Doléances !
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Bonsoir à toutes et à tous présents Au poste.Avant de vous dire de quoi on va parler, je vais présenter les invités de ce soir et vous allez très vite comprendre pourquoi je les ai réunis tous les trois. Alors je vais commencer chronologiquement par Guillaume Mazeau.
Bonjour !
Tu es historien de la Révolution française ? Alors, tu travailles en ce moment et depuis un certain temps, sur l’année 1789 au cours de laquelle il y a une convocation des États généraux qui s’accompagnent de la rédaction de dizaines de milliers de cahiers de doléances. Mon deuxième invité, Michel Bonjour, bonsoir. Alors, tu es historien du travail des mouvements sociaux, Tu viens de publier un livre que je vais montrer là. Voilà, j’adore ! Super livre sur les états généraux de 1945 que je ne connaissais pas du tout avant. Une expérience démocratique oubliée. Et pendant cette convocation des états généraux de 1945, il y a rédaction de cahiers de doléances et ma troisième invitée, Hélène Desplanques. Tu es auteure réalisatrice, tu as réalisé un film qui s’appelle Les Doléances en 2023, qui est d’ailleurs visible actuellement en replay sur France TV et que vraiment, je conseille à toutes celles et ceux qui nous écoutent qui portent, comme le titre l’indique, les doléances sur les cahiers de doléances rédigés pendant à côté avec. Voilà, on y reviendra. Le mouvement des gilets jaunes. Donc, vous l’aurez compris, mes trois invités sont venus pour parler d’un point commun qui est les cahiers de doléances à trois époques très différentes, et on va ensemble se poser la question de qui les a rédigés, Pourquoi ? Dans quel contexte ? Pour dire quoi, pour faire quoi ? Qu’est ce qu’ils sont devenus ? Qu’est ce qu’ils nous apprennent ? Enfin plein de questions qu’on va pouvoir, qu’on va pouvoir brasser. Et c’est un sujet absolument passionnant, mais qui a une véritable actualité. On termine là dessus parce qu’en ce moment, nombreux, nombreux se mobilisent pour assurer la publicité au sens de la mise en ligne en open source, la publication des cahiers de doléances de 2019. Donc, ce que je vous demanderais pour commencer, chacun à votre tour, un peu chronologiquement, c’est de présenter le contexte dans lequel ces cahiers ont été rédigés, peut être en rappelant qui est à l’initiative de ces cahiers. Enfin, comment on arrive à un processus de rédaction des Cahiers, puisque les trois contextes sont très différents, évidemment. Mais les processus aussi qui ont conduit à la rédaction de ces cahiers sont différents. Je sais que c’est un peu large, mais peut-être qu’on commence en 1789.
Le gros morceau de 1789 en gros.
Le gros morceau …
Donc les cahiers de doléances y sont réunis dans un contexte de préparation de ce qu’on appelle les états généraux. Et le contexte est très différent d’aujourd’hui. Ce que c’est à la fois une crise de régime, mais aussi une crise de système d’ordre politique et social, celui de la monarchie absolue, de la société d’ordres et les états généraux. Quand ils sont convoqués, ils sont donc convoqués le 5 juillet 1788 dans un contexte de crise qui dure depuis très longtemps, en fait depuis plusieurs dizaines d’années dans la monarchie absolue. Et c’est une assemblée représentative des trois grandes parties de la société qu’on appelle les ordres et qui n’en fait pas du tout représentatif en termes numériques ou en tout cas en termes démographiques, mais qui représentent en réalité les valeurs de la société de cette société-là. Ils n’ont pas été réunis depuis très longtemps, depuis 1614. C’est toujours des moments très compliqués où le roi est un peu obligé de les réunir. Parce que si une situation de crise se présente comme un roi qui prend conseil, donc qui redore un peu son image, Mais en même temps, c’est aussi concéder que qu’on est dans un moment très compliqué et donc c’est toujours à double tranchant. Et de fait, ceux de 1789, c’est une sorte de pari un peu fait par Louis XVI, sous la pression en partie de la noblesse, en partie du tiers état, en partie du clergé, mais que Louis XVI tente. Il n’est pas du tout le roi fatigué ou dépassé, qu’on décrit souvent par encore.Parce qu’il pense qu’il a plutôt intérêt à réunir une partie de son peuple ou de ses peuples, comme on dit à l'époque, un petit peu pour court-circuiter les corps intermédiaires. On dirait ça aujourd’hui et pourra nouer un lien direct avec la population pour sortir d’une crise financière. Puisque la question qui est posée, c’est la question financière de l’endettement monstrueux du royaume depuis la guerre de 7 ans, c’est à évident depuis 1763. Voilà la question de départ à l’Est. Celle-là, tout le monde sait que c’est un moment complètement majeur. Personne ne sait qu’il va y avoir une révolution, mais tout le monde sait qu’on est dans un moment de crise très fort.
1945 à la mémoire de 1789. Oui, et je dirais en même temps de 1793. Mais on ne va pas trop entrer dans l’histoire de la Révolution française. Quel est le contexte ? Le contexte ? C’est une France qui est à peine libérée. Pas totalement d’ailleurs, puisque la guerre se prolonge et va durer. On le sait, en Europe jusqu’en mai 45 et plus longtemps encore en Asie. Et puis on a un ancien régime qui est la troisième République, dont on devine déjà que plus personne ne veut. Et puis le régime honni de Vichy et à partir de la Libération s’installe des pouvoirs qui ne sont pas de même nature, qui ne se soutiennent pas mutuellement, qui Il y a un gouvernement provisoire et il faut insister sur le provisoire qui est dirigé par de Gaulle. Et puis il y a tout ce qui émane de la résistance, les mouvements bien sûr, mais surtout le Conseil national de la Résistance qui s’est formé en 43 pour soutenir De Gaulle vis à vis des Alliés. Et puis tout un maillage de comités départementaux de libération et même de comités locaux de libération. Le CNR soutient le GPF et les mouvements. Les partis qui sont les syndicats qui sont dans le CNR soutiennent le GPF, le GPF, De Gaulle. Plus exactement le soutien plus le CNR. Le Conseil national de la Résistance a perdu en principe du point de vue de De Gaulle, sa raison d'être à partir du moment où le pays entame sa libération. Résister contre qui ? Mais le CNR, lui, estime qu’il a une légitimité résistante et politique qu’incarne son programme qu’il a établi en mars 1944 et qui a été ratifié par toutes les forces représentées au CNR. Et tout en soutenant le gouvernement provisoire, le CNR entend peser sur la politique de ce gouvernement provisoire, sachant que De Gaulle ne s’est jamais prononcé sur le programme du CNR. Donc il s’agit de faire pression. Alors faire pression sur les élections ? Il n’en est pas question à ce moment-là puisque le pays n’est pas encore libéré. Il y a des millions de prisonniers, de déportés qui ne pourraient pas voter. Et donc dans l’attente d'élections, on va trouver un substitut et se substituer. C’est la convocation d'états généraux. Alors, l’initiative d’où vient-elle ? Et il y a plusieurs sources. Il y a un mouvement de résistance, le Front national, proche des communistes.
Mais il y en a vraiment une.
L’extrême droite actuelle. Donc qui, dès le 13 septembre, on est trois semaines après la libération de Paris, avance l’idée d'état de réunion de comités patriotiques locaux dont Qui dirait ce que le pays veut ? L’idée est reprise, invisible. Quelques jours.
Plus tard. Ils se regardent tous les deux. Puisque Vizille est un haut lieu de la Révolution française.
Où se réunissent les CDL, on va dire de la région alpine qui sont très mouvementée et en même temps un peu fédéraliste sur les bords et qui n’entendent pas céder à Paris les décisions à prendre. Relayé début octobre, on passe sur l'épisode de Valence à Avignon par La Réunion. Environ la moitié des CDL. Tous ceux du sud de la France qui sont les plus activistes on va dire, et qui alors eux se déclarent eux mêmes généraux et avancent l’idée d'états généraux nationaux avec rédaction de cahiers de doléances. Donc la machine est lancée début octobre 1944. Alors après, c’est un long parcours, mais je ne veux pas trop développer là dessus. Ça se conclura par la réunion à Paris du 10 au 13 juillet 1945. Là aussi, les dates ont été choisies par hasard par la réunion de plus de 2000 délégués venus des départements et par une grande manifestation qui se tiendra le 14 juillet 45, à laquelle sont invitées toute la population parisienne.
On voit que les symboles perdurent en fait, et c’est le même symbole très fort. Alors je ne vais pas démarrer par Emmanuel Macron parce qu’en fait le cahier de doléances de 2018 2019, moi j’ai fait une enquête. Je précise que je ne suis pas historien, je ne suis pas chercheuse, c’est une enquête de terrain, mais je comprends, après des mois de rencontres, etc. Que les premiers cahiers de 2019 sont issus des ronds points. En fait, il y a eu sur les ronds-points cette envie tout de suite de se réapproprier des symboles de l’histoire et de pouvoir en créer les choses. C’est à dire que comme on faisait démocratie sur les ronds-points, en tout cas on le vivait très fort. Et bien il fallait rédiger et rédiger ça sur un cahier commun. Ensuite, en décembre 2018, c’est là et mes rêves, c’est à dire les maires ruraux de France, Alors là, on fait un chemin en fait, du terrain, vraiment du rond point jusqu'à, on va dire, au plus haut niveau de l'État. Là, on est dans un entre-deux. Les maires ruraux, en fait, s’appellent entre eux et constatent que la cocotte minute est trop forte et ils sont très inquiets. Vraiment, c’est une inquiétude. Et lors d’une conversation, alors à quelques-uns, ils se disent Ouvrons des cahiers dans nos mairies, C’est aussi simple que ça. Et ils font l’expérience dès le samedi suivant. Ils voient que ça prend. Donc, c’est dans des mairies rurales, quelques départements, et donc ils vont faire ça, courir l’expérience tout le mois de décembre et tout début janvier 2019, ils sont reçus à l'Élysée et symboliquement, en fait, ils amènent une clé USB avec toutes les doléances recueillies. Donc en 2018, au chef de l'État, en disant on a fait cette expérience de terrain, les gens en ont besoin, ils ont écrit et voilà symboliquement ce qu’ils ont à dire. Quelques jours après, c’est très rapide. Emmanuel Macron, chef de l'État, va pour le coup très officiellement lancer ce fameux grand débat national. Il va y avoir plusieurs canaux où les gens pourront s’exprimer. Des canaux numériques, c’est-à -dire ils pourront envoyer des mails, ils pourront remplir des questionnaires et pourront déposer quelque part sur des cahiers virtuels. Et aussi, heureusement, ici, ils disent partout sur la mairie du territoire Nous vous invitons à ouvrir des cahiers. Donc en fait, ils ne font que déployer plus largement l’initiative des maires ruraux. Et ça, ça commence le 15 janvier 2019 et ça va durer jusqu’en mars.
Alors on peut être maintenant, rentré dans le moment de la rédaction des Cahiers. Donc là, tu tues, tu viens de le dire. Hélène C’est des hommes, des femmes qui vont dans les mairies et qui écrivent après ceux qui l’ont écrit sur les ronds-points. Donc c’est une démarche individuelle. Alors, est ce que c’est la même dans votre cas ? Moi j’ai la réponse mais.
