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Bolloré, édition, cinéma, médias : anatomie d’une conquête

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Transcription de l’émission

00:35:00David Dufresne
Et là, est-ce qu’il y a du son ? 3, 4, est ce qu' il y a de son ? Là, est-ce qu’il y avait du son tout à l’heure au début ou pas du tout ? Vous n’avez rien entendu ? Oui, je recommence tout ? Oh merde ! Je recommence tous ou vous avez entendu ? Trois, quatre, huit, neuf, dix ? Non, rien. Bien. Alors là, ça va être compliqué. Parce que c'était de l’improvisation totale. Bon, alors, il est donc 20h18. Nous sommes le 9 juin 2026. La Bolloré Night Fever démarre à l’instant même. Nous allons passer trois heures. À parler de notre ami Vincent, Vincent Bolloré et de ses bonnes œuvres. Nous allons passer trois heures à parler d'édition, à parler du cinématographe, à parler des médias dans cet ordre, 20h15, 21h15 et 22h15. Seront avec nous la dream team de la riposte anti Bolloré, je veux dire par là Anaïs Massola du syndicat de la Librairie. Nicolas, de la Maison Libertalia, je ne connais jamais ton nom Nicolas, prends le micro, c’est Norrito c’est ça, de La Maison Libertalia, mais je vais mieux te présenter après. Il y aura Marine Riou, il y aura Arié Alimi l’avocat, Marine Riou du collectif Zapper Bolloré, Joseph Paris et Christophe Cognet, réalisateurs qui représentent la société des réalisatrices de films, la SRF, le fonds pour une presse libre. Et le reporter sans frontières. Il y a aussi, tapis dans l’ombre, des membres du collectif Déborder Bolloré à qui je donnerai la parole dans une petite demi-heure, qui viendront nous expliquer leur travail depuis maintenant de nombreux mois, autour notamment de l'édition, mais pas seulement, ils auront une annonce à vous faire concernant les médias. Est-ce que j’ai annoncé tout le monde ? Non, je ne l’ai pas annoncée.. Virginie Despentes, pour la bonne et simple raison, comme je le disais tout à l’heure, avant qu’il n’y avait pas de son etc. Elle est souffrante, elle est malade, et donc elle est au fond de son lit, et elle a été remplacée au débotté par le plus grand chroniqueur judiciaire de ces dernières semaines, puisque Laurent Binet chronique dans L’Humanité le procès Lafarge. Voilà. Autant dire que ce monsieur représente lui aussi l’aile gauche de ce qui reste de grasset. Bon, c’est compliqué pour moi de faire le truc, voilà. Alors, je recommence. Sarah, je t’ai pas présentée ? Non, ah si, je t’ai présentée comme les autres, mais maintenant je rentre dans les détails et on voit bien la femme politique. Tu es donc vice-présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation à l’Assemblée nationale. Tu es députée LFI Paris 16ème on se tutoie parce qu’on se tutoie.
00:38:08Sarah Legrain
Nous, on aurait déjà pris le pouvoir, en fait, si j’avais été députée du 16ème arrondissement.
00:38:12David Dufresne
J’ai un peu l’impression que vous avez l’impression d’avoir pris le pouvoir déjà alors c'était pour tester bon bref de Paris alors tu portes la future loi anti concentration des médias pour LFI on en parlera peut-être tout à l’heure et dans la salle et peut-être sur scène tu as rencontré des gens qui vont qui vont venir parler récemment puisque tu as fait deux colloques à l’Assemblée nationale, Cultures en danger sur l’industrie culturelle et un autre colloque sur les services publics culturels. Laurent Binet, donc, auteur, prix concours du premier roman pour HHHH en 2010. Et tu es auteur également de Perspectives en 2023, de Civilisation 2019. Et donc, tu travailles pour ce journal rouge qui s’appelle L’Humanité. Anaïs Massola, tu es donc représentante du syndicat de la librairie française dont l’histoire remonte à la Seconde Guerre mondiale, si j’ai bien compris. Non, vous vous êtes créé en 99 et alors il faut prendre le micro, très important.
00:39:17Anaïs Massola
Enfin, le syndicat tel qu’il existe, il a une vingtaine d’années. Oui. Mais il vient d’une scission de deux syndicats. Je ne suis pas la plus experte pour raconter ça, mais voilà.
00:39:27David Dufresne
Oui, mais moi je vais le faire parce que ça a quand même un petit peu de sens, je trouve, puisque effectivement vous êtes nés en 1999, mais vous êtes les descendants d’un syndicat qui s’est battu pendant l’occupation contre les nazis, quoi, donc vous avez ça dans le sang. Très bien, et Nicolas Norrito, des éditions et librairies Libertalia, créé en 2007, une vingtaine de titres par an, tu es diffusé par Harmonia Mundi. C’est-à-dire non, donc pas par Hachette, monsieur en dehors de ces occupations de formateur de libraire est également libraires, mais pas dans une maison mais dans deux maisons. Vous avez devant vous le Bolloré des années 2050, puisqu’ils ont deux librairies, une à Montreuil et une à la Maison des Métallos à Paris. Première question, rapidement, après je vous laisse la parole. Quel est le danger Bolloré pour vous ? Alors vous avez des micros, rapidement, c’est juste comme ça, juste un petit teaser, c’est pour vous le danger. Qu’est-ce que c' est exactement ?
00:40:38Sarah Legrain
Pour moi Bolloré il incarne un truc qui est en train de se produire actuellement qui est l’alliance de l’ultralibéralisme, des conséquences de l’ultralibéralisme et de l’extrême-droite réactionnaire et en sa personne il est un bon super méchant parce que c’est un super méchant qui incarne assez bien tout le système derrière qui a permis Bolloré et qui est le système lui-même qu’on doit abattre si on veut à la fois se débarrasser de Bolloré mais aussi changer les choses
00:41:04Laurent Binet
Et puis, très concrètement, le danger, c’est le danger de tout monopole à la manière, par exemple, d’un Rupert Murdoch, à la différence que Murdoch opérait une concentration horizontale, c’est-à-dire qu’il rachetait des journaux, des journaux, des journaux, et puis des télés, et différents médias. Mais la particularité de Bolloré, dont certains disent que c' est un cas en fait unique au monde, c' est que c' est horizontal, bon Canal, les maisons d'édition Hachette etc., mais c' est aussi vertical. C’est-à-dire que pour le cinéma, il a Canal et aussi UGC. Pour l'édition, par exemple, il a le groupe Hachette et les relais H, les relais H. Il a l'écume des pages. Dans le domaine du spectacle, il a Universal et l’Olympia. Et donc, il cumule cette opération tentaculaire de concentration à la fois horizontale et verticale.
00:42:02David Dufresne
Anaïs, le danger pour toi, pour le syndicat de la librairie française.
00:42:08Anaïs Massola
La question de la concentration pour le syndicat, ça a toujours été un problème on s’est déjà battus, même avant que Bolloré rachète Hachette sur ces conglomérats qui prennent en fait des poids très importants dans la librairie. Et ce qui est compliqué, c’est d'être une libraire indépendante qui prend donc 85 % du chiffre d’affaires et est constituée par quatre groupes à peu près. Un petit peu plus, mais au moins 70 %. Et donc ça, cela a toujours été cette question-là, sur laquelle le syndicat s’est toujours battu. Pour éviter que la concentration soit trop forte. Et pour le coup, on a souvent été au 1er rang, bien devant même le syndicat national de l'édition, enfin, un peu évidemment, d’ailleurs.
00:42:46David Dufresne
Ça sent la balle perdue, ça.
00:42:50Anaïs Massola
Après, ce qui est étonnant, c’est des choses que nous on décrit déjà avant, quand la découverte était chez Editis c’est-à-dire la liberté d'éditer à l’intérieur. Là, ce que montre Bolloré, c’est la possibilité de ne plus laisser cette politesse, si je peux l’appeler comme ça, mais la question dernière pour moi c'était comment on permet la prise en main d’un groupe par quelqu’un qui peut du coup faire un peu ce qu’il veut et je rejoins sur la question des lois anti-concentration c’est je pense que ça fait longtemps qu’on devrait on devrait s’attaquer à ce problème de manière forte et ça rejoint les questions de distribution on aura peut-être le temps d’en parler
00:43:32David Dufresne
On va en parler. Nicolas, juste un petit truc, la technique Guillaume Meurice, qui consiste à plaquer le micro sur le menton, et comme ça, quand on tourne, on tourne avec le micro, si tu peux bien le mettre devant toi. Encore que toi, t’es habitué, parce que tu reçois tellement d’auteurs et d’auteures dans tes succursales que tu sais faire.
00:43:52Christophe Cognet
Il attaque fort, rappelle-moi la maison d'édition pour laquelle tu publies, enfin ta maison d'édition actuelle, elle appartient à qui ?
00:44:02David Dufresne
Ah bah euh… Laquelle ?
00:44:04Christophe Cognet
Bon, pas la prochaine, mais l’actuelle. Bolloré, quel danger ? Le principal danger pour moi, c’est qu’il s’est emparé d’outils qui ont la noblesse de l’esprit. Il s’emparait d’une vieille maison Hachette créée en 1826, il y a 200 ans. Il est en train de faire de cet instrument une horreur au service de son combat. Une Europe d’extrême droite, blanche, catholique. Bon, ça, c’est l’aspect de base. Ce qui me dérange le plus, c’est de me promener dans n’importe quelle gare de France et de tomber sur les torchons de Zemmour, Bardella, Philippe de Villiers, donc publié par Fayard et maintenant Boualem Sansal, donc Grasset et ces boutiques appartiennent depuis toujours à Hachette, puisque Hachette, c’est une maison d'édition, c’est une structure de diffusion, mais c’est également une structure de distribution et des commerces donc délibérés, mais surtout les un relais. Et ça, ça l’est depuis un siècle et demi maintenant. Ça s’appelait pas relais, mais déjà, les héritiers de Louis Hachette s'étaient emparés des relais. Et accessoirement, Bolloré, bon, il n’avance pas masqué. On peut lui en regretter ça, on peut le remercier. Il avance franchement. Mais il embauche aussi des néo-nazis, par exemple, Marc de Cacqueray, qui est un des responsables de l’extrême droite radicale aujourd’hui, et embauché par Bolloré pour protéger son île dans le golfe du Morbihan. Donc il a plein de travers, il a énormément d’argent, et il se sert de cet argent pour nous empoisonner la vie, l’esprit. Et moi, je peux parler de ce que je connais, à savoir le livre, mais on voit bien, avec cette Nuit Bolloré qui commence, que ce type est un poison dans le monde médiatique en général.
00:45:59David Dufresne
Alors, on me dit que les agents de Bolloré rendraient ton micro un petit peu saturé. Je ne sais pas si les contre-manifestants peuvent être dégagés, mais voilà, Franck, le micro de Nicolas, et on me dit que c’est un petit peu que ça sature un peu, mais on t’a entendu. Alors, ce que je vous propose pour les trois plateaux, c’est d’abord ce petit premier tour de table rapide, ensuite de faire un constat. Mais on ne va pas faire que du constat, on va aller chercher. La riposte, les solutions et comment qu’on gagne à la fin. Parce que sinon l’idée, c’est pas qu’on sorte de cette soirée désarmés. C’est lui qui doit l'être. Mais néanmoins, Laurent, je te demanderais de nous dire qu’est-ce qui s’est passé, selon toi, donc toi, auteur Grasset, pour que tout d’un coup, un certain nombre d’auteurs très divers et variés voire disparates se mettent ensemble en disant, ça suffit.
00:47:01Laurent Binet
C’est-à-dire que Bolloré a mis la main sur Hachette il y a trois ans et on a assisté, on a cru que sa stratégie allait être d’instrumentaliser, en termes de contenu éditorial, de s’emparer à l’intérieur du groupe Hachette de Fayard et d’en faire vraiment une tribune d’extrême droite. Et de garder Grasset comme vitrine, en gros, et donc de conserver au sein de Grasset un pluralisme assez, tout à fait, varié. Moi aussi, je suis un auteur Grasset et je veux témoigner que le spectre des auteurs est très large. Et ce pluralisme était garanti par la présence d’Olivier Nora, dont on connaissait le… Dont on savait qu’il ne transigeait pas avec son indépendance. Donc, Nora était le garant de cette indépendance. On savait que tant qu' il était là, on était protégé. Et puis, c’est vrai qu’on s’attendait à ce qu’un jour il saute. Mais le temps passant, on est dans une espèce d'état d’esprit de bon, jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici tout va bien. Et puis là, pour apparemment, enfin, des broutilles, un saut d’humeur, enfin autour de la publication du livre de Boualem Sansal, celui d’un auteur d’extrême droite ou les hommes d’Hachette ont demandé à Olivier Nora de publier ça, il a dit non, du coup il a sauté et le mérite, on a beaucoup parlé d’Olivier Nora, c’est vrai, le mérite de cet homme était d’avoir toujours, d'être aimé de ses auteurs parce qu’il était toujours au service de ses auteurs, quel que soit le sans favorite sans rien. Et donc, il y a eu une espèce d'élan de solidarité et de révolte qui m’a surpris le premier quand on a fait le rendez-vous dans le café. On m’avait dit, je me suis dit, oui, je vais encore signer une pétition comme j’en signe dix par semaine, ça ne servira à rien, c’est foutu. Et puis là, ce qui s’est passé, c’est quand même que ce qui s’est passé c'était quelque chose, en fait, là encore, je ne veux pas être grandiloquent, mais qu’on n’avait jamais vu, je crois, dans le monde, c' est à dire ce premier soir 130 auteurs qui quittent, qui claquent la porte d’une maison d'édition. En une seule fois, et le chiffre est monté par la suite jusqu'à 200, 300, enfin je sais pas, oui bon à un moment il va plus y en avoir du tout, du tout. Mais et donc la résonance, le scandale a pris une dimension internationale. Alors j’ai entendu les critiques, oui bon, Saint-Germain-des-Prés, se réveille, etc. Ben oui, d’accord, peut-être, n’empêche que ce détonateur a fait que le problème est devenu la menace soudain, les masques sont tombés et la menace à explosé sur la place publique, mais avec une résonance internationale incroyable. Des journaux anglais, sud-américains, espagnols, français nous ont contacté, on a répondu à des interviews et donc ce truc effectivement, de Saint-Germain-des-Prés, à la base, a été le détonateur d’une riposte que personne n’avait vu venir, puisque tout le monde s’accorde à peu près à dire que Grasset a permis aussi ce qui s’est passé à Cannes. C’est-à-dire que là, Grasset se rebiffe, à Cannes aussi, il y a eu la tribune anti Bolloré, et donc c’est quand même la naissance de quelque chose, d’un mouvement qui fait tâche d’huile face à la marée noire qui est cette espèce de pieuvre qui avance et là il y a un coup d’arrêt. Je ne sais pas ce que ça va donner, mais Grasset a été à l’origine d’un début d’une chose intéressante.
00:50:50David Dufresne
Alors le tchat n’est pas tout à fait d’accord et peut-être que parmi les gens sur la scène, notamment on te demande mais pourquoi, il n’aurait pas fallu se bouger il y a trois ans, tu sais bien que c’est une critique qui revient beaucoup, d’où vient cette candeur ?
00:51:08Laurent Binet
Oui, peut-être qu’il aurait fallu se bouger il y a trois ans, mais enfin, ça s’est pas fait comme ça et les gens ne quittent pas leur boulot comme ça. Alors nous, c’est un boulot un peu spécial, mais moi, ça fait 15 ans que je suis chez Grasset. Olivier Nora m’a dit quelque chose avant de sauter. C’est-à-dire qu’on sentait venir la menace. Il a dit, mais Grasset c'était plus chez moi que chez lui. C'était vrai, Olivier Nora, il a été le patron de Grasset pendant 25 ans. Bon, moi je connais tous les gens qui bossent chez Grasset. Finalement, moi aussi, je commençais à me sentir chez moi et on considérait Bolloré comme un étranger, comme une menace extérieure. Même si dans l’effet il était propriétaire, on se vivait comme une espèce de, je sais pas quel terme employé, pas de forteresse assiégée, mais disons d'îlot et pas d'Îlot de résistance, mais d'îlot préservé par cette menace. Donc oui, oui, moi j’accepte la critique, oui d’accord. Il aurait peut-être fallu… Mais une fois qu’on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose. Bon, ça ne s’est pas passé il y a trois ans, ça se passe maintenant, c’est tout.
00:52:13David Dufresne
Anaïs, comment les libraires ont réagi au cataclysme Grasset, cette pétition qui effectivement est hors norme et qui a des conséquences quand même absolument incroyables ? Comment les libraires ont réagi ?
00:52:34Anaïs Massola
D’abord, c'était un peu attendu, on avait quand même ce truc en se disant, ça va arriver. Nous, pour le coup, enfin, je pense qu’on s'était dit, OK, il y a Fayard d’abord. Mais en fait, la grande question qui s’est posée, c'était à priori, économiquement, c’est se mettre une balle dans le pied que de faire ce qu’il a fait avec Fayard sur l’ensemble des maisons d'édition. Parce qu' on ne tient pas un groupe comme ça sur un seul type d’idée. Ça ne fonctionnera pas. Mais en même temps, on a affaire à quelqu’un qui est milliardaire et qui veut bien perdre de l’argent pour pouvoir le faire.Comment dire ? On est un peu surpris des choses que nous, on disait… Par exemple, j’ai pas mal entendu le mot de prédation, en disant… D’ailleurs, je crois que c'était dans la parole de Virginie.
00:53:22David Dufresne
De Virginie Despentes.
00:53:24Anaïs Massola
Oui, mais j’ai entendu aussi du directeur d' Editis, qui appartient à Krestinsky, qui est le deuxième groupe, et qui a parlé de prédation. Nous, quand Amazon est arrivé au sein des Calais-Britannique-Française, on a fait des textes là-dessus en disant « en fait Amazon, c’est des systèmes de prédation » et on a engagé les éditeurs et évidemment les auteurs, etc. À ne pas rentrer là-dedans, à refuser d’aller vendre les bouquins sur Amazon. Évidemment, à l'époque, c'était le numérique, aller tuer les librairies indépendantes, etc. Et donc la vente en ligne, etc., donc personne n’a suivi parce que tout le monde était dans un truc de c’est comme ça le monde à venir et donc il n’y a aucune raison de se battre contre ça, etc.. Donc j’avoue qu’il y a une forme, peut-être dans un premier temps et sans méchanceté, mais un peu de on vous l’avait bien dit, on le savait déjà, en tout cas, peut être pas toute la librairie, mais ça fait longtemps quand même qu’on en parle. Après, il faut sauter aussi sur l’occasion. De cette prise de parole et du fait que ça a fait des vagues bien au-delà donc ça c’est je pense que c' est toujours bon à prendre après il y a la question du collectif moi ce que j’entends aussi c’est que la SGDL, la ligue, la chaire des auteurs etc se bat depuis longtemps pour changer le statut de l’auteur pour protéger le statut d’auteur pour sortir alors je sais pas sur la clause de conscience mais sur les 70 ans après la mort surtout en fait ce qui contraint le travail d’un auteur dans son contrat avec un éditeur qui est très particulier, vraiment particulier, c’est quand même quelque chose que je pense qu’il faut détricoter. Et du coup, la question c'était, j’entends aussi un peu de rogne, ce qui est normal, mais il va falloir y aller. C’est-à-dire de gens qui travaillent sur ces sujets-là depuis longtemps et qui ont l’impression que l'éclairage du mouvement grasset, qui reste important, a mis dans l’ombre tout ce travail qui a été fait. Et j’avoue que je pense que, je donne par exemple un exemple, je sors des rencontres nationales de la librairie française, on était à Rennes, il y avait 1200 personnes, dont 800 libraires. On a invité 4-5 auteurs de Grasset à venir pour qu’ils viennent nous raconter ce qui s'était passé, leurs ressentis. C'était très émouvant. On a entendu les mots de deuil. J’ai perdu une maison, ma famille, etc. Donc c'était quand même, voilà, c’est assez fort. Mais pour autant, ils ont fini en disant, on mise sur vous. Et puis là, on n’y était pas. Oui mais alors du coup vraiment collectivement et collectivement ça veut dire que va falloir que ce mouvement entendre le travail préalable qui est fait, le travail que le syndicat ou les groupements de libraires ou d’autres mouvements ou même des libraires indépendants qui ne font pas partie du syndicat d’ailleurs, tout ne passe pas par le SLF, on travaillait en fait depuis longtemps et là on peut faire du collectif et là peut-être gagner les batailles à venir. Mais sinon, ça risque d'être soit contre-productif, soit de faire un peu un épiphénomène, ça veut pas dire qu’il n’est pas important, mais peut-être qu’on n’en parlera plus dans un an, parce que ce sera avalé par la machine.
00:56:25David Dufresne
Nicolas, à moins que Laurent veuille rebondir, mais Nicolas, qu’est-ce que tu as ressenti ? Est-ce-que les gens qui viennent dans tes librairies t’ont parlé de l’affaire Grasset ? Est- ce que… Et je dis ça parce que tu es aussi, ce soir, le représentant, on pourrait dire, de cette saine édition indépendante qui a un maillot à partir avec les grands groupes. Donc qu’est-ce tu as ressenti quand tu as vu cette affaire arriver ?
00:56:56Christophe Cognet
Il va falloir que j'évite de faire de la langue de bois.
00:56:58David Dufresne
Alors ton micro remarche, en revanche Théo, si tu pouvais allumer ton ordi pour le chat. Voilà, mets ton micro en marche Nicolas.
00:57:06Christophe Cognet
Alors nous, ça fait des années qu’on essaie de combattre Bolloré, Arié est dans la salle et il intervient tout à l’heure sur l’un des prochains plateaux, Arié Alimi. Mais on faisait partie ensemble d’un collectif qui s’appelle Stop Bolloré et on cherchait déjà à stopper Bolloré à l'époque où il n'était pas encore propriétaire d’Hachette, où il était simplement, entre guillemets, propriétaires d' Editis, deuxième groupe d'édition en France. Vous savez qu’au nom des lois sur la concentration, la Commission européenne a demandé à Bolloré de choisir, c'était soit Editis, soit H7. Il aurait bien aimé avoir tout le gâteau, mais il a quand même fallu qu’il en lâche une partie. Donc il a abandonné Editis. Plein de belles maisons. Et Editis appartient désormais à Daniel Krestinsky, un autre bienfaiteur de l’humanité. Alors, quand j’ai vu, quand j’ai assisté à la fronde des éditions, des auteurs Grasset, des autrices Grasset J’ai été plutôt content, à vrai dire. Je me suis dit enfin, mais alors quelle naïveté, sérieux. Franchement, ça fait des années qu’on vous dit de partir. Ça fait des ans qu’ont dit à tous nos copains, copines qui publient chez Grasset, foutez le camp de là. Et vous nous répondiez tout le temps, je suis désolé, j’emploie ce mot un peu exclusif, c’est pas agressif du tout, mais vous nous répondiez toutes et tous, soit Virginie Despentes, Sorj Chalandon, toi, David ou d’autres. Oui, mais il y a Olivier Nora. Tant qu’il y aura Olivier qui est le garant de notre indépendance, de notre intégrité, de ceci, de cela. Olivier Nora, c’est l'éditeur de Bernard-Henri Lévy, Raphaël Enthoven, Caroline Fourest. Non, mais au secours, quoi. Franchement, franchement. Alors, je sais que la soupe était bonne, globalement, chez Grasset et avec Nora. On a vu son salaire. Ça a été un sale coup de Vincent Bolloré de dévoiler trois jours après le début de la campagne des auteurs, le salaire, plus d’un million d’euros par an, d’Olivier Nora. Donc là, il y a un vrai problème. Donc j’ai été content de voir que vous étiez d’abord 100, 150, 200, 300, à partir, tous unis dans un œcuménisme un peu déconcertant. Mais mieux vaut ça, en fait, il vaut mieux être résistant en juin 44 à Paris que le 27 août 44 après la libération de Paris. Mais voilà ce dont je suis désolé, je ne suis pas agressif, mais ça fait des années qu’on vous dit de partir. Et pour la plupart des grands auteurs, Laurent Toulois aussi, vous aviez les moyens de partir n’importe où quand vous vouliez. Donc vous êtes accrochés à cette bouée, Olivier Nora, bon, admettons, pourquoi pas. L’avantage avec Bolloré, c’est qu’il énonce les choses, franchement, il l’est fait, il dit qui il est, d’où il vient, où il veut aller. Il n’y a pas de masque, il n’a pas de faux semblant, C’est de l’extrême droite, c’est la croisade d’extrême droite. Il a fait ça avec Fayard, en embauchant Lise Boëll qui s’est fait virer, en fait, de chez Albin Michel, par Gilles Haéri c’est ça, la réalité. Il a viré Olivier Nora de Grasset, et ça va se poursuivre avec d’autres maisons d'édition du groupe. Donc il y a plein de questions, c’est trop compliqué de tout traiter maintenant, mais concrètement, vous, grands auteurs de chez Grasset, vous avez les moyens de partir n’importe où. Mais alors les petits auteurs de chez grasset qui ont publié un roman, leur premier roman, eux, ça va être un peu plus difficile. Alors, Laurent, j’ai vu que tu.
01:00:39David Dufresne
Prenez le micro, je ne sais pas si tu veux répondre.
