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Carte blanche à Corinne Morel-Darleux aux Écrits d’Août

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Transcription de l’émission

Corinne Morel-Darleux
Bonjour, je suis Corinne Morel-Darleux Je suis très heureuse d’avoir l’occasion d’animer, d’animer cette table ronde avec trois autrices que j’ai eu envie de revoir et d’entendre sur des questions qui me taraudent. Et je me dis que si elles me taraudent, moi, je ne dois pas être la seule à me poser ces questions-là. Donc je vais commencer peut-être par vous présenter les personnes qui sont présentes. Donc Sophie Poirier qui a écrit un très beau récit qui s’appelle Le Signal, qui a paru aux éditions Inculte, donc en deux mots, qui est le récit d’une rencontre avec un immeuble qui s’appelle Le Signal, qui est un immeuble dont vous avez peut être entendu parler récemment parce que c’est un bâtiment qui se situe sur la façade de l’océan Atlantique et qui a été petit à petit grignoté en fait par l'érosion du littoral, jusqu'à finalement en être condamnée. Et donc voilà, Sophie a écrit le récit de sa propre rencontre avec ce bâtiment. Ensuite, la vanne que j’ai découverte par un recueil de nouvelles qui s’appelle Fiou aux fesses. On s'était croisées, comme Sophie d’ailleurs, que j’avais croisé un festival à Bordeaux. Lui va croiser un festival qui est les Intergalactiques à Lyon. Et depuis, J’ai eu également l’occasion de lire son roman qui s’appelle surtout. Du vent et pour moi une autrice à la fois géniale et inclassable, avec une vraie recherche littéraire sur la langue. Et puis Hélène Laurain, qui a écrit un roman très ancré dans une forme de réalité et de réalité militante qui s’appelle Partout le feu, qui a paru chez Verdier et dont on aura aussi l’occasion de parler, parce que c’est une belle illustration aussi de la rencontre entre la littérature et l’engagement politique qui va vraiment être le sujet en fait, de cette table ronde. Ce que je vous propose en terme de déroulement, c’est qu’on ait un temps d'échange toutes les quatre et que cette fois ci, comme on est un peu nombreuses sur la table ronde, on attendait une deuxième partie pour vous faire intervenir si ça vous va. Donc si vous avez des remarques ou des questions qui vous viennent, je vous invite à les noter ou à les garder en tête pour cette deuxième partie de nos échanges. Et comme pour la séquence d’avant, en fait, on est parti du principe que moi j’ai préparé quelques questions sur lesquelles j’ai vraiment envie d’entendre nos trois invités. Mais je ne leur ai pas communiqué ces questions parce qu’on s’est dit qu’en fait, quand on avait les questions à l’avance, on sentait obligé de préparer et que là, on était au mois d’août aux écrits d’août et qu’on n’avait pas envie d'être sur des devoirs de vacances. D’autant plus que l’idée de cette table ronde, c’est vraiment d'être plutôt sur du témoignage, sur du ressenti et pas sur des grandes théories conceptuelles concernant les nouveaux imaginaires ou la littérature engagée, mais plutôt de se dire, de partager en fait ce que ça nous fait en tant que autrice de continuer à écrire des livres dans un monde qui est en train de s’effondrer autour de nous. Et ça va être ma première question un peu large, c’est de savoir si justement, vous aussi vous ressentez, vous vous posez de temps en temps cette question finalement, à quoi bon écrire des livres ? On n’est pas franchement sur un média de masse. Ce n’est pas le moyen le plus sûr de toucher le plus grand nombre de personnes aujourd’hui d'écrire des livres. On n’est pas non plus sûr de l’action directe puisqu’on en parlait tout à l’heure quand on écrit un livre. Donc, est ce que c’est une question qui vous visite, qui provoque des tiraillements chez vous ou pas ? Hélène est ce que tu veux commencer ?
Hélène Laurain
Allez, je commence. Bonjour à toutes et à tous, Merci beaucoup Corinne, je suis ravie d'être là. Merci de ton invitation et merci aux écrits d’août. Alors bien sûr, c’est une des 1000 questions qui me traversent et qui me travaillent sans que j’aie de bonnes réponses à donner. En tout cas, en ce qui me concerne, l'écriture, elle vient d’une déjà d’une incapacité à faire autre chose parce que j’ai eu d’autres boulots pendant dix ans et c'était toujours très compliqué et ce n’était jamais très concluant. Je n’étais jamais à ma place en fait. Et l'écriture, elle est déjà venue. Je ne m’y autorise pas pendant très longtemps. Je pense. En tant que femme, en tout cas pour moi, ça a été très compliqué de me dire que j’avais droit à la parole et en plus à la parole écrite en quelque sorte, qui est en France sacralisée..
Corinne Morel-Darleux
Tu l'évoquais tout à l’heure. Donc ça a été tout un cheminement pour y arriver et et par tous, le feu y part. D’un besoin intime de parler du sentiment d’impuissance, du désespoir face à la catastrophe écologique, aux catastrophes, qu’elles soient sociales. J’en ai énuméré plusieurs mais bon, on va passer à autre chose pour ne pas trop plomber l’ambiance. Mais donc ça part de vraiment de l’intime, ça part du personnel et ça part d’un non-choix puisque toute autre façon de faire ne me convient pas. Et quand j'écris, j’ai l’impression quand je travaille la langue, j’ai l’impression vraiment de pouvoir faire ce que je sais faire le mieux, c’est à dire voilà, trouver une forme, trouver le mot juste, etc. Et donc le thème du militantisme, y ce n’est pas fait par militantisme. En fait, il s’est fait plutôt par sentiment de responsabilité. C’est-à dire que quand on a la parole, quand on a le privilège de pouvoir publier ce que je ne savais pas encore que j’avais puisque c’est un premier roman. Donc quand on écrit le premier roman, on est, on est complètement isolé dans l’incertitude face à ce que ça va devenir. Mais quand même, je me suis dit voilà, si c’est publié, c’est quand même le but. Je suis responsable du thème que je vais traiter. Effectivement, le livre n’est plus un média de masse. On n’est plus à l'époque de Goethe ou quand son personnage se suicider, ça créé un effet vers terre à travers l’Europe et des idées dit Voilà, de nombreux jeunes hommes se suicident à la suite de la lecture de ce livre. En l’occurrence, tant mieux, mais voilà, les médias de masse. Eh bien voilà, si on veut être efficace, on crée une série Netflix ou je ne sais quoi. Mais malgré tout ça, malgré l’impression que ça en a un, ça va avoir un impact très limité dans un public déjà acquis. Les gens qui lisent Verdier ou qui lisent, voilà des livres sur le thème de la catastrophe sont déjà sensibilisés. En général, malgré tout ça, il fallait que je trouve un thème qui me soit proche, qui me soit juste. Et finalement, dans ma démarche, je dirais que. Peut être encore plus que le thème. Il me semble que c’est la forme. Partout, le feu est écrit en vert et sans ponctuation. Donc il y a vraiment une recherche de radicalité dans la forme, une recherche d’inconfort provoqué à la lecture, ce qu’on me renvoie souvent en me disant soit les gens n’arrivent pas à lire, soit ils me disent voilà, il a fallu que. Que vraiment que je travaille pour rentrer dedans, que je le lise à voix haute, que je trouve des moyens. Et j’ai l’impression que cette forme a presque encore plus une dimension politique et radicale, militante que le contenu dont je traite. Parce que questionner notre rapport au confort et je pense que c’est un enjeu absolument majeur aujourd’hui. C’est ce qui nous mène à notre perte, entre autres choses. Mais c’est le fait de s’accrocher comme ça à ce confort là. Et voilà donc ce que je demande de travail en fait aux lecteurs et lectrices pour entrer dans ce texte et recréer la ponctuation que je ne donne pas. Recréer le sens parce que parfois le sens est ambigu quand on n’a pas de virgules, quand on n’a pas de point. Il y a une ambivalence. Et donc moi c’est ça, c’est ça que j’aime et c’est ça que je recherche, c’est à dire trouver littérairement dans le travail de la forme, une façon de questionner en fait notre rapport au monde. Merci beaucoup. Je me dis peut être que ce serait bien d’avoir quand même un petit résumé. Est ce que tu peux peut être donner un peu une idée aux personnes qui seraient présentes et qui n’auraient pas lu par tout le feu de ce qu’elles vont y trouver ? Bien sûr. Je suis très mauvaise pour ça, mais je. Vais. Essayer de le faire de manière compréhensible. C’est un flux de conscience. On est dans la tête de Lætitia, qui est une jeune femme qui est née le jour de la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Elle est militante dans l’anti nucléaire. Ça se passe dans un territoire qui est celui du Grand Ouest qui. Moi, j’habite à Metz. Voilà, c’est un territoire méconnu bien que j’ai fictionnalisé et les noms dont je ne parle pas de Bure qui est le site du prochain site d’enfouissement des déchets nucléaires de longue durée en Meuse. Voilà, j’ai transformé en boudin. Autant de façon de signaler en fait qu’il ne s’agit pas d’un documentaire, qu’il ne s’agit pas d’une enquête, mais qu’il s’agit bien d’un travail de fiction pour m’accorder la liberté dont j’avais besoin, tout en restant très proche des faits concernant la répression, etc. Tu vois, je te dis que je ne sais pas bien le faire. Je suis déjà en train de digresser. En tout cas, le livre s’ouvre par un feu d’artifice dans la centrale de Fic Ange, dans le livre mené par Greenpeace dans la vraie vie, pour montrer qu’on entre dans les centrales nucléaires comme dans une auberge et se finit également par un feu que je ne vais pas révéler. Lætitia, comme ses compagnons de lutte, sont sous le coup d’une décision de justice qui en fait une association de malfaiteurs. Et à partir de ce moment- là, ils sont empêchés de se fréquenter, ils sont empêchés de militer. Et donc Lætitia est complètement isolée. Elle perd sa famille choisie puisque sa famille biologique l’exclut et ne la comprend absolument pas. Et donc on est dans sa tête, on la suit dans son travail, dans un sens, nos rôles, comment dire. On a une piste de ski artificielle qui est totalement. Voilà qui est une aberration écologique face à cette vie très insatisfaisante, des histoires d’amour très insatisfaisantes. Et elle est seule et on la suit dans cette quête de sens en fait. Merci beaucoup Liven tu n’en es plus à ton premier roman. Tu as beaucoup écrit de nouvelles et de romans. Beaucoup de fiction. Est ce que cette question à quoi bon écrire des livres ? C’est une question qui t’habite ? Ou est ce qu’il y a une espèce de certitude pour toi ?