En 1789. Pas du tout. La notion même d’individu qui peut s’exprimer de manière autonome. Elle existe presque partout. On appartient à des communautés, à des corps comme on appelle ça corps de métier, etc. Et donc en fait, comment dire ? Les cahiers, ils sont remplis collectivement et par corps, avec des différents systèmes selon qu’on est du tiers état, c’est à dire la plus grande partie de la population, tout ce qui n’est pas nobles et ecclésiastiques en gros ou nobles ecclésiastiques, les gens du tiers état qui sont séparés entre habitants des villes et habitants des campagnes. Il y a un gros clivage d’ailleurs c’est intéressant et d’ailleurs beaucoup des grosses failles et accusations de la part des habitants des campagnes de ne pas être assez écoutés, de ne pas être convoqués. Voilà, Donc ça c’est une vraie ligne de faille dans notre pays depuis très longtemps, plus de 200 ans et pour eux, il y a plein de filtres. C’est à l'échelle de la communauté d’habitants que ça commence. Souvent, c’est synonyme de paroisse. La notion de laïcité n’a rien à voir avec cette période là. Tout est mélangé et donc les gens se réunissent. Et puis les hommes, c’est des hommes de plus de 25 ans qui sont souvent inscrits sur un rôle d’imposition. Il y a l’idée qu’il y a un filtre social et de genre très fort qui est fait. Il y a quelques femmes. Elles sont autorisées quand elles sont considérées comme des chefs de feu, de foyer fiscal. En fait, c’est vraiment l’idée qu’on va interroger, ou en tout cas qu’on va laisser s’exprimer des gens qui ont intérêt quand même à ce que l’ordre, un minimum d’ordre soit préservé. Il y a des gens qui ont une propriété, qui payent des impôts et qui sont résidents fixes dans une communauté d’habitants. Les indigents, les vagabonds, les mendiants, tout ça non. Et les femmes plutôt pas, sauf quand elles sont considérées comme des hommes. Au fond, juridiquement et parce qu’elles sont chefs de famille et de foyer fiscal. Mais pour eux, il y a des filtres. Ils s’associent. S’associer à la communauté d’habitants en communauté d’habitants dans les villes, c’est volontiers des corporations de métiers qui peuvent s’associer, ou alors des professions qui ne sont pas organisées. Les dames de la Halle par exemple, ce n’est pas une vraie corporation. Les femmes qui s’occupent de vendre les produits de détail, la bouffe sur le marché parisien et puis après c’est fondu dans ce qu’on appelle les assemblées de bailliage, c’est- à - dire l'équivalent du canton aujourd’hui, je dirais. Et ensuite c’est porté à Paris. Donc il y a vraiment beaucoup de filtres et il y a des synthèses successives qui sont faites. Alors, pour la noblesse et le clergé, c’est direct au bailliage. Ce ne sont pas en tout cas les cahiers qui arrivent à Versailles par les représentants des deux, ce qu’on appelle les commettants à cette époque là, c’est- à - dire ceux qui envoient, qui élisent des représentants avec les Cahiers. Ils portent aux pieds du roi quelque chose qui n’a rien à voir avec lui, avec ce qui s’est passé localement. Et alors c’est un peu compliqué pour nous, c’est un peu du patrimoine, mais les doléances de 89, ils sont très liés. On a des listes, c’est assez, les formats sont assez répétitifs. Donc par contre, si on croise un peu les sources, il y a moyen quand même de les faire parler. Et ce qui se révèle quand même assez net, c’est que c’est quand même des moments d’expression, de forte émotion et puis de conflictualité très forte. Et ça, ça voilà, ça bouge, ça discute et ça combat.
Mais donc c’est rédigé dans le cadre d’assemblées en fait. Oui, ce sont des personnes
Il y en a beaucoup. On considère que sur les hommes en tout cas, qui étaient convoqués, il y en a un sur deux qui a été dans le Royaume de France, qui s’est exprimé. C’est juste considérable. Enfin, c’est monstrueux, c’est considérable. 60 000 cahiers sur 28 millions d’habitants, sur 28 millions d’habitants, 60 000, c’est beaucoup en fait, sachant que chaque cahier le produit d’une communauté.
Changeons de siècle.
Oui, alors. Outre, encore une fois, qu’il y a la mémoire du précédent de 1789, là, l’organisation conjointe du CNR. Lui, cherche d’abord à populariser son programme, parce qu’il faut bien considérer et comprendre que, à la Libération, à part une poignée de résistants, personne ne connaît le programme du CNR. Donc ils souhaitent le populariser. Ils souhaitent que la population se l’approprie et éventuellement le modifie. Ensuite, il a en relais les comités départementaux et locaux de Libération. Et c’est. Dans la première phase, les comités de libération qui sont vraiment l’aile marchante. Ce sont eux qui vont envoyer localement parce que les gens ne savent pas ce qu’on leur demande exactement. Donc ils vont reprendre en gros toute la partie du programme du CNR. Ils vont un peu la détailler pour orienter les discussions.
Et il y a un questionnaire.
Pas forcément, mais beaucoup de CDL. On voit des thèmes à traiter. Ils ne donnent pas les réponses et ils envoient les thèmes à traiter. Alors ça va. C’est très large et ça varie d’un CDL à L’autre. Celui de la Dordogne par exemple, entre jusque sur les questions d’héritage, de transfert des propriétés et ainsi de suite. Donc ça peut varier. Mais en gros, le schéma, la grille c’est le programme du CNR qu’il s’agit de faire discuter. Alors il y a un premier, une première échéance qui ne va pas énormément entraîner, qui est la réunion sans mi décembre 1944 de l’assemblée des CDL de France qui prend le nom de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas pour rien, évidemment. On prend ce nom pour faire sentir au gouvernement provisoire qu’il ne peut pas s'émanciper de tout contrôle et de toute suggestion. Bon, mais ça démarre assez lentement et ça va véritablement être relancé en février 45. Et alors là, à ce moment-là, les règles sont établies par le CNR. On dit combien il doit y avoir de délégués par département et comment ça devrait procéder. Il y a quand même du jeu. On dit qu’il faudrait au mieux qu’il y ait une assemblée populaire. On dit assemblée patriotique par commune, mais parfois il va y avoir des groupes qui vont aussi produire leurs cahiers de doléances des associations l’Union des femmes françaises, les exploitants forestiers d’un tel et ainsi de suite. Donc normalement, c’est à la base communale, mais ça peut se diversifier. Un grand nombre de communes. Vont jouer le jeu, soit par le biais du Comité local de libération, parce qu’il y a eu quelques maires qui ont des comptes à rendre à la Libération, soit par. Soit par les maires qui ont été maintenus. C’est ce que c’est, ce que souhaitent les CDL et le CNR, parce que ça donne une plus grande légitimité. Et là alors, il y a plusieurs moments, il y a la distribution, alors ça peut revêtir plusieurs formes. Dans certains endroits, on annonce à 100 qu’il va y avoir la réunion. Une première réunion pour discuter de ce qu’on veut mettre dans le cahier de doléances. Ou bien on envoie, on distribue par le facteur les questionnaires qui ont été envoyés par le CDL. Et puis dans un deuxième temps, quelques semaines après ou quelques jours, ça dépend de la taille de la commune et de tout, on réunit la population et là on met à plat ce qui est remonté et on essaie. Alors on y reviendra peut-être.Qui est-on ? On essaie de trouver quelque chose qui recueille l’assentiment. De tous. La notion d’unanimité qui faisait fonctionner le CNR et des compromis que ça implique. C’est-à -dire qu’on évacue les questions qui sont trop clivantes. C’est la différence avec 89. Là, on veut être une émanation des aspirations unanimes du pays. Donc on rédige ce cahier, on le soumet éventuellement au dernier moment à la ratification d’une nouvelle Assemblée patriotique, et puis ça va remonter. Alors, dans le schéma initial, au niveau du canton, on va élaborer un cahier du canton au niveau de l’arrondissement, dans le département. C’est déjà bien faiblard, ça n’engage pas grand chose, mais ensuite au niveau départemental et on a des congrès départementaux qui désignent des délégués qui iront à Paris, il y en a un pour 20 000 habitants et puis qui vont rédiger des cahiers de synthèse départementaux.
Donc, là aussi, un travail de synthèse. Alors, j’imaginais la note, ça ne ressemble pas du tout. Peut être un peu le moment assemblé avec ce qui s’est passé sur les ronds points que moi je jouis.
Et après il y a eu ce qu’on a appelé des dérives, des réunions d’initiatives locales. C'était aussi dans ces fameux dispositifs. Il y en a vraiment eu plusieurs pour recueillir la parole des Français et des Françaises et des Françaises en gros. Mais c’est vrai qu’on sent déjà. Typiquement, moi, quand j’ai commencé à enquêter il y a trois ans, le truc qui m’intéresse le plus est évidemment les Cahiers parce que qu’est ce qu’on trouve dans les cahiers, on trouve et l'écriture manuscrite. Et dans cette écriture manuscrite, on a la singularité d’une personne tout de suite. Si en fait, c’est presque ça me happe. Quand on loue ce cahier, on a un peuple qui parle parce que est ce qu’on peut deviner qu’il y a un homme ou une femme qui des fois ils disent je suis, je suis, j’ai 17 ans.Donc voilà, je parle de là où je suis. Souvent, il y a des récits de vie, c’est-à -dire que c’est à la fois des propositions politiques, mais beaucoup de récits de vie. Et donc on est vraiment dans une singularité par rapport à ce que j’entends, c’est vraiment presque l’inverse. C’est pas du tout je fais groupe, c’est comment est ce que cet espace là de l'écriture ? Et c’est pour ça que je pense que moi qui suis auteure, réalisatrice, j’ai été touchée parce que c’est une expérience sensible. C’est vraiment créatif en fait, hein ?
On a aussi, en tant que chercheur, quand tu tombes sur un papier comme ça, attends moi ça m’est arrivé. Alors moi je ne travaille pas du tout sur des cahiers mais sur des pétitions. T’as les larmes aux yeux des fois.
Oui, oui, c’est ça, c’est -à -dire que ça te prend à la gorge. Et puis c’est vrai que y a ce côté, je pense, qui fait aussi un peu un distinguo, c’est que moi, quand je me mets à lire dans les archives ces cahiers il y a trois ans, deux ans et demi, je sais que tous ces gens, ils viennent de les écrire. Ils sont vivants en fait. Donc c’est extrêmement contemporain. Et je les retrouve enfin, c’est à dire que ça, c’est quand ça concerne mon travail, je fais des repérages, je sens bien qu’il faut que je crée un objet artistique avec ça et très vite je les retrouve. Et donc il y a l'écriture et la personne qui va correspondre. Et c’est pour ça que c’est d’autant plus des individualités. L’objet cahier, c’est la commune, ça effectivement, quasiment tout le temps, à part dans certaines archives où il y a les Cahiers de Rond-point et on les a distingués dans le classement des archives. Mais sinon, à par la commune, les gens signent beaucoup avec leur nom.
Et les gens, ils y vont quand ils veulent, il n’y a pas.
Alors là, il commence à y avoir des recherches là-dessus, notamment en Gironde, il y a un il y a un jeune thésard qui est dessus et qui et qui questionne. Je ne sais plus comment on dit ça en termes de recherche, mais là, face à quel endroit et de quelle façon ? En fait, les gens ont pu écrire qu’il y avait quelqu’un devant eux ? Est ce qu’ils étaient vraiment tranquilles dans une pièce à part ? Est ce que ce qui est sûr, c’est que le cahier était ouvert ? Donc en fait, c’est une écriture publique puisqu’on sait que derrière on peut être lu puisque une autre personne va venir et écrire à son tour. Et souvent d’ailleurs, quand moi j’ai retrouvé des auteurs, ils me disaient bien sûr que j’ai lu ce qu’il y avait avant. C’est aussi un jeu, c’est pas un jeu d’ailleurs, c’est vraiment un intérêt. C’est en tout cas la démarche individuelle que j’ai pu questionner à travers le film. C’est vraiment ce que les gens te disent pour eux, c’est éminemment un acte citoyen quoi. C’est très profond quoi. Ils font ça parce qu’ils ont besoin de participer à la vie du pays et ce faisant, ils ont vraiment l’impression, ils jouent le jeu, quoi. On viendra après à d’autres qui n’ont pas joué le jeu. Mais je pense que. C’est d’autant plus dur s’il n’y a pas de finalité au processus, parce qu’on y croit.
Est ce que ça vous fait réagir sur vos propres périodes ou.
Je vois bien la différence dans la procédure. Et en même temps, je dirais que quand je lis les cahiers de 45 des villages, ils peuvent m'émouvoir aussi parce que c’est une écriture, c’est du nous, mais c’est du nous. On le sent vivant, on est au contact de ce qui se dit. A ce moment là, dans tel quartier, dans tel village. Donc voilà, ce n’est pas la même procédure, mais la lecture peut provoquer la même sensation.
Alors en comparaison avec mes cahiers, je dirais 2789, c’est très différent. En tout cas, tel que c’est parvenu jusqu'à nous, c’est très protocolaire. C’est lié aussi au fait qu’on ne s’exprime pas subjectivement dans ses cahiers. De toute façon, à l'époque on ne s’exprime pas comme ça subjectivement. Par contre, c’est plein d’espérance. Alors par exemple, moi j’ai consulté les Cahiers 2019 aussi parce que je cherche les traces des références éventuelles à la révolution d’ici. Voilà, si ça s’appelle Cahiers, est ce que les gens qui y vont y font référence explicitement ? La Révolution française et tout ? Donc à partir de 2020, j’ai constaté que cinq départements, mais j’en ai quand même consulté. Et il y a vraiment à la fois une sorte d’espérance dans ces cahiers, je trouve, par rapport à ceux de 89 et en même temps beaucoup de conscience que ça va pas être lu, pas diffusé, et qu’on lance quand même la parole, mais qu’il y a beaucoup de gens qui s’expriment. Et je vais quand même écrire. Et en fait ça c’est horrible parce qu’on sait ce qu’ils sont devenus. On y arrivera tout à l’heure, mais est ce qu’il y a cette conscience, cette expérience de la démocratie et de ces faillites et de ces instrumentalisations, alors qu’en 89 quand même, ce qui ressort, ce n’est pas du tout une ambiance révolutionnaire. D’ailleurs, on est peut être en rade, alors c’est beaucoup de défense des privilèges qui justement sont pas respectés et qu’on a envie qu’ils soient respectés. Parce que dans cette société tout le monde a des privilèges, même les plus pauvres, sauf qu’ils sont très inégalement distribués. C’est bien ça l’injustice. Et en gros on écrit ses doléances pour que les privilèges soient respectés et qu’on cesse les abus et les abus des puissants. Mais ces cahiers, ils sont en général plein d’espérance. Et en fait ça ce n’est pas révolutionnaire, mais il y a de l’espérance dedans qui et des choses très concrètes tel seigneur qui empiète sur les communaux, tel capitaine dans les capitaineries, ce qui usurpe le droit de chasse, les accapareurs, ceux qui usurpent les ressources collectives. Donc il y a des choses très concrètes qui en gros, on sent que les gens, ils luttent pour la survie collective et individuelle, donc c’est émouvant aussi. Mais par contre la langue, elle est. C’est la langue du XVIIIᵉ siècle, mais très formelle, formalisée.
