Ciné-débat « A.I. AT WAR » de Florent Marcie
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Florent tu es invité au poste David Dufresne, ici présent que tu connais, vous êtes croisés, je pense, sur les manifs de gilets jaunes.
En fait, on s’est rencontré à ce moment là, pendant les « gilets jaunes ». On avait même fait une intervention ensemble à Strasbourg au Parlement européen sur les blessures. Alors ne t’inquiète pas, c’est facile. On ne sait pas ce que c’est, ça sonne des heures.
C’est vrai. En plus, c’est une alerte d’une alerte extrême Cesser de toute urgence la diffusion du film AI AT WAR.
C’est bien, c’est bien. Je reste dans l’ambiance. Il y a des alertes, des alertes comme ça, ça quand même vu pendant des décennies, c’est quand même une grosse partie, un gros chapitre de l’histoire et je m’attendais réellement à voir de sang espagnol, italien. Enfin peu importe en Europe puisque ça se passait en Europe, ce n’était pas au bout du monde et j'étais tout seul. Et donc ça m’a fait réfléchir aussi. C’est quand même bizarre, je me trouvais donc il faut imaginer. Je passe trois quatre jours après, barricadé dans cette fac avec eux. Je les avais gérés égoïstement pour moi tout seul, parce qu’ils parlaient tous français, ils étaient tous très éduqués. Et donc, vous imaginez, vous avez une vingtaine d’années, vous êtes français, vous incarnez. C'était 89, bicentenaire de la Révolution française. Vous incarnez ces valeurs là et vous vous retrouvez avec des étudiants de votre âge qui viennent de passer. Les 20 dernières années, leur pays était sous une dictature épouvantable, avec interdiction de parler, interdiction de parler politique. Et puis, lorsque ça se libère, la parole se libère. Vous, vous, c’est. C’est inimaginable. Les discussions, l’enthousiasme, la passion du.
Mais pas encore.
Pas, je ne faisais rien du tout, Je ne photographiais même pas.
Les amis, les amis, on est prêt à prendre en compte.
Voilà, c’est ça qui m’inquiète. Alors je lance le film. Florent Vous,, j’imagine, vous allez vous sustenter,
Oui, je peux lancer le film. Je n’ai pas grand chose à dire en fait, il s’agit rapidement. J’habitais en Libye il y a quelques années, après la révolution, et je me questionnais sur l'époque dans laquelle je vis, sur ces événements qui bouleversent et qui en même temps ne changent pas forcément le monde. Mais des événements tragiques ne changent pas forcément le monde en profondeur. Je m’interroge sur ça. Déjà un petit moment que je filmais et que je travaillais dans des zones de guerre ou de révolutions et j’avais envie de faire un film. J’ai vu, j’ai eu envie de faire un film sur une autre forme de révolution et je m'étais dit en fait, finalement, la révolution la plus profonde de mon époque, c’est ce ne sont pas les événements que j’ai filmé, même si des vies humaines ont été perdues, même si c'était tragique et intense. En fait, la véritable révolution, celle qui va transformer mon monde, c’est la technologie dans ses aboutissements. Et c’est en fait ce qu’on appelle maintenant l’intelligence artificielle. C’est les algorithmes qui vont s’emparer absolument de toutes nos tâches, qui vont modeler nos esprits, qui vont bouleverser, même d’un point de vue anthropologique, ce qui est, ce qui est, l’humain, ce qui est l’espèce humaine. Et donc, à l'époque, j’avais un peu ce questionnement là. J’habitais encore à Tripoli et j'étais complètement dans l’esprit de la révolution. C'était l'époque de Daesh aussi, et je m'étais dit en fait, il faut dégager ça, sinon je vais refaire un autre film. Voilà, ça va être encore ça, ton troisième, quatrième. Et j’ai eu cette idée, je me suis dit en fait, il faudrait que j’arrive à saisir cette révolution, mais à ma façon. Donc en aucun cas d’aller faire des interviews de scientifiques dans leur laboratoire. Mais l’idée m’est venue de me dire tiens, si je pouvais trouver un petit robot humanoïde sympathique qui pourrait m’accompagner comme un compagnon de voyage et qui serait doté d’une sorte de capacité conversationnelle parce qu’il y avait déjà des prototypes. Vaguement, on évoquait ces questions là. Ce serait je le prendrais avec moi comme un compagnon de voyage et j’irai où j’irai parcourir le monde avec lui et je vous ferai découvrir en gros qui nous sommes, nous, en tant qu’espèce humaine. Et je me servirais de ça pour filmer un peu le moment de bascule entre l’espèce en corps biologique qui est la nôtre, la tragédie, le sang, la guerre. Parce que tout ça c’est très humain, c’est propre à l’homme. Et ce robot me permettrait à la fois de revisiter la guerre, de la filmer autrement, de me libérer de tas de carcans. Il faut montrer ceci, pas cela. En parlant de faire ça, un petit robot naïf, ça vous ouvre un espace de liberté puisque vous redécouvrez le monde comme avec un enfant. Donc c’est un peu l’idée Personne. Mais les gens que vous croisez, les scientifiques, les gens, enfin les gens sont dingues parce que c'était avant que le film existe. Écoutez, Monsieur, il ne faut pas croire ce que disent les médias, ce robot n’existe pas, ce n’est pas demain que ce genre de robots apparaîtra, etc. Et j’ai fini par trouver un laboratoire de recherche en Malaisie au cours d’un salon de technologie. Et finalement, j’ai. J’avais un petit robot, J’ai tout de suite accroché sur l’appareil, sur la forme physique. Ensuite, j’ai commencé à parler avec lui, j’ai filmé la rencontre, j’avais une caméra, donc je l’ai mis en scène un peu la rencontre pour voir s’il était capable de faire et j'étais tellement bluffé des réponses. Si en plus ce robot avait de l’humour. Je ne vous raconte pas parce que c’est. Dangereux Et voilà. Et du coup j’ai fait ce film comme ça, donc c’est une espèce de parcours avec un en compagnie d’un robot mais qui s’est inventé lui-même au fur et à mesure. Je n’ai pas prévu le tournage. Les événements, les péripéties, ni les gilets jaunes et je vous raconte pas le passé.
Par contre, ce qu’il faut dire, c’est que le film, c’est la première fois qu’il est diffusé et diffusé en live
C’est une avant première.
C’est l’avant première guerre mondiale mais après ? En tout cas presque puisqu’il a déjà fait le tour des festivals dans le monde
Le film vient de se terminer. Il y a eu des applaudissements. Il y aura des questions que je remonterai tout à l’heure. Maintenant, place à la folle ambiance parisienne. En fait, la plupart des gens ne veulent pas être filmés, donc ils sont au. Donc là, vous voyez quelques chaises vides. C’est malheureux parce qu’en fait il y a beaucoup de monde. J’espère que quelques vaillants et vaillantes viendront jusqu’ici pour montrer un peu de chaleur humaine. Place au direct.
Alors je propose que là on parle entre nous, on peut que le live arrive donc je propose, s’il y a des réactions, c’est sûr, des questions et peut être que. Alors n’hésitez pas, allez y, je vous amène le micro. Il faut que quelqu’un se lance. C’est toujours comme ça, Vous avez la première question, qui se lance ?
Bonsoir, C’est une question un peu évidente.
Mais alors très bien.
Donc c’est une question peu évidente, mais du Coup je me demande si votre réflexion a évolué avec l’arrivée de Jupiter, l’explosion qui a eu ces dernières années.
Et du coup, est ce que ça vous donne un nouveau point de vue sur le futur notamment ? Est ce que vous auriez fait le film différemment si c'était aujourd’hui ?
