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Comment travailler sur les violences policières ? Avec David Perrotin (Mediapart) et Nnoman Cadoret (collectif œil)

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Transcription de l’émission

David Perrotin
Exactement. C’est tout à fait ça.
David Perrotin
Alors je suis toujours en relation avec eux parce que je suis parti en très bons termes et en plus par ce grand. Je raccroche à peine avec le directeur de publication parce qu’on a écrit des choses sur la fermeture éclair. Et ce, sans croissance. Bah oui alors après moi j’ai plus le nez dans je l’avais pas avant, déjà dans les chiffres etc. Mais en tout cas sur la partie éditoriale, je sais que quand je l’ai quitté, il se portait très bien le média et qu’il y avait une volonté qui semble se confirmer de s’occuper de fin de traiter par exemple enfin des sujets engagés comme les violences policières, mais comme les violences sexistes ou sexuelles et d’autres les questions environnementales. Donc à ma connaissance, il n’y a aucun problème sans croissance des contenus développés. Il y a d’ailleurs quelqu’un, je crois, qui arrivera prochainement dans leur équipe.
Présentation
D’accord, On attend. Tenté un peu d’autres questions. Moi je peux te poser une question, mais si on a tendance à alterner un petit peu normal, disons qu’il y avait il y a des images que toi tu as vendu pour ce film là, tu peux, tu peux nous parler un peu de ces images là, nous dire de quel il s’agit et le contexte dans lesquelles tu avais pris ces images peut être.
David Perrotin
Ouais, tout à fait. Alors les images que j’ai que j’ai eu la chance de distribuer dans ce film et de vendre, et c’est important de le dire et de remercier aussi David la dessus qui a vraiment été réglo. Et je l’avais déjà dit à la première projection. C'était vraiment chouette de pouvoir voir des images dans ce film là et de vivre en fait, et de gratifier aussi notre travail sur le terrain. Les images que j’ai distribuées, du coup, c’est les images des deux agents de la bravoure. Le 5 décembre 2019 qui descendent le boulevard Magenta et qui donc ? Il y a toute une colonne de braves M. C’est les brigades de répression de l’action violente motorisée, qui fait redescendre le boulevard Magenta, donc entre Gare du Nord et place de la République, toute la colonne passe devant l’individu qui est au sol, qui est en boule par terre. Aucun policier ne regarde vraiment cet individu et redescend sur autre chose. Et le dernier policier de la colonne en fait, s’arrête sur un individu et le roue debout. Et donc ce sont des images qui sont qui durent seulement quelques secondes. Et j’ai eu le temps en fait d’arriver. Moi je remontais le boulevard à ce moment-là et j’ai eu le temps d’arriver sur cette séquence. Du coup les deux policiers le tabassent jusqu'à le mettre des coups de pieds. Et je vois ce qui a été le plus choquant dans ces images, c’est évidemment les coups de matraque qui sont qui sont démesurément violents par rapport à la scène, à savoir quelqu’un qui est en boule par terre. Mais ce qui m’a beaucoup choqué aussi autour de moi, c’est de voir que l’individu n’a pas été interpellé à l’issue de ce matraquage. Donc c’est à dire que c'était vraiment un matraquage complètement gratuit, quand bien même ils auraient commis un délit. Évidemment, je ne suis pas favorable à ce qui se passe, tabasser ou interpeller, mais en tout cas les policiers auraient plus facilement justifié cet acte. Et là, on a vraiment l’impression que c’est du défouloir en fait.
David Perrotin
Pour l’instant, je ne sais pas si tout le monde, mais oui, il y a un syndicat de police proche d’extrême droite. A un qui a monté une vidéo qui est, je reconnais, très habile pour relayer des théories complotistes et en fait laisser penser que tout aurait été manipulé dans le sujet de l’agression de Michel Zecler Et ils ont annoncé aussi une plainte pour. Je crois que l’intitulé c’est l’altération de la vérité d’un document privé. Donc c’est m’accuser d’avoir trafiqué et manipulé les images de vidéosurveillance. Je n’ai pas reçu de plainte pour l’instant, j’espère qu’ils la déposent parce que vu le nombre de fois qui ont été annoncé, c’est le dépôt de cette plainte. Et bien j’ai hâte d’aller m’expliquer au tribunal s’il le faut pour démontrer pourquoi c’est bien une agression et pourquoi il y a absolument aucune manipulation dans le sujet qu’on a qu’on a publié.
Présentation
Alors j’suis désolé J’ai pas du tout donné les noms des personnes qui posent des questions. Je vais un peu vite Yves donc je le ferais à partir de maintenant et pardon pour les personnes Bon en même temps, c’est vrai qu’avec vos pseudos, parfois vous n'êtes pas facile non plus. Avec pardons à Scorch Music, je n’ai pas dit on blaze et à périodicité c'était plus facile. Dominique pose une question à Nnoman. Quelle est l'évolution du métier sur le terrain ?
David Perrotin
C’est que c’est compliqué de répondre à cette question. L'évolution par rapport à quel point de départ ? Je ne sais pas si on parle des photographes des années 80 ou des photographes des années 2016, mais je dirais en tout cas moi, si je prends l’année 2016. Ça a vraiment été un point de départ dans la visibilité de mes photos. Et d’ailleurs David Perrotin en a été un des acteurs directs. Parce qu’en 2016, j’ai été le seul photographe interdit de manifestation par le préfet de police et. Et c’est David qui avait sorti qui avait sorti l’information à la suite de l’article de David. Il y a eu un déferlement médiatique autour de ça. L'évolution, elle est comme ça et c’est vraiment compliqué aujourd’hui de faire de la photo de terrain, de faire de la vidéo de terrain, de la radio ou du journalisme au plus près des luttes sociales. C’est compliqué parce que lorsque la police nous empêche de faire entrer concrètement, la police physiquement nous empêche de le faire. Le on nous sort des dispositifs et la police nous empêche aussi de le faire en justice. Et donc on a on a plusieurs journalistes indépendants qui ont comme ça des soucis avec la justice et qui vont être qui vont se faire épingler sur un petit truc qui aurait pu faire de travers. Et derrière ils vont avoir un arsenal répressif qui va s’abattre sur eux. En parallèle de ça, la plupart des rédactions payent de moins en moins bien les photos. Donc voilà l'équilibre en fait entre eux une augmentation de la répression et une diminution réelle en fait du salaire avec ses conditions de travail qui sont assez difficiles. Et je pense qu’il faut qui faut. Voilà que je salue tous les collègues, tous les collègues et tous les collègues qui quittent le terrain. En fait, tout simplement, il y a de plus en plus de photographes qui étaient à mes côtés en 2016 et qui aujourd’hui ne veulent plus, ne peuvent plus se rendre sur le terrain parce qu’ils ont peur tout simplement, et que tout le travail policier a été fait pour que, pour qu’on ait peur en fait. Et la loi de sécurité globale qui est en train d’arriver va dans ce sens là. Et le nouveau schéma du maintien de l’ordre qui nous empêche de rester, de rester sur les dispositifs, va aussi dans ce sens là.