Luvan
En fait, j’ai commencé à écrire de la fiction dès que je me suis mise à écrire. Je crois qu’il y avait une évidence pour moi dans l'écriture. Et c’est comme ces choses qu’on fait très jeune qui qu’on fait avec beaucoup d’inconscience et pas du tout de responsabilité. Comme traverser une route. Ou essayer de s’allumer les doigts avec du Calvados. Je ne sais pas si vous avez essayé, ça marche. On a lu Merde ! Bref, je faisais énormément de choses, totalement sans réfléchir à ce que j'étais jeune, donc écrire et c’est resté. Je crois que je ne me suis jamais posé la question à quoi bon écrire ? Parce que voilà, je ne me suis jamais posé cette question. Après la question de l’audience, est ce que est ce que les livres peuvent servir à quelque chose que les livres peuvent faire la révolution ou pas ? G Non, je suis très inconsciente par rapport à ça. J’adore lire des livres, j’adore le l'électricité neuronal que ça provoque. J’adore. C’est vraiment la façon dont ça, ça révolutionne complètement la façon dont on regarde le monde. Je ne sais pas. Je lis beaucoup de poésie, j’adore ne pas comprendre. J’aime me confronter, être confronté à une psyché totalement différente. J’adore donner des ateliers d'écriture, j’adore lire ce qu'écrivent les gens, J’adore lire ce qu'écrivent les gens, même sur Instagram ou sur eux, sur les réseaux sociaux. J’adore cet outil du mot qui nous définit en tant que race. Moi, je suis aussi émerveillée par le fait qu’on parle même par moi. Il n’y a que nous et les oiseaux. On se met en danger lorsqu’on parle parce que c’est le même et on est soufflé. C’est le même endroit qui nous permet de manger, de respirer et de parler, ce qui est totalement aberrant. Et la plupart des races animales font des espèces ou des familles, même si elles n’ont pas fait ce choix là dans l'évolution. C’est un peu absurde et j’adore, J’adore me conformer à cette espèce d’aberration humaine de mise en danger. Donc je ne me pose pas la question en termes. À la limite, je pense que même moi. Et là, les orques mènent l’assaut contre la Citadelle. Bon, je crois qu’on va plier bagage.
Luvan
Non mais on parle beaucoup de Darmanin, mais il y a son mouvement aussi, on n’en parle pas assez. Et par contre je pense que tout est et qu’il y a un côté très optimiste. Je suis vraiment une grande optimiste de la catastrophe au sens théâtral grec. Je pense que tout peut provoquer quelque chose. J’ai fait des études d’histoire, Je crois qu’il y a un mouvement qui arrive. C'était toujours inattendu, dans le pire comme dans le meilleur. Il y a toujours eu des bouleversements qui étaient bas et plein de choses peuvent amener à glisser des choses. Je pense que je suis très optimiste pour ça, je suis convaincue que je ne sais pas. Quelqu’un comme Claude Cain, par exemple, qui a écrit dans la plus parfaite indifférence à son époque et est devenue une autrice culte de nos jours. Et peut être que des choses peuvent être enterrées comme une grotte avec des œuvres rupestres et d’un seul coup provoquer une sorte d'épiphanie. Et. Débloquer des choses. Donc je crois que c’est plutôt l’inverse. J’ai l’impression qu’on aime ce qu’on a à offrir dans une société comme dans une société primitive où il y a une personne qui va juste soigner les gens parce que c’est son truc, elle y arrive. Alors je ne sais pas du premier coup d'œil à sentir ce qui ne va pas chez une personne comme c’est ostéopathe très bizarre qui vous entrait dans le bureau et dit Vous avez eu un accident en 1999 et c'était entre un arbre et une muraille.
Corinne Morel-Darleux
Et oui, effectivement.
Luvan
Comme vous savez. Et je trouve que voilà, il se trouve que j’ai l’impression que c’est ça que j’apporte et peut être que ça va aider une personne, même pas forcément un mouvement collectivement. Et c’est toujours mystérieux en fait, c’est presque de la dynamique des fluides. Comment, comment un mouvement naît, comment des espoirs naissent peut être et on sait jamais, C’est long. Plus j'écris de science fiction, donc on peut imaginer que je ne sais pas. La parole d’une chanson de Tracy Chapman va empêcher tel ou tel pilote de Soyouz de s'écraser parce que ça lui redonnera espoir. On ne sait rien en fait. Et. Et il faut qu’on fasse dans la vie qu’on ce dans quoi on prend plaisir et dans quoi on a l’impression de faire passer ce plaisir là. Et par rapport à la littérature, il se trouve que je suis publié par deux super éditeurs et je ne me pose pas la question. Je leur demande est ce que c’est un bouquin et est ce que est ce que tu veux le publier ? Et ils disent oui, c’est super, je publie ou pas d’ailleurs des fois ça j’en ai deux. Donc souvent ce n’est même pas l’un ou l’autre, c’est pratique. Et du coup je me dis voilà, maintenant j’ai fait, j’ai fait ma partie. Si toi tu y crois, c’est que c’est. Voilà. Et alors j’ai aussi des bêta lectrices qui. Je leur demande la même chose : C’est un bouquin ou c’est juste un truc que j’ai écrit pour aller mieux et voilà. Et je garde des choses pour moi et certaines choses quand j’ai la confirmation, ça fait du bien à d’autres gens que la pression marche. Voilà, c’est genre pour moi c’est vraiment la même chose que quelqu’un qui est super doué à faire des marinades et qui décide de le mettre sur Marmiton parce que 25 personnes lui ont dit écoute, tu dois partager cette recette parce que c’est vraiment tomber par terre. Voilà, c’est ça que je fais. Donc non, je me. Je suis hyper optimiste, mais pas dans le sens où j’ai l’impression que ça va révolutionner les choses, mais dans le sens où je pense que ce qu’une personne donne avec amour, on fait avec amour et offre, ça va avoir un impact nécessairement à un moment inattendu peut être, mais après avec beaucoup d’humilité, c’est moi. J'écris mais ça pourrait être la brioche qui voilà qui sauve quelqu’un qui est dans le désespoir à un moment et hop, une bouchée, cette brioche là. Donc non. Juste ça.
Corinne Morel-Darleux
C’est. Hélène parlait tout à l’heure d’un sentiment de responsabilité à choisir un thème qui ait du sens en vue d’une publication et d’exercer justement le droit à la parole sur un sur une thématique qui semble juste et importante. Toi dans le vent, dans surtout, on est dans un dans un roman que je qualifierais quand même de post-apocalyptique, même si ça ressemble pas du tout à un roman post-apocalyptique où il est beaucoup question aussi de feu, mais de feu, d'éruption de volcan. Est ce que c’est un texte que tu as écrit en ayant l’intention de traiter d’une thématique en particulier de la thématique ? Il y a de l’insurrection, il y a du post-apocalyptique, il y a du dérèglement climatique en arrière fond. Est ce que c'était une volonté d’aborder ces questions là ou est ce que c’est venu par d’autres biais ?
Luvan
Alors ça, oui. D’ailleurs, ça s’appelle surtout pour les hispanophones ici et. Portugais, Portugais, lusophone, ça veut dire donc peur. Et ça, c’est vraiment le but que j’ai décidé d'écrire ce que je voulais écrire sur les volcans depuis super longtemps. Parce que le motif est super chouette et que je fonctionne beaucoup par motif aussi. Mais en fait, j'étais sidéré par la façon dont la peur était devenue un animal, était devenu comme une sorte de bête qui était comme sorti d’une cage. C’est dans les années où j’ai décidé de l'écrire. C'était vraiment le mot sécurité. C’est le moment où le mot sécurité était partout en fait, mais aussi bien dans des publicités comme le mot liberté avec Marlboro. Chaque époque a son mot comme ça et c’est le moment où Sécurité est arrivée. Et je n’arrivais pas à comprendre ce que j’entendais. Les messages publics, les publicités ont existé partout et il y avait vraiment une utilisation de la peur comme si c'était. Ça m’a frappé en tout cas,peut-être que c'était déjà là avant, mais d’un seul coup, j’ai vu cette bête et la façon dont elle a été utilisée par des gardiens de zoo pas très pas très scrupuleux. Et du coup, c'était mon but, c'était mettre, faire, mettre un groupe humain. Donc là, en l’occurrence, une ville dans une situation de stress et de danger et de le regarder un peu comme une entomologiste regarderait des fourmis. Donc ça c'était vraiment mon but voulait exploser et plus pour comprendre que pour dénoncer d’ailleurs. Parce que dénoncer. C’est là qu’il y a plein de raisons que les historiens et historiens du futur verront mais qu’on ne voit pas. Donc finalement, peu important, peu importe, mais comment on va s’organiser ? Comment une société en fait, c’est presque pour faire une simulation informatique quasiment. Et d’ailleurs, j’ai été totalement étonné par ce qui s’est passé. Je voulais que ces trois personnages, il y en a 25. Donc j’ai moi même été étonné parce que le super computer qui est notre cerveau et qui est le mien, il se trouve qu’il travaille en terme de récit, il fait des récits pour comprendre les choses en général, même les maths. C’est pour ça que c’est devenu compliqué de moyen mnémotechnique avec des équations à quatre dimensions, ça devient quand même compliqué en termes de narration. Et donc voilà, c’est ce que j’ai fait avec ce bouquin, c'était vraiment voulu et c’est du post-Apo et j’avais vraiment envie de proposer un récit qui n'était pas comme le post-Apo américain où tout le monde s’entretue, se viole parce que je suis convaincu que la plupart des gens, c’est face à une difficulté commune, vont essayer de s'épauler, de l’aider. Après va y avoir des grigous et des gens affreux qui vont essayer d’en profiter et ou d’en profiter ou d'être méchant. Mais je suis convaincu que ça ne va pas augmenter soudain la proportion de gens vraiment méchants et je comprends d’où ça vient. Je comprends que les Américains et les Américains écrivent ça parce que c’est des personnes qui, pour plein de raisons, et ce n’est pas du tout une dénonciation. Mais j’avais envie de décrire un du post-apocalyptique à l’européenne. Même si je ne suis pas convaincu que ce soit l’inverse, je ne vais pas rentrer dans le détail du post-Apo. Donc ça c'était voulu. Il y avait effectivement quelque chose de plein d’aspects qui m’ont surprise dans ce château, mais un aspect voulu qui était décortiquer la peur et proposer un récit post-Apo qui ne soit pas tout le monde. Ce trip et ce viol quoi.
Corinne Morel-Darleux
Et merci pour ça. Alors non, par tout le feu, il y a beaucoup de feu dans ce resto, il y a beaucoup de volcans en éruption dans le signal. Sophie On est plutôt sur l’eau, sur le vent. Peut être que tu peux nous dire deux mots du signal, de sa, de sa genèse. Et puis. Et puis pareil, même question est ce que. Est ce que la question pour toi se pose de continuer à écrire ?