Oui, parce que les cahiers sont rédigés directement par les gens, mais rédigé par un officier qui couche sur le papier, ça oui.
Il faut savoir que là, le taux d’alphabétisation était beaucoup plus faible qu’aujourd’hui et que surtout dans les campagnes et qu’il fallait trouver des gens qui savaient écrire. Après, dans chaque communauté d’habitants, il y avait d’abord une expérience collective, politique. Il y a eu des assemblées d’habitants qui, dans toutes les paroisses, existaient avec des syndics qui étaient élus. Voilà. Donc en fait, ça venait un peu de loin quand même. Mais c’est vrai que ceux qui écrivaient c'étaient ou des notaires, ou le curé souvent, puisque c'était vraiment celui qui savait écrire, des commerçants qui tenaient des livres de comptes et tout. Donc il y avait des porte parole, Il y a toujours le risque d’une interprétation, d’un filtre. Et puis dans certains endroits.Alors ça a été beaucoup surestimé quand même. Mais il y a quand même des modèles de cahiers qui circulent de province à province pour essayer de cadrer la parole populaire et d’organiser une riposte et d’organiser les états généraux. En fait, notamment le duc d’Orléans, le cousin du roi, qui est un opposant connu au roi, qui est plutôt pour une monarchie libérale dans les terres de son apanage. Il y a un domaine qui a été concédé par la monarchie, mais dans lequel il dit seigneurs en gros. Il. Il fait circuler des modèles après. Donc pendant longtemps on s’est dit mais on n’a pas du tout accès à la parole populaire, c’est pas possible. En fait, si ça n’a pas, ça n’a pas été si écrasant que ça. Et puis il y a des moyens de croiser les sources. Ça, c’est notre travail. Bon, voilà.
Alors avant qu’on rentre sur leur contenu, est ce que vous pourriez me les décrire ? N’importe. Pas pour moi. Parce que moi, de fait et d’ailleurs je le dis à celles qui sont les tiens et que je vois qu’on dit et on trouve pas mal des cahiers des trois périodes sur elle, sur différents sites des archives ou sur d’autres. Donc moi avant j’en ai regardé plein aussi, et puis j’en ai jamais vu de 45 et j’en ai jamais vu en vrai de 2019. Non, je n’en sais rien non plus. J’ai vu que des archives numériques sur ceux de 89 donc peut être pour faire comprendre. Ça ressemble à quoi ?
J’ai vu aussi celle de 1789, mais. Oui, c’est aussi ça qui fait le plaisir. C’est-à -dire que je pense que personne ne peut être insensible au fait d’ouvrir un cahier. Et donc les Cahiers 2019, bah c’est nos cahiers d'écolier. C’est ça qui est. Ça ouvre tout de suite un imaginaire. Parce que moi, en fait, quand j’ai. Ils sont tous différents, il n’y en a pas un qui se ressemble. On sent que, en fait, c’est une réalisation qui est qu’est ce que c’est d’un weekend à l’autre ? Donc moi j’imaginais vraiment dès le. Dès les premières archives à Lille, aux Archives départementales du Nord, je me suis dit mais en fait c’est la secrétaire de mairie, on l’a envoyé chercher un cahier conquérant quoi, parce qu’en fait elle a trouvé les premiers qu’elle a au supermarché. Donc c’est vraiment ça, il y a toutes les marques qu’on connaît, enfin moi j’ai mes enfants, donc voilà, je ne vais pas citer les marques, il y a un petit village rouge là, et il y en a des, il y en a, il y a aussi des grands formats, il y a mes préférés, c’est les petits formats. Ils sont très nombreux, mais des fois je ne sais pas pourquoi ils ont pris un grand format, des fois ils font un gros effort sur la couverture. Donc il y a des illustrations de couverture qui sont assez chiadées avec. J’ai un souvenir comme ça, une espèce de temple grec.
C’est quoi un ciné ?
Non, non, c’est une sorte d’illustration d’un temple grec qui est collé.
À la démocratie, Non ?
Peut-être oui, mais non. Mais exactement, ça doit être le symbolisme. Mais en fait chacun. C’est pour ça que je dis cadre le travail de création des secrétaires de mairie certainement, mais où en tout cas. Ou peut-être du maire Parce qu’en fait, il y a aussi énormément de petites communes qui participent. Et donc. Et alors ce qui est aussi très émouvant, c’est qu’ici il n’y en a pas un qui s’appelle pareil. Et que personne n’a écrit. Enfin, il y en a où il est marqué cahier de doléances. Il y en a ou il est marqué cahier de la colère et de l’espoir. Il y a un cahier de gilets jaunes. Après on y reviendra. Parce qu’en fait, c’est un non-sens de résumer ça par les gilets jaunes. Il y a un cahier citoyen. Vraiment, il y a de toutes appellations et donc on a. Moi, ce que j’ai vraiment senti, c’est que c’est con. C'était un appel, on va dire, de l’exécutif, ce côté grand débat national, mais très rapidement il y a une appropriation totale du terrain et du coup chacun se débrouille et chacun fait comme il le sent. Le seul truc qu’on va dire commun, c’est qu'à la fin de chaque cahier, il y a le cahier. La mairie qui est un peu officielle en disant que le cahier se clôt ce jour avec un tampon et la date..
Voilà pour 45 89 comme vous voulez.
Tout est possible, si je puis dire, puisque on peut avoir en effet des cahiers d'écolier. C’est assez fréquent. On peut avoir aussi des feuilles séparées ou là ça a souvent été dactylographié. On a des modèles envoyés par les CDL entre lesquels on a laissé de la place pour remplir et donc on remplit ou pas, parce qu’il y a des endroits où il y a des questions qui sont laissées sans réponse et on saute une, deux ou trois questions pour répondre à celle à laquelle on se sent rattaché ou on a compris la question qui était qui était posée. Il y en a où les réponses ? Et il y a une question. On répond oui ou non ? Il y en a d’autres. Au contraire, on développe. Il y a des cahiers qui tiennent sur une page et il y en a qui tiennent sur 18 pages. On voit là toutes, tous et tous les formats possibles.
Alors ceux de 89 y sont très. Encore une fois très protocolaire. C’est un peu décevant finalement. C’est-à -dire que ça a commencé par une longue introduction qui mime un peu les cadres juridiques de la société d’Ancien Régime, mais présente les présents. Et il y a pleins de formules aux formes accoutumées. On insiste beaucoup sur le caractère finalement légal, protocolaire et traditionnel de ces cahiers. Ça cache une profonde incertitude, pourtant, parce qu’en fait, on ne sait pas du tout. Les gens ne savent pas du tout comment faire. La mémoire s’est perdue. Donc ils font tous des recherches pour savoir comment est ce qu’on fait les cahiers, comment il faut les présenter. Et ça prend la forme d’une liste, souvent avec des numéros comme les documents juridiques du XVIIIᵉ siècle et.
Articles première partie.
Premier article deux. Alors on commence en général par ce qui est le plus important et c’est pareil au niveau de la. Du volume, ça dépend. Il y a des cahiers très courts, donc ce sont des feuilles ou qui sont reliées en général de mauvaise qualité, puis souvent, et ensuite elles ont été manipulées quand elles ont été synthétisées et tout. Et du coup, il y en a, il y en a des très courts, une année très longue en fait. Pour le coup, il y a une grande variété en ce qui concerne le volume. Et pour répondre à une question, là, sur le château, alors, les représentants qui ont été élus et chargés de mandat d’emmener les cahiers, ils ont été envoyés à Versailles, effectivement, pour porter les doléances de leur communauté et pas pour autre chose, même si il n’y a pas eu vraiment de débats ni de consignes sur mandat impératif ou représentatif. C’est à dire est ce qu’on est là juste pour défendre la mission pour lesquelles on a été envoyés ou est ce qu’on peut aller au-delà dans un temps donné qui ressemblera à un mandat ? Évidemment, ça n’a, comme ça n’a pas du tout été pensé pour ça, ça n’a pas été débattu. Par contre, ça a été débattu au moment où c’est devenu une Assemblée nationale, où la révolution s’est faite, où les États généraux se sont transformés en assemblée, les premiers à hésiter beaucoup et à refuser la révolution. C’est eux qui invoquent l’idée qu’ils ont un mandat impératif et qui retournent consulter leurs commettants pour aller vérifier qu’ils sont toujours d’accord avec ce qui est en train de se passer, ce qui est une manière de botter en touche et de refuser la révolution.
Alors avant de à nouveau de rentrer dans ce que disent les Cahiers. Peut être revenir sur des choses que vous avez tous un peu dit en disant y revenir ? Mais c’est qui ? Pas dans ce cas. Donc et là tu ne sais pas, je ne sais pas. Aussi simple que c’est les cahiers des gilets jaunes. J’imagine que ce n’est pas aussi simple que les cahiers des résistants. Voilà. Alors qu’ici l’attentat t’as donné des éléments de réponse Guillaume Et t’as peut être des choses à rajouter mais qui s’expriment. Est ce que c’est représentatif de quoi ? C’est représentatif. On peut aussi dire que voilà, on ne sait pas.
Ah bah moi je pense qu’en tout cas, en cette matière de 2019, on a encore énormément de choses à explorer en fait. Mais alors pourquoi cette précision déjà ? C’est que je sais quelque chose que j’ai pu lire dans certains articles ou entendre comme expression, cahiers, gilets jaunes. C’est trop réducteur parce que évidemment qu’il y a des gilets jaunes qui écrivent dans les cahiers. Après, il y a aussi beaucoup de gilets jaunes qui se sont méfiés du processus et qui au moment du grand débat créé d’ailleurs le vrai débat, c’est à dire un processus annexe concurrent sur Internet parce qu’il y a une défiance légitime, je suis sur ce qui se passait vis à vis du pouvoir et donc ils disent non, non, nous on fait à part, mais il y en a quand même effectivement qu’on retrouve et qui disent je suis gilet jaunes. Et puis il y a tous ces gens qui disent je ne suis pas gilets jaunes, mais je les comprends. Donc on sent que l’histoire récente, évidemment, circule énormément dans les cahiers. Cela étant, je pense que vraiment, pour le dire simplement que les gens qui écrivent dans ces cahiers, ils ont gardé une connexion avec eux, avec la citoyenneté. C’est à dire que pour faire ce pas là, je ne dis pas que c’est que des gens qui votent ou que, mais il y a encore une toute petite once de confiance. Et je suis d’accord avec toi, on trouve des vraiment des verbatim, j’en ai choisi pour tout à l’heure qui disent vous ne nous écoutez pas, mais ça fait du bien de le dire, des choses comme ça. Donc la défiance, elle est inhérente à eux. Après, qui sont-ils ? Moi j’ai toujours essayé, encore une fois coutume de dire c’est tout un peuple, vraiment. Il y a tous les âges, il y a des femmes, il y a des hommes, il y a un niveau social. On sent aussi que ça traverse vraiment tout ça. Mais est ce qu’il y a une surreprésentation de la ruralité, C’est à dire en fait le fait que parce que l’origine que j’ai expliqué, il y ait eu plus de mobilisation des communes rurales, je pense certainement, on va affirmer à quel point et à quel point, en quelle. Ils se sont emparés vraiment de cet endroit aussi pour dire ce fameux sentiment apparemment qui traîne depuis quelques siècles. On est des citoyens de seconde zone dans ce pays. Ça, c’est très fort dans les Cahiers. Un aspect après on reviendra sur les thématiques. Mais peut -être qu’il y a cette surreprésentation des gens du milieu des milieux ruraux ou on va dire éloignés des grandes métropoles. Et puis je pense aussi que les gens qui verront le film, disent qu’il y aura sûrement une surreprésentation des retraités ou d’une certaine classe d'âge âgée, parce qu'évidemment il y a d’autres canaux et des canaux numériques. Donc, peut être que des jeunes urbains, pour faire un peu vite, préfèrent ont préféré s’exprimer sur Internet et que les Cahiers. Mais malgré tout, il y en a vraiment. Il y a aussi des gens qui sont dans la vie active qu’on sent dans les études et même des enfants. En fait, ce que je veux montrer dans le film, il y a une collégienne qui demande à commencer à 9 h et demie parce que ça va bien pendant ce temps libre.