La réflexion à l’essentiel n’a pas évolué. Non, puisqu’en fait le film est fait en un mot. Il annonce ce qui arrive en fait à l'époque où j’ai l’idée du film. Encore une fois, tout à l’heure je n’ai pas l’appareil. Les algorithmes qui sont utilisés n’existent pas vraiment non plus n’est pas encore répandu. Je ne sais même pas si c’est possible de faire ce film avec l’idée que j’ai. Donc je cherche. Je cherche désespérément un appareil, un petit robot humanoïde qui serait avec une tête sympa, que je puisse transporter facilement. J’ai pas envie d’avoir un truc de quinze kilos avec moi. Et je trouve aussi. Une sorte de robot, d’agent, d’agent conversationnel comme ça s’appelle, capable de tenir une sorte de conversation. Voilà, donc ça n’a pas beaucoup changé depuis. Effectivement, se lancer là, vous avez tout ça sur votre téléphone, vous pouvez. La réflexion fondamentale n’a pas changé. Moi ce qui m’intéressait, ce n’était pas complètement de montrer la prouesse de la technologie en tant que telle parce qu’elle évolue tous les six mois et tout est sans arrêt dépassé dans la technologie telle qu’elle est. C’est plutôt de filmer la bascule, le passage, c’est à -dire l'éclosion de la fleur, comme le moment où vraiment il y a quelque chose avec des mondes qui se télescopent, il y a encore le monde d’avant. Et puis on voit déjà ce qu’il y a en train d’arriver, avec une mise en question profonde de l’humain, de l’homme tel qu’on le connaît, de sa façon de se battre, de faire la guerre, de manifester ou pas tout ça et va être et déjà y sera et va être bouleversé par l’arrivée de ces algorithmes. Nous, on est encore, quel que soit l'âge des personnes dans cette salle. On a encore un pied dans le monde d’avant malgré tout et ça va aller très vite. Vous allez avoir des générations qui vont arriver très rapidement, très rapidement, qui n’auront connu que GPT par exemple, et à quoi ça va ressembler dans les rapports humains, dans la manière dont on construit son savoir, la manière dont on acquiert la connaissance, dont on s’en sert. C’est des choses qui sont fondamentales dans la rupture dont on peut, on peut espérer. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Il peut se passer n’importe quoi qui vient chambouler tout ça. Il suffit de couper l'électricité, par exemple. Mais si ces technologies continuent à évoluer, donc à progresser parce que c’est leur destin, on va être. Ça va être spectaculaire, mais encore ? On ne peut même pas imaginer. En fait, à tous les niveaux, ça va nous transformer en profondeur. On ne peut pas décrire en fait, mais on sait simplement que c’est une rupture fondamentale. C’est ce que je peux dire et je pense que ça ira plus vite que ce qu’on peut imaginer à la fois plus lentement, c’est à dire on n’en avait pas non plus. On n’est pas face à des robots conscients, réellement conscients que si, c’est ça le fantasme. Mais je pense qu’au fait, ce n’est pas en fait ce n’est pas le propos. Je pense que l’IA, on s’en moque, que ce soit conscient ou pas. Ce qui est important c’est en quoi ça vous transforme vous, en quoi ça vous donne l’impression que le robot est conscient ? On ne sait pas, à savoir qu’il en est conscient, pas qui est important. C’est l’impression que ça produit sur vous. Et ça c’est ça va très vite, beaucoup plus que ce qu’on imagine. Et on ne perçoit pas forcément l'évolution Quand elle est en cours, on a l’impression qu’on se réveille le lendemain, qu’on est la même que la veille, mais en fait la même personne que la veille. Mais ce n’est pas forcément car on se transforme à notre insu presque je dirais. Alors après, si je devais refaire un film, si j’en faisais un maintenant ce que j’avais un peu même en Ukraine, j’aurais pensé que l’Ukraine se prêterait bien à un film avec l’Iran pour la simple raison qu’il y a des connexions Internet partout. C’est à dire que vous avez, par les systèmes des antennes, des Starlinks, partout, vous êtes dans la forêt sur des positions invraisemblables, vous avez un réseau Internet, donc mon robot pourrait marcher parce qu’il faut qu’il soit connecté. Alors dans ce film là, j’ai eu énormément de difficulté technique à faire fonctionner le robot à Mossoul. Patrick Chauvel qui était là. On était ensemble au début quand j’ai tourné. Il connaît le début de ce film-là, la jeunesse, ce film-là et il s’en souvient. Et je cherchais des connexions, à quel moment, comment le robot marchait pas, etc. En Ukraine, c’est assez spectaculaire pour la technologie qui sera accessible partout, donc ça permettrait d’avoir des de mettre le robot en situation dans des endroits improbables, dans les tranchées même. Je n’ai pas forcément envie de vous révéler mon idée, mais je vous le rappelle quand même. Ce qui sera intéressant aujourd’hui à mon avis. Je n’ai pas envie de faire un nouveau de la prouesse, d’accord ? Regardez comme le robot est intelligent, ce n’est pas ça. Ce qu’il y a là, ce serait de mettre en compétition différentes. Il y a actuellement une situation comme l’Ukraine cercle robot. Vous lui poseriez une question à chaque JPT, puis après vous allez demander la même question à l’IA qui vient des Émirats arabes unis, puis les mêmes questions à la chinoise et vous allez voir à quel point cette IA qui soi disant un super savoir objective va être biaisée en fonction des cultures. Il ne faut pas se leurrer, l’IA c’est un prolongement des cultures qui la fabrique et les fournit. Même si le robot va permettre d’explorer et de transmettre un certain savoir qui nous est inaccessible avec nos cerveaux, il va quand même rester biaisé quand il le faut. Si vous demandez à une IA chinoise tiens, c’est quoi Taïwan ? Évidemment, il ne va pas vous donner la même réponse au même type de réponse que Donc on en est déjà là aujourd’hui. Vous avez des débats sur les IA, mais même en cours, par rapport à des questions aujourd’hui, on parle beaucoup des questions au sens très large, c’est à dire est ce que l’IA est woke ? Est ce qu’elle est tolérante sur tout ? Est ce que l’homme et la femme, ça n’existe plus ? Est ce que c’est. Est ce que ça ou est ce que l’IA va rester sur d’autres critères ? Et ce n’est pas l’IA qui va choisir, faut pas se leurrer, c’est les réponses. Elles vont être orientées par les concepteurs, ils savent très bien qu’il y a des points sensibles et donc ils vont orienter. Soit l’IA va rester dans le chou, elle va dire je ne peux pas vous répondre ou alors c’est à vous de vous renseigner, mais elle peut aussi parfois donner des réponses. Et donc là, pour moi, la lutte qui va se produire, ces IA sont des outils de pouvoir, elles contrôlent absolument tout logiciel. Aucun doute dans la guerre en cours en Ukraine, on est vraiment en train et en Israël actuellement, on voit la bascule même se faire sur le terrain militaire, c’est à dire le moment où on attend que les IA soient autonomes ou presque autonomes. C’est ce qui peut changer la donne. En fait, ça va arriver, c’est déjà là, mais ça va, ça va, ça va s'étendre, donc ça va, ça va. Tout va être complètement bouleversé, en fait, par ces par ces, par ces IA qui c’est ?
Voilà ce que je peux vous dire. On voit ici le cinéma et je me demandais comment arriver quand Florent a été blessé à Paris et traversé plusieurs pays guerres Tchétchénie, suivi Afghanistan et plein Paris. Et il prend les balles à la figure et c’est Nourredine qui pose la question.
Qu’est ce vous voulez que je réponde ? Parce qu’on se connaît ? C’est une amie tchétchène. C’est les hasards de la vie. Mais c’est. Ce qui est assez étonnant, si vous voulez, ce n’est pas ce n’est pas ce que je dis vous, C’est au sens cher pour vous tous. Ce n’est pas seulement le fait d'être baissé à Paris. Est ce que c’est anecdotique, c’est que c’est aussi dans ce film en relation de ce film. Parce que ce film, quand je l’ai tourné, vous avez vu, il y a beaucoup de scènes avec des cadavres, des morts, des scènes dans des espèces de fausses caves. Et en fait. J’avais beaucoup ça en tête que ce sont les simulations que l'être humain, il est biologique encore et biologique. Il meurt, il vit, il saigne. C’est ce qui nous distingue de la machine. En fait, fondamentalement, le rapport à la mort de la machine, c’est quelque chose qui est la seule chose qui va nous rester. En fait, à la fin, ce sera ça, presque. La machine va faire tout le reste, elle va émuler la voix, la mémoire, la création, le ceci et cela, mais en revanche, elle ne stagnera pas véritablement, elle n’aura pas ces jours de faiblesse. Donc j’avais ça en tête, moi, quand je tournais. Et lorsque donc que je me prends cette espèce de LBD dans la figure, que je saigne et j’ai l’impression qu’en fait ça m’arrive pour mon film en fait. Parce qu’en fait ça m’arrive pour mon film, ça fait une scène dans mon film, il y a du sang dans mon film en fait, c’est assez étonnant, mais parfois quand vous tournez, vous voyez tout à travers votre travail. C’est comme si ça devait arriver à ce moment là. Donc ce n’est pas tant le fait d'être blessé là ou à Paris ou ailleurs, enfin c’est pas, c’est plutôt le rapport avec ce que je suis en train de tourner. En fait, je suis moi même le. L'être biologique en fait. La preuve. Je saigne, c’est simple, c’est un peu ce sur quoi je cours. C’est pour cette raison j’amène le robot à l’hôpital et j’essaie de le mettre en scène dans la pièce. Je me dis que j’aurais bien aimé même l’allumer sur le terrain. Mais il n'était pas actif. Je ne pouvais pas me lancer à ce moment-là. Après, le reste, c’est le hasard. Pourquoi à Paris ? Pourquoi pas d’abord ? J’espère que ma vie n’est pas terminée. Il peut m’arriver autre chose ailleurs. C’est peut être ça qu'à Paris, on ne sait jamais. Il ne faut pas voir autre chose qu’un hasard. Ce n’est pas la guerre ici. Nous sommes réfugiés ici. Et pourquoi sont-ils blessés par les concitoyens ?
Non, mais ce n’est pas la guerre en tant que telle, mais la vie que tu peux apporter. Oui, balles perdues dans la guerre, mais blessé. Ça peut arriver. Tout peut arriver, même à Paris ou ailleurs. Mais c'était. C'était quand même tendu. Les manifestations Gilets jaunes, ce n'était pas toujours, c'était tendu. Je dirais même que par rapport à des situations sans en faire un, ce n’est pas la guerre. Il n’y avait aucune comparaison possible, mais c'était très physique. Il y avait, il y avait quelque chose vraiment de l’ordre de la présence physique. Vous étiez en relation physique avec soit les gens jouent, soit les policiers de la confrontation. Et dans la guerre, ce n’est pas toujours le cas. C’est assez rare dans la guerre même une vraie guerre, à part certains journalistes qui vont vraiment prendre des risques ultimes qui vont dans les zones ultimes. Souvent on n’est pas, on n’est pas en contact physique avec l’ennemi. Par exemple, on ne sent pas l’ennemi, son corps à côté de soi, on ne voit pas où c’est d’artillerie ou c’est autre chose. Là, vous aviez quelque chose qui était vraiment physique. On voit, on voit la police, on voit les tirs, on sait, on sait qu’on est vulnérable, on sait, on est à distance, on raccourcit quoi. Donc c'était intense à filmer malgré tout, très intense à filmer. Et puis après voilà, je fais partie. Après ça m’arrivait là, mais j’ai eu beaucoup de chance en fait, pas comparé à d’autres personnes qui ont eu des blessures plus graves. J’ai eu beaucoup de chance.
Il y a plusieurs questions du Tchat pour diversifier un peu les choses et ou des remarques, notamment celle d’Olivier On te remercie pour ton film qu’il qualifie de super travail et qui parle de questionnement sur notre humanité. Et la question c’est toi qui va filmer les souffrances les plus terribles ? On le voit au début, on voit Rakka, Toi qui vas filmer la mort, pourquoi tu as ressenti le besoin de passer par un robot pour nous ? Comme si tu avais besoin de passer par un robot pour nous dire des choses qu’on ne voulait pas entendre par les autres films que tu peux faire ou tes confrères.
