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Bisexualité : angle mort des luttes féministes et queer ?

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Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Eh bien bonjour, bonjour et bienvenue à tous dans “Qui va faire la vaisselle ?” Parce que nous on fait la révolution je suis toujours Nora Bouazzouni et je suis toujours ravie de vous retrouver en direct et en chat, n’hésitez pas. Alors il y a déjà du monde au poste CSE, a pris un abonnement de niveau 1, c’est son 59ème mois d’abonnement. J’adore parce que ça fait un peu comme on parle en chiffres bébé. Tu connais l'âge des bébés, 36 mois, 18 mois, 59ème mois d' abonnement, merci beaucoup CSE.
Stéphanie Ouillon
Moi c’est une envie qui s’est construite au fil des années où je lisais pas mal dans la sphère anglophone des essais queer, quelques livres bi que j’arrivais à attraper par-ci par-là quand je pouvais tout en constatant que même dans des librairies anglophones le rayon Bi il n’existe pas. En tout cas, c'était quelques livres comme ça. Et de par mes lectures, en fait, j’ai construit cette frustration de me dire on parle de concept, de vision du monde queer qui vise à questionner comment sont construits nos sexualités, nos identités, et on parle notamment de déconstruire la binarité hétéro-homosexuelle et quoi de plus pertinent pour ça que de parler de bisexualité.
Nora Bouazzouni
C’est un big up. Faut que je m’arrête, parce que vraiment, faut pas me lancer dans ton livre Camille, il y a plein de jeux de mots, d’ailleurs il y en a qui disparaissent. Parfois j’ai une phrase, je dis oh, est-ce qu’elle a fait exprès d'écrire ce mot ? J’espère que oui.
Camille Teste
Ouais, ne t’arrête pas vraiment à continuer à faire des jeux de mots. Merci, je suis venue pour ça à la base.
Nora Bouazzouni
Impeccable.Donc alors toi, est-ce que toi aussi tu t’es dit, il y a un manque de littérature, de recherche sur la bisexualité en France et donc allons-y, je vais écrire moi aussi ce que j’ai envie de lire.
Camille Teste
En fait, moi je pense que je l’ai plus vécu comme une personne bi qui se cherche et qui essaie de comprendre ce qui lui arrive en me rendant compte effectivement que quand j’allais en librairie, tout ce que je vis, je le vis à travers des livres, donc je me suis rendue compte qu’il y avait très peu de bouquins sur le sujet et que du coup, j'étais obligée de me tourner vers des bouquins sur des enjeux de lesbianisme et autres, ce qui m’a évidemment aidé quand même, mais ça ne suffisait pas, et puis après je suis surtout tombée sur des chiffres où je me souviens, comme tu l’as dit, que 10 % des moins de 30 ans se disaient se penser bisexuels en France, c’est pareil dans plein d’autres pays là où il y a de la recherche, donc je me suis dit en fait, ça veut dire que 10 % des moins 30 ans vont dans une librairie et ne tombent sur rien, ou un livre, ou deux, ou voilà, un PDF, ou un blog sur internet, enfin voilà, quelques trucs, et des trucs super, enfin je veux dire, si tu écumes les réseaux sociaux, il y a ta newsletter, il y a plein de choses, mais sauf qu’en fait un livre c' est aussi un objet de légitimation dans ce sujet, et qu' en fait s’il n’y a pas de livre sur nous, ça va dans le sens de « on n’est pas légitime ». Et puis, c’est aussi quand je me suis rendue compte que non seulement il n’y avait pas de livres sur le sujet ou peu de livres, mais aussi que on était ultra représenté dans les chiffres de dépression, addiction, précarité, problème de santé, de santé mentale en tout genre, aussi de la discrimination au travail, etc. Et je me dis, mais en fait, on n’est pas juste sur-représenté dans ces questions en tant que personne queer, on est vraiment sur-representé en tant qu’personne bi, parce que je ne sais pas, tu prends les chiffres de la dépression en moyenne, les personnes bisexuelles sont évidemment plus confrontées à la dépression que les personnes hétéro mais aussi, et c’est vrai pour certains indicateurs, que les personne gays et lesbiennes, donc si on n’a pas d’endroit pour danser.
Nora Bouazzouni
Trois pages ou quatre pages de chiffres, on en parlera tout à l’heure, mais moi ça m’a vraiment… Enfin je connaissais quelques chiffres seulement, mais alors là c’est un festival de ça va pas du tout. On reparlera du coup de est-ce que les bisexuels vont bien ? Bon la réponse est non, c’est plutôt pourquoi ils vont si mal que ça. Ouais. Donc dans cette bibliothèque, créons cette bibliothèque Une section locale Anar est tombée sur ce thème. Ah, écoutez, je veux bien qu’on m’en dise plus. Ciel, mes bijoux, ah j’adore mais allez-y lâchez vos jeux de mots, merci pour les drapeaux, c’est vraiment chouette Stéphanie dans ton livre, tu commences en disant qu’il y a un manque de communauté, de culture, de recherche scientifique et de réflexion spécifiquement liée, donc comme disait Camille, il y a plein de bouquins sur le lesbiennisme, on peut s’en servir nous, mais bon c’est pas non plus, ça colle pas exactement à ce qu' on vit ou ce qu' on cherche Donc c’est un manque de toutes ces ressources qui sont spécifiquement liées à la question de la bisexualité dans l’espace francophone. C’est comment ailleurs ? Est-ce qu’on est en retard aussi là-dessus ? Parce qu' on est quand même en retard sur beaucoup de studies, que ce soit queer, gender, racial….
Stéphanie Ouillon
Alors moi je vais faire une réponse en deux temps par rapport à moi ce que j’ai pu lire et consulter sur la production anglophone et spécifiquement états-uniennes et aussi britanniques sur la question des bisexualités. Il y a un grand nombre de livres d’anthologie, de livres collectifs, de groupes aussi qui ont été créés depuis les années 70 sur la bisexualité, d’ailleurs moi je m’en inspire, enfin c’est mon matériel aussi de recherche et d’inspiration j’en traduis des extraits que j’utilise après soit dans la newsletter Bie, soit dans mon livre. Donc il y a la pensée qui était là, il y à des communautés qui étaient là, il y a des gens qui ont pensé la bisexualité à l’intersection, notamment avec le féminisme et d’autres enjeux. Donc quelque part, il y a quelque chose qui est de l’ordre. Il y a plein de choses, il n’y a pas besoin de réinventer la roue, il y avait la pensée qui était la quoi.
Nora Bouazzouni
Moi aussi Camille, c’est ce que tu as constaté quand tu as commencé à faire des recherches sur le sujet pour le livre ou même toi, chercher des choses à lire. Est-ce qu’il y a des régions du monde où tu as trouvé plus de ressources ? Après on ne parle pas 50 langues, donc il y a forcément des choses qui peuvent nous échapper. Mais est-ce que tu t’es dit, tiens au Canada ils sont plus en avance, en Italie, en Espagne. Est- ce que t’as identifié des zones un peu plus ouvertes à ces questions ?
Camille Teste
Je dirais qu’il y a des zones où, comme tu le dis Stéphanie, je ne pense pas qu’ils n’ont plus 30 ans d’avance, mais au Québec, moi j’ai habité longtemps au Québec et c’est notamment au Québec que j’y ai commencé à me réfléchir en tant que bi et où je trouvais quand même certaines choses. En Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, bon voilà, je suis tombée sur des contenus, des assauts, des choses qui étaient faites depuis assez longtemps et je dirais que c'était aussi, enfin moi ce qui m’a vraiment exaspéré, même si je le savais, mais en écrivant ce livre, c’est de me rendre compte que dès que j’avais besoin de faire appel à des chiffres, à la recherche, tu vois justement, je te parlais de problèmes de santé mentale, de précarité, etc, je trouvais quasiment rien en France, donc j’ai besoin de m’appuyer sur des chiffre aux Etats-Unis, en Angleterre, j’en ai eu un peu en Australie aussi, mais c'était quand même assez difficile de trouver, tu vois des trucs, même s’il y en a quand même en France mais très très peu par rapport à ce qu’on a besoin de montrer. Je sais pas, le traitement des demandeurs d’asile spécifiquement bisexuels en France parce qu’on sait que les demandeurs d’asile bisexuels sont discriminés par certains aspects encore plus que les hétéro évidemment mais aussi les gays et les lesbiennes.
Nora Bouazzouni
Oui, tu parles des stratégies justement pour obtenir un asile, évidemment, si tu dis que t’es bi, on va te dire que tu pourrais quand même choisir d'être hétéro, donc on va peut-être pas te donner l’asile. En tout, dans ton pays, relationne avec des gens,et puis c’est tout quoi.
Camille Teste
Ouais, et puis en fait tu vas évidemment risquer l’emprisonnement ou la mort dans ton pays aussi. Ce qui est évidemment, pour moi, l’un des arguments majeurs qui dit en fait il y a quelque chose de spécial dans la bisexualité, ça veut pas juste dire être gay ou être lesbienne. En l’occurrence, dans ce cas précis, les juges ont une compréhension biphobie en fait de ce que c’est que la bisexualité que la bisexualité et donc vont avoir des traitements de la biphobie. Mais on pourra y revenir, on va voir des bis, des biphobes, exactement, donc, en fait, on a besoin d’avantages de recherches en France, comme en fait on en a besoin dans tous les pays, bien sûr.
Stéphanie Ouillon
Je voudrais juste rajouter que dans le milieu de la recherche, moi ce que j’ai regardé, à part notamment une thèse de Yuen-Siu Tien, en histoire la bisexualité c’est pas traité, en philosophie c'était très très peu traité et en sociologie on a heureusement depuis quelques années, on a plusieurs scientifiques qui bossent sur ces questions-là et dont des articles maintenant sont publiés, y compris dans des ouvrages qu’on trouve maintenant en librairie, je pense à la bêtise minorité sexuelle et de genre, enfin bon il y a eu plusieurs, la sexualité qui vient aussi qui était publiée l’année dernière. Voilà, donc on a des scientifiques qui arrivent à publier sur ces questions-là en sociologie du genre et des sexualités.
Nora Bouazzouni
Encore un angle mort je trouve enfin je constate en tout cas quand on s’intéresse à la littérature féministe aussi, à tout ce qui peut sortir, maintenant on sait qu’il y a un énorme nombre d’ouvrages qui sortent depuis quand même une dizaine d’années sur les féminismes, les enjeux de genre et de féminisme, même dans les espèces de sommes grosses comme ça, des dictionnaires, des encyclopédies, des trucs un petit peu qui essayent de faire une espèce de somme des enjeux de genre et de féminisme, alors la bisexualité, elle a sauté à l'édition.
Stéphanie Ouillon
Oui et c’est là où c' est incompréhensible. Moi j’ai parcouru et j' ai lu parmi les ouvrages les plus en vue qui sont les plus liés depuis les années 2020 et c est assez incompréhensible parce qu' il y a explicitement une volonté d’interroger le système hétéro, sexiste, dominant, le patriarcat, voilà. Une volonté aussi même pour des autrices qui se disent hétéros qui se présentent comme hétéros et qui ont envie d’aller interroger la pensée queer, la pensé intersectionnelle sur ces questions-là, et donc qui font cet effort-là de creuser au-delà d’un prisme uniquement si c’est hétéro-blanc, et qui pourtant passe systématiquement à côté de la bisexualité. Mais d’un côté,ce n’est pas étonnant, parce que si on se réfère aux sources qu’on a en français ou aux sources qui nous parviennent le plus traduites ou depuis le milieu anglophone. La bisexualité, il faut aussi, il y a quelque part, il va falloir la chercher pour la trouver en fait. Mais ça reste frustrant quand on a une centaine de chercheurs-chercheuses qui contribuent à un ouvrage et personne ne peut écrire sur la bisexualité. Est-ce que statistiquement, il n’y en a bien une qui vit dedans quand même ? Statistiquement, y en a peut-être une dizaine, il y en en a au moins 3-4, ça dépend de leur âge après mais voilà, c’est comme une équipe de foot.
