérité judiciaire, c’est-à-dire la vérité judiciaire. On n'écoute que les gendarmes. Et encore parce que les gendarmes montrent qu’il y avait beaucoup de zones d’ombre. Et on leur donne carte blanche coincée. C’est ça le procureur de Blois, le procureur de Blois. Il est déjà en train deux jours après, on voit sur France 3 pour le lendemain.
David Dufresne
On le voit sur France 3
Aurélie Garand
Il est en train de parler de mon frère que mon frère aurait été abattu avec un couteau. Angelo brandit son couteau en faisant des gestes circulaires du niveau de la tête du haut du cou. Il y a même lui quand il parle, ce n’est même pas compréhensif, ça ne tient même pas debout. Et il finit comme ça. On fera en sorte que la vérité judiciaire soit rendue. Voilà la vérité judiciaire.
David Dufresne
Pour moi, écrit tu page 33. Ça sonne comme un aveu. Cette phrase nous fera en sorte que toute la vérité judiciaire éclate. Pour moi, ça sonne comme un aveu. Il y a la vérité d’un côté et leur vérité judiciaire de l’autre. Tu évoques aussi un fait récurrent qui est de salir la victime Qu’est ce que la ? Qu’est ce que la presse à relayer ? Ça, je crois qu’il faut en parler, évidemment, parce que ça revient à plusieurs reprises les titres. Maintenant qu’on a bien l’histoire en tête, Si, si, tu peux te remémorer les titres qui orientent totalement la lecture à la fois de l’article et des faits et salir, c’est -à -dire la victime, c’est quoi exactement ?
Aurélie Garand
Bah déjà c’est un gitan en cavale abattu.
David Dufresne
Voilà.
Aurélie Garand
Un gitan en cavale, un homme sous emprise de drogue. Angelo, la légitime défense et son couteau. Ça, c’est faux. Donc évidemment que. Alors qu’elle risquait à mon frère de mentir comme ça. Il n'était pas là. On ne prend même pas et on ne prend pas en considération la parole de ma famille qui était là. Moi je n'étais pas là ce jour là. La miss aurait pu être là. Je n'étais pas là, je n’aurais pas eu ma famille. Je sais qu’on lui aurait pas fait ça, mais d’autant plus qu'à ma famille, je sais qu’ils sont entrés. Ils ont été tués directement dans le gitan toxico en cavale. Voilà comme il n’y a rien de salissant à avoir fait de la prison, mais la façon dont c’est dit. En fait, c’est un prisonnier en cavale, délinquant multirécidiviste. On apprend aussi par les journaux où elle avait raison. Par contre, on repart. Je ne sais pas du tout. Peut être Guillaume avait dit Je sais qu’il y en a qui vont tomber. Et en fait, dans les journaux, j’ai appris que même lui ne savait pas. Au mois de janvier, il avait quatre ans. Donc ouais, c’est salir la victime de. Bah tout ça non. C’est sans suite, C’est insultant. Voilà, c’est comme ça. Tu sais, Angelo, il n’est rien Il n’est rien pour eux. Mais médiatiquement, quand on parle comme ça, mon frère, c’est qu’on veut faire croire aux autres qu’il est rien, ça c’est pareil. C’est une chose qui m’a dévastée et qui fait ma force aujourd’hui, c’est de raconter tout un tas de choses qui sont fausses sur mon frère.
David Dufresne
Alors A cette occasion, tu vas commencer à rencontrer des. D’autres collectifs ? Vous allez d’abord faire une marche. J’en ai parlé tout à l’heure et c’est là où tu vas comprendre qu’il y a des similitudes dans les drames qui vous frappent ? Est ce que tu peux raconter comment est venue cette solidarité entre nous ? Entre sœurs, On va on va parler évidemment du rôle des femmes la dans Mais d’abord comment ? Comment ça arrive ? Comment on est en connexion d’un collectif à l’autre ? Comment ça se passe ?
Aurélie Garand
en fait le lendemain de sa mort. Quand je vois la vidéo justement du procureur sur France3, j’ai besoin de le démentir. Du coup je regarde une vidéo, on la met sur YouTube. Quelque temps après Jamal Ben la sœur d’amis qui m’appelle. Et moi ça vient d’arriver en même temps Amal. C’est une chose étrange quand on tombe là dedans.
David Dufresne
Bon.