Présentation
C’est la même chose que ce que vient de dire Nnoman de ton côté, David.
David Perrotin
Ouais, alors pas à pas. Personnellement parce que je ne suis pas photographe et j’ai moins l’habitude. Enfin avant si, mais maintenant j’ai l’habitude des manifs que le moment ou d’autres. Mais c’est clair que je ressens cette évolution en fait. Enfin, c’est ce que tu disais sur cette double évolution, à la fois plus de répression et une précarité qui. Est très présente. Et. Et c’est paradoxal parce que moi je m’en rappelle pour aller dans. J’en profite que ce soit parce que du coup, je me rappelle d’un sujet que j’avais fait un peu speed à l'époque. C'était à l'époque de la loi travail sur les journalistes qu’on avait dit que j’avais appelé indépendant. Mais même si je conteste un peu le terme. Éclectique, été justement molestés ou empêchés de faire leur boulot, notamment par les forces de l’ordre. Et moi, ce que j’avais constaté à l'époque en 2016, c’est qu’il y avait une espèce de transition. C’est que la coupe, la couverture, la façon de couvrir les manifestations, elle était assez nouvelle, c’est à dire qu’on avait moins de journalistes traditionnels qui étaient dans les manifs. Oui, on faisait toujours nos papiers, etc. Mais on partait, on ne restait pas. En plus, c'était à l'époque de Nuit Debout, donc ça c'était des manifs qui pouvaient s'éterniser toute la nuit, etc. Et en fait, ce qu’on retrouvait en première ligne tout le temps, c'était les photographes comme Nnoman les vidéastes, etc. Ce qui n’est pas forcément pour d’autres attachés à des rédactions. Et en fait c’est eux qui ramenaient les images. C’est grâce à eux qu’on pouvait prendre conscience parfois des violences policières ou même de la lutte en général. Et pour autant, c’est ça qui pour certains prime le plus. Donc il y a vraiment ce paradoxe qui, à mon avis, n’est toujours pas réglé.
David Perrotin
Comment je travaille auprès des banques. En fait, c’est l’argent. C’est vraiment au cas par cas. Mais si je prends l’exemple de Steve parce que c'était un sujet, on avait fait deux sujets tout à l’heure, mais c’est vrai que c’est un sujet qui m’avait marqué. Bah tout simplement parce qu’en fait on a fait, on a lancé le sujet, donc ça veut dire prendre contact avec ses proches, aller à Nantes pour faire des interviews. Et donc là c'était avec une caméra parce que ce n’était pas obsédant, mais en fait c'était le moment où on évoquait une disparition, on n’avait pas retrouvé son corps, donc du coup c'était assez délicat parce que moi, quand je vois le sujet, je le vois d’abord sur soit des réseaux militants, soit sur les réseaux sociaux tout simplement. Et. Et en fait c’est vrai que par rapport à d’autres sujets, je n’ai pas eu la présence d’esprit de le traiter tout de suite, je pense qu’il y avait un manque de temps etc. Donc en fait c’est comme le temps de la disparition a duré longtemps. Un jour on a décidé qu’on allait le traiter et en fait on s’est rendu sur place pour aller parler un peu à ses proches et on n’avait pas filmé sa famille dans un premier temps. Et c’est vrai que c’est un sujet qui avait remué parce que rapidement, le corps de Steve a été retrouvé. Et en fait, je pense répondre à la question, mais j’ai pas de modèle tout fait. C’est-à -dire qu’il y a à la fois une proximité avec un enfant. Je pense qu’il y a un respect fondamental des victimes ou des proches des victimes qui, qui, qui, qui permet en fait de pouvoir après bah suivre des affaires ou faire plusieurs sujets. Je pense que dans le cas de la famille de ce type, il y avait un truc tout bête : la famille ne voulait pas s’exprimer. Dans un premier temps, je n’ai pas insisté et j’ai considéré qu’un sujet sur Steve pouvait absolument se faire sans interviewer ses proches et donc c’est ce qu’on a fait. Enfin, sa famille, c’est ce qu’on a fait. On a interviewé ses amis. C'était un beau sujet dont je suis fier parce que parce que c'était ça me tenait à cœur. Et après, quand on a hélas retrouvé le corps de Steve, la famille a pu nous donner des éléments pour faire un portrait de Steve qui était aussi très touchant parce qu’on voyait quand il faisait du théâtre, on voyait. Voilà, on apportait un peu plus d’humanité à ce nom qu’on pouvait. Que pouvait mentionner le ministre de l’Intérieur, mais sans trop de considération. Et puis. Et puis bah en fait, c’est ce travail là, au long cours, qui a fait que, un an après, on a pu rencontrer son frère et sa sœur. Son frère ne s’était jamais exprimé. Je pense que voilà, moi j’ai toujours travaillé comme ça. Peut être que parfois j’ai pu manquer de tact, mais il y a vraiment cette idée de si je ne vais pas insister. En fait, je ne vais pas insister pour faire parler des gens ou pour traiter un sujet. Et par exemple, parfois quand il y a des médias qui sont en concurrence, ben je ne me mets pas en concurrence sur ce genre de sujet dans un premier temps. Donc je pense qu’il y a un respect et ça fait un sujet sur la parole. Mais je pense que je pense qu’il y a aussi le fait de travailler sur ces questions là. On en reparlera tout à l’heure, mais il y a une vraie j’ai que moi j’ai un peu travaillé surveillance policière par hasard et je m’en rappelle quand j’allais aux manifs que je rencontrais. Mais quand j’ai aussi été en contact avec David Dufresne, je n’avais pas leur expérience peut être, ou la connaissance de ce sujet. Et en fait, au fur et à mesure, quand on travaille sur un sujet, on passe par plusieurs étapes. Au début, on avait peur d'être étiqueté et je sais que moi, il y avait aussi cette volonté de Bah de faire carrière journalistique. Et donc du coup parfois on se dit que les gens vont nous étiqueter, on va croire que c’est obsédé par ces questions, puis à un moment donné, ça vrille, on se dit non, en fait c’est un sujet fondamental. Donc en fait je vais l’assumer, le traiter. Et je pense que tout ça permet aussi d'être identifié sur certains sujets et pouvoir après faire des sujets comme j’ai fait avec la famille de Steve par exemple.