Nora Bouazzouni
Bon, statistiquement, tout le monde n’est pas hétéro.
Camille Teste
Ouais, puis dans des gens qui produisent de la pensée, et notamment de la pensée féministe, enfin on le sait, il y a énormément de femmes bisexuelles ou de personnes bisexuelles de manière générale, donc en fait et il faut le redire parce que comme c’est un cliché sur nous le fait qu’on serait dépolitisé par nature, il faut le redire, les bisexuelles sont présents dans toutes les luttes, je ne vais pas le faire là parce que je trouve ça bizarre de lister les gens, mais moi je le fais dans mon livre.
Nora Bouazzouni
Sans moi, il y en avait une ou deux, j'étais là « ah bon ? » Bah ouais, pardon. Elle n’est pas lesbienne,
Camille Teste
Elle est parmi les grandes figures de proue des luttes féministes, écolos, antiracistes, anti-validisme il y a plein de bisexuels. Et sans spoiler, il y a un livre collectif sur la bisexualité qui va sortir l’année prochaine et qui va vous montrer ça avec brio. Mais j’aimerais bien, si c’est possible, réagir à un commentaire dans le chat. Il y a quelqu’un qui dit : pourquoi serait-il inquiétant de ne trouver aucun livre sur la bisexualité ? On peut, au contraire, voir cette absence comme une normalité. La bisexualité serait juste normale, ça serait pas un problème, il n’y aurait rien à en dire. Alors, c’est vrai qu’en fait dans les faits, si la bisexualité venait pas avec un certain nombre de réalités négatives, on s’en fichait de faire un livre sur la bisexualité, tu vois, je dis souvent, on fait pas de livre sur les fans de macramé parce que le macramé, bon, voilà, c’est pas très intéressant. Je vais me mettre à dos la communauté du macramé. Attention, il y a peut-être beaucoup de fans de macramé Au poste. C’est vrai, sans doute, mais en fait le truc c’est qu' être bi ça vient avec des réalités bien spécifiques, je l’ai dit un peu en termes de problèmes de santé mentale, de santé physique, des oppressions qui sont spécifiques. Évidemment que les bis sont confrontés à de l’homophobie mais sont aussi confrontés à de la homophobique et l’ensemble des comportements discriminatoires, des stéréotypes à l’encontre des personnes spécifiquement bi, donc specifically attirées par plus d’un genre, ça ça a des conséquences sur le réel des personnes bi. Et en fait si on n'étudie pas ça et on ne nomme pas ces réalités, surtout on n’essaie pas de comprendre pourquoi
Nora Bouazzouni
C’est un vécu spécifique dans vos livres, c’est assez limpide dès le début de toute façon, ce que j’ai trouvé très intéressant notamment c'était de commencer aussi, toutes les deux vous revenez sur le 19e siècle avec l’invention de la sexualité comme un outil d’oppression, de hiérarchisation, je voulais savoir d’abord, vous, depuis quand est-ce que vous identifiez la bisexualité comme une identité qui est revendiquée ou en tout cas qui est vue comme valide en France par exemple ou aux Etats-Unis.
Camille Teste
Déjà moi je crois pas que la bisexualité soit vue comme valide en fait c’est à dire que je pense que beaucoup de gens encore aujourd’hui en 2026 estiment que la bisexualité souvent n’existe pas ou est juste un passage pour alors souvent on va dire aux hommes en fait les hommes bi vous n'êtes pas vraiment des bi vous êtes des gays qui n’assumez pas encore et aux femmes hétéro aux femmes bi tu vois lapsus révélateur On va dire, en fait, vous êtes des hétéros qui vous inventez une identité pour avoir l’air cool. C’est ce qu’on dit à plein de stars, Cardi B, les Madonna, les Katy Perry, à qui on a reproché souvent finalement de se dire bisexuel pour vendre des albums. Ce qui est ultra biphobe, par ailleurs on reparlera de ça, justement, le queer baiting.
Nora Bouazzouni
Et toutes ces discriminations et ce dont on accuse les personnes bi.
Camille Teste
Après, et après je te passerai la parole Stéphanie, puisque je sais que tu connais bien ce sujet, il y a effectivement un moment au 19ème siècle où on commence à nommer homosexualité, hétérosexualité, bisexualité, homosexualité et ça vient plutôt d’une espèce de mouvance militante portée notamment par un Karl Maher, Karl Bény qui est on pourrait dire un militant qui va avoir besoin de nommer les homosexuels, c’est-à-dire des personnes qui sont pénalisées parce qu’ils ont des pratiques de type sodomie notamment et en fait du fait de commencer à nommer les attirances des psychiatres et les premiers sexologues vont s’emparer un peu de ce truc là pour commencer à nommer effectivement des attirance mais aussi des déviances c’est aussi le moment où on va commencer on invente le masochisme par exemple ou ce genre de choses pour effectivement pathologiser les inclinations amoureuses et sexuelles de tout ce qui ne sera pas la norme et donc imposer ce système d’hétérosexualité obligatoire Mais moi, ce qui m’a vraiment fascinée, c’est de me rendre compte que finalement, alors que les mots hétérosexualité, homosexualité sont inventés à peu près en 1967, on va dire un peu avant 1867, et que le mot bisexualité arrive pour décrire des inclinations humaines peu après, en fait, vers 1890, ce terme de bisexualité ne s’impose pas. En fait, il y a une dichotomie homo-hétéro qui va s’imposer et qu’on est encore en train d’essayer aujourd’hui, en 2026, de déconstruire.
Stéphanie Ouillon
En fait, historiquement, s’il faut bien se remettre dans le contexte, la sexualité en tant que concept et que notion est inventée au XIXe siècle.Avant, on dit, on parle de pratique, on fait du sexe, on a du sex, on n’a pas une sexualité. Ce concept-là, ce mot-là apparaît au XIXe siècle et il apparaît avec, comme tu l’as expliqué, des catégories, des mots qu’on va mettre pour définir certains nombres de comportements sexuels. Et qui ensuite vont aussi être développés en tant qu’identité. C’est à ce moment-là aussi que, petit à petit, se déploie l’idée que, en tant que personne, on peut se définir avec une orientation sexuelle qui devient aussi une identité sexuelle et qu’on peut dire un tel est hétérosexuel, un autre tel est homosexuel. On devient ce qu’on fait quasiment. Voilà donc ça c’est important déjà à poser. La deuxième chose à poser c’est que le mot bisexualité dans ce contexte là aussi d’avoir il apparaît au XVII-XVIIIe siècle plutôt dans le domaine de la biologie et il a un sens différent de celui qu’on lui porte aujourd’hui. Oui alors ça je ne savais pas du tout, je devais voir dans vos deux livres ça j'étais où là ?
Nora Bouazzouni
C’est la différence notamment de taille et différents organes génitaux qui ressemblent d’une même espèce. Par exemple, chez les oiseaux, les femelles et les mâles sont différents, les insectes sont plus grands et les mammifères, en général la femelle est plus petite que le mâle et les organes sont quand même très différents.
Stéphanie Ouillon
C’est ça donc entre deux adultes, dits mâles et femelles, parce qu’on est dans un système dichotomique où il n’y a que de sexe, ce que notamment Anne Foster Sterling a démonté ensuite dans les années 1990. Bref, donc on a la bisexualité, l'état de fœtus, donc l'état dit embryonnaire, où on a le potentiel de développer soit vers l’axe mâle, soit vers la femelle. Au cours donc du développement du fœtus et puis à l'âge adulte. Et la bisexualité, elle sert à justement justifier cette théorie du on évolue et on évolue vers la chose la meilleure, c’est-à-dire être hétérosexuel. Et dans cette évolution, en fait, les homosexuels, les personnes qui ont des comportements homosexuels, c'était quoi ? Ce sont des personnes qui se sont arrêtées trop tôt dans leur développement biologique, donc dans les années au 19e siècle et puis après au 20e siècle avec notamment les théories de Freud dans le développement de ce qu’on appelle psychosexuel, donc le développement psychique de la sexualité.
Nora Bouazzouni
C’est marrant, parce que c’est vraiment quelque chose, même cette idée qu’il faut choisir, qui imprègne toute la société. Quand on parle du monde du travail, c' est la même chose, quand on parle d' énormément de pratiques humaines, c’est le nomadisme, il faut pas, il y a vraiment quelque chose de très européo-centré. Encore une fois, vous parlez de théories racialistes, mais il y avait vraiment cette espèce de “en France”, on fait comme ça, on doit choisir. Choisis un seul métier, pas cinq, change pas de métier tous les ans, trouve-toi une baraque, une personne, enfin c’est vraiment « fais des choix », enfin c’est une phrase que l’on entend. Mais faut faire un choix quand même, fais des, fais les choix !
Stéphanie Ouillon
Il y a un chercheur allemand qui s’appelle Thomas Bauer dont une partie de ses travaux a été publié en français qui s’appelle Vers un monde univoque et qui lui pose comme théorie que dans nos cultures européennes et nord-américaines, on est dans des cultures qui sont très très réfractaires à l’ambiguïté, d’où cette tendance à vouloir catégoriser et de manière c’est soit A, soit B, soit C, mais ça peut pas être et A, et B, et C. Ouais, politiquement aussi quoi. Donc je sais que c’est bien de construire notre système de pensée, qui peut être hyper utile et efficace. Il y a un autre concept en psychologie qu’on appelle la pensée dichotomique, qui nous permet de prendre une décision très très rapidement, A ou B. Donc on ne va pas s’embêter avec des complexités, des subtilités dans tel contexte, peut-être si, dans quel sens, c' est peut- être ça. Non, il faut pouvoir agir rapidement. Et donc ça peut être très utile quand on prend une décision urgente pour sauver sa vie, par exemple. Mais dans des contextes un peu plus complexes et riches comme celui de la sexualité humaine, ce n’est pas forcément ce qui est le plus adapté pour penser nos comportements, nos désirs, ainsi que la suite.
Nora Bouazzouni
Je vais prendre le commentaire de JB Fox d’abord qui dit dans le cadre juridique protection de l’enfance j’ai dû me défendre parce que non ça n’est pas parce que je suis bi que je suis ambivalent et donc pas assez rassurant pour mes enfants vous en parlez dans vos livres aussi Beslay qui dit ma première sortie en bar Lgbt j’ai dû expliquer à des mecs gays en quoi j’avais pas besoin de coucher avec un mec pour me revendiquer bi on va en parler aussi et sur YouTube il ya Elie qui dit c’est cliché mais on dit souvent que les lesbiennes voient mal les bi Alors que les gays, non. C’est vu comment dans les communautés gays lésbiennes ? Eh bien, on va évidemment parler aussi de tout ça. Vous me faites mon conducteur dans le tchat là, comme d’habitude. Et oui, effectivement, le petit Vapophile qui rappelle la psychanalyse influence freudienne et lacanienne. Merci encore pour out les préjugés et normes imposées.
Camille Teste
Je pense aussi que tu vois, cette idée que finalement les bisexuels n’auraient pas fait de choix et que ça c’est mal, on est obligé de le remettre dans un contexte spécifique parce qu’en gros, c'était un préjugé d’instabilité. En fait, on serait instable voire parfois on serait des menteurs. Il y a un chercheur en 2005 qui s’appelle Michael Bailey qui a vraiment essayé de faire des expériences pour montrer que les personnes bisexuelles étaient des menteuses.
Nora Bouazzouni
Ah tu le racontes dans le livre ?.
