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« Bye Bye Tibériade » : Lina Soualem convoquée Au Poste

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, de la police, amies de la Palestine, amis d’Israël, amis de la paix Tout marche. On dirait un film de Lina Soualem, on dirait la perfection,tout marche. Ah c’est génial. Comment vas-tu ?
Lina Soualem
Très bien, ça va.Ça va bien, super. Quel plaisir de te voir.
David Dufresne
Alors voudrais dissiper un malentendu. J’ai l’impression que tu as tout fait pour ne pas faire l'émission dans le studio d’Au Poste ? Et tu as attendu que je sois loin pour être dans le Studio 2 pour qu’on fasse ça à l’ancienne par Visio est ce exact ?
Lina Soualem
Pas tout à fait, car ce n’est pas moi qui gère le planning, on me met des trucs toute la journée et moi je suis comme sur une autoroute. C’est vrai donc. Ouais, c’est vrai, mais c’est aussi pour pouvoir faire un maximum de choses et ne pas avoir à dire non, surtout aux avant-premières qui sont importantes. Donc je voyage beaucoup dans plusieurs villes pour pouvoir rencontrer le public parce que c’est ça qui est le plus important pour moi. Et bien sûr faire de la presse pour la sortie..Mais quand on peut faire des choses en ligne, ça évite de se déplacer tout le temps, tout le temps.
David Dufresne
Et pourtant, te déplacer, c’est ton affaire, c’est ton truc. Je vais lire une petite introduction, Brel avait un mot, aller voir, il faut aller voir cette Hiam Abbas, ta mère aurait pu la faire sienne. Il y a 30 ans, l’immense actrice a quitté son village palestinien pour l’Europe et son cinéma, puis les États-Unis, succession, la série succession et dans d’autres folies avec sa fille Lina Soualem ici présente réalisatrice leur Algérie il y a 3 ans fut un bijou d’humanité et de drôlerie avec le la filière paternelle en fait, hein, de ta famille avec toi Hiam Abbas retourne sur les traces des lieux disparus et des mémoires dispersés de quatre générations de femmes palestiniennes. Alors là j’ai piqué une phrase, de ton commentaire hein, ça ne t’a pas échappé, lieu disparu et mémoire dispersée, hein, c’est en fait ce n’est pas moi qui l’ai écrit, c’est je l’ai piqué à 3 textes hein, parce que j’ai regardé le film. Attention en entier et je l’ai vraiment, vraiment beaucoup, beaucoup aimé avec le carnage qui se déroule actuellement et que l’on sait Bye Bye Tibériade, c’est le titre de ton film prend une force incroyable.
Lina Soualem
C’est un film de cinéma qui parle de nous, de la transmission des résistances, du temps qui passe. Et c’est un film au poste sorti sur grand écran mercredi.
David Dufresne
Joie de recevoir sa réalisatrice qui se recoiffe parce qu’elle sait que je vais aussi dire qu’elle était scénariste de la série Oussekine que nous portons tout en haut dans notre cœur d aupostiens et d’aupostiennes.Est ce que cette présentation te convient ? ?
Lina Soualem
Parfait, excellent.
David Dufresne
Donc sur 10, génial,.Donc tu es la réalisatrice de leur Algérie. J’en ai parlé rapidement en 2020, tu es aussi comédienne et tu es sélectionné ton film Bye Bye Tibériade aria dont on je montrerai une petite bande annonce tout à l’heure et sélectionné pour les cannes docs et on me dit que je tu serais la première invitée d’Au poste oscarisable.
Lina Soualem
Alors je suis plus oscarisable, mais je l’ai été pendant. Bref, un instant de 2 mois. C’est quoi ces conneries, tu n’es plus en lice ? Non, parce qu’en fait la Palestine, donc, a nommé officiellement Bye bye Tibériade pour représenter. La Palestine aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.Ensuite on a envoyé la proposition à l’Académie des Oscars qui a accepté et donc à partir de novembre on parce que les votes étaient en décembre. Donc à partir de novembre, les gens qui votent à l’Académie des Oscars pouvaient voter pour le film et il y avait à peu près 180 films.En lice en tant que meilleur documentaire donc, j'étais dans cette catégorie et il y avait 80 films en lice en tant que meilleur film étranger et surtout ça, ils ont un short List 15.Donc on n'était pas dans les 15, mais on était dans la longue liste. Bah c’est des cons.
David Dufresne
Et bah c’est des cons. Moi je le dis ces gens-là c’est des cons.Vous auriez dû être dans la shortlist mais ce n’est pas grave. C’est mieux, c’est mieux parce que là ça veut dire qu’on est on est dans les connaisseurs. Bon alors il faut dire une chose bonne que je n’ai pas le droit de dire c’est qu’en fait ton film sort et qu’il faut aller voir mercredi sur grand écran, en fait la téloche l’a déjà diffusé.
Lina Soualem
Ouais, on peut le dire ou pas, oui, il ne faut pas le dire. C’est ce qu' il était passé. Bah en fait, on a été soutenu par Arte la. Lucarne. Mais qui a permis aussi aux films d’avoir des financements conséquents pour tourner au moment où on où je commençais à écrire et à tourner le film.
David Dufresne
Et donc il a été diffusé sur Arte et il va désormais sortir en salle. Et ils le reprendront ensuite après la sortie salle pour les gens qui n’auraient pas pu le voir. Idéalement, il faudrait que tout le monde aille le voir le mercredi 21 février. Exactement, et pourquoi fallait le voir ? Parce qu’en fait on connaît tous Tibériade sans le savoir. Car très vite dans ce film, où donc tu retournes là-bas, enfin toi tu y vas. Parce qu’en réalité tu y as les petites, y a des films de toi, des films de vacances, familiales. Où on te voit toute petite, 3, 4 ans. On te voit avec ta mère, ta grand-mère et la mère de ta grand-mère, c’est à dire 4 générations de femmes et l’idée c’est de retourner. Et de savoir comment, comment le pays, comment la Palestine a évolué, comment ces femmes ont pu évoluer ? Il y a quasiment que des femmes, ce n’est pas alors là les mecs ici sont éjectés. Donc déjà je voudrais savoir pourquoi il n’y a pas de mec dans cette lignée là ? C’est quoi cette histoire ? On en voit un ou 2 mais enfin bon. Qu’est ce qui se passe ? C’est un film de femmes ?
Lina Soualem
Oui, c'était assez naturel puisque ma mère est née dans une famille de 10 enfants et ils sont wifi et 2 garçons, donc forcément, déjà numériquement, les femmes sont de plus en plus nombreuses comme les garçons sont arrivés plus tôt sur la faim, ils sont les, les petits, les cadets. Du coup, les femmes, les sœurs ont pris la place et sont celles qui ont qui régissent un peu de tout dans la maison. Avec ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. Donc pour moi, c'était tout à fait naturel d’aller filmer les femmes puisque j’ai grandi avec ces femmes qui m’ont transmis énormément.Après, je n’ai pas l’impression qu’on est absent. Pour moi, c’est des présences, peut-être plus dans l’arrière-plan, mais toutes aussi importantes puisque mon père, par exemple, avait filmé toutes les zones d’archives qu’on voit dans le film des années 90. Et finalement, c’est grâce à mon père aussi que j’ai pu faire ce film et que j’ai pu m’inscrire dans la lignée de ces films puisque lui-même a voulu m’y inscrire en me filmant là-bas. Alors j’ai l’impression que ton micro est un petit peu moins bon mais il y a la commissaire politique qui vient d’arriver dans le dans le dans le chat, la commissaire politique c’est Mélanie Simon Franza. Alors oui, faudrait que je la passe VIP. Comme ça elle pourrait faire, elle pourrait mettre des liens.
