Couper, coller, imprimer : une histoire politique des images
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Bonjour les aupostiens, les aupostiennes. On est le 9 janvier, 9 heures du mat. Il fait un vent à décorner les bœufs dehors. Si seulement ça pouvait pousser tous les nuages bruns qui s’amoncèlent dans le monde. On n’aurait rien contre, mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Et donc, on est au poste avec toute l'équipe. Donc, Nayan en studio, Euryale sur le chat. Et d’ailleurs, on les remercie parce que je ne sais pas comment je ferai si ce n’était pas là.
Exactement ça
Rien à ajouter ?
Non,non.
James Horton, vous venez de soutenir une thèse sur les figures méconnues de l’underground européen et américain dans les années 60 et 70. Catch me up, cut me in, c’est bon pour l’accent ? Histoire et pratique de l’esthétique du cut-up, 1959-1975,
C’est bon,
J’ai tout dit bon allez j’arrête de faire semblant d'être flic, pour celles et ceux qui nous écoutent. En fait c’est David, il m’a demandé de le faire plus, mais en fait moi j’y arrive pas de faire semblant d'être flic. Peut-être que j’ai bien essayé mais je vais arrêter. Cela dit, ce n’est pas totalement irréaliste ce genre de situation.
Oui, c’est ça, on a dû commencer à travailler sur cette exposition, en fait il y a un peu moins de deux ans, on a dû faire assez rapidement en réalité. Et alors moi j’ai travaillé sur ce sujet pour ma thèse, comme tu l’as dit avant, donc j’avais quand même fait pas mal de repérage on va dire, en fait j’avais beaucoup utilisé les collections de la contemporaine déjà pour ma thèse. Parce qu’il y a des collections incroyables là-bas d’imprimés, notamment de presse. Donc ma thèse, c'était sur le photomontage en France dans les années 30, et notamment dans la presse, dans la presse communiste française en fait. Et de fait, la contemporaine a tout, enfin presque, cette presse française et étrangère. Et justement, c’est ça vraiment le point de départ. C’est ces collections-là qui sont très riches sur l’histoire de la presse, mais aussi du graphisme plus généralement. L’affiche, etc. Je fais une petite incise justement sur l’avant, si je peux, parce que c’est cette histoire de police qui me fait penser. C’est que, voilà, quand j’ai fait ces recherches pour ma thèse de doctorat, en fait, les principales sources en termes d’archives que j’aie pu trouver, c'était les services de surveillance, en fait. C'était justement la police,
Alors ça, tu vois, ça ne m'étonne pas et ça fera sûrement plaisir à David parce qu’avec David on partage une espèce d’amour des sources de la surveillance policière qui permet d’apprendre tellement de choses.
On pourrait en reparler, mais en gros, la difficulté, c'était de documenter le travail des éditeurs, des maquettistes, par exemple, dans la presse qui produisent ces photomontages. Et en fait, je n’avais pas de source qui émanait directement de ces rédactions, par exemples, de magazines. Donc en fait les meilleures sources, même si elles sont évidemment biaisées, mais assez bien renseignées, c'était la police, donc aux archives nationales, c’est ce qu’on appelle le fonds de Moscou, ça a transité par Moscou.
Ah oui, c’est dans celui-là.
Voilà, c’est ça. Bon, voilà, je petite insiste sur les archives, mais pour revenir à l’exposition. Donc, on a travaillé, comme tu disais, avec Aline Téré, qui est bibliothécaire, qui connaît bien, notamment les collections de presse contemporaine. Et puis on a, voilà. On a voulu construire un parcours qui présente l’histoire de cette technique sur le temps long. Enfin, sur un court 20e siècle, mais qui va de la première guerre mondiale jusqu'à jusqu’aux années 90. Donc ça ouvrait un peu le sujet par rapport à la période de l’entre-deux-guerres qui est un peu la période canonique quand on parle de photomontage politique.
Et toi James, tu rejoins l’aventure comment ?
Donc j’avais eu la chance de travailler avec Aline à la BnF. Donc Bibliothèque nationale de France. Voilà, Bibliothèque nationale de France, notre environnement légèrement carcéral policier. Mais c'était dans le cadre d’un projet de chercheurs associés en 2022, 2020. Pour ma thèse, j’ai travaillé sur le cut-up qui est un procédé de contre-apprendre à ma thèse. Donc ma thèse, collage, montage, textuel, mais aussi visuel, c’est un peu ce que j’avais soutenu, ce qui m’avait amené à chercher les supports, les revues, les journaux dans lesquels ces expériences graphiques textuelles circulaient, dans la presse alternative des années 60-70.
Alors, tous les deux vous avez parlé de la contemporaine. Alors, normalement, Aline aurait dû être avec nous, mais elle est en formation ce mois-ci. Et donc, malheureusement, on n’a pas réussi à trouver un moment où on pouvait être là tous les quatre. Donc, on est que tous les trois. Mais à nouveau, salut Aline. Et peut-être, Max, si tu veux, sinon je peux le faire, mais expliquer aux postiers et aux postières ce que c’est que la Contemporaine, parce que nous on sait, mais en fait c'était quand même un lieu très particulier et ça vaut le coup de le faire connaître quoi.
Oui, oui, complètement. C’est vraiment une institution à l’histoire et aux collections très, très riches. En fait, ça peut se définir à la fois comme une bibliothèque, un centre d’archives et un musée. Il y a un peu ces trois ensembles. Donc, ça se situe sur le campus de l’Université de Nanterre, tout de suite en sortant de la station de RER, tout à gauche. C’est vraiment ouvert à toutes et à tous, et pas seulement aux chercheurs. Il y a une salle de lecture qui est accessible. Donc il y a des archives, énormément d’archives dont l’histoire remonte à la Première Guerre mondiale, puisqu’en fait, à l’origine, ça a été fondé par un par les époux le blanc, qui étaient des, comment on pourrait dire, des sortes de philanthropes, mais qui avait lancé cette initiative de rassembler toute une documentation sur le conflit. En cours, donc sur la Première Guerre mondiale, et ça a été donné à l'État, ça a perduré. Ils ont eu un site d’exposition pendant un temps aux Invalides où beaucoup d’expositions ont été organisées quand ça s’appelait encore la BDIC. Ça a donc été renommé.
Je me souviens, quand j'étais étudiante, c'était la BDIC.
Voilà, parfois on a encore en tête cet ancien nom, mais donc voilà, maintenant tout est rassemblé sur le campus de Nanterre, avec notamment des nouvelles salles d’exposition, ça c’est le nouveau lieu qui a ouvert il y a quelques années, espace d’exposition permanent qui s’appelle l’Atelier de l’Histoire, qui est vraiment tout public, je pense qui intéresse vraiment des jeunes étudiants jusqu’aux chercheurs confirmés, et bibliothèque, salle de lecture, archive. Et espaces d’exposition et c’est là-bas qu’on présente Couper et coller imprimé.
C’est un lieu d'éducation populaire aussi, c’est ça qui est assez génial, c’est à la fois archi, bibliothèque, lieu pour les chercheurs, lieu pour le public.
Et puis une archive des mouvements sociaux, enfin je ne connais pas tous les fonds qui sont là-bas, mais il y a des choses qui sont très très rares. C'était l’exposition Riposte il y avait quelques années qu’avait organisé Philippe Artières
C’est génial aussi comme expo, vraiment superbe expo.
Voilà qui montrait vraiment toute cette documentation sur l’extrême gauche française au début des années 70, des documents très très précieux en fait.
Je ne sais pas si celles et ceux qui nous écoutent connaissent la Contemporaine, mais vraiment c’est un lieu à découvrir. Comme tu l’as dit Max, c'était facile d’y aller. RER A, Nanterre Université, on sort, c’est à trois minutes, c’est un nouveau bâtiment donc il est en plus très beau. Je veux dire, l’architecture est vraiment super intéressante. Et que ce soient des expos temporaires, donc en ce moment la vôtre est vraiment super, mais Riposte était très très bien, moi je vais très souvent aux expos à la Contemporaine. Mais la permanente est absolument passionnante, franchement, c’est gratuit, il faut peut-être le préciser.
C’est gratuit, il est coupé, collé, imprimé et gratuit aussi.
Les deux expos sont gratuits, donc vraiment ça vaut le coup et effectivement je vois quelqu’un qui dit de Nanterre c’est un peu une fac rebelle, alors ça l’a été. Ça l’est moi, on ne va ne pas se mentir, mais bon voilà, c’est chouette aussi de sortir. Donc, on va parler des photomontages, tout le monde l’aura bien compris. D’où ma première question, elle est hyper basique. C’est quoi la photo montage ? Le titre de l’expo, il y a 3 mots, mais je vais commencer sur les deux premiers. Couper, coller. Qu’est-ce qu’on coupe ? Qu’est-ce que l’on colle ?
J’ai tendance à définir ça plutôt comme une technique graphique, c’est sûr qu’il y a nécessairement un rapport à la photo, c' est à dire qu’on va utiliser des images préexistantes, notamment des photographies, pour les modifier, les transformer par découpage, et aussi par retouche, c est vrai qu' on a voulu garder le titre assez simple, mais c' n’est pas le seul acte graphique qu’on va opérer sur ces images, il y a beaucoup d’autres manipulations en fait qui peuvent intervenir mais détourage, découpage, des photographies, le collage, l’assemblage, c’est-à-dire qu’effectivement on va venir confronter différentes images, les monter ensemble pour faire advenir à quelque chose comme un troisième sens comme on dit aussi au cinéma, dans le montage au cinéma Et puis le troisième terme on en reviendra peut-être on en reparlera en tout cas, c’est cette technique graphique dont on peut faire remonter l’histoire assez loin dans l’Histoire de la photographie, mais qui au XXème siècle a vraiment trouvé sa place dans le monde de l’imprimé, donc ça on peut en reparler.
Est-ce que tu es d’accord avec cette définition ? Est- ce que tu veux rajouter quelque chose ?
Non, non, c’est plutôt Max le spécialiste du photomontage, donc je ne m’y risquerai pas. Peut-être juste pour la période sur laquelle je travaille, finalement, on est beaucoup plus souvent dans ce que j’appellerais le photocollage. Donc le photomontage, c’est parfois des gestes dans la chambre noire, un travail avec les négatifs. Je le présente comme une technique qui implique le photocollage par contraste, étant vraiment de la découpe un peu plus brut mais en fait tout au long de l’histoire je pense qu’il y a une utilisation assez libre de ces termes et souvent voilà c’est des techniques qui se sous-proposent, se confondent les uns aux autres.