01:00:43Laurent Binet
Ben non, il y a beaucoup de choses, enfin moi je suis pas là ni pour me défendre, ni, enfin, c’est-à-dire le problème il est plus là, si peut-être, enfin juste un mot. Bon, déjà, tous les chiffres du JDD sont faux sans exception. Un point assez rigolo, en fait, c'était qu’il y a des auteurs qui ont été vexés, parce que quand on balançait les avaloirs de certains auteur, il en a un ou deux qui a dit, mais je vaux beaucoup plus que ça, c’est pas du tout les bons chiffres, c-à dire que les chiffre, pour certains, étaient inférieurs. À la réalité, pour vous dire que voilà, et donc il y avait des chiffre faux dans un sens, des chiffres faux dans l’autre, tout était faux. Ensuite, disons, je ne sais pas exactement, enfin, si tu veux le problème, d’accord, d’accord, on aurait dû peut-être, etc. Bon, le problème globalement, c’est qu’on pouvait partir, on peut partir, on va partir, ceux qui peuvent, vont trouver ailleurs donc où ça ? C’est-à-dire que Kretinsky, c’est pas bien non plus. Et en fait, c’est ça le fond du problème. C’est-à-dire que là, on est, on parlait de monopole, c'était à dire que là on n’est pas dans un monopoles, mais on est dans un oligopole et ça revient au même, finalement. C'était-à dire qu’ils étaient 5 ou 6. Maintenant, ils sont 3 ou 4. Et puis, Gallimard, il publie des mecs. Ah oui, alors ça, si je peux peut-être répondre là-dessus. Je pense que ce qui me paraît sain d’un point de vue démocratique, dans un écosystème culturel et précisément dans le monde de l'édition, on cohabite. Des grandes maisons d'édition et des plus petits éditeurs indépendants et que la vocation d’un éditeur indépendant, enfin je sais pas si ça doit être systématique, mais si je pense quoi, c’est-à-dire l'éditeur indépendant a une vocation militante et je pense qu’une grande maison d’édition a une occasion pluraliste. C’est à dire qu’en fait, même si tu dis oui, BHL, etc bien sûr, Mais en fait, s’il n’y avait que des gauchistes chez Grasset en fait ce serait pas tout à fait satisfaisant non plus, tu vois, je veux dire le petit éditeur, il creuse son sillon, il propose des trucs
01:02:54Christophe Cognet
T’arrives pas à quoi ? Je ne comprends pas ce que tu me dis. Ah bon, c’est moi qui n’ai pas dû comprendre ce que tu me dis. Non mais il y a des auteurs de… En quoi ce serait un problème de n’avoir que des auteurs progressistes au sein d’une maison d'édition ?
01:03:05Laurent Binet
Si c’est une des quatre ou cinq maisons d'édition qui représente 90 % de la production éditoriale, bon, ça veut dire que, ok, là, on lutte contre une tendance à l’extension, la progression éditoriale de l’extrême droite, mais en fait, l’inverse serait problématique aussi, quelles que soient nos affinités politiques. Non, tu ne crois pas ? Pour moi, ce n’est pas problématique…
01:03:31Christophe Cognet
Pour moi, ce n’est pas problématique, non, que le jour où on aura l’hégémonie, ce sera très bien. D’accord. Je suis désolé, je me bats pour ça.
01:03:42David Dufresne
Alors, l’idée n'étant pas de tourner qu’autour de Grasset ce serait un peu dommage, je tiens à dire, Nicolas a raison, il nous a dit ça, le ton de notre réponse n’est pas du tout celui qu’il a fait. Là, il y avait un côté comédien, on était plus emmerdés que ça. Et je me rappelle quand même, parce que c’est quand même important, personne n’a souhaité la venue de Bolloré. Je veux dire, vous êtes dans une maison et quelqu’un vient changer les clés. C’est quelque chose qu’il faut avoir en tête, personne n’a désiré sa venue. D’où la gêne à rester, à pas rester, et effectivement le moment où là le mec dit, non seulement je change les serrures, mais je change le bureau, je change tout, et vous n’allez pas être tranquille. Ça me semblait important de le dire.
01:04:31Laurent Binet
Juste si je peux ajouter quelque chose, donc pour essayer de te répondre, l’impact qu’a eu ce scandale Grasset vient aussi du fait que ce n’est pas juste la bande des gauchistes habituelle qui a dit « Oh là là, oh là là je me barre », mais c’est quand même symptomatique, encore une fois, du fait qu’il y a quelque chose qui se passe dans le fait que des auteurs pas du tout identifiés, mais je parle même pas d’extrême gauche, pas du tout identifiée de gauche, de centre gauche, de centre droit, mais vraiment très, très à droite, là, il claquait la porte en même temps, c’est-à-dire qu’il y a une, je sais pas, je suis pas tout à fait sûr de comprendre pourquoi, pour certains, mais n’empêche qu' il y a un truc qui s’est lézardé dans ce que tu appelles le camp d’en face, et je suis tout à fait en désaccord avec toi, mais je veux offenser personne. C’est-à-dire moi, je me suis retrouvé embarqué dans un truc de solidarité avec des gens dont je ne partage pas du tout les idées. Mais une fois qu’on est là, il y a une alliance objective et moi je fais avec. Toi tu peux dire non non mais jamais jamais etc n’empêche que c’est grâce à cette alliance objectif de gens objectif des gens de sensibilité politique vraiment très très variés très très éloignés que le que ce scandale que ce scandale a eu là la fin c'était cette péripétie à la base cette péri a eu la résonance qu’elle a eue.
01:05:58David Dufresne
Je t’ai vu réagir dès que Laurent a parlé d’Alliance. Là, tout d’un coup, elle est fiée en toi, s’est dit « tiens, il faut que je parle, Alliance ou ça ? » Alors Grasset, l’affaire Grasset, mais au-delà des auteurs etc, qu’est-ce que ça a fait dans ton parti politique, dans ton champ de travail, comment as-tu pris ça ? Est-ce-que tu as contacté tout le monde ?
01:06:23Sarah Legrain
Je pense que notre travail, c’est de repérer quand il se passe quelque chose et on peut tout à fait trouver que c' est bizarre. C’est tard, c' est avec des personnes dont on ne sait pas trop qu’est ce qu’on peut en faire ensuite, quoi. Mais par contre, c' est ça le un peu le travail, je pense, politique, c’est de repérer quand tout d’un coup quelque chose qui était inaudible il y a trois ans devient audible par des gens pour lesquels on pensait que ça n’arriverait pas potentiellement. Et je ne parle pas de toi, évidemment, Laurent, mais même au-delà. Voilà, donc après… Donc mon premier truc c’est de me dire moi je trouve qu’il se passe quelque chose je le dis vraiment à mon humble échelle moi je suis élue depuis 2022 sur les questions de culture et bon je le dit aussi même politiquement, faire vivre les questions de culture dans l’Assemblée Nationale, bon courage-vous, voilà ça n’intéresse personne, c'était pas le sujet et puis j’ai vu l’extrême droite s’emparer des questions de cultures Je vais revenir au sujet, t’inquiètes pas, c’est juste le micro. À l’Assemblée nationale, j’ai vu comment l’extrême droite, qui avait globalement rien à dire là-dessus, qui est très inculte, qui n’est pas du tout structurée, c’est-à-dire il y en a les uns qui tapent sur les intermittents du spectacle, les autres qui veulent faire semblant, qui sont plus culturels que les autres, etc., mais j’avais vu comment à un moment ils avancent aussi sur ce sujet-là, et puis du coup on regarde aussi les mobilisations culture, et il y a d’immenses, et c'était pour ça que je comprends la frustration que certains peuvent avoir en disant nous ça fait un moment qu’on dit le danger de l’extrême-droite dans la culture et le danger… Et puis il y a aussi ceux qui disent attendez avec Bolloré, donc je le dis tout de suite, attention faites des Bollo night autant que vous voulez mais il va falloir faire aussi des Budget Nights et ça c’est beaucoup moins marrant pour les gens mais en fait en réalité il y a un saccage dans la culture actuelle qui a pas attendu Bolloré qui n’est pas… Et c'était pour ça qu’au début j’ai dit quelque chose de très large mais Bolloré incarne cette fusion là et en fait il doit nous permettre d’adresser les deux sujets la marchandisation de la culture qui est à l’œuvre et qui fait que la culture est à l’os, enfin voilà franchement et que du coup, tout le monde crève la bouche ouverte, le spectacle vivant, mais même en fait l'édition indépendante, les librairies, tout ce qui dépend un petit peu aussi de la puissance publique. Et puis évidemment, il y a la mainmise des milliardaires sur une industrie culturelle qui, en France en fait, est très régulée. C’est-à-dire que ça a beau être une industrie, c’est beau être présenté comme une industrie, et bien en France, il y a quelque chose d’historique qui est même parfois un peu pompeux, qui est parfois un peu de droite, l’exception culturelle française, etc. Mais n’empêche qu’en France, on a supposé de dire… Bah non, la culture n’est pas un bien comme un autre, c’est un bien marchand comme un autre, donc en fait, on a des leviers de régulation. Bon, j’ai l’air de m'être éloignée, mais c'était pour dire que quand on voit des luttes cultures arriver, que ça fait des années qu’on a des lutte beaucoup sous l’angle des coupes budgétaires qui sont très importantes de l’audiovisuel public, du spectacle vivant, mais que là, on voit d’autres foyers qui émergent et qui adressent la question, et notamment qui se réveillent aussi avec l’extrême droite. Et ça peut avoir un truc un peu frisant de dire il y a les macronistes, ils ont saccagé plein de trucs, mais oui, en même temps, c’est aussi, ça dit quelque chose du temps, du moment dans lequel on est, de l’angoisse de l’extrême droite qui peut arriver au pouvoir. Et ça dit aussi qu’il y a des forces qui, d’une façon ou d’un autre, sont prêtes à rentrer dans la bataille, peut-être, et qu’en tout cas, il y a quelque chose à voir. Et moi, je le dis juste parce que là, on va parler de cinéma après. Mais quand même, si vous regardez sur les six derniers mois, en termes d’accélération du nombre de fois où vous voyez dans les médias entendre parler de lutte dans la culture. Alors que nous, on fait des colocs, des états généraux et des machins tous les ans, enfin voilà, on le fait, mais moi, je suis obligée de l’entendre. Et donc moi, quand je vois ces auteurs grâce à ça, je me dis bon, qu’est-ce qui va se passer à leur premier rencontre ? Déjà, est-ce qu’ils vont être tout seuls ? Est-ce que ils vont être trois à partir ? Et ils vont peut-être avoir des articles parce qu’il sont connus. Quand tu dis 130, puis 300, mais il faut noter qu' il se passe un truc. Collectif, c’est peut-être pas le foyer de la révolution, mais enfin, il se passent un truc ! Ensuite, il y a la question de qu’es-ce-qu’ils font ensemble. Première rencontre ensemble. Moi je trouve intéressant, c’est pour ça que je vais aller là-dessus, sur qu’est-ce qu’il en émerge et qu’es-ce qui va en sortir comme proposition. Et ce que je trouve intéressant, c’est que dans cette première rencontre, j’imagine qu’on va en causer, mais il y a eu la question de la clause de conscience. C’est intéressant parce que c'était l’idée de l’artiste qui dit, bah là à un moment, il y a quelque chose de moral, etc. Mais c' est intéressant parce qu' ça soulève d’autres questions, parce que bon, est-ce que c' est un positionnement moral ou est- ce que c 'est un positionnement économique. Donc là on pourrait arriver sur la question la clause aux sessions, par exemple, qui est de dire, en fait, quand quelque chose est racheté, on a le droit en tant qu’auteur parce que la boîte a été rachetée. Donc là, ça nous emmène sur des enjeux qui sont plutôt des enjeux plus structurels que moraux et qui sont, en fait, c’est quoi le… Qu’est-ce qu’il est en train de se passer sur le plan économique et c'était quoi notre résistance ? Et puis après, il y a la question collective. Les clauses, c’est souvent quelque chose qui est présenté comme d’individuel. Moi, ce qui m’intéresse, c’est qu’est ce qu’on peut élever à l'échelle collective. C’est à dire, plutôt de dire, par exemple, du côté des journalistes, c'étaient les droits d’agrément. C'était le fait que, est-ce que y aurait pas un collectif à inventer qui aurait un pouvoir sur la possibilité ou pas de racheter une maison. Je trouve que ça, c’est hyper grave tout d’un coup. T’es parti de quelqu’un qui dit, moi, je suis désolée, mais là, je n’arrive plus à me regarder dans la glace parce qu’Olivier Noura a été viré et que, clairement, Bolloré est en place et que j’ai un problème de morale. Mais peut-être qu’en discutant avec cette personne, le problème moral devient, au bout d’une moment, une bataille contre une structure. Et ça, ça, qui, moi politiquement, m’intéresse et qui vient, donc, après, c’est les outils collectifs. Évidemment, je devais revenir à ça. Il y a le droit d’agrément, etc. Mais moi, ce qui m’intéresse beaucoup, c' est, un, la question de la prise du pouvoir des travailleurs. Donc en l’occurrence, là, si on parle des auteurs, c’est le rapport de force des auteur vis-à-vis de l'éditeur, mais il y a des gens qui ont amené dans la bataille la question des continuités de revenus des artistes auteur. Et je veux juste en causer là pour dire qu’il y a aussi des gens qui ont dit qu’y a quelque chose de problématique potentiellement dans le partage de la valeur entre les auteure et les auteur. Donc ils ont amené un autre sujet, mais qui est un sujet important et qui ouvre à des questions collectives. Et puis, évidemment, je pense, on va dire la question de la concentration.
01:12:00David Dufresne
Il faudrait préciser le partage de la valeur, on va en parler parce qu’il y a eu des questions dans le chat effectivement parce que là ça concerne toutes les maisons d'édition indépendantes ou pas et ça il faut en parler mais là tu parlais de la continuité des ressources donc en gros c’est le statut d’intermittent du spectacle qui serait appliqué.
01:12:21Sarah Legrain
Je ne rentre pas dans le détail parce que ça peut donner l’impression… Alors déjà, les internautes musulmans du spectacle te diront toujours qu’ils n’ont pas un statut, ils ont un régime, je ne sais pas s’il y en a dans la salle, mais je te le dis avant qu’il te le dise. C’est vrai. Mais du coup, oui, en fait, il y a une idée, c’est une forme de sécurité sociale des auteurs, si vous voulez, mais c' est vraiment très résumé, mais c' est l’idée que, en faite, tu as des moments avec des revenus et des moments sans revenus, mais que ce n’est pas pour autant que tu ne travailles pas. Je le dis, je rentre dans les détails techniques de ça, mais il y à des documents que vous pouvez trouver. Je pense qu’on sortirait du sujet, mais c'était juste pour donner un exemple de comment, à l’occasion d’une mobilisation comme ça, en fait on peut se mettre à poser des sujets qui sont des sujets programmatiques intéressants et qui posent la question des structures, de la valeur, etc. Et puis évidemment, c’est à ce à quoi je voulais arriver, je pense qu' on va en parler, mais la question de la concentration. Et de dire finalement le sujet, le sujet c' est que Bolloré, c' est quelqu’un qui assume d’arriver chez Fayard de virer sa porte avec qui il veut l'éditrice de Zemmour, de maintenant virer Nora. Il l’a déjà fait dans les médias, il nous a déjà bien expliqué ce qu’il faisait, i Télé, Europe 1, JDD, etc. Donc il arrive, il vire, il l’assume. Et donc là, tout le monde se dit, hou la la, mais comment c’est possible qu’ils puissent faire ça et tout le monde comprend son pouvoir. Et donc le sujet, c'était comment autant de pouvoirs sur une personne. Et en vrai, pour s’attaquer au pouvoir de Bolloré, derrière, il y a quand même le sujet. Du pouvoir de quelques autres aussi, et il faut en parler, et de qui concentre, et tu vois, quand tu disais tout à l’heure, dans les quatre maisons d'édition, tu peux pas avoir que des gauchistes, oui, mais tu peux ne pas avoir que quatre grosses maisons de l'édition. Ça, je pense que ça peut se travailler. Et je voulais juste mentionner ça quand même. 90 % du marché du livre sur 10 groupes français. Quatre d’entre eux contrôlent 70 % du marché du livre, et je pense qu’on en parlera après. Ces quatre contrôlent 80 % de la distribution du livre. Et ça, c’est un sujet qu’on connaît moins, la distribution, parce que c’est technique et tout. Mais c’est juste pour vous dire que derrière Bolloré, il y a Bolloré, le grand méchant mais il y a quand même un système organisé autour de, je ne veux pas tous les traiter de grand méchants, mais en gros de quatre gros qui se partagent beaucoup beaucoup et c' est ça qui leur permet aussi après de faire la pluie et le beau temps à l’intérieur de leur maison s’ils ont décidé qu’ils s’en fichent de leur image et puis il y en a certains qui vont dire moi je respecte la liberté éditoriale, Bolloré il ne la respecte pas mais peut-être que le sujet du coup il ne doit pas se trouver là, il doit se trouver dans les contre-pouvoirs. Et dans l’appropriation de ces maisons, comme vous dites, du coup il faut la posséder, la maison, il ne faut pas la laisser posséder par les autres.
01:14:49David Dufresne
Alors, le chiffre d’affaires de Hachette, qui appartient en partie à Bolloré, c’est 3 milliards d’euros que pour l'édition et en grande partie, en effet, c' est la distribution. Je refais juste un tout petit tour de l'état des lieux et après, je donnerai la parole à Anaïs et à Nicolas sur l’aspect distribution. Il y a la librairie Gibert à Paris, qui est placée en redressement judiciaire depuis un mois. Le Furet du Nord à Lille qui a annoncé son redressement judiciaire la semaine dernière. J’ai vu que le syndicat de la librairie française essaie de détecter les petites librairies qui sont en difficulté pour les racheter et j’ai entendu dire, pas vous les rachetez, mais trouvez des gens pour les acheter pour pas que ça tombe dans l’escarcelle de Stérin.
01:15:43Anaïs Massola
Bah c’est vous ! Non, non, non. Effectivement, ce terrain avait annoncé il y a trois ans, je crois, deux ou trois ans qu’il avait le projet d’ouvrir et plutôt de reprendre 300 librairies indépendantes pour en faire un projet culturel. Le travail du syndicat, ça a été d’alerter, de mettre cette question en avant et donc, en fait, de de mettre en vigilance les libraires qui voulaient revendre. En sachant que ce n’est pas facile aujourd’hui de revendre une librairie, etc. Bon, de ce que j’en sais, je ne sais pas où est-ce qu’il en est exactement, mais de ce qu’on sait, il a embauché quelqu’un, on avait eu accès à l’affiche du poste. Pour l’instant, il ne s’est rien passé. Alors, effectivement, la mise en redressement judiciaire de Gilbert, enfin, les soucis de Gilbert, Décitre, elle amène du coup avoir la possibilité d’aller racheter on va voir ce qui va se passer après moi enfin je dirais libraire c’est quand même un métier qui est très particulier alors on peut être milliardaire et avoir beaucoup d’argent à perdre c' est possible on attend de voir voilà mais on n’a pas je ne sais pas d’où vient cette information mais le syndicat est un syndicat enfin en fait on ne rachète pas les petits librairies
01:17:07David Dufresne
Non, non, non pas les racheter, mais faire en sorte que ça ne tombe pas dans l’escarcelle de Stérin.
01:17:11Anaïs Massola
Oui, effectivement, on a cette alerte-là, après, on est… Enfin, bon, voilà.
01:17:17David Dufresne
Nicolas, sur l’aspect distribution, est-ce que tu peux nous expliquer ce que c’est ? Est-ce-que tu peux expliquer la question des remises, parce que c’est quand même essentiel pour vous, libraires, et comment les grands groupes se comportent avec les librairies de ce qu’on appelle niveau 2, c’est ça ? Puisqu’en fait, il y a différents niveaux pour les éditeurs des libraires.
01:17:41Christophe Cognet
Ok, je change de casquette, j’enlève la casquette de l'éditeur critique et indépendant. Je reviens sur un point quand même. Je vous ai un peu chargé mais ce n’est pas une attaque frontale contre vous, c’est simplement qu’un certain nombre a été un peu irrité par la gloriole des auteurs Grasset La gloriole des dernières semaines. Donc ça, je l’ai posé, je le dis, mais il y a plein de choses très intéressantes qui sont sorties de cette mobilisation. Elles ont été évoquées par Anaïs et Sarah. Notamment la question de la clause de conscience. Ça, c’est indispensable de légiférer là-dessus. Quand vous êtes journaliste et que le journal est racheté par une ordure, vous avez le droit de faire valoir la clause, ça veut dire que vous partez avec des droits, des droits au chômage, des indemnités. Dans l'édition, quand vous êtes auteur, c'était ce qu’on a découvert avec Fayard et Grasset, vous avez publié tous vos livres dans une maison qui… D’un seul coup, ça devient une maison d'élection d’extrême droite. Vous pouvez rien faire, vous pouvez partir, vous pouvez toujours dire je pars, si vous n'êtes pas lié par un contrat pour les prochains livres, mais vous abandonnez toute votre œuvre. Tout ce qui a déjà été publié, vous le laissez. Vous le laissez, et ça continue à faire fructifier Bolloré. C’est un souci éthique, c’est un souci économique. Jean-Yves Mollier, qui est un des chercheurs qui a publié sur plusieurs biographies de Louis Hachette qui a travaillé sur l’argent et les lettres, c’est un auteur Fayard. Aujourd’hui, il est à la tête du combat pour que les auteurs puissent récupérer leurs droits sur leurs œuvres passées, des œuvres d’il y a 30, 40, 10 ans, peu importe, mais qu'à soulever la mobilisation des autrices et auteurs Grasset, c’est vraiment ce point-là, quels sont les droits des auteurs. Alors, ils sont déjà très mal payés globalement, même si certains ont des avaloirs conséquents. Et si, en plus, ils doivent abandonner leur œuvre, c' est perdant, perdant. Donc, votre mobilisation, elle aura probablement permis d’avancer là-dessus. Si, un jour, il y a un gouvernement de gauche à nouveau, c' n’est pas tout à fait inenvisageable, peut-être qu’on aura des auteurs avec une clause de conscience, des droits sur leur œuvre. Parce que là, jusqu’ici, grâce à, par exemple, ou même Libertalia, quand on publie un livre, s’il n’y a pas une durée stipulée dans le contrat, le livre est à vous pour toute la durée de vie de l’auteur et même 70 ans après. Ça, c’est le droit d’auteur. Il y a un texte passe dans le domaine public, 70 ans après le décès de l’autrice ou de l’auteur, donc c’est pas possible. Clairement là, il faut moderniser ça, il y a plein de choses qui vont pas dans la législation actuelle du point de vue du livre. C’est ce que votre mobilisation aura très certainement permis de faire avancer, et ça, pour ça, merci. De rien ! Sur la question de la distribution, alors c'était un peu compliqué, c’est un peu technique, nous autres, libraires, Je vous remercie. On touche à peu près 35 à 40 % du prix d’un livre. On est ceux qui touchons le plus. Le diffuseur, celui qui est le distributeur, je vais mélanger, sinon ça va être trop compliqué, prend à peu plus 20 %. L'éditeur, à peu peu 40 à 45 % du pris d’une livre pour payer l’impression, le travail d'édition, de correction et les droits d’auteur. La distribution, c’est le nerf de la guerre. Ce qui pose souvent problème aux auteurs, c' est que leurs livres n’arrivent pas assez vite dans les librairies. Vous avez un article ou une magnifique émission aux Postes, vous avez un petit distributeur, le livre va mettre deux semaines à arriver, peut-être plus, dans la librairie qu’il a commandée. Vous ne pouvez pas batailler face à Amazon et les délais d’Amazon. Les délais D’Amazone sont très rapides. Il se trouve qu’achètent livres, achètent à inventer le métier. Le livre, en France, c’est Gallimard et Hachette, si on résume à très grand trait. Gallimard, puis ses successeurs ont publié presque tous les auteurs du patrimoine et des patrimoines français. Hachette lui, a inventé toute la distribution. Il s’est davantage soucié de la façon d’acheminer les livres sur les points de vente que de ce qu’il publiait. Donc, dès le départ, je vous l’ai dit, on a des boutiques. On est en 1850, je ne vais pas refaire toute l’histoire, ça va être trop long, mais on est en pleine phase d’industrialisation. Le moyen de locomotion qui se développe, c’est là, c' est le train. Il y a des gares dans tous les villages, dans toutes les villes de France, achètent, obtiennent le monopole, c’est un monopole d’état, de ventes dans les boutiques qui sont dans les gares. Ils vendent leurs propres livres, puis se tournent vers les autres éditeurs, leur dit… Dites donc vos livres n’arrivent pas facilement dans ces gares-là, dans ces points de vente. Si vous voulez, je peux le faire. Et donc ce système va se développer, Hachette va progressivement diffuser, distribuer toute une partie du monde de l'édition en France, mais également du monde la presse via les nouvelles messageries de la presse parisienne. Là encore, c’est trop compliqué, mais imaginez bien ce qui se passait en 1945, 50, 55, 60, dans le monde de la Presse et de l'édition. On achetait tout en espèces. Vous alliez acheter votre journal, il y avait 10 millions de journaux vendus tous les matins. Vous achetiez votre journal en espèces. Les fonds remontent chez Hachette Distribution tous les soirs. Il n’y avait pas de loi sur la normalisation du monde politique. Et donc vous pouvez acheter tous les députés, tous les députés de France, encore c’est Molière qui raconte ça ont été achetés. Ils ne sont pas partis avec des valises de billets pour eux quoique, mais dans le cas des députés communistes par exemple il s’agissait de financer l’achat d’un centre de loisirs pour les enfants à la plage ou d’acheter, de financer une nouvelle crèche, mais la loi sur la moralisation des finances publiques elle s’est opposée à Hachette. Hachette aurait dû être nationalisée en 1945 parce que Louis, enfin les descendants Filipacchi de Hachette ont collaboré de même que Grasset. Grasset à l'époque ne appartenait pas à Hachette. Donc la distribution est le nerf de la guerre dans le monde du livre et dans le monde de la presse, même si la presse aujourd’hui fait grise mine, mais vous avez besoin d’un distributeur pour que les livres arrivent rapidement. Et force est de constater que Hachette Distribution est la structure la plus rapide. Quand vous êtes libraire, vous commandez… Moi, je commande un livre. J’en commande, hein. Parce qu’il y a toute une partie de l'édition Jeunesse qui passe par Hachette Distribution, BD Kids notamment, donc Mortadel, ou One Piece, donc le Fond Glénat, vous voyez. Déjà, j’ai dit. Mortadel et One Piece, ceux qui ont des enfants comprendront. Je commande à One Piece un mardi soir, je l’aurai au plus tard le jeudi dans ma librairie. Vous voyez, c’est une force de frappe colossale à chaque distribution. Je ne sais pas si ça répond à ta question, mais ça, ça pourrait être nationalisé. Et le vrai problème est le point sur lequel on peut avancer collectivement. C’est la question de la concentration, parce que dans l'édition, le principal souci aujourd’hui, c'était la concentration.
01:25:00David Dufresne
Alors attends, on va venir à la concentration, je te le promets, parce que c’est extrêmement important. Je ne sais pas si Laurent veut répondre à ce qui vient d'être dit. On a parlé de la clause de conscience. Je ne ne sais pas si tu as signé la tribune de 300 auteurs qui demandent l’instauration de cette clause de confiance. À titre personnel, je me demande pourquoi seuls les auteurs pourraient en bénéficier et pas les salariés. Des entreprises mais bon voilà ça c’est mon petit point un peu plus, mais il y a une autre proposition qui vient en partie du parti Horizon figurez-vous, qui est Qui est ? Comment ?