David Perrotin
Et je crois je rebondis mais David a parlé de quelque chose de fondamental, c’est le temps en fait. Et c’est vrai qu’on voit a contrario des médias plus traditionnels ou mainstream comme assureurs sur ces news BFM. La plupart des journalistes en fait ne prennent pas le temps, alors il y en a qui aimeraient le prendre, n’y peuvent pas parce qu’ils ont des consignes éditoriales très claires et du coup on voit tous les tous les ravages et tous les dégâts que ça peut faire, notamment sur les familles de victimes et notamment aussi sur eux, sur les quartiers populaires ou sur certains secteurs en lutte. Et c’est vrai que. David On voit qu’on a quand même une vraie continuité et il a pris ce temps là. Et pour avoir. On se. Depuis longtemps et notamment on s’est croisés aussi auprès de auprès d’une famille à Pantin il me semble. C’est un travail qui est fondamental et je crois que c’est ce travail là qui peut permettre de réconcilier les gens et les médias, ou en tout cas les gens et certains médias, parce qu’il y a une vraie rupture qui est évidente et qu’on ressent au quotidien. Aujourd’hui, je pense que pour David, c’est pareil. Mais quand on va quelque part et qu’on dit qu’on est journaliste, très souvent, le premier réflexe, c’est que les gens nous demandent de partir plus ou moins gentiment. Mais, mais voilà, on fait tout ça, on paye finalement le travail qui a été, qui a été qu'à ravagé en fait, qui a été fait par BFM notamment et CNews.
David Perrotin
Bah pareil, je vais me rappeler une anecdote sur la défiance des médias, parce que je pense que c’est vrai, j’avais oublié sur ce point là mais. Et le temps du coup qu’on peut prendre ? Moi je me souviens de Ben de la mort d’Adama Traoré et en fait j’ai regardé ça un peu. Je pense que c’est fascinant d’explication. Les jours qui ont suivi, notamment dans ce rapport aux médias. Parce que moi, je me souviens d’une conférence de presse qui avait été organisée à la hâte à Beaumont sur Oise. Et en fait, là aussi, je pense qu’il y a quelque chose qui. Il y a eu un avant et un après, parce qu’on a vu les proches de Assa. Prendre le contrôle de cette communication et en fait refuser aux journalistes qui étaient cités les chaînes d’information, continuait de pas prendre le contrôle et refusait justement de se faire dicter ce temps là par les médias. Et en fait, ça a donné lieu à une conférence de presse assez houleuse parce que je me souviens d’un moment qui m’avait marqué et j’en ai fait un article à l'époque. Je crois que les proches d’Assa Traoré avaient décidé quand est ce je voulais parler, ce qui voulait dire. Et ça ne plaisait pas à certains journalistes dans la pièce. Et il y en a un qui avait dit et il avait demandé Ah, je crois que parler de BFM, de partir et je ne dis pas ça pour taper sur BFM parce que je pense que parfois ce n’est pas mon rôle et je pense que parfois les critiques sont trop faciles. Mais même s’il y a des critiques très justifiées et le journaliste et désolé, c'était manifesté en disant si BFM sort, nous on sort. Et en fait c'était assez édifiant parce que j’ai honte. J’ai vu à la fois comment c'était nécessaire et important que par exemple, dans ces situations là, on n’oublie pas que les victimes ou les proches des victimes, c’est à eux de décider et c’est leur temps. Et on a vu aussi une espèce de corporatisme vraiment néfaste et vraiment néfaste qu’on retrouve souvent dans les affaires de violence policière. Et qui ne fait qu’alimenter la défiance envers les médias.
David Perrotin
Alors il faut que je fasse gaffe. Il y a ma mère qui regarde le live et qui me corrige mes fautes de français en SMS. Donc j’allais doucement sur cette réponse. Mais oui, plus sérieusement, je reçois des menaces sur l’ensemble des réseaux sociaux et de mes amis. En fait, souvent ce que je fais, c’est que je le détourne avec ironie et j’essaye de répondre. Alors je. En fait, moi je réponds quasiment à tout le monde et les paroles, même si on ne me dise pas un jour j’ai un ultra d’extrême droite qui m’a dit avec qui je pars est ma mère par exemple. Je. Bah je réponds désamorçant en disant insulte moi si tu veux, mais pas la daronne, Tu as des trucs comme ça et souvent en fait, c’est les harceleurs qui finissent par me bloquer et par arrêter de me répondre tellement en fait je les renvoie, c’est à dire c’est mon droit. Si je te croise, je te soulève. Bah je leur réponds pas où tu veux, quand tu veux, mais je détourne le truc. Mais par contre, en effet, il y a des gens qui sont là, qui sont vraiment cyberharcelés et ça peut être, ça peut être hyper dangereux et très chronophage. Moi je trouve que franchement, je prends une rigolade qui menace ceux qui écoutent, qui ne font rien. Et j’ai été été cyberharcelé suite au rassemblement de Génération Identitaire parce que je me suis rendue aux rassemblements que j’ai fait en live et ils n’ont pas apprécié que je sois tout seul en plein milieu de leur rassemblement de jeunes militants nazis. Et j’ai fait mon live et depuis je reçois pas mal de menaces. Mais si vous regardez ce soir, on les salue, on espère que le film leur sera utile.
Présentation
On l’espère aussi de mémoire. Alors. Il y a aussi plein de très jolis commentaires pour moi, pour vous deux. J’en ai un Domaine fait partie des personnes qui font attention à rappeler que ça ne touche pas que les journalistes, pas que les professionnels. C’est le qui documente en général sont tous et toutes touchés par la répression. Bravo et échange remarquable nous dit à quoi jaunasse pertinent. Bravo au travail des deux photographes et cinéastes. De tout temps, il y a beaucoup de choses qui arrivent. Remercions encore une fois David des collines qui sont derrière leur écran à me partager toutes ces questions et ces remarques. Comment va Michel Leclerc ? Où en est sa plainte ? Il risque gros maintenant que tout a été requalifié, non ? C’est vraiment un sujet qui effectivement intéresse. Et donc face A comme vous dites, pardon si je n’arrive pas bien à prononcer.
David Perrotin
Alors Michel et Claire, je l’ai eu où je l’avais lu, que j’avais fait un sujet pour Mediapart récemment et on échange quand même de manière assez régulière. Non, je ne peux pas dire qu’il va bien parce que je pense que j’ai rarement vu. Après, en fait, c’est peut être aussi parce que je le suis à long terme et c’est d’ailleurs pour rejoindre le film. Si on voit la destruction que peut causer les violences policières. Et du coup, lui, il est quand même un peu dans le même cas, parce qu’en plus d’avoir son tendon sectionné, il a vraiment des ailes. Il y a vraiment des conséquences psychologiques. Donc non, il ne va pas bien. Après il essaye de se reconstruire. C’est ce qu’il disait récemment dans une interview. Et donc voilà, je pense qu’il y a vraiment. Je pense qu’il y a quelque chose de compliqué à gérer pour lui, c’est quand on quand on est le nom d’une affaire qui a pris cette ampleur, ça doit être difficile. Après pour gérer le quotidien, c’est ce qu’il me disait le soir en me disant je n’arrive plus à travailler, je prends du cœur, musique, je vois toujours les groupes etc. Mais je n’y arrive pas. Donc je pense qu’il y a vraiment des conséquences psychologiques assez importantes pour lui. Et après, sur la plainte, bah les policiers, deux des quatre policiers poursuivis avaient été placés en détention mais libérés. L’enquête, elle, se poursuit. Moi, je la suis toujours. Je sais que je crois que Michel Leclerc doit déposer une nouvelle plainte, mais ce n’est pas encore effectif, donc je ne peux pas en dire plus, voilà. Je pense qu’il y a deux façons. On sait comment ça fonctionne dans ce genre de situation. L’enquête n’en est qu'à ses débuts. Donc un procès, s’il a lieu, c’est dans longtemps. Donc voilà, je ne sais pas si je peux dire plus de choses
Présentation
Bonsoir Mélanie. Voilà donc Mélanie N’goyé-Gaham, que vous pouvez découvrir dans le film de David Dufresne qui a vraiment un témoignage très émouvant. Si vous ne l’avez pas vu, évidemment, on vous encourage à voir le film, entre autres pour ce magnifique témoignage en tout cas.