En fait, le terme de montage, il remonte au constructivisme russe. En fait, c’est quelque chose qui apparaît en URSS au début des années 20. Dans le contexte aussi d’un dialogue assez étroit avec le cinéma, mais aussi de la typographie. C’est-à -dire comment est-ce qu’on construit à partir d'éléments préexistants, comment on vient assembler des matériaux visuels. Et ça participe aussi d’une esthétique et une esthétique politique, qui est celle du constructivisme. Notamment. Donc le terme est vraiment marqué, enfin est une invention dans ce contexte là et a perduré et a aussi été un peu abandonné à certaines périodes dans les années 60, on parle plus trop de photomontage par exemple.
Oui, même maintenant, alors qu’en fait, il y en a toujours.
Oui, ou alors on l’utilise pour parler plutôt de photos trompeuses, ce qui n’est pas exactement la même chose.
Oui, c’est l’idée que le montage serait peut-être un peu plus agissant ou opérant qu’un collage qui serait plutôt de l’ordre de l’esthétique. Je pense qu’il y a eu aussi cette volonté, enfin, encore une fois, c’est Max et Spécialiste, mais dans les années 20-30, il y a cette volonté de distinguer le montage à des fins politiques au papier collé, à quelque chose de plus pictural, plus commercial, plus beaux-arts.
Oui, donc la politique, elle est d’emblée assez centrale dans cette histoire-là, c’est-à-dire que l’opération de montage, c'était une opération de presque un peu idéologique, enfin en tout cas d’inflexion politique, et chez Sergueï Eisenstein, c’est pareil, enfin voilà, toujours le rapport avec le cinéma.
Oui, parce qu’on va parler ici du photomontage politique. Alors, la technique peut exister pour la pub aussi, ou simplement dans un but artistique. Est-ce que l’art n’est pas trop politique ? Bon, ça c’est une autre question. Vous avez trois heures, mais on n’est pas en bac de philo. On va passer du commissariat au bac de philo. Mais on va surtout parler de ça. Et j’en rajoute, tu me disais, James, avant qu’on arrive que… Moi aussi, j’ai beaucoup aimé ça dans l’expo et toi, ça t’avait marqué, il y a des superbes, je ne sais pas si on dit cartel, je ne sais pas quel est le terme, mais des explications techniques qui sont hyper éclairantes en fait, pour moi qui n’y connais absolument rien. J’ai trouvé que c'était à la fois super d’avoir aussi cette dimension technique du truc et c’est expliqué de telle sorte que même quand on n’en connaît rien, on comprend en fait l'évolution, parce qu’il y a une évolution technique forcément sur le siècle.
Bah oui complètement, bah ça c’est un peu le versant histoire de l’imprimé aussi, de l’imprimerie, enfin des objets imprimés et de la typographie qu’on présente aussi dans cette exposition en fait. Et ces panneaux techniques comme on les appelle, donc effectivement ils jalonnent un petit peu le parcours de l’exposition et ils sont consacrés à plusieurs procédés d’impression comme les lieux gravures par exemple ou l’offset pour les plus récents. Et l’idée c'était vraiment effectivement que ça soit, en fait, ça part d’un besoin de notre part. Je veux dire, même en tant que chercheurs, chercheuses, on ne sait pas vraiment comment ça marche, on n’est pas techniciens. Donc voilà, il y a des graphistes qui savent très bien comment ça marche, ou des imprimeurs, mais nous en tant que historiens, historiens, historiennes, voilà. Donc on voulait faire ça peut-être d’abord pour nous, mais aussi ensuite pour l’ensemble du public, et ces panneaux sont vraiment conçus comme, voilà pour être accessible à n’importe qui en français.
Et ils le sont, parce que moi franchement qui ne suis pas spécialiste, ça m’a vraiment vachement éclatée.
Et ça éclaire les objets en fait, c’est aussi l’idée. C’est-à-dire qu’on fasse un peu l’aller-retour, on voit des documents originaux, parce qu’il n’y a que des documents originaux, on ne fait pas de facsimilés en fait par exemple dans cet expo. On voulait vraiment que les gens regardent la matérialité du papier, des techniques d’impression, des ancres et tout ça, et donc ce n’est pas nos techniques qui permettent de savoir vraiment comment c'était fait.
D’accord. Donc alors, tu l’as dit à plusieurs reprises, c’est une expo qui commence sur le 20ème et c'était vrai que moi je suis plutôt de 19ème-iste et quand j’avais vu qu’il y avait cette expo, je me suis dit « Ah, on va avoir les photomontages d’Ernest Charles Appert, ! » Donc pour celles et ceux qui nous écoutent, Appert c’est des photographes contrôlés par la police. Encore une fois, la police, décidément, on est poursuivis. Au moment de la commune, qui en fait des portraits de tous les communards et les communardes arrêtés au camp de Satory. Il y a une photo très célèbre de Louise Michel, celle qu’on connaît le plus, mais toutes ont été photographiées. À partir desquelles, ensuite, il a fait des photomontages. Et des photos-montages, alors pas seulement qu’avec ces photos-là, mais pour représenter les crimes de la commune et on a déjà coupé, collé et imprimé puisque ces crimes de la commune c'était un recueil, une brochure qui servait à dénoncer la commune. Donc là, ils ne sont pas dans l’expo, vous avez décidé, non, eux non.
Je ne suis pas totalement certain que ça soit imprimé, c’est édité, je pense, sous forme de tirage photo. D’un point de vue strictement technique, mais c’est surtout parce que, voilà, on a été un peu strict sur la chronologie. On n’a pas du tout, enfin, aussi parce que c'était difficile de faire un choix avec cet exposé, mais il y a tellement de choses. Et déjà, on embrasse une période qui est très très longue, donc c’est vrai que bien sûr, c’est un précédent très important. Mais voilà, on ne pouvait pas tout inclure. Et en fait, on n’a pas montré l’avant en. Vraiment, on a choisi de donner plus de place à tout ce qu’on avait déjà aussi dans les collections, parce que ça ne fait pas partie des collections de la contemporaine.
Et alors on termine un peu sur tes années d’une certaine façon parce que ça s’arrête en 80-90. Après, il n’y a pas et c’est pourquoi ? C’est parce que la technique change tellement.
Oui alors, oui, ça c’est certain, même réponse un petit peu, c'était à dire, il y avait déjà suffisamment de choses et c’est vrai que ouvrir sur le numérique pour le coup c'était la boîte de Pandore, enfin ça posait beaucoup d’autres questions et plutôt que de faire une dernière salle en mode, ah oui en fait il y a ça et en fait survoler le sujet, on a préféré garder un peu cette cohérence de ce qui est la culture de l’imprimé au XXème siècle en fait, pré numérique et qui correspond à une chaîne graphique, en fait à un milieu professionnel, à des imaginaires aussi. Bah oui, tu peux en parler, mais effectivement, l’imaginaire de la diffusion imprimée, de la reproductibilité, en fait oui, tous les liens qu’il y a entre le monde de l’imprimé et le militantisme, il y a une vraie cohérence là-dedans. Après c’est certain qu’on ne peut pas ne pas penser au numérique, à Photoshop, dont la première version est lancée en 90. Donc en fait, nous, on s’arrête pile à ce moment-là. Et c’est notre culture. Enfin, voilà, moi, je suis né à peu près à ce moment- là, donc j’ai grandi là-dedans. Donc on a voulu s’arrêter avant.
Et donc effectivement, alors c'était ma question suivante, donc il y a Imprimé et on l’aura compris je vous ai empêché de développer trop mais le cœur aussi de l’expo c’est imprimer parce que ces images elles sont, enfin ces photos montage sont intéressantes, elles ont été diffusées et donc imprimées. Est-ce que vous pouvez l’un puis l’autre me dire sur quels supports ils sont imprimés et résultat de tout ce qu’on découvre au bout du compte.
Oui, effectivement, dans l’exposition, on a voulu montrer cette diversité des supports. Par exemple, quand vous entrez, une des premières choses qu’on voit, c’est des cartes postales. Des cartes postales de propagande, en fait. De la Première Guerre mondiale. Les cartes postales, c’est un support imprimé. C’est un procédé photomécanique, comme on dit. Donc ça c’est un exemple, mais ensuite, c’est des images qui vont effectivement se diffuser beaucoup dans la presse, dans l’affiche. On expose pas mal de magazines illustrés, imprimés en héliogravure, donc des magazines comme « Regard », comme « Vu », comme l’AIZ.
Regarde qu’il existe toujours, même si c’est plus un magazine maintenant, mais qu’ils fêtent son anniversaire
Oui, tout à fait. Oui, oui, tout à fait. Regarde, c’est un titre important pour la France, parce qu’en fait, alors là, il faudrait rentrer un peu plus dans le détail, mais il y a ce magazine en Allemagne qui s’appelle l' AIZ ( L’Arbeiter Illustrierte Zeitung) qui est une création du secours ouvrier international piloté par Willi Münzenberg donc qui est à une instance du comintern, en fait. Qui est donc un organe, en fait, si on veut, de propagande communiste publié en Allemagne avec des fonds graphiques tout à fait remarquables et aussi un but russe en fait.
Et qui est un objet. Pour l’instant je continue à montrer comme ça puis après mais ça c’est l’A.I.Z
En fait, John Heartfield, qui est une des grandes figures du photomontage politique, ancien dadaïste et peut-être un des grands promoteurs de cette technique, à partir de 1930, il devient collaborateur régulier de l’AIZ et il publie de ses montages en couverture ou dans les pages intérieures. Et c’est des montages qui marquent encore vraiment beaucoup aujourd’hui par leur… Comment dire, leur rhétorique, leur façon d’utiliser la photographie, la façon de tourner en dérision, l’idéologie, les figures politiques et donc voilà, l’A.I.Z. C’est cette revue qui est très importante, qui tire jusqu'à 400 000 exemplaires. Ah ouais, quand même ! Oui c'était le deuxième illustré allemand en fait, après, enfin avant la prise du pouvoir enfin avant le nazisme.
Après comment dire, ça s’arrête.
Voilà, après ils sont obligés de s’exiler à Prague, donc ils continuent à publier depuis la Tchécoslovaquie, et bon, l’histoire continue. Mais donc, le regard, en fait, c’est l’AIZ français, à l’origine. Ça a été fondé vraiment par l'équipe de l’AIZ par des Allemands, qui viennent à Paris et qui lancent ce magazine avec les fonds du Comintern. Et puis ensuite, c’est un peu repris en main par le PCF, et l’Histoire se poursuit jusqu'à aujourd’hui, en fait, finalement. Donc c’est un magazine qui a une bonne place dans l’exposition et qui est aussi un des endroits où le photomontage politique à la Heartfield, mais pas que, se diffuse en France.
