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Comment documenter les luttes et le cœur du tumulte ?

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, amis du café et amis des invités qui parlent entre eux, je les ai là, ils sont là, Serge est là, Yannick est là. Serge D’Ignazio, Yannick Kergoat, non mais les amis, moi je vous entends dans le casque, mais on ne vous voit pas encore à l’image. Attends, je vais vous couper, normalement là je ne devrais plus vous entendre. J’espère que tout le monde va bien. Amis, amis du café, amis de la police, amis des Gilets jaunes, amis de la documentation, amis de la photographie, du regard social, du regard humain, eh bien, eh ben bonjour, bonjour Nary Gorm, bonjour Sadrunner, est-ce que tout va bien ? Oh bah tiens, on va faire plaisir à Yannick, on va mettre le logo Blast, voilà, le logo Blast, voilà, parce que Yannick est l’éditeur de Serge D’Ignazio, mais il est aussi réalisateur. On parlera de ça, parce que, évidemment, pas anodin qu’un réalisateur de cinéma, de fiction et documentaire soit aussi éditeur, voilà. J’espère que vous allez bien, on va démarrer tranquillement à 9 h, dès que tout le monde sera un petit peu là. Alors, je change le titre. Hop, hop, hop ! L’émission, normalement, c’est ça. Alors, pourquoi j’ai ça, là ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ? Voilà voilà voilà, là on a le vrai, voilà tout va bien, tout va bien. Donc aujourd’hui, on sera avec Serge et Yannick, et puis après on fera un petit débrief de la semaine ensemble avant de parler de l’invité de dimanche, un dénommé Robert Denis, très défavorablement connu de nos services. Voilà, j’espère que l’émission d’hier vous a plu avec Audrey Estrougo, la réalisatrice de Suprême, qui nous a quand même raconté plus que des anecdotes sur comment elle a réalisé et écrit son film. Voilà, je ne vais pas regarder les chiffres, elle disait qu’il n’y avait pas grand monde. En fait, effectivement, en ce moment, le cinéma traverse une de ses plus grandes crises économiques. Voilà, peut-être qu’on parlera de ça aussi avec Yannick. Bonjour Nicolas bonjour Com Yoshi, bonjour Euryale. Elle est doublement contente, Euryale, c’est la modo en chef. Je retrouve la photo, elle est où la photo des modos ? Ah bah alors ça, Robin l’a enlevée hier.Ah non, à moins qu’elle soit ici. Ouais, non, non. Je dis des conneries. Elle est là, elle est là. Voilà, voilà, voilà. Voilà, Euryale, qui est au milieu, comme vous le savez, est doublement contente, je pense, ce matin, puisque Euryale, elle, est photographe. Donc Euryale va dans le tchat mettre son compte Twitter, où elle publie des photos. Quand elle regarde de secret, je pense qu’elles portent un certain gilet d’une certaine couleur, donc je pense qu’elle est heureuse ce matin, Euryale, je l’espère, je l’espère. Euryale que je salue, Olivier que je salue. Alors, Olivier n’est pas avec nous, Olivier est encore parti chez un client qui n’était pas content. Quant à Robin, il est dans le tchat, donc il est là. Et il était encore là hier à 22 heures pour régler le diaporama, car nous ajoutons tous les jours des nouvelles scènes, puisqu’on va montrer plein de photos de Serge, des photos qui ont été sélectionnées par Serge, par Yannick et par moi-même, tirées de son livre, mais ça, je vais vous en parler. Donc voilà, à 22 heures hier, après l’émission NTM, Robin était encore là à faire des réglages pour que je puisse diffuser les photos en bonne définition dans l’émission. Voilà, voilà, voilà. Tiens, qu’est-ce qui se passe là ? Il y a un bip, il y a le bip qui vient de se passer. Et Jessie, la traductrice qui est à gauche sur votre écran, que je salue. Voilà, voilà, Jessie, qui a aussi un Insta. Oh, mais c’est quoi ce bordel ? Il n’y a que des succursales Au Poste. Voilà, quelques photos d’Euryale, voilà, très bien. Salut Émile Cheval, dites Axel, dite la meilleure confectionneuse au monde de mugs Au Poste. Que je remercie. Bon, alors les amis, il est 9 heures, il est 9 heures, je pense qu’on va pouvoir saluer nos invités. Alors faut pas que je me plante, parce que comme on a fait une nouvelle, une nouvelle scène… Attendez, est-ce que ça va marcher ça ? Normalement ils sont là. Bon, là ils ne sont pas là, tout à l’heure ils étaient là, ils étaient là, ils étaient là. Alors, mode studio, ppop pop pop ! 3, 4, attention, normalement les invités devraient arriver, ils sont dans les parages, donc ne vous inquiétez pas voilà un déjà, super, les deux sont là. Attendez, vous êtes en tout petit, je ne sais pas pourquoi. Bonjour Yannick, bonjour Serge. Je vous laisse parler deux secondes, le temps que je règle l’image. Ici, c’est le stream le plus punk de l’histoire du stream, vous êtes au courant ? Là, tu nous entends, tu nous vois, mais tu nous entends.
David Dufresne
Moi, je vous entends ? Est-ce que le tchat vous entend ?
David Dufresne
Nickel, voilà tout !
Yannick Kergoat
Tout le monde, ça semble plus compliqué que piloter un avion, c’est waouh !
David Dufresne
C’est un avion sans pilote, c’est à peu près ça, absolument, absolument. Alors, attendez, si tu veux, en fait, je fais la régie en même temps. Tu vois, j’ai trois écrans, j’ai une console, voilà, tu vois, c’est comme du montage, mais qui serait diffusé en même temps que tu le fais, dans ce cas-là. C’est une cour régie, quoi. C’est exactement ça, voilà, c’est quand même le bordel. Attendez, j’essaie quand même de trouver le… En temps, en temps. Ouais, ouais, ouais. Attendez une petite seconde. Comment se fait-il que… Là, normalement, ça devrait être là. Peut-être parce qu’on a mis les invités… Robin, pour information, la scène duo ne fonctionne plus. Robin, la scène duo ne fonctionne plus. Bon, ce n’est pas grave, là vous êtes tous les deux, je recommence. Ce matin, ce matin, on va être avec Serge, on va être avec Yannick, vous venez de les voir. Serge, depuis 2018, documente, depuis des années en réalité, mais depuis 2018, il reprend le pavé parisien avec ses appareils photo, avec sa patience. Il est pratiquement de toutes les… d’ailleurs. Il était dimanche à Villepinte, j’ai vu ça sur son site, on en parlera. Il était avec les fachos, quoi, mais en règle générale, il est plutôt ailleurs. Il est de tous les instants, il saisit l’époque qui tarde à être bouleversée. Ouvrier, ancien ajusteur dans une entreprise d’aéronautique, photographe depuis son adolescence, il est donc l’auteur, Serge, de cet album qui s’appelle « On est là, » qui est un album photo. Qui est paru il y a quelques mois, en réalité, mais on s’en fout complètement. Que ça ait eu lieu il y a quelques mois, je veux dire, ça aurait pu être hier, ça serait absolument pareil. Même, de certaines manières, on peut dire que le livre gagne en puissance, comme un bon vin : plus le temps passe et plus il mature. Donc, pour Noël, si vous avez un cadeau à faire sur les Gilets jaunes, celui-là me semble tout indiqué. C’est un livre qui rassemble 150 photos en noir et blanc, qui sont accompagnées d’une dizaine de textes, qui sont soit des commentaires, soit, je trouve, les plus intéressants, des récits de quidams, de citoyens, de manifestants, de Gilets ou d’historiennes, et qui racontent ce mouvement politique. Et puis Yannick, qui est avec nous, Yannick Kergoat, il est réalisateur. Alors, vous le connaissez sans doute par ce film extraordinaire, qui s’appelle Les Nouveaux Chiens de garde. Il l’a co-réalisé avec Gilles Balbastre. Yannick est également un monsieur qui travaille avec Costa-Gavras, un monsieur… On a le même producteur de cinéma, un dénommé Bertrand Fèvre, très défavorablement connu de nos services. Alors, lui vraiment, pour ça, on en reparlera une autre fois, c’est trop gros. Et Yannick travaillait sur un film dont on parlera peut-être, s’il le veut bien, dans une salle de montage à côté de celle où nous, nous faisions, avec Florent Mangeot, nous montions Un pays qui se tient sage, et un jour, on a montré notre film, un film de travail, on va dire, enfin une étape de travail, à Yannick. Et Florent et moi, on était comme ça. Yannick nous a dit quatre trucs à changer, on en a changé trois. Non, ça faisait… c’était trop, mais voilà. Donc, c’est quelqu’un pour qui j’ai une… Oh merde, j’ai une… Ah, c’était la souris qui s’est barrée. J’ai un infini respect. Voilà. Alors les amis, je suis désolé, je vous ai parlé de vous sans qu’on vous voie à l’image, mais ça y est, là vous allez vous dire que vous êtes à l’image. Est-ce que la présentation vous convient ? Après, je reprends mes esprits, je retrouve ma scène OBS, et tout ira bien ! Est-ce que ça vous va ?
David Dufresne
Ils disent tous ça, les mecs, quand ils arrivent au Poste. Ah non, j’ai rien à dire, je suis à la déclarer… Ça vient le résumé, ça vient. Il a dit, est-ce que j’ai dit une bêtise ou est-ce qu’il y a un oubli important ?
Yannick Kergoat
C’est une très, très gentille présentation, mais je peux juste dire qu’il y a quand même une chose qui m’a profondément gêné dans notre rencontre, c’est que moi, je crois que j’ai commencé mon film avant que tu commences le tien, et tu l’as fini, et le mien, je ne l’ai toujours pas terminé.
David Dufresne
C’est une façon d’envisager la vie, monsieur.
Yannick Kergoat
Oui, de la honte.
David Dufresne
Oui, mais on peut dire de quoi traite le film sur lequel tu es ? Oui, puisqu’il y a eu un sociofinancement, oui, oui.
Yannick Kergoat
Je fais un film sur la question d’évasion fiscale, un sujet qui intéresse beaucoup ceux qui sont connectés ce matin, et qui n’est pas sans lien avec le sujet principal de l’émission dont on a parlé, c’est-à-dire le mouvement des Gilets jaunes.
David Dufresne
J’ai quand même oublié de dire un truc, qui n’est pas sans lien d’ailleurs, Yannick, c’est que tu es aussi, je crois, un des cofondateurs de l’association Acrimed ou en tout cas un animateur.
