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Ciné-café : René Vautier, cinéaste-combattant

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Transcription de l’émission

David Dufresne
On est con, on est con avec Olivier, on discute, on papote dans les loges, dans les loges d’Au Poste, puisque maintenant nous avons des loges extraordinaires, et puis voilà, il est 9h01, et voilà. Amis, amis du café, amis de la police, amis des longs métrages, amis de la mutinerie et amis du bizarre, nous entrons dans le bizarre. Est-ce qu’on se risque au bizarre ? Voilà, il semblerait que Macron, pour amuser la galerie, à 7h40 dimanche, à l’Élysée, imitait Les Tontons flingueurs en disant : « On rentre dans une période bizarre », et la phrase exacte, c’est : « Est-ce qu’on se risque dans le bizarre ? » Nous sommes dans le bizarre, nous sommes dans le blizzard et nous sommes surtout avec Olivier Azam, que je vais bientôt mettre à l’écran, le voici, le voilà. C’est de l’impro totale ce matin, comme d’habitude. Bonjour Monsieur Azam.
Olivier Azam
Bizarre, vous avez dit bizarre ! Comme c’est bizarre ! Comment ça va ? Ça va comme sur le long domaine d’élections. Mais c’est bien, je trouve qu’on va rentrer en une ère plus que bizarre, mais en même temps une ère parlementaire qui va être plus intéressante que les séries Netflix.
David Dufresne
Au Poste, partenaire des lutteurs, tu vas avoir du boulot, tu devrais t’installer dans la salle des pas perdus à l’Assemblée. D’abord, il faut le savoir, ils appellent ça la salle des Quatre Colonnes. Comment tu peux éviter ou, au contraire, aller chercher les caméras à la salle des Quatre Colonnes ? Bonjour les Mutins, te dit Émile Cheval. Bonjour Olivier Azam, te dit Glaudioman. Bonjour Euryale, bonjour les modos, bonjour Jessee, bonjour Robin.Alors, justement, à propos de ça, on va être très, très clair, Monsieur Azam. Les Mutins de Pangée, donc la meilleure plateforme de VOD qui existe sur la place ?
Olivier Azam
Ce qui compte le plus, c’est Netflix et Disney.
David Dufresne
Vous avez, du haut de vos dollars, décidé de débaucher plusieurs des modos d’Au Poste.
Olivier Azam
D’abord, sans nos dollars, ils ne sont pas payés en dollars et d’ailleurs, on est obligé de les fouetter pour les payer parce qu’ils font parti des gens qui sont super sympas. Et donc, voilà, maintenant, on a des coups de main de temps en temps Olivier et de Robin, que je salue et je remercie s’ils sont là au passage, mais enfin, on se parle régulièrement. Olivier est là, oui. Pour justement, parce qu’on est comme d’habitude obligé, de faire comme tout le monde, de se développer sans cesse dans cette Startup Nation. Et en fait, on est obligé sans arrêt, et en même temps, on est content de le faire. Mais c’est des trucs incroyables de refaire sans arrêts le papier peint, enfin de tout refaire. Et on refait la plateforme des Ciné Mutins pour la rentrée, qui sera en fait beaucoup plus fonctionnelle. On va faire, voilà, c'était un scoop, il n’y a personne, on va faire une offre d’abonnement. Mais sur laquelle on réfléchit, parce qu’il y a pas mal de contraintes, notamment des contraintes légales et tout ça. Et donc on est en train de réfléchir là-dessus. Donc ils nous aident techniquement, les copains, et même à la réflexion, parce qu’il y a des réflexions. La technique est liée, tu sais bien, à tout ça, quoi. Donc voilà, donc on bosse avec eux pour parfaire les outils et pour aller de l’avant avec Ciné Mutins vers un truc qui marche, qui soit plus vers l’abonnement et plus, en fait, plus facile aussi dans plein de points. Enfin bon, il y a plein de choses qui vont s’améliorer.
David Dufresne
Mais en tout cas, ce que je trouve hyper chouette, très joli quelle belle tasse rouge.
Olivier Azam
J’ai une tasse des Mutins mais je ne sais pas pourquoi.
David Dufresne
C’est parfait pour la vignette, c’est génial parce qu’au poste on s’est rapprochés avec les Mutins. Et puis un jour tu m’as appelé et tu m’as dit est-ce que tu connais pas un développeur ett effectivement Olivier et Robin que j’ai rencontrés par auposte sont devenus maintenant des travailleurs des Mutins, donc ça c'était génial.
Olivier Azam
C’est des cadeaux hein, faut dire que c'était des gros gros niveaux là.
David Dufresne
Non mais attends, là c’est une équipe de braquage extraordinaire, j’ai bien dit braquage.
Olivier Azam
Parce que nous on peut comparer maintenant, on commence à avoir de la bouteille. Ça fait comme toi, ça fait 30 ans qu’on fait des sites internet, des machins, des trucs depuis le début. Et là, franchement, par rapport aux startupers qui sont très, très, très sur deux, mais qui ne comprennent jamais rien à ce qu’ont fait. Là, on a des gens qui sont qui sont efficaces, super sympas. Enfin, bon, voilà, je ne veux pas leur parler plus parce qu’après, ils vont aller bosser ailleurs. On va avoir du mal à les garder,.
David Dufresne
Bon, alors en tout cas, c’est super. Alors justement, justement, de quoi on va parler aujourd’hui ? Nous allons parler de ce bon René Vautier et pour ceux qui sont là ce matin, les courageux, les braves qui ont décidé de faire de l'évitement informationnel. J’ai entendu cette expression ce matin sur France Culture. C’est-à-dire, il y a semble-t-il, 36 % des gens. Aujourd’hui qui n'écoutent plus les informations, qui ont coupé les informations.
Olivier Azam
C’est encore pire que ça, quand tu as l'étude que j’ai lue hier sur la Fondation Descartes, sur le nombre de gens qui vont consulter l’information sur Internet, ça serait du 3 %.
David Dufresne
Voilà et donc j’ai décidé qu’on allait faire une émission pour les 97 % des gens qui ne veulent pas de la formation, parce que maintenant il s’agirait quand même de grossir un peu l’audience et en réalité pas ta trappe, pas du tout. C’est pas parce qu' on va parler de René Vautier qui est décédé il y a quelques années, qui est un grand cinéaste des années 50, 60, 70, on ne va finalement pas parler d’actualité. C' est ça qui est absolument formidable. Dans une partie de la filmographie de René Vautier, c’est qu’elle résonne. Mais alors, vous allez voir tout à l’heure avec Le Pen, notamment, elle résonne de manière éducation populaire. C’est exactement ça. Elle résonne d’une manière incroyable. Mon cher Olivier Azam, au lieu de lire tes textos ou les cours de la bourse, puisque Tokyo vient de fermer, raconte nous qui est ce bon René Vautier.
Olivier Azam
Bon alors c’est difficile à raconter, on a déjà parlé ici, donc je ne vais pas tout vous montrer, je vous montre René parce que c'était sa photo là, cette photo qui a été censurée sur Facebook quand on a sorti le coffret. Alors devinez pourquoi, je l’ai déjà dit ici ou pas non ? Non, non. Est-ce que quelqu’un me le chat, alors je dirais la réponse après, est capable de deviner pourquoi cette photo a été publiée sur le Facebook ? Je vous laisse la deviner.
David Dufresne
Parce que ça se porte pas comme ça à Bazooka.
Olivier Azam
Voilà, c’est exactement ça, t’as deviné, t’as déjà vendu la mèche. C’est qu’en fait, les petits robots de Facebook ont pensé que c'était une arme. Ce qui n’est pas tout à fait faux, on va le comprendre après, quelque part. Bien que lui, il est justement Vautier, ça me permet d’en parler, c’est que René, c est quelqu’un qui est très jeune pendant la Deuxième Guerre mondiale et qui rentre en résistance en Bretagne dans les maquis à 16 ans, quoi. Et alors très vite, il comprend que bon, on lui fait comprendre après, après la guerre. Que les armes ce n’est pas terrible, qu’il faudrait mieux qu’ils prennent, qu’on a besoin de lui pour… Bon, il est communiste au départ, il a toujours été très indépendant, il était communiste d’ailleurs, mais toujours très indépendant du parti,
David Dufresne
Alors pour le jeune public qui nous écoute, communiste, ce n'était pas Roussel.
Olivier Azam
C’est vrai qu’avant on disait ça pour socialiste comme les gens on disaient socialiste et les gens disaient quoi François Rouen, bientôt il va falloir, ouais bon. Donc effectivement c'était un vrai communiste et dans la résistance il y en avait beaucoup et voilà. Donc à la sortie de la guerre en fait ils se retrouvent comme ça très jeunes, décorés croix de guerre et en fait c’est le copain, le pouce à aller s’inscrire à l'école, à l’Edec, à L'École de Cinéma National. Qui est maintenant à l'école de lumières et qui en fait, et en fait il va sortir premier sa promo, il est surdoué, il est très très précoce. Il va tourner Afrique 50, donc à 20 ans, le film dont on a parlé la fois dernière, pour ceux qui suivent, donc je vais pas en reparler, mais Afrique, 50, c’est le premier, c’est ce qui est considéré.
David Dufresne
Ça c’est vraiment Olivier Azam. “Afrique 50” je ne vais pas en parler. Donc, Afrike 50, J’avais juste une phrase à te dire.
Olivier Azam
Le premier film anti-colonialiste et puis derrière il va faire le truc du parcours incroyable d’un cinéaste le plus censuré, plus censurer en France, il n’y a pas de cinéastes qui a été plus censuré que Vautier, ça n’existe pas.
David Dufresne
Je te propose qu’on regarde la magnifique présentation du coffret que vous avez sorti il y a peu de temps finalement.
Olivier Azam
En fait, c’est une réédition, mais maintenant il y a un livret très très complet qui a été fait parce que tout le boulot, il a été fait, j’ai dit, par Moïra, chapeau de laine Vautier, donc comme son nom l’indique, en fait c'était sa fille. Et Moïra a fait le boulot C’est elle qui s’occupe de la restauration des films, qui est un boulot énorme quand il est question de René Vautier, parce qu’il faut aller chercher des bouts partout. Il y a des films qui ont été perdus, mais ceux qui ont étés retrouvés, c’est pas des petits bouts, des bouts au labo en Allemagne de l’Est, bon non c'était plus Allemagne de l’Est, mais à l'époque. Des bouts un peu partout, des films censurés, coupés, on va en reparler. Et donc, elle a fait tout ce boulot, depuis des années elle fait ce boulot de restauration, de suivre la restaurations des films. De trouver les financements aussi, parce qu’elle est productrice, ça va, mais… Je veux dire, elle connaît le boulot, mais en fait, c’est très, très, très cher et la restauration des films, c’est énorme. Et puis, elle a fait tout le boulot du livret. C’est-à-dire qu’il est allé retourner dans les archives de René, bon, des textes qu’on connaissait, mais aussi des choses qui étaient, des documents qui étaient dans ces archives persos qui sont énormes. Et donc voilà, donc c'était le livret, ça, on y tient bien.
David Dufresne
Je te censure, je mets la bande annonce.
Audio
J’ai été amené, quand j'étais très jeune, à participer à des combats contre l’armée allemande et je ne voulais plus utiliser les arguments de ce genre. Et les copains m’ont dit, tu feras pour nous, tu feras du cinéma sur les choses qui ne vont pas bien pour montrer qu’il faut que ça change. Ici, une enfant de sept mois a été tué, une balle française lui a fait sauter le crâne. Ici, du sang sur le mur, une femme enceinte est venue mourir, deux balles françaises dans le ventre. Sous cette terre d’Afrique, quatre cadavres, trois hommes et une femme, assassinés en notre nom à nous, gens de France. Et les gens ont eu beaucoup de stress et d’anxiété. On ne va pas y aller par quatre chemins. C’est pas même qu’on y est même pas du tout. Vous vous connaissez, vous appelez à une manifestation contre la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, après l’an 1 de notre indépendance, il nous faut faire comprendre le mouvement d’un peuple. Un peuple vivant. Un peuple debout. Mais il faut que chacun ait pour devise. Je dis ce que je vois. Ce que je sais. Ce qui est vrai. On voit à cette crise de vue d'être probablement le seul cinéaste à avoir un morceau de caméra dans la tête.
David Dufresne
René Vautier, courte présentation, quand il est là en train de découvrir les pellicules, il est où en fait ?
Olivier Azam
Ben on va en parler plus tard, parce que c’est un des derniers extraits, en fait c'était ses archives perso, tout ça est lié à l’affaire Le Pen, on va parler, c’est quand même une grosse histoire de France, ce n’est pas rien, parce-que toute cette histoire dont on parle là, si les gens ne comprennent pas pourquoi aujourd’hui il y a 99 députés RN, Bonne nuit ! Cette histoire est très profondément enracinée dans l’histoire de la guerre d’Algérie, tu le sais, mais il faut que les jeunes gens qui ne connaissent pas cette histoire comprennent que c’est très enraciné là-dedans, notamment dans l’histoire personnelle de la famille Le Pen, puisque le père, le vieux, qui a fêté son anniversaire hier, pour lui souhaiter son anniversaire, on va lui rappeler son passé aujourd’hui. C’est quand même très lié à la guerre de l’Algérie.