Et alors toi, parce que toi c’est vraiment les revues, la presse, là on est, c'était ton domaine. J’ai appris le terme de friper, friperie, je ne connaissais pas.
Oui, c’est un peu un faux anglicisme français parce que la presse alternative, pour en faire assez rapidement, fait référence à un champ de périodique qui émerge.
Faut que tu mettes ton micro.
Pardon, excuse-moi, donc ça désigne donc une sorte de classe, un genre, un champ de périodique qui émerge aux États-Unis au début des années 60, à partir de 64-65, qui est très lié à la Nouvelle Gauche, à la contre-culture, à l’ensemble des mouvements politiques, socio-politiques qui émergent Enfin l’opposition à la guerre au Vietnam étant des questions phares mais qui si rapidement va sur tout un ensemble des questions anti-impérialistes et aussi qui est très animée aussi par la suite de la Mouvement des droits Civiques, du féminisme. Donc la presse alternative, pourquoi la presse alternative ? Parce qu’il y a cette volonté hégémonique ou contre-hégémonique, cette volonté de concurrencer. Les médias de masse, le concurrent d’une part, enfin les journaux locaux, les journaux même nationaux pour certains, et la presse illustrée type lifetime. Donc, manière de proposer, il y a un terme assez courant de contre-information, c’est-à-dire vraiment de proposer une autre vision du monde, pas juste d'être en train d’argumenter dans son coin, de pousser sa question politique, mais vraiment de proposer une vision cohérente. Depuis une perspective de gauche, depuis une perspective jeune aussi, parce que c’est une question très générationnelle, c’est très lié aussi aux démographies, au baby boom. Donc, dans le thème de la matérialité, ce sont des journaux. Ce sont, enfin, on ne peut pas généraliser, mais de manière générale, ce sont des journaux à assez grand format, imprimés en offset, à assez grands formats, où il y a un tournoi à l’ancienne. Quand on pense à la presse alternative, on pense rapidement à une esthétique plus psychédélique.
Quand tu parlais de contre-hégémonie, je trouve ça assez intéressant parce que c’est déjà un peu l’idée dans dans la presse ouvrière, en tout cas dans l’AIZ typiquement et dans le regard de entre deux guerres. C’est-à -dire l’idée d’arriver à une sorte d’impact médiatique qui soit en quelque sorte équivalent en termes de presque quantitatif un peu des médias bourgeois. C'était l’idée. Mais pour une visée révolutionnaire, c’est vraiment l’idée, clairement dans l’AIZ et donc ça veut dire qu’on fait un journal populaire. On ne fait pas un journal théorique pour les sympathisants du parti, on fait un Journal populaire et le photomontage en tant qu’images aussi divertissante, étonnante, humoristique ou satirique, sarcastique, etc. Donc L’attrait de ces images, il participe de ça aussi. Et Art Wild se vante, se félicite de ça. C’est-à-dire que grâce à ces montages, il touche vraiment le plus de monde possible et donc on sort d’une presse politique qui serait purement théorique, purement doctrinaire.
Et c’est fou parce qu’en vous écoutant, j’ai la même impression que j’avais en allant voir l’exposition. C’est-à-dire que tout ça est d’une actualité glaçante, en fait. Je veux dire, quand tu dis l’anti-impérialisme aux États-Unis, comment dire ? Je vous rappelle qu’il y a une manif, samedi, contre l’impérialisme américain. Bastille, 15 heures. Voilà, et c'était vrai qu’on regarde, moi, pendant toute l’expo, je n’arrêtais pas de me dire, mais purée, on pourrait la ressortir. Pratiquement pareil en ce moment. Alors, est-ce que c’est l’histoire qui se répète ou est- ce que vous l’avez voulu en choisissant les images ? On voit même que Fayard, je ne savais pas, Fayard éditait Candide. Je ne savais pas et je me suis dit Fayard déjà quoi, Candide, je vous rappelle c'était une presse d’extrême droite.
Bien sûr, il y a beaucoup de choses qui peuvent faire écho, typiquement la question de l’impérialisme.
La guerre, les affiches anti-militaristes.
Évidemment, bien sûr, bien sûr, ça c’est une cause, on va dire, voilà, un peu transhistorique presque, mais en tout cas, oui. Sur cette question de l’impérialisme américain, on a une section de l’Expo qui, pour moi, était vraiment riche de découvertes sur justement tous les mouvements anti-impérialistes. À la fois… Aux États-Unis, en fait, ou par exemple chez les Black Panthers, s’exprime clairement cette idée-là, c’est-à-dire qu’on est à la fois en fait marxiste, antiraciste et du coup anti-impérialiste. Et dans la production des organisations cubaines comme le SPAL, enfin qui est basé à Cuba, mais qui a une production graphique incroyable avec, par exemple, dans Tricontinental.
Non mais il y a des images absolument géniales sur cette période dans laquelle on est.
Et effectivement, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui, il y a des choses qui reviennent. C’est certain, même en fait sur la période de l’entre-deux-guerres, chez Heartfield, la rhétorique d’extrême droite et sa déconstruction, c’est quelque chose qui est toujours complètement valable, d’une certaine façon. Enfin, c’est ce qui fait que d’ailleurs Heartfield survit quelque part, qui a tout le temps des reprises un peu de sa façon d’aborder les images. J’ai dit Heartfield parce que c'était vraiment un peu une des figures tutélaires, mais il y en a d’autres. Après, je me disais aussi par rapport à cette actualité qu’il y a aussi une distance. Parce qu' il y a quand même toute une partie de cette histoire du photomontage politique qui concerne clairement la propagande soviétique sur un modèle Voilà, staliniens, enfin, il y a une distance, je veux dire, il y a des choses qui sont loin de nous, il faut le dire.
Et James, il y a toujours de la, enfin, comment la free press aux Etats-Unis en ce moment, si tu sais…
Comme l’avait dit Max, c’est toujours compliqué de faire des équivalences au point de télé continuité. Bien sûr, il y a des phénomènes massifs d'éditions indépendantes. De là à suggérer qu’il y aura des organes de presse imprimés qui prétendent prendre une position contre-hégémonique, je pense que non, certainement pas à la même échelle. La presse alternative, c’est vraiment un phénomène de masse. Moi en France, mais quand même dans le monde anglophone, c'était un phénomène de masse, il y a des centaines de milliers, si ce n’est pas des millions de lecteurs, dans les années 60, 70.
D’accord.
Oui, donc pour le peut-être les plus emblématiques, le Los Angeles Free Press, The East Village Other, on va en voir tout à l’heure qui est basé à New York, de Berkeley Barbe, enfin là je donne une géographie, donc dans les grandes villes, East Village plutôt dans un environnement artistique, bohème, Berkeley Barbes qui est donc associé avec le campus de Berkeley, évidemment toute ça très liée au mouvement étudiante, quoi d’autre, le San Francisco Oracle, qui était parmi les plus psychédéliques. Je signale, outré les collections de la contemporaine et de la BNF, il y a une ressource vraiment passionnante pour tous les chercheurs et chercheuses en ligne. C’est quelque chose que j’utilise beaucoup. Une base de données qui s’appelle Independent Voices.
Les voix indépendantes.
Independent Voices qui est hébergé par nos amis J-Store et qui est une base de données, une bibliothèque en accès libre où sont recensés, scannés, mis en ligne des centaines de titres de la presse alternative. Et ça va justement des années 60 jusqu'à dans les années 90-2000. Donc ça, c’est un endroit où on peut voir cette continuité. Tout est scanné, on peut faire des recherches, le niveau de la reconnaissance des caractères n’est pas toujours au top mais vraiment c’est une ressource passionnante qui peut emporter son sujet. C’est vraiment un endroit qui permet d’avoir une idée du retentissement de certaines idées, de certains noms, de pistes et les traces des penseurs dans les années 60-70. Sinon, je dirais que, effectivement, pour les élections de la comprenne et tout ça, on est dans une période post-print, qui ne veut pas dire disparition de l’imprimé, mais qui veut dire transformation de sa place.
Je pense que c’est important, c'était dire que pareil, toujours dans l’idée de l’impact médiatique, c'était dire de quel média on utilise, lequel on considère comme le plus pertinent pour une forme de transformation politique. Je ne suis pas certain que ce soit l’imprimé aujourd’hui, malheureusement, malgré mon attachement au papier. Et je pense que si on devait répliquer cette espèce de stratégie qui aurait pu être celle de… Des gens dont on parle, ce ne serait pas forcément du côté du journal imprimé qu’il faudrait regarder. Plutôt évidemment les réseaux sociaux ou enfin voilà ou d’autres. Je peux répondre à Dunkerbeck par rapport à l’affiche dans le chat qui demande où est-ce qu’on peut se procurer l’affiche. Il faut venir si vous êtes en Belgique. Il va falloir venir à la contemporaine pour vous procurer la fiche. Vous pouvez tout à fait, c’est vrai que la fichée, elle est très belle et réussie aussi de mon point de vue. Mais on ne peut pas la commander. Malheureusement, il faudrait que vous veniez voir l’expo et vous pourrez repartir avec la fiche.
Alors je vous avais demandé à chacun de choisir cinq photomontages de vos choix avec comme idée voilà, moi ce que j’aimerais, ce que j’espère c’est que les gens qui nous écoutent vont avoir envie d’aller voir l’expo, l’Expo il y a des centaines de documents donc j’ai demandé cinq chacun donc c' est forcément un point, mais je l’ai demandé aussi parce que pour celles et ceux qui c’est plus facile d’aller à la contemporaine, il y a plein de visites qui sont organisées par la contemporaine et vraiment je vous conseille ces visites parce que ça reste quand même un objet qui n’est pas si facile donc quand on nous l’explique c’est quand même beaucoup mieux. Moi j’ai fait une visite avec Aline Téré donc c'était vraiment super mais il y des moments où soit des auteurs ou des autrices comme vous du catalogue, soit si j’ai bien compris, pas forcément.
En fait, tous les samedis à 15h30, il y a une visite guidée et il y aussi un programme.
Il y a des ateliers aussi.
Ouais, c’est ça. Et il y a aussi des visites qui sont faites par les gens de la Contemporaine, mais il y aussi des visites guidées par des spécialistes ou des gens qui viennent avec un certain point de vue. Par exemple, James en a fait une. Donc c'était vraiment l’idée de l’expo vue par quelqu’un. Il y aura Suzanne Shannon par exemple, bientôt, qui va faire une de ces visites guidées.