Camille Teste
Mais ça m’a donné envie de casser quelque chose. C’est une étude très connue qui s’appelle, qui a un nom un peu scientifique, mais en gros qui est connu sous le nom gay, hétéro ou menteur. Et en gros, le chercheur va montrer à des hommes qui se disent bisexuels des images porno, donc des images avec deux femmes sous-entendues, si vous êtes hétéros, ça va vous exciter, puis des images plutôt issues du porno gay, puis une image du genre de paysage, et va étudier en gros les érections, et pour voir si finalement, les hommes qui ce disent bi ont plus d'érections. Dans tel contexte ou dans tel autre, et en twistant un peu les résultats, notamment, tu vois, en ignorant les gens qui n’ont pas eu d'érection du tout, parce qu’en fait on est dans un laboratoire et que, bref, de toute façon le contexte fait que c’est très bizarre d'être excité dans ce contexte, va essayer de démontrer qu' en gros les hommes bi sont des hommes gays qui mentent. Et ça, montrer que du coup on serait des menteurs, on serait instable. C’est à lire dans un contexte psychophobe, validiste, d’une société qui déteste tout ce qui a trait à l’instabilité et ça va aussi expliquer pourquoi nous les bi, on est souvent représentés au cinéma notamment comme des menteurs, des manipulateurs, des gens qui seraient versés dans la manigance, des psychopathes, donc c'était Sharon Stone dans Basic Instinct, c’est Frank Underwood dans House of Cards.
Nora Bouazzouni
J’avais oublié, dans ton livre, quand tu le cites, j’avais complètement oublié qu’il y a quand même des séquences assez claires.
Camille Teste
En fait, la bisexualité, ça va être souvent utilisé au cinéma comme une façon un peu pratique de montrer que vraiment vous êtes face à quelqu’un dans ce table et ce qui m’a vraiment fascinée, parce que je crois que j’en avais pas assez conscience en fait avant d'écrire ce livre, même si je sentais bien que voilà. C’est que je m’attendais en fait en quelque sorte à ce que le monde majoritaire, donc on va dire les gens normaux entre guillemets et les hétéros et ce genre de préjugés, je m’attendais peut-être moins à ce ça existe aussi dans les espaces LGBTQ+, notamment les gays et les lesbiens, et on le voit, je sais pas, par exemple, dans un documentaire très connu de 92 qui s’appelle Thank God I’m a Lesbian (Dominique Cardona et Laurie Colbert 1992 ) qui fait témoigner plein de lesbiennes très connues, dont Sarah Schulman et Christine Delphy. Je vous invite vraiment à le regarder et à voir ce qu’elle dit de la bisexualité. C’est toujours de l’ordre de la traîtrise, tu l’as dit, on pourrait y revenir, mais aussi de l’ordre de l’instabilité de gens qui n’ont pas fait de choix, de gens pas matures.
Nora Bouazzouni
C’est une escroquerie, je crois, je l’ai dit quelque part, c’est une arnaque ou une escroquerie.
Camille Teste
C’est une arnaque et de l’inconséquence, je sais plus exactement quel est le terme politique. Elle dit une arnaque ou une trahison politique. Et en fait, ça on pourra y revenir parce que ces discours sur le fait que les bis sont des traîtres, on les retrouvera à plein de moments dans l’histoire. Mais je pense que c’est important de dire que les conséquences très concrètes sur les personnes bisexuelles, de ces discours, sur l’instabilité des personnes bi.Cette invisibilisation des bisexuels, parce qu’en gros, soit on va en parler pour dire que c’est des psychopathes ou des menteurs, soit on ne va pas du tout en parler et ils auront l’impression de ne pas exister, ça a des conséquences. En fait, si vous avez l’impression que vous n’existez pas ou que vous êtes une personne forcément instable, vous allez développer de la honte de soi, de la haine de soi qui va avoir plusieurs conséquences, soit vous allez quand même vous dire bi et au fond, vous allez avoir l' impression d'être une personne instable, malade, avec la honte que ça peut impliquer, encore une fois, dans un contexte d’un système notamment très psychophobe, très saniste. Soit vous n’allez pas dire que vous êtes bi en fait, et vous allez vous le cacher vous-même, ou vous allez vous le cacher aux autres, aux hétéros, mais aussi dans le monde.
Nora Bouazzouni
Oui, c’est une charge cognitive, t’en parles dans le bouquin qui est quand même, on le voit avec les chiffres aussi, qui n’est pas moindre.
Stéphanie Ouillon
La question aussi est vraiment de l’information, de la vulgarisation autour de la bisexualité. Moi, ce documentaire, je m’en rappelle très bien parce que je l’avais regardé. C'était une diffusion qu’on avait fait avec un groupe de queer avec lequel j'étais à l'époque, j’avais été outrée quand j’avais entendu cette intervention sur la bisexualité. Et ça avait été un déclic pour moi. Après, on avait débriefé ensemble ce qu’on avait pensé du documentaire, là, je me suis vraiment outrée et j’ai critiqué cet aspect-là du discours. Et je m'étais rendue compte que mes potes queers, en fait, n’avaient pas conscience de pourquoi c'était un problème, ce qu’ils venaient d'être dit dans ce documentaire-là. Donc même des personnes queers politisées, très politisées, n'étaient pas vraiment conscientes en quoi ça pouvait être un problème parce que manque d’accès à l’information, de discours, de présence de la bisexualité dans nos milieux.
Camille Teste
Et je pense à un manque aussi de personnes bisexuelles ou d’alliés qui, en fait, quand des discours comme ceux-là sont prononcés, se parlent en fait et disent c’est pas ok, c' est biphobe, et ça donne lieu, je trouve, à des, tout au long de l’histoire, à des moments, des interventions, je pense par exemple à Giovanni Dall’Orto qui est un historien italien sur les questions homosexuelles, sans doute le plus connu, qui va écrire en 2006 on voit des bisexuels en gros dans les backrooms et dans les buissons et dans les soirées gays mais on les voit jamais en manif par exemple. Donc ce fameux cliché des bisexuels finalement voudrait le beurre et l’argent du beurre.
Nora Bouazzouni
En plus, pardon, on les voit pas en manif, mais non, mais on n’a pas une étiquette écrite « je suis bi » et on fait pas un décompte des identités présentes à une manif, en plus.
Camille Teste
Et puis ce qui est purement scandaleux, c’est que quand tu reprends l’histoire des luttes homosexuelles en fait, de Brenda Howard qui est la mère des prides, qui a créé les premières marches des fiertés, à la personne qui a créé la première association gay aux Etats-Unis, qui s’appelle Stephen Donaldson je crois, son surnom c'était Donny The Punk, a plein de gens qui étaient en première ligne dans les années du VIH SIDA, tout un tas d’autres exemples en fait, des bisexuels évidemment engagés, il y en a partout, mais ces discours-là, en fait ce qu’ils cherchent à faire c’est de nous ramener, enfin en tout cas je sais pas si c’est volontaire ou pas, mais de nous rappeler que finalement notre place dans les espèces LGBTQ+, elle peut sauter à tout moment. En tout cas moi c’est comme ça que je le reçois et encore une fois les conséquences elles sont très concrètes même en 2026 puisqu’on se retrouve quand on est bi constamment à devoir se justifier mais non non je ne suis pas une traître mais je te promets en fait oui c' est vrai je relationne avec des personnes de plusieurs genres mais je ne vais pas forcément choisir à la fin un homme avec lequel j’aurais un labrador et une maison et d’ailleurs Si c'était le cas, je crois que ce serait OK aussi, parce que et ça, je le dis, j’ouvre un tiroir de plus, il y a beaucoup de personnes bisexuelles qui, pour survivre dans les milieux LGBTQ+, vont constamment parler de leurs attirances hétéro, avec une forme de moquerie, voire de détestation. Tu vois, oui d’accord, je suis bi, mais ça me dégoûte vraiment, j’essaye de faire taire mes attirances pour les hommes.
Nora Bouazzouni
On va essayer d'être plus misandre, on va vraiment d’aller dans la misandrie pure pour remettre à distance, pour être crédible et légitime là-dedans.
Camille Teste
Ouais, sauf qu’en fait le problème de ça, c’est que, honnêtement, c’est de la haine de soi, encore une fois.
Nora Bouazzouni
Ça m’emmène à ce qu’Anna Gatsby dit dans son spectacle et sur scène où elle dit en fait j’en ai marre de me moquer de moi parce qu’en fait ça me fait du mal et ça à nous fait du mal à la communauté, aux communautés queer d'être dans une espèce d’autodérision pour être validé, pour être accepté, tolérer ce mot affreux dans des communautés et de sans arrêt rire de soi au final ce que tu dis ça a des conséquences qui sont très concrètes sur la santé mentale notamment et sur la façon dont on nous perçoit dans l’espace médiatique, public, politique.
Stéphanie Ouillon
Il y a la question aussi du passing queer qu’on peut avoir dans les milieux queer donc paraître plutôt gay et lesbienne plutôt qu’autre chose, on sait pas trop quoi.
Camille Teste
Et in fine, ça fait que c’est aussi beaucoup de personnes bi qui restent dans le placard en se disant hétéro mais aussi en se disant gay et lesbienne ou alors qui vont cacher leur orientation sexuelle y compris à des personnes de même genre avec lesquelles elles relationnent. D’ailleurs j’ai un chiffre là-dessus parce que je trouve ça fou 35 % des hommes bisexuels et 17 % des femmes bisexuelles qui sont en relation avec des personnes de même genre donc en gros en couple homosexuel cachent le fait qu’elles sont bi à leur partenaire donc ça dit aussi quelque chose d’un contexte où finalement c'était pas si évident de se dire bisexuel.
Stéphanie Ouillon
Donc il y a une question vraiment où on retourne sur la question du coming-out où déjà en tant que bi on doit faire des coming-out partout, tout le temps, toute la vie, et j’aimerais ajouter un autre point par rapport au côté haine de soi, détestation, il y aussi de la protection à pas se aoûter en tant que bi dans des espaces qui soient hétéroqueers, on va reparler des stratégies.
Nora Bouazzouni
Justement dans les espaces.Ce que vous dites sur le côté, on parle d’un impensé mais c’est même impensable. Moi je me rappelle les premières soirées queer mais c’est des soirées gouines. J’ai été avec la team barbie Turex donc là on remonte à une époque où on n’a pas connu plein de gens. C’est-à-dire que le pub était encore ouvert mais c était beaucoup à la Flèche d’or et donc c'était des lesbiennes et des personnes queer plutôt jeunes, de mon âge la vingtaine d’années quoi, en gros à peine à peine 20 ans quoi vraiment. Et moi j’avais un passing hyper hétéro, enfin je m'étais pas dit qu’il fallait que je m’habille d’une certaine manière dans certains endroits.
Stéphanie Ouillon
Juste par rapport à l’anecdote que tu racontes, moi je tire un lien aussi avec la femme phobie qui existe dans les milieux queer. Parce que c’est ça en fait, ça fonctionne comme un procès. La femme phobie, c'était discriminer les personnes sur leur apparence considérées comme féminines. Donc les personnes, l’expérience que tu parles, moi j’ai entendu des gouines femmes raconter la même chose en disant elles arrivent dans un espace lesbien et on leur demande mais qu’est-ce que tu t’es perdu ma petite, voilà quoi. Donc toujours cette question et ça tire le trait avec la question de la contamination de la pureté qui est notamment, moi je cite pas mal Julia Serano qui est une militante trans et bi aux Etats-Unis qui montre bien quand même qu’il faut être plus royaliste que le roi dans les milieux queer et avec cette question de : il faut être très gay, très lesbien et puis tout ce qui peut être attaché à la féminité de manière générale est quasi systématiquement soupçonné d'être pour le regard masculin, pour un mâle gaze et donc ça s’articule donc avec la femme phobie, avec la transmisogynie et puis aussi avec la manière dont on va critiquer ou percevoir la féminute ou la masculinité réelle ou supposée des personnes racisées. Voilà, il y a tout ça qui s’articulent de la même manière et la biphobie en fait participe à une autre facette de ce problème-là, de comment on se catégorise aussi nous-mêmes et on se discrimine aussi nous même à l’intérieur même des communautés queers.