En fait, j’avais abordé cette question un petit peu un petit peu avant la. Comme on était pas encore en ligne avant même de tourner le film, cette idée, cette idée d’avoir cette espèce d’appareil avec soi, je pressentais qu’il allait me permettre de revisiter les terrains de guerre, de faire une narration différente et d'échapper au narratif de la guerre et de m’affranchir du bien et du mal. C’est un peu par delà bien et mal. La guerre, la guerre, c’est triste, la tragédie. Il ne faut pas montrer la souffrance ou les corps comme ça. Il faut garder de la dignité. Il faut. Il y a plein, il y a plein de plein de. C’est balisé. En fait, quand on filme, c’est très dur. Même si vous filmez des images, toute passe importante. Le diffuseur, le média, va refuser de montrer ces images-là. Il y a vraiment des tabous, des tabous qu’on peut faire. On ne peut pas faire. C’est difficile de filmer ça pour les tas de raisons et on risque à un moment donné de finalement ne pas aller au bout de l’expérience qu’on vit en fait, et des questions qui sont soulevées. Et avec ce petit robot là, en fait, le robot, il est naïf, c’est comme un petit enfant qu’on amène, donc on peut se permettre de filmer même des courts, d'être à côté, de faire, de transgresser, y compris, par exemple dans les scènes de la religion ou cette scène où le robot va se mettre à prier dessus. Ce n’est pas dans un film normal que je vais faire ça, je n’aurais jamais pu faire. Là, vous avez un petit robot, Ça fait rire en fait, ça fait rire. Mais en fait la question, elle est quand même assez sérieuse qui est soulevée. Bon, donc ce robot, il vous permet finalement de gagner une forme de liberté et de sortir du schéma qu’un certain nombre de médias, voire tous les médias un peu institutionnels vont presque vous imposer, soit explicitement, soit implicitement. Vous allez vous même vous limiter.
Donc pour toi, c’est plus un aveu d'échec de la fabrication des images de guerre par les médias institutionnels que l'échec de gens comme toi qui, qui filme et qui ne perce pas toujours au-delà de leur public.
Je ne sais pas. Je ne dirais pas que c’est un aveu, ce n’est pas un aveu d'échec en tant que tel, c’est juste. Il est important que les médias. Enfin, l’information est faite par plein de personnes différentes. Il n’y a pas une information ou une bonne information, seulement une science. C’est des choses qui se complètent. On peut être très critique des médias institutionnels. Je suis critique, on peut en parler, mais que fait-on sans ces médias ? On ne saurait pas ce qui se passe. On se rend même pas qu’il y a quelque chose qui se passe en Israël par exemple, on aurait aucune information sur le déclenchement, donc faut pas avoir été. La question est beaucoup plus complexe que ça. Simplement, quand vous avez des médias dominants, on va dire pour des raisons économiques, des raisons de moyens, des raisons de tout ce qu’on veut, qui oriente et qui et qui petit à petit, développent un regard un peu un peu stéréotypé, avec des techniques, des narratifs, des grammaires, une sorte de voix qui va vous dire ce qu’il faut penser, etc. C’est utile, c’est efficace, mais pour moi ce n’est pas suffisant. Il y a des situations, il faut s’affranchir, il faut qu’il y ait des électrons libres, il faut essayer d’autres formes de traitement parce que soi-même. Oui, ça m’arrive de répéter sans arrêt la même chose. On joue le jeu en fait, on finit soi-même par jouer. On sait déjà ce qu’on demande avant d’y aller, alors que là, c’est l’inverse. Personne ne demande rien sur un film comme ça. D’ailleurs, aucun média ne m’aurait suivi. Je ne vais même pas les voir. Une chaîne au départ pour dire voilà mon idée, je vais amener un robot et il sera un peu à Mossoul. Après je vais l’amener et puis après il y aura les gilets jaunes. Je n’en avais aucune idée. Donc là je joue avec autre chose et c’est autre chose. C’est quand même quelque chose dans la vie de nous, êtres humains, de fondamental, c’est-à-dire l’incertitude, l’imprévisible, l’invention en temps réel. C’est un élément de notre humanité. On n’est pas simplement des algorithmes, des robots à faire ceci ou cela, on a aussi cet espace de liberté qu’on peut faire, pourquoi pas dans le film, pourquoi pas dans la guerre, Pourquoi pas. Donc faut comprendre que même avant le film, je ne savais pas quelles seraient les réactions des gens. Je me suis dit bon, j’arrive avec un robot, je vais arriver à Mossoul. C’est totalement détruit par ça. Dans certains quartiers de Raqqa, les gens ont souffert de façon épouvantable. De quel droit je vais arriver, moi, Français, avec mon petit robot ? Comme si j’allais jouer que sur le terrain ? Quoi ? Quelle va être la réaction ? Quelles vont être les réactions des personnes ? J’ai peur d'être agressé, des gens, c’est de me casser l’appareil. Ils m’ont dit Tu fous là, rentre chez toi. Je n’ai jamais eu de réactions comme ça, jamais une réaction négative. C’est assez incroyable. Les personnes étaient plutôt curieuses. Tiens, c’est un petit robot. Il s’approchait, il voulait voir. C’est assez surprenant, mais c’est un risque à prendre également. Je ne sais pas. Peut être que le film ne marcherait pas. C’est un film impossible.
Mais est ce que tu t’es demandé pourquoi les gens réagissent comme ça ? Est ce que c’est parce que c'était il y a quatre cinq ans que c'était les débuts ? L’intelligence artificielle au sens large, public. Est ce que c’est la bouille de ce robot qui qui est éminemment sympathique et qui voilà ? Qu’est ce qui fait que de Raqqa à Mossoul, aux Champs Elysées, tout le monde, les touristes derrière la grille du Louvre, tout le monde, tout le monde se marre, tout le monde est plein de candeur par rapport à ça. Comment tu expliques ça ?
Effectivement, il y a l’aspect du robot, c’est à dire et c’est un élément fondamental de l’intelligence artificielle, c’est à dire qu’en fait, ce qui va nous, ce qui va nous perdre, c’est l’affectif, c’est la relation émotionnelle avec le client, avec lui, à partir du moment où il y a intelligence artificielle au sens large, où l’entend l’appareil, où les algorithmes, les IA vont s’emparer de nos vies, s’emparent de nos vies. Vraiment, à partir du moment où on a une relation affective avec l’IA, on est attendri par ce qui se passe. Si une petite est sympa, une petite tête, une voix, une voix sympathique. On a ce lien affectif. On accorde de l’importance à l’objet. L’objet devient autre chose qu’un objet, quoi. Donc si quelqu’un touche, on va s'énerver. Mais ne touche pas à mon robot comme à sa voiture et à ma voiture. On projette plein de choses dessus en fait. Et par ailleurs, on. Le robot est en sympathie, vous voyez, on est on est des primates, on reste, on est des primates, on a un cerveau de primate. Et quand on voit un petit, un petit animal ou avec de grands yeux, on est attendri, On ne peut pas le contrôler en fait. C’est comme si vous avez un petit bébé, un chiot, là, entre les mains. Même le gros barbu méchant de Daesh, là, il va, il va être content de voir un petit chien baisser un petit peu. Ce qui se passe, c’est que ce robot en fait de façon surprenante, on ne se méfie pas de cet appareil. Du coup, moi même, on prend un peu, on fait attention, on ne peut pas soupçonner trop ce que j’ai dans la tête. Voilà, je suis plutôt sympa, j’ai une allure assez simple, j’ai ce petit robot, les gens s’attachent, ne soupçonnent pas que je suis en train de faire un film sur le futur, je ne sais quoi. Donc ils sont attendris par l’appareil. C’est intéressant parce qu’encore une fois il y a cet aspect affectif. Vous savez, il y a des gens qui sont très intelligents, qui réfléchissent à ça, qui essaient de créer le lien affectif justement avec le avec le public, pour que ce public soit attaché et donc finalement attaché aussi avec l’appareil. Donc, on va perdre par cet aspect là, ça m’intéressait, moi, d’ajustement, même si ce n’est pas dit dans le film, tout ça, ça se discute un peu implicite. J'étais conscient de ça quand j’utilisais. C’est la raison pour laquelle je cherchais un robot sympathique.
On a fait un casting.
J’ai fait un casting de robots, j’ai et moi même et c’est ce qui s’est passé. J’ai vu différents appareils. Il y avait aussi un robot français. Il y en avait. Enfin j’ai vu un certain nombre de traits. Alors ce robot là, dès que je l’ai vu, j'étais sur un petit coin de table dans un salon. J’avais rendez vous et qu’IBM avant et je venais voir le marketing d’IBM. Et je n’osais même pas leur dire d’ailleurs, ce que j’avais en tête dans mon film. Je suis si vieux IBM que je veux me servir. Ils avaient un truc qui s’appelait Watson. C’est une grande intelligence artificielle et j’aurais voulu servir Watson pour me servir de Watson à l'époque. Mais je ne vous ai pas leur dire. Ben Watson, je vais aller à Rakka. On a parlé de Dallas avec Watson, dont j’ai fait un film sur l'écologie. Watson va raconter la pollution, ce qu’il doit faire. Et voilà, c'était comme ça. Je vais présenter les choses. Et en fait, en quittant ce rendez vous, je passe à côté d’un stand qui était minuscule. Ce n’était même pas une demi-table et je vois ce petit robot. Et tout de suite je me suis arrêté. J’ai eu la réaction au fait que courant les personnes dans mon film. Plus tard, je me dis tiens, mais incroyable sa petite tête là, j’ai envie de lui parler spontanément. Voilà, tout simplement. Donc je lui dis de marcher sur moi, ça marchera sur les autres.