01:25:42Sarah Legrain
Ah, elle va défendre son collègue ? Non, si tu parles, c’est Horizon, je pense que c'était Jérémy Patrieletus. C’est ça. Notez son nom, vous allez voir le personnage.
01:25:50David Dufresne
Voilà.
01:25:50Sarah Legrain
C'était le président de la commission sur l’audiovisuel public.
01:25:56David Dufresne
Et il propose de rendre obligatoire une clause que Laurent connaît sans doute, je ne sais pas si tu as pu en bénéficier un jour, qu’on appelle intitulé personae, c’est-à-dire le fait d'être en tant qu’auteur attaché à son éditeur, lié, on va dire, à son éditeur. Et si son éditeur part ou s’il est viré, à ce moment-là, l’auteur peut le suivre. Il y a cette proposition dans les reposts. Est-ce que, par exemple, c’est quelque chose que tu défends ?
01:26:29Laurent Binet
Non mais bon, moi j’ai signé la tribune, de toute façon je signe tout.
01:26:33David Dufresne
C’est ce que t’as dit quoi.
01:26:34Laurent Binet
Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on parle de la conquête de nouveaux droits, ce qui n’arrive pas si souvent que ça, et c' est encore un effet de cette honte de choc qui fait que là on n’est pas juste dans le défensif, mais qu' on réfléchit à comment améliorer le statut d’un certain nombre et tu as raison, c’est pourquoi que les auteurs… Ça peut être aussi les éditeurs ou l’ensemble des salariés, bien sûr. Mais ça, c’est très bien. C’est-à-dire que là, je trouve qu’il y a quand même un mouvement, un mouvement un petit peu… On est dans la contre-attaque, quand on parle de ça, parce qu’on parle de redéfinir, remodeler la politique culturelle du pays, tout simplement.
01:27:21David Dufresne
Alors, on parlera juste après, il nous reste 10-15 minutes, je vous préviens, il faut balancer la gomme là. On parlera évidemment de la question du démantèlement, mais il y a une autre riposte possible, contre-attaque possible, qui serait de conditionner les subventions données par notamment le Centre national du livre à certaines maisons d'édition plus qu'à d’autres, et là c’est quelque chose que les filles voudraient éventuellement discuter.
01:27:52Sarah Legrain
Oui, c’est-à-dire que je pense qu’il faut à la fois réfléchir, bon, celle-là, ça a été dit, je pense que tout le monde l’a bien en tête, mais à la question de la concentration, en ayant bien en tête le fait que, depuis le début, on parle de concentration horizontale, enfin, horizontale verticale, et j’ai même envie de dire diagonale, je le redis juste, non, mais pour qu’on le note, euh, horizontales, ça veut dire quoi ? Ça veut dire le type qui décide de racheter, bon, c’est ce qui se passe là dans l'édition, euh, depuis pas si longtemps que ça, en fait. C’est à dire qu’y a eu des mouvements progressifs de rachat de maison, sauf que là, ça fait maintenant quelques décennies que là vous retrouvez avec tellement de rachats que vous n’avez plus que quelques très très gros. Donc au sein de l'édition. Mais ce que tu as dit à Nicolas, c’est aussi le fait que c'était tout cette histoire de achète qui était dans la distribution. C’est-à-dire que c'était la chaîne verticale, c’est-a-dire le fait de de concentrer la production du livre mais aussi sa distribution et puis même carrément sa vente quand après on va jusqu’au niveau de la librairie etc. Et puis, la diagonale, c’est ce qu’on fait ce soir, c’est- à-dire, là on parle de Bolloré, et on se rend compte qu’il y a de quoi en parler dans l'édition, dans le cinéma, dans les médias. Donc c’est le fait qu’en plus, ils concentrent tout dans un secteur, mais ils cumulent les secteurs qui sont globalement des secteurs de production, d’idées, d’imaginaire, pour le dire très vite. Donc ça, moi, je pense que c’est central, et pour ça que je voulais quand même dire, je pense que c’est à ça qu’il faut réfléchir, et que faudra pas compter sur Horizon pour le faire. Voilà, juste ça comme ça. Petit tacle à mes collègues et que non et que c’est pour ça que je trouve que là où s’intéressant c' est que si tu veux faire le lien entre les c’est que cette histoire de clause de conscience et que ça pose la question de qui a droit est-ce que c les auteurs est ce que c est les travailleurs si c’est les travailleurs c’est la question plutôt c’est pas tellement il y a quelqu’un qui me plaît pas ces idées me plaisent pas mais si il y a un quelqu' un qui rachète donc c' Est quand même le sujet du pouvoir sur le capital fin je veux dire ces sujets là qui peuvent être posés après derrière et bon moi je crois en la puissance possible de l'état évidemment si on arrive au pouvoir en édictant, parce que c’est comme ça que ça existait jusque-là, c'était avec des lois anti-concentration, des lois anti-trust, et tu le mentionnais, c'était même l’Union Européenne qui aura permis d'éviter qu’il est Editis et Hachette en même temps. Ça paraît zinzin que ça dépend de l’UE, qui n’est pas l’organe gauchiste et nationalisation par excellence, mais en l’occurrence, là, ils ont joué ce rôle, donc ça veut dire qu’au niveau national, on peut le faire. Maintenant, je veux adresser l’autre aspect du problème, parce que la marchandisation elle s’appuie aussi sur un service public, soit marchandisé, soit problématique parce qu’il est réutilisé par la sphère privée. Je m’explique. Il faut poser la question des subventions publiques, d’un service public du livre aussi. Je rappelle que quand on parle du livre, on parle aussi de tous les manuels scolaires. T’as évoqué la BD, jeunesse et tout, mais les manuels scolaires, c’est quand même un vrai, vrai sujet, parce qu’on a une école publique laïque, républicaine, etc., gratuite en France. Mais on a le business du manuel scolaire, ce n’est pas public, gratuit, machin, voilà. Donc c’est un vrai, je ne dis pas qu’on va nationaliser, on n’a pas ça dans le programme, les livres, les programmes, pardon, les livres scolaires, mais je dis juste qu’il y a des pans entiers et qu' il y a quelque chose qui existe, qui est le CNL. Tout à l’heure, je pense qu' on va peut-être parler du CNC pour le cinéma. C’est-à-dire qu’en France, on a ces espèces d’organes qui sont plus ou moins efficaces, mais qui partent de l’idée que, comme ce n’est pas d’une marchandise comme une autre, on a un centre national et qui va faire… Une forme de redistribution. Donc le CNC c'était carrément, maintenant le CNL c’est plus les taxes, mais au départ c'étaient les taxes affectées qui permettaient de redistribuer. Vous connaissez sans doute ça mieux que moi. Et aujourd’hui moi je m’interroge sur le fait que ces fonds publics, éventuellement ils sont peut-être pas suffisants, mais surtout s’ils vont toujours aux gros, qui sans cesse achètent des petites maisons d'édition, parce que c’est comme ça que ça marche, pour regrossir vous rachetez les indépendants qui sont plus indépendants parce que vous les avez racheté. Si, en plus, c’est eux qui captent. Parce qu’ils ont évidemment une multiplicité de livres qui capte toutes les aides publiques aux livres, là il y a un sujet. Et ça rejoint, je trouve, des choses qu’on se dit de façon générale sur les autres secteurs quand nous disons, on aime bien dire, les assister. Quand ? Sur le CICE, pareil. C’est en fait ceux qui nous expliquent que non, non, il y a trop de dépenses publiques et qu’en fait, il y a trop de dépenses publiques sauf quand c’est pour leurs copains qui sont déjà blindés aux as voilà. Et donc c' est ce sujet de où va l’argent public et où vont les subventions publiques, et est-ce que les subventions publiques peuvent pas servir justement à faire vivre tout un écosystème de l'édition indépendante qui a absolument besoin d'être renforcée face à ces mastodontes dont on vient de parler. Donc ce serait marcher sur ces deux jambes-là. Il y a aussi un sujet, mais qui est très technique, c’est pas moi qui suis la mieux placée pour en parler, mais le fameux tarif postal. Voilà, mais les tarifs postaux et les sujets, en gros, dans les sujets de la distribution, il y a des mesures qu’on peut prendre qui peuvent favoriser l'édition indépendante. Faut pas forcément dire petit, parce qu’il y a les maisons qui se présentent comme petites, mais qui sont en fait chez les gros. Mais c'était cette question-là de l’argent public. Et de quelle façon l’argent public, parfois, vient alimenter. C’est pour ça que je parlais aussi des manuels scolaires, parce qu’en fait, il y a aussi des marchés, des formes de marché public, quand même, qui sont liées au livre d’une façon ou d’un autre, ou en tout cas, souvent il y a de l' argent public qui peut ou non être utilisé de façon vertueuse à faire vivre l'éducation indépendante ou pas.
01:33:07David Dufresne
Florent Calvez dans le tchat nous dit il faut imaginer le mécanisme de financement du CNC appliqué au CNL, donc le centre national du livre, soit une péréquation entre les produits vendeurs et les autres pour imposer moins de précarité en direction des auteurs, et s’il en reste, pour financer comme il se doit les petits éditeurs et libraires.
01:33:25Sarah Legrain
De ma part c’est ça le CNL au départ il a été financé par des taxes et maintenant c' est devenu ça s’est étatisé enfin devenu budget de l'état ce qui est je trouve dommage parce que ce modèle là qui consiste à dire la profession génère du profit en fait c’est une forme de sécurité sociale pour le pour le penser pour les gens qui sont pas dans le secteur c’est ben il y a des professions générées et en fait on prélève et après on redistribue aux plus petits et on favorise la diversité comme ça et donc ça ça devrait être un peu notre fonctionnement pour les pans de l’industrie culturelle. C’est de dire qu’il y a du business qui est fait, il y a des chiffres d’affaires qui sont faits, notamment par les plateformes. Amazon, ce serait un vrai sujet. Amazon, soit on interdit totalement, d’ailleurs, soit à un moment, on se dit que le chiffre d' affaires, il faudrait qu’une énorme partie de leur chiffre soit captée pour faire de la redistribution. Je sais pas quelle est ta position ?
01:34:16Anaïs Massola
Oui, là, pour le coup, je peux ajouter quelque chose, parce qu’il y a une demande du syndicat de la librairie française qui est claire. Effectivement, le CNC avait une taxe sur la reprographie qui lui permettait d’avoir une autonomie sur son budget de subvention. Sarkozy l’a enlevée. Et du coup, il dépend du budget du ministère de la Culture. Donc évidemment, il dépend des baisses budgétaires qui sont de l’ordre de 10 ou 20 %, je crois, depuis. Et donc ça pose une vraie question, on se rend compte aussi que la loi Darcos, ce qui a été la bataille que le syndicat amène là-dessus, c’est-à-dire l’obligation de faire payer des frais de port pour l’envoi des livres entre autres par Amazon, que pour l’instant on gagne, la bataille continue mais pour l 'instant on la gagne. On a eu les derniers chiffres et on analyse que ça fait une grosse baisse des achats sur Internet. Et d’ailleurs Amazon est en train de changer en grande partie sa politique puisqu’ils ont procédé. À une diminution de 30 % de références depuis le mois de septembre et que leur politique d’achat est un peu étrange, il semblerait. Donc il y a un changement à regarder structurel sans d’autant court. Voilà. Et donc, effectivement, l’idée du SLF, c’est aussi de dire que le CNC a des systèmes de taxes et, en fait, pour le CNL, il n’y en a aucune. Donc rentrer dans ce truc vertueux et pouvoir, effectivement alimenter en subvention la librairie indépendante. Alors des fois on dit, oui mais du coup vous êtes, comment on dit ? Vous êtes sous perfusion, enfin sous perfusion, etc. Et comme disait une copine libraire, elle disait, bah quand on regarde la fièvre de l’automobile, voilà, on peut encore se poser, je pense qu’on a encore de la marche.
01:35:58David Dufresne
C’est une petite devinette que je vous pose à tous les quatre et je suggère à Yann de déborder Bolloré s’il veut s’approcher ici pour prendre la parole, pour un peu conclure. Et si vous avez des questions dans le public, venez également ici pour que je passe le micro rapidement. Qui a dit que le trust Bolloré sera démantelé ? Qui a dit ça et quand ? Le trust Bolloré sera démantelé. Qui a dit ça et quand ? Comment ? T’as une vague idée, bah oui. Alors jusqu’où, jusqu’où vous, toi présidente, ou toi ministre de la Culture, puisque c’est ton Mélenchon Jean-Luc qui a prononcé ça samedi dernier, jusqu’au… Comment ? Dimanche. Dimanche, pardon, dimanche, dimanche. Je vois qu’il y en a qui suivent. Très bien. Donc jusqu' où on démantèle ? Au nom de quoi ? Qu’est-ce qui vous rendrait à l’aise ? Les uns et les autres, libraires, éditeurs, auteurs, par rapport à ça. Et une autre question, juste en dessous, pourquoi la gauche a laissé faire pendant des années et des années la constitution de grande concentration ? La gauche ? Quelle gauche ? La gauche. Oh bah, je sais pas moi… Mélenchon, il a été de gauche aussi, hein ? Bon, bref… Longtemps même ! Faut pas me chercher ! Alors, donc… Le premier. Jusqu’où on démantèle ? Au nom de quoi ? Et deuxièmement, est-ce que vous avez une idée pourquoi la gauche ne l’a pas fait quand elle avait le pouvoir ? Et là, c’est Yann, ça te laisse un peu de temps pour t’approcher. Ah bah il est là, il est là.
01:37:52Laurent Binet
En tout cas, ce qui est intéressant, c’est qu’en effet, étonnamment, Bruxelles a empêché une encore plus grande concentration en empêchant Bolloré de mettre la main à la fois sur Editis et sur Hachette. C’est très, très insuffisant, mais ça montre que c' est possible. Donc il faut juste, là, pour le coup, il n’y a rien à inventer. Il y a juste à durcir, à durcir les interdictions, C’est-à-dire, et ensuite, le curseur il faut voir, mais par exemple, j’ai appris quelque chose d’intéressant. Bolloré, on a l’impression qu’il a tout. En fait, non, il n’a pas, il a pas de quotidien. Il a le JDD, mais le JDD, c’est un hebdomadaire. Et parce qu' il y a une loi, alors je ne sais pas si c'était une loi de 46. J’ai oublié de 46 ou c’est ça.
01:38:39David Dufresne
Non, 81, je crois. Ou de 80. C'était par rapport à Hersant, me semble-t-il. C’est ça, voilà. Exactement. La gauche était bien de gauche.
01:38:47Laurent Binet
Ouais ouais bref parce que parce qu’il y a eu voilà c’est à dire il y a le problème le problème ne date pas d’hier et donc en fait bah il suffit de suffit de monter le curseur c’est tout mais en fait les outils sont déjà là.
01:39:03David Dufresne
Mais tu as raison, on n’a pas le droit de posséder ça, en plus du reste, mais par contre on peut possédez une chaîne d’informations en continu parce que la loi n’a pas été revue et que donc on reste sur un système qui date de 1981 où on interdit un quotidien qui a perdu quand même un peu de son influence. Nicolas regrettait les 10 millions de ventes de journaux avant-guerre, bon ben ça c’est un peu terminé. Comment ? Et les valises de billets. Oui, et les valises de billets, voilà. Pour vous deux, le démantèlement, et Sarah peut-être pour terminer le démantèlement jusqu’où ?
01:39:43Anaïs Massola
En fait, par exemple, on s’attaque souvent sur la question du mentalement à la question horizontale et en fait, Bruxelles, quand elle dit non, c’est parce qu’il y a des gens derrière qui vont pousser et du coup il y a du lobbying, ça s’est pas fait juste parce qu’il rentrait pas dans le cadre en fait. Si le SLF madrigal à l'époque, acte sud je ne sais plus qui, n'était pas rentré dans la bataille, ça serait passé, je veux dire, c’est pas une obligation. Du coup, et il y a la question verticale, si on revient sur la question de la distribution, c’est qu’en fait la concentration, c'était j’ai 40 % du marché, je peux pas en avoir 50 %, mais si j’ai 80 % de la distribution, et si j’ai 70 % des points de vente, si j’ai le transport maritime, parce qu’on fait les bouquins, ben il y aussi de la matière première, ça vient de loin. Enfin, en fait, c’est tout ça. Et là, pour le coup, les outils ne sont pas présents. Et peut-être que je rajouterai un truc sur la questions des auteurs, parce que, en fait, moi, ce qui m’intéresse, c’est que quand dans l’affaire Grasset vous avez dit 70 ans c’est trop, la clause de conscience etc. Une grande partie des groupes, des éditeurs, les autres de la place, ont dit mais ce n'était pas possible parce que notre système à nous fonctionne comme ça. C’est à dire qu’on a besoin, on prend un risque, on édite des gens, on leur donne une chance et puis alors du coup ils peuvent partir du jour au lendemain. Notre richesse est notre écurie d’auteurs. Et moi, ce qui me gêne, peut-être plus personnellement que par rapport au syndicat, c’est qu’il y a tout un vocabulaire qui me semble quand même particulièrement étrange. Et si on veut aller jusqu’au bout, c' est-à-dire démanteler un trust, mais aussi ne pas permettre qu' il existe par ailleurs parce qu' Il y a des accointances, on n’est pas obligé d' avoir 40 % du marché pour faire ce qu’on veut, on ne peut en avoir que 15 et puis être copain avec l’autre quand on a 10 et puis machin, etc. Enfin, et du coup, par contre, reprendre cette question de comment est-ce qu' on s’appartient les uns aux autres ? Et du coup, il y a la question de la connaissance, c’est-à-dire que, en fait, quand j’ai bien entendu que vous tenez à votre liberté et qu’Olivier Nora l’a représenté fortement, mais du coup ça ne raconte pas que votre liberté tient à tout un paquet de choses dont on parle, distribution, transport, fabrication, etc. Et ça, je pense qu’au-delà de la parole de quelqu’un et qui peut tenir front et qui est une bonne forme de résistance, en fait il faut que dans les contrats, tout ça se soit intégré, pas simplement la clause de conscience, pas plus de 70 ans, etc. Mais en fait, comment moi, mon texte, il va être fabriqué ? Par qui ? Dans quelles conditions ? Sinon, pour le coup, je trouve que ça joue à un petit jeu.
01:42:15Laurent Binet
Bien sûr, mais c’est la première chose que j’ai dite, c'était parler du problème de la concentration verticale. Je suis d’accord, il y a deux niveaux. Il y a un niveau un peu micro et un niveau macro. Et les deux ne sont pas du tout exclusifs ni incompatibles. Mais ça, je l’ai dit dès le premier jour, la mère de toutes les batailles, c’est la lutte contre la concentration des médias et la concentration de l'édition.
01:42:37David Dufresne
Rapidement Nicolas, parce qu’on prend malheureusement un peu de retard et puis je vais dire à Yann de venir pour prendre la lumière.
01:42:45Christophe Cognet
Non, mais la lutte contre la concentration, ça semble un chantier intéressant, une loi anti-trust. Mais ça veut dire que là, on a beaucoup parlé de Grasset, Fayard, qui étaient des maisons d'édition indépendante il y a très longtemps et qui ont été rachetées par Hachette dans l’après-guerre pour des faits de collaboration, principalement des maisons qui ont été récupérées parce que leurs propriétaires avaient publié des auteurs collaborationnistes. Aujourd’hui, le principal éditeur qui concentre tout, c’est Gallimard. Avant, il y avait un système, mais on parlait de Galligrasseuil pour le partage des prix littéraires, des prix d’octobre. Donc c'était Gallimard, Le Seuil ou Grasset. Bon, Grasset est hors course, il ne reste plus que Gallimard, Le Seuil, dans une certaine mesure Acte Sud. Il faut s’intéresser à Gallimard, quand même Gallimard, ça a toujours été son cœur de métier de publier des livres. Mais c’est une maison qui a tout racheté progressivement ces dernières années, en bande dessinée, Sarbacane, en littérature, minuit, P.O.L., vertical. Chaque fois qu’il y a un prix littéraire, en ce moment, c’est Gallimard qui te gagne, mais sous une étiquette ou une autre. Donc il faudra s’attaquer aussi à Gallimard, qui, soit dit en passant, a eu un comportement également discutable pendant la Seconde Guerre mondiale, mais Gaston Gallimard a eu l’intelligence d’avoir un bureau avec Pierre Drieu la Rochelle, donc les collabos, et un autre bureau avec Polan, les résistants. Donc il a évité la confiscation des biens à la libération. Il y avait Camus, il y avait Polan forcément, Aragon donc des auteurs résistants mais il faut peut-être qu’on pense aussi un peu à Gallimard dans la loi, donc Gallimard, le fleuron de la littérature française, propriétaire de Flammarion, propriétaire de tas de structures de diffusion, union distribution, la Sodis, c’est trop compliqué d’expliquer ça maintenant, mais derrière Grasset, il y a Gallimard, je vous rappelle. Réfléchissez, d’où vient Boualem Sansal ? Boualem Sansal, ça fait 10 ans qu’il travaille avec l’extrême droite. Ça fait des années qu’il participe à Frontières. Bon, c'était un auteur Gallimard qui vivait chez Antoine Gallimard dans le 7e arrondissement, à quelques centaines de mètres d’ici.
01:45:01David Dufresne
À propos de Fleuron, le fleuron de la riposte Déborder Bolloré, que Yann représente ce soir. Alors je ne sais pas si c’est bon pour la lumière. Je crois qu’il voulait s’asseoir à ma place en fait, Yann. Vas-y,. Je vous ai demandé si j’avais le droit, bah non, mais bon, alors, allons-y. Expliquez-nous ce qui a débordé Bolloré. Si dans le public vous avez une ou deux questions, venez vite. Et après on doit passer à l’autre débat sur le cinoche et ensuite sur les médias. À toi.
01:45:31Yann
Alors, merci. En fait, en vous écoutant, je me demandais comment j’allais pouvoir rebondir à chaque fois, il y avait quelqu’un qui reprenait la parole à la fin. En fait c’est simple, à chaque fois que vous prenez la parole, il y a moyen de rebondir. Donc c'était Débordé Bolloré, un livre qui a été coédité par 128 maisons d'édition indépendantes dont Libertalia fait partie, mais dont plein d’autres maisons d'édition que vous connaissez font partie aussi. Il y a une vingtaine de contributions qui bossent un peu tous les sujets qu’on a abordés là, que ce soit la concentration verticale, que ce soit la question du CNL, la place du CNL et qu’est-ce qu' on pourrait faire pour remettre en question cette dynamique là, avec la fondation du texte qui est en cours de préparation, ça vient aussi de discussions qu’il y a avec le collectif Déborder Bolloré. C’est un projet qui est né il y a un an et demi suite au lancement de la campagne des Soulèvements de la terre autour de l’empire Bolloré où l’objectif c'était de visibiliser l’empire Bolloré sous toutes ses formes, où qu’on soit sur le territoire, on pouvait prendre part à une action contre l’une des émanations de cet empire-là. Nous, quand on a entendu parler de ça, éditeurs indépendants, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, le prendre aussi sous notre angle-là. Et le sous-titre du livre, c’est faire face à la concentration dans le monde du livre. Et on ne s’intéresse pas simplement à l'édition. Nous, on a eu cet angle en tant qu'éditeurices. Mais c'était vraiment toute la chaîne du livre qui est représentée avec des textes d’imprimeurs, de libraires, d’organisateurs, d'événements. Et on essayait vraiment de visibiliser ce que c'était que l’empire Bolloré suite à un historique de projet comme Stop Bolloré, et maintenant, ça continue. Du coup, vu qu’on se rend bien compte que l'édition, c’est juste un point, maintenant, on s’est rassemblé sur ce projet. Et là, le scoop ? Et on continue sur un deuxième volet, cette fois sur la concentration dans le monde des médias, donc on va continuer la soirée à parler de ça.
01:47:51David Dufresne
Exactement. Merci beaucoup, Yann. Pour ceux qui ont fait le déplacement, vous pouvez acheter le bouquin Débordé Bolloré. Et pour ceux qui sont les 3 millions et demi de personnes qui nous suivent, là, je crois qu’on peut tout télécharger. On peut aussi acheter un bouquin, mais on peut télécharger les différentes contributions.
01:48:12Yann
Gratuitement sur Internet, débordé bolloré.fr. Merci beaucoup.
01:48:19David Dufresne
Alors, merci Yann. Alors, vous êtes frustrés, évidemment vous êtes frustrés tout le monde est frustré, est-ce que vous voulez, non attendez, est ce que vous voulez libérer votre frustration ou sinon je passe au plateau d’après. Est-ce qu’il y a quelque chose de conséquent qui n’a pas été abordé ? Non c’est bon ? C’est bon pour vous ? Ah bah super, merci beaucoup à vous quatre, infiniment.
01:48:46Sarah Legrain
Si, si, attendez, attend, juste un truc.
01:48:50David Dufresne
Alors, elle profite du changement de plateau parce que Sarah va rester sur le plateau pour faire une pause publicitaire pour le livre et culture.
01:49:01Sarah Legrain
On va faire ta culture à toi parce que récemment tu n’avais pas l’air d’avoir lu en détail notre livret culture, que tu n’avais lu que, que notre programme de je ne sais pas quoi 150 pages mais qu’en fait il faut se dire qu’il y a beaucoup plus de pages à lire parce que nous avons un livret par thématique et donc voilà c’est pour ça que je voulais te le donner. Je vérifie que ce n’est pas celui que j’ai annoté dans tous les sens. C’est celui que tu as annoté avec les vrais chiffres. Très bien, pas que l’un voit, il m’intéresse. C'était pour dire que c’est pour ça que je ne suis pas rentré dans les détails de qu’est-ce qu’on va mettre dans la loi anti-concentration parce que tout ça c'était justement des arbitrages en cours et c'était des réflexions. On a entamé tout un cycle d’auditions justement de l'édition de tous les secteurs pour voir comment on écrit les choses et je voulais juste dire que c’est ouvert aussi aux contributions des uns et des autres. Vous êtes très mécontents de ce qu’il y a actuellement dans le programme et je vois là il y a des gens qui disent il faudrait faire ci, il faudra faire ça, allez nous l’indiquer parce que c’est exact, on est vraiment dans ce moment là, on essaye d’aller encore plus loin sur comment on démantèle Bolloré et au-delà quoi.
01:50:03David Dufresne
Alors si, je l’avais lu, mais ça c’est l'édition 2022, donc j’avais oublié, mais il faut mettre à jour.