Nora Bouazzouni
Il y a 172 personnes sur Twitch, il y en a aussi sur YouTube, on n’a pas le compte. Cnews vient de dépêcher, ces envoyés spéciaux, pour comprendre le phénomène, mais qui sont ces bi qui sifflent sur nos canapés. Avant de revenir plus largement et plus précisément sur les discriminations au sein des luttes et des milieux queers dont vous parlez longuement dans vos livres à toutes les deux, je voulais parler de la question du coming-out, mais aussi surtout celle enfin je pense que toute personne bi l’a expérimenté au moins une fois et quand je le dis une fois j’entends mille fois c’est la seule identité qui, pour exister aux yeux de beaucoup de gens, doit être pratiquée c’est à dire que je me suis embrouillée avec beaucoup d’hommes disons-le parce qu’ils me disaient mais toi t’es pas bi ? Alors déjà pour ces photos de la termination de match où ils me disaient : mais du coup je suis avec des meufs et j'étais là mais quel rapport entre les deux Je lui ai dit, mais en fait, on ne demande jamais aux hétéros, enfin aux gens, je ne sais pas, à un ado qui se dit, bah je sais pas j’ai 17 ans, je me dis, je suis hétéro. Et t’as couché avec des meufs ? Non, pas encore. Ah bah donc t’es pas hétéro. Et qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Et ça, c'était quand même une des premières violences qu’on vit, quoi. C’est bien prouve-le en fait.
Camille Teste
Et en fait ça s’arrête jamais, c’est-à-dire que t’as beau être obis depuis des années, t’a toujours un moment où on va finalement je sais pas si tu dates une nouvelle personne, donc déjà tu vas devoir faire ton coming-out à cette personne parce que par exemple moi si je date une nouvelle, personne c’était un homme il va se dire bon c'était une hétéro, c’est une femme il va dire bon une lesbienne finalement je vais déjà devoir faire un coming-out out. Donc premier endroit de vulnérabilité, parce que tu risques que ce soit un mec par exemple qui va te fétichiser, qui va te dire cool on pourra faire un plan à trois si tu veux. Soit une nana qui va te dire un petit peu de l’ordre, peut-être, enfin c’est pas toujours le cas évidemment, mais qui pourrait te dire des choses comme les exemples que tu donnais tout à l’heure, de trouver ça dégueulasse, de je passe pas après une bite, ce qui par ailleurs est transphobie, je pense, je peux se rappeler que voilà, associer un genre et des attributs génitaux, c' est un peu daté comme réflexion. Et puis ce truc d’avoir toujours à prouver, c’est Robinox par exemple qui est une autrice et militante bisexuelle aux Etats-Unis qui se dit en fait il nous faut une carte, une petite carte comme ça puisqu’on pourrait à chaque fois qu’on a des relations sexuelles avec des partenaires T’as le genre où t’as l’or, on pourrait demander une petite signature, comme ça on pourrait prouver. Mais en fait c’est vrai que, enfin moi souvent je me suis retrouvée à parler mais surtout tu dis que l’idée c'était que si on n’a plus de tampons pendant x mois, on nous révoque la carte du bisexuel quoi. Et donc du coup bah si t’es monogame, tu te retrouves là, bah voilà, à dire bon bah quoi en fait, pour continuer à prouver que je suis bisexuelle, faut que je me sépare d’un partenaire ou d’une partenaire avec laquelle je suis. Non, il faut tromper bien sûr. Il faut tromper ! Et puis comme on est bi, on est de toutes façons, on a un style. Et voilà, c’est nous ! Et tu vois, moi je suis polyamoureuse, donc il s’avère que j’ai cette chance, déjà c' est trop bien, j’adore être polyamoureuse, mais bon, ce n’est pas le sujet. Mais il y a vraiment un truc en l’occurrence, je peux attester, tu vois continuellement dans nos quotidiens, d’avoir des relations. Tu balades avec des attestations sur l’honneur de tes partenaires ? Avec mes partenaires en fait, un dans la main comme ça, on se balade dans la rue. Non, mais du coup, je dirais que je ne suis pas polyamoureuse pour prouver que je suis bisexuelle. Mais par contre, ça m'économise une énergie d'être polyamoureuse et de pouvoir démontrer en quelque sorte que j’ai des partenaires de plusieurs genres, pas en même temps, au même moment, mais tu vois.
Nora Bouazzouni
Moi j’ai l’impression qu’on nous parle, vraiment c’est juste mon expérience personnelle, mais qu' on nous parle de cul beaucoup plus facilement. Ça rejoint ce que tu dis, moi vraiment, dès que tu dit à quelqu’un que t’es bi, putain alors, mais les gens se lâchent et te posent des questions super intimes ou bien te racontent, et là genre, wow.
Camille Teste
Tu sais, il y a des expériences qui ont été faites au travail, par exemple, où, en gros, tu essaies de voir s’il y a de la discrimination à l’embauche, par exemple, contre les personnes bisexuelles. Donc, tu envoies un CV où tu précises que t’es gay. Ah oui, quand tu écris ça, j’ai halluciné. Tu envoie un CV ou tu précise que t’es homosexuel et un CV que tu précisent de rien, en fait, souvent, en moyenne, les CV des personnes bissexuelles, on va proposer un salaire moindre. Et puis on va aussi estimer que c’est plus inapproprié en fait cette candidature est plus inappropriée parce que ce qui se passe c’est que les gens quand tu leur dis qu’ils sont bisexuels ils entendent pas une identité minoritaire qu’il faudrait protéger avec des politiques d’inclusion ils entendre ok la meuf elle est fan de bondage et de BDSM ou de je sais pas quoi tout le temps et tout le monde.
Stéphanie Ouillon
Voilà c'était ça donc pourquoi on parle de ça au travail en fait. Il y a aussi, il faut voir, une interprétation que je fais aussi de cette hypersensibilité à la sexualité quand on est en présence de personnes bi ou de personnes qui vont dire qu’elles sont bi, on est aussi dans un moment où l’identité homosexuelle, une partie en tout cas, c’est aussi un petit peu normalisé. Et puis dès les années 50-60, moi j’ai étudié le mouvement Arcadi, qui est le premier réseau et mouvement qui se disait non pas en France, donc créé en 1853 par Baudry, et qui a fait aussi une revue mensuelle que j’ai étudiée. Tu dis que t’as largement décortiqué qu’il est quoi ? Oui, entre 67 et 72. Ça a été publié de 53 dans les années 80. Mais eux, ils se revendiquent notamment vers un discours politique porté pour se revendiquer comme homophiles et non pas comme homosexuels. Pourquoi ? Pour trouver une légitimation auprès de la société dominante sur : on va cacher le sexe qui se fait dans les toilettes publiques ou dans les buissons le soir et puis nous ce qu’on veut légitimer c’est le fait qu' on s’aime, on crée des couples stables sur le modèle qu’on peut trouver, de la famille stable, nucléaire, bourgeoise, hétérosexuelle. Donc il y a ça, mais quand on vient en dire qu' on est bisexuel, moi j’interprète qu' on vient remettre la sexualité, la pratique sexuelle, le concret et peut-être pas le côté juste romantique sur la table, ça, je pense que ça vient aussi dans une société où à la fois la sexualité, le sexe est partout, le porno, les pubs, voilà, c’est très très là. Et en même temps, il y a des discours, le discours est quand même à la foi très présent, et en même temps le discours intime sur la sexualité est aussi pas si évident que ça pour plein de gens. Et ne serait-ce que nommer des pratiques, des caractéristiques anatomiques qui ont lieu avec les pratiques sexuelles, ça peut… Voilà ça gène et quand on parle de bisexualité on dit tout d’un coup c’est comme si il y a une irruption du sexuel dans la conversation
Nora Bouazzouni
Non mais ça c’est passionnant, moi vraiment quand je disais ça dans mon livre, j'étais genre tellement, mais pourquoi ? Il y a beaucoup beaucoup beaucoup de gens qui réagissent, je suis très contente, alors merci aussi Michel pour ton soutien, pour le don. Il y a Jamie Foxx qui dit ça va être une séance de thérapie cette émission, Timorofil qui dit, je trouve ça incroyable, le besoin de figer et discriminer notamment dans les espaces minoritaires, on va en reparler. Le petit Vapo-fil, qui dit la réduction de l’attirance, de l’aspect affectif également, l’association mécanique, j’imagine que le sujet est explosif, eh oui, et on associe attirance et désir. Et c’est-à-t'être, et c'était alors Timorofil qui dit l’argument horrible qu’on entend, c’et que l’habit bénéficierait de privilèges hétéros plus privilège queer, comme si c'étais forcément une plus-value et zéro discrimination. On va en reparler, je voudrais vous faire d’abord réagir Ah oui, parce que on parlait de queerbaiting, c’est là où je voulais en venir. C’est donc on parlait d’un band d’artistes accusés de queerbaiting, donc de faire croire qu’ils et elles ne sont pas hétéro. Pour vendre des disques, faire des entrées au cinéma, vendre des livres, je ne sais rien.
Stéphanie Ouillon
C’est pire que ça, c’est-à-dire que c'était rétractable aussi. On l’a vu au mois de juin, il y avait deux artistes, je crois que c'était Billie Eilish et puis une autre artiste dont je ne me rappelle plus le nom. Il y a du Fletcher, Jojo Siwa et Billie Elish qui sont apparues publiquement avec des partenaires des mecs. Et là, ça y est, c'était fini quoi trahison quoi.
Camille Teste
Ouais, alors moi, normalement, je ne vais pas sur Twitter parce que j’aime la vie. Et il s’avère que là, du coup, effectivement, c'était au mois de juin, donc c’est le mois des prides, le mois de fierté. Je me suis dit, bon, qu’est ce qui se dit de ces histoires ? C'était horrible, évidemment, c'était présenté, ce qui a été présenté en gros, c' est comment est ce que ces traîtres peuvent se mettre à relationner avec des hommes, alors qu’en plus, c est la honte, c pendant le mois des fiertés. Et beaucoup de gens liaient ça au fait que Trump était revenu au pouvoir, donc à un backlash réactionnaire qui, en gros, pousserait ces artistes à se mettre à relationner avec des hommes. C’est-à-dire qu'à aucun moment, personne ne se dit en fait que c’est de personnes bisexuelles, en tout cas attirées par plus d’un genre, parce qu’elles n’utilisent pas, sauf Billy Elliot, je crois, l'étiquette bisexuelle. Et en fait, super elles sont là, elles sont queer, c’est bien, peu importe le genre de la personne, c n’est pas le sujet d’où le privilège hétéro.
Stéphanie Ouillon
Parce qu’elles peuvent se permettre de retourner en couple hétéro, quand politiquement c’est compliqué. Et donc ça vient alimenter cet argument du privilège hétéro.
Camille Teste
Un argument qui serait cool de débunker, si c’est ok pour toi, Nora.
Nora Bouazzouni
Je veux juste prendre deux secondes pour remercier Dollywood qui a lancé un raid, c’est-à-dire pour les gens qui ne connaissent pas le terme, c'était quand quelqu’un était en train de faire un live Twitch et finit son live et dit « maintenant vous pouvez aller. » Et ben là, Dollywood a dit « allez, Au poste ». Donc il y a 65 personnes qui viennent de nous rejoindre d’un coup. Bonjour à tous, nous parlons de bisexualité avec Stéphanie Ouillo et Camille Teste, autrices de deux livres sur le sujet et aussi de la newsletter Bie.