Mais l’humour du robot, ça fait aussi partie de son charme. C’est toi qui le qui l’incite. Il apprend de ton humour et il te le ressort. À un moment donné on te voit programmer en Python. Donc déjà t’es pas, t’es pas manchot, on te voit programmer des choses pour le robot, donc jusqu’où tu la domestiquer pour le rendre encore plus sympathique ?
Bonne question. Alors en fait, je vous en prie, bien sûr, Le robot, le robot au départ, il est de vous. C’est un prototype. Il est développé par un laboratoire en Malaisie dans lequel il y a des gens du monde entier. Et en fait, il se trouve qu’il est le beau Master, c’est-à-dire le chef de ce robot. On le voit, on l’aperçoit dans le film. Pour la petite histoire, c’est assez drôle ce que quand je vois le robot, le master était la joie quand il est il n’est pas malaisien, ce qui avait marqué Malaysia( malaisien). Il y avait une jeune femme qui a le hidjab. Je dis vous êtes vous dis je suis serbe ? Alors déjà j’ai une petite lumière qui s’allume parce que moi le robot c'était je vais l’aimer dans la guerre. Si vous êtes serbe, vous êtes, vous vous êtes dit Je suis à Vukovar. Je cours vers une ville rasée pendant la guerre, pendant la guerre dans les Balkans. Donc je me suis dit bon bah j’ai trouvé mon appareil développé par un Serbe. En plus, il est et il a l’empreinte de la guerre quelque part. Ils savent que ce Serbe a beaucoup d’humour et donc il a, il a son. L’idée c'était de créer un robot avec une personnalité et donc il y a une personnalité, il y a une sorte de. Ce n’est pas juste un singe savant, il y a une personnalité, donc de l’humour. Vous lui posez des questions. Est ce que ce thème de la glace à la fraise, il va vous répondre avec humour et tantôt il vous chambre, vous dites un truc qui va vous retourner la question, il va se moquer de vous. En fait, ça m’a plu. Tout. Et ça c’est à la base, c’est pas moi. Moi, je n’ai pas accès dans le robot à la partie conversationnelle. Je vais vous faire des révélations, d’accord ? Comment j’ai fait ça ? Je n’y ai pas accès parce que je ne connais pas. Je ne connaissais rien aux types de programmes, c'était assez développé sur Linux. Je ne sais pas. Je n'étais pas sur Linux à l'époque. C’est un système informatique, c’est pas comme c’est autre chose. Mais j’ai rapidement compris que le robot était développé, que je n’avais pas accès au dialogue. Et qu’il fallait adapter ce robot là. Un outil de travail quand même. L’améliorer en quelque sorte. Et donc là, effectivement, j’ai appris, j’ai appris sur le tas, je suis allé sur les sites, j’ai passé un nombre incalculable à essayer de comprendre comment coder un certain nombre de fonctions pour améliorer mon robot. Et j’avais observé dans Laboratoire que j'étais retourné après mon premier voyage qui s’intéressait à certains fichiers qui avaient des scripts que j’ai à peu près compris la logique. Et après j’ai passé du temps pour essayer de comprendre comment moi même faire un script. Vous avez des sites sur internet, vous allez chercher l’information. Et j’ai commencé à améliorer l’appareil. Mais mon travail, moi, je n’ai jamais eu accès à la fonction langage. Donc la seule chose que j’ai pu faire, c’est créer des fonctions de reconnaissance visuelle adaptées. Quand je dis créer, c’est un bien grand mot, c’est en fait vous adapter. Faites l’interface entre la plate-forme de votre monde, le système, le système qui a derrière de programmation, qui est programmé, et vous créez des scripts intermédiaires qui vous permettent d’utiliser d’autres fonctions. Par exemple, vous avez des gens qui ont créé des fonctions de reconnaissance visuelle. C’est pas moi qui crée la fonction, mais j’utilise une fonction qui existe déjà mais qui n’est pas opérationnelle. Il faut juste faire un script intermédiaire. Donc vous coder, vous faites l’intermédiaire et ce n’est pas la fonction de l’injecter dans votre BO. Donc moi j’ai ajouté, j’ai ajouté ça sur mon robot, sachant qu’en fait, ce que j’ai fait entre nous, j’ai aspiré. Est ce qu’elle est sur le site en Malaisie à m’en donner ? Bon, je suis un peu quand même dans l’informatique. Je suis allé voir tout ce que je pouvais récupérer, qui était accessible et j’ai vu qu’en fait le langage était complètement derrière je ne peux pas et que c'était une sorte de backdoors. Enfin je n’ai pas accès et j’ai pu aspirer quelques petits scripts et je les ai détournés. Et donc sur ces scripts là, je les avais détournés sur un serveur personnel sur lequel j’avais fait d’autres scripts et en fait ça permettait de court-circuiter un peu le circuit normal de mon robot et donc il pouvait dès que ça pouvait déclencher des fonctions nouvelles, tout simplement. Donc j’avais fait un petit détour par je ne sais pas où. Voilà, donc effectivement, j’ai développé. Je ne suis pas un expert du tout, j’ai aucune, mais simplement j’ai quand même passé beaucoup de temps à créer ces fonctions. On se rend pas compte ce que c’est qu’il y a un jugement artificiel et finalement c’est ça en mieux. Mais ça reste du code bien sûr, c’est pas magique, c’est du code. Après, ce qui est magique, c’est que quand vous codez d’une certaine façon, votre appareil va ensuite digérer des tas de données et extraire des datas de ce qu’on veut. Mais ça reste du code. Et le code ce n’est pas donné à tout le monde. Mais ça, ça dépasse le débat en fait. Et l’appareil n’est plus magique. Vous voyez qu’il y a derrière des humains qui peuvent maîtriser, orienter, biaiser, même si le résultat qu’il vous donne dans ce résultat, vous ne détectez pas tout ça. C’est comme un magicien. Quand le magicien, il vous montre un truc avec la main droite, parce que la main gauche, c’est celle qui compte en fait. Et ces appareils sont développés, ils vous montrent leurs trucs là et vous trouvez ça génial. Vous êtes attiré par cela ? Vous rigolez ? Vous ne voyez pas que derrière tout a été déjà pensé ? Parce que quand il a créé des réponses ou des types de réponses en anticipant vos questions et donc ça vous surprend parce que vous pensez que le premier à lui poser la question mais en fait, la personne qui code, elle sait qu’on gère, on va poser telle ou telle ou telle ou telle question. Oui, sur Internet, c’est comme sur internet, vous créer un nom d’e-mail au nom de votre email. Vous allez voir, tous les noms sont pris. Déjà, il y a des tas de gens qui sont passés avant vous. Vous n’avez pas tout, même votre nom de famille, vous tapez, il est déjà pris votre truc, Et le robot dans l’IA, c’est pareil. Les codeurs, les développeurs, ils anticipent. Et vous, vous arrivez, vous êtes naïf face à une machine qui est ultra sophistiquée, avec des gens qui ont déjà tout anticipé ou presque sur le type de questionnement. Et y a en plus des fonctions d’apprentissage, certaines fonctions d’apprentissage. Le robot peut aussi tirer des apprentissages des réponses qu’il obtient. Ça, c’est un peu à l'état de prototype. Quand je travaillais tard et maintenant que ChatGpt, il y a beaucoup plus développé aujourd’hui, c’est là où ça va se distinguer. D’ailleurs, c’est la capacité d’apprentissage. Sinon, votre papa, il fait que recracher ce qu’on lui a dit.
Est ce qu’il y a des questions, des remarques dans le public ?
Au fond,
Bonsoir. C’est une question toute simple. Voulez savoir comment est ce que tu te finances ?