David Dufresne
Bon alors donc je résume ton papa muni d’un caméscope filme des choses ordinaires, des petites, chatouilles. Des petits jeux d’enfants sur un balcon, balcon qu’on retrouvera 30 ans plus tard, quand tu retournes là-bas je disais, on connaît tous Tibériade parce que figurez-vous, c’est là que Jésus a marché. C’est ça ? C’est ce que tu dis à un moment donné ?
Lina Soualem
Ah ça, je ne le savais pas.
David Dufresne
Allez, raconte tout ça quand même. Non mais c’est dans la Bible C’est c’est un truc qui s’ouvre comme ça. Tu swipes les pages, c’est ça non mais c’est-à dire que pour moi ça a toujours été je ne sais pas si là tu m’entends mieux. Si là c’est parfait, c’est super. Super pour moi, ça a toujours été symboliquement hyper fort puisque en plus en histoire à l'école, moi j’avais étudié la vie de Jésus je pense
Lina Soualem
C’est un peu comme tout le monde. En plus, j’ai fait des études d’histoire, donc j’ai même fait un cours qui s’appelait histoire de la Bible et Proche-Orient ancien on comparait les textes de la Bible avec les textes historiques de l'époque. Et en plus, quand j'étudiais tout ça, moi forcément, quand je pensais à Jésus, Tout de suite ça me renvoyait à l’histoire de ma famille puisque ma mère est née à Nazareth et on dit Jésus de Nazareth. J’allais me baigner dans le lac de Tibériade, qu’on appelle aussi la mer de Galilée. Qui est c’est là où Jésus aurait marché. Donc forcément, pour moi, j’avais l’impression que tout était tout avait une symbolique qui dépassait vraiment mon histoire. Seulement, et en même temps, ça me permettait de me connecter à quelque chose de beaucoup plus grand et de beaucoup plus à la fois épique et légendaire
David Dufresne
Et, et c’est ce qui fait que ton film nous parle immédiatement, c’est à dire que on pourrait se dire Bon.Lina va voir sa famille, va voir l’histoire de la Palestine mais ça va au-delà de ça.C’est à dire que partout où tu marches en fait on connaît, on est familier sans jamais avoir mis les pieds là et ce qui fait qu’on écoute ce on feuillette avec toi ce livre de photos qui devient un carnet de voyage.Alors je dis livre de photos parce qu’il y a un très beau geste de cinéma qui consiste à 2 reprises me semble-t-il à prendre des photos ? Et à les mettre sur un mur. Et à les à les commenter, à les décortiquer, à les à les raconter.Une fois avec ta mère Hiam Abbas et une seconde fois avec la famille Dargy. Comment t’est venue cette idée ? Toute bête, toute simple, mais terriblement efficace et terriblement cinématographique.
Lina Soualem
Alors pour moi, c'était un petit peu une continuation de ce que j’avais fait avec leur Algérie puisque je m'étais emparée des photos de famille dans leur Algérie pour les montrer à mes grands-parents et réactiver leur mémoire. Et en fait, j’ai un peu appris ça aussi grâce à ma monteuse Gladys joujou qui a monté le premier et le 2e film qui en fait m’avait donné ce Conseil. Quand on se trouve face à des personnes ou des personnages pour qui le passait représente une douleur ou est marqué par un silence.Finalement, au lieu de poser des questions et de s’attendre à avoir des réponses claires, la transmission peut se faire aussi à partir des images et donc en montrant des photos. Ça me permet d’aller réveiller à la fois des émotions et des souvenirs, mais sans être dans la confrontation.Et en fait, la photo est l’archive viennent précieuse dans le contexte d’histoire comme l’histoire de l’Algérie ou l’histoire de la Palestine qui sont des histoires qui ne sont pas toujours racontées complètement du côté algérien du côté palestinien. Il y a une histoire qui n’est pas officielle, qui est silencée, qui est invisibilisée, qui n’est pas reconnue, donc toute image, toute photo permet de compléter en fait le puzzle de notre histoire.
David Dufresne
Ce management te demande dans le chat, est-ce que ça n’a pas été trop difficile de convaincre vos tantes de les faire participer à cette mise au mur des photos de famille ?
Lina Soualem
Alors pas du tout. Pour m'étendre, c’est un moment de partage en fait. Justement, j’ai ressorti toutes les photos qu’il y avait dans la maison de ma grand-mère. On a commencé à regarder les photos ensemble et dans la dans le moment, de manière spontanée je leur ai demandé de regarder aussi les photos que moi j’avais fait imprimer de Tibériade et je leur ai demandé de sélectionner une photo d’elle et une photo de Tibériade et de les coller au mur comme pour les réinscrire aussi, et les relier à ce lieu dont la famille, ma famille et tous les Palestiniens ont été expulsés en 1948. Et du coup, un lieu dans lequel notre mémoire est complètement effacée. Donc je voulais me reconnecter à ce lieu. Et en fait, elles se sont, elles se sont pris à l’exercice, disons. Elles ont tout de suite commencé à choisir des photos et puis commencé seule à exprimer aussi ce qu’ils ressentaient donc tout d’un coup, elle retraçait aussi l’exploration de où était la maison, à ce que ma grand-mère avait pu leur raconter, ce que leur grand-mère avait pu leur raconter. Donc tout d’un coup, la transmission se faisait de manière très naturelle. Alors et je suis perdu parce que il y a Mélanie qui est en train de faire le forcing dans le chat en disant Bon, est-ce que je peux poster des visuels pour les réseaux sociaux ?
David Dufresne
Alors voici la fiche, enfin elle est à fond, elle est géniale. Donc j’ai essayé de mettre ça en en même temps, mais évidemment je t'écoute et je et je te remercie de ta réponse pour Supermangeman. Je voulais aborder avec toi l'écriture du film. Le texte vient-il avant ? Après, parce qu’il y a des moments où on se dit il y a vraiment des choses que tu veux nous faire passer qui ne sont pas forcément à l'écran.Alors heureusement, ce n’est pas de la télé ce n’est pas ce n’est pas banal. Bon voilà, mais comment tu l’as écrit ce film ? Parce que c’est un film d’archives, beaucoup, il y a beaucoup d’images, il y a des images aussi évidemment de 1948, il va falloir qu’on en parle, donc la catastrophe ?
Lina Soualem
Enfin c’est ce qui est appelé la catastrophe par les Palestiniens, quand les Israéliens sont mis en place par les Anglais en 1948 et envahissent une partie de la Palestine. Il y a donc des images d’archives de 1948, il y a des images d’archives des années nonante comme on dirait en Suisse, c’est à dire 2, 3 petites filmées par et avec des femmes de ta famille, filmées par ton père et ensuite des images actuelles. Encore que il y a d’autres,Il y a d’autres images dont j’ai été surpris qu’elles soient aussi en 4/3 alors qu’elles me semblaient beaucoup plus modernes. Donc ça je me demande si c’est la monteuse qui a voulu faire ça et donc tout ça pour te dire voilà, parle nous du travail, Comment t’as travaillé, comment t’as écrit ça, et après on reviendra sur le sur le fond, sur ce que ça raconte. Alors il faut savoir que l'écriture du film n’a pas commencé, ne s’est pas arrêtée à un moment, c’est-à-dire qu’on a écrit depuis le départ et continue à écrire et ré écrit et réécrit jusqu'à la toute fin. Tant que, par exemple, ma voix off a été écrite vraiment à la fin du montage, après plus de 4 ans de réalisation du film. Donc l'écriture en documentaire, en tout cas la manière dont moi j’ai travaillé jusque là pour mes 2 films, c’est une écriture qui ne s’arrête pas. Sachant que pour moi le montage c’est aussi de l'écriture, c’est-à-dire qu’on écrit à partir du montage. Mais on continue à écrire aussi puisque pour pouvoir composer le film, on écrit.Quand on a de la voix, on l’intègre dans le film. Donc nos écrits parfois apparaissent aussi. Dans le paysage sonore le film a été écrit avec Nadine House, scénariste qui est réalisatrice libanaise et avec Gladys la monteuse qui a aussi collaboré à l'écriture puisque on a commencé à travailler avec Gladys avant même de monter, c’est à dire que sur la base de ce qu’on avait avec Nadine, c’est à dire le premier dossier où en fait on a écrit ensemble la, ceux que le film serait filmé, quel lieu serait trouver ? Quel type d’image serait inclus ? Sans vraiment savoir ce qu’on allait avoir au tournage. Mais on a préparé des idées de ce qu’on voudrait tourner. Et de toute façon, depuis le départ, j’avais les imaginations des années 90 de mon père, donc j’ai toujours écrit à partir des images. J’avais ces images là. Ensuite, j’ai tourné des images contemporaines, d’abord toutes seules en 2018 et ensuite ? Et ensuite j’ai pris une chef opératrice, donc une camérawoman qui s’appelle Frida Marzouk, qui est Franco tunisienne, qui m’a accompagnée.
