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Carnage au Liban, procés Sarkozy et lutte contre le Méga-Canal

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Hop hop hop hop debout là-dedans ! Eh oh ! Il est 7h02, nous sommes le 13 avril 2026. Orban t’es foutu ! On est dans la rue 3 à 4 ! Bonjour, France Déter, vous êtes bien sûr France Déter, il est sept heures et deux minutes. Ami du café, ami de la police, ami des débats, ami des matinales alternatives, bienvenue sur France Déter La matinale d’auposte, c’est l’heure debout les déters ! Alors, comme chaque lundi, mais c’est marrant parce que la musique est un peu forte là quand même, non ? Je trouve un petit peu, ouais, ouais. Comme chaque lundi au poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant, France Déter accueille des invités, vous allez voir qu’aujourd’hui c' est du costaud comme d’habitude. France Déter tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages, des luttes, explore le passé, étrille le présent, c’est en direct, c' est fait maison, préparez le café ! Aujourd’hui, nous allons recevoir Valentin à 7h30 des Soulèvements de la Terre pour nous causer du méga canal. Avez-vous déjà entendu parler du méga canal, de ce chantier du siècle ? Avez-vous entendu parler de la lutte contre ce chantier du siècle ? En avez-vous entendu parler comme des bassines de Sainte-Soline, d’ailleurs, ou de la 69 du côté de Toulouse ? En avez-vous déjà entendu parler ? Eh bien il s’agit d’une monstruosité environnementale dans les Hauts-de-France, un chantier de 107 km de long, qui à tout du mirage écologique,Valentin sera avec nous à 7h30 pour nous en parler. À 8h, le jeune, très jeune, 25 ans, journaliste Arthur Sarradin, probablement une des meilleures plumes du moment, correspondant à Beyrouth, entre autres de Libération, de Radio France, tout juste lauréat cette semaine, enfin la semaine passée, du prix du livre du journalisme aux Assises du Journalisme de Tours pour “Le Nom des Ombres”, ouvrage saisissant dans lequel il parle des prisons syriennes. Eh bien, Arthur sera avec nous tout à l’heure à 8h, depuis chez lui, c’est-à-dire depuis Beyrouth. Attends, je me rends compte que j’ai perdu un petit machin. Ah ça, c’est embêtant. Attendez, je reviens tout de suite.
00:03:59Jingle
La riposte c’est vous, suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste.
00:04:22David Dufresne
Voilà, Arthur sera avec nous, donc dans une heure à peu près, où il va nous parler évidemment du carnage de la semaine dernière à Beyrouth, et de ce qui est en train de se passer au Liban, plus de à peu près 20 % de la population, 20 % la population sur les routes. A 8h30, nous recevons Yohanna Brette, porte-parole du collectif Les Filles du DC10, partie civile dans le procès Sarkozy. La mère de Yohanna, hôtesse de l’air, est morte dans l’attentat du DC10 en 1989. Yohanna nous dira sa colère face à la médiatisation de Sarkozy, avant, pendant et après les procès. Et le sentiment des victimes, je la remercie d’avance d’avoir accepté notre invitation. Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine et éventuellement Radiopolice si on a le temps d’en parler. Comment allez-vous les uns et les autres ? Oui, le canal Seine-Nord nous dit Pixel à propos du méga canal. Comment allez-vous les uns et les autres ? Quelles sont les nouvelles par chez vous ? Je vous propose qu’on démarre par la petite revue de presse rapidos de France Déter Le monde est en fête, en tout cas en Hongrie, après la sévère déculottée, la sévère défaite de monsieur Viktor Orban aux élections législatives. Les Hongrois célèbrent leur retour en Europe. Je rappelle, je rappelle à tous ceux qui, comment dire, qui étaient distraits ces derniers jours, je rappelle que Orban avait reçu le soutien de Trumpy, de Poutini, de Le Peni, et ben tout ça, tout ça n’a servi à rien, ou au contraire, peut-être que tout ça a fait un effet de rejet. C’est aussi la corruption, l’attente du côté de l’entourage d’Orban. C' est aussi la politique dévastatrice d' Orban, évidemment, qui a joué. Mais on ne va pas bouder notre plaisir de voir Trump, Le Pen et Poutine dans le même sac et au fond du sac, quoi. Voilà. Ça va tôt, nous dit la baleine. Ça donne envie de se terrer sous sa couette ou de prendre les armes, nous dit J.B. Fox. Alors, que se passe-t-il, le pape Léon XIV, actif opposant à la guerre de Donald Trump, et je crois que Trump s’en est d’ailleurs pris à lui dans la journée, mais enfin voilà, la grande information de la nuit, d’hier soir, le parti du rival d’Orban, un dénommé Peter Magyar, le parti a remporté plus de 53 % des voix, loin devant le parti du premier ministre qui décroche à peine 38 % et donc super majorité, c’est comme ça qu’on appelle ça, pour ce qui était encore l’opposition. Donc écrasante défaite de Orban, écrasant défaite de l’international réactionnaire. Ah bah tiens voilà que le monde a la gentillesse de renouveler sa page, de rafraîchir sa page et là le monde est passé sur les Etats-Unis qui entendent bloquer tous les ports iraniens à compter de lundi après-midi. Alors évidemment le nouveau, on va pas forcément le croire sur parole, le nouveau premier ministre hongrois si j’en crois, les quelques portraits que j’ai pu lire dans la dans la nuit, le gars ce n’est pas un camarade, le gars sur l’immigration il est aussi épouvantable qu' Orban. Enfin sur le reste il l’est moins et surtout Il n’a pas cette odeur de capital néo réactionnaire au cœur de l’Europe. Et là, ça, ça fait quand même du bien. Donc voilà, France Déter matinale alternative et matinale des bonnes nouvelles. Ensuite, ensuite, l’Humanité. revient sur le grand mouvement de protestation de la justice et notamment des avocats et singulièrement des avocats pénalistes. À ce sujet d’ailleurs, non pas au sujet de la grève mais au sujet des avocats, demain matin à 9h nous recevons Elsa Marcel, porte-voix de Révolution permanente, par ailleurs avocate, et qui publie un livre assez tonitruant sur la justice, la justice comme garante de l’ordre bourgeois, elle appelle à faire des défenses de rupture, et nous la recevrons demain, on parlera donc avec elle, demain également de ce mouvement qui a conquis toute la profession des avocats. Des avocats jusqu’aux magistrats, pourquoi le projet de loi Darmanin sur la justice criminelle inquiète le monde judiciaire ? Il y a une grève des avocat aujourd’hui, en grosso modo Darmanin voudrait, au prétexte de désengager les tribunaux, de les dégorger des dossiers, de faire le système du plaidé coupable qui permet d’aller beaucoup plus vite dans le traitement des affaires, quitte à, ce n’est pas dans le projet de loi, mais quitte à le faire avec l’assistance de l’intelligence artificielle. Bref, le monde judiciaire est en émoi et l’Humanité quotidien de gauche a le bonheur de nous proposer un dossier complet sur la question. Alors, oui, peut-être qu’il y a des pétitions, mais surtout qu’il y a un grand, grand mouvement de grève qui va au-delà des suspects habituels. Le mouvement de grève qui a été lancé par le collectif Colère Noire, que nous avions reçu il y à 15 jours est, je crois, l’un des représentants. Comment s’appelle-t-il ? C’est Méchin, son nom de famille, et tout à coup Martin, Martin Méchin. Avocat, l’avocat notamment d’un des antifas aujourd’hui incarcéré suite à la mort de Quentin Deranque qui était venu au poste. Eh bien il fait partie du collectif qui a mis le feu aux poudres. Mediapart avec les soldats ukrainiens pendant la trêve de Pâques. C’est un reportage de Justine Brabant. Et à nouveau, évidemment, le méga concert, la grande fête, si j’en crois le monde, c'était toute la nuit, à Budapest, cette nuit, après 16 années de pouvoir, Hongrie, Victor Orban,à l’issue d’une campagne hors norme ! 8 millions d'électeurs et électrices étaient attendus pour les élections législatives dimanche. Il y a eu un vote absolument massif qui a retrouvé les scores de juste après la chute du pouvoir communiste. Voilà, ça s’est donc passé pendant votre sommeil. Et c’est quand même merveilleux. Bah tiens, justement, qui est Peter Magyar, l’ancien homme du système Orban qui a remporté les législatives ? Dans l’ombre du pouvoir, il est devenu en deux ans le principal fossoyeur du dirigeant nationaliste Victor Orban. Jusqu'à lui prendre la place, c'était en une du site France Info. Ensuite, ensuite parce qu’en fait, figurez-vous que devant moi, j’ai le logiciel qui me permet de streamer un petit peu. Et alors, il y a des trucs très moches, très très moches qui sont apparus et ça me perturbe. Ça me perturbe pas mal, bref, c’est pas grave. Hop hop hop, Politis loi Rodwel, les droits des trans dans le viseur, alors c’est un article du 10 avril donc que ça date un petit peu parmi les différentes mesures répressives que contient la proposition de loi Rodwel, l’une d’elles. L’article 6 propose de conditionner le changement de nom à l'état civil au casier judiciaire vierge, un recul de plus pour les droites des trans c’est-à-dire sous la plume de Maud Royer et il y a également un texte, cette fois-ci c'était une carte blanche, à une avocate, Sarah Mouget-Polyak, avocate pénaliste, qui explique la matière criminelle n’est pas un stock à résorber. Voilà, c'était le terme que je cherchais tout à l’heure, résorbé. Oui, bien sûr c’est un libéral, bien-sûr c' est un épouvantable, enfin pas épouvantable, mais bon ce n’est pas un camarade, je l’ai dit tout à l’heure, le nouveau premier ministre hongrois, mais enfin, voilà. Ne boudons pas nos plaisirs, prenons des forces là où on peut en puiser. C’est… Ça fait du bien, voilà, ça fait du bien. Alors ensuite Reporterre, leur grotte, un lieu magique où ils cultivent endives et champignons. C’est près de Vendôme, des maraîchers passionnés de souterrain cultivent depuis six ans légumes et champignons dans une grotte. Une quête d’adaptation au milieu troglodyte inspirante, notamment à l’aune des enjeux climatiques. Car effectivement, du côté de Vendôme et je ne sais plus quelle rivière, il y a tout un tas de maisons, de caves, de grottes dans la roche, c’est assez majestueux et il y a donc des gens qui profitent de l’humidité, de la fraîcheur de ces endroits pour cultiver endives et champignons. StreetPress, Assa Traoré et le comité Adama à l’assaut des mairies. Le comité Adama a fait ses armes dans le combat contre les violences policières. Il prolonge désormais son action dans les conseils municipaux où une nouvelle garde de néo-mandatés voudrait installer la question antiraciste au cœur du pouvoir. Assa Traoré est le comité Adama à l’assaut des maires. C’est à lire chez nos copains de StreetPress. Montoir sur le Loire, merci Octo, c’est ça. Le long de la Loire et du Cher aussi, nous dit Maxibi. Merci, merci beaucoup. Alternative économique, Olivier Buba Holga nous propose, c’est un économiste, de sortir de l’attractivité des territoires pour se recentrer sur les besoins fondamentaux des habitants. À l’encontre des grilles de lecture manichéennes, l'économiste rappelle la grande diversité des espaces ruraux comme urbains et invite à sortir des logiques de concurrence entre territoires pour faire face au défi actuel, c’est à lire dans alternatives économiques et enfin, le Canard enchaîné, j’ai bien aimé ce petit dessin, je vous mets, voilà, Orban, enseveli sous les bulletins de vote qui le foutent dehors.
00:18:29Jingle
Ah ben ça a commencé ! Ben oui ça a commencé ! L'émission a commencé ? Ben on est à l’antenne depuis 5 minutes !
00:18:36David Dufresne
Mais voyons, depuis cinq minutes, comment allez-vous les uns et les autres ? Je vais vous donner la petite météo du jour et vous nous donnerez tout à l’heure votre météo du tchat mais c’est pas tout de suite. D’abord la météo, la météo officielle. Tata, tata, la voici, la voilà. Hop, hop, hop. Bon ben voilà, je vais pas paraphraser la carte. Donc à l’ouest du nouveau du soleil à l’est de la pluie et voilà ça c’est le matin ça c est l’après-midi ça bouge pas ça c’est le soir ça bouge pas voilà alors je vous le remets cet après-midi il fera donc 13 du côté de Cherbourg 14 du côté du Montpellier 19 du côté des lieux de villégiature. De monsieur Bardella, du côté d’Ajaccio, sur la route des Sanguinaires propices. C’est de belles photos dans Paris Match. Je rappelle que Paris Match appartient à Bernard Arnault et que Bernard Arnault, pendant que son hebdomadaire publiait la photo que vous connaissez tous de Bardella l’homme du peuple qui s’acoquine avec l’aristocratie la plus vulgaire, Pendant que son hebdomadaire publiait donc ses photos et ce reportage, et bien monsieur Arnaud recevait madame Le Pen, enfin en tout cas rencontrait madame le Pen. Alors voilà voilà voilà ce que c’est que la construction des opinions, la fabrication de l’information. Il faut avoir ça en tête, il y a d’un côté le enfin le mec il joue sur les deux tableaux quoi. Voilà, bref tout ça à Lyon il fera 10 degrés, dans l’Est il va faire 10 degrés, à la Rochelle 14, du côté de Limoges 13, à Paris il fera 15, à Lille il fera 12, voilà à peu près là la météo, est-ce que cette météo vous convient chers amis ?
00:20:56Jingle
Les manifestants se mettent sa gauche et les C.R.S se mettent sa droite et des deux côtés on garde de la cadence et tout le monde balance et tout le monde danse C’est beau d’y savoir là, qu' y a-t-il d’un avant !