01:50:09Sarah Legrain
Ben oui, mais c’est ça, 2022, c'était la dernière présidentielle, tout le monde s’en souvient. Et donc là, la prochaine présidentielle c’est l’année prochaine. Et donc c’est exactement ce qu’on est en train de faire, de mettre à jour absolument ce programme. Voilà et avec vous, donc faites le.
01:50:22David Dufresne
Voici maintenant le monde du cinématographe qui arrive. Sarah, tu restes donc avec nous, Arié, Alimi, avocat. Attends, je prépare les invités. Voilà, voilà. Alors, Marine est là. Alors, l’idée pour les deux garçons, c’est que normalement vous deviez… Ben non, parce qu’il y a Marine ! Normalement vous deviez prendre la parole à tour de rôle, genre une demi-heure chacun. Je suis désolé Christophe parce qu’on n’a pas assez de micros. Ou alors on essaie de dégotter une chaise rapidement. Ce serait mieux ? Bon d’accord. Théophile, si tu as une chaise. Alors silence ! Silence sur le plateau ! Silence sur le plateau ! On tourne. Alors, à ma gauche, Arié Alimi, avocat, notamment aujourd’hui, tu représentes entre autres la CGT Spectacle, la Ligue des droits de l’homme, parce que tu as mené avec eux et d’autres, tu nous diras, tu as saisi le tribunal judiciaire de Nanterre le 23 mai de 2026 pour assigner Canal+, suite à la pétition zapper Bolloré dont Marine Riou, programmatrice de ce magnifique cinéma en Seine Saint-Denis l’Écran à Saint-Denis et donc tu fais partie du collectif Zapper Bolloré par lequel la plaine s’est enflammée qui était à l’origine de la tribune publiée dans Libération le 11 mai signé avec un certain nombre d’acteurs, on reviendra peut-être sur ceux qui reviennent un peu sur leur signature. Joseph Paris, que j’ai eu le bonheur de recevoir au poste il y a quelques temps pour son film Le Replis, film qui, par ailleurs, avait eu maille à partir avec des fachos, me semble-t-il, du côté de Limoges, dans les salles de spectacle, donc on pourra peut-être parler de ça, tu es délégué au documentaire de la SRF, Marine Rio, que je vous ai présenté. Et Christophe Cognet, voilà, c’est ça, depuis vouloir travailler avec Bolloré, petit budget, t’as pas la même chaise que les autres, et donc tu es réalisateur également de documentaires, et tu avais notamment réalisé ce film magnifique « Parce que j'étais peintre » sur l’art rescapé des camps nazis. Et tu es membre actif de la SRF. Question très rapide. Le danger Bolloré en quelques mots, pour vous, c’est quoi ? Sarah, tu as déjà répondu. Et ensuite, on va rentrer dans le cœur du sujet qui vous occupe, le cinoche. Mais en gros, pour Bolloré, le problème, c’est quoi ? Imaginez, il y a quelqu’un dans la salle qui est community manager d’auposte, qui doit faire des trucs courts, incisifs.
01:53:40Christophe Cognet
Moi, ce que je peux dire, c’est que le danger Bolloré principal, c’est qu’il œuvre à l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en fait, et qu' il a les moyens importants pour arriver à ses fins. Pour moi, c est ça, le danger principal de Bolloré
01:53:53David Dufresne
Marine ?
01:53:55Marine Riou
Ben au-delà de celui-là, en effet, que je vois évidemment aussi, il y a le fait que c’est quelqu’un qui arrive à acheter une omerta immense sur tout un secteur culturel, voire plusieurs secteurs culturels. On l’a vu avec cette tribune, c’est quand même quelqu’un qui achète le silence et qui fait régner la terreur. Et puis c' est une menace sur la diversité du cinéma qui est déjà visible et qui ne fera que grandir si on ne réagit pas. Vite. Joseph ?
01:54:23Joseph Paris
Je pense que c’est son groupe qui en parle le mieux. Hier, je me suis connecté sur le site de Canal Plus et il a été écrit en gros au milieu du site « Ne confiez pas votre imagination à n’importe qui, la chose est dite ».
01:54:39Arié Alimi
C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la concentration réactionnaire, c’est-à-dire l’utilisation du pouvoir capitalistique afin d’acquérir l’intégralité des pouvoirs et des vecteurs de la culture et finalement d’accéder au pouvoir politique en imbibant les esprits par des idées réactionnaires. Voilà le problème Bolloré et en plus il est accepté par les institutions et par les pouvoirs publics.
01:55:07David Dufresne
Marine, tu portes un badge qui est formellement interdit sur les marches de Cannes, comme les autres badges, il faut le dire, mais celui-là particulièrement, j’ai entendu dire que des gens qui ont essayé de le porter ont eu vraiment des gros problèmes, voilà, ont été pris en photo, par exemple, parce qu’ils portaient ce badge. Est-ce que tu peux nous dire de quoi ce badge parle, zapper Bolloré ? Est- ce que tu peux nous rappeler en quelques secondes l’origine de cette pétition étrange ? Au sens où le monde du cinéma qui était jusqu’ici extrêmement silencieux tout d’un coup est sorti du bois. Comment ça s’est passé ? Je pense que tu en sais.
01:55:45Marine Riou
C’est vrai qu’on a utilisé ce dernier festival de Cannes avant l'élection présidentielle de 2027 en se disant que c'était peut-être le dernier festival de Cannes sans l’extrême droite au pouvoir, dans une ville déjà bien tenue par une droite très dure, mais en l’occurrence on a vu un dernier moment où agir collectivement de manière frappante. L’idée était vraiment d’abord pour nous d’alerter sur la fin de cette boucle avec le rachat d' UGC et du coup la main de mise intégrale de Bolloré du développement d’un film jusqu'à la diffusion en salle et ensuite en streaming, enfin à la télé en streaming enfin vraiment sur tous les canaux. L’idée c'était de dire qu’en rachetant UGC il faisait son tour de piste et que ça nous semblait extrêmement dangereux. On a en tête par exemple, on en reparlera peut-être mais une ville comme Lille qui est une des plus grandes villes de France qui n’a plus de cinéma indépendant. UGC a racheté tous les cinémas indépendants de Lille. Donc aujourd’hui, il y a des films, notamment Soulèvements. Par exemple, on parlait des Soulèvements de la Terre, un film produit par Julie Paratian, qui a signé cette tribune. Soulèvements, réalisé par Thomas Lacoste, c’est un film qui ne peut pas être montré à Lille, par exemple, dans tout le bassin lillois. Donc voilà, c' est un problème très concret.
01:57:11David Dufresne
Alors, Laurent Binet nous disait tout à l’heure qu’il avait signé la pétition Grasset comme d’autres qui signent tout le temps à peine en regardant. Il se trouve qu’y a quelques acteurs qui disent qu’ils ont fait ça aussi en se disant « oh merde, j’ai signé un truc, j’ai pas bien lu, bon, tant pis pour eux. »
01:57:26Marine Riou
Moi, je voudrais juste dire là-dessus qu’on a beaucoup attaqué, par exemple, Jean-Pascal Zadi, étonnamment, qui est une des seules personnes racisées du cinéma français qui a du succès et qui gagne de l’argent. Et nous, on a vérifié cette information et Jean- Pascal Zadi n’a jamais été rétropédalage, il a jamais retiré son nom de cette tribune, et cette information vient du JDD. Et qu’aucun autre journaliste n’est allé vérifier en appelant Jean- Pascal Zadi, donc c’est parfaitement faux, c'était un mensonge.
01:57:55David Dufresne
Eh bien c’est génial que tu puisses rétablir la vérité, c' est parfait. Il se trouve que votre pétition est comme une autre pétition, elle arrive, elle ne fait pas de bruit, et puis tout d’un coup, il y a un brunch avec les producteurs à Cannes. Christophe, tu en étais ? Tu n’es pas producteur ?
01:58:18Christophe Cognet
J'étais à Cannes mais je n'étais pas au brunch.
01:58:19David Dufresne
Mais tu n'étais pas au brunch, personne n'était au brunch pour nous raconter un peu le menu, non ? Bon, et là, Saada, donc le patron de Canal+, a cette phrase « je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition, nous sommes le 16 mai, nous sommes à Cannes, et la, c’est la déflagration. » D’un côté, vous allez avoir de plus en plus de signatures, est-ce que vous pouvez nous expliquer cet effet de boule de neige, comment c’est venu ? Parce que les 600 premières, vous êtes allés les chercher, puis là c' est arrivé, aujourd’hui vous êtes à combien ?
01:58:58Marine Riou
Plus de 4 000, je pense, si je ne dis pas plus de 4.000, oui.
01:59:03David Dufresne
Dont certains ont travaillé quand même avec Kassovitz, malgré ce qu’il dit. Oui, pardon. Parce qu' il a dit, je ne sais pas où ils sont allés les chercher, je ne connais pas déjà les noms.
01:59:12Marine Riou
Il y avait apparemment des travailleuses du sexe et des femmes de ménage dans la liste. Moi, je les ai pas vues, mais c’est ce qui a été dit, ouais. Il y a un article qui est sorti qui a dit ça, qu’on était allé chercher des gens qui n’avaient rien à voir avec le cinéma. Moi, j’en vois surtout des travailleurs et des travailleuses du sexes.
01:59:25David Dufresne
Bien sûr, des techniciens comme des comédiens, des gens dans la lumière et d’autres qui font la lumière. Voilà, sans eux, il n’y a pas de lumière. Et alors, il y a donc cette pétition et c’est là qu’arrive l’avocat, en partie. Pas pour la pétition Zapper Bolloré, mais il y a la CGT Spectacle, j’en parlais tout à l’heure, et d’autres. Qui vont se mettre ensemble pour attaquer Canal+ sur la phrase de Saadé.
01:59:59Arié Alimi
On a beaucoup discuté avec les animateurs du collectif pour savoir si… Mais c'était compliqué, je le dis, c’est compliqué pour ceux qui ont déjà été terrorisés au moment où ils ont signé la pétition. Terrorisés parce qu’ils étaient en situation de perdre leur boulot, on leur a dit, vous ne pourrez plus bosser dans le cinéma. Et donc du jour au lendemain, c'était une question existentielle qui se posait pour eux. Et donc on a décidé de faire monter des organisations professionnelles ou syndicales. À savoir là la CGT Spectacle qui est montée au créneau et qui a dit on y va de manière courageuse aussi parce que c'était pas évident il y avait des discussions sur la chronologie des médias et ils se sont pas forcément bien fait voir de toutes les organisations professionnelles vous pourrez en dire deux trois mots parce que ça a été compliqué pour eux mais ils ont vu la question la ligue des droits de l’homme qui a toujours été présente dans les bons moments pourquoi la ligues des droites de l’homme et la CGT Spectacle parce qu’il y avait un angle d’attaque qu’on a identifié et sur lequel il y avait plusieurs angles d’attaque qu' on a discuté. Le premier angle d’attaque c'était évidemment la discrimination. Pourquoi ? Parce que dans le Code pénal, il y a un article qui prévoit qu’il ne peut pas discriminer des personnes à raison de leurs activités syndicales ou politiques. Vous avez aussi un article dans le code du travail, mais là ça ne concernait pas que des salariés, ça concernait des entreprises, des auto-entrepreneurs, ça concerne des intermittents du spectacle, ça a concerné. Tous les statuts possibles et imaginables dans l’univers du cinéma. Et donc, dans le code du travail, il y a aussi une discrimination. Et donc on s’est dit, la phrase de Maxime Saada, il faut l’analyser et il faut voir quel est le caractère performatif de cette phrase. À partir du moment où il dit, on ne travaillera plus avec ces gens-là, c’est-à-dire ceux qui signent, ça veut dire que la discrimination, elle est déjà en œuvre. On n’a pas à attendre de savoir s’il va pouvoir la discriminer par la suite en imposant aux maisons de production, par exemple, de ne plus travailler avec eux pour les films. Non, à partir du moment où ils le disent, ils savent très bien que c’est eux qui sont financeurs et co-financeurs, à plus de 53 % de la plupart des films en France, et que les maisons de production doivent passer, à un moment ou à un autre, obligatoirement, par Canal pour pouvoir réaliser leurs films. Et donc, la seule phrase émise par Maxime Saada implique que les maisons de production ne travaillent plus avec ceux qui ont signé. Il n’a même pas besoin de faire quoi que ce soit. Il suffit qu’il l’ait dit et, sauf erreur de ma part, il y a déjà des évictions. Donc, vous dire que la discrimination, elle est établie et donc on a pu attaquer et assigner sur la liberté d’expression, sur la liberté d’entreprise et surtout sur la discrimination. Il y avait un autre angle d’attaque, on en parlera peut-être parce que ça rejoint les discussions dont on discute depuis le départ, à savoir l’abus de dépendance économique, c’est quoi l’abus de dépendance économique ? C’est qu’effectivement on le dit depuis le groupe Bolloré, plus spécifiquement dans le cinéma avec Canal, il est dans une situation de monopole mais presque.
02:03:05David Dufresne
Presque 43 % des apports des diffuseurs dans le financement du cinéma français c’est canal plus en 2024 216 millions d’euros investis les accords récents ont singulièrement baissé puisque c'était passé à 160 millions contre donc 216/ 220 l’année précédente ça c'était des derniers accords qui sont entrain d'être discutés donc ça c’est pour dire la dépendance mais attend il y avait Christophe qui voulait rebondir
02:03:33Christophe Cognet
Non c’est pour pour confirmer c'était dire que c’est un film sur deux en gros Canal plus c' est un film sûr de français ça c’est la première chose et je voulais rebondir ce que sur ce que vous disiez c’est que les effets de l’annonce de Saada sont déjà très concrets puisque il y a beaucoup d’agents beaucoup de producteurs qui ont appelé leur réalisateur leur acteur en disant j’espère que t’as pas signé en fait et on a des remontées de la part comme ça du milieu, qui sont extrêmement importantes. Ce n’est pas une ou deux personnes qui nous disent ça, c’est beaucoup de personnes qui ne disent ça. Donc le simple fait qu’il y ait cette menace de la part de Saada, même s’il n’ait pas appliqué, de toute façon, le milieu l’organise lui-même, d’une certaine façon, le tri, en fait. Et c'était ça qui est très grave dans ce qui s’est passé. Quel que soit ce qui va se passer après, c' est que ce n' est pas un milieu très courageux.
02:04:26David Dufresne
Mais Christophe, si je vais me permettre, ça c’est de l’auto-censure, ça n’est pas répréhensible, est-ce que c’est poursuivable ? On va profiter, on a un avocat là, pour faire une petite consultation gratos, qu’est-ce qu’on fait avec ça ?
02:04:42Arié Alimi
On l’espère, je peux vous même vous donner des explications sur la procédure. Précisément, qu’est-ce qui se passe
02:04:46David Dufresne
Fais pas non plus une plaidoirie.
02:04:50Arié Alimi
J’en fais toute la journée, pas ce soir, mais j’ai déjà été au tribunal judiciaire. J’ai demandé à la présidente du tribunal judiciaires de Nanterre de nous donner une date à bref délai pour pouvoir plaider sur l’abus de l’atteinte à la liberté d’expression et sur la discrimination. Elle nous a dit je ne sais pas si j’aie une urgence. Pourquoi ? Parce qu’elle nous demande de montrer qu’il y a des gens qui sont déjà discriminés de manière effective, ce qui est compliqué parce que ils peuvent pas donner leur nom, parce que sinon ils sont cramoisis, ils sont cramés définitivement donc mais de toutes les manières on plaidera pour vous donner le calendrier pour que vous ayez une date une idée de ce qui va se passer dans cette procédure qui est importante et on espère qu’il y a beaucoup, il y a déjà d’autres personnes qui nous rejoignent, d’autre organisations qui nous rejoignent ou qui souhaitent nous rejoindre, des syndicats professionnels pas mal de monde qui arrive
02:05:40David Dufresne
Quand tu dis nous, c’est qui nous ?
02:05:41Arié Alimi
L’assignation, le collectif, à savoir la CGT Spectacle, la Ligue des Droits de l’Homme. Là, sauf erreur de ma part, il y a Sud qui nous rejoint également. Il y a peut-être des syndicats de scénaristes qui ont toqué à la porte. Il y à pas mal de gens qui arrivent et donc ça libère finalement une possibilité de courage par le prisme des organisations professionnelles parce que évidemment, on ne peut pas mettre en première ligne les techniciens, les salariés et les entrepreneurs du cinéma parce que sinon ils sont cramés. Mais voilà, vous dites simplement qu' au pire, on plaidera cette affaire début janvier. Est-ce qu’on va gagner ? Je ne sais pas. Mais la question, c’est de mener la bataille. On a des chances de gagner. Sinon, on n’aurait jamais fait cette action. On a de vraies chances de gagner. Et ça permettra éventuellement, comme dans d’autres secteurs où on a mené la bataille contre Bolloré, de marquer des points. Il y en a eu d’autres. On le verra peut-être tout à l’heure sur les médias.
02:06:34David Dufresne
Joseph, est-ce que tu veux réagir ? Et Sarah également, Sarah Legrain, Joseph Paris.
02:06:39Joseph Paris
Merci. Je voudrais revenir un peu sur les événements parce qu’on est passé tout de suite de la tribune de la première déclaration de Saada à la plainte qui est portée par Arié Alimi, la CGT, la LDH. Il y a eu d’autres déclarations depuis qui modifient un peu la situation politique aussi. Il y à eu la déclaration du fils Bolloré qui a dit que le cinéma crache dans la main qu’il nourrit. Moi, quand j’entends ça, je m'étouffe, comme dirait l’autre. Canal Plus a bénéficié d’une fréquence publique pendant des décennies, le canal 4 à partir de laquelle il a construit son empire, il s’en est servi de produit d’appel pour ensuite vendre des abonnements à la chaîne cryptée, etc. Et c’est à partir de ces fréquences publiques qu’il lui a été donné par la collectivité.
02:07:22David Dufresne
Je voudrais juste préciser Joseph, la déclaration de Cyril Bolloré du 27 mai révélée par Libération en AG d’entreprise, puisqu’en fait le patron actuel c’est pas Vincent, c' est le fiston, c est Cyril, Vincent il est censé être retraité, c’est pour ça que je l’appelle par son prénom, parce que bon, il est un honorable retraitée, mais en fait c’est Cyril qui s’occuperait de tout quoi, bon, on verra tout à l’heure c' n' est pas tout à fait exact, Il aurait parlé d'énervements et d’agitation collective concernant le truc là, et il nie tout projet d’extrême droite, ça c’est le fils, Cyril Bolloré, donc ça c'était juste pour préciser.
02:08:03Joseph Paris
Oui, il a quand même dit que le cinéma français crache dans la main qu’il nourrit. Donc là, pour rétablir l’effet, s’il y a quelqu’un qui doit des comptes à la collectivité, c’est Canal. Du reste, quand il finance des films, ce n’est pas par pure charité. Il est contraint par des obligations et des clauses, notamment de diversité, on y reviendra tout à l’heure. Du reste la bouche des cinéastes ne crache nulle part, par contre elle peut mordre. Et ça, ça m’envoie sur la deuxième déclaration qui a été celle de Saada, où il a dit, il a épargné les techniciens cette fois, dans sa grande bonté pour dire que c’est finalement, il allait introduire des clauses comme quoi on allait surveiller dans l’attribution des financements de Canal Plus sur des projets, si la parole des cinéastes a eu à porter atteinte à l’image de Canal plus. Et donc là, on est dans une autre séquence politique. Ce ne sont plus simplement les signataires de la tribune qui sont concernés par une liste noire, mais avec une modalité précise de mise en œuvre, l’ensemble des cinéastes qui se voient exercer un contrôle sur leurs paroles. Donc, pour revenir à la tribune, moi je pense qu’elle a eu le mérite important de nommer des inquiétudes qui traversent de plus en plus la profession depuis plusieurs années. Et d’ailleurs je veux saluer le courage des cinéastes qui l’ont signé et qui sont concernés par des financements de canal directement donc ils se sont vraiment exposés pour faire ça, il y a plusieurs d’entre eux qui sont à la SRF. Maintenant il faut noter que on ne peut pas en rester là, ça serait passé à côté de l’enjeu. Il y a des atteintes à la liberté de création, à la liberté de programmation, à la liberté de diffusion qui ont lieu depuis plusieurs années. Et qui ont lieu de manière offensive et partout, et on va encore en avoir dans l’année qui vient et dans les années à venir. C’est pas seulement la liberté des artistes de faire leurs films, d'écrire leurs livres, mais c’est aussi, en l’occurrence, la liberté du spectateur, le fait de pouvoir se retrouver dans des salles, de penser différemment avec les images, c'était pour ça que je mentionnais le fait de ne confiez pas votre imaginaire à n’importe qui. C'était cette liberté-là qui est attaquée massivement et donc Bolloré est certes l’une des figures les plus visibles, mais pas la seule.
02:10:20Christophe Cognet
Je peux compléter juste pour un détail pour compléter ce qui s’est passé dans cette semaine là parce que je pense que c’est important d’en avoir conscience le jeudi le fils Bolloré parle le vendredi Maxime Saada dit ce que tu viens de dire c'était dire c est les porteurs de projet qui auraient porté préjudice à Canal plus seront exclu d’un éventuel financement de Canal plus porteur de projet ses cinéastes et producteurs en gros puisqu’il a retiré les techniciens de ce truc et le dimanche Dans le JDD, qui est la voix de Bolloré, comme tout le monde le sait, il y a un article au vitriol contre le cinéma français qui nous traite d’assistés, qui nous traitent de mendiant et qui crée un rapport de vassalisation entre les créateurs et Canal Plus et les financeurs. Et ce rapport de vassalisation, notre travail, c’est de le renverser. Et à la SRF, toute notre action en ce moment c’est de renverser ce rapport, de prendre l’opinion publique à témoin, de rencontrer Canal+, de créer des alliances pour reprendre l’offensive. Et comme tu dis Joseph, on peut mordre aussi, on n’a pas qu’une main tendue. Voilà, c'était ce que je voulais dire dans la séquence dans laquelle on est maintenant.
02:11:40David Dufresne
Alors, je vais donner la parole vraiment tout de suite à Marine et à Sarah pour alimenter le débat. La SRF n’a pas été super courageuse. Le communiqué, dans cet esprit, la SRF, qui a pour mission première de défendre les droits et les libertés des cinéastes, se propose d’organiser une médiation entre les cinéaste signataires qui le souhaiteraient et les équipes cinéma de Canal Plus afin d'échanger très rapidement sur leurs inquiétudes et de rétablir une confiance qui permette à tous de travailler sereinement. Ça, c’est quelques jours après la déclaration de Saada. Moi, j’imagine, si j’avais été signataire de la tribune, je me dis dit donc que le syndicat, il ne défend pas des masses. La coprésidente Zoé Vitoch qui dit dans L’Humanité, je comprends les signataires de la tribune, mais nous avons d’autres moyens d’action.
02:12:28Christophe Cognet
Alors, on a déjà dit, donc il faut que tu dises ce qu’on a dit jusqu’au bout. On a déjà dit que ce communiqué était une erreur. On est revenu dessus.
02:12:40David Dufresne
Ce n’est pas sur votre site, il y a le communiqué, mais vous ne dites pas que c’est une erreur. Je vais les engager. Tu vois, parce que là, l’erreur, on la continue. C’est qu’une erreur, très bien.
02:12:46Christophe Cognet
C’est une erreur, très bien. Alors vous imaginez, la SRF c’est 500 cinéastes, des signataires et des non-signataires, la SRF existe depuis 68, on est des enfants de 68 d’une certaine façon. On est là pour se battre pour la liberté de création, comme le disait Joseph tout à l’heure. On a créé une section parallèle à Cannes pour apporter cette liberté, comme tu le sais très bien. Cette liberté, la diversité du cinéma, qui est la quinzaine des cinéastes à Cannes, qui nous donne aussi une tribune, on a créé, j’ai créé avec d’autres, le groupe Riposte, il y a quatre ans, qui se bat contre l’extrême droite, mais jour et nuit, on n’arrête pas d’analyser, de comprendre, de faire des communiqués, on défend tous les cinéastes, et même au-delà, qui sont attaqués par l’extrême-Droite, on réfléchit à la question de Bolloré depuis quatre ans. Au moins. Voilà, je dis ça, que les choses soient claires. Voilà, que les choses soient claires. On était en train de renégocier les accords, dont on parlait tout à l’heure, d’investissement de Canal Plus dans le cinéma au moment où la tribune est arrivée. Et donc c’est pour ça qu’il y a eu un débat entre nous de savoir est-ce qu' il fallait l’assigner ou pas. Parce qu’on est en train négocier de nouveaux accords. Canal Plus a des accords de programmation qui l’obligent à investir un certain nombre d’argent chaque année. C’est des accords qui durent trois ans ou cinq ans. Les accords actuels vont jusqu’en 2027, on voulait commencer de 2028 jusqu'à plus 5 en fait, c’est ça. Et les premiers rendez-vous qu’il y avait étaient plus favorables à un meilleur investissement qu’elle a plus dans le cinéma et à des garanties d’indépendance du comité de sélection des films. On était dans ce truc-là, voilà. C’est que l’on a hésité. Je le dis très franchement, qu’on s’est engueulés entre nous. Très franchement. Donc ça a donné un communiqué mou. Très franchement. Je le dit aussi franchement ce communiqué mou, on l’a repris dans la déclaration de notre co-président Sylvain Desclous à la fermeture de la quinzaine, qui a remis les choses, je pense, c’est ce que tout le monde nous a dit, de manière très claire, dans on est engagé dans la bataille culturelle et évidemment les propos de Maxime Saada sont inacceptables et s’il ne les retire pas d’une manière ou d’un autre, ou s’il ne revient pas dessus, on s’est engagé à ne pas travailler avec Canal Plus. C’est la position de la SRF en ce moment, c’est celle-ci, c’est aussi pour ça qu’on est venu pour en parler.
02:15:26David Dufresne
Alors, Marine et Sarah, est-ce que vous voulez rebondir, Joseph tu reprendras la parole juste après, avant d’aborder peut-être la riposte, pour reprendre le terme de tout à l’heure, et les actions concrètes, on en a vu une avec Arié Alimi, mais il y en a d’autres, mais déjà, sur ce que vous avez entendu, est- ce que voulez réagir ?