Camille Teste
Voilà, Camille, à toi. Déjà, merci à Dollywood que j’adore on a déjà eu l’occasion de discuter. Ah, trop bien ! Ouais, en fait, ce truc du privilège hétéro, on l’entend tout le temps, en fait. Le supposé pied ou la supposée partie hétérosexuelle des bisexuels les protégerait comme une sorte de bouclier magique. Et souvent, quand on va vous dire ça, parce qu’on va vous dire, c’est bah oui, les bisexuels, quand vous êtes en couple hétéros, si vous louez un appartement, vous n’allez pas être discriminé. Si vous êtes dans la rue, vous allez pas subir de violence homophobe. Ce qui, en général est vrai, à part si vous avez un style qui est tellement queer que vous risquez quand même. Mais le problème, c’est qu’en fait, même quand on est en couple hétéro, on reste des personnes queers.
Stéphanie Ouillon
Il y a un autre angle avec lequel on peut analyser cette thématique-là, c’est d’utiliser le concept de passing, donc c'était d'être identifié à tort ou à raison comme étant membre d’un groupe minorisé.
Nora Bouazzouni
Exemple moi j’ai un wide passing, je m’appelle Nora Bouazzouni mais j’ai une tête de blanche donc moi aussi j’entends des trucs racistes parce que les gens pensent pas que je suis racisée ça m’a rappelé ce que tu disais alors sur les commentaires homophobes quand les gens pensent que tu es hétéro.
Stéphanie Ouillon
Donc le groupe minorisé, en tout cas, groupe social de manière générale. Donc du coup, on peut avoir un passing hétéro ou un passing queer, ça peut dépendre dans quel contexte on est, comment on est habillé, avec qui on se tient la main, et ainsi de suite. Et en fait, ce truc de passing hétéro, il faut bien en mettre aussi ça que les gays et les lesbiennes, ils l’utilisent aussi, au travail quand ils ne sont pas hot, quand certains dans la rue s’habillent d’une certaine manière, quand on ne va pas casser le poignet pour parler. Il y a plein de choses comme ça où on utilise ce passing hétéro à des fins de protection et parce que c’est utile et voilà. Et il y a du passing qui peut être intentionnel, donc on est conscient de le mettre en place, ou intentionnel. C’est-à-dire que c’est les autres personnes qui à l’insu de notre plein de gré vont nous assigner cette étiquette hétéros, gays, lesbiennes, rarement pis donc il y a ça.
Nora Bouazzouni
On devient instable, enfin je veux dire dans une instabilité qui est celle qui nous est reprochée par ailleurs. Donc c’est-à-dire que là on est dans un cercle complètement vicieux.
Stéphanie Ouillon
Contrairement aux communautés gays, lesbiennes ou hétéro qui vivent dans le monde de la normalité, en tout cas si on prend un haut niveau d’abstraction, les bi jusqu'à il y a très très récemment, on va où pour chercher du soutien ? Elles sont où les collègues ?
Nora Bouazzouni
Vous parlez d’un mot de livre que les associations lgbtqa+ sont plus en tout cas subventionnées que des assos bi, on va dire vraiment spécifiquement pour les bi, il y a assez peu d’assos, vous en parlez au début de l'émission aussi peu de collectifs, peu d assos, il ya Bi’Cause il a la Belle Gouine qui, la petite astérisque à Gouine dit que c’est pas que des lesbiennes qui sont invitées notamment par exemple pour leur table ronde et puis pour leur discussion il y à une question que je voulais prendre
Stéphanie Ouillon
Juste pour préciser, maintenant, il y a quand même un certain nombre de collectifs qui se sont créés localement, en France, en Belgique, en Suisse, qui offrent ces espaces de respiration, notamment par des cercles de parole donc aujourd’hui, en 2026.
Nora Bouazzouni
D’ailleurs si dans l'émission, si dans le chat vous voulez, si vous connaissez près de chez vous ou pas près de vous, vous pouvez les mettre, ça peut servir à tout le monde qui nous suit.
Camille Teste
C’est vrai que c’est important de dire que ça fait vraiment pas longtemps que ces collectifs existent. Ils existent grâce aux gens qui ont créé ces collectifs, tout simplement. Grâce aussi à des gens comme la militante Floralie Rezac a vraiment fait un appel, c'était en 2022 je crois, pour dire mais en fait, organisons-nous collectivement. Et elle l’a fait notamment parce que, effectivement, comme tu dis Stéphanie, être bisexuel et ne fréquenter que le monde hétéro ou le monde gay ou lesbien, ça ne peut pas être suffisant parce que… Être dans ces espaces c’est subir ça peut être des violences évidemment mais ça peut juste être des remarques, des moqueries, des choses qui peuvent être assez fatigantes et de toutes façons une délégitimation constante de ce qu’on vit comme si c'était moins grave et moi pour te donner un exemple il y a deux ans j’ai un copain avec qui on partage toutes sortes de luttes tu vois on est vraiment avec des manifs ensemble on est de toutes les luttes qui s’amusait à partager des mêmes hashtags je suis biphobe un peu façon je suis Charlie parce que ça l’amusait, parce qu’en fait, il considérait que la biphobie n'étant pas, pour lui, une vraie oppression, c’est quelque chose qu’on peut entendre souvent. C'était un peu un caprice de bisexuel qui cherchait à faire son intéressant, c'était pas grave de partager ça, bon voilà. C’est un exemple anecdotique, mais c’est de dire que c’est aussi en ce sens que, bah c' est vrai qu'être dans des espaces où on se comprend, où on se politise ensemble, on discute aussi de ce qui nous arrive, ça nous fait vraiment du bien.
Nora Bouazzouni
C’est ce qu’on fait quand on parle de non-mixité déjà, c’est-à-dire qu’on n’a pas besoin d’expliquer dans les milieux queers ou antiracistes en quoi la non-mixité sert justement d’avoir un espace où on n’en a pas besoin de réexpliquer les choses, de se justifier, de faire du machin-truc one-on-one et quand les Bi veulent avoir un espaces en non-Mixité Bi, alors on leur reproche de faire sécession ou de s’inventer des problèmes.
Camille Teste
Oui, et en même temps, quand ils n’ont pas ces espaces, on leur dit vous n’allez pas nous ramener vos problèmes de bi ou de meufs en couple hétéro, vous n’allez nous ramenez votre mec en soirée lesbienne ou ce genre de choses. Donc c’est vrai que les injonctions sont un peu contradictoires. Reste que si vous êtes bisexuel et que vous n avez jamais eu l’occasion de participer par exemple à un cercle de paroles de personnes bi organisées par un collectif de la ville, la grande ville la plus proche de chez vous, vraiment, je vous conseille d’y aller parce que déjà ça fait du bien psychologiquement, c’est incroyable de se retrouver avec plein de bisexuels dans une même pièce. C’est le début d’une démarche de se penser politiquement, de se rendre compte qu’en fait on est nombreux. On est au moins 50 % des personnes LGBTQ+ donc pour moi c'était la première étape. Après, pour se dire qu’on est nombreux, pourquoi on se laisse constamment gaslight par les gens qui ne sont pas bisexuels et qui nous impose des stéréotypes, l’idée qu’on serait privilégiés et tout ou de l’invisibilisation tout simplement.
Nora Bouazzouni
Il y a énormément de gens qui racontent ce qui leur est arrivé, ce qui arrive à leur entourage. Merci beaucoup de partager tout ça dans le tchat, je peux pas tout lire non plus, mais vraiment, donc, mon gros pisteal qui raconte justement qu’une amie lesbienne, une amie bi, pardon, était à l’anime d’une ami lesbiennes et que, bah, elle s’est fait traiter de manière hautaine et condescendante parce qu’elle est venue avec son compagnon, parce que, ben, les hommes-ci seraient débiles et qu’est-ce que tu amènes un mec ici, comment tu peux fréquenter les homes. Et oui, effectivement mon groupe hystyle, je comprends que t’es mal vécu la soirée, tu pourrais aller dans un espace safe et tu en ressors en te disant mais en fait je viens de subir des discriminations et des formes de violence.
Stéphanie Ouillon
Oui, enfin, pour revenir très rapidement sur la question du MLF et des gouines, il y avait aussi, ça c’est Ilana Eloa, j’espère que j’ai bien bien cité son nom, qui a fait une thèse là-dessus et qui montre aussi comment la figure de la lesbienne servait justement de repoussoir. Et donc c'était écrit, moi je cite dans mon bouquin à un moment donné, d’un édito du MLF qui dit, oui non, on n’est pas que des gouines hystériques, qui étaient ceux dont on a accusé les féministes à l'époque et au lieu de faire certaines féministe, au lieu faire corps. Avec les gouines là-dessus, ont plutôt investi cette figure en tant que repoussoir. Oui, elles se sont distanciées de ça. Bon, sur la question du MLF et du lesbianisme, ce qui est intéressant, c’est que la question de la bisexualité est quasiment totalement absente de la question, y compris au moment de la grande scission, donc au tout début des années 80, où on s’est bien demandé où est-ce que sont allées les bisexuelles.
Nora Bouazzouni
Vous sentiez le passé ?
Stéphanie Ouillon
Elles se sont mises dans un camp ou dans l’autre, mais voilà, de quelques exceptions certaines ont pris la parole, on a des textes que moi j’ai pu retrouver, mais c'était aussi un grand mystère. Où sont-elles ? C’est ça.
Camille Teste
Dans le bouquin de Stephen Angelides il y a une femme bi qui raconte qu’elle, c’est donc elle est étasunienne, elle est dans les années 70 aux États-Unis et qu’en gros, elle comprend que, ben, elle va pas pouvoir se dire bisexuelle parce que stratégiquement, alors qu’on est au moment de grandes luttes libérationnistes, où on va commencer à se créer en tant qu’une communauté qui serait homogène et qui serait la communauté homosexuelle, en fait, il vaut mieux se dire homosexuelle parce que si elle commence à se dire bi, elle va perdre une partie de sa communauté avec les solidarités qui vont avec et donc, en fait elle va se retrouver tout seul. Donc il y a plein de moments dans l’histoire où en fait les bis ont dû taire leur bisexualité pour survivre de toute façon dans leur communauté.
Stéphanie Ouillon
Juste pour préciser, elle s’appelle Kate il s’agit de Kate Millett, qui est une autrice féministe qui a écrit un texte "The Sexual Politics", cité non pas par Stephen Angelides mais par Yen-Siu Tien dans sa thèse 1970 qui est majeure dans l’histoire du féminisme et qui est, où donc les extraits de l’interview où Kate Millet explique, bah oui mais moi en 1968, j’ai fait mon coming out en disant que j'étais bi et les lesbiennes autour de moi m’ont fait comprendre non, non, c’est pas ça qu’il faut dire là maintenant Alors tu vois moi je parlais d’une autre personne
Camille Teste
C’est de dire que c’est quelque chose qu’on entend souvent et juste, je veux bien rebondir une seconde sur le témoignage dans l’autre question. La personne dit, oh là là, pourquoi tu relations avec les hommes si ils sont débiles et tout. Il y a quelque chose que j’ai remarqué dans mes recherches, c'était ce discours autour du fait qui est en fait très bi-misogyne, mais peut-être que les hommes bi aussi subissent ça, mais en tout cas les femmes subissent, qu' on serait en gros des débiles pas capables de résister à certaines choses. Donc parfois ça va être Amber Heard, elle aurait été pas capable de résister à tromper Johnny Depp parce qu’en tant que femme bi, finalement, dans un contexte, encore une fois, tu vois, des êtres de pulsion, vraiment, ce qui recoupe un peu le stéréotype de la folle, qui est aussi un stéréotype tout simplement misogyne. Et dans les milieux, par exemple lesbiens, on va souvent aussi nous présenter comme ça, comme en gros, c’est un peu ces connes qui sont pas capable de résister aux hommes et donc du coup qui n’ont pas la force mentale, en gros d'être des vrais révolutionnaires en quelque sorte quoi. Oui c’est ça, on va en parler juste après.