Yannick Kergoat
Je ne le suis plus maintenant, pas par défiance du tout, mais par des questions de planning, d’occupation, mais j’ai été, oui, un membre assez ancien d’Acrimed, j’en ai été le président même pendant quelques années. Et on en parlera peut-être, parce qu’on a une petite actualité, notre petite maison d’édition, qui a fait le livre de Serge. Je peux te le montrer, mais on en parlera peut-être : Les médias contre la rue, parce que ça parle de la rue, ça parle des médias, ça parle des mouvements sociaux, et c’est tout frais, ça vient tout juste de sortir aux éditions Adespotes. Moi, j’en dirai peut-être deux mots.
David Dufresne
Mais on a tout le temps. Et en attendant, je mets le lien dans le tchat de votre maison d’édition, d’ailleurs Adespotes, qui est donc la maison d’édition du bouquin de Serge, là, que je montre ici. Donc là, pour que vous ayez l’information, j’ai une petite table caméra. T’as vu ça ? C’est quand même la classe ! Alors, excuse-moi, mais Adespotes, c’est qui, c’est quoi ? Ça veut dire quoi ?
Yannick Kergoat
Adespotes, c’est une maison d’édition qu’on a créée avec mon amie qui s’appelle Emmanuelle Bègue, qui n’est pas à côté de moi ce matin, parce qu’elle aurait pu être là évidemment. Et on l’a créée il y a quatre ans, je crois maintenant, le temps passe très vite, et puis il y a eu le Covid, tout ça, ça fait même peut-être cinq ans. Et un peu dans les circonstances, évidemment, on est tous les deux grands lecteurs, voilà, et très proches de l’objet livre, de la question de la littérature, de l’écrit, des essais, par nos parcours respectifs. Et puis on a eu l’occasion de faire un premier livre. D’ailleurs, c’est pas exactement… je peux vous le montrer, j’ai mis mes petits trucs, mais ça s’appelle Poulons le chat dans la brume, c’est un livre qui parle du montage aussi. Et puis de fil en aiguille, on en a fait un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième, etc. Adespotes, ça vient du grec adespotos, qui veut dire « animal sans maître ». Voilà, donc ça nous semblait un nom assez approprié pour ce qu’on voulait faire et la façon dont on rentrait dans ce métier, qui n’est pas notre métier, qu’on ne comprend pas en amateur. On n’est pas des amateurs, on essaie de faire les plus beaux livres possibles, les mieux faits possibles, les plus intéressants possibles. Mais on est très loin, effectivement, des maisons d’édition traditionnelles, même des petites maisons, au sens où nous, on ne se paye pas. Évidemment, tout ça est parfaitement… je ne sais pas si on peut dire bénévole, mais en tout cas, c’est du travail du soir et du week-end.
David Dufresne
C’est très, très bien imprimé, c’est du beau papier, c’est vraiment de qualité. D’ailleurs, je n’ai pas regardé, est-ce que c’est imprimé en France ou vous faites ça à l’autre bout du monde ?
Yannick Kergoat
Non, on fait ça, non pas à l’autre bout du monde, on a fait ça à Prague, à côté de Prague, dans une petite usine, un côté de Prague, avec des gens qu’on a rencontrés et à qui on est fidèles. Je sais que ça fait bizarre de dire qu’on n’imprime pas en France, mais nous, pour une raison très simple, c’est le coût de la fabrication. Bien sûr, bien sûr. Pour nous, le coût de la fabrication est très important. C’est beaucoup moins le cas pour les grands éditeurs, qui ont du volume, etc., et dont le coût d’un livre tient plus au salaire, à la tâche de presse aux gens dans les bureaux, qu’à la fabrication du livre lui-même. Nous, évidemment, le coût de l’impression, c’est quasiment le coût du livre, ça résume le coût. Bien qu’il y ait aussi, de temps en temps, des graphistes, un correcteur, mais c’est un copain et il est actionnaire de notre maison d’édition, donc lui travaille gratuitement, comme nous. Enfin voilà, on a très peu de coûts externes et le coût d’impression est important. Donc effectivement, on a trouvé à Prague un imprimeur qui est moins cher que ce qu’on pourrait trouver à Paris, mais qui travaille très, très bien et avec qui, au fur et à mesure, on a eu une relation de travail extrêmement agréable. C’est aussi des ouvriers là-bas, il faut le dire, et ils aiment leur métier, ils bossent bien. Et puis, de livre en livre, sur le livre de Serge, on y va, on se déplace, on va là-bas, on fait ce qu’on appelle le calage avec eux, c’est-à-dire l’équilibre colorimétrique du tirage, ça se fait sur place, feuille après feuille. Et donc on a cette relation et ils nous accueillent hyper chaleureusement. Et voilà, ce travail, on a pu le faire sur le livre, c’était très important de le faire sur le livre de Serge, parce que c’est un livre de photos, c’est un livre d’images, donc la qualité et la traction comptent encore beaucoup plus que pour un livre où il y a du texte. Et voilà, on est très fiers et effectivement heureux de cette relation avec eux depuis cinq ans.
David Dufresne
Alors, mon cher Serge, je commence à comprendre pourquoi tu ne voulais pas venir au Poste seul, tu voulais être accompagné de ton éditeur, avocat, réalisateur, ami, Yannick, parce que t’as vu, il prend la parole, mais évidemment… Non, non, je rigole évidemment. Bonjour KeyWee Fraise, merci pour l’abonnement, merci beaucoup. On va démarrer, Serge, et puis je vais même démarrer par ton choix. Donc l’idée de l’émission ce matin, c’est qu’on feuillette ensemble le livre à travers une sélection d’images. Si tu veux bien, on commence par la tienne.
David Dufresne
Et non, malheureusement, pour des raisons techniques, ces trois dossiers… enfin bon, bref. Ou alors je refais la tambouille ?
David Dufresne
C’est bon ? Alors a priori, ça, c’est la première photo que tu as mise de…
David Dufresne
Alors, par contre, ça doit être dans l’ordre des numéros. Et je mets dans le tchat, pour ceux qui veulent, les albums sur Flickr, qui est le drôle de nom de tes photos, Serge, puisque on parlera de ça aussi en fait, tu documentes, tu photographies presque toutes les manifestations, c’est absolument dingue. Et quelques heures après, quelques heures après, tu mets en ligne gracieusement tes photos. Donc, ceux qui veulent regarder d’autres photos pendant qu’on parle de celle-ci, c’est possible, en sachant qu’effectivement et ça, c’est très important, Yannick vient de le dire les photos qu’on va montrer ce matin sont les photos qui ont été développées. C’est comme ça qu’on disait avant, en fait, quand on était en argentique : elles ont été développées, retravaillées pour l’édition du bouquin. C’est bien ça, Yannick ?
Yannick Kergoat
Oui, tout à fait. Il y a un travail que font tous les photographes, ce qu’on appelle de retouche, d’étalonnage, d’équilibrage des couleurs, de recadrage, parfois de petites corrections très fines dans l’image. Ce travail a été fait sur chacune des 150 photos publiées.
David Dufresne
Alors, Serge, est-ce que tu t’es retrouvé ?
David Dufresne
Alors il y a un point important : tu dis que c’est l’acte 2, tu es là dès le début. Tu es chez les Gilets jaunes dès l’acte 1, je crois que tu es Porte Maillot à l’acte 1.
David Dufresne
Ah bah si, tu es sur Flickr, tu étais un ancêtre des réseaux sociaux de la photographie, quoi.
David Dufresne
D’accord.
David Dufresne
Bye bye.
David Dufresne
Deuxième photo : « La France est issue de migration ».
David Dufresne
Pour préparer l’émission, on a un serveur Discord sur lequel Abad Akor a posé plusieurs questions, dont l’une qui est, à mon avis, à propos ici. Il y a beaucoup de photos de pancartes, de banderoles, dans votre travail, Serge D’Ignazio. Est-ce que vous pouvez nous en parler ? Y a-t-il autre chose que la volonté de documenter les revendications, et quel est votre rapport à l’écrit en tant que photographe ? Et en effet, il y a beaucoup de pancartes. Oui, d’accord. Non, vas-y
David Dufresne
C’est toi qui es suspect, hein !
David Dufresne
Oui, oui.
David Dufresne
Bien sûr, mais le fait que tu t’attardes, et peut-être que Yannick a son point de vue aussi là-dessus là, je te lance ça, le fait que tu t’attardes autant sur les pancartes, sur l’écrit, en tant que photographe, qu’est-ce que ça signifie ? Par exemple, Yannou te dit bravo pour ce travail de mémoire. Est-ce que, par exemple, c’est ça que tu veux faire ? C’est de faire un travail de mémoire en disant aux historiens du futur : « Voilà les slogans de l’époque ». Est-ce que c’est pour l’instant que tu le fais ? Est-ce pour le style ? Parce qu’il y a eu, par exemple, des graffitis, il y a des slogans absolument extraordinaires. Ta relation au texte, en tant que photographe ?
David Dufresne
Yannick, sur le côté documenté, l’écrit, toi le monteur de cinéma entre autres. Je te rappelle que tu as eu le César du meilleur montage pour Harry, un ami qui vous veut du bien. Par exemple, dans ton film, tu étais en train de faire ton documentaire. J’imagine qu’il y aura du texte, pas forcément. C’est quoi, le rapport pour toi, homme d’image, avec le texte dans l’image ?
Yannick Kergoat
Je pense qu’il faut que je vous reprenne, je dis deux mots sur comment est fait le bouquin, parce que c’est important dans le choix des photos. Parce que Serge m’avait confié le choix de choisir parmi l’ensemble des photos qu’il avait faites, documentant les manifestations des Gilets jaunes à Paris. Durant un an, c’était le cadre un peu du film. On a dit : on va faire un an de manifs de GJ. On va prendre dans le corpus ceux-là, et puis on va faire un an. Il fallait arrêter à un moment donné et fabriquer le bouquin alors que le mouvement n’était pas terminé. Il a continué, il continue encore. Donc, pour moi, ce qui était important déjà, c’était de traduire le travail photographique de Serge, c’est-à-dire qu’il y ait une représentation sur 150 images de ce que sont les motifs de son travail. On peut dire « des motifs ». Et effectivement, parmi ces motifs, il y en avait un très clair, c’était les pancartes. Donc c’était de rendre compte de ce travail qu’a fait Serge, de filmer Pour moi, l’écrit, il est très important esthétiquement, parce qu’il y a une manière très particulière de documenter ça. Par exemple ce n’est pas forcément des photos qu’on a sélectionnées là ce matin, mais des gens qui sont cachés derrière leur pancarte, dont on voit juste la silhouette, et dont la phrase, le texte, ce qu’ils ont à dire, passe au premier plan. Et eux sont cachés derrière ce texte-là, leur revendication, leur raison d’être présents dans cette manifestation, leur colère, leurs arguments, etc. Donc, pour moi, les pancartes, c’est ça : la photo parle, la photo est sonore. Avec le texte, la photo dit et donne la parole aux gens. Pour moi, c’est très important. Et je pense que c’est l’essentiel de la raison de filmer les pancartes : c’est de donner la parole.