David Dufresne
Alors, un point qui me semble important, et puis après on peut démarrer dès le premier extrait si tu veux, c’est quand même de rappeler que René Vautier, pendant la guerre, la deuxième guerre mondiale, adolescent, à 14-15 ans je crois, il est résistant. Il est dans la résistance et j’ai l’impression que ce fait d’armes, finalement, c' est ce qui va habiter toute sa vie et toute son œuvre. C’est à dire qu’il est toujours du côté de la résistante. De la résistance à l’ordre injuste, inégal. Ce qui fait dire ici dans le tchat que René Vautier c’est un peu la bande son d’auposte.
Olivier Azam
C’est entièrement lié à cette histoire et à la fois l’antifascisme réel du fascisme de l'époque et qui était l’occupant. Et après qui va être l’anticolonialiste parce que lui il va y faire le parallèle évidemment entre ce qu’il a vécu en voyant ce que faisait l’occupant nazi Oradour, notamment qui site souvent dans ses films et donc effectivement derrière ce que la France va faire dans les colonies en Algérie. En Indochine ils ne voient pas, mais en Algérie ils voient. Et il va continuer à filmer selon son principe. Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai, qui était la phrase de Paul Eluard donc Vautier, c’est ça qu’il a structuré. Ça, le texte, quand même la poésie, parce que pendant la résistance, il dit des poèmes à ses camarades. Paul Eluard, notamment, qui a marqué beaucoup l'œuvre de Vautier. Mais il a fait un film qu’on a aussi sur Ciné Mutins qui s’appelle « Et le mot frère et le mot camarade ». Et donc, tout ça structure un peu chez Vautier une vision qui est à la fois très politique, donc très anti-fasciste, mais en même temps aussi très anticolonialiste, parce qu’il va être un des premiers en fait à le dire, en fait, à dire ce que d’autres voyaient, ce n’est pas le premier. En tout cas, il va l’exprimer très fortement avec Afrique 50, puis avec les films sur l’Algérie. Et puis surtout, il vas comprendre avant tout le monde, avant beaucoup de gens que c’est fini cette histoire de colonisation, que ça va péter. Et ça il a compris très très jeune et très vite, ça il faut vraiment que tu vois dans tout son travail qu’il le comprend très vite ça ne peut pas tenir, et ça ça fait pas, voilà
David Dufresne
Alors, je te remonte une remarque du chat de Marie 76, qui dit, ça n’amène pas forcément de commentaires de ta part, mais c’est juste que tu le saches comme ça, difficile de connaître la guerre d’Algérie quand on voit comment on en parle ou pas à l'école, et Marie 76 rajoute au moins le cinéma américain à travailler sur la guerre au Vietnam. Il se trouve que René Vautier, on a vu d’ailleurs avoir 20 ans dans les Aures va faire un petit peu du travail quasi américain, c’est-à-dire fonctionnaliser des faits réels pour essayer, comme les Américains ont fait à la fin des années 70, début des années 80, des films sur le Vietnam. Tu es d’accord avec ça ou pas toi ?
Olivier Azam
La différence des Américains, c’est que Hollywood a toujours travaillé maintenant la main avec l’armée américaine. Notamment parce qu’ils ont d’ailleurs toujours utilisé des moyens aussi de l’Armée Américaine. Et la censure, quand même, était permanente à Hollywood. Elle est toujours par exemple, quand on me parle de “Don’t Loock Up” sur Netflix, c'était un film qui est entièrement revu, réécrit, censuré par l’armée américaine Ils ont enlevé toutes les scènes qui étaient écrites et qui mettaient en cause l’armée américaine dans la narration alors que c’est de la fiction pure. Donc non, Vautier c'était pas du tout ça,Vautier c’est quelqu’un qui est entièrement libre et qui fait lui-même, indépendamment vraiment de tout le monde, vous allez le voir, de tout monde fait un cinéma engagé certes mais totalement indépendant et donc extrêmement censuré parce que tous ces films ont été censurés du début à la fin. Et c'était une bagarre permanente, et c’est ce que racontent aussi ces films, cette restauration de films. Et c’est pour ça que dans le coffret et dans le prochain, tout ça, c’est ce boulot-là qu’a fait notamment Moïra, donc essentiellement qui fait partie de l’histoire, si vous voulez. C’est pas juste, voilà, on a retrouvé des films, on les a restaurés. C'était toute l’Histoire de ce cinéma, c’est un cinéma qui a sans arrêt tapé là où ça faisait mal, quoi. C’est à dire qu’il a remis le couteau en la plaie, comme disait Albert Londres. Vraiment,Il est allé là où ça gênait et c’est pas étonnant que tous ces films aient été censurés.
David Dufresne
Si tu parles du même Albert Londres, c’est pas le couteau dans la plaie, c’est la plume. Mais c’est 'pas grave,. Non mais vous, les gens des images, du moment qu’il y a du sang, c’est bon quoi.
Olivier Azam
Donc tu vois
David Dufresne
La caméra dans l’appelé est n’importe quoi. Bon alors, 1954, en Algérie, 1962, Avoir 20 ans dans les Ores, un film de René Vautier et là tu nous proposes Les Mutins de Pangée. Vous nous proposez qu’on regarde donc un extrait de ces entretiens. Est-ce que tu veux l’introduire ou on y va directement ?
Olivier Azam
Rapidement, c’est juste que Vautier, là il est en 2012, il est mort en 2015, donc il revient un peu sur tout ça et c'était bien qu’on commence par voir un peu René parler parce que tu vas voir, j’ai choisi que des extraits, beaucoup d’extraits où on voyait René. Donc on y va. Je sais pas si je peux garder mon son.
Audio
Je ne suis pas un missionnaire, je suis simplement, j’ai été amené quand j'étais très jeune à participer à des combats avec des armes. Je m’en suis servi contre l’armée allemande, on m’a décoré pour ça. J’ai eu la croix de guerre quand j’avais 16 ans, au moment de la libération de la France. Bon, j’ai tiré, j’ai tué, et je ne voulais plus utiliser des arguments de ce genre. Et les copains m’ont dit, tu feras pour nous, tu feras du cinéma. Parce que ça, ça permet de montrer les choses. Et puis tu feras du cinéma sur les choses qui ne vont pas bien pour montrer qu’il faut que ça change. Et puis j’ai fait ensuite un premier film anticolonialiste, alors que j'étais parti faire un film sur la vie réelle des paysans d’Afrique Occidentale Française, destiné à la diffusion. Dans les lycées et collèges de France et de Navarre, j’avais 20 ans, et puis après j’ai continué à faire des filles. Là-bas, dans une confortable maison de pierre, monsieur l’administrateur fait la sieste, écrasé de soleil. Mais ici, il faut travailler. Suivre le troupeau cherchant pâture dans la brousse. Tu t'étonnes de voir un village sans école, sans médecins. En Afrique, on ouvre une école quand les grosses compagnies coloniales ont besoin de comptables. On envoie un médecin quand les grosse compagnie coloniale risquent de manquer de main-d'œuvre. Et ce village a encore de la chance dans sa misère, il est en paix. Ici, le chef de village, Shikali Watara, a été enfumé et abattu d’une balle dans la nuque, d’un balle française. Ici, une enfant de sept mois a été tué. Une balle française lui a fait sauter le crâne. Le bétail abattu pourrissant au soleil, ce n’est pas l’image officielle de la colonisation. Amis, la colonisation, ici comme partout, c’est le règne des vautours. Le premier franchissement de frontière entre la Tunisie et l’Algérie, direction Algérie, c'était en 1956. Puis j’ai tourné là-bas, aux côtés des maquisards algériens, Star 56, toute l’année 1957, et puis le film, ça a été Algérie en flammes. Lorsque j’ai tourné aux côtés des Algériens, je me suis rendu compte que l’armée française pendant cette guerre d’Algérie était dans la même situation que l’armée allemande luttant contre les résistants en France. Et qu’il était nécessaire d’essayer par l’image. De montrer qu’une discussion aboutissant à l’indépendance de l’Algérie était nécessaire. Avancez-vous ! À l’esprit. Bossuez. Où est Foda ? L’Algérie concentrationnaire. Et j’ai fait, avec les Algériens, des courts-métrages qui m’ont valu d'être blessé, emprisonné, mais je ne regrette pas du tout cette période de ma vie. Ni les passages à l’hôpital, ni les passages en cellule.
David Dufresne
Réflexion partagée sur le tchat de Botocoin, mon grand-père ayant fait la guerre d’Algérie n’a jamais souhaité en parler car il n’as jamais réussi à accepter d’avoir dû tirer et certainement tuer un autre jeune homme comme lui qui ne savait pas ce qu’il faisait là. Alors, question du chat, est-ce que c’est toi qui poses des questions à René Vautier ?
Olivier Azam
Non, pas dans ce cas-là non, j’ai eu beaucoup d’interviews de Vautier à la TV notamment. Là, je ne sais plus qui c’est qui a fait cette interview parce qu’il date de 2012. Mais il y a un film qui est vraiment fabuleux sur Ciné Mutins, qui n’est pas dans le coffret, qui s’appelle Salut et Fraternité, qui est fait par Valeria Bruni-Tedeschi. On verra un tout petit extrait à la fin. Valeria Bruni-Tedeschi, qui a fais un film sur… Avec Vautier à la fin de sa vie, qui re-raconte un peu les choses et c’est vraiment assez touchant parce que Vautier, c'était quelqu’un qui parle beaucoup plus que moi, mais en même temps qui a une émotion dans ce qu’il a fait, qui est absolument pas sur lui-même. Il est assez incroyable parce que ça a été un combattant tout le temps. C’est quelqu’une qui a sans arrêt été dans la bagarre et c’est vrai quand il dit, il le dit très modestement, mais quand de prison a fait Vautier en France et en Algérie pour ces films. Mais c’est énorme en termes de durée de prison. Il n’y a pas d’autres cinéastes qui ont fait ça. Vautier, on verra tout à l’heure aussi pourquoi il a un bout de caméra dans la tête. Il a aussi été le cinéaste qui a fait tomber, et ça, personne ne le sait, même dans le cinéma, qui a fais tomber le visa de censure en France. Et ça, c'était quand même une histoire.
David Dufresne
Il faut expliquer ce que c'était que le visa de censure.
Olivier Azam
Aujourd’hui, il y a toujours un visa, mais c’est un visa qui dit si t’as le droit d’avoir gardé un film à moins de 18 ans, 16 ans, pour des raisons sexuelles, machin, bidule, tous les trucs habituels,. Mais Vautier, jusqu’en 1973, le visa en France est un visa de censure politique. C’est-à-dire que ce film ne peut pas sortir au cinéma, on ne donne pas de visa ou alors il sort clandestinement. Tous les films de Vautier sont sortis clandestinement, sauf “Avoir 20 ans dans les Aures”. Mais tous sont sortis par les réseaux parallèles. Toujours il a été poursuivi, on l’a vu la dernière fois avec “Afrique 50 etc. Mais ça veut dire qu'à chaque fois ça a été une bagarre parce que la censure s’est vissée. Et en fait, j’anticipe un peu sur la chronologie, mais en 1973 Vautier fait une bagarre qui va être énorme, c’est qu’il va défendre un film qui n’est pas de lui, qui s’appelle « Octobre à Paris », je ne sais pas si tu connais ce film, de Jacques Panigel. Qui est le seul documentaire tourné en 1961 sur le massacre des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961. C’est peut-être 200, on ne sait pas exactement, mais qui ont été soit balancés à la scène, soit matraqués à mort, ça a été un drame sous le préfet Papon en plein Paris, qui a été longtemps tue, qui a fait partie de l’histoire non dite de la France. Moi je sais qu’ils ont commencé à en reparler en 1981, 20 ans après et puis il a fallu 40 ans pour que vraiment cette histoire soit officielle, il y a une plaque et tout ça qui commémore cette histoire. Et donc il y avait un film déjà à l'époque, 1971, qui s’appelait « Octobre à Paris ». Qui en 1971 n’obtient pas de visa pour les dix ans, ne peut pas sortir. Vautier va prendre ce film comme cas en disant que c’est scandaleux, donc je vais faire la grève de la fin, je risque ma vie pour défendre la liberté d’expression. Et il va gagner en fait, parce que ça prend de l’ampleur, Il y a de la presse, il y a les autres cinéastes qui le soutiennent, enfin il y' a du soutien. Et en fait il va se retrouver face à un ministre qui va lui expliquer bon écoutez en fait vous allez gagner effectivement on va être obligé de lever le visa de censure ce qui va être le cas mais vous allez voir ça sert à rien parce qu’on aura d’autres moyens de de faire de la censure économique bon il explique des tas de trucs mais bon Vautier raconte ça avec une certaine ironie c’est vrai qu’il y a toujours eu de la censorship mais en fait c'était une avancée énorme quand même Parce que la fin du visa de censure, c’est quand même énorme.
David Dufresne
C’est sûr. Alors là tu anticipes puisque ce dont tu viens de parler c’est dans les années 70 mais là en fait on va revenir dans les années 50, 57, la guerre d’Algérie. Rapidement il y a deux petites questions quand même concernant René Vautier. Malou qui te demande, est-ce que c’est bien lui qui a fait le film raconté dans la BD « Un homme est mort », la mort d’un ouvrier docker à Brest pendant une manif, dans les années 50 je crois.