Stéphanie Ouillon
Oui, enfin c’est la transition en fait, parce que dans le milieu homosexuel révolutionnaire à la fin des années 60, donc quand ce milieu se créait aux Etats-Unis, et puis après 1967 ou 68 avec The Gay Manifesto, le manifeste gay de Karl Wittmann, et puis ensuite dans les années, tout début des années 70 en France, on a vraiment cette idée qu’on reconnaît qu’il y a des bis dans la communauté des militants, militantes homosexuelles, par contre on va leur dire ceux parmi nous qui se disent « bi » en fait, ils sont lâches, ils reconnaissent. C’est des homosexuels qui ne s’assument pas complètement.
Nora Bouazzouni
Vous pourriez faire autrement quoi en gros.
Stéphanie Ouillon
Alors après, en fonction des hommes et des femmes, on a des discours un petit peu différenciés, qui s’extraient.
Nora Bouazzouni
Je voulais vous poser comme question parce qu’il y a une question tout à l’heure je voudrais qu’on prenne qui est très intéressante d’abord je remercie JimyFox qui doit y aller merci pour tes interventions et puis bah oui tu finiras en replay tu vas voir ça va être encore passionnant tout le reste de cette soirée et il y avait aussi ah oui Ronan qui disait juste comment devenir bi. Ronanguennou bonsoir comment devenir Bi ? Bah écoute, j’allais dire, tu vois, on ne peut pas dire qu’on n’aime pas les épinards quand on n’a pas goûté les épinards. Bon, bah voilà, non, donc pardon, la question que je voulais poser, je n’ai plus le pseudo, il y avait un truc comme troglodyte qui vous demandait quelles sont les différences, alors peut-être les différends, peut-être comment on le vit et comment c’est perçu, entre les bi-femmes et les bi-hommes.
Nora Bouazzouni
Différence en termes de perception, de discrimination, est-ce qu’il y a une des deux qui veut rapidement répondre avant qu’on revienne sur le sujet ?
Stéphanie Ouillon
Je peux commencer par l’aspect historique.
Nora Bouazzouni
Oui, il va falloir galocher pour savoir si ça te plait.
Stéphanie Ouillon
Bien sûr, c’est la pratique. On aime la natation si on se met à nager. Bon, ben voilà. Je commence juste avec l’aspect historique parce qu’après ça permet de tirer des liens avec les stéréotypes plus actuels. Historiquement, moi je reviens sur ce dossier homosexualité qui a été donc écrit par Dominique d’Alerac, donc je parlais tout à l’heure en 1968, qui consacre un chapitre à la bisexualité, qui l’appelle aussi ambivalence psychosexuelle, etc. Et en gros pour résumer, pour les hommes, les hommes bisexuels, donc il y a la tendance, on va dire, normale de la sexualité, puis il y à la tendance dite déviante, et selon les théories de l'époque, la tende déviant, avec le temps, doit prendre le dessus. Donc ça veut dire que tôt ou tard, les homme qui se disent aujourd’hui bisexuels finiront comme des homosexuel exclusifs. Pour les femmes, c’est un peu différent pour les femmes on vas considérer qu'être bisexuel c’est mieux qu'être gouine, c’est mieux qu'être lesbienne. Pourquoi sous-entendu parce qu’elles ont un potentiel érotique qui n’est pas totalement frigide. Donc ça les rend toujours disponibles pour les hommes, pour le mariage, et surtout pour la maternité. Et donc ça, c’est deux éléments.
Nora Bouazzouni
En fait il y a une forme d’utopie et c’est un peu genre attendez les billes d’abord on va déconstruire et on va tout dégager les gens, la binarité et tout puis après peut-être que votre identité elle sera valable parce que dans ce cas là il y aura plus de binarités mais wait for it, wait for un truc qui n’arrivera peut-être jamais
Stéphanie Ouillon
Voilà, et ça c’est la thèse de Steven Angelides que je reprends dans le livre en expliquant et puis en illustrant avec des exemples francophones.
Nora Bouazzouni
Il y avait quelqu’un qui réagissait et qui disait que lui est bi et homme et que à chaque fois on lui dit mais en fait t’es un homo refoulé, etc. Donc il y a effectivement ça. Quelqu’un qu’il dit que oui, on tourne toujours autour des hommes, dit Polypopiette, incroyable, je viens de tilter polypopiete, fabuleux. Ce qui est la même chose avec les femmes ou hommes bi, c’est que tout tourne autour des homme, le patriarcat.
Camille Teste
Je crois que c'était une phrase qu’on attribue à Tigress Atkinson, qui est une militante lesbienne étasunienne. En fait, elle est tout à fait symptomatique d’un féminisme ou des luttes lesbiennes des années 80, notamment portées par Vitig, avec cette idée, finalement, qu’effectivement, il y aurait dans le lesbiannisme une forme de féminismes ultimes où, en fait, on viendrait se couper des hommes et arrêter de donner de l’eau à leur moulin, pour le dire poliment. En fait, je pense effectivement que, en ce sens, le lesbianisme peut être une façon de résister et peut être une résistance. Mais déjà, il ne s’agit pas de dire aux lesbiennes de forcément résister. Enfin, tu vois, pour moi, il y a vraiment un truc de dire, en fait, être lesbienne, c’est dur dans cette société.Donc, enfin, le simple fait d'être lesbienne, c’est déjà une lutte en soi. Donc, en fait, on ne vous demande pas non plus d'être des grands révolutionnaires. Et c’est pareil avec les bisexuels, en fait. Je le dis parce que j’ai l’impression que quand on porte une identité minorisée et notamment quand on est bi, on doit toujours se défendre et montrer que oui oui on est révolutionnaire et oui oui notre identité l’est assez donc donc je le dit pour ça Oui toutes les deux vous rappelez quand même que ce n’est pas parce qu’on est homo qu' on est forcément révolutionnaires et radicales Déjà, on sait très bien qu’il y a des homos de droite, voire d’extrême droite
Nora Bouazzouni
. Et je me rappelle juste une anecdote, à la mutinerie, j’avais été invitée pour une table ronde, justement, alors c'était par rapport à mon travail sur la bouffe, le genre et tout, et je me rappelle, on avait des questions-réponses, puis à un moment je disais, bah, moi, le cul entre deux chaises, bi, racisée, mais ça se voit pas en plus, et je pensais que dans le public, il y avait deux nanas qui étaient genre ok, yes, preach, et après on en a parlé, et elles aussi disaient, pareil, il n’y en a une qui, ça se voit qu’elle est racisée disons, elle n’a pas de white passing. Mais qu’ils disaient mais oui en fait ça quand tu cumules ces identités là et qu’il n’y a pas ce passing soit le passing queer ou le passing blanc ou le passing..T’es là genre, où suis-je ? Une espèce de purgatoire, ni là, ni ailleurs, ni en haut, ni au bas, t’as un peu un truc mouvant quoi. Mais du coup, est-ce que ce serait pas l’identité la plus subversive et révolutionnaire justement ?
Stéphanie Ouillon
C’est justement ce que dit Catherine Deschamps, militante bi, qui a écrit une thèse qui a été republiée après sous le titre Le miroir bisexuel, qui n’est pas trouvable actuellement en livre, mais qui a fait partie des co-fondatrices de l’association Bi’Cause et qui est écrit notamment dans un compte-rendu d’un séminaire queer qui s’est passé en 1996 et dont la transcription a été publiée en 1997 Pour être bi, il faut d’abord être nécessairement queer. Parce qu’on vient interroger, et par queer, on vient interroger des évidences, on viens interroge des normes, on via donc des normes hétéros, mais aussi des normes homos, on est déjà dans les années 90. Et donc la question de la bisexualité, moi, je la trouve hyper intéressante pour venir comme angle d’attaque, pour venir interroger tout ce qui n’est pas facilement catégorisable.
Nora Bouazzouni
C’est justement ce mot, il a été réapproprié parce qu’on ne met pas une étiquette dessus et parce qu’il veut dire à la base bizarre et étrange. Donc on le prend comme une espèce de médaille d’honneur en disant bah oui voilà, il n’y a pas à définir, queer c’est queer et puis basta quoi.
Stéphanie Ouillon
Et pour finir avec ce que tu disais, du coup, penser la bisexualité, c’est un outil pour aussi penser cette entre-deux, cet espace liminal de passage d’une catégorie à une autre, qu’on y reste, on n’y reste pas qui est commun à plein d’autres expériences de groupes sociaux, que ça soit des gens qui ont grandi dans un pays et habitent dans un autre, qui ont des parents, qui viennent de cultures, d’ethnicités différentes, qui sont passés d’une classe sociale à une autre au cours de leur vie. Là, j’ai vu une intervention sur la question du handicap invisible aussi,on est aussi là-dessus. Ce qui permet de toucher la bisexualité, moi je le prends comme tel, c’est un moyen de penser nos catégories sociales et nos expériences. Différemment, dans toute la complexité et pour ouvrir un champ de nos expériences et de nos identités, si on veut vraiment utiliser ce terme d’identité, qui est différent.
Nora Bouazzouni
Je réponds à une question de Bobmorane C66 qui dit est ce que la biphobie c’est pas un peu comme le racisme anti blanc et bien non car la différence principale c' est que le raciste anti blanc lui n’existe pas voilà et puis si tu viens d’arriver je te laisse reprendre le début de l'émission et puis surtout je te laisses aller acheter les livres de mes invités pour comprendre que le racismes anti blanc n’existent pas et que la biphobie elle existe bel et bien.
Camille Teste
Juste pour rebondir là-dessus, elle existe d’autant qu’elle est effectivement documentée parmi l’aspect. On en a déjà pas mal parlé dans cette émission, mais on pourrait le faire encore. C'était vraiment un endroit que j’avais vraiment envie de débunker, ce stéréotype-là, parce que je l’entends constamment et c’est pour moi la manifestation d’une biphobie, pour le coup, bien réelle dans les milieux de gauche, en fait, qui les gens adorent parler à notre place et les gens adorent parler sans rien savoir à notre réalité. Et d’ailleurs, ça me fait penser à une personne très influente dans le monde queer qui, il y a quelques mois, a fait une vidéo, en gros, pour polisser un peu qui était queer et qui ne l'était pas c'était fou de voir à quel point cette personne qui, de toute évidence, ne connaît rien aux réalités bisexuelles.
Nora Bouazzouni
Il y a pire que nous, de normaliser tout ça, donc d’intérioriser, donc avec les conséquences que tu en penses.
Camille Teste
Oui mais en fait, on n’est pas les plus à plaindre, en fait il est absurde parce que si vous êtes bisexuels c’est de toute façon quelque chose qui va accentuer vos risques de subir des violences.
Nora Bouazzouni
Est-ce que tu veux nous donner quelques chiffres ou pas, ou bien les gens achètent le livre et puis comme ça ils ont les quatre pages mais si tu veux me donner quelques j’y parce que je le rappelle tu donnes beaucoup de chiffres pour montrer justement les réalités et tout, de vous montrer le côté ça a des conséquences réelles, c’est contrairement au racisme anti blanc qui n’existe pas
Camille Teste
Dans ce livre il y a un tableau, je sais pas si je peux le montrer, je ne sais pas à quelle caméra je monte, il y en a un tableau absolument déprimant. Bon déjà quand je l’ai fait mon éditrice m’a dit si on refait un livre ensemble je veux plus que tu me mettes de statistiques comme ça, il en a trop mais en fait on l’a fait. Je me suis posé la question en vrai, je me suis dit c’est quoi la discussion pour que ça convainque l'éditrice de publier tout ça. Parce qu’il n’y a rien de plus déprimant que des chiffres en fait. Et à la fois en fait il s’avère que l’une des raisons pour lesquelles nous bisexuels on se fait gaslighter constamment c’est qu’en fait on évidemment on ne peut jamais montrer noir sur blanc que peu importe l’indicateur que tu prends, tu es de toute façon sur-représentée.
