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Défaire l’imaginaire de la Silicon Valley. Jobs, Musk, et les autres. Avec Anthony Galluzzo

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis, amis du café, amis de la police, amis du Mac OS, amis de la libre entreprise du Monde libre. Bienvenue ! Bienvenue ! Tout cela va être défait, déconstruit dans quelques instants par Anthony Galluzzo qui est maître de conférences à l’Université de Saint-Étienne, mais qui surtout est l’auteur d un bouquin super qui s’appelle Le mythe de l’entrepreneur Voilà ! Bonjour, Bonjour à vous tous et vous toutes, vous êtes les bienvenus. J'étais en train de donner le programme de la semaine qui démarre dans quelques instants avec Anthony Galluzzo que je vais bientôt mettre à l'écran. Le voici. Attention ! Trois. Quatre Bonjour Anthony.
Anthony Galluzzo
Bonjour.
David Dufresne
Vous avez l’air un peu stressé.
Anthony Galluzzo
Non, pas du tout. Je suis peut être pas assez en fait.
David Dufresne
Ah ouais, faites gaffe, faites gaffe. Bon. Je vais vous présenter. J’enlève un petit peu la musique, je vous présente ou plus exactement, je présente votre ouvrage Musk et Bezos, aujourd’hui Jobs et Gates hier. Andrew lui en parle parce qu’il est passionnant. Je ne le connaissais pas un siècle avant. Autant de noms à éplucher, de miracles entre guillemets, à questionner tant ces gens là encombrent nos médias, nos imaginaires et nous empêchent de saisir la dimension fondamentalement systémique, méritocratique et injuste de l'économie de marché, avec pour symbole total la Silicon Valley. L’idée originelle de Galluzzo c’est vous. Déconstruire le mythe Apple, 1000 fois narré, 1000 fois répété. Le garage, le self-made man, la souris pour en arriver à cerner ce qu’il paie, ce mythe et ce qu’il dissimule. Vous êtes en train de regarder le chat ? Ça a du bon quand même la Silicon Valley. Bon, derrière les figures entrepreneuriales, la théâtralisation de leur succès, c’est un monde fabriqué qui se dessine pour masquer ses propres horreurs. La fusillade d’homicides dont on va parler, que j’ai découverte dans votre livre hier, il y a un siècle, dans une usine d’Andrew Carnegie qui était le Jobs d’alors ou les suicides à répétition chez les fabricants chinois d’Apple. Aujourd’hui même, Anthony Galluzzo c’est vous. Vous êtes maître de conférences à l’Université de Saint-Étienne. Quelle ville ? Il est affilié. Vous êtes affilié au laboratoire de recherche collectif et vos travaux portent principalement sur les imaginaires marchands et les cultures de consommation. Est ce que cette présentation vous agrée ?
Anthony Galluzzo
Tout à fait.
David Dufresne
Bon, il faut dire que je vous ai pompé quelques phrases. C’est assez facile. Alors en plus, ce livre là, Le mythe de l’entrepreneur, l’imaginaire de la Silicon Valley, 230 pages, qui sort ces jours-ci dans cette très belle collection Zone à la découverte. J’ai une première question : comment faites-vous fait pour vous fader autant de conneries écrites sur Steve Jobs ? Parce que vous vous servez quand même copieusement des hagiographes les plus. Les plus dingues ? On peut déjà parler de ça dans la littérature parce que ça fait partie de votre bouquin. C’est toute la narration qui est mise en place pour vanter les entrepreneurs.
Anthony Galluzzo
Alors c’est comme quand on mange quelque chose de peu ragoûtant, il faut en prendre un peu chaque jour. J’avais entendu parler de cet homme qui avait mangé un hélicoptère. Il a fait centimètre par centimètre. Là, c’est pareil. C’est pareil. Effectivement, j’ai lu des dizaines et des dizaines de biographies du Jobs, toutes plus semblables les unes aux autres puisqu’elles se plagiaient mutuellement. Et l’on bat fort sur l’idée de plus en plus vite parce qu’on anticipe les pages avant même de les avoir tournées. Mais. Chaque jour, quelques heures et un pour expliquer à votre auditoire je ne sais pas comment on dit
David Dufresne
Les twittos.
Anthony Galluzzo
Sur leur dico pour leur expliquer. Effectivement, et je décris ce que c’est que le mythe de l’entrepreneur le lui, d’entrepreneur, ça émerge un IIᵉ siècle et ça continue jusqu'à nos jours et que le reste est fait pour définir le mythe de l’entrepreneur. Comme ce n’est pas un terme qui est établi dans la littérature scientifique, on va convoquer des définitions bien courantes de l'établi. Il a fallu que j’ouvre le bouquin sur une étude de cas et donc j’ai choisi Steve Jobs pour cette étude de cas inaugural en fait. Et donc je raconte le mythe de l’entrepreneur à travers la vie. Si Jobs donc il a fait que je constitue un corpus et que je lise tous les ouvrages qui ont été publiés, en tous cas que j’ai pu trouver sur lui, tous les ouvrages biographiques, les documentaires, les biopics, les articles de presse.
David Dufresne
Alors, archive objective Steve Jobs qui n’a pas inventé la souris ? Vous, par contre, vous avez un chat à votre fenêtre, sachez-le.
Anthony Galluzzo
Je m’en doutais que ça allait faire parler. Alors j’habite chez mes chats, j’en ai quatre donc je suis désolé pour le dérangement d’avance.
David Dufresne
Alors il n’y a pas de souci. Le chat était inquiet que le chat ne puisse pas rentrer par la fenêtre
Anthony Galluzzo
Alors il peut. Mais alors si je le fais rentrer, il va commencer à hurler partout parce que je le connais bien, le matin il adore hurler dans la maison et du coup je préfère patienter une heure ou deux.
David Dufresne
Très bien,
Anthony Galluzzo
J’habite à la campagne, y a plein de souris à aller chasser, il y a de quoi s’occuper, y a pas de soucis.
David Dufresne
Donc vous vous prenez en effet Steve Jobs comme le prototype du mythe de l’entrepreneur. Vous allez le déconstruire. Votre bouquin est fait de quatre chapitres. Il y a deux chapitres entièrement consacrés à Steve Jobs. On pourrait dire un premier chapitre qui raconte le mythe, un deuxième qui déconstruit. Alors je propose qu’on cocon ou qu’on attaque directement par le ah, vous êtes, vous êtes capturé et captivé par le chat
Anthony Galluzzo
Je lance quelques petits regards comme ça.
David Dufresne
Deux c’est bien, c’est bien.
Anthony Galluzzo
C’est parfait.
David Dufresne
C’est parfait. C’est pour ça qu’on fait au poste. C’est pour le chaton. C’est l’interactivité. Alors donc, premier on. Il faut quand même rappeler que le mythe fondateur, c’est le garage, le garage en Californie dont vous dites qu’en fait ce n’est pas aussi simple que ça. Steve Wozniak et Steve Jobs n’ont pas tout à fait créé Apple dans leur garage.
Anthony Galluzzo
Oui. Alors effectivement, dans tous les grands mythes entrepreneuriaux, dans tous les récits entrepreneuriaux, il faut une scène fondatrice, saisir le moment où on a créé l’entreprise, le moment où la magie a opéré. Et alors ça, c’est toujours forcément une construction très arbitraire, puisque la création d’une entreprise, ce n’est pas un moment, c’est plusieurs moments, ça s'écoule, c’est tout un ensemble d'événements qui s'écoulent pendant des semaines, des mois, voire des années. Ça implique tout un ensemble de personnages et pas seulement une figure générale. Donc bon, pour réaliser ce récit, il faut, il faut faire des coupes et il faut fond. Se poser un plan, en fait un cadre. Et le cadre qui est très souvent répandu et utilisé dans l’imaginaire entrepreneurial américain et notamment dans la Silicon Valley, c’est le garage. Alors bon, c’est chez Apple, mais c’est aussi chez Amazon. Disney est en plein dans plein de grands récits entrepreneuriaux. Alors Apple.
David Dufresne
Qu’est ce qui est en soi, ce qui en soi est déjà très américain ? Le garage, c’est la voiture.
Anthony Galluzzo
Et alors effectivement, il y a le garage, il y a le parfois sur un bout de la maison sans que ce soit le garage. En tout cas, ça symbolise le fait que on est on part de rien en fait, on part de l’espace domestique, on part de rien, on a aucune ressource et on va construire à partir de rien, de manière incrémentale. Et en fait c’est toujours arbitraire. Pourquoi va ce qu’on fait ? On a tout un ensemble de récits alternatifs qu’on pourrait générer. Alors quand on regarde les bios pics et les biographies, Steve Jobs et les documentaires, tout ce qu’on veut, la plupart du temps, l’accent est mis sur le garage, au grand désarroi de ses voisins qui expliquent que c'était assez secondaire.
David Dufresne
Et pour expliquer En fait, il y a deux Steve, Stephen Wozniak,
David Dufresne
Qui est l’ingénieur en réalité, qui est le vrai ingénieur.
Anthony Galluzzo
L’ingénieur est Stephen Wozniak, Jobs, ce qui est beaucoup plus le marketeux en fait, qui est beaucoup plus thésard et en fait le créateur des deux premiers prototypes d’ordinateurs Apple, Apple un et Apple deux et surtout l’Apple deux puisque c’est l’Apple deux qui va être la vache à lait. C’est-à-dire que l’ordinateur qui va faire le vraiment le succès commercial et financer l’entreprise. Lors de ses dix premières années d’existence, Stephen Wozniak Alors c’est les deux Steve Effectivement. Donc selon la légende, les deux Steve créent Apple dans le garage des parents de Steve Jobs. Voilà. Donc il faut bien comprendre que ces récits entrepreneuriaux diffusent assez peu de mensonges au sens fort du terme. On est toujours sur des biais de cadrage. C’est à dire que oui, effectivement, on peut raconter cette histoire, on peut en raconter, en raconter d’autres qui sont peut être plus pertinentes et en tout cas qu’on nous relaye assez peu. En fait, il y a des adresses alternatives à partir de ce qui s’est passé, qui sont des récits qu’on peut tisser. Il y en a un autre, par exemple, c’est On peut raconter la naissance d’Apple chez Packard.
David Dufresne
Voilà
Anthony Galluzzo
Un petit Jobs.
David Dufresne
Ça s’est passé ainsi.
Anthony Galluzzo
Ça s’est fait au tout début. Effectivement, ici, c’est là. Et parce que Parce qu’effectivement Stephen Wozniak, a créé les deux premiers prototypes de ce qui va devenir l’ordinateur Apple à partir des ressources qu’il avait à disposition chez Juliette Packard, chez lequel elles ont tenté, chez laquelle il était ingénieur et grâce à laquelle aussi ils pouvaient se tenir au courant des composants d' avoir accès à tout un ensemble de composants électroniques, etc. On pourrait donner, pour terminer sur une deuxième, un deuxième récit alternatif. On peut considérer que la naissance d’Apple, c’est dans un club d’informaticiens anarchistes. Le réseau Computer Club Est.