Aurélie Garand
On est dévasté en fait. Le ciel nous tombe sur la tête. Et trouver une personne qui comprend et qui. En fait, même si ça faisait cinq ans que son frère était mort. Moi, je suis cinq ans après. Bon en fait c’est comme si comme ça venait encore d’arriver. Et après, bah ça a été par les réseaux sociaux.
David Dufresne
Et Amal, ben aussi, C’est le collectif Urgence, Notre police assassine. C’est ça.
Aurélie Garand
L’urgence. La police assassine.
David Dufresne
Donc elle prend contact avec vous. C’est donc un premier lien qui est fait. Ensuite, ils étudient les réseaux sociaux.
Aurélie Garand
Les réseaux sociaux et après la marche pour la vie. Oui, on voit. Je rencontre pas mal de familles physiquement. Et là, c’est très fort. Et j'écoute les prises de parole. Et il y a la similitude de ce que nous envie, mais aussi. Comment mon frère a été tué. Je pense à Babacar il démarre comme angelot de cymbales. Par la BAC le 3 décembre 2015. Comme en vélo, ils disent que sans état légitime défense parce que Babacar les attaque avec un couteau de table. Et comme Angelo Babacar est victime. Et bien après on tue nos frères. Le truc aussi qu’ils font souvent est qu’ils ont tué Angelo et ont tué Babacar. Ils ont tué plein d’autres Et les menottes. Après les tueries, les menottes. Et ils vont dire qu’ils ont agi en établissant une défense. Je pense aussi à Wisham et Yanis. Quand j’entends que dans six mois après le corps à la famille. Des fois je me dis même j’ai même des fois je me dis même que j’ai de la chance. J’ai des fois la même par rapport à la mort. Quand je pense que le plaquage ventral comme le mien, ils ont agonisé pendant 30 minutes au sol avec huit policiers sur eux. Et bah je me dis qu’au moins mon frère a peut-être pris cinq balles dans le torse mais ça a été plus rapide, il a peut-être moins souffert. C’est tout un truc. C’est mortifère en fait, il faut être sérieux. Et c’est pour ça qu’on a un lien fort. On a un lien. Bah ça ne s’explique pas. C’est bizarre ça. C’est Sport n’aurait jamais voulu. Pourtant, elle n’aurait jamais voulu être auprès de tant de famille et de sœur. Parce que derrière chaque sarment, il y a un frère, et puis là, il y a des familles détruites. Mais c’est dans un sens, on est ensemble et ça nous donne de la force.
David Dufresne
J’ai vite constaté que c’est quand même beaucoup les femmes qui se bougent. J’ai déjà ce que je sais déjà, ce que j’avais pu voir chaque fois que je visitais quelqu’un en prison. Les sœurs, les mères, les compagnes, avec beaucoup de celles que j’ai rencontrées dans les débuts du combat, on ne se lâche pas. On s’aime, on tente d'être là les unes pour les autres, mais on sait qu’on ne se doit rien. Au fond, on a beau avoir l’air tellement différent, on vit la même chose. Après avoir pris la vie de nos frères. Ils font tout pour qu’on en ait honte et pour humilier nos familles. Mais on a choisi de se battre malgré ça. Et contre l’État en plus. Et pourquoi il n’y a pas de frère. Pourquoi C’est surtout des sœurs, des mères.
Aurélie Garand
Il y a des frères quand même.
David Dufresne
Oui, bien sûr, bien sûr.
Aurélie Garand
Je ne sais pas pourquoi. Même devant les prisons, au parloir, je ne sais pas pourquoi.
David Dufresne
Alors la marche tu racontes que très vite arrive un slogan Zyed et Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas. Et moi je voudrais interroger Zyed et Bouna. Comment leurs noms résonnent dans ta génération ? Parce que toi, tu es toute jeune, toi. Comment ? Comment se fait-il que Zyed et Bouna soient encore là dans vos combats actuels ? Comment le lien se fait ?
Aurélie Garand
Pas parce que je pense que. On se rappelle tous de ce qu’on disait le jour où on a appris la mort de Zyed et Bouna. Moi qui conduisais au Maroc ne me souvenais plus de leur nom. Mais par contre, je me suis rappelé dire Ebola. Je me suis rappelé que deux jeunes ont été tués. Et qui a tué beaucoup de personnes autour en fait. Comment on s’en rappelle ? On s’en rappelle parce qu’on se rappelle de ce qu’on faisait un jour là. Je sais pas comment mais. Et après on sait que y a eu des marches et même des choses. On sait qu’y a des boulets, ils n’ont pas mérité mourir. Et en fait je pense que y' a des bouts naïfs, des parties normales jusqu'à notre mort quoi. Et même après ce sera nos enfants qui parleront encore.