David Dufresne
Serge, j’ai fait défiler d’autres photos. Si tu veux les mettre en contexte ou les commenter, tu peux.
David Dufresne
Alors, on va raconter pendant cet entretien, effectivement, comment tu te positionnes, comment, où est-ce que tu te places pour photographier telle ou telle scène. Mais j’aimerais quand même revenir sur ce que tu as dit au début, en disant « je photographie tout, y compris ce avec quoi je ne suis pas forcément d’accord ». Bon, deux petites choses. Il y a quand même une vision de gauche dans ton travail, massivement. Et aujourd’hui, quand on regarde là-dessus ça, je pense que tu l’assumes je veux dire, voilà.
David Dufresne
Et donc tu peux rester, tu es le bienvenu ici, il n’y a pas de problème. Mais deux petites choses : est-ce qu’aujourd’hui, par exemple, quand on regarde le bouquin, quand on feuillette le bouquin, tu ne te dis pas peut-être ou ça peut être aussi pour Yannick — peut-être qu’on a un peu trop mis de côté l’autre versant des Gilets jaunes, c’est-à-dire, malgré tout, un versant poujadiste, un versant d’extrême droite, dont on… Et là tu as des questions dans le tchat, dont on voit le résultat, en partie en partie, hein, on est bien d’accord chez Zemmour, dimanche dernier, avec Jacqueline Mouraud qui rejoint ses troupes, avec ceux qui font le coup de poing, dont on apprend par la presse que certains ont été condamnés lors de l’acte 3 des Gilets jaunes du 1er décembre 2018. Est-ce que tu ne crois pas qu’on s’est un peu trop bouché le nez sur certaines… ?
David Dufresne
Émile Cheval te dit dans le tchat : « Les manifs et les ronds-points, c’est aussi des personnes parfois différentes. » Voilà, il y a pas mal de réactions. Mais Yannick, toi, sur ce plan-là, quand même, tu as une idée ou pas ?
Yannick Kergoat
Ben oui, enfin, moi je suis globalement d’accord avec Serge. Effectivement, le mouvement n’a jamais été monolithique, il s’est toujours aussi affirmé apolitique, sans leader, etc. Donc il y a une partie des gens qui ont manifesté, qui étaient présents, voire animaient des ronds-points ou des débats à l’intérieur du mouvement des GJ, qui se retrouvent aujourd’hui derrière la bannière d’un néofascisme. Ça ne me surprend pas complètement. C’est-à-dire que ça traduit aussi le discours de récupération des colères sociales de Zemmour, pour lequel il a un certain talent, avec un cynisme absolu, à mon sens. Mais effectivement, qu’il puisse récupérer, et que l’extrême droite récupère une colère sociale, je pense que c’est au départ de tous les mouvements fascistes. Donc aujourd’hui, ce qui se passe là ne me surprend pas. Ça m’inquiète terriblement, il faut être très clair. Terriblement. Moi, personnellement, je suis inquiet de ce que la politique française accueille à bras ouverts. Mais pas complètement surpris. Je dis bien : une partie de cette colère, de cette désespérance, qui se manifestait dans le cadre de ce mouvement spontané des Gilets jaunes, se retrouve dans les diatribes d’un télévangéliste néo-fasciste.
David Dufresne
Alors, Serge, tout à sa modestie, est celui de nous trois qui a sélectionné le moins de photos. C’est-à-dire qu’on a regardé les cinq photos que Serge avait sélectionnées. Donc on va passer maintenant à ta sélection, Yannick. Non pas que tu ne sois pas modeste, mais bon, voilà, c’est comme ça. J’ai trouvé ça rigolo de voir que Serge, qui photographie, qui fait des milliers de photos, n’en garde que cinq. Yannick, on va démarrer par celle-ci, si tu veux bien. Pourquoi as-tu choisi cette photo ?
Yannick Kergoat
Il faut dire que c’est la dernière photo du livre. J’ai choisi deux photos, j’en ai choisi sept, parce qu’on m’a dit d’en choisir sept, donc voilà, bon élève, j’en ai choisi sept, ni une de plus, ni une de moins. Et j’ai choisi la première et la dernière, et ça, c’est la dernière. Le livre, c’est une composition, évidemment, il y a un récit dans ce livre. Pour moi, il y a un récit. On ne met pas les photos les unes à côté des autres par hasard. Il y a un écho, il y a une construction dans le livre. Et puis, effectivement, tu as parlé : il y a des textes aussi qui scandent le livre, qui ne sont là non plus pas par hasard, c’est-à-dire, voilà, qui font un chemin.
David Dufresne
D’ailleurs, les textes, il se trouve que justement, ils sont vis-à-vis enfin, les auteurs sont vis-à-vis de cette dernière photo : Patrick Fervias, Florent Goethe, Lola, Julie Moulier, Katy Girado, Laurent Inès, qu’on salue, professeur de neurochirurgie, qui était tellement important sur la question des violences policières, Jean-Pierre Mercier, militant ouvrier, Brice Legalle, sociologue et photographe, Ludivine Bantigny, historienne, Lydie Jean, dix panels, et Bérengère Soudmann. Voilà, ce sont les auteurs et autrices des textes.
Yannick Kergoat
Voilà, donc tu l’as très bien dit, ce sont à la fois des citoyens, des témoins, des Gilets jaunes, on va dire, anonymes, qui font le récit des fois d’une journée de manifestation, ou alors qui expliquent pourquoi ils sont là. Il y a une street médic, et puis il y a quelques témoignages un peu plus distanciés, comme Ludivine Bantigny, qui parle un peu du travail de Serge aussi. Cette dernière photo, pour moi, c’est une sorte d’aboutissement, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose de l’ordre du symbole. Moi, je l’appelais « la Véronique », ça. Je ne sais pas si ça parle à quelqu’un aujourd’hui ? Non ? Une Véronique, c’est un motif très particulier de la peinture et de la liturgie, puisque c’est Véronique, au moment de la Passion du Christ, alors que le Christ passe devant elle en portant sa croix pour monter au Golgotha. Elle prend un linge avec compassion alors que toute la foule crie, et puis elle lui essuie le visage avec ce linge, et ce linge reste gravé avec l’image du Christ. Et la Véronique, c’est, dans la peinture, une femme qui tient un linge blanc dans lequel est imprimé, voilà, plus ou moins marqué, le visage du Christ. Et pour moi, c’était ça. Il y avait ce geste-là. Elle montre le gilet, et dans ce simple symbole, elle dit qu’elle l’est. Le gilet est devenu vraiment la métonymie de l’ensemble du mouvement, et je crois que cette photo est métonymique de l’ensemble du livre. C’est un peu théorique, mais quand on fait un truc, il faut toujours y mettre du sens, essayer de composer quelque chose que les gens ne comprendront peut-être pas, mais ce n’est pas grave, on s’en fout. Ce qui compte, c’est qu’on a une raison pour le faire. Et voilà, je la trouvais très, très belle, cette femme, dans ce simple geste de montrer son gilet.
David Dufresne
Serge, à tout moment, tu peux intervenir.
David Dufresne
Un instant, Yannick parlait de théorie, mais on te parle de pratique, Serge : est-ce que c’est tout de l’argentique ou pas ? Ah, je suis désolé, c’est la question qu’on pose aux photographes : alors c’est quoi ton matos ? Alors vas-y, raconte-moi, c’est quoi ton boîtier ? Alors, je préfère essayer de vous montrer, C’est bien quand tu te rapproches du micro.
David Dufresne
Dis donc, Serge, tu m’as photographié deux, trois fois, tu ne m
David Dufresne
Alors, de deux choses l’une : soit c’est quelqu’un qui avait envie d’avoir une très, très belle image de lui-même, soit il a considéré que tu ne travaillais pas sur les réseaux sociaux, que ça n’allait pas
David Dufresne
Et à ces messieurs-dames qu’on montre là, tu demandes l’autorisation ou pas ?
David Dufresne
Valeurs anarchistes te demande : « Est-ce que tu connais le collectif Plein de dos, qui récupère des photos des Gilets jaunes ? » Oui, Valeurs anarchistes, Serge en a parlé tout à l’heure, collectif qui, je crois, a arrêté ces feuilles qui sont magnifiques, qui sont des collections de photos de Gilets, plutôt de dos d’ailleurs, d’où le titre Plein de dos, avec tous les slogans. Yannick, cette photo, c’est toi qui l’as choisie, pour quelle raison ?
Yannick Kergoat
C’est une photo magnifique pour moi, dans sa composition, dans son instantanéité. Il faut dire que, dans le travail de Serge encore une fois, je parle de motifs il a beaucoup photographié les CRS. Il y a pas mal de photos de CRS. Il ne les considère pas comme… enfin, il va chercher l’humain derrière la fonction, quoi. Donc ce sont des acteurs de ce drame qui se jouait tous les samedis, une sorte de théâtre de la manifestation, et ils sont considérés comme tels. Quand je parle de les humaniser, ça ne veut pas dire modifier le rôle qu’ils ont dans la manifestation, mais c’est de les documenter, quoi. Donc, les CRS sont beaucoup documentés dans le travail de Serge, et évidemment, dans le livre, il y a pas mal de photos où on les voit à différentes occasions. Là, c’est une occasion vraiment… C’est une photo, c’est un instantané. Capa aurait pu la faire, cette photo. Elle est magnifique, parce qu’elle représente, par le manifestant justement, qui a renvoyé ce lacrymo. La photo est prise alors même que le CRS, qui est touché par cette lacrymo, ne le sait même pas encore. Il n’y a pas de geste de recul, la fumée est en train de monter vers son visage. Voilà, c’est une photo splendide. J’ai juste envie de dire que dans le livre donc Serge l’a expliqué, il photographie toujours avec le même objectif. Dans le livre, on a essayé de respecter non pas le format exact de la photo, parce qu’on voulait faire un livre carré, donc il y a des photos qui sont carrées, mais qui sont toutes exactement homothétiques, c’est-à-dire dans le même cadre. Et puis, des photos qui sont au format horizontal ou vertical, mais toujours le même, pour respecter.
David Dufresne
C’est la raison pour laquelle nous avons essayé avec Robin, hier soir, de préparer ce qu’on appelle une scène sur OBS en respectant à chaque fois le cadre tel quel, bah évidemment, c’est assez la base. Serge, Philippe Villaboa te dit : « As-tu pensé à t’équiper d’un étui photo sous-marine pour protéger ton appareil photo des jets d’eau, en attendant le sponsoring de Fuji film ? »
David Dufresne
Il y a des moments où ils pensent qu’ils sont le seul élément.