David Dufresne
C’est un 5 mars 75 en Californie. Deux amis, Gordon French et Fred Moore, organisent dans leur garage. Là, pour le coup, la première réunion du Computer Club 32, passionné d’informatique, assiste à cette première. French et Moore sont d’anciens membres de la People’s Computer Company, un groupe militant de la baie de San Francisco travaillant la démocratisation des ordinateurs. Le homebrew s’affirme comme une communauté anarchiste qui se développe selon les principes de l'éthique hacker. Et les deux Steve Son sont là. Mais ça, c’est moins raconté que le garage. Et ce qui m’intéresse dans votre travail, c’est que vous expliquez pourquoi c’est moins raconté. Parce qu’en fait, ça ne sert pas le récit que vous allez déconstruire tout au long de vos pages de l’entrepreneur, que ce soit au XIXᵉ siècle, au XXᵉ siècle où à la fin vous parlez de Musk et il y a des il y a des permanences et c’est ça que je trouve intéressant pourquoi des choses sont tues et d’autres sont mises en avant.
Anthony Galluzzo
Oui, effectivement, elles sont tenues. Elles sont assez largement absentes, mais elles sont entrouvertes puisque toutes ces informations, tout un ensemble d’informations qui viennent compléter le portrait qu’on nous rabâche le plus souvent sont relativement faciles à trouver. La plupart du temps, il faut aller les dénicher dans quelques notes de bas de page ou dans une littérature alternative et aller lire des ouvrages souvent anglo-saxons, d’histoire de l’informatique, d’histoire, la Silicon Valley, de socio économie, d’innovation, etc. On arrive à reconstituer plein de choses. Et alors pourquoi ? Effectivement, une des grandes caractéristiques des récits entrepreneuriaux, de la façon dont on nous raconte l’histoire des grandes entreprises, celle qui commence dans un garage, qui connaissent une phase d’hyper croissance comme ça et qui ensuite arrive sur le toit du monde parmi les entreprises les plus valorisées au monde, comme Apple aujourd’hui. Alors en fait, on a toujours une façon de raconter les choses qui consiste à expliquer qu’on part du dénuement, qu’on parle d’individualité, alors qu’un récit alternatif beaucoup plus, comment dire, beaucoup plus vraisemblable et en raccord avec ce qu’on sait scientifiquement du processus de création entrepreneuriale, serait dire qu’en fait c’est l’excroissance d’un écosystème qui se nourrit de lui même, c’est à dire comme un écosystème. La Silicon Valley, qui se construit depuis le tout début du XXᵉ siècle, notamment grâce aux investissements massifs réalisés par l'État. Et dans cet écosystème, on a tout un ensemble d’entreprises qui naissent les unes des autres, en fait. Et en fait, quand on cherche l’origine d’une invention, d’un produit, d’une nouvelle industrie, d’un nouvel objet comme le micro-ordinateur, on peut jamais remonter à une personne, ni même à quelques personnes au nom toujours à des centaines, à des milliers de personnes qui s'étalent dans le temps, comme ça, sur une chaîne de l’innovation. Et alors ça, c’est plus compliqué à raconter, mais surtout au niveau politique, ça explique bien que la création de valeur, c’est une source vraiment collective, indissociablement collective. C’est à dire qu’on ne peut pas distinguer les apports des uns et des autres tellement le processus est intriqué. Alors, dans un récit beaucoup plus capitaliste, on va dire beaucoup plus pro libéral, on va avoir tendance à érotiser quelques individus comme supérieur et comme ayant deux à partir de cette supériorité, supériorité de vision, de création étaient ceux qui ont nous ont amené les bienfaits des nouvelles technologies etc. Donc on a un récit qui est beaucoup plus individualisant et terrorisant parce que ça permet en fait, dans l’ensemble de la force de travail de l'écosystème qui est nécessaire de mobiliser pour, pour créer de manière induit par industriellement. Ça permet d’extraire des individus qui seraient supérieurs et qui mériteraient donc d'être supérieurement récompensés.
David Dufresne
Alors il y a d’ores et déjà une question de Trice dans le chat à laquelle, en fait, votre livre accorde beaucoup d’importance. Cette réécriture de l’histoire s’est faite à l’initiative de qui ? Des principaux intéressés eux-mêmes. Alors on va y venir. Parce qu'évidemment, notamment, Jobs va choisir ses biographes. C’est assez sidérant. Mais en effet, ce qu’on comprend à la lecture de votre livre, c’est que tout ça n’est pas dû au hasard. Il y a vraiment une construction narrative dès le XIXᵉ siècle, il n’y a pas de problème. Donc juste pour répondre rapidement et on y reviendra après, je ne me trompe pas en disant que ce sont les effectivement les entrepreneurs eux mêmes qui ont voulu écrire leur légende ou fait écrire leur légende.
Anthony Galluzzo
Oui, alors il y a deux, il y a deux co-auteurs, on va dire deux catégories de co-auteurs de la légende entrepreneuriale, ce sont d’un côté les journalistes et de l’autre les entrepreneurs storyteller eux-mêmes. Alors tous les entrepreneurs ne sont pas des storytelling en tous, ne se vivent pas comme ça, sur un mode qui repose sur la narration de soi, la mise en scène de soi ou sur sa demande du temps, du travail, l’investissement. Il faut aussi avoir certaines compétences, être capable d’exercer une fascination charismatique et de se raconter, d'être un bon raconteur d’histoires dont tous ne le sont pas. Bien évidemment, on connaît des grands entrepreneurs comme Paige Brown chez Google, qui sont assez peu connus finalement, et qui se sont assez peu mis en scène en tant que personnage héroïque, etc. Donc on a deux, on a deux acteurs. Alors, le premier type d’acteurs, l’entrepreneur qui va raconter son propre, sa propre histoire, qui va être son propre storytelling et qui va en fait mettre en scène tout un ensemble de d'éléments autour de son propre parcours et sa propre réussite entrepreneuriale. Et forcément, il a besoin de propager ses histoires. Alors plus encore au XXᵉ siècle, moins aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Mais tout de même, il a besoin de journalistes pour générer du buzz médiatique très régulièrement, faire parler de lui. Et ça lui bénéficie en fait à deux niveaux, à un niveau au niveau de son entreprise. Plus on parle de lui, plus on parle de ces nouveaux objets. Ces nouvelles entreprises, plus ces entreprises sont valorisées, plus elles ont de succès sur le marché actionnarial, plus elles ont de succès financier et éventuellement commercial. Et ensuite, un deuxième niveau à lui en tant qu’individu entrepreneur, c’est -à -dire capable de passer d’une entreprise à une autre par exemple, ça valorise sur le marché des signaux sur le marché des PDG. C’est à dire que plus un entrepreneur est connu, et ça c’est particulièrement valable à partir des années 80, plus on va, on va lui offrir des contrats juteux pour reprendre telle ou telle entreprise, parce que son exposition médiatique va générer de la valorisation médiatique et de la valorisation promotionnelle et donc in fine, la valorisation financière pour l’entreprise. Et là, ça, c’est les acteurs.
David Dufresne
Et on voit dans votre dans votre ouvrage que quand il y a des problèmes, on y viendra tout à l’heure. Et bien justement, là, l’individu peut éventuellement s’effacer pour laisser en avant l’entreprise. Je pense à Steve Jobs, c’est par rapport à la vague de suicides dans les usines à Foxconn en Chine, un an avant la mort de Silver. Il n’y a pas de rapport, mais simplement il était là à ce moment-là. Et là il va, il va à peine répondre et il va laisser ensuite l’entreprise répondre à sa place. Alors vous écrivez page 42 qu’on constate qu’il est vain de chercher à établir un point de rupture objectif, un saut qualitatif définitif dans une chaîne d’innovation. C’est à dire que ce que vous expliquez des pages d’avant, c’est qu’en réalité, il n’y a pas de génie comme ça où un beau matin, le mec, il invente tout. En fait, les inventions sont le fruit d’un travail collectif, mais on nous raconte que non, c’est pas du tout, c’est le génie, c’est l’apôtre, c’est Dieu, c’est Steve et ou d’autres qui ont inventé. Et vous dites C’est toutefois ce à quoi s’emploient les multiples narrateurs et commentateurs qui animent le mythe de l’entrepreneur. Ça, c’est aussi un point capital. C’est-à dire on enlève sans jeu de mot et le capitalisme met en avant l’individu pour mettre derrière le collectif. C’est ce que c’est ce que vous avez dit, mais là c’est puissance 10 000 en fait. C’est l’archétype.
Anthony Galluzzo
Oui, tout à fait. Alors effectivement, là, on rejoint, on rejoint le stéréotype dans la l’une des composantes du mythe qui est importante, qui est l’idée du visionnaire. Dans un des biopics, je me rappelle plus celui de Steve Jobs, on le voit un moment en train de s'énerver sur un lecteur cd ce n’est pas pratique, ça saute, c’est tout gros, tout moche. Et là. Et on a l’impression que quand on regarde cette scène, et c’est vrai que c'était très pénible mais qu’on a l’impression que quand on regarde cette scène que bon bah c’est le premier qui s’imaginait que. Mais si on digitalisé tout ça et évince sa scène, ça, ça supprimerait tous ces problèmes de lecteur, de disque, etc. C’est ce que ce type d’image peut véhiculer comme impression, et c’est aussi ce que colporte en fait toute une littérature et qui explique que bon, voilà, il a vu l’ordinateur personnel, il a vu ce que c’est que l’informatique de demain, il a vu ce que ce serait que le baladeur de musique de demain. En fait, à chaque fois qu’on fait l’histoire de ces innovations-là, de celle de ses produits, on se rend compte que, en fait, la vision est tout le monde l’avait. C’est-à dire ? Quand vous êtes un ingénieur dans la Silicon Valley, vous savez que régulièrement les composantes s’améliore en performances se miniaturisé, les coûts baissent très régulièrement et donc dès les années 50-60, on a tout un ensemble de gens qui savent que dans quelques décennies, on va avoir des micro-ordinateurs de la taille d’une petite calculatrice qui tiendront dans une poche. On a des écrits qui nous prouvent les années 40, 50, 60. Pareil pour le lecteur MP3 avant l’iPod dans les années 70, on a ce schéma.
David Dufresne
Ça c’est vraiment quinze ans avant, je crois que c’est trois ans avant, mais non, quinze ans avant. D’ailleurs, il y a descendu, je ne suis plus aussi, il y a le dessin.
Anthony Galluzzo
C’est même petit, même c’est même 30 ans, c’est 30 ans.
David Dufresne
C’est parce que je suis encore là.
Anthony Galluzzo
Si c’est le cas, c’est effectivement c’est cramé. C’est un ingénieur britannique qui a créé en quelques décennies LXC alors que c’est dans la première partie. Je pense à LXC qui est en fait a le lecteur mp3 qu’il a imaginé qui ressemble beaucoup à ce que va devenir l’iPod et qui et qui en fait ne pouvait pas aboutir des années 70 parce qu’on n’avait pas encore la technologie qui permettait de réaliser les deux, de construire. En fait des objets de la mémoire suffisamment important pour eux pour, comment dire, contenir plus de quelques minutes de musique et zapper les composantes. Et encore beaucoup trop cher. Donc voilà, on voit déjà que les principes étaient posés dès cette époque là. Alors allons-y pour la photo, si c’est dans les 50 premières pages je pense.