David Dufresne
27 octobre 2005 Clichy sous Bois aux contrôles d’identité dont ils veulent échapper parce que c’est Ramadan qu’ils veulent rentrer chez eux avant la. La nuit tombe, et ils vont être coursés par des policiers et ils vont enjamber le grillage d’un d’une centrale EDF et ils vont mourir, brûlés vifs. Le troisième lui aura des séquelles à vie, il est toujours en vie. Et effectivement, leur mort va donner lieu à être le point de départ de trois semaines de soulèvement populaire des quartiers, comme l’avait écrit des Renseignements généraux ou d'émeutes comme on dit plus, plus couramment. Voilà, c'était en 2005, c'était il y a presque. C'était il y a presque 20 ans. Alors je dois te dire que dans ton livre, ton franc parler, il est partout, y compris à l’intérieur. Tu as une forme d’honnêteté puisque tu dis avant pour moi, les manifestants dans les marches c étaient juste des fouilles merde qui défilaient dans la rue avec des drapeaux. Je n'écoutais même pas. Après quoi il a gueulé. C’est quand même beaucoup qu’on ait eu à subir tout ça avant que je remette en cause ce que je pensais de la politique, ou plutôt ce que je ne pensais pas. Mais ça me permet aujourd’hui d’anticiper les réactions de ceux qui ne sont pas dans la lutte. Je les comprends.
Aurélie Garand
J’ai été comme eux oui, parce que ça je le vois à la fois je parle en géo, je parle de l’allure, de la marche et ce qu’on peut faire, comment on s’organise et assis à ce qui se prépare. Ouais et des fois tu vois, tu fais chier les gens avec ça.
David Dufresne
Ouais, tu vois.
Aurélie Garand
Mais j’anticipe parce que moi, avant je ne me prenais pas des paroles. Je n’avais pas été touché comme ça dans ma chair. Et je dis ça parce que. Et parce que je suis honnête. J’admets qu’avant, pour moi, un militant, c’est un fruit. Merde ! Parce que voilà, je n’avais pas de conscience politique. Le fait est que ces gros dommages, ces trois dommages qu’il a fallu à. Et j’espère justement avec quelques phrases, éveiller la conscience des gens, ne pas attendre en fait d'être concernés pour s’intéresser à tout ça, écouter puis mettre la main à la pâte éventuellement, c’est mieux quoi. Et ouais, c'était. Moi j'étais obligé d'être honnête, de dire qu’avant c'était comme ça et. Et qu’on a besoin d’humilité et qu’on a besoin de soutien. On a besoin de soutien. Heureusement qu’il y a le collectif. Heureusement qu’il y a toujours des gens autour de moi. Heureusement que c’est dans l'émission aussi aujourd’hui, tu vois, tu me remercie, mais il n’y a pas de remerciements parce que c’est. C’est vous et les soutiens qui donnez les paroles, les soutiens ou pas les sphères. Il nous faut un espace où notre parole a été entendue, puisque la justice, les tribunaux. On ne peut pas dire la vérité. Donc on doit le dire dans l’espace public et on a besoin, on a besoin de gens. C’est pour ça que moi, en toute honnêteté, en toute transparence, je parle comme ça.
David Dufresne
Il y a deux ans, on a eu. On avait fait un débat ensemble à Blois. C'était après la projection de mon film Un petit chien sage. Est ce que tu te souviens de ce que tu as dit au public quand tu as attaqué le public ? Tu te souviens pas que moi j’ai adoré ? Tu n’as pas eu. Tu as dit : Mon frère est mort à quelques kilomètres de là. Mais il faut qu’il y ait un film pour qu’il y ait un débat à Blois, pour que vous soyez là pour écouter mon histoire. Et moi j’avais. J’avais trouvé ça très fort. Alors évidemment, si tu ne reprochais pas aux gens qui étaient là parce que si, mais il y avait dans cette déclaration, il y avait quelque chose de très fort contre l’inertie, contre l’indifférence. Et tu avais tu avais. Tu avais ressenti ça, quoi. J’avais ressenti ça à ce moment-là. Est ce que. Est ce que c’est toujours le cas ou pas ?