Tu peux dire qui est Suzanne Shannon ?
C’est une graphiste d’origine britannique, mais qui est maintenant en France et qui a travaillé dans les années 60-70, notamment dans la presse alternative. Il me semble qu’elle a travaillée pour la revue Rouge, notamment, et elle a aussi travaillé avec le graphiste David King, qui est une figure aussi importante de l’Expo,
Mais c’est vrai que ça vaut le coup, donc mon idée, un peu, c'était voilà, si vous aviez à faire, on disait voilà, fait ta visite, t’es choisi en cinq. Donc c’est là qu’on va avoir les images, mais je les ai imprimées pour que vous vous souveniez de vos images. Alors, j’espère que je ne me suis pas trompée dans l’ordre. Donc si tu veux, James, tu commences chronologiquement, c’est plus logique que Max je donnerai les titres pour que ça t’aide. Alors au début, c’est celle sur le recrutement.
Oui alors, ça s’affiche ou pas ? Les deux premières vont un petit peu ensemble, c’est-à-dire que, je ne sais pas si on peut, voilà, ça, c’est une des premières choses que vous pourrez voir dans cette exposition. C’est une affiche de recrutement britannique, donc de la Première Guerre mondiale. Alors évidemment, elle fait un petit peu pensé à d’autres affiches de recrutement, comme celle avec Lord Kirchner et le doigt pointé vers nous en quelque part qui nous ordonne ou qui nous qui nous incite à rejoindre l’armée, qui a été ensuite reprise par les américains évidemment, « I want you for US Army » ce qui m’intéressait là-dedans c’est, bah déjà c'était une découverte d’un point de vue de l’histoire graphique parce que c' est une des premières affiches qui va utiliser de la photographie, c' n’est pas du tout évident d’intégrer de la photo dans des affichés à cette époque là il faut utiliser une trame, un système de report qui qui est assez rare en fait, donc on a trouvé dans les collections de la contemporaine ce qu’on pense être parmi les premières affiches comme ça à utiliser de la photo agrandie, détourée, de cette façon là. Et aussi ce geste d’interpellation des spectateurs, on le met en rapport avec une célèbre affiche de Heartfield, si on peut passer à l’image suivante. La main oui, l’affiche avec la main.
Plein, plein, plein de lapins.
Qui est une affiche conçue par John Heartfield p our le Parti communiste allemand en 1928. Et ben, voyez, c’est un petit peu, enfin, c’est pas du tout la même chose, évidemment, politiquement, mais on retrouve un peu l’idée, enfin, on retrouve très clairement cette idée d’interpellation du spectateur, avec aussi ce procédé d’agrandissement photographique. Alors cette fois-ci, c’est une main d’ouvrier que Heartfield a été photographié à l’usine, en tout cas c’est la presque un peu la légende autour de cette affiche. Donc une main, voilà, presque un peut sale, presque, un peu salie par le travail quelque part, et une affiche avec un impact visuel très fort. On a cette main agrandie qui était d’ailleurs en plus à l'époque souvent affichée en série, ça c'était quelque chose qui était fréquent dans les pratiques d’affichage à l'époque, notamment en Allemagne.
Alors c’est 5 parce que la liste, c'était numéro 5, 6, 5, ouais.
Voilà exactement, on votait pour une liste à l'époque, une numéroté et donc c'était la liste 5 et ensuite la légende.
Comme les seins de doigts de la main
Voilà, avec les cinq doigts de la main, on saisit son ennemi. Voter pour la liste 5 du Parti communiste. Peut-être qu’on peut passer à. L’exemple suivant. Mettez n’importe lequel, ce n’est pas grave.
Elle s’appelle communiste avec masque à gaz.
Ouais, on peut juste les faire défiler et puis il n’y a pas d’ordre particulier. Voilà, donc ici vous voyez une autre couverture pour un hors série de L’Humanité. En fait, c'était une coédition L’humanité regarde en 1932, un numéro spécial qui est assez intéressant graphiquement parce qu’on voit qu’il y a plus de moyens qui ont été accordés à cette publication avec l’impression en deux couleurs, le travail sur la typographie. Et puis, ces photomontages, ce qui sont des photomontages, on pourrait dire, d’anticipation, c’est à dire qu’on se préfigure quelque part une guerre à venir, une guerre chimique où tout le monde serait obligé de porter des masques à gaz dans la rue. Donc tout un imaginaire qui est assez, enfin, qui est assez omniprésent, en fait, dans les années 30. Et ce qui intéresse, cette image, elle permet aussi de parler des rapports entre eux. En fait, la propagande communiste et le surréalisme, qui est une question assez centrale dans la situation française, il y a eu plusieurs tentatives de rapprochement entre les surréalistes et le PCF, qui ont, comme on peut dire, foiré. Qui est décapotée pour plein de raisons.
Je ne dirais pas que c’est un échec, mais nous n’avons pas réussi.
En vrai, c’est un débat théorique assez intéressant, mais bref ça n’a pas marché. Toujours est-il qu’il y a certains, certaines figures du surréalisme ici, en l’occurrence Max Maurice, qui était un poète surréaliste, qui collabore avec des graphistes. Ou slash décorateurs, illustrateurs, Robert Pontabri, Luty Moncoff, qui sont crédités comme pour les fautes de montage et la mise en page de cette hors série. Donc, et c’est assez rare, en fait, d’avoir comme ça les graphistes. Enfin, même si ce n’était pas vraiment des graphistes professionnels, en l’occurrence, et justement, c’est ça qui est intéressant. Mais d’avoir les personnes créditées pour la mise en page, c’est assez rare. C’est pour ça que ce numéro m’intéresse, en plus de la de son côté. Images d’anticipation et ça, c’est un petit chapitre qu’on ouvre aussi dans cette exposition, comment le photomontage préfigure l’avenir, permet d’anticiper sur des conflits à venir.
Alors la suivante que je peux voir, c’est des armes pour l’Espagne, je l’ai intitulé des armées pour l’Espagne, celle-là avec le rond tout en haut.
Oui, c’est une affiche de César Domela dans le contexte de la guerre d’Espagne donc ce moment est aussi abordé dans l’exposition et donne lieu à beaucoup de productions graphiques assez intéressantes ici.
Ah ben c’est même une, moi j’ai trouvé, elle j’ai trouvée géniale toutes les images sur la gare, pour la guerre, contre la guerre d’Espagne, pour l’Espagne républicaine, elles sont extraordinaires.
Bah oui, complètement, parce qu’il y a déjà en Espagne même, il y a une culture graphique assez singulière. Mais ici, c’est une affiche produite en France, en fait, à la demande des syndicats anarchistes et qui vont passer commande à un peintre. César Domela, c’est un peintre abstrait, plutôt dans le style d’abstraction géométrique, de style. Et qui donc, alors qu’en fait Domela c'était le fils ou petit fils, je ne veux pas dire de bêtises mais Domela et Venhuis, c’est-à-dire un des grands théoriciens de l’anarchisme hollandais.
Il y a des petits-fils de Françoise D’Eaubonne.
Et donc voilà, c’est sans doute une des raisons pour lesquelles on le voit un peu sortir de ce qui est son milieu à ce moment-là, la peinture abstraite, géométrique, de salon, si je peux dire, parce que voilà, ce n’est pas quelqu’un qui fait de la propagande, ce n’est pas un militant du tout en fait, mais qui va quand même produire cette image à mon avis intéressante aussi par la reprise des genres de compositions qu’on va beaucoup trouver dans l’entre-deux-guerres, ces assemblages de cercles et de triangles qui sont comme ça.
Oui, parce que ça me rappelle le triant qui attaque le rond, il y a un tableau hyper célèbre.
Tableau hyper célèbre. Ça c’est chez Alexandre Rodtchenko, c'était une affiche soviétique de 24 et effectivement c’est une idée formelle quelque part qu’on retrouve souvent reprise à l'époque.
Et des mains encore. Finalement les mains en haut, elles ressemblent vachement aux actuels.
Oui, oui, les mains, l’expressivité des mains qui sont soit interpellation soit ici, comment dire, appel à l’aide.
Ouais, ceux-là, c’est des appels à l’aide, ouais. Alors la suivante, voilà, tu vois la tête rouge avec des images dedans, et voilà, c’est ça.
Oui, alors ça c’est un document assez peu connu, c'était un livret de chant du Front des Trains en Allemagne. Alors, le Heiserner Front, c'était une organisation anti-fasciste du SPD, social-démocrate. En fait, à cette époque-là, le SPD, les sociaux-démocrates inventent des formes militantes qui essayent de, comment dire, de trouver une efficacité aussi supplémentaire. Vous connaissez peut-être ce livre de Serge Tchakhotine qui s’appelle « Le viol des foules par la propagande politique ». Tchakhotine, c'était un russe, un élève de Pavlov, qui avait théorisé…
Du fameux réflexe ?
Ouais, le réflexe de Pavlov, qui avait théorisé cette idée de la propagande justement par réflexes conditionnés. Et en fait, Tchakhotine travaillait pour le SPD et pour le Front des Reins. C’est lui qui invente les trois flèches qui viennent barrer, le symbole des trois flèches, en réponse à la croix gammée nazie, précisément. Et donc voilà, là en fait dans cette image d’une foule qui, d' une photographie de foule qui va être détourée pour former le contour d’un figure quelque part comme ça unitaire, on trouve une idée qui en fait est aussi susceptible de passer d' un bord à l’autre, pour le dire comme ça. C’est à dire que dans l’imagerie fasciste on va aussi très souvent ces images de foule sont détournées. Donc, en fait, voilà, c’est pour dire qu’il y a des images qui ne sont pas essentiellement de gauche ou en tout cas, il y a des idées qui peuvent passer d’un bord à l’autre à ce moment-là et Tchakhotine le dit aussi en fait.
Je t’arrête juste parce qu’il y a des questions et on viendra sur la dernière. Première question, qui imprime, comment, qui finance à l'époque ces documents ? Qui peut avoir une question pour tous les deux. Et ensuite donc sur celle qu’on vient de montrer, y a-t-il un sens à voir entre la casquette de la silhouette et les chapeaux de la foule ?
Ah ouais, c’est intéressant, parce que souvent, la casquette, c’est l’ouvrier et le chapeau, c’est plutôt, voilà, peut-être classe moyenne, bourgeoisie, éventuellement. Donc effectivement, ça peut laisser supposer l’idée d’une alliance de classe. En tout cas, c’est quelque chose qu’on trouve clairement dans d’autres compositions, précisément dans ce sens-là, à mon avis. C’est une interprétation, mais ce n’est pas une sérigraphie ici en l’occurrence, non la sérigraphie ça paraît un peu plus tard, plutôt dans les années 60.