David Perrotin
Excusez-moi, je te coupe, mais c’est le moment peut être le plus poignant du film, parce que le reste, y a beaucoup de choses qu’on a pu voir, qu’on a vu sur les réseaux qu’on a vu chez nous. Et j’avais l’occasion d’en parler avec David Dufresne cette fois-ci. Mais le film ne prend pas le panneau sièges quand même. Ça veut dire que je ne sais pas comment les gens qui l’ont vu depuis chez eux ont perçu le film, mais dans un cinéma où moi, personnellement, je trouve ça assez terrible. Et c’est vrai que le témoignage de Mélanie, j’ai trouvé ça extrêmement fort parce que c'était juste et. Et alors ? Je ne veux pas trop spoiler, mais voilà ce qu’elle explique sur la violence, c’est, c’est je pense, partagée par des milliers de personnes à travers eux, à travers le pays. Et elle a su, elle a su le donner. En fait, elle a su se livrer face à la caméra et ça a été très fort. Et on la salue aussi pour tout ce qu’elle traverse et ce qu’elle a traversé dans cette lutte.
Présentation
. Les amicalistes demandent comment documenter au mieux les violences policières et ou la révolte, notamment en manif par l’image, tout en étant sûr que ces mêmes images ne soient pas détournées à l’encontre de ceux qui subissent des violences. Ça rejoint un peu ce qu’on disait tout à l’heure avec la vidéo qui a été détournée ensuite par rapport à Michel et Claire, entre autres.
David Perrotin
C’est là qu’il est question du Pont entre tous les deux, j’ai l’impression il y a longtemps que je ne me trompe pas. Mais c’est documenté dans le sens où, si on sait, la vidéo permet de montrer les violences policières, mais elle peut se retourner sur elle, peut être utilisée par les forces de l’ordre ou j’ai mal compris la question.
David Perrotin
Ouais, pour la raison.
Présentation
J’imagine que c’est en tout cas ce que veut dire Léa quand elle dit souris.
David Perrotin
Dans ce que j’avais compris. Ben en fait moi c’est tout simple. C’est à dire que je pense que les vidéos, même si en fait, quand on fait un travail journalistique pour révéler des violences policières, ce n’est pas juste un témoignage, il y a une enquête et même quand il n’y a pas de vidéo, il peut y avoir une enquête. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’images qu’on ne peut pas révéler le témoignage d’une victime, etc. Et si je prends le cas de beaucoup d’affaires. Mais l’affaire Juvia, l’affaire Viabloga, l’affaire Zecler. Sais tu que d’autres médias sont sortis ? Il y a des éléments factuels. Il y a des vidéos, des images, des témoignages, des éléments de procédure. Donc en fait, on ne parle pas de détournement. S’il y a un détournement, il s’appuie sur des bases soit complotistes, soit malveillantes. Mais moi en fait, j’essaye vraiment et c’est ce que j’ai fait aujourd’hui avec Michel Zecler, le syndicat. Ça fait une semaine qu’ils essaient de propager partout leurs théories complotistes aidés par des médias généralistes. Et en fait, je pense qu’il faudra sans cesse, sans cesse, sans cesse rappeler qu’il y a des faits à la base de ces histoires de victimes, etc. Et donc même si on aura l’impression de crier tout seul dans le désert, je pense que moi, le seul, la seule argumentation que je peux avoir par rapport aux détournements etc., c’est de dire aux gens privilégiez les faits, regardez, lisez les articles, regardez les sujets, etc. Et c’est la seule façon qu’on a de lutter contre ces détournements ou cette contre attaque des syndicats de police ou de certains syndicats de police ou de certains politiques pour ne prendre que ces deux catégories.
David Perrotin
Après, je crois qu’en tant que photographe, parce que là il se trouve qu’on se connaît, qu’elle est photographe et je vous invite à voir ce qu’elle fait. Un suivi notamment des colleuses et des colères contre les féminicides et il fait vraiment un bon quand ils font parler de temps tout à l’heure et son travail sur le long terme autour de ce mouvement et c’est vraiment super ce qu’elle fait. Je crois qu’en tant que photographe, on a une responsabilité à essayer de suivre un peu nos images. Techniquement, à l’intérieur de l’image, on a des fichiers textes qui permettent, nous, de raconter notre image et qui nous permettent aussi. Si c’est détourné soit par, soit par un média, ça peut arriver dans n’importe quel sujet de ce qu’on peut traiter. Une image qui peut vouloir dénoncer quelque chose peut être prise et publiée dans la presse pour dire autre chose. Moi, ça m’est arrivé. J’ai deux exemples : la voiture de policiers en feu qui est devant lui en mai 2016. Il se trouve qu’un jour, par hasard, j’ai fait cette photo et que cette photo s’est retrouvée sur un tract d’un syndicat de police très proche de l’extrême droite. Et donc eux, ils ont en fait retourné ce fait de révolte en un tract en disant vous voyez, on est agressé et. Et je vous laisse imaginer la difficulté de contacter le service juridique d’un syndicat de police si puissant pour vous donner des droits. C’est compliqué. Et l’autre, l’autre fait que j’ai de détournement, c’est une photo aussi en 2016 d’un feu d’artifice dans une ligne de CRS. Et donc j’ai vraiment déclenché au moment où ils arrivent dans les boucliers et donc là, les CRS avec le jaillissement de feu d’artifice. Il se trouve qu’il y a trois ans, au salon de l’armement où ils brûlent. Donc c’est des stands en fête qui viennent vendre des armes encore plus solides et encore plus répressives. J’ai un ami journaliste qui était là bas pour qui est un peu infiltré et qui a fait des images vidéo, des stands et donc c’est des stands où on achète des boucliers, des matraques et c’est des boites privées qui vendent de l’armement à l'état français. Et il y a un stand qui avait un écran géant. Et sur cet écran géant, en fait, il avait mis un slide de photos pour vanter justement leur équipement plus performant. Et donc il y a cette photo qui apparaît comme ça en plein milieu du stand, énorme et du plus beau depuis un peu plus de trois ans maintenant, on se dispute avec eux pour faire reconnaître que c’est ma photo. Et. Et en fait ils avancent des arguments extrêmement je trouve. D’ailleurs je ne trouve pas le mot, mais en tout cas ici ils essaient de nier que c’est ma photo et ils disent que quand bien même ce serait ma photo, elle n’a rien d’original parce que j’ai juste appuyé sur le bouton et que du coup ils ne doivent rien en dommages intérêts. Et maintenant c’est eux qui souhaitent m’attaquer en justice pour procédure abusive. Donc voilà aussi comment les images peuvent être détournées et comment ça peut un peu se retourner contre nous.