Aurélie Garand
Toujours Bah oui, ça n’a pas changé et il y a toujours pas plus de gens qui se mobilisent sur la cause. Il y a toujours à faire, c’est toujours au même point. En même temps, je ne veux pas crier mais. On habite des fois des. Des villes aux abords des villes que. Ou c’est mort Quoi ? C’est mort ces questions là, c’est mort. Je ne parle que pour les militants puisque les militants sont là depuis des années. Mais ce qui est intéressant, ce qu’il faut, c’est récupérer que des gens lambda qui se mettent à militer. Ouais, là où pas spécialement c’est des déplacés dans Un pays qui se tient sage en compagnie de David Dufresne, bon voilà quoi. Et si le film existe, c’est aussi pour voir, pour faire de la matière.
David Dufresne
Bien sûr, pour faire des images,
Aurélie Garand
En fait, pour qu’on bouge, pour qu’on soit un maximum de monde. Et maintenant, c’est toujours pareil. Ça ne va pas changer.
David Dufresne
Alors dans ton livre, très tôt, page 24, tu te mets quand même quelques réserves et ça je trouve, là aussi je trouve ça très honnête et très courageux de le dire sur. Sur le militantisme. Dès les premières réunions de notre collectif, je ne l’ouvrais pas trop, j’observais. Beaucoup de militants se connaissaient depuis longtemps. Ça leur arrivait de se lancer des piques et de se prendre la tête pour des histoires d’ego, comme si on n’était pas là. On la famille, la famille dans groupe, comme si on n'était pas là. J’avais parfois l’impression que certains faisaient leur petite sortie militante de la semaine, qu’ils étaient un peu à côté de la plaque. Il m’est arrivé d’avoir envie d’en étrangler plus d’un. Mais on n’est pas là pour s’aimer, on est là pour lutter. Donc il faut savoir prendre sur soi. Mais est ce que tu peux en dire un peu plus sans balancer des noms ? Si, si, On n’est pas là pour distribuer les bons points, mais pour comprendre la logique.
Aurélie Garand
Bah en fait ça, si je le dis c’est pareil, c’est que je considère qu’on est tous au même point.
David Dufresne
Mieux.Et bah je te lis un peu mieux.
Aurélie Garand
C’est bon,
David Dufresne
Mais faut pas le dire.
Aurélie Garand
Mais c’est vrai, au fil des années, au fil des années, ça vient et après je comprends parce que il y a des militants qui sont là par conscience et ils ont du cœur. Mais nous les familles, on a été touché dans la chair, donc on en a rien à foutre que l’hôtel soit parti en vacances là bas et que ceux ci et que y a trois semaines tu m’as dit si tu m’as dit ça, ce n’est pas grave. Et ça je pense que ça se passe dans tous les groupes. Tous les groupes qui s’organisent seuls pour lutter. Je ne sais pas chez tout le monde j’imagine, mais c’est chiant, c’est chiant et il fallait dire. Et en même temps, si moi aussi un jour peut être que moi aussi un ça peut m’arriver de s’en faire, j’y repense et que je me dise merde, quand on a une réunion pour s’organiser pour quelque chose machin pour militer, on n’est pas là pour se raconter ses vacances ou on s’en fout de ça en fait non, ce n’est pas la fin. Tout le monde qui lutte quand on fait une réunion, on a un objectif et l’objectif qu’il faut aller c’est pas. Et en même temps, j’ai hésité à dire ça, j’ai hésité parce que je remercie tous les gens qui ont toujours été là, même ceux qu’on fait ci, ça. Je remercie parce que voilà, ils ont été là par respect. Franchement c'était il faut arrêter ça.
David Dufresne
Non mais tu vois là on n’est pas là pour régler nos comptes.
Aurélie Garand
. On a tous un objectif et c’est avancer sur la cause, les causes, ça avancer pour avancer.
David Dufresne
Le chat te donne raison C’est tellement vrai ! Et moi je peux te dire que de lire ça si tôt dans le bouquin page 24, c’est vraiment très tôt. Au contraire, ça m’a incité à continuer la lecture parce que je me suis dit là il y a montré ses faiblesses. Ici c’est quelque chose de fort quoi. Et donc je me suis dit ben voilà, on est dans le on est dans un exercice d’honnêteté intellectuelle et donc j’ai envie de continuer, tu vois, plutôt que d'être toujours là dans un discours extrêmement souverain et sûr de lui. Et voilà, et c’est un secret de polichinelle que de dire qu’il y a aussi des dissensions stratégiques entre certains collectifs, etc. Et c’est bien aussi de mettre un peu les choses sur la table de temps en temps quoi. Voilà. Mais je comprends que tu aies hésité là
Aurélie Garand
Tiens.