Sophie Poirier
Bonjour, Alors le signal, c’est un immeuble qui a été construit à la fin des années 60 en première ligne comme on dit sur le littoral atlantique avec l’océan à 200 mètres. Et c’est vraiment du premier étage, on ne voyait pas la mer. On est vraiment dans ce moment de la fin des 30 Glorieuses, avec cette idée du progrès, de la croissance infinie. Et donc l’océan à 200 mètres. Et puis, 50 ans plus tard, le signal est vidé de ses habitants. L’Océan est à neuf mètres. Plus ou -9 mètres et. On voit comme ça en 50 ans ce que le progrès et la croissance en finition ont pu réaliser. Et le signal peut symboliser. Il a été beaucoup utilisé dans la presse à un moment pour symboliser en une de Libé, on voit le signal comme ça en façade avec un titre Bientôt la submersion. Enfin voilà, on y est. Il a pris figure de symbole de l'érosion du littoral et de la montée des eaux, sachant qu'à cet endroit-là de Soulac, on est à la sortie de l’estuaire de la Garonne. Et la problématique c’est qu’ils sont allés avec le vent, aller avec le sable, aller avec l’eau et elle est là depuis très longtemps. Depuis toujours je ne sais pas, mais depuis très longtemps. Donc ce cet immeuble, quand moi je l’ai vu vraiment vidé de ses habitants qui ont été évacués en 48h parce que potentiellement la situation devenait très dangereuse et donc été évacuée en janvier 2014. Et moi j’y suis entré en novembre 2014, quelques mois après dans un immeuble. Qui commençait à être abîmé, avec des fenêtres qui étaient cassées, avec le vent qui s’engouffrait. Un décor très romanesque et en même temps énormément de traces de vie. Parce que les gens ont eu 48h, parce que c'était aussi des résidences secondaires. Des portes étaient ouvertes. On entrait là avec à chaque fois une sorte de décor, de mise en scène, du départ précipité, et puis des objets. Et c’est. Et puis ce décor de l’océan en fond, en motifs aussi répétitifs, obsessionnels à chaque fenêtre. Et plus on montait, plus on avait l’impression d'être sur un bateau. Et moi, ça serait d’abord ce que ça fait. Enfin ce que. Ce qu’écrire fait faire. C’est à dire que parce que j'écrivais, je prenais des notes et que j'étais là pour faire un reportage. Je passe sous la barrière qui entoure l’immeuble puisque c’est interdit d’y entrer, puisque c’est dangereux. Donc c’est une sorte de première désobéissance personnelle que je fais, moi qui ne suis pas du tout une aventurière. Donc il y a déjà un acte. Voilà un premier acte qui est ce qui se crée. Et à partir de là, ce qu' écrire fait faire, est ce que cet immeuble me fait faire ? C’est bien. Je suis là, devant vous aujourd’hui, à vous parler encore de cet immeuble. C’est-à-dire que, à ce moment-là, j’en sais rien de ce qui se passe et petit à petit d’y venir et d’y revenir et d’y rentrer. Et d’assister à la. D’abord à la dégradation de l’immeuble qui est à la fois une sorte de barre HLM posée sur la dune qui jure totalement avec l’architecture art déco de la station balnéaire qui lui vaut ce nom de verrue, le surnom de verrue. Donc il est là, posé, J’assiste à sa dégradation, à son vandalisme. Quinze fenêtres cassées, 25 fenêtres cassées, un appartement qui brûle. Voilà, c’est cette chose qu’on peut observer. J’assiste à quelque chose qui est assez rare dans le cas d’une ruine, c’est à dire qu’on vient le dépolluer et le désamiantage puisqu’en 1970, parmi les arguments de vente, il y a l’isolation dans l’amiante, dans les prospectus de vente. Voilà, donc j’assiste ou à la démolition, j’assiste au désamiantage et j’assiste à ce signal qui résiste comme ça, un peu à tout, aux vents, aux tempêtes, aux gens qui le saccagent. Il est dépollué d’amiante et devient une sorte de squelette traversants qui reprend une vraie beauté et qui y gagne même une élégance qu’il n’avait pas jusque là puisqu' il se retrouve sur pilotis et on voit l’océan à travers. Il a une grande puissance avec le paysage océanique. Et donc au début, j’essayais d'écrire un roman avec des personnages, parce qu’il est parfait pour assassiner des gens, cacher des cadavres. Il est très romanesque, il est photogénique. Et puis je me dis que ces questions là ne m’intéressent pas de savoir quel métier va faire le personnage, comment il va s’appeler. Toutes ces questions d’intrigues et de coups. Ce que j’ai envie d'écrire, c’est. Je me pose la question : qu’est ce qui m’arrive avec cet immeuble ? Pourquoi tout d’un coup cet immeuble qui ne m’appartient pas ? Je n’ai pas d’appartement, Je ne sais pas pourquoi, tout d’un coup, cet immeuble, il me fait cet effet là. De quoi il me parle ? Qu’est ce qu’il raconte moi ? Pourquoi il m’obsède ? Pourquoi je m’attache ? Pourquoi je deviens presque amoureuse de lui, à faire attention, à l’observer, à me dire quand il y a du vent. Trop fort, le pauvre, il va avoir froid, donc ça va être comme ça dans cette espèce d'État. Qu’est ce qui m’arrive avec cet immeuble ? Et là, j'écris ce livre, c’est ça qui fait l'écriture. Et c’est à ce moment là que je me rends compte de l'ébullition dans lequel il m’a mis avec. Il parle des 30 glorieuses, de la croissance infinie, il parle de la montée des eaux, il parle du deuil, il parle d’abandonner des endroits qu’on aime et qu’on doit quitter. Il parle de la douleur de la mort quand elle prend son temps comme ça et que ce sont des fins qui durent. Elle parle et je me retrouve envahie par un immeuble, ce qui n’est pas un projet de départ, quoi. Voilà, ce n’était pas l’idée. Donc ça c’est pour dire. que je n’avais pas prévu d'écrire comme ça à se livrer. Et ensuite, à quoi ça sert ? Bah juste donc à Soulac, on appelle pour de vrai cet immeuble la verrue. Et quand on dit la verrue d’un immeuble, on dit aussi un peu les gens qui l’habitent La verrue. Et ça, j’ai été très surprise. C’est très violent la façon dont certains habitants de Soulac ont pu en parler et on peut comprendre leur agacement de ce fouillis, de cette barre HLM qu'à aucun style et qui en plus est devenu de plus en plus laid. Donc voilà, il fallait s’en débarrasser, mais. La première fois, j’ai présenté le livre à Soulas qui avait dans les gens du public, il y avait des habitants qui avaient été propriétaires dans la résidence du Signal et à la fin, il y a une dame qui a levé la main assez courageusement je trouve, pour avouer qu’elle faisait partie des gens qui l’appelaient la verrue et que d’avoir lu le livre, elle, maintenant, elle le trouvait beau. Elle était un peu embêtée, mais maintenant elle le trouvait beau et qu’elle le disait même à tout le monde. Qu’il était beau Et ça. Voilà, je me suis dit même si on ne fait pas ça au départ, enfin en pensant à ça et. Mais je me suis dit tiens, si, ça lui fait ça avec un immeuble. Il y a peut être d’autres situations dans la vie où il y a des choses qu’elle trouve un peu verrue et où elle se méfiera elle-même de son propre regard sur les choses. Donc voilà, c'était peut être, c’est peut être ça quand même d'écrire. Sauf ça. Ça fait qu’on raconte à travers soi même quelque chose que les autres ont peut être pas regardé comme ça et qu’on se met à regarder à plusieurs. Une autre façon est peut être de la même façon. C’est un décalage de regard.