David Perrotin
Alors non, je ne suis pas du tout ce syndicaliste, mais je crois qu’il précise qu’il est tout juste tout jeune syndiqué et de toute façon. Alors connaître personnellement des syndicats syndicalistes du syndicat Force Police, non. Et professionnellement parlant, je n’ai pas eu affaire à ces gens là avant. Donc non, je ne connaissais pas. Et après ce qu’il risque, ben il est comment ? C’est clairement. En tout cas, selon moi, c’est clairement établi. S’il s’agit de calomnie, de diffamation, effectivement, je pourrais porter plainte, On pourrait porter plainte. Alors je ne sais pas s’il en est de s’ils veulent porter plainte ou pas. Oui, on pourrait très bien porter plainte en diffamation, mais en fait j’y réfléchis parce que mes accusations sont graves. J’ai vu ce que ça pouvait faire d’essayer de travestir la réalité et de. De balancer des théories complotistes sur l’affaire Théo. Et donc du coup, oui, il y a quelque chose qui me dit que jusqu’au bout, il faudra mettre en avant les faits pour pas que les victimes soient salies et que cette histoire soit complètement travestie. Mais après je ne suis pas trop pour la diffamation. Enfin je parle pour moi pour attaquer en diffamation. Là j’ai fait un article pour répondre point par point. S’il faut aller plus loin, je porterai plainte. Mais pour l’instant il ne reste plus rien parce qu’on ne les a pas attaqués.
Présentation
Alors un commentaire de Abdelaziz Righi qui dit que les policiers appliquent déjà l’article 24, donc l’article 24 de la loi sécurité globale qui a été proposé dans les quartiers en supprimant les vidéos ou en cassant les téléphones du talon. Tu veux réagir là-dessus ?
David Perrotin
Oui, c’est vrai en fait que malheureusement la police le fait depuis longtemps. C’est pour ça que les live ça a permis un peu d'éviter ce truc là. C’est sûr que d’abord on faisait des vidéos qu’on stockait et maintenant on peut les diffuser en temps réel. Ça, ça peut éviter ça. Il y a aussi l’implication, là, j’avoue que je ne sais pas trop où ils en sont, mais l’application. Aidez moi si vous avez le nom qui permet été lancé par Amal Bentounsi d’urgence, la police assassine qui permet de filmer et que ça soit stocké sur un serveur puis avec le VPN. Je pense à L’urgence urgence violence policière. Donc c’est des outils qui permettent de filmer. Mais c’est vrai que malheureusement on sait que la police applique déjà ce truc là depuis longtemps. On sait que la police se cagoule, on compte plus le nombre de fois où en reportage, on se retrouve à avoir des appareils arrachés des mains, des mains sur les objectifs d’appareil photo. En 2016, ils faisaient beaucoup. Ils nous braquent avec des lampes de poche hyper puissantes pour tromper en fait l’objectif de l’appareil pour pas qu’on puisse faire d’images. Donc vraiment, tout ça, ça existe depuis longtemps et c’est en ça que laisser passer cette mode, c’est une sécurité globale. Pardon, ça serait dangereux parce qu’en fait, juste ça légalise une pratique qui est déjà en place malheureusement depuis trop longtemps dans les quartiers populaires et ponctuellement comme ça, dans les manifestations.
David Perrotin
Je vais sainement vous répondre. Je ne veux pas qu’il soit adressé ou je vais répondre. Je pense qu’il est. Il est. Il est comme alors il ne sera jamais assez présent et il y aura toujours. En tout cas, moi je. Je ne suis absolument pas satisfait de la situation des médias en France, pour plein de raisons, mais je pense qu’il y a un quatrième pouvoir. Alors après ça dépend ce qu’on entend par là. Mais je vis en étant chez Mediapart. Je ne vais pas dire à Mediapart de ne pas bouger les choses de la même façon que l’idée du frère a fait bouger les choses de la même façon que même au-delà des journalistes, je pense qu’il y a plein de. Comme on est, comme on les appelait soit de militants, soit de gens qui font bouger les choses même à travers les réseaux sociaux, etc. Donc concernant le quatrième pouvoir, il y a plein de. Il y a plein de problèmes d’indépendance, notamment sur le mode des modèles économiques. Il y a effectivement, je pense, des atteintes considérables à la liberté de la presse de manière régulière et, et je veux dire qui deviennent systémiques. C’est-à -dire que je ne pense pas. En tout cas, je pense que beaucoup n’avaient pas prévu qu’il y ait une telle atteinte à la liberté de la presse. Déjà sous le gouvernement précédent de François Hollande et encore plus aujourd’hui avec ce gouvernement là. Et ce n’est pas ce n’est pas exagéré de le dire. Et je pense qu’il y a une situation parfois catastrophique sur ces attentes là. Mais je pense que beaucoup de médias jouent encore pleinement leur rôle, soit de lanceurs d’alerte, soit de. Pour montrer la réalité de ce point là, le sujet, ça nous tient beaucoup et bien des gens.
David Perrotin
Moi. Non, je n’ai pas grand chose à faire pour le gouvernement. Que pardon, y a un écho que si ce n’est qu’aujourd’hui, on a quand même une multitude de réseaux sociaux qui nous permettent de documenter et d’informer. Et je crois que face à la défiance du média traditionnel et face justement aux attaques sur les journalistes, je crois que chacune et chacun peut prendre cette responsabilité à son niveau et il peut être légitime de sa réalité et peut raconter sa réalité. C’est à dire que si à un moment donné on ne se retrouve pas dans le discours des quelques médias dominants qui sont 20 en 24 à la télé et que la seule alternative c’est des médias comme Mediapart ou comme Reporterre avec qui j’ai plaisir à travailler. Mais il reste en fait chacune et chacun notre part à faire sur ce terrain là. On voit bien que là, dans le mouvement des gilets jaunes, il y a une multitude de gens qui ont émergé comme ça, qui à la base ont commencé avec un téléphone à la main et puis se sont un peu développés. Il ne faut pas, faut pas négliger le fait que ces gens là ont une vraie audience et que si il articule leur légitimité de terrain, à savoir parler de ce qu’ils connaissent des luttes, du mouvement, des gilets jaunes quand ils y sont Et si articule ça avec une déontologie et et un sens sérieux dans l’information, et bien c’est aussi quelque chose à prendre en compte. Je ne suis pas sûr d’avoir bien répondu, mais vu que David avait tout dit, j’essayais juste d’aller un peu plus loin sur le rôle des unes et des autres.