David Dufresne
Je t’en prie, je t’en prie. Oui, on était sur Raymond. Grande famille de forains dont l’histoire la tienne différemment, lui donne une coloration. Voilà, je cherchais des mots différents. Qui était Raymond Buren ?
Aurélie Garand
C’est un grand homme, Raymond. C’est un résistant de la Seconde Guerre mondiale. Raymond, lui, est décédé il y a deux ans. Et Raymond. Malgré son âge, il continue à dénoncer et à dire aussi la vérité. La vérité c’est que ce n’était pas les allemands qu’ils gardaient, la vérité c’est etc. La vérité c’est que c’est l’État qui les gardé, c’est les Schmitt français qui y prennent sa carte de rationnement pour se nourrir. C’est Raymond Buren, désolé, c’est trop tentant. Raymond c’est quelqu’un qui a toujours existé et qui a donné aussi une grande force. Il a fait la Seconde Guerre mondiale et toute sa vie, Raymond, il a dit la vérité. Raymond, il est venu en marche pour Angelo et Raymond et m’a toujours soutenu en fait. Toujours soutenu dans la volonté de dire la vérité de la détermination. Et Raymond. Il était là aussi pour rappeler que l'État français ne nous a jamais épargné en fait. Raymond a rappelé que ce n'étaient pas les Allemands qui gardaient. C’est le gouvernement français. Ce n’était pas les Allemands qui y piquaient sa carte de rationnement, c'était le gouvernement français. Raymond. Toute sa vie, il a résisté et à toutes les personnes qui l’ont rencontré, je pense qu’il a laissé une force. Et puis il y a un devoir de mémoire aussi. Voilà qui était émouvant.
David Dufresne
Qu’est ce qu’il te disait, Raymond, par rapport à ton combat ? Quel soutien apporter ? Quels conseils ils te promulguent ?
Aurélie Garand
Raymond disait que j’avais raison déjà et que. Et de rien leur épargner parce que eux, ils nous ont rien épargné les morts, comme il dit. Elle m’a dit que c'était bien ce que je faisais. Et surtout, tu m'écoutes. Tu m’as dit tu continues. Tu continues. Parce que si tu ne le fais pas, en fait, personne ne le fera et. Il avait raison. Il a raison, Raymond. Sinon si nous on le fait pas, si nous on lutte pas, sinon on ne fait pas valoir nos droits. Si on se bat pas au quotidien ou même dans un. Pour la justice, il fallait avoir la vérité, mais en fait personne ne le fera pour nous. Et la question à se poser, c’est. Quand je dis ça, est - ce que les autres sont légitimes de le faire pour nous ? En fait, je ne pense pas non plus que les autres personnes prennent la parole à notre place. Et que l’on doit tous prendre courage et force. Pour lutter ? Ça commence déjà par. Par rappeler ce qui nous en fait. Et. Et imposer qu’on nous respecte. Imposer qu’on nous respecte parce qu’en fait-on ne nous respecte pas. Quand on voit. En fait, les tuiles années 70 ont pour but de reconnaître les génocides de la Seconde Guerre. 70 ans après. C’est quand même. Ce n’est quand même pas juste. Ce n’est quand même pas normal. C’est quand même pas Raymond, lui a une magie de continuer de le faire et que la place dans laquelle je me trouvais. Bah en fait c’est cela que je dois être et surtout ne rien lâcher.
David Dufresne
Page 43, tu écris :Depuis qu’ils nous ont fait ça, j’ai vraiment pris conscience que j'étais une entre guillemets racisée. Fermez les guillemets comme les noirs, les arabes, les asiatiques. J’ai toujours été à la campagne, donc je n’en connaissais presque pas avant, mais on se retrouvait souvent au même endroit, au parloir par exemple, sans se connaître. Dans le fond, on était pareil, on vivait des choses qui se ressemblent. J’ai déjà eu des remarques. Ah, tu marches pour les autres, tu marches avec les Noirs et des Arabes. Je réponds à chaque fois Ouais, Et quand t’es en train de crever en prison, c’est qui te dépanne du tabac ? Guignol ! Il est impossible pour moi de dire nous d’un côté et les autres de l’autre. C’est logique qu’on marche tous ensemble parce qu’on est dans la cible. Au final, c’est toujours nous les racisés et puis tous les pauvres en général. Ça, c’est ce qui remonte à Daddy aussi ou pas ? Vous parliez de ça.