David Dufresne
Organiser pour filmer ce que j’appellerais le gros tournage, c’est-à-dire ?
Lina Soualem
Il fallait que je tourne de manière contemporaine et que je ne pouvais pas tourner seule parce que ça nécessitait aussi un regard esthétique d’une spécialiste de l’image, donc d’une chef opératrice. Et en fait, entre toutes ces phases de tournage, à chaque fois il y avait des phases de montage, c’est à -dire que on écrivait. Ensuite on se confronte aux images, on réécrivait, on préparait un tournage, puis on retournait en montage. On c’est un aller retour depuis le départ, j’avais envie d’inclure des images d’archives historiques, mais ça a pris beaucoup de temps. J’ai mis presque 5 6 ans à trouver les images en noir et blanc qu’on voit dans le film. Justement, on te, on te le tchat te remercie en te disant, je ne savais pas que c’est qu’il existait des images de ce moment.
David Dufresne
Merci de nous les partager, c’est Citadellejeteconstruirai qui nous dit ça Donc là on parle des images de 1948, elles sont si dures que ça à trouver.
Lina Soualem
En fait, elles sont dures à trouver parce qu’il n’y a pas d’archives nationales palestiniennes. Il n’y a pas d'État, il y a pas d’office qui permet de faire ça. Il y a eu plusieurs tentatives de créer des archives nationales, mais ce qui est très difficile, c’est que comme les archives. Sont dispersés entre différents fonds dans le monde, du coup il faut payer chaque fonds pour les récupérer, donc c’est ça coûte beaucoup d’argent, donc nous on n’a pas accès à notre patrimoine national. En fait, en tant que Palestiniens, on ne peut pas utiliser ces images gratuitement, elles ne nous sont pas accessibles. Il faut passer par des documentalistes, donc ça coûte aussi de l’argent. C’est un travail, c’est des gens qui sont spécialistes et spécialistes, qui savent où trouver des images. Donc moi j’ai fait appel à plusieurs documentalistes, autant en France qu’en Jordanie ou en Palestine Des gens qui ont travaillé sur les archives. J’ai aussi des archives italiennes, des archives par exemple du Parti communiste italien. Enfin il y a aussi des fondations américaines, y a des fonds d’archives anglais, français, nationaux de l'époque, puisque l’Angleterre, enfin le Royaume-Uni et la France comme ils avaient colonisé toute une partie du monde, ils filmaient beaucoup à travers leur armée, les peuples colonisés. Donc y a beaucoup d’archives qu’on doit récupérer. Je disais les anciens colons comme on dit, donc il faut les payer. Voilà donc y a des choses qui deviennent du domaine public à un certain moment, mais il y a des choses qui sont plus chères que d’autres. Mais voilà, c’est tout un travail quand même qui est difficile et en même temps il y a plein de choses qui existent. Donc quand on trouve des choses, c’est comme si on est sur un trésor et on se dit mais incroyable ça existe. Et en fait il faut que ce soit accessible et il faut que ce soit vu, puisque ces images par exemple de la Nakba de 48, elles sont très précieuses. C’est à dire qu’il y a encore des gens qui citent cette phrase, un peuple sans terre pour une terre sans peuple, comme s’il y avait personne au moment de la création de l'État d’Israël en 48, il y avait une. Société palestinienne, c’est à dire que c'était un État qui s’est créé sur les ruines d’une autre société.
David Dufresne
Alors tu as dit alors de ta belle voix cassée alors le problème de ta belle voix cassée, c’est que les micros ordinateurs, ils ont du mal à capter là où évidemment on est un petit peu ensorcelé en écoutant ta voix off dans le dans le documentaire,
Lina Soualem
Ah non c’est pire, Ah c’est pire,
David Dufresne
Ah ça c’est pire, Ah ça c’est la catastrophe, les micros Bluetooth c’est la catastrophe bah justement la catastrophe sent mauvais sans jeu de mots, c’est ce que c'était là-dessus que je voulais t’appuyer c’est tu as prononcé le mot Nakba, c’est ça et ça veut dire la catastrophe, c’est à dire le fait que les Palestiniens étaient sur ces territoires en 1948 et qu’ils vont être déplacés. Et donc tu nous montres ces images là qui résonnent avec d’autres images que tu ne montres pas parce que ton film a été monté et s’est terminé avant le 7 octobre et avant ce qui ce qui ce que ce que l’on voit à longueur de journée. Tu nous montres d’autres images quand même de soldats israéliens, mais de toute façon notre cerveau lui superpose 48 aujourd’hui et il y a cette espèce de maelstrom même si on est, on est plus dans le sous-entendu que dans le l’explicite dans ton film, puisque c’est l’objet du film, C’est la traversée du siècle par ces 4 générations de femmes. C’est ça ?
Lina Soualem
Oui, en fait pour moi ce n’est même pas une question de sous-entendus, c’est même pas un choix. Conscient dans le sens où pour moi, le film a toujours été le parcours des femmes de ma famille, leurs histoires intimes pour construire la mémoire collective. Donc en fait, je m’attachais vraiment à raconter leur histoire, leur ressenti et à ne pas superposer sur leur histoire, leur ressenti des choses qui ne leur appartiennent pas et. Et en même temps leur histoire, leur ressenti comme c’est l’histoire de transmission de femme à femme, de mère à fille, de 4 générations de femmes palestiniennes, leurs histoires font forcément écho à l’histoire collective des Palestiniens, qui est un peuple qui est nié dans son identité privé de ses droits et qui doit constamment trouver des manières de se réinventer et se trouver une place dans le monde qu’on ne lui donne pas et surtout constamment, doit prouver son humanité puisque on fait face à une déshumanisation extrême des Palestiniens. Donc forcément le politique est présent dans toute existence palestinienne. C’est-à-dire que. une nakba, de manière collective, représente le déplacement de près de 800000 palestiniens qui ont été expulsés de leur terre natale, qui n’ont jamais pu revenir, représentent 90 % des villages palestiniens détruits à l'époque.Le village dans lequel ma mère est née d’El Haná fait partie des 10 % qui n’ont pas été détruits, donc c’est une minorité, disons. Mais en même temps, dans cette histoire collective, ce que moi je voulais raconter, c’est comment en tant que femme, tu vis ces choses là de manière intime, comment tu vis la perte de ta maison, comment tu vis le déplacement forcé, comment tu vis être réfugiée. Comment tu vis ? Marcher pendant 10, 15 jours sans savoir si tu vas pouvoir revenir chez toi sans savoir ce qui va se passer le lendemain ? Comment tu vis la séparation avec ta fille aînée qui a pas qui est passée de l’autre côté de la frontière et que tu ne sais pas si tu vas revoir un jour et que finalement tu réussiras à revoir que 30 ans après ?