David Perrotin
Est ce que Wells, lui, sait comment en est on envisage oublier la partie, la première partie, mais c’est comment on envisage le travail. Si j’ai bien compris. Bah en fait il y a du jeu à La Roche. En fait, de dire que ce que le cadre est ça, il faut que je soit assez soutenu, bah je pense que ce n’est tellement pas vrai pour tous les journalistes que ça n’aurait pas de sens que je le dise. Parce que voilà, moi, Mediapart, j’ai découvert donc depuis peu, mais même si j’en connaissais, je ne connaissais rien. A mon sens, mes nouveaux mets un respect des pigistes, une attention particulière pour les journalistes et la façon qu’ils ont de et les moyens qu’on leur attribue pour bosser. Donc je ne vais pas parler de mon cas. Après je pense que oui, je suis quand même inquiet pour la situation des journalistes, des photographes. Mais de la même façon que je suis inquiet pour même les militants qui vont en manif. C’est-à -dire que je pense qu’il y a un mois, je me souviens de la campagne présidentielle et on sait que ce sont des échéances qui bousculent un peu les habitudes ou qui les ancrent davantage dans la société. Donc moi je me souviens de la dernière campagne présidentielle où c'était hallucinant de violence. C’est-à -dire que. Alors après moi je n’ai pas non plus 20 ans d’expérience, mais c’est vrai que d’aller dans des meetings politiques et de voir des journalistes se faire cracher dessus ou que des hommes politiques. François Fillon pour ne pas le citer, mais il y en a beaucoup d’autres. Faire siffler des journalistes ou les insulter, c’est quelque chose que je ne m’attendais pas à ça. Et en fait, ce qu’il faut se dire et ce que je pense, les gens oublient un peu, c’est que là, c’est comme si on avait rendu systémique cette violence là, soit la répression de manière générale et le film vis à vis de Le monde, très bien, mais c’est aussi cette violence à l'égard des journalistes. Et en fait, il faut savoir qu’un post Facebook contre des journalistes, une campagne de cyberharcèlement sur Twitter, ça donne forcément lieu in fine à des coups en manif. Parce que cette violence là, verbale, cette violence là, numérique, qu’est ce qu’elle donne ? Elle donne envie à quelqu’un sur le terrain. Tiens, j’ai croisé des journalistes et ça m’est déjà arrivé par le passé. On va se le faire parce qu’on a systématisé, systématisé l’idée que de toute façon, les journalistes étaient tous pourris sans faire de distinction. Donc là, je parlais plutôt d’exemple de la droite à l’extrême droite, mais il y a hélas des exemples à gauche et je pense qu’il y a deux combats. Le premier combat, c’est d'être intransigeant face à ces violences. Et le deuxième surtout, c’est ce que disait Nnoman tout à l’heure, c’est qu’après il faut regarder notre boulot. Il y a un vrai travail de confiance à rétablir. Je pense qu’il y a vraiment un problème de traitement médiatique sur plein d’affaires et qui est difficile à contrer parce que vous avez pour, pour beaucoup de gens, le journalisme ou les journalistes et les chaînes d’info ou les JT. Donc après, passer derrière ça, c’est compliqué. Et après il y a une espèce de concentration à la fois de ces chaînes là dont les gens pensent qu’ils font l’information, qu’ils incarnent le journalisme. Et après, il y a aussi un problème de, on va dire, la prééminence de l’opinion, je dirais on passe notre vie à regarder ou à subir des éditorialistes ou des éditos et qui ne reflètent pas. En tout cas, moi, je suis pour qu’on n’appelle pas un éditorialiste journaliste, mais pour aujourd’hui, c’est ça. Et je pense qu’ils font beaucoup de mal à notre métier.
David Perrotin
Après, pour aller plus loin sur le soutien, concrètement, comment nous soutenir ? Je crois que c’est lorsque c’est des articles ou des sujets sur les réseaux sociaux, les partages, ça peut être bête comme ça, mais c’est vrai que plus finalement on est sur le terrain et plus la photo qu’on va montrer, elle va circuler, et bah finalement, plus on va toucher de gens et c’est pour ça qu’on le fait. Quand moi je fais des photos, ce n’est pas pour les stocker dans mon ordinateur, c’est vraiment pour qu’elles soient vues le plus largement possible. Donc ça, déjà, c’est le compte de soutien. Et après ? En effet, des média comme Mediapart, comme Reporterre, comme StreetPress, il y en a quelques uns comme ça qui ne fonctionnent principalement qu’avec les deux chèques Reporterre par exemple, Reporterre net. C’est gratuit, complètement gratuit, et ça fonctionne uniquement avec les donateurs, les donateurs et les donatrices et les donateurs qui sont finalement nos employeurs. Voilà, moi je travaille en. Je pige ponctuellement pour eux et c’est des moyens à petits niveaux de contrer, de contrer les grands médias et d'être solidaires.
Présentation
Alors je rappelle juste qu’avant que ce débat ne s’autodétruit, il nous reste quinze minutes. Pas si vous. Du coup voilà, il nous reste quinze minutes de débat parce que je rappelle qu’on le fait directement sur une plateforme en fait, qui retransmet ces débats sur différents réseaux. Mais voilà, on ne peut débattre qu’une heure. On a encore pas mal de questions, donc je continue sur ma lancée. Alexandre Kaito nous dit bravo pour dire à David Dufresne Bravo pour ce super film et l’organisation des projections débats. A-t-on des nouvelles concernant les différentes plaintes des victimes de violences policières ? Est ce qu’au moins une d’entre elles a abouti ?
David Perrotin
C’est compliqué comme question, parce que ça dépend qui il y a la tête. Il y a tellement de victimes de violences policières que je ne saurais pas par où commencer. Ce qui est certain, c’est qu’il y a. Si je prends l’exemple des gilets jaunes, il y a eu un vrai problème dans l’ouverture d’enquête de l'égyptienne. Et surtout, on va dire, dans les poursuites. Il y a beaucoup d’enquêtes qui ont été classées par le parquet. Et une des raisons principales, c’est l’absence de fond, l’impossibilité d’identifier les forces de l’ordre. Et c’est vrai que je pense, même si je. David Dufresne avait fait un très bon sujet là-dessus sur Mediapart, mais ce n’est pas pour faire de la pub, mais dans le suivi de ces affaires, on constate que, enfin moi, à mon sens, il y a, il y a. On a souvent là l’argumentation, et notamment des représentants du gouvernement, de dire que tout va bien puisque ouvre des enquêtes. Il faut regarder, il faut regarder l’issue de ces enquêtes. Et la réalité, c’est qu’il y a le rapport. Le Défenseur des droits avait fait un rapport là-dessus. C’est consternant. C’est à dire que soit vous n’arrivez pas à identifier les policiers, soit les affaires sont classées parce qu’on considère qu’il n’y a pas suffisamment d'éléments caractérisés, soit les procès dure arrivent au bout de tant d’années. Et on ou. Il y a beaucoup d’exemples, notamment Mediapart qui montre que les enquêtes peuvent être véritablement bâclées pour certaines d’entre elles. Donc du coup, la question moi je ne peux pas y répondre sur que deviennent des plaintes ? Sinon je peux dire que oui, à mon sens il y a un problème systémique et de structure sur le traitement de ces plaintes. Parce que dès lors que les gens pensent qu’il y a un organe non indépendant. Gère les enquêtes, vous avez toute une chaîne, toute une chaîne qui n’est pas indépendante. Et donc on pourrait se féliciter et on pourrait se dire finalement c’est bien fait, mais on constate, et les chiffres le montrent, les rapports le montrent, que les poursuites ne sont pas à la hauteur.