02:15:47Sarah Legrain
Moi, je ne vais pas encore réagir sur le sujet, mais juste un peu comme je le disais tout à l’heure au sujet de la pétition Grasset. Moi, je pense que en tout cas, très clairement, cette pétition Zapper Bolloré, a provoqué quelque chose. Et moi, j’entends le fait que pareil, les alertes sur l’extrême droite, les atteintes à la liberté de création qui ne viennent pas évidemment que de Bolloré mais qui viennent aussi localement des maires de droite qui essayent d’empêcher la projection de tel film dans le cinéma municipal qui viennent de groupuscules qui vont faire pression sur la programmation dans des salles, etc. Ça, c’est des choses, ça fait un moment, et puis qui viennent aussi à l’Assemblée nationale quand vous avez le Rassemblement national qui dit, on veut supprimer le CNC, ils ont déposé un amendement pour supprimer le CNC dans le budget. Donc le niveau d’alerte est déjà très élevé, et en même temps, il n’y a pas grand-chose qui a percé le mur du son. Et cette pétition, moi je veux évidemment commencer par saluer le courage immense des personnes qui l’ont signé. Et souligner le fait que c’est une pétition qui vient au départ. C’est pour ça que, d’ailleurs, ça s’est un peu retourné, parce que les gens ont dit que dans la liste, on ne connaît pas les gens. Attention, c'était une édition qui est beaucoup lancée par des techniciens du cinéma, sans lesquels il ne se fait aucun film dans le pays. C'était des équipes qui sont absolument indispensables sur les tournages et qui ont été à la pointe de ce lancement-là, même si, évidemment, je pense qu’il faut aussi mesurer le courage que demande pour les cinéastes. Qui sont des noms exposés, etc., et qui ont évidemment des projets en cours, et notamment ceux qui ont des projets avec Canal. Faire ce geste-là était plus coûteux pour eux que celles et ceux qui ne sont jamais financés par Canal. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu un moment d’accélération pour quelqu’un qui observe un peu les atteintes, les attaques, qui discute avec la SRF sur les attaque contre le cinéma, etc qui se bat contre le RN sur le sujet, toutes les idées fausses qu’on a sur le ciné, qui serait abreuvé seulement abreuvé d’argent public, toutes les idées fausses sur le CNC, mais là, la pétition, elle a mis un espèce d'énorme pavé dans la mare et je veux juste dire qu’en une semaine, ce qui s’est passé, il y a peut-être un intérêt qui n’a pas encore été soulevé. D’abord, il y à le fait que la pétition a obligé Saada à sortir du bois. Donc la première chose qu’il a fait, Saada, c’est qu' il a confirmé la pertinence de la pétition, puisqu’il l’a dit, en gros, il a fait sa liste noire. Donc ça, c'était très intéressant, d’abord parce que pour celles et ceux qui avaient comme réponse non mais vous comprenez canal c’est canal, c'était pas Cnews, c’est complètement différent etc. Saada, premier truc qu’il fait, il fait une liste noire. Ensuite, deuxième étage de la deuxième situation, il y a la plainte en justice, c’est-à-dire qu’y a des gens qui disent mais en fait Canal t’as pas tous les droits, c’est-à à dire que tu peux pas t’asseoir sur un droit aussi fondamental que je ne discrimine pas les personnes avec qui je travaille en fonction de leur opinion en fait voilà. Et donc là quelque part, à ce moment-là, je pense que là, il a l’alerte sur le fait qu’il est… Donc il rebondit, il fait une deuxième prise de parole, soi-disant, pour apaiser les choses. Il dit, je ne fais pas de liste noire. Les techniciens, je veux bien d’eux. Il essaye de diviser le mouvement. Mais par contre, ceux qui nuisent à l’image… Alors il a dit ce qui porte préjudice au groupe. On a le droit de… Donc il essaye d’enfoncer un coin. Mais ce que personne n’a relevé là pour l’instant, C’est qu’il dit aussi, par contre… Ce que je fais, ce n’est pas une atteinte à la liberté d’expression. L’atteinte à cette liberté, c’est quand des gens veulent fermer CNews. J’ai adoré qu’il dise ça. Pourquoi ? Parce que ça fait des années que la passivité autour de Canal repose sur le fait que tout le monde fait la distinction entre Canal et CNews. C’est-à-dire qu’on est schizophrénique, on dit que Saada est le patron des deux, mais il y a Canal d’un côté, avec des équipes de Canal qui travaillent pour la diversité, et avec des gens qui sont en place depuis très longtemps. Et qu’il y a une vraie connaissance du cinéma, une vraie cinéphile, qu’ils ne sont pas des gens d’extrême droite, etc. Et puis il y a CNews avec Pascal Praud. Sauf que là, Saada, grâce à la tribune, grâce à l’initiative poursuit en justice qui l’oblige à faire une deuxième salve, une deuxième réponse, et ben il dévoile tout, c’est-à-dire que tout le travail minutieux qui consistait à dire Cnews ce n’est pas canal, il le fait sauter, parce qu' il défend, dans sa même prise de parole, il dit, Moi, je ne fais pas une atteinte à la liberté d’expression. Mais par contre, quand vous en prenez à CNews, là, vous attaquez la liberté d’expression. Et je voudrais juste ajouter un élément qui n’a pas été évoqué, qui, à mon avis, est un peu dans les suites, c’est que dans le week-end, je ne sais pas si vous l’avez vu, mais il y a un syndicat libre de Canal, qui s’appelle. -"Plus libre". -"Libre Plus", je ne connais pas comment on prononce, qui s’exprimait pour contester le fait sur lequel Canal va diffuser un documentaire inspiré du Suicide français de Zemmour. Donc là, si vous vous tenez bien, donc en fait, c’est un documentaire qui a été financé par Bolloré. C’est sûr, à partir d’un livre qui est un livre d’auteur.
02:20:42David Dufresne
Alors c’est le suicide français, c'était une adaptation en quatre épisodes au menu de Planète Plus le 23 et le 30 juin et qui sera également visible sur la plateforme de Canal Plus et qui est donc l’adaptation du livre Le Suicide Français d’Eric Zemmour, celui-là même que CNews avait porté pour la campagne de 2022. Donc effectivement, il y a un syndicat du groupe qui refuse de faire la communication de Zemmour en vue de 2027, c’est le titre de son intitulé, il y a un papier dans le Monde, pour ceux que ça intéresse, qui a été publié avant-hier.
02:21:19Sarah Legrain
Donc il y a ça chez Canal, et il y en a aussi, je ne sais pas si vous avez vu passer, il y en a qui se sont émus du fait qu’il y avait une journaliste qui avait été un petit peu rudoyée par une attachée de presse qui lui a demandé de ne pas publier la réponse, qui apparemment en plus c'était une non-réponse d’un acteur je crois.
02:21:39Christophe Cognet
Nils Schneider.
02:21:39Sarah Legrain
Oui ben oui et qui en fait n’a même pas répondu à la question qu’est-ce que vous pensez de Zapper Bolloré mais déjà voilà.
02:21:47David Dufresne
C'était une question d’une journaliste qui s’appelle Nina Masson de France 24 à propos du film La bataille de Gaulle et la question portait sur la tribune anti Bolloré. Visiblement, l’acteur répond de façon embarrassée, donne pas de réponse exploitable, la journaliste dit qu’elle clôt l’incident mais les différentes attachées de presse du film et de l’acteur exigent un mot signé de la journaliste, on parlera probablement de ça tout à l’heure dans le troisième plateau médias, une journaliste qui s’engage à ne pas diffuser la réponse. Donc là on est tout à fait dans l’ingérence d’une attaque de liberté d’expression.
02:22:30Arié Alimi
Ils l’ont empêché de sortir en voulant prendre la carte mémoire. Une véritable séquestration au sens prioritaire. C'était un truc de dingue, cette histoire. Finalement, elle a dû signer le papier, mais elle a rendu l’information libre..
02:22:42Sarah Legrain
mais donc c’est juste pour terminer du coup cette séquence là en quelques moi c'était intéressant ces moments d’accélération ou en quelques jours finalement sur une séquence très courte vous avez plein de trucs qui sautent dans les voilà les poncifs que vous entendiez c' est à dire bon donc Cnews ce n’est pas canal Bolloré il fait bien ce qui fin Bolloré ne fait pas d’ingérence bah là on voit bien tous ces phénomènes là Et puis tout d’un coup, ce climat de terreur qui apparaît, c’est-à-dire qu’on n’est pas du tout dans la belle maison du cinéma français, on voit bien que là, il y a un flip énorme, et donc il y à une dépendance qui est énorme. Et en même temps, dans la riposte, la riposte dit que c’est pas vrai que Canal fait ce qu’il veut, Canal doit respecter la loi, bon, ça, c' est la base, et Canal a des obligations, et c’est sans doute là-dessus qu' on va déboucher ensuite, tu parlais de la question des négociations. Alors c’est ce qui fait flipper aussi, on dirait mais on est en négociations mais moi c'était une question que je pose en tant que de ma casquette un peu que peut l’État et que peut la puissance publique, c’est quand même un problème en fait, que des choses qui sont prévues dans la loi maintenant se traduisent tellement sous la forme de négociations qui sont des négociations un peu de David à Goliath quoi, c’est à dire que vous mettez dans la même pièce, celui qui finance la moitié du cinéma français, et les autres qui se battent pour essayer qu’il continue à financer la moitié du cinéma français ou plus, pourquoi ? Parce qu’en plus, vous avez asséché l’audiovisuel public de l’autre côté, donc en fait vos guichets de financement, ils se sont vraiment réduits, amoindris, vous avez les plateformes qui sont à voie, donc on vous dit si c’est pas Canal, c’est Netflix, et je peux te dire que là Netflix, tes droits d’auteur, tu peux te les… Voilà. Donc je dis, en fait, ça met en évidence le fait que quand on pose la question, Canal a des obligations de financements qui ont été prévues dans la loi. C'était un truc incroyable à l'époque de dire, en fait, on l’a fait quoi. C’est-à-dire qu’on a dit, bah non, tu ne vas pas pouvoir diffuser gratuitement, tu vas financer, tu vas préfinancer le cinéma, tu vas le financer. Et ce fonctionnement-là, il faut se le réapproprier et se dire, mais il faut aller plus loin. C' est-à-dire que les obligations, on peut aller plus loin et peut-être on peut même aller plus loin par la loi pour pas que ce soit aux organisations seulement de porter le poids de la négociation. Et notamment, ce qui s' est passé vis-à -vis des plateformes aussi, c’est que vous avez l'État, la puissance publique qui s’est félicité en disant Nous avons obtenu des plateformes qu’elles acceptent de négocier, et puis après, ils ont laissé… Je veux dire, la profession galère pour négocier face à des gens comme Disney, Netflix, etc. Et moi je trouve qu’il y a un vrai questionnement sur la régulation à apporter.
02:25:00David Dufresne
Donc Christophe, tu dois prendre la parole, mais j’ai promis à Marine…
02:25:04Christophe Cognet
Juste dire, dans l’accord actuel, il n’y a que Disney, il y a que Disney qui est entré dans toutes les autres pas formés sont retirés des négociations dans la voie
02:25:12Marine Riou
Oui, Disney a remonté à neuf mois et ils ont investi 37 millions d’euros. Mais ça n’a pas… Disney n’est pas venu par ailleurs. C’est par mis sur ce que Canal lâchait, c’est-à-dire que la diversité Canal Plus en effet finançait, mais par non… Alors moi, je…
02:25:28David Dufresne
Je crois qu’il faut être très pédago sur la chronologie des médias, expliquer pourquoi 9 mois, pourquoi 13 mois, pourquoi Canal Plus sort les biceps. En gros, Canal Plus dit, moi j’avais des privilèges, vous me les enlevez, alors le pognon, je ne vais plus vous le donner, il faut aller très vite.
02:25:46Marine Riou
Oui, Canal Plus a réduit son investissement dans le cinéma français parce que Disney était à 17 mois, je crois, au départ, ou 13 mois, c'était beaucoup plus long. Après la sortie en salle. Et finalement, Disney s’est rapproché à 9 mois et Canal Plus, du coup, a dit, très bien, mais du coup nous, on va baisser nos investissements. Mais Disney, en fait, l’argent qui,comment dire ? Ces investissements sont annexés au chiffre d’affaires des entreprises.
02:26:22Christophe Cognet
C’est là-dessus que le désaccord s’est fait, normalement on doit investir un certain pourcentage de son chiffre d’affaires dans le cinéma français et Disney a fait valoir uniquement le chiffre qu’ils ont en France, et c’est là-dessus que Canal a dit, si c'était comme ça, nous on désinvestit. C'était un peu la bouderie qu’il y a eu de la part de Canal, mais du coup qui est passé de 220 millions à 160 millions d’investissements. Ce qu’il fait quand même, il faut bien comprendre ce que ça signifie, c’est 51 films en moins par an français, de passer de 220 à 160 millions. On a compté ces 51 films, en moins, en 2025, en 2024.
02:27:01David Dufresne
Parce que l’argent appelle l’argent, si t’as pas Canal+, t’a pas d’autre chose et donc ton film ne se fait pas, pour aller très vite.
02:27:08Christophe Cognet
Et Disney n’a pas rattrapé ces 51 films parce que Disney n’a pas les mêmes obligations Canal Plus et n’investit pas par exemple dans les petits films en fait parce que Canal est obligé d’investir dans des films en moins d’un million, dans des films en moins de 4 millions etc. Ils ont des obligations d’investissement en fait et en échange pour que tout le monde sache qu’en échange de ces obligations ils ont droit de diffuser sur leur plateforme et sur leur chaîne de télé à 6 mois les films après la sortie en salle. Et Disney, eux, c'était huit mois parce qu’ils investissent moins, France Télé, c’est douze mois parce qu' ils investissent, etc. Vous voyez, c´est-à-dire plus vous investissez, plus vous êtes tôt, en fait, après la sortie en salle. C’est un système vertueux qui permet de protéger la sortie en salle parce que dans d’autres pays, vous pouvez sortir la plateforme en même temps que la sortie en salle, donc ça protège les salles de cinéma, et en même, ça garantit un financement. Voilà pour expliquer en gros comment ça fonctionne. Et donc Canal Plus, quel que soit son actionnaire… Je le dis quand même, quel que soit son actionnaire, est tenu par ces obligations qui sont contractuelles, qui sont faites devant des représentants de l'État, ils sont obligés de les tenir. Voilà. C’est ça le truc. Et de la même manière que tout à l’heure que pour Grasset, en fait Canal Plus existait avant que Bolloré vienne dans le capital à hauteur de 30 % dans Canal Plus.
02:28:22Marine Riou
Mais c’est là où il y a pour moi un truc à redéfinir sur l’action de la diversité parce qu’en effet, ils ont des obligations à acheter, pour acheter des films de la diversité. Mais quand on entend diversité dans ces accords sur la chronologie des médias, on entend de diversité économique. Des films de moins d’un million, des films entre un et quatre millions, des films. Et le sujet, c' est que Canal Plus n’a aucune obligation à financer cette fameuse diversité dont nous, on parle, c’est à dire une diversité qui traite de tous les sujets, notamment des sujets qui fâchent l’extrême droite,, Joseph pourra en parler, des films qui traitent de luttes actuelles, passées, enfin voilà, de documentaires, de fictions…
02:29:08Christophe Cognet
Les documentaires ils y vont pas, quasiment.
02:29:09Marine Riou
Ils font ce qu’ils veulent là-dessus. Et moi, ce que je vois, c’est qu'à la tête du directeur de Canal+, il y a donc cet homme qui est le fossoyeur de Canal+ depuis qu’il est arrivé. C’est quelqu’un qui a vidé, à la demande de Vincent Bolloré, l’esprit Canal, qui a acheté cette marque et qui l’a vidé de tout ce qui la rendait si belle, si créative, si ouverte. Donc on sait très bien que cet homme est là depuis le départ. Ils ont licencié massivement des gens en prenant le contrôle de Canal Plus, tous les gens qui s’opposaient à eux, notamment au cinéma. Donc de toute façon, cette si belle maison qu’on nous a beaucoup reprochée d’attaquer avec cette tribune en disant il y a Canal Plus il y a Vincent Bolloré, mais il y à surtout les équipes de Canal plus, c’est pas vrai, en fait. La plupart de ces gens, en 2015, ont été dégagés. Il y en a encore des digues, apparemment. Moi, ce que je vois, c’est que ces digues ne sont pas capables de grand-chose aujourd’hui. Et le problème est déjà là. Donc oui, il y avait une renégociation des accords de la chronologie des médias, mais il y en a tout le temps, c’est le principe même de ces accords-cadres. Ils bougent tout le long, il faut les re-signer, et il y a bien un moment où il faut attaquer.
02:30:21David Dufresne
Il nous reste 15 minutes, je vous le dis, parce que je vois que Arié bondit. Agathe Dion vous dit dans le tchat, nous dit, l’erreur qu’on a commis, c’est de les laisser décisionnaires sur ce qu’ils financent ou pas, c'était-à-dire qu’il choisissait les films, plutôt que leur faire payer une taxe dirigée vers le financement audiovisuel et cinématographique. C’est-à-dire, le fait d’avoir dit, non seulement vous devez sortir le checker, mais vous avez le droit de regarder ce que vous allez diffuser. On dit, je ne sais pas si vous avez cette expérience, que justement, le retraité dont je parlais tout à l’heure, à un million investis, se réveille et donne son accord ou non pour tel ou tel film. Vincent Bolloré, visiblement, c’est ce qui a été dit. Il y a eu quelques informations qui sont sorties, on en avait parlé quand je t’avais reçue Marine il y a quelques jours, je reviens pas là-dessus, mais on sait qu’il y a eu la main de Bolloré sur des non-signataires ou même des rétractations par rapport à des films. Mais est-ce que le cinéma français s’est pas un peu bercé d’illusions avec l’esprit Canal, tant que ça allait bien, on laissait finalement ce monopole agir ?
02:31:33Christophe Cognet
C’est possible parce qu’il est historique en fait, c’est-à-dire que depuis 40 ans quand Canal Plus est arrivé, ça a été une formidable occasion de financer le cinéma français. Et je rappelle quand même que le cinéma français est un des premiers du monde, qu’ils ont une reconnaissance internationale, qu' il a un système. Et les trois piliers, c’est CNC, Canal Plus et le service public. Le service public qui est attaqué par les mêmes d’ailleurs, mais pardon.
02:31:58David Dufresne
Et au poste, partenaire de nos quelques films de temps en temps.
02:32:02Christophe Cognet
Notamment le replis. D’un point de vue commercial, il y a deux logiques, il y a une logique idéologique chez Bolloré, une logique commerciale. D' un point de vue commercial, ils ont intérêt à maintenir la diversité dans les choix de Canal Plus. S’ils passent à une logique idéologique, ce qu’il a fait ailleurs, puisque je pense que, grâce à ça, ce n’est pas une logique commerciale, c’est une logique idéologique. En fait, effectivement, on aura un problème. Nous, on peut l’analyser comme ça, en tout cas, la question. Mais d’un point de vue commercial, ils ont tout intérêt à continuer à financer le cinéma français à la hauteur où ils le financent, s’ils voulaient même investir un peu plus. Repasser aux 220 millions d’avants puisque c’est ce que demandent leurs abonnés. Ils ont aussi des obligations comme le disait Joseph parce qu’ils utilisent la fréquence 4 des chaînes de télé en France qui appartiennent à l'État.
02:33:15David Dufresne
Christophe, je te coupe parce qu'à côté de moi, je sens que ça bouillonne. Je voulais juste te dire Christophe, tu as eu des chances extraordinaires. Tu es celui sur le plateau qui a la plus belle backlight du plateau. Cette espèce de truc, issue de secours, derrière toi, tu vois, ça donne une image magnifique. Je tiens à te le dire. Tu pourras voir le match. Ça, c’est les grands moments. Ce sont des cinéastes qui se retrouvent. Il y a le jeune Nayan à la réalisation de chef op. Et là, je crois qu’il a très, très magnifique le backlight extraordinaire.
02:33:46Arié Alimi
Je ne suis pas d’accord avec vous. Il n’y a pas de logique commerciale. Dans le cinéma, c’est terminé. Je pense que la tribune, et ce n’est pas pour enlever le courage, a été un courage immense. On avait parlé avec des cinéastes en 2022 quand on avait créé Stop Bolloré. Il faut aussi peut-être que dans le cinéma, vous fassiez quelque chose. On avait parlé aux gens de chez Grasset, aux éditeurs. Il faudrait que, maintenant que vous êtes chez Hachette, vous fassiez quelque chose ? Ils n’ont pas pu faire quelque chose parce qu’ils voulaient continuer à créer, voilà ce qu’il nous ont dit. Le problème c’est qu' il faut bien comprendre le fonctionnement et la stratégie de Vincent Bolloré. Et pour vous, et pour tous les secteurs, que ce soit dans l'édition, dans le cinéma, dans les médias, et ailleurs, peut-être dans le théâtre, c’est disparaître maintenant ou disparaître à petit feu. Il n’y a pas d’alternative. Et la stratégie de Vincent Bolloré se fait et s'établit par étapes. Bolloré, c'était un rampant, au sens boursier du terme. C’est-à-dire qu’il acquiert des petites parts et progressivement il monte au capital. Sans prévenir, y compris les institutions. C’est ce qu’il a fait notamment avec Hachette. Il n’a pas prévenu la Commission européenne. Il a mis la Commission Européenne devant le fait accompli et il n’a pas déclaré l’OPA qu' il a fait sur Hachette, et il a fait ça dans tous les secteurs. Et son initiative idéologique a commencé en 2021-2022. Il faut rendre hommage à une grande journaliste, Ariane Chemin, mais aussi à un média indépendant, les Jours qui ont travaillé pendant des années et des années pour permettre à beaucoup de gens de comprendre ce qui était en train de se passer. Maintenant, l’initiative idéologique est définitive. Il a commencé dans les médias et on a sur ce plateau, je le rappelle souvent, l’un de ceux qui a connu le premier le rédacteur en chef du futur CNews, à savoir David Dufresne, puisqu’il a été rédacteur en chef d’i télé, devenu CNews vous le rappelez quand même, c'était notre Pascal Praud à nous.
02:35:45David Dufresne
Alors ça, c’est le coup bas du mec, il y a des collaborateurs qui font des fiches, c’est lamentable.
02:35:52Arié Alimi
Mais c’est l’un des premiers à avoir connu la première étape. Ça se passe par étape, ensuite il y a évidemment le JDD.
02:36:00Christophe Cognet
On est d’accord là-dessus, c’est ce que je disais, c’est qu’il y a deux logiques, il y a une logique commerciale et une logiques idéologiques, vous êtes en train de développer l’idée, qu’une logique idéologique à l’œuvre.
02:36:09Arié Alimi
Il n’y a plus de logique commerciale, dans les médias il perd beaucoup d’argent, il n' y a plus de logiques commerciales.
02:36:16Christophe Cognet
Dans les médias, je suis d’accord.
02:36:17Arié Alimi
Mais ce n’est pas fini. Dans l'édition, il n’a déjà plus de logique commerciale. D’accord dans l'édition il n’a plus de logique commerciale, il perd de l’argent, il veut acheter des vecteurs de la culture, les vider de leurs substances et en faire des véhicules, des armes de guerre idéologiques. Le cinéma, je vais vous dire moi ce que je pense pour la pétition, aussi belle soit-elle, aussi courageuse soit- elle, je pense qu’il s’est saisi, Maxime Saada, ce jour-là, de cette pétition. Pour commencer la guerre dans le cinéma et pour vider le cinéma de ces substances. C’est terminé. Il faut choisir aujourd’hui. Je vous le dis parce qu’on l’a vu dans tous les secteurs. On n’a plus le choix. Il n’y a plus de logique économique. C' est vrai qu’il y a encore un pluralisme qui est respecté dans le cinéma avec le financement de Canal. Il est tenu par des engagements jusqu’en 2027. Les engagements, il n' en a rien assuré. Il n' en a jamais rien eu à cirer dans les médias. Il se fait condamner systématiquement par l’Arcom. L’argent, ce n’est plus un problème pour lui. Je vous dis simplement, et c’est extrêmement important, parce que nous sommes dans l’année 2027, qui est son objectif, comme il l’avait comme objectif d’essayer d’imposer Éric Zemmour à l'époque pour les précédentes élections présidentielles. Il n’y est pas arrivé. Mais s’il a commencé dans le cinéma à Cannes, ce n’est pas uniquement à cause de la tribune. C’est parce qu’il a décidé de vider le cinéma de sa substance et de soumettre tout le monde et de vous vider progressivement. Je vous assure qu' il n’y aura pas de retour en arrière avec Vincent Bolloré. On l’a vu et on l’a tous vu.
02:37:50Christophe Cognet
On peut faire des déclarations comme ça, qui sont prédictives. On peut penser qu’il y a une autre prédiction possible. On peut penser entre les deux. D’ailleurs, je pense que ce que vous prévoyez est effectivement un danger. Nous, à la SRF, les antennes qu’on a, les retours qu’ont à des cinéastes qui sont financés en ce moment par Canal Plus, ce n’est pas vrai. Et je suis désolé de le dire. À l’heure actuelle, ce n' est pas vrai qu' il y a une mainmise idéologique sur le contenu des films qui sont financés par Canal plus. Peut-être que ça sera le cas après. On s’y prépare, on y travaille, avec vous, si vous le voulez bien, on organisera les conditions pour que ça n’arrive pas. Mais à l’heure actuelle, ce n’est pas vrai. Dans le cinéma, dans le cinéma français, le cinéma français, pas la série dont on parlait tout à l’heure, effectivement, où il y a des vrais problèmes qui concernent peut-être plus les médias, mais dans le cinéma, pour l’instant, nous n’avons pas de remontée d’une mainmise idéologique sur le contenu des films.
02:38:52Marine Riou
Mais il y a des témoignages qui sont sortis, et il y à des gens qui n’arrivent pas à parler et qui ont déjà raconté dans des sphères plus privées des histoires. Évidemment qu’il y a des films qui sont retoqués, des séquences entières qui sont demandées à des cinéastes à qui on demande de réécrire des séquences entières. Mais il y a un sujet surtout dont on ne parle pas parce qu' il est peut-être plus technique. Mais en effet, ça revient de tout le continent africain. Il a racheté Multichoice qui est le géant sud-africain de la télévision et du streaming. Et il y a quelque chose qui est vraiment hideux qu’il est en train de faire, c’est qu'à la fois, il double pas, il quadruplé son nombre d’abonnés, on passe de 10 millions à 40 millions avec le continent africain. Et donc, c’est évidemment un chiffre d’affaires qui augmente énormément. Et il y a quelque chose qui est atroce, c’est qu’en fait, ces films-là, il les achète à des conditions qui sont lamentables du point de vue du droit des auteurs. Il valorise ce cinéma-là d’une manière calamiteuse en faisant signer des contrats. Il faut vraiment explorer cette dimension-là parce que c’est ce qui va lui faire remporter la mise et ça se passe en dehors de France.