Corinne Morel-Darleux
Oui, je trouve très intéressant ce que tu dis sur le fait que quand on peut. En tout cas, si je le reformule, quand on est en train d'écrire en fait, affûte aussi le regard. Ça affûte les sens, on n’observe pas de la même manière. Et souvent d’ailleurs, quand on quand on commence à tenir un début de quelque chose qui pourrait devenir un livre. Il y a un espèce d’effet miroir. On a l’impression que dès qu’on allume la radio, ça parle de ça, que dès qu’on a une discussion, ça parle de ça. Enfin, c’est comme si ça aimanter les conversations, les observations qu’on ce qu’on entend. Il y a un côté un peu aimant comme ça ou éponge et. Et du coup je trouve ça chouette de mettre en regard la manière dont ça peut modifier aussi la perception des lecteurs et des lectrices. Et les anthropologues parlent de moment perspectiviste notamment. J’ai retenu vraiment ce terme du livre d’entretiens entre Philippe Descola et Alessandro Pineau, qui est aussi à la librairie, qui parle de ce moment perspectiviste en tant que en tant qu’entrepreneur logue, c’est à dire ce moment où l’on change de perspective, et notamment parce qu’on voit des personnes vivre de manière différente et que du coup, quand on revient à son mode de vie, le regard, il est décentré, il est décalé et donc il y a, il y a quelque chose du rapport au monde là aussi qui change, ou en tout cas. Voilà. Et il m’a semblé, moi, c’est ce que j’avais échangé avec Alessandro sur le fait qu’il me semblait que c'était vraiment justement la fonction aussi de la littérature que devenir, d'éclairer le regard ou de proposer, en tout cas de vivre pendant l’espace de quelques pages une autre expérience, un autre, un autre positionnement. Alors un autre regard sur le signale très clairement. Mais de se mettre aussi parfois dans la peau d’un personnage qui a eu une toute autre vie, un autre point de vue sur le monde et que c’est ça qui vient décaler aussi un peu les perspectives et du coup venir alimenter la bataille culturelle dont on parlait tout à l’heure. Et du coup, je me demandais si toi, Hélène, tu avais dans les retours de lecteurs et de lectrices que tu as eu depuis la parution, dans les rencontres que tu as pu avoir autour de ton livre Par tout le feu. Si tu avais eu des retours justement de cet ordre là, de personnes dont ça avait modifié des perceptions ou des ressentis, ou des ou des jugements. Peut être aussi, que ce soit sur la question militante ou de manière plus générale aussi sur peut être la littérature, puisque il y a cette forme effectivement très singulière dont tu parlais tout à l’heure, d’un point de vue vraiment de la langue. Oui, il y en a eu des retours comme ça. Je voulais juste rebondir avant sur ce que vous avez dit toutes les trois à votre façon, de manière différente. Mais moi ce que je trouve finalement très beau, c’est que l’impact si impact il y a de notre écriture, de ce qui est publié, il est inquantifiable. Et en fait, il y a quand même très peu de choses qui aujourd’hui sont quantifiables. Et préservons le justement et après ? Et on n’est pas des entreprises en fait, on est dans une activité artistique, donc revendiquons aussi ce côté bon, je le fais pas pour qu’il y ait un impact précis et l’impact, comme tu disais, il faut l’aborder aussi avec humilité, c’est à dire qu’on peut créer une brèche intime chez quelqu’un, on peut énerver fortement quelqu’un. Je crois que mon livre m' a beaucoup énervée. Et j’en suis ravi. En fait, j’ai. Depuis deux ans, j’anime des ateliers d'écriture et et j’invite vraiment les participants à accepter en fait de les émotions qu’ils ressentent en lisant, y compris l'énervement ou l’agacement, l’incompréhension parce que c’est de l’ordre du mouvement en fait, et donc c’est fertile. J’ai fait une rencontre dans un centre pénitentiaire il y a un an à peu près, et ces rencontres sont toujours préparées, donc sans l’auteur ou l’autrice, avec un comédien qui vient de lire à voix haute le texte avec les détenus qui sont volontaires. Et il se trouve qu’ils n’ont même pas lu la première page tellement il y a un détenu qui était un grand lecteur par ailleurs, mais plutôt de science fiction, de fantaisie. J’ai trouvé ça insupportable, qui n’est pas qu’il n’y ait pas de ponctuation et que ce soit écrit en vers. Et il me l’a dit et j’ai trouvé. Et c'était une discussion vraiment géniale, parce qu’on est sorti du côté qu’il peut y avoir très mondain des rencontres littéraires. Pas ici, pas aujourd’hui. Mais voilà, il y a toujours un côté très feutré, très sage. Et là il m’a dit mais ça ne va pas de faire ça. Pourquoi vous faites ça ? Vous n’avez pas envie qu’on vous lise ? Mais c’est complètement délirant. Et du coup, on a eu une vraie discussion littéraire. Qu’est ce que ça fait ? Pourquoi je fais ça ? Ce n’est pas gratuit en fait, c’est vraiment motivé. C’est. Et ça m’a mis aussi face à l'élitisme de ce que je faisais. Et c’est un rappel très simple. Bah oui, si tu si tu fais travailler les lecteurs et ben tous pourront auront pas soit cette espèce ou cette énergie en fait de fournir ce travail. Donc ça c'était un retour génial. J’ai eu des retours aussi qui m’ont énormément touché. Par exemple, une personne qui était bègue et qui me disait qu’elle elle bégayait quand elle lisait aussi et que là, vu la forme en fait assez musicale, ça ressemble comme ça hein, Ça peut ressembler à une longue chanson aussi. Un long poème me disait C’est le seul livre où je n’ai pas bégayé. Donc là je vois, je ne peux pas dire c’est politique, mais c’est hyper fort en fait. Moi je suis, je suis ravi. Voilà d’autres personnes qui me disaient ben là j’ai envie de lire de la poésie maintenant ou je me sens capable en fait puisque voilà, j’ai lutté pour finir ce livre ou pour le commencer plutôt parce que je crois qu’une fois qu’on ose le faire, on ose passer outre cette intimidation que ça peut produire cette forme poétique, ça ouvre plein de possibles. Et si ça ouvre des possibles, littérairement, je suis persuadé, je ne peux pas dire comment exactement, mais je suis persuadé que ça ouvre des possibles politiques énormes en fait. En tout cas, j’ai envie d’y croire. Et effectivement je témoigne, c’est la manière. Enfin voilà, moi j’ai reçu partout le feu par tout un concours de circonstances, sous une forme qui ne m’arrive jamais, c’est-à dire sous fichier PDF. Et en fait je lis jamais sur écran, c’est quelque chose que je n’aime pas. Et là en fait je ne pensais pas le lire donc je l’ai ouvert et je pensais voilà, jeter un coup d'œil, lire en diagonale, etc. Et en fait je l’ai lu quasiment d’une traite sous ce format PDF. Et effectivement, je pense qu’il y a vraiment un truc dans lequel on rentre en fait. Enfin voilà ce que tu nommes musicalité ou poésie. Je ne sais pas comment je le formulerais exactement, mais en tout cas il y a vraiment ce truc dans lequel on rentre. Et en fait, une fois qu’on y est, on elle est bonne quoi. C’est vraiment, c’est vraiment comme rentrer dans un dans une rivière de montagne. Un petit truc un peu saisissant au début, mais une fois qu’on y est, on y est vraiment bien. J’aime bien cette image. Je trouve ça intéressant aussi. Hélène, tu parles de deux. En tout cas, ce que je formulerai comme une vision non utilitariste du livre qui rejoint un peu ce que tu disais lui même tout à l’heure sur le fait de se dire bah en fait on ne sait pas en fait ce que c’est qu’un livre, ce qu’un texte ou une chanson peut provoquer à un moment donné chez quelqu’un. Et le côté incommensurable aussi de l’effet de la lecture et du vent. J’avais envie de revenir avec toi là dessus parce que j’ai l’impression qu' aujourd’hui, dans le paysage littéraire contemporain et et français, ce qui est, ce qui sort, ce qui est publié et ce qui est médiatisé, on va dire, j’ai l’impression que c’est beaucoup du roman, du réel, du roman social, de l’autofiction, des choses justement très ancrées dans une forme de mot, de contemporain, de recension du réel. Pour le coup, toi, le van, tu t’es vraiment dans une littérature qui est que moi je mettrais à l’opposé de ça, c’est à dire vraiment dans une littérature de l’imaginaire. Tu parlais de science fiction tout à l’heure et je voulais savoir si tu partageais ce sentiment. Si toi tu tues, tu en souffrais entre guillemets parce que j’ai l’impression que. Enfin voilà, moi j’aime bien en tout cas défendre le droit à une littérature d'évasion qui pour moi, il y a aussi cette fonction d’ouvrir un livre, c’est aussi parfois justement d'être extrait en fait du quotidien et du monde tel qu’on le connaît. Moi j’ai beaucoup ressenti ça, en tout cas en te lisant. Est ce que c’est des questions qui se posent à toi. Où là encore c’est des évidences ?
Luvan
Ben j’ai l’impression d'écrire sur le réel en fait. Du coup, en fait, je crois que c’est ma façon de voir les choses, c’est mon côté chez certaines personnes, c’est l’exagération. C’est comme quand on dit je ne sais pas moi, cette conversation m’a tué. Bien sûr que c’est métaphorique, mais à la fois on comprend. Je me suis ennuyé à mourir, on comprend ce que ça veut dire. Je crois fondamentalement la façon dont je vois le réel. C’est et je crois que j’aurais un exhausteur de vue ou je ne sais pas. Je crois que c’est ma façon de raconter une histoire et je pourrais raconter. Il y a plusieurs façons de c’est ma façon de voir. Je vais repartir de ce que j’ai dit et on va y passer le reste. Moi, je suis convaincu, j'écris, j'écris sur la réalité, je parle. Alors je suis très heureuse quand même quand ça provoque un sentiment d'évasion. Et c’est aussi parce que c’est un sentiment que j’ai par rapport au réel. Ça fait de moi quelqu’un de très bizarre. Ce qui m’intéresse dans le réel, c’est l'étrangeté, mais c’est l'étrangeté d’un instant. Ça peut être l'étrangeté d’un instant très réel. Je suis toujours. J’ai l’impression que mon moteur d’existence, c’est la surprise. Mais je crois qu’on est encore une fois par rapport à la façon dont. Notre cerveau fonctionne. Le cerveau des enfants, le cerveau des animaux eux-mêmes, c’est cette expérience. Vous savez où on lance une balle en l’air et en fait, on regarde un petit peu ce qui se passe dans le cerveau d’un jeune enfant ou même dans et aussi d’autres animaux, d’autres enfants d’animaux. En fait, il y a une quand la balle va vers le haut, bon, ça fait une activité. Jean Oury Le verbe, moi j’ai compris au cas où ça rebondit et tout. Et quand avec un petit un petit truc, on fait en sorte que la balle elle ne retombe pas, là, ça fait tout plein d’effervescence dans le cerveau et c’est la façon dont j’ai envie de voir le monde, ce n’est pas tout le temps, sinon ce serait totalement épuisant. Mais pour moi, le réel ne vaut la peine d'être vécu que s’il y a de l'émerveillement. J’ai envie de se renouveler, j’ai envie ce renouvellement là, alors c’est épuisant, c’est pas c’est pas possible tout le temps. Mais c’est ce que j’ai aussi envie d’offrir quand je raconte une histoire oralement à mes amis, mais aussi quand je veux, quand je raconte une. Et je crois que par contre, on parle beaucoup d’intimité tout ça. Je me suis rendu compte très tard et très récemment que de la portée intime ou de la source totalement intime. De ce que j'écrivais, et c’est encore une fois, c’est de l’insouciance de la jeunesse. On pense écrire une histoire et en fait de quoi on parle de soi en fait. Et je n’avais pas moi personnellement, j’ai eu une enfance globalement heureuse, si tant est qu’une enfance peut être heureuse avec tous les tâtonnements et on comprend rien, mais en tout cas protéger, aimer. Je ne crois pas qu’on puisse avoir d’enfance vraiment heureuse, mais en tout cas protéger, aimer et. Mais pourquoi je dis ça ? Ah oui, l’intime. Bonjour