Aurélie Garand
Oui, on en a déjà parlé. Raymond m’a déjà dit écoute pas les autres, on va te reprocher que tu marches avec les Noirs, les Arabes, les Roms. Moi aussi on me le reproche. Mais ceux qui nous le reprochent, finalement, qu’est ce qu’ils font, eux ? Rien. Rien en fait. Qui sont personne pour nous faire des reproches ? Et en même temps. C’est tellement vrai qu’on est au même, on est dans le même viseur, on est. Même si on est différent par notre façon de vivre, peu importe. En fait, on est tous dans la même, tous la même cible. Ouais Raymond aussi. Là j’ai eu droit à un genre de réflexion. Ceci en fait, c’est que des réflexions, c’est des gens, des gens comme d’autres qui viennent dire vous marchez avec eux, vous marchez avec eux. Moi, on m’a déjà dit par exemple : tu marches avec les Roms, on n’est pas des Roms. Je m’en fous de ça, moi. Moi, je m’en fous de ce qu’on est. Je m’en fous complet de ce qu’on est. Je m’en fous de ce que les autres y sont aussi d’ailleurs. On est tous des humains à la base. Moi, à la base, je me bats pour le droit à la vie, le droit à la vie de chacun. Donc je m’en fous que Pierre, Paul Machin, mais ce que je vois, c’est qu’on les considère on est la même cible, on est dans le même bateau en fait. Je ne ferai jamais la différence parce que il appartient à telle communauté parce que. Est ce que c’est un riche parce que c’est un pauvre ? Non. Et d’ailleurs Angelo, il n'était pas comme ça non plus. On est tous plus humains. En fait, on ne va pas. On n’a pas à trier et ni à écouter, à écouter ce que les autres pensent de qui on devrait aller. On va avec, on marche pour la cause. Pour la lutte et pour le droit à la vie de chacun. Non, on ne fera pas de différence d’une manière si ? Ça me paraît logique et Juste surtout
David Dufresne
, Roland dans le chat écrit : Sales voleurs, Cassez vous les familles Roms avec enfants insultés et menacés par des villageois obligés de fuir et un élu encore une fois à la manœuvre pour exciter les foules. Retour sur ce qu’il s’est passé à Villon dimanche Sur entendu parler de ça, j’imagine ? Tu as vu les images ? Non, tu n’as pas vu ça.
Aurélie Garand
Je n’ai pas vu ça, je suis passé à côté de ça.
David Dufresne
Bon.
Aurélie Garand
Mais en même temps, quand j’entends ça, ça ne m'étonne pas. En fait, ça, ça ne m’étonne pas, c’est que ça s’est encore répété.
David Dufresne
C’est ça. Donc quand je dis bon, je veux dire par là. Bon, t’as déjà de quoi, t’as déjà beaucoup sur les épaules, donc ce n’est pas la peine de t’en remettre. Mais si, si jamais tu l’avais vu. C’est une vidéo absolument glaçante qui a été notamment diffusée par David Perrotin, de Mediapart, me semble-t il. Mais en tout cas, voilà, c’est ici quelque chose d’assez et de violent, de violent, de violent..
Aurélie Garand
Alors en fait, violence on peut Dire de ce que j’entends là, c’est faire façon ce que je vois, ce qui s’est passé là, ça s’est déjà passé On méprise des gens parce qu’ils appartiennent à une catégorie de personnes ou à une communauté où des fois on met des gens dans une communauté à laquelle ils n’appartiennent pas. Mais faut respecter tout le monde tant que l’humain ne respectera pas tout le monde. Enfin sur tous les politiques on en sera toujours là en fait.
David Dufresne
Sylvia te demande si ce n’est pas indiscret, comment s’en remettent les petits. Que ce soit ton fils qui était présent le jour du drame, que ce soit les enfants d’Angelo. Si c’est indiscret, on trouve une autre question.