Lina Soualem
Oui donc voilà, c'était ça pour moi le plus important. Et forcément dans ce cadre, dans cette histoire-là, il y a des soldats, forcément, puisque c’est une société ultra militarisée. Il y a le contexte historique et politique qui est tout le temps présent puisqu' il a influencé, il a déterminé le parcours des femmes.Mais en même temps, ce qui m’intéressait, c’est de voir à quel point les femmes de ma famille pour moi, que je considère comme la plupart des Palestiniens, des héroïnes, des héros. Elles ont réussi à non seulement maintenir leur histoire en vie, mais aussi à la transmettre. Malgré l’exil, malgré la dépossession, malgré les déplacements. Elles ont réussi à transmettre et à éduquer leurs enfants avec des valeurs de blé, de tolérance, d’amour, d’humour, de partage. Et elles n’ont jamais été dans quelque chose de l’ordre de la revanche ou de la haine. Et je trouve que ça c’est miraculeux parce que quand on est, quand on, on se construit dans un chaos qui ne nous donne aucune place et qu’on est dépossédé de tout. Le miracle, c’est d’arriver à faire ce que la plupart des Palestiniens font, de continuer à célébrer la vie, de continuer à célébrer les mariages justement, donc les images de mariages, y en a beaucoup dans les films qui ont été filmés. Et je trouve que c’est des moments de cohésion, de partage, d’amour, de célébration de sa tradition, de sa culture qui sont très beaux et qui permettent de faire perdurer aussi une culture qui a qui qu’on a voulu effacer, qu’on a voulu éliminer. Et c’est ce qu’on voit aujourd’hui de ce qui se passe à Gaza. Ce n’est pas seulement des vies qui sont perdues et ce n’est pas seulement des gens qui sont tués. C’est une langue, c’est une culture, ce sont des archives qui sont effacées. Ce sont des familles qui sont éclatées, des familles qui sont rayées de la carte.Ça c’est à dire que dans ce collectif, il y a l’individu, l’individuel, qui est très important et on est tellement déshumanisé qu’il est très important de revenir à l’individu. Et l’individuel, c’est pour moi la manière de se connecter au reste du monde.
David Dufresne
Avec ce petit geste dans les cheveux, c’est parfait.
Lina Soualem
Non ?
David Dufresne
Cest, c’est parfait. Je te propose, Lina, qu’on regarde la bande annonce, elle fait 2 Min 0 8 et on se on se retrouve dans 2 Min 0 8 pour continuer cette conversation.
David Dufresne
Très belle bande annonce qui est qui résume Ah tais toi c’est ça c’est quoi ça ?C’est Nicolas Demorand qui t’a reçu avec ta mère ?
Lina Soualem
Bah ça va Ah oui bah lui il a lui, lui il a droit à ma mère, nous nous bon c’est le petit poste alors ouais je déconne on a vu précisément à la fin de la bande annonce, on voit des images de mariage dont tu parlais tout à l’heure et dont le chat disait il y a quelques instants qu’il avait été extrêmement touché, enfin que c'était des images extrêmement touchantes, elles le sont encore plus sur grand écran, bon sang Bonsoir, allez y allez y sauvez le cinéma d’auteur et d’autrice et indépendant allez y !Ces images de mariage. Il y en a certaines en en super 8 me semble-t-il et sauf erreur de ma part le super 8 est muet et vous ajoutez des champs qui sont des chants particuliers.Alors là, il y a 2 questions qui sont : quels sont ces champs ? Et ensuite je poserai une autre question. Alors en fait cette donc la seule image en super 8 dans le film, C’est le mariage qu’on voit dans la bande annonce que justement, comme on parlait tout à l’heure de l'écriture je ne savais pas que ces images existaient. Moi, j’avais au départ des images des années 90 avec le son direct des mariages que mon père filmait dans les années 90, lors d’un de mes voyages chez ma famille maternelle, j'étais chez ma tante et je lui ai dit, mais. Tata, j’ai beaucoup d’images de mariage de toutes mes tantes, mais toi je n’ai jamais vu d’image de ton mariage.
David Dufresne
Est-ce que le tien a été filmé ou pas ?
Lina Soualem
Elle est plus âgée. Elle m’a dit oui il a été filmé. Je crois que je dois avoir la bobine quelque part donc. J’avais déjà monté la plupart du film et tout d’un coup elle me donne cette bobine super 8 que je ramène en France que je fais développer et donc c’est le mariage de ma grande tante, pardon dans les années 80 et je vois dans ces images ma mère à l'âge de 21 ans.Donc c’est la première fois que je vois ma mère à cet âge, pas dans enfin j’avais vu des images d’elle dans des photos mais jamais des images, des images. Pardon ça c’est la réalité de ma voix..La, par exemple, l’image de l’affiche ta mère qui est en bleu, elle est à peu près à la tour ? De 3 alors à la Oh la vache elle fait, elle fait 20 mais bon et oui OK et la ?
David Dufresne
Et la petite fille qui suce son pouce, C’est toi non ?
Lina Soualem
Est bien d’accord, c’est moi, voilà, et à et à à gauche de ma mère, c’est mon arrière grand-mère dont. On va parler, c’est vraiment là, les 4 générations dont ma grand-mère n’est pas sur l’image, mais c’est tous ensemble. Et donc dans ces images de mariage, je vois aussi ma mère en train de faire des photos. Donc ça me renvoie tout de suite à l’histoire de ma mère qui a commencé en tant que photographe avant d'être comédienne.Et en fait sur ces images super 8 il y avait du son parce que je pense que la personne qui a filmé le mariage a aussi pris le son et en fait a fait un montage. En fait c'était des cameraman qui étaient embauchés pour filmer les mariages et donc il y a donc j’avais des sons directs de l'époque, donc tous les sons qu’on écoute sont de l'époque
David Dufresne
Alors là tu vois, je voulais faire le malin, te faire le puriste en disant, Bon écoute, y a un petit passage dans ton film, tu mets du son sur des super 8, Tu te fous de notre gueule et là je suis tout seul, c’est génial. Alors c’est encore plus fort là.
Lina Soualem
On les a travaillés bien sûr, on a rajouté un peu d’ambiance pour que pour que ce soit audible parce que ce n’était pas un son de super qualité, mais donc les chants qu’on entend étaient vraiment les chants de l'époque.D’ailleurs, dans ce mariage, il faut le dire, ce sont des chants patriotes. En fait, il y a plusieurs chants, il y a des chants traditionnels, des villages, donc les chants de mariage traditionnels où tu chantes pour je ne sais pas comment on dit en français le bride and the groom. Je ne sais pas, tu sais le futur marba, le futur marié et la future mariée. Donc il y a des chants pour le marier. Il y a des chants pour la mariée, chantés par les femmes, chantées par les hommes. Ça passe de l’un à l’autre. Et à la fin du mariage, tout d’un coup, il y a un chant patriotique de tout le monde qui fait tout comme ça. Le fiancé, le fiancé, c’est ça ? Voilà le fiancé, la fiancée, je sais parler français, ne vous inquiétez pas et ce que j’adore dans le film, dans le super 8 aussi, c’est qu’on voit que la musique est live. Donc c’est un groupe et donc y a un mec au micro, et un autre à la guitare. Ils refont tous les chants arabes aussi de l'époque. Et je vois que la, la batterie, c’est une fille. Et ça, j’ai trouvé ça génial parce qu’on a l’habitude de voir des batteurs hommes. Et en fait, j’ai découvert dans cette cassette cette musicienne, cette femme qui jouait à la batterie dans le mariage.