00:21:07David Dufresne
Alors, je vous cherche la météo, la météo des luttes que je vous ai préparé hier avec amour. Je vous rappelle que cette météo des lutte, vous pouvez l’enrichir, vous pourrez la nourrir. Pour cela, il y a un formulaire à remplir. Soit vous venez sur le Discord de l'émission, soit vous remplissez le petit formulaire. Ça me facilite quand même bien la vie pour annoncer les débats, les cantines solidaires, les repères cafés, les projos, tout ce qui se passe autour de chez vous. On est bien d’accord que cette météo, de cette météo des luttes n’a pas vocation à être exhaustive, loin de là. C’est absolument incroyable le nombre de trucs super qui se passent dans les quatre coins de France et de Navarre. Je donne juste au hasard ou presque quelques actions de la semaine à venir, à la fois pour montrer qu’il y a de l’action, qu’y a de la réflexion, qu’il y a de la solidarité, qu’il y a de la critique, qu' y a des gens qui ne sont pas découragés, loin de là, qui luttent, qui se mobilisent. Et donc voilà, c’est pour donner envie, c’est pour partager, pour transmettre ici, ou là, les tendances, les tendances de la semaine, une semaine qui s’ouvre sous haute pression. La loi Yadan est débattue à l’Assemblée les 16 et 17 avril. Alors, j’avais prévu de suivre les débats, mais pour des raisons techniques, ça risque d'être un peu compliqué. Je m' excuse, mais alors vous allez voir, on a un programme de folie toute la semaine au poste. Donc, voilà, on se rattrape autrement mais en tout cas, le projet de loi est débattu le jeudi et vendredi. Pas sûr qu’on puisse suivre l’intégralité des débats. Pendant que la gare de Bure vit ses derniers jours d’occupation antinucléaire, derrière le tissu militant tient à Narbonne, à Bordeaux, à Toulouse, à Marseille, la lutte ne prend pas de vacances. Alors d’abord à Bure, chez les copains de Bures, nous avons la gare de Luneville, qui depuis le 23 mars 2026 est sous menace d’expulsions préfectorales, occupé depuis 19 ans comme point de résistance contre le projet Cigéo d’enfouissement nucléaire de l’Andra, le collectif informel a décidé d'écrire lui-même la fin. Attends, je vous mets ça plus grand. Alors oui, je rappelle qu' Euryale en direct vous donne tous les liens et tous ces liens, vous les retrouverez sur auposte.media, notre site. Vous retrouverez tous les liens en dessous de la vidéo Je vous rappelle que si vous aimez auposte, il faut vraiment vous inscrire au site, il faut nous suivre sur le site et plus encore, si vous le pouvez, vous pouvez faire des dons. Qui sont défiscalisables, ou mieux encore, faites un petit geste qui consiste à vous abonner. Et tout ça, ça nous permet de travailler, et notamment à Euryale de mettre tous les liens que je suis en train de vous donner à l’antenne. Quatre jours d’ateliers, de chantier, de concert, de cantine collective à partir de jeudi. Le dimanche 19, départ collectif, festif et déterminé, l'événement sera maintenu. Même en cas d’expulsion anticipée, un autre lieu sera trouvé. C’est à Bure et ça se passe cette semaine à Narbonne. À Narbonne ce mercredi, à Narbonne, le collectif Accueil Migrants propose une projection-débat du film « Tout va bien » de Thomas Ellis, documentaire sur le parcours de mineurs non accompagnés, en présence du réalisateur, l'événement ouvre le mois des richesses de l’immigration et de la diversité, coordonnée par la Maison des potes de Narbonne. Un programme culturel et politique sur un territoire qui voit le débat migratoire se durcir. Même jour, mais plus à l’ouest, à Bordeaux. Vivre sans police, présentation et discussion autour du livre Vivre Sans Police. Dans un contexte national où les débats sur les violences policières, les alternatives à la répression et les pratiques de sécurité communautaire gagnent du terrain dans les milieux militants. Espaces de réflexion et d'éducation populaire ancrés dans le tissu associatif jurandin. Ce sera le 15, mercredi 15. Présentation discussion à 18h30 du côté de Bordeaux. À Toulouse,j’ai pas fait exprès mais aujourd’hui on est très sud-ouest. L’association Toulouse Game Dev reçoit Marijam Deed, autrice sur les jeux vidéo comme espace politique, ainsi que d’autres intervenants. Une entrée culturelle sur la propagande, la représentation,la contre-culture numérique, une façon de penser les médias ou les divertissements de masse autrement. C’est un format table ronde et ouvert à tous et à toutes. Ça se passe à la Mêlée numérique jeudi à Toulouse, 17h30, la puissance politique des jeux vidéo.
00:27:05Jingle
Je ne sais pas ce qui me retient de ne pas lui foutre la bécane dans la gueule. Mais le règlement Belmont, tout simplement le règlement.
00:27:14David Dufresne
Tout simplement le règlement Belmont, tout simplement. Marseille, vendredi 17 avril, le Femi Gouine Fest Festival porno de presque minuit, les fantômes du Hard. Dans le cadre du festival Femi-Gouine Fest, et il n’y a qu’au poste pour vous en parler, dans France Déer il est 7h29, eh bien projection d’un montage de VHS, eh oui, Alors, les VHS Amis de Twitch, t’es des cassettes C’est des cassettes comme ça qu’on mettait dans une machine. La bande gouine. Bon, il est utile de vous dire que ce n'était pas en haute définition. Bon, bref, montage de VHS pornographique BDSM issu d’un club Gay Hard, ouvert à Marseille depuis 1967. Le Mannschaft. C’est en suivi d’un échange avec le réalisateur sur la mémoire queer, la pornographie militante et l’histoire des marges sexuelles. Un événement de culture politique qui ne fait pas semblant. C'était à Marseille, c’est vendredi. Retour à Bordeaux, samedi, dimanche, café, fantoche. Week-end, justice extra-pénale, féministe et communautaire. Deux jours de réflexion sur les formes de justice hors du système pénal. Justice transformatrice, pratique d’autodétermination des victimes, alternative à l’incarcération dans les espaces féministes. Une question qui monte dans les milieux militants depuis plusieurs années. Nous recevons d’ailleurs dans quelques jours Elsa Deck Marsault sur cette question-là. Pardon, ce sera samedi et dimanche. Enfin, il me reste rapidement du côté de l’Aveyron, et bien deux rendez-vous à vous donner, deux rendez vous culturels. Alors le premier, c’est ici. Dans cette petite commune qui s’appelle Villœuf. Samedi, rendez-vous culturel et populaire à Villœuff-en-Aveyron autour du livre pour la jeunesse, un espace de transmission dans un territoire rural où les initiatives culturelles militantes sont un petit peu rares. Alors que je vois que l’un de nos deux invités pour 7h30 est déjà là. Et ça ne m'étonne pas de lui. Je vous expliquerai tout à l’heure pourquoi. Et samedi également, ah bah non, pardon, pardon. C'était hier, mais ça vaut quand même le coup que je vous le mentionne pour les suites. C’est samedi, pardon, il y avait un événement du côté du bassin de Decazeville. Plus de 100 personnes réunies autour de concerts militants. Un collectif musical né cet hiver dans un territoire marqué par les fermetures industrielles. Il y a eu donc une centaine de personnes, bravo à toutes ces personnes. Et à propos de territoire et à propos du militantisme, d’activisme, nous allons parler, nous allons maintenant nous précipiter, nous catapulter dans le nord de la France. Laissez-moi reprendre deux secondes mes petits esprits, tac tac tac. Est-ce que Valentin, ouais, Valentin ça devrait être pas mal là. Alors Valentin. il va falloir baisser un petit peu la barre, enfin monter plutôt la caméra. Si c’est possible, si c' est possible. Voilà, voilà, voilà. C’est parfait. Là ça va être pas trop mal. Là ça ne va pas trop mal, une petite seconde. Hop, hop, voilà, hop. Bonjour. Bonjour, Valentin. Est-ce que tu nous entends ? Valentin, est-ce-que tu nous entends ? Ah, super finalement, tu es tout seul, Valentin.
00:31:21Valentin François
Ah oui, écoute, a priori la camarade, elle n’est pas disponible, je ne sais pas exactement. Mais voilà, peut-être qu’elle nous rejoindra au cours de route, je ne sais pas.
00:31:29David Dufresne
Ah bah ce serait bien parce que où va la lutte ?
00:31:35Valentin François
C’est compliqué, on est tous un peu à droite à gauche, on fait comme on peut, j’avoue, du coup. Je m’excuse si elle n’est pas là, mais j’espère qu’elle va être là.
00:31:43David Dufresne
Tout va bien, ne t’inquiète pas. Nous t’entendons, nous te voyons, merci infiniment. Oui, je disais que ça ne m'étonnait pas que tu sois à l’heure, parce que depuis dix jours, tu me bombardes de textos, de courriels. J’ai rarement vu un gars aussi sérieux, pushy, sympathique, pour dire « ouais, ouais, il faut faire l'émission ».
00:32:06Valentin François
C’est vrai ! Ben ouais, ben attends, c’est super, ton émission poste ! Je vous donne cette occasion de pouvoir parler du méga canal, tu crois que je vais rater ça ? Alors, des questions, c’est génial !
00:32:19David Dufresne
Voilà et donc tu m’as même menti, si je comprends bien, parce que je te dis, de grâce, la parité ce serait bien, ce serait bien que tu viennes avec eux, voilà que Claire n’est pas là bon, bref, c’est pas grave.
00:32:35David Dufresne
Non, non, tout va bien, passons aux choses sérieuses. J’ai démarré tout à l’heure en disant, voilà, est-ce que vous avez entendu parler du méga canal ? Le tchat ne semblait pas très loquace, donc on va commencer par là, parce que c’est un vieux projet, en fait, qui date, qui est un énorme projet. Alors d’abord, avant de rentrer sur la problématique, explique-nous de quoi il s’agit le plus synthétiquement, le plus neutre possible.
00:33:13Valentin François
De toute façon, l’idée, c’est de construire un canal, donc une immense rivière artificielle qui relierait géographiquement, il faut se dire, Compiègne jusqu'à Aubencheul-Au Bac, qui est dans le nord. C’est l’idée de relier le bassin parisien, donc la Seine, avec les Pays-Bas, le Benelux, tout ce bassin-là. Donc les ports de gants, les ports des Bruges, les ports d’Amsterdam, qui sont des puissances industrielles. C’est en fait les derniers bras logistiques, c’est ce qu’ils disent, afin d’accélérer les flux et d’accélérer les échanges de marchandises, concrètement, parce que c'était de créer un canal. Il existe déjà un des différents petits canaux, notamment le Canal du Nord qui fait office, mais qui est bien trop petit. Ce qu’il va falloir se dire, c’est qu’en fait là, je vais donner des chiffres, mais en fait, c’est des ordres de grandeur assez fous. C’est de passer par exemple des barges qui font 900 tonnes à 4 400 tonnes.
00:34:24David Dufresne
Avant qu’on arrive là, tu dis, on a le temps, c’est vrai, le chat me demande une carte, et j’avoue, j’ai pas préparé de carte, j'étais un peu con. C’est le canal Paris-Lille, n’est-ce pas, te demande Joy, est-ce que c' est celui-ci dont on parle, est ce que c’est celui qu' on appelle le canal Seine-Nord, par ailleurs, c' est juste pour essayer de situer et je précise que tu es donc membre des Soulèvements de la Terre et c’est ès qualité que tu interviens ce matin.
00:34:57Valentin François
C’est ça les gens en fait, le canal c’est le Nord Europe, c’est ça le nom. Alors il va rejoindre Compiègne, après si vous voulez il va y avoir une mise au gabarit de l’Oise qui relie Compiègne à Paris. Mais franchement il faut simplifier le truc, c' est Paris jusqu’au nord de la France, ça va traverser tout droit en prenant l' Oise. C' est ce qu’il faut se dire. Sur une carte, vous prenez Paris, vous tirez un trait. Jusqu’au Pays-Bas en fait, vous embêtez pas plus, ça va rejoindre les rivières du Haut, qui sont la Deûle et l’Escaut, qui relient la France au Pays Bas.
00:35:35David Dufresne
Alors, il est possible que tu disparaisses une petite seconde de l'écran, mais je vais te faire revenir. Attends, qu’est-ce qui se passe là ? Ouais, voilà voilà, ce sera mieux comme ça, excuse-moi.
00:35:52Valentin François
J’ai mon nez en pleine tronche là.
00:35:54David Dufresne
Non, là c’est mieux, là, c'était très bien, et pour la vignette que Euryale fera tout à l’heure, ce sera mieux. Voilà, on t'écoute, la suite des choses, qui finance, on va en parler, la justification, on va en parler aussi. Restons d’abord dans la grande présentation, on va dire.
00:36:22Valentin François
Non, concrètement, c’est un de ces projets qui a été créé dans les années 70, qui a eu lieu dans les 70, comme l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, comme l’autoroute A69. C’est quelque chose qui fait aussi partie d’un plan plus global de pensée des infrastructures de l’Union européenne, qui est soutenu par la région Hauts-de-France, par l'État en partie, par l’Union Européenne. C'était 107 km de long. C’est l’idée d’intensifier les flux, parce que maintenant, grosso modo, l'économie est pensée de cette manière-là, avec les difficultés qu’on a, c’est d’essayer de créer, de la croissance en intensifiant les flux et en facilitant les flux d'échange de marchandises. Ce canal, comme je le disais, va être de faire augmenter le tonnage des barges. Là, actuellement, on est sur des petites barges qui passent sur des canaux qu’on appelle le réseau Freycinet Et on est sur des trucs énormes, on va faire passer ça du 4 400 tonnes, donc en fait c’est le tonnage des armateurs des Pays-Bas ou de Belgique, de ce qu’on n’a pas du tout en France actuellement, parce que nos réseaux ne sont pas adaptés. Ce qui va entraîner ce canal, il va y avoir un investissement, enfin il va avoir un argent fou dépensé dans ce canal. Je pense peut-être qu' on y reviendra.
00:37:43David Dufresne
Oui, on va parler de ça, tandis que Euryale est allée chercher la carte officielle du canal.
00:37:58Valentin François
Et pour poser les enjeux, on est sur une région qui est malheureusement connue pour ses difficultés socio-économiques. Donc le grand argument par rapport au canal, c’est la création d’emplois, notamment via les chantiers, mais également via l’impact socio-économique qu’il pourrait avoir. Sachant que je tiens à dire que c'était beaucoup de supputations, qu’y a rien de construit dans les analyses, et notamment ça a été pointé dernièrement par des rapports dont je parlerai. Mais ce canal comprend également des ports francs. C’est un peu la base économique, c’est-à-dire des zones qui vont être collées au canal et qui vont viser à être demandeuses, enfin, comment dire ? Les camions viendront ici récupérer les marchandises, pour intensifier les échanges.
00:38:41David Dufresne
Alors, voilà, parce que là, je pense qu’il faut tout de suite tordre le cou à un cliché dans lequel moi j'étais et j’ai découvert que j’y étais par erreur. Là, il y a beaucoup de questions dans le tchat et je pense que tu connais ce genre de questions. Il y a personne qui nous dit mais c’est super, non, c'était écologique le transport par barge. Il y en a plusieurs, viola, est-ce que c’est pas préférable de remplacer du routier par du fluvial ? Nous dit Tata Yoyo 666, attention à Tata yoyo 660, ça c'était quand même la marque du diable. Qu’est-ce-que vous répondez à ça ? Parce qu’effectivement au départ, c’est assez contre-intuitif.
00:39:27Valentin François
Différents arguments là-dessus. Déjà, les grands projets, un peu un point de vue sur les grands projets actuels, type ceux les plus connus en 1969, il y a tous un vernis écologique. Il faut être conscient que le greenwaching fait partie de constructions des projets parce que les constructeurs savent très bien que ça passe mal. Ensuite, par rapport à ça, différentes choses ; bon l’impact de la construction du canal va être énorme. Il va y avoir la destruction de plus de 3 300 hectares qui vont être pris, 300 espèces menacées, protégées, qui vont être détruites dans la construction de ce canal. On appelle ça le chantier du siècle, c’est énorme, il va y avoir plus de remblais par exemple que le canal sous la Manche, pardon vous voyez, je suis obsédé par le chantier.
00:40:14David Dufresne
Ha ha ha !
00:40:17Valentin François
Ensuite, en effet, ce canal qui va voler dans les analyses qui ont été faites, il y a un collectif local, le Méga canal non merci, je vous invite à aller voir leur argumentaire sourcé, c’est le collectif qui bosse sur la lutte contre le canal, et qui pointe notamment qu’en fait ce canal en réalité ce qu’il va prendre comme marchandise parce que l’idée en effet ce qui est avancé, c’est d’enlever des camions sur l’un, qui est en fait l’autoroute qui relie Paris à Lille grosso modo, et qui est complètement congestionnée. Donc ça serait de voler des camions, mais en fait, la réalité, c’est que ce canal va voler avant tout des marchandises qui vont au fret ferroviaire, mettant à mort le peu de fret de ferroviaire qui reste, sachant qu’en France, on avance sur une libéralisation, une destruction complète par l'état macronien du fret ferroviaire. Qu’est-ce qui va transporter grosso modo ? C’est le BTP et les céréales, les céréales pesticidées.