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Alors une question pour nous même à quoi jaunasse ? Avez-vous des relations d'échanges, de coopérations avec des photographes ? Cinéaste d’autres pays européens ? Je pense à la Grèce avec ce qui se passe en ce moment là, avec les manifs en Grèce autour de Dimitri qu’on fait à Fontana.
David Perrotin
Par rapport à la Grèce, j’ai eu la chance d’aller en Grèce en septembre je crois, pour couvrir le procès d’Aube Dorée et. Et donc j’ai rencontré des photographes là-bas. On est resté un petit peu en lien avec des travailleurs de terrain qui font sensiblement la même chose. Après, il y a évidemment la barrière de la langue qui est compliquée, mais, mais je suis, j’essaie de suivre de près ce qui se passe, ce qui se passe en Grèce, notamment parce que je travaille dans mon collectif avec Leo quinze qui est franco grec et qui du coup, lui fait véritablement le lien avec le milieu photographe et militant en Grèce.
David Perrotin
Je n’ai pas entendu la question.
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Alors, sur l’article 24, le Sénat ne parvient-il pas à opposer journalistes ? Donc d’un côté les journalistes et d’un autre côté les non journalistes dans la prise et la diffusion des images. Dans le sens où j’imagine qu’il y a des citoyens lambda qui vont filmer et diffuser des images, mais il y a des journalistes qui le font. Et pourquoi ? Et pourquoi nous demande en tout cas périodicité, ils ne font pas la différence entre eux. Peut-être la légitimité ? Probablement plus d’un journaliste que d’un citoyen lambda à filmer. J’imagine ce qui est dit dans cette question. N’est pas faux. Moi je suis contre le fait de faire cette différence. En fait, je ne sais pas ce que voulait dire mais justement dans tout acte, dans tout ce qui qu’implique ce texte va au-delà des dangers que ça pose pour les journalistes. Mais en fait, les dangers y sont pour tout le monde. Il y a à la fois vous avez un texte qui est dangereux pour tout le monde parce que ça va, ça implique que, qu’on puisse ne pas filmer, ça implique un schéma de violence, c’est à dire que ce qu’on oublie trop souvent, c’est que c’est ce que disaient les humanitaires, les journalistes, les policiers empêchent déjà les gens de les filmer. Donc en fait, c’est un rapport qui va légaliser ce que tu disais, une violence qui naît, qui n’est pas normale. Et après, pour donner des arguments sur le fait que je suis contre cette opposition, c’est que je pense vraiment. Je n’ai pas fait de sondage, mais la plupart des affaires de violences policières ou en tout cas beaucoup sont révélées grâce à des badauds ou à des militants qui sortent leur téléphone ou qui documentent soit l’espace public, soit les manifestations. Donc du coup, à mon sens, justement, il ne faut absolument pas faire de différence entre journalistes et les autres dans cette question là.
David Perrotin
Moi, je crois justement que le nouveau chemin du maintien de l’ordre qui consiste à demander aux journalistes de sortir lorsqu’il y a des sommations, Donc les sommations, c’est les appels de la police à quitter les dispositifs de manifestation, mais qui permet à des journalistes d'être accrédités par la préfecture de police pour les suivre et être avec des policiers. Justement, tout ça pour moi, fait en sorte de créer un fossé entre les journalistes encartés, dont la carte de presse et les autres. Le problème étant que, comme le disait David, il n’y a pas une image, elle n’est pas illégitime qu’elle soit prise par un journaliste de l’AFP qui a 35 ans de métier et qu'à du matos à 10 000 balles ou une image qui a été prise par un jeune de quinze ans devant son lycée. L’image qui raconte un fait, elle n’est pas plus illégitime dans un sens ou dans l’autre. Le souci qui est en train de créer ex ce truc des bons et les mauvais journalistes, c’est qu’ils sont véritablement en train de créer deux camps opposés, deux camps. On vit déjà au quotidien sur le terrain qu’on voit déjà là. Les journalistes qui sont dans des agences depuis longtemps ont déjà un regard très méprisant sur la nouvelle génération. Et finalement, ça se répète à chaque fois sur les nouvelles générations qui arrivent. Mais il faut aussi voir qu’aujourd’hui, avoir une carte de presse, c’est assez compliqué parce que les conditions d’attribution de la carte de presse sont restées les mêmes depuis des années, alors que les salaires en piges sont réduits année après année. Il y a 20 ans, c'était plus facile parce que tu vends quelques photos et t’arrives à la voir. Aujourd’hui, quand on voit une photo dans le web à Télérama, c’est 30 €, 30 € brut ou Libération. Le chèque, c’est 25 € net. Donc en fait, avant de vivre de ça et avant d’avoir assez de revenus pour la carte de presse, il faut beaucoup travailler. Donc y a plein de gens qui font un travail formidable, journaliste ou pas, qui se définissent eux mêmes, journalistes ou pas, mais ont toute une légitimité à être sur le terrain. Et. Et moi je vois bien la différence de la carte de presse depuis cet été, j’attends le renouvellement pour l’année qui arrive et ma situation et les conditions de travail ont complètement changé sur le terrain. Depuis que j’ai la carte de presse. Je peux aller quasiment partout où je peux. Les policiers vous voient, les policiers tentent de me faire des blagues comme si j'étais passé dans un autre camp pour le camp des journalistes avec la carte de presse dont je la sors le moins possible, justement pour essayer de ne pas renforcer ce truc là sur le terrain. Mais le fait est qu’il y a vraiment deux camps, malheureusement. Et je pense qu’il faut vraiment défendre l’idée que ça n’a aucun sens.
Présentation: On va
devoir aller assez vite. Il reste pas mal de questions, mais il ne nous reste que cinq minutes avant que tout se coupe et on aimerait bien remercier tout le monde avant que ce soit coupé de manière violente. Alors du coup. Pourquoi ? Question de Nelly. Pour vous deux, Pourquoi les journalistes de gauche ne disent rien sur le drame survenu à leurs collègues Garance. Donc très rapidement, le collègue en question. Et Christian Langlois, je crois, journaliste à l’Union, qui a été agressé récemment, il me semble, à Reims, dans le cas d’un moment où il couvrait photographe au moment où il ne couvrait même pas une manifestation. Je crois que c’est ce que vous savez mieux que moi. En tout cas, je vous laisse le répéter.