David Dufresne
Ça a tellement été gros !
David Dufresne
Et ça, c’était au début.
David Dufresne
Je me souviens de ça, je me souviens de ces moments-là.
David Dufresne
Alors là, on a une photo étrange parce que c’est justement un bouclier des forces de l’ordre, mais qui n’est pas tenu par un policier. C’est quoi, cette photo ? C’était qui ?
David Dufresne
Yannick, tu veux commenter la photo ou on passe à une autre, comme tu veux ?
Yannick Kergoat
Je vais insister sur le côté photographique de la photo. Je pense qu’effectivement, on l’a tous constaté, dans les cortèges des Gilets jaunes, il y avait beaucoup d’handicapés, énormément. On n’en voit jamais autant dans une manif syndicale traditionnelle, etc. Ça tient au statut d’aujourd’hui des handicapés en France, à la baisse des allocations qui leur sont réservées, etc., et donc à la précarité, parfois extrême, dans laquelle ces gens vivent avec leur handicap. Donc voilà, le mouvement des Gilets jaunes les concernait aussi au premier chef, et beaucoup se sont déplacés. Et puis là, donc, il y a ce trophée : ce bouclier de CRS, ce trophée dans les mains de cette femme en fauteuil. Il y a à la fois la force brutale représentée par le bouclier, symbole de la répression des manifestations, et puis cette femme, cette fragilité d’une personne qui, de toute façon, ne pourra pas fuir les gaz, ne pourra pas se déplacer, ne pourra pas résister à cette violence. Et je trouve que la photo est une synthèse de tous ces thèmes.
David Dufresne
Exactement. Valeurs anarchistes pense au même moment la même chose : une pensée pour Odile Maurin, à Toulouse, qui a été poursuivie alors qu’elle était en gilet jaune, en fauteuil roulant, et donc son fauteuil roulant a été jugé arme par destination. Arme par destination, c’est quand même assez sidérant. Serge, tout le monde ne partage pas forcément ton regard sur la police, et par exemple, on te demande des précisions sur les larmes des CRS : c’était à cause des lacrymos ?
David Dufresne
Tu n’es pas sociologue, mais tu fais un travail de sociologie.
David Dufresne
Ça, c’est de la sociologie.
David Dufresne
Qu’est-ce que tu crois qu’ils vont faire, les sociologues ? Ils vont prendre tes photos et après, eux, ils vont faire des bouquins. Mais ce que je veux dire par là, c’est que tu participes à un regard sensé, réfléchi sur tout ça, non ?
David Dufresne
Ils pillent tout le monde, ces gens-là, ils ne sont pas fréquentables, ils ne sont pas fréquentables.
David Dufresne
C’est-à-dire que tu es rentier, c’est ça ?
David Dufresne
Tu es d’accord avec ça, toi, Yannick ? En tant que documentariste, en tant que réalisateur ?
Yannick Kergoat
D’abord, c’est son choix. Donc moi, je suis d’accord avec le choix des gens qui travaillent et qui ont cette générosité-là, cette modestie. Tout le monde le voit très bien chez Serge. Et nous, on l’a immédiatement accepté. Et très régulièrement, on fait les comptes des ventes du livre, et on envoie notre petit chèque à la LDH. On l’a fait déjà deux reprises, et on continue à le faire si le livre continue à se vendre et si on épuise le tirage. Non, moi, je le respecte parfaitement, ce choix, et je le trouve très généreux, évidemment. Serge ne se sent pas propriétaire de l’événement, il ne se sent pas propriétaire de la vie des gens. Et puis je pense aussi qu’il ne se sent pas nécessairement photographe professionnel. Voilà, il n’a pas besoin d’en vivre. Je pense que les gens qui en vivent, c’est normal, évidemment, et c’est tragique pour eux de voir leurs photos utilisées, volées, pillées sur différents supports, sans qu’ils puissent continuer à exercer leur profession, c’est-à-dire en vivre. Mais voilà, le choix de Serge, on l’a admis, on l’a respecté, et nous, on suit le mouvement.
David Dufresne
Livre commandé, nous dit Philippe. Quand on choisit le retrait en main propre, on le retire où ? Il y a plusieurs adresses sur le site : Paris 2, Paris 6.
Yannick Kergoat
Euh.
David Dufresne
Oui, il faut faire du service après-vente, visiblement il y a quelques commandes.
Yannick Kergoat
Donc la LDH, aujourd’hui, est contente. Oui, je les ai vus passer, parce qu’en temps réel, je vois mon mail. Bonne soirée. C’est vrai ?
David Dufresne
C’est génial, c’est le tiroir-caisse ! Bon, et t’as eu combien alors ? Deux ? T’as eu combien de commandes depuis ?
Yannick Kergoat
Il y a notre petite boutique. On a un petit site un peu moche, il faut le reconnaître, parce qu’on l’a fait nous-mêmes, et on fait tout à l’économie. Mais on peut commander nos livres, et nous, on est très réactifs : on l’envoie tout de suite par la poste. Donc on peut soit le commander, mettre son adresse postale… Il y a des histoires de points relais aussi qu’on peut choisir, enfin voilà, toute la gamme aujourd’hui des possibilités d’un achat sur Internet. Et on fait les enveloppes nous-mêmes, on écrit des trucs, on imprime des étiquettes, on va chercher des timbres. Et on a notre petit boulot d’artisans éditorialistes.
David Dufresne
Alors, je m’arrête sur cette photo, parce que Serge vient de dire : « Moi, je suis libre, si je veux publier cinq photos, j’en publie cinq ; si j’ai envie d’en publier trois cents, j’en publie trois cents. » Effectivement, sur ton site, sur ton compte Flickr, Serge, il y a des milliers et des milliers de photos. Et justement, ce livre-là, c’est un peu l’inverse. C’est-à-dire que là, c’est 150 photos, c’est-à-dire la quintessence de ton travail. Je pense que ça s’est fait évidemment en grande liberté et en grande discussion avec Yannick, mais la force du livre, c’est aussi ça, c’est quand même le fait qu’il y ait des choix très forts, comme cette photo par exemple, qui est absolument sublime.
David Dufresne
On est en avril 2019.
David Dufresne
Et Serge, est-ce que tu sais ce qui est arrivé à d’autres personnes qui n’ont pas eu cette prudence ?
David Dufresne
Tu sais comment ? Justement, parce qu’ils ont été pris en photo, ou plus exactement, ils se sont pris en photo. Certains, par exemple, avec des fourchettes ou des petites cuillères du Fouquet’s, rentraient chez eux, ils prenaient une photo avec le trophée, une petite cuillère de rien, et ils allaient être poursuivis. Alors je crois, je crois que tout dernièrement, ils ont été relaxés. Mais des gens ont été poursuivis parce qu’ils avaient ramassé une petite cuillère en faïence et qu’ils avaient fait la photo sur leur Facebook.
David Dufresne
Alors justement, puisque là tu parles de choix, et c’est super ce que tu viens de raconter sur l’histoire de cette photo, il y a évidemment plein de questions sur ton choix du noir et blanc. Pourquoi tu choisis le noir et blanc ? Certains qui vont sur ton compte Flickr ont vu qu’il y avait aussi parfois des photos couleur. Et je voudrais juste préciser quelque chose : encore hier, tu m’as demandé pour le live : « Est-ce que tu préfères un fond blanc ou un fond noir ? » Je me suis dit : mais le mec, il est complètement obsessionnel. C’est noir ou blanc !
David Dufresne
Yannick, tu as choisi cette photo ?
Yannick Kergoat
La précédente, j’avais choisi aussi, parce qu’il y a une ironie très forte dans cette femme avec le regard rieur et le menu du Fouquet’s. Il y a un événement hors champ aussi, que tout le monde a entendu. Cette photo, elle parle avec beaucoup de… Il y a beaucoup de dimensions à la fois historiques, dans l’idée que l’incendie du Fouquet’s est un moment très important, médiatique, etc. Moi, je voudrais revenir juste deux mots avant de parler de cette photo-là sur ce qui honore le travail photographique de Serge : c’était de protéger les personnes qu’il photographiait, de leur demander leur autorisation, d’avoir un vrai rapport avec eux. C’est-à-dire, cortège après cortège, depuis deux ans, il a créé un lien avec les manifestants qui sont là, donc ils se connaissent. C’est plus qu’un travail de proximité, il y a quelque chose d’une véritable complicité qui se noue avec les protagonistes, et il est très bien accueilli. Et quand on regarde son travail sur un an, on retrouve des personnages.
David Dufresne
Bien sûr, oui, oui, bien sûr, bien sûr.
Yannick Kergoat
Qui sont photographiés plusieurs fois, à différents moments, et on sent, quand on prend la chronologie des photos, que la complicité se noue à travers l’image elle-même, on l’aperçoit. Et moi, je mets ça en regard, par exemple, avec le travail de certaines équipes de journalistes d’information. Et je me souviens, par exemple, d’un moment très cruel : il y avait un mouvement social je ne sais plus précisément lequel, mais c’était dans le sud de la France, je crois que c’était une fermeture d’usine. Et les ouvriers avaient occupé une sous-préfecture, avaient occupé les bureaux de la sous-préfecture, en attendant le résultat du tribunal de commerce, qui allait juger de leur avenir et de l’avenir de l’usine. Et au téléphone, le syndicaliste qui attendait ce jugement… Évidemment, le jugement allait être très défavorable : ça voulait dire que l’usine allait fermer, c’était cuit, il n’y aurait pas de repreneur, etc., comme souvent. Et il y avait une équipe de TF1 qui filmait ça, et la colère a jailli immédiatement : il a jeté le téléphone, et puis les ouvriers présents ont commencé à renverser des bureaux, à saccager quelques ordinateurs, etc., sous le choc de ce qu’ils venaient d’apprendre. TF1 n’a pas flouté les images. Et n’a pas flouté les visages des manifestants. Donc ils l’ont diffusé, et ont donné à la justice et à la police les moyens d’interpeller ces ouvriers. Et ça, je trouve ça absolument dégueulasse, cette manière de faire du journalisme et de rendre compte d’un mouvement social. C’est exactement l’inverse de ce que fait Serge quotidiennement, en suivant les manifestants.
David Dufresne
Là, par exemple, tu es à quoi ? Tu es à 4 mètres de la personne ? 2 mètres ?
David Dufresne
C’est pour ça que j’ai intitulé l’émission « Au cœur du tumulte », parce que tu es au cœur.
David Dufresne
Crimson te dit dans le tchat : « Le téléobjectif, ça met de la distance, or on a envie d’être dans le moment, au plus près. Le choix de la focale n’est jamais anodin. » Et on pourrait dire que l’objectif, ça c’est moi qui le rajoute, que l’objectif de la télé, c’est justement de mettre de la distance. Et toi, tu as l’inverse de ça.