00:41:11David Dufresne
Excuse-moi Valentin, je reste sur la question environnementale avant de parler de la question économique et de ce que ça charrie comme société. Vous dénoncez ce qu’on appelle le report modal, c’est-à-dire ce que vous dites, c’est qu’il y a un transfert de flux du routier vers le fluvial, qui, selon vous, puisque ça c’est ce qui est vendu, c'était de dire bah voilà ça va être écolo, on va arrêter les camions, vous vous dites ça c’est un écran de fumée, vous dites que le méga canal va provoquer encore plus de croissance routière tout en concurrencent justement un réseau ferroviaire qui, lui, pourrait être peut-être un peu plus intéressant d’un point de vue écologique. C’est bien ça ou pas ?
00:42:10Valentin François
Oui, c’est ça, exactement ; le report modal, c’est le grand argument, en fait, dans cette structure, en fait, ce canal. Le rapport modal, en fait, c’est une vaste chimère, montrée par plusieurs experts. C’est-à-dire, concrètement, c’est un peu au hasard, on ne sait pas. La réalité, souvent, ça ne marche pas, en fête. C’est la société du canal Seine-Nord qui porte le projet table même sur une augmentation des camions en fait même avec la création du canal en réalité il va y avoir une augmentation Par exemple, il y aura 45 000 camions en plus de trafic annuel. En fait, il ne va pas baisser, il ne va pas faire disparaître les camions. Au contraire, il les augmentera peut-être et en plus, il y aura une question qui n’est pas prise en compte. C’est que il y a les ports francs qui vont encore augmenter, encore plus le trafic routier puis, il faut pas oublier que les barges, en fait, elles ne marchent pas à l'électricité. C’est assez problématique au niveau environnemental. Et puis, je vous l’ai évoqué, mais n’oublions pas que là on est en train de détruire, environnementallement parlant, on est entrain de détruire l’Oise, c’est le cours d’eau qui est impacté, qui est totalement vraiment vrai, qui est coupé, on a des coupes d’arbre, des destructions d’espèces, on a un blocage, on en parlera plus tard, mais on a déjà en fait des transporteurs, des personnes qui débargent, en fait, les personnes qui travaillent de ça en fait, on est en train de détruire leur travail actuellement avec cette histoire.
00:43:44David Dufresne
Pour creuser ce chantier, écrivez-vous, 5 millions de mètres cube de terre végétale pourrait être excavé, des milliers d’arbres abattus, des rivières détournées voire rebouchées. C’est notamment, écrivez-vous le sort qui sera réservé à la, alors je ne connaissais pas, la vieille Oise qui va tout simplement disparaître.
00:44:09Valentin François
Le canal en fait, il est en train de détruire l’Oise, il comprend également le canal du Nord, pour vous expliquer qu’il existe déjà, et qui a été créé dans les années 70. C’est pour dire que parfois, il y a des trucs complètement aberrants. Donc en fait là, c’est en train d’araser, on parle de 300 espèces menacées et protégées qui sont mises en cause, et encore, c’est-à-dire que tout n’a pas été pris en compte dans les autorisations environnementales. On a des naturalistes qui bossent dans le coin, qui ont observé que plusieurs espèces étaient présentes, qui n’ont pas du tout été prises en compte par les arrêtés préfectoraux, certain que là, pour dire un peu la situation du chantier, c’est que l’on est seulement dans la phase préparatoire, le canal n’a pas été encore creusé, on n’en a rien du tout, on a seulement des coupes qui sont en train de préparer, des changements de cours de lois, des préparations de quelques écluses, donc on est dans une phase où rien n’est encore fait, même s’il y a déjà de larges un contact environnemental. Voilà un peu après, encore une fois, l’idée pourquoi on s’oppose à ce canal, c’est le coût environnemental, la problématique financière et la problématique socio-économique, mais également parce que réfléchir de cette manière-là dans un monde où il y a une problématique écologique majeure, sachant que ce canal n’est au service seulement que de l'échange de marchandises, va faire bénéficier encore une foi les grandes entreprises, dans un but purement logistique. Il faut pas oublier que la logistique a été créée à la base dans le cadre de la guerre, les guerres napoléoniennes. Ce canal, en fait, il n’est pas du tout pertinent pour autant d’impact, pour une chose aussi énorme et pour…comment dire ? C' est tout parce que maintenant, on parle quand même de relocaliser les choses, l'économie, de repenser plus localement, alors que sur ce canal, il est dans le but d’exporter des choses vers les Pays-Bas, de chanter, par exemple, le port du Havre. Enfin il est has been, ce projet, ces compagnies en fait sur lesquelles l’un et on n’a pas encore évoqué mais en fait ce projet il sert aussi l’ego d’un homme qui est bien connu dans les Hauts-de-France, dans la région des Hauts de France.
00:46:26David Dufresne
Ah un dénommé Xavier Bertrand.
00:46:30Valentin François
En fait, on le sait, on murmure par chez nous, mais en réalité, celui-là, il sert les ambitions présidentielles d’un homme qui n’a pas encore pu y aller, mais c’est de montrer que c'était le grand projet en réalité.
00:46:42David Dufresne
Alors, rappelons que Xavier Bertrand est le président de la région Hauts-de-France. Il est dans le bord, évidemment, du canal Seine-Nord-Europe et il surveille ça de près. Il défend le projet, on va parler de finances, mais pour vous, évidemment c’est d’abord et avant tout un projet qui sert ses ambitions politiques.
00:47:16Valentin François
Oui, bien sûr. Sachant que Xavier Bertrand, il est aux Républicains, il fait partie de ceux qui ont longtemps voulu, et je pense qu’il veut encore aller, comment dire, voilà c’est ce que je disais présidentiel, donc président du conseil régional des Hauts-de-France pour situer un peu géographiquement les Hauts de France, on va oublier, voilà, grosso modo ça comprend le Nord, pas de Calais, l’Oise, ça va jusqu'à la limite de la région parisienne, ça ne comprend pas la Normandie. Mais c’est les grandes régions qui ont été créées sous Hollande ça fait partie de ces trucs qui n’ont pas trop de sens
00:47:49David Dufresne
Mais alors, justement, Valentin, à propos d’un autre candidat, il y a personne à nouveau qui nous dit mais quel est l’argument de creuser un tel truc au lieu de passer par le Havre ? Donc là, Édouard Philippe. Est-ce que vous n’auriez pas intérêt à dire à Édouard Philippe Hé ! Édouard, viens nous aider pour pousser Xavier Bertrand ! Ça pourrait le faire ?
00:48:16Speaker 6
Édouard, je considère Édouard Philippe comme un allié depuis qu’il a dit sur le temps béni des colonies, bonjour ! Bien sûr !
00:48:23David Dufresne
Le boucher des Gilets jaunes comme nous l’appelons ici, ne t’inquiète pas. Exactement, oui oui, bien sûr.
00:48:28Valentin François
Tu sais, on en a plein des gens comme ça, on a Gérald Darmanin dans notre coin, qui est maire de Tourcoing aussi, le boucher de Sainte-Soline et de compagnie. Mais bon, tout ça pour revenir au Havre. La question du Havre, c’est vrai, tu as une vraie question pertinente parce qu’en fait, le Havre est aussi un verrou. Un verrou parce qu’on a un syndicat là-bas qui est assez fort, le syndicats des deux corps de la CGT et en effet, pourquoi pas, est-ce que probablement que le Canal Seine-Nord tire aussi à passer de ce verrou-là et on est dans un travail d’alliance avec la CGT des Dockers-du-Havre. Bon après, au niveau des différentes influences politiques ou quoi qu’il peut y avoir, c’est vrai que c'était pertinent de se demander si le maire du Havre, pourquoi pas Bon, je pense que, à partir là-dedans, il y a le moment de Xavier Bertrand avec plutôt Macron. Il ne faut pas en fait aussi un truc que j’ai oublié de vous dire, c’est que ce canal la déclaration d’intérêt a été validée en 2007 sous Sarkozy. C’est quelque chose qui date d’un moment en fait. Voilà, ça date d’un moment ce projet, il court et court et on ne savait pas trop s’il allait arriver et là maintenant, depuis quelques années tout juste, ça a commencé à vraiment se lancer.
00:49:42David Dufresne
Alors, la question du financement est importante, qui finance ce projet te demande le tchat ?
00:49:55Valentin François
Désolé les amis, je ne vois pas le tchat. Non, mais ce n’est pas grave, ce n’est pas grave, qui finance ? C’est la grande question. En fait, parce que si vous voulez, là on a deux grands rapports qui sont tombés tout récemment, vraiment tout récemment, je vous parle de ça depuis quelques semaines, qui est à rapport de la Cour des Comptes. Bon voilà, la Cour des Compte, les grands chefs de l'économie, enfin des finances publiques en France et on a aussi le conseil d’orientation des infrastructures.
00:50:23David Dufresne
La Cour des Comptes publie un rapport qui souligne le coût à terminaison estimé à 7,3 milliards d’euros hors taxes au lieu des 4,5 milliards envisagés à la création de la société qui va gérer tout ça en 2017. C’est-à-dire qu’il a pris 50 % en même pas 10 ans. C’est la Cour des comptes qui a rendu ça la semaine dernière. Tu as dit il y a quelques semaines, le rapport date du 10 avril, donc c’est pas rien et en plus de ça, il y a d’autres coûts financiers.
00:51:05Valentin François
Oui, c’est ça. Donc on a en effet, et encore tu dis qu’ils disent 4 milliards en 2017, mais en 2017 quand ils parlaient de 3,5 milliards. Concrètement, la société du canal a bien caché jusqu'à maintenant. Maintenant ils doivent le dire parce que du coup la Cour des comptes a ciblé les choses, plus le Conseil d’orientation des infrastructures qui est une autre structure à qui on a parlé aussi. Mais en fait, on a 7 milliards. Dans ces 7 milliards, on ne sait pas exactement comment ils vont être financés ils parlent de péage autoroutiers, ils parlent d’impôts locaux, on n’est pas sûrs, alors a priori il y aurait une part qui serait financée par l’Union Européenne, mais l’UE est un peu tangente, il y aura un plan d’infrastructure, mais c’est pas sûr. On a les collectivités territoriales qui vont financer, mais les collectivités territoriales en ce moment elles ont complètement la gorge coupée par les coupes budgétaires, on a l'État qui devrait un peu, mais concrètement sur les 7 milliards, on a 4 milliards qui sont financés, on ne sait pas quels prêts va y avoir là ensuite, on parle de 7 milliards, mais attention les copains, en fait, on a différents projets qui ne sont pas pris en compte dans les 7 milliards. On a le rehaussement des ponts parce qu’ils ont fait un canal comprenant l’Oise et le canal du Nord où il existe déjà des ponts et que ces ponts sont trop bas. Il va falloir les augmenter tous, il n’y en a plus de 100 à remonter pour dire à quel point c’est stupide. Il y a également dans ça, il va falloir prendre en compte ce qu’on appelle le projet MAGEO, qui est la mise au gabarit européen de l’Oise, qui est en fait l’Oise, c’est le dernier maillon entre la région parisienne et Compiègne. Et ensuite, on passe au canal Seine-Nord, il faut l’adapter. C’est parti là. Je crois qu’on est sûr également 4 milliards, je crois, pour ça et ça, ce n’est pas chiffré, ce n'était pas pris en compte. On ne sait même pas qui va. Non, c' est 430 millions. Vous voyez, j’ai pris quelques notes. Deux milliards pour les ponts. Vous voyez ? On parle également. Il faut prendre en compte les ports francs. Pour les ports-fonds, c’est 40 millions en plus à prix et encore, tout ça, ça ne prend pas en compte l’inflation, exactement, on ne sait pas ; en fait, c’est aberrant au niveau financier.
00:53:09David Dufresne
Et pourtant votre bon ami Xavier Bertrand dit que le chantier est irréversible.
00:53:16Valentin François
Et puis il dit carrément qu’il va aller à la confrontation avec l'État. Là, c’est ce qu’ils viennent de dire en répondant aux cours des comptes, en disant « vas-y, je vais faire mon coq, je veux y aller, je sais pas comment. » Ce gars-là, il a des ressources incroyables. Il va… Non, mais en fait, il ne sait même pas quel État, en fait. C’est l’Union européenne aussi qui est dans un truc où… Là, ce n’est pas juste le site d’Hébertot de la région de France qui doit financer tout ça puis, enfin, si vous voulez aussi l’idée, c’est que dans un moment, on parle quand même de coupes budgétaires. Les compagnies, on parlait d’un plan qui était quasiment là. Les 7 milliards de mémoire, ça permettrait de financer. Alors, j’ai plus les comparaisons, mais c'était un budget énorme. C’est de l'éducation. C'était des trucs incroyables qu’on pourrait mettre là-dedans. Non, on va foutre ça dans un canal, alors qu’il pourrait utiliser cet argent pour l’hôpital public qui est en train de crever. Ou quoi ? Pour la solidarité en réalité. Parce qu' il ne faut pas oublier que ce canal, c’est de Nord derrière. On vous parle d'écologie et de choses comme ça, mais en fait on a encore une fois les intérêts des grands constructeurs du BTP par exemple Bouygues, ou alors Vinci. On a également toutes les céréales qui pourraient être transgressées là-dedans, donc on a la FNSEA, on a tous les grands patrons, tous les cinglés qui pourraient profiter de ça, et se faire de la maille là-dessus.
00:54:39David Dufresne
Alors, mon cher Valentin, je vois que Arthur, depuis Beyrouth, est arrivé en régie. On a rendez-vous avec lui dans 3/4 minutes et on ne va pas le faire trop attendre parce que c’est extraordinaire qu’il puisse venir. Très rapidement, je voulais dire, voilà qu’il disparaît maintenant, je voulais parler de la mobilisation. Vous mobilisez les soulèvements de la terre et avec d’autres, il y a l’association Nord-Nature-Environnement, la Protection du territoire Sédesco, il y a Extinction Rébellion, Greenpeace, Alternatiba, la Confédération Paysanne, ATTAC vous êtes un certain nombre à vous mobiliser, quel contour prend cette mobilisation ?
00:55:34Valentin François
Différentes choses, tu as parlé de France Nature Environnement, il y a aussi l’association protégeant du territoire Sénesco, ils ont fait un recours qui est en cours, parce qu’entre différentes déclarations d’intérêt du Canada, parce qu en fait ils ont fais ça plusieurs fois, leurs déclaration, donc il y a un recours en cours de fait. Ce que vous pouvez faire également, c’est aller voir par exemple les sites de ces associations et pourquoi pas leur verser des dons pour les aider à soutenir les frais juridiques parce que c’est important, parce que l'État, la région de France, les requérants s’amusent à demander régulièrement des mémoires en réponse. Il y a ça, également en effet, on a les soulèvements, donc Méga Canal Non Merci, mais également une constellation de collectifs qui cherchent à renforcer la lutte. Les Soulèvements de la terre, Extinction Rébellion, la Confédération Paysanne, la CGT et tant d’autres. C’est pour ça qu’en octobre dernier, on a eu déjà un grand rassemblement. C'était le premier avec quand même pas mal de personnes qui sont venues à Longueil-Annel, donc qui est l’un des bateliers pour faire nos premiers actes. Là, on va avoir un nouvel acte du 9 au 12 juillet dans les Hauts-de-France le lieu n’est pas encore, comment dire ?
00:56:47David Dufresne
Déterminé ?
00:56:49Valentin François
Voilà c’est ça, le méga canal prend l’eau, mobilisation nationale contre le méga canal. Voilà, je vous donne l’information en prime time, donc bloquez-vous.