David Dufresne
Et je la partage je ne crois pas. Ce n’est pas grave, je vais la retrouver et ça c’est autre chose. Ah ouais.
Anthony Galluzzo
Ça s’est bien passé.
David Dufresne
La voilà, le voilà, Voilà, ça n’a pas de fin. Voilà, c’est ici. C’est absolument incroyable. Et c’est donc 30 ans avec l'écran, 30 ans avant l’iPod. Et alors, c’est ce que vous appelez. C’est ce que vous appelez page 48. Toute la littérature portant l’entrepreneur en son mythe, s’attèle à célébrer l’inspirateur et à invisibiliser l’accaparer, puisque en fait, c’est ça, c’est six Jobs, ça va être surtout quelqu’un dont le talent et d’aller prendre les idées des autres et de les assembler finalement.
Anthony Galluzzo
Oui. Alors ceux qu’on célèbre comme des entrepreneurs, parce qu’il faut bien comprendre, un entrepreneur, ça peut être un boulanger qui a son entreprise. Entrepreneur, c’est un terme assez large, assez flou, assez polysémique. Donc là, l’entrepreneur dont je parle ici, c’est bien qu’on s’entende. La célébrité entrepreneuriale mondiale, c’est-à-dire les Musk, Steve Jobs, les Bill Gates, etc. Donc un entrepreneur de ce type, une célébrité entrepreneuriale de ce type a deux talents, deux compétences principales un le storytelling, on en a parlé et de la capacité à exploiter la ressource humaine, notamment les ressources de son écosystème. L'écosystème de Steve Jobs, c'était la Silicon Valley et en fait une de ses grandes capacités, c'était d’amener à lui et de retenir à lui, en tout aussi l’intérêt du storytelling, des retombées positives pour lui d’amener à lui les meilleurs ingénieurs, les meilleurs manageurs pour réaliser le travail en fait, et pour exploiter les choses technologiques. C’est-à-dire qu'à partir du moment où on voit que tout le monde en est là, dans les deux ou trois années qui vont arriver, ça va être possible de commercialiser massivement, par exemple, des baladeurs MP3. Il faut être le premier sur le marché, il faut conquérir le marché, s’imposer comme le principal fabricant. A partir de là, il faut être capable de monter des équipes et d’attirer à soi les meilleurs, les meilleurs managers et ingénieurs. Et ça, c’est une compétence importante. Et pour ça, il faut être au cœur de l'écosystème, là où circule cette ressource humaine, donc là dans la Silicon Valley. Et en fait, il faut être capable de l’amener à soi. Alors, par la facilitation charismatique, encore une fois, pour aller travailler pour Apple sur Steve Jobs, c’est quelque chose qui peut impressionner aussi les ingénieurs de haut niveau et intéressé aussi par le salaire, les bonus, etc. Ça c’est un des enjeux et une chose dont on ne parle pas aussi dans cette dans le contrôle des ressources humaines que j’explique dans ce don, dans cet ouvrage. C’est aussi essayer de rentrer en lutte, voire en entente avec les concurrents pour éviter de se faire dépouiller. J’explique ce qu’on appelle le cartel des salaires dans l’histoire d’Apple.
David Dufresne
Incroyable !
Anthony Galluzzo
C’est à dire que c’est Steve Jobs qui a organisé avec d’autres patrons de la Silicon Valley le fait de ne pas de geler les salaires et de ne pas se recruter des ingénieurs les uns les autres pour éviter une augmentation de la masse salariale chez chacun et pour éviter qu’en fait ils luttent comme ça. Pour ce qui est ce que les entrepreneurs appellent les talents, et voilà. Et qui a eu un procès ? Il a. L’E mail de Steve Jobs à ce propos ont été découverts et ont été publiés. Et on voit que voilà, il était assez agressif et proactif à ce niveau là pour retenir chez lui ceux de ses ingénieurs qui lui permettaient été manageurs, qui lui permettaient de mener à bien la mise sur le marché de ses nouveaux produits.
David Dufresne
À propos de l'écosystème de la Silicon Valley que vous racontez merveilleusement dans le bouquin, il y a deux points importants un qui va totalement à l’encontre du mythe et qui n’est jamais révélé, et un autre qui raconte quand même l’ambiance de travail qui est assez éloignée de ce qu’on pourrait imaginer d’ailleurs, d’une certaine manière, le cartel des contrats, je ne sais pas comment on doit le on doit le comprendre. Vous expliquez qu’au début, dans la Silicon Valley, les ingénieurs passent deux ans, pas plus. Dans une entreprise, il y a beaucoup de circulation, il y a plutôt de l’entraide et en réalité c’est une industrie d’assembleur, c’est-à-dire que chacun profite des avancées de l’autre. Il y a presque un côté communiste. Je veux dire, il y a un truc assez étonnant là dedans, alors que on nous raconte que c’est la libre entreprise, c’est le triomphe du meilleur et du triomphe du plus méritant. En fait, ce que vous expliquez, c’est qu’au début, dans les années 60-70, la Silicon Valley, c’est plutôt un lieu d’entraide. Est ce qu’aujourd’hui c’est toujours le cas ? Et après je parlerai de ce qui défait complètement le mythe actuel.
Anthony Galluzzo
C’est toujours le cas. C’est toujours le cas puisqu’en fait c’est absolument impossible pour une entreprise de maîtriser la fabrication et l’innovation continue chacune des composantes à chacune des composantes sur lesquelles l'électronique sur lesquelles elle travaille et sur qu’elle assemble. Donc effectivement, on a des assembleurs comme Apple. A l’intérieur d’un produit Apple, vous avez du Toshiba par exemple, mais vous avez tout un ensemble de composantes qui sont fabriquées par des sous traitants coréens alors fabriqués, pas simplement par les ouvrières, mais aussi conçues et améliorées de manière incrémentale par les ingénieurs de Toshiba, par exemple chez Toshiba. Pourquoi ? Parce que c’est Toshiba qui est à l' origine de l’iPod. Parce que suite à des découvertes en physique fondamentale, ils ont réussi à appliquer ces découvertes sur en fait les disques durs et à créer des disques durs de grande capacité miniaturisés. Et ils se sont adressés à Apple pour vendre leur proposer les l’exclusivité de ces nouveaux disques durs. Et ça a lancé le projet de l’iPod. Alors effectivement, ils sont dépendants cet écosystème Sony par exemple, pour le lecteur de disquette, ça a été essentiel pour qu’un fournisseur pour les premiers, les ordinateurs Apple, on a en fait des entreprises qui se spécialisent très rapidement puisqu’en fait on est sur une industrie modulaire dans la micro-informatique, l'électronique, certains font de la mémoire, d’autres sont des processeurs, etc., etc. Et c’est quelque chose de très complexe qui manque énormément d’investissement, recherche et développement. Donc on se concentre sur vraiment une tâche spécifique. Chaque entreprise se concentre sur cette tâche et elle collabore sans cesse, notamment avec des assembleurs qui sont capables ensuite de désigner un produit qui va combiner ces différentes composantes pour donner naissance en fait à un iPod, à un Smartphone, etc., etc. Et en fait, c’est toujours le cas aujourd’hui, C’est comme ça que c’est structuré. On a un autre niveau de vision du travail, c’est de faire ce que vous avez par le travail d’assemblage qui va être en fait réalisé concrètement par des assembleurs sous traitants gigantesques comme Foxconn, souvent basé en Asie du sud est depuis les années 2000, surtout en Chine, qui vont eux, prendre en charge le processus de fabrication. Donc effectivement, on est sur la division du travail sur une chaîne de valeur mondialisée. Mais même à l'échelle de la Silicon Valley, effectivement, on a une division spécialisation du travail très aigu et donc un écosystème qui prime, c’est à dire l’interaction permanente entre tout un ensemble d’entreprises comme je l’ai expliqué, et aussi un gros turnover, c’est à dire des ingénieurs qui passent des gens d’une entreprise à une autre, ce qui permet en fait aussi la circulation, manière tacite de tout un ensemble d’informations pour celles qui vont passer et de savoir faire qui vont passer d’une entreprise à une autre, qu’effectivement on est celle de profondément collectiviste.
David Dufresne
Cela dit, petit souvenir personnel, moi j’ai vécu sept ans en Amérique du Nord, à Montréal et le fait de changer d’entreprise tous les deux ans, c’est une pratique extrêmement courante. Et en fait le cdi est mal vu la personne qui reste. Je ne parle pas des fonctionnaires, je parle. Des entreprises privées. La personne qui reste des années dans la même entreprise, c’est plutôt mal vu. L’idée de la bougeotte c’est quand même un truc nord américain. Et surtout le deuxième truc qui est quand même complètement dingue, c’est que vous expliquiez que la Silicon Valley, dans le récit, dans le mythe de l’entrepreneur, il y a un grand absent, c’est l’État, c’est l’État. Or, la Silicon Valley, ça ne peut naître, ça ne peut exister que parce qu’il y a eu des investissements massifs d’abord de l’armée, donc de l’État, etc. Et ça, c’est alors, là, pour le coup, toujours ce truc qui est vendu comme encore aujourd’hui, on peut avoir des ministres français nous dire qu’il faudrait la Silicon Valley à la française. Oublions qu’en fait, au départ, ce qui va injecter du pognon, c’est les militaires.
Anthony Galluzzo
Oui, effectivement, on nous raconte souvent à travers les différentes images des films, etc. Nous pensons souvent au décor, la Silicon Valley à partir des années 70, surtout 80 et jusqu'à nos jours, on connaît assez peu. On a assez peu de représentations de la Silicon Valley des années 60aux années 70. Or, c’est le moment où les structures se mettent en place. L’Université de Stanford, le parc de Stanford qui est un incubateur entreprise qui en fait. Pourquoi la Silicon Valley, à cette époque là, se développe ? Parce qu’en fait on a la Première Guerre mondiale du début jusqu'à la guerre froide. On a en fait une industrie militaire américaine qui est en pleine croissance et elle a besoin de recherche en informatique. Pourquoi ? Parce que l’informatique, ça sert d’abord à faire la guerre, ça sert à piloter des missiles, ça sert à équiper des armements en fait, et donc des radars dans les années 10-20 jusqu’aux processeurs dans les années 50-60 qui permettent d'équiper des systèmes de fusées, de missiles, etc. On a besoin d’entreprises, de recherches, de structures universitaires. Et donc on a un principal financeur qui est l’État, effectivement, l’État américain qui va injecter massivement de l’argent dans cet écosystème et qui va, qui va le constituer en fait et qui va agir à la fois comme financeur, c’est à dire en plaçant Santa Clara, le comté dans lequel en fait se situe la Silicon Valley. C’est un des comtés qui a reçu le plus dans l’histoire du XXᵉ siècle un des comtés qui a reçu le plus d’investissements de l’État en termes d’investissements pour la recherche, le développement de ces technologies. Et donc il est là en tant qu’investisseur puisqu’il assure la recherche fondamentale, puisque c’est une recherche extrêmement risquée, sur laquelle ne s’aventurent pas les entreprises, même les plus puissantes, en tout cas jusqu'à récemment et ensuite en tant que client. C’est-à dire que bon, elles vont produire, on va produire des processeurs, on va produire de la mémoire pendant des décennies. Et le premier a pour principal acheteur, ça va être l’armée américaine pour équiper ses armements. Et alors voilà, c’est ce double rôle et c’est donc des années 20 aux années 70, c’est l’État qui a la commande, qui est à la fois l’instigateur et le client. Et ça, ça passe le relais en fait au venture capitaliste, aux financiers du monde privé et ensuite en terme de client au client. A vous et moi, en fait, au grand public seulement à partir des années 80.