David Dufresne
Alors, Yannick, qui est allé se chercher du café, heureux homme qu’il est, doit avoir la patate. Pourquoi cette photo ?
Yannick Kergoat
Yeah !
David Dufresne
Voilà, il faut que j’aille dans la cuisine, je vais vous laisser deux minutes, je pense, pour aller me chercher un café. Je peux vous laisser parler d’ailleurs. Tiens, regarde, je cherche un café. Yannick, je te laisse décrire cette photo et puis voilà, je suis là en une minute, même pas. Allez-y, allez-y.
Yannick Kergoat
Parmi les 150 photos du livre, j’ai choisi des photos qui me semblaient représentatives aussi du travail de Serge et donc du portrait. Il y avait effectivement beaucoup de portraits de manifestants. Là, c’est encore une femme, donc effectivement, ça documente le fait que Serge en a parlé il y a beaucoup, beaucoup de femmes dans le mouvement des Gilets jaunes. Et je crois que dans le film, il y a énormément de femmes. J’ai essayé de respecter, non pas une parité artificielle ou décidée comme ça, mais la réalité du travail photographique de Serge. J’aime beaucoup cette femme, j’aime beaucoup la manière dont elle s’offre comme ça à la photographie, avec son sourire. Et puis elle porte ce visage qui raconte ce qu’a été sa vie, je trouve. Et puis encore une fois, la composition photographique : c’est magnifiquement composé. Derrière, il y a la fumée, le feu, etc. On a saisi dans un regard photographique quelque chose de parfaitement composé et qui est, pour moi, la signature des vrais photographes, des grands photographes. Et de ce point de vue-là, je pense qu’on en parlait un peu au début Serge, tu m’arrêtes, et David, quand il revient, il me coupe la parole, effectivement je parle beaucoup mais je pense que ce livre restera comme un document sur le mouvement des Gilets jaunes. Il le restera par la qualité du travail photographique, c’est-à-dire par la qualité esthétique du travail, qui est liée à beaucoup de choses, et notamment à cette proximité que Serge avait avec les manifestants, avec leurs causes. Ce travail sur les Gilets jaunes restera, et pour moi, il documentera pendant encore très longtemps ce qu’a été cet épisode de la vie sociale et politique française.
David Dufresne
Amis du café, voilà, moi j’ai rechargé, c’est bon, je suis reparti pour une heure, facile ! Donc on est avec Serge et Yannick, à propos du bouquin de Serge On est là, et sachez donc que, visiblement, quand vous passez une commande, ça fait ding ding dans l’émail de Yannick, si j’ai bien compris. Voilà, c’est un super, vraiment un super bouquin, et c’était une très belle interview. Donc je pense que tu as décrit cette photo, on peut peut-être passer à la suivante. Je la mets en plus grand, je m’enlève, voilà, ce qui compte, c’est la photo. Là, on est gare du Nord, je pense, non ?
Yannick Kergoat
Alors moi, je vais la resituer aussi dans le livre. C’est la première photo du livre. Donc, on a vu le dernier tout à l’heure, là, c’est la première. Pour moi, symboliquement, c’est l’arrivée à Paris. Vous avez vu, les cortèges étaient nourris de gens venus de province, parce qu’on l’a constaté, les Parisiens eux-mêmes, dans un certain confort, ont très peu manifesté. Ce sont très peu mélangés aux cortèges, ça venait essentiellement de lointaines banlieues ou de provinces. Donc on arrivait par le train. Pour moi, c’est l’arrivée à Paris. Et puis surtout, il y a une deuxième dimension dont on n’a pas parlé : c’était le côté festif de ce qu’a été ce moment. C’est-à-dire qu’il y avait une joie à se retrouver, une joie à se reconnaître, une joie à partager quelque chose ensemble. Il y avait des chansons, il y avait de l’amitié, de la solidarité qui s’exprimait. Et cette première photo, pour moi, parlait aussi de ce début du mouvement, qui était un mouvement de revendication, mais aussi un mouvement d’identité. Voilà, on partage la même réalité, la même précarité, la même difficulté à finir les fins de mois, la même invisibilisation sociale de nos conditions de vie et de nos existences. Et bien voilà, il y avait une forme de joie chez tous ces gens qui étaient sur les ronds-points, qui ont vécu cette solidarité, qui ont vécu cette parole qui émergeait entre des gens qui, habituellement, ne se parlaient plus, etc. Et bon, voilà, je voulais commencer le livre sur cette idée très, très forte de la joie de se retrouver, d’être ensemble, d’être solidaires.
David Dufresne
Sam Léo vous dit dans le tchat : « Le format papier de ce documentaire est important face aux mensonges et à la désinformation des médias et de certains réseaux sociaux. À se procurer, à offrir. » Ça, c’est Sam Léo. Qu’est-ce que ça t’a fait, toi, Serge, de voir tes photos imprimées ? C’est-à-dire revenir à la base de la photographie, le papier. Et pour toi, Yannick, quel est le geste de l’éditeur, là ? Qu’est-ce que l’éditeur veut faire en prenant ces photos, qui sont disponibles gratuitement sur Internet, et les mettre dans un support papier ? Ce rapport au papier ?
David Dufresne
Ah, mais c’est pour ça qu’il a du retard dans son film, Yannick ! Ah, Bertrand Fevre, si tu nous écoutes, voilà la vraie raison : ce n’est pas qu’il est long, c’est qu’ils ont trop de travail.
David Dufresne
Alors, qu’est-ce que tu entends par « graphiquement » ? Qu’est-ce que tu entends ?
Yannick Kergoat
Serge a résumé notre rencontre. On s’est rencontrés un peu par hasard, dans le cadre d’une réunion avec Antoine, avec d’autres commentateurs et acteurs du mouvement des Gilets jaunes. L’intérêt était effectivement double. Pour moi, évidemment, c’était de documenter le mouvement des Gilets jaunes, essayer de rendre compte de ce mouvement autrement que ce qu’on en percevait à travers les médias dominants. Donc d’avoir un autre regard. Ce n’est pas Live, là, un regard effectivement totalement différent et puis extrêmement puissant au niveau de l’image. Donc moi, tout de suite, j’ai été voir ça et j’ai dit : « Ça m’intéresse. » Il se trouve qu’on a un petit outil, avec Emmanuel, qui s’appelle une maison d’édition, Adespote. On s’est dit : on va y aller, on va essayer. On n’a jamais fait de photo, ce n’est pas grave, on va apprendre à le faire. Et pour moi, c’était très important d’en faire un livre, parce qu’un livre, ça dure différemment. D’abord, ça s’adresse aux gens différemment la preuve, ce matin et moi, je suis très adepte du multi-support, c’est-à-dire de dire : il y a un combat, il y a une idée, il faut la défendre sur toute la palette des supports possibles. C’est pour ça que je fais un film sur l’évasion fiscale. Alors, on pourrait dire que Cash Investigation le fait magnifiquement, mais moi je pense qu’un film, ça s’adresse aux gens différemment, ça ne parle pas aux gens de la même manière, et ça ne parle pas au même genre de public. Donc il faut investir l’ensemble des médias qui sont à notre disposition. Et on avait celui-là, de la maison d’édition. Et alors, sur le choix des photos, effectivement, Serge m’a laissé cette liberté-là. Donc je suis parti d’un corpus de 5 000 photos à peu près, et puis d’un long travail progressif de réduction, parce qu’on s’était dit et c’était important pour nous de faire des livres les moins chers possible. Voilà, parce que les livres, c’est cher à fabriquer, mais on voulait que le livre soit le moins cher possible. Donc on a essayé de trouver un compromis par rapport à ça. ( Il y a une sonnette.)
David Dufresne
Oui, c’est les services, régulièrement, ils viennent relever tous les noms du tchat, ne vous inquiétez pas, nous, on a l’habitude. Et ils sont…
Yannick Kergoat
J’ai fait ce travail de réduction de certaines frustrations, parce qu’il fallait enlever des photos qu’on aimait bien, par ailleurs, et puis il fallait se donner un cadre. Donc j’ai dit, on va faire un an de manifestations, et puis ensuite, moi, j’ ai appris à faire la retouche d’image, c’est-à-dire, j’ai fait un stage pour apprendre comment on fait de la retouche. J’avais un copain qui faisait ça professionnellement, que je connaissais, et qui faisait des formations. Donc je l’ai appelé, je lui ai dit : je veux me former, donc j’y ai appris à faire ça. Et puis je m’y suis collé en volume, disons, je suis de photo, c’est à peu près entre trois quarts d’heure et une heure et demie de travail. Faites le compte, ça a pris un certain temps. C’est ça, oui. Beaucoup dans le lit, le soir, avec mon ordinateur, on retravaillait les photos. Évidemment, on ne le fait pas du premier coup, on y revient. Il y a tout un travail progressif qui consiste à révéler la photo. Et là, on le voit très bien, le personnage chantera, il y a comme une ronde autour de lui. Donc il faut… Si lui, il est un peu sous-éclairé, il faut aller le sortir un petit peu, il faut lui donner sa présence juste, il faut trouver des équilibres entre les noirs et les blancs, les hautes lumières et les basses lumières, il faut recadrer un petit peu quand c’est nécessaire, etc. Donc c’était ce travail-là qu’on fait et qui s’aboutit jusqu’à la photocomposition, puisque le livre n’est pas imprimé en noir et blanc, il est imprimé en noir avec une couleur. C’est ce que font tous les photographes, on rajoute ce qu’on appelle un pantone, qui réchauffe légèrement la photo Donc là, on fait appel à un photocomposeur, qui maîtrise parfaitement ces techniques-là et qui va faire en sorte que le rendu imprimé soit celui qu’on a élaboré au moment de la retouche. Voilà, et puis le travail, on l’a appris en le faisant
David Dufresne
Antoine Peillon, qui vous a donc réunis, écrit la préface. J’ai oublié de le citer, d’ailleurs, tout à l’heure, et je vais lire quatre lignes : « En ces temps où l’État, pour défendre un capitalisme sans pitié, a laissé sa milice éborgner, en quelques mois, des dizaines de manifestants inoffensifs, profanant sciemment leur humanité, Serge D’Ignazio n’a cessé d’aligner sa conscience, son œil, son cœur, photographiant à ses risques et périls tous les acteurs, toutes les joies et tous les drames des actes des Gilets jaunes. » C’est beau comme du Péguy, d’ailleurs, c’est de l’huile !
Yannick Kergoat
On commence par du Peillon, et puis on finit par du Victor Hugo. Le dernier texte, c’est un texte de Victor Hugo.