00:56:57David Dufresne
En prime time non ! Mais en primeur ! En primeur, ouais, pardon ! En prime time ! Ah non mais le gars ! Putain, tu t’es levé tôt !
00:57:10Valentin François
Si vous avez envie de connaître un peu plus la lutte et de participer bien sûr à la lutte, vous pouvez venir ce week-end-là, ce sera dans les Hauts-de-France le 12 juillet. Bien sûr, c’est ouvert à tout le monde, comme tous les rassemblements organisés par les soulèvements de la Terre et autres. C’est-à-dire qu’il y aura différents cortèges, il y aura différentes visites des naturalistes, etc. Vous pouvez également aussi aller sur le site Allez sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, etc. Vous trouverez le méga canal Merci, donc qui est le collectif de base, avec différents argumentaires. Pareil, si vous voulez les aider ou quoi, n’hésitez pas à leur envoyer des messages ou même à les soutenir financièrement.
00:57:51David Dufresne
Néanmoins Valentin, alors là je vais te poser une question qui va me permettre de me faire un petit café donc si tu entends les bruits de la machine à café ne t’inquiète pas tu es le seul à le faire. On peut pas dire que pour l’instant, si le méga canal prend l’eau, on peut pas que votre lutte prenne tout à fait la lumière. Comment tu expliques par rapport à des projets comparables dans le sens, dans l’esprit d’où ils viennent de ces années 2000, de croissance infinie ? Donc je pense à Notre-Dame-des-Landes, c'était encore plus vieux, pense à l’A 69, d’une certaine manière aux bassines, on l’a pas dit tout à l’heure mais le projet représente 22 bassines de Sainte-Soline, c’est 22 fois plus grand finalement. Comment tu expliques que vous n’ayez pas tout à fait pris la lumière et ce sera malheureusement la dernière question parce que je vois que Arthur a eu la possibilité de se reconnecter et je voudrais pas le faire trop attendre, mais explique-nous pourquoi pour l’instant il n’y a pas grand au courant de ça, voilà l’aveu, la mobilisation démarre et pourquoi elle prend du temps à démarrer selon toi ?
00:59:04Valentin François
Différentes choses, pour ce que tu as dit, les méga bassines. Alors attention, ce n’est pas le canal en lui-même, c’est qu’en fait, ils ne sont même pas sûrs que le canal sera fait, on n’a pas parlé, mais on a le dérèglement climatique qui pose la question de savoir si le canal sera en eau, s’il y aura suffisamment d’eau dans le canal. Donc ce qu’il veut créer, c' est une immense retenue, une méga bassine énorme, donc une retenue qui va comprendre plus 22 fois Sainte-Soline, qui sera la retenue de l’Alouette. Donc ça, c' est un des trucs qui fait partie des questionnements. C’est la ressource en eau. Pourquoi ça ne met pas en lumière notre lutte ? Tout à fait alors, comme tu disais, c’est-à-dire que c'était assez récent. Les travaux commencent récemment. Le collectif date d’un moment, mais ça se lance plus là. C’est pour ça qu’il y a différentes grandes structures qui se rassemblent. Et puis, tout simplement, j’ai envie de te dire pour l’instant. Alors, je vais dire pour l' instant, parce que c’est déjà un peu le cas. Les grandes luttes qu’on connaît, type les méga bassines et compagnie, il y a une féroce répression. Nous, elle commence, on a déjà des personnes qui passent au tribunal, etc. Il y a quand même eu, là, le rassemblement qu’il y a eu en octobre, il y a eu un rassemblement policier assez fort avec 3 personnes arrêtées, 2 ou 2, mais moi, ça n’a rien donné concrètement. Mais on commence tout doucement. On a des personnes qui montent dans les arbres. Elles ne sont pas descendues sympathiquement. Après, en effet, il y à tout un travail de silenciation de cette lutte, notamment par les médias et par les pouvoirs publics et c’est à tout prix qu’ils ont appris des précédentes luttes comme la 69. Ou les méga bassines et compagnie, qui vont très vite. C’est-à-dire que si, j'évoquais le fait de monter dans les armes, on a des camarades qui sont montés par exemple à Compiègne, mais alors là ça a duré une journée, et même pas, et d’ailleurs c'était fini, ils ont tous été descendus parce qu’on veut pas attirer l'œil médiatique en effet. Et pourtant c’est un truc énorme le canal, c' est énorme pour comparer à la 69, c' était énorme au niveau comparé aux mégabassines. C’est quelque chose qui est extrêmement important. Franchement, si vous voulez des phrases un peu, le méga canal, c’est le père de notre coin. Ça peut être même le Larzac, si on peut le transformer en une lutte qui remet en cause les choses. C’est un truc énorme, il faut se dire. Donc ils ont absolument peur de ça. Et ils cherchent, quand je dis ils, les pouvoirs publics, ils cherchent à tout prix à vraiment éteindre les choses, est-ce qu’on n’allait pas plus loin ? Alors nous, on lutte contre ça, et c'était pour ça, par exemple, que je suis ici, c'était de mettre la lumière le plus possible et de combattre tout ça. Et parce qu’en fait, le méga canal ne tient qu'à un fil. Notamment financièrement, c’est ce qu’on a pu voir là avec les différents rapports, c'était qu’il n’est pas sérieux, ce projet n'était pas sérieux. C’est vraiment dans le monde tel qu’on pense actuellement.
01:01:33David Dufresne
Merci beaucoup, Valentin, on a passé une petite demi-heure. J’espère qu’on a éclairé votre lutte, qu’un certain nombre de gens parmi les 4 millions qui sont en train de nous écouter et d'être dans le tchat ont appris des choses et ont découvert à la fois l’existence de ce projet et de la lutte qui s’y oppose. Voilà, merci beaucoup à toi et bravo pour cet entretien. Comment lutter et résister sur un espace aussi vaste, te demande Wilbert. Bah écoutez, Valentin reviendra et déjà vous pouvez aller voir tous les liens que Euryale vous a donnés.
01:02:21Valentin François
Super, merci David.
01:02:22David Dufresne
Je t’en prie, merci, merci à toi, à très bientôt et bravo. Merci pour cette découverte, nous dit MonkeyKell et plein de force. L’amouristan, bonjour et merci. Découverte malheureusement ici. Merci pour les infos, nous dit FidePierre. C’est la lutte finale. Oui, oui, on peut, bah oui, c’est la planète, quoi, enfin, je veux dire, voilà.
01:02:52Valentin François
C’est aussi un lieu d’extrême droite, anti-fascisme, les camarades. On est en plein milieu d’un paysage qui est rempli par le RN, voilà, je finirai par ça David.
01:03:02David Dufresne
Merci beaucoup et nous allons aller dans une seconde à Beyrouth avec la relève, on peut le dire, la relève du journalisme. Un jeune gars, 25 ans, peut-être 26 maintenant, absolument incroyable, qui est, je pense, chez lui en direct de Beyrouth dans quelques instants. Merci beaucoup, Valentin. À bientôt.
01:03:26Valentin François
Oui, salut.
01:03:32Jingle
Mais il faut mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant qui fait ensemble les mots et les choses, les mots, les choses… La riposte, c’est vous, suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste.
01:04:03David Dufresne
Bonjour Arthur, est-ce que tu m’entends ?
01:04:07Arthur Sarradin
Oui est-ce que toi tu m’entends ?
01:04:08David Dufresne
Et je t’entends aussi tu as toujours 25 ans ou pas ?
01:04:13Arthur Sarradin
Oui, oui, oui !
01:04:15David Dufresne
Mais c’est absolument incroyable ! 25 ans et déjà lauréat tout juste lauréat cette semaine du prix du livre du journalisme aux assises du journalisme de Tours, en gros c’est le grand raout des journaleux quoi, pour Le nom des ombres parues au Seuil, plongée au cœur de l’enfer concentrationnaire des prisons syriennes au lendemain du régime d’El-Assad. Alors on va parler du livre mais c’est vrai qu’au départ quand je t’ai contacté et merci infiniment d’avoir répondu aussi vite et aussi gentiment à l’invitation, c'était pour pour parler de ce qui se passe au coin de ta rue, de ce qu’il se passe dans ta ville, à Beyrouth. Et quand je dis c’est incroyable parce que tu as été deux fois finaliste du Prix Albert Londres. Il te reste encore 15 ans pour l’avoir, puisqu’il faut avoir moins de 40 ans, mais déjà à 25 ans, deux fois finaliste, c' est fortiche. Comment vas-tu d’abord ?
01:05:24Arthur Sarradin
Je suis fatigué, je t’avoue, je suis crevé parce que je pense que tu sais au Liban on a une sensation d’accumulation, un peu en stress, c’est-à-dire qu’on a eu les massacres du 8 avril, mais ils sont venus après un mois de guerre. La guerre est venue après des mois de tensions, de violations du cessez-le-feu, qui elle-même est venue une autre guerre, qui elle-même est venue des années de crise pour le Liban. Donc si tu veux, on a un peu l’impression de s’enfoncer et on a des petites dates clés comme celle d’il y a 5 jours, qui rajoutent un peu de fatigue. Je pense qu’il y a beaucoup de gens désabusés, donc nous on essaie de ne pas l'être, parce que je trouve que le journalisme, ça te crée quand même un peu un filtre pour te donner une mission et la sensation de faire quelque chose. Mais personne n’est vraiment au top ici, tu vois.
01:06:15David Dufresne
Je me doute, depuis quand tu vis au Liban ?
01:06:22Arthur Sarradin
Je suis né en France,après j’ai été au Liban, je fais mes études au Liban, moi à la base je n'étais pas journaliste, j’ai étudié le droit et la science politique dans une université, l’université Saint-Joseph à Beyrouth. Après, j’sais pas trop quoi faire de ma vie, j’avais le journalisme en tête mais je faisais un métier qu’on connaît pas trop en général quand on est pas dans les médias, c’est le métier de fixeur. Donc le fixeur pour ceux de ton chat qui sauraient pas, c’est celui qui va accompagner des journalistes étrangers ou envoyés spéciaux sur le terrain, et souvent pour leur sécurité, pour traduire, pour leur préparer leurs sujets, etc. Donc c'était un peu un métier de l’ombre du journalisme. À côté de ça, moi je me posais des questions justement si je voulais continuer dans le droit, ou si je voulais faire plus d'études, ou si j’ai voulu… Je ne sais pas faire de la politique aussi, parce que tout c’est le droit, le journalisme, la politique, ce sont des choses qui sont très liées au Liban. Toutes les chaînes ici sont politiques, plus ou moins selon des confessions aussi. Moi j'étais plutôt très laïque, très anti ce système confessionnel, etc et puis finalement, j’ai trouvé que le journaliste c'était un bon point d’entrée pour le côté fixeur, pour continuer dans une voie qui me semblait plutôt chouette. Et donc j’ai fait ça, je commençais à bosser pour des petits canards libanais, pas des grosses chaînes. J’ai bossé pour une chaîne de télé ensuite au Liban, après j’y ai fait du doc et j’en après à bosser pour Libé Et après pour d’autres chaînes, surtout françaises, je ne bosse pour presque plus aucun média libanais, j'écris parfois pour un média qui s’appelle Arabie El Jadid qui est basé au Qatar, mais plus de l’opinion et voilà, maintenant surtout en France.
01:08:18David Dufresne
On retrouve aussi ta plume dans L’Orient le Jour. On parlera tout à l’heure d’un article très très puissant que tu as publié. Alors à propos de L’Orient le Jour, je mets une couverture qui a fait le tour du monde avec un certain nombre de visages de gens qui sont morts sous les bombes le 8 avril dernier. Ce mercredi noir, carnage, est-ce que tu peux nous dire ce qui s’est passé et quelle était la situation à ce moment-là ? C'était le premier jour officiel du cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis et Israël en a profité pour bombarder le Liban salement et singulièrement Beyrouth.
01:09:11Arthur Sarradin
Oui, en fait, ce qui s’est passé, c’est que, moi je me souviens, on n’avait pas dormi cette nuit-là, parce qu’on était tous suspendus, tu vois, au cessez-le-feu, on se disait, ah, c’est bon, on va enfin pouvoir faire partie de cette désescalade et un peu, tu vois à respirer. Ce jour-là, j'étais allé dans une ville qui s’appelle Saïda, qui est à la porte du sud-liban, parce qu’au moment de la signature, l’armée israélienne avait bombardé un café. Ils avaient tué 13 personnes, blessé 25 autres, sur la terrasse de la corniche, un truc, un carnage quoi. Donc on est allé filmer ça avec un ami, et puis on s'était dit, je me souviens dès le début… Si on rentre dans le cessez-le-feu, on aura droit au bouquet final, c’est-à-dire que lors de la dernière guerre de 2024, l’armée israélienne, juste avant de sceller le cessez- le-feu avec le Liban, avait fait des opérations militaires vraiment d’ampleur. La moitié de Beyrouth avait dû évacuer, ça avait été quelque chose de très violent qui avait été vite effacé par le plaisir des civils de pouvoir retourner au sud, dans leur village, etc. Et donc, en effet, vers 14 heures, on entend une grosse explosion à Saïda. Et très vite, sur nos téléphones, on voit que ça ne concerne pas que Saïda, ça concerne aussi Beyrouth, Nabatier, Tyr, etc. Et là, on rentre à la capitale parce que, voilà, moi, des amis, on se demande, on voit que tous les quartiers ont été touchés presque dans le centre-ville, donc on s’inquiète pour les gens qu’on connaît, pour nos maisons, etc.On y va et on assiste oui, à des scènes qui étaient terribles parce que la violence de ces bombardements était telle que des immeubles entiers avaient été effondrés, que voilà, on comptait déjà des dizaines de civils, puis des centaines qui étaient emmenés vers les hôpitaux, qui étaient pour tirer des décombres, la défense civile qui était surmenée, les hôpitaux qui appellent au don du sang tous les citoyens pour pouvoir justement encaisser cette vague de blessés. Donc ça faisait partie de ces scènes qu’on voit dans les pires moments du Liban. Ça nous a rappelé nous l’explosion du port de Beyrouth, ça nous a rappelé le déclenchement de la guerre après l'épisode des bipeurs. Donc tu vois, c'était quelque chose de vraiment violent et je l’avais raconté moi à cette époque dans Libé parce que c’est là où j'écris le plus. Le plus ? Ouais, où je me lâche de plus en plus ! Sur ce que j'écris, il y avait l’impression de toucher à une limite même du journalisme dans l’incapacité qu’on avait en quelques heures de raconter l’ampleur de ce que ça représentait. Parce que l’armée israélienne l’a brandi en disant c’est 100 attaques en 10 minutes. Il y avait déjà une sorte de slogan qui avait été créé quelques minutes même après cette opération. Et en final, c'était non, 300 tués en 10 minutes. Et c'était quelque chose d’assez indicible parce qu’on n’avait pas les noms, on n’avait pas les histoires des gens, on avait du mal à avoir une vision globale, donc ouais, c’est pas facile.
01:12:05David Dufresne
Toi-même tu emploies volontiers le terme bombardement ou tu emploies le terme de frappe ?