maman, tu regardes tout maintenant ? Il y a très peu de chance. Et oui, et sur le rapport à l’intime. Et en fait je n’ai jamais eu besoin de m'évader. Mais j’avais besoin. Je n’ai jamais eu l’impression de m'évader lorsque je lisais de la science fiction, de la fantaisie. Pour moi c'était une partie de. C'était une façon de voir le monde. Voilà qui était bien. Ça part du même point de vue, ce n’est pas un elfe qui raconte copain, c’est un être humain qui a vécu dans les tranchées, qui a une éducation chrétienne, qui un homme blanc d’un pays colonial. Enfin c’est ça, c’est Tolkien, c’est euh. J’ai toujours l’impression de lire sur le réel. Voilà. Et après, par rapport à ce qui se passe, moi je pense que je suis pas. Je m’intéresse énormément. Je crois que je glisse vers le marché. Je ne suis pas hermétique à ce qui se passe parce qu’on n'écrit jamais ça, parce que je suis une grande lectrice aussi et hum Et voilà, dans mes derniers ouvrages. La Volte a du mal à me classer. La dernière moi, c’est Les deux derniers bouquins ont été classés en littérature générale. Un roman historique alors qu’il y a une femme géante qui sort de l’eau et qui amène l’apocalypse. Mais bon, c’est quand même ce n’est pas censé du fantastique, c’est historique et spleen et spleen. Le jeune homme, c’est un recueil de textes que j’ai essayé de comprendre. On m’a fait la réflexion que mes textes sont très influencés par les lieux et je me suis aperçue ah mais oui, je pars ! Beaucoup de lieux communs inspirent et en fait, en réalité, je suis nulle pour décrire, je passe, je suis. Je suis le genre de lectrice qui lit en diagonale quand c’est une description ou quand je ne sais pas si vous me racontez une rénovation, que vous faites dans votre bras, que je vais être perdue à la deuxième itération, si vous commencez à me dire je casse la cloison que je vois dans mon esprit, je vois. Et là je vais installer à gauche des toilettes et la petite porte qui mène où je ne vois plus, je ne vois plus. Et puis je vois tous les gens qui sont là. Et moi je. Mon cerveau ne fonctionne pas du tout comme ce que je me suis dit mais ouais, c’est bizarre ça, j’ai un rapport au lieu effectivement, alors que je suis infoutue de décrire un lieu et je suis foutu de le comprendre. Et du coup je me suis dit qu’est ce qui m’intéresse ? Qu’est ce qui m’habite ? C’est vraiment les mêmes questions que toi, mais sauf. Je me suis dit tiens, je vais y aller. Il y a des lieux qui me mettent mal à l’aise ou qui s'émerveillent. Pourquoi je me sens mal là ? Je suis complètement obsédée par ce lieu. C'était le Palais des congrès de la Porte Maillot. Et ce n’est pas seulement parce que j’ai attendu à 5 h du matin. Les flics n’y arrivaient pas avec 1 h de retard. C’est ce qui manquait, ce à quoi je suis confrontée, moi et d’autres gens. Parce qu’on est, on est humaine et humain. Face à cet endroit. Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que ça veut dire ? Hé, hé ! Là dedans, je m’attendais à avoir que des textes de science fiction, Vraiment. Donc effectivement, le Palais de la Porte Maillot, c’est une sorte de vaisseau aux gens qui tombent dans les abysses et qui vont parler d’effondrement. C’est vraiment et tout le monde meurt à la fin et c’est affreux, mais il y a de la vodka. Et donc voilà. Et d’autres je me suis. Je me suis surprise à juste parler de je ne sais pas, le quartz à Brest. Brest s’apprête à Brest, dans le Finistère. Et j’ai juste écrit Voilà, c’est totalement trivial, c’est J’arrive en train, il fait moche. Qu’est ce que ça ? Qu’est ce que je fais ? Des recherches sur ce bâtiment ? Qu’est ce que c’est ? Ça veut dire quoi un centre culturel maintenant dans une ville en France ? Qu’est ce que ça signifiait dans les années 80-90 ? Une réflexion sur la ruine. Voilà totalement un essai. Et ça, ça m’a vraiment je me. Oui. Et là, il n’y a plus rien. Je pensais que c'était de petites notes et puis que j’allais transformer ça en un truc de sons fiction. Et en fait non. Alors je ne sais pas si c’est maintenant, je suis plus vieille et du coup j’exagère moins. Est ce que. Est ce que maintenant je suis tellement exercé dans la discipline de m'émerveiller des choses réelles que du coup j’ai. J’ai même plus besoin de ça. Il y a même plus une autre couche qui sort. Est ce que je deviens ennuyeuse ? Je ne sais pas, mais en tout cas, je ressens ça aussi, même dans mon appétit de lecture. Je lis beaucoup des deux récits du réel, ce qui ne m’empêche pas de. Alors, est ce que c’est la non-fiction créative ? J’ai essayé de dire à Mathias ben oui, c’est de la non-fiction créative. Voilà, ça s’appelle comme ça aux Etats-Unis. Oui, mais personne ne sait ce que c’est. Du coup, voilà, je ne sais pas. Je ne sais pas si c’est un style, je ne sais pas si on est tous en train de représenter ça. C’est. Et effectivement il y a une dimension. Enfin voilà, je ne fais pas du tout malheureusement je suis complètement à la mode. Mais voilà, je viens d'écrire quand même un roman avec des fées, des animaux qui parlent des romances et des dimensions parallèles et tout va bien. Je ne suis pas cassée, je fonctionne encore.
Corinne Morel-Darleux
Et c’est une bonne nouvelle. Sophie : Est ce que tu as l’impression d'être dans la non-fiction créative ?
Sophie Poirier
Oui enfin je ne connaissais pas le terme, mais oui, ça me va bien. En tout cas, cette histoire de fiction, de réel, elle et elle occupe un petit peu je pense, les gens qui écrivent en ce moment parce qu’on est là. Il y a un rapport au langage aussi qui devient vraiment essentiel. Et là, et là, écrire, c’est politique au sens où le notre matériau de base à nous, de travail, ici, c’est la langue. Alors, il y a la musique qui a le rythme, il y a la forme aussi qui compte beaucoup, et qu’est ce qu’on en fait de cette matière langue ? Et qu’est ce qu’elle, Qu’est ce qu’elle dit de vrai ? Qu’est ce qu’elle dit de faux ? Je crois qu' on n’est pas du tout dans les mêmes débats entre fake news et réalité, on est dans autre chose. C’est-à-dire que quelquefois on ment et quand on ment, on dit le vrai. Quelquefois on et on a, on ne peut plus inventer ou anticiper parce que ce qu’on imagine une anticipation, quinze jours après, on est dépassé parce que l'événement est encore plus énorme que ce qu’on a écrit. Donc c’est compliqué d'écrire aujourd’hui, de ce point de vue là, de se confronter à la réalité racontée par les médias, à la puissance de ce qu’on vit, et aussi à cette façon complètement tordue d’utiliser le langage qui, pour quelqu’un qui écrit, écoutez les informations, c’est ça ? Ah ça, ça arrache les oreilles tellement on a tort tout le temps. On perçoit tout le temps les mots, leur signification. Et on voit quand moi, je travaille, j'écris pour le milieu culturel, on voit comment ça s’infuse partout, On fait des projets pour valoriser les citoyens. Alors par exemple, ce mot valoriser je, je lutte pour ne pas l’utiliser parce que j’ai vu un documentaire sur l’agroalimentaire. Et quand on valorise pour faire un cordon bleu, c’est quand on gratte les os et ce qui reste de la viande pour fabriquer le cordon bleu. Et là on valorise ce qui n’est même plus une matière quoi. Alors depuis que j’ai vu ça, je n’arrive plus à dire valorisation parce que voilà, c’est aussi quand. On fait un projet avec des habitants et puis on va valoriser la parole des habitants. Qu’est ce qu’on fait exactement ? C’est quoi cette valorisation ? Donc je préfère dire faire exister. Pour l’instant, j’ai trouvé ça, mais je crois que le travail de l'écriture par rapport au réel aujourd’hui, qu’on écrive des histoires avec des fées ou des baleines, ou un immeuble ou voilà, je crois que vraiment le travail qu’on a à faire, c’est celui là, c’est de défendre la langue. Qu’est ce qu’on dit de ces mots ? Qu’est ce qui signifie exactement et comment on les utilise ? À quel endroit ? Pour faire quoi ? Et quand on voit aujourd’hui comment ça peut déformer à ce point là le réel. Et donc ça fait l’effet inverse quoi. Voilà, je crois que c’est un peu ce qu’on doit essayer de faire quand on écrit des livres. Après, à quoi ça sert ? Est ce que ça sert à quelque chose ? Moi, quelqu’un que j’aime beaucoup actuellement, c’est Sandra Luc Beth par exemple, qui est qui fait un travail comme ça, vraiment de le tordre. Les mots qui sont utilisés là, une espèce de novlangue, voilà qui les tord et qui. Devient plus précis et défait, tout ça. Donc il y a voilà, c’est cette fonction qu’on peut être, on peut avoir cet engagement qu’on peut être avoir, nous, à écrire, défendre la langue, le langage et comment ce qu’on se parle les uns les autres, comment on se présente, comment on se traduit, comment se décrit comment. Voilà ce que tu disais un peu tout à l’heure aussi. Ces endroits là où on peut le faire y manquent. Donc quand on fait un livre, on doit tenir bon là dessus.
Corinne Morel-Darleux
Et je me demandais, parce que du coup, le signal, je parlerais vraiment de récit littéraire, c’est à dire qu’on n’est ni dans le documentaire ni dans le roman. Et en même temps, si on parle de rapport au réel, il y a une manière de. De magnifier le réel d’une certaine manière. C’est un peu ce que t’expliquais aussi tout à l’heure par rapport à cette verrue Qui devient qui ? Qui redevient le signal ? Par la grâce de l'écriture. Et je me demandais, puisqu’on parlait aussi des topos et des lieux qui inspirent. Là, c’est vraiment le cas ? Est ce que. Est ce que dans tes projets d'écriture actuels ou des envies futures ? Est ce que tu as envie de rester sur ce genre littéraire ? Est ce que tu as des envies justement d’aller vers des lieux imaginaires, de travailler la matière romanesque ? C’est quoi tes projets et tes envies du moment en termes d'écriture ?
Sophie Poirier
L’imaginaire pur au sens de la science-fiction. Je pense que je ne sais pas le faire moi, donc j’en lis pas assez, je ne suis pas assez. Mais là, je viens de finir un texte qui parle d’une femme qui a existé mais au XIXᵉ siècle. Alors pour moi c’est un peu imaginaire. Enfin voilà, c’est interpréter aussi quelque chose. Donc on se décale. Depuis quelques temps, quand j'écris, il y a un jeu qui sens, qui s’incruste dans le texte et ce jeu, de temps en temps, il y décrit les choses, il documente, il est un peu enquêteur et puis de temps en temps, il ment parce que c’est quand même un endroit, le livre, où on peut mentir avec délectation. Euh on peut se laisser aller à des choses incroyables, donc autant y aller aussi. Donc ce jeu, voilà, il est. Et j’ai entendu Michel Libre dans une qui est une écrivaine, dans une rencontre qui parlait de ce jeu aussi qu’elle avait jeu et elle disait Quand j'écris, j’ai envie qu’il m’arrive aussi quelque chose, J’ai envie d’une aventure et ça m’a conforté dans mon jeu qui n'était pas forcément un jeu de l’autofiction, un jeu égocentrique parce que ce n’est même pas un jeu qui dit la vérité ou qui est dans une parole hyper intime, confessionnelle. C’est un jeu qui est là et qui s’amuse aussi de ce qui se passe et qui s'étonne, qui s'énerve, qui euh, qui raconte des histoires, qui. Et j’ai trouvé que cette façon de le dire était m’allait bien aussi. J’aime bien qu’il m’arrive aussi une aventure quand je suis en train d'écrire un livre. Donc ça c’est un projet, mais je suis plus du tout dans le Médoc. Je suis au XIXᵉ siècle, mais aussi aujourd’hui en Norvège, Ville d’Avray, un peu avec Victor Hugo, pas trop parce qu’il prend beaucoup de place. Et quand le voilà. Et avec une femme au début du XIXᵉ siècle qui a commencé à écrire, à faire des voyages et qui a un peu raté la fin de sa vie parce que le féminisme n’était pas encore là, donc elle a essayé. Et puis bon, ne voilà déjà pas trop bien marcher, mais le début est pas mal.