David Dufresne
Avec justement dans les années 80-1 phrase que j’expliquais tout à l’heure que vous ponctuer votre livre de citations, d’ouvrages, d’articles de presse, de documentaires, de bio pics et en 1984, il y a. Il y a un dénommé Reagan, Ronald Pearl a oublié celui là. C’est quand même la grande époque thatchérienne dans laquelle on est toujours empêtrés. Qui va justement convoquer le mythe du gage en disant donc on est en 84, les Etats-Unis ne vont pas très bien. Et en disant au peuple américain faites comme ces deux gars dans leur garage, participez à cette économie innovante, capitaliste, individualiste etc. Oubliant justement l’apport, l’apport de l’État que vous venez de que vous venez de raconter. Et pour moi, cette phrase de rigueur de cette déclaration de Reagan, elle est complètement démente.
Anthony Galluzzo
Oui, effectivement, les années 80, c’est important pour ce qu’on a appelé le tournant néo libéral. Alors moi, partout dans le libéral néo libéral, je l’entends à un niveau rhétorique, c’est-à dire le moment où on fait et ça se passe aux États-Unis, ça se passe en Grande-Bretagne, mais ça se passe aussi en France. J’ai des collègues chercheurs qui vont bientôt sortir un article sur Bernard Tapie, les années fric, les années 80 et qui cite les responsables du Parti socialiste de l'époque. Et on a la même phraséologie partout, c’est à dire maintenant. Il faut féliciter la culture d’entreprise, l’esprit d’entreprendre. Il faut mettre en avant des individus dynamiques qui se lancent sur le marché, qui se prouvent et qui vendent sur le marché.
David Dufresne
C’est la fameuse question d’Antenne2. Vive la crise ! Reprise par Libération. Qui était-elle. Exactement ?
Anthony Galluzzo
Avec aussi le grand retournement d’Yves Montand, par exemple. Voilà, on est sur une espèce de grand retournement rhétorique où on va plus être sur l’Etat-Providence, le social, le socialisme, le keynésianisme, mais on va être beaucoup plus sûr. Voilà l’individu qui est à la source de tout. Et donc il nous faut des individus entreprenants et dynamiques pour porter notre économie nationale et nous amener tous vers la prospérité. Donc pour tous, qu’on soit entrepreneur, entrepreneur de soi, c’est le moment où dans les universités ont de plus en plus de programmes pour former des entrepreneurs formation, entrepreneuriat, etc. Donc c’est dans ce contexte là qu’il faut le comprendre et leur laisser l’hubris entrepreneuriale. Si vous faites un top la des grandes célébrités entrepreneuriales qui restent dans la mémoire américaine, ça a été fait par des chercheurs avec des moyens statistiques. On voit qu’on a deux générations, On a la génération, la fin du XIXᵉ siècle, Carnegie, Rockefeller, Morgan, etc. Ce qu’on appelle les pères fondateurs de l'économie américaine pendant le grand récit national américain, c’est ceux qui ont créé l’empire industriel américain et qui ont qui ont, qui ont fait de l’Amérique une nation, la plus belle nation, la plus puissante au monde. Donc fin 19ᵉ, première guerre mondiale. Et ensuite on se rend compte que, avec l'émergence de politiques un peu plus socialistes que chez Roosevelt, on va avoir en fait une. On va voir. Ces grandes figures vont en fait de moins en moins célébrées dans la presse, moins présentes. Et surtout, on se rend compte encore aujourd’hui, C’est à dire qu'à part Sam Walton et Ray Crock, donc Walmart et McDonald et McDonald, on a peu d’entrepreneurs connus aux Etats-Unis qui ont été mémorialistes et portés à utiliser comme ça, qui ont vécu première moitié du XXᵉ siècle les deux premiers tiers du XXᵉ siècle. Et en fait, on a un grand retour de l’héroïsation des entrepreneurs à partir de ce tournant néolibéral dans les années 80. On voit que là, on nous vend du et des gens sont en plus un nouveau type d’entrepreneurs jeunes, cool, pieds nus ou en baskets, aux cheveux longs, à la Bill Gates, à la Steve Jobs. Et en fait, on est encore dans cette phase où, en fait, l’héroïsation entrepreneuriale américaine passe par l’esthétique californienne, la Silicon Valley, le rebelle, dimension davantage romantique. On est moins chez les vieux entrepreneurs, la Carnegie et les Rockefeller qui étaient des hommes en complet gris avec des armes en costume trois pièces à chapeau haut de forme, attendaient plus sur la figure du vieux bourgeois. On est sur le jeune entrepreneur cool et distributeur, et cette phase là émerge à partir des années 80.
David Dufresne
Et ce qui va permettre à cette phase là, c’est aussi Hollywood. Vous écrivez page 66 la personnification et l’interprétation est en jeu. Mais non, je me suis trompé de page. Donc Hollywood page 67. Ben alors, comment ça se fait ? Bon bref. Ah ben si c’est ça. La percée de l’interprétation morale des phénomènes de marché permettent aux entreprises qui, comme Apple, les intègrent dans leur stratégie de communication de s’affranchir de l’imaginaire capitaliste et de ces entraves des critiques portées contre l'économie qu’ils alimentent. Vous écrivez Apple n’est pas Goldman Sachs, Apple n’est pas IBM ou Microsoft, Apple et David plutôt que Goliath. Et à ce moment-là va arriver tout un tas de choses vont arriver. Tout un tas de films sur Steve Jobs et sur d’autres. Hollywood est appelé à la rescousse. Cela dit, le chat vous reprend mot que je salue qui s’occupe du site Au Poste Le film Network n’est pas tendre avec Zuckerberg quand même.
Anthony Galluzzo
Alors l’imaginaire entrepreneurial, en fait, comme tous les imaginaires, n’est jamais totalisant. Il y a toujours des résistances, effectivement, et on peut toujours trouver des films, des ouvrages, critiques, ouvrages, critiques. Ce n’est pas le premier du tout. Un La critique des limites de l’entrepreneur et je cite les précédents ça date au moins des années 1920, voire de la fin du XIXᵉ siècle dans la littérature socialiste. Donc oui, effectivement, quand vous critiquez un imaginaire, notamment l’imaginaire politique, un imaginaire qui plus soit, ça peut être aussi un imaginaire religieux au sein même des entreprises, des sociétés où cet imaginaire est important, est structurant et donc sous tend tout un ensemble d’orientation politique et de vision du monde. Et vous trouvez toujours effectivement des produits de fiction, des essais, des essayistes, pour le critiquer et la cohabitation aussi parfois d’idées assez contradictoires. Par exemple, moi je peux. J’ai déjà rencontré dans ma vie des gens qui étaient très critiques spontanément d’Elon Musk, de Steve Jobs et de la mythologie entrepreneuriale et qui roulent totalement.
Anthony Galluzzo
Alors que cette fois, ce n’est pas cette contradiction là que je voulais souligner, c’est des gens qui vont se moquer de l’héroïsation des entrepreneurs. Et par exemple, je vais citer quelqu’un concrètement, c'était Zemmour qui, à la mort de Steve Jobs, peut persifler et expliquer que c'était ridicule et qu’en fait il fallait célébrer des gens comme Charles de Gaulle et pas comme Jobs. Sauf que ces gens là, en fait, ils vont célébrer en fait des hommes d'État, des grands hommes, des grands personnages historiques, des héros nationaux. Exactement sur le même mode, avec en fait les mêmes, la même structure, la même façon de dire, les mêmes thèmes en ces temps qu’on retrouve chez les entrepreneurs. Et donc on a une incrédulité d’un côté des gens par rapport au héros entrepreneurial et une crédulité par entreprise et réalisation nationale, alors qu’on fait du salafisme la dimension fallacieuse. Les procédés narratifs, tout ça en fait, sont très communs. Et inversement. On peut aussi trouver des startuper qui sont fascinés par Elon Musk et Steve Jobs et complètement incrédules, rigolos et incrédules et rigolards quand on leur raconte l’histoire de Jeanne d’Arc ou de De Gaulle ou de Napoléon, etc. Les imaginaires, ce n’est pas quelque chose qui est structuré, qui est mathématique, qui est carré, s'épanouit du mot. Voilà, il y a une crédulité qui est partielle et qui est plus ou moins forte selon les milieux et selon, en fait, les thématiques que l’on aborde.
David Dufresne
Petite incise, vous venez de citer Napoléon, vous en parlez dans votre bouquin comme quelqu’un dont le mythe, en fait, va s'écrire. La réhabilitation s'écrit après sa mort en fait. Et ce que l’on sait aujourd’hui de Napoléon, ce n'était pas du tout ce que l’on savait dans ses dernières années. Et donc je dis ça parce que tout votre livre est traversé par une critique du monde médiatique, du monde littéraire et même, d’une certaine manière, du romantisme. Vous expliquez que d’une certaine manière, le mythe de l’entrepreneur, c’est en fait le romantisme du XIXᵉ siècle qui surgit.
David Dufresne
Alors ça. Il faut nous expliquer, il faut nous expliquer. Parce que une chapka, un casque blanc, mais ça quand même, c’est important le romantisme. Expliquez-moi.