01:12:12Arthur Sarradin
Ça dépend. En fait, pour le coup, moi, je préfère “bombardement”. Après, pour être honnête, il y a des frappes qui sont des frappes, tu vois. Par exemple, ça m’arrive dans des quartiers de voir des missiles qui rentrent, qui perforent un mur, puis un deuxième, puis qui explosent dans un appartement sans détruire l’immeuble entier. Ça, j’appelle ça une frappe. Souvent, après, il faut la qualifier. C’est souvent le cas d’un assassinat ciblé. Donc voilà on le qualifie de telle sorte quand il s’agit comme le 8 avril de bombes qui viennent faire s'écrouler un immeuble avec 26 villes qui viennent faire des dégâts dans les immeubles alentour et qui en déchire la moitié de quatre bon c’est un bombardement on n’est pas sur une frappe on est pas donc ouais ça dépend du contexte
01:12:58David Dufresne
Depuis le 2 mars, les bombardements israéliens ont tué, tu me dis moi si je me trompe, plus de 1450 personnes, dont un certain nombre d’enfants, et déplacé 1,2 million de Libanais, soit 22 % de la population. Est-ce que c’est exact ces chiffres ?
01:13:19Arthur Sarradin
C’est même plus pour les morts. Je crois que le dernier bilan du ministère de la Santé, c’est plus de deux mille vingt tués et plus de six ou sept mille blessés. On peut même, de toute manière, ajouter, parce que la guerre n’est jamais terminée. On a eu plus de 350 morts pendant le cessez-le -feu On a eu plus de 5000 morts dans la guerre de 2023 à 2024. Donc oui, c'était vraiment des bilans qui s’accélèrent. Et ce qui est très vrai, c’est de… De dire qu’on a un quart de la population qui est déplacée. Donc il y a des ordres de déplacement forcés qui concernent des zones entières, qui sont des ordre très indiscriminés de régions entières du Liban, surtout au sud du pays et dans le sud de Beyrouth, où les habitants sont invités à partir, ou sinon ils doivent faire le choix de rester ou non dans la guerre à leurs risques et périls. Et souvent le risque, c’est d'être la victime de ces bombardements. On le voit tous les jours, il y des dizaines de morts par jour au sud du Liban. Parce que les déplacements forcés, au-delà du fait que c’est illégal, etc c'était surtout pas tenable pour les familles parce qu’elles n’ont nulle part où aller, que c’est trop cher et qu’elles n’ont pas envie d’abandonner leur village non plus.
01:14:23David Dufresne
Mais toi par exemple, là tu es à Beyrouth, dans quel état d’esprit tu vis, est-ce que tu te dis, ça peut être ciblé, l’appartement d'à côté, mon immeuble, comment vous vivez les uns et les autres cette angoisse ?
01:14:45Arthur Sarradin
Moi je me dis que si on bombarde mon immeuble, c’est un peu la définition d’un crime de guerre. Alors ça n’a jamais arrêté personnellement le crime de guerres, mais moi pour le coup j’habite près d’un hôpital, je suis journaliste, j’habite, c’est un immeuble avec des vieilles personnes, avec des enfants, etc. Donc ce serait vraiment un carnage ici, nous. Ils nous tirent dessus, cela étant, c’est pas drôle du tout, mais hier on en parlait avec une voisine parce qu'à Beyrouth il y a toujours le bruit des drones, donc là on ne les entend pas, ils ne sont pas là, il y avait une sorte de trêve un peu tacite pendant les négociations, mais pendant quelques jours, après le 8 avril on a eu un drone au-dessus de notre maison pendant deux jours, et en général les drones on les entend dans Beyrouth, mais là on les entendait très bas et vraiment de notre immeuble, donc on s’est dit ah, il y a quelque chose peut-être dans le quartier, ça a créé une parano. Il y a pas mal de soldats aussi qui habitent dans mon quartier donc ils ont commencé à poser quelques questions. Mais qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que quelqu’un n’a pas fait venir un déplacé ? Moi on m’a posé des questions parce que j’héberge des amis chez moi, donc qui sont-ils ? Est ce que ça pose pas de danger pour le quartiers, etc. Donc moi ils me connaissent, donc ça va, mais je sais que j’ai des amis qui ont eu des problèmes en accueillant des déplacés. On leur a dit de les mettre dehors, on leur a créé des problèmes parce qu’il y a une paranoïa qui s’installe. Et donc ouais, ce drone, il a créé la discorde, il n’y a même pas eu de tir, il n’y a même rien. Seulement sa présence et son bourdonnement, ça a fait que les gens ont paniqué. Ça a remis une pièce dans la machine de la parano et de l’angoisse.
01:16:22David Dufresne
Justement, le tchat te demande quelle réflexion à la population de Beyrouth, quelle réflexion politique. Là on pense évidemment à Israël, on pense aux États-Unis, mais aussi éventuellement à ce soi-disant vieil ami qui est la France. Est-ce que vous avez le temps, les uns et les autres, entre voisins, de discuter politique ? Là, je te demande vraiment la température de la rue, pas forcément ce que tu vas chercher journalistiquement, parce que tu vas aller chercher c’est quoi la rumeur de la ville ? C’est quoi la rumeur de la ville.
01:17:01Arthur Sarradin
Elle est très diverse parce qu’il faut quand même revenir à ce qu’est le Liban. C’est un pays de 18 confessions. Moi, j’aime pas, c’est peut-être le côté un peu laïque, j’aimais pas réduire la position des gens à leur appartenance confessionnelle et communautaire, même si c'était évidemment fondamental dans la réflexion politique ici au Liban C’est un pays, le Liban, qui est au-delà du fait qu’il est très confessionnalisé et très très très politisé avec des récits qui sont contraires, paradoxaux et qui s’opposent de manière fondamentale. Tu me diras que c’est le cas de toutes les sociétés d’avoir des récits politiques et des mémoires qui s’opposent mais peut-être pas qui se contredisent autant qu’au Liban parce il n’y a pas d’histoire commune au Liban, les livres d’histoire s’arrêtent à 1945, le trauma de la guerre civile n’a jamais été réglé, les anciens chefs sont encore au pouvoir et donc ça se ressent aujourd’hui dans l’opinion, quand tu parles à des gens, tu vas voir des personnes qui sont par exemple quand tu interroges la responsabilité de la situation tu as ceux qui l’imputent au Hezbollah, tu as ce qui l’imputent à Israël et je ne dis pas que ce n’est pas, enfin il n’y a pas de discours, journalistiquement moi je n’ai pas à qualifier le discours plus légitime.
01:18:15David Dufresne
Non, bien sûr, ouais.
01:18:17Arthur Sarradin
Mais en fait je les comprends vis-à-vis de l’héritage mémoriel contraire des gens ici. C’est-à-dire que moi je connais quelqu’un par exemple qui considère que le Hezbollah a suicidé le Liban. C'était une des unes de la voir le jour que tu citais au moment du 2 mars, quand le Hezbollah tire ses roquettes sur le nord israélien et de facto engage une guerre qui était très attendue. On le savait d’ailleurs, je parlais de l’autre côté des autres récits, mais beaucoup considèrent que ce n'était pas au Hezbollah de faire ça, que le Hezbollah, ce qui est vrai, est une milice qui n’a pas engagé la responsabilité d’un État entier qui est censé être démocratique avec des institutions, etc. Au nom du soutien à son allié iranien. Et c’est des gens qui ont souvenir de ce que le Hezbollah a fait en Syrie, des gens qui ont le souvenir de ce que Hezbollah a fait d’assassinat politique,de l’autre côté, tu as des gens pour qui le souvenir mémoriel et le traumatisme familial mémorial principal, ce n’est pas le Hezbollah, c’est l’armée israélienne. C’est les 20 ans d’occupation, c’est les bombardements, c’est la guerre de 2006, c’est l’invasion de 2078, et récemment la guerre de 2024, c’est les discours actuels d’occupation et qui considèrent que le Hezbollah même sans particulièrement des fois l’apprécier politiquement, est la seule force militaire qui résiste à Israël au sud Liban et considère que s’il n’y a pas le Hezbollah, le Liban est perdu et que l’État est trop faible que l’armée est trop faible. Honnêtement, c’est aussi des gens qui ont raison sur ce point-là et dont on peut comprendre logiquement leurs discours quand on comprend leur mémoire. Le problème c’est que tu vois, c’est un peu des discours qui sont irréconciliables. Et c’est pas, le Liban se divise pas en deux, je dirais qu’il se divise dans ce spectre, sur ce spectre, avec des gens qui placent plus ou moins selon leur ressenti les responsabilités dans cette histoire, sont plus ou plus touchés par les conséquences de la guerre dans cette histoire, donc ça influence aussi leur discours, parce que c'était aussi facile d’avancer un discours aussi quand on n’a pas eu des proches tuées ou que sa région n’est concernée pas par les ordres d'évacuation. Ça crée un risque de divisions parce que du coup on se chamaille beaucoup dans la société à ce sujet. Et malheureusement le risque de divisions profite à la guerre et à l’armée israélienne.
01:20:36David Dufresne
Oui, bien sûr, mais est-ce que tu penses qu’il y a, tu dis, là, on se chamaille, tu parles de divisions on a tous l’image d’un pays plongé dans une guerre civile sanglante pendant tant d’années et tant d’années, est- ce que ça peut être un débouché terrible ou on n’en est pas là d’après toi ?
01:21:00Arthur Sarradin
Moi je pense qu’on n’en est pas là, j’y crois pas en tout cas. Je pense qu’il y avait un journaliste qui s’appelle Paul Khalif et qui un jour avait eu cette formule. Il disait, la guerre civile, ceux qui la peuvent ne la veulent pas et ceux qui la veulent ne la peuvent pas. Ceux qui voudraient aujourd’hui engager une guerre civile au Liban n’ont pas les moyens, n’ont pas l’arsenal. Et ceux qui en ont les moyens n’en ont pas la nécessité. Il y a un risque, par exemple, que le Hezbollah fasse comme ce qu’il a fait en 2008, quand le gouvernement avait voulu mettre un peu la coupole sur son armement, parce qu’ils prenaient trop de place dans le pays. Le Hezbollah s’est retourné contre Beyrouth, la capitale, et l’a assiégée. Donc beaucoup pensent que le Hezbollah peut le faire de nouveau. Et je ne vois pas quelles milices libanaises, peu importe qu’elles soient chrétiennes ou autres, auraient le moyen aujourd’hui de faire face à l’arsenal du Hezbollah. Et je ne pense pas que l’armée libanaise s’y risquera, parce que l’image serait terrible d’avoir une armée libanaise qui s’oppose au Hezbollah épaulés par l’armée israélienne, alors que le pays est meurtri, la plupart des généraux à qui on parle ici au Liban, ils sont contre quoi, ils disent que ce serait une catastrophe, même s’ils sont tous pour le désarmement du Hezbollah aujourd’hui dans l’institution, ils estiment que ce n’est pas quelque chose qui se fait dans la violence des bombes. C’est une négociation, c’est un travail de fond qui va prendre des années. Et c' est absurde aujourd’hui de faire peser la responsabilité sur le gouvernement libanais de ne pas avoir désarmé le Hezbollah en un an, alors que l’armée israélienne ne l’a jamais fait en 40 ans en bombardant le pays, en tuant des milliers de civils et sans se donner aucune limite dans ces opérations. Donc oui, c’est un moment du Hezbollah, on peut imaginer que c’est une bonne chose pour le Liban, ça ne se fait pas sous une guerre et surtout ça ne s’y fait pas en dix minutes.
01:22:44David Dufresne
Est-ce que tu peux nous dessiner, te demande Gabla sur YouTube, est-ce que tu peut nous dessiner le jeu politique, à quoi ressemble, non pas le jeu, mais à quoi ressemblent les forces politiques au Liban ? Il y a un gouvernement, il y a le Hezbollah qu’on connaît un petit peu, tu viens d’en parler, je pense que tu as d’ailleurs donné quelques éléments qu' on n’entend pas toujours et ça fait du bien d’entendre et d’apprendre, en gros c’est quoi l'échiquier politique à grand traits ?
01:23:12Arthur Sarradin
Mais, pour résumer en une minute, on a eu 15 ans de guerre civile au Liban, de 1975 à 1990. À ce moment-là, les militaires, les chefs de guerre ont signé des accords qu’on appelle les accords de TAF, qui sont des accords d’amnistie, et du jour au lendemain, ils ont troqué le treillis pour le costume de politiciens. Et tous ces chefs de milice sont devenus des hommes politiques, et toutes ces milices sont devenues des partis. Donc elles sont éminemment confessionnelles parce que le Liban est ce qu’on appelle un état consociatif. Il y a 18 confessions reconnues, pleines de chrétiens, des sunnites, des druses, des chiites, et chacun doit avoir sa voix au chapitre selon la constitution. Cela étant, il n’y a pas une milice pour les chrétiens et une milice pour les sunnites. Chaque confession est représentée par plusieurs parties. Les chrétiens par exemple, tu vas avoir ce qu’on appelle les forces libanaises, les phalangistes, les cathètes le Parti Le Courant du Futur, qui était le parti de l’ancien Président donc, s’il y a plusieurs partis chrétiens, c’est qu’il y a des divisions au sein de la scène politique chrétienne. Donc, elles sont équitablement réparties dans les institutions. Au Liban, le président doit être chrétien maronite, le premier ministre de droite doit être sunnite, le président du Parlement doit être chiite. Et disons que le paysage politique se compose encore avec ces vieux groupes au Parlement. Cela étant, en 2019, il y a eu un grand mouvement de manifestation populaire très important au Liban qui a fait émerger des forces laïques et anti-système, anti-milices, anti sectaire, pro-démocratie, pro justice sociale, pro tout ce que tu veux, qui ont eu très siège et donc il y a quand même un courant un peu troisième voie qui existe, qui est culturellement populaire mais institutionnellement très faible au Liban et qui arrive à faire des trucs mais qui n’est pas très très influent et qui n’a pas toujours, enfin qui voit aussi très divisé un peu à l’image de la gauche tout le temps.
01:25:21David Dufresne
Oui, c’est ça, c’est le défi local.
01:25:24Arthur Sarradin
Euh ?
01:25:26David Dufresne
Ah tu dirais pas ça !
01:25:27Arthur Sarradin
Alors en fait non mais c’est drôle parce que c'était vrai que ça se pour le coup c'était un courant qui est donc très politisé et qui est beaucoup moins confessionnel et qui n’arrive pas à s’unir parce que tu as des très libéraux un peu Macron, enfin je vais pas dire Macron. Par exemple, il y a des partis politiques qui se réclament de ce mouvement-là et qui font partie de cette coalition, qui sont vraiment des très libéraux. Tu en as d’autres qui sont plutôt, je pense, un type comme Sharon Nahas que tu peux plus se représenter comme un Mélenchon, qui est avec un parti très structuré, qui est aussi malheureusement très autour de sa personne. Tu as des mouvements sociaux-démocrates, tu as des mouvements communistes. Il a été historiquement confessionnalisme au Liban, donc il n’a pas très bonne réputation, mais t’as des partis plus anarcho-syndicalistes aussi qui existent donc voilà il y a quand même de la diversité politique dans ces petits mouvements là mais le pays oui est phagocyté par ces anciens partis et oui le paysage politique s’y ressent parce qu’il est héritier de toutes les les divergences des uns et des autres, l’héritage mémoriel de la guerre civile qui pollue souvent donc aussi, vu que le pays a connu beaucoup d’assassinats politiques, on va dire même pendant la guerre civile et après la guerre civile, ça pèse encore sur le jeu politique et justement dans cette appréciation qu’on a de la démocratie parce que les gens réagissent un peu sentimentalement avec ces mémoires-là.