Olivier Azam
1951, 1952 je crois, c’est la mort d’Édouard Mazet qui prend une balle pendant une manif, ça vous rappelle quelque chose au poste, là c'était une balle de fusil tiré par la qui tire dans les manifestants et les dockers à Brest. Ils filment à l'époque, ils vont passer le film partout pour raconter ce qui s’est passé,. Le film jusqu'à l’usure, parce qu'à la époque, il y avait des copies positives, une copie positive, enfin c'était un tirage, et après il n’y avait pas d’autre copie, donc ils ont usé le film et le film n’existe plus en fait. Et c’est pour ça qu’ils ont fait la BD quelques années après qui raconte cette histoire qui ne pouvaient pas dire jusqu'à un certain temps, au début, la première édition de la BD ne pouvait pas montrer le tir, d’où venait le tir parce qu’il n’y avait pas de prescription encore. On ne pouvait dire que la police tue, je ne sais pas si ça vous rappelle quelque chose, mais c'était interdit de dire.
David Dufresne
S’il vous plaît, arrêtez ! Calmez-vous, monsieur Azam, calmez-vous ! La police ne tuait pas,
Olivier Azam
Encore une fois, on peut le dire comme ça, c'était l'époque où la police tuait. C’est l'époque où la Police ne tuait pas. On ne pouvait toujours pas le dire, comme aujourd’hui. Voilà, il a fallu 60 ans, 50 ou 60 ans pour pouvoir dire ce qui s'était passé, ce qu’avait vu et filmé René Vautier. Il n’avait pas filmé le tir, mais ce qu ils avaient tous vu. Ici, il y a longtemps, la police est tuée. Voilà ce qu on peut dire. Il y a un temps, la police tue, comme elle n’a pas tué pendant 40 ans sur le pont. Où il y a la plaque du 17 octobre 61, elle n’a pas tué, donc elle ne tue pas, mais à l'époque elle ne tuait pas non plus.
David Dufresne
On avait déambulé au poste pour les 60 ans du 17 octobre 1961, on avait fait un live, le petit défilé. Et ce jour-là, Lallement avait refusé que la manif aille jusqu’au pont du Châtelet justement. C'était une première, il a fallu s’arrêter place du Châtelet.
Olivier Azam
J’y étais l’année dernière, et en fait il y avait même Lallement qui avait déposé une gerbe, ce qui était assez gerbant dans tous les sens du terme.
David Dufresne
C’est ça le matin même. Alors, “Algérie en flamme 1957”, est-ce que tu veux introduire cet extrait ?
Olivier Azam
Alors si, peut-être juste le contexte cinéma, parce que René a parlé tout à l’heure dans l’extrait, il part en Algérie, mais le contexte est quand même énorme, il faut le replacer. À l'époque, le cinéma ne parle absolument pas ou n’arrive pas à parler de la guerre d’Algérie, alors que c'était quand même ce qui est en train de bouleverser la France, quoi. Bien sûr, bien sûr. La guerre d’Algérie, tous les jeunes y vont, ils sont appelés, c’est pas désengagés. En endogène, c´est désengager, mais là, c’est des appelés. Donc c’est énorme la guerre d’Algérie, toute la génération qui l’a connue, on voit le témoignage que vous avez, qui est dans le poste, c' est énorme. Mais il n’y a pas, le cinéma n' arrive pas à représenter ça pour déjà des questions de censure. Il y a un film qui s’appelle Algérie Liberté, qui est tourné par Sacha Vierny, qui était l’opérateur de Alain Resnais qui était quand même Alain Resnais et qui tourne en 47. Mais la pellicule est saisie et détruite au laboratoire. Donc plus jamais, on verra ce truc. “Le petit soldat”de Jean-Luc Godard, qui reste quand même un film qui évoque beaucoup la guerre d’Algérie, mais qui va être interdit en 61 pendant la guerre d’Algérie, qui sortira en 63 après la guerre. Je rappelle que la guerre Algérie, c’est 54-62. Donc en 63. Et puis, il y a le combat dans l'île de, de, pardon, pardon, de Alain Cavalier, Cavaliers qu’on adore, nous, Mutin, qui est toujours vivant et qui a fait pas mal de films dont un film s’appelle Insoumis, mais qui n’a rien à voir avec l’autre avec Alain Delon et tu vois le combat d’envie, je crois qu’on peut le voir encore sur Arte, en ce moment, il me semble. Voilà, c’est les seuls films et il n’y a plus rien, rien du tout qui sort. D’ailleurs beaucoup de l’acheté chez les cinéastes, ils le dénoncent toujours Vautier, il le dénonce sans arrêt. Mais en même temps, l' acheté, mais aussi censure. Et donc lui, il se barre en fait, très marqué par ce qu’il avait vu déjà en Afrique. Il y va quoi, et alors il dépose sa carte du Parti communiste, parce qu’ils n’est pas là en tant que communiste. Ils veulent pas, ils ont une position un peu ambiguë à cette époque là. Et en même temps, lui, il est indépendant, il y va en tant que cinéaste indépendant. Et il va rencontrer Ahmad Ramdan, qui va être un des leaders du FLN, qui va lui commander ce film, qui s’appelle Algérie en flamme. Mais alors, si vous voulez, on peut voir un extrait parce que c’est un peu vieillot dans le ton et tout le commentaire.
David Dufresne
Alors ça on va en parler tout à l’heure. On va regarder donc un premier extrait “d’Algérie en flammes”. Pour ceux qui viennent d’arriver on est en train de regarder, on est entrain de parler avec Olivier Azam des Mutins de Pangée de René Vautier. Les Mutins qui ont sorti, réédité un coffret sur René Vautier et c’est l’occasion de parler de l’engagement dans le cinéma, du cinéma engagé. Et donc vous allez voir que on va parler d’Algérie maintenant. À un moment donné nous allons parler de Le Pen. Dans un autre extrait.
Olivier Azam
Et on le fait.
David Dufresne
Du Père Le Pen, voilà, et d’autres choses qui font furieusement écho et je dis bien furieusement écho à l’actualité. Mais là on est en Algérie 1957, Algérie en flamme, première extrait.
Audio
Tandis que les réfugiés poursuivent leur route sans fin dans la région de Constantine, à travers les montagnes en direction de la frontière tunisienne. Ils espèrent trouver un asile, le repos et la paix en attendant la libération définitive de leur patrie. Et les voici de nouveau ceux qui portent la mort, les avions américains en couleur française, assassinant les femmes, les enfants et les vieillards sans défense. Sakyet Sidi Youssef, 8 février 1958, 10 heures du matin. Un paisible village à la frontière algéro-tunisienne. Ils cherchaient un refuge, ils ont trouvé la mort. Les compagnies se sont réunies en bataillant, mission… Repos jusqu'à l’attaque sur les positions de départ. Les avions ont repéré les avant-postes, les mitrailleuses leurs réserves en accueil chaleureux. Un appareil est touché et ça bat. Sur les débris des ailes, le drapeau tricolore. Jadis, symbole de liberté et de fraternité, mais aujourd’hui, symbole de pression coloniale et de génocide pour les Algériens. C’est dans cette vallée que se trouve le port français. Une patrouille de cavalerie quitte les positions françaises. Les éclaireurs algériens sont prêts à tirer, mais la patroulle ne remarque rien d’anormal. Ces déserteurs viennent du camp français. Deux d’entre eux sont des Algériens, enrôlés de force dans l’armée française. Ils ont obtenu le mot de passe par l’intermédiaire d’agents de liaison. On les accueille comme des frères. Les mitrailleuses ouvrent le feu sur le camp militaire ennemi. Atteignent nos objectifs. Parachutiste français tendu une contre-attaque. Il a été blessé, notre opérateur filme les Français. Son assistant est… La caméra est atteinte aussi, c’est pourquoi nous n’avons pas d’image de l’assaut du feu.
David Dufresne
Terrible, terrible, terrible fin, donc on comprend que l’opérateur, avec qui il filme.
Olivier Azam
En fait c’est René qui filme et son assistant va être tué, on a rarement filmé d’aussi près des gens qui vous tirent dessus, c'était l’armée française. C’est toute la symbolique du parcours de René, il part du côté ennemi et il filme l’armée française et l’armée française qu’il a identifié lui tire dessus. Évidemment, elle lui tire dessus et ils vont tuer l’assistant mais lui, la caméra va éclater et un bout va se loger dans sa tête. Il est très gravement blessé, il va être évacué et tout ça. Il s’en sort parce qu’il a la tête dure, c’est un mouton comme il disait. Et en fait, il a gardé toute sa vie ce bout de caméra dans la tête, ce qui lui a fait dire toute sa vie que c'était le seul cinéaste à avoir un bout de camera dans la tête.
David Dufresne
C’est ce qu’on entend dans le teaser pour le coffret.
Olivier Azam
C'était une caméra suisse et dont c'était la précision.
David Dufresne
Tu as posé une question, parce que tu es maintenant taquin, tu as posée une question au tchat en disant Est-ce que vous reconnaissez la musique ? On t’a répondu, je suis sûr que t’as répondu C’est une variation de “Maréchal Nous voila”, la musique chelou Spécial dit, à un moment donné j’ai cru entendre une variation de Maréchal Nous voila
Olivier Azam
Alors ça c’est la reprise parce qu’en fait c'était le “chant du départ” il me semble. Et donc en fait je crois qu’ils mélangent avec aussi l’hymne, ça j’en suis sûr, avec l' hymne algérien. En fait le parallèle c’est pas Pétain, ça c’est la récupération, mais c’est la résistance quoi, c' est comment Vautier fait, même dans sa mise en scène, alors évidemment, le film paraît totalement classique. Il est dans les codes de l'époque. Ils ont cherché à l'époque à faire un film, chercher à faire un film qui soit vraiment dans le code du documentaire de l'époque.
David Dufresne
C’est très proche des documentaires d’après-guerre, qui racontaient par exemple la libération, le débarquement. Je trouve que dans la musique, dans le phrasé,est intéressante.
Olivier Azam
D’ailleurs, c’est par la voix de Vautier, alors que dans d’autres films, il y a sa voix qui est beaucoup plus originale, je dirais. Mais là, vraiment, c’est classique, il cherche. D’ailleurs, il a été traduit en plein de langues. Il a été développé en Allemagne de l’Est. C’était le seul pays, puisque c’était encore sous liaison soviétique, c’était le seul pays dans lequel il n’y avait pas d’ambassade de France. Donc, il pouvait le faire parce qu’il ne pouvait pas développer le film ailleurs. Le film a été vraiment très largement diffusé dans les réseaux, ça a été énorme. C’est le seul film qui existe quand même du point de vue algérien pendant la guerre. Et d’ailleurs, toutes les images que vous avez vues dans cet extrait et dans tout le film sont sans cesse recyclées, réutilisées dans tous les documentaires. Elles sont saisissantes.
David Dufresne
Il n’y a pas de doute là-dessus, elles sont complètement incroyables.
Olivier Azam
Il n’y en a quasiment pas d’autres sur tout le documentaire, vous allez le reconnaître.
David Dufresne
Il y a juste une question que je me pose, c’est que, tu l’as dit toi-même, c’est un film de commande, en réalité, c’est un film côté algérien.
Olivier Azam
Je l’ai dit, mais en fait, ça ne va pas du tout avec… on ne commande pas René Vautier, quoi. Ben oui, alors. Non, Vautier est convaincu qu’il faut qu’il filme ce qu’il voit et qu’il ne pourra pas le faire du côté français. Donc, ça, c’est clair. En tournant ce film, il se dit : je vais aller à l’encontre de la propagande française, parce que je vais pouvoir… Il pensait – et je pense qu’il a réalisé, en partie, pour ceux qui l’ont vu – qu’il pouvait infléchir l’opinion publique sur la guerre algérienne, qui était quand même énormément sous le joug de la propagande des actualités. On filmait des sauvages qui étaient… Je dis tout ça sans nier les crimes des deux côtés. Je veux dire, il faut toujours le rappeler : la guerre, c’est violent. Mais, si tu veux, il y avait une vision totalement propagandiste de la guerre, comme on peut le voir dans toutes les guerres. Mais qui, évidemment, quand on est du point de vue d’un des participants, évidemment, c’est une époque. Donc, il disait : je vais aller voir de l’autre côté, je vais filmer ce que je vois. Et je pense que ce qu’il voit, c’est ce qu’il a vu, c’était ce qui est vrai, comme il dit. Il n’y a pas de propagande de mensonge dans son cas. Et il pensait que ça allait avoir des conséquences favorables pour la paix. En disant : si je montre que l’ennemi n’est pas… et aussi de son point de vue, comme nous, nous étions les Français de la Résistance contre l’occupant nazi. Il fait le comparatif sans arrêt, c’est pour ça que je dis la musique, parce qu’il mélange la musique du Chant des partisans avec les musiques de l’hymne national, qui sera l’hymne national de l’Algérie. Donc, en fait, sans arrêt, il fait ça. Et il se dit : peut-être qu’on obtiendra des négociations au plan national, à l’international. Il pense vraiment que le cinéma – à l’époque, il est beaucoup plus puissant qu’aujourd’hui, le ciné quand même – il pense quand même que le cinéma peut jouer dans la guerre et arrêter finalement la guerre, et jouer un rôle. Je pense qu’il a joué un rôle, Vautier, dans ce film. C’est les seules images qu’on a vues, c’est ça qui était diffusé par les militants, partout, clandestinement ou pas, de ce film.