David Dufresne
Bien tu vois, je me suis dit mais c’est cool parce que ça, ça démontre. Comment dirais-je le ce qui te ce qui se dégage de ce film là comme du précédent, leur Algérie, c’est-à-dire une grande authenticité.T’es pas obligée de répondre tu peux dire Ah ouais tiens, je suis contente qu’il dise ça, enfin tu vois, ?
Lina Soualem
Non mais c’est difficile d'évaluer ça parce que je suis tellement proche bien sûr. De ces histoires là que je ne me rends pas toujours compte. Alors forcément c’est quand même du documentaire. Il y a plein de choses qu’on met en situation, on va provoquer des situations, mais tout est tiré de ce qui a déjà été dit, ce qui a déjà été vécu et ce qui est vécu sur le moment. C’est à dire qu’il n’y a pas de faux. Mais ce qui est difficile c’est de pouvoir transmettre le réel, donc parfois pour transmettre le réel. Recréer des situations parce que naturellement on n’arrive pas toujours à capturer le réel. Mais pour moi c’est toujours très important d'être le plus proche possible, le plus authentique possible de la réalité qui fait que pour moi, le plus important, toujours quand je fais les films, c’est que les personnes qui sont dans le film se reconnaissent et se sentent à l’aise. Et c'était important pour moi que ma mère puisse se sentir à l’aise. Donc quand elle l’a vu, elle était très heureuse et soulagée. Et pareil pour leur Algérie, ma grand-mère, quand elle l’a vu. Elsa, c’est l’histoire de ma vie. Donc tout de suite elle s’est reconnue dedans et à aucun moment elle a été gênée. Donc ça pour moi c’est aussi très important dans le cadre du montage du film, avant de procéder à la à la postproduction de l’image et du son, que le montage est totalement terminé. Je le montre d’abord au personnage pour être sûr qu’ils sont à l’aise et ensuite je termine.
David Dufresne
Alors le chat nous demande, on n’a pas eu la fin de cette phrase interrompue de l’invité où tu disais, il y a une image que j’adore dans ce film, c’est points de suspension. Si c’est ce que je disais, je l’ai redit après, c’est dans le super 8, c’est l’image du bateau et une femme qui joue de la batterie Ah, c’est ça. Voilà, très bien, très bien. Alors il y a cette dame là, cette dame. A gauche, c’est ton arrière-grand-mère, on est bien d’accord. Donc c’est la première femme des 4 générations. À droite, c’est ta mère, il manque ta grand-mère et toi tu es sur les genoux de ta mère, ton arrière grand-mère. Écoutez bien les amis, 8 enfants, une machine à coudre, c’est tout ce qu’elle a. Oui mon arrière-grand-mère du coup a été la mère de famille qui a vécu la Nakba,
Lina Soualem
Elle était assez jeune, elle avait déjà une partie de ses 8 enfantsEt en fait, au moment où ils ont été expulsés, ils ont marché, ils ont marché, ils ont marché en Galilée.Sa fille est née, a traversé la frontière jusqu'à la Syrie. Elle a voulu la suivre, mais mon arrière- grand-père ne voulait pas traverser la frontière comme s’il en avait eu un pressentiment de si on traverse, on ne sait pas si on va pouvoir revenir et il avait raison sans le savoir.Le problème c’est que mon arrière grand-père n’a pas survécu à la Nakba, il a perdu la tête, il est devenu fou et il est mort de folie et de chagrin vu qu’il a perdu,sa maison, toutes ses terres, il avait du bétail, il était agriculteur, éleveur et donc il n’a pas, il n’a pas survécu donc on a la grand-mère s’est retrouvée seule avec ses 8 enfants et elle était couturière. Donc elle a réussi à élever ses enfants, ma grand-mère qui était sa fille à l'époque, qui avait 16 ans. Elle a fait mieux en termes de nombre d’enfants. Elle a fait 10, ouais pas plus. Elle a elle a fait 10 avec une scène extraordinaire où ta mère on peut la raconter. Enfin ta mère et ses sœurs et quelques-unes de ses sœurs demandèrent à leur mère comment ils ont fait pour avoir des enfants sans que les enfants qui dormaient au pied du lit parental n’entendent quoi que ce soit.
David Dufresne
Et c’est d’une drôlerie et d’une tendresse infinie.
Lina Soualem
Oui, parce qu’ils ont vécu longtemps dans la même chambre, donc à 10 ou à 8 enfants puisqu’après ils ont déménagé dans une maison plus grande à 8 enfants, plus les parents. C’est aussi le fait qu’il s’agit d’une histoire familiale authentique qui rend le film universel en nous renvoyant à toutes et tous à notre histoire familiale.
David Dufresne
Voici donc ce que Mélanie Simon Forza, qui s’occupe d’organiser tous les débats autour du film, peut sortir dans les flyers.C’est signé Supermangeman d’Au poste dans le chat dans le dans ta voix off, dans le commentaire, tu dis à un moment donné derrière ces images. Celle de la Palestine derrière ces images, elles disent un lieu qui peut disparaître à tout moment par petites touches comme ça. Tu nous rappelles que oui c’est une histoire familiale, mais elle a un lieu particulier, c’est la Palestine. Tu viens d’expliquer là des séparations forcées par la catastrophe de 1948, par les itinéraires et cetera. Y a une autre séparation mais qui celle-ci et si on comprend bien elle est, elle est, elle est, elle a été voulue, elle a été choisie, c’est celle de ta mère. Que décide donc Hiam Abbas ? Qui décide de partir à Paris pour vivre la carrière de comédienne que l’on sait ? Elle se pose des questions dans ton film, est ce qu’on peut aborder ça par rapport à cette séparation ? Oui, en fait, dans le film, y a 2 exils qui sont racontés, l’exil forcé de ma grand-mère et de ma mère, pardon, l’exil français ou la Français.
Lina Soualem
Oh bien non, c’est intéressant. Petit lapsus, l’exil français très intéressant. L’exil forcé de ma grand-mère et de mon arrière-grand-mère, et l’exil choisi de ma mère. C’est ça en Europe qui finit par vivre enfin qui finit par arriver en France. Et en fait, c’est des exils différents, forcément. Mais à la fois dans l’exil, il y a une réalité qui est le déchirement. C’est à dire que dans tous les cas, même si on choisit l’exil, déjà il y a des choses qui nous poussent à partir. Il y a des forces extérieures aussi qui nous poussent à partir. De l’ordre de l’intime, du social, de la place dans la famille, de la place dans le pays, de plein de choses que je vais expliciter. Et il y a aussi le déchirement, parce que même quand on part, il y a une séparation avec sa famille qui reste douloureuse et quand on part, on sait que quand on revient, les choses ne seront jamais tout à fait pareilles. Et c’est ce qu’Edward Saïd disait sur l’exil, que c’est à la fois une, la plus grande tragédie qu’un être humain peut vivre. Mais ça peut être en même temps une manière de se réinventer ailleurs, de justement de s’extirper de plein de choses et de se réinventer comme on le veut. Donc ça peut aussi donner plus de liberté tout en restant un déchirement intérieur à vie. Et donc. Et donc ma mère, quand elle est partie, elle me dit, c'était un déchirement parce qu’elle a laissé sa famille derrière. Mais en même temps, elle est partie parce qu’elle ne trouvait pas sa place à la fois dans cette grande famille, la place pour ses rêves et ses aspirations aussi, en tant que palestinienne à l’intérieur d’Israël, puisqu’elle ne pouvait pas vivre son identité comme elle le voulait. En tant que comédienne, parce que y avait pas d’endroit pour les Palestiniens pour faire du théâtre, mis à part le théâtre à Kawati à Jérusalem où elle a débuté, y avait pas de scène assez développée et elle avait envie d’autres horizons. Et aussi elle se sentait étouffée par les frontières qui étaient imposées de par son identité palestinienne à l’intérieur des frontières israéliennes, ne pouvant pas accéder au monde arabe qui entoure le village dans lequel elle vit donc il y a une sensation d'étouffement à plusieurs niveaux, à la fois personnel, social, intime, parce qu’il y a aussi les traditions du village, les traditions sociales, la place de la femme, mais aussi l’identité. Donc ma mère est partie pour se trouver et en fait, ce qui me fascine dans son parcours, c’est qu’elle est allée dans un en fait, elle avait une aspiration et elle s’est destinée à un monde qui ne lui était pas prédestiné. C’est à dire qu’il y avait personne du monde de l’art dans son entourage, mais elle rêvait d’autre chose. Et je trouve que ça raconte beaucoup de listes de la force des enfants et de la psyché des enfants. Et des rêves des enfants. Et aujourd’hui, on pense énormément aux enfants, quand on pense et quand on voit ce qui se passe à Gaza, la quantité d’enfants qui sont, qui sont tués.Et c’est des rêves, des aspirations qui paraissent et ça c’est tragique, ça va assez loin puisque à un moment donné, il me semble me souvenir qu’on voit ta mère en larmes ou pleure ou il me semble hein en tout cas extrêmement touché et elle se demande si. Comment sa mère, sa propre mère, a pu vivre son choix à elle qui est contraire à toutes les toutes les toutes les traditions. Donc c’est là où tout à l’heure quelqu’un dans le chat parlait de films qui nous parlent parce que bah voilà, on a tous dans notre famille, voilà des gens qui ont fait des choix opposés à la lignée familiale.