Anthony Galluzzo
Oui, alors pourquoi le romantisme ? Puisqu’en fait tout un ensemble. Alors en fait on analyse un imaginaire quand on analyse en fait une littérature, un texte. L’art, peu importe, peu importe l’unité d’analyse qu’on va se choisir, est ce que c’est une chance ? Le contenu d’une chanson, d’un texte, de plusieurs textes, d’une collection texte, d’un article de presse ? On a une méthode qui est généralement une méthode structurale, analytique. On va décomposer en un ensemble de thématiques. On va repérer dans le corpus tout un ensemble de thématiques, on va les identifier et en fait, c’est ce que j’ai fait dans le travail. Le mythe de l’entrepreneur, c’est tout un ensemble de thématiques. C’est, voilà, comme on l’a vu, le mythe du garage, c’est à dire celui de l’entrepreneur sorti du néant. On a un autre homme. Notre thème, c’est le créateur isolé, démiurge, qui est capable de changer le monde à lui tout seul. On a une autre thématique, c’est eux, par exemple le génie, c’est à dire quelqu’un qui est en fait qui était supérieur dès la naissance, en fait, qui était en quelque sorte prédestiné. Autre thématique encore, on a l’idée de la rébellion, c’est à dire c’est quelqu’un qui n’est pas intéressé par l’argent. L’entrepreneur, c’est quelqu’un qui va aller encore une fois dans cette littérature et dans tous ces discours. C’est quelqu’un qui est mû par en fait une un grand dessein, une vision de son destin, une vie, une volonté d’accomplir en fait un progrès technologique à travers une action créatrice. Ce n’est pas un capitaliste est un entrepreneur. Petit Jobs s’en fout de l’argent, contrairement à Bill Gates dont nous raconte la légende, il est là pour nous donner au monde de beaux objets. JR Oui, tout ce que je viens de vous décrire là comme thématique alors, et je ne suis pas exhaustif en soit, bien fait, 250 pages, ça peut pas être résumé comme ça. 230 632 sur 235.
Speaker 2
235 On fait partie de cette Jobs.
Anthony Galluzzo
On va dire, on va dire 200 comme ça, je subodore.
David Dufresne
On va en parler parce que c’est un personnage absolument passionnant sur lequel vous, vous et dans lequel vous puisez beaucoup. C’est, je le disais tout à l’heure, le Jobs de l'époque. Lui, c’est dans la sidérurgie, notamment à Pittsburgh. Il va, il va gagner énormément de pognon tout en étant très loin en Écosse. On va y venir avec des conditions de travail épouvantables et notamment des services d’ordre qui sont capables de tirer dans le tas. Et donc, comme vous vous en parlez souvent, il faut savoir de quoi on parle. Mais effectivement, le mythe de Carnegie et le mythe de Steve Jobs ou Napoléon, il y en a en fait. Des éléments fondateurs qu’on retrouve de l’un à l’autre. Donc c’est bien une histoire qu’on nous raconte.
Anthony Galluzzo
C’est bien. Il était une fois, oui. Oui, tout à fait. Effectivement, on retrouve en fait les grandes structures du récit héroïque et à un moment, je cite un mythologue américain qui est très connu aux Etats-Unis. Et en effet, un peu de prophétie auto-réalisatrice, c’est Joseph Campbell. Alors Joseph Kandel, il a une théorie qui est celle du mono mythe, c’est à dire il explique Tous les mythes dans toute l’histoire humaine peuvent être en fait condensés en un seul qui est un héros qui reçoit l’appel de l’aventure et qui ensuite s'élance vers l’aventure, connaît une gloire précoce, puis une chute, puis une renaissance, etc. Enfin, je ne vous fais pas le vôtre retrace précisément chacune des chacune des étapes. Mais en fait, d’après les scientifiques de la mythologie et les mythologues.
David Dufresne
C’est ce canevas là. On trouve notamment pas mal à Hollywood. Il y a beaucoup de films qui sont bâtis finalement sur cette base, sur cette chronologie, sur les autres, sur la citation. Non mais c’est intéressant, Je vais vous lire juste pour qu’on comprenne bien.
Anthony Galluzzo
Oui, c’est ça, exactement les origines obscures.
David Dufresne
L’enfant Steve Jobs abandonné et recueilli au cœur de la Silicon Valley. L’initiation, l’adolescence. Steve Jobs part en Inde à la recherche d’un éveil. L’appel de l’aventure. Le jeune Steve Jobs décide de créer Apple avec son ami Stephen Wozniak, dans son garage. La gloire précoce Steve Jobs, pionnier de l’informatique personnelle, millionnaire à 21 ans, La trahison Steve Jobs évincé de sa propre entreprise par son mentor John Scully. La chute, bien sûr. Steve Jobs puni par son impôt et son hubris. L’exil, bien entendu. Le lancement et l'échec de sa seconde entreprise, Next en forme de traversée du désert et le retour en gloire renaissance de ces jobs, est revenu à la tête d’Apple, assagi, mature, transformé par les épreuves et désormais en pleine maîtrise de ses capacités. Enfin, la mort prématurée, Steve Jobs parachevant malgré lui son destin en mourant frappé par la maladie au sommet de sa réussite et de sa gloire. C’est à peu près Superman. C’est à peu près tous les films de super héros que vous résumez ici, selon un canevas très de Campbell que vous venez de citer.
Anthony Galluzzo
Oui, oui, il précisait justement, il y a de bonnes références dans le jeu. Joseph Campbell, manipulateur des mythes pour que sa collègue, son concept Tout à fait exact. Ça n’a aucune crédibilité au niveau scientifique, mais c’est certainement le mythologue le plus influent au monde, ou en tout cas aux Etats-Unis, parce que son ouvrage où il développe sa thèse de mot de mythe a eu tellement de succès qu’en fait des grands cinéastes comme par exemple George Lucas pour Star Wars en ont été influencés. C’est enseigné dans les histoires des écoles d'écriture, de scénaristes, de cinéma, etc. Et c’est un canevas qu’on retrouve beaucoup à l’heure actuelle dans Blake. Bien des productions contemporaines qui racontent l’histoire d’un héros.
David Dufresne
Alors, vous l’avez dit tout à l’heure, un point extrêmement important, et notamment chez Job. Mais en fait, on est bien d’accord pour ce qui arrive en cours de route. En fait, quand on parle de Job, on parle là de l’archétype, mais d’un modèle qui est celui de la Silicon Valley et celui finalement de la médiatisation de masse en Occident et ailleurs, de l’entrepreneur génial et plein de réussite. Justement, la rhétorique du génie, vous vous arrêtez là dessus très souvent. Vous dites que c’est une anti -sociologie qui recouvre le parcours de l’entrepreneur d’une voie mystique, le génie. L’action de l’entrepreneur est insondable. Elle ne peut pas être véritablement comprise, seulement admirée en s’humilie devant le génie, les commentateurs ne peuvent d'éliminer ses qualités et multiplier les redondances et synonymes. Aujourd’hui, par exemple, c’est ce qu’on voit à l'œuvre. Ça, c’est votre dernier chapitre avec Musk, qu’on traite de génie alors que le mec raconte absolument n’importe quoi, annonce des prophéties qui ne se réalisent pas, même si effectivement il fait des choses dans son domaine, mais il en invente d’autres. Et donc en fait, on ne peut que s’incliner devant le génie, on ne peut pas le critiquer, c’est le génie.
Anthony Galluzzo
Eh oui, et c’est. Et ça on peut comprendre que le monde de l’entrepreneur, ce n’est pas simplement des histoires qu’on se raconte et qui seraient inoffensives. Ça a un impact sur nos conceptions du monde et donc c’est un impact sur la politique, sa légitime des puissants, sa légitime, des accapareurs, sa légitime, une certaine répartition ou non répartition de la richesse, effectivement. Et donc ce qui rassure, elle est anti sociologique, elle est anti déterministe, c’est à dire on ne peut pas dire dans cette littérature vos éditeurs vous expliquera jamais. Bon voilà ou assez peu le hasard, concordance, etc. On est beaucoup plus, on part toujours de l’individu pour y revenir. C’est à dire que si une science, un produit a un succès, c’est grâce à cette entreprise. Si cette entreprise réussit, c’est grâce à cet individu et ça s’arrête là. En fait, on n’essaye pas de remonter la chaîne des biais, des médiations pour savoir ce qui a produit cette entreprise ou même science. On se penche sur l’individu, ce qui. Produit cet individu parce que dans une perspective matérialiste des individus, c’est pas comme ça des espèces d’entités éthérées qui circulent librement dans le monde. Ils ont une origine, ils ont une éducation, ils ont bénéficié de structures, d’opportunités, ils sont arrivés dans une génération bien précise et donc il faut réussir à expliquer comment ils sont produits. Aussi les individus, avant de l’Europe, de les décrire en tant que producteurs eux-mêmes. Alors déjà, il y a ce double problème on va considérer un individu et le producteur d’une entreprise et d’une multitude de produits et de milliards et demi heures d’objets qui ont circulé sur la planète, ce qui est déjà un problème par rapport à l'écosystème en fait, qui est le caractère collectif de la production. C’est ce qu’on expliquait tout à l’heure en fait. Et ensuite il y a cette idée, il y a cette idée effectivement fausse quand on opte pour ci, cet individu, on ne va pas l’expliquer de manière matérielle pour expliquer sa structure de domination, expliquer en quoi il est produit et expliquer que c’est un surgissement. D’où l’idée du génie, c’est-à dire qu’on l’explique à partir de lui-même. C’est une espèce de tautologie : on a un individu qui est brillant, qui crée une entreprise brillante en réussite parce que c’est quelqu’un de talentueux et on s’arrête là. Et donc ça, c’est bien, c’est bien pratique d’un point de vue politique effectivement, puisque ça permet de considérer que la source de la valeur, c’est l’individu et donc le produit de la valeur, il faut le restituer à l’individu. Parce que si on considère au contraire qu’on est déterminé, on est dans un monde déterminé, matériel, fait d'écosystèmes, de vastes mouvements collectifs, des créations collectives complexes. Alors la valeur doit revenir au collectif. Donc ça alimente en fait des politiques et notamment des politiques fiscales, pour parler très concrètement, très différentes. Voilà, on a des ramifications et on a des conséquences, en fait, à cette littérature qui sont très bien.
David Dufresne
Il y a un petit de son nom, C’est bon. Alors je vous le dis, Gabor dans le Chat dit que c’est un modèle exclusivement masculin. Bien sûr, pas tout à fait, pas tout à fait. Puisque vous parlez d’une personne dans votre tout premier chapitre, vous y revenez après une femme qui va dégringoler. On peut en dire deux mots, mais qui dont le mythe va se bâtir de la même manière que celui de Steve Jobs et d’autres.