David Dufresne
Là, tu as le deuxième extrait de 40 secondes, beaucoup plus court que celui-ci, toujours du même film Algérie en flammes. Je l’envoie et tu… Non, il faut que je raconte d’abord, parce que je…
Olivier Azam
C’est important, parce que je ne l’ai gardé que pour ça. Tu m’as parlé de : « Est-ce que c’est un film de commande ? » C’est là que c’est génial chez Vautier. Abane Ramdane, qui est un des leaders à l’époque, avec qui il négocie, Vautier, dit : « Voilà, moi je vais faire le film et je vais le faire librement. Et ce film, évidemment, je vous le soumettrai, et s’il vous convient, vous pouvez l’utiliser. Mais il n’est pas question que ce soit un film de commande, qu’il y ait la moindre injonction de changer des choses. » Sauf qu’Abane Ramdane, il va disparaître, et Vautier ne sait pas pourquoi il a disparu. Mais on comprendra plus tard qu’il a été assassiné par le trio qui prenait la tête de la révolution algérienne. Parce que ce n’est pas parce qu’il était du « bon côté », du point de vue de Vautier, qu’en fait, c’était simple. C’est pour ça que les gens croient toujours que tout se passe d’une seule voix. Il y a eu des conflits très violents au sein des indépendantistes. Notamment, ils ont buté Abane Ramdane, celui qui avait fait rentrer Vautier. À partir de ce moment-là, la vie de Vautier est très, très en danger. Il y a des gens qui sont très hostiles, du côté algérien, à ce qu’un Français filme. Et que le premier film, finalement le seul film, soit fait par un Français, qui plus est communiste ? Parce que là, il y avait beaucoup de gens qui étaient anticommunistes aussi dans le… Il y a eu plusieurs courants, mais beaucoup qui étaient très anticommunistes. Donc, si vous voulez, là, on se retrouve vraiment… là, ils se retrouvent vraiment en danger. Et Vautier n’a jamais mis ça en avant dans ses discussions. Moi, je le tiens aussi d’Henri Alleg, dont j’ai vu que vous avez parlé dans le tchat, qui était l’auteur de La Question. – La Question, bien sûr. – Voilà, qui était celui… Donc la torture, en fait. Henri Alleg, pour faire vite, c’était le journaliste de L’Alger républicain, français, qui était en Algérie et qui était plutôt du côté indépendantiste, et qui a été torturé et qui n’a jamais parlé. C’était un personnage extraordinaire, qui est mort il y a quelques années, mais que j’ai connu, qui était vraiment un personnage extraordinaire, qui était proche de Maurice Audin. Donc, ça, ça vous dit peut-être aussi quelque chose. Maurice Audin, c’est le mathématicien qui, lui, a disparu. Il n’est pas réapparu, et il a fallu très, très longtemps pour que la France admette qu’Audin avait été torturé, assassiné par les Français. Et ça s’est fait sous Macron, pour des raisons assez tordues qu’Endeweld explique quelque part dans son livre. Mais en fait, grâce quand même aussi à l’action de Villani – je rappelle, je salue le camarade Villani, qui vient de perdre de 19 voix aux élections de dimanche.
David Dufresne
Alors, le tchat va se réveiller avec : « Pourquoi il dit le camarade Villani ? » Parce que le camarade Villani a mené le combat pour Julian Assange, notamment autour du film Hacking Justice, dont Les Mutins de Pangée sont les distributeurs. Le hasard, il est… ininterviewable, moi je vous le dis. Le hasard, c’est du délire ! Le mec, il te dit : « J’ai un extrait de 40 secondes, je vais juste faire une petite introduction. » Ça fait cinq minutes, dix fois plus long que l’extrait, et on passe par des trucs et des machins… Mais c’était quoi, ce bordel ?
Olivier Azam
C’est quoi ce bordel ? Là, c’est une parenthèse. Mais c’est quoi ? Le cabaret de Villani ? Non, mais non, en plus, en fait, je me fous de ce truc pour déconner. Mais en plus, j’ai oublié de raconter l’essentiel de pourquoi je voulais montrer ça. Le bout de ma réflexion, c’est que quand Vautier montre le film aux indépendantistes, Ramdane a disparu, Vautier n’est pas au courant de sa mort, et les mecs apprécient beaucoup le film. Sauf une petite délégation, qui est une espèce de comité de censure, comme il y en a dans tous les groupes, y compris les groupes anars, je vous signale. Il y a toujours quelques commissaires de… c’est certain. Chaque fois, sur un gros film, il y aura toujours quand même des gens qui sont là pour censurer. Et là, les mecs, ils disent : « Non, c’est pas possible, Vautier filme des gens, des moudjahidines – enfin, à l’époque, ils appellent les djounouds – qui pleurent. Ils pleurent à la caméra. » Ils disent : « Mais un djounoud ne pleure pas ! » Alors, Vautier a dit : « Ah bon ? Mais hors de question, je censure mon film. » Il n’a jamais été question que je censure, ni du côté français, ni du côté algérien. Donc non, non, je ne couperai pas. Mais je vais faire un pari avec vous puisque vous dites qu’ils ne pleurent pas. Moi, je parie que ce gars qui vient de dire que les djounouds ne pleurent pas, non seulement n’en connaît pas et n’est jamais allé au front, n’est jamais allé se battre, parce que sinon, il ne pourrait pas dire ça. Et donc, effectivement, il gagne son pari, et effectivement, la scène ne sera pas coupée, et c’est cette scène-là qu’on va voir en impro.
David Dufresne
Algérie en flammes.
Audio
L’assaut du camp en tranchée français a causé des pertes pour les combattants algériens. Ils n’ont pas honte de leurs larmes. Ils haïssent cette sale guerre, mais ils savent que la paix et l’indépendance ne se conquièrent que par la lutte. Leurs frères et leurs amis ne sont pas tombés en vain.
Olivier Azam
Donc, ils pleurent, et c’est très beau, parce que, pour moi, je trouve que ça raconte beaucoup à la fois du cinéma de Vautier, mais en même temps de la réalité et de la censure. Donc, Vautier n’a jamais cédé. Alors, ils l’ont foutu en taule, les Algériens, pendant 25 mois. Il a été même condamné à mort. Donc, ça, c’est ce qu’avait dit – entre autres, parce que j’ai fait une grosse parenthèse et je ne l’ai pas refermée – ce qu’avait dit Henri Alleg, ce qu’il m’avait raconté : qu’en fait, vraiment, ils voulaient le buter, et qu’en fait, c’est parce qu’il y a des gens qui l’avaient connu du temps d’Afrique 50, qui ont compris que c’était… parce qu’ils pouvaient penser que c’était un traître ou un infiltré, vous voyez.
David Dufresne
Oui, oui.
Olivier Azam
Il y avait quand même des raisons de pouvoir se méfier d’un Français qui venait filmer. Donc, il a échappé à la mort, vraiment, vraiment. Il ne s’en est jamais trop vanté. Et après, il a fait 25 mois de taule dans une prison de l’ouest de la Tunisie, une prison clandestine algérienne. Parce qu’ils ont cherché à l’immobiliser, parce qu’ils ne voulaient pas qu’on sache que ce soit un Français qui avait fait le film. Non seulement il avait fait le film, mais en plus, ils le foutaient en taule. Ce qui montre son indépendance, je veux dire. Il s’est évadé, il s’est tiré, et il est revenu pour leur dire que ce n’était pas possible. C’est Vautier. Le personnage de Vautier est très attachant et en même temps d’un humour grinçant. C’est ce qui est très drôle dans son cinéma.
David Dufresne
Roxeuse te demande, parce que là tu viens de dire : bon, voilà, ça, c’est la réaction des autorités indépendantistes dans l’immédiat après la confection du film. Mais d’une manière générale, comment les Algériens – c’était la question de Roxeuse – ont reçu ce film ? Est-ce qu’ils ont pu le voir, d’abord, ou pas ?
Olivier Azam
D’abord, ceux qui sont au front, tous, quand même, à la projection, trouvent le film génial. Ils adorent, parce que ça leur raconte. Donc, c’est juste une petite délégation, quelques autorités, qui vont jouer les censeurs, etc., et qui montrent déjà que ça ne va pas être facile, la suite. Mais la plupart des gens… Après, ce qu’il faut dire, c’est qu’à la fin de la guerre d’Algérie, donc en 1962, Vautier va devenir le fondateur du cinéma algérien. Il va former les premiers cinéastes algériens, il va fonder le Centre audiovisuel d’Alger, qui va être vraiment de là que tout va démarrer. C’est-à-dire qu’ils vont commencer à produire des films. C’est le papa – entre guillemets, sans être paternaliste, mais c’est comme ça qu’ils l’ont appelé, eux – du cinéma algérien. Et il va le faire de façon très bien, parce qu’il va le faire en mettant toujours en avant les gens. En fait, il ne se met jamais en avant, Vautier. C’est quelqu’un de très, très modeste et en même temps, qui y va, quoi, je veux dire. Et donc, il va créer ce cinéma-là, et ils vont faire plein de films. Ils vont faire le premier film indépendantiste algérien – que je ne veux pas vous montrer, mais qui est sur CinéMutins et dans le coffret – qui s’appelle Un peuple en marche.
David Dufresne
Comme le dit le tchat, quel commercial, cet Olivier !
Olivier Azam
Non, ce n’est pas mon but, parce que mon but, c’est de faire René Vautier. Parce que vous comprenez à quel point c’était important pour nous. Parce que d’abord, Vautier, je l’ai connu pendant longtemps, les vingt dernières années de sa vie, au moins vingt-cinq, et en fait, on a quasiment fait de l’édition aux Mutins de Pangée pour sortir René Vautier. C’est carrément pour ça qu’on a fait de l’édition de DVD. Parce que, pour nous, si vous voulez, le fait que ce soit sur les étagères – alors, il y a déjà une première édition qui est déjà très diffusée – mais que ce soit dans les étagères, c’est une espèce de revanche sur l’histoire que j’adore, parce que c’est une revanche sur la censure. Parce que les films étaient invisibles pendant très, très longtemps, ils ne pouvaient pas être vus. Donc là, si vous voulez, c’est mieux qu’une cinémathèque, parce que – c’est pour ça que je défends le DVD, moi – c’est que, quand on sort des films comme ça en DVD, ça veut dire que derrière, le film n’est plus destructible, il est partout, il va passer, même s’il n’y en a que quelques centaines. Mais je veux dire, le côté matériel de la chose fait quand même que ça rend plus difficile la disparition, vous voyez ? Par rapport à Ciné Mutins – là, je ne suis pas bon commercial par rapport à la VOD, quoi – mais donc, c’est pour ça que j’y tiens. J’y tiens au-delà de… bon, je vous avoue que ce n’était pas… voilà, on n’a pas copié TF1 Vidéo, si vous avez vu.
David Dufresne
Alors, bien sûr. Alors, on fait là un saut dans le temps, on va arriver en 1985 et avec le film Déjà le sang de mai, ensemencé en novembre. Ensemencé novembre ? Oui, novembre, pardon, Ensemencé novembre.
Olivier Azam
Alors, si vous voulez, je fais une grosse… rapidement, sur les années 62-83
David Dufresne
Ça, c’est du hasard. Je vais faire rapidement une grosse parenthèse que je ne refermerai pas, avec trois incises et quatre astérisques, deux notes de bas de page, et avec ça, je vous donne un abonnement aux Mutins de Pangée.
Olivier Azam
Donc, je n’en reparle pas. Le gros film important, que tout le monde connaît, c’est 73, avoir 20 ans dans les Aurès, fiction, on en a déjà parlé, je n’en reparle pas.
David Dufresne
Avec Philippe Léotard.
Olivier Azam
C’est ça. Ça, je n’en reparle pas parce qu’on en a déjà parlé ici plusieurs fois. Absolument. Et donc, il va travailler avec les cinéastes algériens, ils vont faire plein de films là-bas. Et puis après, Vautier va rentrer en France à la fin des années 60, et il va fonder le cinéma breton, le CPB – excuse-moi, je sais, je perds mes mots – mais le Centre de production Bretagne, Cinéma Bretagne, dans lequel ils vont faire plein de films en France. Ça, c’est une autre histoire, on en parlera un autre jour. Il va faire plein de films en France sur les luttes, etc. Mais il va quand même toujours garder un lien avec l’Algérie, il va y retourner souvent, il va faire des émissions de télé, etc. Et parmi les polémiques qui ressortent dans les années 80, où n’est toujours pas réglée la mémoire de l’Algérie, il y a Le Pen qui arrive. Et Le Pen, c’est quand même un bout de l’histoire d’Algérie. Et donc, il y a tout ce débat qui revient, qui n’est pas un débat, qui est un débat étouffé sur les bienfaits de la colonisation, vous comprenez ? C’est une question qui revient sans cesse dans l’histoire. Et ce n’est pas – fermez ces parenthèses – elle est sans arrêt chez Zemmour, elle est sans arrêt dans l’extrême droite : les bienfaits de la colonisation. C’est-à-dire l’idée qu’on arrive dans un pays de sauvages et que, parce qu’il n’y a pas eu que des choses bien, il ne faut pas non plus tout balayer. Dans les gens qui étaient là, des fois, il n’y avait pas que des ordures. Mais si vous voulez, il y a quand même… il y a quand même une histoire que Vautier va documenter, parce qu’il va aller dans les archives, il va raconter les origines de la guerre d’Algérie, et à une époque où ce n’est pas fréquent. Maintenant, on connaît mieux ces histoires-là, mais à l’époque, encore dans les années 80, ce n’est pas facile de raconter ça. Et donc, il va faire ça, cet extrait qu’on va voir, qui s’appelle Déjà le sang de mai, ensemencé novembre – 1985. On voit un extrait. Alors, j’ai choisi l’extrait où il y a René. Ce n’est pas tout le film, mais où René lui-même est derrière sa table de montage et raconte, parce que je trouve ça assez… Ce n’était pas trop long ?