02:40:10David Dufresne
Alors Sarah Legrain voulait la parole, ensuite Joseph Paris et peut-être quelqu’un dans le public. J’ai cru voir des réalisatrices, des réalisateurs, voilà, s’ils veulent, je peux leur donner le micro, enfin leur donner, on s’entend.
02:40:29Sarah Legrain
Moi, déjà, premièrement, sur Bolloré, je n’ai aucune espèce de croyance qu’il va s’arrêter là, voilà. Et je pense qu’effectivement, on est dans un moment un peu une zone grise pour l’instant, mais on a déjà un certain nombre d’alertes. Et le climat de terreur qu' il y a actuellement devrait à lui seul, c’est-à-dire que, évidemment, que l’essentiel de la censure passe par l’auto-censure, c’est ce qu’y a de plus facile. Mais moi j’ai quand même une liste là, je vous les lis pas tous, mais en fait si vous recensez, il y a plein que ce soit des bruits, on savait l’histoire sur Ozon et son film sur la pédocriminalité dans l’Église, il y avait les témoignages de Christophe Honoré qui disait que son film n’avait pas été financé ni celui de Stéphane Brizé parce que Bolloré avait dit pas de PD, pas de syndicalistes, je vous donne quelques exemples comme ça. On oublie aussi qu' il y a des phénomènes comme ça, il y à la série Paris Police 1900, ça, j’aime bien le raconter, parce que c’est quand même une blague. C’est Paris-Police-1900, puis il y a une saison qui arrive sur 1905, où tout le monde sait ce qui se passe en France en 1905. La séparation de l’Église et de l'État. Bon, bah, juste, finalement, la série.. je crois que la série, finalement ça se termine en 1904 pour pas qu’ils en parlent. Enfin, il a fait refaire le scénario pour pas qu’ils parlent de la séparation de l'Église et de L'État. Il a même fallu changer la date, parce que sinon, c'était quand même un peu gros, qu’il manquait un truc énorme de l’histoire. Bon, il y a des exemples comme ça. Ce dont on parle moins, c’est donc les phénomènes d’auto-censure. C’est-à-dire qu’effectivement, ça va être le producteur qui va dire au scénariste, écoute cette scène de sexe homosexuel, on va peut-être éviter des choses comme ça. Donc en fait, mais on sent, je pense que la terreur qu’on sent là actuellement dans le milieu doit nous indiquer le fait que, bien évidemment, Ensuite, le deuxième sujet, c’est ce qu’il peut promouvoir. On n’a pas assez insisté sur ce qui a déclenché la tribune Zapper Bolloré. Il me semble que c'était la question du rachat d' UGC que tout le monde situe bien, ce que ça signifie en termes de capacité en détenant tous les bouts de la chaîne, donc en fait le pré-achat, l’achat et la production. Ensuite, des premières formes de diffusion.
02:42:43Christophe Cognet
La distribution.
02:42:43Sarah Legrain
La distribution pardon voilà donc avec studio canal donc est studio canal vous avez vous avez la production mais vous avez aussi la partie distribution de ça et UGC attention c’est aussi des formes de production et de diffusion diffusion dans les salles et UGC c'était quand même quoi une cinquantaine de cinémas en France et le plus gros cinéma c'était le troisième exploitant Et donc ça, c’est aussi des moyens pour pousser…
02:43:05David Dufresne
C’est notamment le cinéma cité des Halles, le plus fréquenté d’Europe, avec 2,5 millions d’entrées par an. Et donc, en octobre 2025, Canal Plus a acquis 34 % d' UGC et l’option, c’est comme ça que ces gens parlent, l' option de prise de contrôle total, 100 %, à partir de 2028, c’est-à -dire demain.
02:43:25Christophe Cognet
Je veux juste rajouter un truc là-dessus parce que les deux autres entrepreneurs UGC voulaient vendre juste l’information, je ne la qualifie pas, juste que tout le monde ait la même information. Les deux autres preneurs possibles sont un groupe chinois et un groupe américain. Oui, mais Canal Plus, c’est à la bourse de Londres
02:43:40David Dufresne
C’est un peu le discours de M. Bolloré devant les parlementaires. C'était un peu le discours de M.Bolloré. Je donne cette information. Précisément.
02:43:47Marine Riou
Mais Canal Plus est coté en bourse à l'étranger, de toute façon on n’est plus sur une entreprise franco-française, on est sur une entreprise cotée à Johannesburg, cotée à Londres, c’est pas la France contre le reste du monde, ça dépasse ce sujet.
02:44:02Sarah Legrain
Et compris, puisqu’on parle du groupe, ça a été évoqué, quand on parle de Bolloré, on parle des agissements de Bolloré sur le continent africain, etc. Donc moi, je pense qu’il faut… Enfin, je veux dire, je sais pas s’il y a à se satisfaire du fait que ce soit de l’extrême droite française et pas américaine, enfin, je le formule comme ça, mais au fond… Voilà, non, mais je pense que personne ne s’en satisfait. C’est pas ce que je dis, mais ce que veut dire… Mais oui, mais c’est justement avec ce type de pression.. Mais il faut bien qu’il y ait quelqu’un pour acheter UGC, etc. Et moi, je pose toujours cette question de la puissance publique. Déjà, la puissance publique, c’est-à-dire qu’une loi anti-concentration, elle devrait pouvoir dire, en fait, tu ne peux pas détenir le petit écran et le grand écran. Tu ne peux pas détenir ce bout de la chaîne, ce bout de la chaîne, ce bout de la chaîne, ce bout de la chaîne. Parce que c' est ça qui fait aussi qu' il peut s’amuser à financer la diversité parce qu' il est obligé. Donc il va financer la diversité, vous avez compris, déjà, c' est la diversité avec d' énormes guillemets. C’est-à-dire que c’est juste qu’on choisit des films qui font un budget de moins de 1 million, etc. Donc ça ne dit rien sur le contenu, mais il doit respecter ses obligations. Mais rien ne l’oblige ensuite à le passer dans ses UGC, au fond. Et dans UGC, il va passer quoi ? Sacré-Cœur ! Le film qui est poussé, vous avez CNews qui en parle à longueur de journée parce qu’il détient aussi CNews, et puis le JDD qui fait son truc, son papier dessus, et puis vous avez Sacré Cœur qui va arriver et vaincre ou mourir les trucs sur la guerre de Vendée. Donc au bout d’un moment aussi, il est en train, et moi j’ai eu des alertes sur tous ces contenus, des contenus notamment religieux qui sont en train d’arriver et qui arrivent tranquillement, et c’est comme le documentaire de Zemmour, qui arrive. Vous voyez Canal, c’est pratique aussi, ils ont Canal, la vitrine Canal, et puis après ils ont Planète Plus, je sais pas quoi, et puis en fait vous avez la plateforme Canal. Et la plate-forme c'était comme un catalogue quoi. Donc effectivement, tu es queer, tu peux aller chercher ton onglet queer pour retrouver tes films queer, mais en fait tu es catho intégriste, tu vas avoir ton onglet de catho intégriste, donc il faut aussi se poser la question quand même de ces supports là. Faut pas que tu te trompes d’onglet quand même. Donc moi j’ai pas, je veux dire, ça je voulais dire, comment ? Faut pas que tu te trompes d’onglet. Non, c’est clair. Sauf si tu veux vivre des sensations fortes, parce que je te rappelle. Non, je veux dire, tiens, parce qu’on ne le dit pas assez. Pourquoi est-ce qu' on dit l’importance de la diversité et tout ? Et c' est pour ça que c’est le problème de la plateformisation. Je fais juste un petit excursus là-dessus. C’est que le propre de l’art, c’est de venir nous surprendre et que quand on arrive dans ce fonctionnement, dans cette plateformisation, ce qui est en train de se passer aussi, c’est qu’on crée comme les algorithmes des réseaux sociaux, etc. On crée, on crée les bulles dans lesquelles les gens vont chercher le contenu qu’ils ont déjà vu. Et c’est exactement le contraire de ce qu’on cherche quand on cherche une politique culturelle. Vu que tu demandais qu’est-ce que c'était la vision de la politique culturelle, une politique culturelle doit partir de l’inverse. Ça doit pas être une politique, justement, de la demande où, en fait, on va donner aux gens ce qu’ils avaient envie de chercher, mais une politique d’offres. C’est le seul endroit où vous m’entendrez, insoumis, se défendre la politique d’offres, c' est la question de la culture. Et donc, encore une fois, quand vous avez un acteur qui possède tout, il va organiser l’offre avec ses parts de marché. Et au bout d’un moment, il y a la question de comment l’art peut venir percuter quelqu’un parce qu’il va tomber. Et c’est ça le propre d’une salle de cinéma, d’ailleurs c' est la différence avec une plateforme. C’est quand vous allez, vous avez le plaisir d’aller au cinéma et vous allez voir des bancs d’annonce, etc. Mais c' c' que vous allez dans votre même cinéma voir des films très différents et que vous êtes capable d’avoir, de rencontrer des objets culturels différents. Je me suis éloignée mais je pense que c’est un vrai sujet qu’on doit adresser quand on parle de politique culturelle. Je voulais terminer sur un point, non parce que ça n’a pas été abordé. Je n’ai pas de naïveté sur Bolloré, mais il faut rappeler un autre truc, c’est que Bolloré, son but, c'était d’arriver de l’extrême droite au pouvoir. L’extrême droite au pouvoir, la première chose qu’elle fait, c’est qu’elles suppriment le CNC. On n’a pas suffisamment parlé de ce qu'était le CNC, mais c' est indispensable pour ce fonctionnement-là que je viens de décrire de comment les blockbusters, les énormes trucs financent justement le cinéma expérimental et financent les films qui vont, les cinéastes qui vont avoir des prix pour leur troisième film. Mais il faut bien qu’ils aient fait un premier film. Mais pour faire ce premier film, ils ont besoin du CNC.
02:47:57Christophe Cognet
Ou même pour leur premier film, ils peuvent avoir un prix.
02:47:58Sarah Legrain
Et même pour un premier film, ils peuvent avoir un prix et tout. Mais ce que je veux dire, c’est que ça, ça repose. Et comme on focalise beaucoup sur Canal, on ne parle pas de ce système redistributif du CNC. Et moi, ce que j’ai envie de dire au cinéma, mon message, c’est quand le but de l’extrême droite affichée, c’est de finir le CNC, c' est-à -dire terminer le cinéma. Quand vous regardez ce qui passe en Italie, il n’y a pas eu de film italien à Cannes cette année depuis parce que Meloni est là et qu’elle a tout rasé. Pareil pour le cinéma argentin, c' est en cours. Donc quand vous en êtes là et que Bolloré est un des outils de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, je suis obligée de reconnaître que moi aussi j’ai un peu le sentiment qu’on est un peu dans un moment où il y a une barricade et qu’il va falloir commencer à choisir de quel côté on se met parce qu’il n’y a pas d’arrangement possible avec ceux qui veulent de toute façon, à la fin, votre destruction est bien plus que la destruction du cinéma et je pense que c’est important de dresser aussi, c’est qu' il faut aussi que le monde du cinéma dise qu’ils est inquiet de l’arrivée de l’extrême-droite, tout court, parce que c’est un problème pour l’ensemble du pays et pas que pour le cinéma.
02:48:55David Dufresne
Joseph a demandé la parole et après ce sera Arié et je pense que nous passerons à l’autre débat.
02:49:08Joseph Paris
Comme vous disiez, Bolloré, c’est l’un des visages des attaques contre le cinéma. Et le cinéma, c’est beaucoup de choses. Moi, j’ai un peu de mal avec cette définition englobant comme ça, le cinéma on a parlé tout à l’heure des attachés de presse qui ont séquestré des journalistes. Tout à l’heure, bon déjà, c’est des attaché de presse, donc peut-être ça concerne plus la table média. Du reste, c’est un film qui a été produit par Pathé et coproduit par TF1. Donc c’est pas le cinéma, moi je les connais pas ces gens, je les fréquente pas, c’est pas mon milieu du cinéma. Du reste, il se trouve que j’ai une expérience personnelle des listes noires, que moi j’habite dès liste noire à mon nom tout seul. C’est-à-dire qu’après des mois et des mois de harcèlement de l’extrême droite à la sortie de mon film, mon film est cité en exemple par tous les ennemis du CNC comme l’illustration d’une dérive au point que même un article du Monde a été publié pendant Cannes par un journaliste qui s’appelle Laurent Tellot et j’ai halluciné de voir ça dans les colonnes du monde, recommandait explicitement au CNC de s’abstenir de financer mes films et Thomas Lacoste des Soulèvements pour s'éviter les critiques du RN. Donc je peux vous garantir à titre personnel mais aussi au nom de la SRF qu’on minimise absolument pas la menace de l’extrême droite, qu' on est engagé sur le sujet depuis le début et si moi je suis à la Srf aujourd’hui c’est parce que la Srf a été consistante dans la défense de mon film du début à la fin. C’est-à-dire des attaques de l’extrême droite, des attaque physiques, jusqu’aux ingérences régionales, parce qu’il y a une vice-présidente de région qui m’a écrit une lettre d’une extrême violence me traitant d’ennemi de la République et me demandant de rembourser une subvention que j’avais perçue quelques années plus tôt sous la précédente mandature. Et donc, j’aimerais bien resituer le débat sur les attaques contre la liberté de création, de diffusion, de programmation et donc la liberté des artistes, mais aussi des spectateurs, et que c' est ça l’enjeu qui est devant nous. C’est pas seulement Bolloré. Et s’agissant de la question de Canal, j’ai l’impression qu’il faut être un petit peu lucide aussi sur ce qui est en train de se passer. La lucidité exige de constater que personne ne sait quelle stratégie va l’emporter, quelle est la meilleure, etc. Et qu'à partir de là, il faut avancer de manière coordonnée chacun dans son couloir avec ses outils, il y a le politique, il y a le juridique, la LDH, la CGT qui porte une plainte. Ils sont dans leur chemin avec leurs outils. Et il y a, donc moi je vois trois leviers de mobilisation c’est, donc je l’ai dit, le juridique. Nous on est dans la négociation sur la chronologie des médias, qu’on le veuille ou non, on n’a pas le choix de toute façon. C’est l’avenir économique du cinéma français qui se joue, et je le dis moi je ne suis pas concerné par les financements de Canal Plus personnellement, mais de fait les films qui sont produits sortent en salle. Le CNC ponctionne les entrées et donc même si les films sont financés par Canal Plus servent à produire des films comme les miens, par exemple, ou ceux de Thomas Lacoste, en l’occurrence. Et là dedans, vous l’avez dit tout à l’heure et j’appuie là dessus, on est seul dans les négociations et peut-être qu’il faudrait un renfort de la puissance publique pour obliger aussi parce que sinon, les débats vont tourner autour de l’insatisfaction qu’on peut avoir par rapport aux clauses qui sont négociés dans la chronologie des médias et se tournant vers le cinéma pour en porter la responsabilité. Mais on est seul dans ces négociations face à des géants aussi. Il faut aussi nous soutenir là-dessus. Et le troisième truc, c’est la mobilisation générale. Donc la mobilisation du public sur la question et la mobilité des cinéastes. Je rappelle que l’attaque de Saada concerne tous les cinéastes sur leur liberté de parole et pas uniquement les signataires de la tribune. Et là-dessous, la SRF qui composait de membres qui ont signé ou pas signé la tribune sera dans la mobilisation. Il se trouve qu' avant cette histoire de Saada et de Canal, j’avais commencé à relancer l’idée, avec plusieurs organisations professionnelles, comme la CID, le SPIE, la boucle documentaire, etc., de relancer une riposte interprofessionnelle contre les attaques de l’extrême droite pour l’année à venir. Je pense que la situation se passe de démonstration sur l’urgence de se réunir.
02:53:19David Dufresne
Là, tu as cité notamment des syndicats de producteurs, je crois. Alors, il y a un monsieur qui veut parler. Vous allez voir quel film, déjà, pour savoir si vous êtes vraiment cinéphile. Le dernier, là ? Oui, le dernier. Vous avez aimé le Doulos oui. Vivaldi et moi, j’ai adoré. Vous avez pas vu ? On vous écoute. Finalement, maintenant, un de mes films préférés. Personne, peu de gens l’ont vu, mais tous ceux qui l’on vu ont adoré. Alors moi, je viens me raconter une vieille histoire, parce que je suis comme… J’ai la même année que Jean-Luc Mélenchon. 1951. Canal Plus je connais bien parce que la chance a fait que déjà la première semaine de Canal on avait fait les petites annonces télé bées en palette graphique et ensuite moi je faisais des films en pâte à modeler et ils m’ont produit pas mal de trucs, Doron et Kamasutra etc. Et qui a eu un succès fou et pas mal d’autres choses et j’ai fait plusieurs émissions stop motion donc moi je suis artiste mais quand je fais des films c’est en stop motion, je suis pas cinéaste. Et après, j’ai fait une série en images de synthèse qui s’appelait Les formes aléatoires en légère lévitation. Déjà, c’est pour ça que Canal était génial parce que Alain de Greef était directeur des programmes fabuleux, très ouvert, on pouvait faire de la création, les programmes courts produisaient des trucs. Moi, c'était dans la partie programme.
02:54:58David Dufresne
Alors, justement, programme court.Alors, allons à la fin, le requin
02:55:06Spectateur
les requins sont arrivés, justement. Et un jour, je vous dis une phrase, tout allait bien, juste comme ça, et je vois une phrase qui dit, en parlant de Pierre Lescure, comment se fait-il qu’une boîte qui est devenue énorme comme ça soit dirigée par un mec qui à midi est encore en caleçon. Et là je me dis, c’est l'époque qu’il devait être avec Catherine Deneuve. Et moi je me dis, bon, le mec, il bosse tellement que le matin, il n’est pas obligé d’aller au boulot
02:55:38David Dufresne
Programme court, là, voilà.
02:55:40Spectateur
Et alors, la question sur aujourd’hui ? Hélas, alors il a été un peu sauvé par la dissolution quand Jospin est venu.
02:55:50David Dufresne
Ah ouais !
02:55:55Spectateur
Et c’est là le début de l’histoire, parce qu’il y a un certain Jean-Marie Messier qui a commencé à grignoter Canal Plus par l’intérieur, et ils ont viré Lescure, ils ont viré tous mes copains des programmes courts, et moi je n’ai plus jamais foutu les pieds à canal. Donc maintenant, si on dézingue Bolloré, ça me ferait plaisir, voilà, c’est tout. Merci.
02:56:26David Dufresne
Merci. Quelle chute ! Alors, Arié Alimi vient de dire « j’ai besoin de dire un truc » Là, il vaut mieux l'écouter.
02:56:35Arié Alimi
J’ai vraiment besoin de dire un truc parce qu’on parle de batailles culturelles depuis le départ et on va continuer à en parler parce que ce sont des modèles de batailles culturelles, la bataille contre Bolloré. On parle beaucoup des auteurs, des autrices, des cinéastes, on va parler des journalistes. On a oublié de parler de pour qui mène cette bataille culturelle à savoir les lecteurs, les lectrices, les spectateurs, les citoyens qui lisent. Et c’est la forge de l’opinion qui se travaille à cet endroit-là. Et juste pour dire qu’on a des issues, parce qu' on a toujours les constats, mais on a des issus, on a les moyens de mener cette bataille culturelle. On parle tout à l’heure d' UGC et du rachat de UGC. C’est un endroit où on peut agir. Je m’adresse aux gens de la SRF, je m’adresse à toutes les organisations professionnelles, aux partis politiques éventuellement, mais j’ai un petit bémol à dire là-dessus. Juste dire qu’on peut saisir la Commission européenne, parce que je voulais répondre tout à l’heure à ta question. Je n'étais pas sur la table. Comment est-ce qu’on démantèle Bolloré ? Je ne suis pas sûr qu’il puisse démanteler Bolloré même si on arrive au pouvoir. Pourquoi ? Parce qu’y a des règles, y a des lois, et que les lois s’appliquent pour nous tous et qu' il va falloir être ultra majoritaire pour changer ces lois. Ce qui n’est pas forcément le cas, y compris si la gauche, les gauches, on verra plus tard, remportent les présidentielles.
02:58:01David Dufresne
Juste vous dire pas trop, dans pas trop longtemps, il faudra voir.
02:58:03Arié Alimi
En un mot, on peut saisir la Commission européenne aujourd’hui et d’ailleurs ça a déjà fonctionné dans l'édition. Donc, on a une vraie issue et c’est d’ailleurs ce qu’on veut faire avec une union de tous les secteurs de la culture. La deuxième chose, c' est qu’il y a ce qu' on appelle le pluralisme. Alors, il y a des gens qui n’aiment pas forcément le pluralisme.
02:58:21David Dufresne
Excuse-moi, quand tu parles de ça, tu parles de quoi ? D’une attaque concertée, de différents secteurs culturels ?
02:58:29Arié Alimi
Des secteurs de la culture et du savoir et des médias. La convergence des luttes culturelles et du savoir pour attaquer à un endroit précis à la commission européenne en ce moment parce qu’on a une fenêtre de tir. Donc ça on a un moyen d’empêcher Bolloré de devenir plus gros voire de le démanteler parce que Canal Plus respecte le pluralisme pour l’instant. La question, ce n’est pas Canal+, c’est qui détient Canal+. C’est ça la vraie question. Ou qui détiendra UGC ? C’est ça la vraie question. Et donc là, on peut agir et on peut avec le droit actuel, en l'état, agir. La deuxième chose, et pour finir, c’est le deuxième mot, avant que tu partes Sarah, j’ai un message à qui de droit ? Sur les médias, c’est la table suivante, mais tu ne seras pas là sur la table suivante. On ne peut pas lutter contre Bolloré, dire qu’on démantèle Bolloré attaquer Cnews et aller sur Cnews. On ne peut pas, quand on est une personnalité politique qui milite contre la concentration réactionnaire et contre Bolloré, aller sur Cnews et nourrir la bête. Je le dis parce qu’il y a encore beaucoup de gens dans toutes les gauches, mais chez vous également, qui continuent à y aller et qui continuent à nourrir la bête. Ça n’est plus possible.
03:00:01David Dufresne
Sarah répondra et toi Marine, et après on passe à l’autre plateau.
03:00:07Marine Riou
Moi, je voulais juste dire qu' Arié vient de citer les spectateurs, les spectatrices, les lecteurs, les électrices, les citoyens en fait, qui s’intéressent à ce débat. Moi, il y a quand même un truc que j’aimerais remettre au centre, c’est que cette bataille culturelle, elle est très numérique, elle n’est pas tangible, elle se passe beaucoup sur les réseaux sociaux, en ligne, dans les médias et on ne la saisit pas toujours la France à un maillage de lieux de diffusion culturelle inouïe. Il y à beaucoup de théâtre, beaucoup de salles de cinéma, beaucoup de librairies, il y a tous ces endroits merveilleux où rencontrer des gens et où débattre. Et je pense qu' un des leviers qu’on a, c’est peut-être un peu idéaliste, mais c’est de rejoindre ces lieux-là. Le cinéma perd des entrées de manière considérable. Il faut les librairies, c’est pareil, ça se durcit. Je crois que les citoyens, la chose qu’ils peuvent faire, c' est aller dans ces lieux-là et faire vivre ces lieux où le débat peut régner et où la riposte, elle peut aussi s’organiser.
03:01:09David Dufresne
Plusieurs aupostiennes aupostiens ont vanté leur cinéma de quartier ou de village qui sont municipaux ou pas et qui ont donné des noms ici ou là de salles de cinéma, par exemple, qui résistent effectivement aux brins.
03:01:27Christophe Cognet
Et ça c’est le CNC qui permet ça, le maillage extraordinaire qui est unique au monde de salles de cinéma en France et aussi le CNC qu’il organise, donc démanteler le CNC, ce serait aussi démanteler ce maillage.
03:01:40Marine Riou
Et les villes et le pouvoir politique, quand même, parce que là, je dois dire que la plupart des salles de cinéma indépendantes en France, elles sont poussées par des envies politiques locales, des cinémas qui soient municipaux en délégation de services publics. C’est le cas du mien. Il faut qu’il y ait une volonté politique forte pour que ces lieux de diffusion restent. Un théâtre qui vient encore de se faire suspendre, sa programmation, sa saison tout entière, pas loin d’ici… Il faut que le politique agisse à cet endroit-là et protège ces lieux parce que c’est comme ça qu’on protège les citoyens, je pense.
03:02:14David Dufresne
Sarah Legrain, le mot de la fin, qui va nous amener sur l’autre plateau, celui des médias. Qu’est-ce que vous foutez sur Cnews ?