Anthony Galluzzo
Alors je trouve son commentaire très pertinent. Effectivement, je l’ai pensé si je trouve qu’il y a quelque chose en fait masculin et quelque chose à voir et quelque chose à creuser entre le mythe de l’entrepreneur et la domination masculine, l’hégémonie masculine et les signes de virilité, etc. J’ai essayé, je n’ai pas trouvé. Personnellement, je ne suis pas le mieux armé parce que je ne suis pas chercheur. Je ne suis pas un spécialiste des théories, des concepts féministes dont vous faites des choses que j’aurais pu creuser et que je n’ai pas pu creuser. Donc j’ai laissé ça de côté. Mais c’est une piste de recherche. Effectivement, il y a Elizabeth Holmes qui est assez connue pour avoir créé Cyrano, qui était célébrée comme ce qu’on appelait le nouveau Steve Jobs et chercher dans des musées 2010, après la mort de Steve Jobs et les magazines américains, les médias, même du monde entier, cherchaient tout le temps le nouveau job et elle était élue comme le nouveau, si j’ose dire. Ce qui est intéressant, c’est qu’en fait on s’est rendu compte et ça donne de la matière à Thriller aujourd’hui. Maintenant, ça donne des films de séries. C’est que, en fait, c'était basé sur une arnaque. En fait, Fake It make It comme disent les startuper dans la culture startup, c’est-à-dire faire semblant jusqu'à ce que t’y arriveras. C’est-à dire qu’il avait comme promesse le fait de révolutionner la vie. 200 Elle n’y est pas arrivée. Sa machine n’a jamais fonctionné, ça n’a jamais été opérationnel, mais elle la cachait jusqu'à ce que Carillo, un journaliste, dénonce la supercherie dans Wall Street Journal qui a des enquêteurs, donc ça a précipité sa chute et la tomberait alors en procès, etc. Et en fait, ce qui est intéressant, c’est qu’elle s’est créé un personnage va s’habiller comme Steve Jobs. Et alors ? Pour la dimension masculine du mythe, elle a baissé sa voix. En fait elle essaie de parler de manière plus grave pour poser son autorité. Est ce qu’elle avait bien saisi quand on était sûr, en fait, des personnages qui, Geri, réussissent à générer beaucoup d’argent via l’investissement, par la fascination charismatique sur les qualités exercées et la fascination quasi charismatique est arrivée à exercer, notamment sur les financiers. Et pour s’imposer, elle avait comme ça un extérieur et une esthétique à cultiver, des esthétiques assez masculines.
David Dufresne
Tara Marais propose dans Le chat peut être, une idée de la figure providentielle qui a jusqu’ici été masculine pour dire combien c’est marqué par les hommes. Alors j’avance, j’avance. Le bouquin est passionnant. Alors je crois que Zone le bouquin est disponible sur le site en PDF. Mais si vous pouvez rétribuer l’auteur en achetant son livre, c’est super. Donc les deux sont possibles. Vous pouvez dire le livre gratos ou vous pouvez l’acheter. Bref, page 95 Journaliste, documentariste, présentateur de talkshow, biographe. L’entrepreneur dépend d’une variété d’intermédiaires culturels, de dissimulateur pour bâtir et maintenir son image. Il doit entretenir avec eux la politique. Il se bat. Mais je comprends, je comprends. Quand on a lu et relu son texte, on n’a pas envie de l’entendre. Je comprends très bien. Il doit entretenir avec eux un commerce l’entrepreneur, se rendre disponible, se laisser adroitement aller à quelques confidences, accorder des exclusivités en échange de commentaires élogieux. Et donc, par exemple, vous parlez de Steve Jobs qui a tout le long de sa carrière fidélisé un certain nombre de journalistes et pas des moindres. Et puis il y en a un qui lâche un peu le morceau qui explique quand même qu’il y a une relation de négociation pendant plus de 20 ans entre les deux. Cet aspect là, vous allez le retrouver aussi au XIXᵉ siècle. Vous allez raconter que le mythe ne peut s'écrire qu’en compagnie du narrateur, donc les journalistes, les cinéastes, etc. Ça a été une découverte pour vous. Comment ? Comment vous avez vu ça en fait ?
Anthony Galluzzo
Alors en fait, il faut à mon sens toujours procéder de manière matérialiste et essayer de se comprendre. Voilà, on a un imaginaire, on a des idées qui circulent, mais elles sont liées à un système de production, à des capacités à produire des conditions de possibilité matérielles. Et ce n’est pas un hasard si la célébrité entrepreneuriale, c’est quelque chose qui émerge fin XIXᵉ siècle. Pourquoi ? Pourquoi pas avant ? Parce qu’avant, ce n’est pas possible d’un point de vue technologique. C’est à dire qu’avant, on a une humanité qui est massivement paysanne et qui est en fait enfermée dans des espèces d’enclaves où on fait ce dont on discute. Bah c’est ce qui est là, on fait ce qui est là autour de nous, on discute des choses qui nous entourent et des nouvelles qui nous viennent de loin. En fait, que n’a pas encore la presse de masse, eh bien nous venons assez péniblement. Il n’y a pas non plus de reproduction massive et à bas coût des images si possible. On est sur la xylo, graphie sur la reproduction en impression, sur une espèce de patrons en bois. Donc on est, on est sur des techniques de reproduction, images qui sont assez modestes et qui ne permettent pas de disséminer massivement des images. Donc on dissémine assez difficilement l’information, les images, les représentations, les histoires, tout ça circule surtout à l'échelle locale. Donc ça, c’est notamment une des choses que j’explique dans mon ouvrage précédent, La fabrique du consommateur et pourquoi la série entrepreneuriale arrive le deuxième par dernier tiers du XIXᵉ siècle, on va dire, parce qu’on a une presse de masse qui se développe. On a les premiers magazines de masse qui arrivent et qui se vendent à des millions d’exemplaires. On a des journaux de masse qui arrivent et qui en fait s'écoulent pour quelques centimes, en fait, à des millions et des millions d’exemplaires à travers tous les pays occidentaux. Et là, on va voir émerger des célébrités qui sont plus entrepreneuriales, qui sont plus simplement régionales, c’est-à dire le patron de telle entreprise qui est assez connu dans le comté, etc. Donc des uns, des patrons, des entrepreneurs qui vont être célèbres à l'échelle nationale et internationale, et notamment Andrew Carnegie. Alors, quelqu’un demandait dans le château il y a une dizaine de minutes Est ce que c’est Dell ou Andrew Carnegie ? Parce qu’effectivement il y a deux carnets qui servent dans l’armée. Eh bien, c’est Andrew Carnegie, le magnat de l’acier, et Thomas Edison. Puis Andrew Carnegie compte parmi les premières célébrités entrepreneuriales internationales. Ils ont réussi à capter l’attention des journalistes, entretenir avec eux un rapport clientéliste et à multiplier dans la presse les portraits, les interviews, les entretiens, et à comprendre qu’en fait, pour eux, pour être une célébrité entrepreneuriale, il ne fallait pas simplement parler de ses affaires et s’en loin pour aujourd’hui. Et le lendemain, si vous regardez ses deux plus célèbres interviews, c’est chez Dior Rogan, le podcast de Logan, ça fait dix points cumulés. Je crois que c’est au moins une centaine de millions de vues. On lui parle, on lui demande Vas la, raconte nous à l’avenir ! Qu’est ce qui va se passer demain ? Est ce qu’on est dans une gigantesque simulation ou quand sera la prochaine crise financière ? On l’interroge comme une Pythie, comme en deux ans et déjà fin XIXᵉ siècle. C’est comme ça que devenait célèbre aussi dans son genre Carnegie, puisqu’on interviewait sur les rapports entre les nations, la guerre, les relations diplomatiques, sa vision de l’humanité, son avis sur différents philosophes. Et en fait, en tant que célébrité entrepreneuriale, on voit déjà que, au delà d'être simplement chef d’entreprise et de parler de ses affaires, on est face à un phénomène un peu gourou si vous voulez, C’est à dire qu’on est face à une personnalité charismatique qui va vous indiquer une éthique, une façon de voir le monde, une façon de se voir et se concevoir soi même et une direction par rapport à l’avenir. Voilà comment sera l’avenir d’après cette personnalité qui nous est supérieure.
David Dufresne
La starification des entrepreneurs, c’est par exemple cette chromolithographie que vous reproduisez de 1901 de Rockefeller trônant en roi sur un baril de pétrole et sein d’une gigantesque couronne contenant des entreprises qu’il a absorbé au sein de la Standard Oil. C’est magnifique. C’est quand même magnifique. Très belle litho. Et donc on comprend que Steve Jobs n’a pas inventé là comment on pourrait appeler ça la personnification. Mais par contre, il fait un truc quand même dingue, c’est qu’il va aller voir un dénommé Isaacson, qui n’est pas n’importe qui et qui n’a pas écrit n’importe quoi. Et donc Job, en lui demandant à ce monsieur d'écrire sa biographie, s’inscrit dans une lignée totalement mythique.
Anthony Galluzzo
Alors c’est ça qui est amusant dans la biographie la plus vendue de Steve Jobs à Proboscis Jobs, c’est celle de Jackson effectivement, qui est sortie juste après sa mort. Et ce qui est amusant, c’est qu’Isaac on y fait son vrai travail de compilateur mythologue. C’est-à-dire ? Robert Petit reprend tous les éléments du mythe, tout ce qui a déjà été dit. En fait, il fait quelques interviews complémentaires, mais en fait voilà, il fait ce que font beaucoup de gens qui écrivent des livres, c’est-à dire du jus de livres riches pour les riches, précédant les articles précédents chez les presses, et ça donne un nouvel objet. Donc il n’y a rien de surprenant dans son ouvrage. Mais ce qui est surprenant par contre, c’est qu'à la fois il est vraiment sur le mode de la géographie et qui raconte le mythe. J’obtiens tout ce qu’il a de plus mythique justement, mais en même temps, il explique, il précise au début son livre, en fait, c’est un travail de commande. C’est Steve Jobs qui me l’a demandé. Ça fait des années et des années qu’il me demandait sa biographie parce qu’il savait que j'étais le biographe de Benjamin Franklin et d’Albert Einstein. Et je lui ai répondu "Eh bien, c’est quand même un peu culotté de se vouloir se présenter à leur suite. Et ensuite ? Donc, il a refusé. Mais comprenant qu’il était mourant, qu’il avait horreur qu’il avait un cancer, etc. Il a finalement accepté. Alors je ne fais aucune supputation sur ses motivations et sur ce revirement. Mais aujourd’hui, sachez qu’aujourd’hui, si ça vous intéresse et si vous êtes un fervent admirateur des grands hommes, vous pouvez acheter votre bouquin. C’est génial !
Anthony Galluzzo
Ça s’appelle la photographie des grands génies. Il y a Benjamin Franklin, Albert Einstein, Léonard de Vinci et bien sûr Steve Jobs. Vous pouvez acheter ça en pack sur différentes plateformes en ligne.
David Dufresne
Et il y a aussi Grégoire Chamayou. Dans les grands hommes. Votre éditeur, qui est le directeur de collection de zone, qui a écrit notamment la théorie du drone, vraiment très, très grand livre. Donc ils acceptent. Et c’est fait. Vous dites aussi, à propos des biographes que ce soit des films ou les bouquins, il y a une forme d’auto plagiat. Comment vous expliquez ça ? Comment se fait-il que finalement que le marché accepte qu’on lui raconte toujours la même histoire et que ça marche à chaque coup ?