David Dufresne
C’est parfait, c’est parfait ! Non, c’est parfait ! Moi, j’adore, j’adore quand c’est l’homicide.
Audio
Le roi Charles X avait besoin de reprendre en main son armée. Il a pensé qu’une expédition sur Alger lui permettrait de donner à ses militaires gloire et butin. Quant aux tenants du capitalisme naissant, leur théoricien Simon dit – écrivait dès mai 1830 – « Ce royaume d’Alger ne sera pas seulement une conquête, ce sera une colonie, ce sera un pays neuf sur lequel le surplus de la population et de l’activité française pourra se répandre. » Voilà les véritables raisons de la conquête, dont il faut aussi éclairer les méthodes. Alors, j’ai pris des documents à la Bibliothèque nationale à Paris, des témoignages des conquérants de l’époque, des conquérants français. D’abord, des extraits du bréviaire que l’on avait remis aux officiers et soldats qui s’en allaient en Afrique. Cela s’appelait Aperçu historique, statistique et topographique sur l’état d’Alger. Voici quelques-uns de ces extraits : « Ces contrées sont des terres vacantes, abandonnées aux mauvaises herbes par la paresse et l’indolence des Maures. Les femmes du pays sont livrées, par la paresse des Arabes qui passent toute leur vie à fumer, à la turpitude de mœurs extrêmement relâchées. Elles n’ont pas de religion. Beaucoup doutent qu’elles aient une âme immortelle et croient qu’elles ne sont faites que pour la reproduction. Le climat aidant, les femmes sont nécessairement disposées au plaisir. Alors, allez-y : des terres vacantes et des femmes consentantes qui n’attendent que les soldats français. » Et puis, à côté, j’ai vu d’autres documents qui marquent l’étonnement des officiers français qui débarquaient en Afrique. Campagne d’Afrique en 1830, par un officier du corps expéditionnaire : « Cette terre qu’on avait présentée comme sauvage et inhabitée est couverte de jolies maisons de campagne entourées de jardins. Toutes sont bâties sur des hauteurs dont les mouvements onduleux contrastent tout à fait avec l’aridité des côtes de Provence. La végétation y est superbe et, partout, des sources et des courants d’eau fécondent la terre. Les fruits y sont en abondance. Un grand nombre d’aqueducs amènent les eaux jusqu’à la capitale. » Et le maréchal Bugeaud lui-même : « J’ai reconnu que l’Algérie produit beaucoup de grains, une immense quantité de bétail. L’immensité des terrains ensemencés atteste l’existence d’une population beaucoup plus nombreuse qu’on ne le pensait. » Le commandant Claude-Antoine Rozet, dans Voyage dans la Régence d’Alger en 1833 : « Presque tous les hommes savent lire et compter. En France, on compte à l’époque 40 % d’analphabètes. Ainsi, les soldats qui débarquent sont en général moins instruits que les sauvages qu’ils viennent civiliser. » Le ministre de la Guerre de l’époque, il s’appelait Girard : « Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène. Le ravage, l’incendie, la ruine de l’agriculture sont peut-être les seuls moyens d’établir solidement notre domination. » Savary, duc de Rovigo : « Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduites d’eau avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez. » Au nom, bien sûr, de la civilisation. Christian dans l’Afrique française : « Un détachement de l’armée, parti d’Alger, surprend la tribu désarmée des Ouffia et massacre sur-le-champ tous les hommes, femmes, enfants, sans distinction. On parlera de 12 000 morts. Les troupeaux raflés aux Ouffia seront vendus au consul du Danemark. Quant au reste du butin, il fut exposé au marché de Bab Azoun. On y voyait des bracelets de femmes encore attachés à des poignets coupés et des boucles d’oreilles pendant à des lambeaux de chair, au nom de la civilisation. » Le colonel François de Montagnac : « Selon moi, toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge et de sexe. L’herbe ne doit plus pousser là où l’armée française a mis le pied. » Saint-Arnaud, il était commandant et c’était aussi un mari très attentionné. Il écrit à sa femme : « Chère Louise, je suis bivouaqué par une chaleur de quarante degrés au milieu de vingt villages superbes qui ne se sont jamais bien soumis. Je leur ai donné jusqu’à ce soir pour payer les impôts et les amendes que je leur inflige. S’ils ne s’exécutent pas, j’enverrai trois colonnes brûler tout. » En juin 1845, la tribu des Zoulet el-Riha, chassée de ses douars par les détachements incendiaires du colonel Pélissier, se réfugie dans des grottes de montagne. Ordre du maréchal Bugeaud : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac ou Béha, fumez-les à outrance comme des renards. » Voici le récit d’un témoin, français bien sûr : « Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal. Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux, le craquement des rochers calcinés s’écroulant. Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes, gisaient des bœufs, des ânes, des moutons. Parmi les animaux entassés, sous eux, on trouvait des hommes, des femmes, des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme avait été asphyxié au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal. On a compté 760 cadavres. » Le 8 mai 1845, Saint-Arnaud découvre 500 Algériens qui s’abritent dans une grotte entre Ténès et Mostaganem. Saint-Arnaud ordonne à ses soldats de les emmurer vivants. Il écrit : « Je fais boucher hermétiquement toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. » C’est à peu près ce qu’ont dit les Allemands en massacrant le village d’Oradour-sur-Glane.
David Dufresne
Voilà, c’est tiré de quel film documentaire, etc., demande Alias777. C’est tiré du film… Olivier, est-ce que tu peux le redire ?
Olivier Azam
C’est le film Déjà le sang de mai, ensemencé novembre, de René Vautier, donc 1985, qui est dans le coffret, mais qui est un film qu’il a fait pour… dans le débat – alors, je laisse passer la sirène – dans le débat c’est très bon, la sirène, Au Poste. Ouais, c’est bon.
David Dufresne
Non, c’est vous qui l’avez mise, parce qu’il n’y en a pas chez vous. Nous, on fait du documentaire. C’est vous, le diffuseur, le distributeur. Vous faites des pochettes, des affiches, vous rajoutez des sons dans les bandes-son.
Olivier Azam
C’est le débat, à l’époque, qui existe toujours, de cette histoire de dire « les bienfaits de la colonisation ». Donc, on voit que c’est un système, depuis le début, de cette soi-disant civilisation, qu’on va civiliser des gens avec des méthodes qui le sont assez peu, des gens qui étaient quand même plus civilisés que ce qu’on leur fait subir. Et bon, voilà, ça, c’est l’histoire de la colonisation. Et en même temps, ça perdure, parce que c’était une histoire qui va rester longtemps dans les têtes. Ça a fait encore débat et polémique comme des questions de parler de la colonisation aujourd’hui.
David Dufresne
Et pas plus tard que l’automne ou l’été dernier, dans la loi Renseignement et sécurité intérieure, il y avait eu des amendements, rappelle-toi, qui ont été pas mal discutés, qu’on avait suivis notamment au Sénat, qui voulaient repousser encore l’accès aux archives autour de la guerre d’Algérie. C’est-à-dire que c’est, de toute façon, une plaie qui n’est absolument pas cicatrisée. Ça, c’est très clair. Il y a auprès de Macron – en effet, il avait nommé Benjamin Stora pour essayer de faire un rapport, etc. – mais bon, c’était quelque chose…
Olivier Azam
Dans le cadre d’un truc qui est très ambigu, et je vous conseille la lecture des bouquins de Marc Endeweld : L’Ambigu Monsieur Macron, mais surtout Le Grand manipulateur et le dernier, L’Emprise, où il revient sur les liens – alors, il ne peut pas en dire trop, parce qu’il n’a pas tous les éléments – mais sur les liens de Macron avec les oligarques algériens et le pouvoir algérien, qui peut-être ont influencé ses grandes saillies positives. Il a dit des choses bien sur Maurice Audin, tout ça. Bon, on ne sait pas si c’est vraiment totalement sincère, cette histoire, si ce n’est pas un peu influencé.
David Dufresne
Oui, mais effectivement, tu parlais tout à l’heure de Maurice Audin, et il me semble, sauf erreur de ma part, qu’il a consacré sa mémoire, ce qui n’était pas le cas avant.
Olivier Azam
On se demande s’il n’y a pas des choses un peu intéressées dans son rapport à l’Algérie, et je vous conseille d’aller fouiller du côté d’Endeweld. Même s’il n’a pas encore tous les éléments, il a dit quand même pas mal de choses.
David Dufresne
Alors, l’extrait qu’on vient de voir, c’est un film de 85. 85, c’est le début de la sauce dans laquelle nous sommes aujourd’hui. C’est-à-dire, c’est l’avènement du Front national en 86, un an après la sortie du film – il n’y a pas de rapport avec la sortie, mais juste en termes de date. C’est le premier groupe Front national à l’Assemblée. C’est la première fois que le Front national va pouvoir constituer un groupe parlementaire. Ils vont être 35 députés. Jean-Marie Le Pen est à la tête. Jean-Marie Le Pen, début des années 60, c’était le plus jeune député – aujourd’hui ça a été battu – c’était le plus jeune député de la République française, à 22 ans je crois, ou à 24 ans, je ne sais plus, alors qu’il a été appelé en Algérie, qu’il a commis des choses… alors je ne sais plus ce qu’on peut dire aujourd’hui, parce qu’il y a eu tellement de procès dans tous les sens. Je suis désolé, mais je vais trop foutre dans la merde dans 5 minutes. On verra ça avec, justement, à propos de l’autre Détail, un film de 1988 du même René Vautier. Mais ça, c’est important de dire ça. Dans le tchat, Twitch4GBT nous dit que le film n’a pas été diffusé sur Antenne 2 en 85.
Olivier Azam
Ah non, jamais voté à la télé, non.
David Dufresne
Vautier à la télé.
Olivier Azam
Ce n’est jamais mieux.
David Dufresne
À part sur Zaléa TV, la télé libre. Donc, est-ce qu’il y a un lien entre l’ascension et, en fait, l’installation du Front national ? Parce qu’aujourd’hui, on peut le dire, 40 ans plus tard, ça paraît très loin, mais en fait, ce n’est pas si loin que ça. 40 ans plus tard, effondrement – on l’a tous vu dimanche à 20h15 à peu près – effondrement du Front républicain, enfin même avant en réalité. Est-ce qu’il y a un rapport entre l’ascension du Front national, l’installation du Front national, et la réalisation de ce film ?
Olivier Azam
Évidemment que le débat des années 80, avec la montée du Front national, c’est ce qui fait que Vautier a de nouveau envie de parler de ces histoires, alors qu’il est sur d’autres luttes depuis les années 70. Il est sur les luttes syndicales, etc. Donc là, il a envie de reparler de ça parce qu’il y a un débat qui monte, il y a une contestation des faits, en fait. Parce que c’est ça qui le rend fou, en fait, à chaque fois, René. Ce qui fait qu’il retourne à la bagarre. Et alors, il faut le dire, c’est ce que tu évoques, il y a la loi d’amnistie. C’est-à-dire qu’on ne peut pas parler de ce qui a été commis pendant la guerre d’Algérie. Et ça, c’est la loi de l’amnistie. Donc effectivement, à ce moment-là, ils ne peuvent pas en parler. Sauf que tout le monde sait que non seulement il y a eu des tortures, mais qu’en plus c’était un système. Et alors, c’est ça qui est… Moi, je me rappelle qu’encore dans les années – et encore récemment, je veux dire dans les années 2000 et tout – il a été très long d’accepter l’idée qu’il y a eu de la torture en Algérie. Il a fallu… Il y a des gens qui le niaient, qui disaient : « Oui, mais c’est des bavures, ou machin » Donc il y a eu, effectivement, le bouquin très important à l’époque, contemporain de la guerre, La Question, d’Henri Alleg, qui a été censuré, qui a été diffusé par L’Humanité par petits bouts, qui a été réédité plusieurs fois par les éditions de Minuit, Lindon, la famille de Vincent Lindon, mais qui a été très courageuse à l’époque. Donc, il y a eu quand même en France une résistance là-dessus. Mais c’était interdit d’en parler, et il a fallu qu’Aussaresses, d’ailleurs lui-même, dise qu’il avait torturé, que c’était un système, dans son bouquin. Il y a eu beaucoup d’étapes, on ne pouvait pas en parler. Et donc, si tu veux, je veux bien qu’on montre l’extrait, parce qu’à ce moment-là, il y a le discours de Le Pen sur « le détail ». Alors peut-être que tu peux rappeler ça, toi, tu connais ça mieux que moi. Alors !
David Dufresne
Alors là, les amis, vous venez d’assister à quelque chose d’extraordinaire. C’est la première fois dans l’histoire d’Au Poste, qui commence à être un petit peu longue, et dans l’histoire de nos éducations populaires par le cinéma fourni par les ciné-Mutins, qu’Olivier Azam me spide. Il me dit : « J’aimerais bien voir l’extrait, là. Manu, toi, qu’est-ce que tu fous en régie ? » Non, j’aime bien. J’aime beaucoup. Alors, L’Autre Détail.
Olivier Azam
Explique à tes tweeteurs l’affaire du “détail” de Jean-Marie Le Pen.