Et qui fine, en tout cas, qui imprime, qui finance pour toi ? Et puis on verra après pour James.
ça dépend, il y a beaucoup de cas de figure différents, là ici c’est le SPD, il y a des cas de figures différents, je ne peux pas faire une réponse globale.
Et alors il en restait une encore, merci Nayan
On peut aller rapidement comme ça, après on laisse un peu de temps à James pour développer.
Alors attends, non, c’est la dernière stop nazifront.
Ouais. C’est une affiche de David King, donc David King c’est un graphiste anglais, assez intéressant, David King était un, c'était lui qui faisait par exemple les pochettes de disques pour les Who, pour les groupes de rock des années 60, des choses comme ça, et en fait il devient, il se passionne pour Trotski. Il commence à rassembler toute une documentation sur Trotski et l’effacement aussi de Trotski sur les photos historiques, c’est lui qui publie ce livre qui s’appelle Le commissaire disparaît sur la falsification des photos. Et en fait David King c'était aussi un grand collectionneur d’affiches soviétiques, de graphismes à la fois soviétique mais aussi allemand, un grand connaisseur de Art Field. Et donc, et aussi un militant quelque part, enfin, clairement, il fait pas mal d’affiches contre l’apartheid et dans les années 80 contre le National Front, qui est l'équivalent britannique du Front National. Dans les collections de la contemporaine, on a été voir justement un peu le type d’affiches que produisait l’extrême droite anglaise dans les années 80. C'était une horreur, franchement. C’est les trucs les plus horribles qu’on ait pu trouver en termes de racisme assumé. Donc ici, c'était la réponse antifasciste de David King qui reprend qui reprennent certaines idées formelles de Art Field, le détournement des symboles de l’adversaire et puis on peut dire aussi la physiognomonie, c’est-à -dire l’expressivité comme ça grimaçante de l’ennemi.
Alors maintenant, j’aime ça. Tes images ?
Oui, peut-être qu’on pourrait commencer, Nayan, par le « All you can eat », c’est l’image avec une sorte d'étoile rouge en fond. Je le vois à droite, là, oui, voilà. Donc, comme c'était souvent le cas, en fait, dans la presse alternative, contrairement à Art Field ou des images de propagande, enfin, pas tout le temps, mais parfois et souvent, il y a des figures identifiées dans la presse alternative.
Voilà, on voit qu’on change.
Absolument, ouais.
D’univers graphique.
à fait. C’est anonyme dans le sens où il n’y a pas forcément crédité. Souvent dans l'écorce d’un journal, on va avoir peut-être un art director ou un graphiste nommé, mais les productions visuelles en soir ne sont pas créditées, non pas d’auteur ou d’autrice. Cette image, je l’aime beaucoup, et c’est Aline qui l’avait sélectionné pour l’exposition, mais que j’aime bien parce qu’on voit en fait peut-être une des, je caricature un peu, mais peut-être une des des choses qui marquent une transition vers d’autres fonds politiques dans les années 60, alors qu’on voit beaucoup la foule dans les années 20, 30, ici on a autre chose en fait, une sorte de constellation d’individus. Donc en fait le texte que vous ne voyez pas au centre, c’est un collage, photo collage qui était réalisé pour promouvoir la révolutionné People’s Revolutionary Constitutional Conference. Je pense que je massacre l’ordre des mots, mais c’est une tentative en 1970 de piloter par les Black Panthers, de proposer une nouvelle constitution populaire pour les États-Unis.
Attends, c’est génial !
Donc il y avait une première grande réunion qui avait plutôt bien marché et puis la deuxième réunion il s’agissait de ratifier, de coucher sur papier la chose, à un peu capoter, notamment parce que les Black Panthers s'étaient fait réparer, il n’y a plus aucun endroit qui voulait accueillir cette grande conférence. Donc c’est un côté un peu mélancolique à cette image parce que ça annonce un échec. Mais toujours est-il que voilà, on voit en fait, on n’a plus la foule, on a une sorte de constellation d’individus. Donc on voit le point levé, quand même, ce motif, cette iconographie gestuelle, encore une fois, populaire qui est donc très associé avec les Black Panthers. Mais on voit aussi le point levé des étudiants, la Nouvelle Gauche, les militantes de campus. On voit aussi dans cette image, il y a beaucoup de journaux. On a à droite, on a des militantes des Black Panther qui tiennent le journal, le Black Panther. On bat à gauche Women and Revolution, donc des journaux féministes. On a le manifestant avec une pancarte Gay is Good, donc on est en 1970, c’est les premières prides.
Il y a toutes les luttes là-dessus, c’est la convergence en fait.
C’est la convergence des luttes, mais c’est aussi la nouvelle gauche qui se conçoit à partir des lutte un peu plus sectorielles, mais comme un excité de convergence et placé au centre donc Abraham Lincoln assis, qui trône sur les Etats-Unis en marbre blanc et avec, face à lui, un jeune militant noir, le poing lavé. Donc encore une fois dans la gestuelle, dans l’incarnation, quelque chose d' assez radicalement différent de ce qu’on a pu voir dans les années 20-30, avec cette énergie aussi de l'étoile. Qu’est-ce que je peux dire d’autre ? On voit aussi des dessins des vietcongs et des militants africains aussi, donc il y a ces dimensions anti-impérialistes. Au Yucatan, c’est un journal qui est édité à New Jersey.
Ça, c’est un journal, en fait.
Non, c’est une affiche qui accompagne le journal, qui prie dedans, et ça c'était quelque chose qu’on voit souvent. Ces journaux ont un caractère un peu d’affiche, vont avoir des centres.
C’est une double page.
Mais qui peut se présenter comme une affiche si on la tourne à la verticale.
Oui, voilà, exactement. Et ça, c’est quelque chose qui est important aussi dans la presse alternative. Souvent, les journaux sont aussi des affiches. Tout ça est pris dans une économie aussi visuelle et imprimée avec les affichés de concert, des pancartes de manifs et même des formes un peu plus micro comme les buvards de LSD. En fait, on retrouve les mêmes motifs graphiques, les mêmes voilà, le le poing levé,Par le symbole du CND, qui devient le symbole de la paix. Voilà, il y a aussi celle qu’on envoie, les photos d'époque aussi.
Oui, il y a une circulation des éléments visuels.
Peut-être qu’on peut passer…
Alors vous regardez le titre, j’ai mis les titres à chaque.
Qu’est-ce qu’on pourrait voir d’autre ?
Alors, c’est parapluie.
Voilà, j’allais suggérer.
C’est la dernière que j’ai envoyée.
Donc ici, un collage qui est publié dans le journal alternatif français, Parapluie qui est peut-être un des journaux phares de la presse alternative française, est fondé par Henri-Jean Hénu qui vient de Nanterre, qui vient du mouvement du 22 mars. Mais qui est aussi peintre un peu post-réaliste, qui est musicien, qui encore de l’homme de la Renaissance, de la contre-culture. Ils font son journal, par appui, qui est très psychédélique, qui est imprimé en polychromie, où on retrouve ses effets d’impression, pas sur cette image, mais en dégradé. C’est une image que j’avais sélectionnée parce que c'était attribué. C’est attribué, c’est l'œuvre de Claude Pélieu, qui était un poète, écrivain, expérimental, artiste, graphique, traducteur et qui était une des figures avec, enfin, il y en a nombreuses figures comme lui, mais peut-être l’une des plus emblématiques, enfin c’est l’un des passeurs en fait de la contre-culture américaine vers la France. Donc Pellieu, il est aux États-Unis à partir de 1963 et il traduit Allen Ginsberg, William Burroughs avec sa campagne Mary Beach et il publie énormément dans la presse alternative. Donc ce collage, c’est assez typique de ce qu’on peut trouver dans la Presse alternative, c’est-à-dire qu’on a une sorte d’amoncellement d’images. C'était beaucoup moins, comment dire, univoque peut-être que les images de propagande de la première moitié du XXe siècle. On voit, on a la tête des Nixon, on à des révolutionnaires, on la tour Eiffel, on a des gros titres à Permanent Revolution, Pinterest, Igerides. Il y a une vraie sorte de polyphonie visuelle. Il y a quelque chose d’une sorte de libération, des énergies, quelque chose d’assez libidinal aussi. Souvent on a des femmes, des hommes nus aussi, on recycle aussi bien les images politiques de la presse que la pornographie. J’aime bien les collèges de Pellieu parce que vous voyez ici en haut à droite, on a une image où la trame est super apparente, on a un diagramme pour le mélange des couleurs qui pourrait sortir d’un manuel pour les spectacles lumineux. Et aussi cet intérêt pour l’heure. Voilà, les technologies visuelles qui un peu misent en abîme ici. En fait, on colle aussi bien les bons et les méchants des slogans révolutionnaires que les gros titres de journaux. C’est la dimension un peu culturelle de la contre-culture. C'était une chose un peu immanente où il s’agit de se mélanger, en fait, à l'économie politique, l’économie visuelle de l'époque, dans toute sa diversité et à travers une sorte de juxtaposition plus ou moins radicale, on crée une fonte des dissonances
En fait, ça me fait penser, je pensais à Hannah Höch sur le chemin en venant. S’il faut qu’on parle de Hannah Höch à un moment donné, mais parce que ce truc de faire une sorte de paysage visuel d’une époque, d’un moment, tu vois, avec des choses hétérogènes mais qui se passent en même temps et vraiment accentuer ce côté hétérogène, c’est un peu ce qu' on a déjà chez Anna Höch, Dada, en Allemagne. Donc c’est son célèbre collage qui s’appelle « Coupe au couteau de cuisine ». Le paysage de l’Allemagne de Weimar dans son côté chaotique, ça me fait penser à ça.
Oui, tout à fait. On voit aussi dans les années 60, enfin là je fais un peu mon historien de l’art, mais il y a un renouveau, il y a un regain d’intérêt énorme pour Dada en général. C’est un moment où il y avait les premières expositions et des publications des livres, et les presses d’artistes qui publient en facs similaires, par exemple Something else Press, la presse de la Mouvement Fluxus, republie les Almanach Dada. Donc il y a aussi une continuité, il y a une coupure générationnelle, je pense que c’est clair, dans les années 50. Mais au début des années 60, voilà, on commence aussi à revenir là-dessus. Donc est-ce que Pellieu connaissait les collages de hanche ? Lui, il avait fréquenté quand même des membres des personnes qui avaient participé aux avant-gardes de l’entre-deux-guerres. Il y a des figures comme lui qui sont à la fois des ponts entre les années géographiques, mais aussi entre les époques. Qu’est-ce que je peux dire d’autre sur ce collage ? Non, mais il faut appeler eux avec d’autres figures comme Jean-Jacques Lebel, Jean-Louis Brault aussi, qui est membre de l’International Situationniste et qui publie beaucoup dans le parapluie. Voilà, c’est des figures qui ont des parcours un peu emblématiques, qui un peu grandissent, qui passent un peu la fin des avant-gardes historiques et qui ensuite vont trouver un autre terrain de jeu dans la grande culture.