Nora Bouazzouni
Oui c’est pour ça qu’il est important de marteler la réalité pratique et que ça a des conséquences aussi et de rappeler aussi toute l’histoire, comme vous le faites toutes les deux, longuement, l’Histoire de cette discrimination. Il y a encore beaucoup de gens qui partagent des choses dans le tchat, vraiment c'était super. Oui, viol Correquy, il faut qu’on en a parlé tout à l’heure, Charles, peut-être que tu n’es peut-être pas encore arrivé. Paulie Paupiette qui répond à une question sur la différence entre bi et pansexualité. Mais ça, je vous invite à lire les ouvrages de nos invités qui parlent longuement de cette différence, ou pas, en tout cas de comment est-ce qu’on peut s’autodéterminer, se dire pan, se dire on ne veut pas forcément dire binarité, contrairement à ce qu’on peut imaginer. Ben oui, alors, est-ce que tu dis aussi Camille, est ce que cela rappelle des chiffres tragiques, des conséquences ? De la biphobie dans le monde, ça rejoint ce que disait quelqu’un qui disait qu’il faut plus d’espace de socialisation aussi, c’est pour ça peut-être qu' il y a un manque d’entraide, que c'était plus compliqué de se nourrir quand on est bi, parce qu’en fait il y avait de moins d’endroits où on se sent légitime d’aller, des endroits qui sont LGBTQ+, pourtant il y en a un B tant LGBTQ+, mais peut-être il y aussi ce manque d' endroit, de solidarité, de communauté, qui peut aider d’autres personnes.
Camille Teste
Sur ce point-là, tu l’as dit un peu tout à l’heure, mais je tiens vraiment à insister là-dessus. Pour faire communauté, il faut aussi de l’argent, c’est-à-dire que il faut par exemple, je sais pas, de l’argent pour ouvrir des bars, pour financer des militants qui, de façon gratuite, tu vois, vont essayer d’organiser des marches, vont essayer de sensibiliser, vont essayé d’alerter l’opinion publique. Or, là où on a des chiffres, aux États-Unis, toujours la lutte bisexuelle et la moins financière de toutes les luttes LGBTQ+, d’accord ? Alors qu’on parle de, encore une fois, la moitié des personnes LGBTQ+, donc bien sûr qu’il y a des bis qui vont quand même évidemment bénéficier de, je sais pas moi, en tant que femme bi, évidemment qu’ils aient de… De mon intérêt qu’il y ait de l’argent qui soit mis dans les luttes anti-lesbophobie, par exemple, parce que je subis aussi de la lesbophobie, il s’agit de dire que quand même, pour le moment, il n’y a pas d’argent, qui est mis dans l'élue de billes et donc du coup, on se retrouve dans cette situation.
Stéphanie Ouillon
Historiquement, sur la lutte contre le SIDA le VIH ne serait-ce que dans la communication à destination des personnes qui pourraient être touchées, les personnes bi, qui étaient à risque, n'étaient pas inclus. Donc quand on rejoint la question de l’invisibilisation, quand on ne parle pas de nous, quand on n’est pas inclus dans les luttes, on est les premiers à empathiser.
Nora Bouazzouni
Vous rappelez aussi que c'étaient des personnes qu’on accusait de transmettre le VIH à leurs partenaires hétérosexuels parce qu’encore une fois, volage soi-disant qui va niquer avec tout le monde et qui fait n’importe quoi.
Camille Teste
Et d’ailleurs, effectivement, les bis étaient vraiment, et notamment les hommes bis, vus comme les passeurs de VIH aux hétéros, et puis les femmes bi plutôt du monde hétéro au monde lesbien, ça c'était dans les années VIH-Sida, donc 80-90. Et il y a un chercheur qui s’appelle Georges Perec, qui en 2002 s’est intéressé à comment on percevait les communautés minorisées. Donc 2002, c’est un peu après le pic épidémique, je crois que c’est 95 ou 97 le pic du VIH et qui a pris des communautés extrêmement stigmatisées et qui n’ont vraiment pas la vie facile. Donc je pense que c'était aux États-Unis, les personnes haïtiennes, les personnes noires, les personnes juives, les personnes homosexuelles, les travailleuses du sexe, etc. Les trois communautés les plus détestées sur la liste, c'était les hommes bi, les femmes bi et les personnes qui s’injectent de la drogue. Donc c’est pour dire que le manque d’intérêt qu’on peut porter à une communauté ne serait-ce que via des politiques publiques où on va laisser se diffuser le cliché qui est que les bi auraient transmis le VIH-SIDA aux communautés hétéros qui a été débunké depuis, va avoir des conséquences très concrètes, évidemment, sur la perception de ces communautés, mais donc in fine sur la violence qu’elles vont subir et qui va être légitimée.
Nora Bouazzouni
Ça me rappelle juste cette petite annonce je crois que c’est dans ton livre, Stéphanie, ou je sais plus si c'était dans lequel de vous deux, enfin vous avez compris ma phrase, qui était droguée, petite annonce, s'était drogué, alcoolique, bi, sauf-tenir. C’est une petite annonce amoureuse, de recherche. Oui, ça doit être. C'était le tien, je crois. Oui, oui, c’est les petites annonces en banque d’angle. Ouais, ouais. Ok, donc ça rejoint ce que tu dis, ces communautés, comme les gens qui s’injectent de la drogue en intraveineuse. La communauté bi, c’est pareil, c’est aussi stigmatisé. Alors j’en veux surtout pas aux drogues et aux alcoolo-bi.
Camille Teste
Mais ça, il faut dire que c’est quelque chose qu’on entend encore. Enfin moi, il m’est arrivé de relationner avec une nana, par exemple, qui m’a dit, oh là là, teste-toi, parce que je veux dire, en tant que bi, j’ai plus de chances d’attraper des IST ou des choses comme ça. Tu en as un peu parlé tout à l’heure, mais le rejet de la souillure, c'était quelque chose que l’on va souvent voir chez les personnes bisexuelles. Il y a une chercheuse de Georgina Turner au Royaume-Uni, qui a pris la revue d’Iva, donc c’est vraiment la revu Saffi, qu’on va dire lesbienne et bi au Royau-Muni, et qui s’est rendu compte que dans les lettres des lectrices, il y avait tout le temps le registre qui revenait lorsqu’on parlait des bisexuels, notamment il y en a une qui dit « une vraie lesbiennes ne toucherait pas une bisexuelle avec un bâton ». Or, en fait, dans les faits, c'était encore des choses qu’on entend largement aujourd’hui on va en parler pour finir.
Nora Bouazzouni
C’est déjà la fin, on a parlé donc de la bisexualité comme pas suffisamment libérée, émancipée, déconstruite, radicale, révolutionnaire. Il y avait aussi, ça je laisse les gens lire vos livres parce qu’il y avait quelque chose qui était très intéressant. Justement ce serait plutôt, est-ce qu' il faut sortir de l’hétéronormativité plutôt que de l’hétérosexualité ? Moi c’est ce que j’ai retiré aussi de la lecture de vos ouvrages et ça m’a beaucoup aidé aussi à structurer quelque chose. Je me suis dit, ah tiens, intéressant comme phrase qui me vient. Attendez parce que là, oui voilà, un des arguments biphobes c'était aussi que la bisexualité serait dérivée de l’hétérosexualité, donc serait une continuité et pas une rupture. Ça c’est Guillaume Hocquenghem, voilà, c'était dans ton livre.
Stéphanie Ouillon
C’est un philosophe, militant et activiste du F.H.A.R.
Nora Bouazzouni
Et je trouve ça hyper intense de se dire pourquoi est-ce qu’il estime que c’est dérivé de l’hétérosexualité et pas dérivaient de l’homosexualité,
Stéphanie Ouillon
C'était bien parce que ça l’arrange de le prendre par ce bout-là. Oui et puis on revient sur la question aussi de la contamination des espaces gays et lesbiennes dont Pat Califia aussi qui est un militant trans et bi, on parle aussi, et Julia Serano que j’ai déjà cité tout à l’heure, oui on regarde par le bout qui nous arrange, ce qui est d’autant drôle parce qu’il y a Auchingham qui écrit aussi comment les gays les lesbienne du FHAR s’aiment même d’un amour libidinal. À partir du moment où ils ne pratiquent pas le coït, l’affreux acte hétérosexuel. Mais oui, oui, donc à la fois il y a ce côté du vouloir déconstruire les normes et en même temps, d’un autre côté, la bisexualité, c’est comme si elle était là, voire même à ce pratique, par contre on ne la nomme pas, c’est assez récurrent.
Nora Bouazzouni
Je laisse aussi les gens, parce que je veux pas que les gens écoutent… C’est sûr que c’est chiant quand on écrit des livres enfin, je veux dire, je ne veux pas raconter mon livre dans une interview, donc je laisse aux gens des choses très intéressantes de vos livres, parce que vous n'êtes pas là pour raconter vos livres sinon les gens ne vont pas l' acheter ou l' emprunter. Je vous laisse lire, c' est passionnant aussi, de pourquoi est-ce que la deuxième vague féministe a pu être hostile à la biphobie et verser dans ces biais là ces discriminations, ces stéréotypes, ces insultes biphobes au nom de luttes pour protéger les personnes homosexuelles et pour faire valoir leurs droits.
Camille Teste
Déjà,ce qu’on peut dire, c’est qu' on est sous-représenté. D’une manière générale, les personnes LGBTQ+ sont sous-représentées dans la pop culture et les bis, c' est le cas, évidemment, et de façon… Enfin, il y a beaucoup moins de bis dans la population culture, par exemple au cinéma, dans les séries qu’il y a de lesbiennes et il y beaucoup moins des bis de lesbiens qu' il y à de gays, par exemple les représentations, elles peuvent être évidemment colorées de stéréotypes, d’instabilité, mensonge. Hypersexualité, psychopathie, etc. Je trouve qu’il y a eu un moment où ça s’est quand même amélioré. Tu vois, je pense au personnage de Rosa Dias dans Brooklyn Nine-Nine, je pense à le personnage de Daryl Whitefeather dans Crazy Ex-Girlfriend, enfin voilà, des séries comme ça où on a eu des bis très très cool, quoi, qui soit de part leurs actions dénoncent la biphobie ou l’homophobie qu’ils subissent, soit en fait avaient juste des vies normales et parler d’autres choses.
Nora Bouazzouni
Donc on espère encore qu’il est bi mais nous on le sait au fond de nous. On peut pas mettre des étiquettes sur les gens ? On peut prendre des paris, on peut faire des paris.
Stéphanie Ouillon
Et il y a une tendance aussi sur ces dernières années qui est que les personnages bisexuels, le mot bi, le mot bisexualité est posé, il est cité, ça c’est une nouveauté quand même de ces dernières années. C’est-à-dire qu’avant on pouvait se dire ah mais ce personnage en fait est bisexuel, y compris dans de la fiction française qui passait à la télé sur nos chaînes nationales, mais pour autant le mot n'était pas nommé et à partir du moment où c'était nommée ou pas dit, ça participe à cette atmosphère d’invisibilisation, même quand c’est là. Même quand c’est là, c'était pas nommé, entre les lignes, les gens qui savent.
Nora Bouazzouni
Il serait en Bad Bunny, dit Bob Morane, si c’est pas oui, c'était vrai qu’il serait. Oh, nique la police, coucou Nora des Landes Libres. Mais oui, salut les Landes Libres. Mais oui. Coucou et salut à tous les camarades. Il est out Bad Bunny. Il est bi. Il l’a dit.
Camille Teste
Ou alors c'était hier, parce que moi vraiment je suis ce dossier de presse.
Nora Bouazzouni
Chez toi, t’as le taboulé avec les fils en laine et tout, machin. C'était Bad Bunny,c’est quelqu’un qui entendait ça, Bad Bunny, qui sait pas prononcer.