David Dufresne
Alors, cette photo, justement, puisqu’on parle de mutilés, Serge, c’est une photo que tu as prise. C’est la sélection de la sélection, on va dire.
David Dufresne
En fait, il y en a eu, me semble-t-il, deux ou trois actes dédiés aux mutilés. L’un en mars, me semble-t-il, et une autre beaucoup plus tard, en juin, où il faisait très beau. Place de la Bastille, à mon avis, c’est plutôt ça, vu qu’elle était en tee-shirt, la demoiselle.
David Dufresne
Attends, Serge, pourquoi tu viens deux heures avant ?
Yannick Kergoat
Pourquoi as-tu pris cette photo ? Pourquoi tu l’as sélectionnée ? Effectivement, d’abord parce qu’elle rend compte d’un moment précis de ce qu’a été le mouvement des Gilets jaunes. C’est-à-dire un moment de prise en compte de la répression et de la violence hallucinante avec laquelle le mouvement a été réprimé. Et là, je crois qu’il faut rendre hommage à Taha Bouhafs quand même. On ne peut pas parler de ça sans parler de lui. Parce qu’il y a eu une omerta médiatique sur cette violence pendant des semaines et des semaines. Les médias ont complètement nié la façon dont le mouvement était réprimé : les blessés, les mutilés, les centaines de manifestants tabassés, etc. Et il y en a un qui l’a documenté jour après jour, patiemment, avec un travail journalistique extraordinaire : c’est le taulier, c’est lui, c’est David. C’est le petit !
David Dufresne
C’est bien, tentative de corruption, chef ! Dans le chat, on voit la tentative de corruption. Ouais, j’y suis !
Yannick Kergoat
Je sais, mais en même temps, moi, on ne se connaissait pas à l’époque. Non, on ne se connaissait pas. Et moi, j’ai dit : merde, putain, mais voilà, tu as réussi à briser le mur. Et à un moment donné, quand même, ils ont été obligés d’en parler. Et entre-temps, le mouvement…
David Dufresne
Je rappelle toujours qu’il y a d’autres photographes, je rappelle qu’il y avait d’autres gens qui faisaient aussi ce travail de documentation, qui étaient peut-être moins visibles. Je pense aux Murs jaunes et à d’autres. On était quelques-uns à faire ce travail.
Yannick Kergoat
Et je pense qu’à ce moment-là, le mouvement a pris conscience de la violence. Ils en avaient conscience, mais ils ne l’avaient pas exprimée politiquement. Ils en avaient conscience chaque samedi. Ils prenaient du gaz, ils prenaient la matraque, ils prenaient du LBD à tout-va, les mains arrachées, les yeux crevés, les corps mutilés. Mais à un moment donné, ils se sont dit : ça suffit, ce n’est plus possible. Et puis cette photo résume cette dénonciation de la violence dans une forme, moi, que je trouve magnifique : cette jeune femme extrêmement jolie, belle, gracieuse, fragile je ne vais pas accumuler les stéréotypes mais qui porte une image terrible, de violence insoutenable, des personnes mutilées. Pour moi, c’était ce moment aussi de basculement dans le mouvement où les manifestations d’hommage rendaient compte et parlaient de leur vie.
David Dufresne
À propos de stéréotypes, question pour vous deux : comment on évite de reproduire des images iconiques de manifestations ? Parce que, depuis que la photographie est née, la manifestation est documentée, alors évidemment, avec le grand fait qu’est 68. Est-ce que, par exemple, Serge, pour toi, c’est une préoccupation ? Ou pas du tout ? Non pas que tu te foutes de ce qui a été fait avant, de savoir si tu reproduis ou pas ce qui a été fait. Est-ce que parfois tu es gêné par rapport à ça ? Est-ce que tu cherches ça ? C’est quoi ta position ? Et pareil, après, celle du voyeur, celle de celui qui regarde, est-ce qu’il y a une question autour de ça ?
David Dufresne
Et toi, Yannick, en tant qu’homme d’image, en tant que cinéaste, est-ce que c’est une préoccupation pour toi ? Est-ce que tu as écarté des photos en te disant : bon, ça, c’est trop la jeune fille avec le bouquet de fleurs, ça, c’est trop comme Venditti face au CRS, ça reproduit trop… Est-ce que, par exemple, tu t’es posé cette question purement esthétique ?
Yannick Kergoat
Ça n’a jamais été une question vraiment. Après, je l’ai peut-être fait, mais ma préoccupation, c’était de sélectionner parmi 5000 photos, 150 photos. Évidemment, ce choix, c’est un choix esthétique. Il y a une valeur esthétique très forte, photographique très forte. Moi, j’aime beaucoup la photo, je vais voir les expositions, j’achète des livres, de temps en temps, quand ils ne sont pas trop chers, etc. J’ai un rapport avec la photographie, et c’est ce qui m’a immédiatement plu dans le travail de Serge, c’était sa qualité de travail photographique. Mais après, dans la composition du livre, moi, je voulais rendre compte de son travail. C’est-à-dire que les 150 photos donnent une idée, quand même, la plus exhaustive possible du travail de Serge, parce que derrière, il y a des milliers de photos. Mais je voulais voir ce que j’appelle, moi, des motifs : les femmes, les portraits, les pancartes, les CRS, voilà, un certain rapport au cadre, à l’image, aux arrière-plans, enfin voilà. Et ma préoccupation, c’était d’être fidèle au travail de Serge et de rendre, le plus fidèlement possible, compte, dans un seul livre, avec 150 photos, de ce qu’a été son travail pendant des années et des années.
David Dufresne
La modératrice en chef, nous écrit : « Cette jeune fille est la première en haut à gauche sur la feuille qu’elle tient. » Alors ça, j’ai déjà vu ça. Ben oui, alors j’y ai regardé, c’est quelle page ?
Yannick Kergoat
Attends, je vais te dire, j’ai le bouquin là, c’est plutôt sur les fins forcément.
David Dufresne
Ils vont passer aux aveux, là.
Yannick Kergoat
Ben non, je ne crois pas. En haut à droite… Non, en haut à gauche, pardon. En haut, à gauche. Non, je n’y crois pas. Non, non. Vous ne pensez pas ? Non, non, je ne pense pas. Non, c’est sûr que non.
David Dufresne
Elle ne ressemblait pas sûr, on nous dit, en vadrouille. Ah bon, bon, bon.
Yannick Kergoat
Le dimanche 2 juin, oui.
David Dufresne
Bien joué, bien tenté, Euryale une fausse information.
Yannick Kergoat
Pas parce que c’est ma boutique, que je vends du livre, mais franchement, sur le livre papier, vous verrez cette photo. Redis-moi quelle page, excuse-moi, c’était 80 : le regard direct dans l’objectif, la candeur, la confiance qu’elle met aussi à se faire photographier.
David Dufresne
Moi, les amis, je vous dis qu’il y a doute.
Yannick Kergoat
Euh
David Dufresne
Moi, je dis qu’il y a doute, mais c’est un… Si, regarde : le nez, les lèvres… Non, non. Ce n’est pas grave, ce n’est pas grave. Mais effectivement, on essaie de rendre hommage le mieux possible, le plus possible, au travail de Serge. Mais c’est incomparable, l’apparition papier. Voilà, c’est évident que c’est absolument incomparable de voir le livre dans son écrin, on va dire, voilà, en format papier. Alors voilà, donc là, on arrive à ma série maintenant, en fait, de photos. Est-ce que, Yannick, tu peux rester un petit peu ou pas ? Bien sûr, oui, je peux rester. Super, super. Alors, je vais mettre en plus grand. Ah oui, alors cette photo, je la prends pour la trottinette. Je la prends pour la trottinette, parce que je trouve que la trottinette est un marqueur temporel absolument extraordinaire. Et d’ailleurs, petite… Attends, je cherche… C’est où, ça ? Voilà, c’est là, voilà. Il se trouve, c’est une petite anecdote, il se trouve que, quand on fait Un pays qui se tient sage avec Florent Monjou, dans les images qu’on va laisser, il m’est arrivé de choisir une image parce qu’il y avait une trottinette, en me disant : ça montre l’époque. Dans vingt ans, si les gens regardent le film, ils se diront : c’était quoi, ce truc, tout d’un coup, dans Paris ? Et donc, voilà, ce policier qui trébuche, tu vas nous dire, Serge, si c’est à cause de la trottinette ou pas. Et d’ailleurs, dans le livre, il y a deux, trois trottinettes, il me semble, chose qui a un peu disparu d’ailleurs, puisque, entre-temps, il y a une réglementation sur la trottinette, qui a fait qu’il y en a un peu moins dans les rues. Mais la trottinette, qui se transforme aussi en arme par destination, alors qu’au départ, c’est plutôt une espèce de retour en enfance qui est proposée par Hubert et compagnie. Voilà, cette photo, Serge, elle est de quand ?
Yannick Kergoat
Bye, bye.
David Dufresne
En tout cas, cette photo suscite des commentaires, Serge, et on te rappelle, Émile Cheval, on a dit pas de pause gênante pour les personnes. Ce à quoi quoi Euryale répond, ce n’est pas une pause, l’action est flagrante. Yann nous dit : les trottinettes de Bolloré. Donc voilà, c’est magnifique, tu vois, c’est beau. Voilà, ça, c’est une très, très belle photo.
Yannick Kergoat
Et qu’on entend en voyant la photo, on entend le chanteur dont on voit juste les bras, qui fait : « Oui, c’est ça, c’est ça. »
David Dufresne
En vadrouille nous dit : la main droite du manifestant qui semble montrer la trottinette, voilà. Non mais alors, cette photo, j’ai pris cette photo purement pour son aspect esthétique, on va dire. Je me suis imaginé beaucoup de choses, je me suis imaginé une dame qui n’avait jamais manifesté, qui ne savait pas comment lever le poing. Alors elle a trouvé cet artifice, c’est peut-être pas ça du tout, mais je veux dire, j’ai complètement voyagé avec cette photo, cette dame qui a un certain âge, etc., et qui a beaucoup d’élégance dans ce poing serré, dans ce poing levé, et il y a beaucoup de mystère. Est-ce que Serge, tu peux m’éclairer là-dessus ?
Yannick Kergoat
Ah, c’est génial.
David Dufresne
Ça, j’imagine, Yannick, c’est une photo évidente. Enfin, je veux dire évidente, tu la prends comme une évidence pour le bouquin.