Comment je me finance ? Si tu as la réponse ? Alors il faut vous dire franchement. D’abord, je n’ai pas de méthode générale parce que chaque film invente sa réponse. Mais je vous le dis franchement et j’ai un petit peu tout essayé, on peut dire dans ce domaine là, j’ai, j’ai produit avec des aides classiques les tout premiers films ou pas, je ne connaissais rien, ça fait plus 25 ans. J’ai eu à faire au CNC tout le financement qui y en France qui est assez unique au monde, il y a quand même beaucoup d’argent qui circule. J’ai très vite des. L’idée de le faire, ça marchait très bien. Je n’ai pas de problème. Ce n’est pas du tout sur un échec, c’est simplement la méthode. Ça me posait un problème éthique sans en faire une vertu extraordinaire. Mais j’avais un problème à faire. Des dossiers, des tableurs, à les envoyer à des gens que je ne voyais que je ne verrai jamais en attendant des réponses. Vous pouvez me verser l'équivalent de 100 000 € aujourd’hui, 150 000,20 € 1000 si les sommes assez importantes, c’est quand même un peu bizarre. J’envoie des dossiers, ça me prend, ce n’est pas si long et on peut débloquer comme ça de l’aide. Je ne sais pas si vous travaillez dans votre vie pour gagner quatre 20 000 €, il faut plus que deux semaines ou trois semaines d'écriture, d'écriture d’un dossier par exemple, ou parfois dix jours. Je peux le dire. Donc ça pose un problème déjà dans le fonctionnement. Et par ailleurs, quand vous travaillez sur des situations qui déroulent en temps réel, donc ce qu’on appelle l’actualité des événements, vous n’avez pas le temps de faire des dossiers et d’attendre, d’attendre qu’on vous réponde ou pas. Ça veut dire que le système qu’on a en ce moment en France, c’est J’ai une idée, je fais un script, j’envoie des institutions pour qu’elles me financent et institutions et j’envoie. Il y a des chaînes de télé, des diffuseurs qui vont rentrer ou pas dedans. Si j’ai la réponse positive, je fais mon film. Si je n’ai pas de ben réponse, je ne fais pas. Mon film, sauf exception me répond je ne sais pas mon film et pas moi. Ce n’est pas comme ça que je raisonne. Moi je fais, je fais. Quand je veux faire un film parce que je veux faire un film, parce que ça m’est nécessaire de faire un film, ça m’est indispensable de faire un film. Donc je vais faire mon film avec ou sans le CNC. Et j’ai trouvé à l'époque que ce système là, qui est quelqu’un qui a plein de vertus, il y a plein d’exception culturelle française finalement, ça nous fait vivre dans une bulle. Les maisons, ça se critique. Si je dis ça, je vais peut-être choquer des gens qui font autrement, Ils vont dire ah mais euh, tu racontes n’importe quoi. Je suis très content de faire comme ça. Moi j’estime que la création, ça ne fait pas de la création doit se passer de ce type de structure là. Vous faites la chose par nécessité ou vous ne la faites pas. Donc, j’ai coupé ce type de financement là volontairement. Je me dis maintenant, je ne fais plus jamais de films avec ces aides là. Et bien là, il a fallu que j’invente. Alors, j’ai travaillé à côté, j’ai fait des films institutionnels pour financer mes films, je collabore avec des médias différents, je fais un peu de photos, je fais un peu comme beaucoup. Je bricole pour essayer en fait. Et Patrick et la politique ? Chauvel Encore une fois, qui est là, dans la salle, c’est un peu une sorte de pardon, une sorte de légende dans la profession. Ça fait plus de 50 ans qui fait ce travail là, sur les zones de guerre, en photos, en films, etc. Je ne vais pas dire son âge, on s’en fout, mais je peux vous assurer que ça n’a pas été simple pour lui de faire pendant cinq ans. Dans son métier, il n’y a pas de méthode. Vous faites à l'énergie, vous trouvez les méthodes, vous bricolez, parfois vous touchez un peu d’argent, vous êtes content, mais ça ne vous permet pas d’en faire un système. Donc je n’ai pas de règle et je n’ai pas accès à l'époque. Par exemple, là vous avez des mutants qui font cette projection, mais de temps en temps, les mutants, ils soutiennent un peu. Maintenant qu’on est devenu un peu copains, on trouve un moyen pour. Ce n’est pas grand chose, mais ça me permet d’avancer. Je gagne trois mois et en Ukraine à chaque mois, je ne sais pas comment je vais faire le mois suivant. Aujourd’hui, pour d’autres raisons, parce que je filme des bataillons, parce que suivant des bataillons, je ne peux pas montrer ce que je fais. Sinon je ne peux plus filmer parce que si je montre ce que je fais, je vais être interdit de filmer. Là aussi je suis sur des zones qui ne sont pas forcément autorisées, c’est tout est compliqué, Je n’ai pas de vraie méthode. Ce qu’il faut c’est pour moi assez vite dépenser le moins possible, être vraiment, vraiment à l'économie et faire le maximum de choses par vous même. Ne pas être dépendant pour faire un petit montage de trois minutes, un thriller comme sur ces films là ou un petit mixage dans un mixeur, un monteur, un je ne sais pas quoi, un méchant. Parce que là, votre budget est de 20. Donc il faut à économie multiplier les compétences et puis être opportuniste dans le bon sens du terme, ça veut dire parfois faire un truc vite vous dis je collabore avec les médias, je fais telle chose, vous voyez, vous prenez là ou vous pouvez, mais j’ai pas de méthode encore une fois. Et ce film là, il y a eu, il y a eu ça, il y a eu des personnes qui ont, qui ont mis, qui ont fait le premier film que j’ai fait avec des gens qui ont donné de l’argent simplement dans mon entourage ou des copains de copains, des gens qui ont parlé de mon projet, des gens qui ont, qui ont vu d’autres films. Pour moi, ça m’intéresse vos trucs. Je mets 3 000 €, je mets 5 000 €, c’est quand même des sommes, ce n’est pas rien. Et ce film, c’est fait dans ces conditions là, en matériel, évidemment. A la fin, vous dites par exemple euh voilà, mon film a coûté 3 millions, on vous dit Pour moi, c’est énorme, mais on était 30 € dans le budget, C’est même c’est le budget pour écrire votre film, pour faire un repérage pour le CNC, ils vont bien les 15 000 € ? Je vais faire un repérage de mon idée. Voilà, 15 000 €, ça c’est le CNC, c’est comme ça que ça marche. Mais 15 000 €, je peux, je peux faire un film quasiment.
Ça ne marche pas à tous les coups.
Ça maintenant, ça ne marche pas à tous les coups. Mais si c’est le niveau de budget qu’on vous donne, il y a quelque chose, de mon point de vue, qui est assez aberrant, qui est un truc qui ne colle pas. Si plein de gens pour plein de gens, c’est profitable, tant mieux pour eux. Mais je pense qu'à long terme, je ne suis pas certain que ça stimule la création, les enjeux profonds de notre société, ça donne la niaque, C’est ça qui fait la différence, la niaque ou pas. Si vous n’avez pas la niaque, vous ne ferez rien, vous n’avancez pas sur des situations comme ça. Sur un film comme ça, vous êtes tout content, Tout est contre vous, la technologie est contre vous, il n’y a rien qui marche. Le laboratoire ne peut pas vous améliorer parce qu’ils ne vont pas passer trois semaines pour en rajouter une fois que. Arrivés sur place, les autorités compétentes à ce que vous faites. Vous n’avez pas les autorisations. Avec Patrick et on était à Moscou ensemble. On s'était jetés plusieurs fois de Moscou. L’emmenait-on y retourner ? Vous avez. Tout est contre vous. Après le système de médias, vous allez expliquer. Je vais faire un film, une chaîne de télé, pas vous suivre. Un diffuseur ne va jamais s’engager. Et après ? Après ? Le meilleur, c’est qu’une fois que le film est fait. Il n’y a pas très longtemps, j’avais un contact avec une chaîne belge. J’ai pu commencer par des gens. Je me suis donné un contact. Quand j'étais en Ukraine, j’ai essayé de financer mon film ukrainien. Bon, ce serait quand même sympa que mon robot me permette de continuer. Donc j’envoie un message et la personne n’a pas vraiment regardé le film, mais elle me dira mais maintenant il y a chat GPT. C’est un peu tard, votre fille meurt. Avant c'était trop tôt. Et puis dès que vous êtes, c’est trop tard. Je dis mais c’est pas mon film, Il ne raconte pas, Ce n’est pas mieux que moins bien que GPT, c’est autre chose que je raconte, mais on s’en fout, ce n’est pas comme ça qu’on raisonne dans ces médias. Il faut donc. C’est un combat en fait. Donc le financement est compliqué, il n’y a pas de règle. Et je vous dis qu’il faut, il faut trouver à chaque fois des solutions et parfois c’est vraiment très, très difficile. Il y a la fin, il vous reste quelques amis parfois, qui soutiennent un peu, ça vous permet d’avancer.
Voilà, il y a une question dans le public, mais juste une petite précision, tu dis multiplier les guides, les compétences, ça veut dire que sur le terrain, le film qu’on a vu, tu tues, tu tournes tout seul et tu prends le son tout seul.
Le film, le film que vous avez vu là, ce n’est pas que ton tout ça, c’est qu’il y a enfin, c’est un film d’une personne de A à Z. Tout ce que vous avez dans l’image, le son, le mixage, les sous titres et tout ce que vous voulez. Le codage du robot ne change pas. C’est un individu, ce n’est pas un individu. Je crois beaucoup en l’individu. Il n’y a pas de générique à part les remerciements et remerciements parce qu’il y a plein de gens qui m’ont aidé, mais en fait c’est inquiété par une personne. Vous pouvez faire des films après c’est le problème qui se pose. C’est évidemment très long. Et par exemple, en Ukraine, j’ai un peu peur de ça parce que je tourne depuis deux ans, je n’ai même pas monté. Donc je me suis dit je commence à monter même demain, mon film ukrainien, j’en ai pour un an et demi de montage, au moins deux ans. Comment je vis pendant deux ans ? Je ne peux pas collaborer avec les médias. Je peux rien faire pendant deux ans, je suis paralysé, Je suis coincé dans un sous-marin c’est ça le montage. Et la question se pose : ça ne va pas marcher. Je ne peux pas faire ça sur ce film-là, ça ne peut plus marcher comme ça parce que je suis chiant. Mon film sort dans quatre ans. Pour qui ? Pour qui ? Pourquoi ? En fait, on se pose la question. Donc j’ai encore une fois et je n’ai pas une méthode, il n’y a pas un truc, mais néanmoins apprenez tant de moi. C’est le conseil que je donnerai en vous forme à apprendre. Dans les écoles, il y a ça. OK pour certains films, c’est bien, il y a une division du travail, c’est indispensable. Y a des gens super doués, évidemment. Je ne suis pas un preneur de son aussi bon qu’un vrai preneur de son ou qu’un mixer, On est à une époque où on a des outils extraordinaires, on a un accès extraordinaire à un savoir, mais allons y, on s’empare de tout ça, on fait, on fait la chose, on est, on est des flibustiers, On prend le savoir, les outils, les machins. On part avec trois francs six sous et on crée quelque chose. Et on et on se transforme. On apprend soi-même. Je crois beaucoup. En sept ans, c’est en sept ans sept, voilà quoi. Voilà. Et parfois c’est compliqué. Mais voilà, c’est comme ça quand vous êtes dans la montagne, si vous voyez une crevasse et que vous êtes dans la bonne direction, vous êtes près du sommet, très haut. Il n’y a pas de crevasse.