01:26:59David Dufresne
Arthur, je suis, mais alors, sous le charme et admiratif de ton éloquence, de ton savoir, c’est un bonheur que de t'écouter. Je vois que Yohanna Brette nous rejoint pour la dernière partie. Yohanna, ne m’en voudra pas si je te garde encore quelques instants, mon cher Arthur, parce que tu as donc gagné, alors c’est de l’autre côté de la frontière, d’une autre frontière c’est la Syrie, tu as gagné le grand prix du livre du journalisme la semaine dernière. D’ailleurs, tu n’es pas venu le chercher, tu es resté à Beyrouth, tu étais annoncé le week-end dernier à Toulouse, mais tu es resté à Beyrouth, on comprend tout ça. "Le nom des ombres, sortir de l’enfer concentrationnaire syrien". Et ce que tu as vu dépasse l’entendement, ce que tu racontes dépasse l' entendement.
01:28:02Arthur Sarradin
Oui, je sais, j’ai un peu l’impression aujourd’hui au Liban d'être dans la même quête qu’avait été ce livre. Dans cette idée de nommer les choses et de prendre un recul que l’actualité a du mal à nous donner. C’est pour ça que j’invite aussi les gens à lire ce livre, même s’ils sont intéressés au Liban et pas forcément à la Syrie. On s’intéresse souvent moins à la Syrie parce que disons qu’on a eu en France, je trouve une sorte de compromission avec le régime Assad, peu importe de quel parti politique on parle. Ça n’a jamais été un sujet central, la vie des Syriens. On a une histoire qui est très complexe avec la Syrie, qu’on ne connaît pas souvent. C’est souvent une zone d’ombre, même du discours de gauche, et je le dis parce que je m’inscris aussi dans ce discours, faut pas pas se mentir. Donc je le dis aussi, c’est pour ça que c'était bien de lire un peu sur ce sujet qui est la Syrie et qui est l’univers concentrationnaire. Moi quand je suis arrivé en Syrie, c'était le 8 décembre 2024, c'était le jour de la chute d' Assad. Avant on ne pouvait pas rentrer en tant que journaliste, quand j’ai appris que Assad était tombé par un ami, je suis rentré tout de suite et on est arrivé avec les rebelles carrément à Damas et tout de suite il y a deux lieux qui me sont venus en tête, le palais d' Assad, dans lequel je suis entré, qui était vide, et qui était le symbole d’un hubris un peu coquille-vide. Et puis la prison de Saidnaya qu’en Syrie les gens surnommaient l’abattoir humain et qui était un modèle concentrationnaire où des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, exécutées dans une dimension exterminatrice et qui a duré depuis les années 80, et qui est en fait l’une des branches d’un système beaucoup plus vaste, d’un archipel d’univers concentrationnaire qui s'étendait à toute la Syrie.
01:29:52David Dufresne
Tu écris, tu écris les prisonniers de, pardon si j'écorche le nom, Saidnaya comment tu dis ?
01:30:00Arthur Sarradin
Sajn Ṣaydnāyā
01:30:03David Dufresne
Ils arrivaient dans les camions à viande, étaient battus, on les traitait comme des animaux, on remplaçait leur nom par un numéro. Ils n’avaient pas le droit de parler à personne. Des pièces de 20 à 30 mètres carrés dans lesquelles 200 à 300 personnes étaient entassées, souvent nues, alignées face à face, en rangées. Et tu as vu des choses qui en rappellent d’autres, peut-être que tu peux nous le dire quand même, parce que c’est important.
01:30:31Arthur Sarradin
Parce qu’on parle de dimension concentrationnaire, donc moi je ne vais pas faire forcément des comparaisons historiques, mais je cite Primo Levi dans le livre, je cite ce qu’ont été aussi des auteurs qui ont connu l’univers carcéral-chilien. Moi je me suis beaucoup plongé dans la littérature carcérale mondiale pour écrire ce bouquin. Pour le faire vite, c’est que quand on rentre à Saidnaya, moi, la première chose que j’ai vue, c’est des gens qu’on appelle les déconnectés. C’est-à-dire des gens qui ont été tellement torturés, qui ont tellement été frappés par l’horreur, qu’ils ont perdu la voix, ils ont oublié leur prénom. Et comment, journalistiquement, tu racontes ces gens-là quand ils ne peuvent pas te parler, quand ils ne reconnaissent même pas leur propre famille ? En fait, ils partent de là, ce bouquin, et ils partent d’une interview que j’ai eu avec un jeune d’un ami dans son quartier qui, après 13 ans de tortures, m’a parlé pendant trois heures. Et moi j’avais rien à enlever de son témoignage parce qu’il était parfait et qu’il n’y a aucun journal, aucune radio, aucune télé qui peut diffuser 3 heures de témoignages, mais un livre le peut. Et donc la quête de ce livre, ce n’est pas un livre d’historien, ou ce n'était pas un essai, c’est un livre où le fondamental c’est la quête des mots. C’est pour ça que je dis qu’il résonne avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est l’idée d’avoir un rapport collégial à la construction mémorielle, d’avoir un récit qui est très du terrain, très accessible avec vraiment des récits de vie, avec des histoires sur la Syrie on va raconter aussi l’histoire du régime pour ne perdre personne en route et que tout le monde comprenne. C’est un livre qui est dur, je le dis pour ceux qui veulent, j’invite quand même à le lire, il est très très dur, mais c’est un livre que moi j’ai voulu très poétique parce que ça remet aussi un peu cette production humaine au cœur du récit. C’est le livre qui se finit par la vie, donc c'était quand même une victoire à la fin. La Syrie est quand même une Révolution qui réussit, il y a des gens qui sont libérés, mais c’est aussi des souffrances. Mais on se rend compte quand même que cette quête des mots pour raconter, cette quête des mots, pour essayer de nommer des choses terribles et réussir à construire un récit commun, ça mène quand même à quelque chose. Et donner du temps et du goût à la justesse des mots, ce n’est pas une vaine affaire. C'était la quête du livre et je trouve que les Syriens qui participent et qui font ces longs témoignages qui apparaissent dans le livre et ces longues histoires de vie elles donnent cette leçon qui dépasse la Syrie et qui est très belle.
01:33:14David Dufresne
Lamelooms dit : Arthur est passionnant, c’est vrai que tu es passionnant. Si vous voulez avoir un aperçu de l’humanité d’Arthur et du style d’Arthur, il y a cet article absolument bouleversant que tu as publié, je parlais tout à l’heure d’un article dont je voulais signaler l’existence, c’est celui-ci. « Un arabe est mort » par Arthur Sarradin, c’est toi. Après deux années à couvrir la guerre pour plus d’une dizaine de rédactions européennes, l’auteur, s’est heurté, c’est toi, a une évidence. Nos récits se brisent sur la vie arabe. On sent poindre une forme de dégoût de ce que ce que d'être correspondant, notamment les chaînes de télé qui te demandent… Bon, voilà, je laisse découvrir. Arthur, c'était absolument passionnant de t'écouter. Je suis désolé d'être obligé de couper. On a quand même parlé d’une petite demi-heure, mais si tu as du temps, on pourrait refaire une émission plus complète un jour. Mais là je te sens fatigué, tu es fatigué, t’as beaucoup de choses à faire. Petite question, c’est quoi cette affiche derrière toi ?
01:34:25Arthur Sarradin
C’est un film, alors bon, je vous invite à lire mon bouquin parce que voilà, il faut lui donner de la force, mais je vous invite aussi à voir ce film. Il s’appelle El Habo el Kebab, donc le terrorisme et le kebab. C'était un vieux film égyptien avec Adel Imam en guest, c’est à un immense acteur égyptien. Et pour la blague, c’est une grande critique de l’administration égyptienne. C’est l’histoire d’un père qui veut changer ses filles d'école. Il rentre dans un des plus grands bâtiments administratifs du Caire, il se retrouve face à des employés incompétents, des bigots religieux qui prient toute la journée, qui n’ont pas le temps de s’occuper de lui, des politiciens corrompus. Puis finalement, il s'énerve, il y a une fuite de gaz, tout le monde pense que c’est lui qui a provoqué l’explosion, l’armée encercle le bâtiment, elle lui demande sa revendication, et en fait lui, il ne sait pas quoi demander, donc il demande du kebab. L’avion est trop cher et donc c’est une grande comédie sur l’administration et sur ces petites luttes qui des fois apparaissent et voilà on sait pas trop comment les gérer donc voilà c'était un très bon film
01:35:31David Dufresne
Arthur Sarradin, magnifique, merci des cœurs, merci Arthur, il est bon, vivement qu’il revienne. Voilà, le tchat est en feu, surtout, écoute, si ça peut te mettre un peu d'énergie, de courage à toi et à tes voisins, eh ben tant mieux, c’est super. Et n’hésite pas, voilà, on se réécrit bientôt. Merci beaucoup, à bientôt, salut, salut Arthur. Voilà chers amis, bah écoutez, il faut enchaîner, c’est les lois des matinales. Vous avez voulu une matinale, vous l’avez, voilà, maintenant c’est comme ça. Hop hop hop, bonjour ! Bonjour ! Je suis désolé, je suis désolé. Bonjour !
01:36:20Yohanna Brette
C’est même moi qui suis désolée de ne pas m'être connectée plus tôt. J’aurais adoré pouvoir écouter Arthur un peu plus longuement, ce qui est absolument passionnant ailleurs. Donc à écouter, j’imagine que c’est pareil.
01:36:30David Dufresne
Vous avez lu son livre ? Non, peut-être pas ?
01:36:32Yohanna Brette
Non, pas mal d’articles et j’ai suivi un petit peu sa carrière, donc je sais qu’il a été récompensé dernièrement. Je ne sais pas si j’aurais le courage de lire le livre, mais en tout cas, félicitations.
01:36:41David Dufresne
Et pourtant, du courage, vous en avez, Yohanna Brette porte-parole du collectif au nom magnifique les Filles du DC10, depuis l’ouverture du procès en appel dans l’affaire des soupçons de financement libyen, on reste un peu dans la région, de Nicolas Sarkozy, financement Libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy, Le collectif que vous représentez, les filles du DC10, tente de faire entendre sa voix au palais de justice de Paris. Vous avez été entendus il y a quelques jours. Le procès en appel court jusqu’au 3 juin, et nous avons 20 minutes, une demi-heure si vous voulez pour vous écouter. D’abord comment allez-vous ?
01:37:32Yohanna Brette
Eh bien écoutez, pas trop mal, c’est la fin d’un long week-end, après quand même une semaine très intense qui était dédiée exclusivement à Nicolas Sarkozy et à ses auditions. Donc ça a été trois jours assez éprouvants pour nous, assez longs, mais on s’apprête mardi à entendre sa défense, l’interroger. Donc on espère peut-être, nous avons une petite lueur d’espoir d’entendre des moments de vérité.
01:37:59David Dufresne
Mardi dernier, je crois, vous étiez sur le parvis du palais de justice avec vos copines, parce que c’est comme ça que vous vous appelez
01:38:10Yohanna Brette
Oui, tout à fait. On se connaît tous malheureusement depuis 36 ans, mais c’est aussi des belles relations qui se sont créées au fil des ans. Donc oui, il y a un côté sororité ou copinage quand on se retrouve. Il y a aussi du beau fond.
01:38:23David Dufresne
Voilà et donc vous étiez sur le parvis, je vais essayer de retrouver la photo, le parvis du palais de justice. Vous teniez toutes dans vos mains la photo de vos proches, vous-même vous aviez deux ans au moment de l’attentat du DC10, votre mère était hôtesse de l’air, elle est décédée. Et ça a son importance, vous allez être pupille de la nation, on va comprendre tout à l’heure pourquoi ça a son importance. Mais d’abord racontez-moi cette photo que je suis en train de chercher, ce geste là, qu’est-ce qu’il veut dire pour vous ?
01:39:04Yohanna Brette
Cette photo, elle date de l’ouverture du procès, très exactement du 16 mars. Et en fait, c’est une photo qu’on a voulu refaire, car elle existait déjà de 80. Voilà, c’est celle-ci elle existait en 99. C’est une photo qui a été faite avec les membres de famille disparus au moment du procès qui a eu lieu contre les terroristes responsables de l’attentat. En 99, nous avons eu un procès d'à peine trois jours qui a jugé les six organisateurs et commanditaires de l’attentat du DC10 d' UTA où les personnes ont été jugées par contumace, c’est-à-dire absents du box mais ont tous été condamnées à de lourdes peines, dont notamment Abdallah Senoussi, responsable de l’attentat, beau frère de Mouammar Kadhafi et élément majeur de l’affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy, lui a été condamné à perpétuité avec un mandat d’arrêt international qui court encore, donc c' est à dire que si nous devions l' attraper, Ils devraient venir. Purger cette peine de prison en France.
01:40:06David Dufresne
Oui, parce qu’il y a un certain nombre de gens qui sont morts, comme on le sait, dans cette affaire, mais lui, il est toujours bien vivant.
01:40:13Yohanna Brette
Oui, les dernières nouvelles, il est toujours bien vivant, emprisonné en Libye suite à la chute du régime. Donc voilà, nous les dernières nouvelles qu’on a, il est toujours en vie, plutôt en forme et sous la sécurité libyenne.
01:40:28David Dufresne
Alors, je ne dois pas trop me tromper, il me semble que votre magnifique chevelure est en haut à droite de cette photo, et ce que l’on voit, c’est que vous tenez dans votre main, j’imagine, une photo de votre mère et de vous, enfant, bébé, deux ans, quoi, hein.
01:40:46Yohanna Brette
À peine un an et demi, j’avais très exactement un an et demi au moment de son décès, donc oui, oui, j'étais toute petite.
01:40:51David Dufresne
Vous étiez toute petite. Il faut rappeler que nous sommes le 19 septembre 1989. Le vol UTA 772 DC-10, enfin l’avion c’est un DC 10, explose au-dessus du Niger ; 150 personnes vont mourir, dont 54 français. L’attentat là-dessus, c’est sûr et certain, est commandité par le régime libyen de Kadhafi. Régime libyen qui est soupçonné d’avoir financé Sarkozy je le disais tout à l’heure, en fait, la République, parce que c’est comme ça, la Nation vous prend dans ses bras, d’une certaine manière, vous êtes pupille de la Nation et je dis que ça a son importance. Je vous laisse nous expliquer pourquoi.
01:41:43Yohanna Brette
Petite précision, il y a eu 170 morts quand même dans l’attentat. On dit 54 français, mais en fait il y a 142 binationaux qui étaient dans cet avion. Moi aussi je trouve que c’est un détail qui a une importance certaine. 54, ça fait court, 142 c'était un peu plus correct et puis surtout 172. Alors effectivement, moi étant mineure à moment de l’attentat, il y as eu une proposition qui se fait de la Nation qui est du coup d’adopter ce qu’on appelle les orphelins, soit les orphelin de guerre ou les orphelins victimes de terrorisme. Donc, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l'État vous adopte. Donc, vous rentrez dans l’idée que c’est votre pays qui va vous aider à devenir un citoyen, donc, c' est à dire à faire partie du système en ayant droit à une éducation qui soit plutôt bonne, mais aussi en vous soutenant dans les différentes zones de votre vie, donc que ce soit vos études, votre mariage, construire votre vie, et ça a été pour moi d’une importance capitale, parce qu’effectivement, j'étais orpheline, donc je suis passée de foyer en famille d’accueil. Enfin voilà, j’ai eu un circuit assez chaotique, on va dire, jusqu'à l’adolescence et c’est ce qui a aussi été pour moi la plus grosse déception et ce que j’essayais de faire valoir aux yeux du tribunal, c'était ce sentiment d’abandon de mon pays, d' abandon de mes représentants en sachant qu’ils n’ait plus à aller fomenter en direct avec un régime terroriste et plus particulièrement avec le terroriste responsable du plus gros attentat encore aujourd’hui et espérons que ça en soit aussi perpétré contre notre pays.