03:02:21Sarah Legrain
Je suis obligée de répondre. Non, ça ne me met pas dans une position très simple, parce que j’essaye de me garder de dire a titre personnel, parce qu’on est un collectif, mais c’est une question qu' on agite très souvent, la question de la participation insinue. Globalement, on y est peu. Franchement, si tu es honnête Arié, on est vraiment… En fait, progressivement, tous les débats, etc., on a fini par vraiment plus jamais aller. Et je sais que le sujet se pose, pour tout le dire, sur les matinales, qui sont les matinales. Cnews, Europe 1, en fait, c’est condensé là, et en fait ces matinales-là, comme il y a Europe 1 il y a la question du nombre de gens qui écoutent encore, enfin Cnews, je pense que là c'était l’audimat, on l’identifie bien, la gueule de l’audimat de Cnews, mais je pense qu’Europe 1, voilà, ça touche donc je crois qu’il y a toujours le sujet de la matinale, est-ce qu’on la bannit totalement, moi je trouve aussi que ce serait pas un mauvais rapport de force avec CNews parce qu’ils sont censés avoir des obligations de pluralisme. Pareil, c’est ce genre de choses qu’il vaut mieux pas dire, d’ailleurs parce que si on annonce qu’en fait le sujet, c’est que si t’annonces que tu boycottes, ils disent ben nous on a respecté nos obligations de pluralisme, c’est les autres qu’on boycottait. Donc bon, sur ce sujet-là, c’est pas un sujet, voilà, je voilà, je sais pas comment le dire mieux, mais je je suis d’accord que de toute façon c'était le sujet et j’arrive à la question de la prise du pouvoir et de ce qu’on fait. Premièrement, évidemment qu’il faut faire feu de tout bois et que d’ailleurs l’initiative en justice contre Maxime Saada, c’est vraiment très bien de l’avoir fait sur sa prise de parole et que je pense qu' il faut aussi une initiative au sujet d UGC. Moi, j’avais compris que l’Union européenne avait déjà plus ou moins donné son aval, mais en fait, ça se tente, etc. Donc ça, je suis d’accord. Par contre, je pense qu' ici, tout le monde a bien compris que ce n’est pas à l’UE qu’on va demander de pouvoir démanteler quoi que ce soit, etc., donc on utilise ce qui est déjà existant. Tout à l’heure, tu parlais des lois. La gauche, et dans les années 80, il y a eu des lois, il y en a qui ont été renversées tout de suite, après, il en a qu’ont été retoquées aussi constitutionnellement, donc ça demande du travail là-dessus. Maintenant, pour donner quand même un peu le formuler un peu clairement, de toute façon, à partir du moment, si on arrive au pouvoir, ça veut dire que des conditions de possibilité sont réunies qui font qu’on a de quoi, à un moment, faire ce qu' on a dit qu’il faudrait. Et que de toute façon, il faut qu’on le fasse pour qu' on puisse faire tout le reste. Et c’est pour ça que nous, on a dit, les premières choses qu’on met en place quand on arrive au pouvoir, c' est ce que tu fais au mois de juillet. C’est-à-dire que le budget arrive forcément à l’automne, donc tu ne peux pas le faire avant l’automne. Tu peux faire juste des petits trucs rectificatifs vite faits. Mais par contre, la loi que tu peux faire passer et les lois que tu peux faire passer, ce sont notamment les questions de déconcentration des médias. Vous en parlerez juste après. Mais parce que de toute façon, sinon, tu n’avances pas sur tout le reste. Parce qu’en fait, c' est la deuxième peau du système. Donc évidemment que la question de comment on évite que d’emblée, toute l’information, toute la production d’idées, toute la production d’imaginaire et les moyens contre-attaqués, il faut attaquer. Donc l’idée, c’est que si on est arrivé au pouvoir, c’est qu’on aura déjà réussi à les déjouer, grâce notamment à tous les médias indépendants que je veux saluer, grâce à tous ceux qui font la lutte. Enfin, je veux dire c’est tout un espace qui mène la bataille culturelle contre Bolloré et qui fait qu’on peut l’emporter. Donc si on l’emporte électoralement, qu' on a gagné cette bataille culturelle, alors un des premiers trucs qu’il faudra faire évidemment, du point de vue législatif, c’est pas d’essayer d’aller négocier avec les ex macronistes s’ils veulent bien un machin, c' est qu' il va falloir y aller quoi. Il va falloir faire un maximum de choses. On pourra faire des choses par la loi et ce sera pas très simple pour eux d' aller défendre Bolloré. En fait, moi, c’est ce qu’on disait déjà pour le SMIC, ça être le député qui vote contre la retraite à 60 ans, c’est pareil, en fonction de l'équilibre qu’on aura dans l’Assemblée nationale, ça se verra, mais de toute façon, il faudra pouvoir la mener, et je pense que ce sera pas si simple pour eux en face de défendre le maintien de l’Empire Bolloré. Et puis, il y a des choses qu’il peut même faire sans la loi. Je voulais le rappeler aussi. Ces news, en fait, à un moment, c’est une chaîne de TNT qui ne respecte pas leurs obligations. Par exemple, démanteler Bolloré, Il y a déjà tout ce qu’on peut faire. On peut déjà commencer à démembrer Bolloré avant même d’avoir fait une loi anti-concentration. On ferme Cnews. Après, avec l’Union européenne, on voit la question d' UGC Il y a déjà des choses qu’on peut faire valoir. Et évidemment, je pense qu’après, on a vraiment de quoi… De toute façon, là, on sait dans quelle bataille on est engagé, le « eux » ou « nous ». Je pense que là, ici, on en a conscience. Donc face à nous, c’est l’extrême-droite. De toute façon, sans une mobilisation populaire massive et sans une pression massive, on n’arrive non seulement pas à gagner, mais on n’arrive pas à rester au pouvoir non plus après. Donc il y a le sujet de comment toutes les sphères de la société, et notamment les sphères culturelles, sont super mobilisées pour qu’en fait ce programme soit appliqué directement et qu’il nous donne l’air de faire tout le reste, parce qu’on aura vraiment besoin d’avoir cet air-là.
03:07:23David Dufresne
Sarah Legrain, merci pour cette allocution de meeting. Je voudrais juste vous dire, mais vous le savez à LFI, que auposte a une matinale garantie sans logo Europe1 ni Cnews derrière pour les réseaux sociaux. Ah, ça fait des… Voilà, on peut aussi faire autrement. Voilà, merci beaucoup à tous les cinq.Voilà. Super. Maître Alimi va rester sur le plateau, merci beaucoup, vous pouvez évidemment rester, il doit y avoir encore quelques poissons, quelques bonbons. Sarah Legrain, merci d'être venue. Et donc j’appelle John Travolta de la presse, François Bonnet, qui m’a dit qu’il serait le plus beau sur la piste de danse de la Bollo night ce soir, il est… Je ne sais pas si le directeur… Attends, je ne sais pas ce que tu es exactement t’es président du.fond. Oui, t’es Président du Fond. Ah voilà, alors voilà. Voilà, là c’est le moment Eskimos. Viens, Thibaut, viens aussi. Voilà, voilà, alors, il y a un petit peu de bruit, ah oui, attendez, les gens, les gens du cinéma, là les gens du cinéma. Je vous annonce qu’il y a un festival indépendant. Tiens, viens en parler qui s’appelle le Frida Film Festival dont la première édition aura lieu à Paris.
03:09:19Anita Hugi
Oui, à Paris, juste à côté, dans un cinéma qui était fortement aussi dans la lutte, la Clef ici juste à quelques mètres de Césure. Et ça va être le dernier week-end de juin à Paris avec plusieurs séances à prix libres et gratuites par exemple, le dimanche soir 28, on va montrer un film qui a été fait presque sans argent public, un film iranien créé en France, Fox and the Pink Moon, qui raconte l’histoire d’une sculptrice afghane son parcours et ill y aura aussi un concert à côté, de samedi à lundi dans différents endroits, des cinémas à Paris, le Saint-André des Arts, le samedi et le lundi au MK2 Bibliothèque, donc des films d’art qui sont depuis longtemps dans l’art aussi de faire des films fabuleux et avec peu de moyens, donc on vous attend, je suis heureuse de vous recevoir.
03:10:17David Dufresne
Merci beaucoup Frida.film, merci beaucoup pour ce festival. Alors messieurs, je suis désolé, on a pris évidemment du retard, François Bonnet, cofondateur et ancien directeur de Mediapart, président du Fonds pour une Presse Libre, qui a joué le rôle de Vincent Bolloré. Il est la réincarnation de Vincent Bolloré lors d’un procès fictif organisé par le FPL, c'était en septembre 2025, avec, à côté de lui, justement en procureur à leur rôle de composition arrière et nous allons débattre avec vous deux, vous trois, des médias. L’honnêteté commande de dire que j’ai envoyé une invitation à M. Bonnet-François après une décision du FPL qui nous octroyait une aide pour pouvoir faire de belles et efficaces newsletters. Je ne voulais pas qu’il y ait d’interférence, c’est-à-dire que je ne voulais pas l’inviter avant que le FPL puisse prendre sereinement sa décision.
03:11:35François Bonnet
Pourquoi non mais peut-être il faut juste dire si les gens ne connaissent pas c’est que le le fonds pour une presse libre ça je dirais sa mission principale c'était d’aider la presse indépendante par des aides financières via des appels à projets donc il se trouve qu' au poste comme 48 autres médias a candidaté à notre appel à projets cette année et que voilà, il a fait partie de la sélection puisqu’on a choisi d’aider dix projets, dont celui de David et que, comme on n’aime pas les conflits d’intérêt, je me suis déporté de toutes ces discussions puisqu’il m’arrive souvent de discuter avec David.
03:12:21David Dufresne
À côté de toi Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, historien du cinéma, et j’ai appris, auteur d’ouvrages sur Louis de Funès. Alors ça, c’est quand même étrange comment on passe de Louis de Funès à RSF. Bon bref, tu es depuis 2016 à RSF, Reporter sans Frontières, et le tchat remarque qu’il n’y a que des gars. Ce n’est pas faute d’avoir invité des dames, mais on a eu une défection et des difficultés. On tient énormément à la parité, je vous assure. Ça n’a pas pu se faire et j’en suis désolé. Donc on va essayer de faire oublier ce manquement dont on a essayé, tout faire en sorte qu’il n’arrive pas, mais c’est quand même comme ça. Alors ! Question à vous deux, François et Thibaut, en deux mots, Bolloré, qu’est-ce qu’il représente comme danger premier pour vous ?
03:13:33François Bonnet
Le danger, il est immédiat. C’est l’installation en France d’un régime autoritaire, xénophobe, fondé sur l’inégalité, voilà, c’est ça.
03:13:48Thibaut Bruttin
Moi je dirais d’abord une chose, c’est que je vais partir très bientôt parce que malheureusement je dois aller relever une babysitteur. Oh merde ! Et c'était vrai que je m’attendais à ce qu’on passe plus tôt. Vous avez ici un luxe qui est celui du temps et je vous en félicite mais moi je ne l’ai pas. Pour nous Bolloré, c’est surtout le travestissement du journalisme. C’est-à-dire que vous avez aujourd’hui quelque chose que nous avons d’ailleurs appelé dans une tribune un anti-médias avec Cnews. C’est-à-dire des médias qui paradent comme journalistes, utilisent les bandeaux, les invités, les débats, mais pour faire autre chose que de l’information, pour faire de l’opinion.
03:14:24David Dufresne
Alors, si tu es pris par le temps, je vais te donner d’abord la parole et comme ça tu pourras te libérer, je suis vraiment désolé. Le 13 février 2024, vous avez obtenu devant le Conseil d'État une décision qui enjoignait l’Arcom de faire mieux respecter le pluralisme. Sur CNews. Vous avez ensuite, en novembre 2025, révélé que sur les bandeaux de CNews, il y avait beaucoup à redire, et peut-être que tu vas pouvoir nous dire ce qu’il y avait à redire. Vous aviez noté que la gauche apparaissait massivement la nuit, 60 %, tandis que l’extrême droite apparaissait… À 41 % en prime time, ce que vous appelez donc le grand contournement, ce que tu as dit tout à l’heure. Cette bataille que vous avez menée, certains disent qu’elle s’est retournée, notamment parce que sur la question du pluralisme. Je te laisse d’abord détailler la batailles et la critique qui a été faite, c’est à dire qu’en gros vous auriez ouvert la voie à plus d’extrême droite sur les autres médias.
03:15:35Thibaut Bruttin
On peut en discuter effectivement. Nous on est intéressé par un seul truc, c’est le journalisme. La loi de 1986, qui est celle qui régit l’audiovisuel public, est très claire. Il faut de l’honnêteté, de l’indépendance et du pluralisme. Alors nous nous sommes battus depuis 2021 sur ces trois fondements. On a d’ailleurs gagné sur ces 3 fondements, à répétition, soit auprès de l’Arcom, soit devant le Conseil d'État. Et pour nous c' est fondamental que ces principes soient pleinement respectés par les chaînes et tout particulièrement par CNews qui nous paraît en complète contravention sur ces trois principes. On a gagné par exemple sur l’honnêteté avec une sanction très légère qui a été prise sur les campagnes de haine contre les journalistes. Chaque semaine sont jetées en pâture des journalistes, mais aussi d’autres personnes de la vie publique sur Cnews. C’est des campagnes qui sont hyper violentes, qui vont durer 60 émissions, 40 émissions. Et puis après, ils passent à une autre cible. Et il nous paraît vraiment important de sanctionner cela. On a travaillé sur l’indépendance parce que figurez-vous que le régulateur considérait qu’une atteinte à l’Indépendance à la télévision se manifestait par une censure à l’antenne. C'était l'équivalent de l'épisode célèbre de Monsieur Boyard, qui se fait hurler dessus par Cyril Hanouna. Ça existe, bien sûr, mais nous, on travaille dans 180 pays dans le monde et je peux vous dire qu’une censure qui marche, elle se fait hors antenne. Donc il est urgent que le régulateur soit en mesure de nous expliquer comment il va travailler sur les sujets d’indépendance. D’ailleurs, le travail qui a été fait par un certain nombre de médias, notamment Mediapart, montre qu’il y a des consignes très strictes qui sont données aux collaborateurs de CNews. Je pense tout particulièrement aux consignes sur l’obligation de mentionner la nationalité ou l’origine des potentiels criminels ou des suspects dans les affaires qui sont montrées à l’antenne. Donc, ça existe. Et puis, le dernier point, c’est le pluralisme. La loi de 1986, elle est hyper belle, elle parle de diversité, de courant, de pensée et d’opinion. L' Arcom, donc régulateur, avait réduit cette notion-là au compte, au décompte du temps de parole des hommes politiques. Ce qui fait que vous aviez une sorte de compte d’apothicaire qui s’opérait tous les trimestres pour essayer de rétablir du temps d’antenne. On voit bien comment ces principes peuvent être contournés. Suffit que vous n’invitez que des journalistes d’extrême droite. Suffit que vous n’invitez que des personnalités qui sont en fait dans les think-tanks extrêmes droites. Il suffit de changer les thèmes pour que ces thèmes soient des thèmes qui soient favorables à un certain agenda politique et il suffit d’en parler de façon univoque et vous avez une chaîne d’opinion. Donc c’est pour ça que nous on a en février 24 obtenu cette décision qui est une décision historique. On a constaté qu’elle n’avait pas été mise en œuvre. Nous avons donc mené nous-même une enquête pour montrer que c'était possible de parler de qui parle, de quoi on parle et comment on parle sur les chaînes d’information en continu. Ça tombe bien je sens gros comme une maison que cette semaine mes petits camarades et moi-même allons nous faire vilipender à nouveau sur Cnews parce que nous attendons une décision du régulateur sur cette saisine de novembre 25 et je peux vous dire que le calcul qu’on fait c’est que si on gagne on va s’en prendre plein la poire et si on perd on s’en prendra aussi plein la poire
03:18:50David Dufresne
Elle est attendue quand, elle est pour quand ?
03:18:53Thibaut Bruttin
Les collèges de l’Arcom, c’est les mercredis, donc ça peut être demain, ça peut être le mercredi suivant, mais l' ARCOM a déjà annoncé par voie de presse que cette décision interviendrait au cours du mois de juin. Donc là, la fenêtre se rétrécit et vous avez peut-être vu que la polémique qui a été déclenchée en novembre, elle était assez violente puisque c'était l’Arcom elle-même qui a dédit Reporters Sans Frontières sur sa méthodologie. Et je remercie tous les médias notamment. Mediapart, Libération et d’autres qui ont refait le décompte de RSF et qui ont montré que nous avions raison. Donc je crois que c’est vraiment important.
03:19:26David Dufresne
Le décompte sur le temps de parole, c’est ça ?
03:19:29Thibaut Bruttin
Le décompte sur le temps de parole, sur les intervenants à l’antenne aussi, tous les journalistes ont véritablement fait un travail de moine bénédictin en reprenant tous les chiffres, toutes les statistiques avec des méthodologies parfois un peu différentes, mais ils arrivent au même résultat que nous. Mais qui croit à la farce de Cnews serait une chaîne où la gauche serait sur-représentée ? Enfin, c’est ce que l' ARCOM a essayé de nous faire croire. Je ne sais pas dans quelle réalité vivent ceux qui ont osé proférer ça, mais moi ça ne correspond pas à mon expérience de spectateur.
03:19:59David Dufresne
Arié, tu voulais rebondir ?
03:20:01Arié Alimi
Je suis d’accord un petit peu avec la critique quand vous avez saisi la juridiction administrative et la décision du conseil d'état elle a ouvert un champ dangereux je pense qu’il faut raconter un petit peu l’histoire d’avant pour expliquer pourquoi vous avez saisi un peu seul sont les autres acteurs des médias sans ceux qui avaient initié certaines mobilisations, ça remonte à la loi sécurité globale. Peut-être qu’on peut en raconter deux mots, David. Loi sécurité globale, on n'était pas forcément copains avec RSF et on n’avait pas fait l’union parce qu' on avait des divergences sur le rapport au pouvoir et sur le travail qui pouvait être fait avec le pouvoir politique en place, celui d’Emmanuel Macron. La loi sécurité globale, pour rappeler, pour ceux qui ne s’en souviennent pas ou ne l’ont pas connue, c'était notamment un article 24 de la loi sécurité globale qui avait pour vocation à empêcher de filmer les fonctionnaires de police et de créer une infraction et ça a été une énorme bataille avec le SNJ, le SNGT, avec les médias indépendants, etc.
03:21:14David Dufresne
De diffuser des images avec une intention malveillante.
03:21:17Arié Alimi
Avec une attention malveillante mais en réalité ça revenait à empêcher de diffuser notamment les affaires de violence policière. Moi je me souviens d’un moment important devant Place Beauvau et le président de RSF à l'époque avec lequel on avait des divergences politiques et puis il y a eu cet deuxième épisode, c’est Stop Bolloré et Stop Bolloré on s’est un petit peu rapproché quand même mais vous avez initié une procédure administrative sans véritablement nous consulter ou sans consulter tous ceux qui avaient créé cette mobilisation. Il y avait une mobilisation collective avec une intelligence collective. Et je crois que la décision qui a été rendue, aurait pu être évitée. Parce qu’aujourd’hui, c’est quoi la conséquence de cette décision ? C’est qu’on part d’une idée de pluralisme à une idée de neutralité des médias. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, en voulant le faire tout seul, Pour reprendre un peu la main, en saisissant le Conseil d’État et en disant que CNews ne respecte pas le pluralisme, oui, et ça, on voulait le faire d’ailleurs, mais en le faisant seul, sans réfléchir à la question du pluralisme on aboutit à une décision du Conseil d’État qui transforme l’idée de pluralisme en idée de neutralité. Et par exemple, maintenant, ils sont en train de faire… Et par exemple, maintenant ils sont entrain de faire le décompte à Radio France, sur France Inter, sur France culture, et ils se rendent compte qu’il y a trop de mouvance de gauche et donc ils demandent à France Inter et à France Culture de rétablir le décompte comme s’il y avait une neutralité et le pluralisme n’est plus un pluralisme mais une neutralité mathématique et donc je dis simplement que cette décision qui a été faite un petit peu tout seul par RSF elle a abouti à quelque chose d’extrêmement dangereux c’est que maintenant il n’y a plus de possibilité de tendance politique comme il pouvait y en avoir auparavant dans les autres médias y compris sur du service public.
03:23:12Thibaut Bruttin
Mais est-ce que tu es favorable aux chaînes d’opinion comme CNews, alors ? Ça, je comprends pas, moi, c’est pluralisme pour tout le monde, soit…
03:23:19David Dufresne
Ça n’existe pas. Je ne te dis pas qu’il n’y a pas d’opinion. Il faut bien distinguer une chose. Il faut distinguer l’opinion qui est diffusée comme CNews, qui est une chaîne qui ne fait que de l' opinion et plus d’information. Ça, c’est une chose, mais il y a toujours une tendance politique dans chaque média. Ça n’existe pas un média neutre. Et là, le problème, c’est qu’avec la décision du Conseil d'État, on aboutit à imposer une forme de neutralité politique à tous les médias. Et je trouve ça particulièrement dangereux.
03:23:48Thibaut Bruttin
Je pense que justement, et là je te renvoie au droit et au Conseil d'État, je suis très surpris de ce que j’entends là, la notion de neutralité et la notion du pluralisme ne sont pas véritablement identiques. C’est pour ça que les deux concepts, et d’ailleurs le concept de neutralité est un concept que nous nous récusons, qui est un concept pour le coup, qui est issu à la fois de fantasmes journalistiques passés et aussi du droit commun du service public, et ce terme neutralité n’est pas un bon terme pour parler de ce qui se produit sur les antennes. En revanche, le pluralisme c’est une notion. Profondément journalistique, qui a une histoire propre, et je crois que la décision solitaire de RSF est surtout une décision du Conseil d'État. Je suis très surpris de ce que j’entends là, et de toute façon, il est important que les contentieux soient portés, que ce soit des contentieux efficaces. Après, je ne crois pas qu’il y ait eu des faits contraires de la décision du Conseil d’État, à part effectivement cette idée que le pluralisme est un enjeu désormais dans le débat public. Et vous voyez bien le pluralisme, comment il est dévoyé par CNews. Quand ils vous disent, nous gardons Madame Fedorova, parce que Madame Fedorova représente une voix différente. Ça, c’est le dévoiement du pluralisme puisque ce que l’on reproche à Madame Fedorova, ce n’est pas ce qu’elle pense, c' est qu' elle exprime des éléments de langage de Vladimir Poutine et qu’il constitue une ingérence en prime time. C’est là où je pense qu' il est vraiment très important. C’est ça qui est très important de voir qu’aujourd’hui cette question du pluralisme est fondamentale si on veut que le journalisme demeure un espace et une action qui contribue à la concorde. Il faut qu’on arrive à parler de sujets différents, il faut qu' on arrive à avoir des opinions différentes, il faut qu’on arrive à avoir des intervenants différents et forcé de reconnaître qu’il y a toujours une chaîne de notre point de vue qui est complètement hors la loi. Si vous regardez les efforts qui sont faits par les autres chaînes d’information en continu privées comme publiques, il y a des déséquilibres observés, mais rien qui ne constitue autant que sur Cnews une dérive délibérée, intentionnelle, répétée du fait de l'éditeur. C’est précisément ce genre de choses que la régulation que nous avons décrochée en février 2024 invite à sanctionner. Donc là, la question qui se pose aujourd’hui est la seule, honnêtement, ce n’est pas qui fait quoi et quel contentieux en se donnant la main les uns les autres, c’est qu’est-ce que fout l’Arcom et qu’es-ils attendent pour réguler ce paysage audiovisuel français sur le fondement réel de la loi, honnêteté, indépendance et pluralisme et je vous quitte.
03:26:16David Dufresne
Ah, tu nous quittes ? Désolé, désolé. Tu ne veux pas attendre ce que François a à dire ? Bon, merci infiniment d'être venu. Merci, merci beaucoup. François, veux-tu te rapprocher d’Arié Alimi ?
03:26:38François Bonnet
Non, moi j’ai une position un peu différente de vous deux, c’est-à -dire que je pense qu’il y a un malentendu, il y a un malentendu qui tient au support. J’ai fait un article dans la newsletter du fonds pour une presse libre, vous pouvez vous y abonner très facilement, c’est gratuit, qui demandait non pas de supprimer Cnews mais d’expulser Cnews de la TNT. C’est la question du support, Cnews, si on parle de liberté d’expression qui n’est pas la liberté d’information, c’est pas les mêmes mots, si on parle de liberté d' expression et de liberté, d’opinion, opinion n’est pas l’information, c’est deux mots différents, a tout à fait sa place en tant que chaîne privée, distribuée par les box en accès libre ou en accès payant sur abonnement. En revanche, elle n’a pas sa place sur la TNT, où là se sont attribuées des fréquences publiques, de la puissance publique mise en concession avec un cahier des charges extrêmement détaillé que CNews viole quotidiennement. Et dans ce cahier des charges des chaînes d’information, il est quand même dit explicitement que oui, il doit y avoir pluralisme. Moi je ne suis pas pour des chaînes d’opinion. Baptisé chaîne d’information sur la TNT et je trouve qu’on est dans une dérive grave puisque il y a l'épouvantail absolue qui est Cnews, personne je dirais de raisonnable c’est pour ça que la position de l’Arcom est simplement insupportable et intenable personne de bonne foi qui regarde, qui se met à regarder Cnews on comprend immédiatement que c’est une chaîne d’extrême droite et que ce n’est qu’une chaîne de propagande jusqu'à la caricature Federova où vous avez une représentante, une envoyée spéciale du Kremlin, détachée en permanence sur les plateaux de CNews, ce qui est quand même un truc de fou quand, dans le même temps, on crée des dispositifs contre les ingérences étrangères. Voilà donc l'épouvantail CNews cache des questions beaucoup plus délicates, c’est que si vous regardez LCI aujourd’hui, c'était, je dirais, devenu une chaîne de la droite conservatrice. Si vous regardez BFM, c’est devenu une chaîne, je dirais de droite ou de centre-droit, ou macronisme, macronisme de droite, on va dire, voilà. C’est très désagréable de se retrouver avec des chaînes d’informations.
03:29:35David Dufresne
Je pense que tu parlais de LCI..
03:29:37François Bonnet
Ah non, j’ai dit CNews, non je parlais de BFM TV comme étant la chaîne de la droite macroniste, à peu près bien aidée.
03:29:47David Dufresne
Conservatrices réactives.
03:29:49François Bonnet
Vous avez quand même les mêmes problèmes de pluralisme sur ces chaînes, alors moindre, mais qui existent également. Et je pense que si on se projette dans un futur différent, il serait absurde d’ajouter à ces chaînes ce qui serait une chaîne baptisée d’information et étant de gauche militante. Ce n’est pas le lieu de la TNT. Toutes ces chaînes peuvent exister, toutes les expressions peuvent exister tant qu’elles ne sont pas condamnables par la loi et CNews a quand même été à plusieurs reprises condamné pour incitation à la haine raciale, etc. J’en passe et des meilleures. Donc, je pense que la TNT n’est pas le lieu des chaînes d’opinion. Les médias privés, c’est évidemment différent. C’est une autre équation. Ce ne sont pas des fréquences publiques et la règle du jeu est différente. La régulation est différente. Et puis, par ailleurs, les médias privés souvent sont payants et d’une certaine manière, le public, en achetant ces médias, dit son adhésion à ces médias. Donc là, on peut avoir un pluralisme de médias, chaque média étant portant lui-même des engagements et des opinions particulières. Sur la TNT, je ne crois pas que ça soit le lieu. En tous les cas, la loi de 86 était très claire. Les cahiers des charges auprès de chacune de ces chaînes sont très clairs. C’est qu’il doit y avoir pluralité. Et ce à quoi on assiste sur toutes ces chaînes si on oublie la caricature CNews, c’est à une baisse de plus en plus forte et à une disparition de plus rapide de ce pluralisme. Pourquoi ? Parce que les autres chaînes d’abord sont dirigées par des hommes qui ont des engagements. Rodolphe Saadé, quelqu’un proche de Macron, qui est tout à fait sur ce type de politique et qui désire que son média, BFM TV ne s'écarte pas trop de ses convictions. Et il suffit de parler avec des journalistes qui ont quitté BFM TV pour le comprendre assez vite. Donc, voilà, je pense que votre discussion s’emboîte mal parce que les supports sont tellement différents que les règles du jeu ne sont pas les mêmes et qu’il faut garder cette régulation selon le statut des médias. Médias publics, médias privés, médias de délégation, sur-délégation de service public. C’est-à-dire les fréquences TNT. Et là, les règles du jeu ne sont pas les mêmes.