Aurélie Garand
Moi mes enfants j’en parle souvent et Angelo l’a lu car tout ça c’est pas tabou. Et il me semble qu’ils vont plutôt bien. Les enfants d’Angelo, ils ont l’air d’aller plutôt bien aussi, mais en fait, dans le fond. Dans le fond, ce n’est pas notre faute, ce n’est pas la mienne, mais dans le fond. On s’en remettra jamais. On a beau dire que ça va aller, ça va aller, c’est sûr, ça va aller. Mais ce qu’on nous a appris. Parce qu’au delà de nous avoir pris Angelo, il y a tout le mensonge qui va derrière. Comment bien se reconstruire ou bien vivre ? Je ne sais pas. Il semble que tout le monde. Je ne vais pas dire va bien. Mais essaye de vivre ça. Je le dis souvent faut s’imaginer qu’en fait comment on vit on ? Mais on essaye plutôt de vivre. On essaye de vivre comme tout le monde maintenant. Après un traumatisme pareil, je ne pense que les enfants d’Angelo. Ce n’est pas que je pense que je n’admettrai jamais ce qu’on a fait. Je maîtrise et je ne peux pas en fait. Le mal que les enfants d’Angelo doivent faire. Bordel, on leur a pris leur père quoi ? Je ne sais pas, une question indiscrète, mais je pense qu’au fond on essaye tous d’aller bien. Mais alors quoi ? C’est compliqué, c’est compliqué. Mes enfants, je les vois tous les jours. Donc du coup. Chaque événement, on en parle. On a la parole libérée. Il me semble qu’ils vont bien et grâce à la lutte aussi. Parce que quand je dis l’impunité crée des monstres. Ça crée des tueurs et la lutte, ça permet aussi à nous adultes de tenir dans dans le bien. De ne pas faire n’importe quoi, de pas ne pas leur prendre ce qu’ils nous ont pris quoi. C’est ça en fait aussi lutter. Lutter, c’est vivre. Lutter, ça permet d’aller bien à moi peut être. Et je suis persuadée que ça fait du bien. Autour de moi, à la famille aussi. Ceci dit, quand on ne fait rien, on ne dit pas rien, on se résigne pas à ce qu’ils ont fait croire. Et on continue quoi. Je ne sais pas si j’ai bien répondu à la question, mais c’est comme ça.
David Dufresne
Merci. Très bien. Pourquoi t’aurais mal répondu ? Aurore te demande le délai habituel pour avoir une réponse de la Cour des droits de l’homme
Aurélie Garand
Cependant, il n’y a pas de durée, on n’a pas de temps prévu quoi pour ça ? Ce n’est pas comme quand on a pris le premier non-lieu. Nous, on avait dix jours pour faire appel. Nous, on avait dix jours pour faire l’appel. Mais là arrive la seule DH Ils n’ont pas d’obligation de réponse dans un temps court
David Dufresne
Mais c’est le dernier recours possible. On est bien d’accord. Donc est-ce que tu t’y accroches particulièrement ou ce n’est pas ça qui te quitte ? Un élément moteur par rapport à la force que tu comptes, que tu arrives à trouver pour la lutte ?
Aurélie Garand
Personnellement je ne parle pas au nom de la famille. Moi toute seule franchement je m’en tape complet, je m’en tape complet puisque ce n’est même pas sûr en plus de gagner. Ouais, et même si on gagne qu’est ce que ça va apporter de plus ? Ça fera une affaire de plus où la France a été condamnée par la DH. En géo, ça ne sera pas le premier, ça ne sera pas le dernier. Je ne sais pas si on va gagner peut être que je ressentirai comme une petite victoire. Mais là, à l’heure actuelle, ce que je me dis là, c’est qu’on gagne. Ce n’est pas ça fera qu’une affaire de plus ou voilà où la France va aller condamnée. Mais la raison principale pour laquelle on continue le combat. C’est quoi ça ? Ça s’arrête. Le seul but en fait, ce qui est plus de meurtre comme ça quoi. C’est ça le but. Et est ce que si la France a été condamné par la CEDH dans l’affaire d’Angelo. Est ce que ça va faire bouger les choses ? Je ne pense pas non, en fait ça ne changera rien.
David Dufresne
Donnelapapatte demande : de qui viennent ces genres d’ordres du préfet. Concernant le fait que ce soit le GIGN qui soit intervenu le 30 mars 2017.