Oui, alors c’est plus difficile à savoir parce que beaucoup de ces cahiers ont déjà disparu. Bon alors il y a, me semble t il, mais ça tient à l'état des communes en France, il y a une surreprésentation des Cahiers ruraux puisque c’est un cahier par commune en principe. Et donc il y a plus de communes rurales que de communes urbaines. Et dans la participation, ce qu’on peut en capter, il semble qu’il y ait une présence, une participation plus importante dans les communes rurales que dans les grandes villes. Alors c’est flagrant aussi bien dans les régions qui se sont fortement mobilisées dans le sud-est de la France par exemple, ou en Bretagne où on s’est beaucoup moins mobilisé. La proportion. Ruraux, communes, rurales, communes urbaines, est clairement du côté des communes rurales. Alors bon, j’ai quelques exemples de participation. Une commune du Lot où là on a des chiffres qui s’appellent Montcuq, où là il y a 300 participants, ce qui représente un quart de la population de l'époque, bébés et vieillards compris. Donc là, Mais c’est dans un département à forte présence résistante et notamment une résistance de maquis rural. Ceci peut expliquer cela. Qui parle, qui écrit ? Alors je pense qu’il y a une surreprésentation des enseignants parce que ce sont eux qui sont secrétaires de mairie dans les communes. Et puis on le sent dans le développement qui est consacré quand même à la question scolaire. C’est quand même très développé et on sent qu’il y a une patte quand même, que l’instituteur en a profité pour avancer. Mais il y a quand même des contrastes d’une commune à l’autre. Il y a des chances, des choses qui dans cette. Globalement, ces cahiers sont progressistes. Ces cahiers sont universalistes, mais pas toujours. Et donc on sent le poids aussi des préjugés. On y reviendra dans le contenu qui est assez fort. Ce qui donne, je pense, ce qui va dans le sens de leur représentativité.
Et pour la Révolution française en partie, il y a un filtre social assez clair puisqu’il faut être inscrit sur un hall d’imposition, être un homme de plus, de plus de 25 ans, c’est quand même pour le pas que c’est un gros filtre en termes de générations. Et puis un film de genre donc, puisque c’est les hommes en filtre métropolitain aussi, ça je l’ai pas dit, mais parce que c’est avant tout la métropole. Même les Corses au départ ne sont pas concernés. En fait, il y a tout un tas de territoires. C’est un royaume composite en fait, qui ressemble presque plus à un empire de cette époque-là, avec des territoires qui ont des statuts très différents, des langues différentes et plein d’enclaves. Donc ce n’est pas du tout le pays tel qu’il ressemble à aujourd’hui. Il y a plein de gens.
Ils ont tous écrit en français.
Non, pas tous. Il y a, il y en a en bas breton par exemple, mais ça c’est les premiers et les tout premiers cahiers.
Après, quand ça filtre, j’imagine.
, Comment dire. Qu’est ce que je voulais dire ? Et du coup, il y en a plein qui demandent aussi à être intégrés après coup. Et donc, ce qui fait que non, la plupart d’entre eux, ils sont rédigés en mars 89, donc c’est un peu façon bourrin quand même, parce que le temps que ça arrive à Paris, que ce soit filtré et tout, c’est vraiment dernière minute. D’ailleurs, les états généraux, ils sont repoussés plusieurs fois à cause de ça notamment. Et. Et donc ça s'étale jusqu'à Mais quoi ? Les derniers arrivent limite après. Et même il y en a encore qui sont envoyés en août 90 dans les Colonies, à part dans le Béarn, on n’a pas, et ce n'était pas prévu au départ dans ce cas, un territoire d’exception. Et donc même qu’il y ait des députés, ils s’invitent par surprise le 3 juillet 89 et encore après que de Saint-Domingue, c’est la plus grande des colonies et avec plein de conditions. Et en plus ils ne sont pas jugés du tout représentatifs de la population coloniale et ils ne représentent que les blancs, hein ? Ce que je peux préciser ? Mais bien sûr ! Voilà. Donc voilà. Alors ça ne veut pas dire que c’est le seul moyen d’expression. Les classes vraiment populaires, elles trouvent des moyens de s’exprimer autrement. D’abord dans tous les soulèvements qui existent depuis plusieurs années et qui ne sont pas si nouveaux que ça en 89, qui ne sont pas révolutionnaires.
C’est vraiment des soulèvements qui sont liés à la vie chère, à la gestion des ressources comme les marches de la faim, non ?
Oui, c’est ça. On pourrait dire des marches de la faim. Et en fait depuis 87 88, c’est exponentiel. Mais donc voilà. Donc comment dire, les populations on va dire les plus le bas peuple, ce qu’on appelle le menu peuple ou le bas peuple, elles s’expriment, elles s’expriment aussi par ces biais là. Les femmes, elles ont. Il y a plusieurs cahiers de femmes, faut s’en méfier parce qu’ils sont souvent écrits par des hommes et qui d’ailleurs dans lesquels ils taillent un peu des costards aux femmes. Bon, il y a donc souvent, ça a été l’objet de mépris, même si des chercheuses, des historiennes ont travaillé dessus dans les années 70 quand même dans les années 70. Mais, et par contre il y a quelques cas de femmes qui sont vraiment écrits par des femmes. Donc ça veut dire que ces femmes qui sont subalternes, elles sont vraiment reléguées à un rôle d’adjuvants, elles trouvent quand même le moyen de s’engouffrer dans le truc. Et puis aussi. Alors on a aussi plein de renseignements sur le fait qu’il y a des gens qui n'étaient pas invités, qui ont quand même essayé de porter la voix et aux cahiers de doléances, et pendant lesquelles les doléances et pendant aussi l'élection des députés. Alors à Paris, c’est plus dur. Parce que les entrées des églises, parce qu’on se fait souvent dans les églises ou quand il fait beau dans le cimetière, c’est un peu bizarre, mais en tout cas.
Il y a des écrivains publics dans les cimetières.
Voilà. Notamment. Oui, c’est vrai. Et donc c’est gardé parce que c’est à Paris, parce qu’ils sont plus tard et donc ils sont quasiment au moment des états généraux, donc c’est trop sensible. Par contre, dans plein de communes rurales, de pardon, de paroisses rurales, bah en fait il y a des gens qui essayent de prendre place et qui contestent la sélection sociale et tout ça. On a des. On a pas mal de témoignages là-dessus. Et puis sinon, il y a un type qui s’appelle Dufour, qui a écrit les Cahiers du quatrième ordre, c’est-à -dire celui qui n’existe pas, puisqu’il y a trois, trois ordres. Voilà. Et alors on est un peu dans l’appropriation quand même, plus par un bourgeois qui sait écrire de ce que voudrait le menu peuple, Mais au moins il y a quelque chose qui se passe, parce que c’est sûr qu’ils ne sont pas consultés.
Alors, il y a un certain nombre de questions qui sont dans le chapitre, et on y repense. Vous répondrez plus tard sur le contenu, mais il y a une question qui revient sur le terme doléance ce qu’il veut dire en 1789 et est ce qui change après, ou c’est simplement une reprise du terme de 89 compte tenu de la puissance mémorielle de 1789 ?
Moi je trouve qu’il y a un truc super intéressant, c’est que, à aucun moment, le chef de l’exécutif, Emmanuel Macron, ne parle de cahiers de doléances.
Il ne dit pas le mot non.
Ah oui. Lui, quand il présente, quand il ouvre un peu officiellement le grand débat national, il dit qu’on va parler de cahiers de droits et de devoirs parce qu’on n’est plus sous l’Ancien Régime et je ne suis pas monarque. Et donc y est ce que je trouve ça très intéressant que lui carrément ? Voilà, tout en reprenant le symbole, enfin les symboles qu’on évoque. Essaye d’inventer un nouveau mot. Et après ça, quelques jours après, tous les mérites du territoire appellent leurs doléances. On peut dire qu’en fait, son truc ne marche pas. Parce que l’imaginaire français, il est trop, trop marqué. Bon, voilà, c'était de petites anecdotes.
À propos de cahiers de doléances. Il y a un petit débat, mais il est rapidement écarté parce que la puissance de l’expression cahier de doléances est si forte que rien n’y résiste. Mais il y a quand même à un moment des réticences, notamment du côté communiste, sur cette idée de doléances. On préférerait cahier de vœux ou cahier de la Renaissance. En fait, ce qui serait encore plus est ce que voilà, il faut se projeter, il ne faut pas simplement consigner ce qui ne va pas et il faut programmer. Donc voilà. Mais le cahier de doléances s’impose.
Mais en fait, ce doute là sur le terme traverse même l’esprit des contemporains de la Révolution française. Parce que le mot doléances, il veut dire plaintes, complaintes. Il est lié à la souffrance et il est utilisé en héritage médiéval. Que demande le peuple ? C'était une formule vraiment classiquement utilisée, mais qui était une manière de reléguer la consultation des sujets des peuples à une sorte de rang un peu subalterne. Si on veut vraiment, on relègue le peuple à un ensemble de populations qui ne sait pas agir, qui ne peut pas agir et qui est juste là pour se plaindre. Certes, c’est et j’ai quelques exemples alors ils ne sont pas nombreux, mais j’en ai quelques uns de voix qui en 1789, dit on, il faudrait et il faudrait qu’on appelle ça autrement que doléances, parce que c’est un vieux mot et c’est un mot qui nous met dans une position de demandeur et de souffreteux, alors qu’on devrait parler de ça à l'époque. Représentation, ça veut dire revendication ou demande. Il y a, il y en a qui disent voyons, il faudrait mieux parler de demandes. Les doléances, même pour les gens de 89, c’est un peu vieux.
Et puis après, à cause de 89, maintenant, c’est devenu. Alors maintenant, on va aborder un peu le cœur. Bon, sachant que ça fait déjà 1 h. Donc ouais, ça va, et on a tellement de trucs à dire sur les cahiers de doléances. Et donc forcément faire synthétiser, etc. Et donc la question que je vais vous poser c’est il y a quoi dans ces cahiers ? Je sais qu’il y aurait matière à durer très longtemps et donc si vous pouviez dégager quelques points saillants et je vous avais demandé, si vous le voulez bien, de sélectionner quelques extraits des cahiers pour les donner à lire pour les pour les partager, pour que l’on entende cette parole de celles et ceux qui ont écrit.
Alors je peux commencer sur le 89. Alors on a mis très longtemps avant de savoir ce qui est, ce qu’il y avait dans ces cahiers en vrai. Et en fait, c’est des choses très concrètes, contrairement à ce qu’on s’imagine, est très local.
C’est quelqu’un qui demandait Est ce que c’est vrai ?
Oui.
Oui et bon, en fait, s’ils ne sont pas révolutionnaires du tout. Et comme je l’ai dit, ces cahiers, ils demandent. En fait, ils demandent que les privilèges, le périmètre des privilèges soient respectés avec une sorte d’idée qui ils ne seraient plus respectés alors qu’avant ils l'étaient. Donc c’est paradoxalement une demande de retour en arrière et où les gens imaginent une sorte d'âge d’or dans lesquels il y avait un équilibre qui était respecté et que depuis un certain nombre de temps, alors ce n’est jamais trop dit. Mais en gros, on voit se dessiner ce qu’on appelle l’ancien régime, ce qu’on va appeler l’ancien régime pendant la Révolution, c’est à dire en gros la période qui vient des années 1000 626 630, c’est à dire vraiment la période où la monarchie administrative et absolue s’est constituée et que là il y a une sorte de décrochage dans cette lecture rétrospective des cahiers de doléances, et puis aussi des débats qui, aux états généraux, en sait beaucoup à ce moment là, qu’on discute plus les historiens et les juristes. Il dit que c’est là que ça a déraillé et que les droits des collectivités, des communautés n’ont plus été respectés. Donc dans ces cas, ces cahiers de doléances ne sont pas révolutionnaires. Ça, c’est pour vraiment essayer de se convaincre de ça. Et c’est dur parce que on en fait une sorte de point de départ de la révolution alors que. Ou alors c’est un peu vrai évidemment, mais en tout cas ça veut dire que la révolution a commencé avec une revendication des privilèges et du respect des privilèges de chacun. Mais ce qui est à l'époque synonyme de droit, on a du mal à le dire. Ça, c’est des droits. Parce que chaque privilège vous protège, même si vous êtes petits. Le privilège de faire du pain, il vous défend par rapport à d’autres ou de faire paître vos animaux sur tel père communal. Il vous défend, il vous protège.
Donc on accepte les communes. Oui, c’est une question de privilège.
Alors voilà, ce sont des choses très concrètes comme la fin des abus, le droit de chasse. En fait, c’est énormément de choses qui tiennent à la gestion des ressources collectives. Localement, le droit chasse nous, ça nous paraît un peu folklorique parce que les chasseurs, ils ne sont pas là pour bouffer ça aujourd’hui, c’est une sorte de loisir et tradition, mais à l'époque c’est juste manger en fait et manger de la viande, ce qui est très rare.