01:43:17David Dufresne
Oui, là vous nous parlez d’abandon, mais j’avais lu le compte rendu de Franck Johannès dans le Monde. Alors je ne sais plus si c'était vous ou l’une de vos copines du collectif, mais qui allait jusqu'à parler à raison de trahison.
01:43:34Yohanna Brette
Je pense que ce n’est pas mes mots, je pense que c’est les mots de Mélanie, mais c’est un sentiment qu’on partage avec Mélanie. On a un peu près le même âge et on a un circuit assez similaire dans l’idée que voilà, on a été toutes les deux pupilles de la nation et c'était quelque chose qui nous a servi dans l’idée que ça nous a aussi donné un cadre, si vous voulez, ou pupille de la Nation vous êtes élevée un peu dans l 'idée que quoi qu’il arrive, vous avez ce filet de sécurité, donc vous avez le cadre étatique et ce qui vous permet de comprendre un peu les règles et puis d’accepter de voir un plus grand que soi. C’est à dire, moi j’ai tendance à dire que, plus jeune, j’avais cette phrase qui était la nation vaille qui vaille quoi, la République vaille qui vaille au-dessus de moi. Donc bon, quand on voit que la République a été représentée par des hommes qui sont aujourd’hui déjà condamnés, présumés innocents à nouveau mais en situation de justiciables comme les autres, c’est particulier.
01:44:30David Dufresne
Il y a d’ailleurs, dans votre collectif, parfois de la colère, et je parlais de trahison parce qu’il y a même certaines d’entre vous qui ont pu voter Sarkozy qui ont pu être de ce camp-là, pensant que c'était un homme d'État, et d’où le sentiment abyssal qui les habite aujourd’hui.
01:44:55Yohanna Brette
Oui exactement, là pour le coup vous citez Maryvonne Raveneau.
01:44:58David Dufresne
Exactement.
01:45:01Yohanna Brette
C'était très important pour elle de le dire, elle avait cette volonté dans sa colère qui est parfaitement légitime d’expliquer que c'était pas du tout une haine politique ou une colère qui était fondée sur de la politique mais bien sur ce sentiment de trahison parce qu’elle a cru en cet homme et en ses hommes et c’est vrai que pour moi aussi c' est important de témoigner aujourd’hui parce que moi c’est des gens de ma famille qui sont morts mais j’ai un grand-père et un oncle qui ont aussi cru beaucoup en Nicolas Sarkozy. On l’a rencontré avec mon grand-père quand j'étais adolescente et vraiment il est venu à notre rencontre nous serrer la main, moi me mettre la main sur l'épaule en m’expliquant qu’il était important d'être courageuse et de bien grandir après nous avoir fait un discours nous expliquant que les victimes seraient toujours au centre de sa politique et qu’ils seraient toujours à nos côtés donc vous voyez ce message il était aussi important à transmettre.
01:45:52David Dufresne
Je vais mettre 30 secondes d’un passage télé que vous devez connaître par cœur, parce qu’il y a un terme que certaines d’entre vous, vous avez employé il y a quelques jours à la barre de la cour d’appel, je le mets, ça dure 30 seconde et c’est toujours un régal.
01:46:30Vidéo
De la justice française hier aussi. Quelle indignité nous sommes sur le service public. Vous en avez parlé vous-même hier soir. Vous n’avez pas honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison, qui a été condamné à d’innombrables reprises pour diffamation et qui est un menteur. Ce n’est pas l’idée, voyez-vous, que je me fais du service public, c’est une honte.
01:46:56David Dufresne
Alors la question effectivement, pardon pour le réglage sonore, mais ce qui comptait c'était surtout la réponse, quelle indignité, et donc Pujadas ce jour-là, ça lui est arrivé dans la vie, c’est ce jour là, il a fait son métier, il a posé la question qui tue à Sarkozy sur les soupçons de financement, on est en 2017, c’est la campagne électorale, Et en fait, Sarkozy, on va revenir sur le thème indignité, mais il joue sur quelque chose qui vous a aussi finalement habité, si j’ai bien lu les papiers vous concernant, c’est que en 2012, quand Mediapart arrive, Fabrice Arfi arrive, avec ce qui est alors une théorie, vous ne pouvez pas y croire, parce que vous êtes pupille de la nation, parce que Sarkozy vous a mis la main sur l'épaule, et donc c' est pas possible qu’il y ait toute cette affaire.
01:47:54Yohanna Brette
Ah oui, c’est impossible, et puis au-delà du personnage de Nicolas Sarkozy. C’est-à-dire moi j’ai grandi, en plus à ce moment-là je travaillais, j'étais bénévole, je ne travaillais pas encore, pour l’association française des victimes du terrorisme. Et c’est- à dire que nous on entend depuis toujours qu’on ne négocie pas avec les terroristes. C’est-à-dire qu’aller à la rencontre de quelqu’un qui a cette responsabilité vis-à -vis de nos concitoyens, c’est impossible. Donc effectivement, les premiers articles de Mediapart on est un peu estomaqués. On se demande d’où vient cette idée ? Qu’est-ce qui fait qu’ils veulent creuser ? Et en fait, assez vite, leur travail qui a été fondamental dans cette affaire est fondamental. Être témoins de leur pugnacité, de leur intérêt, puis aussi de leur bienveillance dans toute cette affaire, mais révèle assez vite le nom d’Abdallah Senoussi et à partir de là, ça allume des petites lumières dans nos cerveaux et on dit, il y a un fil à dérouler, il faut qu’on suit et puis il faut que l’on soit acteur de ce qui va se passer dans les années à venir.
01:49:03David Dufresne
Le terme indignité, vous l’avez ressorti face à l’intéressé il y a quelques jours au tribunal.
01:49:14Yohanna Brette
Oui, je pense qu’on a tous, et très nombreux, à être marqués par cette séquence, justement. Oui, il y a eu cette volonté de reprendre ces mots, de le citer, de faire vivre aussi ces propos qui ont été pour nous un peu des couteaux plantés, ou en tout cas des sentiments d’injustice renforcés, notamment à travers tout le déroulé médiatique qu' on a eu après le jugement de première instance, son incarcération, la sortie son livre où on a été nombreuses, Maryvonne Raveneau également, comme moi, a eu besoin de réciter ces mots quand il citait Antoine de Saint-Exupéry avec lettre à un otage où il parle d’un désert, nous expliquant que le désert de la santé était quelque chose de terrible, alors que pour nous le déserte est une tombe. Donc vous voyez, on avait ce sentiment de ne pas être déjà entendus et puis que notre parole, une fois de plus, n'était pas respectée par Nicolas Sarkozy, du part de son entourage, parce qu’il est quand même supposé être bien entouré.
01:50:18David Dufresne
Alors, il y a l’indignité, vous en parlez, c’est notamment la médiatisation qui a entouré, on se souvient, le verdict de la première instance, puisqu’il y a très peu de journalistes, vous allez pouvoir nous en parler, l’incarcération spectaculaire, au sens mise en spectacle par Sarkozy, puis il y a Sarkozy lui-même et j’avoue, je n’ai pas acheté son livre, je ne l’ai pas lu mais j’ai découvert il y a quelques jours un petit passage qui vous concerne, vous, les familles des victimes, qui est parfaitement odieux puisque Nicolas Sarkozy souligne que les famille ont négocié avec le régime libyen l’accord d’indemnisation à hauteur de un million d’euros pour chacune et qui lui paraît donc ouvrez les guillemets, difficile quand on lui reproche, on me reproche et écrit-il, des relations diplomatiques avec le régime Libyen. Entendez bien, les amis, vous êtes sur France Déter, allez, 8h53, Nicolas Sarkozy vous dit bah puisque vous avez négocié des dommages et intérêts, ce qui est quand même le minimum, vous n’avez rien à dire parce que moi j’ai fait de la diplomatie, comme vous, vous l’avez fait, c’est ça ?
01:51:40Yohanna Brette
Oui, oui, c’est tout à fait. Alors vraiment, nous, le livre, c’est pareil, on ne l’a pas acheté, on nous l’a gentiment envoyé par PDF, puis on n'était pas bien courageuses au départ pour le lire, donc on a fait des recherches par mots-clés, vous voyez..
01:51:51David Dufresne
Bien sûr.
01:51:53Yohanna Brette
Donc on est très rapidement tombé sur ces deux magnifiques pages nous étant dédiées. Et alors là, on est tombé de notre chaise, parce que c’est un ensemble de mensonges. On avait fait un communiqué de presse le lendemain pour démonter les quatre mensonges. Je pourrais plus les reprendre de mémoire, mais notamment celui-ci qui était cette idée qu’effectivement on avait négocié avec le régime libyen, donc ça pouvait justifier le fait que lui faisait la même chose. C’est terrifiant parce que déjà, cette indemnisation, on est allé la chercher à la force de nos bras. On n’a pas du tout été soutenus au départ par notre gouvernement et par notre politique. Les personnes qui s’en sont souciées, y sont allées avec leur propres deniers, leur propre traducteur et leur propres hommes de loi. Donc, c'était un peu, je pourrais pour rester polie, gonflé de sa part de venir nous chercher là-dessus et qu’il a été assez rapidement retoqué de toute manière par nos différents avocats et nos différents soutiens, parce que cet argent, alors il s’agissait d’un million de dollars, donc un peu moins d’1 million d’euros, c'était quand même la condition pour que nous, orphelins, on ait aussi une chance de grandir et d'être dans un cadre sécurisé qu’en l’occurrence ne nous accordait pas nos politiques de l'époque. Donc c’est assez douloureux d’entendre ça, c’est un genre aujourd’hui, tout le monde a vécu avec. Nous permet aussi d'être en justice aujourd’hui le procès des financements libyens parce qu’il faut dire que ça s’est joué tout à nos frais, c’est à dire que personnellement je viens de province donc il faut assumer beaucoup de choses pour être présente au tribunal régulièrement donc vraiment il faut être né avant la honte pour oser dire des choses comme ça.
01:53:36David Dufresne
Absolument, absolument. Alors, on vous reproche finalement de venir dans un procès qui ne vous concerne pas directement, c’est grosso modo ce qu’il dit. La chose jugée c'était le financement illégal de la campagne de 2007 de Sarkozy et donc il se trouve des avocats qui font leur métier pour le coup pour dire bah écoutez vous c' est une autre affaire, vous n’avez pas à être là, vous ne êtes pas finalement victime de ça. Qu’est-ce que vous répondez à cette autre violence ?
01:54:15Yohanna Brette
Oui, c’est une autre violence, quand on a décidé de se porter partie civile, il y a eu ce qu’on appelle une audience de fixation, donc c'était l’organisation du jugement qui va avoir lieu. Et l’avocat de l'époque de Nicolas Sarkozy, Maître Herzog, qui depuis a été condamné dans une affaire de corruption avec Nicolas Sarkozy perdant son droit d’exercer, donc vous voyez quand même quelqu’un d’assez impliqué dans la vie judiciaire de Nicolas Sarkozy, a eu cette très jolie phrase de dire « Les familles du DC10, elles ont vu de la lumière, elles sont rentrées ». Donc, c’est-à-dire qu’on nous reprochait de confondre un petit peu l’affaire de notre affaire et notre drame, qui est l’attentat, et cette histoire de financement libyen. Mais ce qu’il faut comprendre, parce qu’ils ont essayé de rendre quand même cette affaire très compliquée, mais en deux phrases qui est très simple, c’est que Nicolas Sarkozy, dans son ambition de devenir président de la République, a eu besoin d’argent, même s’il le nie, il a eu à un moment besoin d’argent. Cet argent, il l’a choisi d’aller le chercher auprès d’un régime terroriste, qui est le régime de la Libye et pour pouvoir obtenir cet argent auprès du guide, de Muammar Kadhafi, il a fait différentes promesses. Et l’une de ses promesses était de réhabiliter, ou en tout cas de réétudier la situation pénale d’Abdallah Senoussi, beau-frère une fois de plus de Muammar Kadhafi condamné à perpétuité en France pour le plus gros attentat perpétré contre notre pays. Et c’est à ce moment-là que nous, on intervient parce que pour pouvoir faire ces promesses, il a engagé deux hommes qui lui sont proches, qui sont Brice Hortefeux et Claude Guéant et que ces hommes-là ont rencontré contre tout circuit diplomatique, c’est-à-dire sans sécurité, sans prévenir les diplomates sur place, sans même des traducteurs, sont partis à la rencontre de ce terroriste et l’ont rencontré et encore aujourd’hui sont bien incapables de justifier les échanges qu’ils ont pu avoir en direct avec Abdallah Senoussi.
01:56:06David Dufresne
Alors en deux mots, cette deuxième audience, pas d’audience mais deuxième comment on appelle ça tout d’un coup, oh j’oublie.
01:56:16Yohanna Brette
L’appel.
01:56:19David Dufresne
L’appel, voilà. Est-ce que vous sentez des différences dans la défense qui était bien trouvée en première instance, voilà, c'était le terme que je cherchais. Qu’est-ce-que vous ressentez, voilà, tous ces débats auxquels vous assistez depuis maintenant un mois, qu’est ce qui s’en dégage ?
01:56:38Yohanna Brette
Alors moi je trouve que c’est des hommes qui, globalement, sont fatigués, je pense que c’est éreintant quand même ce genre de choses. C’est des hommes vieillissants aussi, et c' est vrai qu’on sent… Alors c’est un ressenti très personnel. Moi je sens une tentative de s’humaniser un petit peu auprès de nous. C' est à dire qu' on a le droit à certains sourires, à des politesses auxquelles on n' avait pas forcément le droit au premier instant. Et à contrario, spécifiquement Nicolas Sarkozy, pour le coup lui est vraiment… Il regarde droit devant lui et lui qui en premier instant tentait de nous amadouer avec des sourires et des politesses, n’a eu aucun regard pour nous, pas même lors de témoignage. Je ne le regardais pas spécifiquement, mais il a été dit qu’il regardait le plafond, l'écran, pour vraiment éviter au maximum notre regard. Donc cette sensation est une fois de plus assez particulière en termes d’humanité. Et après, pour vraiment parler du cœur des débats, le juge, j’ai mangé son prénom se pose quand même beaucoup de questions. Il y a une journaliste qui a eu ce terme, qui a un côté un peu boa constrictor. C’est une sensation qui tourne autour et puis au fur et à mesure l'étau se resserre. Et ils les mettent un peu en difficulté, et ils sont en difficulté. À nouveau, ils ont beaucoup de mal à justifier leurs actes et leurs choix, qu’ils soient politiques, diplomatiques ou humains.
01:58:11David Dufresne
Et le fait de Olivier, Olivier Geron voilà, c’est ça, merci. Merci Euryale toujours là, à la modération. Mais vous qui êtes victime, j’imagine que ça doit être difficile d’apprécier le spectacle de désolation parce que pour vous c'était encore une violence, mais ça doit être quand même quelque chose d’entendre un Sarkozy défoncer tous ses copains, les abandonner, en rase campagne, les chargeant, si j’en crois les compte rendu que je peux lire dans Mediapart ou dans le Monde, enfin il y a quelque chose absolument renversant. Qu’est-ce que vous ressentez ? Ou peut-être que vous n’avez pas de place pour ressentir quoi que ce soit par rapport à ça ?