Stéphanie Ouillon
C’est l’anglais
Nora Bouazzouni
Bien écoute, voilà, moi j’aimerais bien avoir la source si vous l’avez. Je voudrais qu’on finisse avec les recommandations culturelles comme d’habitude on en a parlé avant de prendre ce micro et ce direct. Ce sont les stratégies qu’ont mis en place, donc c’est juste pour revenir sur l'épuisement cognitif notamment Sur le sentiment d’illégitimité, de protection en tant que personne bi. Moi, ça m’a beaucoup émue dans ton livre et j’ai peut-être pleuré. Oui, j’ai pleuré, évidemment, quand tu parles de par exemple d'être dans un espace queer, notamment quand on est autrice et quand on vient parler de son travail et tout, puis finir par adopter une stratégie qui vise à dissimuler le genre de la personne avec qui on peut être en relation monogame par exemple, et on disait dire la personne et ne pas utiliser de pronoms, passer par des espèces de subterfuges, faire des neos-cervaux pour garder une espèce de queer cred dans ce milieu.
Camille Teste
En fait, je pense que les gens ne réalisent pas, si vous n'êtes pas habile, l'énergie considérable qu’on déploie à tantôt cacher notre bisexualité, tantôt essayer de la glisser le plus rapidement possible. Enfin, il y a toujours quelque chose d’un peu de l’ordre de se justifier. Par exemple, oui, à cette militante qui s’appelle Pelfini, qui par ailleurs a travaillé sur des questions de grossophobie, qui me racontait qu’elle, une fois il y a une personne issue d’un groupe Facebook, LGBTQ+, bruxellois je crois, qui vient chez elle pour récupérer je sais plus quel objet. Ah oui. Je crois que c’est des croquettes pour son chat. Et en fait, tout à coup, elle se rend compte qu’il y a son mec dans l’appart et elle panique et elle se dit mais en fait je dis que t’es mon pote et puis elle me dit si mon appart avait été assez grand, je lui aurais dit de se cacher. Parce qu’elle se dit, mais en fait cette personne qui vient pour ses croquettes, elle va me voir, elle va voir que je suis avec un homme et en fait ça y est, en fait je vais me faire virer de ce groupe quoi, c'était de dire effectivement on pourrait dire que c’est un peu irrationnel.
Stéphanie Ouillon
Oui, et puis ça montre aussi comment on est vulnérables au fait qu’on est défini par l’extérieur en permanence, on est définies par comment les autres nous perçoivent et quand on dit, nous, c’est quoi nos expériences et on est bi, etc,on ne nous croit pas, on nous redéfinit. On nous oriente de l’extérieur en fait.
Nora Bouazzouni
Auto détermination, la définition qu’elle donne de tout ça.
Stéphanie Ouillon
Et il y a des féministes, notamment anarchistes, qui ont réfléchi aussi bien aux Etats-Unis qu’en France avec Corrie de Monet, qui parlent de, dans le travail féministe, c’est de trouver à comment est-ce qu’on trouve ce qui est vrai pour soi, d’autodétermination certes, mais aussi trouver une forme d' autonomie par rapport aux patriarcat et aux hommes. Donc ça décide de voir exactement ce qu’on décide de faire. Cette réflexion-là, elle est aussi vraie pour les bi, en fait et de trouver à, surtout, des gens qui vont peut-être passer de définition à se dire « ah, je suis hétéro, puis après je suis lesbienne ou gay, ah, puis non, en faite je suis éthéranovo », c’est aussi arriver à se dire « ah bah non », à trouver et assumer pleinement et entièrement le fait de relationner avec telle ou telle personne, de tel ou tel genre.
Nora Bouazzouni
C’est assez clair dans vos livres respectifs, c’est l’impie de côté, c’est pas une identité monolithique, on ne vit pas tous la bisexualité de la même manière tout au long de notre vie, ça change, parfois machin, parfois truc. Ça c' est important aussi de le dire, on n’a pas à cocher des cases dans le bingo de la bisexualité pour se dire bi, pour faire bi ou être pan ou autre. Ah oui, alors, Wikipédia, Bad Bunny, attention, Chard ! Dans une interview pour le Times en 2020, il déclare que sa sexualité est fluide. Il ajoute, en fin de compte, je ne sais pas si dans 20 ans j’aimerais un homme, on ne sait jamais dans la vie, mais pour le moment je suis hétérosexuel et j’aime les femmes. Bon, il dit quand même, pour l’instant, je suis hétérosexuel et j’aime les femmes Bon il est ouvert,
Camille Teste
Alerte, alerte. Bad Bunny is open. Je crois qu’en France, on a eu la même chose avec Arthus. Oui, il a fait la couv de Têtu. C’est vrai que t’en parles. Oui, en fait, qui tourne autour et puis on tourne autour et personne chez Têtu ne pense vraiment à lui. Après, je n’en sais rien, peut-être que, voilà, personne ne lui a dit.
Stéphanie Ouillon
Je peux en parler en détail, c’est Arthus qui parle effectivement pour cette interview dans Têtu qui va parler notamment de ses expériences dans les espaces libertins. Et la question du journaliste c'était du coup tu définis comme hétérocurieux. Donc le mot hétérocurieux, qui est une tarte à la crème pour parler de bisexualité, est nommé et à un moment donné, en fait, c’est intéressant parce que Arthus va parler de sa sexualité et à un point donné, il y a une autre question un peu plus tard dans l’interview où le journaliste lui demande alors s’il y a quelqu’un qui rentre un mec dans la salle, je ne sais plus comment il tournait la question. En tout cas, Arthus répond, s' il y à Tom Hardy qui rentre dans la salle, moi je lui roule une énorme pelle. Ouais, je pense que c'était le plus moche en plus, pardon. Donc il y a à la fois, en quelques questions, à la foi une invisibilisation de la bisexualité dans le fait de ne pas la nommer. Dans le fait aussi de tourner autour du pot sur comment est-ce qu’on définit le désir, fluide et juste après, une illustration de comportement bisexuel ou pansexuel, viola, donc ça, c’est le propre de la bisexualité et quand on fait des recherches,
Nora Bouazzouni
Dans vos livres, il y en a quand même moults exemples de ce genre, alors pour finir, parce qu’il y a cette phrase que j’ai retenue, ce ne sera pas terminé tant que les bi n’auront pas parlé. J’adore cette phrase, je sais plus qui l’a prononcé mais j’adore.
Camille Teste
C’est l’Année Koumanou.
Nora Bouazzouni
Merci, j’aime pas noter parce que je suis stupide.
Camille Teste
Pour préciser, une Hawaiienne qui a dû quitter ces espaces LGBTQ+, lesbiens, quand elle a fait un coming-out bi, et en gros, parce qu’elle a pris du harcèlement, notamment une femme qui lui dit « mon chien ne s’approchera plus de ton entrejambe souillée ». Ce genre de choses, et bref, qui participent à la création d’espaces bi après ça, et qui, un jour, dans une manifestation, dans les années 80 et 90, Enfin une manifestation où les bi ont dû se battre pour être représentées.
Nora Bouazzouni
En fait cette phrase elle me donne des frissons pareil je l’ai écrite sur mes petits post-it de citation autour de mon ordi qui me donne de la force et la niaque de continuer.
Stéphanie Ouillon
C’est le titre d’une anthologie de textes écrits en anglais qui est parue, je ne sais plus, en 2024 ou 2025 aussi, de beaux textes c'était formidable d’ailleurs.
Nora Bouazzouni
Deux choses à lire, en plus de vos livres sur la bisexualité, une recommandation culturelle, est-ce que vous avez une reco culturelle pour nous, musique, docu, chansons, podcasts, séries, films, livres, poèmes, jeux, matières, tissus.
Stéphanie Ouillon
J’aime beaucoup parler d’une série étasunienne qui s’appelle Good Trouble (Bradley Bredeweg, Joanna Johnson et Peter Paige) qui est aussi disponible en France maintenant, depuis 2021. Qui, moi, c’est un peu ma série réconfort bonbon politique, parce que tout est super bien traité y compris la bisexualité, avec des personnages, des expériences de la bisexualité et pansexualité. Alors c'était peut-être un peu doux amer de la regarder aujourd’hui, quand on connaît le contexte politique aux Etats-Unis et pourtant, je trouve que c’est hyper important et le titre de cette série, c'était Good Trouble. Alors c’a été cité, enfin c’était une citation d’une expression d’un homme politique noir, états-unien dont j’ai oublié le nom, mais on peut le retrouver en tapant Good Trouble, et qui dit justement Good Trouble, faire du trouble, semer la gêne, semez la chasse, ça peut être hyper nécessaire d’après du politique et il y a un documentaire sur cet homme politique qui est hyper inspirant, enfin qui peut donner du réconfort que je conseille.
Nora Bouazzouni
Good trouble donc, merci et toi Camille, est-ce que tu as une reco ?
Camille Teste
Moi c’est la série dont tout le monde parle en ce moment qui s’appelle Hitted Rivalry donc c'était très très dur à prononcer en anglais, j’espère que ça m’a été écrit et je vais dire avec l’accent français, vous n’aurez plus compensé, c'était Heated Rivalry de Jacob Tierney et Brandon Brady donc je sais pas si c’est rivalité, je sais que je peux pas le dire “Chaude rivalité” je pense en français. D’ailleurs ça se passe plus ou moins au Québec parce que c’est sur le monde du hoquet sur le glace et c' est donc l’histoire de deux rivaux du hoquet qui vont développer voilà une vous verrez mais bon c'était très cool et surtout il y a un personnage bi exceptionnel qui est une représentation masculine donc c' est déjà je le disais tout à l’heure difficile de trouver des bi mais des hommes bisexuels correctement représentés il n’y en a pas beaucoup donc donc j’avoue que c est venu guérir en quelque sorte mon petit de ce manque d’hommes bi dans ces représentations, et par ailleurs, ça me donne vraiment envie de le dire, là, on est trois femmes bisexuelles.
Nora Bouazzouni
Alors je pense que c’est peut-être une faille vers un gouffre qui assure, parce que je ne sais pas si ça arrive souvent, qu’il y ait trois femmes bi dans une même pièce avec des micros et des caméras.
Camille Teste
Ça c’est rare, et ce qui est sûr c’est que parler de bisexualité, enfin moi je sais pas si c’est ton expérience, mais moi dans les rencontres que je fais par exemple en librairie, c' est tout le temps, c est majoritairement des femmes ou minorités de genre qui viennent, et quand ce sont des hommes, ce sont souvent des hommes de 60 ans qui me disent, ah mais je suis contente parce que c est la première fois que j’entends parler de bisexualité en public, et c est rare en fait d’avoir des espaces pour des hommes bi et c 'est très dur aussi de trouver des hommes bi qui parlent de bisexualité et aussi dans les espèces militants, c’est majoritairement des femmes, de mon expérience en tout cas, donc vraiment j’ai envie de dire que non seulement on veut voir évidemment des bi dans cette incroyable série qu’il faut absolument regarder, mais aussi sur le terrain, dans le réel, venez quoi.
Nora Bouazzouni
Et merci aux hommes bi qui ont témoigné dans le chat et qui sont restés jusqu’au bout et merci julien9030 qui s’est abonné et bien merci faites comme Julien faites comme nous, soyez bi mais faites comme Julien, abonnez-vous, adonnez- vous, abonnez vous Au poste on a besoin de sous évidemment pour rester indépendants, indépendantes, libres et continuer à faire des interviews comme ça, des entretiens longs, trois meufs bi dans une pièce et elles se parlent et ouais, elles se parlent, et elles vous parlent. Alors, oh là là, mais dis donc, mais voilà, je donne des ordres aux gens et ils s’abonnent.Octavie Alzonule s’est abonnée aussi. Merci beaucoup. Merci, merci, merci à tout le monde. Merci Kamithès.

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