Voilà. Alors ce n’est pas très Parti animaliste, ce ne serait pas bien non plus à cette époque là. Est ce que c’est vraiment l’illimité, L'éradication des nuisibles.
C’est ce terme dans les nuisibles.
Et puis le fait de pouvoir profiter localement de la consommation. Par contre, les circuits courts, c’est leur truc. C’est-à -dire de tout ce qui est produit par la communauté, que ça puisse être produit et consommé localement et pas envoyé vers les centres urbains. C’est toute la question des ressources locales. C’est, c’est vraiment. Et deuxièmement, c’est la question de la fin des abus en termes de privilèges. C’est-à -dire que ce soient plus que les nobles qui aient le droit d’exercer des fonctions publiques, que ce soit sur tous les impôts, évidemment. Il faut savoir qu'à cette époque là, c’est les plus pauvres qui payent le plus d’impôts, en gros, pour aller très vite et que les exemptions ne sont pas des niches fiscales mais elles sont la règle et que plus vous êtes nobles ou membres du clergé, plus vous avez d’exemptions. Et donc ça c’est vraiment, ça met tout le monde d’accord, sauf ceux qui en fait, sauf ceux qui ne payent pas ou moins. Et encore, il y en a. Il y en a qui sont pour le partage de l’idée qu’on contribue tous à la fortune, à la richesse nationale, donc les impôts et enfin la justice, qu’elle soit gratuite, qu’elle soit locale, accessible localement. Et ça, ça renvoie à un thème très fort en racket 2019, c’est la proximité des services publics. À l'époque, on dit service du public, mais là ça ressemble fortement quand même. Et puis qu’il n’y a qu’elle ne soit gratuite, donc pas corrompue en fait, que les juges ne soient pas corrompus et qu’ils soient élus. Donc, c’est l'élection des juges pendant la Révolution française que les États-Unis ont gardé aujourd’hui, ce qui pose d’autres problèmes, la recherche de la popularité et tout ça. Mais voilà, il y avait l’idée de sortir d’un truc très concret. C’est pas du tout des idées en général et personne ne parle de sortir de la monarchie, au contraire, tout le monde félicite le roi. Parce qu’il a réuni les états généraux et qu’il demande la consultation du peuple.
Même les nobles ?
Même les nobles.
Alors oui, pendant chronologiquement, c’est très varié et s’exprime à la fois des revendications, on pourrait dire politiques, générales, mais qui sont bien représentatives des aspirations du moment. Ce que les électeurs, les élections qui vont suivre vont confirmer. Donc l'épuration, le ravitaillement. La paix. Et ensuite, globalement, on pourrait dire le juste, le bon, le bon et l’efficace. Et alors ça fait coexister des revendications très pratiques, très concrètes. On sent qu’on l’a, on l’a fait, on a mis les choses à plat dans le village. Je prends par exemple un village du Var, le Luc, un gros bourg de 1800 habitants. A l'époque, on énonce qu’il n’y a pas de phrase, c’est des lignes qui se succèdent. Alors l’adduction d’eau, l’installation du tout à l'égout, la réfection des caniveaux, le matériel sanitaire des écoles, la création d’un centre de secours d’urgence, le déplacement des abattoirs. J’arrête là, mais ça continue comme ça. C’est-à -dire qu’on veut pouvoir vivre comme en ville. Le juste, c’est aussi une inégalité entre ville et campagne.
Et à un moment où c’est très différent.
Là c’est passé complètement. Mais on sait ce qui existe en ville et on le réclame aussi à la campagne. Là, dans tous les Cahiers ruraux, on trouve cette énumération. Alors après, ça peut varier. Par exemple, toujours au Luc, on demande le partage des terres, des grands aux gros et la répartition aux travailleurs. Là, on sent une pointe. Il ne semble pas que les hobereaux aient participé à l’Assemblée patriotique. Bon, en tout cas, ça a été adopté à l’unanimité ailleurs dans le Gers. J’ai l’exemple d’une petite commune. On dit là aussi pareil, il faut établir l'égalité des travailleurs agricoles avec les autres. Attention quand même, le métayage, il faut le supprimer, mais en tenant compte du fait qu’il y a des gens qui ont travaillé toute leur vie, qui ont pu réaliser une petite propriété, qui le remet en métayage. Cela, il ne faut pas. On est pour la suppression du métayage, mais avec les exemptions. Donc on sent qu’il y a une discussion dans le village quand même. Le mot d’ordre général n’est pas passé comme ça. Ensuite, je passe sur le côté scolaire pour évoquer à Lusignan Corbières, donc une ville dans un gros bourg aussi d’environ 7000 habitants. On aborde la question de l’enseignement post et parascolaire. Il y avait sans doute un enseignant qui tenait la plume. Cet enseignement, je le lis, doit être organisé et donné par des maîtres spécialisés. Les cours d’adultes seraient souhaitables pour parachever l’instruction de certains citoyens sortis de l'école avec un maigre bagage. Cet enseignement pourrait être agrémenté de séances de cinéma éducatif et instructif qui nécessiteraient des adultes qui nécessiteraient les adultes. Ça veut dire encourager les adultes à les suivre régulièrement. Il faut aussi donner un grand élan aux œuvres périscolaires, patronages, cantines, colonies de vacances. Donc on n’est pas dans la doléance, on est bien dans la. Et puis alors, sur les femmes, il y a beaucoup de choses quand même. La dominante, c’est qu’elles sont mises au foyer.
Oui, c’est ça. Quand j’ai lu ton livre, je m’y attendais un peu. Mais qu’est ce que j’ai trouvé dur à lire.
Ça c’est clair. Alors là où il y a présence de l’Union des femmes françaises, on le sent qui ? Il y a quand même une contre attaque. Donc c’est atténué, mais c’est quand même la dominante. Encore une fois, les Cahiers ruraux pèsent beaucoup en ce sens. Ça peut aller avec le fait aussi que l’Etat doit se substituer au père défaillant pour les filles mères et qu’on doit chercher qui est le père et qu’il faut qu’il rende des comptes. Donc c’est mélanger un peu aussi l’aspect sociétal. Et enfin, dernier exemple qui montre que c’est variable, alors c’est ah oui, le long cahier de la Seine, donc je ne vais pas vous le lire. La Seyne sur Mer dans le Var, 26 000 habitants, Vie ouvrière, municipalité communiste. Et on sent qu’il y a un coût. Une question qui a quand même un peu accroché, c’est sur le droit d’asile. Alors je vais vous le dire un peu, parce que là on sent que c’est sensible. Le droit d’asile étant le complément logique et indispensable de la liberté de penser, une démocratie doit en faire un principe sacré et respecté. En retour, ce droit impose aux réfugiés politiques une compréhension exacte et un respect strict de leurs devoirs à l'égard de la nation qui leur donne l’hospitalité. Le droit d’asile étant établi, une rigueur implacable, doit sanctionner les actes anti-français dont se rendraient coupables des étrangers. L’expulsion avec confiscation de leur. Bien doit frapper immédiatement tous ceux qui, pendant la guerre et l’occupation, ont tous une conduite anti-française. La déchéance doit être décrétée pour les mêmes crimes contre les naturalisés. Les naturalisations ne doivent être accordées qu’après une sérieuse enquête avec preuves d’attachement à la nation adoptive. Leurs droits civiques doivent être échelonnés après la naturalisation. Ça coince et on sait pourquoi ça coince. On peut même deviner qui a tenu la plume. C’est le maire communiste qui a été très sévèrement torturé par les fascistes italiens et sur dénonciation par ces compatriotes. Donc là, le règlement de compte monte en généralité et se fait très exigeant dans cette commune où il y a une forte communauté italienne à l'égard des étrangers.
Alors vaste question. Oui, oui, je sais, je suis désolé. Alors je reprécise que je ne suis pas chercheuse, donc c’est à la fois empirique de me plonger dans plusieurs archives départementales et puis des conversations que j’ai pu avoir pour le coup avec des chercheuses sur le terrain. Il y a la formule de l’idée, la Souda, qui est chercheuse en Gironde, que j’aime bien. Elle dit que c’est le pouvoir de vivre. Et en fait, on retrouve un peu là, contrairement au pouvoir d’achat, le pouvoir de vivre, c’est qu’est ce qui peut améliorer la qualité de ma vie ? Et donc ça va être. Il y a une grosse demande sur les services publics, sur globalement la proximité, c’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup, qui va résonner avec cette histoire de ruralité, mais pas qu’eux, hein. Qu’est ce que Redonnez moi de la proximité sur la santé, sur l'école, de la mobilité sur les routes de la. Et puis grosse, grosse, beaucoup, beaucoup de doléances sur la fiscalité, Ça, ça passionne. Mais c’est aussi vraiment une demande de justice fiscale. Ce que j’ai pu entendre aussi des analyses un peu cavalières sur les Français réclament moins d’impôts, tout ça. Non, non, ce n’est pas ça, C’est en fait, si on paye des impôts, il faut qu’ils soient justes par rapport à d’autres. Et qu’est ce qu’on fait avec nos impôts ? C’est vraiment cette réflexion sur la justice du prélèvement et justifie de l’affectation. Exactement. Et en plus de ça, je voulais préciser qu’il y a ce on dit, c’est à dire il y a un analyse qui a un peu plus que les autres, puis plonger dans quasiment l’intégralité, pas des cahiers, mais des enfants d’une année, d’une d’un fichier numérique, des cahiers et qui lui a un peu, en faisant marché des machines d’analyse, a pu constater qu’il y aurait moins de 5 % de tous les verbatim des cahiers qui traitent d’insécurité, d’immigration. Donc ça c’est hyper intéressant parce que ça va vraiment totalement à l’encontre du bruit ambiant, médiatique, médiatique et politique, vraiment là on s’en rend compte plus le temps avançant. Donc c’est vraiment quelque chose à noter quoi. Et y a une dernière chose, il y a aussi beaucoup de doléances sur le sujet, sur la transition énergétique, sur l’environnement.
Donc c’est beaucoup plus écolo que ce qu’on a bien voulu dire.
En tout cas. En fait, moi je trouve que ce qui est fou, moi ce qui m’a frappé au début, c’est qu’il y a pas un homme ou une femme politique qui est cité dans les Cahiers. Je n’en ai pas trouvé, j’en ai des milliers. Donc les Français ont bien eu les Français, les Français ont bien compris ce qu’on leur demandait. Pas du tout de plonger dans la politique partisane habituelle, le petit ronron habituel de ce qu’on entend sur les réseaux. Voilà quel est votre diagnostic sur la société, sur notre sur ce commun là qu’on est en train de faire ensemble ? Qu’est ce qui va bien ? Qu’est ce qui va mal ? Avez-vous des propositions ? Et. Et évidemment, la chose écologique, c’est une aspiration profonde. Ce n’est pas quelque chose qui va changer du lundi au vendredi. Et parce que Machin va passer sur le plateau de truc et sortir une phrase, c’est là où ça fait vraiment du bien. Moi, ça m’a réparé en fait, en tant que citoyenne, de lire ces cahiers parce que je me suis sentie appartenir à un peuple. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est écrit, évidemment, mais au moins on est tous ensemble. Là, on prend le temps de la réflexion, c’est ça que ça dit. Et alors du coup, j’en cite un bout. Donc du coup, j’ai voulu démarrer par l'écologie.
Alors l'écologie mérite à elle seule le grand débat national. Nous sommes en danger et si nous continuons à vivre sans tenir compte de l'écologie, alors toutes les autres grandes questions ne se poseront plus. Voilà, ça je pense que ça a le mérite d'être clair.
Voilà. Tout à fait. Après cela, je la cite parce que j’aime bien aussi dire que dans les Cahiers, elle est dans le film. Alors encore une fois, il y a aussi toute forme d’expression écrite parce que c’est l'écriture manuscrite et qu’un cahier c’est presque un carnet de bord ou quelque chose de personnel à ce moment-là. Et donc il y a des poèmes, il y a des chansons, il y a des listes de courses à faire. Moi, j’ai appelé ça les listes de courses. C’est vrai que c’est avec des petits tirets comme ça. Et donc ça, pour moi, c’est un très beau poème en prose de Patricia et Pierre Durin. Je peux les citer parce que je les ai rencontrés. Nous sommes le sol sur lequel vous marchez. Vous êtes de plus en plus nombreux et lourds, de plus en plus lourds. Ça ne peut pas durer. On va se soulever ou s’effondrer et c’est vous qui allez tomber de haut, pas nous, puisque nous sommes le sol sur lequel vous marchez. Donc c’est sûr, quand on lit ça, on se dit ouais.
Et si je peux me permettre d’ajouter ce que moi, j’ai apporté, que des extraits des Cahiers de 19, je me suis dit Tiens, oui, c’est vrai que j’avais oublié que j'étais historien de la Révolution française. Alors moi, je traque les références à la Révolution française dans ces Cahiers, il y en a où il y en a entre cinq et 10 %. Pas tellement, mais quand même un peu. Et là, il y a Philippe F. Dans la commune de Saissac en Médoc. Qui dit qui s’adresse à Macron, comme souvent les gens d’ailleurs à cette époque là, ils le font aussi. Il s’adresse directement à Monsieur.