Anthony Galluzzo
C’est quelque chose qui me dépasse un peu. Moi je pense que je ne saurais pas vous donner d’explication exhaustive. Je peux vous expliquer ce que j’ai compris du phénomène. Le phénomène, c’est que bon, déjà qu’encore une fois, il faut partir sur les bases économiques que vous connaissez bien, vous en tant que journaliste, les journalistes n’ont pas forcément beaucoup de temps pour écrire ici. Si c'était son journaliste, il aurait réalisé des papiers etc. Et en même temps, s’il se mettait à écrire un bouquin, bon bah ils ne vont peut-être pas y consacrer 10 h par jour pendant quatre ans. Donc il y a un pouvoir d’investigation qu’il faut pouvoir se permettre déjà. Donc ça c’est le premier facteur qui n’est pas forcément le principal, mais c’est aussi important. Il y a une économie aussi, il y a un système de production, de saisie des circulations ensuite. Mais en fait, en fait, c’est un genre, la biographie et à l’intérieur du genre biographie qui est la biographie entrepreneuriale, qui est un genre en soi et comment vous l’expliquez. En fait, ce genre, il est très étalonné sur en fait les grands clichés, les grandes étapes narratives de l'épopée héroïque. Donc il faut qu’il faille coller en fait à cette espèce de format. On a, on peut, on peut le dire aussi des gens qui sont des ancêtres, des croyants qui vont écrire ces biographies, c’est à dire des gens qui sont véritablement fascinés par la Tech, le monde de la Tech entrepreneuriale. Ils sont parfois extrêmement enthousiastes. Je pense à un biographe français de la Tech, IBM, qui à un moment, à mon sens, des propos beaucoup trop outranciers, qui était beaucoup trop outrancier dans ses apologie et dans ses apologie, et je cite quelques unes de ses phrases, peut être pour être malhonnête, vraiment, moi qui ai une admiration sans bornes pour ce genre de figures. Donc il y a plusieurs facteurs. Et en fait, quand vous écrivez une biographie et que vous n’avez pas accès à la sève, à la source, c’est qu’est ce qu’il faut pour avoir accès aux sources, Qu’est ce qu’il faut faire ? Bah la Steve Jobs Apple, il faut aller chez Apple et avoir accès aux archives d’Apple toutes les archives que l’entreprise aurait conservées depuis les années 70. Ça c’est des c’est des archives privées. Parfois certaines entreprises mettent leurs archives en public, les déposent dans des camps, dans les centres d’archives, dans des universités. Pour Apple, c’est un cas pour plein de grosses entreprises qui n’ont pas fait faillite, qui sont encore puissantes aujourd’hui. C’est pas bien, vous n’avez pas accès à ça, donc vous n’avez pas matière à faire des investigations scientifiques. Qu’est ce que vous allez faire ? Vous allez interviewer des gens qui voudront bien vous parler et en remontant plus ou moins loin. Donc en général qu’on est sur le style de biographie entrepreneuriale, on ne va pas aller interviewer les syndicalistes de l’entreprise ou les sous traitants ou quoi que ce soit. On va voir les proches, la famille, les amis avec les proches collaborateurs et on fait la compilation. Tout ce qui a été écrit et toutes les interviews qui ont déjà été données. Tous les articles ont déjà été publiés. Et en fait, ce que j’ai dit tout à l’heure, on fait du jus, on fait du jus d’articles et de livres et on produit un nouveau livre. Et d’où le fait que dans mon travail, moi, quand j’ai vu, j’ai lu des dizaines d’articles de biographies, je voyais effectivement de l’entre plagiat, Alors déjà des choses qui étaient reprises, des déclarations sur Job, c’est à dire Steve Jobs, Starring, Steve Jobs dans une vie, une longue vidéo audiovisuelle, des verbatim entiers, Steve Jobs qui étaient repris à leur compte par des biographes, comme si c'était un peu eux qui parlaient. Il reprenait à propos de l’enfance du maître et reprenait les paroles du maître et le récit du maître à propos de lui-même. Voilà donc là, en termes de fiabilité des sources, ce n’est pas tout à fait irréprochable, mais ce n’est pas le sujet. On n’est pas là pour écrire quelque chose qui soutient. D’un point de vue scientifique, on est là pour écrire une littérature en quelque sorte de recueillement. On se recueille devant le génie du grand homme et c’est le sens de ses produits. C’est aussi ce que, à mon sens, les acheteurs de ce type de livre viennent chercher. Ils viennent consommer, ils viennent s'étourdir, ils viennent admirer, ils viennent s'étourdir devant le génie.
David Dufresne
Alors Anthony, juste une petite précision, nouvelle incise, dernière incise de l'émission Vous avez dit vous les journalistes, je ne suis pas journaliste. Enfin je veux dire par là. Je l’ai été longtemps, mais je suis très intéressé par ce que vous avez dit, parce que je considère ne plus l'être exactement pour les raisons que vous avez données là. C’est à dire que moi je crée mon outil de travail, c’est hobby et je prends le temps. Précisément, je ne suis pas soumis à une cadence, etc. Et même, pour tout dire, je m'étais complètement éloigné de tout ça. J’y reviens tard au poste parce que parce qu’il y a une communauté de gens qui nous regardent. Il y a une effervescence intellectuelle. Grâce à Poste, je lis des bouquins comme les vôtres, je me nourris donc je reviens un peu dans une forme qui pourrait s’apparenter au journalisme, mais exactement pour les raisons que vous avez prononcées. Je ne me considère pas comme journaliste. Oui, vous pouvez le noter, monsieur Galluzzo vous pouvez le doter absolument. C’est très bien. Bon, au XIXᵉ siècle, il y a quand même quelques journalistes qui font leur boulot. Là, j’ai appris ça. C’est à dire que le XIXᵉ siècle, qui voit évidemment l'ère industrielle arriver, en fait, il y a, il y a déjà des idées, il y a des critiques, on, certains s’en prennent aux barons du capitalisme, etc. Et si je vous ai bien lu cette critique là, elle s’est un peu perdue avec le temps en fait.
Anthony Galluzzo
Oui, et cette critique là d’ailleurs, faut les nuancer souvent part qu’on retient effectivement.
David Dufresne
J’ai commencé dans un garage parce que moi je suis un garage band.
Anthony Galluzzo
J’ai vu oui et oui. Alors effectivement, en fait, il faut bien comprendre que sous les imaginaires il y a des rapports de force et il y a des rapports de classe et un imaginaire qui s’impose à ménagère qui en possibilités, en capacité de s’imposer, en demandant, en boudant par rapport à l’opinion publique. Il y a lutte par rapport à ça en fait, en tout temps et ça XIXᵉ siècle, on voit émerger les célébrités entrepreneuriales. Alors on parlait de Rockefeller tout à l’heure. Oui, effectivement, Rockefeller. Au début, il était extrêmement critiqué par la presse progressiste qui expliquait voilà, c’est un monopoleur, c’est un tueur d’entreprises. C'était la figure un peu du type du capitaliste vampire. Et Rockefeller a justement pris un agent en relations publiques, a été un des premiers à s'équiper à ce niveau là en comprenant que, au début, il boudait la presse en disant bon, c’est la regarde pas, on s’en fiche. Ensuite, il a compris que l’opinion publique allait avoir peut-être un poids sur sa carrière, sur ses possibilités de développement économique. Et donc il s’est mis à cultiver un rapport clientéliste à la presse et de séduction. Et c’est là aussi, on voit cela émerger, ce type, ce type de rapport pour une célébrité entrepreneuriale et pour les entrepreneurs, ça peut être important d’avoir de bons rapports avec la presse pour intervenir sur le débat public, ménager son image et donc ses intérêts, et notamment aussi, in fine, ses intérêts de classe. Donc il y a cette base là. Alors, effectivement, fin 19ᵉ, début 20ᵉ, c’est très intéressant parce que c’est très disputé. On a les socialistes, les anarchistes qui sont très puissants aux États-Unis et par rapport à ce qu’ils sont devenus aujourd’hui et sont très présents. Et en fait, ils sont très critiques de ces dossiers, de ces monopoleurs, de ces très grandes entreprises qui émergent et qui captent le marché à leur faveur. On a à droite ces célébrités entrepreneuriales qui écrivent des livres, qui donnent des interviews pour expliquer clairement. Ce sont des gens supérieurs, ils méritent, ils ne sont pas partis de rien et donc leur reprendre ce qu’ils ont créé, ce serait les voler etc. Ils défendent leur position, défendent leur pouvoir et au centre en quelque sorte, on a la presse bourgeoise de l'époque progressiste. Et quand on tourne les pages de cette presse, on voit tantôt un article critique des syndicats, tantôt un article critique ou élogieux de différentes théories entrepreneuriales. Et pour les entrepreneurs, tout l’enjeu, ça va être d'être au mieux avec cette presse et d'être du bon côté du de la dichotomie, c’est à dire ne pas être décrit comme un vampire capitalisme et d'être décrit comme un grand entrepreneur bâtisseur constructeur qui va aider l’Amérique à conquérir sa puissance.
David Dufresne
Cette dichotomie avec un Andrew Carnegie qui pourrait être le mentor de Macron. Quand on lit ce que vous citez, nous sommes alors. Je n’ai pas la date, j’ai la date de qui a repris le texte mais je n’ai pas la date. Mais ce n’est pas grave, c’est lui qui l’a dit. Andrew Ce bon Andrew, Ce serait une grave erreur pour la communauté que de tirer sur les millionnaires car ce sont les abeilles qui font le plus de miel et contribuent le plus à la ruche, même après s'être rassasié. On dirait le ruissellement. C’est beau comme un ruissellement, C’est extraordinaire. 150 ans plus tard, on est toujours dans la même sauce.
Anthony Galluzzo
Extraordinaire cette bulle. Oui, il y a certaines idées qu’on a évacué, qu’on voit, qu’on croise plus depuis sous la plume de Carnegie par exemple, le darwinisme social, le fait que c’est la loi de l'évolution mentale, m’expliquer qu’en tant qu’entrepreneur, il fait partie des meilleurs, des hommes les plus capables et donc il est au sommet de l'évolution en quelque sorte. Et donc, comme il a été désigné par le mouvement de l'évolution comme le plus capable, c’est normal qu’on le laisse au pouvoir parce qu’il fait partie de cette élite. Bon, ça c’est quelque chose qu’on retrouve moins sous ces termes exacts, mais on retrouve d’autres choses. Par exemple la grande, la grande, le grand folklore entrepreneurial de l'époque. C'était dire que ces entrepreneurs étaient partis de rien et qu’ils étaient tous issus de la paysannerie, la paysannerie, des petites zones agricoles perdues du Japon, l’Amérique des sociologues dès les années 20-30, 40, aux Etats-Unis, on fait des statistiques et on montrait qu’au contraire, c'étaient tous des gens issus de la bourgeoisie bancaire et commerçante. Ils venaient tous de certains comtés du nord-est des Etats-Unis et ils étaient tous des hommes blancs ou protestants et généralement de vieille souche, et pas de l’immigration récente. Donc ça, c’est beaucoup de facteurs déterminants pour devenir une grande fortune. Et à part l’histoire économique des Etats-Unis, on sait aussi que bon bah voilà, il y a la carpette et ça, il y a une phase historique. Toutes ces grandes fortunes, à la fin du XIXᵉ siècle, se sont développées. Pourquoi ? Parce que, fin de la guerre de Sécession, le Nord industriel a gagné la guerre. Il va ouvrir la conquête de l’Ouest et en fait y va. Il va donner des immenses pans de terres, de territoires à des hordes à certains milieux entrepreneuriaux pour leur permettre de s'établir dans leurs affaires. Donc en fait, ils ont eu, et c’est l’accumulation primitive. Ils ont eu énormément en fait, de ressources qui auraient été conservées, qui ont permis de générer des rentes. Ils ont eu des forêts, ils ont eu des mines, on leur a conféré, voilà, par tout ce réseau politique aussi d'énormes territoires pour construire le chemin de fer transcontinental. Il y a des sources politiques à cette accumulation. Qui a qui a fondé ces grands empires entrepreneuriaux qu’on discute un peu moins, qu’on met moins en perspective, toujours dans cette littérature hagiographique de célébrité entrepreneuriale. Parce qu’encore aujourd’hui, chaque année, quasiment, en tout cas chaque décennie, vous avez de nouvelles géographies qui viennent renouveler l'éloge de ces pères fondateurs de l'économie américaine que sont Carnegie par exemple. Grande chaleur d’autres.