01:58:57Yohanna Brette
C’est-à-dire que nous, on s’attache à essayer de ne pas perdre notre humanité dans cette affaire. Donc on a choisi parfois un peu la voie de l’humour à travers notre contre-Instagram, mais on s’attache à avoir quand même toujours des émotions et des sentiments, parce que c’est aussi ce qui nous rend vivants. Et c' est vrai que c' est très étonnant et désolant à voir. Enfin, je veux dire, il a des mots qui sont très piquants en plus, c’est -à -dire qu’il va vraiment aller pointer les copains, les abandonnant assez lâchement. Il y a eu un très beau dessin de Coco cette semaine où on voit un petit Nicolas Sarkozy marchant, un pied sur la tête de Guéant et un autre pied sur la tête d' Hortefeux. C'était vraiment ça, c’est vraiment ce qu’on a vu cette semaine quoi. Donc après ce sont des choix et j’avoue qu’en termes d’exemples de loyauté,c’est assez désolant, mais bon, voilà. C’est aussi l’admiration d’un certain côté.
01:59:57David Dufresne
Oui, c’est-à-dire que lui balance pas, c’est ça ?
02:00:00Yohanna Brette
Non, lui balance pas, Claude Guéant ne balance pas. Personne ne balance, au final, ce sont quand même des types qui se serrent les coudes. C’est assez impressionnant. Donc on se demande, dans curiosité un peu intellectuelle, comment il les tient, parce qu’on a bien vu, et principalement en première instance, ce côté clanique où tout le monde regardait vers le chef pour savoir s’ils avaient utilisé les bons mots, si c'était les bons termes, si c'était bien ce qu’il fallait dire. Il y avait un côté un peu il fallait chercher la validité auprès du patron. Et c’est vrai qu’on se demande, comment ça se fait qu’après tant de déboires, ce soit un homme qui soit encore soutenu par ses sbires.
02:00:39David Dufresne
Et pour terminer, qu’est-ce qu’il y a au menu cette semaine ? Donc, il y a Sarkozy qui va maintenant répondre aux questions de vos avocats.
02:00:48Yohanna Brette
Tout à fait, alors non pas nos avocats, de la défense.
02:00:52David Dufresne
De la défense pardon, oui oui oui.
02:00:53Yohanna Brette
Par le parquet et par nos avocats de la partie civile, donc là c’est vraiment les avocat de la défense mardi. Alors on espère que l’avocat de Claude Guéant, qui est absent et qui sera absent sur l’ensemble des débats pour des raisons de santé, va défendre à cor et à cri son client parce que je pense que Claude Guéant a des questions et doit se sentir très très mal de ce dont il a pu être, des propos qu’on a pu lui ramener parce qu’il a été lâchement lâché par celui qui était son N plus 1 pendant longtemps. Et en fin de semaine, on part sur un autre volet, vraiment qui est un volet corruptif, avec un des personnages centraux qui est Alexandre Djouhri qui est intermédiaire et qui est absolument rocambolesque, et qui a écouté à la barre et assez fascinant parce que soit on ne comprend rien, ou soit on est sur du tragi-comique qui nous emmène un peu sur un volet de l’histoire assez fou aussi.
02:01:54David Dufresne
Merci beaucoup, Yohanna, d'être venue ce matin, d’avoir pris le temps de nous expliquer ce que vous traversez. Et bravo, bravo pour votre courage et pour votre ténacité.
02:02:08Yohanna Brette
Je vous dirais juste de petites infos, les audiences sont publiques, donc c’est à dire qu’il est possible de venir au tribunal pour y assister et vraiment si vous avez l’occasion de le vivre, ne serait-ce que sociologiquement, c’est très intéressant à voir et puis c' est vraiment un procès pour l’histoire, donc vraiment n’hésitez pas.
02:02:23David Dufresne
Alors, il faut aller au tribunal, vous allez passer les portiques type aéroport, donc ne venez pas armés c’est ça, et sans ceinture. Et sans ceinture, c’est drôle, il faudra l’enlever et la remettre, enfin, c’est tout un binz. Et après, c’est en fonction des places, il n’y a pas beaucoup de monde où quoi ?
02:02:41Yohanna Brette
Il y a du monde, donc il faut venir plutôt tôt. Les audiences débutent à 9h ou à 13h30, mais ça tourne. Donc du coup, voilà, il y a toujours une possibilité d’assister à une partie des débats, mais vraiment, je vous le conseille. Et la deuxième chose, c’est que si vous voulez suivre l’ensemble des actualités que nous, les collectifs des filles du DC10 vivons, vous pouvez nous suivre via notre compte Instagram, collectif des filles dc10. On essaie à travers nos mots et nos compte rendu de vous faire vivre à hauteur d’humain.
02:03:09David Dufresne
Attendez, ne bougez pas, Euryale a trouvé le lien. Le voici le collectif Les Filles du DC10 proche des victimes de l’attentat du DC10 d' UTA. C’est le compte Instagram qui est ici et que je vais mettre en grand écran une fois que je vous aurai salué. Merci beaucoup et à un de ces jours.
02:03:31Yohanna Brette
Très bonne journée à tous, merci.
02:03:33David Dufresne
A vous aussi, merci beaucoup. Et voilà le compte Instagram des filles du DC10. J’ai une petite lettre à vous lire, un petit e-mail que j’ai reçu. On a besoin de vous. C’est quelqu’un qui fait face à un problème, un adolescent qui est en train de vriller facho, et comment répondre à cet adolescent, et donc c’est l’heure de Ici Londres, notre rubrique spécial fachos.J’arrive je me fais un petit café et dites donc je me suis levé à 5 heures du matin quand même un petit café. Comment allez-vous ? J’espère que vous allez bien, je vois qu’il y a encore beaucoup de monde merci merci à vous tous et à vous toutes d'être d'être là. Je voulais donc vous lire une lettre, un e-mail que j’ai reçu hier : Bonjour, je vous écris parce que je me demande si vous auriez des références de courtes vidéos. Donc les amis, ça vous concerne toutes et tous sur le format que prodigue Instagram et qui déjoue en quelques minutes voire demi-heure les accusations faites par le RN aux immigrés et l’idée qu’il y en aurait trop et que cela représenterait le problème majeur. La situation, la voici, ma fille m’a confié qu’un de ses amis, proche de 16 ans, soutient le RN, même s’il like différentes vidéos sur Instagram qui correspondent à des points de vue de gauche. Il lui a répété hier de façon virulente et incantatoire qu’il y a trop d’arabes, de noirs, de musulmans en France. Il regarde BFMTV et croit que cette chaîne est plutôt à gauche. Il est lui-même d’origine tunisienne et vénézuélienne. Une origine possible, l’addiction à Instagram et autres médias est la rancœur envers les jeunes de son âge qui l’ont mis à l'écart. Il a été victime d’harcèlement un jeune qu’il voit comme étant de gauche. Cela se passe dans un lycée du 19e arrondissement à Paris. Je ne peux pas juste dire à ma fille de lui conseiller d'écouter ce qu’elle même ne fait pas, ou peu, auposte, ou Le Média, ou Blast. Je trouve bien sûr indispensable le travail mené par auposte de prendre le temps pour expliquer, mais un jeune très embrigadé, idéologiquement, ne fera pas l’effort, au moins pas dans un premier temps, d' écouter de longues émissions. J’ai pensé au livre de Salomé Saqué, mais je ne pense pas qu’il prenne le temps de le lire non plus. Voilà on se demande que faire, mais j’imagine que répliquer par des formats courts de vidéo, les mêmes que ceux utilisés par Instagram, pourrait avoir un impact. En résumant, des données objectives et irréfutables. Il n’y a pas plus d’immigrants en France que dans beaucoup de pays européens, ils ne sont pas source d’agression mais victimes de racisme. Ils ne prennent pas le travail des « Français », entre guillemets. Ils ont le droit d'être accueillis, vu qu’on a volé le temps et les ressources de leurs ancêtres en les colonisant. L’islam est une religion comme les autres, des choses aussi simples que cela, mais avec des données précises. Cela existe peut-être déjà. Si vous avez des liens vers ce genre de formats, dites-moi. Merci encore pour vos émissions. Voilà, alors les amis, qu’est-ce que vous avez en magasin ? Alors, je vois qu’on me parle de Chapoutot mais là l’idée c’est de répondre à l’urgence. Alors, il y a la série Checkpoint sur Blast de Mathieu Bugalski. Chacune dure 15 minutes, c' est implacable, nous dit Ximélien. Checkpoint, c’est efficace. Et puis le propos de Chapoutot, Mathieu Bugalski, ça revient, voilà, alors, qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Urbania. Clément Viktorovitch sur YouTube, Checkpoint à nouveau. Urbania, Checkpoint, Le Diable Positif, je ne connais pas, je vous fais confiance. Oui Sam. Il faut essayer, nous dit Pingouin, il faut essayer de le déradicaliser via le plan émotionnel plutôt que factuel. Féricot au harcèlement qu’il a vécu, notamment qui a l’air central dans son parcours. Les parents de ce jeune homme. Alors, pas sûr que ce soit daté vu le format, mais un livre, en finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite de Vincent Edin. Donne La Papate que je salue, nous conseille Le Diable Positif, Urbania, drôle, court et basique. Et ça, est-ce que je vais arriver à le dire, ça ? Le MK West ? Alors, les liens, si vous pouviez les mettre sur le Discord d’auposte, afin que Euryale puisse les mettre, sur le site de auposte.media. Je conseille auposte, nous dit Journal Louise. Oui, mais c’est vrai on fait des shorts et des réels, mais qui répondrait pas Emodem qui répond, la Riposte sur Nova, nous dit Sorcière. Ah bah il commence à y en avoir, il y a quand même du monde alors ! Et il y avait Euryale qui m’avait conseillé quand on a préparé cette émission, Glupatate, voilà, sur YouTube, sur TikTok et sur Instagram. Voilà. Alors, la personne qui m’a envoyé ce mail est en train de regarder l'émission ou la regardera en replay. On essaiera de mettre des liens, les liens que vous avez donnés, Euryale va les rechercher pour les mettre sur le site d’auposte. Un petit message extrêmement important et après je vous donne la liste des convocations de la semaine et vous allez voir, il y a un paquet d'émissions qui arrivent cette semaine, mais d’abord un petit message à caractère serviciel.
02:12:34Jingle
La riposte c’est vous ! Suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste !
02:12:57David Dufresne
Les convocations de la semaine. Alors nous allons démarrer demain matin avec Elsa Marcel, l'état de droit, c’est l’ordre bourgeois. Elsa Marcel est avocate, porte-parole de Révolution permanente et sort un livre où elle en appelle au retour de la défense politique, de la défense de rupture. Elsa sera avec nous demain matin à 9h. Demain à 18h, écolo, la grande répression. On en parlait ce matin très tôt avec les copains de Canal non-merci et des Soulèvements de la Terre. La grande répression qui concerne les écologistes. Qu’est-ce qu’on peut faire exactement contre cette grande répression ? De quelle étendue est-elle exactement ? Ce sera demain à 18h. Après-demain, à 9h, l’amie Sarra Grira de la belle Maison Orient 21 reçoit deux membres du collectif Tzedek pour nous parler du projet de la loi Yadan qui sera débattue vous le savez probablement jeudi et vendredi 16 et 17 avril. Et bien le 15 la veille à 9 heures, Orient 21 reçoit Tzedec. Le 15 à 18h on joue à Fachorama, on joue en live avec Nora Bouazzouni et un des membres du collectif de la Horde, collectif Antifa. Puissants s’il en est, un des coauteurs du jeu, c’est un jeu de cartes des sept familles, Fachorama, on joue en direct à 18h, un petit jeu de cartes à l’ancienne, et pour terminer la semaine, le 16 à 9h, le travail reproductif, Travailleuse de l’ombre et monde qui tourne, c’est notre copine Mathilde Larrère, historienne, qui reçoit deux historiens pour nous parler de ce travail non rémunéré qui est celui des femmes et de leurs rôles. Je cherche mes mots, je suis fatigué, et de leur rôle assigné de maire de famille, c’est-à-dire de produire de la main-d'œuvre à venir. Voilà, ce sera le 16 à 9 heures du matin. Voilà, moi, les gars, les filles, je ne sais pas comment vous dire, mais c’est au poste quoi, voilà. Et si vous voulez des trucs comme ça, qui vous conviennent, et ben faut nous soutenir, faut nous aider. On peut s’abonner à partir de 2 euros par mois. Il y a des abonnements solidaires à 2 euros, des abonnements classiques à 5 euros et ainsi de suite. On a absolument besoin de vous parce qu' un certain nombre de donateurs sont devenus abonnés, ce qui est génial, mais pour l’instant on a plus de frais et on a moins de revenus, donc ça ne va pas. Voilà, j’espère que vous avez passé une bonne matinée. C'était un plaisir, fatigant, mais un plaisir que d'être avec vous. Attends, je cherche un petit même, tiens, qu’est-ce qu’on pourrait mettre ? Celui-là, ouais, celui-là il est bien.
02:16:34Jingle
J’emmerde les gendarmes Là-haut, là-haut J’emmerde, les gendarmes Et la maréchaussée Et la maréchaussée
02:17:01David Dufresne
Ah, petite question de Journal Louise. Est-ce que c’est mieux le don ou l’abonnement ? Alors, quelles sont les distinctions ? D’abord, pour vous, si vous êtes imposable, le don est plus intéressant puisqu’il y a une déduction fiscale. Voilà, si vous faites un don par exemple tous les mois de 10 €, en fait il vous coûte 3,40 € si vous êtes imposable. Si vous ne l'êtes pas, il vaut mieux vous abonner, d’abord parce que ça peut être moins cher et ensuite parce qu’on a moins de frais sur les abonnements. On a les frais de 2,1 % de TVA et sans doute zéro. en gros on a 3 % de frais sur vos abonnements alors que sur les dons il y a plus que ça, il y a de plus de commissions bancaires, de frais, etc. Donc pour nous c’est l’abonnement, pour vous c' est le don. Ce que certains font et qui est vachement bien, c’est de panacher les deux. De prendre un petit abonnement et de continuer les dons. Quand vous êtes abonné, l’avantage, c’est que vous pouvez voter pour vos émissions préférées qui sont une du site auposte.media. Vous pouvez choisir votre player YouTube, Peertube, Audio, etc. Vous pouvez obtenir un avatar abonné quand vous êtes sur le Discord. Vous allez bientôt recevoir une newsletter dédiée éditoriale dédiée aux abonnés, voilà, grosso modo c’est ça. Voilà, si, en gros, si la déduction fiscale ne vous concerne pas. Et bien le mieux c’est l’abonnement. Voilà, dans l’ordre, l' abonnement auposte.media, le don, et puis après, les subs ou les subs, c'était 50 % de commission. Donc en fait, quand aux subs, c’est surtout Jeff Bezos qu’on aide. Or, je ne crois pas que Jeff Bezos ait besoin de beaucoup d’aide, voilà. Mais après, certains aiment bien, pour plein de raisons. Voilà, il y a quelques effets quand on est sur Twitch notamment, je crois qu’on se chope pas la pub. Alors en plus, visiblement, il met n’importe quoi comme pub pour auposte, style l’armée ou des trucs comme ça, bref. Les enfants, il est 9h22, nous sommes le 13 avril, il faut savoir, il faut savoir finir un stream. Merci à tous, je vous dis à demain 9h, on va parler justice, on va parler politique, on va parler droit, avec Elsa Marcel, avocate et porte-parole de Révolution Permanente. Voici l’heure des crédits, merci à vous toutes, merci à vous tous, passez une bonne journée, une bonne semaine et ça fait vraiment bien plaisir d'être aussi nombreux chaque lundi matin. Merci beaucoup.

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