Très bien. Moi j’ai fait appeler mon film Monsieur le Président. Ben c’est une lettre au président.
Et donc ce Philippe qui dit J’avais lu votre livre intitulé Révolution juste après votre élection. Jusqu'à présent, cette révolution entre guillemets a surtout profité à ceux qui en avaient le moins besoin. Oui, c’est intéressant. Sinon, il y a quelqu’un qui s’appelle Dominique, qui vit à Rouvroy dans le Pas de Calais et qui met égalité en majuscules. Elle est loin, la nuit du 4 août 1789, abolition des privilèges, l’abolition des privilèges ou des abus. Sais ça revient souvent dans les quatre de 19. Stop aux privilèges des seigneurs et des barons de la République. C’est une bouteille à la mer, je le sais bien, mais ça me soulage de le dire. Donc là on se retrouve beaucoup et puis.Ah oui, tiens, pour répondre justement à ce que tu disais d’Emmanuel Macron qui disait un des droits et les devoirs, là il fait référence à un débat. Enfin je ne sais pas s’il le fait exprès, mais il s’inscrit dans une tradition très conservatrice. Au moment où les députés en 89 débattent de la Déclaration des droits de l’homme. Et elle a failli s’appeler Déclaration des droits et des devoirs. Et les députés, qui sont plutôt à la gauche de l’Assemblée, disent Mais attendez, ça fait 1000 ans qu’on n’a que des devoirs, on va quand même pas commencer par compenser les droits par des devoirs. Les devoirs, ils vont venir de la loi de toute façon. Et donc ça c’est une vraie régression de dire de droits et des devoirs, et c’est une vraie référence à notre histoire collective.
En 95, ils le font.
En 95, ils le font et donc à gain. Donc toujours dans le Pas de Calais, revoir salaire et abolition des privilèges des ministres, sénateurs, députés. La demande de proximité, c’est aussi la proximité des élus. Il y a une sensation d'éloignement. J’ai eu l’impression en 2019 assez folle. Moi, le peuple d’en bas, voici mes doléances au peuple élu. Ce n’est pas une quête de droits et devoirs car nous n’avons que des devoirs et le peuple élu a tous les droits, tous les droits. Donc là c’est pareil, c’est assez fort. Et enfin, je voulais dire quelque chose sur les femmes parce que je leur en ai 89 et c’est sympa, mais on est quand même en 2009, c’est un peu différent, sauf que c’est un homme qui écrit, c’est un Jean-Pierre à Chicot, donc pas de Calais. Les femmes manifestent et lorsqu’elles sont dans la rue, on peut s’attendre au pire. La France, en 89 a guillotiné une famille royale. En ce temps-là, le climat était très différent. Mais à l’heure actuelle, comme Stéphane Bern a dit à Monsieur Macron, le climat est pire.
Et moi je voulais citer deux choses. Ce n’est pas des doléances entières, c’est des. C’est plutôt des mots de la fin. Donc ça rentre dans ce qu’on disait sur la défiance. Et en même temps, à vous qui lisez ceci, tout n’est pas dit ici, et ce qui est écrit, vous le savez déjà, même si ça ne sert à rien, ça soulage d’en parler, je le sais. En fait, c’est fou.
Le nombre de gens qui décident de finir comme ça a été frappé. Et ça, c’est mon éclat de rire. En Archives départementales de la Nièvre. Le mot de la fin ? Que notre président arrête de nous prendre pour des bourses. Et je voulais dire ça. On rit aussi beaucoup quand on dit ces cahiers.
Michel. Est ce qu’on rit en lisant tes cahiers, toi ?
Je ne dirais pas non, non, on ne rit pas, mais on salue et on honore un certain nombre de choses. Et en particulier, je voulais rebondir là-dessus, le travail, parce que là on sent dans les Cahiers de 45. Les réformes à venir sont encore au lieu, elles sont à venir et on sent que le pays les réclame. Et alors il y a une insistance sur elles. Encore une fois, aujourd’hui, ce n’est certainement pas dans ces termes que ça se dirait, mais il faut comprendre que le travail dont on parle là, ce sont aussi les travailleurs dont il est question. Alors, c’est toujours la saine cheville ouvrière. Le travail doit être glorifié et les travailleurs honorés.Ça n’a l’air de rien, mais on a ressenti le besoin de l’inscrire et ça va se traduire à Paris en juillet 45. La Commission, qui s’occupe des questions du travail et de la sécurité sociale, commence par cette phrase : Un pays n’est grand que par le travail de son peuple. Tous les citoyens doivent donc concourir à sa grandeur, ce qui implique l’obligation au travail pour chacun dans la mesure de ses moyens. Donc il y a, il y a plusieurs choses qui sont dites et qui, je crois, éclairent la volonté à la fois d’honorer le travail et de reconstruire le pays avec les efforts que cela signifie. Mais indéniablement, il y a une volonté de transformation sociale considérable. Alors même ça peut se dire naïvement même si la résolution de juillet 45 à Paris, on envisage la suppression du profit. C’est très curieux tel que c’est formulé, mais il a fallu que ça passe et c’est passé.
Alors là on va vers la fin. Et résultat deux questions qu’on peut un peu mélanger.Ces cahiers ont été rédigés. Des personnes soit en assemblée, soit individuelles, ont exprimé leurs doléances, leurs désirs, leurs rêves, leurs projets, leurs bouts de vie. Et au final, qui a lu, sait ce qu’ils ont été lus aux états généraux devenus Assemblée nationale constituante ? Est ce qu’ils ont. Qu’est ce qu’ils sont devenus aux états généraux de la Renaissance française de 45 ? Le gros, le gros morceau que sont devenus les Cahiers ? Alors on ne va pas parler du grand débat, mais prévu. Donc voilà, de 2019. Voilà, c’est là, c’est la dernière question.
La rencontre qui va peut être un peu triste avec ces mots chouettes qu’on a eu sur ce qu’il y avait dans les Cahiers.
En 1789. Et en fait, dès le lendemain des états généraux, la machine se grippe. Et comment dire ? Percuté, transformé de l’intérieur par les députés du tiers état qui refusent de travailler, qui bloquent pendant un mois et qui transforment les états généraux en révolution. Ces Cahiers, ils n’ont pas servi immédiatement dans le cadre qu'était voulu. Par contre, les députés de l’Assemblée nationale qui est proclamée le 17 juin et réellement formée le 27, le 27 juin 1789, quand le roi appelle tous les membres récalcitrants de la noblesse et du clergé à rejoindre les autres. Ils vont inspirer la Constitution, le programme de réforme, etc. Mais après, c’est très difficile de voir comment. Ce qui est sûr, c’est que les cahiers de base, ce sont.
Et ils sont et sont rassemblés à Versailles, ils sont dedans.
Alors maintenant, c’est des synthèses. Ils les emmènent avec eux. Les députés les emmènent avec eux par ordre, parce que c’est séparé. Et donc les cahiers de départ y sont, y restent dans leur bailliages, etc. Et. Et par contre, il y en a un certain nombre qui sont publiés aussitôt. C’est intéressant parce que ça veut dire quand même qu’il y a des communautés qui se sont dit ce n’est pas possible que cette voie là ne soit pas entendue. C’est vraiment la notion de publicité. C’est-à -dire que si ce n’est pas rendu public, ça ne sert à rien. Ça doit être conservé. Il faut le rendre public, il faut le faire circuler. Et là on est dans la tradition des Lumières, là, vraiment de l’idée d’une diffusion par les écrits pour provoquer un débat, des communautés aussi politiques qui puissent se former une opinion avec la circulation des écrits. Alors après, par qui c’est élu ça ? C’est très difficile à savoir. On sait comment ça circule, comment ces produits, mais l’histoire de qui les lie, etc. C’est compliqué, mais en tout cas, une première vague de publication et la deuxième vague de publication, c’est hyper intéressant. Je pense que pour parler de ça, 2019, c’est sous la troisième République, dans un contexte de grosses menaces sur la République. On est après quasiment pendant, mais après l’affaire Dreyfus, on est après le boulangisme, on est quasiment au moment de la formation de L’action française. Donc les royalistes sont encore très nombreux. En 1903, Jean Jaurès, historien mais aussi député. Prononce un discours à la Chambre des députés en disant C’est très bien, les cahiers de doléances. Tout l’héritage de la Révolution, Ils sont dans les archives, mais ils sont mal classés, pas classés. Ils ne sont pas consultés. C’est un héritage républicain qu’il faut absolument faire connaître dans l’objectif d'éduquer, d’enraciner la République. Après les lois scolaires, c’est au moment où, si les historiens publient en masse tous. Toute la documentation sur la Révolution française, les actes du Comité de salut public de la Commune de Paris, des débats parlementaires, les archives parlementaires sont. C’est une grande édition pour restituer tous les débats des clubs des Jacobins, de l’Assemblée nationale. Il y a l’idée que l’on construise des sortes de monuments, de papier ou des digues de papier et que ça va faire rempart. Parce que si on transmet cette culture là et si on la patrimonialisation la diffuse, eh bien alors on pourra s’en servir pour lutter, pour défendre des droits, pour défendre un héritage aussi. Et Jaurès dit qu’il faut publier, il faut que l’Etat s’engage à publier systématiquement les Cahiers. Eh bien, ça a été fait par une commission qu’on a appelé la commission Jaurès, qui a publié systématiquement les Cahiers et qui ont ensuite été publiés les 60 000. Je ne sais pas si les 60 000 ont été publiés, mais énormément. Voilà. Et puis alors, à la fin du XXᵉ siècle, il y a eu des rééditions au moment du bicentenaire de la Révolution et plus récemment, c’est toutes les opérations de numérisation et de mise en ligne, surtout de ces cahiers originaux par les archives départementales qui font un travail de fou. Et en fait, ça veut dire qu’on peut y accéder, mais ce n’est pas si facile, Mais quand même. Donc ça veut dire que. Comment dire ? S’ils sont parvenus jusqu'à nous, si on peut les consulter facilement, c’est parce qu’il y a un engagement de l'état des fonds publics sur le long terme mis pour que ce patrimoine et cette culture politique. Qui nous appartient à toutes et à tous soit transmis jusqu'à nous. Voilà, donc ça c’est assez important.
Puis on va y revenir sur le problème actuel.
Jaurès revient. Oui, oui.
Alors, il n’y aura pas eu de Jaurès pour les états généraux de 45. Alors, il y a plusieurs facteurs. D’abord, ce n’est pas quelque chose d’officiel. L’Administration ne soutient pas la réunion de ces états généraux et toute la procédure qu’elle enclenche, ce sont les CVL qui sont en voie d’effacement.
Donc le Comité de la Libération et pas les comités.
Départementaux de libération.
Ça rentre donc dans les acronymes.
Donc, les initiateurs, ce sont les comités départementaux, départementaux de Libération et le CNR qui sont en voie d’effacement au fur et à mesure où le système politique plus classique se met en place. Bon, très vite, en octobre, il y a des élections qui vont en même temps traduire l'écho, me semble-t -il, de ces états généraux. C’est-à -dire que le programme du CNR aux élections premières élections générales d’octobre 45, est maintenant connu et il a été d’une certaine façon ratifié, réapproprié par la procédure des États généraux. Et donc ce succès du programme du CNR qui fera dire à Saillant le programme est maintenant au pouvoir et ça va se vérifier. La première constituante est celle qui réalise les grandes réformes de la Libération. La deuxième Constituante sera plus timide là-dessus et après ça s’arrêtera. Donc on est dans l'élan donné. Mais cette procédure n’a pas été officielle. Elle reste de l’ordre des initiatives, des CCL. Le CDL, je l’ai dit, s’efface. La guerre froide va arriver là dessus. Elle va faire éclater toutes les solidarités qui s'étaient construites dans la Résistance. Et donc une bonne partie de cette documentation va tout simplement se perdre. Elle le sera. On en trouve quelques traces. C’est très variable que dans des archives départementales où le secrétaire du CDL a eu l’idée de verser aux archives départementales. Ce n’est pas le cas partout. Et moi, là, là, Le fonctionnement des états généraux, j’ai pu le comprendre et trouver ce qui c'était discuté à Paris en juillet 45. Parce que par hasard, dans les combles de l’ancienne maison de Saillans, on a retrouvé toutes ces archives qui avaient été conservées, on les a récupérées au centre d’histoire sociale et on les a mises. Ils sont maintenant accessibles, mais sinon, c'était perdu.
Alors j’ai vu que là, pour les 80 ans de la Libération, il y a plusieurs projets, notamment un projet artistique théâtral autour des cahiers de doléances de 45.
C’est très local.
C’est très local
C’est organisé précisément dans cette petite ville du Lot dont je parlais tout à l’heure, Montcuq, où il y avait eu une très forte participation et où les Cahiers, c’est les seuls qui ont été conservés aux Archives départementales de Cahors.