David Dufresne
Donc fatalement là, on est touché. Mais il y a quand même un truc, c’est que ta mère, on le sait, est donc une sacrée comédienne. Absolument géniale. Je montrerai quand tu seras partie sur d’autres plateaux. Je montrerai la bande annonce de Oussekine dont tu as été une des scénaristes.C’est sur ce travail que nous nous sommes croisés et connus. Elle incarne la mère de Malik Oussekine. Magnifiquement. Et bien, dans ton documentaire elle est le personnage principal, le fil conducteur on va dire un des personnages principaux. Mais elle est aussi comédienne. Donc 2 choses. D’abord, est ce qu’elle a accepté facilement de devenir un personnage vrai, c’est à dire ?Sans texte, encore que tu lui fais faire des textes, enfin c’est assez rigolo, c’est assez, c’est génial, mais voilà, c’est à dire une forme de parole vraie, de parole directe. Donc 1 est ce qu’elle a accepté ça ? Et 2 comment moi, spectateur, je dois la croire puisque j’ai l’habitude de la voir en actrice qui transporte une parole, qui incarne un personnage. Est ce qu’est ce que je suis obligé de croire par exemple à ses pleurs ?
Lina Soualem
Alors il faut savoir que donc dans le film, Tout ce qui ressort est vrai et vécu à aucun moment j’ai demandé à ma mère, là, tu vas pleurer. Pour elle, c'était très difficile de faire face à une caméra documentaire puisque comme tu l’as dit, elle est comédienne.Elle a l’habitude de prêter ses émotions à d’autres personnages, d’autres histoires, avec d’autres langues, dans d’autres lieux, même si elle interprétait beaucoup de femmes palestiniennes, mais parfois qui ne lui ressemblent pas du tout aussi, parfois, elle va piocher dans d’autres femmes de la famille aussi, pour s’inspirer, pour interpréter.Mais pour ce film, pour ma mère, c’est très difficile de se dévoiler. Puisque je pense que, en partant et en devenant comédienne, elle a mis derrière elle aussi tous les moments un peu douloureux, tous ses choix qui n’ont pas été évident, toutes ces luttes personnelles. Et elle ne regardait plus en arrière. Elle avançait donc là, tout d’un coup, il y a sa fille qui arrive et qui dit, en fait, j’aimerais qu’on retrace un petit peu ton parcours en lien avec celui des femmes, de la famille et que tu me racontes comment tu as vécu certains moments de ta vie qui ont été des choix assez audacieux et donc au départ, c'était difficile pour elle. Elle ne voulait pas trop dévoiler tout ça donc c’est pour ça que j’ai réfléchi aussi à des manières de la de la mettre à l’aise, qu’elle puisse se raconter dans son authenticité tout en profitant aussi du processus. Parce que je ne voulais pas que tout ne soit que douleur et pleure et difficultés.Donc je lui ai demandé parfois de rejouer des moments de sa vie quand elle était plus jeune. Oui, c’est génial. Ouais mais dans le lieu, à chaque fois où elle les a, où elle a vécu le moment et avec une des sœurs avec qui elle a vécu ça, pour que ce soit le plus réel possible. Et bien sûr, j’ai préparé ces scènes sans savoir si ça allait marcher, si ça allait être intéressant, si on allait comprendre quelque chose de quoi que ce soit. Et en fait, c'était extraordinaire de voir que tout de suite, quand je mettais ma mère et une de ses sœurs ensemble face à la caméra en lui disant en leur disant Voilà, est-ce que vous pouvez me rejouer le moment où vous êtes allé à l'école de photo ? Est-ce que vous pouvez me rejouer le moment où ma mère a annoncé à son père qu’elle voulait se marier avec un Anglais ? Et tout de suite, c'était hyper authentique. Elle rentrait dans l'émotion de l'époque. Donc toutes les émotions, même quand elles sont remises en situation, elles sont réelles, elles sont du moment où on les filme.
David Dufresne
On te taquine évidemment à aucun moment on a le moindre doute sur l’authenticité de ce qu’il dit Parce que parfois, la forme documentaire, elle peut être aussi confusante, ce que y a de plus en plus de documentaires où on fait appel à des à des acteurs, des actrices pour jouer des personnes réelles où on fait ce qu’on appelle le reinactment donc ce truc de faire faire un plateau dans le film, Tu vois ?C’est horrible, c’est horrible, t'étais pas né et ça s’appelait la docu fiction. Oh, c'était horrible et ça revient bon maintenant avec un nom barbare américain, mais c’est épouvantable. Personnellement, je trouve ça absolument épouvantable. Non, y a pas l’once d’un doute, pas là par rapport à par rapport à ton film, mais notamment parce qu’il y a quelque chose qui m’a beaucoup surpris, moi, c’est votre relation à toutes les 2 ou parfois on a l’impression que c’est inversé que c’est toi la mère et elle la fille.
Lina Soualem
Non en fait je pense que c’est aussi parce qu’on a on dans le film, alors je vais encore peut être faire une faute de français parce que parfois je suis, on acquiert, ça se dit. Très bien, bravo. Super, très bien. On acquiert. Je sais plus ce que je voulais dire.Seulement ce n’est pas stressant. Non, mais dans le film, on acquiert une forme d’équilibre et d'égalité entre nous, c’est-à dire qu’on dépasse. Ouais, on dépasse la relation, pour arriver à une relation de femme à femme, ce qui était un peu c'était aussi très difficile et pour elle et pour moi parce que je regarde la blague de Mélanie qui dit elle parle tellement bien toutes les langues cette fameuse incroyable c’est mon amie donc c’est normal qu’elle me fasse des compliments.
David Dufresne
Attention à ne pas se laisser avoir. C’est ton amie. Tiens c’est bizarre. Je pensais pas qu’elle a été capable d’amitié cette fille mais enfin bon ce n’est pas grave c’est une blague, c’est une blague idiote. Très bonne amie. Alors donc ta maman la relation ?