03:32:34David Dufresne
Alors j’avais lu ta proposition, la proposition du FPL d’expulser CNews de la TNT, là t’as expliqué pourquoi mais tu ne donnes pas sur quelle base juridique tu pourrais te fonder pour dire ben voilà, il faut expulser cette chaîne de la TNT, quel serait le fondement juridique ?
03:32:55François Bonnet
Mais on l’a tous les jours, c’est la violation quotidienne du cahier des charges qui est imposé à CNews. On l’a tous les jours. Et l'élément incompréhensible de cette affaire, et que je trouve franchement scandaleux, c' est l’immobilisme de l’Arcom, qui ne cesse de slalomer entre les piquets pour surtout ne rien faire. Il y a des sanctions, il y a une graduation des sanctions etc. Mais enfin, ça fait quand même très longtemps que cette chaîne aurait dû voir sa fréquence l’autorisation de diffusion sur cette fréquences supprimer l’Arcom a eu un peu de courage en supprimant ces huit de la TNT et on retrouve Cyril Hanouna fait la même émission sur W9 alors il bon il fait un peu plus attention w9 qui a également une scène une chaîne TNT, ce qui est tout aussi problématique. Mais je pense que l' ARCOM, après avoir pris cette décision concernant C8, n’a pas eu le courage, peut-être les appuis politiques qu’il fallait, pour supprimer l’autorisation de diffusion de Cnews. C’est bien là qu’est l’enjeu. Ça aurait été un avertissement fait à tout le monde et aux autres chaînes sur le thème attention, ne dérapez pas massivement vers des chaînes d’opinion et le pluralisme. Je parle de LCI. Regardez l’information et les débats économiques sur LCI, c’est absolument inouï. Mais même sur l’audiovisuel public. Pourquoi France Inter, dans sa chronique économique du matin, nous inflige, depuis 20 ans, la voix du MEDEF oui, d’un journaliste des Échos, de Dominique Seux qui est certes très compétent, mais qui est quelqu’un de très engagé et qui, chaque fois, nous déroule effectivement l’agenda des entreprises. Jamais l' agenda social, jamais l' agenda des luttes, jamais l’agenda de ce qui est la vision et l' analyse d’une autre économie. Il y a un très bon exemple, ça a été quand a été mis en débat à l’automne dernier la taxe Zucman, on a vu toutes ces chaînes se déchaîner sur leur plateau et par leurs éditorialistes pour démonter, défoncer cette taxe Zucman, mais on n’a jamais entendu un débat pluraliste ordonné, sérieux, alors si, peut-être cinq, dix minutes de débat.
03:35:40David Dufresne
François, ce n’est pas non plus une conférence de rédaction de Mediapart. Le jeune Arié Alimi, pigiste, est-ce que tu veux répondre à ce que t’as dit François ?
03:35:49Arié Alimi
J’ai pas mon bureau chez Mediapart.
03:35:53David Dufresne
Ou sinon je peux rebondir sur un point, François dit faire une chaine en reflets qui serait de gauche ou marquée très à gauche, ça n’aurait pas plus de sens. Donc je ne sais pas si tu faisais allusion à des projets type Matthieu Pigasse, François, si tu faisais allusion au média, mais toi qu’est-ce que tu en penses, Arié, de cette idée-là qui brise ? Qui serait de dire qu’il faut contrecarrer sur son terrain l’extrême droite, c’est-à-dire les chaînes d’infos.
03:36:27Arié Alimi
Oui, mais où c’est ça la question, parce qu’il a parfaitement raison François. Est-ce que c'était sur un flux public qu’est la TNT ? Avec une convention ARCOM, et c' était la bataille qu’on avait menée au moment de Stop Bolloré, on avait demandé, on avait saisi l' ARCOM. Avec une étude de l'émission Face à l’info, qui était l'émission où chroniquait largement Eric Zemmour, qui était le vaisseau amiral de CNews à l'époque, et qui était d’ailleurs le vaisseau amiral de la future élection présidentielle. Il a fait 7 %, fort heureusement, parce que ça n’a pas totalement marché, mais ça a repoussé les limites de l’acceptable politique. Et on avait demandé ça à l’Arcom. L' Arcom, je me souviens très bien, le président de l' ARCOM m’avait, après la mobilisation qu’on avait faite, une belle mobilisation, m’avait passé un coup de fil. Et m’avait dit, maître, on a vu votre saisine avec Stop Bolloré, on a été particulièrement attentifs à ce que vous nous avez dit, le plaidoyer était fort intéressant, on ne peut pas résilier en l'état, pendant le cours de la Convention, la Convention Arcom. Ce n’est pas possible, ce n'était pas notre tradition administrative. En revanche, sachez que nous avons décidé de remettre les fréquences en appel d’offre à l’expiration et il peut se passer beaucoup de choses parce que l’administration a beaucoup de mémoire. Voilà en gros ces termes. Et il se trouve qu’ils ont fait un arbitrage et ils ont supprimé C8 qui était l’entertainment d’extrême droite. Ils ont gardé CNews et c’est malheureux à dire parce qu’on aurait préféré que les deux disparaissent. Mais ça a été une petite victoire, peut-être la première d’ailleurs, contre Bolloré. Est-ce qu’aujourd’hui, ça a été remplacé par, sauf de ma part, T18 ? Il y a eu aussi une chaîne du groupe West France, mais qui a beaucoup beaucoup beaucoup de problèmes financiers, on n’est pas sûr que ça va tenir. Et est-ce qu' il faudrait que l’une de ces fréquences soit attribuée, je ne sais pas, moi par exemple à Pigasse qui veut créer un Radio Nova sur la TNT ? Je ne suis pas forcément sûr que ce soit le lieu. Il peut y avoir une chaîne privée de gauche qui, comme Radio Nova, exprime des valeurs de gauche radicales qui peuvent être les nôtres. Mais là aussi, on pourrait nous faire la même critique que pour CNews si c'était sur un canal public de la TNT.
03:39:18François Bonnet
Encore une fois, ce sont des chaînes d’information. L’information, c’est pas un périmètre clos qui s’impose à tout le monde. Vous pouvez faire une chaîne aujourd’hui, une chaîne de télévision, comme on fait des journaux qui ont de tout autres agendas informatifs. Qui raconte aujourd’hui en détail le backlash sur l'écologie ? Qui racontent les quartiers populaires ? Qui raconte les nouvelles formes de lutte sociale, qui racontent l’angoisse du salariat face à l’arrivée de l’intelligence artificielle. Et ça, je donne six exemples, il y en a 60. Il y a des dizaines de champs d’informations qui, aujourd’hui, sont ignorés, sont maltraités, traités avec un conformisme redondant où tout le monde se copie. Quand vous pourriez bousculer les choses, ce que les médias indépendants, dans leur ensemble, tentent de faire et réussissent et conquièrent des électrices et électeurs justement par cet ingénieur d’information. Alors, bien sûr, ils portent des engagements. Si on prend Mediapart, oui, on a toujours porté des engagements contre le racisme, les discriminations pour l'égalité et sur des valeurs générales de gauche, pas paritaire de gauche mais une culture, une culture politique au sens large de gauche. Voilà, mais c’est ce qu’on a essayé de construire et ça a été une part du succès de Mediapart. On le voit, par exemple, sur les violences sexistes et sexuelles et sur l’impact qu’a ce journal aujourd’hui dans le débat public. Donc, ce que je veux dire par là, c' est que d’autres agendas informatifs sont possibles et que l’enjeu aujourd’hui pour une chaîne d’information sur la scène sur la TNT c’est de sortir d’un David Pujadas quoi enfin franchement c’est un truc de dingue de sortir de Ruth Elkrief sur sur BFMTV pareil enfin ou alors on considère que les chaînes les chaîne TNT sont fait pour un public exclusif de retraités qui passent quatre heures par jour devant la télévision en zappant de Pascal Praud aux autres. Mais sinon c’est terrible quand même. Quelle société ça raconte ces chaînes ? Mais ça raconte un autre monde. Donc la vraie société, ces dynamiques sociétales, enfin tout ce qui nous intéresse, tout ce qu’on peut lire ailleurs. On ne le voit jamais sur ces chaînes, donc l’enjeu il est là, il n’est pas d’en mettre des éditorialistes de gauche plus ou moins affiliés à des partis pour nous faire de l’anti Praud ça n’a aucun intérêt
03:42:25David Dufresne
Je vois que le tchat s’anime, il y a beaucoup de questions qui partent de tous azimuts. Il y en a notamment une tout à l’heure sur le cordon sanitaire en Belgique. J’ai compris pourquoi on te parlait de surdologues, c’est parce que comme j’ai dit que tu étais le John Travolta… Donc il y a des gens qui ont suivi et voilà bref mais monsieur François Bonnet n’a rien à voir avec Ron Hubbard, et la scientologie. Voilà mais je crois que l’allusion, je pense que l' allusion c’est par rapport à Travolta. Bon bref revenons à nos amis belges, par exemple la question du cordon sanitaire aujourd’hui par rapport à notre soirée Bolloré, est-ce que c' est applicable, est ce que ce n’est pas du tout applicable, est-ce que c’est trop tard ? Et au-delà de ça, je voulais vous demander surtout à toi François en quoi le danger Bolloré est spécifique par rapport à Hersant par rapport dans l’histoire. Il y a eu déjà des gens qui avaient beaucoup d’argent, qui possédaient beaucoup de journaux, beaucoup de vecteurs d’informations. Quelle est la spécificité du danger Bolloré aujourd’hui ?
03:43:37François Bonnet
Bolloré, c’est finalement la soirée que t’as organisée, c’est-à-dire qu’on parle pas seulement de médias, on parle de tous les secteurs producteurs d’idées, de cultures, de réflexions et d’informations. Et c'était d’avoir réussi à croiser tous ces secteurs dans ce qui a très bien été expliqué, concentration verticale, concentration horizontale, etc. Et donc c' est aujourd’hui de pouvoir effectivement mettre un Éric Zemmour sur CNews en 2022 comme candidat à la présidentielle, dans le même temps et faire éditer son livre Le Suicide français par une maison amie, c'était pas Fayard à l'époque, c'était une autre, transformer en série de quatre épisodes ce livre Le Suicide français qui sera diffusé sur Canal Plus. Et puis vendre du Philippe de Villiers, du Nicolas Sarkozy, du Jordan Bardella dans les relais dans toutes les gares de France. Donc c’est cette espèce d'énorme conglomérat où l’historien Alexis Lévrier expliquait très bien qu’il avait beau chercher. C’est un moment tout à fait inédit en France. Il n’y a jamais eu de groupe de ce type, croisant tous ces métiers. Et en même temps détenant tous les maillons de la chaîne à chaque fois. Donc voilà la particularité du groupe Bolloré et son énorme danger.
03:45:15David Dufresne
Et après, on terminera sur le démantèlement du groupe Bolloré.
03:45:20Arié Alimi
Je pense qu’il faut revenir à la base de ce qu’est l’image et l’information et il faut dire que les dernières expériences d’extrême droite et dictatoriales récentes ont toutes commencé par des chaînes d’information d’extrême-droite ou par des groupes et des conglomérats d’externe-droites. Je pense évidemment à Fox News qui a amené Donald Trump. Aux Etats-Unis. Je pense évidemment à Media set qui a amené, créé par Berlusconi, mais qui a amené l’extrême droite, puis finalement Meloni, donc un néo-fascisme en Italie. Mais la Hongrie, évidemment. Mais il faut remonter un peu plus loin, sans faire de comparaison évidemment, mais comprendre la puissance de l’image et de l’information et de la propagande. Ceux qui l’avaient parfaitement compris, ce sont ceux qui amènent à des totalitarismes. Et notamment Adolphe Hitler, il avait compris dès le départ, le peintre raté qu’il était la puissance de l’image et il a utilisé l’image avec la propagande antisémite, il a utilisé l' image avec le cinéma, avec la photo, et il faut bien comprendre que le peuple allemand était l’un des peuples les plus éduqués, culturé d’Europe, qui était une démocratie importante. Comment est-ce qu’on arrive à faire ployer l’intégralité d’un peuple ? Par l’image et par l’information. Pareil avec le génocide Rwandais, avec Radio Mille collines. Je dis simplement que c’est probablement l’arme la plus puissante pour arriver à contrôler un peuple et en faire ce que l’on veut, et des cerveaux. Et donc, c'était évidemment cette bataille que mène aujourd’hui Bolloré. Il l’a parfaitement compris. Il a l’argent pour le faire, qu’il a acquis de la logistique africaine, C’est-à-dire de la néocolonisation, c’est encore pire que tout. Il s’est servi de l’argent de la néocolonisation, qu’il a vendu d’ailleurs en partie à CMA CGM ou à d’autres, donc Saadé Et aujourd’hui, il construit la nouvelle propagande et le conglomérat de propagande dans la culture et dans les médias pour transformer le peuple français. J’ai tendance à croire que le peuple Français va avoir un peu plus de mal à être transformé, parce qu’on est un peu résistant quand même et qu' on a encore un esprit critique. Quand on a encore une éducation nationale, ça va prendre un peu plus de temps. Mais c’est son projet, lui aussi, c' est son projet. Et donc, c' est pour ça que c' est aussi dangereux. Il n' a pas réussi lors des précédentes élections présidentielles. Il est possible qu’il réussisse aux prochaines élections présidentielle et c’est pour ça qu’on doit se battre et que c' est la bataille mère. C' est la bataille mère qu' on doit mener. François ?
03:48:12François Bonnet
Oui, moi, j’ai écouté attentivement les deux débats précédents sur l'édition et le cinéma. D’abord, je trouve très dommage que le cinéma ait réagi en dernier, l'édition a réagit très tard, on a l’impression que chacun continue à nager dans son couloir, alors qu’on parle d’un dispositif d’ensemble. Bolloré contrôle un dispositif….
03:48:45David Dufresne
C’est ce qu’on a essayé de montrer ce soir.
03:48:46François Bonnet
Non mais, tu as bien fait, mais ce que ça montre en même temps, et ce que montrent finalement ces trois débats, et du reste, le fait de les avoir scindés en trois, peut-être t’aurais dû croiser, ça aurait été intéressant, mais je pense qu’il faudra le faire après. La semaine prochaine. Faudra le refaire après, voilà. Tu reviens ? Non, non, non mais, parce que je trouve ça incroyable, et ce n’est pas pour exprimer une frustration, etc, mais quand on voit la réaction des gens du cinéma, mais tout était écrit il y a dix ans. Mais que font-ils depuis dix ans ? Alors, on dit ça, nous, journalistes, pourquoi ? Parce que nous, Bolloré, on se le tape depuis vingt ans. Depuis vingt ans. C’est pas seulement I Télé. Avant, il y avait eu les gratuits, moi, j’ai quitté le journal Le Monde en 2006, je claque la porte, parce que j’ai deux réunions avec Bolloré qui prend le pouvoir sur le projet du quotidien gratuit du Monde.
03:49:43David Dufresne
Direct matin ?
03:49:46François Bonnet
Il s’appelait direct matin, après direct soir, après, etc. C’est comme un poste. Donc voilà, pour beaucoup de gens, Bolloré, il est au milieu de notre paysage professionnel depuis 20 ans. Et d’une certaine manière, malheureusement, j’ai envie de dire, c’est notre création commune. C'était du fait de la division de ce qu’on appelle les industries culturelles et des médias où chacun est dans son couloir et ne regarde jamais ce qui se fait chez le voisin. Chacun a des intérêts, des temporalités différentes, etc. Et même au sein des médias, du reste, on ne rassemble pas tous les médias. On ne rassemble que les médias indépendants. On arrive à être d’accord, je dirais, sur des principes de base juste entre médias indépendants, pas avec les autres grands groupes médiatiques devenus la propriété des milliardaires. Donc, voilà, ça devrait nous interroger, ça. C’est la première chose que je veux dire. Et comme tu parlais de comment démanteler Bolloré, je pense que le seul moyen aujourd’hui, c’est le travail que fait Arié, c' est à dire le seul levier qu’on a aujourd’hui, c’est le droit et c' est l’Europe. Il y a une autorité de la concurrence qui est forte en Europe, parce que l’autorité de de concurrence en France. Ne s’est jamais saisi de ces dossiers, bizarrement. C’est quand même Bruxelles qui oblige Bolloré à vendre Paris Match pour qu’il ne se retrouve pas en situation de monopole sur ce segment de la presse qu’on appelle la presse people. Alors dans l'édition, évidemment, ça a été dit entre Editis, il doit abandonner Editis pour prendre Hachette, mais même dans la presse l’autorité de la concurrence européenne, enfin le droit de la concurrence Européen s’est mêlé de l’affaire quand il a racheté le groupe Lagardère et sa division médias. Donc, c’est simple, il y a eu des centaines d’appels visant à alerter sur Bolloré, ça ne servait à rien. Il y a eu les grèves, la grève la plus longue de l’audiovisuel LCI devenu I Télé, devenu CNews. La grève la plus longue de la presse écrite lorsqu’il rachète le JDD, une grève européenne, ça ne s'était jamais produit avec pratiquement la totalité de la rédaction qui part, et tout ça ne sert à peu près à rien.
03:52:28David Dufresne
L’arme François je crois que je change de micro ouais je pense que c’est mieux
03:52:33François Bonnet
Je pense que notre seule arme aujourd’hui, c’est d’utiliser toutes les ressources du droit et de la régulation, d’où quand même l’utilité d’aller devant le Conseil d'État, d’engloutir sous une avalanche de saisine, l’Arcom, etc. C’est, je crois, le seul moyen de parvenir à enrayer les choses aujourd’hui. Et enfin, et c' est dommage que Sarah Legrain soit partie, parce qu’effectivement, elle est très au fait de ces questions. Mais enfin, quand je dis Bolloré, notre responsabilité collective, c’est la responsabilité d’abord des acteurs politiques. Et là, désolé de le dire, mais il n’y a pas que Sarkozy qui a mis le pied à l'étrier à Bolloré et aux grands milliardaires de la presse. Il y a ensuite François Hollande et Emmanuel Macron. Et qu’en est-il des partis, et en particulier des partis de gauche ? Toutes ces questions ont quand même été, depuis 15 ans, totalement ignorées. Et ce n’est pas faute d’avertissement. En tous les cas, pour ce qui concerne les médias. Ça fait quand même 15 ans que les journalistes se battent dans un désert politique pour tenter d’obtenir un minimum. D’application des règles existantes et des législations existantes ou de réformes législatives. Tout le monde nous dit que la loi de 86 est morte. Évidemment qu’elle est morte, cette loi. Elle date d’avant le numérique. Donc elle n’a plus aucune pertinence. Elle est totalement obsolète, la profession a quand même réussi à produire. Nous, on avait organisé les états généraux de la presse indépendante avec les syndicats. Les syndicats ont travaillé, d’autres organisations ont travaillé les propositions de réformes, elles sont sur la table depuis des années. Il ne s’est rien passé. Et pardon, pour terminer, parlons des partis de gauche. C’est quand même zéro, quoi. C’est rien. Alors, tant mieux quelques parlementaires comme Sarah Legrain, comme Sophie Taillé-Polian au PS je cherche et je ne trouve pas. Non mais vraiment,
03:54:58David Dufresne
Alors, si, il y a des sénatrices PS qui travaillent sur le sujet.
03:55:05François Bonnet
Sylvie Germain, qui a été vice-présidente d’une mission sénatoriale sur les zones grises de l’information où ils ont convoqué tous les médias indépendants. Comme si aujourd’hui, les zones grises d’information, c'étaient les médias indépendants. Elle a été vice-présidente de cette mission sénatoriale présidée par Laurent Laffont, qui est le grand artisan, sénateur de centre droit,grand artisan de la fusion de l’audiovisuel public.
03:55:35David Dufresne
Alors moi, je pensais à Sylvie Robert, c’est le nom. Sylvie, Robert, Sylvie. Robert, voilà, sénatrice PS que j’avais conviée, mais qui préside, en fait, en ce moment même la séance au Sénat, une séance dont elle pouvait pas être, elle pouvait être là. Mais elle, elle, notamment sur le sur l'édition, elle suit pas mal les les auteurs Grasset bon, voilà. C'était juste pour te mettre à un petit,
03:55:59François Bonnet
Non mais c’est désolant parce qu’il y a une quinzaine d’années, je termine juste après, pardon Arié. Je te connais. Il y a une quinzaine d’années, on avait quand même des interlocuteurs au Parlement. On avait des députés et des sénateurs qui travaillaient sur ces dossiers, qui les connaissaient, qui comprenaient les choses. On n'était pas forcément d’accord, mais au moins on était écoutés. Il y a eu quelques réformes, il y a eu la loi Bloch de 2016. Qui n’a pas servi à grand-chose parce que son article principal a été censuré par le Conseil constitutionnel et le reste a été un peu oublié. Mais enfin, c'était, en tous les cas, c'était une loi de, j’allais dire, de très bonnes intentions. Mais depuis, rien. C’est un désert complet. Et ça, c’est un problème. Ça, c’est un vrai problème. Et c’est pour ça que moi je ne suis pas pour utiliser la formule bataille culturelle. Et je termine là-dessus, j’ai vraiment fini.
03:57:05Public
Rires
03:57:06François Bonnet
Je trouve que c’est une formule qui porte à confusion et qui est assez peu compréhensible par le grand public. Les questions qui sont posées, ce sont d’abord des questions politiques et de courage politique. Et si on avait eu des responsables politiques qui se seraient souciés de ces questions de liberté de l’information, d’indépendance du journalisme, d’indépendance de la création en général. Nous n’en serions pas là et nous ne serions pas avec ce monstre au milieu de la pièce qui s’appelle le groupe Bolloré.
03:57:46David Dufresne
Maître : le mot de la fin.
03:57:49Arié Alimi
Moi, je continue à parler de bataille culturelle parce que je ne crois pas en la capacité véritable, pertinente, performative du politique. Je pense que c’est… Non mais je pense qu’il n’y a que la société civile qui est le moteur premier des réformes ou de la transformation sociale. Et donc, vous dire qu' il y a deux obstacles auxquels on fait face et on a aussi des avantages ou des moyens de combattre Bolloré. Les obstacles, c’est que les premiers concernés, c'était leur gagne pain. Dans le cinéma, dans les médias, dans l'édition. C’est leur gagne pain et donc c' est compliqué d’avoir le courage de transcender et de penser qu’on ne pourra plus gagner son pain. C' est ce qui s' est passé dans l' édition, ce qui s’est passé dans le journalisme. La bataille du JDD, c'était exactement ça. C'était les indemnités qui étaient à la clé et avec la possibilité qu’il n’y ait pas d’autre boulot après parce qu' il y avait beaucoup de journalistes qui étaient concernés et que tout le monde allait être viré, ils le savaient et d’ailleurs, ils ont tous été virés. Donc ça, c’est la fragilité. Donc ils ont tous la tête dans le guidon. Et puis il y a aussi des stratégies politiques. Là, on parle des militants, des stratégies politiques différentes et on les a vues ce soir. On les a vus dans la première table et on a vu Libertalia, avec une vision différente de Grasset, et c’est des visions politiques différentes, avec une forme de purisme d’un côté et avec une forme de pluralisme de l’autre. Mais, et puis, dans le cinéma, il y avait aussi des oppositions stratégiques, et elles ont existé entre Zapper Bolloré et la SRF. Il y avait aussi des fragilités. Même, et la difficulté aujourd’hui, c’est d’arriver à réunir tout ce beau monde avec la question de la priorisation des objectifs. La priorisation des objectifs pour moi aujourd’hui, pour Bolloré, c’est 2027. Ce n’est pas dur. L’extrême droite peut arriver au pouvoir et après, on pourra faire ce qu’on voudra ils auront la possibilité de manière durable et pérenne, le champ culturel. Et donc, qu’est-ce qu’on doit faire aujourd’hui et qu’est-ce que l’on peut faire aujourd’hui en trois mots, même si il est tard. En trois mots. En trois mots il y a une convergence des secteurs de la culture qui est en train de se faire. Cette convergence, elle doit pouvoir proposer des choses qui peuvent se faire avant 2027, pas après. Donc, la transformation législative, moi, j’y crois pas. Ça n’arrivera pas. C’est trop long. Puis il faudra une volonté politique qui n’arrivera pas
04:00:31François Bonnet
Ça, c’est trop tard, oui.
04:00:33Arié Alimi
Le droit, bien sûr, mais pas tout seul. La mobilisation politique de tous les secteurs de la culture, ça peut avoir de la gueule en septembre, octobre. Un front de la Culture, par exemple. Je parle de ça comme ça, qui poserait un minimum commun de tous les secteurs de la culture que Macron pourrait adopter. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas envie de partir en loser totalement de la fin de son mandat. Ça, c’est la première chose. Et la deuxième chose, on a une fenêtre, on l’a dit, de tir à la Commission européenne, c’est une saisine de la Commission européenne qui peut permettre de fragiliser. Et on l’a vu à partir du moment où on tape dans la bête, elle commence à être fragile. On l’avait vu au moment de Stop Bolloré avec CNews. Ils ont d’ailleurs été extrêmement agités sur la liberté d’expression, etc. Sur le mal qu’on leur faisait. La bête n'était pas totalement à terre, mais un petit peu. Donc, je crois profondément que…
04:01:27David Dufresne
On l’avait vu avec Grasset et on l’a vu avec la pétition Zapper Bolloré.
04:01:31Arié Alimi
Il faut être offensif, il ne faut pas avoir peur d’y aller. Voilà pour le mot de la fin.
04:01:36David Dufresne
Merci infiniment à vous deux. Merci aux vaillantes et vaillants, aupostiens qui sont toujours dans la salle. Merci à Franck qui a réalisé de main de maître l'émission, merci à Nayan qui était là, merci à Théo qui était au four et au moulin comme toujours, merci aussi à Muriel qui était aux stands. Moi je suis claqué, ça fait plus de quatre heures. Nous avons eu un débat typique de gauche où on s’est engueulés. Voilà, il y a un ennemi commun mais enfin on va d’abord… Bon ! C’est drôle, mais c’est chiant parfois, mais on va recommencer quand même, on va recommencer jusqu'à la victoire finale. Voilà, merci à toutes et à tous, merci messieurs et à très vite.

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