Corinne Morel-Darleux
Ça donne envie en tout cas. Hélène même question est ce que tu as des projets en cours actuellement en termes d'écriture ou des envies ? Oui, alors j’essaie. J’ai deux jeunes enfants que vous avez peut-être lus, donc c’est ça. En fait, j’essaie de pas seulement d’en faire un afin de le voir comme un empêchement d'écrire, ce qui est quand même en termes de rythme de vie et d’attention à consacrer à des thèmes là. Pour pas mentir, mais. Étant dans ces conditions là, et je trouve ça intéressant aussi d’en parler. C’est souvent tabou quand on parle d'écriture. De même que la rémunération. Voilà. Je me suis dit soit j’arrête d'écrire là pour les trois prochaines années parce que je suis trop épuisé et que, en fait, je n’ai pas la force de m'émerveiller autrement que pour mes enfants, justement. Mais. Et de regarder, d’avoir cette qualité de regard en fait sur le monde et d'être dans le dehors tout simplement. Parce y a quand même dans l'écriture de Zola ce jeu de dedans dehors. Moi pour l’instant, ben je suis quand même vachement dedans quoi. Je suis à la maison, j'étais enceinte. On est dans ce mouvement comme ça, de protection qui peut être un mouvement de renfermement. Mais tout ça pour dire que je n’ai pas encore trop la force de la fiction et que du coup j’ai écrit sur la maternité. Mais j’ai aussi encore une fois, si, je me tiens à ce fil de responsabilité. J’ai l’impression que ça se fait de plus en plus depuis cinq ans, mais c’est quand même assez nouveau en littérature française. Voilà, apporter des récits autour de la maternité ou de la maternité. Enfin voilà, tout ça est quand même important à mes yeux.
Corinne Morel-Darleux
On écrivait en tant que femmes. Il y a 20 ans, c'était un sujet qu’on a évité absolument parce que parce qu’on écrivait de la littérature de bonnes femmes ou quoi. Mais ça intéresse qui ? Marie Darrieussecq a sorti le bébé. Je crois que c’est dans les années 2000. Ouais, peut-être. Il y avait une critique du Figaro. Qui avait proposé de faire, qui avait regretté qu’elle n’ait pas jeté le manuscrit avec les couches du bébé.
Corinne Morel-Darleux
D’ailleurs ce projet s’appelle Bonnes Femmes. Donc j’ai écrit un livre de bonnes femmes et j’en suis fière. Mais j’ai envie qu’il soit toujours politique. C’est-à dire qu’il y a, il y a cette antienne, il y a. La caméra qui rentre à l’intérieur, qui nous fait tout voir et enfin presque tout. Et il y a aussi la question de Ben qu’est ce que c’est de mettre des enfants au monde aujourd’hui avec ? La peur, la culpabilité, l’espoir aussi. Mais voilà, qu’est ce que. Qu’est ce que ça fait aussi pour nous de ce sentiment de devoir peut être plus, plus clair ? Et qu’est ce que ça va mieux en nous ? Et voilà. Donc il y aura peut être des petites idées, des fragments, puisque franchement, intellectuellement, cognitivement, je ne suis pas capable de faire mieux. Enfin, différemment en ce moment et dans ces fragments, il y aura peut-être des bouts de l’anticipation. Qu’est ce que ça peut être le monde que j’ai envie d’imaginer pour mes enfants et puis pour leurs amis et nous vieillissons, qui sortent de ce récit dystopique qui est complètement enfermant et qui charrie aussi beaucoup de choses qu’on n’aime pas trop, du genre patriarcat, violence exacerbée, etc. Est ce qu’on peut inventer malgré tout ce qui nous menace ? Est ce qu’on peut inventer un futur désirable, non pas idyllique, mais dans lequel on peut naviguer sans trop s’abîmer ? Donc voilà, j’essaie d’articuler intime et extime, en tout cas intérieur et extérieur, et je vais essayer d’aller au bout. Il y a un texte alors je n’espère pas dire de bêtises, mais il me semble que c’est un texte d’Ursula le Gouine qui s’appelle La Fille du pêcheur dans le recueil Danser au bord du. Monde, au bord du monde je crois, qui revient justement sur ces difficultés en fait. À travers les siècles et les décennies.
Corinne Morel-Darleux
Elle vient, elle convoque plusieurs figures d'écrivaine et de la difficulté de concilier en fait une. Voilà une activité d'écriture avec une activité d'épouse, une activité de mère, etc. Voilà, elle revient sur plusieurs figures et apporte vraiment. J’ai trouvé ce texte vachement intéressant sur le comment est ce qu’on se crée un espace et un espace temps en fait pour écrire concrètement ? Est ce qu’il y a un lieu où tu écris ? Est ce que tu te fixes des horaires ? Comment est-ce que tu arrives à grappiller comme ça des temps d'écriture aujourd’hui ? Alors j’ai un travail salarié les après-midis. Et donc. Théoriquement, je peux écrire entre 9 h et 12 h, sauf que j'écris chez moi et que chez moi il y a des lessives à faire et il y a les papiers administratifs. Donc je trouve que ça joue énormément en fait. C’est évidemment pas moi qui l’invente, mais est ce qu’on a une chambre à soi ou est ce qu’on ne peut pas se le permettre ? Donc là, ma priorité à partir de septembre et j’ai la chance de pouvoir le faire, c’est de me louer un espace. J’ai une bourse pour ça, pour me sortir justement de ce cocon qui peut être assez inhibant pour la création. Voilà. Et donc de neuf à 12h quand je peux, quand j’y arrive, quand je ne dois pas dormir pour rattraper la nuit blanche ou tout ça, j'écris et je lis et il faut accepter que c’est très long et qu’encore une fois on n’est pas dans l’utilitarisme, on n’est pas dans la productivité. En fait, j’essaie d’apprendre ça, c’est que ça va être laborieux, ça va être décevant. Parfois, il y a des projets entiers qui vont à la poubelle parce que ce n’était pas le bon moment, ce n’était pas la bonne façon de le faire, mais vraiment dans cette tâche très de fourmi, de collecter, d’avancer mot par mot et d’y arriver avec obstination. Tu es un lieu des rituels d'écriture, un lieu en particulier. Où est-ce que tu fais partie de ces personnes qui savent écrire dans le train ou au café entre deux tâches ?
Luvan
Moi j'écris et je traduis à temps plein. Donc j’ai réussi à me libérer un temps et. J’ai. En fait, j’ai plein de routines, mais il faut que j’alterne. Je peux très bien écrire dans le train. Très bien écrire chez moi, très bien écrire en bibliothèque, très bien écrire dans des cafés. Mais ça dépend. Et j’ai besoin de renouveler, de changer d’endroit. Oui, mais. Mais après, il y a des projets. Bon, ça dépend, parce que le agrafé, je l’ai essentiellement écrit intégralement à la bibliothèque du Muséum à Munich, mais parce que ça c’est prêté et c’est devenu comme ça. Mais c’est bien de changer si vous écrivez. C’est mon conseil. Changer d’endroit, même ne serait ce que dans la même pièce. Faut juste s’asseoir par terre sous la fenêtre quand on est bloqué à son bureau. Ça, ça aide vraiment. C’est vraiment tout bête, mais c’est aussi une espèce de truc neurologique tout bête.
Corinne Morel-Darleux
Mais oui, c’est à nouveau une histoire de changer de perspective.
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Oui, et on change son corps. Se mettre debout, c’est vraiment Ursula le Gwénolé Elle a confié aussi son planning et ce que j’avais préféré dans son planning, c’est Il y a plein de choses dedans, mais c’est. Elle se réveille à 5 h du matin et elle réfléchit, entre dans son lit entre cinq et 7 h et il coupe pas mal et après je le fais manger, préparer le repas et le manger. Ça prend entre 18 et 22 h et ensuite elle dit après 22h je fais rien, je fais des choses trop stupides pour être partagée. J’avais bien aimé.
Corinne Morel-Darleux
Sophie. Même question. Et puis après on pourra passer aux réactions, aux questions du public. Est ce que tu as des rituels particuliers d'écriture ?
Sophie Poirier
J’aimerais bien en avoir, mais j’ai un problème avec la discipline, alors il me faut du temps pour trouver ma place où je me mets. Alors souvent, c’est quand même mon lit parce que c’est l’endroit le plus confortable avec les caler derrière avec les coussins. Mais après c’est aussi. Voilà, comme un peu comme tout le monde, les petits carnets. Y a le signal. C'était beaucoup, j’y allais, j’avais mon petit carnet de notes et puis c’est comme ça que ça a gonflé, ça a grossi. C'était une écriture sur place. Mais c’est vrai que j’ai des moments d'écriture qui sont inspirés par un endroit, par un environnement. Et puis après ces moments d'écriture, plus la partie du labeur quoi. Quand on est sorti de là, de l'écriture un peu frénétique ou inspirée, il y a le travail qui là, peut nécessiter davantage d'être tenu, d'être un peu dans le silence.
Sophie Poirier
Mais j’aimerais bien avoir une vraie discipline, mais quand je serais très, très vieille.
Luvan
Après, il y a aussi un autre concept quand je fais partie de groupes d'écriture aussi, ça aide beaucoup de voir. Je trouve ça super d'écrire à plusieurs aussi, même autour d’une table. Au début, j’avais du mal. Et en fait, ça aide. Il y a plein, il y a plein de façons d'écrire, il y a les mots, il y a aussi des systèmes en 30 minutes hyper intenses. Et puis après on fait une pause de 30 minutes, un peu comme le jogging. On se dit voilà, on va commencer par 20 minutes, on s’arrête, on fait des étirements, mais en fait il y a plein de il y a, il y a plein de méthodes et pour moi c’est juste peut être pas le conseil parce que ça fait quand même super longtemps maintenant que j'écris, que j’ai essayé plein de méthodes, c’est en changer. En fait, c’est ce qui est chouette, Il y en a aucune qui est super bonne ou magique et y en a aucune qui est nulle ou non. Je trouve ça vraiment intéressant en fonction du projet de ne pas rester fixé sur quoi je vais me mettre dans cet endroit-là parce que ça a marché pour le projet d’avant, ça se trouve, ça ne marche pas, ce n’est pas grave, ce n’est pas faux. Faut pas se dire que ça fait de nous un mauvais écrivain ou une mauvaise écrivaine.