Oui, parce qu’on parle d’image, mais il y a des hommes et des femmes, alors moins de femmes, quand même. Je trouve que ça fait beaucoup un art d’homme, en tout cas pendant longtemps. Même si, on va y revenir, parce que dans les images qui te restent, il y à une femme, notamment.
Oui, on peut parler vraiment d' Art Field après, parce que c’est une des figures d’Artiste que l’on fait. On va en parler parce que j’adore celle-là. Oui, c’est sûr, mais simplement de façon générale, en fait, il y a beaucoup d’anonymes. Voilà, c’est un peu ce qu’on peut dire de manière générale. Sur l’exposition, si la question est homme-femme. La majorité est anonyme, donc en fait on ne sait pas, on peut dire ça et on sait que dans les rédactions.
C’est Virginia Woolf qui dit dans l’histoire quand l’anonyme c’est le nom pour dire une femme en fait. Parce que de fait il y a des hommes, il y a Heartfield.
Bien sûr, alors voilà, les noms, les grands noms sont masculins, on est d’accord. Il y a des photomontages connus, notamment en Union Soviétique Barbara Stepanova et d’autres. En France, Charlotte Perriand, qu’on ne présente pas dans l’exposition, parce qu’elle, son médium, c'était plutôt l’Exposition, le photo montage mural, mais pour autant, voilà, c’est quand même une grande photo monteuse française. Anna Höch voilà. Mais la majorité sont anonymes et ce que je voulais dire, c’est qu’on sait que dans les rédactions de journaux, dans la chaîne graphique aussi de manière plus générale, mais notamment à l'étape un peu rédactionnelle et de conception de la maquette, il y avait beaucoup de femmes, ça c' est clair, on le voit parce qu' on a des photos de l'époque, par exemple du magazine Vue, enfin voilà un magazine français des années 30, on voit que à l' étape de retouche par exemple, il y a plein de femmes. La maquette aussi, d’ailleurs, la maquettiste de vue, c'était une femme, Erin Linova, enfin, donc, en fait, ce n’est pas marqué, en gros, ce montage est dessiné par celle-ci ou celui-ci, mais il y a beaucoup de femmes en réalité.
Oui, j’allais juste ajouter qu’il doit y avoir des antécédents encore une fois, mais ce qu’on voit beaucoup dans la presse alternative, c’est justement, il y a une prise de conscience, une contestation dans les journaux de ces divisions de travail. Donc, puisque voilà, tout se fait maison, toutes les étapes, parce que toutes les étapes de la mise en page, la rédaction. Le montage, le graphisme et souvent l’impression se fonde dans une seule chaîne de production. Ces femmes, qui sont aussi, dans la presse alternative française, mais traductrices aussi, de plus en plus prennent la parole, et enfin, c’est aussi un lieu où prennent la parole publient des articles sur la division de travail et de parole, et enfin d’espaces très genrés de la presse alternative, la continuité, voilà, du machisme de l’ancienne gauche jusqu'à dans la nouvelle gauche. Donc c’est en raison de la presse alternative, c'était aussi un lieu où on commence à voir des fractures et de fil en aiguille. Il y a aussi des journaux féministes qui sont fondés par ces sessions parce qu’on se rend compte que ce n’est pas dans ces journaux dominés par les mecs qu’ont va y arriver. Donc il y a des sessions, il y à des sécessions. Oui peut-être, peut-être qu’on peut passer Raymonde Darcy justement.
Alors, c’est des bombes, aciers, collages.
Peut-être qu’on peut commencer par la toute dernière image, la version imprimée.
Version imprimée, celle tout en bas qui est isolée, où l’image est un peu violette.
La tout dernière.
Voilà, c’est ça.
Donc, justement, Torchon de Brûlé, qui est donc le journal de la MLF, plus ou moins. Mais tellement génial ! En ligne, on peut tous les trouver en ligne. Oui, voilà, et vraiment, j’avais parlé des collections institutionnelles, mais c’est Independent Voices qui vient plutôt des bibliothèques universitaires. Mais il faut dire que depuis longtemps, beaucoup de journaux militants ont été numérisés, mis en ligne, archivés, étudiés par des militantes contemporaines. Voilà, personne n’a attendu que les institutions prennent ce travail en charge. Donc ici, le tour champ brûlé, qui n’existe que pendant une période relativement courte.
, qui est un journal mensuel.
Journal mensuel exactement et qui donc fondé par des femmes du mouvement de la libération des femmes beaucoup si sépare enfin toutes d’entre elles étaient passées par des mouvements de gauche étaient passés par les rédactions des journaux alternatifs des journaux un peu post 68 et sont en compte effectivement voilà c’est pas possible en fait de porter des des questions féministes, elle doit toujours lutter. Pour avoir une page par-ci, par-là, donc cette volonté aussi de prendre la parole. Donc Raymonde Darcy qui est l’auteur de ce grand photocollage en haut de page, qui est aussi un autoportrait. C’est quelqu’un qui est, c’est une militante, c’est aussi une artiste plasticienne qui se revient en tant que telle. Elle a aussi une pratique d’art textile, tricot, des objets domestiques surdimensionnés, très impressionnant.
Je réponds oui oui c’est le “Torchon brûle,” au lieu de Delta t’as raison c'était le torchon brûle
Le Torchon brûle, donc voilà c’est une image que j’ai beaucoup qui est fascinant, assez troublant aussi, donc c'était un photomontage qui est assez très humoristique aussi, mais connurent très mordant, donc Raymonde Darcy se met en scène, c’est elle sur la photographie. C’est elle, sur la photographie. Peut-être plus clair, donc exceptionnellement grâce à la mise en ligne d’hommes. Bah ça c’est une chose rare, on a le photomontage dans l’artiste.
Elles s’appelleront six collages originaux, je pense.
Avant sa reproduction. Ça c’est une partie prise dans l’exposition, je pense que vous ne montrez qu’une maquette, justement parce qu’il a cité que le photomontage est multiple et qu’il n’existe qu’en dehors de sa version originale. Raymonde Darcy, justement parce que c'était aussi une artiste, elle a un peu cette double casquette avec quelqu’un qui produit des images pour la presse, des images multiples et des images militantes, mais aussi qui produit aussi des photomontages, qui sont aussi des œuvres en quelque sorte.
Pour l’expliquer, ouais, ce photomontage n’est pas forcément clair pour ceux qui regardent.
Raymonde Darcy, c’est elle qu’on voit sur l’image, dans cette tenue incroyable des cuissardes, avec son bob, son autre côté. A Cheval, c’est une sorte d'énorme forme en œuf, qui en fait, qu’en regardes de près, est composé des images de fœtus in-utéraux, qui forment une sorte d’énorme œuvre, donc qui est dédiée d’une image de la femme pondeuse, la femme mère. Tout en bas, on voit des enfants affamés à droite, des bébés avec des têtes de Kunneth de Gaer, Adolf Hitler, on a de Gaulle aussi. Donc, en photomontage, ce sont les ravages de l’humanité sur terre, le fond de l’image, on a une mer, une forêt dans sa bulle, la légende, c’est « vous reproduirez, vous Vous êtes, vous regardez, donc c’est une image un peu qui conteste cette idée que de la maternité comme un destin, un destin des femmes. C’est l’image qui est assez confrontationnelle avec ce qui m’intéresse, enfin ce qui est intéressant dans cette image, c'était le fait de contester le destin biologique d'être mère, mais aussi cet emploi qu’elle fait de ces images très nouvelles. Qui sont les photographies des Fœtus In Utero. Donc c’est vraiment une nouvelle forme de photographie qui émerge dans les années. C’est la première échographie en fait. Voilà, à peu près. C’est VED, elle raconte sur son site, son site absolument génial. Elle revient en détail sur comment elle a fabriqué cette image. Elle voit ces photos dans Paris Match ou dans l’Express, quelque chose comme ça. Ces images qui étaient créées et qui ont été immédiatement mobilisées dans le contexte. De la lutte pour ou contre l’autonomie corporelle des femmes pour l’IVG, pour la liberté d’avorter ou non.
Et elle, elle les utilise.
Oui, exactement, dans une sorte de rejet de cette figure, de la mère pondeuse. Ce qui raisonne ici avec Raymonde Darcy c’est quelqu’un qui justement a été passé son propre parcours, elle est passée par, elle était dactylo en fait, c'était son métier, elle avait fait des études pour devenir dactylos, donc elle travaillait dans un environnement de bureau et c'était souvent ce son temps de travail et qu’elle s’approprie les fournitures de bureau pour produire ses premiers collages, photomontage. Et dernière chose, c’est-à-dire peut-être cette image, je trouve qu’il y a quand même, enfin tout à l’heure tu as mentionné Françoise D’Eaubonne qui était aussi dans ce groupe.
Je ne sais pas si David nous écoute mais on a encore parlé de sa grand-mère !
Pour moi, il y a quand même une sorte de revendication écoféministe dans cette image.
Oui, avec la nature derrière, oui.
La nature derrière, cette vision de la guerre comme une affaire des hommes, il y a un rejet d’un destin biologique, mais aussi une volonté de, comment dire, à une époque du début des années 70, c’est un peu l'émergence du mouvement écologiste contemporain. C’est le moment où il y a une énorme panique autour de la surpopulation et qui prend souvent une forme très malthusienne et très, comment dire, qui a une forme d’impérialisme aussi parce qu’en gros le message c’est qu’il faut arrêter de reproduire sinon on va tous mourir. Alors qu’ici ce qu’elle fait, Rema Endartier, elle rappelle les liens entre une certaine forme de comment dire le lien entre en gros la masculinité, la guerre, la surpopulation c'était un appel en fait à une lourde détermination qu’auprès des femmes qui est une manière un peu de contrer ces phénomènes à la fois de guerre de sa population, de famine et de dégâts écologiques. Donc dans cette image, ça fait beaucoup de choses en fait.