Alors je voudrais vous remercier un peu vous parce que je trouve qu’il y a une vraie qualité cinématographique dans ce film. Il y a une première question combien d’heures de rushs par rapport ou à peu près 2 h que vous nous avez sorti ? Il y a une deuxième question qui est un peu plus violente, mais qui est liée à l'émission de ce matin. Aujourd’hui, le choix des cibles par l’armée israélienne se fait par une IA qui s’appelle le vendeur. Une de ces méthodes qui s’appelle. Pour vous, pour savoir où on doit cibler les bombes. Est-ce que, au vu de cette connaissance, vous présenterez l’IA d’une façon un peu plus agressive ou un peu plus dangereuse ? Ou est ce que c’est juste une question que vous poser au public ? Qu’est ce qu’on va faire de cet outil ? Ce qui a l’air d'être la fin de votre film ?
Pour moi, évidemment que la question si je devais faire un film aujourd’hui, alors je vais évoquer l’histoire des différents d’IA. Mais cette question là, évidemment, elle serait probablement beaucoup plus présente. Il faut aussi que mon dispositif ou le lieu que je tourne s’y prête, quoi, ce qui n’est pas forcément le cas à l'époque. Mais oui, aujourd’hui, c’est un enjeu majeur. C’est-à-dire comment est-ce que l’IA peut prendre la vie humaine de façon autonome en gros ? Est ce qu’elle peut empiéter sur ce qui depuis sacré est quoi ? Et c’est évidemment un enjeu. Et évidemment qu’on y va, évidemment qu’on y va. Ce qui sera intéressant en tout cas, l’approche, ce serait en fait on y va, on y va en se faisant croire qu’on n’y va pas ou qu’on a encore une chance d’y échapper. On se fait croire qu’on a la chance d’y échapper aussi. On va débattre, mais en fait on y va. Quand vous êtes vraiment dans la guerre et que c’est un enjeu de survie, c’est vous ou l’adversaire. C’est le principe de la course aux armements. Avec la guerre nucléaire, c’est exactement pareil. Vous n’avez pas envie d’aller faire sauter la planète, mais si vous soupçonnez que votre adversaire a la bombe, vous n’allez pas interdire de l’avoir vous même. Vous allez l’acquérir pour ne pas vous en servir soi disant, mais vous allez être contraint de l’acquérir par cette logique, cette logique, cette logique où la course aux armements de la dissuasion. Eh bien, c’est exactement pareil. Je ne crois pas trois secondes que les grandes puissances actuelles se limitent dans l’IA, dans les recherches soi-disant, il ne faut pas que ceux- ci aient leur mot à dire. Oui, il y a ça va me laisser l’humain, mais bien entendu que ça va menacer l’humain. Bien sûr qu’on y va. Ils mettent des milliards sur la table. C’est la puissance, c’est ce qui donne la puissance. Oui, on pourrait faire. Si je devais faire un film pour en faire plusieurs. Mais certainement cette question sera intéressante. Comment l’aborder après dans un film qui est graphique avec une dimension. Merci pour votre remarque en tout cas sur le film, mais il faudrait réfléchir à un dispositif, je ne peux pas vous dire lequel. Je n’ai pas forcément l’idée aujourd’hui, mais bien sûr, la question se pose : il faut aller sur ces questions aujourd’hui, il faut transgresser aussi. Encore une fois, dans le travail, il faut essayer d’inventer des formes. Là, je ne sais pas, je n’ai pas la réponse. Ce n’est pas mon objectif aujourd’hui. Mais bien sûr, vous avez raison.
D’autres questions dans la salle ou dans le tchat peut-être ?
Dans la salle. Oui, il y a des questions dans la salle, mais qui étaient exactement les mêmes que celles de Monsieur.
Tout d’abord Florent, Bravo ! Ça m’a beaucoup plu et donc je voulais parler de ton avenir prochain.. Et puisque tu n’as pas accompagné en Ukraine. Mais est ce que tu peux nous dire si tu le sais ou si tu le peux, ce que tu prépares ? Quel est un peu l’angle ? Quel est le thème traité ou si tu le sais ou pas de ton voyage et de ton aventure en Ukraine en ce moment ? Qu’est ce que ça va donner et quel est ton projet ?.
Donc c’est une question sur l’Ukraine, un peu, un peu sur la suite, etc. Il y a eu un truc, si vous permettez, je reviens un tout petit peu en arrière sur un tout petit truc par ce que vous dites.. En fait dans le film, vous avez vu, il y a une scène qui évoque ça de façon métaphorique, c’est la scène où on est sur le cimetière, là où je demande à Sota tiens, qu’est ce que tu vois ? Il vous dit agriculture ferme. Un terrain, un terrain vague avec des sillons. Oui, c’est un champ, c’est une ferme. Quand je tourne cette scène et que je donne cette réponse, je pense que ce type de lien va se tromper sur la cible. Si elle se trompe sur l’analyse d’un décor, elle va se tromper sur la cible. Il y aura des bavures, c’est évident, évident, mais bon. Concernant la question ukrainienne, une question très embarrassante, c’est à dire encore une fois l’Ukraine. Quand on y va au début de la guerre, on ne sait pas ce qui va se passer. Et j’y suis pour une semaine, deux semaines, trois tests, J’en sais rien. Je suis encore en Ukraine. Deux ans après plus de deux ans de ma vie, j’ai tourné je ne sais pas combien d’heures, de centaines d’heures, mais avec des sujets totalement divers, je n’ai pas de cohérence en apparence, si ce n’est ma démarche. Comme souvent dans mes films, quelque part, il y a de la cohérence. C’est pourquoi je suis là, pourquoi je vis là. La question c’est est ce que j’ai envie de raconter sur un mode narratif mes aventures, les péripéties ? Non pas de BHL en rigolo de talent là dessus, mais de machin truc qui est en Ukraine ? C’est une question, mais en fait c’est le lien qui fait ça. Je suis la personne qui fait le lien, comme avec le robot, je suis la personne qui accouche, le robot qui permet de l’utiliser en Ukraine. Pour le moment, je suis plutôt je ne peux pas. Je n’ai pas de réponse parce que ce n’est pas ma préoccupation première en Ukraine. Ah bon ? J’avais envie d’y être. J’avais envie d’y être. Si j’avais envie d’y rester. J’avais envie. J’avais envie de travailler dans la durée, de pouvoir travailler au-delà de la difficulté première, c’est-à-dire ? Vous êtes un journaliste entre guillemets, vous devez demander des autorisations. Vous avez quelqu’un pour être avec un bataillon, il faut contacter telle personne de tel service. Machin, Vous avez dit non, il faut qu’on vous donne. Vous avez une carte accréditée, vous avez tout ça. Mais en fait, on se rend rapidement compte que quand on fait ça, on peut travailler un petit peu, mais on ne pourra pas faire grand chose. Ça ne m’intéresse pas d’aller avec un bataillon, passer une après 12 h ou deux jours. J’ai envie de toucher les gens que je filme, de vivre avec eux, de m’imprégner, de partager un moment. C’est comme ça que je travaille. Je n’ai pas de traducteur, je n’ai pas d'équipe. Mon truc, c’est d'être dans la durée quoi. Donc ça a été ma priorité d'être là bas, rester intégrer des groupes, pas seulement, mais en principal militaire dans la durée et essayer de donner le meilleur de ce que je sais faire, de tout savoir que j’ai acquis avant pour le mettre dans cette situation. C’est ma priorité première après de savoir ce que je vais en faire. Diffuseur mais vraiment, ça n’a aucune importance dans ma tête à ce moment-là, et même aujourd’hui encore, fondamentalement, ça n’a pas d’importance. L’importance pour moi, c’est j’ai un certain savoir, une certaine compétence, on est quelques uns à l’avoir. C’est un privilège. Ces difficultés que j'évoquais tout à l’heure, qui en fait n’est rien par rapport à ce que les gens qu’on voit, c’est une difficulté de riche. Est ce que je produis avec le CNC ou est ce que des copains de mon entourage vont trouver de l’argent ? Finalement, ce n’est pas non plus insurmontable. Donc l’objectif premier pour moi, c’est d’abord d'être présent, de filmer et de mettre son savoir au service de la situation. On ne sait pas où ça ou ce n’est pas ou je suis incapable de dire les rencontres qui se font humainement, c’est comme dans la vie, c’est comme l’amour. On ne sait pas s’il peut vous attendre au coin de la rue, ça change votre destin et une fois que vous le rencontrez, vous allez orienter votre vie. Pour moi, un film, c’est un peu une histoire d’amour à chaque fois, porté dans une situation où vous ressentez quelque chose, vous avez envie de partager cette situation, d’y aller et vous faites des rencontres. Et si la rencontre va vous amener dans des histoires. Et ensuite, pour moi, mon travail consiste à valoriser, à donner une forme à ces histoires, à leur donner un sens par rapport à mon propre savoir. Donc en l’occurrence, c’est ce que j’essaye de faire. J’essaie juste de raconter ce que je fais. C’est très simple. J’essaie de raconter cette guerre à mon niveau, avec mes moyens, avec ma limitation, en essayant de donner le meilleur de ce que je sais faire, en tenant compte des paramètres. C’est tout. C’est pas plus compliqué que ça. Donc ce que je vais refaire, j’ai aucune idée. Est ce que le film sera tout ce que j’ai tourné dans un film ? Est ce que ça a duré 5 heures ? Pour qui ? Pourquoi ? Je n’en sais rien. Est ce que ça va être plus reparti ? Est ce que c’est un bon jour ? Ça restera dans des boîtes. Je ne crois pas puisque ce n’est pas mon souhait, mais je suis quand même. Je suis conscient de l’extrême difficulté à faire ce film, à tourner dans la durée puisqu’on a encore une fois tout contre soi. On peut être chassé des zones parce qu’on se met un fichier à dos qu’on a fait je ne sais pas quoi et on est tricard, Ça s’arrête du jour au lendemain. On peut se faire virer du pays, on peut le faire. C’est des risques à tous les niveaux. Il y a une sorte d’incertitude totale. Et en même temps, encore une fois, c’est un privilège. Se retrouver dans cette position là est un privilège de mon point de vue. Je me suis donné les moyens d’avoir ces problèmes, d’avoir ce genre de problèmes. Donc finalement, j’accède à des bataillons où j’ai passé la première année, principalement à part les premiers. Les premiers mois, j’ai fini par trouver un bataillon. On a sympathisé avec un commandant qui m’a couvert en fait, qui m’a donné une espèce d’autorisation entre nous. J’ai passé près de huit mois à suivre ce bataillon là, qui est un bataillon dans le Donbass. Donc c’est un bataillon, ce n’est pas un bataillon d’assaut, c’est pas ça que je filme, ce n’est pas ce que je vis. Et ce n’est pas des scènes de guerre avec des batailles, des machins. Et la guerre, ce n’est pas ça non