Alors je te laisse parler parce que je ne pouvais pas résumer ce que l’on voit dans ton film.
Mais tous étaient en train de rechercher. Moi du coup, le courrier officiel qu’on retrouve à chaque fois qu’on va dans une archive dont témoigne Guillaume qui quand on va demander le fonds global d’un département, ça démarre effectivement par ce courrier qui est signé par quatre ministres. C’est sûr que comme c’est de l’histoire récente, ben ça nous intéresse parce que tous les gens qui ont signé ce courrier, ils sont encore là à se dire que c’est Sébastien Lecornu, Christophe Castaner, Franck Riester et Emmanuel Margot qui, en fait, expliquent que 15 000 cahiers sont en cours de traitement numérique et surtout d’une sorte de synthèse, c’est à dire d’un bilan, d’un premier bilan, etc. Et qu’il remercie tous les services. Alors, comment ça s’est fait concrètement ? En gros, juste le trajet des cahiers et les cahiers. Ils ont été réquisitionnés par les préfectures et les préfectures, les ont ensuite versés aux archives départementales. Dans l’intervalle, il y a eu, à un moment donné où ça a été numérisé. Alors, par qui ? Pour essayer de constituer un fichier global, puisqu’il fallait bien que si on voulait faire une synthèse et un bilan, il fallait bien qu'à un moment donné il y ait des verbatim exploitables, notamment par des logiciels d’analyse fine du langage et tout ça. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a eu quand même une sorte de rendez vous donné à la nation le 15 avril. Donc très rapide en fait, extrêmement rapide. Et cette rapidité s’explique. On a envie de clore la séquence, les fameuses séquences politiques. C’est sûr que si ça prend des mois, voire des années d’analyse, alors qu’effectivement on peut imaginer que le temps du chercheur, des chercheurs auraient été des années un pour prendre le temps de se plonger, etc. Là non, on ne veut pas que ça traîne parce que ça permet quand même de dire on vous a écouté, on a tiré le bilan, on passe à autre chose. Donc il y a comme ça une sorte de deux, de grands moments ou de grands moments, plutôt de façade politique au Grand Palais, avec les membres du gouvernement Édouard Philippe, quelques journalistes et quelques personnes, il y a peut être 200 personnes. C’est là où on fait la restitution avec l’analyse des nuages de mots, un vidéoprojecteur, on imagine bien la scène. Emmanuel Macron, c’est un peu tout, tout, tout. Le sel de base des événements historiques, c’est qu’Emmanuel Macron doit prendre la parole pour clore lui aussi ce moment, le 15 avril. Et on a retrouvé effectivement des extraits de journaux ou tout, tout, tout. Les journalistes disent ce soir, dans 2 h, la prise de parole du chef de l’État pour clore le moment du Grand débat et voilà. Notre Dame commence à se mettre à brûler. Bon, évidemment qu’il n’y a pas de théorie du complot à avoir. Je vous rassure tout de suite, en tout cas, moi je ne l’ai pas. C’est l’histoire quoi qui se fait. C’est à dire que c’est un moment où on bascule de ce fait dans un autre registre. Ça peut sauver par le gong, j’ai envie de dire qu’Emmanuel Macron ne va pas honorer sa prise de parole ce soir-là parce que, en fait, il a appelé à d’autres missions sur une autre urgence. Et je pense qu'évidemment que les équipes un peu de communication se disent. Voilà, en fait, la séquence est passée, notre séquence et nous, c’est vrai qu’on a toujours comme c’est un peu concomitant. Récemment, j’ai été interviewé par une radio. J’ai dit mais c’est quand même fou, là, on est cinq ans après, Notre Dame de Paris a retrouvé toute sa superbe et c’est et c’est formidable. Il y a eu des fonds publics, des fonds privés, ça a coûté extrêmement cher, mais tant mieux. C’est. C’est vrai que c’est un monument français, On l’a restauré, mais dans le même temps, quand c’est cinq années et demi qui se sont écoulés, qu’est ce qu’on a fait ? Des cahiers de doléances, Autre grand monument français, autre patrimoine dont on doit prendre soin ? Et. Et là, le bilan, il est quand même nettement moins reluisant, quoi ? C’est-à -dire que ces cahiers. Alors on dit souvent qu’on a envie de les rendre publics. Dans les faits, ils ne sont pas non plus sous cloche, pas cachés. Voilà, ils ne sont pas cachés, Il n’y a pas un verrou devant chaque cahier. Ils sont effectivement, ils ont été heureusement très bien conservés et on peut saluer le travail des archivistes par les archives départementales et tout un chacun peut y aller et en fait accéder à une partie du fonds, parce qu’il y a des fois il y a des cahiers, on va pas rentrer là dedans parce que c’est un peu technique, mais il y a certains cahiers qui sont classés, qui sont sous dérogation pour 50 ans, mais beaucoup sont accessibles immédiatement après, il y a moins quelque chose du monde. Encore une fois dans mon enquête qui m’a fait hurler déjà de par mon expérience. C’est à dire qu'à chaque fois que j’allais quasiment dans un nouveau département, dans une archive, on me disait que vous êtes la première à les lire. Voilà donc le constat que l’attention n’a pas du tout été fléchée sur le fait qu’on pouvait trouver ces cahiers quelque part, et voilà où ils se trouvent. Après, on en a déjà discuté, c’est inhibant d’aller dans des archives départementales. C’est une démarche lourde et moi je peux en témoigner sans l’aide des salariés, des archives. Il y a bien des moments où je n’aurais pas pu accéder aux côtés, parce qu’en fait c’est technique de rentrer des codes, etc. Et pour finir, il y a quelque chose, moi qui m’a fait hurler et on voit bien comment ça peut être pernicieux en fait, c’est que j’ai. On a retrouvé des questions au gouvernement qui ont été émises par certains députés en 2019, en 2020, etc. Et qui disaient Mais finalement, vous aviez. Est ce que ça, je ne l’ai pas dit, mais la promesse, on la retrouve, la promesse de dire c’est justement Sébastien Lecornu qui est interviewé par Léa Salamé sur France Inter. C’est marrant parce que tout ça est très contemporain en février 2 19 Et qui dit qui lui dit Mais alors, qu’est ce que vous allez faire de tous ces écrits ? Tout. Ces cahiers qui sont ouverts. Évidemment que nous allons publier tous ces écrits, toutes ces doléances dans un format open source. Donc, la promesse de l’open source était réelle. Les gens l’ont entendu. C’est peut être aussi pour ça qu’ils se sont déplacés. Et dans ces fameuses questions au gouvernement que je que j'évoquais, il y avait cette idée de dire des députés qui dit Mais alors, où en est on de la promesse ? Et la réponse de l’exécutif, souvent de ministre de l’exécutif, c'était de dire Vous savez, nous on a des nouvelles, des comptes rendus, des archives, personne ne les réclame. Donc en fait, les gens s’en désintéressent. Pourquoi les rendre publiques ? Donc, vous voyez, vous voyez le raisonnement absolument génial. Et donc, c’est là où il y a une vraie colère en fait, que je ne suis pas du tout la seule à ressentir. Nous, on a été, on a fait un petit tour de France, des projections débats et en fait, dès que les gens déjà se souviennent parce qu’il y a une amnésie à l’endroit de ces cahiers qui a été provoqué par des choses diverses. Mais donc quand les gens se souviennent en disant mais oui, c’est vrai et ce n’est pas vieux et je me souvenais plus, mais ils existent et ils comprennent effectivement l’importance de ces écrits pour notre vie citoyenne.
Ben moi c’est clair, c’est après avoir vu ton film ou même si on avait pu en parler avant, je me suis dit mais il faut après j’avais une espèce de besoin d'écrire à tout le monde en disant mais il faut, il faut se battre, faut absolument que ce soit publié, il faut faire quelque chose. Enfin jeter ça, ça donne oui, ça, ça rend en colère. Et effectivement, ils sont dans les archives départementales. Mais oui, je vois très bien ce que ça peut avoir de bon et d’impressionnant de rentrer, de demander à consulter des cahiers de doléances dans des archives départementales. Sans compter qu’il faut bouger quoi.
Ah bah oui.
Les 50 ans, puisque je vois qu’il y a une question là dessus, c’est parce que c’est le code du patrimoine, c’est l’idée que c’est la loi de protection des données personnelles. S’il y a l’identité des personnes, d’abord parce qu’ils l’ont parfois écrite et que même s’ils l’ont écrit sur un cahier qui était a priori public, ce n’est pas complètement, toujours sûr. Il y a des débats pour savoir s’ils voulaient vraiment qu’on révèle leur identité. C’est pour ça que quand on les lit, on dit le prénom, on respecte ça. Et d’autres qui ont écrit des mails. Et donc là on a leur identité et parfois ils parlent de choses qui pourraient les impliquer, qui sont un peu, qui pourraient être embarrassantes. Donc en fait, pendant 50 ans, on n’a pas le droit de consulter les archives, sauf dérogation.
On peut demander une dérogation.
Pas en libre communication.
Mais il y en a plein qu’on pourrait bien sûr.
Et au début, c'était hyper dur de les consulter. Fallait faire une dérogation au ministère, fallait remonter jusqu’au ministère si on n’avait pas de réponse localement, c'était hyper dur. Ça s’est un peu simplifié puis. Mais en fait ce n’est pas vraiment public si ce n’est pas diffusé.
Non, puisque j’ai vu sur le blog d’une archiviste qui s’appelle Marie Anne Chabin que je connais bien. Elle dit qu’en plus, dans le premier travail de numérisation, il y a eu un travail. En fait, beaucoup de cahiers ont été démembrés, des reliefs découpés que voilà, il y a. Les archivistes à ce moment-là ont pas du tout été mobilisés. La compétence archivistique n’a pas du tout été mobilisée et que pour essayer de répondre à des items que l’on cherchait, on a aussi envoyé enlever ce travail de numérisation et de découpage. Tout ce que tu disais de bouts de vie, de trucs qui sont pour nous chercheurs d’une richesse et chercheuses et pour les citoyens aussi évidemment. Énorme. Et que ce travail de numérisation, il faut qu’ils prennent les couvertures avec. Avec le temple antique, il faut qu’ils prennent les dessins, il faut qu’ils prennent tout ça et pas se tenir à eux. C' est très intéressant ce blog. Je trouve qu’il y a un avant moi, j’ai appris plein de trucs.
Mais je pense qu’il faut le mettre vraiment. Marie Anne En fait, ce qui est ça, je veux vraiment en témoigner parce que ce qui a été fou dans cette recherche qui n’est pas vraiment fini, j’ai du mal à tourner la page des deux j’imagine.
Parce qu’une fois qu’on sait.
C’est les rencontres avec plein de plein d’alliés en fait. C’est à dire que sept, sept, sept, c’est une ancienne archiviste, c’est une archiviste chercheuse qui a fait l'école des chartes. Marianne Chabal est à la retraite aujourd’hui et dans son coin, dans son coin, c’est-à -dire à La Rochelle, en Charente. C’est vraiment comme à quelqu’un de convaincu mais d’isolé. Elle a commencé à dire ben moi je vais faire le boulot et je vais créer un blog, je vais documenter et je vais faire des analyses sémantiques. Et moi, c’est ça l’objet du film. Ça a été. Ça, c’est de commencer à relier toutes ces activités isolées, parce qu'évidemment je suis aussi tombée sur la sur cette fameuse et extraordinaire chercheuse creusoise Manon, qui a demandé à des bénévoles de l’aider à transcrire des doléances. Puis après au groupe girondin avec Magali qui était entourée de gilets jaunes et des gilets jaunes qui lui ont demandé de ça, ils seraient intéressés à la matière. Et voilà l'émergence de tout ça. Et ça continue encore plus évidemment avec le film qui a permis de donner un peu d’allant. Voilà. Et cette citoyenneté en fait vivace, c’est ça que ça déclenche. Et les gens disent que c’est un symbole en fait. Et les symboles, c’est la démocratie, c’est. Et je pense que ce qu’on entend aussi, c’est ça, c’est qu'à chaque fois ça a été des symboles d’un acte éminemment démocratique.
Oui, c’est clairement revendiqué. En tout cas, les états généraux de 45 se conçoivent, comme c’est l’expression de l'époque, une démocratie agissante, c’est à dire une démocratie qui ne consiste pas seulement à voter tous les quatre ans ou tous les cinq ans, mais à être partie prenante de ce qui va se faire dans le pays et de pouvoir peser dessus.
Soit un citoyen et pas seulement électeur électricien.