Corinne Morel-Darleux
Et bien merci pour ces partages et ces témoignages. On a. On a trois micros. Peut être qu’on peut en laisser un peu en autogestion. Du coup, je propose, si vous pouvez vous le passer au fur et à mesure qu’il y a des mains qui se lèvent. C’est chouette.
Public
Bonjour. Je voudrais savoir quel est votre rapport aux éditeurs en général. Vos éditeurs en particulier ?
Corinne Morel-Darleux
Alors ben moi je commence donc en fait je n’habite pas dans la même ville que mes éditrices. Verdier est une maison qui existe depuis 40 voire 50 ans. Enfin c’est une maison d'édition, voilà. Qui a qui au départ a écrit par des militants après 68, qui s’est beaucoup investi dans la traduction notamment, et puis dans une écriture qui cherche la radicalité dans la forme et enfin qui cherche la langue en tout cas. Et quand on commence, je crois que c’est vraiment ça qui est important, c’est que quand on commence, on est dans un rapport de pouvoir qui est très déséquilibré. C’est à dire que nous, en tant que auteurs et autrices, on est en demande. C’est quasiment de l’ordre du miracle d’avoir l’attention d’un éditeur, d’une éditrice. Vu le tsunami de manuscrits qui reçoivent chaque jour, c’est les petites maisons, c’est 20 par jour, les petites maisons qui ont qui ont trois ou quatre éditeurs et éditrices. Verdier je crois que c'était 40 50 par jour. Donc quand on est sélectionné, il y a ce truc là de privilège et de et de, comment dire, de reconnaissance là, de cette chance qui crée un déséquilibre. En fait, clairement, et vu que la question est assez générale, je vais, je vais parler d’autres apports. Il y a, il y a le moment de la correction aussi qui est particulier, qui est assez que moi je redoutais. Finalement, ça s’est fait très rapidement, Mon texte a quasiment pas été retouché, ça a été vraiment des détails, des questions de compréhension et tout ça. Mais ça peut, ça, ça dépend. Voilà. Il y a des éditeurs qui relancent quasiment une réécriture du livre. C’est possible que ce soit le cas pour mon prochain bouquin. Donc voilà, ça, c’est assez, c’est très changeant. Moi, je les ai vus la semaine dernière, mes éditrices, on se voit peut- être trois, quatre fois par an. Voilà, c’est Colette Olive et Michel Plenel. Ce sont des dames qui ont vécu une expérience incroyable, qui m’ont accueillie là. La maison d'édition s’appelle Verdier. Elles m’ont accueilli à Verdier, qui a un lieu-dit près de la Grâce, dont la maison où c'était en quelque sorte leur amitié s’était scellée. Donc c'était vraiment très beau, très émouvant en fait, d’avoir l’impression de faire partie de ça, quoi. Il y a vraiment dans cette maison d'édition qui a cette identité très marquée. Ce n’est pas un grand groupe, voilà, il y a ce truc là, cette identité très forte et d'être accueillie dedans avec tous les obstacles qui avant d’y accéder, c’est. Il y a des espèces de rites de passage comme ça, très intimidants. Et quand on y est, il y a un sentiment de chance et en même temps ce n’est jamais gagné. C’est à dire que moi je m'étais dit le premier c’est bon, ce sera facile d'écrire au prochain, mais non, à chaque fois on doute qu’on puisse le faire et il faut que l'éditeur accepte le prochain. Donc il y a ça dans la complexité de la relation avec les éditeurs, les éditrices.
Sophie Poirier
Alors moi j’ai. C’est la première fois que je suis éditée par une maison d'édition parisienne.
Sophie Poirier
Alors jusque-là, c'était des petites maisons d'édition du côté de Bordeaux. Le souci avec la petite maison d'édition, c’est que bien souvent, elle ferme peut être un peu vite. Vous qui avez pris sa retraite après. C'était un couple et le couple s’est séparé. Donc la maison d'édition a eu quelques soucis et ça fait que les livres qu’on a pu écrire deviennent un peu comme ça, mort vivants, un peu flottant un peu. Après, avec les éditions Inculte. Alors moi j’avais envoyé mon manuscrit chez Verdier par exemple. Dans les quelques choix, j’avais fait le choix d’envoyer mon texte dans des maisons que je lis aussi. Donc ça, ça peut réduire aussi le champ. C'était important pour moi de faire partie d’un ensemble. Enfin voilà, de connaître et chien cultivé avait un fonctionnement. Je parle au passé parce que ça a changé récemment, mais il avait un fonctionnement. C’est une maison d'édition montée par un collectif au départ, une revue, ensuite une maison d'édition et c'était leur principe. C'était trois auteurs autrice qui était éditeur, donc ils recevaient les manuscrits qui choisissaient vraiment au sens éditorial, pas au sens directeur de la maison d'édition. Et moi, je pensais tomber sur Hélène Gaudy qui écrit des lieux, qui écrit beaucoup de livres sur des lieux, et je me suis dit Bon, elle, elle va comprendre ce qui m’arrive avec le signal. Et je suis tombé sur Claro. Qui est connu pour son blog qui s’appelle Le clavier cannibale, donc pas la personne la plus tendre du monde. Je n’aurais jamais imaginé que ça puisse être quelqu’un comme ça. Et puis j’ai lu son dernier livre chez Actes Sud, La Maison indigène, et j’ai compris pourquoi mon signal à ce moment-là faisait écho. Et donc moi je suis dans une relation débutante aussi avec les éditeurs. Il y a ce fantasme. J’avais assisté à une rencontre pour l’anniversaire de Poële Voilà ce qu’on raconte et ce fantasme d’avoir un éditeur comme ça ou une éditrice tellement attentive à vous. Et puis ça, ça fait envie. Je ne sais pas si ça existe encore aujourd’hui. Enfin je crois que si, il y a quand même des gens qui sont encore comme ça. Et le travail de correction alors ? Avec la roue sur le sur le sens, enfin sur le manuscrit lui même, il y en a pas eu, mais après il y a eu un travail avec une correctrice, celle qui est là pour dire euh, ça tu l’as répétée trois fois, Est ce que tu as vraiment envie de le répéter trois fois là ? Ça, c’est pas français, ce n’est pas correct, je te le dis maintenant, tu fais ce que tu veux. Et ça, je trouvais ça assez intéressant comme travail d’exigence sur l'écriture et de. Et ça fait aussi se questionner sur on voit ses propres tics et ça fait aussi se questionner sur voilà, est ce que vraiment ces trois répétitions elles ont un sens ou est ce que c’est une maladresse ? Et on peut corriger Et ça j’ai trouvé ça vraiment passionnant et j’appréhendais un peu aussi au début. On voit arriver ça là avec mes petits commentaires. Étourdie Wow, c’est qui celle-là qu’on ne connaît pas ? On n’a jamais parlé avec elle. Et puis tout d’un coup, elle. Et une fois passée cette petite mini-crise d’ego, au contraire, c’est très riche, ça aide à la tenue de sa propre écriture, c’est rassurant. Et puis ça permet de comprendre comment soi-même on écrit. Et voilà, ça c'était assez passionnant.
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Je crois que mon expérience aussi. J’ai beaucoup de chance. Mon expérience est un peu différente du fait que j’ai été publié dans l’imaginaire et qu’on. On se croise en salon où on boit des bières, mais aussi bien avec les lectrices qu’avec les éditrices des gens. On se croise, on se connaît, on se fait des câlins, on se dispute beaucoup comme ça, pour rire. C’est un milieu très. C’est très différent en fait, je crois. Et du coup, pareil, insouciance. J’ai envoyé vers une maison un petit médium, une revue littéraire, gothique dans les années 90, qui s’appelait L’oxymore et basée à Montpellier qui faisait des appels à textes et donc on pouvait de nouvelles et j'étais complètement. Voilà, j’ai envoyé des textes sur des appels à textes thématiques, donc je ne sais pas, ça pourrait être une société secrète, mais ça pourrait être pour m’inspirer quelque chose. Et voilà l’insouciance de la jeunesse. Je voyais y prenait tout ça, je réfléchissais pas et à un moment, ils ont mis la clé sous la porte. J’ai rien vu venir parce que je n’étais pas, je ne surveillais pas, c'était Il y avait plein de signes et ensuite je continuais à écrire comme ça. Et Léo Henry, qui était écrivain pour qui avait aussi été publié chez eux, m’a retrouvé sur Facebook. Oui, je suis un boomer et il m’a dit Tiens, est ce que tu écris encore Euh ouais, t’as des trucs ? Ben oui. Et lui, il était publié chez Dystopia. C’est des libraires qui faisaient des apéros devant leur librairie de seconde main de science fiction. On pouvait trouver des originaux le soir, tout brillant, tout argenté. Je sais pas si vous les connaissez, c’est ce truc qu’on peut trouver dans absolument tout et c’est un libraire incroyable qui s’est dit à un moment c’est bête, il y a plein de j’ai envie de conseiller, il y a plein de bouquins qui ne sont pas réédités et en fait j’ai pas assez de seconde main. Je les aime tellement ces bouquins. Je n’arrive pas. Je n’ai pas, je ne peux pas lui fournir tous les gens et voilà. Et du coup, il s’est mis à faire des rééditions de français, ensuite à chercher des inédits et il cherchait des inédits dans le milieu. Il s’appelle Dystopia Workshop, donc j'étais complètement dans la cible. Léo lui a tout fourgué. Il a édité mon premier recueil, mon second job, en prenant dépôt dans cette librairie. C’est une librairie à peine. On pense qu’on ne peut pas rentrer tellement il y a de bibliothèques aux murs et on ne sait pas où poser sa bière. Il y a partout un verre renversé de livres achetés, donc les gens font très attention avec leur petit verre de festival. Et là, j’ai rencontré ce libraire. Mais du coup, il ne sait pas euh, il n’est pas seul, c’est Xavier Bernheim et en fait c’est un collectif. Et c’est là où j’ai rencontré Matthias Schneider de la Volte. Qui ? Qui à ce moment-là cherchait ? Moi, je pensais que j’avais un projet de roman que j’avais présenté qui était grave. Mais finalement je l’ai écrit plus tard et entre temps j’ai écrit, je lui ai fait lire et il a adoré la Dystopia C'était plutôt pour des nouvelles parce qu’il adore les nouvelles et je ne sais pas, je ne sais pas. Mes rapports avec eux, c’est juste. J’ai eu une chance incroyable. C’est des amis en fait. Je ne sais pas. Et j’adore mes correctrices. Je les connais. Je vais dormir chez elles, je les adore. Je les fais rire parce que je suis dyslexique. Donc quand on corrige une autrice dyslexique de science fiction, des fois, est ce que je ne sais pas ? Est ce que c’est un artefact ou non ? Non, une coquille. J’ai inversé les lettres. Ah d’accord. Et du coup voilà. Et ils sont. Ils sont super consultés sur absolument tout. C’est moi qui choisis les illustrations, la couverture. J'écris comme j'écris parce que je connais aussi la personne qui fait la mise en page, qui est Laura, qui est et qui est aussi la typographie et qui a créé la typo pour la bold. Et j'écrirais pas honnêtement, j'écrirais pas comme j'écris et je ferais pas les choix que je fais si c'était pas elle qui mettait en page parce que j’ai fait et y compris des choix de mise en page. Maintenant, avec le prix du papier au champ en train de me dire je peux faire juste un livre audio, je sais ne pas réfléchir. Du coup moi j’ai une chance incroyable, je les aime d’amour et de bisous.