Lina Soualem
Oui, en fait on acquiert une forme d'égalité dans notre relation. Et comme je replonge dans la jeunesse de ma mère pour reprendre la phrase de Suparmurgeman, car je suis tout ce qui est écrit à droite aussi. Je me replonge dans son enfance et du coup tout d’un coup on a l’impression que c’est moi l’adulte qui regarde ma mère-enfant mais je ne pense pas du tout la remplacer. Enfin je n’ai pas l’impression de la remplacer de mère à fille parce que c’est comme elle. Enfin ça restera toujours elle a la figure de mère c’est ma enfin elle restera toujours la figure d’autorité dans notre relation. Moi c’est je, je reste toujours sa fille quoi. Mais dans le film, il y a des moments où on arrive à avoir des discussions un petit peu plus d'égale à égale, et des moments où moi, en tant que femme adulte, je me replonge dans son imaginaire d’enfant. Donc c’est vrai qu’on a l’impression que ça renverse les choses et que c’est un peu vertigineux. Mais je trouve ça fascinant puisqu’en tant que enfant, on se dit pas qu’un jour on va pouvoir avoir accès à l’imaginaire de nos parents enfants qu’on va pouvoir les connaître avant qu’ils nous aient eus. Et je trouve que c’est vraiment fascinant. C’est comme à la fois rencontrer une nouvelle personne. Mais aussi compléter la personne qu’on connaît qui est notre parent et arriver à le voir en tant qu'être humain ce que ce film est profondément féminin et je pense féministe, est ce que tu penses qu’il est aussi sur ce plan-là lié à l'époque ? Aujourd’hui je pense qu’il est forcément lié à aujourd’hui puisque c’est un film de ma génération dans le sens où ma mère n’aurait pas pu faire ce film parce qu’elle n’avait pas la distance nécessaire avec son histoire et ses proches pour réaliser ce film. C’est pareil pour leur Algérie. Je pense que mon père qui a grandi avec des parents, qui venaient d’arriver d’Algérie dans un contexte où la colonisation venait d’enfin où l’Algérie venait d’acquérir son indépendance, n’aurait pas. Il n’aurait pas pu avoir le recul, donc je pense que oui, c’est contemporain. Je pense aussi qu’il y a une réalité.
David Dufresne
Et tu parles de film féminin et féministe ?
Lina Soualem
Je pense qu’aussi en tant que femme. Comme on s’est beaucoup construit dans l’intime puisqu’on n'était pas toujours inclus dans l’espace public, moins que les hommes. Du coup, il y a beaucoup de choses qu’on a intégrées et sans pouvoir vraiment en parler et prendre notre place. Du coup, on a une manière de formuler les choses qui passe beaucoup par la une sensibilité qu’on a développée de par notre sociabilisation.En tant que femme, à aucun moment je dis que c’est inné parce que tout ça, ça vient de la réalité politique et sociale, et ce n’est pas inné. Mais je pense que les femmes dans ces histoires-là, comme les femmes de ma famille par exemple, comme elles étaient dans des espaces plus intimes et moins dans la vie quotidienne, à l’extérieur, dehors, elles, elles avaient une manière de garder l’histoire, de maintenir l’histoire, de réfléchir à ce qu’elles, elles, elles vivaient et de transmettre certaines valeurs qui étaient plus réfléchies et plus sensibles. Et du coup, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de réalisatrices aujourd’hui qui passent par l’intimité pour raconter le collectif, alors que peut-être que des hommes réalisateurs passeraient directement par. Le collectif et des statements un peu plus affirmés puisqu’ils ont cette confiance d’affirmation que nous, on n’a pas de par notre civilisation et on passe à des choses plus intimes et qui finalement pour moi sont plus fortes et me parlent plus que d'être face à un film où c’est des slogans, des statements. Donc je ne sais pas, c’est une réflexion. Je suis en train d’avoir avec vous aujourd’hui, c’est la première fois que je formule les choses comme ça, mais ça me fait penser à d’autres films de réalisatrice de la région comme par exemple Kaouther Benania, qui a fait Fidel for, qui était sélectionné à Cannes, qui passe aussi et qui est en lice pour les comment on appelle ça déjà les césars ? Et les Oscars aussi elle est dans les 5. Il y avait aussi, il y a quelques années, le film de Dorothée Myriam Kelou, qui est franco-algérienne, qui aussi passe par l’intime pour raconter l’histoire des camps de regroupement en Algérie, où plus de 3000000, je crois, d’Algériens étaient enfermés dans des camps par l’armée française qui voulaient empêcher le FLN d’atteindre les populations rurales.Voilà. Il y a plein de choses. Mais du coup, pour raconter cette histoire collectivement, tragique et traumatisante, elle passe par l’histoire de son père, son histoire intime. Voilà, je trouve qu’y a aussi. pas que des réalisatrices, mais aussi des écrivaines comme Feisagen que tu connais aussi puisqu' elle a elle aussi. Elle était scénariste sur Oussekine, qui passe aussi par l’intimé pour raconter l’histoire de l’immigration algérienne en France, l’histoire du trauma colonial, l’histoire de la transmission dans l’exil. Dans des familles algériennes, des parcours de vie très intimes et je trouve qu’il y a, il y a une force dans ce qu’elle, dans ce qu’elle raconte, puisqu’elle passe par des choses intimes.Et ce que je remarque, c’est que parfois il faut vraiment passer par le singulier, le singulier le plus intime, pour que ce soit le plus universel. Parce que qu’est-ce qui nous lie les uns aux autres ? On a tous et toutes des histoires de famille, des histoires de transmission entre générations. On cherche tous et toutes sa place dans notre famille, dans l’histoire des pays dans lesquels on vit dans le monde.Dans la société et on a tous qui nous drive, c’est nos émotions, c’est nos ressentis, c’est ce qu’on nous a transmis. C’est aussi les trous noirs de nos histoires. Les périodes noires, c’est nos contradictions et c’est ça que je voulais mettre en avant dans le film. C’est la complexité, la contradiction, l’intime, parce que c’est ce qui nous permet de nous connecter les uns aux autres.
David Dufresne
Mais est-ce que tu penses alors que tu savoures le professionnalisme de ton amie ? qui nous dit que Faïza présentera ton film à Marseille
Lina Soualem
Au cinéma les Variétés sont magnifiques avec Simone Bitton, qui est une autre réalisatrice que j’aime beaucoup, qui est réalisatrice française juive marocaine qui a beaucoup travaillé aussi sur l’histoire des communautés juives au Maroc dont elle a fait un film qui s’appelle Ziara, qui était aussi sorti par JHR film qui sort Bye Bye Tibériade et qui a sorti leur Algérie qui est un film magnifique Simone a fait beaucoup de films aussi sur l’histoire de la Palestine. Donc Simone Bitton et Feisagen présenteront Bye Bye Tibériade le 21 février au cinéma les Variétés à Marseille. Donc je suis très honorée que ces deux femmes que j’admire énormément présentent mon film. Je vois que la cellule Dormante Marseillaise d Au poste s’intéresse à ça puisque Pimiko en fait partie.
David Dufresne
Elle demande si c’est bien mercredi, alors si c’est mercredi, c’est le 20, c’est le 21.Donc le lien au-dessus.
Lina Soualem
Ouais, voilà, absolument
David Dufresne
Est -ce que est-ce que ce que tu viens de dire sur la position des femmes dans la société telle qu’on l’a présenté ?