David Dufresne
Juniors Simu 777 a lu votre ouvrage ou pas, mais il ou elle l’a bien compris, a bien compris à quoi sert le mythe. Il dit on appelle ça le il ou elle dit on appelle ça le développement personnel de nos jours. Et alors là, c’est un point très important.
Anthony Galluzzo
C’est très pertinent effectivement, parce qu’on a une naissance conjointe fin XIXᵉ siècle. Les États-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient. C’est à dire que voilà, c’est plus une petite nation démocratique de paysans, de petits propriétaires indépendants à la Jefferson. C’est une grande nation industrielle. En quelques décennies, on a des grandes entreprises comme ça qui ont émergé et qui ont capté toutes les chaînes de valeur et qui contrôlent l'économie du pays. Donc c’est un grand bouleversement. Donc il va falloir aménager en fait le récit national. Et pour cela, en fait, on va travailler à bâtir le mythe de l’entrepreneur et il va y avoir tout un ensemble de données de livres qui vont s'écrire à ce propos, et notamment la naissance d’une industrie littéraire qui est l’industrie du luxe qu’on appelle le self-help, c’est à dire en français, le développement personnel. Ça se développe à ce moment-là, fin XIXᵉ siècle, début XXᵉ siècle, parmi les ouvrages les plus vendus aux États-Unis, un moment du massivement à des millions d’exemplaires. Une littérature qui se renouvelle vraiment de manière très abondante. On a de l’industrie du développement personnel qui est très similaire dans ses actions à ce qu’on connaît aujourd’hui, effectivement, c’est la confiance dans l’industrie de l’or personnelle. Vous avez des développements personnels un peu santé et encore aujourd’hui et depuis cette époque, vous avez un développement personnel plus entrepreneurial. Et donc encore une fois, vous pouvez trouver des influenceurs aujourd’hui qui sont dans cette tradition et rien ne change sur YouTube ou autre qui sont dans le développement personnel. Slash entrepreneuriat. Développez-vous à travers votre entreprise et pouvez-vous à travers le marché et ça date de cette époque là. C’est une naissance conjointe et ça s’explique par le fait qu’on a une nouvelle économie, l'économie capitaliste, avec la nouvelle forme institutionnelle, la grande entreprise qui va avoir un pouvoir énorme sur l'économie et donc sur la vie de tout un chacun. Il va falloir légitimer le pouvoir de ces nouvelles formes institutionnelles, légitimer le pouvoir des grandes nouvelles grandes entreprises et légitimer le pouvoir des quelques dizaines de capitalistes qui captent l’essentiel de la valeur. Et on est toujours globalement, même si bien sûr il y a des phases dans l’histoire du capitalisme, on est toujours globalement dans ce rapport de force. Ce qui explique la pérennité, c’est la littérature apologétique. Encore aujourd’hui, on a des ouvrages très similaires à ceux de la fin du XIXᵉ siècle, début 20ᵉ, sur les fondamentaux dans la célébration d’entrepreneurs et dans le l’exhortation à être positif, motivé, entreprenant et à se développer soi même. Littérature qui sous -entend que, en fait, vous faites votre destin social, vous faites votre richesse et votre pauvreté. Si je triche, si vous n’êtes pas, c’est parce que vous avez travaillé à l'être. Et c’est et c’est là la source commune de toute cette littérature, c’est l’idée que, en tant qu’individu, c’est vous en fait qui faites votre réussite et votre échec. C’est par vous et par vous seul qu’on peut expliquer votre place sur le marché.
David Dufresne
Ce n’est pas difficile, ce n’est pas du tout. Là, c’est la chute de votre livre. Je voulais en parler mais j’avais une autre question avant. Donc là on vient de finir l'émission. Et puis maintenant que vous posez une question Bonus.
Anthony Galluzzo
Alors dans le livre, je compare Foxconn et Homestead à un siècle de différence, effectivement. Alors Homestead, c’est fin XIXᵉ siècle dans les usines Carnegie. En fait, Bernabé applique une méthode capitaliste de lutte anti syndicale qui a fait ses preuves depuis, qui est encore assez largement employée aujourd’hui. C’est Vous voulez couper les salaires dans les salaires ? Vous vous imposez en fait une coupe aux représentants syndicaux s’il existe aux employés qui leur sont absolument intolérables. En réaction à leur refus, vous fermez l’usine de black out pendant trois mois, six mois, huit mois. Vous les laissez avoir faim et froid. Et au bout d’un certain temps, est ce que vous ou vous êtes sur votre capital dont vous avez, vous avez, vous êtes suffisamment gros pour vous avez gagné un peu et au moment de la réouverture de l’usine, on a des ouvriers affamés qui sont prêts à reprendre le travail avec un tiers, une moitié de leur salaire en moins à cette. Et s’ils refusent toujours ? Si la lutte continue, vous faites venir ce qu’on appelle des jaunes, c’est à dire des travailleurs qui acceptent de travailler pour moi d’ailleurs, etc. Et dans ce contexte là, en fait, on a une lutte féroce des ouvriers des usines, des aciéries, de Carnegie et on a une fusillade, Homestead, qui a beaucoup marqué les Etats-Unis. Et la conséquence de cette fusillade avec des morts entre eux, en fait des milices employées par Carnegie et Pinkerton, une milice patronale et des ouvriers. La conséquence, c’est que Carnegie, qui était dans son image d’entrepreneur, il décrivait lui-même comme un socialiste pro ouvrier, très philanthrope, très sympathique. C'était un petit papa Noël comme ça, très bonhomme, très gentil. Et bien en fait, la presse, là, a dénoncé son hypocrisie et jusqu'à sa mort, il a été décrit non plus comme un entrepreneur, c’est à dire quelqu’un qui est la poire, pour en fait apporter la lumière au monde, en quelque sorte, avec un projet industriel, mais comme un capitaliste, un patron, un exploiteur, un vampire, etc. Il y a toujours cette dent dans le management de son image de soi. En fait, un entrepreneur. Il faut toujours essayer de rester côté entrepreneur et pas être décrit comme un capitaliste, resté dans ce mirage là. Et là, plus d’un siècle plus tard. Steve Jobs, à la toute fin de sa vie, fait face aux ce qu’on appelle les suicides de Foxconn, c’est-à dire Foxconn. C’est l’usine sous traitantes qui fabriquait les produits Apple pour continuer à les produire aujourd’hui. Et en fait, on a eu une quinzaine d’ouvriers qui se sont jetés du haut des usines, qui se sont suicidés de manière politique un an pour protester contre les conditions de travail parce qu’ils travaillaient dans des usines casernes horribles où rouler avec des heures supplémentaires forcées, discipline militaire, etc. Après ça, je ne détaille pas. Et là on voit que son image a été à peine écornée. Alors pourquoi ? Parce qu’on a depuis une division étendue du travail sur un socle, une usine, une chaîne de production mondialisée. Et Apple comprend d’autres entreprises qui ne font que gérer le design, la marque et la distribution est donc aussi en amont et en aval de la chaîne de valeur. Peuvent très bien dire mais non, ce n’est pas non n’est pas au courant. Non, on n’est pas responsable, ce n’est pas nous qui fabriquons les produits. Alors qu’en fait, si on a des conditions de travail terribles du côté des ouvriers qui fabriquent en Asie du Sud-est massivement, ben voilà, les habits y comportent les produits électroniques qu’on utilise. C’est parce que, en fait, ces entreprises sont pressurisées, mises en concurrence sur le plus bas coût possible par ces entreprises assembleurs. Le marketeux. En fait c’est comme Apple et en fait elles n’ont pas les moyens, même s’ils le voulaient, de payer ne serait ce que décemment, à peu près décemment, leurs ouvriers. Et en fait, il y a une pression qui s’exerce de faire des entreprises comme ça commanditaire vers les entreprises sous traitants, pressions qui sont répercutées en bout de chaîne par les ouvriers et donc forcément. Par contre, d’un point de vue rhétorique, quand on est un entrepreneur dans une étude dans l’une de ces entreprises qui dominent des chaînes de valeur, on peut dire nous, ça se passe à l’autre bout du monde, on ne sait pas alors que c’est la conséquence logique du rapport du rapport de domination des sous traitantes. Alors voilà, là dessus, c’est que effectivement, si Job ça lui colle pas à la peau, on sait cette histoire, alors que ça, ils en ont collé à la peau.
David Dufresne
Voilà. Et effectivement, avec toute une hypocrisie de la part d’Apple en disant ah oui, en effet, il se passe des choses qui ne correspondent pas vraiment à nos standards et ainsi de suite. Mon cher Anthony Galluzzo, merci infiniment d’avoir passé presque 1h et demie avec nous. C’est un super bouquin, un super travail. Le mythe de l’entrepreneur défaire l’imaginaire de la Silicon Valley. J’espère vous revoir bientôt et on va voir ce que le chat te raconte. Suite à votre. Ici, c’est comme Hanouna, on a le feedback tout de suite. Alors, alors, alors vous répondez les amis !
Anthony Galluzzo
Mais oui, merci et merci beaucoup pour l’invitation en tout cas, c'était très sympathique.
David Dufresne
Et je vous en prie, je vous en prie, Merci. Super intéressant, nous dit Dewey. Merci de cet échange très intéressant nous dit sorcière. Merci. Anthony nous dit merci et bravo pour le gros travail de recherche. nous dit Martin. 57. Je mets la note de dix sur dix. Ça, c’est la première fois, nous dit Fanny. Eh bien voilà, super hâte de me plonger dans le livre, dit Raz. J’ai raté le début, mais merci nous dit banco, Livre acheté et nous dit. Trop court. Super intéressant. Je vais acheter le livre, nous dit Tashi Delek. Merci, merci, nous dit-elle. PAF ! Merci, nous dit la belle. Ben voilà, c’est bon, j’ai. J’avais un peu peur. J’avais un peu peur que les gens soient subjugués. Très intéressant, Merci pour tout, merci à tout le monde pour l’interview ça n’arrête pas. Merci pour cette intervention. Merci beaucoup Anthony. Super bouquin, super collection. Le livre sort ces jours- ci et je vous dis à très bientôt.

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