Corinne Morel-Darleux
J’en profite juste quand même pour dire un mot, même si ici je pense que tout le monde a ça en tête. Sur le fait que ce qu’on disait tout à l’heure sur la question des médias et de l’importance d’avoir des médias indépendants vaut exactement dans le milieu de l'édition. C’est-à-dire qu’on est dans un milieu qui est de plus en plus concentré entre quelques mains.
Corinne Morel-Darleux
Où là, les maisons d'édition, certaines maisons d'édition rachètent beaucoup de petites maisons d'édition indépendantes et que du coup, il y a là aussi un vrai gros enjeu à soutenir les maisons d'édition indépendantes. Et j’en profite pour saluer vraiment le travail de la limousine de la librairie qui est ici et qui fait justement un gros travail pour faire connaître le travail de toutes ces maisons d'édition indépendantes qui sont souvent portées par des gens qui sont bénévoles, qui font un travail assez, assez extraordinaire et souvent très ingrat. Donc voilà. C’est l’occasion de les saluer.
Corinne Morel-Darleux
On a encore un petit peu de temps si vous le souhaitez. En même temps peut être. L’après 12 h est un peu longue, donc peut être que tout le monde commence à fatiguer aussi un peu en terme d’attention.
Corinne Morel-Darleux
Mais s’il y a quelqu’un souhaite prendre la parole, poser une question, réagir à quelque chose. Sinon, on peut aussi poursuivre de manière moins formelle.
Public
Les échanges d’Aout. Lire un extrait ? Ah, on peut. On peut faire ça. Je ne vois pas qui est qui suggère, mais on peut faire ça. Ça vous dit ? Bien sûr,je vais lire le début. Souvent encore. J’en rêve. Je monte dans la camionnette blanche en dernier. Quand nos regards se croisent, on sourit nerveusement. Top a le visage jaune éclairé par son 33. Dix. Pianote. Pianote. Pianote. On l’appelle la sonnerie. C’est la symphonie de Mozart, là. Top dit OK et raccroche. C’est bon, L’appel a été passé, dit Top à la cantonade. Il faut se grouiller. Je nous regarde avec nos combi orange des cosmonautes de Guantanamo. On est à une ou deux minutes, dix fauteuils au volant. J’ai super envie de pisser, ça me fait tressauter. Le genou me l’immobilise d’autorité. Ça va aller. Respire. Elle me dit C’est un ordre, ce n’est pas pour assurer. Je respire. Personne ne dit rien. Et on les voit au loin, les silhouettes sales. Même la nuit. Des tours de refroidissement, sabliers d’eau et la fumée toujours déjà top qui me dit plus fort. Tiens toi prête, Prend l'échelle, prends l'échelle. Tout le monde a dans la main son outil et la disséqueuse d’aider la pince à couper. Raz Delmas, la pince multifonction jaune à la moquette fauteuil, la bannière sur le siège à côté de lui. Il freine en dérapant. Sors, sors, me crie. J’ouvre la portière arrière, saute, fait glisser l'échelle. Le sac de taupe tombe au passage. Fais gaffe putain. Je m’enfonce les ongles dans le pouce, ça saigne. On a quelques minutes pour entrer. Thelma commence à paniquer. C’est ça le bâtiment, On est d’accord ? C’est ça, hein ? Elle dit le premier grillage. On passe à l'échelle comme prévu. On essaie de stabiliser la moquette sur les barbelés, on glisse dessus comme ça, on se ramasse comme des mères De l’autre côté, à part Dédé qui galère à se relever, ça marche, ça fonctionne. On est tous passés en environ une minute. Le deuxième grillage, faut l’ouvrir, la disséqueuse de taupe et de chaque côté les pinces agrandissent le trou. C’est comme dans du beurre désormais. Chaque geste est limpide. Vite, vite, vite ! Stop dit On entend la sirène de la police. On plaque la moquette à l’intérieur du trou. On y passe. Il y a taupe qui dit putain et qui tient l’oreille. Mais pas le temps. Bannière La bannière grouille. On se met en place comme prévu en deuxième entre taupe et moteur et on la déroule pour notre drone furie verte. Tchernobyl, Fukushima. J’arrête là
Sophie Poirier
Deux petits extraits. Si on continue de marcher sur le front de mer en allant vers le sud. Une statue géométrique installée en 1970, La danse marque un point final ornemental à la promenade de la station balnéaire. Mais quand on arrive à ce point précis, on dépasse la sculpture et on lève les yeux vers lui qui intrigue. Il suscite des commentaires. C' est insupportable. C’est après l’avoir vue qu’on rebrousse chemin ou qu’on le contourne pour aller plus loin. Une masse rectangulaire. Sa seule particularité architecturale. Une forme imposante composée de deux bâtiments qui se décrochent à peine l’un de l’autre. Une barre d’immeuble couleur beige clair, haute de quatre étages, qu’on dirait solide malgré sa position fragile, si près du bord. J’imaginais en été le manège incessant de la plage aux appartements d’oublier une sandalette ou la serviette à fleurs qu’on retrouvait le lendemain, ramené par quelqu’un dans le hall ou au pied de l’escalier. Le signal que j’ai aimé sans rationalité, ce n'était ni chez moi ni logique de s'éprendre d’un bâtiment dont le destin et de disparaître bientôt. Les premières années, tout s’est bien passé. Au sortir des 30 Glorieuses, de toute façon, globalement, les choses se passaient bien. Les vacances dans des appartements achetés pour plusieurs générations. Les vacances au sein de Familles unis, les vacances avec des jouets en plastique qu’on oublie sur la plage et que la mer emporte. Les vacances avec des cartes postales envoyées le dernier jour. Les vacances avec des boissons en poudre pleines de colorants et de 122 qu’on boit tous les matins. Les vacances avec les adultes qui fument dans la voiture. Dans les années 1970, rappelez-vous, on peut habiter un immeuble qui s’appelle Le Signal sans avoir d’inquiétude pour quelques temps encore. Donc la vie ressemble aux 30 Glorieuses. Tout va bien.
Luvan
Ça peut être pas mal d’enchaîner parce que du coup, Hélène, tu m’as choisi un sans issue qui écrit à l’envers. Merci. Et c’est sur un immeuble qui déborde. Et combien tu as fait de pages trois pages ? Est ce que c’est un peu plus long ? Donc du coup. Sans issue. Par bruit, par fragments de bruit. Nous sommes au pied de la tour. Sur la dalle, il n’est de tour que dans la perspective, par froissement, par frôlement de manche. Nous sommes John, John, Barbara et Tuck, l’immense pseudonyme dont le nom intime le respect. Et puis Sybil et Trish. La faune, à part les pigeons, c’est nous. Notre maître est pseudonyme. Il est son propre synonyme. Personne ne le surpasse, Il déborde de lui-même, il bruisse plus que nous. On l’entend dès le matin dans ses chaussons. Il se place au centre de la dalle pour slurper son café entre les carreaux de verre et les plaques de béton. Après son café, par habitude, il descend l’escalier menant au parking. Les semelles de ses chaussons sont en feutre. Ils bruissent plus que nous, comme nous au pied de l’escalier, il bute. On n’a plus accès au parking. D’abord ceux de la tour d'à côté ont placé une porte grillagée entre nous et leur voiture pendant quelques années pour nous leurrer, nous accommoder. La porte n'était pas verrouillée. Ensuite seulement, ils l’ont cadenassée. La clé a sûrement rouillé dans la serrure de leur coté je continue ? Est ce qu’il pleut trop ?Depuis la dalle. Derrière les barreaux. On voit leur bagnole depuis la dalle, on passe les bras parfois façon trompe d'éléphant à cran de cacahuète depuis la dalle, on leur fait peur avec nos appendices qui dépassent. Sur là où cela. A été élevée. C’est un clap de fin.Nous sommes Pierre. Je veux dire par là que nous nous prénommons Pierre. Lui et moi, nous nous répétons aussi semblables que les panels ad libitum de la Tour. Chaque panel est constitué de barres froides et de creux. Le béton est ainsi cranté qu’on pourrait l’escalader, mais seulement une fois la tour basculée, chaque plaque est perpendiculaire à la suivante, et ainsi de suite. Nous nous répétons, nous nous occupons différemment de l’espace. Nous ne sommes pas foule. Nous sommes Pierre, pseudonyme friand de symboles. Nous appellerons Romulus et Remus. En réalité, si nous devions être mythologiques, nous serions Remus et Remus ou dans le pire des cas Romulus ! Lucius Mumus. Le jour de notre naissance pseudonyme a reçu un bras supplémentaire. Le peuple de la Tour a longtemps hésité à choisir son maître de pierre ou trois bras à tour. C’est homme, C’est une tour. Entre-temps, ça a été. C'était horrible quand j’y suis allé. Mais entre-temps, il y a eu un projet de rénovation. C’est à côté de la tour Cosmos. Ce n’est pas loin du pont où il y a la Tour de la Liberté et la Tour de la Liberté. C’est dans le 16ᵉ. Et en fait il y a une tour qui s’appelle la Tour Cosmos qui est super classe. Et puis il y a un endroit avec des passerelles bouchées, une piscine. C’est un endroit qui était affreux et apparemment maintenant c’est super cool et vachement standing hype. Mais quand j’y suis allé, c'était tout moche.
Corinne Morel-Darleux
Eh bien, encore merci à vous trois d'être venues, d’avoir accepté cette invitation et d’avoir joué le jeu, de partager vos expériences d'écriture et de rapport au monde et de lien aussi avec la politique et l’engagement.Merci à vous toutes et tous de votre attention et de votre qualité d'écoute tout au long de cet après midi

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