Lina Soualem
On les a longtemps et fort heureusement, c’est un peu terminé. C’est-à-dire la sphère intime laissant l’espace public collectif plutôt aux hommes. Est-ce que tu penses que c’est ce qui explique que tu as naturellement parce que, en t'écoutant, j’ai l’impression que c’est naturel. Je voudrais savoir si c’est naturel ou si c’est réfléchi, que tu as évité le film de thérapie familiale pour en faire un film universel parce que on connaît quand même un certain nombre de films ou je vais vous parler de ma grand-mère, elle est formidable OK puis on regarde, ce n’est pas tout à fait ça.Où on sent que oui, pour le réalisateur ou la réalisatrice, il y a une forme de thérapie. Là ce n’est pas ça, même s’il se passe des choses, si on voit qu’il y a des frontières, si je puis dire, qui se qui s’estompent dans les, dans les dialogues, dans les retrouvailles entre les unes et les autres, les uns et les autres. Est ce que c’est naturel chez toi ou est ce que c’est construit mine de rien ?Est ce que tu te dis à tout moment de l'écriture, du tournage, du montage et aujourd’hui de la du service après vente ? Est ce que c’est naturel ou est ce que c’est construit ? Alors je pense que c’est réfléchi au départ et que ensuite la mise en place est un peu enfin la mise en place, la réalisation de. L’envie est naturelle mais dès le départ, je sais que je ne veux pas faire un film de famille comme on appelle ça. On fait des films sur la famille, mais pour moi la famille ce n’est pas que ma famille, mais c’est aussi des familles qui peuvent parler à d’autres familles. Donc ce n’est pas pour moi, ce n’est pas un truc de l’ordre du voyeur. Pour moi, à chaque fois que je capture quelque chose d’intime, c’est pour le transmettre aussitôt parce que pour moi il permet de raconter quelque chose du collectif. Donc l’intime et le collectif sont imbriqués. C’est quelque chose dont j’ai conscience dès le départ. C’est quelque chose dont j’avais conscience pour leur Algérie aussi. Je savais que raconter l’histoire de mes grands-parents algériens permettait aussi de compléter l’histoire collective de l’immigration algérienne en France. Ce n'était pas qu’une histoire intime, mais c’est une histoire intime qui va s’additionner avec d’autres histoires intimes pour enrichir la mémoire collective. Finalement, c’est comme partir du bas pour construire le haut, ce que je préfère d’ailleurs que partir du haut et imposer des choses, imposé comme je disais tout à l’heure des statements politiques, des choses comme. Quand le gouvernement nous impose des choses. Et on n’aime pas ça surtout.
David Dufresne
Surtout ici, surtout ici
Lina Soualem
Oui, ce que je voulais dire c’est qu’il y a, il y a des choix qui sont faits. C’est à dire que quand j’ai décidé de filmer Bye Bye Tibériade, j’ai décidé de me concentrer sur ma grand-mère, mon grand-mère, ma mère, de filmer mes tantes, mais je n’ai pas filmé mes cousins, mes oncles, je n’ai pas filmé ma sœur. Donc c’est aussi des choix, il y a des personnages, c’est à dire que même si je filme ma famille, je c’est un film sur la transmission. Donc je ne vais pas filmer tous les membres de la famille parce que ce n’est pas un film sur la composition familiale. Vraiment, pour moi c’est thérapeutique au sens personnel, si ça a quelque chose de thérapeutique, c’est plus de l’ordre du collectif. C’est-à dire que l’espace de la salle de cinéma par exemple, où on se retrouve autour d’un débat, pour moi, c’est des moments qui peuvent être des moments de partage qui aident. Après, je ne suis pas psychologue, à aucun moment. Et puis moi-même j’ai beaucoup de problèmes psychologiques à gérer avec moi-même.
David Dufresne
Alors là je te crois pas, c’est marrant, je te crois pas du tout, tu es la joie de vivre, incarnée alors justement à propos de débat et de rencontres. Après si, évidemment, la magie du cinéma notamment du cinéma documentaire, c’est génial que des gens comme Mélanie puissent organiser partout dans en France des débats où on discute avec l'équipe du film, les, les spectatrices et les spectateurs, il nous reste 3 minutes je t’ai promis de te libérer à 11h00 parce que tu as plein de rendez-vous aujourd’hui et c’est génial pour toi.Je voudrais évoquer cet article Du Figaro repéré par Pauline Todesco qui vient d’arriver enfin il y a 4 5 mois auposte et elle prépare avec moi les émissions elle est incroyable, Bye Bye Tibériade le film sur l’Actrice palestinienne Hiam Abbas et les douleurs du passé, c’est un article du Figaro du 27 Novembre 2023, je donne la date, parce que ça, ça a de l’importance. Le Figaro évoque les tonnerres d’applaudissements reçus par le film lors du festival de Marrakech et les spectateurs marocains criant « vive la Palestine ». Comment tu gères ce qui est en train de se passer en Palestine ? Une catastrophe sans nom ? Un génocide en direct ? Et puis toi tu fais un film, tu travailles dessus pendant des années un film intime et universel. On n’a pas parlé de la situation en Palestine. Comment tu gères ça par rapport au film ?
Lina Soualem
Bah c’est très difficile puisque au-delà du film, on est en deuil, on voit des milliers, des milliers, des milliers de Palestiniens à Gaza se faire assassiner et massacrer. Tout est en train de disparaître, d'être démoli. Pour moi, ça me renvoie souvent comme ma mère le dit souvent. En fait, elle revit un traumatisme de guerre. Moi, ça me renvoie à ce que je sais de ce qu’on m’a raconté de la Nakba, et que j’ai pas vue avec mes propres yeux, comme si ces images permettaient de décrypter aussi des choses qui avaient été vécues à l'époque. Et en même temps, le fait d’avoir le film me permet et permet à ma mère d’avoir une voix, d’avoir une place à un moment où on se, où on se sent très déshumanisé, où en plus, on avait très peur au départ, face à la réaction très violente des médias aussi après les après les attaques du 7 octobre et la tragédie de ce qui s’est passé le 7 octobre et toutes les vies israéliennes perdues aussi, c'était terrible à vivre. Et ensuite, le backlash a été terrible aussi. D’autant plus terrible que ça dure. La riposte dure et ce qui est, ce qui en plus pour moi n’est pas nouveau parce que ce n’est pas la première fois que Gaza se fait bombarder. Car on l’a vécu plusieurs fois et à chaque fois c’est toujours les enfants, les civils, les hommes, les femmes qui sont complètement détruits, Et c’est difficile c’est un trauma de guerre pour ma mère et c’est revoir des choses qu’on a déjà vécues. C’est de voir une disparition constante qui se réactive à chaque fois. Et en même temps, ce qui était dur, c'était l’extrême déshumanisation dans les médias, on avait l’impression qu’on ne pouvait plus exister, on se sentait étouffé comme ça et donc finalement, le fait d’avoir le film nous permet de dialoguer, de parler d’aller contre aussi la binarité des représentations dans les médias, ce pour ce contre ces histoires de camps, alors que il y a pas de camp. Il y a la justice, la dignité pour tous, l'égalité pour tous, la liberté pour tous et la possibilité pour les Palestiniens d'être libre de déterminer, d’exister dans les lieux auxquels ils ont, avec lesquels ils ont un lien que les familles puissent vivre ensemble et ne pas être séparées, qu’elles puissent circuler entre les territoires comme tout être humain devrait pouvoir le faire. Donc c’est au-delà aussi puisque il y a beaucoup d’autres endroits dans le monde. Qui sont marqués aujourd’hui par des conflits. Après pour moi ce qui est important c’est de défendre le film et l’histoire des femmes dans ce film parce que je passe à la déshumanisation.Raconter des histoires de vie intime c’est très important et je pense qu’on n’a pas besoin nous de démontrer quoi que ce soit. On est palestinien donc on se raconte et c’est ce qui nous permet d’exister et de se lier aux autres.
David Dufresne
Eh bien, je trouve que tu as, sans parler du film, magnifiquement traduit ce qu’on sent en regardant ton film, c’est-à-dire une forme pacifiée de discours qui fait un bien fou à la propre colère qu’on peut ressentir. Voilà, c’est pour ça que c’est pour ça qu’au cinéma, il est beau quand il est fait comme ça ma chère Lina Bravo !

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