Juste avant qu’on me présente la dernière image, j’en profite pour dire à celle et ceux qui nous écoutent, parce qu’elle est très drôle cette image aussi, en ce moment à Dunkerque, au musée d’un contemporain de Dunkerque, il y a une expo qui s’appelle La Marade, et qui est une exposition sur le rire des femmes et sur la façon dont les féministes et les artistes femmes se sont en paraître du rire. Alors, il n’y a pas celui-là, mais il y en a plein d’autres là c’est à Dunkerque, ce n’est pas sur le RER A, et franchement vous l’avez vu tous les deux ?
Mouais, mouais
Elle est géniale, c’est une petite expo, mais il y a vraiment des trucs et elle aurait pu parfaitement être celle-là.
Oui, en fait, la commissaire, c’est Camille Paulin et je recommande aussi très vivant cet expo qui est très drôle aussi, très drôle, pas si petit aussi, ça vaut les déplacements à Dunkerque, et il y a de Raymonde Arcier il y en a aussi d’elle mais il n’y a pas celui-là. Et alors le dernier, c’est tout ? Oui, on peut montrer tout, donc j’avais, c’est l’image, enfin en arc-en-ciel, jaune.
Ouais juste, non, plus bas, de deuxième, voilà, l’arc-en-ciel, à côté du collage de Raymonde Arcier, celle qui est juste à côté, qui est en couleur.
Donc tout, c'était le journal de ce corpuscule un peu post-maoïste, Vive la Révolution, qui, enfin c’est aussi un des journaux un peu emblématiques de la presse alternative française, qui est vraiment un engagement politique très fort avec des expériences graphiques qui sont, oui, qui sont calquées sur les expériences graphiques des journaux américaines. Donc ici c’est un numéro, c'était un numéro particulièrement… Célèbre et on pourrait dire notoire du journal, c'était le numéro 12 consacré à la libération sexuelle, on pourrait le dire, et qui donc appelle à l’avortement, contraception libre et gratuit, droit à l’homosexualité et toutes les sexualités et ensuite à ce point qui fait un peu scission et qui reste un peu empreinte d’achoppement et un peu des zones, un peu d’ombre de cette époque-là, mais c’est le droit des minas, la liberté des déserts et son accomplissement. Donc c'était vraiment pris dans des politiques sexuelles du début des années 70, qui sont aussi autour de l'âge de consentement aussi, qui est différent à cette époque pour des relations homosexuelles et hétérosexuelles. C’est plutôt ça qu’il faut entendre,
C’est donc celui-là, il y a le manifeste du phare, c’est dans ce numéro ? Oui, c’est ça.
C’est ça, les textes du phare, mais c’est aussi, voilà, c'était aussi un texte, enfin un numéro, qui avait fait scission et qui amène notamment à le départ de beaucoup de femmes, quasiment l’intégralité des femmes de la rédaction, exactement, voilà. Donc on peut aussi retracer un peu dans l'économie visuelle ces points de rupture parce que au sein du chant contre-culturel, enfin au sein de l’extrême gauche, il y a aussi des luttes en termes. Qui s’y jouent et qui se jouent aussi par le graphisme, en fait…
FAR, on est encore avec Françoise D’Eaubonne, tu ne nous quittes plus.
Voilà, Orkingame, il est, par exemple, très actif dans ce journal. Il écrit des phrases très dures contre toute la future équipe de Charlie, par exemple contre le BD, contre le côté un peu potache, un peu misérable de la sexualité, telle qu’on le voit dans la presse authentique. Parce qu’il faut dire que les BD pour la plupart sont extrêmement misogynes, notamment dans la presse française. Enfin, c’est une horreur. Donc il y a aussi cette Il y a aussi énormément de BD dans le « Torchon brûle ». On voit des tentatives aussi de définir ce qui serait une BD féministe, un collage féministes, une imaginée visuelle autre. Donc oui, c’est en très vite créé la rupture.
Merci, merci. L’heure tourne quand même, donc j’avais deux trois questions encore, mais je vais passer un dernier temps mais plus rapide de l'émission. J’ai voulu en fait vous montrer des photomontages contemporains, parce qu’en fait on a parlé des années 30, on a parlé des années 70. Mais en fait il y en a un certain nombre et notamment un collectif que personnellement j’aime beaucoup qui s’appelle Formes des luttes, que vous connaissez j’imagine. Alors juste pour faire un peu rapidement l’histoire, Formes Des Luttes c’est un outil qui a été créé pour permettre aux graphistes, aux artistes de participer aux luttes en partageant leurs œuvres, leurs images. Il a été créé en 2019, c'était la première mobilisation contre les retraites, les retraite à points avant que ce soit supprimé. Que d’une autre arrive, et en 2019 un appel à Images avait été lancé et ils ont été très surpris de recevoir plus de 150 créations d’une centaine d’auteurs et d’auteures. Et depuis il y a eu plusieurs appels. Alors ça peut être des appels thématiques, sur les luttes LGBT, enfin on retrouve finalement toutes les lutte qu’il y avait dans les affiches, soit dans des contextes précis de mobilisation, il y a eu des appels à nouveau quand il a fallu se dresser contre la nouvelle loi retraite, et au moment du nouveau front populaire. Donc c’est des images, il y a beaucoup de dessins, il n’y a pas du tout que des photomontages, mais il y des photomontages qui sont soit imprimés sur des affiches, pour parler du support, soit beaucoup sur des autocollants, je vous en ai apporté quelques-uns. Mais là, ce n’est pas les photo montages, je n’ai pas gardé des autocollants en photo montage, sauf un, tiens d’ailleurs, que je n’ai pas dans les photomontage, mais je vous montrerai, donc voilà, les autocollant de forme d'élite qui sont distribués d’ailleurs dans les manifs, et moi je sais que je les prends, puis je les colle un peu partout à la fac après.
Je ne sais pas, c’est sûr qu’on va retrouver dans ces images-là des choses qui rappellent beaucoup cet imaginaire politique qu’ont présenté dans l’exposition, le coupé-collé imprimé. Je pense ici, voilà. Les mains encore ? Évidemment, oui, voilà, c’est ça, la concentration sur un motif comme ça, emblématique, C’est vrai que les mains, lever, les mains serrées, les mains dans toutes leurs dispositions rhétoriques quelque part sont encore là et toujours.
Moi j’allais juste peut-être commenter plus tôt, enfin on a assez peu parlé du langage, évidemment il y a une gros présence toujours des slogans avec les photomontages, il y a très peu de photomontages qui fonctionnent de manière complètement autonome, je sais pas ce qui outre effectivement le la reprise, le motif des mains très forte et voilà l’industrie en eau, il y a clairement des rappels historiques assez fortes mais ce qui me frappe un peu c’est peut-être le pronom on, on se bat. Alors là, je suis moins sûr de mon coup, mais enfin, c’est cette idée du « en » le pronom personnel, « on est », « on s'élève »
On est là, on est là
Et à la prochaine !
Si Macron ne veut pas, nous on est là !
Voilà, c’est une manière de revendiquer en fait cette sorte de collectif anonyme, quelque chose d’informel, et c'était peut-être ça qui tronche un peu, qu’on commence à observer avec, à partir des années 60, 70, justement une reformulation des identités collectives un peu au-delà des choses, enfin déjà d’une stratification par classe, ou par nation, ou les ouvriers.
Ouais, c’est intéressant, ouais. Moi, j’aimais bien la sélection comment il s’appelle ?
Ils arrivent, ils arrivent.
Alors on les fait tous ?
Alors la fabrique de l’opinion. Celui-là, j’avoue, je l’adore.
Mais forcément, à chaque fois, j’ai envie de trouver toutes les comparaisons avec Arthur, qu’on pourrait faire.
Mais oui, mais c’est drôle, tu vois le poids, c'était un truc de dingue.
-ce que ça utilise un peu de l’IA, là, je me demande, ou est-ce que c’est du photoshop, ça a l’air d'être plutôt photoshop. Alors, ouais, j’ai toutes les comparaisons qui me viennent en tête. Dans l’exposition, on a un montage que moi j’aime beaucoup sur le financement des ligues d’extrême droite dans les années 30.
Tout à fait.
par les banques, par l’ancêtre de la BNP en l’occurrence.
Mais moi, quand je l’ai vu, j’ai trouvé ça complètement dingue.
donc on voit sur ce montage une photo de cœur, de vrai cœur, avec tout ce côté très cru, un peu dégoûtant d’un cœur photographié en gros plan. Puis il y a des tubes qui sortent de ce cœur et qui viennent alimenter tous les logos, les signes, les symboles de ces différentes ligues des années 30, les Croix de feu, l’action française. Donc cette idée des flux économiques qui passent par des tubes.
Quelqu’un dit que sur forme de lutte, pas possible que soit de l’Ia, donc je m’en doutais aussi. Je m’en doutais aussi.
Je me demandais si ça faisait partie des guidelines, des directives ou pas. Je pensais aussi, mais… Mais en tout cas, ça me fait penser à cette idée de représenter en fait les relations économiques plus ou moins masquées entre le capital et l’extrême droite qu’on trouve pas mal déjà un petit peu dans les années 30.
Et enfin, moi, c’est la dimension un peu de ce qu’on pourrait appeler, faut d’autre chose, du body horror quoi, de l’horreur corporelle. Body horror ! Ouais, donc cette violation du corps par le mécanique, par l’analogue, c’est quelque chose qu' on voit beaucoup. Moi, je pense à un photomontage d’ Heartfield, désolé, je vais pouvoir aussi trouver les répliques historiques, c’est des formations professionnelles, mais où on voit une famille nazie en train de bouffer du métal et des éléments industriels. En fait, il y a une famille, ils sont affamés. Je crois que le slogan, c’est « Hurrah, il n’y a plus de beurre ».
C’est un truc des nazis à l'époque qui disent d’arrêter de consommer du beurre je ne sais pas quoi parce qu’il faut…
Booster l’industrie quoi.
Goûter l’industrie, donc le truc de Heartfield, c’est du coup arrêter de manger du beurre, manger du fer, et tu vois toute la famille en train effectivement oui ce côté…
Assez viscéral, finalement
Non, il n’est pas dans l’expo, mais oui, comme tu dis, un peu corporel et qui passe par une sorte de, comment dire, un peut de violation de l’intégrité physique dans l’image, mais parce que c’est pour une attaque politique quoi. Ça c’est quelque chose qu’on trouve très souvent et c’est presque essentiel à la logique du photomontage. C’est parce qu’on ne trouve pas ça partout. Mais c’est l’idée qu’on fait violence à l’image, en quelque sorte, pour, voilà, pour attaquer symboliquement, quoi. C’est, il y a ce passage par l’image, ouais, pour atteindre, quelque part, son adversaire. Il y a des, toujours Heartfield de son vrai nom Helmut Herzfeld, Heartfield i l y a son célèbre autoportrait où il découpe la tête du commissaire de police berlinois de l'époque. Donc une sorte de décapitation symbolique comme ça.