David Dufresne
Donc, Jean-Marie Le Pen, nous sommes dans les années 80, va accéder aux mass-médias, notamment avec une émission qui s’appelait – je ne sais plus comment ça s’appelait – qui était une émission phare politique, dans laquelle il y avait déjà Duhamel et des gens comme ça. Et il va, à deux reprises, commettre des déclarations scandaleuses. La première, il va se moquer d’un sous-ministre de l’époque, je crois que c’était Monsieur Durafour, et il va l’appeler donc Durafour Crématoire. Et ensuite, il va, face à un journaliste – L’Heure de vérité, merci, oui, c’est ça, L’Heure de vérité – et ensuite, il va maintenir, devant un journaliste – je ne sais plus lequel – que les chambres à gaz… Il ne va pas en nier l’existence, il va en nier l’importance, en disant : « C’est un détail. » « Les chambres à gaz sont un détail de la Seconde Guerre mondiale. » À ce moment-là, c’était un scandale national. On voit qu’il y avait encore des réactions éthiques, morales, historiques. « Un point de détail », voilà, c’était la phrase exacte : « C’est un point de détail de la Seconde Guerre mondiale. » Alors qu’en réalité… enfin bon, bref. Et donc, il y a cette déclaration de Jean-Marie Le Pen, qui, semble-t-il, aujourd’hui – alors moi, je n’ai pas poussé le vice, parce que quand même, ça suffit deux minutes, lire les mémoires de Le Pen, qui sont sorties il n’y a pas longtemps et qui ont été un carton en librairie – donc, sans dire donc, il semblerait qu’il ait mis des années et des années à regretter, non pas d’avoir dit ça, mais à le regretter politiquement. C’est-à-dire que c’était quelque chose qui va finalement coûter très longtemps au Front national, qui va le rendre infréquentable jusqu’à une ou deux générations plus tard, quand on arrive à des scores comme ceux de dimanche dernier et ceux d’il y a deux mois, etc. Voilà, pour petit rappel, au débotté, de ce qui va se passer. Alors, ce qui est très important, c’est que ça se passe aussi dans… comme il accède finalement à cette émission, qui à l’époque est absolument centrale, L’Heure de vérité, finalement, il se notabilise. Voilà. Et c’est ça, le grand truc, et c’est aussi le début, malgré tout, de la politique-spectacle. Il y avait Marchais d’un côté, il y avait Le Pen de l’autre. Dix ans plus tard, il y aura Bernard Tapie. Et c’est ce que j’appelle la sauce dans laquelle on est, c’est-à-dire que se met en place, finalement, le merdier dans lequel on est aujourd’hui, totalement. Voilà. Est-ce que ça vous convient, Monsieur Azam ?
Olivier Azam
En résumé, je ne voulais pas qu’on vende la mèche, donc on n’en vend pas, si tu veux. C’est pour ça que je suis pressé de diffuser l’extrait, c’est parce que j’avais peur que tu dises ce qu’il y aurait dedans. Surtout qu’il faut être très attentif à cet extrait, qui va créer polémique. Je vous expliquerai après pourquoi, si vous voulez.
David Dufresne
4 minutes 11, René Vautier, 1988, et ouais, on y va.
Audio
N’oubliez pas de vous abonner à notre chaîne pour plus d’informations. Il y a un para qui venait derrière moi, il me donnait une sorte de boucle d’oreille, de pince, de pince, une de chaque côté. Alors, il me repose la question : « Est-ce que tu veux parler, oui ou non ? » Je lui dis : « Je vous jure que je ne sais absolument rien. » Il ne m’a pas laissé terminer. La phrase que ça a été, une décharge, alors vraiment des charges d’électricité. J’ai fait un bond, je ne peux pas vous dire de combien, mais vraiment, il était bien bon. J’ai sauté un bond… J’ai commencé à crier parce que ça me faisait mal, hein. Il s’est arrêté. Ça, c’était un aperçu de l’heureux. Il a dit qu’il parlait, qu’ils parlaient. Et il s’est dit de ne pas se rassurer. Il m’a dit : « Non, je n’y ai absolument rien. » Et ça reprend, l’électricité. Je suis tendu par terre. Ça me faisait tellement mal que je cherchais, je ne sais pas, quelque chose à quoi m’accrocher ou quelqu’un. Il y avait justement un parachutiste juste à côté de moi. Je l’ai agrippé par la main. Alors, il me fallait longtemps de le crier. Je vous jure qu’il a crié plus que moi. Parce qu’il a reçu l’électricité. Il n’y a pas d’électricité, il y a de l’électricité, de l’électronique, de la puissance. Finalement, ils se sont arrêtés. Ils sont arrêtés. Le lieutenant, il se lève, parce qu’il était en face de moi, il y avait une table. Il se lève, il vient juste à ma hauteur, me dit : « Toi, tu n’es pas gentil avec nous, tu ne veux pas nous dire ce que tu sais, et ça va tourner mal pour toi. » Alors lui, il fait lever, je me mets debout. Je ne sais pas pour quelles raisons, mais tu vois… Tu es maigre. Regarde-moi, je fais bien dans les quatre-vingt-dix kilos. Je suis capable de te broyer. Et c’est mieux en boxé ! C’était le lieutenant. C’était le lieutenant ! — Est-ce que vous le reconnaissez sur cette photo — Oh oui, oui, c’est… c’est celui-là. — Vous montrez la photo à la caméra, mettez-la devant votre visage, vous la montrez devant votre visage. — C’était celui-là. — Et vous avez su comment il s’appelait, ensuite ? — Non, non, je ne le savais toujours pas, je ne le savais toujours pas. C’est après que j’ai appris son nom. C’était la suite… de mon refus de reconnaître les faits. N’est-ce pas, il s’est tué, mon collègue ? Ma vie, écoute. Nous avons essayé d’être gentils avec toi, et toi, tu ne veux pas l’être avec nous ? Ben je vais te dire une chose : tu peux parler, sinon je ne m’appelle pas Le Pen.
David Dufresne
« Je te jure que tu vas parler, sinon je ne m’appelle pas Le Pen. » On est en 88, on est donc deux ans après le scandale autour du détail, du point de détail de la Deuxième Guerre mondiale, et René Vautier retrouve donc – on vient de l’entendre – la victime du tortionnaire Le Pen.
Olivier Azam
Ce témoignage, qui sort dans ce document, va être très peu vu, en fait, mais qui va quand même avoir un élément qui a été fourni par Vautier lors du procès qui a eu lieu quelques années avant, en 85, un procès en diffamation que fait Jean-Marie Le Pen au journal Le Canard enchaîné. Parce qu’en fait, en 84, pendant la campagne des européennes, Le Canard enchaîné va publier un article où il raconte… ils reprennent des extraits de ces témoignages, enfin, ils témoignent. Et à l’époque, on ne peut pas le dire, parce que – je vous rappelle – il y a une loi d’amnistie, c’est la loi de 63, qui dit qu’on ne peut pas reparler de ça. Les lois d’amnistie, ça se discute, ça pourrait faire plusieurs émissions avec des gens qui sont spécialistes de ça, du droit, mais comment un pays essaye d’effacer son histoire pour ne pas… Peut-être, des fois, il y a des questions d’éviter des guerres civiles dans certains cas. Mais bon, en tout cas, il y a une loi d’amnistie, et Le Canard publie quand même cette info sous le titre : « Un Hannibal de Barbie va-t-il entrer à l’Assemblée européenne ? » C’est pas mal quand même, comme titre. Le Canard enchaîné, à l’époque, ils étaient un petit peu plus virulents qu’aujourd’hui. Et donc, en fait, au procès – et puis il va y en avoir d’autres – Vautier va être amené à témoigner avec ces images. Il va apporter ces images au dossier. Donc, si vous voulez, ça va devenir… Et le film va longtemps être… il est illégal, en fait, ce film, si c’était dans le sens de l’époque. Alors aujourd’hui, je ne pense pas te mettre beaucoup en danger, parce qu’aujourd’hui, il y a eu beaucoup de gens qui ont confirmé. Le Pen peut punir vraiment cette réalité. Il peut toujours se cacher derrière le fait que ce n’est pas lui tout seul. Effectivement, c’était un système de torture, qui était établi par l’armée pour obtenir des informations. Aussaresses l’a revendiqué, ça a été revendiqué par plein de gens après. Voilà, ils ont justifié en disant que : « Oui, mais vous comprenez, si jamais il y a un attentat, il faut quand même que les gens parlent. » Il y a tout l’argumentaire habituel de justification de la torture. Ce que Vautier, je pense, a bien démontré, avec notamment le bout que je vous ai montré tout à l’heure, c’est que c’était un système lié à la colonisation. Puisque, dès le départ, on traite ces gens non pas comme des humains, mais comme des sauvages, et qu’il est normal de leur appliquer des méthodes de sauvages, puisque eux-mêmes ne sont pas des hommes, des humains. Donc, toute cette logique-là, Vautier la met à nu, et va créer la polémique avec ce film. Et longtemps, il va être très embêté. Et aujourd’hui encore, il ne faut pas croire que ces histoires sont refermées.
David Dufresne
Alors, le film est disponible ?
Olivier Azam
Alors, le film, il est dans le coffret, il est sur Ciné-Mutins. Mais en même temps, si vous voulez, je ne suis pas sûr que, si on le diffusait dans une salle… parce que c’est encore le problème, notamment quand il est question de programmer Avoir 20 ans dans les Aurès, pour vous dire où on en est. Il y a encore des gens qui s’opposent, des cinémas qui ne veulent pas diffuser, pour ne pas prendre le risque, parce qu’ils sont menacés. C’est arrivé aussi, il y a quelques années, pour un film qui s’appelait Résistantes, qui est sorti par nos copains des Films de Dérive à Montpellier, qui diffusent ce film sur des moudjahidines féminines qui racontent leur histoire. Et il y a eu des projections annulées dans le Sud, notamment dans le Lot-et-Garonne, annulées sous la pression de… alors, des fois, c’est des groupes aussi.
David Dufresne
Mais ce que je voulais te demander, c’est que le film – parce que tu parlais tout à l’heure de loi d’amnistie, il n’est pas interdit ? On peut le regarder sur votre plateforme ou dans le coffret ?
Olivier Azam
Tout à fait, mais il ne sera jamais à la télé ni au cinéma. Je te dis, ça serait très compliqué. Quand les gens croient que le cinéma est libre en France, je peux vous assurer qu’il y a beaucoup d’exemples, et ça va être de plus en plus le cas… Alors, ça ne veut pas dire que les cinémas eux-mêmes censurent, mais, si vous voulez, quand il y a la pression de menaces physiques, la pression d’agressions, et que la gendarmerie dit : « Bon, OK, mais faites attention quand même », etc. Ou alors, au contraire, ce qui s’est passé dans le cadre du film Résistantes, la gendarmerie du coin a dit : « Bon, écoutez, vous pouvez faire la projection, on va vous protéger », ce qui est l’attitude républicaine. Simplement, à un moment donné, la pression est trop forte et le cinéma dit : « Non, non, je ne peux pas, je ne peux pas. Vous n’allez pas… je ne veux pas mettre en danger mes spectateurs. » Tout ça existe aujourd’hui, en 2022, en 2021, en 2020. Je veux dire, toutes ces histoires-là existent. Aujourd’hui, ce n’est pas fermé, ce n’est pas fini. Alors évidemment, on diffuse les films comme ça, c’est possible. Il y a encore des pressions, ce n’est pas totalement terminé.
David Dufresne
Je profite de la vaillance du tchat. Mésange-Pique-Tavienne vient de mettre en ligne le tweet de Fabrice Riceputi – Fabrice qu’on avait reçu, je vais te le montrer – qu’on avait reçu justement autour du 17 octobre 61, il y a un an, en octobre dernier. Et Fabrice a tweeté, c’était hier soir : « Juin 2022, grand retour du refoulé à l’Assemblée nationale : le couteau de Jean-Marie Le Pen, oublié dans la casbah d’Alger, dans l’appartement de la famille Moulay, dont le père a été torturé et assassiné dans la nuit du 2 au 3 mars 1957, par une vingtaine de parachutistes conduits par le lieutenant Le Pen. » Voilà. C’est de tout ça dont on parle, quoi. C’est ça, Azam.
Olivier Azam
C’est le couteau qui est retrouvé, c’est dans le film À propos de l’autre détail, ce couteau qui est censé faire le lien, en même temps, pour montrer que c’était bien lui, parce qu’ils ont son couteau avec son nom. Mais bon, si vous voulez, depuis, je pense que c’est difficile pour Le Pen de nier ces faits. Bon, la question, maintenant, à se poser, c’est : est-ce que c’est encore pertinent de faire le lien entre le père et la fille ? Ça, c’est des vraies questions politiques, stratégiques aussi. Il faut aussi se demander si c’est efficace, au bout d’un moment, de faire porter à la fille…
David Dufresne
Alors, je te suggère, Olivier, qu’on laisse passer l’été, on réfléchit tous à ça tranquillement, on laisse ça dans nos limbes, et puis, à la rentrée, on est à l’attaque, c’est pas possible.
Olivier Azam
Non, non, tout à fait. Mais c’est des questions fondamentales, parce que la lutte anti-Le Pen, anti-FA, elle n’est pas super efficace, il faut dire ce qui est. Donc, il faudra en reparler, effectivement.