Yannick Kergoat
Elle est magnifique, il y a ce portrait de femme, il y a quelque chose de joyeux aussi, elle rigole, elle se casse un peu, elle est en train de rigoler. Et puis elle est magnifiquement composée. Regarde le poing, il est parfaitement dans le V du ciel. C’est un peu une difficulté quand on fait de la retouche, parce que les matières de ciel dans le numérique, c’est compliqué. Donc il faut retrouver, il n’y a pas de matière, comme je disais, entre les hautes et les masses de lumière, etc. Donc c’est des photos qui sont un peu complexes à retoucher, mais voilà, c’est magnifique. Il y a énormément de choses, il y a un mystère, il y a une joie, il y a la joie de manifester. Il y a quelque chose dans la manif que moi j’ai essayé de rendre et qui est un peu un sentiment personnel, c’est-à-dire dans une manifestation, on est avec les autres et puis en même temps, on est seul. On est soi avec les autres, on est mis en demeure de trouver une relation entre nous et les autres. Et chacun vient avec son identité, avec un bout de ce qu’il est, cherche à exprimer quelque chose de lui-même à travers des pancartes, à travers les gestes, à travers les habits, à tout un tas de choses qu’on porte sur soi. Et puis en même temps, on est au milieu des autres. Il y a cette dualité dans la manif et je trouve que les gens qui manifestent en arrière-plan, en avant-champ, en premier plan avec ce point très marrant, je trouve ça très touchant.
David Dufresne
Et ce point, il est dans quelle matière, justement, Serge, tu le sais, tu te souviens ?
David Dufresne
Alors, autre photo que j’ai sélectionnée, photo d’action, là pour le coup. On est à quel moment et où ?
David Dufresne
Alors, les raisons, si ça t’intéresse, pour lesquelles j’ai pris cette photo parmi d’autres, c’est parce que le LBD n’est absolument pas réglementaire. Là, l’utilisation du LBD n’est absolument pas réglementaire. Et là, tu saisis en réalité tout le problème. La balle de défense, c’est pour se défendre, ce n’est pas pour attaquer. Et ce n’est absolument pas pour être aussi près. Là, le policier est beaucoup trop près de sa cible, qu’il ait tiré ou non, de toute façon, la situation dans laquelle il se met n’est absolument pas réglementaire. C’est-à-dire qu’on n’est absolument ni dans la proportion, ni dans les nécessités, ni ainsi de suite, etc. Cette photo, c’est ton regard politique, elle montre particulièrement le problème, puisqu’on sent que le gilet jaune va trébucher. Pour moi, il est en train de reculer, il va tomber à cause du trottoir. Dans la composition de l’image, de toute façon, on voit qu’il y a quelque chose d’inégal, mais surtout, ce qui est complètement dément, c’est l’usage de cette arme qui n’est absolument pas… Et ce qui fait d’ailleurs que le LBD, on le dit, on le répète, mais comme on ne l’a pas dit ce matin, il n’y a pratiquement que la France qui l’utilise en maintien de l’ordre. Parce que ce n’est pas fait pour ça, ce n’est pas fait pour être utilisé tel que c’est utilisé là. Le fabricant lui-même le dit. C’est pour ça que j’ai trouvé que cette photo était particulièrement belle, intéressante. Mon cher Yannick, je te signale que tu as reçu une commande de Pierre-Ange : « Les photos sont sublimes, je suis la facture 369 sur Adspot, j’attends le livre avec impatience. » Voilà, c’est directement du consommateur au producteur.
Yannick Kergoat
Je veux dire que je ne suis pas si sûr qu’il n’a pas tiré, là, parce que je me suis beaucoup posé la question en regardant la photo, en l’agrandissant. Il trébuche visiblement, il est en train de tomber en arrière, donc il y a quelque chose qui le fait tomber, il n’est pas en train d’y aller en arrière, il est vraiment projeté par quelque chose. Et si tu regardes vraiment son pied, son pied ne touche pas le trottoir.
David Dufresne
Oui, c’est vrai.
Yannick Kergoat
Et moi, je crois que cette photo documente un tir de LBD à bout portant. Pourtant, cette arme de défense, c’est une arme d’attaque, et à des distances qui ne sont absolument pas réglementaires. Et vraiment, moi, j’ai beaucoup regardé le pied : il est à dix centimètres ou cinq centimètres du trottoir, il n’est pas en train de buter dedans. Donc s’il avait vraiment buté dans le trottoir, le pied ne serait pas là, lui, il serait plus bas. Moi, je pense qu’on n’a pas et Serge, qui aurait pu nous le dire, n’a pas le souvenir, ce qui est normal, de cet événement précis on n’aura pas exactement la réponse, mais on sait très bien que l’usage qui a été fait de ces armes, il n’était pas réglementaire, des centaines de fois.
David Dufresne
Serge, à quel moment tu te positionnes ? Quelqu’un dans le chat dit : « Le talent en photo ? » Non, je vais retrouver la phrase. Ce qui fait que la chance dans la photographie, c’est d’abord le fait d’être là. C’est Natlagitane qui dit ça : « La chance dans ma photographie, c’est d’abord le fait d’être là. » Et là, effectivement, il y a quelque chose qui n’est pas une photo posée, ce n’est pas une photo composée, c’est sur le vif. Est-ce que tu te souviens à quel moment tu te positionnes dans cet axe de rue ? Est-ce que tu devances l’action et, à ce moment-là, de combien de secondes ? En te disant : « Il se passera quelque chose dans dix secondes, le temps que j’ai armé mon appareil ? » Ou est-ce que ça se fait de manière tout à fait naturelle et il n’y a pas de réflexion en amont ? Ou comment ça se passe, en fait ?
David Dufresne
Yannick, je ne sais pas ce que tu en penses, mais par exemple, dans le documentaire, la chance, ça se provoque aussi. C’est-à-dire qu’il y a un moment où tu mets tout en place pour que la chose puisse être captée. Tu ne la crées pas, mais non ? Yannick, qu’est-ce…
Yannick Kergoat
Oui, j’entends la modestie de Serge, de dire que c’est de la chance, etc. Évidemment, il y a une partie non. Une fraction de seconde avant, une fraction de seconde après, ce n’est pas la même photo. À un moment donné, comme tu dis, la chance, c’était aussi d’être là, d’avoir parcouru ces cortèges avec les gens. Donc il y a tout ce travail. Il y a un énorme travail, peut-être invisible. Une partie du travail photographique est inconscient, au sens où le regard Cette fabrication du regard est quasi instantanée : c’est celui qui regarde et qui photographie. Donc oui, il y a une part de chance, mais il y a une énorme part de travail, et d’années et d’années de fabriquer ces photos, de faire de la photo. Ce n’est pas de la chance. C’est de l’art !
David Dufresne
Alors, là, cette photo, c’était pour rejoindre un peu une préoccupation qui a été posée au tout début de l’émission. On est bientôt à la fin, les amis, je vais bientôt vous libérer. C’était ton regard sur les slogans, les pancartes. Mais là, ce que j’aime, c’est qu’il y a une petite faute. Et j’aime cette petite faute : « Mon travail, c’est pour mon service public, pour une solidarité, et non pour les actionnaires », et non « pas les actionnaires ». Et ça, j’ai trouvé ça assez beau. Est-ce que c’était ça que tu cherches dans cette pancarte, ou est-ce qu’il y a autre chose ?
David Dufresne
Yannick, une réaction par rapport à cette photo ?
Yannick Kergoat
Oui, je pense qu’il a raison, c’est-à-dire que dans les premiers temps du mouvement, il faut quand même rappeler qu’il y avait une certaine bienveillance de la part des premiers actes, de la part des médias, parce que c’était un mouvement populaire. On disait que c’était légitime parce que c’était populaire, et puis parce que surtout c’était contre une taxe. Donc ça rentrait dans la philosophie des médias : il y a trop de taxes, il y a trop d’impôts, il faut baisser les taxes, etc. Donc tout d’un coup, un mouvement populaire qui émergeait à cause d’une taxe et contre une taxe c’était la taxe sur les carburants ça paraissait tout à fait intéressant à mettre en valeur. Et puis, très vite, effectivement, quand ils se sont aperçus que le mouvement était beaucoup plus large que ça, que les revendications, ce n’étaient pas simplement une taxe, c’étaient les modes de vie, c’était la vie chère, c’étaient les fins de mois difficiles, c’était tout ça, et puis que les gens exprimaient assez clairement qu’ils étaient conscients des raisons pour lesquelles ils vivaient dans la situation qui était la leur, et que cette taxe, c’était juste la goutte d’eau qui faisait déborder le vase, les médias se sont retournés contre le mouvement.
David Dufresne
Absolument. Acrimed, dont tu fais partie, a très, très bien documenté la médiatisation et la contre-médiatisation du mouvement. Cette photo, il faut que je la mette en grand pour voir pourquoi je l’ai… Je ne sais pas pourquoi je l’ai choisie… Ah bah si, simplement pour sa beauté. Voilà, pour sa beauté, pour sa beauté, là aussi pour son mystère. Il y a de la joie, C’est un tableau. Là, on est carrément dans un tableau. C’est Delacroix, à peu près. Serge Garenaud, non, pas du tout, tu es là par hasard, tu fais tout en automatique, ce n’était pas de ta faute, je n’étais pas là, monsieur l’agent libéré, on a bien compris ton discours. Non, c’est un tableau, tu es d’accord.
David Dufresne
Oui, elle est sympa, elle est chouette.
Yannick Kergoat
Il y a beaucoup de ça dans le livre : il y a du feu, il y a des flammes et de la fumée. Il n’y a pas que ça, évidemment, il y a des portraits, il n’y a pas que des gens, il y a des situations, il y a de l’attente, il y a de l’action, mais il y a aussi des flammes et de la fumée. La fumée, c’est la fumée de ce qui brûle éventuellement, mais c’est aussi beaucoup, évidemment, les lacrymos.
David Dufresne
Alors, vous n’avez pas attendez, Euryale qui ne lâche jamais l’affaire, m’envoie un truc. Je ne sais pas si vous allez voir Je reviens à la photo de tout à l’heure.
Yannick Kergoat
Je reviens. C’est la photo de la femme ? Je veux dire, c’est LA femme de la photo ? Je ne sais pas si vous allez bien. Ce serait extraordinaire que vous découvriez ça. Eh oui, mais si…
David Dufresne
Si, c’est le menton, enfin, il me semble. Écoutez, il y a son nom, comme elle s’est affichée, on peut le donner : elle s’appelle Laurence. On est en mars 2019, c’est la photo qui est là. Moi, j’ai quand même l’impression que c’est son sourire, c’est son nez, c’est son… La manifestation, oui, mais là…
Yannick Kergoat
Elle a été blessée le 17 mars.
David Dufresne
Alors, il y a un moment où ils sont passés aux aveux, on n’a plus le son, messieurs. Et figurez-vous que le son est revenu, figurez-vous qu’ils sont passés aux aveux. Ils disent peut-être, c’est peut-être elle, etc. Donc, Euryale, bravo. Et euh… voilà, voilà, voilà. Donc ça, c’est de la Baudot, quoi. Donc, Serge, je t’enverrai le lien Facebook, a priori. Mais non, non, on a quand même l’impression, on a quand même l’impression que c’était bien.