Oui, oui.
Peut-être aussi, c’est une question de la consommation ici, enfin, une sorte de gavage, c’est un peu l’imaginaire, des tubes enfoncés dans les oreilles, dans les bouches, etc. Et je pense que c est vraiment quelqu’un qui anticipe la façon dont on est de plus en plus contrainte à consommer, enfin, déjà, je t’ai dit, de contrainte, les médias qui contraignent, qu’on n’est pas libres à choisir, qui ont obnubilé, et aussi l’idée de la consommation de l’image, la façon dont on l’intègre, part. Psychiquement, mais presque corporellement, voilà les voix que l’on entend à la télé ou à la radio. Il y a de ces voix qui provoquent une réaction épidermique, enfin une hallucination. Je pense que c’est aussi, on retrouve cette réflexion sur, oui tu l’avais dit Max, c’est le fait de la dimension physiologique
Ouais le garage, je vais pas mal sur TikTok à titre expérimental, je ressens vraiment ce garage.
Alors, une autre encore tu l’as, voilà, on peut la mettre comme ça ou comme ça. Bon, c’est la rapide, mais…
Elle est très réussie, la typo est super, pareil, on touche à l’image pour toucher un peu, pas à la personne, ce n’est pas Macron en tant que tel, mais c’est l’idée du présidentialisme. Donc il y a toujours ce rapport entre une manipulation faite sur l’image par Photoshop, par tout le logiciel qu’on veut, open source, si vous voulez. Sur Gimp, pour toucher un peu à l’idée qui est derrière.
Donc c’est un visuel de l’atelier Garnier-Aragàs, Léna Aragàs.
Ah oui, salut ! Je t’explique cela ! Très très bon, très très bonne graphiste.
Et enfin je pense que c’est particulièrement frappant donc évidemment c’est le portrait présidentiel qui dans toutes les écoles s’est touché à cette image un peu qui a une valeur iconique mais aussi ça m’a fait penser aussi aux articles, enfin il y a eu pas mal d’articles qui présentent un phénomène qui est la nouvelle visibilisation des cours masculins des présidents donc Macron qui se fait filmer en train de faire des pompes. Poutine, Vance, I.M.Rossa qui a fait un article sur la muscu. Enfin, je ne le mets pas dans le même panier, mais voilà.
Tu sais comment il s’appelle le dirigeant belge, mais c’est pareil, il y a bourgeoisie de merde, j’ai un doute.
C’est du délire.
Et enfin je pense que voilà, c’est ce geste-là, de l’entasser, évidemment ça repose sur ce contexte-ci.
Il y a vraiment besoin de ridiculiser ces corps masculins qui sont ces corps fascistes d’aujourd’hui, ça va très très loin.
Alors, un que j’aime beaucoup, donc là c’est Apolline Floch et Sébastien Marchal, voilà. Nous, cette fois on n’a pas on, c'était nous. C'était au moment du Front Populaire. Alors c'était très marrant, je vous avais envoyé, je l’ai mis dans le mauvais sens, je vous avait envoyé ça en préparant et moi je les ai tous chez moi et je me suis rendu compte, j’en ai d’autres, d’ailleurs il y en a un qui est par là, et cette image là, elle est dans plein plein plein de, c’est la même manif tout le temps et ce sur quoi Aline avait aussi attiré notre attention dans la visite, c’est que très souvent, c'était les mêmes foules en fait. Hélas, ça, mais je l’ai dans cinq collages différents des deux mêmes.
Si vous allez voir l’exposition, vous verrez beaucoup de ces photos de foule détourées qui prennent une dimension presque un petit peu ornementale et symbolique, mais je dis ornemental parce qu’en fait on ne distingue plus trop les personnes ou le contexte, ça sert parfois de remplissage pour des motifs et ce genre de jeux graphiques on va aussi le trouver beaucoup dans l’exposition.
Alors, j’accélère un tout petit peu, mais comme ça on voit quand même les autres voix, puis si vous avez un truc à dire, donc celle-là, c’est Octis encore, donc c'était celle-la, c’est Retailleau transformé en croix gammée.
Ouais c’est une de mes préférées je crois.
C’est vrai ?
Ouais, toujours un peu le côté body horror, on parlait complètement des chronoborques, ouais. Se dissoudre ses corps, toujours masculins, voilà, qui affirment un peu leur force, comme ça, c’est presque un plaisir visuel qu’on peut appeler.
On reconnaît sa tête avec l'œil, on le voit bien. Moi ça me fait penser au personnage de Terminator qui fait vvvv, comme ça, là, qui se transforme en…
En liquide, en flaque c’est très clausthalite les gars.
Et le contexte, c’est quand Retailleau voulait dissoudre un certain nombre d’associations de gauche, notamment les Soulèvements de la Terre, et il y avait ça. Alors là aussi, là, on fait du mal à Décor. La lutte des classes, je l’aime bien, moi, celui-là. Là, c’est Rémi Vincent. Donc Marx, il faut une bonne droite. La lutte des classes, pas des races. Elle est chouette aussi celle-là. Alors c’est marrant parce que tu vois, on retrouve là une étoile jaune et qui me fait penser à l'étoile rouge, enfin l’espèce d'étoile plein d’orange.
Ah oui, c’est vrai qu’on a vu cette composition, étoilée, on l’a déjà vue.
Mais comme celle-là aussi, les étoiles, c’est pareil, et qu’on a vu dans The artist
ce que vous pouvez manger.
Et alors la dernière, faux ongles, c’est Mitsu que j’aime beaucoup aussi. Faux ongles, vrai baffe, avec 13-12, bon.
Ouais ouais c’est super intéressant, après c'était, enfin comment dire, je pense que quand on veut faire des parallèles avec aujourd’hui il faut aussi regarder les mêmes, il faut regarder des formes d’images qui circulent de façon encore plus informelle et qui réinventent aussi un peu la logique du montage de façon, voilà, anonyme et, enfin c’est vraiment, c’est un peu cette culture visuelle là qui m’a alimenté pendant que, par exemple, je faisais ma thèse sur le photomontage, j’ai passé mon temps sur les réseaux sociaux à regarder les mêmes, notamment de gauche, c'était aussi cette forme de communication aujourd’hui.
Est-ce que vous avez quelque chose à rajouter ? Est- ce que vous aviez l’impression qu’il y a des trucs super importants que vous vouliez dire ou qui vous tiennent à cœur que vous n’avez pas eu le temps de dire ?
Non, bah, je pense qu’on a fait suffisamment de promos pour l’exposition. Je ne vais peut-être pas en rajouter une couche. Moi, je vais en rajouter, j’en rajouterai parce que vraiment, tout ce qu’ont tout ce qu’on vient de présenter là et dans cet expo et dans le catalogue. Donc, ouais, si ça vous intéresse.
Super beau catalogue des éditions Anamosa.
Oui alors on peut peut-être faire un petit clin d'œil au graphiste parce que c’est Helmo, le studio Helmo qui a fait à la fois les affiches de cette exposition que vous avez peut-être vu dans la rue ou dans le métro et aussi donc le design du catalogue qui à ce format un petit peu particulier, un format en hauteur avec une couverture souple, ça renvoie un peu à l’idée d’un imprimé modeste aussi et pas forcément un catalogue d’exposition. Disons un peu luxueux livre d’art comme on en trouve beaucoup aujourd’hui c’est-à -dire avec une couverture rigide un peu lourde le genre de bouquin avec lequel vous pouvez caler vos vos étagères. Là c' est quelque chose d’un peu plus d' un peu plus léger dans la forme et puis avec un travail aussi graphique qui est fait sur les images avec des des vues de détails sur certains montages un peu des gros plans qui montrent la trame des images, la matérialité et tout.
Et puis vos textes, il y a aussi des articles, des collaborations comment dire.
Oui, il y a plusieurs textes sur différentes périodes, sur les années 20, 30, sur les années 60, 70, James publie un texte, Thomas Bertail, Christian Yoshke, Michel Lefebvre et Dora Parkman. Il y a différents aspects de cette histoire du photomontage qui sont couverts dans le bouquin, avec aussi des notices sur des objets plus spécifiquement sur lesquels on a essayé de se documenter autant que possible dans le temps qu’on a.
James, tu veux rajouter quelque chose ?
Non, non, j’enregistrerai juste lui. D’un coup, ce catalogue, je trouve magnifique et qui, comme on dit, le photomontage, enfin, qui arrive à l’expo, je trouvais que sa grand mérite, c’est aussi de réinscrire justement la question du photomontage dans la question de l’imprimé, dans la circulation, dans la façon dont c'était reçu et du coup qui sortent d’une lecture historienne de l’art pour faire de la culture visuelle. Et oui, cette conciliation de la salaire technique, c’est effectivement une des chantiers de recherche avec aussi, je pense, on a un peu parlé, mais voilà, les autres chantiers de recherche dans ce domaine-là, qui portent sur, je pense les parcours des anonymes, les pratiques, voilà, le dimension très genrée des pratiques aussi. Tout est un peu présent dans cette exposition et je pense que ça lance beaucoup de pistes pour la suite.
Juste avant la fin de l’exposition, donc l’exposition est visible jusqu’au 14 mars, mais la veille, si je me trompe pas, il y aura aussi une table ronde sur justement l’histoire de la presse alternative, dont on a pas mal parlé aujourd’hui, mais avec d’autres intervenants, des conservateurs de bibliothèque en fait qui vont parler de c’est quoi l’archivage en fait, de cette presse-là, mais aussi des témoignages de protagonistes aussi de l'époque. Donc je vous invite aussi à venir à cette occasion à Nanterre.
Et bien merci à tous les deux, j’espère que ce passage au commissariat n’a pas été trop difficile. Donc pour terminer, je vous réinvite, je vous conseille d’aller voir cette expo qui est donc visible à la contemporaine. Jusqu’au 14 mars, les visites, et je vous conseille les visite, c’est vraiment super, bon après on peut pas toujours le samedi, mais samedi 15h30, c’est bien regarder la programmation parce que donc il y a aussi d’autres visites des ateliers, franchement il y a un travail d'éducation populaire, de diffusion qui est magistrale, si vous avez le temps d’aller voir l’expo permanente de la contemporaine ça vous servira, enfin c'était vraiment des pièces très intéressantes, on n’a vu qu’une partie
. Merci beaucoup.