Ce qui est assez tragique dans cette histoire, c’est que dans cette série de consultations ont été entreprises puisque c’est le débat cahier, etc. Une chose est de dire que ces paroles-là vont être, vont être tordues, manipulées, interprétées, instrumentaliser tout ce qu’on veut. Mais c’est une autre de dire qu’elle ne va tout simplement pas être restituée et que ça, en fait, c’est presque, comment dire, Il y a presque pire que de ne pas consulter la population, c’est de trahir cette demande là, en fait. Est ce que quand on lit ces cahiers, je n’en ai pas lus tant que ça finalement dans cinq départements, en fait, on sent que les gens y sont déplacés, que ce n’est pas complet, Ce n’est pas anodin de se déplacer, c’est en démarche, ce n’est pas être derrière son ordinateur, c’est aller à la mairie. Souvent, il y a des personnes âgées, on sent en situation de handicap. Franchement, ça fait des fois c’est dur, vraiment dans la Manche par exemple. Et en fait de se dire que ça pourrait être perdu, en fait ce n’est pas possible. Enfin, il y a quand même ça. Ça fait quand même partie de notre bien commun. Enfin voilà. Et qui va là ? Il faut que ça alimente bien un truc de dignité et de reconnaissance.
Non, en fait, il y a quand même ce truc. Encore une fois, on est dans le paradoxe. On nous a demandé de vivre des vies numérisées en permanence, surtout en ruralité. Se dire pour faire la moindre fiche d’impôts. Il y a plein de gens en ruralité qui ont dû se forcer à aller sur Internet. Mais les cahiers, non. Mais dès qu’on touche à un endroit démocratique extrêmement sensible et qui nous concerne tous, Français, Françaises, là non, il n’y a plus personne. Il faut que ça reste à l'état de cahiers papier feuille au fin fond des archives départementales. C’est quand même extraordinaire, quoi.
Alors peut être, pour terminer sur quelque chose, un peu d’espoir, parce que là, on touche à la fin. Bon, qu’est ce qu’il y a comme mobilisation actuelle pour faire cette publication ? Il y avait la proposition de loi, mais qui a sauté à cause de ?.
Ce mec qui a été réinscrite.
Qui a été réinscrite. Alors peut être peut on dire.
Ce n’est pas une loi, c’est une résolution. Donc c’est un petit peu en dessous de la loi, en termes de pouvoir législatif. Malgré tout, c’est encore une fois, on est dans l’ordre du symbole fort, c’est-à -dire que dès lors que ça vient, quelle part de nous ou J. Nous, citoyens un peu dans l’environnement du film, on est allés voir une députée, Marie Pochon, qui est écologiste, mais on lui a demandé d'être transpartisane. Ça, c'était très important de faire tout de suite une démarche transpartisane parce que moi, je dis toujours quand je suis allée voir les gens les uns et les autres après avoir lu leurs doléances, j’ai demandé à personne pour qui voter. Ce n’était pas la question. C’est ça qui rassemble en fait, dans les doléances, on est au-delà de la politique partisane et il faut évidemment respecter ça à la lettre. Donc elle, elle a lancé le truc, mais elle a évidemment du coup demandé à des députés de tous bords dans l’arc républicain de s’associer à cette résolution qui a été déposée en juin. Donc il faut savoir qu’avant la dissolution, on était à dix jours de passer.
Mais oui, je me souviens très bien.
On avait nos fauteuils, des séances et tout. Bon, mais elle a déposé là récemment et donc il y a un petit travail législatif à faire pour que soit réinscrit au passage dans l’hémicycle. Mais on essaye.
On n’a pas encore de date encore.
Non, on n’a pas encore la date, mais ça pourrait vraiment être ou non si on a de la chance, fin de cette année ou en tout cas début 2025. Et là, qu’est ce qui se passe à ce moment-là ? Les députés votent pour dire si la résolution est votée, ça veut dire on encourage fortement le gouvernement à faire ça, à aller jusqu'à la publication et une plateforme numérique des doléances, c’est un encouragement ? Fort bien, ce n’est pas autre chose. Il n’y a pas d’obligation. Alors une autre, une bonne nouvelle, c’est qu’on est encore une fois. Alors quand je dis qu’on est plusieurs, c’est que, en fait, là, on compte aujourd’hui une vingtaine de groupes locaux. Maintenant, c’est quoi les groupes locaux ? C’est des gens qui, avant ou après le passage du film, peu importe, se sont auto constitués souvent des citoyens, et qui ont dit Nous aussi on a l'échelle départementale, on va aux archives, on se rend aux archives et on fait ce travail de numérisation. C’est à dire que ce qu’on peut faire dans des archives, c’est on peut prendre des photos en. Et donc ici, si on s’y met à plusieurs, on y passe quelques jours et on prend toutes les photos des doléances, des cahiers communicables. Donc là, il y a une vraie volonté du terrain. Et donc nous, on a envie de porter ce projet, de faire une plateforme citoyenne, c’est-à -dire que de dire on va attendre, on va cesser d’attendre que l'État le fasse. Faisons le nous mêmes.
Ouais, un wiki.
Voilà. Wiki cahier, voilà une plateforme citoyenne où on retrouverait, on retrouverait toutes les doléances.
Donc tout le monde a son appareil photo, file aux archives.
Et donc si ça intéresse en tout cas des gens, il faut, il faut, il faut, il faut écrire les doléances arobase point, comme tout simplement.
On peut le mettre, ça.
Oui, et puis et puis il y a, il y a des gens formidables dans l’Aveyron qui se sont proposé de fédérer les groupes locaux. Donc il y a quelque chose qui. Il va se faire.
C’est beau.
Il faut faire tout seul en fait, à un moment donné.
Ce que vous avez. Non ? Alors par ailleurs, j’ai vu que. Il y avait le 16 novembre aux Amandiers une lecture de textes qui ont été écrits et qui ont été écrits à partir des cahiers de doléances. Nanterre à Nanterre. Une projection de ton film aussi, et une table ronde sur ces questions là. Voilà, il y a des textes qui circulent. Donc il y a 1000 façons de continuer à se renseigner sur ces cahiers, d’essayer de les retrouver, d’essayer de les défendre. Des pétitions. On est tous un peu fatigués là, non ? Moi j’ai la crève en plus. Est ce que vous voulez rajouter quelque chose ? Ben non.
On continue ?
Ben oui,
Essayez les !
On continue de s’embrasser aussi parce que ça m’intéresse de travailler. Et puis parce que voilà, comme je fait l'émission d’histoire, je me suis dit que c'était intéressant de les mettre justement en regard d’une histoire longue de ces cahiers de doléances, de leur contenu, de leurs usages, de ce qui représente tout ce qui ne représente pas, de ce qu’ils disent, des fractures, ce qui est apparu là et les fractures ville campagne que vous retrouvez donc. Mais c'était aussi parce que c'était ma façon de participer avec mes petits moyens à ce mouvement. Pour la pour la publication, la publication en open source des cahiers et j’essaye par d’autres moyens. Mais voilà, ça me paraît important de le faire.
Il faut voir le film. À sa faveur. Il raconte une belle, une super histoire.
Ouais, c’est déjà ça.
C’est un film déjà.
D’abord, oui, c’est un film.
Et puis c’est un outil de fou. Et ce qui montre que des fois il y a des films. qui appuient, ça booste. On sort avec régénéré.
Ouais, c’est ça.
Mes ancêtres révolutionnaires en colère mais en colère positive, avec envie de faire des choses.
J’avais envie qu’on sorte du film en ayant envie d’agir.
C’est ça. Mais ça a vraiment été ça. Mais on s’est retrouvé après dans un resto et tout.
Alors qu’avant ce n'était pas la priorité. Avant je ne pensais pas particulièrement alors que maintenant c’est vraiment quelque chose. Je le dis régulièrement, j’y insiste, c’est devenu une espèce de petit combat, de petite musique, de combat qui est toujours là en me disant il faut vraiment. Et puis parce que je voyais quelqu’un qui évoquait, je l’ai vu passer, puis ce n'était pas un moment où je ne voulais pas vous couper la parole, mais qui évoquait ce dont on parlait en montant. Le fait que Barnier dit qu’il veut s’appuyer sur c’est sur. Alors j’ai exactement la phrase de Barnier, je l’ai pas mais sur ce que disait Gégé mais pourquoi ? Pourquoi il ne prend pas les cahiers ? Et dans le film, un des personnages en on va tout dire dans le film pour que les gens aillent le voir. Mais qui dit mais en fait quand on fait, quand on l’analyse, on se rend compte ce que veulent la majorité des gens et ce qui sort et qui n’est pas du tout ce que pense le gouvernement Barnier. On est bien.
D’accord, c’est la plus grande consultation depuis la révolution française. Faut voir ce que c’est quand même ce corpus. Donc si on veut des gens pour comprendre ce qui ne va pas. Là pour le coup, il n’y a qu'à s’y pencher.
C’est mieux que des sondages avec des questions fermées.
Moi, mais c’est évident. Et au-delà de ça, qu’est ce que ça démontre ? Et on est quand même dans une crise démocratique majeure aux Etats-Unis, on ne parle même pas. Mais ici aussi en Europe, il y a quand même quelque chose qui nous menace tous. On le sent, c’est viscéral. En fait, il y a une inquiétude chez tout à chacun. Et en fait, pourquoi je disais je suis, je suis régénéré, je suis une citoyenne régénérée parce que c’est l’appétence en fait pour la chose publique, ces cahiers, non seulement quand on les lit, mais aussi là tout ce qui provoque les gens. S’il y a un truc qui ne veut pas lâcher, c’est si c’est la démocratie et la République. Et ça, je trouve que c’est extrêmement positif quand même.
Alors je l’ai pas encore lu, mais ça me fait un peu penser à au travail de Vincent Tiberj qui dit que quand on regarde la société médiatisée, je l’ai entendu mais je n’ai pas encore lu son ouvrage Les médias et la politique. On a l’impression d’une société beaucoup plus à droite que quand on fait du travail de terrain. Et c’est ce qui sort aussi de ça, d’une certaine façon, de la lecture, des cahiers de doléances.
Ah, vraiment, on m’a posé la question récemment et je ne réponds pas à la question sont ils de gauche ou de droite ? Parce que ça active, tu vois, par rapport à ce que je disais avant. Par contre, l’aspiration, encore une fois, si.
Tu dis à la justice fiscale et pas c’est un impôt,
C’est vraiment une société de l'égalité et de la justice et aussi de la fraternité. Alors pour te répondre plus simplement, il y a quelqu’un qui avait fait qui avait essayé de synthétiser en trois mots.
On avait les mots tout à l’heure.
De quelqu’un qui fait l’analyse un petit peu profond là, et on pouvait retrouver beaucoup de thématiques autour de ces trois idées. La citoyenneté, la solidarité et la proximité.
C’est ce que j’appelle la politique populaire, c’est à dire celle qui ne passe pas ou parfois s’impose à la politique instituée. C’est à dire une politique de proximité, de l’immédiateté aussi et et du concret dans les résultats et dans ce que l’on obtient. Et ça, effectivement, la politique instituée telle qu’elle fonctionne dans une cinquième République un peu à bout de souffle, n’est plus en mesure de la restituer. Ça, c’est clair.
J’ai une petite question : on demande si les Cahiers parlent de l’Union européenne ?
Alors il y a des gens qui vont dire qui vont encore une fois, tu sais, les fameuses listes de courses parce qu’ils disent politique intérieure, etc. Et relations internationales et politiques européennes, mais c’est quand même assez rare en fait. Moi, cette idée de l’Europe, je ne l’ai pas tant retrouvée que ça. Est ce que tu vois tout de façon empirique ?
Alors ce que j’ai quand même remarqué par rapport à 89, c’est la capacité à connecter des espaces différents. On est dans une société qui est quand même super éduquée, scolarisée, alphabétisée et quand même la culture politique, là, il y a des gens qui sont capables de relier des échelles. Et d’ailleurs, ça, ça donne confiance aussi. C’est un portrait collectif empreint d’une forme de sagesse collective, de sagesse, d’intelligence collective. Et alors il y a quand même des questions internationales liées aux mais aux échelles qui nous dépassent. C’est toujours pour mettre en valeur la proximité. C’est souvent dans ce sens là que j’ai l’impression, après combien ça je ne suis pas capable. Je n’ai pas travaillé sur une grande quantité. Cinq départements, c’est rien.
Quand je vois que je n’ai pas tout entendu. Mais il faut rendre hommage à Fabrice Dalongeville, maire de l’Oise.
Eh bien, je vous souhaite à toutes celles et ceux qui nous écoutent Au poste, bonne soirée. Merci à vous trois, le film d’Hélène que l’on peut voir en replay sur France TV, le livre de Michel sur les Etats généraux de 1945, Une expérience démocratique oubliée. Et puis voilà, on peut voir plein de cahiers de 1789, du travail, des archives et de Jaurès,
Mais il faut inviter les gens à y aller
Et puis, si vous voyez passer toutes les initiatives en faveur de leur publication, rejoignez, signez, faites connaître, diffusez. Voilà, plus on sera nombreux et nombreuses à le faire, plus au bout d’un moment, faudra bien qu’ils les mettent en open source ces cahiers. Notre bien commun. Merci beaucoup !
Merci, Merci !