Yannick Kergoat
Oui, sur cette photo, ça y ressemble plus, ça, c’est sûr. Quand on voit l’avant en grand, il y a une ressemblance assez naturelle.
David Dufresne
D’une certaine manière, c’est la magie de la photo
David Dufresne
Je vais aller chercher.
Yannick Kergoat
La photo en couleur, tu veux dire, après.
David Dufresne
C’est dans ta sélection à toi, Serge, je ne me trompe pas. Yannick, pardon, pardon, Yannick, attends, je vais essayer de la retrouver. Évidemment, ça ne marche plus, oh là au bout de cent cinquante émissions, on a enfin un aveu, il n’y a pas le son, il n’y a plus l’image, je suis très, très magnifique, c’est bien, comment ça se fait, ça ? Merde, je n’ai plus ton diaporama, je ne sais pas pourquoi, oh merde, ça y est, ça va revenir. Alors, pardon, excusez-moi, voilà, alors. Donc tu nous dis, c’est le même motif ?
David Dufresne
Bravo, Euryale, trop puissant comme d’habitude, belle enquête d’Euryale est extraordinaire.
David Dufresne
Tu vois, bon, cela dit, on fait les gourmets, les experts et tout ça, mais il faut rappeler que c’est une blessure. Alors là, on ne vous entend pas, je vais juste te montrer l’impact caractéristique du LBD. Voilà, c’est un LBD qui va la toucher à la tête, ce qui est formellement interdit. Même Castaner lui-même, dans une célèbre émission de télévision, à un tableau, le professeur l’a expliqué. Aux élèves, là, je crois qu’ils n’ont pas le droit. Bref, alors je reviens rapidement à ma petite sélection, où je suis perdu, là, tout d’un coup, je suis perdu dans mes trucs, mais ça va arriver, ça va arriver, voilà, alors, hop ! Alors, cette photo, c’est une des dernières de ce matin. En fait, dans mon souvenir, dans le livre, je crois qu’il y en a deux, il y a deux photos. Et on comprend que c’était un bus. Donc ce sont des gens qui sont emmenés, c’est ça, pour un contrôle d’identité.
Yannick Kergoat
Mmm
Yannick Kergoat
Je suis en train de chercher.
David Dufresne
C’est quelle page, Yannick, tu te souviens ?
Yannick Kergoat
Ce sont les pages 66, 67.
David Dufresne
Alors…
David Dufresne
Dans mon souvenir, en fait, c’est une directive du parquet qui avait fait en sorte qu’on puisse déporter c’était le terme, le terme technique qu’on puisse déporter des manifestants, les amener ailleurs pour les contrôler pendant quatre heures, finalement pour les empêcher de manifester. C’est-à-dire que tout ce temps-là, évidemment, tu ne peux pas manifester. Effectivement, là, c’est trois photos, parce que là, pour le coup, il y a un travail d’éditeur, évidemment. C’était une double page qui est très, très, très forte, très, très puissante. Et ça, c’étaient des bus, je crois, de la RATP, c’était ça ? Oui, reconditionnés pour la police. Voilà, c’est ça, c’est ça, oui, c’est ça. Alors, je reviens…
Yannick Kergoat
Je voudrais dire juste un mot là-dessus, parce que c’est vrai que c’est passé très hors champ, ce phénomène d’empêcher les gens d’accéder à la manifestation. Enfin, on en a entendu parler, pour ceux qui s’y intéressaient, mais moi, j’ai été témoin, par exemple, un samedi matin, très tôt, du côté du Sénat, il y avait plusieurs unités de la BAC qui étaient réunies, qui prenaient leurs instructions d’un officier, d’une supérieure, etc. Et moi, j’étais à côté, je les regardais faire. Et de l’autre côté de la rue est arrivé un couple d’une quarantaine d’années, avec des petits sacs à dos, comme s’ils arrivaient de province. On repère tout de suite les gens un peu touristes de province dans Paris. Les mecs de la BAC se sont arrêtés, ont immédiatement traversé la rue, mais ils étaient au moins quinze, les ont encadrés, leur ont demandé d’ouvrir leurs sacs, etc., parce qu’ils savaient que c’était potentiellement des manifestants de Gilets jaunes. On était à huit heures du matin, on était très loin des horaires des manifs, on était dans un quartier où il ne se passait absolument rien, etc., et on a arrêté ces personnes-là pour justement les empêcher de faire la manifestation. Moi, j’ai vraiment été un témoin oculaire de ça, et je sais que ça s’est produit partout. Une manière de réprimer un mouvement social, c’est justement d’empêcher les gens de manifester. Après, on sait à quel point ils ont judiciarisé tout ça, ils ont utilisé la violence pour réprimer, pour faire peur, les LBD dans la figure, etc., mais aussi toutes les techniques possibles pour empêcher des manifestants d’accéder au cortège. Au revoir.
David Dufresne
Voilà, il y a cent cinquante photos, on ne va pas les regarder ce matin, parce qu’il faut les voir. Il y a celle-là, par exemple, que j’adore quand même, celle-là, avec le cône, voilà, qui est quand même extraordinaire. Voilà, c’est un très, très, très beau livre. Je voudrais simplement terminer, si tu veux bien, Serge, sur un des tout derniers travaux de photos que tu as faits. Tu es allé à Villepinte, tu es allé au meeting de Zemmour.
David Dufresne
On était tous au fond du trou, on a regardé ici ensemble, tout ça, c’était terrible. Yannick, tu veux dire quelque chose ? Tu veux conclure ? On va vous libérer après deux heures vingt-huit.
Yannick Kergoat
Question de spécialiste : la BRAV, c’est vraiment sur le volontariat ? Ceux qui s’engagent dans la BRAV, c’était ce que j’ai lu quelque part, que les gens de la BRAV, les motards et les CRS derrière, sont volontaires. Je termine avec ma petite boutique en disant que le livre de Serge, on peut le trouver sur notre site, mais évidemment, on peut le commander en librairie, partout en France. On commande le livre, on le demande à tout le monde. Attends, on va faire ça ensemble ? On peut le commander sur notre site, mais évidemment, tous nos livres sont en librairie. Je veux dire qu’on a aussi fait un livre sur la manif…
David Dufresne
Attends, on va le faire tous les trois, comme ça, on aura une belle vignette. Yannick, est-ce que tu peux reprendre le livre de Serge ?
Yannick Kergoat
On fait de l’image.
David Dufresne
Et là, on ne te voit pas assez, Yannick, on ne te voit pas assez. Non, non, non, on ne te voit pas. Voilà, voilà, voilà. C’est parfait, c’est parfait. Voilà, vignette. Donc, alors, alors, ben, alors…
Yannick Kergoat
Alors monsieur Boutique, allez-y, allez, alors, qu’est-ce que vous avez en magasin, monsieur ? C’est un roman graphique de Mathieu Colloghan, qui est un illustrateur, un graphiste, un peintre, voilà, qui a fait un roman sur la manif. C’est l’histoire de son rapport avec la manif. C’est trois manifestants qui se racontent leur manif, et évidemment, c’est une illustration de ce qu’a été la gauche depuis trente ans, d’une certaine façon, et des cortèges, etc. C’est à la fois très drôle et un peu désespérant. Et puis notre dernier livre, c’est celui-là, j’en parlais un tout petit peu au début de l’émission, donc je le rappelle, ça s’appelle Les médias contre la rue. C’était un peu le livre anniversaire de l’association Acrimed. Et c’est dans le titre qu’on revisite vingt-cinq ans de mouvements sociaux et de traitement médiatique des mouvements sociaux, et on analyse très finement, dans le détail, ce que sont les outils médiatiques pour décrédibiliser les mouvements, comme c’est dit dans le sous-titre, les démobiliser. Et voilà, t’en montres des images, il y a aussi des illustrations à l’intérieur du livre, et c’est vraiment un livre, pour moi, très important sur la question du rapport des médias dominants avec les mouvements sociaux et, évidemment, la promotion de la réforme libérale, néolibérale.
David Dufresne
Un exemplaire de presse éventuellement un jour, et peut-être que nous inviterons les gens d’Acrimed, ce serait un grand plaisir de démarrer 2022 avec eux, par exemple. Si vous pouvez. Et je crois que je te l’ai envoyé, non ? Ah non, bah non. Ah non, sinon je pense qu’il y a longtemps que je les aurais invités. Non, non, on verra ça plus tard. On verra ça plus tard, merci beaucoup à vous deux.
David Dufresne
Alors, X-Pro3, X-Pro2 ou X-Pro3 de chez Fuji film, très bien, on va les taguer sur Twitter, voilà. Bon, super, il y avait encore plein de questions, mais bon, allez, ça fait deux heures et demie que vous êtes là, je vais quand même vous libérer. Merci beaucoup à vous deux, merci Serge, merci Yannick. Voilà, merci beaucoup, vous dit Sam. Très bon. J’avais lu boîtier, non, boîtiers, te dit Wispy, en effet. Merci à Serge pour ces superbes photos, à Yannick pour les avoir éditées sur papier glacé. Jesse James : merci à vous deux, le travail est magnifique : merci pour ce moment : merci. Méditation : merci au photographe pour le témoignage qu’il apporte à l’humanité. Les photographies sont une source d’inspiration sans fin. Natlagitane : merci beaucoup pour cette sensibilité et cette complicité. C’est vrai, ça s’est senti ce matin encore. Voilà, merci Euryale vous envoie plein de cœurs. Je pense qu’elle est assez contente de son coup, quand même. C’était cool, c’est cool, voilà. Merci beaucoup, je vais commander le livre de Serge. Très bien. Alors sachez donc que, pour la première fois dans l’histoire d’Au Poste, on entendait des commandes avec les notifications, des emails, c’est super, j’adore. On sait quoi offrir à Noël, c’était un peu l’idée de l’émission de ce matin. Chers vous deux, on vous libère. Cher Yannick, on se voit bientôt, je crois, va bosser un peu. Serge, merci encore. Je te rappelle que tu mets toute ta sélection de photos sur Flickr et qu’une à deux fois, trois fois par semaine, il y a des nouveautés, c’est-à-dire que tu arpentes constamment les rues.
Yannick Kergoat
Et qu’on peut s’inscrire à sa newsletter, parce que comme ça, on est informé directement à chaque fois qu’il met des photos.
David Dufresne
C’est ça. Merci à tous les deux. À très bientôt. Merci beaucoup. Bonne journée. Merci beaucoup, merci beaucoup.

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