plus. En fait, c’est souvent de l’attente, souvent beaucoup, beaucoup d’autres choses que simplement le combat. Mais néanmoins c’est un bataillon qui est sur le front. Donc j’ai filmé ça pendant la première partie de mon travail pour différentes raisons. Ensuite, j’ai quitté le bataillon, j’ai toujours gardé contact, j’ai tout raconté, mais j’ai pensé qu’il fallait que je fasse un peu autre chose. J’ai tourné d’autres situations. Je filme maintenant un autre groupe militaire. Je ne peux pas dire grand chose. C’est un groupe qui fait des opérations un peu spéciales. J’ai pareil, j’ai un accès privilégié, totalement presque incompréhensible. Pourquoi me le confirmer ? Ce que je filme ? Je n’en sais rien. Parce que le bon sens voudrait que je sois ni autorisé, ni je ne vois pas ce qu’ils peuvent retirer à part. Ils ont confiance en moi et je pense que c’est important pour l’histoire. Je ne peux pas vous dire exactement pourquoi, mais en tout cas ce que je filme, mais aussi pour moi un privilège. Donc je me consacre à cette tâche actuellement et chaque mois, je me dis comment je mange la suite, comment je continue à tourner, comment j’ai le matériel, en sachant qu’entre temps, en chemin, ça fait partie des péripéties de ce métier. J’ai perdu toutes mes affaires parce que dans le premier bataillon, notre maison est totalement détruite par un bombardement d’aviation. Heureusement, j'étais dans la forêt à ce moment-là. J’ai dormi dans la forêt et le matin la maison est détruite donc j’ai perdu toutes mes affaires sauf ce que j’avais sur moi une caméra avec un micro et tout le reste, et une caméra, ordinateur, disque dur, chaussettes, éclairage, micro, etc. Voilà, c’est compliqué. Il faut dire qu'à ce moment-là, c’est compliqué pour moi parce que le matériel, c’est tout ce que je possède quoi. J’ai pas autre chose, hein, j’ai pas, je n’ai pas des réserves secrètes quoi. Donc il faut continuer, il faut, il faut se débrouiller pour acheter un petit peu, pour continuer à tourner ce que j’ai fait jusqu'à présent et j’espère que ça sera au final, ça sera très différent. Ce qu’on a bien, ce n’est pas le même genre de film du tout. J’espère que ce sera un document important qui ne servira pas forcément au présent à l’instant précis. Ça ne va pas changer le cours de la guerre, mais qui aura ça ? Qui aura sa curation, son sens, qui aura son sens ? Et pour les Ukrainiens, c’est important d’avoir aussi ce genre de documents, sachant qu’il y a je ne sais pas tout ce qui s’est fait en Ukraine, il y a beaucoup de gens, je ne sais pas. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de gens qui puissent faire ce genre de films, même en eux mêmes, les Ukrainiens. Il faut tellement de paramètres compliqués pour arriver à rester là bas, trouver la confiance, le truc, il faut avoir le savoir aussi, ça s’apprend, on sait pas, c’est pas du jour au lendemain. Je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui est tourné en Ukraine aujourd’hui.
Ce que t’as oublié de dire c’est que tu as quand même récupéré un disque dur sous les ruines du bombardement.
, est ce qu’on verra le film de chez Ciné Mutins ?
On en a parlé, on en a parlé, Je ne sais pas, je ne suis pas contre. Je suis même pour, je dirais d’une certaine façon je serais prêt à le mettre.
C’est dire qu’on donne le maximum de chances à un film.
y a d’abord l’association qu’il faut accompagner le film. Mais évidemment, c’est difficile de me dire je vais passer un mois et demi en octobre maintenant ou pour accompagner ce film là. Première chose, après, il y a le problème de la transformation de l'économie des salles.
Et ça, c’est très important de le dire, parce que Florent comme vous l' expliquez vaguement, il est déçu, mais que dalle. Et nous, on n’est pas non plus Hollywood. Et donc ça veut dire qu’effectivement, si ces films ne font pas recette, il faut qu’ils se démerdent pour les financer. Et on espère toujours. C’est toujours un espoir que ces films vont lui permettre d’en faire d’autres. Mais moi je trouve ça hallucinant que les films de Florent génèrent pas de quoi faire des films qu’ils sont obligés toujours de faire comme tu fais. En même temps, c’est une liberté énorme puisque t’es plus libre que tous les autres réalisateurs qu’on connaît. Mais c’est vrai que ça implique quand même une improvisation, des trucs. Voilà, tu ne l’as pas dit, mais tu reviens de Bruxelles en bus parce que tu as pris un blabla car, en fait tu voyages de façon totalement cheap. Bon voilà, moi je trouve ça admirable, mais c’est vrai que ce n’est pas des situations toujours plus pour toi.
Sachez qu’il y a une forte demande en V.O.
Est ce que c’est le film qu’on a édité de Florent, que le film précédent s’appelle Tout le monde à Tripoli, qui existe en DVD pour le trouver sur les mutants ? Vous le trouvez sur la table ici, ceux qui sont là. Mais il existe aussi en VOD, ainsi que d’autres films de Florent que je conseille sur ces mutants. Parce qu’il y a quand même quelques uns de tes films sur ces mutants qui sont visibles et qui sont visibles. Et donc c’est important de faire ça, de voir les films de Florent parce que c’est ce que je voulais dire quand même, c’est que c’est un cinéaste, ce n’est pas juste quelqu’un qui fait des reportages comme on peut imaginer, c’est des reportages pour les jeunes. C’est un vrai cinéaste avec un regard de cinéaste. Et on voit bien que tu parles qu’il y a une réflexion. Il y a du temps, il y a de la durée. Et la différence entre le reportage et le cinéma, c’est souvent aussi la durée et la réflexion et l'écriture qu’il y a dans le temps qui consacre. Et ça, c’est quand même assez, assez particulier par rapport à toi, qui fait aussi parfois reporter la tu es tu dans une autre démarche, celle de cinéaste.
Ok, mais je voudrais revenir sur un point, là, il y a ça. Ça me dérange de donner l’impression, même si c’est une réalité. Vous faites un film, vous n’arrivez pas à le faire vivre ou difficilement. Pour certains films, parfois ça marche peu, parfois il ne faut pas se plaindre de quoi que ce soit. Non, non, mais il ne faut pas. Il ne faut pas donner cette impression qu’en fait on est des pauvres réalisateurs et qu’on fait oh là là, c’est dur. Si vous pouviez nous aider parce que c’est pas ça, je viens Encore une fois, le point de vue, c’est que quand on est français, qu’on est bien éduqué, qu’on peut bénéficier de toute l’histoire de la culture française et européenne au sens large et même mondiale, à travers son éducation, à travers l’accès au savoir qu’on peut faire des films, qu’on peut voyager, qu’on peut rencontrer des gens fantastiques partout sur la planète, qu’on peut partager leurs vies qui vous ouvrent leur cœur, leurs drames, leurs tragédies, tout ce que vous pouvez imaginer et ne pas imaginer sur ce travail là. Vous êtes extrêmement riche, réellement. Je ne dis pas ça par démagogie. Vous avez C’est quoi la vie ? C’est quoi le sens de ma vie ? Je considère que ce type de vie là, ce type de jeu, de mot, de mode de vie, n’a pas de prix. Littéralement, on n’a pas de prix. Donc si derrière vous êtes dans une phase parce que votre société pour différentes raisons, données publiques et il y a des places plutôt pour ce genre de films, parce que voilà, c’est plus un mode ou je ne sais quoi, mais ce n’est pas grave en fait on s’en fout, c’est pas le problème. Je ne fais pas de films pour que des gens aillent voir en salle avec une certaine quantité ou pas. Je fais des films par nécessité encore une fois, parce que ça m’intéresse, parce que je pense que c’est une extraordinaire expérience de vie, parce que je rencontre des gens formidables. Encore une fois, je serais prêt à payer pour faire mes films d’une certaine façon. Donc il ne faut pas voir les choses comme ça. Il faut simplement se dire qu’il faut accepter la situation telle qu’elle est. C’est dire que vous faites ce genre de travail là. C’est un immense privilège, ça marche pour vous ? Génial, Ça ne marche moins bien, Ce n’est pas grave tant pis, mais ce n’est pas grave. D’accord, il ne faut pas s’arrêter, il ne faut pas consentir, c’est la faute de tel. Le CNC donne plus d’argent, mais c’est très bien que c’est de l’argent, mais c’est quelque part, ce n’est pas mon problème, c’est que je n’ai même pas envie de réfléchir à ça. J’ai juste envie de continuer mon travail avec mes moyens, avec mon savoir faire, avec. Et voilà. Donc pour moi ce qui est important c’est vraiment cette idée de transmettre la flamme. Vous faites partie d’une grande chaîne. Il y a des gens qui m’ont précédé, qui n’avaient pas connu avant, qui ont eu, qui ont aussi écrit sur des situations, qui ont transmis. Certains ont fait des livres qui ont eu du succès, d’autres sont morts avant d'être connus, d’autres sont morts après. Enfin, il y a tous les cas de figure dans la création, la création, le témoignage. Vous avez tous, il n’y a pas de cas de figure on dire il faut, il faut vivre comme machin, il faut faire les films comme truc, sinon ça n’a pas de sens. Ce n’est pas vrai. Je lis des bouquins d’auteurs, je trouve fantastique qui sont morts à voir avant d’avoir un nom, d’avoir avant d’avoir été connu. Je ne sais pas si vous lisez Kafka, tout le monde connaît Kafka, c’est génial. Kafka. Quand ils étaient vivants, non seulement ils n'étaient pas connus, mais en plus ils n’ont pas voulu que ces livres soient publiés. Il a demandé à son meilleur ami de les brûler. Il était tellement désespéré de dire que personne ne reconnaissait que ça ne servait à rien. Son meilleur ami a refusé. C’est grâce à son meilleur ami qui a refusé de brûler le livre alors qu’il avait presque donné sa parole à son nom, que ces livres ont été connus. Je ne dis pas que ce que je fais, c’est Kafka. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des exemples de toute nature dans ce genre de domaine, là où c’est un travail qui est presque. Je dirais presque sacré d’une certaine façon, et qu’il faut accepter toutes. Quel que soit le destin, il faut l’accepter. On peut aussi, dans mon travail évidemment, avoir des destins tragiques. Il y a des gens qui meurent pour ce métier là, mais il ne faut pas les plaindre. Jamais. Ils sont là bas par liberté, ils ont choisi. Donc c’est pareil pour le reste. Vous avez une salle qui n’est pas remplie. Il ne faut pas se plaindre. Rien n’est à plaindre. Tant pis, ce n’est pas grave. Je continue. J’en fais un autre.