David Perrotin
Il était sur le terrain et il a pris un projectile, vraisemblablement un pavé. Il est à ma connaissance aujourd’hui entre la vie et la mort et c’est terrible, évidemment, c’est terrible. Mais. Mais moi, je ne suis pas dans ce corporatisme. Alors, les journalistes de gauche, je ne sais pas si les journalistes de gauche se sont pas impliqués, sachant que le Syndicat national des journalistes qui est le SNJ, qui est rattaché à Solidaires, qui est quand même un syndicat, une fédération de syndicats très à gauche, a immédiatement évidemment sorti un communiqué. D’ailleurs, je suis moi même syndiqué dans ce syndicat là. Il y a eu un communiqué qui a été fait et j’ai quand même l’impression que la profession, et c’est tant mieux, s’est indignée ce truc là. Moi par contre, ce qui me dérange, c’est la récupération qui est faite derrière par Gérald Darmanin qui prend ce fait qui est terrible mais qui est un fait divers. C’est-à -dire que c’est un journaliste qui a pris un projectile. Ça reste dans la catégorie faits divers, si grave soit elle, soit il. Mais Gérald Darmanin, qui en fait en fait un espèce d'étendard de la liberté de la presse pour se servir de ça pour criminaliser un peu plus les quartiers populaires. Alors que finalement, si on regarde dans la politique actuelle, la police a blessé et blessé très gravement beaucoup plus de journalistes que ce projectile qui est encore une fois et malheureusement évident. Et je suis très solidaire avec eux, avec ce photographe et sa famille.
David Perrotin
Et oui, pour rebondir, je ne sais pas ce que ça veut dire. Journaliste de gauche, je ne sais pas ce que ça veut dire soutenir. C’est-à -dire que je pense que vous demandez à n’importe quel journaliste dit de gauche il voudra, il vous dira jamais qu’il est heureux de ce qui vient d’arriver ou qu’il ne soutient pas la victime. Donc je pense que parce que je pense que derrière cette question, il y a quelque chose qu’on retrouve très souvent, c’est pourquoi on ne vous entend jamais condamner telle chose, etc. Je pense que ce qu’on oublie, c’est que moi je ne suis pas un responsable politique, je ne vais pas, je n’ai pas mon rôle. Ce n’est pas de condamner dès qu’il se passe des choses, que tout le monde fait le même processus, de prendre une comparaison qui m’arrive plus souvent. C’est pourquoi quand une voiture de police brûle, ne vous, on vous entend pas. Je pense que moi, ce n’est pas mon rôle. Alors effectivement, après le problème c’est que Twitter incite à s’exprimer sur tout, tout le temps, etc. Moi généralement je m’exprime sur des sujets soit que je traite, soit que je connais parce que je les traite. Donc si on me reproche de faire un truc sur les violences policières et très peu de tweet sur des policiers qui sont blessés, c’est simplement parce que j’ai traité des affaires de sciences policières et que ce n’est pas mon rôle de condamner. Je ne m’y intéresse pas ? Après, ça ne veut pas dire qu’effectivement, j’ai de l’empathie, que je condamne de toute façon la violence en général et ses actes en particulier. Mais je pense que jouer à ce jeu là, de faire le procès de je pense que ça n’a rien de bon et c’est un faux procès.
Présentation
Alors on va devoir prendre encore une ou deux questions parce qu’on n’a plus le temps malheureusement. Mais. De toute façon, vous pourrez continuer si vous êtes sur Twitch. Du coup sur Facebook, là il va discuter entre vous. Il fait ça et le défi est plutôt intéressant. Question de Nadia Comment faites vous tous les deux pour tenir le coup à traiter à longueur d’année ses sujets ?
David Perrotin
C’est un peu parce que ces sujets là, mais comme d’autres, c’est. Je pense que quand on fait ce métier là, c’est que je pense que l’envie de raconter les choses, l’envie de raconter les injustices et de livrer les faits aux citoyens est plus forte que tout. En fait, je pense que pour le coup, je reprends un exemple, mais peut être que certains policiers diront la même chose de leur métier ou des médecins. C’est à dire que oui, c’est dit, il y a des histoires très dures, très difficiles. Je pense qu’il y a une façon de se protéger, une habitude, mais en fait c’est la passion du métier. En tout cas, je parle pour moi et je pense ne pas me tromper de domaine sur ça. Et je pense que la passion et l’envie, en tout cas pour ma part et l’envie de documenter les faits et les injustices.
David Perrotin
Ont peut être même plus que l’envie encore, je dirais le besoin de le faire et quand on fait ce choix là. J’ai commencé très jeune à documenter tout ça. C'était quelque chose de viscéral en fait. C’est-à -dire que je ne pouvais pas accepter. J’ai été frappé par la police quand j'étais au collège. Et depuis ce jour là, je sais que ça va vriller et je ne peux pas accepter que ces choses là soient banalisées. Et ce moment où je découvrais la photographie et depuis sa m’anime. Après, il n’y a pas de témoignage parce que je me souviens de l’image de David Dufresne une fois sur un plateau télé qui a fondu en larmes. Il y a des moments où c’est dur aussi. Et moi j’ai des collègues. Je me souviens notamment la jungle de Calais, quand on a couvert la jungle de Calais pendant longtemps, où on est face à tellement de détresse humaine et tellement de vies qui sont brisées par des par des politiques à travers l’Europe, qu’il y a des moments où on craque et qu’on a besoin d’avoir des sas aussi. La famille, les proches, des moments à nous, pour nous. Et je crois que là il faut vraiment s’autoriser ça. Et pas que quand on est journaliste, quand on est sur les luttes contre les militantes et militants, je pense qu’il faut s’autoriser des fois à se déconnecter un petit peu pour revenir encore plus fort. Je pense.
David Perrotin
Merci à toutes et à tous. Un pour l’organisation et évidemment merci aux gens qui regardent le live. Et puis s’il y a des questions, on peut se parler aussi sur nos réseaux respectifs et harcelez pas trop. David Perrotin s’il vous plaît. Policier et policier que je peins. Est ce qu’on a besoin lui ? Mais voilà, n’hésitez pas à nous contacter sur les réseaux et on continuera avec vous. Merci beaucoup et merde pour les Césars.
Présentation
Et oui, puisque le film est nommé aux Césars. Merci David. Ce petit détail m’avait échappé.
Présentation
Ils l’avaient marqué en gros.
David Perrotin
Il a des post-it sur son écran.
Présentation
Donc on aura le verdict, donc le 12 mars. Merci à tous.
David Dufresne
Merci beaucoup. Merci beaucoup à David et à Nnoman d’avoir joué à ce jeu là. C’est super ! Je vais vous dire un truc vous étiez plus prolixe sur Twitch que sur Facebook, ce qui m’enchante. Alors une nouvelle fois, je vous remercie toutes et tous pour votre présence, votre bienveillance, votre curiosité. Merci à tous.

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