David Dufresne
Est-ce la lutte qui n’est pas efficace ? Est-ce la médiatisation, etc. ? Bonjour, bonjour, te dit Cyberdia. Est-ce que les pressions sur Les Mutins existent aussi ? Quelles formes prennent-elles ? On parle de pressions politiques sur telle ou telle…
Olivier Azam
Non, il ne faut pas exagérer, on n’est pas quand même dans un monde comme ça. Nous, peut-être malheureusement, par manque de visibilité. Mais elles existent sur les cinémas, ça, je le répète, ça peut arriver. Donc, effectivement, après, la pression… non, non, faut pas exagérer, ce n’est pas du tout comparable avec ce qu’a pu vivre quelqu’un comme René Vautier. On n’est pas du tout dans ce truc-là. Après, moi, la pression est permanente pour tout le monde quand il est question de faire des choses différentes. Parce qu’en fait, en réalité, c’est une pression économique, beaucoup. Quand Vautier gagne…
David Dufresne
C’est le Plenel de la VOD.
Olivier Azam
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David Dufresne
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Olivier Azam
La pression économique, qui est une forme de censure, c’est ce que je racontais tout à l’heure, quand Vautier a gagné la question du visa de censure en faisant sa grève de la faim en 1973. Le tâcheron du ministre lui dit : « De toute façon, il y aura une censure économique, parce que, quoi que vous disiez, vos films seront très compliqués à diffuser. » Et effectivement, c’est le cas, si vous voulez. Aujourd’hui, après le Covid, là, on se retrouve dans une situation dramatique pour le cinéma, il faut le rappeler. Oui. Le moteur, quand même, de la création de tout ça, ce n’est pas la VOD le moteur, ni même l’édition DVD, le moteur, c’est le cinéma. Donc, le ciné est en panne, d’abord parce qu’il y a plus de 35 ou 45 % de gens qui ne reviennent pas. Et que ce qui était juste à la surface, juste au-dessus de la surface, qui était le cinéma engagé, documentaire, etc., celui-là, il est sous l’eau. Il est sous l’eau économiquement. Et donc, vous allez voir de moins en moins de films. Il y en a déjà beaucoup moins. Vous allez en voir de moins en moins. Vous allez voir ceux qui sont déjà très connus ou qui ont une stratégie bien rodée, et qui – avec du succès, souvent justifié – mais je veux dire, ça va être très compliqué de voir autre chose que des films animaliers. Je vous le dis, vraiment. Parce qu’en fait, on est dans une phase très compliquée. Et donc, ce n’est pas de la pression politique, au sens où on veut dire : « Ah, ne faites pas ce film », etc. Mais en fait, le résultat revient au même. C’est que si les films ne peuvent pas se faire dans des conditions normales, ils se feront de façon… parce qu’il y aura toujours un cinéma d’avant-garde, un cinéma alternatif, mais avec des moyens très cheap, et surtout des moments de diffusion très, très compliqués. Parce qu’en fait, il ne suffit pas… Vous voyez, quand vous passez des années sur un film, comme on le fait aux Mutins de Pangée, vous passez des années – ou Pierre Carles ou des gens comme ça, qui font des films sur 5, 6, 10 ans… Vous imaginez les conditions économiques qu’il faut pour pouvoir se permettre de faire ça. Ça veut dire qu’on n’est pas des héritiers, dans le sens où on n’a pas des fortunes personnelles. Donc, il faut qu’on puisse continuer à le faire. Donc bon, on cherche toujours des solutions. C’est pour ça qu’on parle de petit commerce tout le temps. Ça ne suffit pas, mais c’est important de dire que les choses ne sont pas gratuites comme ça.
David Dufresne
Alors, une toute petite question de Bruno, de Valeuranarchiste, que je salue, l’homme des néons. Est-ce que l’on peut se servir de cet extrait – donc l’extrait qu’on a vu tout à l’heure – pour les réseaux sociaux ?
Olivier Azam
À vos risques et périls, oui. On verra d’ailleurs ce que ça donne, tout à fait. Je veux dire, ce n’est pas une menace des Mutins de Pangée. C’est intéressant de voir comment les réseaux sociaux, tout ça, peuvent… Nous, on ne l’a pas fait, mais effectivement, comment ils réagiraient à ce genre d’extrait. On ne l’a pas fait parce qu’ils vont me tester sans arrêt, les robots Facebook. Comme je vous ai dit, dans la lettre info des Mutins – je vous conseille de vous y abonner, c’est gratuit – toutes les semaines, en ce moment, on fait un concours sur les censures des robots Facebook. C’est assez drôle, parce que les réponses des gens, les gens qui nous répondent, nous font vachement marrer avec leurs réponses. Ils essayent de raisonner les robots, et c’est inimaginable, l’absurdité d’un robot. Comme je vous ai dit tout à l’heure, quand ils pensent que ça, c’est une arme, et qu’ils censurent… C’est extraordinaire.
David Dufresne
Oui, mais attends, attends. Là, je te dis, tu viens de me prouver que l’intelligence artificielle existait, parce que le robot sait que ce n’est pas une arme, mais c’est une arme par destination, comme on dirait dans la police. C’est-à-dire, la caméra devient une arme. Donc, d’une certaine manière, l’algorithme n’est pas complètement débile, débile. Je pense que René Vautier pourrait faire un film là-dessus, il aurait pu le faire, ou Florent Marcie. Il y a quand même un truc. Alors, dernier extrait : Salut et fraternité, bon, dans le temps, 2014. De quoi s’agit-il ?
Olivier Azam
Alors ça, c’est un extrait du film d’Aurianne Brun-Moschetti – je me suis trompé, t’as l’intention de te déchirer, Aurianne Brun-Moschetti – qui réalise, à la fin de la vie de René, un super beau film sur lui, sur sa vie, qui s’appelle Salut et fraternité, édité aux Mutins de Pangée, bien sûr, en 2014. Et René est mort en 2015, en janvier 2015. Et donc, en fait, ce film retrace un peu son parcours, et notamment cette histoire de pellicule dont on a parlé au début de notre live, et qui est en fait la suite – qui est au moment de À propos de l’autre détail. Parce qu’au moment où la pression qui s’exerce – c’est pour ça que je ne compare pas avec ce qu’on vit aujourd’hui – la pression qui s’exerce sur Vautier, parce qu’il a fourni ses témoignages, ça va être de l’attaquer fondamentalement dans ses archives. Il y a un commando qui va détruire une grosse partie de ses archives, sauf évidemment celles qu’ils voulaient détruire, ça c’est assez amusant. Mais ils vont détruire énormément d’archives de Vautier qu’il avait entreposées. Donc, on voit cet extrait où il raconte ça.
Audio
Il faut partir du départ. Je tournais des films dont on ne savait pas où les déposer, parce qu’ils ne passaient pas. C’était une diffusion militante, c’était… Et puis, un jour, comme on avait créé notre unité de production Cinéma Bretagne, il y a des gens qui nous ont dit : « On a, nous, un fort, qui dépend de nous maintenant. » C’étaient les gens qui s’occupaient du Conservatoire du littoral en Bretagne, et qui ont dit : « Il y a un fort, à côté de l’endroit où tu habites. Si tu ne sais pas où mettre ta pellicule, tu peux la mettre là-dedans. » Et on a accepté avec plaisir, et puis on a donc créé un point cinématographique de dépôt de films là-dedans. Et puis, j’ai eu des problèmes en faisant des projections à la demande du Canard enchaîné, en projetant des documents que j’avais tournés sur Le Pen. Et Le Canard enchaîné avait parlé, avait dit : « Le Pen, tortionnaire. » Bon, Le Pen avait porté plainte. Le Canard enchaîné se défendait en disant : « Mais il y a des choses, des enregistrements d’Algériens qui ont été torturés par Le Pen et qui racontent ça devant la caméra de Vautier. Donc, il faut demander à Vautier qu’on projette les documents devant le tribunal. » On a eu la projection devant le tribunal. Le Canard enchaîné a retrouvé des Algériens qu’ils ont fait venir pour le procès. Bon. Mais moi, j’étais rentré en Bretagne avec mes documents. Fort heureusement, Garde m’a téléphoné pour me dire : « La porte a été forcée et, sur le dépôt, il était mis à sac. Tout a été découpé à la hache, à la cisaille, viens voir. » Et je suis arrivé, j’avais avec moi, à ce moment-là, Yann Le Masson, qui devait tourner un film ou participer au tournage d’un film, comme mon opérateur, qui est arrivé avec sa caméra et qui a filmé la marche dans les débris d’un cinéaste qui voit toute sa vie en petits morceaux. Toute sa vie, sauf les documents que les gens voulaient détruire. C’est-à-dire les documents, les enregistrements des gens qui avaient été torturés par Le Pen. J’ai dû me battre pendant des années pour récupérer légalement la gestion des films que j’avais faits. Maintenant, c’est fait. Et ça me fait très plaisir qu’avec la Cinémathèque française aujourd’hui et avec la Cinémathèque de Bretagne, on s’efforce de recueillir ces films, qui sont quelquefois des débris ou qui sont des choses qui ont été kidnappées par des adversaires pour que personne ne les voie.
David Dufresne
On sait qui a détruit ses films ?
Olivier Azam
On se doute, mais je ne crois pas qu’on ait d’éléments vraiment. On pense que c’est tellement lié à l’affaire du Front national que c’est autour de là. Je ne suis pas non plus très au fait, je ne sais plus où ça en est. Je pense que l’histoire en est restée un peu là. Effectivement, ça donne un sens énorme au travail qu’ont fait les cinémathèques aussi, mais aussi, surtout, Moïra Chappedelaine-Vautier, sa fille, qui restaure depuis des années, qui fait ce boulot énorme de restaurer les films. Quand je vous disais que cette histoire était liée au support et à la conservation des films, qu’elle est moulée, que ce n’est pas juste une histoire de « on a restauré un film parce qu’il est en mauvais état, il faut qu’il soit plus joli », c’est quand même un acte énorme de résistance face à la disparition de la mémoire. Vautier, quand même, montre quelque chose d’assez unique dans l’histoire du cinéma. C’est quand même l’histoire de quelqu’un qui a vu, un peu avant tout le monde, qu’il allait y avoir la décolonisation, que l’indépendance, notamment de l’Algérie, serait inéluctable, qu’il y aurait la décolonisation aussi, qu’enfin il a vu ça un peu avant tout le monde. Et effectivement, ça a créé… et finalement, il a vu aussi avant tout le monde la montée du Front national. Il a été assez précoce, à vrai dire. Et il a voulu montrer toujours qu’avec les images, on pouvait non pas que dénoncer, mais aussi qu’il fallait créer du dialogue et du débat. Pas forcément avec l’opinion, je veux dire, mais, par exemple, entre les deux rives, entre les Algériens et les Français, je veux dire, par exemple.
David Dufresne
Il disparaît en 2014, c’est ça, ou 2015 ?
Olivier Azam
Janvier 2015.
David Dufresne
2015, donc il n’y a pas si longtemps. Quel regard il portait sur le monde des documentaristes et du documentaire en général ?
Olivier Azam
D’abord, René, c’était quelqu’un de très généreux, de très enthousiaste à à peu près tout. Il a beaucoup participé avec nous à Zaléa TV, où il a diffusé tous ses films, où il avait toujours été là sur les trucs de télé libre et tout ça. Il a toujours été très disponible. Moi, les dernières choses qu’on a faites ensemble, c’est quand on a sorti Chomsky et compagnie. Il a fait des débats à Brest. Je me rappelle qu’il était quand même très fatigué et qu’on avait deux salles pleines à Brest, au cinéma. On lui avait dit : « Écoute René, tu fais le premier débat, puis le deuxième, tu pourras aller te coucher. » En fait, il a fait les deux, il a fini à deux heures du mat’, on ne l’arrêtait plus. Le lendemain, il a pris un train, il est parti dans le mauvais sens, il y est parti en vadrouille. C’était Vautier, il était comme ça. Il avait surtout un regard très critique sur la télévision, toujours. Je sais que les collègues du cinéma aussi, il ne les a pas épargnés, y compris la Nouvelle Vague. Dans le livre, il y a un article assez drôle là-dessus. Il ne les a jamais épargnés, mais toujours taquiné, y compris Jean Rouch à l’époque. Il ne les a pas… mais bon, il était dans la discussion, c’était un mec qui était dans le dialogue permanent. Donc, il n’était pas du genre agressif, machin, qui s’en va. Il était plutôt toujours dans le dialogue.Je pense qu’il est… voilà, je pense qu’on redécouvre petit à petit, des générations vont continuer à découvrir le travail de Vautier, qui est une grosse partie enfouie du cinéma français. J’avais quand même prévu un cadeau, parce que je sais que vous aimez bien les cadeaux. Je ne comprends pas cette idée de vouloir qu’on vous fasse des cadeaux, mais j’avais envie quand même de vous inciter à voir un document. Parmi les nombreux films qui sont en ligne – tous ceux du coffret n’y sont pas d’ailleurs – mais il y a quand même pas mal de trucs sur Ciné-Mutins, et il y en a un qui fait directement référence à tout le début de ce qu’on a fait en live, qui est sur l’histoire d’Algérie en flammes, qui s’appelle Guerre aux images en Algérie. Alors, il est là-dedans, dans la liste que tu vois, en bas à droite. Donc je vous envoie tout de suite sur le tchat le code : j’ai mis « VAUTIER » en majuscule, au moment de payer la location. Vous allez sur le bouton de location normale, vous vous inscrivez si vous n’êtes pas inscrit – là-haut, bien sûr, c’est gratuit et tout ça, pas de collecte de données, je le rappelle, on y tient, enfin autre que la consultation des films, on ne veut pas savoir ce que vous regardez – et donc, vous allez sur les boutons, vous prenez la location, et au moment de payer, au lieu de payer, vous mettez VAUTIER en majuscule, et vous aurez droit à voir le film. Il y a un document aussi fait un peu en Algérie et en France, qui revient sur cette histoire. C’est pour ça que je trouve que c’était complètement intéressant.