Ce n’est pas et c’est ce que tu éprouves lorsque tu enchaînes les films.
Tant que l'énergie est là, il faut continuer, c’est tout. Et après on verra bien. Ou l'époque, la mode ou tout, on s’en moque un peu. Je peux vous assurer qu’avec les Ukrainiens, ça peut sembler un peu naïf ce que je dis là, mais quand vous filmez avec un petit groupe de personnes, même avant, on peut aussi m’exhiber. C’est important, même pour les personnes que vous filmez. Parfois, les gens ont l’impression que quelqu’un témoigne de leur histoire. Ils sont contents de ça. Vous sentez que ça les renforce presque ? Je n’en fais pas. Je ne tire pas gloire. C’est un constat que vous faites. Des gens vous le disent. Alors que peut ne ne n’être que mon film sortira jamais au cinéma. Mais je ne vais pas leur dire bon, arrêtez de visionner, en fait, ça ne sert à rien et personne ne verra les images. Je dis rien, mais ça, ça fait partie de l’histoire de l’humanité, ça circule. Voilà comment les choses circulent. Vous faites un film, on sait pas ce film là. Pour vous, il y a une vie, il y a eu ça, il y a eu ça, Il n’a pas eu la vie peut être, mais il n’est pas fini. Ce film peut être vu grâce aux mutins et puis inspirer d’autres gens et à la fin, ils existent, tout simplement.
J’ai compris
Alors il y a deux dernières questions. Une déconnante, une sérieuse. Je commence par la déconnante, elle est à moi. Pourquoi le robot dans le film quand il voit des policiers, il dit respect à la loi 98,2 %. Le reste c’est quoi ? C’est la police qui respecte, pas la loi. C’est quoi ? Je n’ai pas bien compris ce passage.
On peut le voir comme ça.
On peut dire de quoi est fait-le. 2 % restants ? On nous dit que le médecin de Raqqa a dit dans le documentaire que la seule réalité, c’est que sa ville est détruite et qu’il est responsable. Est ce que ce sera le même constat en Ukraine d’après vous ? Est ce le propre de la guerre ? Jamais de vainqueurs, que des perdants stupéfaits.
C’est difficile de répondre comme ça en ultra simple, mais il y a quelque chose d’assez vrai dans ce qu’il dit en fait. Lui, il fait le constat qu’à un moment il s’en fout de savoir. C’est un petit bobo. Quand je vous dis va à mon niveau hein, je vous dis voilà mon film, peu importe finalement. Lui, il voit l’essentiel, il voit quelque chose d’essentiel. Moi, je vous dis, l’essentiel c’est de continuer à faire, de rencontrer des gens et de mettre son savoir au service de quelque chose. C’est ça l’essentiel. Le reste, c’est des débats périphériques. Lui, il va considérer que sa ville a été détruite. Alors il y a eu des bombes de machins, des trucs de Daesh, les Américains. Et puis il y a eu des truites. La seule chose qui m’importe, c’est que ma ville soit détruite. Mais c’est vrai, c’est comme dans la guerre, on peut toujours justifier de telle ou telle façon à la fin, ce qui va, ce qui va retenir, c’est ça. En Ukraine, c’est difficile de le dire parce que même s’il y a un vainqueur, ce sera vainqueur sur décembre à tous les niveaux noms de morts, nombre de familles brisées. Puissent les traumas qui vont se perpétuer dans la société plus les anciens combattants qui vont devoir se réinsérer. Et je souhaite bien du courage aux Ukrainiens et aux Russes derrière ce qui va se passer quand vous allez avoir des centaines de milliers de personnes à moitié traumatisés qui vont devoir reprendre une vie normale, ça va être compliqué derrière. Donc bien sûr qu’on peut se dire que la guerre laisse des cendres à chaque fois.Une guerre qui dure, une guerre va laisser des cendres. C’est difficile de dire qui est le vainqueur, même le vainqueur. Quand la guerre dure, vous vous perdez. Vous avez perdu votre frère, vous avez perdu votre famille. Même si vous vous remportez la guerre, est-ce que vous vous considérez comme un vainqueur ? En même temps, cette question doit être dépassée d’une certaine façon, sans manquer de respect pour les personnes, évidemment. C’est que la guerre, c’est aussi 1 à 1, une sorte de densité humaine qui brasse des tas de gens qui ne se rencontreraient pas normalement, qui brassent des conversations, qui brassent des destins qui passent, plein de choses qui parfois vont aussi créer des choses positives. Donc c’est ce que moi, par exemple, en Ukraine, je plaisantais, je dis à mes amis Merci Vladimir Poutine, Merci Vladimir. Grâce à toi, j’ai rencontré Alex, j’ai rencontré Alexander, j’ai rencontré. C’est grâce à toi. Merci. Sinon je ne serais pas là. Je serais peut être pas là ce soir pour d’autres raisons. Donc il y a quelque chose dans la guerre, vous savez, l’histoire, l’humanité à la fin, on va tous mourir. C’est comme ça le destin. On a hésité entre riches et pauvres, etc. On va tous terminer, on est mort, on va se faire oublier et puis ça va continuer derrière. D’accord. Donc c’est quoi ? C’est une défaite ? On continue quand même. Vous voulez continuer ? On dit ça sert à rien en fait, on va mourir, ça sert à rien, on continue. Maintenant, la guerre, c’est pareil. La guerre, c’est tragique, c’est tout ce qu’on veut. Mais il faut, il faut garder l’espoir derrière. La vie va continuer. La vie va repousser sur les ruines, elle créera de nouvelles choses. La guerre balaye, elle remplace les gens, elle remplace les générations. Donc il y a aussi, il y a aussi une dimension, c’est terrible, c’est Oui, je peux le dire, il y a une dimension de reconstruction, il y a de construction. Même quelque part, la destruction va avec. Parfois il faut détruire pour construire, pour construire du neuf, etc. Donc c’est quelque chose qui est très complexe. La guerre, c’est un phénomène ultime, extrême, extrêmement complexe. On ne peut pas simplement résumer à un échec. Par exemple, c’est difficile de dire la guerre a amené des tas de choses dans notre vie, on ne s’en rend même pas compte. On sert des outils. Je passe dans les véhicules, les avions, les fusées sur la lune, puis peut être nos téléphones, peut être l’ordinateur qu’on a là, ça vient de technologies qui ont été à l’origine développées pour la guerre. Est ce que, Est ce que déjà, on va dire je m’interdis d’utiliser un ordinateur, je prends l’avion, je me dis parce que c’est compliqué tout ça, c’est compliqué pour moi. Il faut essayer de voir au-delà aussi. Continuer le combat continue pour tout le monde.
C’est une très bonne chose.
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ou ceux qui ceux qui luttent, ce sont ceux qui disent la citation. C’est une phrase que j’aime beaucoup. Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. Voilà. La vie est indissociable de la lutte, sinon la vie. Vous menez selon Victor Hugo et je suis un partisan de Victor Hugo risque de ne pas être vraiment la vie. Quoi, en tout cas, ne sera pas une vie aussi intense, aussi dense aussi. Ceux qui disent ce sont ceux qui luttent et parfois les traumatismes sont très forts. Mais c’est aussi la vie qu’on. Pardon sauta le robot étendu quand je l’ai amené en Ukraine avec moi. Mais il n’est plus connecté parce que le laboratoire a fermé, donc il n’y a plus de connexion internet. J’avais l’idée de proposer à des Ukrainiens de créer une sorte d’IA ukrainienne, un peu comme une personnalité qui permettra ensuite d’aller explorer la guerre. Ce serait. C’est toujours une bonne idée aujourd’hui, mais je n’ai pas trouvé les gens prêts à passer des mois et des années pour créer ce genre de robot, quoi. Donc pour le moment, il est inerte, il est sur une armoire, il y a une médaille ukrainienne autour du cou.
Peut être qu’on va s’arrêter là.
« Ce sont ceux qui luttent ». Victor Hugo, Les Châtiments, 1852. Euryale a retrouvé la citation exactement. Merci à toi et bravo à toi.
Merci à vous.
Tous, merci à toute la salle, à L’espace à Michel de nous accueillir.
Voilà ce cinéma qui a été ouvert en 1912.