Aurélie Garand
Bah franchement, je n’en ai aucune. Aucune idée de qui ça vient. Aucune idée. Ça doit venir certainement des préfets, mais aussi des procureurs. Les juges d’application des peines. Je connais le tribunal de Poitiers. Il y a eu un truc du tribunal de Poitiers aussi pour faire intervenir le juge. Je ne sais pas. Il n’y a pas une personne en particulier qui est responsable d’avoir envoyé le GIGN
David Dufresne
Quelle merveille tu es, Aurélie, te dit Maka dans le tchat.Alors Sentierbatttant fait du placement de produit c’est sa grande spécialité. Je suis Kamel Daoudi, je déconne, je suis Kamel Daoudi et je suis fier que ton livre figure dans la même collection publiée par les éditions du Bout de la ville. Ces paroles, que beaucoup considèrent comme illégitimes, doivent être entendues et participer à une lutte commune pour la dignité de chacun et de chacune. Beaucoup d'émotion devant le témoignage d’Aurélie, ça permet de mettre en lien cette histoire avec toutes les autres émissions sur ce sujet. Il y a Mésange qui dit "Quelle émotion d’entendre Aurélie. Des gens tout à l’heure disaient qu’ils avaient envie de vomir en écoutant non pas ce que tu dis en toi, mais en écoutant ce que tu racontais. Bien sûr, bien sûr que les larmes montées chez certains, oui, on écoute en silence, dit à l’instant Ronan. Ce sont les multiples condamnations qui vont finir par forcer la France à changer la loi. Urbain nous dit on, peut juste écouter et être plein de respect et d'émotion avec ce genre de témoignage est ce que tu veux ? Est ce que tu veux ajouter quelque chose que j’aurais honteusement oublié d'évoquer avec toi ce matin ?
Aurélie Garand
Non. Je voudrais juste ajouter que les gens ont les larmes qui leur montent d'émotion et il ne faut pas pleurer de tristesse, faut pleurer de colère. C’est tout. Moi, souvent je pleure et je m’en fous. Je n’ai pas honte ? Oui, il y a l'émotion, l’amour, la chaleur à croire en l’humanité, en nous quoi. Mais surtout ne pas pleurer de tristesse. On peut pleurer de colère mais ne pas pleurer de tristesse. C’est tout ce que je veux leur dire.
David Dufresne
Alors je dis merci Aurélie Garand pour ce témoignage Merci Aurélie, dit Euryale. Tellement d'émotion. Avez-vous des soutiens financiers pour votre combat judiciaire ? Demande TashiDelek.
Aurélie Garand
Le combat judiciaire a pris fin. On a fini, on est en attente de réponse et tout. Mais par contre, il y a des réseaux comme il y a des réseaux qui ont besoin notamment je pense au collectif Urgence, La police assassine aussi au réseau d’entraide Justice et Vérité. C’est un réseau où on a beaucoup de familles et de soutiens, de crimes, violence d'État. Où ? Où on s’organise pour les marchés ou on est là. On est là pour s’entraider. Et d’ailleurs il y a une page Facebook du collectif Justice et Entraide, justice et vérité. Voilà. Mais nous, le collectif pour Angelo, la famille d’Angelo pour le combat judiciaire.
David Dufresne
Force à tous ceux en lutte, dit Malko. Bravo pour ce témoignage. Une grande dignité nous dit Badass. Sentierbattant évoque l’article de CQFD qui sorti il y a quelques jours avec un portrait d’Aurélie. Cette colère est contenue et tellement admirable, dit Rolland. Le Réseau d’entraide et vérité Euryale donne le lien Twitter. Voilà, je crois que tu viens sur Paris, me semble t il dans quelques jours pour la sortie. C’est où ? C’est à quelle heure ?
Aurélie Garand
C’est à 19 h. La médiathèque à 59 rue de l’Ourcq à Paris.
David Dufresne
59, rue de l’Ourcq. Ça, ça doit être le 19ᵉ ou le 20ᵉ, un truc comme ça.
Aurélie Garand
Ça, C’est ça.
David Dufresne
Eh ben je peux vous dire que ceux qui auront la chance d'écouter Aurélie parce que quand vous êtes dans la même pièce que Aurélie, ça résonne encore plus, C’est d’une force incroyable. Je me souviens d’un de l’autre débat qu’on avait fait ensemble. Je suis passée après toi, j’ai vu, je n’ai rien pu dire. Moi c'était au NPA. Je ne sais pas si tu te souviens, s’il y a deux ou trois ans. Et j’avais complètement saisi la toute la salle qui écoutait. Dans un silence absolument incroyable. Merci Aurélie, N’abandonnez pas votre combat. Merci pour votre courage, la force de votre témoignage et à l’importance qu’on doit lui accorder. Veux-tu ajouter quelque chose ?
Aurélie Garand
Non Merci à toi merci à tous ceux qui ont écouté, merci à tous ceux qui luttent, qui soutiennent de près ou de loin on continue, on ne lâche rien, surtout pas lâcher, là, c’est ce qu’on a dit. Merci tout le monde.
David Dufresne
Voilà. Super ! Allez, je t’embrasse.
Aurélie Garand
Moi aussi. Je vous embrasse tous

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.