David Dufresne
Et cette petite promo dure jusqu’à quand, maître Azam ?
Olivier Azam
Alors là, je pense que vous pouvez le faire comme vous voulez dans les prochains mois, mais quand vous louez le film, si vous voulez y penser, vous avez sept jours pour tous les films, d’ailleurs, pour les regarder. Chaque fois que vous avez une location, c’est sept jours. Alors là, vous pouvez mettre le code quand vous serez dedans, je crois que vous avez… moi.
David Dufresne
Un grand merci, te dit Mésange-Pictavienne. Nicotine te dit merci beaucoup. L’Épouse te dit merci en majuscule. Euriale te dit : « Merci, Monsieur Azam », avec un petit cœur.
Olivier Azam
Merci à la famille Vautier, nous sommes juste les représentants, si vous voulez. Je pense que toutes ces histoires sont assez peu connues. Je ne sais pas si tu connaissais bien tout ça.
David Dufresne
Non, non, non, franchement non. T’as encore des mercis de K-Hop, il y a beaucoup d’amour pour toi. Il y a Colette qui te dit merci aussi, que je salue. Merci… attends, attends, attends, on va faire ça bien… hop, hop, hop… oh là là, ça c’est la vignette, ça c’est la vignette, non mais clairement c’est indispensable, votre travail, votre travail, dit JB Fox. Non, si tu veux, ce que je trouve… moi, René Vautier, pour tout te dire, je l’avais connu d’abord par Avoir 20 ans dans les Aurès, évidemment, et ensuite par – je ne me souvenais plus du film – sur Le Détail, L’Autre Détail. Et là, ce que je trouve saisissant dans ce que tu nous as montré ce matin, c’est la continuité du bonhomme. C’était une forme d’obsession, c’est-à-dire l’Algérie, comment la France a géré l’Algérie, etc. Et que quand ça revient avec les histoires de Le Pen, etc., il continue là-dessus. Et ça, je trouve ça magnifique. C’est-à-dire, il y a quelque chose comme ça de… c’est l’histoire d’une vie, quoi. Voilà, c’est l’histoire d’une vie. Et ça, je ne l’avais pas mesuré à ce point.
Olivier Azam
Et puis, en même temps, c’est l’histoire du XXᵉ siècle, de cette histoire de gens qui ont résisté pendant la guerre, et qui, à un moment donné, disent : « Mais attends, nous, ce qu’on est en train de faire ailleurs, ça y ressemble, quoi. » Et donc, il y a cette espèce de réaction absolument spontanée aussi, de Vautier, très vite. Parce qu’il y voit, il dit : « Mais attends, ce n’est pas possible. » Déjà, Afrique 50, on l’avait vu. Mais donc, ça, c’est une histoire imparable.Alors, je n’ai pas beaucoup parlé d’un truc, dont je vous envoie un lien.
David Dufresne
Alors attention, parce que Green Aero dit que tu es un streamer en devenir, monsieur Azam… non, ou Adam, c’est Azam, voilà. Il y a aussi des questions, j’ai vu passer plusieurs personnes qui disaient qu’elles allaient utiliser Les Mutins auprès de la jeunesse. Il y a une question à l’instant : est-ce que des lycées, universités contactent Les Mutins ?
Olivier Azam
C’est très rare. Alors, par contre, on est aussi dans des circuits parfois, médiathèques, tout ça, donc peut-être qu’il y a des choses qui se font sans qu’on le sache. Franchement, on est sous-utilisés par les enseignants. Il y a quand même beaucoup d’enseignants qui se servent, je pense, de ce qu’on fait, et on ne le sait pas forcément. Il y en a qui nous contactent, il y en a qui nous disent : « Super ! » Mais franchement, je pense que c’est sous-utilisé, le travail de mémoire, de cinéma. Je pense que ça mériterait d’être plus utilisé, y compris d’ailleurs, pas que les enseignants, parce que finalement, on va voir que, dans les années qui viennent, ce qu’on a déjà vu avec l’abstention, c’est qu’il y a quand même une dépolitisation d’une partie de la population de plus en plus importante. Alors après, ça ne veut pas dire que parce que les gens ne votent pas, ils ne sont pas politisés – je ne suis pas en train de faire ce raccourci – mais je veux dire, on s’aperçoit quand même qu’il y a des questions sur lesquelles le travail n’a pas été fait à l’école. L’éducation civique, même sur l’histoire, il y en a assez peu, finalement, pour des tas de raisons. Alors, ce n’est pas vrai partout, il ne faut pas non plus caricaturer. Et puis, il y a des enseignants géniaux qui font un boulot énorme.Mais je veux dire, on aime bien dire qu’on fournit du grain à moudre. Donc, vous en faites ce que vous voulez, si vous voulez. Mais quelque part, il faut que ce grain soit disponible, parce que sinon, je ne vois pas où on trouve… Je trouve que le cinéma documentaire, il n’est quand même pas mal pour ça aussi.
David Dufresne
À propos de grain à moudre, c’est pour moi l’heure d’aller me chercher un petit café et sans doute de te saluer, mon cher Olivier.
Olivier Azam
C’est le lien du podcast des Mutins qu’on fait de temps en temps. On n’est pas aussi régulés que toi, c’est du son et c’est une émission. Et là, en l’occurrence, cet épisode, c’est sur le cinéma. Alors il y a Vautier, il y a Bois-Marie, dont je n’ai pas parlé, qui était un ami aussi cher disparu, qui font partie des fondateurs du cinéma. Il y a aussi Boudjema Karèche, qui est un personnage extraordinaire de la Cinémathèque d’Alger. Parce que je n’ai pas parlé de cette grande période, qui va de 62 aux années 80, enfin aux années 90 en gros, qui est la période de la Cinémathèque d’Alger où les cinéastes du monde entier venaient. Genre Werner Herzog est venu montrer son premier film à pied depuis l’Allemagne, avec les bobines sur le dos, pour vous dire à quel point c’était important de montrer des films. Ça paraît incroyable aujourd’hui, où les gens hésitent à faire un clic pour regarder un truc. Là, c’étaient des gens, ils venaient de loin montrer leur film à la Cinémathèque. Donc la Cinémathèque d’Alger était un truc central dans la culture algérienne et dans le lien qu’il y avait entre Alger et les autres. Alger qui était une plateforme, y compris pour les Black Panthers qui venaient dans les années 60. Alger, ça a été énorme : il y a eu le festival panafricain, ça a été une plateforme énorme de la contestation mondiale, qui venait se retrouver là. Et pas que de la contestation : du débat, de la discussion, la Cinémathèque d’Alger. Donc, si vous voulez en connaître un peu plus sur ces histoires, je vous conseille d’écouter le podcast, c’est assez court et on rappelle un peu ces histoires-là.
David Dufresne
Super, super, super. Alors, mon cher Olivier, merde, on a dépassé, on a dépassé. Qu’est-ce que je voulais dire ? Demain, à 9 heures, nous allons faire une émission, on va débattre de choses et d’autres avec le tchat. Il n’y aura pas d’invités, on va parler un peu de l’avenir d’Au Poste. Quel que soit l’avenir d’Au Poste, nous re-signons notre partenariat exclusif, n’est-ce pas ?
Olivier Azam
Tout à fait. Et puis de toute façon, moi, je suis fidèle à toutes choses, je suis là quasiment tous les matins pour commencer ma journée, parce que j’ai toujours une oreille sur ce que tu racontes.
David Dufresne
Merci infiniment, mon cher Olivier. Merci à l’équipe des Mutins de Pangée. Merci pour cette plongée dans l’intelligence et dans le courage, dans la geste cinéma. C’était vraiment super, et ça fait du bien, beaucoup de bien, d’être dans la profondeur et pas dans l’écume de l’actualité, parce que c’est quand même l’enfer. Merci beaucoup, te dit Lucaine. Merci, à demain donc, à bientôt Monsieur Azam, merci. Ah, Uzeste, c’était en août, il me semble.
Olivier Azam
Mais bien sûr !
David Dufresne
Alors, vas-y, fais la réclame pour Uzeste.
Olivier Azam
Uzeste, c’est 45 ans de devenir chaos créatif de la compagnie Lubat. Lubat, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un très, très grand musicien : improvisateur, batteur, pianiste, il fait de tout. Il a été musicien de studio de tous les grands, il a été longtemps batteur de Nougaro, etc. Mais c’est aussi, surtout, la compagnie Lubat : c’est un truc de fou. C’est difficile d’expliquer, parce que ça ne ressemble à rien d’autre de ce que je connais dans l’histoire des festivals. Donc, c’est beaucoup de musique, mais pas que : du théâtre, des débats politiques. C’est assez mélangé, c’est très politique. Politique, il dit, Lubat. Et on retrouve nos copains, André Minvielle, en fait des tas de gens qui sont autour de notre bande, avec lesquels on travaille. Et en fait, nous, ça fait des années qu’on y projette aussi des films, dans ce chaos, qui est un chaos très organisé. Vous voulez savoir ce que c’est que l’anarchie ? L’anarchie, c’est l’ordre moins le pouvoir. Et là, il y a de l’ordre, et en même temps, on a l’impression que c’est le bordel, et c’est très fluide. Et tout est très fluide. Et donc, là, ça fait deux ans qu’ Uzeste morfle à chaque fois, et qu’ils ont dû annuler, et tout, à cause du Covid. Ça tombe toujours très mal. Ils ne voulaient pas faire le contrôle des passes et tout, machin. Donc, ça a été deux ans très compliqués. Et c’est un peu le retour, c’est un peu le retour du festival de l’Estival de la Musique et des Arts, qui se passe du 12 au 20, je crois. Attends, attends, je vais te dire…
David Dufresne
Attends, attends, je vais te dire : du 12 au 20 août 2022… Le 19, c’est ça, alors ? Le 18 ou le 19 ?
Olivier Azam
Alors le 19, le 19.
David Dufresne
Mais vous, vous allez diffuser quelque chose de particulier.
Olivier Azam
Oui, on projette des films. Le programme va se boucler un peu au dernier moment, et on va y projeter notamment un film que tu connais bien, qui s’appelle Un pays qui se tient sage.
David Dufresne
Voilà comment ça s’est passé : donc Olivier me dit « tiens, ce serait bien que tu viennes, parce qu’on va présenter Un pays qui se tient sage », et donc, un peu fidèles à nos mauvaises habitudes, j’ai dit : « On va en profiter pour faire une émission, puis on va faire un truc, un truc, un machin. » Donc figure-toi que, dans le tchat, il y a déjà des gens qui, par le Discord de l’émission, sont en train de s’organiser. Donc c’est les cellules dormantes de Toulouse, de Lyon, de L’Isle-d’Abeau, mais d’ailleurs j’espère de Belgique et du Nord de la France, qui sont déjà en train de réserver leur place au camping. Il y a un corner Au Poste, et nous ferons une émission Au Poste avec les gens du tchat. Ceux qui veulent être filmés seront filmés, ceux qui ne veulent pas seront derrière moi, je ne les filmerai pas. Et donc, l’occasion fait le larron : on va faire une émission en direct depuis Uzeste. Et le soir même, on fera le débat… Il y a des débats après les films ou pas ?
Olivier Azam
Le temps ! Il y a plein de trucs en même temps. Le gros problème d’ Uzeste, c’est qu’on a envie de tout voir et que tout se passe de partout, sans arrêt. C’est un tout petit village. Alors, les premiers jours, ça tourne un peu dans la région, sur des villages à côté, et puis après, ça se concentre sur Uzeste. Et en fait, là, on va être à Uzeste, et là, tu vas tout faire à pied. Voilà. De l’usage.
David Dufresne
Donc, j’arriverai avec mes bobines sous le bras.
Olivier Azam
On peut chatter en direct sur le sable ou je ne sais pas quoi, vous allez faire des ardoises ou je ne sais pas encore pour chatter si vous êtes sur place. Comment vous faites ? Comment ça va se passer alors ?
David Dufresne
Des signaux de fumée, puisqu’on sera les uns en face des autres, je ne sais pas, je ne sais pas. On va improviser, on va improviser, on va se marrer, on va se marrer. Merci beaucoup, Olivier, c’est toujours un bonheur et un plaisir de t’écouter, de te regarder, parce que là aussi, c’était du boulot, mine de rien. Préparation des extraits, vous avez vu ça, ils font ça bien, les Mutins. Voilà, donc merci beaucoup à toi, passe une bonne journée.
Olivier Azam
Merci à vous.
David Dufresne
Et puis alors, le 19 août, on se voit, ça c’est sûr, et puis l’année prochaine, enfin la saison prochaine, on continue nos petites boutiques, quoi. Voilà. Merci, Dominika, qui vient de prendre un abonnement, merci beaucoup à toi. Je regarde si le tchat te salue… Non, j’ai l’impression que les gens, ils te connaissent par cœur, donc tu fais partie de la maison. — Ah si, ça y est, ça vient.Merci, merci, Monsieur Azam, dit Roxeuse.Merci, Olivier, dit La Teste Cheka.Voilà, merci, merci beaucoup à toi et à très vite, Olivier. Je t’embrasse, je t’embrasse. Voilà, les mercis arrivent…

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